The Project Gutenberg EBook of Roman d'Eustache le moine pirate fameux du
XIIIe sicle, by  

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Title: Roman d'Eustache le moine pirate fameux du XIIIe sicle
       publi pour la premire fois d'aprs un manuscrit de la
       bibliothque royale

Editor: Francisque Michel

Release Date: September 3, 2011 [EBook #37305]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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ROMANS LAIS FABLIAUX CONTES
    MORALITS ET MIRACLES
INDITS DES XII ET XIIIe SICLES


II


Ce volume, publi aux frais de MM. Monmerqu, membre de l'Institut, de
la Socit des Bibliophiles franois, etc., P. de Larenaudire,
Secrtaire de la Socit de Gographie, etc., et Francisque Michel, a
t tir  cent dix exemplaires, dont quinze sur papier de Hollande, et
trois sur papier de couleur.


TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRRES.

IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, N 24.

[Illustration]




  ROMAN D'EUSTACHE LE MOINE

  PIRATE FAMEUX DU XIIIe SICLE PUBLI

  POUR LA PREMIRE FOIS D'APRS UN MANUSCRIT

  DE LA BIBLIOTHQUE ROYALE

  PAR FRANCISQUE MICHEL

  [Illustration]

  PARIS CHEZ SILVESTRE

  LONDRES PICKERING

  MDCCCXXXIV




NOTICE

SUR LE ROMAN

D'EUSTACHE LE MOINE.


Ce pome, dont aucun auteur n'a parl jusqu'ici,  l'exception de M.
Barrois, qui a commis une mprise[1], est un des plus curieux et des
plus extraordinaires que la littrature franoise au XIIIe sicle ait
produits. Il roule sur les faits et gestes d'un voleur, d'un pirate,
fameux dans la premire moiti du XIIIe sicle, espce de Robin Hood
boulonnois que les chroniques se plaisent  fltrir et dont elles
rapportent la mort tragique dans les mmes termes que le roman franois.

Et si nous nous servons du mot _roman_, l'on ne doit pas croire que nous
pensions que toutes les aventures qui y sont rapportes soient le fruit
de l'imagination d'un trouverre. Hormis quelques merveilles produites
par la magie dont Eustache passoit pour possder les secrets les plus
rares, ces aventures, toutes singulires et plaisantes qu'elles sont, ne
prsentent rien que de trs vraisemblable, et dans les chroniques
contemporaines les plus dignes de foi, nous en rencontrons  chaque page
de plus incroyables. En outre, dans les ouvrages des historiens de la
mme poque, nous retrouvons les noms d'Eustache, de ceux qui figurent
dans le roman que nous publions et quelques-uns des dtails que le
trouverre a mis en rimes. Ainsi Lambert d'Ardres nous apprend, dans son
histoire des comtes de Guines, qu' une certaine poque, Eustache le
Moine toit snchal de Renaud comte de Boulogne[2]: c'est probablement
en raison de cette qualit qu'il est nomm comme tmoin dans un diplme
du 4 mai de l'an 1212[3]. Or cette dignit jointe au tmoignage de notre
roman (p. 12, v. 305), prouveroit qu'Eustache toit Boulonnois et non
Flamand, ainsi que le dit Lefebvre dans son _Histoire gnrale et
particuliere de Calais et du Calaisis_[4]: opinion qui se retrouve dans
une variante de la chronique de M. Paris[5]. Cette variante nous dit
encore qu'Eustache, qui d'abord s'toit fait moine, avoit ensuite jet
le froc aux orties pour jouir de l'hritage de ses frres qui toient
dcds sans hritiers; mais cela est faux, car les frres d'Eustache
sont nomms aprs la mort de celui-ci dans l'acte de la paix qui
intervint entre le roi d'Angleterre Henry III, et Louis fils an du roi
Philippe-Auguste, en 1217[6].

Quoi qu'il en soit, les chroniques se taisent ensuite sur le compte
d'Eustache jusqu' ce qu'elles aient  parler du combat dans lequel il
perdit la vie. Mais nous trouvons d'autres renseignements sur lui dans
des pices dont l'autorit a encore plus de poids, et ces renseignements
nous instruisent de faits qu'on chercheroit vainement dans les
chroniques: nous voulons parler des _lettres closes_ des rois
d'Angleterre que vient de publier notre savant et excellent ami M.
Thomas Duffus Hardy, attach aux archives de la Tour de Londres. Dans
cet ouvrage, auquel on ne sauroit accorder trop d'loges, nous trouvons
les pices suivantes relatives  Eustache:

     I. Le Roi (Jean),  Enguerrand de Sandwich, etc. Nous vous mandons
     que les deniers qu'Eustache le Moyne et les hommes de justice ont
     arrts et que vous avez en votre garde, vous les dlivriez, pour
     les garder,  notre cher W., archidiacre de Taunton, parce que nous
     lui avons mand qu'il les reoive de vous. Tmoin, moi-mme, 
     Gillingeham, le 13 novembre (1205). Par Philippe de Lucy.

     II. Il est ordonn  W., archidiacre de Taunton, que vous
     (archidiacre) preniez d'Enguerrand de Sandwich, pour les garder
     dans la main du Roi, les deniers qu'Eustache le Moyne et les hommes
     de justice ont arrts et que le mme Enguerrand a en sa garde,
     parce qu'il a t mand  ce dernier qu'il vous les dlivre.

     III. Le Roi, au vicomte de Norfolk, etc. Sachez que nous avons
     donn rpit  Eustache le Moine pour le payement des vingt marcs
     qu'il nous doit, jusqu' la Saint-Andr, c'est pourquoi nous vous
     mandons que vous mettiez en rpit, jusqu' la fte susdite, la
     demande que vous lui en faites, et que vous le laissiez jouir en
     paix, tant qu'il sera prsent  notre service et tant qu'il nous
     plaira, de deux _marques_ de terre dont lui Eustache a t saisi
     dans l'tendue de votre juridiction. Tmoin, G., fils de Pierre, 
     Westminster le 13 octobre (1212). Par le mme, en prsence des
     barons de l'chiquier.

     IV. Le Roi, au conntable du chteau de Porchester, salut. Nous
     vous mandons que vous gardiez, sur votre responsabilit, dans le
     chteau susdit, de la manire qu'il vous plaira et sans nuire  sa
     sret, les chevaliers et frre Eustache le Moine que les hommes de
     Philippe d'Aubigny ont conduit jusqu' Porchester, et que vous leur
     trouviez  manger  leurs frais autant qu'ils auront de quoi.
     S'ils le dsirent, vous aurez  leur trouver un messager pour aller
     vers leurs amis, afin que ceux-ci procurent aux prisonniers ce qui
     leur est ncessaire. Quant aux treize serviteurs qui, outre les
     susdits, ont t amens, vous les dlivrerez au vicomte de
     Southampton qui les fera conduire jusqu' Winton, comme nous le lui
     avons mand. Tmoin, moi-mme,  Saint-Edmond, le 13 novembre
     (1214).

     V. Il est mand au vicomte de Norfolk qu'il fasse avoir  William
     de Cuntes la terre que possdoit Eustache le Moine dans Swafham,
     qui est de l'_honneur_ de Bretagne, car le Roi la lui a accorde.
     Tmoin, moi-mme, le 23 fvrier (1216)[7].

Comme nous l'avons dj dit, les chroniques ne parlent plus d'Eustache
qu' propos du combat o il prit, cependant l'une d'elles rapporte que,
quelque temps auparavant. Philippe-Auguste disoit  Walo, lgat du pape,
qui lui demandoit un sauf-conduit jusqu' la mer, pour aller en
Angleterre: Nous vous en donnerons un volontiers pour tout notre propre
royaume; mais si par hasard vous tombez entre les mains d'Eustache le
Moine, ou des autres hommes de Louis qui gardent les bords de la mer, et
que quelque malheur vous arrive, ne nous l'imputez pas[8].

En 1215, Philippe-Auguste envoya aux barons anglois rvolts contre le
roi Jean des machines de guerre par Eustache le Moine[9].

C'est encore par Eustache que fut rassemble  Calais la flotte qui
porta en Angleterre les vengeurs d'Arthur de Bretagne[10].

Nous ne ferons pas ici le rcit de la guerre que la mort de ce jeune et
malheureux prince suscita contre le roi Jean; l'histoire en est trop
connue, nous nous bornerons  rapporter le passage de Mathieu Paris, ou
plutt de Roger de Wendower, dont il a presque partout copi mot pour
mot l'ouvrage, et ceux des autres chroniqueurs qui concernent le combat
naval o Eustache perdit la vie:

Le jour de l'aptre saint Barthlemy (le 24 aot 1217), dit le moine de
Saint-Alban, la flotte Franoise fut confie  Eustache le Moine, homme
couvert de crimes, afin qu'il la conduist sans male encontre  la ville
de Londres, et la remt en bon tat au prince Louis. Les soldats susdits
s'tant en consquence mis en mer eurent un vent arrire qui les
poussoit violemment vers l'Angleterre; mais ils n'avoient aucune
connoissance des embches qu'on leur avoit dresses. Ils avoient donc
parcouru une grande partie de leur route lorsqu'ils rencontrrent les
corsaires du roi d'Angleterre qui venoient obliquement. Ceux-ci voyant
que leurs adversaires avoient quatre grands navires et un nombre plus
considrable de petits et de barques armes, redoutrent d'engager un
combat naval avec le peu qu'ils en avoient; car, tant barques que
vaisseaux d'autre espce, la totalit des leurs, bien compte,
n'excdoit pas quarante; mais enfin, anims par le souvenir de ce qui
toit arriv  Lincoln, o un petit nombre avoit triomph d'un plus
grand[11], ils s'lancrent hardiment sur les derrires de l'ennemi. Les
Franois  leur aspect coururent aux armes et rsistrent  leurs
adversaires sinon avec avantage tout au moins avec valeur. Philippe
d'Aubigny et les frondeurs avec les archers, lanant au travers des
Franois des traits mortels, firent en trs peu de temps un grand
carnage de ceux qui leur rsistoient. Les Anglois avoient en outre des
barques armes d'un peron de fer avec lequel ils perforoient les
navires de leurs adversaires; de cette manire ils en coulrent bas un
grand nombre en un moment. Ils avoient aussi de la chaux vive rduite
en poudre subtile qu'ils lanoient en l'air et que le vent portoit dans
les yeux des Franois qu'elle aveugloit. La mle devint trs chaude;
mais ceux des Franois qui n'avoient point l'habitude de se battre en
mer furent bientt mis hors de combat, car les Anglois, guerriers et
exercs dans les combats de mer comme ils le sont, les peroient de
traits et de flches, les perforoient  coups de lance, les gorgeoient
avec leurs poignards et leurs pes, ou crevoient les nefs ennemies, et
submergeoient ceux qu'elles portoient. Ces malheureux toient en outre
aveugls par la chaux et n'avoient ni l'espoir d'tre secourus ni la
possibilit de fuir. C'est ce qui fit que plusieurs, craignant d'tre
pris vivans par leurs ennemis se prcipitrent de leur propre mouvement
dans les flots de la mer, aimant mieux mourir que d'tre en proie au
caprice et  la volont de leurs adversaires, selon cette maxime de
Snque: mourir par la volont d'un ennemi, c'est mourir deux fois. Tous
ceux qui toient rests vivans parmi les Franois les plus nobles ayant
t pris, les Anglois victorieux attachrent tous les vaisseaux conquis
avec des cbles et revinrent  Douvres pleins de joie et louant Dieu
dans ses oeuvres. Les soldats du chteau voyant un effet imprvu de la
Providence sortirent  la rencontre des Anglois et serrrent de liens
plus troits les malheureux Franois. Parmi les autres l'on trouva 
fond de cale et dans la sentine d'un navire Eustache le Moine, tratre
au roi d'Angleterre et pirate trs-mchant, qui avoit t long-temps
cherch et que l'on dsiroit beaucoup trouver. Quand celui-ci se sentit
pris, il offrit pour avoir saufs sa vie et ses membres une somme
d'argent inestimable, et promit une fidlit inviolable au roi
d'Angleterre; mais Richard, btard du roi Jean, le saisit et lui dit:
Jamais, tratre pervers, tu ne sduiras dornavant qui que ce soit par
tes promesses mensongres. Aprs ces mots, il tira son glaive et coupa
la tte  Eustache[12].

Un manuscrit de la Bibliothque Cottonienne qui a t brl contenoit le
mme rcit, mais avec plus de dtails. Le voici:

Hubert de Burgh ayant reu quelques chevaliers choisis d'avance comme
Henry de Turbeville et Richard Suard avec quelques autres, mais en
petit nombre, monta sur le meilleur navire, suivi de quelques habiles
marins des Cinq-Ports. Il avoit sous ses ordres environ seize navires
bien arms, sans compter les barques qui les accompagnoient et dont le
nombre montoit  vingt. Ils s'avancrent hardiment en gouvernant
obliquement comme s'ils vouloient aborder  Calais. Eustache le Moine,
chef des Franois, voyant ceci se prit  dire: Je sais que ces
malheureux veulent s'emparer de Calais ainsi que des filoux; mais c'est
en vain; car cette ville a t bien fortifie. Et voici que tout--coup
les Anglois reconnoissant que le vent toit tomb, tournrent l'avant du
navire, c'est--dire le _lof_, et comme le vent, de contraire, leur
toit devenu propice, ils se jetrent sur l'ennemi avec ardeur. Ayant
atteint les poupes de leurs adversaires, ils les tirrent  eux avec des
grapins qu'ils y lancrent, et ils y entrrent dans le plus grand nombre
qu'ils purent. L, arms de haches acres, ils couprent les cbles et
les antennes qui tenoient le mt, et la voile tomba tendue sur les
Franois, comme un filet sur des petits oiseaux. Alors il pargnrent
les plus nobles pour les garder en prison, et ils taillrent les autres
en pices: parmi ces derniers, ils trouvrent Eustache, qui avoit
dguis sa figure et s'toit aussi cach dans une sentine. Ils l'en
tirrent et lui couprent la tte[13]. Lorsque Hubert, vainqueur par
miracle, revint joyeux au rivage, il vit venir au-devant de lui tous les
vques accompagns de l'arme et du peuple, et vtus de leurs habits
sacerdotaux, qui portoient des croix et des tendards, chantoient des
hymnes solennels et louoient Dieu[14].

La chronique du chanoine anonyme de Laon, Nicolas Trivet, et, d'aprs
lui, Thomas de Walsingham rapportant brivement ces faits, ajoutent: La
tte d'Eustache fut porte sur une pique (ou un pieu) par toute
l'Angleterre[15].

Les Annales du monastre de Waverley portent que quinze navires
seulement de la flotte franoise parvinrent  s'chapper par la fuite.
Les auteurs de ce fait d'armes, ajoutent-elles, furent Richard fils du
roi Jean et Hubert de Burgh, ainsi que les marins des Cinq-Ports qui
n'avoient que dix-huit navires[16].

Dans les _Gestes de Philippe-Auguste_, par Guillaume le Breton,
chapelain de ce prince, l'on trouve des dtails qui diffrent de ceux
donns par les autres historiens. On y lit ce qui suit: Robert de
Courtenai, cousin du roi, et plusieurs autres grands personnages
rassemblrent une arme, et s'embarqurent pour secourir Louis. Pendant
qu'ils toient en pleine mer, ils aperurent quelques navires en petit
nombre qui venoient d'Angleterre et marchoient rapidement. Les ayant
reconnus. Robert de Courtenai fit diriger sur eux le navire dans lequel
il toit, croyant qu'il pourroit s'en emparer facilement; mais il ne fut
point suivi des vaisseaux de ses compagnons. Donc ce navire ayant
attaqu seul quatre vaisseaux anglois, fut, dans un court espace de
temps, vaincu et pris. Eustache surnomm le Moine, chevalier qui avoit
fait ses preuves tant sur mer que sur terre, Drocon le clerc, qui
revenoit  Rome, et une multitude d'autres qui furent pris dans le mme
navire, eurent la tte coupe[17].

Dans la chronique indite du chanoine de Lanercost, dont le seul
manuscrit qui me soit connu existe dans la bibliothque Cottonienne, on
lit aprs le rcit de la bataille que Eustache _archipirate_ des
Franois, qui y fut tu avec une multitude innombrable d'autres, toit
un chevalier surnomm Mathieu[18].

Mais la relation la plus curieuse de la dernire expdition d'Eustache
et de sa mort est sans contredit celle qui se trouve dans un manuscrit
de la bibliothque Harlienne. La voici en entier:

     _Arriv d'Eustache le Moine avec plusieurs barons de France
     arms._

     Cette mme anne, le jour de l'aptre saint Barthlemy, vint sur
     l'Angleterre, avec une grande flotte, vers la cte de Sandwich, un
     moine nomm Eustache, accompagn de plusieurs grands seigneurs
     franois qui esproient fermement conqurir ce royaume, et pour
     cela ils se fioient plus en la malice de ce moine apostat qu'en
     leur propre force; car il toit trs-vers dans la magie. Et ils
     avoient une telle confiance dans ses promesses, d'aprs les
     prodiges qu'il leur avoit montrs dans leur pays, qu'ils amenrent
     avec eux des femmes et des enfants, dont plusieurs au berceau, pour
     habiter l'Angleterre sur-le-champ. Et quand plusieurs de ces
     navires entrrent dans le hvre de Sandwich, on put les voir
     clairement tous except celui sur lequel toit Eustache; car il
     avoit fait une telle conjuration qu'il ne pouvoit tre vu de
     personne. Il n'apparut donc rien  l'endroit o ce vaisseau
     flottoit sinon de l'eau semblable au reste de la mer. Les gens de
     la ville furent excessivement effrays de l'arrive aussi imprvue
     de cette arme. Hors d'tat de rsister aux ennemis, ils mirent
     leur espoir en Dieu, et pleurant amrement, ils le prirent avec
     dvotion que pour l'amour de son aptre saint Barthlemy, dont en
     ce jour la fte toit clbre solennellement dans sainte glise,
     il et piti d'eux et sauvt la terre des mains de l'ennemi qui
     survenoit. A ce propos ils firent voeu qu'ils lveroient en
     l'honneur de saint Barthlemy une chapelle dans laquelle ils
     fonderoient  perptuit une _chaunterye_, s'ils pouvoient
     remporter la victoire sur leurs ennemis. Il y avoit alors dans la
     ville un homme nomm tienne Crabbe, qui autrefois avoit t
     trs-intime avec le moine Eustache susnomm; et celui-ci l'aimoit
     tant qu'il lui avoit enseign plusieurs pratiques de la magie qu'il
     connoissoit trop bien. Crabbe tant dans la ville parmi plusieurs
     autres personnes en armes, et entendant les cris lamentables du
     peuple, dit aux principaux de la commune: Si maintenant Dieu n'a
     piti de nous, le port de Sandwich si renomm jusqu' ce jour, sera
     envahi et la terre perdue; mais pour qu'on ne puisse pas dans
     l'avenir reprocher  notre postrit qu'un tel dshonneur soit
     arriv au royaume par l'entre de cette ville, je donnerai
     volontiers ma vie pour sauver l'honneur du pays; car Eustache, ce
     capitaine ennemi qui vient de survenir, ne pourra tre vu de
     personne sinon de celui qui connot la magie, et j'ai appris de lui
     cet enchantement. Je donnerai donc aujourd'hui ma vie pour le salut
     de cette terre; car, aussitt entr dans son navire, je ne pourrai
     viter la mort,  cause du nombre de personnes qui sont avec lui.
     Sur ce, tienne s'embarqua dans un des trois vaisseaux qui, seuls,
     s'apprtrent  dfendre la ville contre la grande flotte, et
     lorsqu'il approcha du navire  bord duquel toit Eustache, il
     sauta hors du sien et entra dans celui du Moine; mais tous ceux
     qui le virent se tenir et combattre sur l'eau, sans savoir avec
     qui, pensoient et disoient qu'il avoit perdu le sens ou que
     l'esprit malin leur apparoissoit sous sa forme. L il coupa la tte
      Eustache, et alors tout le monde vit clairement le navire, qui,
     pendant la vie de ce Moine apostat, toit tout invisible. Et cet
     tienne fut tout de suite tu, horriblement mutil et jet par
     petits morceaux hors du bord. Alors vint de terre une raffale qui,
     en plusieurs endroits, arracha les arbres et renversa les maisons.
     Elle entra dans le hvre et,  l'instant mme, elle fit sombrer les
     vaisseaux ennemis; mais elle ne causa aucun mal ni incommodit 
     ceux de la ville qui dfendoient le pays, si ce n'est une grande
     frayeur  ceux qui les montoient. Les Anglois disoient que tous les
     ennemis prirent par le signe d'un homme qui leur apparut en l'air
     revtu d'habits vermeils; et ceux qui le virent commencrent 
     s'crier: Saint Barthlemy, ayez piti de nous et secourez-nous
     contre les ennemis qui sont survenus. Alors ils entendirent une
     voix qui ne prononoit que ces paroles: Je m'appelle Barthlemy,
     je suis mand pour vous aider. Vous n'avez rien  craindre des
     ennemis. A ces mots il disparut, on ne le vit plus, et l'on
     n'entendit plus la voix. Celui qui se fie sur la malice peut, pour
     savoir dfinitivement ce qu'elle vaut, prendre exemple sur ce grand
     magicien.

     _De l'hpital de Saint-Barthlemy, fond prs de Sandwich._

     Aprs que ceux de Sandwich eurent ainsi remport la victoire sur
     Eustache et les ennemis, ils achetrent, aux frais de la commune,
     un emplacement non loin de la ville, et ils y firent construire une
     chapelle ddie  saint Barthlemy. Ils levrent des maisons
     contigus pour les vieillards de l'un et de l'autre sexe de la
     ville auxquels il arriveroit de tomber dans la pauvret, et ils
     achetrent des terres et des rentes  cet hpital pour sustenter
     perptuellement les pauvres gs qui y demeuroient, et entretenir
     dvotement la _chaunterye_. En outre, ils arrtrent entre eux que,
     chaque anne, la commune s'assembleroit dans la ville de Sandwich,
     le jour de la Saint-Barthlemy, et qu'ils feroient une procession
     solennelle  l'hpital susdit, chacun un cierge  la main[19].

Tous ces passages et une foule d'autres que nous ne consignons pas ici
vu qu'ils rptent ceux que nous avons cru devoir donner[20], prouvent
que c'est  Eustache le Moine que nous devons rapporter un passage qui
se trouve dans les chroniques de Walter d'Hemingford:

Dans les premiers temps du rgne d'Henry III, dit cet historien, il y
avoit un certain _tyran_ d'Espagne surnomm le Moine. Ayant dj conquis
beaucoup de butin, et rduit sous son obissance une foule de lieux, il
aspira enfin  la conqute du royaume d'Angleterre. Il demanda aux siens
quelle terre c'toit, et quel roi elle avoit, et ceux-ci lui ayant
rpondu que cette terre toit excellente et que son roi toit un petit
enfant, il rpliqua  l'instant: Il est plus convenable qu'un enfant
soit gouvern que de gouverner. Comment peut gouverner celui qui a
besoin d'tre gouvern lui-mme? marchons donc et dposons-le. Aussitt
ayant rassembl une grande flotte, une arme nombreuse et une quantit
immense de munitions, il se dirigea vers l'Angleterre; et voil que,
comme il toit en mer encore loin du rivage anglois, les mariniers des
ports sachant qu'il devoit arriver, et pouvants par le mal qu'ils
avoient entendu dire au sujet de cet homme, se tinrent en eux cette
conversation: Si ce _tyran_ dbarque, il dvastera tout, parce que le
pays n'a pas t fortifi d'avance, et que le roi avec son arme est
loin d'ici. Plaons donc nos destines entre nos mains, et attaquons les
ennemis pendant qu'ils sont encore en mer: leur courage est petit et le
secours nous viendra d'en haut. L'un d'eux dont la parole avoit du
crdit sur les autres reprit et dit: Y a-t-il quelqu'un de vous qui
soit prt  mourir pour l'Angleterre?--Me voici! s'cria l'un d'eux.
Prends une hache, reprit le premier, et si tu nous vois aborder le
navire du _tyran_, monte aussitt au mt de son navire, et abats
l'tendard qui flotte  son extrmit: de cette manire, les autres
vaisseaux n'ayant plus de chef qui les prcde seront disperss et
priront. C'est pourquoi ils s'embarqurent en toute hte, et, ayant
dploy leurs voiles au vent, ils s'lancrent avec une imptuosit
indicible sur leurs ennemis, et le Seigneur les leur livra. Puis aprs
en avoir submerg et massacr un grand nombre, ils revinrent pleins de
joie et chargs d'un butin considrable[21].

Nous le rptons, le _tyrannus ex Hispania_ nomm dans ce passage nous
parot devoir tre incontestablement le mme qu'Eustache le Moine qui
n'toit point Espagnol, mais qui, selon notre roman o l'opinion
populaire de l'poque est probablement exprime, toit all en Espagne
pour apprendre la magie.

Il falloit que la terreur inspire par Eustache ft bien grande; car il
est peu d'hommes qui ait t dsign par des pithtes aussi
fltrissantes que celle que lui donnent les chroniqueurs contemporains.
Sans parler de celles qu'on a dj pu voir dans les passages cits, nous
ferons remarquer qu'il est appel _vir flagitiosissimus, proditor regis
Angli et pirata nequissimus, prdo_, par Barthlemy Cotton. Roger de
Hoveden dit que Eustache _nunc ad hos, nunc ad illos, ut fortuna
ferebat, divertens a multis retro diebus mare illud et littora tam
cismarina quam transmarina plurimum turbaverat, insulas etiam nonnullas
plerumque occupaverat_; enfin Nicolas Trivet et Thomas de Walsingham le
dsignent ainsi: _Eustachius quondam, ut fertur, monachus, qui, ut
decebat apostatam, suam ostendens inconstantiam, spe de uno rege
transiit ad alium et tanquam de monacho factus dmoniacus, dolo et
perfidia plenus fuit_.

Le souvenir de l'expdition d'Eustache et de sa mort s'est conserv
long-temps en Angleterre; en effet, il y est fait allusion par un
anonyme dans une pice de vers sur la trahison et le supplice de Thomas
de Turbeville, qui parot avoir t compose dans les cinq dernires
annes du 13e sicle[22].

Maintenant laissons Eustache le Moine pour nous occuper de l'ouvrage qui
retrace ses aventures vraies ou supposes. Il ne se trouve que dans le
manuscrit de la Bibliothque Royale, n 7595, folio CCCXXIII, v, col.
1[23]. Il est anonyme, mais la connoissance des localits et des
familles du Boulonnois ainsi qu'une foule d'autres circonstances nous
donnent  penser que si son auteur n'toit pas n dans cette province,
tout au moins, il y habitoit ou en toit voisin. Cette dernire
supposition jointe au renseignement incomplet que nous fournit le vers
2257,  l'lgante versification du pome et au talent narratif qui y
est dploy nous induit  croire que son auteur est le roi Adam ou
Adens  qui nous devons tant de beaux pomes. Dans tous les cas, le
_Roman d'Eustache le Moine_ ne seroit pas son moindre titre de gloire.

Quant  sa composition, il rsulte videmment des vers 1297 et 2253
d'une part, et de l'autre, de la date marque  la fin du _Roman de la
Violette_, contenu dans le Ms. 7595, que l'poque en doit tre place
entre 1223, anne de l'avnement de Louis VIII au trne de France, et
1284. Or, cet intervalle est prcisment celui pendant lequel florit le
menestrel d'Henri III, duc de Brabant. Adam-le-Roi.




NOTES

DE LA NOTICE.


Note 1: Witasse-le-Moyne...., peut-tre Robert Wace, qui mit en
rimes franoises le Brut d'Angleterre, etc. (_Bibliothque
Protypographique_, Paris, Treuttel et Wrtz, 1830, in-4, index
alphabtique, p. 44, col. 1.)

Note 2: Ad prceptum ejusdem comitis Boloni Reinaldi, in
expeditione regis Franci Philippi contra Joannem Anglorum regem in
Normannia apud Radepontem commorantis. Eustacius Monachus de cohorte
sive de cursu Boloni tunc senescallus populum Mercuritici territorii,
tam equites quam pedites, convocavit, etc.--_Recueil des Historiens des
Gaules et de la France_, tome XVIII, p. 587, D. Comparez ce passage avec
le vers 374, page 14 du prsent volume.

Note 3: _Liter de homagio per Reginaldum Boloni comitem Joanni
Angli regi prstando contra Philippum Francorum regem_. Recueil de
Rymer, 2e dition, tome I, p. 50; et _Recueil des Historiens des Gaules
et de la France_, tome XVII, p. 88. Il y est appel Eustache _de
Moines_. Dans la dernire dition du Recueil de Rymer, dition, nous
avons honte de le dire, moins correcte que les prcdentes, cette charte
se trouve dans le vol. I, part. 1, Londini, 1816, in-fol., p. 105, et
Eustache y est surnomm _de Moine_; mais ce dernier nom a t mal crit.
L'original, que nous sommes all voir exprs  la Tour de Londres, o il
est cot ROT. CART. (et non _claus._) 14. JOH. M. 7, porte _Eustach' Le
Moine_. La faute commise par les diteurs de Rymer a t rpte par M.
Richard Thomson, qui rapporte le combat o Eustache fut tu, et
l'appelle _Lord Eustace de Moyne_. Voyez _an Historical Essay on the
Magna Charta of King John_: etc. London: printed for John Major, etc. M.
DCCCXXIX, in-8, p. 523.

Note 4: Paris, Debure, M. DCC. LXVI, in-4, tome I, p. 633, note
(_a_). L'auteur y rapporte la mort d'Eustache, et cite l'_Hist. nav.
d'Anglet._, tome I, p. 59, _ex notis._

Note 5: Erat autem ille (Eustachius) natione Flandrensis[5a], qui
pro hreditate prosequenda, fratribus suis sine liberis prmortuis[5b],
relicto habitu et ordine suo apostataverat; et existens pirata et
piratarum magister, multis damnosus fuit et cruentus[5c]: sed tandem,
prdo prda factus, fructus collegit viarum suarum.--_Recueil des
Historiens des Gaules et de la France_, tome XVII, p. 741, note (_a_),
col. 2.

Note 5a: Le Ms. du Muse Britannique, Bibliothque Royale, n 14.
c. VII, ajoute: _Et aliquandiu habitum religionis portavit, sed pro_,
etc.

