The Project Gutenberg EBook of Oeuvres compltes de lord Byron, Tome. 13, by 
George Gordon Byron

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Title: Oeuvres compltes de lord Byron, Tome. 13
       Comprenant ses mmoires publis par Thomas Moore

Author: George Gordon Byron

Annotator: Thomas  Moore

Translator: Paulin

Release Date: August 1, 2011 [EBook #36938]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE LORD BYRON ***




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OEUVRES COMPLTES
DE
LORD BYRON,
AVEC NOTES ET COMMENTAIRES,
COMPRENANT
SES MMOIRES PUBLIS PAR THOMAS MOORE,
ET ORNES D'UN BEAU PORTRAIT DE l'AUTEUR.

Traduction Nouvelle

PAR M. PAULIN PARIS,
DE LA BIBLIOTHQUE DU ROI.


TOME TREIZIME.


PARIS.

DONDEY-DUPR PRE ET FILS, IMPR.-LIB., DITEURS,
RUE SAINT-LOUIS, N 46,
ET RUE RICHELIEU, N 47 _bis._

1831.



LETTRES
DE LORD BYRON,
ET
MMOIRES SUR SA VIE,
PAR THOMAS MOORE.


LETTRE CCCCLXXXIV.

A M. MURRAY.

Pise 6 mars 1822.

Vous avez (ou devez avoir) depuis long-tems reu une lettre de moi, o
j'nonce mon opinion sur les mauvais traitemens que vous avez prouvs 
propos de la dernire publication. Je les crois dshonorans pour ceux
qui vous ont perscut. Je fais la paix avec vous, quoique notre guerre
ait eu lieu pour d'autres motifs que cette controverse mme. J'ai crit
 Moore, par ce courrier-ci, pour qu'il vous envoyt la tragdie de
_Werner_. Je ne contracterai avec vous, ni ne vous proposerai aucun
march sur cette pice, ni sur le nouveau _Mystre_, jusqu' ce que nous
voyions si ces ouvrages russissent. S'ils ne se vendent pas (ce qui
n'est pas invraisemblable), vous ne me paierez pas; et je crois que
c'est vous donner beau jeu, si vous acceptez la partie.

Bartolini, le clbre sculpteur, m'a crit qu'il dsirait faire mon
buste; j'ai consenti,  condition qu'il ferait aussi celui de la
comtesse Guiccioli. Il a fait les deux, et je crois qu'on reconnatra
que celui de la comtesse est beau. Je vous ferai prsent des deux
bustes, pour vous montrer que je n'ai point de malice, et pour vous
donner une compensation des peines et des tracasseries que vous avez
essuyes  cause du buste de Thorwaldsen. Je ne puis rien dire de mon
buste, sinon qu'on le juge trs-ressemblant  ce que je suis
aujourd'hui, ce qui ne ressemble pas du tout  ce que j'tais quand vous
me vtes pour la dernire fois. Le sculpteur est un artiste fameux; et
comme c'est d'aprs son dsir qu'il a fait cette oeuvre, elle doit tre
bien faite probablement.

Que fera-t-on pour *** et son _commentaire_? Il mourra, s'il n'est pas
publi; il sera siffl, s'il est publi: mais il n'y songe pas. Il faut
que nous le publiions.

Tout le tumulte lev contre moi ne m'a touch que par l'attaque
dirige contre vous, trait peu gnreux de l'glise et de l'tat; mais
comme toute action violente produit au bout de quelque tems une raction
proportionnelle, vous serez mieux trait une autre fois.

Votre trs-sincre, etc.

NOEL BYRON.



LETTRE CCCCLXXXV.

A M. MOORE.

Pise, 8 mars 1822.

Vous avez eu quantit suffisante de mes lettres depuis quelque
tems;--un mot pourtant en rponse  votre prsente missive. Vous auriez
grand tort de penser que votre avis m'ait offens.

Quant  Murray, comme je suis rellement le plus doux et le plus
paisible des hommes depuis Mose (quoique le public et mon excellente
pouse n'aient pu s'en apercevoir), j'avais dj fait ma paix et renou
mon alliance avec Albemarle-Street, somme mon ptre d'hier vous en aura
inform. Mais je croyais avoir expliqu les causes de ma bile,--du moins
 vous. Quelques traits de vacillation, de ngligence, et d'importune
sincrit, soit rels, soit imaginaires, suffisent pour mettre votre
vrai grand auteur et grand homme dans un accs de fureur. Mais la
rflexion,  l'aide de l'ellbore, m'avait dj guri _pro tempore_;
sinon, une prire, venue de vous et de Hobhouse, aurait produit sur moi
deux fois plus d'effet que le _tribus Anticyris_[1], avec quoi Horace
dsespre de purger un pote.--Je suis rellement honteux de vous avoir
fatigu si frquemment et si lourdement depuis peu; mais que pouvais-je
faire? Vous tes un ami,--ami absent, hlas!--et comme je n'ai en aucun
autre plus de confiance, je vous importune en proportion.

[Note 1: HOR. _Art Pot._--Anticyre tait le nom d'une le fertile
en ellbore. (_Note du Trad._)]

Cette guerre de l'glise et de l'tat m'a tonn plus qu'elle ne me
trouble, car je croyais rellement que _Can_ tait une oeuvre
spculative et hardie, mais pourtant innocente. Comme je vous l'ai dj
dit, je suis vraiment grand admirateur de la religion matrielle et
tangible; et j'lve une de mes filles dans la foi catholique, afin
qu'elle ait les mains pleines. Le catholicisme est bien le culte le plus
lgant, sans excepter peut-tre la mythologie grecque. L'encens, les
tableaux, les statues, les autels, les chsses, les reliques, et la
prsence relle, la confession et l'absolution,--tout cela donne prise
aux sens. D'ailleurs il n'y a plus de possibilit pour le doute; car
ceux qui avalent leur divinit vritablement et rellement dans le
mystre de la transsubstantiation, ne peuvent gures rien trouver de
plus facile digestion.

Je crains que ce mot ne soit trop grillard, mais je l'ai dit sans
mauvaise intention; c'est mon tour d'esprit qui me fait prendre les
choses sous leur point de vue absurde, et qui clate malgr moi de tems
en tems. Pourtant, je vous assure que je suis bon chrtien. Me
croyez-vous sur ce point? je ne sais,--mais je compte que vous me
croirez  la lettre.

Votre ami trs-sincre et trs-affectionn, etc.

_P. S._ Dites  Murray qu'une des conditions de la paix est qu'il
publie (ou fasse publier par un confrre) le _Commentaire du Dante_ de
***, malgr l'extrme rpugnance que le commerce parat y opposer. Cette
publication rendra notre homme si extraordinairement heureux! Il dne
aujourd'hui avec moi et une demi-douzaine d'Anglais, et je n'ai pas le
coeur de lui dire combien le monde de la librairie a d'antipathie pour
son commentaire--qui pourtant respire la morale et la religion la plus
orthodoxe. Bref, je regarde comme un point important, que *** soit mis
sous presse. Il a soif d'tre auteur, et il a t le plus heureux des
hommes pendant ces deux derniers mois, en imprimant, corrigeant,
collationnant, datant, anticipant, et ajoutant  ses trsors de science.
A propos, il est encore tomb de cheval dans un foss, l'autre jour, en
se promenant avec moi dans la campagne.



LETTRE CCCCLXXXVI.

A M. MURRAY.

Pise, 15 mars 1822.

Je suis charm que vous et vos amis approuviez ma lettre du 8 du mois
dernier. Vous pouvez y donner toute la publicit que vous jugerez
convenable dans les circonstances actuelles. Je vous ai depuis crit
deux ou trois fois.

Quant  un pome dans l'ancien genre je n'essaierai rien de plus en
ce genre. Je suis la pente de mon esprit, sans considrer si les femmes
ou les hommes sont ou ne sont pas satisfaits, mais peu importe  mon
diteur, qui doit juger et agir en raison de ma popularit.

Donc, laissez les ouvrages  leur destine: si l'on paie, vous me
paierez en proportion; sinon, c'est moi qui vous paierai.

Les affaires de la succession Nol ne m'amneront pas, j'espre, en
Angleterre. Je n'ai aucun dsir de revoir ce pays, sinon pour vous tirer
de prison (si je puis le faire en prenant votre place), ou peut-tre
pour m'y faire mettre, en exigeant satisfaction d'une ou deux personnes,
qui profitent de mon absence pour m'insulter. Sauf cela je n'ai ni
affaires ni relations en Angleterre, ni je ne dsire en avoir (hormis
les gens de ma famille et mes amis,  qui je souhaite toute sorte de
prosprit); somme toute, j'ai si peu vcu en Angleterre ( peu prs
cinq ans depuis l'ge de vingt-ans), que mes habitudes sont trop
continentales, et que votre climat me plairait aussi peu que votre
socit.

J'ai vu le _rapport_ du chancelier dans un journal franais. Dites-moi,
je vous prie, pourquoi ne perscute-t-on pas la traduction de Lucrce,
ou mme l'original pour ce vers,

        _Primus in orbe Deos fecit timor_[2],

Ou pour cet autre.

        _Tantum relligio potuit suadere malorum_[3]?

[Note 2: Les Dieux durent leur origine  la crainte.]

[Note 3: Tant la religion a pu inspirer de forfaits! (_Notes du
Trad._)]

Vous devriez rellement faire faire quelque chose pour le commentaire
de Mr ***: que puis-je lui dire?

Tout  vous, etc.



LETTRE CCCCLXXXVII.

A M. MURRAY.

Pise, 13 avril 1822.

Mr Kinnaird m'crit, qu'il a paru une excellente _dfense_ de _Can_,
contre l'_Oxoniensis_; vous ne m'avez envoy rien de plus qu'une
excellente attaque du mme pome. S'il existe un tel dfenseur de la
foi vous pouvez m'envoyer ses trente-neuf articles, pour contrebalancer
quelques-unes de vos dernires communications.

tes-vous prt ou non  publier ce que Moore et Mr Kinnaird ont entre
leurs mains, et la _Vision du Jugement_? Si vous publiez cette dernire
pice dans une dition  bon march, afin de confondre les esprances
des pirates par un bas prix, vous verrez qu'elle russira. Je regarde le
_Mystre_ et _Werner_ comme de bons ouvrages, et j'espre que vous les
publierez promptement. Vous ne mettrez pas mon nom  _Quevedo_, mais le
publierez comme dition trangre, et le laisserez aller son chemin.
Douglas Kinnaird l'a encore, je crois, avec la prface.

Je vous renvoie  lui pour les documens relatifs au dernier tapage
d'ici. Je les lui ai envoys il y a une semaine.

Tout  vous, etc.



LETTRE CCCCLXXXIX[4].

A M. MURRAY.

Pise, 22 avril 1822.

Vous serez pein d'apprendre que j'ai reu l'avis du dcs de ma fille
Allgra, morte d'une fivre dans le couvent de Bagna Cavallo, o elle
avait t place l'anne dernire pour commencer son ducation. C'est un
coup bien rude pour plusieurs raisons, mais il faut le supporter, avec
l'aide du tems.

[Note 4: La lettre 488 a t supprime.]

J'ai l'intention d'envoyer ses restes en Angleterre pour qu'ils
reoivent la spulture dans l'glise d'Harrow (o jadis j'esprais
moi-mme tre enterr), et c'est la raison pour laquelle je vous
importune de cette nouvelle. Je dsire que les funrailles soient
trs-secrtes. Le corps est embaum, et dans une caisse de plomb. Il
sera embarqu  Leghorn. Voulez-vous nous donner les meilleurs avis pour
le faire arriver  bon port.

Tout  vous, etc.

N. B.

_P. S._ Vous savez que les protestans ne peuvent, dans les pays
catholiques, recevoir la spulture en terre sainte.



LETTRE CCCCXC.

A M. SHELLEY.

23 avril 1822.

Le coup a t inattendu et tourdissant; car je croyais le danger
pass, vu le long intervalle qui s'est coul entre l'avis du mieux tre
et l'arrive du fatal exprs. Mais j'ai support ce coup de mon mieux et
mme avec tant de succs, que je puis me livrer aux occupations
ordinaires de la vie avec l'apparence du mme calme, et peut-tre mme
d'un plus grand. Il n'y a rien qui empche que vous ne veniez demain,
mais aujourd'hui, comme hier soir, il vaut mieux peut-tre que je ne
vous voie pas. Je ne crois pas avoir rien  me reprocher dans ma
conduite, et surtout dans mes sentimens et mes intentions  l'gard de
la petite infortune. Mais c'est un moment o nous sommes disposs 
penser que, si nous avions fait ceci ou cela, nous aurions prvenu un
tel vnement,--quoique chaque jour, chaque heure nous montre combien ce
malheur est naturel et invitable. Je prsume que le tems fera son oeuvre
ordinaire:--la mort a fait la sienne.

Tout  vous  jamais,



LETTRE CCCCXCI.

A SIR WALTER-SCOTT.

Pise 4 mai 1822.

MON CHER SIR WALTER,

Le tableau que vous me faites de votre famille est fort touchant. Que
ne puis-je reconnatre ce plaisir par le pendant de votre tableau!
Mais je viens de perdre ma fille naturelle, Allgra, qui a succomb 
une fivre. Ma seule consolation, hormis le tems, est la rflexion que
ma fille est maintenant en repos ou heureuse: car le peu d'annes
qu'elle a vcu (elle avait cinq ans) l'a empche d'tre souille
d'aucun pch, except celui que nous hritons d'Adam.

        Quiconque est aim des Dieux meurt jeune.

Je n'ai pas besoin de vous dire que vos lettres me seront
particulirement agrables, quand elles ne seront pas une taxe sur votre
tems et sur votre patience; et maintenant que notre correspondance est
reprise, j'espre qu'elle continuera.

J'eus dernirement ici quelque inquitude, je ne dis point quelque
embarras,  propos d'une affaire assez bizarre, dont vous avez peut-tre
entendu parler; mais notre ministre s'est conduit trs-noblement, et le
gouvernement toscan aussi bien qu'il est possible  un tel gouvernement
de le faire, ce qui n'est pas beaucoup dire. Quelques Anglais et
cossais, moi compris, nous emes une querelle avec un dragon, qui avait
insult l'un de nous, et que nous avions pris pour un officier, vu qu'il
tait galonn et fort bien mont, etc., mais il se trouva n'tre qu'un
sergent-major. Il appela la garde aux portes de la ville pour nous
arrter (nous tions sans armes); sur quoi, moi et un autre (un Italien)
nous passmes au galop  travers la susdite garde, mais nos autres
compagnons furent arrts. Je courus chez moi, et envoyai mon secrtaire
faire aux autorits un rapport de cette arrestation illgale; puis,
toujours sans descendre de cheval, je retournai aux portes, qui sont
prs de ma demeure actuelle. A moiti chemin, je rencontrai mon homme,
qui exhala sa bile en propos insultans, et menaa de me frapper de son
sabre (moi qui n'avais qu'une canne  la main, et point d'autres armes).
Moi, qui continuais  le croire officier, je lui demandai son nom et son
adresse, et lui donnai ma main et mon gant. Un de mes domestiques se
jeta entre nous (sans que je le lui eusse command); mais, sur mon
ordre, il laissa le dragon aller son chemin. Ce dernier s'enfuit alors 
toute bride; mais environ quarante pas plus loin, il fut frapp, et mme
dangereusement (de manire  tre en pril de mort), par un _Callum Beg_
ou quelque autre de mes gens (car j'ai prs de moi quelques gaillards 
la main prompte): je n'ai pas besoin de vous dire que ce fut sans
commandement ou approbation de ma part. Le susdit dragon avait toutefois
sabr nos compatriotes sans armes,  la porte de la ville, aprs qu'ils
eurent t arrts, et pendant qu'ils taient tenus par les gardes;, il
en avait mme bless un, le capitaine Hey, trs-grivement. Par qui
fut-il bless  son tour? Quoique le coup ait eu lieu devant des
milliers de personnes, on n'a jamais pu constater ni prouver le fait, ni
mme dterminer par quelle arme; les uns disent un pistolet, les autres
un fusil  vent, un _stiletto_, une pe, une lance, une fourche, et que
sais-je encore. On a arrt et confront des domestiques et des gens de
toute espce, sans pouvoir rien dcouvrir. M. Dawkins, notre ministre,
m'assure qu'on ne souponne pas du tout que l'auteur du coup ait t
pouss par moi ou par aucun de mes compagnons. Je vous envoie ci-joint
les copies des dpositions de nos gens et amis, et du docteur Craufurd,
spirituel cossais (qui n'est pas de mes connaissances), qui avait vu la
fin de l'affaire. Toutes les pices sont en italien.

Ce sont les seules matires littraires o j'aie t engag depuis la
publication orageuse de _Can_;--mais M. Murray a plusieurs de mes
productions  accoucher: un autre mystre,--une vision,--un drame,--etc.
Mais vous, vous ne voulez pas me dire ce que vous faites;--cependant, je
vous devinerai; crivez ce qu'il vous plaira. Vous dites que j'aimerais
votre gendre:--il me serait difficile de ne point l'aimer, puisqu'il a
un si troit lien avec vous; mais je ne doute pas que ses qualits ne
soient conformes  votre description.

Je suis fch que vous n'aimiez pas le nouvel ouvrage de lord Oxford.
Mon aristocratie, qui est intraitable, le rend un de mes favoris. Songez
que ces petites factions occuprent lord Chatham et Fox le pre, et
que nous autres nous vivons dans un tems gigantesque, qui nous fait
prendre pour des pygmes tous les hommes au-dessous de Gog et de
Magog.--Aprs avoir vu Napolon commencer comme Tamerlan et finir comme
Bajazet dans notre sicle, nous ne trouvons pas le mme intrt dans
une histoire, qui autrement nous aurait paru importante. Mais je finis.

Croyez-moi pour toujours et trs-sincrement tout  vous.

NOEL BYRON.



LETTRE CCCCXCII.

A M. MURRAY.

Pise, 17 mai 1822.

J'apprends que la _Revue d'dimbourg_ a attaqu les trois drames, ce
qui est une mauvaise affaire pour vous; et je ne m'tonne pas que vous
perdiez courage. Cependant, ce volume peut tre confi au tems:--c'est
sur le tems qu'il vous faut compter. J'ai relu le livre avec attention
depuis la publication, et je pense qu'un jour il sera prfr  mes
autres crits. Je dis cela sans colre contre les critiques ou la
critique, quelle qu'elle puisse tre (car je ne l'ai pas vue); et rien
de ce qui a paru ou peut paratre dans la _Revue_ de Jeffrey, ne me fera
oublier qu'il a tenu bon pour moi pendant dix ans, sans autre motif que
sa bonne volont.

J'apprends que Moore est en ville; rappelez-moi  lui, et croyez-moi

Tout  vous sincrement,

N. B.

_P. S._ Si vous le jugez ncessaire, vous pouvez m'envoyer la _Revue
d'dimbourg_. S'il y a quelque passage qui demande une rponse, je
rpondrai, mais modrment et techniquement, c'est--dire en n'ayant
gard qu'aux principes poss par la critique, et sans allusions
offensives, soit  la personne, soit au mrite littraire du critique.



LETTRE CCCCXCIII.

A M. MOORE.

Pise, 17 mai 1822.

J'apprends que vous tes  Londres. Vous aurez su de Douglas Kinnaird
(qui me dit que vous avez dn avec lui) tout ce que vous aurez dsir
savoir de mes affaires. J'ai dernirement perdu ma petite fille Allgra
par suite d'une fivre, ce qui a t pour moi un coup srieux.

Je ne vous ai pas crit dernirement, ne sachant pas exactement o vous
tiez. Douglas Kinnaird a refus d'envoyer mon cartel  M.
Southey.--Pourquoi? Il vous l'expliquera lui-mme.
................................................[5]

N. B.

[Note 5: Ici suit la rptition des dtails de la querelle raconte
plus haut  Walter-Scott. (_Note de Moore_.)]



LETTRE CCCCXCIV.

A M. MURRAY.

Montenero[6], 26 mai 1822, prs Leghorn.

[Note 6: Colline  trois ou quatre milles de Leghorn,
trs-frquente, comme lieu de rsidence, durant les mois d't. (_Note
de Moore_.)]

Le corps est embarqu, je ne sais pas dans quel vaisseau: je n'ai pu
entrer dans les dtails, mais la comtesse Guiccioli a eu la bont de
donner les ordres ncessaires  M. Dunn, qui a surveill l'embarquement,
et qui vous crira. Je dsire que la spulture ait lieu dans l'glise
d'Harrow.

Il y a un endroit dans le cimetire, prs du sentier, au sommet de
l'minence qui regarde Windsor, et une tombe sous un arbre immense (elle
porte le nom de Peachie ou Peachey), o j'avais coutume de demeurer
assis durant des heures entires quand j'tais enfant: c'tait mon
endroit favori. Mais comme je dsire consacrer quelques phrases  la
mmoire d'Allgra, il vaut mieux faire dposer le corps dans l'glise.
Prs de la porte,  la gauche quand on entre, il y a un monument qui
porte ces mots:

        Quand le deuil pleure sur la poussire sacre de la vertu,
        Nos larmes nous vont bien, et notre douleur est juste;
        Telles furent les larmes de celle dont la reconnaissance paie
        Ce dernier et mlancolique tribut de son amour et de sa louange.