Note 5b: Le Ms. Cottonien, Claudius D. VI, porte: _Fratre suo sine
liberis premortuo_.

Note 5c: Le Ms. Cotton., Claudius, D. VI, et celui de la
Bibliothque Royale (Muse Britannique) ajoutent: _Predis indulsit et
rapinis_.

Note 6: Item de insulis sic fiet: dominus Ludovicus mittet litteras
suas patentes fratribus Eustachii Monachi, prcipiens quod illas reddant
domino Henrico regi Angli, et nisi illas reddiderint, distringet illos
dominus Ludovicus, pro legale posse suo, per feoda, et per terras eorum,
qu de feodo suo movent, ad illas reddendas; et, si hc facere
noluerint, sint extr pacem istam.--_Fdera, conventiones, litter et
cujuscunque generis acta publica_, vol. I, part 1. Londini, 1816,
in-fol., p. 148, col. 1; et _Recueil des Historiens des Gaules et de la
France_, tome XVII, p. 111, E.

Note 7: Rex, Angero de Sandwico, etc. Mandamus tibi quod denarios
quos Eustachius le Moyne et homines justicie arestaverunt, quos habes in
custodia, liberes dilecto nostro W. archidiacono Tantoniensi,
custodiendos, quia mandavimus ei quod illos a te recipiat. Teste me
ipso, apud Gillingeham xiij. die novembris. Per Philippum de Lucy (A. D.
1205, anno 7 Joannis).--_Rotuli litterarum clausarum in Turri
Londinensi asservati_, accurante Thomas Duffus Hardy. vol. I, ab anno
MCCIV. ad annum MCCXXIV. printed by command of his Majesty William IV.
Under the direction of _the commissioners on the public records of the
kingdom_. (Londini) MDCCCXXXIII, in-fol., p. 57.

Mandatum est W. archidiacono Tottoniensi quod denarios quos Eustachius
le Moyne et homines justicie arrestaverunt, quos Angerus de Sandwico
habet in custodia, capiatis ab eodem Angero custodiendos, in manu domini
regis, quia mandatum est ipsi Angero quod illos eidem W, l iberet.--(A
la suite de la prcdente, au bas de la col. 1.)

Rex, vicecomiti Norfolcie, etc. Scias quod dedimus respectum Eustachio
Monacho de XXti marcas quas nobis debet usque ad festum sancti
Andree, et ideo tibi mandamus quod demandam quam ei inde facis ponas in
respectum usque ad predictum festum; duas autem marcatas[7a] terre unde
idem Eustachius saisitus fuit in balliva tua et quam cepisti in manum
nostram ipsum in pace habere permittas quamdiu fuerit ad presens in
servicio nostro, et quamdiu nobis placuerit. T. G. filio Petri, apud
Westmonasterium .xiij. die octobris, per eundem coram barones de
Scaccario. (A. D. 1212, an. 14 Johann.) _Close Rolls_, t. I, p. 126,
col. 1.

Rex, constabulario castri Porcestrie, salutem. Mandamus tibi quod
milites et fratrem Eustachium Monachum, quos homines Philippi de
Albiniaco duxerunt usque Porecestriam, salvo custodias in castro
predicto, eodem modo videlicet quod inde velis et debeas respondere, et
invenias eis ad commedendum de suo quamdiu habuerunt unde hoc fieri
possit. Et si voluerunt, invenias eis nuncium unum ad eundum ad amicos
suos qui eis necessaria inveniant. Servientes autem .xiij. qui prter
predictos adducti sunt liberes vicecomiti Sudhamptoniensi ducendos usque
Wintoniam, sicut ei mandavimus. Teste, me ipso, apud Sanctum-Edmundum
.iiij. die novembris. (A. D. 1214, an. 16 Johann.) _Close Rolls_, t. I,
p. 177, col. 1.

Mandatum est vicecomiti Norfolcie quod faciat habere Willelmo de Cuntes
terram que fuit Eustachio Monacho in Swafham, que est de honore
Britannie, quam dominus Rex ei concessit. Teste, me ipso, apud
Lincolniam .xxiij. die februarii. (A. D. 1216, an. 17 Johann.) _Close
Rolls_, vol. I, p. 248, col. 2.

On ne trouve aucune mention d'Eustache dans le _Registrum honoris de
Richmond_ (a Rogerio Gale). Londini: impensis R. Gosling, MDCCXXII,
in-fol., ni dans la notice sur Swaffham, qu'on lit dans an _Essay
towards a topographical history of the county of Norfolk_, by Francis
Blomefield and Charles Parkin, etc., volume III, Lynn: printed and sold
by W. Whittingham... 1769, in-fol., p. 496.

Note 7a: _Marque_, tendue de terre du revenu d'un marc d'or ou
d'argent. Voyez le Glossaire de Du Cange aux mots MARCATA TERR,
MARCHATA TERR, MARCATA; et le Supplment de D. Carpentier, aux mots
MARCATA et MERCHATA.

Note 8: Per terram nostram propriam conductum libenter prstabo;
sed si forte incideris in manus Eustachii Monachi, vel aliorum hominum
Ludovici, qui custodiunt semitas maris; non mihi imputes, si quid
sinistri tibi contingat.--_Matthi Paris Historia major_, ed. Guil.
Wats. Lond., Richard Hodgkinson, 1640, in-fol., tome I, p. 281, ligne
41; et _Recueil des Historiens des Gaules et de la France_, tome XVII,
p. 721, E.

Note 9: His ita se habentibus, rex Francorum per literas de
constantia hortatur et unanimi concordia et virili instantia, promittens
eis suppetias quantm, salvis treugis qu inter ipsum et regem Johannem
erant, eis subministrare poterat. Spondet quoque quod neminem de omni
potestate sua permittet venire in auxilium regis contra barones;
machinas etiam suas bellicas per Eustachium Monachum eis transmisit,
etc.--Ex Radulphi Coggeshale abbatis Chronico Anglicano. (_Recueil des
Historiens des Gaules et de la France_, vol. XVIII, p. 108, ligne 9.)

Note 10: Venientes igitur universi (_Ludovicus ac sui_) ad _Caleis_
portum, invenerunt ibi sexcentas naves, et quater viginti coggas bene
paratas; quas Eustachius Monachus contra adventum Ludovici ibidem
congregaverat.--_Recueil des Hist. des Gaules_, etc., tome XVII, p. 722,
B.

Ludovicus, filius Philippi regis Franci, transmisit a Calesia, ubi in
ejus adventum dictus Monachus 600 naves et 80 coggas bene paraverat, ad
Thanet in Cantia.--Ex historia Gervasii monachi ecclesi Christi
Cantuari. (_Johannis Lelandi Collectanea_, tome I, part. 1, p. 265.)

Note 11: Combat o les barons rebelles et les Franois ligus avec
eux furent vaincus. Il eut lieu dans la semaine de la Pentecte de l'an
1217. Il y a dans l'_Archologia_, vol. VIII, p. 195-208, un mmoire
curieux par le Rev. Samuel Pegge, intitul _a circumstantial Detail of
the Battle of Lincoln, A. D. 1217, Henry III_. Dans le volume XXII, p.
426-428 de la mme collection, on trouve la gravure du sceau de Louis et
une charte latine de ce prince, date du sige d'Hertford, le 21
novembre 1216, par laquelle il donne  William de Huntingfeld, pour son
hommage et service, la ville de Grimesby, etc.

Note 12: Igitur in die apostoli sancti Bartholomi, classis
Francorum Eustachio Monacho viro flagitiosissimo commissa est: ut eam
sub salvo conductu ad urbem Londoniarum conduceret et integram Ludovico
prsentaret. Ingressi itaque mare milites supradicti, habuerunt a tergo
flatum turgidum, qui eos verss Angliam vehementer urgebat; sed insidias
paratas sibi penits ignorabant. Cum itaque rapido volatu multam maris
viam emensi fuissent, pirat regis Angli ex obliquo venientes,
recensentes in parte adversa naves quater-viginti magnas, et plures de
minoribus et galeis armatis bene timuerunt bellum conserere navale cum
navibus paucis, qu inter galeias et naves alias numerum quadragenarium
non excesserunt, computatis omnibus: sed tandem de casu, qui apud
Lincolniam acciderat, in quo pauci de multis triumpharunt, animati,
audacter a tergo irruerunt in hostes. Quod cum Francigen cognoverunt,
ad arma prosiliunt: et hostibus viriliter, licet non utiliter,
restiterunt. Philippus quoque de Albeneio et balistarii cum sagittariis,
inter Francos tela mortifera dirigentes innumeram ex obstantibus in
brevi stragem fecerunt. Habuerunt prterea galeias ferro rostratas,
quibus naves adversariorum perforantes, multos in momento submerserunt.
Calcem quoque vivam et in pulverem subtilem redactam, in altum
projicientes, vento illam ferente. Francorum oculos exccaverunt. Fit
gravissimus inter partes conflictus: sed pars Francorum quorum usus non
fuerat prlium navale conserere in brevi erat funditus infirmata. Nam ab
Anglis bellatoribus et in marino prlio eruditis, telis confodiebantur
et sagittis, lanceis perfodiebantur, cultellis jugulabantur, gladiis
trucidabantur, navibus perforatis mergebantur, calce ccabantur, spes
auxilii et succursus penitus evacuabatur, fuga non patebat: unde multi,
ne caperentur ab hostibus vivi, sese sponte in maris fluctibus
projecerunt, eligentes potius mori, quam arbitrio et voluntate
adversariorum tractari, secundum illud Senec: _Arbitrio inimici mori,
est bis mori_. Omnibus igitur subjugatis, qui vivi remanserant ex
nobilioribus Francigenis, victores Angli naves omnibus viribus obtentas,
funibus colligabant atque cum ltissima victoria versus Doveram quora
sulcantes, Deum in suis operibus collaudabant. Videntes ergo milites
castelli inopinatam Dei virtutem, exierunt obviam venientibus Anglis:
atque Gallos infelices vinculis arctioribus constrinxerunt. Inter
cteros autem, de fundo et sentina cujusdam navis extractus est, diu
qusitus, et multum desideratas Eustachius Monachus, proditor regis
Angli et pirata nequissimus. Qui cum se deprehensum cognovisset,
obtulit pro vita sua et membris inestimabilem pecuni quantitatem: et
quod de ctero sub rege Anglorum fideliter militaret. Quem arripiens
Richardus, filius regis Johannis nothus[12a], ait: Nunquam de ctero
falsis tuis promissionibus quemquam in hoc sculo seduces, proditor
nequissime; et sic educto gladio caput ejus amputavit.--Matthi Paris
_Historia major_, ed. cit., p. 298, ligne 15, ou dit. de Paris, M. DC.
XLIV, in-fol., p. 206, col. 1, F; et _Recueil des Historiens des Gaules
et de la France_, tome XVII, p. 740, B, et suiv. Au bas de la page qui
contient ce rcit, on trouve dans le Ms. Cotton., Nero, D. V., fol. 214,
une reprsentation au trait de ce combat naval: notre ami M. Dudley
Costello l'a reproduite avec une fidlit tonnante dans l'eau-forte qui
est en regard du frontispice de ce volume. Il existe aussi dans un
manuscrit de l'_Historia major_, conserv dans la bibliothque du
_Corpus Christi College_,  Cambridge, sous le n C. V. XVI, une
_illustration_ presque semblable: elle est grave dans le _Horda
Angel-Cynnan_, etc., de Joseph Strutt. _London_: printed for the author.
MDCCLXXIV-VI, 3 vol. in-4, planche XXXI[12b]. Ce dernier ouvrage, comme
on le sait, a t traduit en franais par M. B*** (Boulard), et publi
sous le titre d'_Angleterre ancienne_, etc. A Paris, chez Maradan, M.
DCC. LXXXIX, 2 vol. in-4, dont le second contient les planches de
l'dition angloise.

Note 12a: Le Ms. Royal, marqu 14. C. VII, dans lequel, en cet
endroit, le texte est combin avec la variante rapporte dans la note
14, porte: _Quem quidam ex Anglis truculenter arripiens ait_, etc.--Fol.
103, v, col. 1, ligne 5.

Note 12b: Dans cette planche, on aperoit sur le vaisseau
d'Eustache quatre tendards dont nous n'avons pu blasonner les
armoiries, au reste, fort simples, et qui ne sont probablement que le
fruit de l'imagination du vieil artiste. L'un d'eux, le premier vers la
proue, porte trois croissants: seroit-ce  croire que l'auteur de ce
dessin a voulu faire allusion au sjour d'Eustache parmi les Maures de
Tolde, et a pens qu'il avoit embrass le mahomtisme? Cependant, cette
dernire imputation n'a point t leve sur le compte de notre hro;
et si, dans les chroniques, il est appel apostat, c'est uniquement pour
tre entr en commerce avec le diable et avoir dsert le clotre.

Note 13: Ici se trouve un passage que nous avons rapport plus
haut, note 5.

Note 14: Acceptis igitur secum prelectis militibus, videlicet
Henrico de Turbevilla et Richardo Suard cum quibusdam aliis, sed paucis,
optimam navem intravit habens secum quosdam de Quinque-Portubus maris
peritos. Erant autem nutui suo circiter XVI naves ben communit, sine
naviculis commitantibus, qu ad XX sunt recensit. Perrexerunt igitur
audacter, obliquando tamen dracenam, id est, _loof_[14a], ac si vellent
adire Calesiam. Quod cm vidisset Eustachius Monachus dux Francorum,
ait: Scio quod hi miseri cogitant Calesiam quasi latrunculi invadere,
sed frustr; ben enim prmuniuntur. Et ecce Angli subit, cm
comperissent ventum exhausisse, vers dracen ex transverso vento jm
eis secundo, irruerunt in hostes alacriter, et cm attigissent puppes
adversariorum, uncis[14b] injectis, attraxerunt eas ad se, et intrantes
quantocis, securibus pracutis prciderunt rudentes et antennas malum
supportantes, et cecidit velum expansum super Francos ad instar retis
super aviculas irretitas, et nobilioribus parcendo incarcerandis, in
frusta cteros detruncabant: inter quos Eustachium, qui se
defiguraverat, quem etiam in sentina invenerunt latitantem, extraxerunt
et decollaverunt.... Cum autem Hubertus victor miraculosus ad littus
ltus pervenisset, perrexerunt ei obviam omnes episcopi qui erant cum
militia et populo, sacris induti vestibus, cum crucibus et vexillis,
cantantes solemniter et Deum collaudantes.--_Recueil des Historiens des
Gaules et de la France_, tome XVII, p. 741, note (_a_), _et variantes
lectiones_  la fin des deux ditions cites de l'_Historia major_.

Note 14a: Le Ms. Cotton., Claudius, D. VI, qui contient ce mme
passage avec quelques variantes uniquement de mots, porte _dracenam que
vulgariter dicitur_ lofa.--Fol. 49, v, col. 2, ligne 7.

    E issi ke la terre unt veue
    Balt sunt e siglent leement.
    Del seust lur salt unt vent
    E fert devan en mi cel tref.
    Refrener fait tut la nef
    Curent al _lof_, le sigle turneut.
    Quel talent qu'aient s'en returnent.

(Fragment d'un _Roman de Tristan_, appartenant  feu M. Francis Douce,
fol. 11, r, col. 1, v. 1583.)

Vien du _lo_.--_Pantagruel_, chap. XXII, liv. IV, _fin de la tempeste_.
Ce mot n'a pas t expliqu par le Duchat.

Loof (_partie de l'avant du vaisseau_, appele aussi en franois le lof
du vaisseau, Fr.), the after part of a ship's bow; or that part of her
side forward where the planks begin to be incurvated as they approach
the _stem_: hence, the guns which lie here are called loof-pieces. (_A
new universal dictionary of the Marine_; etc., by W. Falconer. W.
Burney's edition, London, printed for T. Cadel and W. Davies, 1815,
in-4, p. 245, col. 2.)

Note 14b: Le Ms. Royal, 14. c. VII ajoute _et anchoris_; ce qui se
rapporte davantage avec la gravure que nous donnons en tte de ce
volume.

Note 15: _Recueil des Historiens des Gaules_, etc., tome XVIII, p.
719, E; Annales de Trivet, Oxford, 1719, in-8, tome I, p. 169. Le
passage de Trivet a t copi mot pour mot par Thomas de Walsingham,
_Ypodigma Neustri_, etc. Londini, in dibus Joannis Daij, 1574,
in-fol., p. 57, ligne 13.

Note 16: Vigilia sancti Bartholomi apostoli, x kal. septembris.
Eustachius cognomento Monachus, cum multis aliis in mari decapitatus
est, et decem magnates cum pluribus nobilibus capti sunt, et omnes naves
hostium fer centum qu ibi erant, aut capt sunt, aut submers,
quindecim tantum de omni navigio fuga elapsis. Auctores hujus facti
fuerunt Richardus, filius Johannis regis et Hubertus de Burgo, et naut
Quinque-Portuum cum XVIII navibus tantum.--_Recueil des Historiens des
Gaules_, etc., t. XVIII, p. 205, E.

Note 17: Robertus de Corteneo, cognatus regis, et multi alii magni
viri, collecto exercitu, mare ingressi sunt ut succurerent Ludovico. Dum
autem essent in medio mari, compererunt paucas naves levi cursu de
Anglia venientes; quibus compertis, fecit Robertus de Corteneo navem in
qua erat, dirigi ad eas, credens de facili eas occupare posse. Naves
autem aliorum sociorum ipsius non sunt secut eum. Sola ergo navis,
congressa quatuor navibus anglicis, in brevi superata et capta est, et
Eustachius cognomento Monachus, miles tam mari qum terr probatissimus,
et Droco Romam rediens clericus, et multi alii qui in eadem navi capti
fuerunt, decollati sunt, etc.--_Recueil des Historiens des Gaules_,
etc., tome XVII, p. 111, B.

C'est aussi ce que dit l'auteur de la chronique du monastre de
Mortemer, qui rapporte ce combat en quelques lignes. La chronique de
Rouen se contente de dire que Robert de Courtenai fut pris avec
Guillaume de Barres et une foule d'autres, ajoutant qu'Eustache le Moine
fut dcapit. Voyez le _Recueil des Historiens des Gaules_, etc., tome
XVIII, p. 356, B, et p. 361, D.

Note 18: Franci ver in manu valida et navium multitudine copiosa
venientes vice prima in medio maris victoriam adepti optatum litus
possederunt; sed vice vers a domino disponente congregatis undique
nautis iterum in medio maris ad invicem obviantes congressione facta
Angli victoriam obtinuerunt et archipiratam Francorum Eustachium
Monachum[18a] militem quemdam cognomine Matheum appellatum cum aliis
innumeris occiderunt. (Cod. Cott. Claudius. D. vii, fol. 176, v, col.
1, ligne 36[18b].)

Note 18a: Dans le Ms. ce mot est biff, et chaque lettre a sous
elle un ou plusieurs points; ce qui, dans les Mss., indique nullit.

Note 18b: Quand nous avons dit qu'il n'existoit qu'un seul Ms. de
cette chronique, nous n'avons pas entendu parler de la copie faite sur
papier dans le XVIIIe sicle, d'aprs ce mme Ms., laquelle copie se
conserve dans la Bibliothque Harlienne, nos 3424 et 3425; ni de
l'extrait crit sur papier aussi par une main moderne, lequel se trouve
dans le Ms. Harl., n 96, fol. 121-180.

Note 19: _Adventus Eustachii Monachi cum multis armatis de Francia
proceribus._

Mmes cest an, le jur Seint Barthelmeu le apostole, sur Angleterre vint
oue graunt navie en la costere de Sandwiz un moygne appell Eustace, e
en sa compaygnie plusurs grauns du poer de Fraunce, en seure esperaunce
tost la tere avoyr cunquys plus par la queytitise (sic) de cel moygne
apostota ke de lure force, kar trop de nigromaunce savoyt. Dunt se
firent tuz tant en ces pramesses par la pruve des voydies ke mustr lur
avoyt en lur pays, ke femmes et enfauns plusurs en lurs bers ovekes eus
menrent pur la tere tost enhabiter; e kaunt en la havene de Sandwiz
vindrent plusurs de ceus neefs, ver les pout-hum apertement tuz hors
pris cele neef ou dediens estoyt Eustace: sur cele de sa sorcerie taunt
fest avoyt ke veuwe ne pout estre de nul humme. Si n'y apparust riens
o cele neef estoyt flotaunte si nun soulement euwe ou remenaunt de la
mer semblable. Dunt les gens de la vile de cel host sy sodeynement venu
trop estoyent affrays; si n'avoyent lors poer as enemis rester
suffisaunt, pur quey en Deu lur espoyr mistrent et amrement lermauns de
ly socur prirent dvoutement ke pur l'amur sun apostle seint
Barthelmeu, de ky cel jur en seinte Eglise estoyt feste mmorie
sollempne, de eus en preist de sa pit mercy, e la tere sauvast du poer
des enemis survenus. E sur ceo  ly vowrent ke un chapele en le honur
seint Barthelmeu leveroyent, en laquele perpetueument establir froyent
une chaunterye en sun honur par ici ke des enemis la victorye avoir
puysent. Si estoyt un home lors en la vile Estefne Crabbe appell,
lequel jadis du moygne avaunt dist Eustace munt estoyt priv et taunt
cher le ama ke des queintises dunt trop savoyt plusurs cy enseyna. Dunt
cil par my la vile entre autre passauns arms et la crie des gens
pytouse oyaunt, as plus grauns de la commune dist: Port de graunt honur
taunt ke ensa ad ceste vile est; ms si ore Deu de nous n'eyt pit
defeste sera e la tere perdue; ms ke tel deshonour au raume par my
l'entre de ceste vile ne aviegne en repruse de nostre saunc pur le tens
 venir, ma vie huy pur le honur de la tere sauver duneray; quar cest
enemy chief survenu Eustace veu de la gent ne purra estre sinun de celi
ke cel art bien conust; ms jeo actun tens cele queyntise de ly apris.
Si durrai cest jour ma vie pur la sauvatiun de ceste tere; quar la mort
esturdre ne purroye kaunt sa neef entr serray, pur les grans gens ke
ouekes ly sunt. Sur ceo tauntost en une des troys neefs ke soulement
cuntre la graunde navie venue se appareylrent pur la vile dfendre se
mist cely Estefne; e cum  la neef o Eustace dediens estoyt approcha,
hors de sa neef sallist, si entra la neef Eustace; ms quidoyent tute
gent ke ly virent sur l'euwe estre e combatre ne savoyent  ky, sy
dysoyent ke ses sens out perdu ou ke mal espirit en furme de ly  eus
apparust. Si copa la testes ilukes de Eustace, e tauntost la neef  tote
gent clerement apparust, ke, vivaunt cet moygne apostota, tote estoyt
invisible. E fust cely Estevene hastivement ilukes occis e par pces
menues hors de la neef gettu, tut le cors horriblement demembr. E
survint une rage de vent de par la tere ke en plusurs lyus les arbres
fist aracer e les mesuns ausy reversa; si entra la havene e les nefs des
enemys j tuz sauns demure fist afundrer; ms  ceus de la vile ke la
tere furent dfendauns mal ne fist ne moleste, fors ke soulement de la
pour ke en eurent trop estoyent tuz affrays. Si dysoient les Engloys ke
les enemys tuz prirent par le signe de un humme ke en le heyr lur
apparust tut ausi cum de vermayl revestu; e comencrent  crier ceus ke
le virent disaunt: Seint Barthelmeu, de nous eyez mercy e socur nous
facs des enemys survenus. E tauntost une voiz oyrent cestes paroles
soulement sonaunte: Barthelmeu suy appell; en eyde de vous maund suy.
Des enemys ne covient doter. E s'envanist  cele parole; plus n'estoyt
veu ne voiz oye.

 Dunt cum malice puyst valer finaument ke ent se fye, en cesti puys
remirer ke trop savoyt nigremauncie.


_De hospitali Sancti-Bartholomei juxt Sandwicum fundato._

Puys kaunt en cele manre avoyent la gent de Sandwiz de Eustace e des
enemis la victorie, tauntost une place ne gres loynz hors de la vile,
as custages de la comune, purchacrent e une chapele fesoyent lever,
laquele fust dedie en le honur de seint Barthelmeu, e puys mesuns 
cele joygnauns hi fesoyent plaunter pur hummes e femmes de la vile veez
si par cas avenist en lur veilesse en povret chir. Si purchacrent
teres e rentes  cel hospital pur perpetueument sustenir les veus povres
en cel demeurauns e la chaunteryne dvoutement. E si ordinrent entre
eus ke chescun an se doyt la comune en la vile de Sandwiz assembler en
le jur seint Barthelmeu e  l'avaunt-dist hospital lur processiun fere
sollempne cirges portauns.--Ms, de la Bibliothque Harlienne, sur
vlin, du commencement du XIVe sicle, n 636, fol. 201, v, col. 2. Ce
Ms. contient une chronique d'Angleterre et principalement de Canterbury,
depuis Brutus jusqu' 1313, la 7e anne du rgne d'Edward II.

Cette histoire de la fondation de l'hpital de Saint-Barthlemy, 
Sandwich, n'est pas confirme par les historiens du comt de Kent. Il
fut tabli, suivant les autorits rapportes par Tanner, par Thomas
Crompthorn, esq., et Maud son pouse, qui toit de la famille de
Sandwich, vers l'an 1190, ou, selon Strype, dans la vie de l'archevque
Parker, p. 114, par sir John Sandwich. Voyez _Notitia monastica; or, an
account of all the abbies, priories, and houses of friers, formerly in
England and Wales_, etc, r eprinted by James Nasmith. Cambridge: printed
at the university press, by John Archdeacon, for John Nichols...
MDCCLXXXVII. in-fol. L. II. Kent. 2. Le Monasticon Anglicanum (vol. VI,
part. 2. London: printed for Joseph Harding... 1830, in-fol., p. 764,
col. 2) attribue aussi sa fondation  Thomas Crompthorn, vers 1190; il
n'y a que William Boys qui avoue qu'il est impossible de dire  quelle
poque ou par qui cet hpital fut commenc. Il sembleroit, ajoute-t-il,
si l'on en croit une bulle du pape Innocent IV, date  Lyon, de la
seconde anne de son pontificat, que cet tablissement fut fond par sir
Henry Sandwich, vers l'an 1244; mais il rsulte videmment des actes
relatifs  cet hpital qu'il commena plusieurs annes avant ce temps.
La tradition et quelques manuscrits donnent le mrite de la premire
fondation  Thomas Crawthorne et  Maud sa femme, en l'an 1190; mais
Boys n'est pas de cette opinion: il est malheureux qu'il n'ait pas connu
le rcit que nous venons de rapporter. Voyez _Collections for an history
of Sandwich in Kent. With notices of the other Cinq-Ports and members,
and of Richborough_. By William Boys, esq. F. A. S. Canterbury: printed
for the author by Simmons, Kirkby and Jones, MDCCCXCII (1792), in-4, p.
1. La bulle dont nous avons parl se trouve p. 22, appendix A.

Note 20: Radulphi Coggeshale abbatis _Chronicon
Anglicanum_.--_Recueil des Historiens des Gaules_, etc., tome XVIII, p.
113, ligne 5. Il y dit que la flotte commande par un certain Eustache,
autrefois moine, se composoit de soixante navires.

Bartholomi Cottonis _Chronicon_, Codex cottonianus. Nero, c. V, fol.
190, r.

_Chronica de Mailros_[20a], recueil de Thomas Gale, tome I, p. 193.

Chronicon Henrici de Silegrave. Cotton. Ms. Cleopatra. A. XII, fol. 42,
r, col. 1. Cet auteur dit que les barons de France qui envahissoient
l'Angleterre furent tus  Sandwich ainsi qu'Eustache le Moine (_Stacius
Monachus_) qui toit leur chef et leur prince.

_Robert of Gloucester's Chronicle transcrib'd, and now first publish'd,
from a Ms. in the Harleyan library by_ Thomas Hearne, M. A. Oxford,
printed at the Theater, M. DCC. XXIV, 2 vol. in-8, vol. II, p. 55.
Notre hro y est appel _sir Eustas the Moine_. Le Ms. du collge
d'armes cit, note 10, mme page, porte: _de Moygne._ Voyez ce Ms. cot
LVIII, fol. 301, v, vers 4. Dans le rcit en prose que contient le mme
volume, on lit, fol. 289, r, col. 1: _Eustas icleped Stace the Monck._

Chronicon Johannis abbatis S. Petri de Burgo.--_Histori Anglican
Scriptores Varii, e Codicibus Manuscriptis nunc primum editi_ (a Josepho
Sparke). _Londini_: typis Gul. Bowyer. M. DCC. XXIIV (sic), in-fol., p.
97. Eustache y est appel _pirata cruentus_.

_Chronicon londinense_, Ms. des archives de la ville de Londres, dont il
se trouve une copie dans le Ms. Harlien, n 690. Voyez cette dernire,
fol. 23, v.

Rogerii de Hoveden _Annales per anonymum continuat.--Recueil des
Historiens des Gaules_, etc., tome XVIII, p. 184, D.

Chronique d'Angleterre, indite et en franois, Ms. du Muse
Britannique, Bibliothque du Roi, 20. A. III, fol. 195, r.

Les _Anchiennes Cronicques d'Angleterre_, par Jean de Waurin, Ms. de la
Bibliothque Royale,  Paris, nos 6746 et 6749, fol. CCLXVII, v,
col. 2.

_Scala chronica_, par Gray.--_Joannis Lelandi Collectanea_, tomi primi
pars secunda, p. 356. L'auteur y dit, comme celui des chroniques de
l'abbaye de Waverley, que quinze navires parvinrent  s'chapper.

Booke of chroniques in Peter College Library.--_J. Lelandi Collectanea_,
tome I, 2e partie, p. 471.

_Caxton's chronicle._ Imprinted at London by Wynkyn de Worde, the yere
of our lorde God. M. ccccc. et .xxviij. the .ix. daye of Apryll,
in-folio, fol. lxxxvii, v, col. 2.

_A Chronicle of London, from 1089 to 1483_, etc. (edit. by Nicholas
Harris Nicolas), London: printed for Longman, etc. M. DCCC. XXVII,
in-4, p. 9.

_The History of Great Britaine_, etc., by John Speed. Imprinted at
London, anno 1623, gr. in-fol., p. 521, col. 2, ligne 9. Il appelle
notre pirate _the ruffianly apostata_, (_who of a monke becoming a
demoniacke_), etc.