Je me rappelle ces vers (aprs dix-sept ans), non qu'ils soient
remarquables par eux-mmes, mais parce que de ma place, dans la galerie,
j'avais presque toujours les yeux tourns vers ce monument. Je
dsirerais qu'Allgra ft enterre le plus prs de l qu'il sera
possible, et qu'on plat dans le mur une table de marbre avec ces
mots:--

                            EN MMOIRE

                            D'ALLGRA,

                    FILLE DE G. G. LORD BYRON,

                      MORTE A BAGNA CAVALLO,

                 EN ITALIE, LE XX AVRIL MDCCCXXII,

                  A L'AGE DE CINQ ANS ET TROIS MOIS..

        J'IRAI A ELLE, MAIS ELLE NE REVIENDRA PAS A MOI.

                     (2e _Samuel_, XII, 23.)

Je dsire que les funrailles soient aussi secrtes que la dcence le
comportera; et j'espre que Henry Drury lira l'office des morts sur ma
fille. S'il refuse, l'office sera clbr par le ministre de service. Je
ne crois pas avoir besoin de rien ajouter.

Depuis que je suis ici, j'ai t invit par les Amricains  venir 
bord de leur escadre, o j'ai t accueilli avec toute la bienveillance
que je pouvais dsirer, et avec plus de crmonie que je n'en aime. J'ai
trouv leurs navires plus beaux que les ntres de la mme classe, et
bien monts en hommes et en officiers. Il y avait alors  bord beaucoup
de bourgeois amricains et quelques dames. Comme je prenais cong de la
compagnie, une dame amricaine me demanda une rose que je portais,
afin, dit-elle, d'envoyer en Amrique quelque chose de moi comme
souvenir. Je n'ai pas besoin d'ajouter que je rpondis convenablement au
compliment. Le capitaine Chauncey me montra une fort jolie dition
amricaine de mes pomes, et m'offrit le passage aux tats-Unis, si je
voulais y aller. Le commodore Jones ne fut pas moins poli ni moins
prvenant. J'ai depuis reu la lettre ci-incluse, qui me prie de poser
pour mon portrait en faveur de quelques Amricains. Il est singulier
que, la mme anne o lady Nol interdit par testament  ma fille de
voir le portrait de son pre avant plusieurs annes, les individus d'une
nation qui n'est pas connue pour aimer les Anglais en particulier ni
pour flatter les hommes en gnral, me prient de poser pour ma
portraiture, comme dit le baron Bradwardine. J'apprends aussi que je
reois de grands honneurs littraires en Allemagne. Gothe, me dit-on,
est mon patron et protecteur avou. A Leipzik, cette anne, le grand
prix propos a t une traduction de deux chants de _Childe Harold_. Je
ne suis pas sr que ce soit  Leipzik, mais M. Rowcroft est mon
autorit;--c'est un jeune amricain, qui est fort instruit en
littrature allemande, et qui connat Gothe particulirement.

Gothe et les Allemands sont surtout charms de _Don Juan_, qu'ils
jugent une oeuvre d'art. Je l'avais dj entendu dire par le baron
Lutzerode. On a fait de nombreuses traductions de plusieurs de mes
ouvrages, et Gothe a fait un parallle entre _Faust_ et _Manfred_.

Tout cela est une espce de compensation pour la brutalit, que vous
autres, Anglais, avez dploye cette anne  un si haut degr.
......................................................

Tout  vous, etc.



LETTRE CCCCXCV.

A M. MURRAY.

Montenero, prs Leghorn, 29 mai 1822.

Je vous renvoie les preuves. Votre imprimeur a fait une drle de
bvue:--pauvre comme un _rat_--au lieu de pauvre comme un
_avare_[7]. L'expression peut sembler trange; mais ce n'est qu'une
traduction du _semper avarus eget_[8]. Vous joindrez le _Mystre_ et
vous publierez aussitt que vous pourrez. Je ne me soucie pas de votre
saison opportune ni des approbations ou improbations des bas-bleus.
Tout ce que vous avez  considrer sur ce sujet est un point de
commerce, et si je le rgle suivant vos dsirs (mme en courant moi seul
tous les risques et prils), vous me permettrez de choisir le tems et le
mode de la publication. Quant au volume dernirement publi, l'attaque
prsente, contre lui ou plutt contre moi, peut lui nuire pour un tems,
mais il a en lui un principe vital de dure, comme vous le verrez un
jour. Je vous ai crit il y a quelques jours sur un autre sujet.

Tout  vous,

N. B.

[Note 7: _Poor as a_ mouse, au lieu de _poor as a miser_.]

[Note 8: L'avare est toujours pauvre. (_Notes du Trad._)]

_P. S._ Ayez la bont de m'envoyer la _Ddicace_ de _Sardanapale_ 
Gothe. Je la mettrai devant _Werner_,  moins que vous ne prfriez que
j'en mette une autre, o je dise que la premire avait t omise par
l'diteur.

Sur le faux-titre du prsent volume, mettez:

        Publi pour l'auteur par John Murray.



LETTRE CCCCXCVI.

A M. MURRAY.

Montenero, Leghorn, 16 juin 1822.

Je vous renvoie la seconde preuve de _Werner_, et j'attends le reste.
Quant aux _vers sur le P_, peut-tre vous ferez bien de les glisser
paisiblement dans une seconde dition (si vous allez jusque-l, bien
entendu) plutt que de les insrer dans la premire; car quoiqu'ils
aient t reconnus pour bons et que je dsire ne pas les perdre, je ne
veux pas qu'ils attirent immdiatement l'observation,  cause des
relations de parent de la dame  qui ils sont adresss avec les
premires familles de la Romagne et des Marches.

Le dfenseur de _Can_ peut tre ou ne pas tre, comme vous l'appelez
un novice en littrature. Toujours est-il,  mon avis, que vous et moi
lui avons une grande obligation. J'ai lu l'article de la _Revue
d'dimbourg_ dans le _Magazine_ de Galignani, et je n'ai pas encore
dcid si je dois ou non rpondre; car, si je rponds, il me sera
difficile de ne pas amuser les Philistins en renversant une ou deux
maisons: attendu que, une fois en besogne, il faut dire tout ce qui
vient au bout de ma plume ou bien la rejeter loin de moi. Je n'ai pas
l'hypocrisie de prtendre  l'impartialit, ni un caractre (comme on
dit)  m'abstenir toujours de dire ce qui dplaira  l'auditeur ou au
lecteur. Que veut-on dire par le mot d'_oeuvre travaille_? Vous savez
bien que j'ai tout crit aussi vite que j'ai pu tracer des caractres
sur le papier, que tout a t imprim d'aprs les manuscrits originaux
et que je n'ai jamais rien revu que dans les preuves; voyez les dates
et les manuscrits. Toutes les fautes viennent de la ngligence, et non
du travail. On disait la mme chose de _Lara_, que je composai en me
dshabillant  mon retour des bals et des mascarades dans l'an de
bombance 1814.

Tout  vous.



LETTRE CCCCXCVII.

A M. MOORE.

Montenero, Villa Dupoy, prs Leghorn, 8 juin 1822.

Je vous ai crit deux fois par l'intermdiaire de Murray, et sur un
sujet assez us,--la perte de la pauvre petite Allgra, morte d'une
fivre; je ne dirai sur ce point rien de plus,--sinon qu'il n'y a
d'autre ressource que le tems.

Il y a peu de jours, mon ancien et tendre ami, lord Clare, est revenu
de Genve, afin de me voir avant de retourner en Angleterre. Comme je
l'ai toujours aim (depuis l'ge de treize ans,  Harrow) plus que tout
autre individu (masculin) de ce monde, j'ai  peine besoin de dire quel
plaisir mlancolique j'eus  ne le voir que pour un jour; car il tait
oblig de reprendre son voyage sur-le-champ. ...........................

J'ai lu le dernier article de Jeffrey dans une fidle citation de
l'impartial Galignani. Je prsume que le fin mot de ceci, c'est que
Jeffrey dsire me provoquer  rpondre. Mais je ne veux pas, car je lui
suis encore redevable pour sa bienveillance passe. En vrit, je
suppose que l'occasion prsente de cette nouvelle attaque contre moi
tait irrsistible; je ne puis le blmer, connaissant ce que c'est que
la nature humaine. Je ne ferai qu'une remarque;--que veut-il dire par
l'expression d'_oeuvre travaille_? Tout le volume a t compos avec la
plus grande rapidit, au milieu des volutions, rvolutions,
perscutions et proscriptions de tous ceux qui m'intressaient en
Italie. On disait la mme chose de _Lara_, qui, vous savez, fut crite
au milieu des bals et des folies, et au retour des mascarades et des
_routs_[9], dans l't des souverains. De tout ce que j'ai jamais crit,
ces derniers ouvrages sont peut-tre les plus ngligemment composs; et
les fautes, quelles qu'elles soient, sont dues  l'incurie, et non au
travail. Je ne prtends pas que ce soit un mrite, mais c'est un fait.

Tout  vous  jamais et de coeur,

N. B.

_P. S._ Vous voyez le grand avantage de ma nouvelle signature:--elle
peut tre prise pour _Nota bene_ ou pour Nol Byron; et, par consquent,
elle m'pargnera beaucoup de rptitions, soit dans les livres ou dans
les lettres que j'crirai. Depuis que je suis ici, j'ai t invit 
bord de l'escadre amricaine, et trait avec tous les honneurs et toutes
les crmonies possibles. On m'a pri de poser pour mon portrait; et, 
l'instant o je m'en allais, une dame amricaine me prit une rose (qui
m'avait t donne le matin mme par une fort jolie dame italienne),
parce que, disait-elle, elle tait rsolue  envoyer ou emporter en
Amrique quelque souvenir qui vnt de moi. Toutefois, ces hommages
amricains ne naissent peut-tre pas tant de l'admiration de ma posie
que de mon ddain pour les Anglais,--en quoi j'ai la satisfaction de
cadrer avec les citoyens des tats-Unis. J'aimerais mieux toutefois
recevoir un coup-d'oeil d'un Amricain, qu'une tabatire d'un empereur.

[Note 9: Mot anglais (qu'on prononce _raout_) adopt maintenant dans
la socit franaise, pour dsigner les runions extrmement nombreuses.
(_Note du Trad._)]



LETTRE CCCCXCVIII.

A M. ELLICE.

Montenero, Leghorn, 12 juin 1822.

MON CHER ELLICE,

Il y a long-tems que je ne vous ai crit, mais je n'ai pas oubli votre
bont, et je viens aujourd'hui la mettre  contribution,--non pas trop,
 ce que j'espre;--mais ne vous alarmez point, ce n'est pas un prt,
mais une information que je vais solliciter. Vu l'tendue de vos
relations, personne ne peut avoir de meilleures occasions pour connatre
l'tat rel de l'Amrique du Sud,--je veux dire du pays de Bolivar. J'ai
depuis plusieurs annes le projet d'un tablissement transatlantique; et
ce que je dsirerais de vous, ce seraient quelques renseignemens sur la
meilleure voie  suivre, et quelques lettres de recommandation, au cas
que je m'embarquasse pour Angustura. On me dit que les terres dans ce
pays se vendent  trs-bon march; mais quoique je n'aie pas de grands
fonds disponibles  consacrer  de tels achats, cependant mon revenu
actuel est suffisant, dans quelque pays que ce soit (hormis
l'Angleterre), pour fournir  tous les besoins ncessaires de la vie, et
mme  un abondant superflu. La guerre est maintenant termine l-bas;
et comme je n'y vais pas pour spculer, mais pour m'y tablir sans
aucune autre vue que celle de l'indpendance, et de la jouissance
commune des droits civils, je prsume que mon arrive ne serait pas vue
avec dplaisir.

Tout ce que je vous demande, c'est de ne point me _d_courager ou
_en_courager, mais de me donner tous les renseignemens que vous jugerez
utiles et convenables. Je ne m'adresse pas sur ce point  mes autres
amis, qui ne feraient que jeter des obstacles dans ma route, et me
solliciteraient de revenir en Angleterre: ce que je ne ferai jamais, 
moins d'y tre contraint par une cause insurmontable. J'ai une grande
quantit de meubles, de livres, etc., etc., que j'embarquerais aisment
 Leghorn; mais je dsire regarder avant de sauter sur l'Atlantique.
Est-il vrai que pour quelques milliers de dollars on puisse avoir une
vaste tendue de terres? Je parle de l'Amrique du Sud, songez bien.
J'ai lu quelques ouvrages publis sur ce sujet, mais ils m'ont paru
entachs de violence et d'esprit de parti. Ayez la bont de m'adresser
ici votre rponse, et croyez-moi toujours et sincrement votre,
etc,[10].

[Note 10: La rponse de M. Ellice dissuada vivement Lord Byron de
son dessein. L'entire dsorganisation du pays et de ses institutions,
qui ne permettra peut-tre pas  la Colombie de recouvrer, mme avant
plusieurs sicles, le degr d'industrie et de prosprit dont elle
jouissait sous les Espagnols, rendait ce pays, dans l'opinion de M.
Ellice, l'un des derniers o un homme dsireux de la paix et du repos,
ou mme de sa scurit personnelle et de la sret de ses proprits,
dt aller chercher un asile. Tant que Bolivar vivrait et maintiendrait
son autorit, on pouvait, disait M. Ellice, mettre toute confiance dans
son intgrit et sa fermet; mais,  sa mort, s'ouvrirait une re
nouvelle de combats et de dsordres. (_Note de Moore_.)]

A cette poque, Lord Byron posa pour faire faire son portrait par M.
West, artiste amricain, qui a lui-mme donn, dans un de nos ouvrages
priodiques, les dtails suivans sur le noble pote:--

Au jour convenu, j'arrivai  deux heures, et commenai son portrait. Je
le trouvai un modle incommode. Il parla tout le tems, et me fit une
multitude de questions sur l'Amrique;--me demanda jusqu' quel point
j'aimais l'Italie, quelle opinion j'avais des Italiens, etc. Quand il
devint silencieux, il fut alors un modle plus commode qu'auparavant,
car il prit une contenance qui ne lui tait point propre, comme s'il et
song toutefois  un frontispice pour _Childe Harold_. Au bout d'environ
une heure, notre premire sance fut termine, et je retournai 
Leghorn, pouvant  peine me persuader que ce ft l ce hautain
misantrope dont le caractre avait toujours paru si envelopp de
tnbres et de mystre, car je ne me rappelle pas avoir jamais vu de
manires plus douces et plus attrayantes.

Je revins le lendemain, et j'eus une autre sance d'une heure, durant
laquelle il sembla inquiet de savoir ce que deviendrait mon oeuvre.
Tandis que je peignais, la fentre d'o la lumire me venait s'obscurcit
soudain, et j'entendis une voix s'crier: _ troppo bello_! Je me
retournai, et je vis une belle femme qui se baissait pour regarder, le
sol extrieur tant de niveau avec le bas de la fentre. Ses longs
cheveux d'or tombaient sur son visage et ses paules; son teint tait
superbe, et son sourire compltait la tte la plus romantique que
j'eusse jamais vue, rehausse surtout comme elle l'tait par l'clat du
soleil qui brillait par derrire. Lord Byron invita cette dame  entrer,
et me la prsenta en me disant que c'tait la comtesse Guiccioli. Il
semblait passionnment amoureux d'elle, et je fus charm de la prsence
de la comtesse, car l'air de plaisir que Lord Byron prit alors auprs
d'elle le rendait un meilleur modle.

Le lendemain, je fus content de voir que le progrs que j'avais fait
dans la ressemblance avait fait plaisir: car, lorsque nous fmes seuls,
il me dit qu'il avait une faveur particulire  me demander,--la lui
accorderais-je? Je dis que je serais heureux de l'obliger, et il
m'engagea  la tche flatteuse de peindre pour lui le portrait de la
comtesse Guiccioli. Je commenai ce second portrait, le matin suivant;
et, depuis, ils posrent alternativement. Il me raconta toute
l'histoire de sa liaison avec la comtesse, et me dit qu'il esprait que
ce serait pour la vie; qu'en tout cas, ce ne serait pas sa faute s'il en
tait autrement. Ses autres attachemens s'taient briss sans faute de
sa part.

J'tais alors devenu assez familier avec lui pour rpondre  la
question qu'il m'adressa sur l'opinion que j'avais de lui avant de
l'avoir vu. Il rit beaucoup de l'ide que je m'tais forme de lui, et
dit: Eh bien! vous me trouvez comme tout le monde, n'est-ce pas? Il me
rpta souvent depuis: Ainsi, vous m'aviez cru un tout autre homme,
n'est-ce pas? Je me souviens de lui avoir dit un jour que nonobstant sa
vivacit, je croyais exacte au moins une de mes conjectures sur lui, car
je pensais toujours qu'il n'tait pas un homme heureux. Il et hte de
savoir quelle raison j'avais pour penser ainsi, et je lui demandai s'il
n'avait jamais observ que les petits enfans, aprs un accs de chagrin,
avaient par intervalles une espce de manire convulsive et tremblante
de tirer une longue aspiration. Toutes les fois que j'avais observ ce
phnomne chez une personne, quel que ft son ge, j'avais toujours
trouv que la cause en tait le chagrin. Il me dit que l'ide tait
nouvelle pour lui, et qu'il en profiterait.

Lord Byron, avec toute sa socit, quitta Villa Rossa (nom de sa
maison) au bout de quelques jours, pour emballer ses affaires dans sa
maison de Pise. Il me dit qu'il resterait quelques jours dans cette
ville, et me pria, si j'avais encore quelque chose  faire aux
portraits, d'y venir, et d'y rester avec lui. Il semblait embarrass de
savoir o il irait, et se prparait, je crois,  s'embarquer pour
l'Amrique. Je restai avec lui  Pise pendant peu de jours, car il tait
si tracass par la police, et le tems tait si chaud, que je doutai de
pouvoir donner un dernier coup aux portraits; et partant un matin avant
qu'il ne ft lev, je lui crivis de Leghorn un mot d'excuse. Somme
toute, je le quittai avec l'intime conviction qu'il possdait un
excellent coeur, qu'on avait mconnu partout  cause d'une lgret de
moeurs qu'il s'tait complu, par une vanit bizarre,  opposer  celles
des autres.



LETTRE CCCCXCIX.

A M. MURRAY.

Pise, 6 juillet 1822.

Je vous renvoie la seconde preuve. J'ai adouci le passage que Gifford
avait blm, et chang le nom de Michel en celui de Raphal, ange de
plus douces inclinations. A propos, n'oubliez pas de changer Michel en
Raphal dans toute la scne, car je n'ai eu le tems de faire ce
changement que dans la liste des _dramatis personoe_; et raturez tous ces
passages crayonns, pour viter d'intriguer les imprimeurs. J'ai donn
la _Vision de Quevedo Redivivus_  John Hunt, ce qui vous tirera
d'embarras. Il la publiera  ses risques et prils, vu que c'est  son
vif dsir. Donnez-lui la copie corrige que M. Kinnaird avait, attendu
qu'elle est mitige en partie, et la prface aussi.



LETTRE D.

A M. MURRAY.

Pise, 8 juillet 1822.

Je vous ai renvoy la semaine dernire le paquet des preuves. Vous
ferez bien peut-tre de ne pas publier dans le mme volume les _Vers sur
le P_, et la traduction de l'pisode de _Franoise de Rimini_.

J'ai cd  M. John Hunt _la Vision du Jugement_, que vous voudrez bien
lui remettre; plus le chant de Pulci, texte et traduction, et tous mes
morceaux de prose: car M. Leigh Hunt est arriv ici, et songe 
commencer un ouvrage priodique, auquel je contribuerai. Je ne vous
propose pas d'en tre l'diteur, parce que je sais que vous n'tes pas
bons amis; mais tout ce que vous avez, except le volume actuellement
sous presse et le manuscrit achet  M. Moore, peut tre donn dans ce
but.

Quant  ce que vous dites de votre manque de mmoire, je ne puis que
remarquer que vous avez insr la note de _Marino Faliero_ malgr ma
rvocation positive, et que vous avez omis la _Ddicace de Sardanapale_
 Gothe (placez-la  la tte du volume sous presse); ce sont deux
fautes qui ne m'ont point t agrables, et je ne voudrais pas que de
pareilles ngligences se renouvelassent  l'avenir, attendu qu'on peut
les viter avec un peu de soin, ou un simple _memorandum_ dans votre
portefeuille.

Il n'est pas impossible que j'aie trois ou quatre chants de _Don Juan_
prts pour l'automne, ou un peu plus tard, vu que j'ai obtenu de ma
souveraine la permission de continuer le pome,--pourvu toutefois qu'il
soit plus dcent et plus sentimental dans la continuation que dans le
dbut. Vous verrez bientt comment ces conditions ont t remplies.
Rpondez-moi quand il vous plaira.