_Annales, or, a general chronique of England_: Begun by John Stow.
Londini, impensis Richardi Meighen, 1631, in-fol., p. 177, col. 1.

Voyez aussi l'_Histoire d'Angleterre_ de Larrey. Rotterdam, 1707,
in-fol., part II, p. 890; celle de John Lingard. London, printed for J.
Mawman, MDCCCXXIII, in-8, tome III, p. 103, etc., etc.

Il est  remarquer que les historiens franois, ou ceux qui ont crit
sous l'influence de la France, ont vit de parler d'Eustache et mme du
combat naval dans lequel il succomba. Les _Chroniques de Saint-Denis_
n'en disent pas un mot, et le moine de la mme abbaye, continuateur de
la chronique de Guillaume le Breton, s'exprime ainsi: Rex Johannes,
nimio terrore et timore perterritus, non multo post mortuus est. Barones
Angli Henrico filio Johannis regis Angli statim adhserunt, Ludovicum
turpiter relinquentes, spreto moderamine juramenti quod ei fecerant.
Comperta ab eo proditione Anglorum, Ludovicus rediit in
Franciam.--_Recueil des Historiens des Gaules_, etc., t. XVII, p. 114,
B.

On lit dans une autre chronique, qui est indite, ce qui suit:

 Et quant li rois Jehans vit que il perdoit ensi sa terre, si manda ses
barons et lor cria merchi, et dit que il lor amenderoit  lor volent et
meteroit tout son rgne en lor main, et toutes ses forteresches, et
pour Dieu il euscent merchi de lui.

 Quant li baron le virent ensi humiliiet si lor en prist pits, et on
dist picha: Vrais cuer ne puet mentir et mult aime mieux son droit
seignour que .j. estrange. Si prisent de lui le sairement que il
s'amenderoit  lor volent et meteroit tout son rgne en lor mains, et
furent bien saisis des forteresches et vinrent  monseignor Loeis et li
disent: Sire, sachiez de voir que nous ne porriemes plus sousfrir le
damage nostre roi, quar il se vient amender envers nous, et bien sachiez
que nous ne serons plus vostre aidant, anchois serons contre vous.

 Quant mesire Loeys les entendi si fut molt courouchis et lor dist:
Comment, biel seignour! dont m'avez-vous tra? Et ils respondirent:
Il vient mult miex que nous vous falons de couvenant que nous laissons
nostre seignour exillier et destruire; mais pour Dieu! r'als-vous-ent,
si ferez que sages; quar la demoure en ces pas ne vous est preus.

 Quant mesire Loeys vit que autrement ne pooit estre, si fist atourner
sa navie et s'en revint en France, et ne pot estre rassols dusques adont
que li ostages fussent rendu.--Muse Britannique, addit. Ms. n 7103,
fol. 62, v; et Ms. de la Bibliothque Royale, fonds de Sorbonne, n
454, fol. 15, col. 1.--Ce passage a t littralement transcrit dans les
_Chroniques de Normandie_, Muse Britannique, Royal Mss. 15. E. VI, fol.
cccc. xlvij, r, col. 1.

Enfin, voici ce qu'on lit dans l'ouvrage de l'cossois Jean Mair, mort
vers 1540:

... Et per idem tempus romanus legatus dictus Gualo Ludovicum et ei
adhrentes excommunicavit: unde magnam Anglorum partem ab eo avertit,
sic quod Ludovici pars multo inferior effecta est. Quocirca tractabatur
de ejus in Gallias reditu, et pro impensis mille sterlingorum libris
donatus, pacifice, et cum procerum magna societate ad mare associatus
est.--_Historia majoris Britanni, tam Angli quam Scoti_, per Johannem
Majorem, etc. Edimburgi, apud Robertum Fribarnium, M. DCC. XL. in-4, p.
142.

Note 20a: Mon ami M. Joseph Stevenson, auquel je suis redevable
d'un grand nombre de renseignements pour la prsente publication, a
actuellement sous presse,  Edimbourg, pour le Bannatyne club, une
nouvelle dition de cette chronique que Gale n'a donne que
trs-incorrectement. Le seul Ms. connu qui la contienne se trouve dans
la Bibliothque Cottonienne, Faustina, B. IX.

Note 21: In primordiis istius novi regis (Henrici III) erat quidam
tyrannus ex Hispania cognomine _Monachus_. Hic cum multas exegisset
prdas multaque loca suo subjugasset imperio, tandem anhelavit ad regnum
Angli conquirendum; cumque qusisset  suis qualis esset terra et quis
rex, respondissentque ei: Terra quidem optima, et ejus rex puer
parvulus, confestim subintulit: Dignius est quidem puerum regi quam
regere, quomod regere potest cui necesse regi est? Eamus igitur, et
deponamus eum. Statimque magna classe congregata cum immenso apparatu
et exercitu Angliam appetiit; et cum esset in mari adhuc longe a terra,
cognoscentque marinarii de portibus adventum ejus et timuissent cum eo
quod mala prdicabantur de hoc homine, dixerunt inter se: Si
applicuerit tyrannus iste, vastabit omnia, eo quod terra non est
prmunita et longe distat  nobis rex cum auxilio suo. Ponamus igitur in
manibus nostris animas nostras, et aggrediamur eos dum adhuc in mari
sunt, quoniam virtus eorum misera et veniet nobis auxilium de excelso.
Et intulit unus cujus edicto cteri favebant: Est-ne vestrum aliquis
qui hodie pro Anglia mori paratus est? Et ait unus: Ecce ego. Tolle,
inquit, tecum securim, et si videris nos cum navi tyranni congredi,
statim navis ipsius malum ascende, et vexillum quod in altum erigitur
deprime, et sic dispergantur et pereant cter naves dum ducem non
habeant neque prcessorem. Festinanter itaque conscenderunt naves
suas, et laxatis ad ventum velis cum immense impetu irruerunt in hostes,
tradiditque Dominus eos in manus eorum, et multis submersis et peremptis
reversi sunt cum gaudio et prda magna, etc.--_Chronica Walteri
Hemingford_, recueil de Gale, tome III, p. 563, sub anno 1217. Henry de
Knyghton, chanoine de Leicester, dans son livre _De Eventibus Angli_,
lib. II, col. 2428 de l'_Histori anglican Scriptores X_ de Roger
Twysden, dit. de Londres, M DC LII, in-fol., rapporte la mme chose
dans les mmes termes,  l'anne 1216.

Note 22: Nous avons cru devoir publier cette pice  la suite de
cette notice.

Note 23: La description de ce manuscrit se trouve  la suite de la
notice du _Roman de la Violette_. Paris, Silvestre, 1834, in-8, p.
xlj.

     FIN DES NOTES DE LA NOTICE.




  VERS SUR LA TRAHISON ET LE SUPPLICE
  DE THOMAS DE TURBEVILLE.

  MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHQUE COTTONIENNE
  COT

  CALIGULA, A. XVIII.
  FOL. 21, RECTO.


    Seignurs e dames, escutez.
    De un fort tretur orrez
    Ke aveit purveu une treson;
    Thomas Turbeville ot  non.
    A Charlys aveit promis
    E jur par seint Denys
    Ke il li freit tute Engleterre
    Par quentise e treson conquere.
    E Charles li premist grant don.
    Teres e bon garison.
    Li treitre  Charlis dit
    Ke il aparillast sanz respit
    De bone nefs grande navie
    E de gent forte compaignie.
    E il le freit par teus garner
    O il dussent ariver
    En Engleter sodeinement.
    Li traiture sanz targement
    En Engletere tot se mit.
    Au rei sire Edewars vint e dist
    Ke si aprs li vodera fere
    Tutes ses choses deust conquer
    Ke sire Charlis li aveit
    A force e  tort tollet;
    Issi ke li losengur
    De ambe part fu traitur.
    Sire Edeward n'entendi mie
    Del treitre sa tricherie.
    Ke il aveit issi purveu
    A grant honur le ad receu
    E en sa curt fut grant mestre.
    Quant ot espi tut son estre
    E le conseil de Engleter.
    Li treitre feseit un bref fere
    A sire Charlis privment
    O ariver deuissent sa gent
    En Engletere e li pas prendre;
    A sire Edeward fu fet entendre
    Cum Deu le out destin.
    E le bref ly fut mustr
    E tout ensemble la treson.
    Li rei fit prendir cel flon
    Thomas le treitur devant dit
    Ke fist faire cel escrit.
    A Lundres par mie la cite
    Treigner le fist en une core
    De une tor envolup.
    Nul autrement ne fut arm.
    Haume n'out ne habergun;
    Cillante pierres  grant fusiun
    Aveit-il entur son flanc
    Ke li raerent le sanc.
    Aprs fu li trature pendu
    E le alme ala  Belzebu rendu.
    Ne aveit autre gareson.
    Issi deit l'en servir flon;
    En furches pent li malurez.
    Des chenes e de fer liez.
    Nul home n'el deit enterrer
    Tant cum son cors porra durer.
    Iloec pendra cel trichur:
    Teu garison ad pur son labour.
    Or purra Charles pur ver
    Aprs li longement garder
    Einz k'il venge pur sa treison
    Demander de li garison.
    Sire Edeward pur la grant navye
    De France ne dona une aylle.
    De vaillante gent fist la mer
    De tut part mut ben garder;
    De Engleter sunt failliz
    Ly Franceys e sunt honiz.
    En la mer grant tens flotrent;
    Li pors plusurs de eus turent.
    A Dovere firent sodoinement
    Un assaut, e de lur gent
    Plus de V. sent y perdirent;
    Unkes plus de prou ne firent.
    Ore sunt tuz, jeo quide, neez
    Ou en lur teris retornez.
    E penduz pur lur servise
    Ke Engleter n'aveyent prise;
    E ceo Charles lour promist
    Si nul de eus revenist.
    Sire Charles, bon chebaler.
    Lessez ester ton guerrer;
    Acordez  ton cosin.
    E purpensez de la fin.
    Si Engleter guerirez
    Jams ben n'espleyterez.
    Ne ne firent voz ancestres
    Ke se tindrent si grant mestres.
    Ly ducs Lowys ton parent,
    _Estaces le Moyne_ ensement
    E autres Franceys assez
    Ke ne sunt pas ici nomez.
    Damne-Deu omnipotent
    Vous doynt bon acordement!

    AMEN.

Cette pice a dja t publie, mais trs-incorrectement, par M. Nich.
Harris Nicolas, p. 195 de son dition de a _Chronicle of London_.

Voyez l'histoire de la trahison et du supplice de Thomas Turbevyl ou de
Turbeville (1295) dans la chronique de Henry de Knyghton, chanoine de
Leicester, dans les _Histori anglican scriptores X_, ed. Roger
Twysden, Lond. m dc lii, in-fol. col. 2502-2504; dans l'_Histoire
d'Edward_ Ier par Walter Hemingford (_Walterii Hemingford canonici de
Gisseburne. Historia de rebus gestis Edvardi I. Edvardi II, e t Edvardi
III. E codicibus MSS. nunc primm publicavit_ Thom. Hearnius. Oxonii, 
Theatro Sheldoniano, MDCCXXXI. 2 vol. in-8, tome I, p. 58-61); dans la
vie d'Edward I, par Pierre de Langtoft, en vers anglo-normands de 12
syllabes, Ms. du Collge d'armes,  Londres, n xiv, chap. xxiiij, fol.
139, r, col. 1; dans la _Peter Langtoft's Chronicle_, etc. ed. Thom.
Hearne. Oxford, printed at the theater, M. DCC. XXV, a vol. in-8, t.
II, p. 267-270; dans la chronique du chanoine de Lanercost, Ms. de la
Bibliothque Cottonienne. Claudius, D. VII, fol. 203, r, col. 2; enfin
dans celle de Barth. Cotton, Ms. de la mme collection. Nero, c. v. fol.
240, r, ligne 25. Dans ce dernier ouvrage, indit et en latin comme le
prcdent, on trouve une lettre en franois qu'auroit crite le tratre
au prvt de Paris, et la description de son supplice ainsi:

Il vint de la Tur mont en povre hakeney en une cote de raye et chauc
de blaunche chauces et sa teste coverte de une houel et ses piez lyez
desus le ventre del chival et ses meyns lyez devant lui; et furent
chivauchaunz entur luy sis turmenturs  la furme de le deble atiretz et
le un mena saen freyn et le hangeman sa chevestre; kar le chival ke luy
porta aveyt le un et l'autre. Et en tel manre fut-il men de la Tur
dekes  Weymocter par my Londres, e feu jug al ds en la graunt sale,
et sire Roger Brabazun[24] luy dona soen jugement ke il fut treyn et
pendu et ke il pendeseyt taunt come ren feut enter de ly. E il feut
treyn sur un quir de bof frs de Weymocter al cundut de Lundres e arre
as furches. Et l est-il pendu de une chne de fer e pendra taunt que
ren de ly durer pura. (fol. 241, r, ligne 2.)

Note 24: Voyez, sur la famille de Brabazon, qui toit originaire de
Normandie, _Genealogical history of the family of Brabazon, from its
origin, down to sir william Brabazon, lord treasurer, and lord chief
justice of Ireland, temp. Henri VIII. who died in 1552_(by Hercules
Sharp.)... Paris, printed by J. Smith (for private distribution only).
July, 1825, in-4; et sur Roger, p. 4 et 5.




ADDITIONS ET CORRECTIONS.


Nous devons  notre ami, M. Thomas Duffus Hardy, la communication
tardive de cette charte, qu'il a collationne sur l'original, et qui
doit bientt reparotre dans ses _patent Rolls_.

     Rex omnibus ballivis portuum maris, etc. Mandamus vobis quod, si
     Eustachius Monachus non reddiderit Willelmo Le Petit navem suam
     quam cepit, sicut illi mandavimus, sitis eidem Willelmo in auxilio
     quod illam habeat ubicumque illam invenerit in terra nostra. Et in
     hujus rei testimonium has litteras nostras patentes inde vobis
     mittimus. Teste W. de Wroth, archidiacono Tautoniensi, apud
     Suhamton .xiij. die aprilis (A.D. 1205, an. 7 Johann.)--_Rotuli
     selecti ad res anglicas et hibernicas spectantes ex archivis in
     domo capitulari West-Monasteriensi deprompti cura_ Josephi Hunter,
     s. a. s. (London) 1834, in-8, p. 26.

     Le Roi,  tous les baillis des ports de mer, etc. Nous vous mandons
     que, si Eustache le Moine ne rend pas  Guillaume Le Petit le
     navire qu'il lui a pris, ainsi que nous le lui avons ordonn, vous
     aidiez audit Guillaume  ravoir son btiment en quelque lieu de
     notre terre qu'il le trouve; en foi de quoi nous vous envoyons ces
     lettres-patentes. Tmoin, W. de Wroth, archidiacre de Taunton, 
     Southampton, le 13 avril.

Notre ami et ancien compagnon  l'cole des chartes, sous MM. de l'pine
et Tourlet, M. Berbrugger vient de trouver  la Tour de Londres, o il
est employ  la transcription des _patent Rolls_, les chartes suivantes
que nous regrettons de n'avoir pas connues assez tt pour les donner en
leur lieu. Les voici d'aprs sa copie que nous avons collationne
nous-mme sur l'original, bien que son talent en lecture diplomatique
nous ft assez connu pouraaa nous dispenser de ce soin.

     Rex, omnibus ballivis portuum maris et aliis ad quos presentes
     littere pervenerint, etc. Sciatis quod concessimus Eustachio
     Monacho quod salvo et secure possit venire in terram nostram, et
     stet ibi et redeat usque ad octabum sancti Johannis Baptiste, anno,
     etc. viij; ita tamen quod respondeat mercatoribus de terra comitis
     Namurci et de terra nostra et aliis, si qui de eo conquesti fuerint
     de tolt[=a] qua eis fecerit. Teste, Gaufredo filio Petri, apud
     Portesmuth .xxv. die mai.--_Patent Rolls_. A. D. 1206, an. 8
     Johann.

     Le Roi,  tous les baillis des ports de mer et aux autres  qui les
     prsentes parviendront, etc. Sachez que nous avons accord 
     Eustache le Moine de pouvoir venir en toute sret dans notre
     terre, y rester et s'en retourner, jusqu' l'octave de S.
     Jean-Baptiste, de la huitime anne de notre rgne; pourvu qu'il
     rponde au marchands de la terre du comte de Namur, de notre
     royaume et autres, s'il est quelqu'un qui se plaigne d'avoir t
     dpouill par lui. Tmoin, Geffrei Fitz-Peter. A Portsmouth, le
     vingt-cinq mai.

     Rex, omnibus, etc. Sciatis quod concessimus Eustachio Monacho
     salvum et securum conductum, in veniendo in terram nostram Anglie
     et in morando ibi et redeundo, usque ad Pentecosten, anno regni
     nostri nono. Et in hujus rei testimonium has litteras nostras
     patentes ei fecimus. Teste, Gaufredo filio Petri, apud Geldeford
     .vje. aprilis.--_Ex rotulo litterarum patentium, anno regni regis
     Johannis nono_, n 4.

     Le Roi,  tous ceux, etc. Sachez que nous avons accord  Eustache
     le Moine un sauf conduit pour venir dans notre royaume
     d'Angleterre, y sjourner et s'en retourner, jusqu' la Pentecte
     de la neuvime anne de notre rgne (1207). Et en tmoignage de
     ceci nous lui avons fait dresser ces lettres-patentes. Tmoin,
     Geoffrey Fitz-Peter,  Guildford, le 6 avril.

Page xxviij, ligne 20.

A la suite de cette charte o, gar par la table des _close Rolls_,
vol. I, p. 710, col. 3, j'ai lu _fratrem Eustachium Monachum_, pour
_fratrem Eustachii Monachi_, s'en trouvent deux autres qui ont t
places dans l'ordre inverse du sens, et que je rapporterai parce
qu'elles sont le complment de la premire. Les voici ranges comme
elles devroient l'tre:

     Rex vicecomiti Sudhamptonie, salutem. Mandamus vobis (sic) quod
     recipias de constabulario Porcestrie quatuordecim servientes[25]
     qui capti fuerunt in insula de Serke[26], quos tibi liberabit, et
     illos sub salva custodia ducatis Wintoniam et ibi eos liberes
     Matheo de Wallopio. Et ei mandavimus quod illos de te capiat.
     Teste, me ipso, apud Sanctum-Edmundum, quarto die novembris.

     Rex Matheo de Wallopio, salutem. Precipimus tibi quod recipias
     quatuordecim servientes qui capti fuerunt in insula de Serk, et
     illos in salvo in fundo carceris custodias. Has litteras, etc.
     Teste, me ipso, apud Sanctum-Edmundum, .iiij. die novembris (A. D.
     1214, an. 16 Johann.). _Close Rolls_, t. I, p. 177, col 1.

     Le Roi au vicomte de Southampton, salut. Nous vous mandons que vous
     receviez du constable de Porchester quatorze _serjans_ qui ont t
     pris dans l'le de Serk et que cet officier vous dlivrera; que
     vous les conduisiez  Winchester sous bonne garde, et que l vous
     les remettiez  Matthieu de Wallop: nous lui avons mand qu'il les
     reoive de vous. Tmoin, moi-mme,  Saint-Edmond, le 4 novembre.

     Le Roi  Mathieu de Wallop, salut. Nous vous ordonnons de recevoir
     quatorze _serjans_ qui ont t pris dans l'le de Serk, et de les
     garder en sret au fond d'un cachot. Nous vous envoyons ces
     lettres-patentes. Tmoin, moi-mme, _comme dessus_.

Nous ajouterons ce passage d'une charte que nous avons omis parce qu'il
n'a pas t indiqu  la table des _close Rolls_:

     Rex, etc. W. thesaurario et G. et R. camerario, salutem..... Et
     liberate Rogero de Chauto et Terrico de Arde qui duxerunt fratrem
     et avunculum Eustachii Monachi prisones de insula de Serke,
     quadraginta solidos, per eundem episcopum (Petrum Wintoniensem
     episcopum)... Teste, domino Wintoniensi episcopo, apud
     Westmonasterium .iiij. die novembris (A. D. 1214, an. 16
     Johann.).--_Close Rolls_, t. I, p. 175, col. 2.

     Le Roi, etc.,  W. le trsorier,  G. et  R. le chambellan,
     salut..... Et dlivrez  Roger de Chauton et  Thierri d'Ardenne
     qui ont conduit le frre et l'oncle d'Eustache le Moine,
     prisonniers de l'le de Serk, quarante sols, par les mains du mme
     vque (Pierre, vque de Winchester)... Tmoin, le lord vque de
     Winchester,  Westminster, le 4 novembre.

Voici maintenant deux nouvelles chartes indites, relatives toujours aux
prisonniers de l'le de Serk:

     Rex, constabulario Porcestrie, salutem. Mandamus tibi quod sine
     dilatione liberes presencium latoribus, fratri Hugoni de
     Sancto-Wolmaro et Bensom clerico, prisones subscriptos qui capti
     fuerunt in insula de Serk et sunt in custodia tua, scilicet: Isaac
     de Wylre, Baldewinum de Alvingeto, Baldewinum de Werchin, Arnulfum
     de Asincort, Bri[~c] de Brunesverd et Jacobum fratrem Eustachii
     Monachi[27]. Et ex hoc capias ab eisdem presencium latoribus
     literas suas patentes et testificantes quod eos receperint, et
     literas illas nobis sub festinatione mittas. Hoc autem totum fiat
     per visum et testimonium legalium hominum et discretorum. Et in
     hujus rei testimonium, etc. Teste, me ipso, apud Londonias apud
     Novum Templum Lond. .vij. die januarii, anno regni nostri ut supra
     (xvj. A. D. 1215).

     Le Roi, au constable de Porchester, salut. Nous vous mandons que
     sans dlai vous dlivriez aux porteurs des prsentes, frre Hugues
     de Saint-Saumer et Bensom le clerc, les prisonniers ci-aprs nomms
     qui ont t pris dans l'le de Serk et qui sont sous votre garde,
     c'est  savoir: Isaac de Wylre, Baudouin de Alvington, Baudoin de
     Werchin, Arnould de Asincourt, Bri[~c] de Brunesverd et Jakemin
     frre d'Eustache le Moine. A ce sujet, vous aurez  prendre des
     porteurs des prsentes leurs lettres-patentes attestant qu'ils ont
     reu lesdits prisonniers, et  nous envoyer ces mmes lettres
     promptement. Mais que tout cela se fasse au vu et en la prsence de
     personnes lgales et discrtes. En foi de quoi, etc. Tmoin,
     moi-mme  Londres, au Temple Neuf de Londres, le 7 janvier, la
     16e anne de notre rgne.

     Rex, Joscelino de Montibus, constabulario Porcestrie, etc. Mandamus
     vobis quod, statim visis litteris istis, deliberetis a prisona
     omnes illos qui capti sunt in insula de Serke, homines videlicet
     Eustachii Monachi, si adhuc in prisona nostra apud Porcestriam
     detinentur. Nec omittatis eos deliberare, licet nomina eorum in
     litteris presentibus non imprimantur, quod nomina eorum ignoramus.
     Et in hujus, etc. vobis mittimus. Teste, me ipso, apud Novum
     Templum Londonias, .xx. die aprilis, anno regni nostri
     .xvj.--_Patent Rolls_, 16th of John.

     Le Roi,  Joscelin des Monts, constable de Porchester, etc. Nous
     vous mandons qu'aussitt ces lettres vues vous dlivriez de prison
     tous ceux qui ont t pris dans l'le de Serk, savoir les hommes
     d'Eustache le Moine, s'ils sont encore dtenus dans notre prison 
     Porchester; et n'oubliez pas de les dlivrer quoique leurs noms ne
     soient point marqus dans les prsentes, et cela parce que nous les
     ignorons. En foi de quoi nous vous envoyons les prsentes
     lettres-patentes. Tmoin, moi-mme, au Temple Neuf  Londres, le 20
     avril, la 16e anne de notre rgne.


DELIBERACIO OBSIDUM.

     Rex, abbatisse de Wilto, salutem. Mandamus vobis quod liberetis
     Eustachio Monacho filiam et obsidem suam quam habetis in custodia.
     Et in hujus, etc. Teste ut supra (Teste rege, apud Runimed, .xxj.
     die junii, anno regni ejusdem .xvij.)--_Patent Rolls_, 17th of
     John.


DLIVRANCE DES TAGES.

     Le Roi,  l'abbesse de Wilton, salut. Nous vous mandons que vous
     dlivriez  Eustache le Moine sa fille et son tage que vous avez
     en votre garde. En foi de quoi, etc. Tmoin comme dessus (Tmoin le
     Roi,  Runimed, le 21 juin, la 17e anne de notre rgne).

Il est  remarquer que cette charte se trouve parmi celles ordonnant la
reddition des tages donns au roi Jean par les barons rvolts contre
lui.


     Rex, Wilielmo de Albrincis, salutem. Sciatis quod, si veneritis ad
     nos, nos remittimus vobis omnem iram et indignacionem quam erga vos
     concepimus usque in hodiernum diem, sive pro Eustachio Monacho qui
     applicuit apud Folkesta, sive pro aliis. Et damus vobis salvum
     conductum nostrum in veniendo ad nos, morando et recedendo et
     omnibus illis qui vobiscum venient. Et in hujus rei testimonium,
     etc., vobis mittimus. Teste me ipso, apud Doveram .xviij. die
     septembris, anno regni nostri .xvij. Per dominum Wintoniensem
     episcopum.--_Patent Rolls_, 17th of John, memb. 16, n 54.

     Le Roi,  William de Albrinc, salut. Sachez que si vous venez 
     nous, nous vous pardonnons toute la colre et l'indignation que
     nous avons conue contre vous jusqu' prsent, soit pour Eustache
     le Moine qui a dbarqu  Folkestan, soit pour d'autres causes. Et
     nous vous donnons,  vous et  tous ceux qui viendront avec vous,
     notre sauf-conduit pour venir auprs de nous, y rester et vous
     retirer. En foi de quoi nous vous envoyons ces lettres-patentes.
     Tmoin, moi-mme,  Douvres, le 18 septembre, la 17e anne de
     notre rgne. Par le lord vque de Winchester.

Nous terminerons en rapportant les passages suivants de la chronique du
prieur de Dunstaple, dont les deux premiers surtout sont trop
importants pour ne pas trouver ici leur place:

     Et tunc, mense martio (1211), venerunt ad regem in Angliam,
     Henricus, frater imperatoris Otonis et comes de Hollande, et comes
     Boloni. Et rex Franci cepit omnes naves Angli, qu applicuerunt
     in terra sua; et ideo rex Angli cepit multos de Quinque-Portubus.
     Et tunc Eustacius pirata, dictus Monachus, aufugit a nobis ad regem
     Franci cum quinque galeis, quia comes Boloni insidiabatur
     ei.--_Chronicon sive Annales prioratus de Dunstaple, una cum
     excerptis e chartulario ejusdem prioratus. Thomas Hearnius e
     codicibus Mss. in Bibliotheca Harleiana descripsit, primusque
     vulgavit._ Oxonii e Theatro Sheldoniano, MDCCXXXIII, 2 part. in-8,
     p. 58.

     Burgenses etiam de Quinque-Portubus navali exercitu homines, arma
     et victualia, qu Lodowicum sequebantur, interceperunt: et sic
     factum est prlium non solum in terra sed etiam in mari. Nam
     Eustachius dictus Monachus, pyrata fortissimus, et Galfridus de
     Luchi (_vel_ Luci) ex parte Lodowici insulas regis ceperunt, et
     multas seditiones ei moverunt.--_Ibid._, p. 76.

     .... Cum, ad dict Blanch instantiam, multi nobiles et potentes
     de Francia venissent in succursum Lodowici; episcopus, et comes
     Salesbyri, et justiciarius, cum regis exercitu, apud Doroberniam
     eos navali bello ceperunt; et, inter infinitos, Eustachium Monacum
     occiderunt, qui utriusque partis prvaricator extiterat, solos
     nobiles vit reservantes. (An. 1215.)--_Ibid._, p. 82.

     Et alors, au mois de mars, Henri, frre de l'empereur Othon et
     comte de Hollande, et le comte de Boulogne vinrent au roi (Jean) en
     Angleterre. Et le roi de France prit tous les navires anglois qui
     abordrent dans sa terre et, pour cette raison, le roi d'Angleterre
     en prit un grand nombre des Cinq-Ports. Et alors Eustache, pirate
     surnomm le Moine, s'enfuit de nous au roi de France avec cinq
     navires, parce que le comte de Boulogne lui dressoit des embches.

     De leur ct, les bourgeois des Cinq-Ports, ayant rassembl une
     flotte, interceptrent les hommes, les armes et les vivres qui
     suivoient Louis: et ainsi il y eut combat sur terre et sur mer; car
     Eustache, dit le Moine, pirate intrpide, et Geoffroi de Luchi
     (_ou_ Luci) s'emparrent pour Louis, des les du roi et excitrent
     contre celui-ci beaucoup de sditions.

     Plusieurs nobles et puissants seigneurs de France tant venus au
     secours de Louis, d'aprs les instances de Blanche susnomme;
     l'vque et le comte de Salisbury et le justicier avec l'arme du
     roi les firent prisonniers dans un combat naval; et, ne laissant la
     vie qu'aux seuls nobles, ils mirent  mort, parmi une foule
     d'autres, Eustache le Moine qui avoit forfait contre l'un et
     l'autre parti.

Note 25: Voici les noms de ces _serjans_ tels que nous les donnent
les _close Rolls_, t. I, p. 202, col. 2:

_Nomina servientium qui capti fuerunt in insula de Serke._

Eustachius le Bor--Radulphus de Creki.--Taffin de Tuberville.--Petrus
de Carmer.--Tasin de Bauchukeha[~m].--Phelippes.--Rakedale.--Gyles de
Freisnes.--Giles Maikes.--Engerandus de Vreci. Masekin.--Gerardus de
Fankes. Colin Gerardin.--Huet de Badom.

Note 26: _Serk_ ou _Sark_, petite le,  six milles  l'est de
Guernsey, longue d'environ trois milles, et large environ d'un. Voyez
une notice sur elle dans _The History of the island of Guernsey... With
particulars of the neighbouring islands of Alderney, Serk and Jersey.
Compiled... by_ William Berry, etc. London, published by Longman...
1815, in-4.

Note 27: Ils sont ainsi nomms dans la liste dj cite qui a t
publie dans les _close Rolls_ sous la 16e anne du rgne de Jean (A.
D. 1215):

_Nomina militum qui capti fuerunt in insula de Serk._

Jakemin.--Isaac de Vyrre.--Brituis de Colesburc de Vreci.--Arnulfus
Desincort. Baldewi Dallingetu.

[Illustration: _H. Jouy script. e MS. Bibl. Reg. N. 7595._]




ROMAN

D'EUSTACHE LE MOINE.

_Chi comment li Romans de Witasse le Moine._


    Del moigne briement vous dirai
    Les examples si com je sai.
    Il se rendi  Saint-Saumer.
    A .viij. liues pris de la mer;
    Illuecques noirs moignes devint                                    5
    Puis ke de Toulete revint.
    O il ot apris nigremanche.
    N'ot homme el roiaume de Franche
    Ki tant sust ars ne caraudes.
    A maintes gens fist maintes caudes.                               10
    Il avoit  Toulete est
    Tout .j. ivier et un est
    Aval sous terre en .j. abisme
    O parloit au malf misme.
    Qui li aprist l'enghien et l'art                                  15
    Qui tout le mont dechoit et art.
    Il aprist mil conjuremens,
    Mil caraudes, mil espiremens;
    Il set en l'espe garder
    Et le sautier faire torner,                                       20
    Et par l'espaule au mouton
    Faisoit pertes rendre  fuison;
    Si savoit garder el bachin
    Pour rendre perte et larrechin.
    Femmes faisoit encamuder                                          25
    Et les hommes enfant suer.
    Il n'ot homme jusqu' .S. Jake
    Qui tant sust de dyodake.
    Del firmament ne de l'espere.
    Il contrefaisoit le cimre,                                       30
    La beste c'on ne puet connoistre;
    Les moignes fait pir et cloistre.
    Quant Wistase ot asss apris.
    Au dyable congi a pris.
    Li dyables dist k'il vivroit                                      35
    Tant que mal fait asss aroit.
    Rois et contes guerrieroit
    Et en la mer occis seroit.
    Wistasce s'en revint en Franche.
    Qui puis fist mainte pute enfanche.                               40
    Une nuit vint  Montferrant.
    Illuec fist dyablie grant.
    El demain ains k'il s'em partist,
    .J. grant mangier atorner fist
    Cis une riche tavrenire,                                        45
    Qui molt ert orgillouse et fire.
    Che fu en unes moustisons.
    Wistaces ot trois compaignons
    Ki de Toulete od lui venoient.
    Li moust par la maison estoient                                   50
    .Xxx. touniaus en i avoit.
    Wistaces i mangue et [i] boit
    Il et la tavrenire ensamble;
    Et quant ont mangi, che me samble.
    Et che vint  l'escot paiier,                                     55
    Wistaces n'avoit nul denier
    De la monnoie dou pas
    Fors que tornois et paresis.
    La dame molt lor mesconta.
    Et lor monnoie refusa;                                            60
    Por. iij. sols c'orent despendus
    Pairent-il .vj. sols ou plus.
    Wistaces, qui molt sot de gile.
    Quant il dut partir de la vile.
    La tavrenire enfanmenta,                                         65
    Et sour le suel .j. grain jeta
    K'il avoit conjur forment;
    Et la tavrenire erramment
    S'est descouverte dusc' al chaint.
    Dou premier touniel qu'ele ataint                                 70
    A toutes les broces ostes;
    Grant marchi fait de ses denres;
    Ele s'escrie: Or ch, baron!
    Li vins aloit par la maison;
    Hommes et femmes acouroient,                                      75
    Et quant le suel pass avoient.
    Li homme lor braies avaloient
    Et les femmes se descouvroient
    Dusch' al chaint ou dusqu' al umbril:
    Ainc n'ostes si viel bestil                                      80
    Com en la maison demenoient.
    Des touniaus les broches ostoient;
    Li vins s'en vait par mi les rues.
    Toutes les gens i sont courues;
    Mais nus n'osoit laiens entrer                                    85
    Ki ne sust son cul moustrer
    A chascun de chiaus qui entroit.
    Pour chou nus entrer n'i osoit.
    Il s'aperchurent en la fin
    Che qu'orent fait li plerin                                      90
    Ki laiens avoient mangi.
    Et li borgois sont eslaissi;
    Apris Wistace vont poignant.
    A trois liues de Montferrant
    Vont les plerins ataignant.                                      95
    Li bourgois lor vont escriant:
    Dans plerins, par cha saurrs.
    Et Wistaces s'est regards.
    Si a dit  ses compaignons:
    On nous siut. Chi quel le ferons?                              100
    Par mon chief, dist uns viex barbs
    Qui  Toulete ot. xx. ans ms.
    Or sois trestout asur;
    Je lor ferai j tel pur.
    N'i a clerc ne bourgois ne prestre                               105
    Qui pour .v. marcs i volsist estre.
    Li viels fait son conjurement.
    Et une rivire descent
    Grans et le, parfonde et noire.
    Graindre que n'est Saine ne Loirre,                              110
    Entre les clers et les borgois.
    Li borgois furent en esfrois.
    Il s'en retournrent arrire.
    Tousdis les sivoit la rivire.
    Adis lor batoit as talons;                                      115
    Il aloient  reculons.
    Car de noier paour avoient.
    Et li plerin les sivoient.
    A Montferrant s'en retornrent.
    Li plerin apris entrrent.                                     120
    Quant Wistaces entre en la vile
    Adont recommencha sa gile.
    Li bourgois escrient ke mugne.
    Et Wistace au viel homme clugne
    K'il fache son conjurement                                       125
    Pour espoenter cele gent.
    La bancloque prist  sonner.
    Gens commenchent  assambler
    Et li vils barbs erramment
    Commencha son conjurement.                                       130
    Tuit s'aerdent par les cavials.
    Uns grans bestens leva entr'iaus;
    Ainc ne vistes tel mesle
    Sans cop de machue ou d'espe.
    Si com chascuns i sourvenoit,                                    135
    Au premerain k'il encontroit
    Donnoit del puing ou hateriel.
    L ot donn maint hatipliel;
    Bien s'entretenoient .ij. mile
    A Montferrant par mi la vile.                                    140
    Li uns boute, li autres sache.
    Cil chiet aussi comme une vache.
    Cil fait voler son compaignon.
    Cil s'escrie: Dame! baron!
    Nus ne venoit  la mesle                                        145
    Ki n'i ust cop ou cole.
    Wistace entr'iaus un grain jeta.
    Tout maintenant les desevra;
    Si s'en r'alrent maintenant.
    Em pais furent comme devant.                                     150
    Del vin n'i ot noient perdu.
    Tout fu aussi com devant fu.
    Toutes les femmes se covrirent
    Ki par devant se descouvrirent.
    Et li hom lor braies montrent                                   155
    Ki par devant les avalrent;
    Chascuns  son hostel s'en va,
    Et Wistaces s'achemina.
    Onques puis nus ne le sivi.
    Un careton a consivi                                             160
    Qui une carete menoit
    A .iiij. chevals qu'il avoit.
    A .vj. liues en son chemin
    Aloit pour .j. touniel de vin.
    Wistaces et si compaignon                                        165
    Demandrent au careton
    Por combien il les porteroit
    Dusch'  la vile o il aloit.
    Il respont: Pour .xij. deniers.
    Et tu les auras volentiers.                                    170
    Lor marchi orent fait atant;
    Il montent, si s'en vont batant.
    Li caretons fiert les chevals.
    Et il saloient les grans sals
    Par mi une cauchie  forche.                                     175
    A Wistace le cul escorche.
    Car la carete ruisteloit.
    Male alure les menoit.
    Dit Wistaces au caretier:
    Dex te doinst hui mal encombrier!                               180
    Trop nous mainnes male alure.
    Dex te doinst hui male aventure!
    Bials sire, dist li caretons.
    De demourer mestier n'avons;
    Il m'estuet faire ma jorne,                                     185
    Je cuic que none est j passe.
    Wistace voit riens ne li valt:
    Va bielement, fait-il, ribaut.
    Que le mal soies-tu haitis.
    Que tous nos cus as escorchis!                                 190
    Cil fiert ses chevals durement.
    Et li viex barbs erramment
    Commencha .j. conjurement.
    Queque cil plus avant aloit.
    Plus li sambloit k'il reculoit.                                  195
    Li viex commenche  conjurer
    Et cil commenche  reculer;
    Ses chevals commenche  frir.
    Et il reculoient d'ar.
    Diu commencha  renoier                                          200
    Et ses chevaus  manechier:
    Hari! Martin! hari! Fauviel!
    Por les boiaus, pour le cerviel!
    Huet! avant vois, por les dens!
    Pour poi que tous ne vous cravens.                               205
    Hari! viels jumens estae.
    Jamais de vous n'aura ae.
    Cil se commenche  foursener.
    Car tosdis cuidoit reculer.
    Signeurs, dist-il, car descends,                               210
    Que le mal sois-vous monts!
    Je vous claim mon loier tot cuite.
    Quant chascuns voit que il s'acuite
    Et que il ont pai lor dete.
    Il saillent fors de sa carete                                    215
    Et li caretons s'aperchut.
    Ki bien cuida estre dchut.
    K'il n'estoit mie reculs.
    Ains ert tousjors avant als.                                    220

    Wistace en Boulenois s'en vint.
    A Saint-Saumer moignes devint;
    Illuec fist mainte dyablie
    Ains k'il issist de s'abbie.
    Il faisoit les moignes juner                                     225
    Quant se devoient desjuner.
    Il les faisoit aler nus pis
    Quant devoient estre cauchis.
    Wistaces lor faisoit mesdire
    Quant devoient lor eures dire,                                   230
    Wistaces lor faisoit mesprendre
    Quant devoient lor grasces rendre.

    En sa cambre ert .j. jor l'abb.
    Il ert sainis, si ot err.
    On li ot fait apparillier                                        235
    Asss  boire et  mangier
    Car de porc et car de mouton
    Aues sauvages, venison.
    Wistaces vint devant l'abb.
    Qui maint preudomme a puis gab:                                 240
    Sire, dist-il, je sui venus.
    Ere-jou  cort retenus?
    Se cuidoie avoir  mangier
    Je diroie de mon mestier.
    Dist li abbs: Vous estes fols.                                 245
    Mal dehait hore li miens cols
    Se vous n'estes demain batus!
    Dist Wistaces: Manechi vivent;
    Entre iaus molt longhement estrivent.
    Wistace ala en la cuisine,                                       250
    Devant lui esgarde une tine
    Ki toute plainne d'iaue estoit.
    Wistace esgarde, si le voit.
    Il le commenche  conjurer.
    Et l'iaue commenche  mirer;                                     255
    Vermeille devint comme sanc.
    Wistaces s'assist sour .j. banc.
    La moiti d'un porc esgarda.
    Oiant trestous le conjura.
    Puis  destre, puis  senestre,                                  260
    Une vielle sambla  estre
    Laide et bochue et reskignie.
    Li cuisinier tornent en fuie.
    Si le contrent  l'abb.
    Et li abbs i est al                                            265
    Et voit la vielle esraelie;
    Oiant tout le couvent s'escrie:
    Nomini Dame, dist l'abb.
    Fuions-nous-ent! c'est .j. malf.
    Wistaces desfist le carnin,                                      270
    La char porta chis son voisin,
    .J. tavrenier ki molt l'amoit.
    Toute nuit i mangue et [i] boit.
    Trestout juoit au tremerel;
    El saint ne remanoit batel:                                      275
    Les crucefis et les ymages.
    Trestout metoit Wistace en gages.
    N'i remanoit nis bote  mogne;
    Tout embloit Wistaces le mogne.

    Al entendre ne vous anuit.                                       280
    Je vous dirai encor anuit
    Tel chose qui vous fera rire;
    J le m'ors conter et dire.
    Li .j. content, che m'est avis.
    Et de Basyn et de Maugis.                                        285
    Basins cunchia mainte vile
    Et Maugis a fait mainte gile;
    Car Amaugis par ingremanche
    Embla la couronne de Franche.
    Joiouse et Corte et Hauteclre                                   290
    Et Durendal, qui molt fu clere;
    Basin si embla Amaugin
    Et Amaugis embla Basin.
    De Maugis ichi vous lairai.
    D'Uistasce le moigne dirai                                       295
    Qui molt sot plus que Amaugis.
    Ne que Basins, che m'est avis.
    Travers, ne Baras, ne Haims
    Ne sorent onques tant d'abs.
    Or oiis d'Uistasce le moigne                                    300
    Ki vers le conte de Bouloigne
    Mena guerre molt longement.
    De coi fu li commenchement.

    Wistasces, dont parler m'os.
    A Cors en Boulenois fu ns.                                      305
    Bauduins Busks ot  non
    Ses pre, pour voir le savon.
    Si estoit pers de Boulenois;
    Molt savoit de plais et de loys;
    Occis fu ls Basinguehans.                                       310
    Hainfrois de Heresinguehans
    L le fist occirre et tuer;
    K'il le voloit deshyreter.
    Bauduins Busks li nuisoit
    D'un fief dont il  cort plaidoit,                               315
    Et une buffe li donna
    Dont la mesle commencha.
    Wistasces devenus ert moignes
    A Saint-Saumer devers Bouloigne.
    Wistasce issi de l'abbye                                        320
    Quant son pre ot perdu la vie;
    Vint devant li quens de Bouloigne:
    Sire, dist Wistasces li moigne.
    Hainfrois a mon pre mordri.
    Tene-me  droit, je vous em pri.                                325
    Dont fu Hainfrois  cort mands,
    Wistasces est em pis levs:
    Signor, dist-il, or m'entends:
    Mes pres est mors et tus.
    Hainfrois le m'a mort et occis,                                  330
    Il est mes mortels anemis.
    Je m'en deffenc, che dist Hainfroi.
    Par Diu et par homme et par moi.
    C'ainc n'i fui vus ne os;
    Mais je m'en plain  mes amis.                                  335
    Tantost furent donn li gage.
    Plges livrrent et ostage.
    Dont jura Hainfrois son age
    Lui XXXisme de son parage;
    .Lx. ans jura qu'il avoit                                        340
    Et plus encor, si com cuidoit;
    Dont li fu jugi maintenant
    Que son parent ou son serghant
    Se puet bien combatre por lui;
    Mais n'i ot parent ne ami                                        345
    Qui la bataille osast emprendre
    Por lui ne por son cors desfendre.
    Endites li fu uns vassaus
    Grans et hardis et fors et biaus;
    Wistasce ot non de Maraquise.                                    350
    Adont fu la bataille prise.
    Manesiers se live, uns varls.
    Neveus fu Bauduin Busquet.
    Grant baceler et biel et fort;
    Hainfroi apiela de la mort                                       355
    Son oncle, k'il occis avoit.
    Et dist que il li prouveroit.
    Adont fu la bataille emprise
    (Cascuns d'iax molt forment se prise)
    D'Uistasce contre Manesier.                                      360
    Andui furent et fort et fier.
    La bataille fu  Estaples.
    Des .ij. vassaus fu grans li caples.
    Adont vint Wistasces li moigne
    Devant le conte de Bouloigne:                                    365
    Sire, dist-il, sachis sans faille
    Que je m'ost de ceste bataille.
    Que j acorde n'en prendrai.
    La mort mon pre vengerai.

    Li moignes s'est del champ partis,                               370
    Manesiers fu tantost occis.
    Li moignes servi puis le conte.
    De trestout li rendoit aconte;
    Senescaus fu de Boulenois.
    Pers et baillius, che fu ses drois.                              375
    Hainfroi l'empira vers le conte.
    Durement li desfist son conte.
    Li quens a Wistasce mand
    Tantost, se li a demand
    Des baillies k'il a tenues                                       380
    Pour coi il les a detenues.
    Wistasces dist sans demourer:
    Vs me chi tout prest de conter
    Puis que chi m'en avs semons
    Devant vos pers et vos barons;                                   385
    Uns des pers sui de Boulenois.
    Et dist li quens: Vous en venrois
    A Hardelo  moi conter.
    L ne me pors mesconter.
    Dist Wistasces: C'est trahison,                                 390
    Vous me vols metre em prison.
    Li moignes s'est d'illuec partis.
    Par mal est del conte partis;
    Maintes fois le fist puis dolent.
    Li quens saisi son tenement                                      395
    Et son gardin li embrasa;
    Wistasces li moignes jura
    Que mar li a son gardin ars
    Il coustera .x. m. mars.
    .J. jour vint Wistasces le moigne                                400
    A .ij. molins defors Bouloigne
    Que li quens i avoit fait faire;
    Sa gent a fait arrire traire.
    En .j. molin trueve .j. mannier.
    Il le commenche  manechier                                      405
    Que il li caupera la teste
    Se il ne va tost  la feste
    As noches Symon de Boloigne:
    Diras lor qu'Uistasces le moigne
    Est venus pour iaus esclairier,                                  410
    Car il n'ont dont voir mangier.
    Tels .ij. candoiles lor ferai
    Que les molins alumerai.
    Et li manniers s'en vait au conte.
    D'Uistasce le moigne li conte.                                   415
    Li quens saut sus sans atargier
    De l o soit au mangier.
    Et fait crier par grant essogne.
    Or apris Wistasce le moigne
    Saut li maires, saut le provost.                                 420
    La bancloque sonna tantost;
    Quant Wistasces l'o sonner.
    Adont commenche  retorner;
    Il le commenchent  sievir.
    Mais ne le porent consievir.                                     425
    As noches Simon de Boloigne
    Aluma Wistasces le moigne
    Ces .ij. molins que vous os.
    Che fu la fine vrits.

    Un jour estoit  Cler-Mars                                      430
    Wistasces, qui molt sot d'abs;
    Illuec o dire et conter
    Que li quens va  Saint-Omer.
    Il se vest de coteles blanches.
    Vest une goune  les manches;                                   435
    .Ij. moignes emprunte  l'abb.
    Tout troi sont maintenant mont.
    Wistasces prist  chevalchier;
    Si estrier furent de meslier.
    Le conte encontre entre .ij. vals;                               440
    Mener faisoit .iij. fiers chevals.
    Li quens Wistasce a salu
    Et Wistasces l'a enclin.
    Li quens vint  .j. sien manage.
    A Wistasce vint en corage                                        445
    K'il iroit au conte parler.
    Tantost commenche  retorner.
    Si com li quens fu descendus.
    Wistasces i est sourvenus.
    Dont s'assist Wistasces le moigne                                450
    Dals le conte de Bouloigne.
    Comme fu ore fols nais
    Quant dals lui se fu assis;
    Que bien savoit s'il ert tenus
    Que il seroit ars ou pendus.                                     455
    Sire, dist-il, por Diu merchi.
    D'Uistasce le moigne vous pri
    Que vous li pardonns vostre ire.
    Et dist li quens: Vols plus dire.
    Se je Wistasce puis baillier,                                    460
    Je le ferai vif escorchier.
    Wistasces comme plerins
    Me vint ardoir mes .ij. molins;
    Il me commenche  guerroier.
    Ds or mais le ferai gaitier:                                    465
    Se jou as puins le puis tenir,
    De vil mort le ferai morir
    Ou je le ferai marier
    Ou pendre ou ardoir ou noier.
    Dit Wistasces: Par ma cotiele!                                  470
    Le pais i seroit bonne et biele;
    Car Wistasces devenus est moigne
    Et vous estes quens de Boloigne.
    Si en devs avoir merchi.
    Pour bien, sire, je vous em pri                                  475
    Que vostre ire li pardonns.
    Et il sera vostre privs.
    Sire, car en prends acorde:
    De pchour misricorde.
    Et dist li quens: Or vous taisis,                              480
    N'onques plus ne m'en araisnis.
    Fuis de chi, als-vous-ent;
    N'ai cure de vo parlement:
    Je ne me puis fier en moigne
    Pour amour d'Uistasce le moigne.                                 485
    Par les boiaus Sainte Marie?
    Je cuic que cis moignes m'espie.
    El monde n'a si mal tyrant.
    J'ai grant paour k'il ne m'encant.
    Dans moignes, comment avs non?                                 490
    On m'apiele frre Symon.
    De Cler-Mars sui celenier.
    Wistasces vint en maison ier.
    Lui xxxisme tout fierarm;
    Illuec pria  dant abb                                          495
    Que il quesist vers vous acorde.
    Dist li quens: Pas ne s'i amorde
    Vostre abbs  lui hebregier.
    Car je l'iroie detrenchier.
    Il ne seroit pas mon ami,                                        500
    Tost li feroie rouegnier
    La teste atout le hennepier.
    Dans moignes,  fustes-vous ns?
    Sire,  Lens, o j'ai .xx. ans ms.
    Par foi! dist li quens de Bouloigne,                            505
    Vous sambls Wistasce le moigne
    De la samblanche, de la figure.
    De cors, de vis et d'estature.
    D'ex, de la bouche et del ns.
    Se vous ne fuissis couronns;                                   510
    Mais vous avs le couronne.
    Rouges sollers et blanche gonne
    Et descoulour le visage;
    Tous .iij. vous retenisse en gage
    Se ne fust pour Din purement;                                    515
    Torns de chi, als-vous-ent.
    Li doi moigne orent pur.
    Wistasces ne fu mie asegur;
    Si avoit-il de ses parens
    Avoec le conte et de ses gens.                                   520
    Li quens a fait jurer .iij. fois
    A tous ses pers de Boulenois
    Que Wistasce li renderont.
    J pour parent n'el lairont.
    Uns serghans vint devant le conte,                               525
    D'Uistasce le moigne li conte:
    Sire, dist-il, c'atends-vous?
    Wistasces siet d'encoste vous.
    Prenn-le, si fers savoir;
    C'est il, je le vous di pour voir.                              530
    Ois de fil  putain Bedel.
    Dist Guillaumes de Montquarrel.
    C'est dans Simon li cenelier;
    Je le connois comme .j. denier.
    C'est mon, che dist Hues de Gaune;                              535
    Wistasces n'est mie si gaune.
    Non, che dist Hues de Belin.
    Ns fu  Lens pris de Hennin.
    Par foi! dist Aufrans de Caieu.
    Wistasces n'est gausnes ne bleu.                                540
    Nan, dist Wales de la Capiele.
    Ains est rouveus en la maissiele.
    Li doi moigne de paour tramblent.
    Dist Wistasces: Gens s'entresamblent.
    Il disoient lor meseriele;                                       545
    Li cuers  cascun d'ials sautiele.
    Wistasce au conte a congi pris;
    Tout troi se sont al chemin mis.
    Wistasces s'en vint en l'estable.
    Qui molt sot del art au dyable,                                  550
    J. cheval le conte, Moriel.
    Qui molt ert riches et molt biel.
    Fist ensieler  .j. serghant.
    Lors monte, si s'en va batant.
    Au serghant dist au dpartir                                     555
    K'il l'alast au conte jhir
    Que Wistasce enmainne Moriel.
    Et li serghans s'escrie isniel:
    Hareu! hareu! Sainte Marie!
    Li quens saut et l'autre maisnie,                                560
    C'as-tu? dient li chevalier.
    .J. dyable moigne adversier
    Vait de chi monts sor Moriel.
    Vois, dit li quens, por le cerviel.
    Por les boiaus, por la froissure!                                565
    Or tost apris grant alure.
    Puis k'il est sor Moriel monts
    Jamais n'iert pris ne atraps;
    Car Morials cort comme tempeste.
    Et cil a le dyable en la teste                                   570
    Ki le mainne; j'el sai de voir.
    Jamais ne le porai r'avoir.
    Dex! dist li quens, que je n'el pris
    Quant il fu dals moi assis!
    Dist li serghans: Bien le vous dis,                             575
    Mais ne cristes pas mes dis.

    Li quens fait monter sa maisnie:
    Ses serghans, la chevalerie,
    Aprs Wistasce vont poignant.
    Wistasce aloient decachant.                                      580
    Wistasces vint  .j. hamiel;
    Illueques a laissi Morel
    Cis .j. homme k'il connissoit.
    Bien aperchut c'on le cachoit;
    Il a desvestu son habit,                                         585
    Si se remist en autre habit;
    Une linge cape a vestue.
    A son col porte une machue;
    Vait garder . j. fouc de brebis
    Qui passoient en .j. larris.                                     590
    Li quens de Bouloigne vint l:
    Varlet, fait-il, quel part ala
    Uns blans moigne  .j. noir cheval?
    Sire, il s'en va trestout cel val
    Sor .j. cheval noir comme meure.                                595
    Li quens s'en vait, plus n'i demeure.
    Et siut Wistasce grant alure
    Et Wistasce ne s'asure.
    Ains a laissies ses brebis.
    Si se r'est en la forest mis.                                    600
    Li quens point com .j. esragis.
    Tous ses compaignons a laissis;
    Les .ij. moignes en voit fuir.
    Il lor crie par grant ar:
    Par les trumials! bien n'en irs,                               605
    J ensi ne m'eschapers.
    Li moigne ont dit lor orison
    Que Dex les eskiut de prison
    Et de mal et de vilonnie:
    Ha! ha! dame sainte Marie!                                      610
    Car donns volent au conte
    K'il ne nous fache anui ne honte;
    Wistasces li moignes est pris.
    Li dyables, li anemis.
    Li quens nous velt autressi prendre,                             615
    Je crien k'il ne nous face pendre;
    Il est prs de nous, vs le chi.
    Pour Diu! car li prions merchi.
    Ainc ne vistes .ij. rendus
    Ki si perdissent lor vertus,                                     620
    Trop par estoient esperdu;
    Tout cuidoient avoir perdu.
    Descendu furent en .j. val.
    Et li quens descent dou cheval.
    S'es aiert par les chaperons,                                    625
    Et il se metent  genous:
    Por Diu, merchi! dist dans Vincens.
    Par les trumials biu! dist li quens.
    J ensi ne m'eschapers.
    A .j. arbre pendus sers.                                       630
    Sire, merchi! sire, merchi!
    Ne m'eschapers pas issi.
    Dist li quens, par saint Honer!
    Car vous estes larron prouv,
    Moriel mon cheval me rendrs                                     635
    Ou j par tans occis sers.
    Li quens les fist ansdeus loier.
    En .j. ortel les fist couchier.
    Wistasce en la foriest estoit.
    Le harnas au conte espioit.                                      640
    Uns garchons menoit .j. sommier.
    Wistasces le fist trbuchier.
    Au garchon la langue trencha.
    Apris le conte l'envoia;
    Et cil s'en vait courant au conte,                               645
    D'Uistace le moigne li conte
    Com cil ki ne pooit parler.
    Dont commencha  barbeter.
    Dist li quens: Diables! c'as-tu?
    Et cil a dit: Belu, belu,                                      650
    Qui la langue avoit trenchie;
    Ne li pooit raconter mie.
    Au conte a dit uns escuiers:
    C'est cil qui menoit nos sommiers.
    Il a est en males mains,                                        655
    La langue a-il perdue au mains.
    Wistasces l'a as puins tenu.
    Et no sommier a retenu.
    Li quens retorne vers Wistasce.
    La foriest de Cardello passe,                                    660
    Si s'en vait par toutes parties.
    Wistasces avoit .ij. espies
    Ki espioient nuit et jor:
    Onques n'estoient  sjor.
    Wistasces les avoit norris                                       665
    Les .ij. garchons et esfordris.
    Li quens Wistasce aloit cachant.
    L'uns des garchons li vint devant:
    Sire, dist-il, combien aroie.
    Se mon signor vous ensaignoie?                                   670
    Je sui  Wistace le moigne.
    Par foi! dist li quens de Bouloigne.
    S'el m'ensaignes, bon le feras;
    Damoisiaus en ma court seras.
    Sire, il est au mangier assis;                                  675
    Se me suis, j l'ars pris.
    Va, dist li quens, je te suirai;
    De lonc aprs toi m'en irai;
    Mais garde k'il ne s'aperchoive.
    Je crien que il ne te dchoive.                                 680
    L'autre espie o le garchon.
    Bien aperchut la trason
    Del garchon ki l'avoit trahi
    Son signor ki l'avoit norri;
    Vint  Wistasce, se li conte                                     685
    Que cil l'avoit vendu au conte.
    Dist Wistasces: Va-t'en de chi;
    Quant li garchons venra j chi
    Pour moi cunchiier et dchoivre.
    Je li donrai le hart au poivre;                                  690
    Car il l'a molt bien deservie.
    D'Uistasce se parti s'espie.
    Et s'autre espie li revient;
    Dit Wistasces: Il te couvient
    Que tu me caupes cel planchon.                                  695
    Volentiers, che dist li garchon.
    Il a colp le planconciel.
    Tor le bien, s'en fait .j. hardel.
    Cil torst le hart, molt s'espoente.
    Et Wistasces el col li ente,                                     700
    El col li mist le hardillon.
    Por Diu, merchi! dist li garchon.
    Sire, por coi me vols pendre?
    En ne poris-vous tant atendre
    Que je me fuisse confesss?                                     705
    Wistasces dist: Molt de mal ss;
    Mais vois me chi ki en sai plus;
    Tu ies en males mains kus.
    Tu me cuidoies faire atendre
    Tant que li quens me pust prendre:                              710
    N'ai loisir de toi confiesser.
    Lasus iras  Diu parler;
    En cel arbre t'en monteras.
    De plus pris  Diu parleras.
    Monte lassus et si m'aconte                                      715
    Comment tu m'as vendu au conte.
    Sire, dist-il, par saint Remi!
    Je vous ai vendu et trahi.
    Quel dyable le vous ont dit?
    J n'iert nus hom ki vous ochit.                                 720
    Als-vous-ent, n'avs c'atendre.
    Dist Wistasce: Ains te venrai pendre;
    Monte lassus et si te pent.
    Cil monte en l'arbre isnielement.
    Si se pendi par le hardiel.                                      725
    Li quens i vint poignant isniel.
    Wistasces sour Moriel remonte.
    Apris lui voit venir le conte:
    Sire, dist-il, arai-jou garde?
    A cel pendu me prenns garde.                                    730
    Je m'en vois  vostre congi.
    Li quens le suit comme esragi.
    Li quens entre lui et sa gent
    Cachent Wistasce firement.
    .Ij. de ses serghans arestrent                                  735
    Et ambes .ij. les iex crevrent.
    Quant Wistaces sot la nouviele.
    Il jure la sainte puciele
    Que pour .iiij. iex k'il a crevs
    Des siens ara .iiij. espiets.                                   740

    Li quens ala  Saint-Omer.
    Wistasce ne pot atraper.
    Wistasces commenche  gaitier
    S'en bos, n'en chemin, n'en sentier
    Porroit .iiij. hommes encontrer                                  745
    Que il pust les pis colper.
    .V. serghans entra en esrant.
    Au conte estoient li serghant;
    .Ij. moignes em prison menoient.
    Andoi de Cler-Mars estoient.                                    750
    Wistasces lor dist: Descends.
    Des .ij. moignes plus n'en menrs.
    Et si parlers  nobis.
    Se mal avs vous ars pis.
    Wistasces les a arests,                                         755
    Tous .iiij. les a espiets.
    Au cinkisme dist: Va al conte.
    D'Uistasce le moigne li conte
    Que pour .iiij. iex k'il a crevs
    En a Wistasces .iiij. espiets.                                 760
    Sire, dist-il, molt volentiers.
    Il n'oublia pas ses trotiers;
    Au conte en est venus errant.
    Si li a cont maintenant
    Que pour .iiij. iex k'il a crevs                                765
    Wistasce en a .iiij. espiets.
    Vois, li quens dist, por les trumaus.
    Pour le ventre, por les boiaus
    De cel truant, de cel faus moigne
    Qui tant me fait honte et vergogne.                             770
    Dont furent mis .xx. chevalier
    Par la foriest pour espiier.
    Par la foriest lonc tans errrent.
    Au conte grant avoir costrent.