Tout  vous, etc.



LETTRE DI.

A M. MOORE.

Pise, 12 juillet 1822.

Je vous ai crit dernirement, mais non en rponse  votre dernire
lettre d'il y a environ quinze jours. Je dsire savoir (et je vous prie
de me rpondre sur ce point) ce que sont devenues les stances 
Wellington (destines  ouvrir un chant de _Don Juan_), que je vous ai
envoyes il y a plusieurs mois. Si elles sont tombes dans les mains de
Murray, lui et les torys les supprimeront, attendu que ces vers
apprcient ce hros  sa juste valeur. Expliquez-vous, je vous prie, sur
ce point, vu que je n'ai point de copie, et que je vous ai envoy le
manuscrit original; et si vous avez encore ces vers, renvoyez-les moi,
ou du moins donnez m'en une copie correcte...........................
.....................................................................

J'ai souscrit  Leghorn pour deux cents couronnes toscanes, en faveur
de votre comit irlandais; c'est environ mille francs: je ne sais si
c'est plus ou moins. Comme sir C. S***, qui reoit par an treize mille
livres sterling du trsor public, n'a pu prlever que mille livres
tournois sur son norme salaire, on attribuerait  ostentation  un
simple particulier de prtendre le surpasser; et par consquent, je ne
vous ai envoy que la somme susdite, comme vous verrez par le reu
ci-inclus[11].

[Note 11: Reu de M. Henri Dunn la somme de deux cents couronnes
toscanes (pour le compte du trs-honorable Lord Nol Byron),  l'effet
d'assister les pauvres irlandais.

THOMAS HALL.

Leghorn, 9 juillet 1822. Couronnes toscanes, 200.]

Leigh Hunt est ici aprs un voyage de huit mois, durant lesquels il a,
je prsume, accompli le priple du Carthaginois Hannon, et avec autant
de clrit. Il est en train de fonder un journal, auquel j'ai promis de
contribuer; et dans le premier numro, _la Vision du jugement, par
Quevedo Redivivus_, paratra probablement avec d'autres articles.

Pouvez-vous nous donner quelque chose? Hunt semble enthousiasm de
l'entreprise, mais (entre nous) je ne le suis pas. Je ne veux pas
nanmoins le dcourager en lui disant mon sentiment, car il est bilieux
et mal portant: Rpondez, je vous prie, sur-le-champ  cette lettre-ci.

Envoyez  Hunt, pour lui donner une bonne excitation, tout ce qu'il
vous plaira de votre prose,--ou de vos productions lyriques.

Votre comit de mangeurs de pommes de terre n'a-t-il pas fait une
bvue! Votre avertissement dit que M. L. Callaghan (drle de nom pour un
banquier) a dispos des fonds en Irlande sans l'autorit du comit. Je
suppose que cela finira par un cartel de Callaghan au comit, dont le
prsident, sans doute, porte des pistolets dans sa poche.

Quand vous aurez un instant o vous n'ayez pas  chanter,  coqueter ou
riboter avec vos Hiberniens[12] de l'un et l'autre sexe, crivez-moi une
ligne. Je doute que Paris soit un bon endroit pour la composition de
votre nouvelle posie.

[Note 12: Irlandais.--L'Irlande se nommait autrefois Hibernie.
(_Note du Trad._)]



LETTRE DII.

A M. MOORE.

Pise, 8 aot 1822.

Vous aurez maintenant appris que Shelley et un autre gentleman (le
capitaine Williams) se sont noys, il y a environ un mois (il y a eu un
mois hier), par un coup de vent,  la hauteur du golfe de Spezia. Ainsi,
voil encore un homme trpass, que la malveillance, l'ignorance et la
brutalit du monde avaient mconnu. On lui rendra peut-tre justice,
aujourd'hui qu'il n'en sera pas plus heureux.

Je n'ai pas vu l'ouvrage que vous mentionnez[13], n'en ai entendu
parler que par hasard, et n'ai nulle envie de le voir. Le prix en est,
comme je l'ai vu dans des prospectus, de quatorze schelings, ce qui
serait beaucoup trop payer pour un libelle sur soi-mme. Quelqu'un me
dit dans une lettre que c'est l'ouvrage d'un docteur Watkins, qui fait
dans la biographie et le libelle.
................................................

[Note 13: Livre qui venait de paratre sous le titre de _Mmoires du
trs-honorable Lord Byron_. (_Note de Moore_.)]

Si vous pensez que j'aie quelque chose  faire  propos du livre de
Watkins, je ne rpugnerais pas beaucoup  publier aujourd'hui mes
_Mmoires_, en cas que cette publication ft ncessaire pour
contrecarrer le faussaire. Mais en ce cas, j'aimerais  surveiller
moi-mme l'impression. Faites-moi savoir ce que vous pensez, ou
dites-moi s'il ne vaut pas mieux ne pas publier ces _Mmoires_,--du
moins la seconde partie qui touche de prs des intrts encore vivans.

J'ai crit trois nouveaux chants de _Don Juan_, et je suis sur le point
d'en commencer un autre (le neuvime). La raison pour laquelle je
rclame les stances que je vous avais envoyes, est que ces chants
contenant une description dtaille (comme celle de la tempte dans le
chant second) du sige et de l'assaut d'Ismal, avec force sarcasmes sur
ces bouchers en gros, et sur votre soldatesque mercenaire, c'est une
bonne occasion d'orner le pome de.....[14] Avec de telles choses et de
tels hommes, il est ncessaire, dans la lutte actuelle de la philosophie
et de la tyrannie, de jeter au loin le fourreau. Je sais que c'est une
redoutable querelle; mais le combat doit tre engag, et il sera
peut-tre, utile au genre humain, quel qu'en puisse tre le rsultat
pour l'individu qui se risque........................................
.....................................................

Tout  vous, etc.

[Note 14: Suppression de Moore.]



LETTRE DIII.

A M. MOORE.

Pise, 27 aot 1822.

Je vous fatigue, en vous occupant d'une si frivole bagatelle; mais il
faut avouer que je serais charm de m'informer par votre intermde si ma
souscription irlandaise est parvenue de Leghorn au comit de Paris. Mes
raisons, comme celles de Vellum, sont au nombre de trois.
Premirement, je rvoque en doute l'exactitude de tous les quteurs, ou
correspondans d'une caisse de bienfaisance; secondement, je souponne
que ledit comit, compos de torys, a t capable de ne pas admettre
dans sa liste le nom d'un adversaire politique; et troisimement, j'ai
le pressentiment que je serai un jour plaisant par les scribes du
gouvernement pour avoir profess l'amour de l'Irlande, et ne m'tre pas
joint aux autres pour la secourir dans sa dtresse.

Ce n'est pas, comme vous pourriez le penser, que je sois ambitieux de
voir mon nom dans les journaux, vu que je puis avoir cette satisfaction
gratis, tel jour de la semaine que ce soit. Tout ce que je dsire, c'est
de savoir si le rvrend Thomas Hall a remis ou non ma souscription (200
_scudi_ de Toscane, ou environ mille francs) au comit de Paris.

L'autre jour,  Viareggio, je jugeai  propos de nager jusqu' mon
schooner (_le Bolivar_) qui tenait le large, puis de renager de l au
rivage,--environ trois milles ou plus en tout. Comme c'tait  midi,
sous un soleil brlant, il en est rsult que j'ai eu un accs de
fivre, et que toute ma peau s'en est alle, aprs avoir prsent
l'effet d'un vaste vsicatoire, soulev par l'action combine du soleil
et de la mer. J'ai souffert beaucoup, ne pouvant me coucher ni sur le
dos ni sur le ct, car mes paules et mes bras avaient t galement
saint-barthlemiss. Mais c'est fini;--j'ai recouvr une nouvelle peau,
et je suis aussi brillant qu'un serpent dans sa nouvelle robe.

Nous avons brl les corps de Shelley et de Williams sur le bord de la
mer, pour les mettre  mme d'tre transports et rgulirement
enterrs. Vous ne pourrez vous figurer quel effet trange produit cette
combustion funraire, sur un rivage isol, avec les montagnes par
derrire et la mer par devant, et la singulire apparence que le sel et
l'encens donnaient  la flamme. Tout le corps de Shelley a t consum,
except son coeur, qui est maintenant conserv dans l'esprit-de-vin.

Votre vieille connaissance Londonderry est paisiblement mort  North
Cray! et le vertueux de Witt fut mis en pices par la populace! Quel
heureux coquin l'Irlandais a t dans sa vie et  sa fin[15].

[Note 15: Il est vident que les dtails de l'vnement n'taient
pas encore parvenus  Lord Byron. (_Note de Moore_.)]

Leigh Hunt est en train de suer des articles pour son nouveau journal;
lui et moi, nous vous trouvons tant soit peu gredin de ne pas y
contribuer. Voulez-vous devenir un des co-propritaires? Je vous prie de
rflchir deux fois avant de rpondre ngativement ...................
...................
..................................................

Tout  vous, etc.

Ce *** Galignani a environ dix mensonges dans un paragraphe. Ce n'est
pas une Bible qu'on a trouve dans la poche de Shelley, mais les posies
de John Keats. Toutefois, ce n'et pas t chose trange, car il tait
grand admirateur de l'criture comme composition littraire. Je n'ai pas
envoy mon buste  l'acadmie de New-Yorck; mais j'ai pos pour me faire
peindre par le jeune West, artiste amricain, que quelques membres de
cette acadmie avaient pri de faire mon portrait,--pour l'acadmie, je
crois.

J'ai pens, et je pense encore  l'Amrique du Sud, mais j'hsite entre
elle et la Grce. Je serais all, depuis long-tems, dans l'une ou
l'autre de ces contres, sans ma liaison avec la comtesse Guiccioli; car
l'amour, dans ce tems, est peu compatible avec la gloire. Elle aurait
t charme de me suivre; mais je ne veux pas l'exposer  un long
voyage, et  une rsidence dans un pays non encore assis, o je prendrai
probablement un parti quelconque.

Peu de tems aprs avoir crit les lettres ci-dessus, Lord Byron se
retira  Gnes, o il avait pris une maison, nomme la Villa Saluzzo, 
Albaro, l'un des faubourgs de cette ville. Depuis l'poque de sa
malheureuse querelle avec le sergent-major, sa tranquillit,  Pise,
avait t considrablement dtruite, tant par les enqutes judiciaires
qui suivirent cet vnement, que par les sinistres rumeurs et les
nombreux soupons qui en naquirent. Quoique le bless se ft rtabli;
tous ses amis jurrent de se venger avec le poignard; et la sensation
qui rsulta de l'affaire et de ses diverses consquences fut douloureuse
et alarmante,--surtout pour Mme Guiccioli, d'aprs la situation o se
trouvait sa famille par suite des vnemens politiques. De plus, tandis
que l'impression de cette affaire tait encore rcente, il survint une
autre circonstance, qui, comparativement peu importante, eut cependant
le funeste effet d'attirer encore l'attention des Toscans sur leurs
nouveaux visiteurs. Durant la courte visite de Lord Byron  Leghorn, un
domestique suisse de sa maison s'tant querell, je ne sais  quelle
occasion, avec le frre de Mme Guiccioli, tira son couteau contre le
jeune comte, et le blessa lgrement  la joue. Cette querelle, survenue
si tt aprs l'autre, excita aussi tant de curiosit et de bavardage,
que le gouvernement toscan, dans son horreur extrme pour la moindre
apparence de bruit, se crut appel  intervenir; et consquemment, ordre
fut donn que, dans quatre jours, les deux comtes Gamba, pre et fils,
partiraient de la Toscane. Cette dcision fut extrmement dsagrable et
irritante pour Lord Byron; une des conditions du divorce de la Guiccioli
tant que cette dame habiterait dornavant sous le mme toit que son
pre. Aprs avoir balanc entre divers projets,--pensant tantt 
Genve, tantt, comme nous l'avons vu,  l'Amrique du Sud,--il se
dcida enfin, pour le moment,  transfrer sa rsidence  Gnes.

Son genre de vie, durant son sjour  Pise, n'avait diffr que fort
peu--(sauf la nouvelle espce de socit o l'avaient engag ses
relations avec les amis de Shelley)--de la routine habituelle et
monotone, suivant laquelle, chose si singulire pour un homme d'un
caractre si remuant, le cours quotidien de son existence coulait depuis
plusieurs annes. Il djeunait ordinairement  deux heures; et  trois,
ou mme  quatre, lorsque les jours devinrent plus longs, les personnes
qui avaient l'habitude de l'accompagner dans ses promenades questres,
venaient le voir. Ce n'tait quelquefois qu'aprs une partie de billard
qu'il sortait,--d'abord en carrosse, afin d'viter les
spectateurs,--jusqu'aux portes de la ville, o ses chevaux
l'attendaient. La route qu'il choisit d'abord pour ces promenades fut
dans la direction de la fort de pins qui regarde la mer; mais ayant
trouv un endroit plus convenable pour le tir du pistolet, sur le chemin
qui mne de la Porta alla Spiaggia  l'est de la ville, il prit tous les
jours cette direction durant le reste de son sjour. Une fois arrivs 
une ferme, dans le jardin de laquelle ils avaient la permission d'lever
leur but, ses amis et lui descendaient de cheval; et aprs avoir
consacr environ une demi-heure  essayer leur adresse au pistolet, ils
s'en retournaient  la ville, un peu avant le coucher du soleil.

Lord Byron, dit un ami qui tait quelquefois prsent  cet exercice,
tait le meilleur tireur. Shelley, Williams et Trelawney tiraient
souvent d'aussi bons coups que lui,--mais ils n'taient pas aussi srs.
Lui, quoique sa main tremblt violemment, ne manquait jamais, car il
calculait l'effet de cette oscillation, et ne comptait que sur son
coup-d'oeil. Une fois, aprs avoir dmoli son but, il dressa une canne
mince, dont la couleur, -peu-prs la mme que celle du gravier o elle
tait plante, aurait fort bien pu le tromper, et il la partagea  vingt
pas avec sa balle. Grande tait sa joie aprs un bon coup, grande sa
vexation aprs un chec;--et quand nous le revoyions  son retour, sa
froide salutation ou son joyeux rire nous racontaient le succs de la
journe.

Pour la premire fois, depuis son arrive en Italie, il se trouva tent
de donner de grands dners. Ses htes taient, outre le comte Gamba et
Shelley, M. Williams, le capitaine Medwin, M. Taaf et M. Trelawney;--et
jamais, comme son ami Shelley le disait, Byron ne se montra mieux  son
avantage que dans ces occasions. A-la-fois poli et cordial, plein d'une
gat liante et d'une bonne humeur parfaite, il ne se laissait jamais
entraner  une hilarit disgracieuse, et cependant conservait son
animation durant toute la soire. Aux environs de minuit, ses convives
le quittaient gnralement,  l'exception du capitaine Medwin, qui avait
coutume de rester,  ce que je vois,  parler et  boire avec son noble
hte jusqu'au matin; et c'est aux confidences insouciantes et  demi
trompeuses de ces sances nocturnes, confidences ngligemment coutes
et confusment retraces au souvenir, que nous devons le volume dont le
capitaine Medwin a favoris le monde, peu de tems aprs la mort du noble
pote.

Au sujet de cette liaison et de toutes celles formes par Lord Byron,
non-seulement  l'poque dont nous parlons, mais durant sa vie entire,
il serait difficile d'avancer rien de plus judicieux, rien qui prouve
mieux une vritable connaissance du caractre de Byron, que les
remarques suivantes d'une femme qui l'a tudi de tout son coeur,--qui a
appris  le regarder avec les yeux de la raison comme avec ceux de
l'affection, et dont le solide amour tait fond sur la base la plus
sre pour lui et pour elle,--sur le talent de le comprendre[16].

[17]A Pise, nous continumes encore avec plus de rigueur  vivre loin
de la socit. Mais comme il y avait  Pise beaucoup d'Anglais, Byron ne
put s'excuser de faire connaissance avec divers amis de Shelley, et
entre autres avec M. Medwin. Ils le suivaient dans ses courses  cheval,
dnaient avec lui, et certes s'estimaient heureux de l'intimit
apparente que leur accordait un homme si suprieur. Mais aucun d'eux ne
fut admis dans son amiti qu'il n'accordait pas aisment. Il avait de
l'affection pour Shelley, et beaucoup d'estime pour son caractre et
pour son talent, mais il n'tait pas son ami dans toute l'tendue du
sens qu'on doit donner au mot amiti. Quelquefois il parlait de ses amis
et de l'amiti, comme de l'amour et de tout autre noble sentiment de
l'ame, de manire  faire natre des doutes sur ses vritables sentimens
et sur la bont de son coeur. L'impression du moment dictait ses
discours; et d'ailleurs il aimait  paratre un personnage bizarre;--et
quelquefois mme pis que cela,--surtout  ceux  qui il supposait
l'intention d'tudier et de dcouvrir son caractre. Mais la ruse ne
pouvait tromper qu'un esprit infrieur et un observateur superficiel. Il
fallait examiner ses actions pour sentir toute la contradiction qu'il
mettait entre elles et ses discours; il fallait le voir dans certains
momens o, par une motion imprvue et plus forte que sa volont, son
ame s'abandonnait entirement  elle-mme;--il fallait le voir alors
pour dcouvrir les trsors de sensibilit et de bont qui taient dans
cette ame magnanime.

[Note 16: Mon pauvre Zimmermann, qui te comprendra maintenant?
Telles furent les touchantes paroles adresses  Zimmermann par sa femme
mourante, et ce peu de mots renferme tout ce qu'un homme d'une
sensibilit maladive doit attendre de la tendresse et de l'abngation
tolrante de la femme avec laquelle il est uni. (_Note de Moore_.)]

[Note 17: In Pisa abbiamo continuato anche pi rigorosamente a
vivere lontano dalla societ. Essendosi per in Pisa molti Inglesi, egli
non pot scusarsi dal fare la conoscenza di varii amici di Shelley, fra
i quali uno fu M. Medwin. Essi lo seguitavano al passaggio, pranzavano
con lui, e certamente si tenevano felici della apparente intimit che
loro accordav un uomo cos superiore. Ma nessuno di loro fu ammesso mai
a porta della sua amicizia, che egli non era facile a accordare. Per
Shelley, egli aveva dell' affezione, e molta stima pel suo carattere e
pel suo talento, ma non era suo amico nell' estensione del senso che si
deve dare alla parola amicizia. Talvolta parlando egli de' suoi amici, e
dell' amicizia, come pure dell' amore, e di ogni altro nobile sentimento
dell' anima, potevano i suoi discorsi far nascere dei dubbii sui veri
suoi sentimenti, e sulla bont del suo cuore. Una impressione momentanea
regolava i suoi discorsi; e di pi egli amava anche a rappresentare un
personnaggio bizarro, e qualche volta anche peggio,--specialmente con
quelli che egli pensava volessero studiare e fare delle scoperte sul suo
carattere. Ma nell'inganno non poteva cadere che una piccola mente, e un
osservatore superficiale. Bisognava esaminare le sue azioni per sentire
tutta la contradizzione che era fra di esse e i suoi discorsi; bisognava
vederlo in certi momenti in cui per una emozione improvvisa e pi forte
della sua volont, la sua anima si abbandonava interamente a se stessa,
bisognava vederlo allora per scoprire i tesori di sensibilit e di bont
che erano in quella nobile anima.

Fra le tante volte che io l'ho veduto in simili circostanze, ne
ricorder una che risguarda i suoi sentimenti di amicizia. Pochi giorni
prima di lasciare Pisa, eravamo verso sera insieme seduti nel giardino
del palazzo Lanfranchi. Una dolce malinconia era sparsa sul suo viso.
Egli riandava col pensiero gli avvenimenti della sua vita, e faceva il
confronto colla attuale sua situazione, e quella che avrebbe potuta
essere se la sua affezione per me non lo avesse fatto restare in Italia;
e diceva cose che avrebbero resa per me la terra un paradiso, si gi
sino d'allora il pressentimento di perdere tanta felicit non mi avesse
tormentata. In questo mentre, un domestico annonci M. Hobhouse. La
leggiera tinta di malinconia sparsa sul viso di Byron fece luogo
subitamente alla pi viva gioja; ma essa fu cos forte che gli tolse
quasi le forze. Un pallore commovente ricoperse il suo volto, et
nell'abbracciare il suo amico, i suoi occhi erano pieni di lacrime di
contento. E l'emozione fu cos forte, che egli fu obligato di sedersi,
sentendosi mancare le forze.

La venuta pure di lord Clare fu per lui un'epoca di grande felicit.
Egli amava sommamente lord Clare;--egli era cos felice in quel breve
tempo che pass presso di lui a Livorno, e il giorno in cui si
separarono fu un giorno di grande tristezza per Lord Byron. Io ho il
pressentimento che non lo vedr pi, diceva egli; e i suoi occhi si
riempiron di lacrime; e in questo stato l'ho veduto per vari settimane
dopo la partenza di lord Clare, ogni qual volta il discorso cadeva sopra
di codesto amico.]