    Un jor erent en la foriest,                                      775
    Wistasces li moignes se vest
    D'une haire et d'une esclavine.
    Par une voie s'achemine.
    Sour les .xx. chevaliers s'en vint.
    Molt piteusement se contint;                                     780
    Il les salue simplement.
    Et il respondent liement:
    Di dont tu viens et  tu vas.
    Signor, au conte eneslepas
    De Dant-Martin vieng de Boloigne;                                785
    Clamer me vois d'un malvais moigne.
    Desreub m'a en ceste terre.
    Dist k'il a vers le conte guerre;
    Il m'a tolu qui valt .c. mars;
    Molt par est mendis et escars;                                   790
    De son pain ne me volt donner
    Ne au matin ne au souper.
    Signor, dites-moi sans dlai
    O je le conte trouverai.
    Li uns respont: A Hardello,                                     795
    Als-i, car je le vous lo.
    Wistasce  Hardelo s'en vint;
    Sor le mangier au conte vint.
    Et dist Wistasces: Dex i soit
    Que dou malf me fache droit!                                    800
    Signor, dit Wistasces li moigne.
    Li ques est li quens de Boloigne?
    Dist uns serghans: Vs le l.
    Wistasces devant lui ala:
    Sire, dist-il, por Diu, merchi!                                 805
    Je sui uns borgois d'Andeli;
    De Bruges en Flandres venoie.
    Cauches de saie en aportoie
    Et de deniers bien .xxx. livres;
    Uns esciervels et uns ivres,                                    810
    Couronns estoit com uns prestre.
    Trop paroit bien moignes  estre.
    Il dist k'il ert vos anemis;
    Or et argent et vair et gris
    M'a tolu et cheval et robe.                                      815
    Del fol rendu ki me desrobe
    Me claim  vous, faites-m'ent droit.
    Il n'est pas lonc de chi endroit.
    (Il dist voir, car il i estoit;
    Il misme au conte parloit)                                      820
    Li faus moignes de pute orine
    Me fist vestir ceste esclavine.
    Et puis si me fist afier
    Que je venroie  vous parler;
    Sachis k'il n'est pas lonc de chi:                              825
    En .j. buisson entrer le vi.
    Ques hom est-chou? li quens a dit;
    Est noirs ou blans, grant u petit?
    Dist Wistasce: Il est de mon grant.
    Et li quens saut demaintenant:                                   830
    Or tost, dist li quens, mens-m'i.
    Et je vous vengerai de lui.
    Dist Wistasces: Or en vens.
    J'el vous rendrai, or le prenns.
    Li quens le suii lui sieptime,                                   835
    Et Wistasces estoit lui .xxxisme.
    Wistasce a le conte men
    Entre sa gent et ostel;
    Li quens ne-fu mie assur;
    Dist Wistasces: N'ais pur,                                    840
    Je me voel acorder  vous.
    Pour Diu merchi! bials sire dous.
    Sire, car parlons de la pais.
    Et dist li quens: Laissi-me em pais;
    C'est por noient et por le d,                                   845
    J  moi n'estrs acord.
    Dist Wistasces: Als-vous-ent.
    Puis k'il ne puet estre autrement.
    En mon conduit estes venus.
    Si n'i sers pas dchus.                                       850
    Li quens arrire retorna.
    Et Wistasces se destorna.

    Li quens se fist .j. jor armer
    Et fist toute sa gent mander.
    Wistasces li fu endits                                          855
    K'il ert en .j. castiel entrs;
    Li quens s'en vint au chastelet.
    Wistasces, qui molt sot d'abet,
    Se commencha  porpenser
    Comment il porra eschaper;                                       860
    Sa robe de noire brunete
    A une povre cotelete
    Canga tantost  .j. preudomme.
    Del chastiel ist  la parsomme.
    En sa voie .j. homme encontra                                    865
    Ki .j. grant fais d'estrain porta;
    L'estrain a achat tantost.
    Wistasces l'emporta  l'ost.
    Il cria: Blanc fuerre vendroie.
    Desous le fais molt s'afoibloie:                                 870
    L'un oel ot clos et l'autre ouvert.
    L'estrain l'avoit bien acouvert.
    Tout clopiant passe le moigne
    Devant le conte de Bouloigne:
    Preudom, dist li quens de Bouloigne,                            875
    Car me di d'Uistasce le moigne.
    S'il est encor laiens rems;
    Je cuic k'il m'est j eschaps.
    Dist Wistasces: Sachis de voir
    K'il jut  ma maison er soir                                     880
    Et jui matin s'entorna;
    Or le prends que il s'en va.
    Dist li quens: Monts or apris.
    Li cheval ierent illuec pris.
    Trestuit s'esmuevent  cele ore,                                 885
    Et Wistasces plus n'i demeure
    Ki molt savoit de la lanbeue.
    Met jus l'estrain, fiert se en la queue.
    .J. cheval menoit uns garchons.
    Il li taut, et saut s archons,                                  890
    Oiant iaus, dont ces s'escria:
    Voisci le mogne  il s'en va.
    Quant l'entent li quens de Boulogne.
    Il s'escrie: Or apris le mogne!
    Li moignes d'iaus tos eschapa;                                   895
    Nus ne le prist ne atrapa:
    Li quens en dut estre dervs
    De chou k'il li ert eschaps.
    A Cardelo ala li quens:
    .J. jor entre lui et les gens                                    900
    Wistasces comme plerin
    Se mist apris lui al chemin.
    .X. compaignons avoit od lui.
    Li quens del cheval descendi.
    Et Wistasces li vint devant:                                     905
    Sire, nous sommes peneant
    De par l'apostole de Romme;
    Nous avons mesfait  maint homme.
    Por Diu nous sommes repentis;
    En grant escil nous sommes mis.                                 910
    .Iij. sous li fist li quens donner
    Quant il l'o issi parler.
    Li quens est el chastiel entrs;
    Li cheval sont defors rems.
    Wistasces tous les chevals prist,                                915
    La vile aluma et esprist;
    Mande au conte par .j. serghant
    Que chou ont fait li peneant
    A cui il donna les .iij. sols.
    Par foi! dist li quens, je suis fols,                           920
    Quant ne fis prendre ces cokins.
    Ces truans, ces faus plerins!
    S'or voloie de chi torner
    N'aroie-jou sor coi monter:
    Trop set bien faire sa besoigne,                                 925
    Ainc ne fu si dyables moigne.
    Se je le puis tenir as mains
    Ne morra pas as daerrains.

    Un jor ala Wistasce errant
    Et encontra .j. marcheant,                                       930
    De Bruges en Flandres venoit,
    .Lx. livres en aportoit.
    Li marcheans ert de Bouloigne.
    Bien connut Wistasce le moigne;
    Ne fu pas trs bien asur,                                       935
    De ses deniers ot grant pur.
    Wistasces li dist erramment:
    Di-moi combien tu as d'argent.
    Sire, dist-il, j'el vous dirai.
    Que j ne vous en mentirai.                                      940
    .Lx. livres de monnoie
    Porc-jou chi en une coroie
    Et s'ai .xv. sols en ma bourse.
    Wistasces tantost le destourse;
    En .j. bosket tost le mena                                       945
    Et les deniers tous contet a.
    Trestout rendi au marcheant
    Et dist: Va,  Diu te commanc.
    Se m'usses de riens menti.
    N'enportasses denier de chi;                                     950
    Mais tu trestout perdu usses.
    Que j denier mais n'en r'usses.
    Et li marcheans l'en merchie.
    Dist Wistasces: Vien, si m'afie
    C'au conte de Bouloigne iras                                     955
    Et cest palefroi li menras.
    C'est la dme de ses chevals,
    .Ix. en retienc et cras et bials.
    L'en me vint er soir aconter
    Que li quens n'a sour coi monter.                                960
    Trestous ses chevals li toli
    Er soir, quant de lui dparti;
    Or l'en voel la dme donner:
    Cest palefroi t'estuet mener.
    Et si li porte .iij. et maille;                                  965
    Car chou est la dme sans faile
    De .iij. sols de bons angevins
    Que il donna as plerins
    Qui ses .x. cevals enmenrent
    Et sa vile li alumrent.                                        970
    Li marcheans li fiancha
    C'au conte de Bouloigne ira.
    .Iij. et maille li a livr
    Et le palefroi ensiel.
    Di li c'Uistasces li envoie                                     975
    Le dme de toute sa proie.
    Li marcheans a pris congi.
    Del moigne se parti tout li;
    Tout maintenant s'en vint au conte.
    D'Uistasce le moigne li conte.                                   980
    Li quens a fait tantost saisir
    Le marcheant et retenir.
    Il cuida bien sans nul essoigne
    Que che fust Wistasces le moigne.
    Sire, che dist li marcheans,                                    985
    De Boulongne sui chi devant.
    Wistasces me fist afier
    Que je venroie  vous parler
    G'i vinc por acuiter ma foi.
    Respont li quens: Bien vous en croi.                           990
    Quant li quens l'o si parler
    Tantost le fist laissier ester.
    Et cil li baille tot sans faille
    Le cheval et les .iij. et maille.

    Li quens ala .j. jor cachier;                                    995
    Une espie li vint nonchier
    Qu'Uistasses ert en la foriest;
    Et li quens de burel se vest,
    Et il et toute sa maisnie
    A pi s'en vait apris s'espie;                                 1000
    Enbussi sont en une fosse.
    L'espie Wistasce les aproche.
    Bien connut que che fu li conte;
    A Wistasce vient, si li conte.
    Wistasce se vait acointier                                      1005
    Maintenant  .j. carbonnier.
    Li carbonniers .j. asne avoit
    Dont son carbon vendre portoit.
    Wistasces a, sains dire plus.
    Les dras au carbonnier vestus,                                  1010
    Et sa noire coife afubla.
    Et son visage encarbonna.
    Son col noirci et puis ses mains;
    A grant merveille fu bien tains.
    L'asne fu carchis des carbons;                                 1015
    Wistasces tint .j. aguillon.
    Si s'acemine vers Bouloigne.
    Li quens n'el prise une escalongne
    Quant devant lui le voit passer.
    Ains ne le daigna aparler,                                      1020
    Et Wistasces lor escria:
    Signour, dit-il, que faites l?
    Li quens respondi premerains:
    C'afiert  vous, sire vilains?
    Dist Wistasces: Par saint Omer!                                1025
    Je l'irai au conte moustrer,
    Que la gens Wistasce le moigne
    Nous fait asss honte et vergoigne.
    Mon ronchi n'osai amener
    Por mon carbon vendre porter,                                   1030
    Que Wistasces n'el me tolist.
    Orendroit molt  aise gist
    Dejouste .j. bon fu de carbon.
    S'a asss car et venison.
    Tout mon carbon m'a alum                                       1035
    Ki m'a molt  faire coust.
    Est-chou pris de chi? dist li quens.
    Dist Wistasces: Il est chi dedens.
    Trestoute ceste voie irs
    Se vous  lui parler vols.                                    1040
    Wistasce aguillonne Romer.
    Et li quens commenche  entrer
    En la foriest il et sa gent;
    Le carbonnier trouva sant
    Ki les dras au moigne ot vestus;                                1045
    Molt fu laidengis et batus.
    Il cuidoient tot sans menoigne
    Que che fust Wistasces li moigne.
    Signour, dist-il, pour Diu merchi!
    Por coi me bats-vous issi?                                     1050
    Ceste robe pos avoir.
    Sachis que je n'ai autre avoir.
    C'est la robe Wistasce le moigne.
    Ki orendroit va vers Bouloigne.
    Mon asne amainne et mon carbon;                                 1055
    Ses mains, son vis et son caon
    A molt bien tains de carborcle.
    Ma coife noire a afuble.
    Ma robe me fist desvestir
    Et la soie me fist vestir.                                     1060
    Et dist li quens: Signor, os;
    Or le prends se vous vols.
    Por les dens biu del vif malf.
    Tantes fois m'ara escauf!
    C'est li carbonniers ki l va,                                  1065
    Qui orendroit  nous parla.
    Dist li quens; or tost! or apris!
    Li cheval erent d'illuec pris;
    Il montent, si s'en vont batant
    Apris Wistasce maintenant.                                     1070
    Wistasces a son vis lav.
    Si a .j. potier encontr;
    Li potiers crie: As pos! as pos!
    Et Wistasces ne fu pas sos.
    Que bien sot k'il seroit cachis;                               1075
    Au potier fist errant marchi:
    Por son asne et por ses carbons
    Ot buires et pos et pochons.
    Dont devint Wistasces potiers;
    Li potiers devint carbonniers:                                  1080
    Fols fu quant laissa son mestier.
    Car de chelui n'ust mestier.
    Wistasces crie: As pos! as pos!
    Et li quens issus dou bos.
    Li quens demanda au potier                                      1085
    S'il ot vu .j. carbonnier.
    Sire, dist Wistasces li moigne.
    Il s'en vait tot droit vers Bouloigne;
    Un asne mainne atout carbons.
    Li quens hurte des espourons.                                   1090
    Si serghant et si chevalier
    Lors ont ataint le carbonnier.
    Molt l'ont batu et laidengi;
    Laidement l'ont illuec pigni;
    Les mains li loient et les pis.                                1095
    Sour .j. ronchi fu encargis.
    La teste par devers la crupe;
    Li vilains crie et brait et jupe:
    Signor, dist-il, por Diu vous proi
    Que vous ais merchi de moi;                                    1100
    Dites pour coi vous m'avs pris.
    Et se j'ai riens vers vous mespris
    Je l'amenderai volentiers.
    Ahi! ahi! dans pautonniers.
    Dist li quens, cuidis escaper.                                 1105
    Par tans vous ferai encroer.
    Uns chevaliers le regarda.
    Le potier molt bien connut a.
    Et dist li chevaliers sens
    Que bien sot dont il estoit ns:                                1110
    Quel mauf t'ont fait carbonnier?
    Tu soloies estre potier:
    J nus hom ne se garira
    Qui tant de mestiers enprendra.
    Sire, merchi! dist li preudom;                                 1115
    Pour cest asne et por cest carbon
    Donnai mes pos au carbonnier.
    Que Dex envoit mal encombrier!
    Que par lui sui-jou si mens.
    Je cuic k'il les avoit embls.                                  1120
    Si m'at Dex, pas n'es emblai;
    Por l'asne mes pos li donnai.
    Durement s'en va vers cel bos.
    Et va criant: As pos! as pos!
    Et dist li chevaliers au conte:                                 1125
    Tant set Wistasces de la honte;
    Wistasce ert orains carbonniers
    Et or est devenus potiers.
    Vois, dist li quens, par la froissure!
    Or tost apris grant alure!                                    1130
    Tous chials que vous encontrers
    Hui et demain, si m'amens.
    Jamais au moigne n'arai fait
    Se je n'es prenc trestout  fait.
    Aler laissent le carbonnier,                                    1135
    Si se remetent au frapier;
    En la foriest s'en sont entr.
    Wistasces ses pos a jet,
    En .j. marchais tous les dpiche.
    Trop les avoit ports grant piche;                             1140
    En .j. nit d'escoufle est monts.
    Wistasces li escervels
    Illuecques se fist loussignol.
    Bien tenoit le conte por fol.
    Quant voit le conte trespasser                                  1145
    Wistasces commenche  crier:
    Ochi! ochi! ochi! ochi!
    Et li quens Renaus respondi:
    Je l'ocirai, par saint Richier!
    Se le puis as mains baillier.                                  1150
    Fier! fier! dist Wistasces li moigne.
    Par foi! dist li quens de Bouloigne.
    Si ferai-jou, je le ferai.
    J en cel liu ne le tenrai.
    Wistasces r'est asurs,                                        1155
    Si se r'est .ij. mos escris:
    Non l'ot! si ot! non l'ot! si ot!
    Quant li quens de Bouloigne l'ot:
    Certes si ot, che dist li quens;
    Tolu m'a tous mes chevals buens.                               1160
    Wistasces s'escria: Hui! hui!
    Tu dis bien, dist li quens; c'ert hui
    Que je l'ocirai  mes mains
    Se je le puis tenir as mains.
    Dist li quens: Il n'est mie fol                                1165
    Ki croit conseil de loussignol.
    Li loussignos m'a bien apris
    A vengier de mes anemis.
    Car li loussignos si m'escrie
    Que je le fire et que l'ochie.                                1170
    Dont s'esmut li quens de Bouloigne
    Por servir Wistasce le moigne.
    .Iiij. rendus a arests.
    Tantost sont em prison mens;
    Apris renvoia em prison                                        1175
    Quatre merchiers et .j. cochon,
    .Iij. pouletiers et .ij. asniers
    Refist maintenant prisonniers,
    .Vj. pissonniers et lor pisson.
    R'a fait lus mener em prison,                                  1180
    Et .iiij. clers et .j. sorprestre
    Recovint-il em prison estre;
    Le jor furent en sa prison
    Plus de .lx. compaignon.
    Li quens s'en vint au nuef castel,                              1185
    L commencha .j. plait nouviel;
    Wistasces, qui molt sot de gile.
    Entra aprs lui en la vile;
    Les dras vesti  une dame.
    A grant merveille sambla fame.                                  1190
    D'un muelekin fu afubls.
    Molt par fu bien enmusels;
    A son cost ot sa kenoulle;
    Lors fila Wistasces li moigne.
    A .j. serghant manois s'en vint                                 1195
    Ki .j. cheval le conte tint.
    Dist Wistasces: Lai-moi monter.
    Et je te lairai bareter.
    Molt volentiers, dist li sergant;
    Sor cest bon palefroi amblant,                                  1200
    Ma damoisiele, or ch, monts.
    .Iiij. deniers de moi ars
    Se vous me laissis bareter.
    Je t'aprendrai  culeter.
    Dist Wistasces; encor en qui,                                   1205
    Ainc nus hom ne culeta si.
    Le pi si live le vallet.
    Et Wistasces lait corre .j. pet:
    Ha! damoisiele, vous pes.
    Dist Wistasces: Ne vous douts.                                1210
    Bials trs dous amis, ne vous poist.
    C'est ceste siele ki si croist.
    Wistasces li moigne est monts.
    Il et li varls ls  ls
    S'en vont en la forest batant.                                  1215
    Dist li varls: N'alons avant.
    J'ai chi le cheval mon signor
    Et vous le palefroi millour;
    Dist li varls, g'ire honnis
    Se cis plais n'est tost defenis;                                1220
    Ch alons faire no besoigne.
    Varlet, dist Wistasces li moigne,
    Trop ies engrans de bareter.
    Par tans te ferai culeter.
    Or vien encor .j. poi avant,                                    1225
    C'aucuns ne nous voist espiant.
    Damoisiele, dist li varls.
    Gards ke il n'i ait abs.
    Par les boiaus sainte Marie!
    Je vous tolroie tost la vie.                                   1230
    Dist Wistasces: Bials dous amis.
    Or ne sois si esmaris.
    Ma logete est ichi devant;
    Or vien encor .j. poi avant.
    Li varls le siut folement,                                     1235
    Wistasces vint entre sa gent.
    Le varlet aert par le col:
    Or se puet-il tenir por fol
    De cest voirs que li vilains dist:
    Tant grate kievre que mal gist.                               1240
    Dist Wistasces: Descends jus
    Dou bon cheval, n'en menrs plus;
    Li palefrois si r'est molt buens.
    Jamais n'i montera li quens.
    Illuec sont andoi descendu,                                     1245
    Grans rises i a u:
    Signor, dist Wistasces li moigne.
    Cis varls fera sa besoigne.
    Car je li oi en couvenant.
    Il [l']a men .j. poi avant,                                    1250
    Wistasce en .j. fangier enmainne:
    Varlet, fait-il, ne te soit painne;
    Or tost despoulle toi trestous.
    Je sai bien que volentiers fous.
    Li varls el fangier entra,                                     1255
    Ainc contredire ne l'osa.
    Dist Wistasces: Or del culeter.
    Bon loisir as de bareter.
    Culete trestous entendus
    Ou tu sera j si batus                                          1260
    Jamais ne t'en poras aler.
    Tu me cuidoies bareter.
    Bien devroies avoir vergoigne.
    Ki voloies foutre .j. noir moigne.
    Dist li varls: Por Diu merchi!                                1265
    Ne me faites tel honte chi.
    Sire, dist-il, par Nostre Dame!
    Je cuidoie que fuissis fame.
    Wistasces dist n'est pas herites
    Ne fout-en-cul ne sodomites:                                    1270
    Or vien avant, si t'en iras;
    Au conte de ma part diras
    Con faitement je t'ai servi.
    Je li dirai molt tos[t is]si
    De vo part, che dist li varlet.                                1275
    Tantost  la voie se met.
    Au conte n'osa retorner
    Por son message raconter;
    Fuis est en estraigne terre.
    Puis dura longhement la guerre                                  1280
    d'Uistasce le moigne et dou conte.
    Wistasces li fist puis grant honte.

    Un jour estoit  la Capiele
    Wistasces, qui sot la nouviele
    Que li quens partout le queroit.                                1285
    En .j. prestre molt se fioit.
    Cis le prestre fu herbregis.
    Qui riches fu et aaisis.
    Li prestres l'encusa au conte.
    Wistasces li fist puis grant honte;                             1290
    Au prestre poins et pis lia.
    Puis en .j. foss le jeta.
    .J. jour vint li quens de Bouloigne
    Vers Genos en une besoigne.
    Le roi Phelippe od lui mena,                                    1295
    Qui toutes ses os i mena.
    Et son fil le roi Loy
    Molt mena biele gent od li.
    Li rois ot compaignie biele.
    Cele nuit jut  la Capiele,                                     1300
    Illuecques assambla ses os
    A Sainte-Marie-au-bos.
    Qui pris estoit de la Capiele.
    L r'avoit compaignie biele.
    Wistasce le moigne avoec lui                                    1305
    Qui au conte a fait maint anui
    Dehors le bos avoit s'espie;
    L prist .j. borgois de Corbye.
    Ne li laissa fors la cotiele.
    Au roi l'envoie  la Chapiele,                                  1310
    Apris r'ocist .j. chevalier.
    Li rois s'em prist  corechier.
    Puis dist au conte de Bouloigne:
    Quens, ois d'Uistasce le moigne
    Qui ma gent desrobe et occist.                                 1315
    Respont li quens: Se Dex m'at.
    Je ne me puis de lui vengier.
    C'est .j. dyable moigne guerrier.
    Adont le fist li rois cachier;
    Mais onques ne le pot baillier.                                 1320
    A Sangates li rois ala;
    Quant de Sangates retorna
    Dont fist li quens l'arrire-garde
    Que la gent au roi ust garde.
    Wistasces, qui molt sot de gile,                                1325
    Ert pris d'illuec en une vile.
    L'espie au conte de Bouloigne
    Li conte d'Uistasce le moigne
    Qui en cele vile espioit
    L'ost le roi, qui par l passoit.                               1330
    Li quens est als cele part.
    Et Wistasces, qui molt sot d'art.
    Qui en fu garnis par s'espie.
    Une nouviele soif espie.
    Uns vilains cele soif clooit;                                   1335
    Wistasces vint  lui tout droit.
    Li vilains ot une vis chape.
    Et Wistasces molt tost li hape;
    Sa bonne robe li donna.
    A son ostel l'en envoia.                                        1340
    Li sois estoit lgire  clore.
    Wistasces le commenche lore;
    Wistasce une serpe tenoit
    Dont piex et verges esmondoit;
    Une vis huve ot asfuble.                                      1345
    Li quens issi d'une vale.
    A Wistasce s'en vint tout droit
    Qui cele soif durment clooit:
    Vilains, dist li quens de Bouloigne.
    Est laiens Wistasces li moigne?                                1350
    Dist Wistaces: Ne sai voir, sire;
    Ne vous en voel menoigne dire:
    De la vile orendroit tourna.
    Por l'ost le roi se destorna;
    Il s'enfuit  molt grant besoing,                               1355
    Droit chi  mont, il n'est pas loing.
    Vous le porrs molt bien ataindre.
    Et li quens commencha  poindre.
    Et Wistasces, ki el ne quiert.
    En la keue de l'ost se fiert.                                   1360
    Illuec retint .v. chevaliers,
    .Vj. palefrois et .v. destriers;
    Car il avoit grant compaignie
    Qui gaires n'estoit eslongie;
    El bos se sont al muchier,                                     1365
    Apris sont assis au mangier.
    Hainfroi son mortel anemi
    I sorvint au mangier sor lui.
    El bos entra pour estaler.
    Jamais ne s'en cuida r'aler,                                    1370
    Grant paour ot, molt s'esfra.
    Wistaces em pis se leva;
    Dist Wistasces: Or tost descends.
    Et avoec nous si mangers.
    Hainfrois descent, grant paor a,                                1375
    En Wistasce poi se fia;
    Et quant che vint apris mangier.
    Hainfrois commencha  proier
    Wistasce merchi durement.
    Dist Wistasces: Als-vous-ent.                                 1380
    Mon pre et mon germain cousin
    Avs occit et trait  fin.
    Et si me meslastes au conte.
    Ne ferai ore plus lonc conte;
    Mais qui me donroit toute Franche                               1385
    N'en prendroie-jou acordanche.
    Pour chou qu'o moi mangi avs
    Huimais de moi garde n'ars.
    Or vous en als trestous cuites.
    Et au conte de ma part dites                                    1390
    Que jou orains la soif clooie
    Quant il me demanda quel voie
    Wistasces li moigne est als;
    S'il ert encore laiens rems.
    Hainfrois est d'Uistasce partis;                                1395
    Au conte conta tous ses dis.
    Et li quens tantost retorna
    Et Wistasces se destorna;
    Lors s'atorna comme mesiel.
    Henap ot, et potente et flanel;                                 1400
    Quant voit le conte trespasser.
    Dont commencha  cliketer.
    L ot-il .xxviij. deniers.
    C'au conte, k' ses chevaliers.
    Quant li quens fu outre passs,                                 1405
    Uns gars fu arrire rems
    Ki menoit un molt bon destrier;
    Wistasces le fist trbuchier.
    Saut s archons, sa voie tient.
    Et li garchons au conte vient:                                  1410
    Sire, par ma foi! uns mesiaus
    M'a tolu .j. de vos chevaus.
    Vois, dist li quens, por les boiaus.
    Por le ventre, por les trumiaus!
    Che fu ichil  la clikete                                       1415
    Li moignes ki si nous abte.
    Par foi! che dist li quens Renaus.
    Trop bien paroit ore mesiaus;
    Les dois avoit trestous crous
    Et ses visages ert bous.                                      1420
    Li quens le fist partout cachier.
    Wistasces se fist escachier;
    Sa jambe ot li  sa nace.
    Molt bien sot aler  escache.
    Poumon de vaque de Hiekie                                       1425
    Avoit  sa cuisse liie.
    D'un bendel tout ensanglent.
    Et mostier est Wistasce entr;
    Li quens de Bouloingne i estoit.
    Li prieus la messe chantoit.                                    1430
    Tous ert li mostiers plains de gens.
    De chevaliers et de sergens.
    Wistasces vint devant le conte.
    Sa maladie li raconte;
    Sa jambe li mostre et sa nache,                                 1435
    Si li prie que bien li fache.
    Li quens .xij. deniers li tent.
    Et Wistasces les deniers prent;
    Devant le prieus vint tout droit
    L o s'osfrande rechevoit,                                     1440
    En haut a sa cuisse leve
    Et sa nache li a mostre.
    Sire, dist Wistasces, vs
    Comme je sui mal atirs;
    J'ai toute la cuisse porrie.                                    1445
    Pour Diu et por sainte Marie!
    Car priis  ces chevaliers
    K'il me doinsent de lor deniers
    A ma cuisse faire garir.
    Dist li prieus: Or lai venir                                   1450
    L'osfrande, et puis si parlerai.
    Volentiers por toi prierai.
    Quant l'osfrande fu toute ale.
    Et li prieus sans demoure
    Prie pour Wistasce le moigne                                    1455
    Qui  maint homme fait vergoigne.
    Signour, dist le prieus, os.
    Cis povres hom que vous vs
    A toute la cuisse porrie.
    Pour Diu et pour sainte Marie                                   1460
    Grant mestier a c'on bien li fache;
    Il n'a c'un pi et une escache.
    Pour Diu! signor, faites li bien;
    Je vous em pri sour toute rien.
    Wistasces ne fu mie fols;                                       1465
    Illuec gaegna-il .viij. sols.
    Dou mostier ist  recele.
    Ains que la messe fust chante;
    N'avoit cure de prendre pais.
    Il amoit miels guerre que pais.                                 1470
    Il s'en vint au cheval le conte.
    Sour le cheval maintenant monte.
    S'escache contreval li pent;
    Et li enfant crient forment:
    L'escachier enmainne .j. cheval;                               1475
    Vs com il point par mi cel val!
    Dont salent fors li chevalier.
    Il ne remest homme el mostier:
    Trop grant merveille en orent tuit
    De l'escachier ki si s'enfuit                                   1480
    Sour le riche cheval d'Espaigne.
    Durment s'en vait par la campaigne.
    Vois! dist li quens, por les boiaus!
    Tant est cis moignes desloiaus
    Ki tant m'ara fait honte et mal.                                1485
    Or me r'a tolu mon cheval.
    Riens ne me vauroit li sivir.
    Je n'el poroie aconsivir.
    Dont fist li quens  tous jurer
    Que s'il le pueent atraper,                                     1490
    En bois, n'en vile, n'en sentier.
    K'il le renderont prisonnier.

    Un jour estoit molt bien negi.
    Wistasce ot est espi
    En .j. hamiel o il estoit.                                     1495
    Li quens s'en va cele part droit.
    Lui .xxxisme. tout ferarm.
    Par tans fust pris et atrap;
    Mais Wistasces de Mont-Chavrel
    L'en garni par .j. garonchiel.                                 1500
    Wistasces est sour Moriel monts.
    Lui tiers s'enfuit tous dsarms.
    Li quens par trache le sivoit.
    Et la trache en la noif estoit.
    Wistasces chis .j. fvre entra,                                1505
    Les fers de son cheval torna;
    Quant li fier furent bestorn.
    Wistasce en est adont torn.
    Que plus Wistasce avant aloit
    Et la trache si demostroit                                      1510
    Au conte k'il tornast arrire.
    Li quens est entrs en l'ordire.
    Par cele trache s'aperchoit
    Qu'Uistasce arrire retornoit.

    Li quens arrire retorna,                                       1515
    La trache au fvre le mena
    Ki les fers avoit bestorns.
    Par tant sera mal atorns.
    Li quens fist le fvre apieler;
    Je cuic k'il le velt tribouler,                                 1520
    Commande lui sans nul essoigne
    Que li rende Wistasce le moigne.
    Dist li fvres: Je n'en ai mie.
    Issi m'at sainte Marie.
    Dist li quens: Vous le me rendrs;                             1525
    Par ceste trache estes provs
    Qui nous a amen ichi.
    Li fvres dist: Sire, merchi!
    Troi escuier par chi passrent.
    Lor fers de lor chevals tornrent                               1530
    Mais ne sai por coi il le firent.
    Tout maintenant de chi issirent.
    Cele voie s'en sont al
    Si com vous estes retorn.
    Dist le quens: Par les sains trumiaus!                         1535
    Molt est cis moignes desloiaus.
    Pour les fers k'il a bestorn
    Sommes-nous ichi retorn.
    Fvres, ki les fers bestornas.
    De .xx. livres tu destordras:                                   1540
    Ou .xx. livres me baillers
    Ou vous sers haut encros.
    Li fvres .xx. livres gaga.
    Plge et ostage l'en livra.
    Li quens retorne vers Wistasce,                                 1545
    Le forest de Vardello passe.
    Wistasce est assis au mangier
    Ch fors en .j. vaste mostier;
    .Iij. carpentiers i carpentoient.
    Nouviel mostier faire voloient.                                 1550
    Li quens s'en passa par devant.
    Au mostier courut .j. serghant.
    Wistasces devint carpentier
    Quant le serghant vit aprochier;
    A son col la cuignie pent,                                      1555
    Fors dou mostier ist erramment:
    Diex vous saut! sire, dit Wistasce;
    Queis hom est-chou ki par l passe?
    Dist li serghans: Che sont faidiu
    Ki sont de lor pas eskiu.                                      1560
    .J. homme qui molt set de guerre
    Venoient querre en ceste terre.
    Il ont o parler dou moigne
    Qui chi fu ns pris de Bouloigne.
    Molt ont demand et enquis                                      1565
    K'il est molt preus et molt hardis.
    Frre, dist Wistasces li moigne.
    Vous als querre tel besoigne
    J ne vous vaurra .j. bouton.
    C'est uns fols musars, .j. glouton.                             1570
    Laiens mangue en cel mostier
    .J. dyable moigne advresier;
    Le mal puist-il estre arivs!
    Il nous a tretous afams.
    Descends, si l'als vir.                                      1575
    Chelui que vous verrs sir
    A cel coron par de del
    C'est li moignes, n'en douts j.
    Li serghans descent erramment.
    Puis a dit au moigne ensement:                                  1580
    Tens-moi, fait-il, mon ronchi.
    Il n'a si bon dusch' Monchi.
    Et si gards k'il ne vous fire.
    Car il jete del pi derrire.
    Dist li moignes: Loial vous truis;                             1585
    Ne me ferra pas se je puis.
    Li varls el mostier entra.
    Del moigne mie ne trouva.
    Et quant ne l'a mie trouv
    Dont se tient-il  engan.                                      1590
    Il aloit musage querant.
    Wistasces monte maintenant.
    Wistasce  haute vois s'escrie:
    Carpentier, vesci vo cuignie.
    Je m'en vois,  Diu vous commanc.                              1595
    Par les dens Diu! dist li sergant.
    De mon cheval jus descends;
    Arrire le me ramens.
    Non ferai, puis k'il est si bons.
    Huimais ne me prendra li quens,                                 1600
    Ains enmenrai cest bon cheval.
    Dist Wistasces, sire vassal.
    Arrire  pi vous en irs.
    Au conte de ma part dirs
    Bien fust conrs et pus                                       1605
    Se il fust ichi descendus.

    Uistasce en la foriest entra.
    Et cil  pi si s'en ala
    Trestous corchis et abosms:
    Cest jor fu-il mal atorns;                                     1610
    Souvent chaoit par mi la noif
    Et moroit de fain et de soif.
    Et si erroit  tel trpiel
    Que de ses dens faisoit martel.
    Li quens ert assis au mangier;                                  1615
    Atant s vous son escuier
    Trestout soilli desci as braies.
    Dist li quens: Bonne aventure aies!
    Si m'as ore de pris sivi.
    As-tu le moigne aconsivi?                                      1620
    Cil fu corchis, ne pot mot dire.
    Li quens li recommenche  dire:
    Respont, dyable, dist li quens.
    Male goute aies-tu s dens!
    Sire, che dist li escuiers,                                    1625
    Li moignes est bons chevaliers.
    Car il prent bien souvent dou vostre;
    Bien vous aprent vo patenostre.
    Il m'a mis de mon ronchin fors;
    En aventure fu mon cors.                                       1630
    Vois! dist li quens, por les trumials.
    Pour le ventre et por les boiaus.
    Por le gargate, pour les dens.
    Com cil cunchie toutes gens!
    Por les trumiaus! bien n'en ira.                                1635
    Signor serghant, or i parra.
    Wistasce en la forest estoit.
    Li quens s'en vint cele part droit.
    Wistasce est sor Moriel monts;
    Mais il n'estoit mie cengls.                                   1640
    Li quens le siut comme dervs:
    Or ert-il j bien atraps.
    Wistasces Moriel espouronne.
    Et Morials saut, la siele torne;
    Wistasces chiet, li quens le prent.                             1645
    Vigereusement se desfent.
    L'escu li a jet devant;
    A .ij. mains l'aiert maintenant.
    Et dans Wistasces fiert le conte.
    Ki volentiers li fist honte.                                   1650
    Li uns sache, li autres tire.
    Ainc ne vistes tel martyre
    Com il ot  Wistasce prendre;
    Car trop bien se savoit desfendre.
    Pris fu Wistasce et retenus,                                    1655
    Lors fu bien gards et tenus.
    Les mains li lient et les pis.
    Sor .j. ronchi fu encarchis.
    Tantost le valt pendre le quens;
    Mais Wistasce i avoit des siens:                                1660
    Ains i ust cols dpartis
    K'il i fust pendus ne occis.
    Signor, dist li quens de Bouloigne.
    Jou ai pris Wistasce le moigne;
    Or me los que j'en ferai.                                      1665
    Par vo conseil m'en dduirai.
    Me los-vous que je le pende
    Ou au roi de Franche le rende?
    Dist Guillaume de Mont-Chavrel:
    Il ne nous en seroit pas bel;                                  1670
    Nos parens est et nos amis.
    Trop en aris d'anemis.
    Dist li quens: Je le pendrai j;
    Or venrai ki le me tolra;
    Ou jou au roi l'envoierai,                                      1675
    Que j por nul hom n'el lairai.
    Ki le fera pendre ou noier.
    Ou le fera martyriier.
    Dist Wistasces: Bials trs dous sire.
    Car refraignis .j. poi vostre ire.                            1680
    Le moigne raplgis-le-nous
    Sor quanques nous tenons de vous.
    Par les boiaus biu! non ferai.
    Dist li quens; ains le destruirai.
    Et dist Ansiaus de Caieu: Sire,                                1685
    Car refraignis encor vostre ire;
    Trop porroit  ses amis nuire.
    Se vous le voellis destruire.
    Sire, dist Hues de Belin.
    Le vols-vous destruire enfin?                                 1690
    Ol, par saint Piere de Romme!
    Jamais ne cunchiera homme.
    Dist li quens; trop a fait de maus.
    Trop est tels moignes desloiaus.
    Respont Wales de la Chapiele:                                   1695
    Ne morra hui, par la cerviele!
    Trop estes mals hom, sire quens;
    N'en fers pas issi vos buens.
    Il a ouvr com hom de guerre;
    Vous li avs tolu sa terre.                                     1700
    Or le mens par jugement.
    Ou n'en tenrs mie autrement.
    Se vous le moigne pendis.
    Trop d'anemis en averis;
    Et se vous el que bien li faites                                1705
    J i aura espes traites.
    Sire, che dist Bauduins d'Aire.
    Car me crs d'un poi d'afaire.
    Envoie-le  Paris au roi;
    S'iert jugis par droit et par loi.                            1710
    Dist li quens: Il eschaperoit.
    Qui .j. jor vivre le lairoit.
    Si le faites si bien loier
    K'il ne se puisse justichier.
    Dist li quens: Je l'envoierai                                  1715
    Au roi, si m'en deliverrai.
    Cascuns respont: Je le vous lo.
    Li quens l'envoie  Hardelo;
    Et quant che vint  l'anuitier
    Li quens manda .j. caretier                                     1720
    Pour Wistasce mener au roi.
    Li caretons plevi sa foi
    C'au roi de Franche le menroit.
    Si que j nus ne le saroit.
    Hues de Gaunes est monts,                                      1725
    Lui xxxisme tot ferarms;
    Cil le doivent  roi conduire.
    Ains li volront aidier que nuire.
    Wistasces fu encharets.
    Par nuit se sont achemins.                                     1730
    Si ami en demainnent duel.
    Ils ont trespass Mosteruel.
    Hues de Gaunes les garni.
    S'aprest fuissent et garni
    D'Uistasce le moigne secorre,                                   1735
    Sous Biaurain le porront rescorre.
    Guillaumes de Filles s'arma.
    Lui xxxisme,  Biaurain ala;
    S'ont rescous Wistasce le moigne.
    Maugr le conte de Bouloigne.                                   1740
    Li moigne passa outre Cance;
    N'avoit cure d'aler en Franche.
    Ains que li quens en sust mot.
    Ot-il gaegni son escot.
    Li abbs de Jumiaus venoit;                                     1745
    Wistasce esgarde, si le voit:
    Dans abbs, dist-il, ests l;
    Que ports-vous, n'el cels j?
    Dist li abbs: A vous c'afiert?
    A poi c'Uistasces ne le fiert:                                  1750
    C'afiert  moi, sire coillart!
    Par ma teste! g'i aurai part.
    Descends tost, n'en parls plus,
    Ou vous sers j si batus
    Ne le vauriis pour .c. livres.                                1755
    Li abbs [cuide] k'il soit ivres;
    Il l'a.. molt douchement.
    Dist a l'abs: Als-vous-ent;
    N'est pas ichi que vous quers.
    Wistasces dist: Ne me cifls;                                  1760
    Descends jus isnielement.
    Ou l vous ira malement.
    L'abbs descent, grant paor a.
    Et Wistasces li demanda
    Combien il porte od lui d'avoir.                                1765
    Dist li abbs: .iiij. mars voir.
    J'ai od moi .iiij. mars d'argent.
    Wistasces l'escouce erramment;
    Bien trouva .xxx. mars ou pus.
    Les .iiij. mars li a rendus,                                    1770
    Tant com il dist que il avoit.
    Li abbs fu corechis  droit.
    Se li abbs ust dit voir.
    Tout r'ust u son avoir.
    Li abbs son avoir perdi                                        1775
    Pour tant seulement k'il menti.

    Un jor fu li quens  Bouloigne;
    Dont i vint Wistasces li moigne.
    Dedens Bouloigne en est entrs.
    Makeriaus avoit acats,                                         1780
    Vendi les as serghans le conte.
    Pour paiement et por aconte
    Ala Wistasce  court mangier;
    Mais ainc n'en pot avoir denier.
    Il demanda son paiement,                                        1785
    Ainc n'en i ot goute d'argent;
    Terme li ont mis li serghant.
    Wistasces s'em parti atant.
    Li quens s'apparilla d'esrer.
    Ses chevals a fait ensieler.                                    1790
    Wistasces s'en vint as chevaus,
    .Iiij. en a saisi des plus biaus.
    A l'iaue les devoit mener,
    .Iij. garchons fist od lui aler
    Ki les chevaus li amenrent;                                    1795
    Fors de Bouloigne les menrent.
    Wistasces i ot des serghans;
    Il fait descendre les enfans.
    Les .iiij. chevaus enmenrent
    Et li enfant s'en retornrent.                                  1800
    Wistasces au conte manda
    Par .j. serghant k'il encontra.
    K'i enmainne .iiij. chevaus
    Por l'escot de ses makeriaus.
    Li serghans vint courant au conte,                              1805
    D'Uistasce le moigne li conte
    Ki li a makeriaus vendus
    .Xliiij. voire plus;
    Quatre bons chevals en a pris
    Por le paiement, che m'est vis,                                 1810
    Et si a mangi  vo court.
    Par les pis biu! trop me tient court;
    Je li acourcherai sa vie.
    Par les boiaus sainte Varie!
    Li quens le commenche  cachier;                                1815
    Mais onques ne le pot baillier.
    Wistasces devint flanniers
    Et esmeulliers et basteliers.

    Li quens ert .j. jor  Calais.
    Wistasce i vint  grant eslais,                                 1820
    Ki molt sot de mal et de gile.
    En .j. ostel fors de la vile
    Fist faire .j. fu grant et plenier;
    Od lui avoit .j. escuier.
    Waufres et tartres fist nouvieles                               1825
    Et samelles boines et bieles.
    Les tartes fist dedens confire
    D'estoupes, de poi et de cire.
    Wistasce les ot fait confire
    Molt trs bien et a grant maistire.                             1830
    Li quens fu assis au mangier.
    Et Wistasce prist son mestier.
    Si le porta devant le conte;
    Au conte vient, et si li conte
    C'uns damoisiaus li fait prsent                                1835
    Qui tient de lui son casement.
    K'il a devant lui  plaidier,
    Et avoec lui venra mangier.
    Laiens ont le prsent rechut;
    Ancui se tenront  dchut.                                      1840
    Wistasces unes letres fist.
    En unes des tartes les mist.
    Qui contrent par vrit
    Trestoute la conciet.
    Wistasce au conte a pris congi,                                1845
    Et quant li ms furent mangi
    Le prsent portrent esrant
    Devant le conte maintenant;
    Tartes i ot orent aportes.
    Cil ki l les a prsentes                                      1850
    Uns chevaliers a pris des tartes.
    Au conte estoit ses connestables.
    Molt durement ert ses privs.
    En une tarte est enpasts
    Si k'il ne puet la geule ouvrir,                                1855
    Les dens arrire resortir.
    Anchois k'il en fust despasts.
    A son compaignon dist: Tasts;
    Ainc de tels tartes ne mangastes.
    N'en vostre vie n'en goustastes.                               1860
    Adont a pris cil une tarte;
    Grans dens avoit, forment s'empaste
    Si k'il n'en puet ses dens oster;
    D'angoisse commenche  suer.
    Et quant il se puet despaster                                   1865
    Forment commencha  jurer:
    Par les dens biu! je sui honnis;
    Dyable ai mangi, che m'est vis.
    Molt durement se cunchiirent
    Tout cil qui des tartes mangirent.                             1870
    N'i ot nul n'en fust enpast
    Si tost com il en ot goust.
    En une des tartes trouvrent
    Les letres qui lor racontrent
    Que che fist Wistasces li moigne.                               1875

    Par foi! dist li quens de Bouloigne.
    Trop est cis moigne desloiaus.
    Car trop me fait de lais aviaus.
    Au dyable soit-il commands!
    Que j n'iert pris ne atraps.                                 1880
    Wistasce en Engletiere ala.
    Au roi Jehan merchi cria;
    En forme d'un ospitelier
    As pis le roi s'ala couchier.
    Li roi li demanda pour coi                                      1885
    Il ert couchis par devant soi.
    Wistasces dist: Sire, merchi.
    Dist li rois. Levs-vous de chi.
    Puis que estes ospiteliers
    Vous ars merchi volontiers.                                   1890
    Dist Wistasce: Ois ma besoigne.
    Che vous mande Wistasces li moigne
    Et en priant merchi vous crie
    Que le retens de maisnie.
    Li rois respont sans demorer:                                   1895
    Retenus ert, s'il velt jurer
    K'en boinne foi me servira
    Ne que jamais ne me faura;
    De lui vaurai avoir ostages.
    Dist Wistasces: Ma fille en gages,                             1900
    Sire, s'il vous plaist, en ars
    U ma femme, se vous vols.
    Dist li rois: Estes-vous li moigne.
    Ki parls de ceste besoigne?
    Oe, sire; Wistasce ai non.                                   1905
    Et dist li rois: Par saint Aumon.
    Ki me sires est droituriers!
    Je vous retenrai volentiers.
    Que trs bien sois vous venus!
    Dont fu Wistasces detenus.                                      1910
    Li rois galies li bailla;
    Wistasces en la mer entra.
    Wistasce avoit .xxx. galies.
    Es isles vint de Genesies.
    Cil des isles furent arm,                                      1915
    Ensamble furent an;
    Uns castelains les conduisoit.
    Quant ceste estoire venir voit.
    A la gent dist: Or atends
    Tant que il soient arivs.                                      1920
    Quant nous  terre les verrons
    Maintenant les desconfirons.
    Quant Wistasces fu arivs.
    Tous premerains issi des ns.
    Et si compaignon aprs sallent;                                 1925
    Et cil des isles les asallent.
    Wistasces vint au castelain.
    Qui devant vint tout premerain;
    Par mi ses trs, ki ke s'en plaigne.
    Li a conduit toute s'ensaigne.                                  1930
    Godehiere! crie Romerel.
    Wistasces crie: Vincenesel!
    Illuecques ot grant poignis
    Et molt trs fort abatis.
    Que cil molt fort les assailloient                              1935
    Et cil molt bien se desfendoient.
    Dont commencha une mesle
    Et grans et fors et adure.
    Wistasces tint une grant hace
    Dont il grans cols fiert en la place,                           1940
    Maint elme en a esquartel
    Et maint destrier a espaul;
    Fiert  destre, puis  senestre.
    De l'estor se fait sire et maistre.
    Dist Wistasces: Or dou ferir                                   1945
    Par tans les en verrs fuir.
    Bataille i ot et grant et fire.
    Le jor i ot fait mainte bire.
    Wistasces d'illuec les jeta,
    Et tous les isles eslilla                                       1950
    K'il n'i remest riens  ardoir
    Ne en castiel ne en manoir.

    Un jour estoit venu le flue.
    Wistasces fu  Hareflue.
    L o Sainne chiet en la mer;                                   1955
    Ses galies fist aancrer.
    En .j. bastiel s'en est entrs
    Lui .xxxisme. de ses privs;
    Amont Sainne prist  nagier.
    A terre sont sans atargier;                                     1960
    Venus est au Ponciau-de-Mer.
    Desour le pont ala ester.
    Wistasces eut vestu .j. froc.
    Devant lui vit ester Cadoc
    Le senescal de Normendie.                                       1965
    .Iij. cens serghans ot de maisnie
    Por les pors de Saine garder
    Que li moignes n'i puist passer.
    Wistasces manda .j. barbier.
    Sor le pont se fist barbiier.                                   1970
    Dist Wistasces: Quel le feris
    Se le moigne aconsivis?
    Che dist Cadoc: Je le feroie
    C'au roi de Franche le rendroie.
    Ki le feroit crucefiier,                                        1975
    U pendre, ou ardoir ou noier.
    Dist Wistasces: Par saint Winape!
    Se vous me donns vostre cape
    Par tans le vous ensaigneroie
    Et adonc le vous mosterroie.                                   1980
    Respont Cadoc: Ma cape ars
    Se vous le moigne me rends.
    Dist Wistasces: Vous le verrs.
    Ots vos cape; ch, donns.
    Cadoc li a donn sa cape,                                       1985
    Qui par tans ara son escape;
    Elle ert d'un vair de gris forre.
    Et Wistasces l'a afuble;
    Et dist Wistasces: Or tost monts;
    Il est ichi pris en ces prs.                                 1990
    Cadoc si monta lui .xxxisme..
    Si les mainne Wistasces meisme
    s prs sor le Ponciau-de-Mer;
    Il le fera par tans irer.
    .J. faukour s prs avoit,                                     1995
    Une piche de prs faukoit.
    Dist Wistasces: Par saint Vinape!
    Se cis faukieres vous eschape.
    Jamais le moigne ne prendrs.
    Cadoc cele part est als                                        2000
    Il et sa maisnie poignant.
    Une raske trouvrent grant;
    Trestout carent en la raske.
    Cascuns laidement s'i enraske.
    Li cheval i sont dusc'au ventre,                                2005
    Et Wistasces vint entrementre
    A Cadoc, si le salua:
    Sire, fait-il, que faites l?
    Vois! dist Cadoc, por la froissure.
    Dex te doinst hui male aventure                                 2010
    Quant tu par chi nous amenas!
    Laidement cunchii nous as.
    Wistasces sor son chaperon
    Rit de Cadoc  grant fuison.
    Or fu Cados molt bien dchus                                    2015
    Quant en la rasque fu kus;
    Lui .xvisme. fu enraskis.
    Et il jura com renois
    Et si compaignon autressi.
    Dist Wistasces: Par saint Remi!                                2020
    Jamais de cel fangier n'istrs
    Se vous mon conseil ne crs.
    Et Cados s'escria en haut:
    Fils  putain, malvais ribaut.
    Tu nous as mis en mal pelain.                                   2025
    Le mal jor aies-tu demain!
    Si aras-tu si je te tieng.
    Dist Wistaces: Je ne vous crieng
    Tant com vous estes en la raske;
    Jsir i pos dusch' Paske.                                     2030
    Se vous mon conseil ne crs.
    Jamais de la raske n'istrs:
    Trestous main  main vous tens,
    Sor vos sieles  pis monts;
    Se savs saillir as joins pis                                  2035
    Vos chevaus ars alegis
    Et vous plus dlivre sers.
    Or le faites, se me crs.
    Cil croient le conseil Wistasce:
    Cascuns sor se siele l'entasce,                                 2040
    Si s'entretiennent par les mains.
    Et Cadoc saut tot premerains.
    Chiet el fangier dusqu'as assieles.
    Li autre se tiennent as sieles.
    El fangier saut dusc'au braieul;                                2045
    Wistasces n'en a mie duel.
    Por poi ne se pasme de ris.
    Dist Wistasces: Vous estes pris;
    Jamais de chi n'eschapers
    S' cordes n'en estes jets.                                   2050
    Vois! dist Cadoc, por les trumiaus!
    Por le ventre! por les boiaus!
    Por les dens biu! com sui honnis!
    Wistasces s'escrie  haut cri.
    Le fauchor fort apieloit:                                      2055
    Li faukieres vint  esploit.
    Jouste Cadoc saut el fangier;
    Il i sailli pour lui aidier.
    Dusques au aint i est frus.
    Dist Wistasces: Or i en a plus.                               2060
    Cados cuida sans nul ensoigne
    Que che fust Wistasces li moigne.
    Dou fauchour ki l'assailli;
    Il l'a maintenant assailli.
    Del poing le fiert dals l'oreille:                             2065
    Li fauchieres a grant merveille;
    Toute l'oreille li fourmie.
    Cados le refiert ls l'oe.
    Et il cuida qu'il fust ivres.
    Bien en vausist estre dlivres.                                 2070
    En males mains est bien cas.
    Molt fu laidengis et batus.
    Et Wistasces li escria:
    Laissie-le ester, coupes n'i a;
    Il avoit lassi le faukier                                      2075
    Et vous estoit venus aidier.
    C'est ore de bien fait co frait
    Quant li faites et honte et lait.
    Jou ai non Wistasces li moignes.
    Qui vous ai mis en cest essoigne.                               2080
    Huimais pos asss fouler
    Et je m'en irai vers la mer.
    Vostre cape m'avs donne.
    Que mal vous ai guerredonne.
    Devant vous me fis barbiier,                                    2085
    Or vous refai ichi peschier;
    Or n'en sois escars ne merde.
    Fouls asss en cele merde.
    Car anguilles i a asss;
    Mais molt forment estes lasss.                                 2090
    Tant avs pris de gros poissons
    Que ne les pos metre amont.
    Dist Cados: Se j'estoie fors.
    Molt seroit prochainne ta mors.
    Jamais ne seroit cunchiis                                      2095
    Nus hom par vous ne engignis.
    Dist Wistasces: Manechs vivent.
    Entre iaus molt longhement estrivent.
    Wistasces s'est d'illuec partis.
    Si se r'est en son batiel mis.                                  2100
    Cados a fait tantost crier
    Sor le pont au Ponciau-de-Mer
    Que il le viegnent desraissier
    U Wistasces l'a fait pescier.
    Quant Cadoc fu d'illuec ost,                                   2105
    .Iij. serghans a fait armer;
    A Bouloigne s'en va poignant.
    .C. serghans envoia devant.
    Bien i cuida Wistasce prendre;
    Mais Wistasces, sans plus atendre,                              2110
    Si fist  lui tenser .j. flue;
    Wistasces vint  Bareflue,
    .Xxx. mars ot de tenserie
    Es isles et en l'autre partie;
    A Bareflue en est venus,                                        2115
    .Xxx. cens en a rechus.
    Cados le commenche  sivir;
    Mais ne le pot aconsivir.
    Il le sivoit si et le ns;
    Wistasce arrire est retorns                                   2120
    Et .v. batiaus li a tollus:
    Cados ne le velt sivir plus.
    Cados s'en retorna arrire.
    Car la mers li estoit trop fire.
    Wistasces son voile drecha,                                     2125
    Devant Croufaut r'atainte a
    Une trs bonne riche nef
    Qui devant lui sigloit souef.
    Wistasce est en la nef saillis.
    Chiaus de la nef a assaillis.                                   2130
    Wistasce adont teus les mena
    Et teus adont les atorna
    Que .ij.c. mars en a rechus;
    Adont se tinrent  dchus.
    Wistasces vint en Engletiere,                                   2135
    Ki molt ot fait de maus en tierre;
    Au roi Jehan s'en vint tout droit.
    Puis l'apiela par grant esploit:
    Sire, fait-il, je voel requerre
    Une masure en vostre terre.                                    2140
    Et dist li rois: Et vous l'ars.
    Et le prends l o vols.
    A Londres vous doins .j. palais
    Qui molt est riches et bien fais.
    Wistasces l'en a merchi                                        2145
    Et puis n'i a gaires est.
    Ains a fait le palais abatre;
    Des ouvriers a mis plus de quatre.
    Si fist jeter .j. fondement
    Qui bien cousta mil mars d'argent                               2150
    Anchois k'il venist desor terre.
    Dont i vint li rois d'Engleterre.
    Puis dist k'il a el cors la rage
    C'a commenchie itel ouvrage.
    .Iiij. cens mars li a prests                                   2155
    A faire tous ses volents.
    Wistasces parfist le palais.
    Qui molt fu riches et bien fais.
    En Engletiere fu li moigne;
    Dont i vint li quens de Bouloigne;                              2160
    Dou roi de Franche ert mal partis.
    Au roi Jehan vint ademis.
    Dont s'en vaut revenir li moigne
    Quant il vit Renaut de Bouloigne.
    Li rois faisoit gaitier la mer                                  2165
    Que li moignes ne puist passer.
    Wistasces, ki sot de faviele.
    Prist .j. archon od la viele.
    Comme menestreus s'entorna
    Et sa cotiele coveta.                                           2170
    Une coife ot d'orfroi bende
    Et une verge foulole.
    A la marine vint errant,
    .J. marcheant voit  Travant.
    En la nef sont trestout entr;                                  2175
    Et Wistasces est demour.
    Qui molt estoit de grant porpens:
    Il joint les pis, si sailli ens.
    Dist l'estrumiaus: Dans menestreus.
    Vous istrs fors, si m'ait Dieus.                              2180
    Wistasces respondu li a:
    Voire, quant nous serons de l;
    Or ne vous tien-ge mie  sage.
    Je vous donrai por le passage
    .V. estrelins u ma viele                                        2185
    De coi fesistes or faviele.
    Je suis jouglere et menestreus.
    Petit en trouveris d'iteus.
    Je sais trestoutes les chanons.
    Por Diu! biau sire, passs nos;                                 2190
    Je vieng devers Nohubellande,
    .V. ans ai est en Irlande;
    Tant ai bu de la goudale
    Tout ai le vis et taint et pale.
    Or m'en revois boire des vins                                   2195
    A Argentuel ou  Prouvins.
    Comment avs  non, sans gas?
    Sire, j'ai  non Mauferas.
    Englisseman de Canestuet.
    Ya, ya Codidouet.                                              2200
    Dist l'estrumiaus: Tu ies Engls;
    Franchois cuidoie que fussis.
    Set-tu ore nule chanon?
    Oe, d'Agoullant et d'Aimon;
    Je sai de Blanchandin la somme,                                 2205
    Si sai de Flourenche de Romme.
    Il n'a el mont nule chanon
    Dont n'aie o ou note ou son.
    Je vous esbainoiasses bien.
    Mais ne chanteroie pour rien;                                   2210
    Car ceste mers molt m'espavente.
    Je n'i porroie metre entente
    A dire chose ki vausist.
    Onques plus nus ne le requist.
    Si fist li moignes sa besoigne;                                 2215
    A viespre ariva  Bouloigne.
    Lors s'en tourna demaintenant.
    Comme garchons  pi courant.
    Une grant boiste od lui porta.
    Unes lettres dedens frema;                                      2220
    Il vint au roi, si li moustra.
    Li rois les letres esgarda.
    Vit que li moignes ert venus
    En Franche et li mande salus.
    Au roi Jehan est courechis,                                    2225
    Ne jamais n'i ert apais
    Pour sa fille k'il a tue
    Et arse et desfigure.
    Et si est li quens de Bouloigne.
    Por chou en vint Wistasces li moigne,                           2230
    Qu'il ne velt pas le roi trahir;
    Mais molt trs-bien le velt servir.
    Dist li rois: S'il est dech mer.
    Si le faites  moi parler
    Et sauf aler et sauf venir,                                     2235
    Car il i puet molt bien venir
    K'il n'ara garde dusqu' chi.
    Et dist Wistasces: Vs me chi.
    Es-tu chou? chou a dit li rois;
    En toi a molt petit franchois.                                  2240
    Tu n'ies pas grans ains ies petis.
    Si ies si preus et si hardis;
    Tu ses de gile et de barat.
    N'i a pas mestier sains de cat.
    A moi ne serviras-tu mie                                        2245
    Se tu ne vis de bonne vie.
    Dist Wistasces: Par saint Symon!
    Je ne ferai se bien non.