Parmi les circonstances nombreuses o je l'ai vu ainsi  dcouvert,
j'en rappellerai une qui regarde ses sentimens d'amiti. Peu de jours
avant de quitter Pise, nous tions assis un soir dans le jardin du
palais Lanfranchi. Une douce mlancolie tait peinte sur son visage. Il
repassait dans son esprit les vnemens de sa vie, et les comparait avec
sa situation actuelle, et avec celle o il aurait pu tre, si son
affection pour moi ne l'et pas fait rester en Italie; il me disait des
choses qui auraient fait de la terre un paradis pour moi, si je n'eusse
pas ds-lors t tourmente par le pressentiment de perdre une si grande
flicit. En ce moment, un domestique annona M. Hobhouse. La lgre
teinte de mlancolie rpandue sur le visage de Byron, fit soudain place
 la plus vive joie; mais cette joie fut telle qu'elle lui ta presque
ses forces. Une pleur effrayante couvrit son visage, et, en embrassant
son ami, il eut les yeux remplis de larmes de plaisir. L'motion fut si
violente, qu'il fut oblig de s'asseoir, sentant ses forces dfaillir.

La venue de lord Clare fut aussi pour lui une poque de grande
flicit. Il aimait extrmement lord Clare;--combien il fut heureux
durant le court espace de tems qu'il passa prs de lui  Livourne! et le
jour o ils se sparrent fut un jour de grande tristesse pour Lord
Byron. J'ai, disait-il, le pressentiment que je ne le verrai plus; et
ses yeux se remplirent de larmes; et je l'ai vu dans cet tat, pendant
plusieurs semaines, aprs le dpart de lord Clare, toutes les fois que
la conversation tombait sur cet ami.

La mme dame rend compte des sentimens de Byron,  la mort de sa fille
Allgra, dans les termes suivans: --A l'occasion de la mort de sa fille
naturelle, j'ai vu dans sa douleur tout ce qu'il y a de plus profond
dans la tendresse paternelle. Sa conduite envers cet enfant avait
toujours t celle du pre le plus aimant; mais, d'aprs ses paroles, on
n'aurait pas jug qu'il et tant d'affection pour sa fille. A la
premire nouvelle de la maladie d'Allgra, il fut extrmement agit;
puis arriva la nouvelle de la mort, et je dus remplir le triste devoir
de la communiquer  Lord Byron. Ce terrible moment restera toujours
grav dans ma mmoire. Depuis plusieurs jours, il ne sortait plus le
soir; je me rendis donc auprs de lui. La premire demande qu'il me fit
fut relative au courrier qu'il avait expdi pour avoir des nouvelles de
sa fille, et dont le retard l'inquitait. Aprs un court moment de
silence, avec tout l'art que put me suggrer ma propre douleur, je lui
tai tout espoir de gurison pour sa fille. J'ai compris,
dit-il,--c'est assez, n'en dites pas davantage,--et une pleur mortelle
s'empara de son visage; ses forces l'abandonnrent, et il tomba sur un
sige. Son regard devint fixe, et me fit trembler pour sa raison. Lord
Byron resta une heure dans cet tat; et aucune des paroles de
consolation que je pus lui adresser, ne paraissait pas plus pntrer
dans ses oreilles que dans son coeur. Mais en voil assez sur ce triste
pisode, sur lequel je ne puis m'arrter aprs tant d'annes, sans
rveiller de nouveau dans mon ame les terribles souffrances de ce jour.
Le lendemain matin je trouvai Lord Byron tranquille, et avec une
expression de rsignation religieuse sur le visage. Elle est plus
heureuse que nous, dit-il,--d'ailleurs sa situation dans le monde ne lui
aurait peut-tre pas donn le bonheur. Dieu l'a voulu ainsi;--n'en
parlons plus. Et, depuis ce jour, il n'a plus voulu prononcer le nom de
cette petite fille. Mais il devint plus inquiet sur le compte d'Ada, au
point de se tourmenter quand il y avait quelque retard dans l'arrive
des notes qu'on lui envoyait rgulirement sur elle[18].

[Note 18: Nel occasione pure de morte della sua figlia naturale, io
ho veduto nel suo dolore tuttoci che vi  di pi profondo nella
tenerezza paterna. La sua condotta verso di codesta fanciulla era stata
sempre quella del padre il pi amoroso; ma dalle di lui parole non si
sarebbe giudicato che avesse tanta affezione per lei. Alla prima notizia
della di lei malattia, egli fu sommamente agitato; giunse poi la notizia
della morte, ed io dovetti esercitare il tristo uficio di participarla a
Lord Byron. Quel sensibile momento sar indelebile nella mia memoria.
Egli non usciva da varii giorni la sera: io andai dunque da lui. La
prima domanda che egli mi fece fu relativa al corriere che egli aveva
spedito per avere notizie della sua figlia, e di cui il ritardo lo
inquietava. Dopo qualche momento di sospenzione, con tutta l'arte che
sapeva suggerirmi il mio proprio dolore, gli tolsi ogni speranza della
guarigione della fanciulla. Ho inteso, disse egli,--basta cos;--non
dite di pi,--e un pallore mortale si sparse sul suo volto; le forze
gli mancarono, e cadde sopra una sedia d'appoggio. Il suo sguardo era
fisso, e tale che mi fece temere per la sua ragione. Egli rimase in
quello stato d'immobilit un'ora; e nessuna parola di consolazione che
io potessi indirizzargli pareva penetrare le sue orecchie non che il suo
cuore. Ma basta cos di questa trista detenzione, nella quale non posso
fermarmi dopo tanti anni senza risvegliare di nuovo nel mio animo le
terribili sofferenze di quel giorno. La mattina lo trovai tranquillo, e
con una espressione di religiosa rassegnazione nel suo volto. Ella 
pi felice di noi, diss'egli,--d'altronde la sua situazione nel mondo
non le avrebbe data forse felicit. Dio ha voluto cos,--non ne parliamo
pi. E da quel giorno in poi non ha pi voluto proferire il nome di
quella fanciulla. Ma  divenuto pi pensieroso parlando di Ada, al punto
di tormentarsi quando gli ritardavano di qualche ordinario le di lei
notizie.]

La triste mort du pauvre Shelley, survenue, comme nous l'avons vu, 
cette mme poque, semble avoir inspir  Lord Byron moins de chagrin
pour la perte prsente de son ami, que d'indignation contre ceux qui,
durant sa vie, l'avaient si grossirement mconnu; et certes il n'y eut
jamais de cas o l'absence prsume de toute religion chez un individu
pt tre si vivement allgue comme une excuse pour l'absence complte
de vrit et de charit dans le jugement des hommes sur lui. Quoique je
n'aie jamais connu personnellement M. Shelley, je me joins volontiers 
ceux qui l'aimrent le plus, pour admirer les qualits varies de son
coeur et de son gnie, et dplorer la trop prompte destine qui nous a
ravi les fruits de la maturit de l'un et de l'autre. Sa courte vie a
t, comme sa posie, une sorte de rve brillant et trompeur, fausse
dans les principes gnraux d'aprs lesquels elle se rglait, quoique
belle et intressante dans la plupart de ses dtails. S'il et vcu
assez long-tems pour que l'clat surabondant de son imagination et t
tempr par le jugement, qui, chez lui, tait encore en rserve, le
monde entier et appris  lui rendre ce haut tribut d'hommages, qui ne
peut lui tre accord aujourd'hui que par ceux qui ont vu de quoi il
tait capable.

Ce fut vers cette poque que M. Cowell, rendant une visite  Lord Byron,
 Gnes, apprit de lui que quelques amis de M. Shelley, tant assis
ensemble un soir, avaient vu distinctement,  ce qu'il leur semblait, ce
gentleman entrer dans un petit bois  Lerici, quand, au mme moment,
comme ils le surent ensuite, il tait fort loin de l, dans une
direction tout--fait diffrente. Ceci, ajouta Lord Byron,  voix basse
et d'un ton solennel, arriva dix jours avant la mort du pauvre Shelley.



LETTRE DIV.

A M. MURRAY.

Gnes, 9 octobre 1822.

...................................................

J'ai t fort malade,--condamn au lit durant quatre jours, dans la
pire des chambres de la pire des auberges  Lerici, avec un rhume
violent, un mouvement bilieux, de la constipation, et je ne sais quoi
diable encore; point d'autre mdecin qu'un jeune gars, qui, toutefois,
tait doux et prudent, et c'est assez.

Enfin je saisis le livre des _Prescriptions_ de Thompson (c'est un de
vos cadeaux), et je me mdicamentai avec la premire dose que j'y
trouvai; aprs avoir support les ravages de toutes sortes de
dcoctions, je sautai au bas de mon lit le cinquime jour pour traverser
le golfe jusqu' Sestri. La mer me ranima sur-le-champ; je mangeai le
poisson du marin, bus un gallon[19] de vin du pays, et me rendis  Gnes
le soir mme de mon arrive  Sestri: je me suis toujours depuis bien
port, si ce n'est que je suis plus maigre, et que j'ai quelques quintes
de toux vers le soir.

Je crains que le Journal ne soit une mauvaise affaire, et ne russisse
pas; mais en ceci je me sacrifie  autrui,--je n'y puis avoir aucun
avantage. Je crois les frres Hunt honntes-gens; je suis sr qu'ils
sont pauvres; ils n'ont ni sou ni maille. Ils me pressrent de m'engager
dans cette entreprise, et dans une mauvaise heure j'y consentis. Mais je
ne m'en repentirai pas, si je puis leur rendre le moindre service. J'ai
fait tout ce que j'ai pu pour Leigh Hunt depuis qu'il est ici; mais
c'est presque inutile:--sa femme est malade, ses six enfans
intraitables, et, dans les affaires de ce bas monde, lui-mme est un
enfant. La mort de Shelley les a totalement laisss  sec; et je n'ai pu
les voir dans un tel tat, sans obir aux sentimens ordinaires
d'humanit, et sans faire tout mon possible pour les remettre  flot.
......................................................

[Note 19: Mesure quivalente  environ quatre pintes. (_Note du
Trad._)]

Tout  vous, etc.

_P. S._ Me direz-vous une fois--si vous publiez _Werner_ et le
_Mystre_? Vous n'en parlez jamais.

Ce maudit prospectus de M. J. Hunt passe les bornes. Je ne lui ai pas
prt mon nom pour le faire ainsi colporter.

Cependant je crois,--du moins, j'espre,--qu'aprs tout vous tes au
fond un bon homme, et c'est d'aprs cette prsomption que je vous cris
maintenant au sujet d'une pauvre femme du nom de Jossy, qui est ou fut,
dit-elle, au nombre de vos auteurs, et publia en 1816 un livre sur la
Suisse, sous le patronage de la cour et du colonel Mac Mahon. Mais il
parat que ni la cour ni le colonel ne purent faire passer le prix
norme de trois livres sterling, treize schelings et six pence, qui
alarma le trop susceptible public; bref, le livre mourut, et ce qui
est pire, le mari de la pauvre crature mourut aussi, et elle m'crit
avec le cadavre du dfunt devant les yeux; mais au lieu de s'adresser 
l'vque ou  M. Wilberforce[20], elle a recours  moi, athe proscrit,
condamnable et brlable. C'est assez trange, mais la canaille anglaise,
qui me calomnie sur tous les points, rclame mon assistance dans la
dtresse. J'ai reu des milliers de lettres pareilles, et, autant que
j'ai pu, j'ai cherch  rendre le bien pour le mal, et  acheter pour un
scheling de salut tant que ma poche ne fut pas vide.

[Note 20: Clbre philantrope, qui a surtout contribu  la
proscription lgale de la traite des noirs. (_Note du Trad._)]

Or, je suis dispos  faire ce que je puis pour cette malheureuse
personne; mais sa situation et ses dsirs (draisonnables, toutefois)
rclament plus que ne peut avancer un individu comme moi; car j'ai 
prsent  satisfaire plusieurs rclamations du mme genre, et des restes
de dettes  payer en Angleterre,--Dieu sait combien je paie ces
dernires  contre-coeur! Le Fonds Littraire ne peut-il rien faire pour
elle? Par votre influence, qui est grande parmi les personnes pieuses,
j'ose dire qu'on peut faire une petite collecte. Pouvez-vous faire
publier un des livres de la dame? Prenez-la comme auteur  ma place,
aujourd'hui vacante parmi vos salaris; c'est une personne pieuse et
morale, elle fera honneur  vos tablettes. Mais, srieusement, faites ce
que vous pourrez pour elle.



LETTRE DV.

A M. MURRAY.

Gnes, 23 octobre 1822.

.............................

Je vous renvoie la _Quarterly_, sans l'avoir coupe ni ouverte, non
par mpris ou ddain, ou brouillerie, mais c'est un genre de lecture que
j'ai abandonn depuis quelque tems, parce que je crois que les ouvrages
priodiques nuisent  l'esprit, en lui prsentant la superficie de trop
d'objets  la fois. Je ne sache pas que ce numro contienne quelque
article dsagrable pour moi;--cela peut tre; je ne vous le renvoie
point parce qu'il y a peut-tre un article auquel vous faisiez allusion
dans une de vos dernires lettres, mais parce que j'ai cess de lire
cette sorte d'ouvrages, et que je vous eusse galement renvoy tout
autre numro.

...........................

Tout  vous, etc.

J'espre que vous avez un hiver plus doux que le ntre. Nous avons eu
des inondations dignes du P, et le paratonnerre de ma maison a t
frapp (ou prsum l'avoir t) par un coup de tonnerre. J'tais si prs
de la fentre, que j'ai t bloui, et que mes yeux ont souffert
plusieurs minutes, et tout le monde dans la maison a senti une secousse
lectrique au mme moment. Mme Guiccioli a t effraye, comme bien vous
pensez.

J'ai depuis pens que vos bigots m'auraient bt d'un jugement (comme
Thwackum en bta Square quand celui-ci mordit sa langue en parlant
mtaphysique), s'il me ft survenu quelque accident. Ces gens-l
oublient toujours le Christ dans leur christianisme, et ce qu'il dit
quand la tour de Siloam tomba.

C'est aujourd'hui le 9, et le 10 est l'anniversaire de la naissance de
ma fille Ada. J'ai command, comme rgal, la ctelette de mouton et une
bouteille d'ale. Ma fille a, je crois, sept ans. Vous ai-je jamais cont
que le jour de mon anniversaire je dne avec des oeufs, du lard, et une
bouteille d'ale. Car, une fois par hasard, c'est l mon repas et ma
boisson de prdilection, mais comme ce rgime m'est contraire, je n'en
use que dans les grands jubils,--une fois en quatre ou cinq ans.

Je vois qu'on reprsente les Hunt et Mrs. Shelley comme vivant dans ma
maison: c'est un mensonge. Ils demeurent  quelque distance, et je ne
les vois pas deux fois par mois. Je n'ai pas vu M. Hunt douze fois
depuis mon arrive  Gnes ou aux environs.



LETTRE DVI.

A M. MURRAY.

Gnes, 25 octobre 1822.

Je vous ai renvoy la _Quarterly_ sans la lire, rsolu que je suis  ne
plus lire les articles, bons, mauvais ou indiffrens, des ouvrages
priodiques: mais qui peut gouverner la destine? Galignani, auquel
mes tudes anglaises sont bornes, a insr au moins la moiti de
l'article dans l'infatigable compilation qui grippe nos sous chaque
semaine; et comme l'article semblable  une mort honorable, est
survenu  l'improviste, je l'ai parcouru. Je dois dire, qu'au total
(c'est--dire, au total de la moiti que j'ai lue, car l'autre moiti
doit faire partie du _Galignani_ de la semaine prochaine), il est
extrmement favorable. Comme je prends le bien en bonne part, je ne dois
ni ne veux chercher noise pour le mal. Ce que l'auteur dit de _Don Juan_
est dur, mais invitable. Il est oblig de suivre ou du moins de ne pas
contrecarrer directement l'opinion d'un parti, qui domine sans tre
nanmoins entirement affermi. Une Revue peut diriger et dtourner les
courans de l'opinion, mais non s'y opposer directement. _Don Juan_ sera
bientt reconnu pour ce que j'ai voulu en faire,--pour une satire sur
les abus des socits de ce sicle, et non pour un loge du vice. Il
peut tre par fois voluptueux:--je n'en puis mais. Arioste est pire;
Smollett (voir lord Strutwell, dans le deuxime volume de _Roderick
Random_) dix fois pire, et Fielding ne vaut pas mieux. La jeune fille ne
se pervertira pas en lisant _Don Juan_: non, encore une fois, non; elle
recourra pour cela aux pomes de Little et aux romans de Rousseau, ou
mme  l'immacule Mme de Stal. Voil les auteurs qui l'exciteront, et
non pas _Don Juan_, qui rit de cela, et--et--de bien d'autres choses. Ne
vous inquitez pas;--a ira!
....................................................

Or, voyez-vous ce que vous et vos amis avez fait par votre imprudente
brutalit?--Vous avez ciment une sorte de liaison que vous vous
efforciez de prvenir, et qui, si les Hunt eussent prospr, n'aurait
pas probablement continu. Maintenant je ne les quitterai pas dans leur
adversit, duss-je sacrifier mon caractre, ma renomme, mon argent,
etc., etc.

Je vous ai dj expliqu mes premiers motifs (dans la lettre que vous
avez jug  propos de montrer); ce sont les vritables, et j'y persiste;
je vous le dis, et l'ai dit  Leigh Hunt, quand il me questionna au
sujet de cette lettre. Il a t vivement choqu, et ne me pardonnera
jamais au fond; mais je n'en puis mais. Je n'eus jamais intention de
faire parade de mes sentimens; mais puisqu'il s'est dcid  me
questionner, je n'ai pu que rpondre la pure vrit, et je dclare
n'avoir vu dans la lettre rien qui pt le choquer,  moins que je n'aie
dit qu'il tait _une charge importune_, ce que je ne me rappelle pas. Si
leur journal avait russi, et que j'en eusse aid le succs, aprs avoir
t le pilote qui les et mis en mer loin d'un bord dangereux, je les
aurais ensuite laiss continuer eux-mmes une navigation prospre.
Maintenant je ne puis ni ne veux les abandonner parmi les cueils.

Quant  une communaut de sentimens, de penses ou d'opinions, entre
Leigh Hunt et moi, il n'y en a que peu ou mme pas du tout. Nous nous
voyons rarement, presque jamais; mais je le crois un homme de bons
principes et de capacit. Je ne sais dans quel monde il a vcu: j'ai
vcu dans trois ou quatre; mais dans aucun qui ressemblt  ses John
Keats et  sa _terra incognita_, des kanguroos. Hlas! le pauvre
Shelley, comme il aurait ri s'il avait vcu! Comme nous avions coutume
de rire parfois de diverses choses qui sont srieuses dans les
faubourgs!

Vous vous tes tous mpris sur le compte de Shelley. Vous ne savez pas
combien il tait doux, tolrant, sociable, et que, dans un salon, il
avait aussi bon ton que qui que ce ft, quand il voulait et o il
voulait.

J'ai ide de faire une course jusqu' Naples (_solus_, ou tout au plus
_cum sola_) le printems prochain, et d'crire, quand j'aurai tudi le
pays, un cinquime et un sixime chants de _Childe Harold_; mais ce
n'est qu'une ide pour le moment, et j'ai d'autres excursions et voyages
en tte.

Tout  vous, etc.

N. B.

_P. S._ La famille Gamba, le pre, la mre et la fille, habitent avec
moi, d'aprs la recommandation de M. Hill (le ministre), comme dans un
asile plus sr que toute autre rsidence contre les perscutions
politiques; mais ils occupent un corps-de-logis d'une vaste maison, et
moi l'autre, et nos demeures sont tout--fait spares.

Depuis que j'ai lu la _Quarterly_, je dois biffer, dans les six ou sept
derniers chants de _Don Juan_, deux ou trois passages o j'avais
lgrement frapp sur deux ou trois de vos auteurs; je ne veux pas
rendre le mal pour le bien. Ce que j'ai lu de l'article m'a beaucoup
plu.

M. J. Hunt sera trs-probablement l'diteur des nouveaux chants: avec
quelle perspective de succs? je n'en sais rien, et peu m'importe en
tant que j'y suis intress: mais j'espre qu'il en tirera quelque
profit; car c'est un homme raide, brusque et consciencieux, et je
l'aime; il est tel que Prynne ou Pym ont pu tre. Je ne vous en veux pas
d'avoir refus les nouveaux chants.

Avez-vous secouru Mme de Jossy, comme je vous en priais? Je lui ai
envoy trois cents francs. Recommandez-la, voulez-vous, au Fonds
Littraire ou dans vos cercles.



LETTRE DVII.

A LADY ***.

Albaro, 10 novembre 1822.

...............................................

Le chevalier a persist  se dclarer un homme indignement maltrait,
et  vous peindre comme une Calypso au coeur froid, qui gare les gens
d'amoureuse disposition sans leur donner aucune sorte de compensation.
Pour ma part, je pense que vous avez tout--fait raison; et je vous
assure qu'une femme (dans la constitution actuelle de la socit en
Angleterre), en accordant des avantages  un homme, peut esprer un
amant, mais trouve tt ou tard un tyran; et ce n'est peut-tre pas la
faute de l'homme, mais le rsultat ncessaire et naturel des
circonstances sociales, qui, dans le fait, exercent galement leur
tyrannie sur l'homme comme sur la femme, c'est--dire si l'un ou l'autre
a quelque sentiment et quelque honneur.

Vous pouvez m'crire  votre gr et suivant votre loisir. J'ai toujours
eu pour maxime, et j'ai vrifi par exprience, qu'un homme et une femme
contractent une amiti bien plus troite qu'il n'en peut exister entre
deux personnes du mme sexe; mais  la condition qu'ils ne se soient
jamais fait, ni ne se fassent jamais l'amour. Les amans peuvent tre,
et, en vrit, sont ordinairement ennemis; mais ils ne peuvent jamais
tre amis, parce qu'il y a toujours un levain de jalousie et un peu
d'gosme dans toutes leurs spculations.

En vrit, je regarde l'amour comme une sorte de transaction hostile,
ncessaire pour favoriser ou rompre des mariages, et pour faire aller le
monde; mais non comme une sincure pour les parties intresses.
....................................................

Croyez-moi, etc.



LETTRE DVIII.

A M. MOORE.

Gnes, 20 fvrier 1823.

MON CHER TOM,

Quant  Hunt, je le vois peu,--une fois par mois -peu-prs, et
toujours pour ses affaires. Vous pouvez facilement prsumer que je
connais trop peu Hampstead et ses satellites pour avoir beaucoup de
communication ou de communaut d'ides avec lui. Toutes mes relations
actuelles avec lui sont nes du dsastre inattendu de Shelley. Vous ne
voudriez pas que je l'eusse laiss dans la rue avec sa famille,
dites-moi? Et quant  l'autre plan que vous mentionnez, vous oubliez
combien Hunt et t humili par la supposition que ses crits dussent
prir morts-ns[21]. Rflchissez un moment: c'est peut-tre l'homme le
plus vain du monde; du moins ses amis le disent  haute voix; et s'il
tait dans une autre situation, je serais peut-tre tent de lui donner
un croc-en-jambe; mais non pas  prsent,--car ce serait cruel. C'est
une maudite affaire; mais ni le motif, ni le moyen ne psent sur ma
conscience, et il se trouve que lui et son frre ont tir une grande
utilit de la publication sous un point de vue pcuniaire. Son frre est
un homme ferme et hardi, tel que Prynne, par exemple, et plein de courage
moral, et mme, dit-on, de courage physique.
..................................................

[Note 21: Je donnerai le passage de ma lettre, auquel Byron fait
allusion. (_Note de Moore_.)]

Tout  vous  jamais.

N. B.

Lord Byron, depuis quelque tems, avait, comme on peut le remarquer dans
ses lettres, commenc  s'imaginer que sa rputation en Angleterre tait
sur son dclin. La mme soif de la gloire, et la mme sensibilit  tout
changement passager de la faveur populaire, qui jadis portrent le Tasse
 finir par se regarder comme le plus ddaign des crivains[22],
avaient plus d'une fois dispos Lord Byron, au milieu de tous ses
triomphes, sinon  douter de leur ralit, du moins  ne pas croire 
leur continuation, et quelquefois mme  voir, avec cette douloureuse
habilet que la sensibilit fait natre, un prsage de chute  venir, ou
un symptme de dclin dans les plus brillans hommages de succs.
Cependant, de nouveaux succs vinrent encore dissiper ces dfiances, et
ce ne fut qu'aprs avoir form cette malheureuse coalition avec M. Hunt
dans le _Libral_, que Byron eut quelques motifs rels de souponner
qu'il avait dclin dans la faveur publique.

[Note 22: Ce pote dit dans une de ses lettres:--Non posso negare
che io mi doglio oltramisura di esser tanto disprezzato dal mondo quanto
non  altro scrittore di questo secolo.--Dans une autre lettre,
cependant, aprs s'tre plaint d'tre perseguitato da molti pi che non
era convenevole, il ajoute, avec une orgueilleuse prscience de sa
renomme future: La onde stimo di potermene ragionevolmente richiamare
alla posterit (_Note de Moore_.)]

Les principales causes qui engagrent Lord Byron dans cette indigne
alliance, furent d'abord le dsir de seconder les vues bienveillantes de
son ami Shelley, en invitant M. Hunt  le joindre en Italie; puis, en
second lieu, le dsir de profiter du secours d'un homme si expriment,
comme journaliste, dans le projet favori qu'il avait depuis si long-tems
entretenu, c'est--dire dans la publication d'un ouvrage priodique, o
les diverses productions de son gnie seraient recueillies aussitt
qu'elles auraient reu le jour. Toutefois, avec les opinions qu'il avait
eues si long-tems sur le caractre et le talent de M. Hunt[23], on doit
reconnatre que la facilit avec laquelle il l'admit,--non certes au
moindre degr de confiance ou d'intimit, mais  une alliance avoue de
rputation et d'intrt aux yeux du monde, est une inconsquence
difficilement explicable, qui dcelait, dans tous les cas, une ferme
confiance dans le pouvoir de son nom pour rsister comme un antidote au
ridicule d'une telle association.

Tant que vcut Shelley, la considration que Lord Byron avait pour lui
exera une grande influence sur les relations du noble pote et de M.
Hunt. Le bon ton et le savoir-vivre de Shelley prvenaient, par une
douce mdiation, ces collisions dsagrables qui eurent lieu depuis, et
durent, comme on peut le concevoir aisment d'aprs le caractre connu
des deux hommes, mettre galement  l'preuve la patience du protecteur
et la vanit du protg. Cependant, du vivant mme de leur ami commun,
il y avait dj eu quelques-unes de ces msintelligences que l'argent
fait natre,--humiliantes pour les deux individus entre lesquelles elles
s'lvent, comme si elles participaient  la nature mme de leur impure
source. La lettre suivante de Shelley en fait foi.

[Note 23: _Voir_ la lettre 317. (_Note de Moore_.)]



A LORD BYRON.

15 fvrier 1822.

MON CHER LORD BYRON,

Je vous envoie ci-joint une lettre de Hunt, laquelle me fait de la
peine sous plus d'un rapport. Vous en remarquerez le _post-scriptum_, et
vous me connaissez assez pour sentir quelle pnible tche c'est pour moi
que de le commenter. Hunt m'avait press plus d'une fois de vous prier
de lui prter de l'argent. Ma rponse consista  lui envoyer toutes mes
pargnes, ce que j'ai littralement fait. La bont que vous avez eue de
disposer d'une partie de votre maison pour lui, m'a vivement touch, et
j'ai de grand coeur accept de vous ce service en son nom; mais,
croyez-moi, sans la moindre intention d'imposer, ou de laisser imposer,
tant que je pourrais l'empcher, une taxe plus lourde sur votre bourse.
Comme les choses en sont venues l en dpit de mes efforts, je ne vous
cacherai pas la basse situation de mes affaires pcuniaires dans le
moment prsent,--par consquent, mon incapacit absolue d'assister
encore Hunt.

Je ne pense pas que la promesse par laquelle le pauvre Hunt s'engage 
payer dans un tems donn, ait une grande valeur; mais la mienne est
moins expose au doute, et je serais heureux de me rendre caution de ses
engagemens. Je suis si ennuy de cette affaire que je sais  peine ce
qu'il faut vous crire, et encore moins ce qu'il faudrait vous dire, et
j'ai besoin de toute votre indulgence en faveur de mes sentimens et de
mes expressions.

Je vous verrai bientt. Croyez-moi votre trs-fidle et sincre ami,

P. B. SHELLEY.

Quant au livre o M. Hunt a jug convenable de se venger, sur Byron
mort, du pnible fardeau des services qu'il avait,  l'heure du besoin,
accepts de Byron vivant, je puis par bonheur m'pargner le dgot d'en
parler longuement, vu l'oubli complet et bien mrit o le volume est
tomb. Jamais, en vrit, le monde n'a plus honorablement manifest ses
sentimens de justice sur de telles matires que dans l'accueil
universellement fait  ce livre ingrat:--ceux mmes qui taient le moins
disposs  juger favorablement de Lord Byron, ayant repouss avec
indignation les preuves apportes  l'appui de leur opinion par un homme
qui ne rougissait pas d'tre redevable de son autorit, comme
accusateur, aux facilits qu'il avait eues pour observer en tant abrit
et nourri sous le toit de celui qu'il dcriait.

Par rapport aux sentimens hostiles manifests contre moi dans l'ouvrage
de M. Hunt, la seule vengeance que je prendrai sera de mettre sous les
yeux de mes lecteurs le passage d'une de mes lettres qui provoqua cette
hostilit, et qui peut du moins rclamer le mrite de n'tre pas une
attaque couverte, vu que dans tout le cours de mes remontrances  Lord
Byron au sujet de ses nouveaux allis littraires, je n'crivis jamais
sur le compte de M. Shelley ou de M. Hunt une seule ligne que je ne
prvisse leur devoir tre communique sur-le-champ par mon
correspondant, dont je connaissais depuis long-tems le caractre. Ce
manque de discrtion tait un dfaut dans mon noble ami, je ne veux pas
le nier; mais, comme il n'tait point dguis, on pouvait facilement
s'en garantir, et par consquent il tait peu dangereux. D'ailleurs,
telle est la peine gnralement impose  la franchise; et ceux qui se
seraient flatts qu'un homme aussi communicatif que Lord Byron sur ses
propres affaires pt tre plus discret en faveur des confidences
d'autrui, n'auraient eu  blmer que leur propre imprudence pour tout le
tort que leur confiance en sa discrtion aurait pu leur faire.

Voici le passage que Lord Byron, comme je m'y attendais, montra  M.
Hunt, et auquel une de ses lettres (celle du 20 fvrier) fait allusion:

Je dsirerais apprendre que vous voulez vous retirer du _Libral_. Je
suis fch de vous exhorter  une mesure si contraire  l'intrt de
Hunt; mais je n'hsiterais pas  lui tenir le mme langage, si j'tais
prs de lui. Je voudrais, si j'tais que de vous, le servir par tous les
moyens possibles, except cette coalition;--je lui donnerais (s'il en
acceptait l'offre) les profits des mmes ouvrages, publis
sparment,--mais je ne me mlerais pas de cette manire avec autrui. Je
ne voudrais pas devenir partie intresse dans cette espce de pot au
feu mlang, o la mauvaise saveur d'un ingrdient se communique  tout
le reste. Je voudrais, si j'tais que de vous, tre seul, rduit  mes
propres forces, et, comme tel, invincible.

Puisque nous en sommes sur M. Hunt, je profiterai de cette occasion pour
insrer quelques passages d'une lettre que Lord Byron adressa  une amie
de cet homme de lettres, en rponse  un appel fait  ses sentimens
concernant son amiti avoue pour M. Hunt. Les aveux qu'il y fait
sont, je l'avoue, un peu tonnans, et doivent tre accueillis avec une
indulgence plus qu'ordinaire, eu gard non-seulement  la disposition
particulire d'humeur ou d'esprit durant laquelle la lettre fut crite,
mais encore  l'influence des lgres brouilleries, des ressentimens
accidentels dont le passager souvenir offusquait peut-tre alors
l'esprit de Byron, et l'indisposait, pour le moment, contre ceux de ses
amis que, dans une plus brillante humeur, il aurait proclam comme les
plus chers  son coeur.



LETTRE DIX.

A MRS. ***.

.............................................

Je prsume que vous, du moins, me connaissez assez pour tre sre que
je n'ai pu avoir l'intention d'insulter  la pauvret de Hunt; au
contraire, je l'honore pour cette pauvret mme; car je connais ce que
c'est, j'ai t aussi embarrass qu'il le fut jamais, sans m'tre aperu
que, dans ce cas, un homme honorable perdt le moins du monde dans sa
propre estime. Voulez-vous dire que s'il et t riche, je me fusse
joint  lui pour ce journal? Je rponds par la ngative..... Je me suis
engag dans le journal par bienveillance pour lui, et par respect pour
son caractre comme littrateur et comme homme; non moins par gard 
son courage politique que par compassion pour sa situation prsente.
J'ai fait cela dans l'esprance qu'avec l'aide d'amis littraires,
apportant chacun leur quote-part littraire de contributions (ce qui est
indispensable pour tout journal d'une nature mixte), il pourrait se
rendre indpendant.

Je l'ai toujours trait, dans nos relations personnelles, avec une si
scrupuleuse dlicatesse, que je me suis abstenu de donner des avis que
je pensais pouvoir tre dsagrables, de peur qu'il ne les imputt  ce
qu'on appelle l'importance d'un homme qui tire avantage de sa
situation.

Quant  l'amiti, c'est un penchant pour lequel mon gnie est
trs-born. Je ne connais point d'tre humain mle (except lord Clare,
l'ami de mon enfance), pour qui j'prouve un sentiment digne d'tre
ainsi qualifi. Toutes mes autres amitis sont des amitis selon le
monde. Je n'ai mme jamais prouv une vritable amiti pour Shelley,
quelque grandes qu'aient t mon admiration et mon estime pour lui;
ainsi, vous voyez que la vanit mme n'a pu me sduire sous ce rapport;
car, de tous les hommes, Shelley fut celui qui eut la plus haute opinion
de mes talens,--et peut-tre de mon caractre.

Je ferai mon devoir envers mes intimes, d'aprs le principe qu'il faut
traiter autrui comme on voudrait soi-mme tre trait. Je crois avoir
ainsi agi envers eux dans la plupart des cas. Je puis trouver du plaisir
dans leur conversation,--me rjouir de leurs succs,--tre charm de
leur rendre service, ou de recevoir en retour leurs conseils et leurs
secours. Mais, s'il s'agit d'amis et d'amitis, j'ai dj nomm le seul
homme encore vivant pour qui j'prouve quelque sentiment de ce genre,
except peut-tre Thomas Moore. J'ai eu, et puis encore avoir un
millier d'amis, comme on les nomme dans la vie; ils sont, dans la walse
de ce monde, ce que sont nos danseuses au bal, oublies, ou peu s'en
faut, aprs la fte, quoique fort agrables la danse durant. L'habitude,
les affaires, la communaut de plaisirs ou de peines, sont des liens de
ce genre, et la mme foi politique en est une autre.



LETTRE DX.

A LADY ***.

Gnes, 28 mars 1823.

M. Hill est ici; je dnai avec lui le samedi de la semaine
avant-dernire; et au sortir de sa maison  S.-P. d'Arena, ma voiture se
cassa. J'allai  pied jusque chez moi,--l'espace est d'environ trois
milles,--ce n'est pas l une prouesse de piton; mais soit que le
passage brusque d'appartemens chauds  un vent froid m'et glac, soit
que la monte de la colline d'Albaro m'et chauff, ou que toute autre
cause m'et indispos, le lendemain j'eus  la figure une inflammation 
laquelle j'ai t sujet cet hiver pour la premire fois, et je souffris
beaucoup, mais sans courir aucun danger. Ma sant va aujourd'hui comme
d'ordinaire. M. Hill est, je crois, occup de sa diplomatie. Je lui
donnerai votre message quand je le reverrai.

Je ne m'oppose point  faire connaissance avec le marquis Palavicini,
s'il a ce dsir. Depuis ces derniers tems j'ai peu hant la socit,
soit anglaise, soit trangre; car j'avais vu tout ce qui mritait
d'tre vu dans la premire avant que je partisse d'Angleterre, et 
l'poque de la vie o j'tais plus dispos  m'y plaire; et j'ai fait
une suffisante exprience de la seconde dans les premires annes de ma
rsidence en Suisse, principalement chez Mme de Stal, o j'allais
quelquefois, jusqu' ce que je fusse devenu las de _conversazioni_ et de
carnavals, avec leurs accessoires: ce qu'il y a de fatigant, c'est que
si vous allez une fois dans le monde, on compte sur votre prsence
quotidiennement, ou plutt nuitamment. J'ai fait le tour des plus
clbres soires  Venise, et partout o j'ai sjourn quelque tems,
chez les Benzona, les Albrizzi, les Michelli, etc., etc., et chez les
cardinaux et les divers potentats de la lgation en Romagne
(c'est--dire,  Ravenne), et je ne me suis retir en Toscane que dans
l'intrt de mon repos. D'ailleurs, si je vais en socit, je tombe  la
longue dans des embarras d'un genre ou d'un autre, qui ne surviennent
pas dans ma solitude. Cependant, comme le marquis est un de vos amis, je
suis prt de grand coeur  faire connaissance avec lui. Il est peut-tre
li  ma famille par une circonstance que je me rappelle; un
Palavicini--de Bologne, je crois,--se maria il y a un demi-sicle  une
de mes parentes loignes. Je me trouve savoir le fait, parce que lui
et son pouse avaient une rente viagre de cinq cents livres sterling
constitue sur la proprit de mon oncle, rente qui cessa  la mort
dudit oncle, quoique je me rappelle avoir entendu dire que le couple
rent essayt, bien naturellement il est vrai, de faire survivre la
pension. Si je puis faire quelque chose pour vous ici ou ailleurs,
ordonnez, je vous prie, et vous serez obie.



LETTRE DXI.

A M. MOORE.

Gnes, 2 avril 1823.

Je viens de voir quelques-uns de vos amis, qui me firent hier une
visite, que, par considration pour eux et pour vous, je leur ai rendue
aujourd'hui;--vu que je rserve ma peau d'ours, mes dents et mes griffes
pour nos ennemis.

J'ai vu aussi Henri F***, fils de lord H***, pour la premire fois
depuis que je l'avais laiss, enfant doux et de sant dlicate, sans
cravatte et en jaquette, il y a sept ans,  l'poque de mon clipse,--de
ma troisime clipse, je crois, attendu que j'en ai gnralement une
tous les deux ou trois ans. Je pense que ce jeune homme  la plus douce
et la plus aimable expression de physionomie que j'aie jamais vue, et
des manires correspondantes. Si  ces avantages il joint les talens
hrditaires, il maintiendra, j'espre, le nom de F*** dans toute sa
fracheur durant un demi-sicle encore. Je parle d'aprs un rapide
coup-d'oeil, mais j'aime toujours  cder  de telles impressions; car
j'ai toujours trouv que ceux que j'aimai le mieux et le plus long-tems
me plurent  la premire vue; et j'aimai toujours ce garon,--en partie,
peut-tre,  cause d'une ressemblance dans le cas le moins heureux de
nos destines,--je veux dire, pour viter les mprises, qu'il boite
comme moi. Mais il y a cette diffrence que, lui, il parat tre un ange
qui s'est foul le pied contre une toile, tandis que, moi, je suis le
diable boiteux. Sobriquet qu' mon grand tonnement, parmi tant de
_nominis umbroe_[24], les orthodoxes ne m'ont pas encore appliqu.

Vos autres allis, que j'ai trouvs tre de fort agrables personnages,
sont _milor_ B*** et son _pouse_, voyageant avec un fort beau
compagnon, qui sous la forme d'un comte franais (pour me servir de la
phrase de Farquhar dans le _Stratagme des Petits-Matres_), a tout
l'air d'un Cupidon dchan, et se trouve tre un des rares spcimens
que j'aie vus de notre type idal d'un Franais d'avant la rvolution.
Milady semble consomme en littrature,--et c'est  cela, ainsi qu' la
liaison de la famille avec votre Honneur, que j'attribue le plaisir
d'avoir vu ces voyageurs. Elle est, de plus, fort jolie, mme le
matin,--genre de beaut que le soleil d'Italie n'claire pas si souvent
que le chandelier. Certainement les femmes anglaises durent plus
long-tems que leurs voisines du continent.............................
........................................................

[Note 24: Ombres de nom. (_Note du Trad._)]

Vos amis me donnent de bonnes nouvelles de vous et de vos anges
emprisonns, ou peu s'en faut. Mais pourquoi avez-vous chang votre
titre?--Vous vous en repentirez un jour. Les bigots ne vous pardonneront
jamais,--et d'ailleurs, leur pardon en vaut-il la peine? Je prsume que
je suis un chrtien plus orthodoxe que vous n'tes; et, toutes les fois
que je vois un homme vritablement chrtien, soit en pratique, soit en
thorie (car je n'ai jamais encore trouv un individu qui, mis 
l'preuve, se montrt tel sous l'un et l'autre rapport), je suis son
disciple. Mais, jusqu' prsent, je ne puis me soumettre  nos marchands
de dmes,--et je ne puis m'imaginer pourquoi vous avez circoncis des
sraphins.