    Dont fu li moignes bon guerriers.
    Molt par estoit hardis et fiers,                                2250
    Puis fist-il mainte dyablie
    Es isles en l'autre partie.
    Le roy Loy fist passer
    A grant navie outre la mer;
    Si conquist la nef de Bouloigne                                 2255
    Par son cors et par sa personne.
    Od lui mena le roi Adan.
    Ses ns perdi li rois cel an.
    Wistasce en fu ochoisonns
    K'il avoit traes ses ns.                                      2260
    Wistasces bien s'en scondi.
    K'il n'i ot homme si hardi
    Ki li osast mie aprouver;
    Et ensi l'ont laissi ester.

    Une autre fois entra en mer                                     2265
    Od grant navie por passer.
    Raous de la Torniele od lui.
    Si fu varls de Montagui;
    Wistasces vint en haute mer.
    Ki molt estoit et preus et ber.                                 2270
    Plus de .xx. ns devant lui passent
    Et molt durement les assaillent
    Od molt grans ars et arbalestres.
    Car ils ont mis en lor esneques.
    Il se desfendent au jeter                                       2275
    Et au lanchier et au bierser.
    D'Engls font grant occision.
    Bien se desfendent com baron.
    Wistasces maint en craventoit
    D'un naviron que il tenoit;                                     2280
    Ki brise bras, ki brise teste.
    Chelui occist et chelui verse.
    Chelui abat, cel autre foule
    Et au tierch brise la canole;
    Mais cil de toutes pars l'assalent,                             2285
    Molt durement si le travallent.
    De grans naces fierent au bort;
    Mais cil se desfendent si fort
    K'il ne pueent dedens entrer.
    Dont commenchirent  ruer                                      2290
    Caus bien molue en grans pos
    K'il depchoient  lor bors.
    La pourrire molt grans leva:
    Che fu chou que plus les greva.
    Dont ne se porent plus desfendre;                               2295
    Car lor oel furent plain de cendre.
    Cil estoient desor le vent
    Ki lor faisoient le torment.
    En la nef Wistasce saillirent
    Et molt durment les mesballirent;                               2300
    Tout li baron i furent pris.
    Wistaces li moignes occis;
    Il i ot la teste colpe;
    Tantost defenist la mesle.
    Nus ne puet vivre longhement                                    2305
    Qui tos jors  mal faire entent.




NOTES ET CLAIRCISSEMENTS.


Page 1, vers 3.

_Saint-Saumer_, ou mieux _Samer_ (_Sanctus Vulmarus_), abbaye de l'ordre
de saint Benot, situe  quatre lieues de la ville de Boulogne-sur-Mer.
Elle est ainsi appele parce que, aprs tre n dans le lieu qu'elle
occupa depuis. Vulmar, aid des secours de son frre, de son pre, et de
Ceadwalla roi des Saxons occidentaux, qui lui donna soixante sous, la
fonda l'an 688. Nous ne savons pourquoi l'abb Expilly la dit fonde en
608 par Wilme, comte de Boulogne. Voyez, sur Samer, le _Gallia
Christiana_, tome X, col. 1593.

Page 1, vers 7.

Tolde avoit dans le moyen ge la rputation d'tre le sige d'une
fameuse cole de magie.

Virgile et Maugis d'Aigremont[28] y vinrent faire leur apprentissage.

On lit dans un conte dvot qu'aprs la mort de sainte Locade, les
Toldans voulurent avoir son corps. Sur ce, le vieux rimeur s'crie:

    J por tote lor nigremance.
    Ne la r'aront, bien le lor mant ce.

(_De seinte Locade_, par Gautier de Coinsi, v. 2031. _Fabliaux et
Contes_, dit. de 1808, t. I, p. 336.)

Renard

        .... A _Toulete_ en est venus
    O il refu moult bien conus.
    Car autrefois i eut est
    Tout un ivier et un est.
    Apris avoit del nigremance.
    Onques ne fu clerc qui en France
    Sust tant des enchantemens.
    D'aprest et d'esperimens.

(_Renart le nouvel_, tome IV du _Roman du Renart_ publi par Mon, p.
107, v. 2949.)

On lit dans une pice sans nom d'auteur, qui se trouve  la suite d'un
manuscrit du _Roman de la Rose_, lequel est en ma possession:

    Et il est cornart et deceu
    Qui de tail crance est meu.
    J n'ert par lez ars de _Tolete_
    Fine amour quise ne parfete, etc.

On trouve dans un ancien livre espagnol une histoire intitule: _De lo
que contescio a un Dean Sanctiago con don Illan el magico que morava en
Toledo_[29], et dans le _Second Livre des seres de Guillaume Bouchet,
sieur de Brocourt_ ( Rouen, chez Louys Loudet...M.DC.XXXIV, in-8,
dixneufiesme sere, p. 193) on lit: Il falloit...que le miroer fust
fascin, et garny de magie diabolique de _Tolette_.

Enfin, voyez _Morgante maggiore_, canto XXV, ottava 42, 81 et 259, et
_Pantagruel_, liv. III, chap. 23, et consultez, sur les coles de magie
d'Espagne, Walter Scott, _the Lay of the last Minstrel_. London: printed
for Longman... 1805, in-4, p. 235-38. Dans une note de H. Weber
(_Metrical Romances_, vol. III, p. 329), on lit l'histoire d'un magicien
qui, aprs avoir tudi en Espagne, toit parvenu  enfermer le diable
dans une bouteille, mais par malheur la bouteille se brisa.--On sait que
l'tude de l'astrologie, de la magie et des sciences naturelles toit
l'occupation favorite des Arabes d'Espagne, et qu'un nombre prodigieux
de leurs livres toient dj traduits en latin dans le XIIe sicle, et
rpandus ainsi par toute la chrtient. Irrepsit hac tempestate (XIII
scul.) etiam turba astrologorum et magorum, ejus farin libris una cum
aliis de arabico in latinum conversis.--_Hermanni Conringii de
Scriptoribus XVI post Christum natum seculorum commentarius_, etc.
_Wratislavi_, apud Michaelem Hubertum, M DCC XXVII, in-4, p. 125.
Voyez enfin Warton's _History of english Poetry_, dit. de 1825, t. II,
p. 235 et suiv.

_Nigremanche_, magie noire, _ars nigra, black art_, et non pas
_divination par les morts_, [Greek: nechromantehia], comme on l'a dit
souvent. Je sais bien que cette tymologie est contraire aux principes
de la science; mais nos pres n'y regardoient pas de si prs.


Page 1, vers 10.

Le mot _caudes_ signifie videmment ici _queues_, soit que l'auteur se
soit servi d'une expression qui s'est conserve de nos jours parmi le
peuple, soit qu'il ait fait allusion  une pratique magique qui nous est
inconnue.


Page 1, vers 14.

_Malf_, mauvais, le diable. Nos anctres craignoient de nommer le
diable par son nom; pour cela il le dsignoient par l'pithte de
_mauvais_ ou d'_ennemi_[30]. Les exemples tirs de nos anciens auteurs
tant trop nombreux, il est inutile de les citer, nous nous bornerons 
renvoyer  _Pantagruel_, liv. III, chap. XI, et  rappeler qu'il existe
un livre intitul les _Temptacions de l'Ennemi_[31], et que dans la
pice de Shakspeare, _Measure for measure_, acte II, scne 2, Angelo
s'crie:

    O cunning _enemy_, that, to catch a saint.
    With saints dost bait thy hook!

Voyez _Illustrations of Shakspeare and of ancient manners_, etc., by
Francis Douce. London: printed for Longman, etc. MDCCCVII, deux volumes
in-8, t. I, p. 128, et surtout p. 99-101.

Il parot que parler au diable lui-mme toit une grande distinction
pour un magicien. Dans le _Miracle de Thophile_, par Rutebeuf on lit:
_Ici vient Thophiles  Salatin_, qui _parloit au deable quant il
voloit_.--Ms. 7218, fol. 298, v.


Page 2, vers 18.

_Espiremens_ est, sans aucun doute, pour _esperimens_, experimenta.


Page 2, vers 20.

Probablement _lire le pseautier_  rebours, pratique magique trs-usite
dans les conjurations du moyen ge.


Page 2, vers 23.

L'opration magique indique dans ce vers s'appelle _lecanomanie_, de
[Greek: lechhan], bassin, et [Greek: mantehia] divination. Elle se
pratiquoit gnralement par le moyen d'un bassin plein d'eau du fond
duquel on entendoit des rponses, aprs y avoir jet quelques lames d'or
et d'argent ou des pierres prcieuses sur lesquelles toient gravs des
caractres. Voyez Pline, liv. XXX; Apule, dans son Apologie, dit. de
Casaubon, Heidelb. 1594, in-4, p. 52; Martino Del Rio, _Disquisitionum
magicarum libri_ VII, etc. Venetiis, apud Vincentium Florinum, M DC XVI,
in-4, liv. IV, sect. 4, p. 541, B; le dictionnaire de Bayle, art.
Pythagore; celui de Trvoux; et Nol, _Dictionnaire Mythologique_.

Voici l'indication d'un autre procd dans un passage d'un livre du
moyen ge:

Et en disant ce (Nectanebus), entra en sa chambre et empli ung grant
bacin d'eaue de pluye et l'emply tout plain de nasselles de cire et les
mist dedens l'eaue[32].

Et print une verge de pommier, et en regardant l'eaue l'enchanta,
etc.--_Le Livre et la vraie Histoire du bon roy Alixandre_. Ms. du
Muse Britannique, Bibliothque du Roi, n 15. E. VI, fol. j. col. 2 et
v, col. 1.

Le roman anglois publi dans le tome I de la collection de Henry Weber,
porte  ce mme endroit le passage suivant:

    Anon he dude caste his charme:
    His ymage he made anon.
    And of his barouns everychon.
    And afterward of his _fone_:
    He dude heom togedre to gon.
    In a basyn, al by charme;
    He segh on him fel theo harme; etc.

    (_King Alisaunder_, p. 9, v. 104.)


Page 2, vers 29.

_L'espre_, la sphre.


Page 4, vers 90.

Ici nous avons cru devoir corriger le manuscrit, qui porte _que
ch'orent_.


Page 8, vers 202.

Voyez, sur l'expression _hari_, le glossaire du _Roman de la Rose_,
dition de Mon,  ce mot, et les _Fabliaux et Contes_, dition de 1808,
t. II. p. 269, v. I on lit dans ce dernier ouvrage,

    L'un dit ho, l'autre _hari_.

(_Le Dit des rues de Paris_, par Guillot de Paris, v. 450.)

Dans la Bourgogne et dans le Beaujolois, on dit encore _hari_ aux
boeufs et aux vaches pour les faire _guenchir_.

Page 8, vers 202.

On juroit dans le moyen ge par toutes les parties du corps de
Jsus-Christ dont on supprimoit le nom pour viter les peines tablies
par Dieu et par les hommes contre les blasphmateurs. Par la vertus,
dist frre Jan, du sang, de la chair, du ventre, de la teste,
etc.--_Pantagruel_, liv. IV, chap. 19. Voyez, sur cette habitude, les
_Fabliaux et Contes_, dit. de 1808, t. I, p. 461, col. 1, au mot
Coiffe. C'est ainsi que maintenant encore beaucoup de gens disent
_sacrebleu_ ou _bigre_, en place d'autres mots presque identiques qu'ils
se feroient un scrupule de prononcer.


Page 9, vers 234.

    Sire, coe dit Horn,  mun ostel irrai
    E cest mien plerin oue moi amenrai,
    _Seigner_ e reposer e baigner le frai.

(_Lai de Horn_, Ms. Harlien, n 517, fol. 71, v, col. 2.)

Voyez, sur l'habitude de se faire saigner au moyen ge, les _Posies de
Marie de France_, t. I, p. 127, note (1).


Page 10, vers 246.

Malheur  mon cou si, etc. On trouve  tout instant _dehait_ dans les
ouvrages de nos trouverres, et _dathet him ay_ se lit dans le _Sir
Tristem_ de Walter Scott.


Page 10, vers 248.

Ce proverbe, qui se trouve plus loin, p. 76, v. 2097, est aussi dans le
_Roman de la Violette_. L'auteur parle:

    Mais je sais bien que manechis
    Vit plus que mors ne fait d'ass


(Page 214, v. 4533.)


Page 10, vers 266.

_Esraelie_, Isralite, sorcire.


Page 15, vers 285 et suiv.

Bazin et Maugis sont les deux hros d'un roman de chevalerie qui se
trouve, en vers,  la Bibliothque Royale, et qui, dans le XVe sicle,
a t traduit en prose, et imprim plusieurs fois dans le XVIe, entre
autres  Paris par Allain Lotrian, in-4, goth., sans date, dans la mme
ville, par Jean Trepperel, en 1527, mme format, et  Lyon, par Olivier
Arnoullet, 1551, in-4, goth.


Page 11, vers 290 et 291.

Joyeuse toit l'pe de Charlemagne; Courtain, celle d'Ogier-le-Danois;
Hauteclre, celle d'Olivier, et Durendal, celle de Roland. Voyez, sur
elles quatre, _Velant le Forgeron_, etc. Paris, F. Didot, M DCCC XXXIII,
in-8, p. 39, 40, 44, 45, et les notes correspondantes.


Page 11, vers 298.

Allusion au fabliau _de Barat et de Haimet_, ou _des trois larrons_, par
Jean de Boves, imprim dans les _Fabliaux et Contes_, dit. de 1808,
tome IV, p. 233.


Page 12, vers 305.

Il s'agit probablement ici de _Courset_, village du Boulonnois,
actuellement dans le dpartement du Pas-de-Calais,  cinq lieues et dans
l'arrondissement de Boulogne.


Page 12, vers 306.

Le manuscrit porte _Bulkes_. Malgr toutes nos recherches, nous n'avons
rien pu trouver au sujet de ce nom de _Busquet_ qui se lit dans la liste
des potes qui ont contribu  un recueil fort rare intitul:
_Palinodz, chants royaux, ballades, rondeaux et pigrammes  l'honneur
de l'Immacule Conception de la toute belle Mre de Dieu (patronne des
Normans), presentez au puy  Rouen, composez par scientifiques
personnaiges_, etc. A Paris,  l'enseigne de l'lphant (chez Fr.
Regnault), petit in-8, sans date, mais vers 1525.


Page 12, vers 310.

_Basinguehans._ Bazinghem, commune du dpartement du Pas-de-Calais, dans
l'arrondissement et  cinq lieues et un quart de Boulogne.


Page 12, vers 311.

_Heresinguehans_ dsigne ou Rassenghiem, seigneurie de la Flandre, ou
Hardinghem, commune du dpartement du Pas-de-Calais,  cinq lieues et
dans l'arrondissement de Boulogne, ou _Herneclinghem_, une des douze
anciennes baronnies de l'ancien comt de Guines; ou enfin
_Hervelinghem_, village du Boulonnois.


Page 12, vers 316.

_Buffe_, soufflet. On dit encore en anglois _buffet_, dans ce sens.


Page 13, vers 350.

Il est ici question de _Marquise_, bourg du dpartement du
Pas-de-Calais,  trois lieues et dans l'arrondissement de Boulogne; il
est situ dans le bas de la prairie du vallon de la Slacq, ruisseau qui
baigne le ct oriental du bourg, et ctoie la partie mridionale.


Page 14, vers 362.

Le manuscrit porte _Estagles_. taples est une ville situe dans le
dpartement du Pas-de-Calais,  l'embouchure de la Canche dans la
Manche. Elle est  cinq lieues sud-est de Boulogne et dans
l'arrondissement de Montreuil.


Page 14, vers 371.

Cette circonstance est  remarquer parce qu'elle est d'une des
meilleures preuves de la vrit des faits rapports dans cet ouvrage. La
persuasion de l'infaillibilit du _jugement de Dieu_ toit tellement
enracine chez nos pres, qu'un romancier se ft bien gard de faire
succomber le champion d'un innocent.


Page 15, vers 388.

_Hardelo_, chang ailleurs en _Vardello_ et en _Cardello_, dsigne la
fort d'_Hardelot_ ou d'_Ardelot_ qui est situe dans le Boulonnois, et
qui appartient  la couronne. Philippe de France, comte de Boulogne, par
suite de son mariage avec Mahaut fille de Renaud, fit construire 
Hardelot un chteau pour empcher les courses des peuples du Nord dont
on craignoit encore les descentes, dans le commencement du XIIIe
sicle.


Page 16, vers 430.

Clairmarais (_Clarus mariscus_), abbaye rgulire de l'ordre de Cteaux,
filiation de Clairvaux, dans l'Artois, au diocse (autrefois de
Terouenne) et  deux lieues au nord-est de Saint-Omer, fonde, l'an
1140, par Thierri Ier, comte de Flandre. Voyez le _Gallia
Christiana_, tome III, col. 525.


Page 18; vers 479.

Ce proverbe se trouve exprim de la mme manire dans _le Roman du
Renart_, tome I, p. 154, v. 4100; et dans _le Fabel d'Aloul_, Ms. de la
Bibliothque Royale, n 7218, et _Fabliaux et Contes_, dit. de 1808,
tome III, p. 355, v. 943.


Page 20, vers 537.

Hues de Belin est nomm dans la chronique de Geoffroi de Ville-Hardouin.
_Recueil des Historiens des Gaules et de la France_, tome XVIII, p. 483,
C.


Page 20, vers 538.

Lens est une petite ville du dpartement du Pas-de-Calais, dans
l'arrondissement et  cinq lieues de Bthune. Quant  Hnin-Litard,
c'est une commune du mme dpartement et du mme arrondissement,  sept
lieues et demie du chef-lieu.


Page 20, vers 539.

_Aufrans de Caieu_, appel, p. 61, v. 1685, _Ansiaus_ (_Anselmus_) fit
une figure assez belle en son temps. Voyez sur lui le _Recueil des
Historiens des Gaules_, etc., tome XVIII, _passim_; il tait fils
d'Arnoul de Caieu et d'Adelis de Bavelinghem. Voyez Andr du Chesne,
_Histoire gnalogique des maisons de Guines, d'Ardres, de Gand et de
Coucy_, etc.,  Paris, chez Sbastien Cramoisy, M. DC. XXXI, in-fol.,
liv. I, p. 31.


Page 20, vers 541.

Wales de la Capiele toit en effet vassal de Renaud, comte de Boulogne.
Il est nomm _Wallo de Cupella_ dans une charte de ce dernier qui se
trouve  la Tour de Londres, parmi les _Rot. cart. 14 Johann._, et qui a
t imprime dans le Recueil de Rymer, 2e dit., tome I, p. 50;
dernire dit., vol. I, part. 1, p. 104; et dans le _Recueil des
Historiens des Gaules_, etc., tome XVII, p. 87, B.


Page 22, vers 584.

Le manuscrit porte _sachoit_.


Page 28, vers 760.

Aprs meilleure information, je pense qu' la place de _Wistasces_, trop
long d'une syllabe, on doit lire _Waces_, qui, quoi qu'en dise M. l'abb
de la Rue (_Archologia_, t. XII, p. 63), n'est qu'une abrviation du
prcdent. La mme rectification doit avoir lieu dans tous les cas o
elle est ncessaire.


Page 29, vers 777.

_Esclavine_, toffe grossire et habit qui en toit fait. Voyez une note
curieuse sur ce mot dans les _Metrical Romances_ de Ritson, t. III, p.
278.

    Tristran  cest conseil se tient;
    Un peschur vait ki vers lui vient.
    Une gunele aveit vestue
    De un _esclavine_ ben velue.
    La gunele fu senz gerun.
    Mais desus out un caperun.

(Fragment d'un _Roman de Tristan_, fol. 13, v, col. 2.)


Page 30, vers 806.

_Andeli_, les Andelys, ville de Normandie dans le dpartement de l'Eure,
chef-lieu d'arrondissement.


Page 37-39.

On trouve une aventure presque semblable dans un roman indit:

Ffouke e ces compaignouns siglrent vers Engleterre. Quant vyndrent 
Dovre, entrrent la terre e lessrent Mador on la nef en un certeyn leu
l o il ly porreyent trover quant vodreyent. Ffouke e ces compaignons
aveient enquis des paissantz qe le roy Johan fust  Wyndesoure, e se
mistrent privment en la voie vers Wyndesoure. Les jours dormyrent e se
reposrent les nuytz, errrent tan qu'il vyndrent  la foreste, e l se
herbigrent en un certeyn lyw o yl soleynt avant estre en la forest de
Wyndesoure, quar Ffouke savoit yleqe tous les estres. Donqe oyrent
veneours e berners corner, e par ce saveyent qe le rey irroit chacer.
Ffouke e ces compaignons s'armrent molt richement. Ffouke jura grant
serement qe pur pour de moryr ne lerreit qu'il ne se vengeroit de le
roy, q' force e  tort ly ad deshryt, e qu'il ne chalengereit
hautement ces dreytures e son hrytage. Ffouke fist ces compaignons
demorer yleqe, e il meymes, ce dit, irreit espier aventures. Ffouke s'en
ala, e encontra un viel charboner portant une trible en sa meyn; si fust
vestu tot neir come afert  charboner. Ffouke li pria par amour qu'il ly
volsist doner ces vestures et sa trible pur du seon. Sire, fet-il,
volenters. Ffouke ly dona .x. besantz, e ly pria por s'amour qu'il ne
le contast  nully. Le charboner s'en va; Ffouke remeynt, e se vesty
meyntenant de le atyr qe le charboner ly avoit don, e vet  ces
charbons, si comence de adresser le feu. Ffoukes vist une grosse fourche
de fer, si la prent en sa meyn saundreyt et landreyt ces coupons. Atant
vynt le roy ou treis chevaliers tot  p  Ffouke l o yl fust
adresaunt son feu. Quant Ffouke vit le roy assez bien le conust, e gitta
la ffourche de sa meyn, e salua son seignour e se mist  genoyls devant
ly molt humblement. Le roy e ces trois chevaliers aveyent grant ryseye e
jeu de la norurt e de la porret le charboner; esturent ileqe bien
longement: Daun vyleyni, fet le roy, avez vou nul cerf ou bisse passer
par ycy? Oyl, mon seignour, pie. Quele beste vectez-vus? Sire
mon seignour, une cornue, si avoit longe corns. O est-ele? Sire
mon seignour, je vous say molt bien mener l o je la vy. Ore avant,
daun vyleyn, e nous vous siworoms. Sire, fet le charboner,
prendroy-je ma forche en mayn? quar si ele fust prise, je en averoy
grant perte. Oyl, vyleyn, si vus volez. Ffoukes prist la grosse
fourche de fer en sa meyn, si amoyne le roy pur archer; quar il avoit un
molt bel ark. Sire mon seignur, fet Ffouke, vus plest-il attendre? e je
irroy en l'espesse, e fray la beste venir cest chemyn par ycy. Ol,
ce dit le roy. Hastivement sayly en le espesse de la forest, e comanda
sa meyn hastivement prendre le roy Johan, quar je l'ay amen s
folement ou treis chevaliers; e tote sa meysn est de l'autre part la
foreste. Ffouke e sa meyn saylyrent hors de la espesse, e escrirent
le roy e le pristrent meintenant, etc. (_Roman de Foulques Fitz-Warin_,
Ms. du Muse Britannique, fonds du Roi, n 12 .c. xii, fol. 116, v,
ligne 17 et suiv.)

On nous pardonnera de citer ici un autre passage de ce roman qui
contient une histoire plus vieille qu'on ne le croit gnralement.

....Ffouke vist un maryner qe sembla hardy e feer, e le apela  ly e
dit: Bel sire, est ceste nef l vostre? Sire, fet-il, oyl. Q'est
vostre noun? Sire, fet-il. Mador del Mont de Russie, o je nasqui.
Mador, fet Ffouke, savez-vous ben cest mester, e amener gentz par mer
en diverses rgions? Certes, syre, il n'y ad terre renomme par la
cristienet qe je ne saveroy bien e salvement mener nef. Certes, fet
Ffouke, molt avez perilous mester. Dy-moi, Mador, bel douz frre, de
quel mort morust ton pre? Mador ly respond qe neyetz fust en la mer.
Coment ton ael? Ensement. Coment ton besael? En meisme la manre,
e tous mes parente qe je sache tanqe le quart degr. Certes, dit
Ffouke, molt estes fol hardys qe vous osez entrer la mer. Sire,
fet-il, pur quoy? chescune crature avera la mort qe ly est destine.
Sire, fet Mador, si vous plest, responez  ma demande. O morust ton
pre? Certes en son lyt. O son ael? Ensement. O votre besael?
Certes, trestous qe je sai de mon lignage morurent en lur lytz.
Certes, sire, fet Mador, depus qe tot vostre lignage morust en litz,
j'ai grant merveille que vous estes os d'entrer nul lyt. E donqe
entendy Ffouke qe ly mariner ly out vrit dit qe chescun home avera
mort tiele come destine ly est, e ne siet lequel en terre ou en ewe.
(_Roman de Foulques Fitz-Warin_, Ms. du Muse Britannique, Bibliothque
du Roi, n 12 .C.XII, fol. 113, v, ligne 28.)


Page 37, vers 1015.

Le manuscrit porte _cachis_.


Page 42, vers 1147.

Voyez _le Roman du Renart_, tome I, p. 63, v. 1660. L'interjection _xi
xi_ que profre encore le peuple pour exciter deux chiens  se battre,
n'est autre chose que le mot _occi_, ou _ochi_, tue.


Page 43, vers 1185.

Neuf-Castel, village du dpartement du Pas-de-Calais, dans le canton de
Samer et l'arrondissement de Boulogne, ville dont il est loign de
trois lieues.


Page 45, vers 1240.

Voyez _le Roman du Renart_, tome I, p. 192, v. 5150. Ce proverbe se
retrouve aussi parmi les _Proverbes rurauz et vulgauz_, Ms. de la
Bibliothque Royale, fonds de Notre-Dame, n 274 bis, fol. II, recto,
col. 1.

Dans le monument de Louis de Brez, mort en juillet 1531, et mari de la
fameuse Diane de Poitiers, qui le lui fit lever dans la cathdrale de
Rouen, sur la frise du premier ordre, au-dessous de quelques figures
portant des festons, on lit cette devise: _Tant grate chevre que mal
giste._--_Rouen, Prcis de son histoire_, etc., par Thod. Licquet.
Rouen, douard Frre, 1830, in-12, p. 49.


Page 48, vers 1321.

Sangatte est un village du dpartement du Pas-de-Calais,  une lieue
ouest-sud de Calais, et  sept de Boulogne. Voyez une notice sur cet
endroit dans les _Annales de Calais et du Pays reconquis_ (par Pierre
Bernard). A Saint-Omer, de l'Imprimerie de Louis-Bernard Carlier, 1715,
in-4, p. 545-547.


Page 50, vers 1366 et suivants.

Cette coutume toit orientale. Voyez la _Bibliothque orientale_ de
d'Herbelot aux mots Harmosan et Omar; l'_Histoire des Croisades_ de M.
Michaud, dernire dition, tome II, p. 332; les _Extraits des Historiens
arabes relatifs aux Croisades_, par M. Reinaud, p. 197; et l'_Histoire
de Saladin_, par Marin, tome II, p. 22; voyez aussi _le Roman de Rou_,
tome II, p. 188, v. 12554 et suiv., et 12564. On lit dans le _Roman de
Godefroi de Bouillon_:

    Cuvers, o dit Rainals, fait as grant trason:
    Don m'as  mangier, or m'ocis  laron.
    J ne te garira Tervagant[33] ne Mahon
    Que crestiien ne prendent de toi la vengison.

(Ms. de la Bibliothque Royale, supplment franois, n 5408, fol. 82,
v, col. 1, v. 23. )


Page 51, vers 1399 et suivants.