J'ai t bien plus perscut que vous, comme vous en pouvez juger par
ma prsente dcadence,--car je suis aussi bas en popularit et en
librairie que quelque auteur que ce soit. Au moins, mes amis m'en
assurent;--grand merci de leur bont! Ils en accusent Hunt, mais ils ont
tort:--ce doit tre, en partie du moins, ma faute propre,--ainsi
soit-il! Quant  Hunt, je m'applaudis de ne pas l'avoir laiss mourir de
faim dans la rue, prfrablement  tout honneur personnel qui aurait pu
provenir d'une si nave philantropie. J'agis rellement par principe en
cette affaire, car nous n'avons rien de commun; et je ne puis vous
dcrire la dsesprante sensation que j'prouve  faire quelque chose
pour un homme qui semble ne pouvoir ni ne vouloir plus rien faire pour
lui: c'est comme si on retirait de la rivire un homme qui va droit s'y
jeter de nouveau. Pendant ces trois ou quatre dernires annes, Shelley
l'a assist, et tir une fois d'embarras. Depuis la mort de Shelley,--et
mme auparavant,--j'ai fait ce que j'ai pu; mais il n'est pas en mon
pouvoir de prolonger une telle assistance. Je voudrais que Hunt
retournt en Angleterre, je lui donnerais les moyens de s'y placer dans
une situation confortable. Somme toute, sa position n'y est plus aussi
mauvaise, puisque une portion de ses dettes est paye, etc., etc. Il
serait sur les lieux pour continuer son journal avec son frre, qui
semble un homme sens, franc, fort et patient.....

BYRON.


La nouvelle amiti dont Byron annonce ici le commencement, et dans
laquelle je fus bien aise, comme ami commun des deux parties, de le voir
s'engager, fut pour lui une grande source de plaisir durant le sjour
des nobles voyageurs  Gnes. En effet, il s'tait si long-tems persuad
que tous ses compatriotes hors d'Angleterre ne le regardaient que comme
un proscrit ou une curiosit, que chaque fois qu'il recevait d'eux un
accueil amical, il en prouvait autant de surprise que de plaisir; et
son esprit, en renouant les liaisons et les habitudes anglaises, gotait
une sensation de bien-tre pareil au plaisir de respirer l'air natal.

Dans la vue d'engager ses amis  prolonger leur sjour  Gnes, il leur
suggra l'ide de prendre une jolie _villa_, nomme _il Paradiso_, dans
le voisinage de la sienne, et les accompagna pour la visiter avec eux.
Ce fut  cette occasion qu'en entendant lady B*** exprimer l'intention
de fixer sa rsidence dans ce lieu, il composa l'impromptu suivant:

                  Sous les yeux de ***,
                  Le paradis convoit
        Devrait tre aussi pur de mal que le paradis primitif;
                  Mais, si la nouvelle ve
                  Soupirait aprs une pomme,
        Quel mortel ne jouerait volontiers le rle du diable!

Je n'omettrai pas non plus une pice de vers adresse  la mme dame,
dont la beaut et le talent auraient eu droit d'attendre, de la plume de
Lord Byron, un tribut d'hommages plus ardens. Cette pice est fort
intressante, en ce qu'elle peint ce sentiment de la vieillesse qui se
glissait si prmaturment dans l'ame du noble pote.

                  A LA COMTESSE DE B*****.

                            I.

        Vous m'avez demand des vers:--simple demande,
          Qu'un rimeur ne saurait refuser sans paratre bizarre.
        Mais mon Hippocrne tait dans mon coeur,
          Et mes sentimens, source de ma verve, sont taris.

                            II.

        Si j'tais ce que je fus, j'aurais chant
          Ce que Lawrence a si bien peint;
        Mais aujourd'hui le son expirerait sur mes lvres,
          Le sujet est trop doux pour mon luth.

                           III.

        Mon feu d'autrefois n'est plus qu'une cendre;
          Le barde est mort dans mon sein;
        Au lieu d'aimer, je ne fais plus qu'admirer,
          Et mon coeur est aussi chenu que ma tte.

                                IV.

        Ma vie ne se date point par les annes,--
          Il y eut de courts instans qui, comme une charrue,
        Tracrent leurs sillons en rides profondes
          Dans mon ame comme sur mon front.

                             V.

        Que la brillante jeunesse aspire
          A chanter ce que je contemple en vain;
        Le chagrin a ravi  ma lyre
          La corde digne de ce chant.
                                               B.

Les lettres suivantes, crites durant le sjour de ces nobles voyageurs
 Gnes, intresseront la curiosit du lecteur.



LETTRE DXII.

AU COMTE DE B***.

5 avril 1823.

MON CHER LORD,

Comment va votre goutte? ou plutt comment allez-vous? Je vous renvoie
le journal du comte ***, production fort extraordinaire, et d'une triste
vrit en tout ce qui concerne la haute socit d'Angleterre. Je connais
ou connus personnellement la plupart des personnages et des socits
qu'il dcrit; et depuis que j'ai lu ses observations, mes souvenirs me
semblent des souvenirs d'hier. Je plaiderais toutefois en faveur d'un
petit nombre d'exceptions, que je mentionnerai bientt. Ce qu'il y a de
plus singulier, c'est que ce jeune homme ait pntr, non le fait, mais
le mystre de l'ennui anglais  vingt-deux ans. J'avais environ le mme
ge quand je fis la mme dcouverte, -peu-prs dans les mmes
cercles--(car, parmi les personnes cites,  peine y en a-t-il une que
je n'aie vue alors journellement ou nuitamment, et j'tais li plus ou
moins intimement avec la plupart d'entre elles);--mais je n'aurais
jamais pu faire une si bonne description. Il faut tre Franais pour
faire cela.

Mais il doit aussi avoir t  la campagne durant la saison de la
chasse, avec une compagnie choisie d'htes distingus, comme disent
les journaux. Il doit avoir vu les _gentlemen_ aprs dner (les jours de
chasse), et durant la soire qui vient ensuite, o les femmes ont l'air
d'avoir chass, ou plutt d'avoir t chasses. J'aurais dsir qu'il
et t  un dner en ville chez lord C***, peu nombreux, mais choisi,
et compos des gens les plus amusans. Le dessert fut  peine sur table,
que, de douze convives, j'en comptai cinq endormis; et parmi ces cinq
taient Tierney, lord *** et lord ***; j'ai oubli les deux autres; mais
c'taient des hommes d'esprit ou des orateurs,--peut-tre des potes.

Mon sjour en Orient et en Italie m'a rendu un peu indulgent pour la
sieste,--mais on la fait rgulirement dans les pays chauds: on s'y
livre dans la solitude, ou tout au plus en tte--tte avec une
compagne, et on se retire paisiblement dans ses appartemens, pour viter
le soleil pendant une heure ou deux.

Certes, le journal de votre ami est une production formidable. Hlas!
nos chers compatriotes ne sont connus que pour tre ennuys, et non pour
ennuyeux; et je prsume que la rvlation dsagrable de cette dernire
vrit ne sera pas mieux reue que les vrits ne le sont ordinairement.
J'ai lu le tout avec une grande attention, et j'y ai trouv de
l'instruction; je suis trop bon patriote pour dire _du plaisir_,--du
moins je ne le dirais pas, quoique je pusse le penser. J'ai montr le
journal (ce n'est pas un manque de discrtion, j'espre)  une jeune
dame italienne de haut rang, trs-instruite, et qui passe ou passa pour
tre une des trois plus clbres beauts du district de l'Italie, o sa
famille et sa parent rsidaient dans des tems moins orageux sous le
rapport de la politique (et ce n'est pas  Gnes, par parenthse); cette
dame en a t fort contente, et elle dit qu'elle y a puis une meilleure
notion de la socit anglaise que dans toutes les discussions
mtaphysiques de Mme de Stal sur le mme sujet, dans son ouvrage sur la
rvolution. Je vous prie de remercier le jeune philosophe, et de faire
mes complimens  lady B*** et  sa soeur.

Croyez-moi votre trs-oblig et fidle ami.

N. B.

_P. S._ Les lettres particulires parlent de trouble ou de complot dans
l'arme franaise des Pyrnes,--de gnraux souponns ou
congdis,--d'un voyage du ministre de la guerre pour voir l'affaire sur
les lieux.

Dites au comte *** qu'il ne rapporte pas toujours les noms d'une faon
intelligible, surtout ceux des clubs; il parle du Watts-Club,--peut-tre
a-t-il raison; mais, de mon tems, c'tait le Watter's-Club qui tait le
club des dandys; j'en tais membre (sans tre dandy toutefois) au tems
de sa plus grande gloire, lorsque Brummel, Mildmay, Alvanley et
Pierrepoint donnaient les bals de dandys; c'est nous qui fmes,
c'est--dire le club fit la fameuse mascarade  Burlington-House pour
Wellington. Il ne parle pas de l'Alfred, qui tait le plus recherch et
le plus ennuyeux de tous, comme je le sais pour en avoir aussi t
membre.



LETTRE DXIV[25].

AU COMTE DE B***.

14 avril 1823.

Je suis vraiment fch de ne pouvoir vous accompagner dans votre
promenade questre ce matin, attendu que je me suis fait un trs-grand
mal au visage, en y appliquant un caustique sur une verrue, d'aprs
l'avis du mdecin. Je ne sais si j'ai employ une trop forte dose, mais
toujours est-il que non-seulement j'ai souffert une vive douleur, mais
encore la partie malade et ses environs immdiats sont devenus tout
noirs. Comme je ne veux effrayer ni vos chevaux, ni leurs cavaliers,
j'aime mieux attendre, pour vous voir, jusqu' six heures; j'espre
qu'alors j'aurai repris un air plus chrtien, et que je serai redevenu
semblable aux cratures humaines: Mon mal s'est tendu en partie  mes
doigts; car, en essayant de retirer le noir au moins de ma lvre
suprieure, je n'ai fait qu'en teindre ma main droite, et ni le jus de
citron, ni l'eau de Cologne, ni aucune autre eau, n'ont pu la dlivrer
de ces taches par trop semblables  l'encre..... En tout cas, je vous
verrai  six heures,  la faveur du crpuscule.

Pour toujours et de coeur, etc.

[Note 25: La lettre 513 a t supprime.]

11 heures.

_P. S._ J'crivais le billet ci-dessus  trois heures du matin. Je
regrette de vous dire que toute la peau, dans l'espace d'environ un
pouce carr au-dessus de ma lvre suprieure, s'est dtache, en sorte
que je ne puis ni me raser, ni mcher, et que je suis galement
incapable de paratre  votre table, et d'en partager l'hospitalier
repas................ .................................................



LETTRE DXV.

AU COMTE ***[26].

Mon cher comte *** (si vous me permettez de m'adresser  vous si
familirement), vous devriez vous contenter d'crire dans votre langue,
comme Grammont, et de russir  Londres comme personne n'a russi depuis
les jours de Charles II et les Mmoires d'Antonio Hamilton, sans vous
jeter dans notre barbare idiome,--que, d'ailleurs, vous comprenez et
crivez mieux qu'il n'en est digne.

Mon approbation, comme il vous plat de dire, a t sincre, mais
peut-tre elle n'a pas t impartiale; car, bien que j'aime ma patrie,
je n'aime pas mes compatriotes,--du moins, tels qu'ils sont  prsent.
Et, outre la sduction du talent et de l'esprit qui brillent dans votre
ouvrage, je crains d'avoir prouv aussi l'attrait de la vengeance. J'ai
vu et senti presque tout ce que vous avez si bien dpeint. J'ai connu
ces personnes et ces runions si bien dcrites (c'est--dire la plupart
d'entre elles),--et les portraits sont si ressemblans, que je ne puis
qu'admirer le peintre non moins que son ouvrage.

[Note 26: La lettre est adresse au jeune comte franais, dont le
nom est supprim dans le texte anglais. (_Note du Trad_.)]

Mais j'en suis fch pour vous; car si vous connaissez si bien la vie 
votre ge, que deviendrez-vous quand l'illusion sera encore plus
dissipe? Mais, n'y songez pas:--en avant!--vivez tant que vous pourrez;
et puissiez-vous jouir pleinement des nombreux avantages que vous
possdez en jeunesse, en talens et en beaut! c'est le voeu
d'un--Anglais,--mais ce n'est pas tre tratre  mon pays; car ma mre
tait cossaise, mon nom et ma famille sont normands; et, pour moi, je
ne suis d'aucun pays. Quant  mes oeuvres qu'il vous plat de citer,
qu'elles aillent au diable, d'o (si vous en croyez maintes personnes)
elles sont venues.

J'ai l'honneur d'tre votre oblig, etc.

A cette poque, survint une circonstance qui montre,  l'honneur des
tendances dsormais meilleures de son caractre, combien taient
diminus et adoucis ses ressentimens, auparavant si vifs, au sujet de
ses diffrends conjugaux. On a vu que sa fille Ada,--surtout depuis la
perte du seul tre dont il esprait devoir l'attachement au lien du
sang,--tait devenue l'objet constant et chri de ses penses; et il
tait bien naturel que, avec un coeur aimant comme le sien, en se livrant
ainsi  sa tendresse pour sa fille, il se trouvt insensiblement dispos
 des sentimens plus doux envers la mre. Un Anglais, dont la soeur tait
connue pour tre l'amie et la confidente de lady Byron, tant alors 
Gnes, et visitant habituellement les nouveaux amis du pote, Lord
Byron, un jour, en conversant avec lady ***, prit occasion de dire
qu'elle lui rendrait un service essentiel si, par la mdiation de ce
monsieur et de sa soeur, elle pouvait obtenir pour lui de lady Byron, ce
qu'il avait depuis long-tems dsir avoir entre les mains, une copie de
son portrait. Comme on lui reprsentait, dans le cours de cette mme
conversation et d'une autre, que lady Byron, au dire de ses amis, tait
dans une alarme continuelle qu'il ne vnt en Angleterre rclamer sa
fille, ou l'inquiter de quelque faon, il dclara qu'il tait prt 
donner toutes les assurances ncessaires pour calmer une telle
apprhension; et bientt aprs il crivit la lettre suivante,
relativement  ces deux points.



LETTRE DXVI.

A LA COMTESSE DE B***.

3 mai 1823.

CHRE LADY ***,

Ma lettre a pour but d'obtenir une copie de cette miniature de lady
Byron, qui appartenait  feue lady Nol, attendu que je n'ai aucun
portrait, ni mme aucun souvenir de lady Byron, toutes les lettres
qu'elle m'avait crites tant entre ses mains lorsque je quittai
l'Angleterre, et toute correspondance pistolaire ayant depuis cess
entre nous,--du moins de sa part.

Mon message, par rapport  l'enfant, est,  l'effet de dclarer--qu'en
cas d'accident survenu  la mre, si je lui survivais, mon dsir serait
d'excuter ses plans  la lettre, soit pour l'ducation de notre fille,
soit par rapport  la personne ou aux personnes  qui lady Byron
pourrait souhaiter de confier cette ducation. Je n'ai aucune intention
d'intervenir en ce point, tant qu'elle vivra; et je prsume que ce
serait une consolation pour elle (si elle est malade, comme j'en ai reu
l'avis) de savoir qu'en aucun cas on ne ferait rien, en tant qu'il
dpendrait de moi, qui ne ft strictement conforme aux dsirs et aux
intentions de lady Byron,--de quelque faon qu'elle juget  propos de
me les transmettre.

Croyez-moi, chre lady B***, votre oblig, etc.

Cette ngociation, dont je ne connais point les rsultats--(et je ne
sais mme pas si elle a jamais t mene  fin)--jeta naturellement et
frquemment la conversation sur le sujet du mariage de Lord
Byron,--sujet que mon noble ami tait toujours le premier 
soulever,--et le rcit qu'il donna alors, tant des circonstances de la
sparation que de sa complte ignorance des causes qui la provoqurent,
fut,  ce que je vois, exactement semblable aux dclarations faites par
lui, dans toutes les occasions o la question se prsenta, avec un air
de sincrit auquel il tait impossible de ne pas ajouter foi.--Quant
aux causes relles de la sparation--(dit-il dans le cours d'une de ses
conversations), je vous dclare que, mme aujourd'hui, je les ignore
totalement, vu que lady Byron n'a jamais voulu prciser ses motifs, et a
refus de rpondre  mes lettres. Je lui ai crit plusieurs fois, et je
suis encore dans l'usage de le faire; mais je ne lui ai pas toujours
envoy mes lettres, aprs les avoir crites, simplement parce que je
dsesprais qu'elles produisissent le moindre bien. Vous pourrez, si
vous voulez, en voir quelques-unes;--elles serviront  jeter quelque
lumire sur mes sentimens.

Par consquent, un jour ou deux aprs, Lord Byron envoya  lady *** une
de ces lettres qu'il avait gardes par devers lui, incluse dans la
suivante.



LETTRE DXVII.

A LA COMTESSE DE ***.

Albaro, 6 mai 1823.

MA CHRE LADY ***.

Je vous envoie la lettre que j'avais oublie, et le livre[27] dont
j'aurais d me souvenir. Il contient de sombres vrits, quoique,  mon
avis, ce soit un ouvrage trop triste pour avoir jamais t populaire. La
premire fois que je le lus (non dans l'dition que je vous envoie:--je
me la suis procure depuis), ce fut d'aprs le dsir de Mme de Stal,
que le monde, dans sa bienveillance, supposait tre l'hrone de ce
roman,--supposition fausse, dont cette clbre dame tait furieuse. Ce
fut en Suisse, dans l't de 1816.
...................................................

La lettre ci-jointe ne fut pas envoye  sa destination, parce que je
dsesprais qu'elle produist le moindre bien. J'tais extrmement
sincre quand je l'crivis, et je le suis encore.......................
......................................................

Votre trs-sincre, etc.

       *       *       *       *       *

Je vais maintenant produire la lettre incluse dans la prcdente, et peu
de mes lecteurs, je crois, disconviendront que si l'auteur de la lettre
suivante n'a pas eu le bon droit de son ct, il n'ait eu au moins la
plupart des bons sentimens qui en sont en gnral l'ordinaire apanage.

[Note 27: _Adolphe_, par M. Benjamin-Constant. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DXVIII.

A LADY BYRON.

(A l'adresse de l'honorable Mrs. Leigh,  Londres.)

Pise, 17 novembre 1821.

Je dois accuser rception des cheveux d'Ada, qui sont fort doux et fort
jolis, et dj presque aussi noirs que les miens l'taient  l'ge de
douze ans, si j'en juge d'aprs le souvenir de ceux qu'on me prit  cet
ge, et qui sont entre les mains d'Augusta; mais ils ne frisent
pas,--peut-tre parce qu'on les laisse grandir.

Je vous remercie aussi pour l'inscription de la date et du nom, et je
vais vous dire pourquoi.--Je crois n'avoir en ma possession, que ces
deux ou trois mots de votre criture, car je vous ai rendu vos lettres;
et, hormis le mot _mnage_, crit deux fois dans un vieux livre de
comptes, je n'avais rien de votre main. Je brlai votre dernire note
pour deux raisons:--premirement, elle tait crite dans un style peu
agrable; et, secondement, je dsirais recevoir votre criture sans ces
documens, qui sont la ressource vulgaire des gens souponneux.

Je prsume que ce billet vous parviendra vers l'anniversaire de la
naissance d'Ada:--c'est le 10 dcembre, je crois. Elle aura alors six
ans,--en sorte que dans douze, j'aurai quelque chance de la
voir;--peut-tre sera-ce plus tt, si je suis oblig d'aller en
Angleterre pour affaires ou pour tout autre motif. Rappelez-vous
toutefois une chose, soit que nous nous trouvions loin ou prs l'un de
l'autre;--chaque jour qui passe sur notre sparation, doit, ce me
semble, aprs un si long intervalle, adoucir nos sentimens rciproques,
qui auront toujours un point de ralliement tant que notre enfant
existera, existence dont, je prsume, nous souhaitons tous deux le
prolongement au del de la ntre.

Le tems qui s'est coul depuis notre sparation a t plus
considrable que la totalit de la courte dure de notre union, et la
priode presque aussi courte de nos relations antrieures. Nous fmes
tous deux une mprise amre; mais aujourd'hui la chose est faite et
irrvocable. Car,  l'ge de trente-trois ans qui est le mien, et au
vtre qui n'en diffre que de peu d'annes de moins, quoiqu'on n'ait pas
encore parcouru une trs-longue priode de la vie, pourtant on est 
l'poque o les habitudes et les opinions sont gnralement trop formes
pour admettre des modifications; et comme nous ne pmes pas nous
convenir quand nous tions plus jeunes, aujourd'hui nous ne le pourrions
pas sans difficult.

Je dis tout cela, parce que je vous avoue que nonobstant tous nos
diffrends, je considrai notre runion comme possible plus d'une anne
encore aprs la sparation;--mais ensuite j'en abandonnai l'espoir
entirement et pour jamais. Mais cette impossibilit mme d'une runion
me semble,  moi du moins, une raison pour que, dans toutes les
discussions, d'ailleurs peu nombreuses, qui peuvent s'lever entre nous,
nous observions les formes ordinaires de la politesse, et cette
courtoisie que des gens destins  ne jamais confrer ensemble peuvent
observer plus aisment que dans le cas de relations plus immdiates.
Pour ma part, je suis violent, mais non mchant; car il n'y a que les
provocations rcentes qui excitent mes ressentimens. Quant  vous, qui
tes plus froide et plus concentre, je voudrais vous faire songer que
vous pouvez quelquefois prendre pour dignit la profonde tnacit d'une
froide colre, et pour devoir un plus mauvais sentiment. Je vous assure
que je n'ai plus contre vous aucune espce de ressentiment. Songez que
si vous m'avez offens, ce pardon est quelque chose; et que, si c'est
moi qui suis l'offenseur, c'est quelque chose de plus, s'il est vrai,
comme le disent les moralistes, que le plus coupable soit le moins
dispos  pardonner.