Voyez sur les lpreux une note dans les _Metrical Romances_, publis
par Weber, t. III, p. 365, et _Tristan le voyageur, ou la France au
XIVe sicle_, par M. de Marchangy. A Paris, chez F. M. Maurice, M DCCC
XXV, in-8, tome I, p. 94 et suiv.; mais les renseignements les plus
satisfaisants qu'on peut dsirer sur cette matire se trouvent dans les
statuts d'un hpital de Saint-Julien ou de lpreux, dats de 1329, et
qu'on lit dans l'_Auctarium addimentorum_, annex  l'_Historia major_
de Mathieu Paris, dit. de Londres, 1640, p. 247-260. Quant  la
cliquette que portoient les lpreux, c'toit un instrument compos de
deux petites planchettes runies  leur extrmit par une charnire, et
qui servoit  avertir les passants de la prsence de ces malheureux.
Dans une gravure sur bois qui se trouve dans _le Miroir de la Rdemption
humaine_, Paris, pour Antoine Verard, sans date, in-folio, gothique,
feuillet sign & iii, on voit le _povre ladre_ couch, ayant derrire
lui une besace et une cliquette  la main. On lit dans _Pantagruel_,
liv. II, chap. XIX, Et...faisoyt son, tel que font les ladres en
Bretaigne avec leurs cliquettes. Enfin, dans un fragment d'un _Roman de
Tristan_, appartenant  feu M. Francis Douce, on lit les vers suivants:

    Mult fud Tristan surpris d'amur.
    Ore s'atorne de povre atur.
    De povre atur, de vil abit.
    Que nuls ne que nule quit
    Ne aperceive que Tristan seit;
    Par un herbe tut les deceit.
    Sun vis em fait tut eslever.
    Cum se malade fust, emfler;
    Pur sei seurement covrir.
    Ses pez e se mains fait vertir;
    Tut s'aapareille cum fuz lazre.
    E puis prent un hanap de mazre
    Ke la rine li duna
    Le primer an qu'il l'amat;
    Ms i de buis un gros nuel.
    Si s'apareille un flavel;
    A la curt le rei puis s'en vad.
    E prs des entres se trait.
    E desir mult  saver
    L'estre de la curt e veer;
    Sovent prie, sovent flavele;
    Ne puet or nul novele
    Dunt en sun quer am seit.
    Li reis un jur feste teneit.
    Si'n alat  la halte glise
    Pur or i le grant servise;
    Eissuz en est hors del pals.
    E la rine vent aprs.
    Tristran la veit, del sun li prie;
    Mais Ysolt n'el reconnuit mie.
    E il vait aprs, si flavele;
    A halte vuiz vers li apele.
    Del sun requert pur Deu amur
    Pitusement, par grant tendrur.
    Grant eschar en unt li serjant
    Cum la reine vait si avant.
    Li uns l'empeinst, l'altre le bute.
    E si'l metent hors de la rute;
    L'un manace, l'altre le fert.
    Il vait aprs, si lur requert
    Que pur Deu alcun ben li face;
    Ne s'en returne pur manache.
    Tuit le tenent pur ennuius.
    Ne sevent cum est besuignus.
    Suit le tresquanz en la capele.
    Crie e del hanap flavele.
    Ysolt estuit ennui.
    Regarde le cum femme ire;
    Si se merveille que il ait
    Ki pruef de li itant se trait.
    Veit la hanap qu'ele cunuit,
    E Tristran ert ben s'aperut
    Par un gent [cors], par sa faiture.
    Par la furme de s'estature.
    En sun cuer en est effre
    E el vis teinte e colure.
    Kar ele ad grant por del rei;
    Un anel d'or trait de sun dei.
    Ne set cum li puisse duner.
    En sun hanap le volt geter.
    Si cum le teneit en sa main.
    Aperceue en est Brenguen;
    Regarde Tristran, si'l cunut.
    De sa cuintise s'aperut;
    Dit lui qu'il est fols e bricuns
    Ki si embat sur les baruns.
    Les serjanz apele vilains
    Qui les suffrent entre les seins.
    E dit  Ysolt qu'ele est feinte:
    Ds quant avez est si seinte.
    Que dunisez si largement
    A malade u  povre gent?
    Vostre anel doner li vulez?
    Par ma fei! dame, nun ferez.
    Ne donez pas  si grant fs
    Que vus repentez en aprs.
    E si vus ore li dunisez
    Uncore hui vus repentirez.
    A serjanz dit, qu'illuques veit.
    Que hors de l'glise mist seit;
    E cil le metent hors, al l'us.
    E il n'ose prier plus.

(Fol. 4, r, col. 1.)


Page 51, vers 1400.

Le mot _flavel_ et non _flanel_, comme nous l'avons crit, signifie
_sonnette_ selon Lacombe, et _flageolet_, suivant Roquefort. _Voyez_
ci-dessus la citation du _Roman de Tristan_.


Page 52, vers 1422.

_Estachier_ (et non _escachier_), homme qui marche  l'aide d'une jambe
de bois. Le mot _estache_, d'o vient _estacade_, signifie poteau, pieu,
chose  laquelle on attache. Voyez le _Glossaire_ de M. de Roquefort, au
mot _estac_.

    S'or n'en pense cil Sire qui reut la cole
    A la saintisme _estache_ en le pierre quare.
    Richart e sa compaigne ert tote  mort livre.

(_Roman de Godefroi de Bouillon_, Ms. supplm. fran., n 5408, fol.
136, v, col. 1, v. 37.)

Les croiss parcourant Jrusalem disent:

    E vs l l'_estace_ l  on le loia
    Et  on le bati et on le coloia.

(_Id. ibid._, fol. 142, v, col. 1, v. 31.)


Page 54, vers 1499.

Nous avons commis ici une erreur; le _W_ surmont d'une abrviation
qu'on lit dans le Ms. signifie _Williaumes_, nom que nous avons plus
haut suivi d'un autre presque semblable  _Mont-Chavrel_. Voyez p. 20,
v. 532.


Page 55, vers 1506.

On trouve un fait semblable dans un roman que nous avons dj cit:

Le roy fist grant damage mout sovent  sire Ffouke, e sire Ffoukes tot
fust-il fort e hardy, yl fust sages e engynous; quar le roy e sa gent
pursiwyrent molt sovent sire Ffouke par le esclotz des chyvals, e Ffouke
molt sovent fist ferrer ces chyvals e mettre les fers  revers, issint
qe le roy de sa sywte fust desu e engyn. (_Roman de Foulques
Fitz-Warin_, Ms. du Roi, Muse Britannique, n 12.c. XII, fol. 109, v,
ligne 13.)

On lit dans une chronique que le fameux Robert Bruce usa de ce
stratagme pour chapper  Jean Comyn, qui l'avoit trahi:

Contigit qud in crepusculo nix immanis descenderat, et totam terr
superficiem coperuerat. Unde (Robertus Bruce) vocavit quendam fabrum,
et in stabulo, nemine sciente prter fabrum, stabularium et secretarium,
fecit amovere omnia ferramenta trium suorum optimorum equorum, et
retrograd affigi ungulis caballorum.--_Joannis de Fordun
Scotichronicon_, etc., ed. cur Walteri Goodall. Edinburgi: typis et
impensis Roberti Flaminii. M.DCC.LIX, 2 vol. in-fol., vol. 2, liv. 12,
p. 226.


Page 58, vers 1601.

Le Ms. porte _enmenra_.


Page 59, vers 1633.

_Gargate_, gosier. Ce mot se trouve dans Chaucer:

    And dan Russel the fox stert up atones.
    And by the _gargat_ hente chaunteclere.

(_Canterbury Tales. The Nonnes Preestes Tale_, v. 15341.)


Page 61, vers 1698.

_Buens_, volonts. Ce mot s'est conserv dans l'anglois, _boon_.


Page 62, vers 1707.

Baudouin d'Aire est nomm dans une charte comme tage de Race de Gaure.
Cette charte se trouve dans Baluze, _Miscellanea_, tome VII, p. 250, et
dans le _Recueil des Historiens des Gaules et de la France_, vol. XVII,
p. 105.


Page 63, vers 1732.

Il est ici question de Montreuil-sur-mer, chef-lieu d'arrondissement
dans le dpartement du Pas-de-Calais.


Page 63, vers 1736.

Beaurains est un village du dpartement du Pas-de-Calais,  une lieue et
dans l'arrondissement d'Arras.


Page 63, vers 1737.

Guillaume de Fiennes, l'une des baronnies du comt de Guines, appele
anciennement dans les chartes Filnes. Fielnes et Fienles, toit fils
d'Enguerrand qui, ayant accompagn Philippe, comte de Flandres, en Terre
sainte, y fut tu par les Sarrasins. La mre de Guillaume toit Sybille
de Tingry, soeur et hritire de Guillaume Faramus, sire de Tingry.
Guillaume de Fiennes pousa en premires noces Agns de Dammartin,
soeur de Renaut, comte de Dammartin et de Boulogne, et deux fils qu'il
en eut furent, suivant une charte que nous avons dja cite  propos de
Wales de la Capelle, donns en tage au roi Jean d'Angleterre par leur
oncle. Voyez le _Recueil des Historiens des Gaules_, etc., tome XVIII,
p. 579; Andr du Chesne, ouvrage dja cit, liv. III, p. 85 et 86; et
les Pres Anselme et Simplicien, _Histoire gnalogique de la maison
royale de France_, etc., 3e dit., tome VI, p. 168, B.


Page 63, vers 1741.

Cance, rivire qui spare l'Artois de la Picardie.


Page 63, vers 1745.

Le mot _Jumiaus_ dsigne peut-tre Jumiges, ancienne abbaye de
bndictins en Normandie, au pays de Caux et sur la Seine.


Page 63-64.

Pareille aventure arriva  Robin Hood.

    What is in your cofers? sayd Robyn.
      Trewe than tell thou me.
    Syr, he sayd, twenty marke.
      Al so mote I the.

    Yf there be no more, sayd Robyn.
      I will not one peny;
    Yf thou hast myster of ony more.
      Syr, more I shall lende to the;

    And yf I fynde more, sayd Robyn.
      I wys thou shalte it forgone;
    For of thy spendynge sylver, monk.
      Therof wyll I ryght none.

    Go nowe forthe, Lyttell Johan.
      And the trouth telle thou me;
    If there be no more but twenty marke.
      No peny that I se.

    Lytell Johan spred his mantell downe.
      As he had done before.
    And he tolde out of the monkes male
      Eyght hundreth pounde and more.

(_A lyttel geste of Robyn Hode._ The fourth fytte, v. 153. _Robin Hood_,
etc., by Joseph Ritson. London: William Pickering, etc., 1832, petit
in-8, tome I, p. 44.)


Page 64, vers 1756 et 1757.

Ces vers sont imparfaits de quelques mots qui ont t gratts dans le
Ms.


Page 64, vers 1768.

_Escouce_, secoue, fouille.


Page 69, vers 1894.

Le mot _maisnie_ ou _mesnie_, qui signifie _maison_, se retrouve dans
l'adjectif anglois _menial_, qui veut dire _domestique_.


Page 69, vers 1914.

Le mot _Genesies_ dsigne les les de Jersey et Guernesey.


Page 70, vers 1931.

_Godehiere_ n'est autre chose qu'une altration des mots anglo-saxons
[Anglo-Saxon: gode here] qui signifient _bon seigneur_.


Page 70, vers 1932.

_Vincenesel_ semble compos des mots anglois _Vincence_ (Vincent), et
_help_ (aide). _Vincenti, adjuva_. Nous demandons  rapporter pour
exemple de cette exclamation un fabliau indit qui se trouve dans le
Muse Britannique. Ms. Cottonien, Cleopatra, A. XII, fol. 64, r.

Del Harpur a Roucestre.

    Seignurs, si vus plest escuster.
    Un ver mirakel vus volye cunter.
    De la mre Deu Marie.
    Nostre confort, nostre aye.
    Aprs Deu nostre confort.
    Nostre solaz, nostre desport.
    Le voyle aukes dyre.
    Entre Lundres e Caunterbyre.
    A Roucestre, ce oy cunter.
    Avait un punt mu prilii
    Dunt maint home fu dchus.
    En cele pase out un harpur
    Qui ne fesait autre labur
    For sulement de harper.
    Car ile ne sont autre mister;
    Cil Nostre Dame must ama.
    Sovent en harpaunt la loa;
    Checun jor sun lay fesait.
    En harpaunt la saluait;
    Sa uswyf l'apella
    La dame que tut le munde sauva.
    Que j ne ubli celi qui ele ayme.
    Ne qui ad amie la reclayme.
    Un jur cum devayt passer le punt.
    Al retraunt del flote parfunt.
    Si ventayt si durement
    A payne n'i osa passer la gent.
    Le harpur quida ben passer
    E surment saunz desturber;
    J en my lu de le punt fu.
    Taunt ly traversout le vent de su.
    Ki en mi lu li ad jet.
    Que Meduay est apell;
    Cil, qui mut se deconforta.
    A haut voiz cria:
    Help wsvyf, help uswyf.
    Oiyer nu I forga mi lyf.
    En sun englais issi cria.
    Ke il nule ure fyna.
    Plusures genz que ce virent.
    Escutrent e entendirent.
    A haute voir unt cri:
    Sainte Marie, la mre D!
    Nostre Dame ad ben oy
    De le harpur la pitus cry.
    Mu curtaisment le salva;
    Car cile sure undes flota.
    Qe mut estayent parfundes.
    Cum il flota sur les undes.
    Tut en apert se apersut
    Que nostre Sire li sucurut.
    E l fut-ele Sainte Marie.
    Qe nul tens le soues ublye.
    La mer en haut le caria.
    E le harpur se sura;
    De le forel ad sa harpe sak
    E son plectrun ad enpoyn.
    Se cordes a ben atemprez,
    Si ke ben se sunt acordez.
    A cient pas wus muntreray;
    Le harpur ad comenc la lay
    De icele sainte pucele
    Que Deu aleta de sa mamele.
    Issi flota tut en harpaunt.
    E sa harpe en son dewaunt.
    Si tost cum cil est  secce tere.
    Gens hi vindrent mirakes vere;
    Sur le waches issi flota
    Gekes ataunt ke il ariwa
    A poy une lue de la cit
    Que avaunt vus ai nom;
    Si ariwa desuth une eglise
    Ke sure memle lu est asise.
    A nostre Seinor en dous lu.
    Par sa mre fest grant vertu.
    L est le harpur arriv
    Qui Deu e sa mre unt sauv.
    Sur chalege surment.

    Benet, fait, Deus omnipotent
    E sa mre saint Marie.
    Ke tut tens nus sait en aye.
    Quant le harpur ariv fu.
    A Nostre Dame se est rendu.
    En mme le lu  il ariva.
    Par qui cel lu mue amenda;
    Issi vost Nostre Dame server.
    A tuz iceus ke li volunt prier
    Cele dame ke Deu porta
    E en sone ventre herbeja.
    E le nuri de sa mamele.
    E l'enfaunta mre e pucele.
    Nus doyne sa grace issi server.
    Ke ele no prires voyle oyer;
    Vers son fyth tust puissaunz
    Sainte Marie nus seez aydaunt.
    _Tres tria donaverunt
    Natum de Virgine querunt.
    Melchior et Jaspar, Baptizar fata tulerunt._

Si l'on admet notre explication de _Vincenesel_, l'on remarquera le
choix du saint, qui toit Espagnol.


Page 71, vers 1954.

Le mot _Hareflue_ dsigne Harfleur, ville du dpartement de la
Seine-Infrieure,  deux lieues et demie et dans l'arrondissement du
Havre-de-Grce.


Page 71, vers 1961.

Il est ici question de Pont-Audemer, ville qui est chef-lieu
d'arrondissement dans le dpartement de l'Eure.


Page 71, vers 1964.

On trouve  cette poque un Cadoc chef de routiers. Voyez le _Recueil
des Historiens des Gaules_, etc., tome XVII, passim, et tome XVIII, p.
767, B.


Page 71, vers 1977.

Saint _Winape_, invoqu ici, est probablement le mme que saint Winoch,
ou Winoc, _Winnocus_, abb de Wormhout, en Flandres, l'an 695, mort vers
l'an 717, et honor le 6 novembre.


Page 76, vers 2112.

Barfleur, dpartement de la Manche, dans l'arrondissement et  six
lieues de Valognes. Cette ville est appele _Barbefluet_ dans le _Lai de
Milun_[34]; _Barbeflue_ dans le _Roman du Brut_[35]; _Barbeflo_, par
Benot de Sainte-More[36]; _Barbefleot_, par Raoul de Coggeshale[37],
et _Barbeflet_, par Roger Hoveden[38].


Page 78, vers 2168.

Voyez, sur la viele au moyen ge, le _Roman de Mahomet_, p. 32, note 2.

A ce propos nous cdons au dsir que nous prouvons de publier une
charmante chanson de Colin Muset, qui se trouve dans le Ms. de la
Bibliothque de l'Arsenal, B. L. F., in-fol., n 63, fol. 237, r, col.
2.

    Sire cuens, j'ai viel
    Devant vous en vostre ostel.
    Si ne m'avez rien don.
    Ne mes gages aquit:
        C'est vilanie.
    Foi que doi sainte Marie.
    Ensi ne vous sieurre mie;
    M'aumosnire est mal garnie
    Et ma boursse mal farsie.

    Sire cuens, car conmandez
    De moi vostre volont.
    Sire, s'il vous vient  grez.
    Un biau don car me donez
        Par courtoisie;
    Car talent ai, n'en doutez mie.
    De r'aler  ma mesnie;
    Quant g'i vois, boursse desgarnie.
    Ma fame ne me rit mie.

    Ainz me dit: Sire engelez.
    En quel terre avez est.
    Qui n'avez rien conquest
        Aval la ville?
    Vez com vostre male plie:
    Ele est bien de vent farsie.
    Honiz soit qui a envie
    D'estre en vostre compaignie!

    Quant je vieng  mon ostel.
    Et ma fame a regard
    Derrier moi le sac enfl
    Et je, qui sui bien par
        De robe grise.
    Sachiez qu'ele a tost jus mise
    La conoille, sanz faintise.
    Ele me rit par franchise.
    Ses deux braz au col me plie.

    Ma fame va destrousser
    Ma male sanz demorer;
    Mon garson va abruver
    Mon cheval et conrer;
    Ma pucele va tuer
    Deus chapons pour dporter
        A la ransse alie;
    Ma fille m'aporte un pigne
    En sa main par cortoisie:
    Lors sui de mon ostel sire.
    A mult grant joie et sanz ire.


Page 79, 2185.

Voyez, pour le mot _estrelins_, _Annals of the Coinage of Britain and
its dependencies_, by the Rev. Rogers Ruding. London: printed for
Lackington, etc., 1819, 5 vol. in-8 et atlas in-4, tome I, p. 19-25.


Page 79, vers 2191.

_Nohubellande_, le _Northumberland_, comt d'Angleterre.


Page 79, vers 2193.

_Gaudale_, good ale. C'est de ce mot que vient l'expression _godailler_.

Berte

    Une rivire treuve qui d'un pendant avale;
    Volentiers en bust, mais trouble ert com _godale_.

(_Roman de Berte aux grands pieds_, p. 43, v. 6.)

On trouve _couillon de guodalle_ dans _Pantagruel_, liv. III, chap.
XXVIII.

Nous croyons faire plaisir  nos lecteurs en rapportant une chanson 
boire du XIIIe sicle, inspire par la cervoise ou bire:

LETABUNDUS.

      Or hi pirra.
    La cerveyse nos chauntera:
              _Alleluia!_
    Qui que aukes en beyt.
    Si tel seyt com estre doit
              _Res miranda_.

    Bevez quant l'avez en poin;
    Ben est droit, car nuit est loing
              _Sol de stella_.
    Bevez bien e bevez bel.
    Il vos vendra del tonel
              _Semper clara_.

    Bevez bel e bevez bien.
    Vos le vostre et jo le mien,
           _Pari forma_.
    De o soit bien porvu;
    Qui que auques le tient al fu,
              _Fit corrupta_.

    Riches genz funt lur brut:
    Fesom nus nostre dduit,
              _Valla nostra_.
    Beneyt soit li bon veisin
    Qui nos dune payn e vin,
              _Carne sumpta_;

    E la dame de la maison
    Ki nus fait chre ral!
    J ne pusse ele par mal
              _Esse ceca_!
    Mut nus done volenters
    Bons beiveres e bons mangers:
    Meuz waut que autres muliers
              _Hec predicta_.

    Or bewom al dereyn
    Par meitez e par pleyn.
    Que nus ne sum demayn
              _Gens misera_.
    Ne nostre tonel nus ne fut.
    Kar plein ert de bon frut.
    E si ert tut anuit
              _Puerpera_.
                              AMEN.

(Ms. du Roi, Muse Britannique, 16. E. VIII, fol. 102, r.)

Voyez sur la fabrication de la cervoise au commencement du XIVe sicle,
_le treytyz ke mounsire Gauter de Bibelsworth fist  madame Dyonisie de
Mounchensy, pur aprise de langwage_. Ms. du Muse Britannique, fonds
d'Arundel, n 220, fol. 300, r, col. 1, v. 5 et suivants.


Page 79, vers 2195 et 2196.

Le vin d'Argenteuil est cit dans _la Bataille des vins_ par Henri
d'Andeli. Voyez les _Fabliaux et Contes_, dition de 1808, tome I, p.
153, v. 28, et p. 154, v. 77 et suiv.

        ...... Prouvins
    O l'on boit souvent de bons vins.

(_Chroniques de S. Magloire_, dans les _Fabliaux et Contes_, dit. de
1808, tome II, p. 222).


Page 79, vers 2200.

    Ia, ia, dist-il, godistouet.

(_Le Roman du Renart_, tome II, p. 96, v. 12154.)

    Goditouet, ci a bon vin.


(_La Bataille des vins_, p. 158.)

Ce mot parot n'tre autre chose que la corruption de God it wot, Dieu
le sait, expression qu'on retrouve  tout moment dans les anciens
auteurs anglois, et surtout dans Chaucer, _the Clerkes Tale_, v. 8031;
et _the Persones Prologue_, v. 17355.


Page 80, vers 2204 et suiv.

Le _Roman d'Agoulant_, ou _li Siges d'Aspremont_, se retrouve en vers
dans les Mss. de la Bibliothque Royale, nos 8203 et 7618; celui
d'_Aimon_ ou _des IV fils Aymon_, dans le Ms. 7182; _la Somme de
Blanchandin_, dans le Ms. 6987; et _le Dit de Flourenche de Romme_[39],
dans le Ms. n 198, fonds de Notre-Dame. Une partie du _Roman
d'Agoulant_ a t publie par Bekker, en tte de son dition du roman
provenal _de Fierabras_, et le _Roman de Flourenche de Romme_, traduit
en vers anglois, a t donn par Ritson parmi ses _Ancient engleish
metrical romances_, tome III, p. 1.


Page 80, vers 2225 et suivants.

Ici se trouve encore un rapprochement, quoique moins frappant que celui
que nous avons dja not, entre Eustache et Robin Hood. La tradition
veut que la matresse du clbre _outlaw_ de la fort de Sherwod ait t
empoisonne par le roi Jean. Voyez _the Death of Robert, earle of
Huntington, otherwise called Robin Hood of merrie Sherwodde: with the
lamentable tragedie of chaste Matilda, his faire maid Marian, poysoned
at Dunmowe, by King John_. Acted, etc. Imprinted at London, for William
Leake, 1601, in-4, gothique. C'est la seconde partie d'un drame sur
Robin Hood. Elle est d'Anthony Mundy et de Henry Chettle.


Page 82, vers 2267.

Il y a un _Radulphus de Tornella_, nomm comme plge de Robert de
Courtenai, dans une charte que nous avons dja cite. Voyez le _Recueil
des Historiens des Gaules et de la France_, tome XVII, p. 107.


Note 28: .... Virgille s'en estoit all  _Tolette_ pour apprendre,
car il apprennoit trop voluntiers, et moult fut sage des ars de
nigromence... Et estoit bel homme et sage, mais plus savoit de
nigromence que nul homme vivant.--_Les Faicts merveilleux de Virgille_.
Paris, par Guillaume Nyverd, sans date, in-16, goth., p. 6 et 7.--Quant
Maugist fust en aage qu'il eut advis en luy il fut enseign et
endoctrin. Si avoit ycelle fe (Oriande) ung frre lequel avoit nom
Baudris, lequel savoit tous les ars de magie et de nigromance et lequel
avoit longtemps estudi  _Tollete_ et estoit de l'aage de cent ans. Si
mist celluy Baudris toute son entente  apprendre et enseigner Maugist,
et paresseux ne fust pas d'apprendre, etc.--_Les deux trs-plaisantes
Hystoires de Guerin de Montglave et de Maugist d'Aigremont_, etc. Paris,
par Michel le Noir, le XV juillet 1518, in-fol., goth., feuillet lxi,
r, col. 1.

Note 29: _El conde Lucanor, compuesto por excelentissimo principe
don Juan Manuel_, etc., impresso in Sevilla, en casa de Hernando Diaz,
ao de 1575, in-4, fol. 33, v; et dition de Madrid, por Diego Diaz de
la Carrera, ao M. DC. XLII, in-4, fol. 70, r, capitu. XIII.

Ce conte a t traduit en franois par l'abb Blanchet, et publi parmi
les _Apologues et Contes orientaux_, etc.,  Paris, chez Debure, fils
an M. DCC. LXXXIV, in-8, p. 121.

Note 30: Voyez plus haut, p. 23, v. 614.

Note 31: Paris, pour Antoine Verard (vers 1503), petit in-4,
gothique.

Note 32: Ici est une miniature reprsentant la conjuration par le
bassin, miniature rpte avec des diffrences au haut de la page.

Note 33: Voyez, sur ce nom, un mmoire de Percy dans ses _Reliques
of ancient english Poetry_, dit. de 1775, tome I, p. 70-78; et un autre
de Ritson dans ses _ancient engleish metrical Romances_, tome III, p.
257 et suivantes.

Note 34: Vers 320. _Posies de Marie de France_, t. I, p. 350.

Note 35: Vers 1 et 2 d'un fragment cit  la fin de l'_Histoire
pittoresque du Mont-Saint-Michel et de Tombelne_, par Maximilien Raoul
(Charles Le Tellier),  la librairie d'Abel Ledoux, Paris, MDCCCXXXIII,
in-8, p. 251.

Note 36: _L'Estoire a la gnalogie des dux qui uni est par ordre
en Normandie._ Ms. Harlien, n 1717, fol. 102, v, col. 2.

Note 37: _Recueil du Historiens des Gaules_, etc., tome XVIII, p.
99, A.

Note 38: Collection d'Henry Savile, dit. de Francfort, p. 517,
dernire ligne; p. 538, avant-dernire ligne, et p. 540, ligne 6.

Note 39: Dans _les deux Bordors Ribaus_, fabliau publi par H. de
Roquefort  la suite de son Trait sur l'ancienne posie franaise, un
Jongleur se vante de connotre ce roman, en disant comme Eustache:

Si sai de Florance de Rome.--P. 305, v. 1.

_Addition  la note de la page_ 12, _vers_ 306:

Dans l'ouvrage du P. Jacques Malbrancq, on lit, sous la date de 1199, la
charte suivante: _Ego Lambertus Morinorum episcopus notum facio quod
Willelmus vavasor de Billech, comitatum cum redditibus, quos habet in
parochia de Kelmes, pignore obligavit abbati S. Bertini pro 35 marcis
parisiensis monet, et omnes proventus inde percipiendos eidem ecclesi
pro anima patris sui et suorum._--De Morinis et Morinorum infulis, etc.
Tornaci Nerviorum, ex officina Adriani Quinqu et vidu ejus, M. DC.
XXXIX.--LIV, 3 vol. in-4, tome III, p. 434.

1e Ce nom de _Billech_, que l'diteur change en _Bilque_ dans un
sommaire en marge, ne seroit-il pas le mme que _Bulkes_ ou _Busques_?

2e Dans l'original n'y auroit-il pas, au lieu de _Willelmus_, un W tout
seul, qu'il faudroit traduire par _Wistacius_?




Note sur la transcription


  *  Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t
     corriges.

  *  L'orthographe a t standardise en utilisant l'orthographe la plus
     utilise dans le livre dans les cas suivants:

     Barthelemy   -----> Barthlemy (p. x "... l'aptre saint
                            Barthlemy....")

     Thoma        -----> Thomas (p. xxvij "... Thomas Duffus Hardy.")

     rptent     -----> reptent (p. xx "... vue qu'ils rptent....")

     Sandwis      -----> Sandwiz (p. xxxvi "... en la havene de
                         Sandwiz...")

     Cinque-Ports -----> Cinq-Ports (p. xl "With notices of the other
                            Cinq-Ports....")

     Turbelvile   -----> Turbeville (p. xlvii "Thomas Turbeville
                            ot  non.")

     Guillame     -----> Guillaume (p. liij "... Guillaume Le Petit....")

     Euschii      -----> Eustachii (p. lviij "... fratrem Eustachii
                            Monachi.")

     Hros        -----> Hro (p. xxxij "... compte de notre hro."
                            Also p. xlj "Notre hro y est appel....")

     Warie        -----> Marie (p. 18, l. 486 "... Sainte Marie!")

     aleure       -----> alure (p. 22, l. 597 "Wistasce grant alure.")

     kil'         -----> k'il (p. 25, l. 679 "... garde k'il ne
                            s'aperchoive,....")

     Cler-Mars   -----> Cler-Mars (p. 28, l. 750 "Andoi de
                            Cler-Mars estoient.")

     pelerin      -----> plerin (p. 33, l. 901 "Wistasces comme
                            plerin....")

     Li potiers   -----> Lipotiers (p. 39, l. 1080 "Lipotiers devint
                            carbonniers :....")

     M ais        -----> Mais (p. 48, l. 1320 "Mais onques....")

     Espaigne     -----> Espagne (p. 54, l. 1481 "... riche cheval
                            d'Espagne.")

     in-16        -----> in-16o (p. 86 "... sans date, in-16o,....")


  *  Variantes inchanges :

     Hardelo et Hardello: Hardello inchang parce qu'il apparait sous
        cette forme dans Holden, A.J. and Monfrin, J., Le Roman
        d'Eustache le Moine: nouvelle dition, traduction, prsentation
        et notes. Louvain, Dudley, MA: Peters, 2005.  171 p.

     Shakespeare et Shakspeare: Les deux orthographes apparaissent dans
        des citations classes sur Internet.

     Roman d'Agoullant et Roman d'Agoulant: Les deux orthographes ont
        t vrifies dans des textes classs sur Internet.

     Engleterre, Engletiere, Engleter, Angleter on t changes 
        Angleterre (p. xxxvi "...sur Angleterre vint....")

     Eustache, Uistace, Uistasce, Uistasces et Uistasses.

     Les variantes suivantes, n'ayant pas d'orthographe prdominante,
        ont t gardes:

     particulire et particuliere

     dj et dja

     detenus et dtenus

     don, donn, done et donne

     Chauton et Chauto

     ferir et frir

     meisme et misme

     reine et rine


  *  Dates et notes

     Les dates dans les notes apparaissent sous quatre formes.  Par
        exemple, l'anne 1727 sera trouve comme:
        MDCCXXVII
        M DCC XXVII
        M.DCC.XXVII
        M . DCC . XXVII
     Comme il n'y avait pas de forme prdominante, toutes les
        variations ont t conserves.

     Certaines notes avaient elles-mmes des notes, certaines s'tendant
        sur plusieurs pages et avec des numrotages inconsistants.
        Elles ont t mises  la fin des sections dans lesquelles elles
        appartenaient avec un numrotage continu.  Une note contenue
        dans une note a t place aprs cette note avec le mme numro
        suivi d'une lettre.  Par exemple, la note 18 est suivie par les
        notes 18a et 18b.

  *  Translitration anglo-saxonne de gode here (p. 108).
        - Translitration du latin g insulaire.
        - Translitration du latin d insulaire bas.
        - Translitration du latin r bas.

  *  [~c] est utilis pour montrer le tilde dans le mot Bri[~c] (page
        lviij).









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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
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works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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