Le tort n'est-il venu que de moi? A-t-il t rciproque? ou de votre
ct principalement? Voil  quoi je ne rflchis plus. Je ne songe qu'
deux points,--savoir: que vous tes la mre de mon enfant, et que nous
ne nous reverrons jamais. Je pense que si vous me considrez aussi sous
ces deux points de vue correspondans, il n'en sera que mieux pour nous
trois.

Tout  vous  jamais,

NOEL BYRON.

       *       *       *       *       *

'a t mon plan, comme on doit l'avoir remarqu, de laisser, partout o
mes matriaux m'en ont fourni le moyen, le hros de ces _Mmoires_
raconter lui-mme son histoire; et j'ai pu,  un petit nombre
d'interruptions prs, atteindre ce but pour les deux ou trois annes que
nous venons de parcourir, vu les riches ressources que j'avais entre les
mains. Mais aujourd'hui que nous sommes parvenus  cette poque o
Byron, sollicit par sa vague inquitude, allait prendre un nouvel lan,
et entrer dans une carrire aussi glorieuse que courte et
fatale,--permettons-nous un moment de pause pour jeter un regard en
arrire sur les dernires annes, et pour contempler un instant le
spectacle, -la-fois sublime et douloureux, que notre pote donna durant
ce priode du plus libre exercice de ses facults.

Dans un tat d'excitation perptuelle, tant pour le coeur que pour la
tte,--en guerre ternelle avec la volont du monde, et pourtant dans le
cours d'une vie suspendue au souffle du monde,--avec un gnie revtant
toutes les formes, depuis Jupiter jusqu' Scapin, et avec un caractre
galement propre  toutes les habitudes morales,--l'ancienne conception
de l'existence de deux ames dans un seul corps ne semblerait mme pas
encore adquate aux varits de talent et d'humeur, que Byron dploya
dans sa conduite et dans ses crits durant ces courtes annes de fivre.
Sans remonter jusqu'au quatrime chant de _Childe Harold_, qu'un des
plus amers et des plus habiles adversaires de mon noble ami a dclar
sous le rapport de l'excution, la plus sublime oeuvre potique d'une
plume mortelle, nous avons, dans le mme genre de force et de
splendeur, la _Prophtie de Dante_, _Can_, le mystre de _Ciel et
Terre_, _Sardanapale_,--tous ouvrages produits durant ce merveilleux
priode de gnie. Il faut encore y joindre quatre autres drames, qui,
bien qu'infrieurs aux autres compositions, rencontrent toutefois, comme
pomes, peu de pices rivales dans notre littrature; tandis qu'ils
dmontrent, d'une manire plus spciale, cette remarquable versatilit
de gots et de talens qui portait Lord Byron  travailler dans un genre
svre et classique, le plus antipathique de tous  ses habitudes et 
son humeur, et le plus loign de cette licence hardie et vagabonde
qu'il et la grande mission de porter dans l'empire entier de
l'intelligence.

En opposition  ces nobles accords, nous voyons natre, durant ce
fertile priode, le _Don Juan_--qui renferme le rsum de tous les
merveilleux contrastes du caractre de Byron,--la _Vision du Jugement_,
la traduction de Pulci, les pamphlets sur Pope, sur la _British-Review_,
sur le _Blackwood Magazine_,--avec un essaim de bagatelles lgres et
plaisantes, ngligemment chappes  cet esprit qui, presque au mme
moment, reprsentait, avec un clat digne de son rle, le puissant gnie
de Dante, ou suivait avec Can les sombres sentiers du scepticisme sur
les ruines des mondes passs.

Pendant que Lord Byron se livrait ainsi  ces crations idales, les
circonstances qui dans la vie relle rclamaient ses sympathies taient
presque suffisantes pour absorber les penses et les sentimens de tout
autre esprit que le sien. Un amour, non pas frivole, passager, et
cheminant sous fardeau, mais, au contraire, assez enracin pour durer
jusqu' l'heure de la mort, occupa vivement de ses premires esprances
et de ses premires craintes une portion de ce priode, et en inquita
le reste d'embarras politiques et domestiques. Puis,  peine cette
orageuse passion eut-elle commenc  se calmer, qu'une nouvelle source
d'excitation s'offrit dans cette conspiration, o Lord Byron se
prcipita sans aucune crainte, et qui n'aboutit qu' multiplier les
objets de sa sympathie et de sa protection, et  l'obliger  un nouveau
changement de demeure et de scne.

Quand nous considrons toutes les distractions qui l'environnrent, et
qu'en sus nous mettons en ligne de compte le frquent drangement de sa
sant, les pertes de tems et d'esprit dans la minutieuse surveillance
des dpenses du mnage, nous ne voyons qu'avec un tonnement presque
incrdule les chefs-d'oeuvre qu'il fut capable de produire dans de telles
circonstances,--la varit et la prodigalit de talent avec lesquelles,
au milieu de tant d'interruptions et de tant d'obstacles, son ame
brillante se dborda de toutes parts, et non-seulement continua son
cours en toute libert  travers ces difficults, mais encore tira des
combats et des ennemis qu'elle rencontra un nouveau surcrot  sa force,
un nouvel aliment  sa flamme. Tandis que l'incomparable souplesse de
son gnie se dployait beaucoup plus videmment qu' toute autre poque
de sa vie, son caractre, susceptible, comme le camlon, des plus
rapides changemens, prsenta en mme tems les plus frappans et les plus
contrastans exemples de cette versatilit. Aux yeux du monde, et surtout
de l'Angleterre,--scne de ses gloires et de ses torts,--il ne s'offrit
que sous l'aspect d'un sombre et fier misantrope qui se bannit lui-mme
de la compagnie des hommes, et surtout des Anglais. Sous ce point de
vue, les plus naves et les plus belles inspirations de sa muse ne
furent regardes que comme des intervalles lucides entre les paroxysmes
d'une malignit inhrente  sa nature; et les joyeuses effusions de son
esprit et de sa bonne humeur ne parurent mme tendre qu' atteindre le
but que Swift se vantait de poursuivre dans tous ses travaux,-- vexer
le monde plutt qu' le divertir.

Mais ce n'tait pas l le Byron des heures de socit: ceux qui ont vcu
dans son intimit diront tout le contraire. L'espce de rputation
sauvage qu'il s'tait acquise en pays tranger empcha, sans doute, bon
nombre de ses compatriotes qu'il aurait cordialement accueillis, de
rechercher sa connaissance. Mais les Anglais qui l'approchrent avec les
formes ordinaires d'introduction, furent tous surpris et charms de la
courtoisie et de l'aisance de ses manires, de la simplicit modeste de
sa conversation, et, dans le cas d'une plus intime relation, de la
franche plaisanterie  laquelle il se livrait avec un tel abandon, que
ceux qui le connaissaient le mieux auraient pu se mprendre au point de
croire que la gat, aprs tout, tait le vritable penchant de son
caractre.

Aux contrastes qu'il prsentait dans sa conduite publique et dans sa vie
prive, on doit encore ajouter que, tout en bravant si firement
l'anathme du monde, et en revendiquant le droit naturel de penser par
soi-mme avec une libert, je dirai mme, une audace incomparable, la
timidit primitive de son caractre ne cessait de le dominer; et tandis
que de loin il tait regard comme une espce de despote intellectuel,
rvlant partout une confiance inbranlable et ses immenses moyens, une
observation faite de plus prs permit,  Venise,  une noble dame[28],
son amie et la mienne, de dcouvrir, sous cette apparence, les traces de
la dfiance et de la timidit qui le caractrisrent dans son enfance,
et qu'il ne dpouilla jamais entirement dans le cours de sa carrire.

Mais voici une contradiction encore plus singulire entre l'homme public
et l'homme priv,--contradiction frquente, et dans quelques cas plus
apparente que relle;--ce Byron qui, en certains momens, se retranchait
opinitrement dans sa volont absolue, se montrait, un instant aprs, au
plus haut point docile et persuadable. Aujourd'hui, branlant, comme
misantrope et comme satirique, le monde social sur ses solides
bases;--demain, apprenant, comme _cavaliere servente_, avec une
obissance passive,  plier un schall,--le mme homme, qui avait si
obstinment refus de sacrifier aux remontrances amicales ou  la voix
publique un seul vers de _Don Juan_, consentit  cesser entirement le
pome,  la simple prire d'une aimable _donna_, et ne reprit cette
oeuvre, enfant chri de sa muse, qu'aprs en avoir, non sans difficult,
obtenu la permission de la mme autorit. Et-on pu, d'ailleurs, sans
tre pralablement averti de ces transformations, reconnatre le
grossier libertin de Venise dans cet amant romanesque et passionn qui,
peu de mois aprs, pleurait devant la fontaine du jardin de Bologne? ou
et-on espr trouver dans le sec calculateur de sequins et de
_baiocchi_, ce gnreux champion qui ne regarda sa fortune entire et sa
vie mme que comme de faibles sacrifices pour avancer, ne ft-ce que
d'un seul jour, la cause de la libert?

[Note 28: La comtesse Albrizzi,--qui a donn une _Esquisse_ du
caractre de Lord Byron. (_Note de Moore_.)]

Ici notre attention se fixe naturellement sur un trait de caractre,
plus intimement li  la brillante poque que nous avons sous les yeux.
Malgr les manifestes prjugs de Byron en faveur du rang et de la
naissance, nous avons vu avec quelle ardeur,--non-seulement en
imagination et en thorie, mais en pratique, comme dans le cas des
carbonari italiens,--il accorda sans rserve ses sympathies  tout
mouvement populaire vers la libert. Quoique la sincrit d'un zle
auquel la mort a mis un noble et dernier sceau, ne puisse tre rvoque
en doute, cependant on peut fort bien se demander si ce besoin gnral
d'excitation qui,--(quelle qu'en ft d'ailleurs la source)--dtermina
toujours la conduite de Lord Byron, ne fut pas mme en cette
circonstance son motif prdominant, et s'il n'est pas probable, en
outre, que, comme Alfieri et d'autres aristocratiques amans de la
libert, il n'et pas recul devant les dernires consquences de ses
doctrines de nivellement, et si, tout ardent qu'il tait pour abaisser
ses suprieurs, il n'et pas repouss la tche d'lever ses
infrieurs...................
.....................................................

Aprs la chute des esprances qu'il avait si ardemment nourries sur
l'issue des dernires luttes de l'Italie contre les matres qui la
rgissent, on conoit aisment quelle consolation il eut  tourner ses
regards sur la Grce, o naissait alors un esprit de libert qu'il avait
peint dans ses rves de posie, mais qu'il n'avait gure pu esprer voir
se raliser avant sa mort. Les voyages de sa jeunesse dans cette contre
avaient laiss dans son esprit une impression durable; et, comme je l'ai
dj remarqu, toutes les fois que la fantaisie d'une vie errante le
reprenait, c'tait vers les rgions qui entourent l'Olympe bleu, qu'il
reportait avec plaisir son regard. Depuis qu'il avait adopt l'Italie
pour rsidence, ce penchant avait grandement diminu. Outre l'influence
sdative de son nouveau lien domestique, il tait survenu en lui, 
cette poque, une nonchalance, ou rpugnance  changer de demeure, que,
lors de son dpart de Ravenne, il ne surmonta pas sans difficult.

La vie incertaine et mal assise o il fut ds-lors jet par la prcaire
destine de ceux avec lesquels il s'tait li, contribua avec une ou
deux autres causes  ressusciter en lui son ancienne passion du
changement et des aventures; et l'on ne s'tonnera pas qu'alors que la
Grce lui offrait sous la forme la plus attrayante cette double
perspective, il ait vivement tourn ses yeux sur elle, et se soit laiss
embraser du dsir d'assister et peut-tre mme de prendre part aux
triomphes contemporains de la libert sur ces champs de bataille o il
avait dj recueilli pour l'immortalit les glorieux souvenirs des
anciens jours.

Parmi les causes qui concoururent avec ce sentiment  le dterminer 
l'entreprise qu'il mditait alors, une des plus puissantes, sans doute,
fut qu'il supposait que sa haute popularit comme pote avait baiss
depuis quelque tems. Le complet insuccs du _Libral_,--qu'il enrichit
de quelques morceaux clatans, mais o sa plume en insra d'autres 
peine distincts des scories environnantes,--le confirma pleinement dans
l'ide qu'il tait enfin arriv  ennuyer le monde; et, comme la voix de
la renomme lui tait devenue presque aussi ncessaire que l'air qu'il
respirait, ce fut avec une orgueilleuse conscience de facults encore
vierges en lui, qu'il reconnut que s'il tait parvenu  l'extrmit
d'une des routes de la renomme, il lui en restait d'autres  tenter,
encore plus glorieuses.

..................................................

Son zle pour l'Italie, dont l'histoire et la littrature semblaient
rclamer  grands cris la fin du vasselage et de l'oppression qui psent
sur elle, l'aurait sans doute entran au mme dvoment chevaleresque,
qu'il dploya depuis pour le service de la Grce. Mais l'issue
dsesprante de cette courte lutte n'est que trop bien connue; et ce
soudain chec d'une cause si riche en promesses affligea Lord Byron
d'autant plus profondment qu'il connaissait maints coeurs braves et
sincres qui l'avaient pouse. Le dgot que cet effort abortif lui
inspira, joint  l'opinion qu'il s'tait forme dans sa jeunesse des
serfs hrditaires de la Grce, le firent quelque tems douter que les
Grecs pussent jamais accomplir leur affranchissement; et ce ne fut qu'au
printems de cette anne que, plutt d'aprs la dure que d'aprs le
succs prsent de la lutte, il commena  croire un peu  l'avenir de la
cause  laquelle il avait presque rsolu dj de se dvouer. La seule
difficult qui retardait ou entravait encore cette rsolution, tait la
ncessit de se sparer temporairement de Mme Guiccioli, qui dsirait
elle-mme partager les prils de son amant, mais qu'il ne pouvait
consentir  exposer aux chances d'une vie si rude mme pour les hommes.

Au commencement du mois d'avril, il reut la visite de M. Blaquire, qui
se rendait alors en Grce avec la mission spciale de procurer au
comit, rcemment form  Londres, d'exactes informations sur l'tat et
sur les chances de ce pays. Entre autres instructions, M. Blaquire
devait s'arrter  Gnes et s'aboucher avec Lord Byron. La note suivante
montrera combien le noble pote tait dispos  entrer dans toutes les
vues du comit.



LETTRE DXIX.

A M. BLAQUIRE.

Albaro, 5 avril 1823.

MON CHER MONSIEUR,

Je serai charm de vous voir, vous et votre ami grec, et le plus tt
sera le mieux. Je vous ai attendu quelque tems,--vous me trouverez chez
moi. Je ne puis vous dire combien je m'intresse  la cause grecque; et,
si je n'eusse nourri l'esprance de voir un jour la dlivrance de
l'Italie, rien ne m'et empch de retourner dans cette contre qu'il
est mme honorable d'avoir visite, pour m'y rendre aussi utile que peut
l'tre un faible individu.

Tout  vous pour toujours et de coeur.

NOEL BYRON.

       *       *       *       *       *

Bientt aprs cette entrevue avec l'agent du comit, une communication
plus directe s'ouvrit sur ce sujet entre sa seigneurie et le comit
lui-mme.



LETTRE DXX.

A M. BOWRING.

Gnes, 12 mai 1823.

MONSIEUR,

J'ai grand plaisir  reconnatre la rception de votre lettre, et
l'honneur que le comit m'a fait;--je tcherai de mriter par tous les
moyens en mon pouvoir la confiance qu'il m'accorde. Mon premier dsir
est d'aller en personne dans le Levant, o je pourrais tre  mme
d'avancer le succs, sinon de la cause elle-mme, du moins des
informations que le comit dsire rassembler avant d'agir; mon ancien
sjour dans le pays, mon habitude de la langue italienne (qui y est
parle universellement, ou du moins dans le mme degr d'extension que
le franais dans les contres plus civilises du continent), et ma
lgre connaissance du romaque[29] me donneraient quelques avantages.
La seule objection que souffre ce projet est d'une nature domestique, et
je tcherai de la rsoudre;--si j'choue, je ferai ce que je pourrai
faire o je suis; mais ce sera toujours pour moi une source de regrets,
que de penser que j'aurais pu faire plus pour le service de la cause sur
le lieu mme.

Nos dernires nouvelles du capitaine Blaquire sont d'Ancne, o il
s'est embarqu pour Corfou par un bon vent, le 15 du mois dernier; il
est probablement  sa destination maintenant. La dernire lettre que
j'ai reue de lui tait date de Rome; on lui avait refus un passeport
pour le royaume de Naples, et il s'en retournait par la Romagne 
Ancne;--mais ce retard ne parat lui avoir fait perdre que peu de tems.

[Note 29: Le grec moderne. C'est l'expression employe par les Grecs
eux-mmes. (_Note du Trad._)]

Les principaux articles dont les Grecs semblent avoir besoin, sont
d'abord un parc d'artillerie--lgre, et propre  un pays de montagnes;
secondement, de la poudre  canon; troisimement, des fournitures
ncessaires au service des hpitaux ou ambulances. Le mode le plus
facile de transmission est, dit-on, par Idra,  l'adresse de M. Negri,
le ministre. Je voulais envoyer une certaine quantit des deux derniers
articles,--non pas normment,--mais suffisamment pour montrer les
souhaits sincres d'un individu,--mais j'attends; car, au cas que je
parte moi-mme, je prendrai ce bagage avec moi. Je suis en
correspondance avec signor Nicolas Karrellas (connu de M. Hobhouse) qui
maintenant est  Pise; mais son dernier avis portait simplement que les
Grecs sont  prsent occups  organiser leur gouvernement, et les
dtails de leur administration intrieure; ceci semblerait indiquer de
la scurit, mais la guerre est pourtant loin d'tre termine.

Les Turcs sont une race obstine, comme ils l'ont montr dans toutes
les guerres prcdentes, et ils reviendront  la charge pendant
plusieurs annes, mme s'ils sont battus, comme il faut l'esprer. Mais,
dans aucun cas, les travaux du comit ne seront accuss d'inutilit;
car, dans le cas mme de la soumission et de la dispersion des Grecs,
les fonds qui seraient employs  secourir et  rassembler les survivans
pour allger en partie leur dtresse, et pour les mettre  mme de
trouver ou de se faire une patrie (comme tant d'migrs d'autres nations
y ont t obligs), ne manqueraient pas de bnir la main qui donna et
celle qui reut comme un don de justice et de merci.

Quant  la formation d'une brigade (dont M. Hobhouse met l'ide dans
sa brive lettre, contenant celle  laquelle j'ai l'honneur de
rpondre), je me permettrai d'exprimer une opinion qui rsulte plutt, 
la vrit, de la triste exprience des brigades embarques pour le
service de la Colombie, que d'essais pratiqus en Grce,--c'est que le
comit devrait plutt consacrer son attention  la recherche d'officiers
expriments qu' l'enrlement de recrues anglaises, difficilement
disciplinables, et peu propres au service dans une guerre irrgulire 
ct d'trangers. Un petit corps de bons officiers, surtout dans l'arme
de l'artillerie; un ingnieur avec les munitions indiques par le
capitaine Blaquire comme les plus ncessaires (en quantit dtermine
par la sagesse du comit); voil, ce me semble, des secours d'une haute
utilit. De plus, les officiers qui auraient dj servi dans la
Mditerrane devraient tre pris de prfrence, attendu que la
connaissance de l'italien est presque indispensable.

Il faudrait aussi avertir qu'on ne va pas en Grce pour dvorer le
beefsteak et s'enivrer de porter,--mais que la Grce,--qui, depuis ces
dernires annes, n'a point t richement fournie en comestibles,--est 
prsent par excellence un pays de privations. Cette remarque peut
sembler superflue; mais j'ai d la faire, en observant que plusieurs
officiers trangers, italiens, franais et allemands (ces derniers sont
les moins nombreux) sont revenus tout dgots, parce qu'ils s'taient
imagin qu'ils allaient faire une partie de plaisir, ou chercher une
haute paie, une promotion rapide, et peu de besogne. Ils se plaignent
aussi d'avoir t mal accueillis par le gouvernement ou par les
habitans; mais bon nombre de ces gens-l taient de purs aventuriers,
attirs par le dsir du commandement et du butin, et dsappoints dans
cette double esprance. J'ai vu les Grecs repousser vivement
l'accusation du dfaut d'hospitalit, et dclarer qu'ils partageaient
leur ration jusqu' la dernire miette avec les volontaires trangers.

Je n'ai pas besoin de reprsenter au comit le grand avantage que doit
procurer le succs des Grecs  la Grande-Bretagne, et les probabilits
des nouvelles relations commerciales qui s'ouvriraient en consquence
avec l'Angleterre; parce que je suis persuad que le principal but du
comit est l'mancipation de cette nation, sans aucune vue d'intrt.
Mais la considration prcdente peut avoir quelque poids auprs du
peuple anglais, passionn comme il l'est maintenant pour toute espce de
spculation;--ceux qui se rsolvent  migrer n'auront plus besoin de
traverser les mers d'Amrique; les les grecques seules leur fourniront
des ressources incomparables; le bon march non-seulement des objets de
premire ncessit, mais mme des objets de luxe (c'est--dire, de luxe
fourni par la nature), laisse bien loin derrire lui le cap de
Bonne-Esprance, la terre de Van-Diemen, et les autres lieux de refuge
que la population anglaise va chercher  travers les flots.

.....................................................

J'crirai  M. Karrellas. J'attends une lettre du capitaine Blaquire,
qui m'a promis de m'crire bientt des nouvelles du chef-lieu du
gouvernement des Sept-Iles. Je lui ai donn une lettre d'introduction
pour lord Sydney Osborne,  Corfou; mais comme lord Sydney est au
service du gouvernement, il ne lui accordera qu'une rception
_circonspecte_.



LETTRE DXXI.

A M. BOWRING.

Gnes, 21 mai 1823.

MONSIEUR,

Je reus hier la lettre du comit, date du 14 mars. Je ne sais quelle
est la cause du retard. La lettre m'a t envoye de Paris par M.
Galignani, qui me marquait qu'il ne l'avait eue entre les mains que
quatre jours, et qu'elle lui avait t remise par un M. Grattan. J'ai 
peine besoin de vous dire que j'accde avec joie  la proposition du
comit, et que je tiens  grand honneur d'avoir t jug digne d'tre
admis au nombre de ses membres. J'ai aussi des grce  rendre, surtout 
vous, monsieur, pour la lettre extrmement flatteuse qui accompagne la
proposition.

Depuis que je vous ai crit par l'intermdiaire de M. Hobhouse, j'ai
reu une lettre du capitaine Blaquire, date de Corfou; je vous l'ai
fait passer, parce qu'elle montrera comment il va. Hier, je rencontrai
deux jeunes Allemands, qui ont survcu  la bande du gnral Normann.
Ils taient arrivs  Gnes dans l'tat le plus dplorable,--sans
nourriture,--sans un sou,--sans chaussure. Ils avaient t expulss du
territoire autrichien ds leur dbarquement  Trieste; ils avaient t
forcs de rtrograder jusqu' Florence, et avaient fait la traverse de
Leghorn jusqu'ici, avec quatre livres toscanes (environ trois francs)
dans leurs poches. Je leur ai donn vingt cus gnois (environ cent
trente-trois livres, monnaie franaise), et des souliers neufs, ce qui
les mettra  mme de se rendre en Suisse, o ils disent avoir des amis.
Tout ce qu'ils ont pu, d'ailleurs, ramasser  Gnes, ne s'est pas lev
 trente sous. Ils ne se plaignent pas des Grecs, mais ils disent avoir
souffert davantage depuis leur dbarquement en Italie.

J'ai constat leur vracit, premirement par leurs passeports et leurs
papiers; secondement par des questions varies de topographie sur Arta,
Argos, Athnes, Missolonghi, Corinthe, etc; et troisimement, en leur
parlant en romaque, langue que l'un des deux possdait mme beaucoup
mieux que moi. Tous deux appartiennent  de bonnes familles: l'un est un
beau jeune homme de vingt-trois ans,--il est Wurtembergeois, et a un
faux air de _Sandt_[30]; l'autre est un Bavarois, plus g, 
physionomie moins expressive et moins idale, mais c'est un grand et
robuste soldat. Le Wurtembergeois a t prsent au combat d'Arta, o les
Philhellnes furent taills en pices aprs avoir tu six cents Turcs,
quoiqu'ils ne fussent que cent-cinquante contre six ou sept mille; il
n'y en a que huit qui aient chapp au massacre, et, sur ces huit, trois
seulement ont survcu.

Ces deux-ci quittrent la Grce par le conseil des Grecs. Quand
Churschid pacha envahit la More, les Grecs paraissent s'tre fort bien
comports en dsirant sauver leurs allis, ds qu'ils pensrent que c'en
tait fait pour eux. Ce fut en septembre dernier (1822); ils errrent
d'le en le, et allrent de Milo  Smyrne, o le consul franais leur
donna un passeport, et un charitable capitaine le passage  Ancne, d'o
ils allrent  Trieste, pour tre renvoys de l par les Autrichiens.
Ils disent que les Grecs se battent bien  leur faon, mais furent
d'abord effrays du feu de leurs propres canons,--puis s'y
accoutumrent.

[Note 30: Clbre assassin de Kotzbue. (_Note du Trad._)]

Adolphe (le plus jeune) a command  Navarin pendant quelque tems;
l'autre personnage plus matriel, ce hardi Bavarois  l'heure fatale,
semble principalement dplorer un jene de trois jours  Argos, et la
perte de vingt-cinq paras par jour de paie arrire, et quelques bagages
laisss  Tripolitza; mais il prend ses blessures, ses marches et ses
batailles en bonne part. Tous deux sont simples, pleins de navet, et
tout--fait sans prtention; ils disent que les trangers se
querellaient souvent entre eux, particulirement les Franais avec les
Allemands, d'o rsultaient de frquens duels.

Les Grecs acceptent les mousquets, mais rejettent les bayonnettes, et
ils ne seront jamais disciplins. Quand mes deux gars virent hier deux
rgimens pimontais, ils s'crirent: Ah! si nous avions eu seulement
ces deux rgimens, nous aurions nettoy la More. (Il aurait fallu,
toutefois, que les Pimontais se comportassent mieux que contre les
Autrichiens.) Ils semblent attacher une grande importance  un petit
nombre de troupes rgulires;--ils disent que les Grecs ont des armes et
de la poudre en abondance, mais manquent de vivres, de fournitures
d'hpital, de charpie et de linge, etc., et surtout d'argent. Certes, il
serait difficile de montrer plus de philosophie pratique que ce dbris
de nos pauvres montagnards[31]; ils ne semblent pas abattus du tout,
et leur faon de se prsenter fut aussi simple et naturelle que
possible. Ils me dirent qu'ils avaient appris ici d'un Danois qu'un
Anglais, ami de la cause grecque, tait ici, et qu'tant rduits 
mendier de quoi retourner dans leur pays, ils avaient cru bien faire en
commenant par moi. J'cris en hte pour ne pas manquer le dpart de la
poste,

Votre oblig, etc.

_P. S._ J'ai encore revu mes hommes: le comte P. Gamba les a invits 
djener. L'un d'eux a l'intention de publier le journal de sa campagne.
Le Bavarois s'tonne un peu que les Grecs ne soient pas tout--fait
semblables aux contemporains de Thmistocle (ceux-ci n'taient pas dj
si traitables), et soient si difficiles  discipliner; mais c'est un
bonhomme, un tacticien qui ressemble un peu  Dugald Dalgetty:--l'autre
semble ne s'tonner de rien.

[Note 31: Mis entre parenthse par Lord Byron, parce que c'est une
phrase cossaise: _Puir hill folk_. (_Note du Trad._)]



LETTRE DXXII.

A LADY ***.

17 mai 1823.

..................................................

Quant au dfunt (lord Londonderry), qu'on vous a dit avoir t attaqu
par moi, je me contenterai de rpondre que la mmoire d'un mauvais
ministre est un objet d'investigation comme sa conduite de son
vivant:--car ses mesures ne meurent pas avec lui comme les actions d'un
simple particulier. Il est dans le domaine de l'histoire; et partout o
je trouverai un tyran ou un sclrat, je le fltrirai. Je n'ai pas
attaqu Londonderry avec plus de violence que je n'avais coutume de
faire. Pour le _Libral_,--c'tait une publication entreprise pour
l'avantage d'un auteur perscut et d'un trs-digne homme. Mais je fis
une folie en m'y engageant, aussi l'affaire a-t-elle mal tourn:--car je
me suis nui sans faire grand bien  ceux que je voulais servir.

Ne me dfendez pas:--cela ne russira jamais;--vous ne ferez que vous
attirer  vous-mme des ennemis.

Les miens ne diminueront ni ne s'adouciront jamais, mais ils seront
peut-tre renverss; il peut survenir des vnemens, moins improbables
que ceux dj survenus en notre tems, qui changeront peut-tre l'tat
actuel des choses:--nous verrons.

..................................................

Je vous envoie ce commrage pour vous faire rire; il n'est bon qu'
cela, si toutefois il est bon  quelque chose. Je serai charm de vous
revoir; mais ce sera fort triste, si nous ne nous revoyons que pour un
moment.

Tout  vous  jamais,

N. B.

       *       *       *       *       *

Lord Byron, une fois dcid  partir pour la Grce, pressa tous les
prparatifs ncessaires pour son dpart. Un de ses premiers soins fut
d'crire  M. Trelawney, qui tait alors  Rome, pour le prier d'tre
son compagnon de voyage. Vous devez avoir appris, dit-il, que je vais
en Grce:--pourquoi ne venez-vous pas prs de moi? Je ne puis rien faire
sans vous, et je suis extrmement dsireux de vous voir. Venez, je vous
en prie, car je me suis enfin dtermin  aller en Grce:--c'est le seul
endroit o j'aie t satisfait de me trouver. Je parle srieusement; je
ne vous ai pas crit plus tt, parce que j'aurais pu vous faire faire un
voyage pour rien. Tout le monde dit que je puis tre utile  la Grce:
je ne sais pas comment,--ni ceux qui le disent ne le savent pas non
plus; mais c'est gal, partons.

Considrant un mdecin, instruit en chirurgie, comme une partie
essentielle de sa suite, il pria le docteur Alexandre, son mdecin
ordinaire  Gnes, de lui procurer une telle personne; et,  la
recommandation de ce docteur, il prit avec lui le docteur Bruno, jeune
homme qui venait de quitter l'universit avec une rputation
considrable. Entre autres prparatifs pour son expdition, il commanda
trois superbes casques,--orns de son cimier de prdilection,--pour lui
et les deux amis qui devaient l'accompagner. Dans cette petite
circonstance, qui excita quelques moqueries en Angleterre, o le
ridicule est beaucoup mieux compris que l'hroque, nous avons un de ces
exemples qui surviennent si souvent dans la vie de Lord Byron pour
confirmer l'observation, si vraie par rapport  lui, que l'enfant est
le pre de l'homme mr:--les traits caractristiques de l'un et l'autre
ge ayant subi chez lui une transposition si anomale, que les passions
et les vues de l'homme mr se dvelopprent dans son enfance, et que les
fantaisies et les vanits de l'enfant percrent toujours dans les momens
les plus srieux de sa virilit. Le mme colier que nous avons vu, au
commencement du premier volume, se targuer du dessein de lever, un jour
 venir, une troupe de cavaliers, en armures noires, nomms les _Noirs_
de Byron, essayait alors avec dlices son casque au beau cimier, et
jouissait par avance des exploits qu'il devait accomplir sous ce
panache.

A la fin de mai, il reut une lettre de M. Blaquire, qui lui
communiquait d'heureuses nouvelles, et le priait de hter le plus
possible son dpart, vu que sa prsence tait impatiemment dsire, et
qu'elle rendrait les plus grands services.....

Pour connatre le vritable tat de l'esprit de Byron  cette poque de
crise, les observations d'une personne qui veillait sur lui avec des
yeux anims par l'inquitude, paratront peut-tre fournir le plus clair
et le plus certain document. Ce fut alors, dit Mme Guiccioli, que Lord
Byron tourna ses penses sur la Grce; et stimul de toutes parts par
mille circonstances combines, il se trouva, presque sans l'avoir dcid
et sans le savoir, oblig de partir pour la Grce. Mais, malgr son
affection pour cette contre,--malgr la conscience de ses forces
morales, sous l'inspiration de laquelle il disait toujours qu'un homme
est oblig  faire pour la socit quelque chose de plus que des
vers,--malgr l'attrait que devait avoir pour son ame noble l'objet de
ce voyage,--et malgr la dtermination de revenir en Italie au bout de
quelques mois,--cependant, toutes les personnes qui l'approchrent 
cette poque peuvent dire quels combats son coeur se livrait (quoiqu'il
chercht  les dissimuler)  mesure que s'approchait l'poque du
dpart[32].

Il pensait en outre par une sorte de pressentiment funeste,--naturel
peut-tre  un homme de son caractre sous l'influence de telles
circonstances,--qu'il ne faisait qu'accomplir sa destine dans cette
expdition, et qu'il mourrait en Grce. La veille du dpart de lord et
lady B***, il alla leur faire le soir une visite d'adieu, et se mit 
converser quelque tems. Il tait videmment dans un moment d'humeur
sombre, et aprs avoir exprim combien il regrettait que ses amis
partissent de Gnes avant l'poque de son embarquement, il continua 
parler de son voyage projet dans un ton plein de dcouragement: Ici,
dit-il, nous voil tous ensemble aujourd'hui,--mais quand et o nous
rencontrerons-nous? J'ai une sorte de pressentiment que nous nous voyons
pour la dernire fois; et un je ne sais quoi me dit que je ne reviendrai
jamais de Grce. Ayant continu quelque tems encore sur ce ton
mlancolique, il appuya sa tte sur le bras d'un sofa o il causait avec
lady B***, et, laissant chapper un torrent de larmes, il pleura durant
quelques minutes par un instinct irrsistible. Quoiqu'il n'et parl
qu'avec lady B***, tous ceux qui taient dans le salon observrent son
motion, et en furent touchs; lui, au contraire, apparemment honteux de
sa faiblesse, tcha d'en dtourner l'attention par une remarque
ironique, nonce avec une sorte de rire hystrique, sur les effets de
la susceptibilit nerveuse.

[Note 32: Fu allora che Lord Byron rivolse i suoi pensieri alla
Grecia; e stimolato poi da ogni parte per mille combinazioni, egli si
trov quasi senza averlo deciso, e senza saperlo, obbligato di partire
per la Grecia. Ma, nonostante il suo affetto per quelle
contrade,--nonostante il sentimento delle sue forze morali che gli
faceva dire sempre che un uomo  obligato a fare per la societ qualche
cosa di pi che dei versi,--non ostante le attrattive che doveva avere
pel nobile suo animo l' oggetto di quel viaggio,--e nonostante che egli
fosse determinato di ritornare in Italia fra non molti mesi,--pure in
quale combattimento si trovasse il suo cuore mentre si avvanzava l'
epoca della sua partenza (sebbene cercasse occultarlo) ognuno che lo ha
avvicinato allora pu dirlo.]

Il avait, avant cette conversation, prsent un petit prsent d'adieu 
chaque personne de la socit voyageuse, un livre  l'un,  l'autre une
gravure de son buste de Bartolini, et  lady B*** un exemplaire de sa
_Grammaire Armnienne_, sur les pages de laquelle il y avait quelques
remarques crites de sa main. En quittant cette noble dame, il lui
demanda comme souvenir quelque bagatelle qu'elle et porte; elle lui
donna une de ses bagues; en retour, il dtacha de son sein une pingle,
orne d'un petit came de Napolon, qu'il dit avoir long-tems conserve
sur lui, et qu'il prsenta  l'honorable lady.

Le lendemain, lady B*** reut de lui le billet suivant:



A LA COMTESSE DE B***.

Albaro, 2 juin 1823.

MA CHRE LADY B***,

Je suis superstitieux, et je me suis rappel que les souvenirs qui ont
une pointe ne sont pas d'heureux augure; je vous prierai donc
d'accepter, en place de l'pingle, la chane ci-jointe, qui a trop peu
de valeur pour que vous hsitiez le moins du monde. Comme vous dsiriez
un objet que j'eusse port, je ne puis que dire que celui-ci a t plus
souvent et plus long-tems port que l'autre. La chane est de fabrique
vnitienne; et la seule particularit qu'il y ait  en dire, c'est qu'on
n'en peut avoir une pareille qu' Venise, ou du moins en la faisant
venir de cette ville. A Gnes on n'en a point du mme genre. Je vous
envoie aussi une bague, que je dsirerais laisser  Alfred; elle est
trop grande pour tre porte, mais elle est faite de lave, et par
consquent en harmonie avec le feu de l'ge et du caractre de notre
jeune ami. Vous aurez peut-tre la bont d'accuser rception de ce
billet, et de me renvoyer (crainte de malheur) cette pingle, qui me
sera d'une plus grande valeur pour avoir t une nuit entre vos mains.

A jamais et de coeur votre trs-oblig, etc.

_P. S._ J'espre que vos nerfs sont bien aujourd'hui, et qu'ils
continueront  rester dans un tat florissant.

       *       *       *       *       *

En mme tems les prparatifs de la romanesque expdition s'avanaient.
Avec l'aide de son banquier et sincre ami, M. Barry, de Gnes, Lord
Byron parvint  rassembler les grandes sommes d'argent ncessaires pour
ses dpenses;--10,000 couronnes en espces, et 40,000 couronnes en
lettres-de-change; une portion de cet argent fut prleve sur ses
meubles et sur ses livres, sur lesquels M. Barry avana une somme bien
suprieure  leur relle valeur. Un brick anglais, _l'Hercule_, fut
frt pour le transport de Byron et de sa suite, qui se composait du
comte Gamba, de M. Trelawney, du docteur Bruno et de huit domestiques.
Il y avait aussi  bord cinq chevaux, quantit suffisante d'armes et de
munitions pour le service de la petite troupe, deux _one-pounder_[33]
appartenant  son schooner, _le Bolivar_, qu'il avait laiss  Gnes, et
assez de drogues pour suffire  mille personnes pendant un an.

La lettre suivante au secrtaire du comit grec annonce l'approche du
dpart.

[Note 33: Petits canons pour des biscaens d'une livre. (_Note du
Trad._)]



LETTRE DXXIII.

A M. BOWRING.

7 juillet 1823.

Nous mettons  la voile le 12 pour la Grce:--J'ai reu une lettre de
M. Blaquire, trop longue pour tre transcrite ici, mais
trs-satisfaisante. Le gouvernement grec m'attend sans dlai.

Conformment aux dsirs de M. Blaquire et d'autres correspondans, je
dois dire, avec toute la dfrence due au comit, qu'une avance de dix
mille livres sterling seulement (c'est l'expression de M. Blaquire)
rendrait  prsent le plus grand service au gouvernement grec. Je dois
aussi recommander vivement l'entreprise d'un emprunt, pour lequel une
suffisante garantie sera offerte par les dputs actuellement en route
pour l'Angleterre. En mme tems, j'espre que le comit sera mis  mme
de faire quelque-chose d'efficace.

Pour ma part, j'ai intention d'emporter, en espces ou en lettres de
crdit, prs de neuf mille livres sterling, ce que je puis faire en
raison des fonds que j'ai en Italie, et de mes crdits en Angleterre. Je
dois ncessairement rserver une portion de cette somme pour mes
dpenses et celles de ma suite; je dpenserai le reste de la faon qui
me semblera la meilleure pour le service de la cause,--bien entendu,
avec garantie ou assurance que cet argent ne sera pas dtourn au profit
de quelque spculation individuelle.

Si je reste en Grce, ce qui dpendra entirement de l'utilit prsume
de ma prsence, et de l'opinion des Grecs eux-mmes sur son
-propos,--bref, si je suis le bienvenu, je continuerai, durant ma
rsidence au moins,  consacrer au triomphe de la cause une partie de
mes revenus, prsens et futurs, c'est--dire, ce que je pourrai pargner
pour ce but. Je puis, ou du moins je pus autrefois, supporter les
privations;--je suis accoutum  l'abstinence;--et, quant  la fatigue,
je fus jadis un passable voyageur. Je ne puis dire de quoi je suis
capable aujourd'hui,--mais j'essaierai.

J'attends les ordres du comit.--Adressez les lettres  Gnes;--elles
me seront envoyes, en quelque lieu que je sois, par mes banquiers, MM.
Webb et Barry. Il m'et t agrable d'avoir des instructions plus
prcises avant de partir, mais cela doit rester au choix du comit.

J'ai l'honneur d'tre votre obissant, etc.

_P. S._ On exprime un grand dsir d'avoir une presse et des caractres,
etc. Je n'ai pas le tems de m'en procurer, mais je recommande cela 
l'attention du comit. Je prsume qu'il faut que les caractres soient
grecs, du moins en partie. On dsire avoir des papiers publics, et
peut-tre un journal, probablement en romaque, avec des traductions
italiennes.

       *       *       *       *       *

Tout tait prt; et le 13 juillet Byron et ses compagnons dormirent 
bord de _l'Hercule_. Le lendemain matin, au lever du soleil, on russit
 sortir du port; mais il y avait peu de vent, et le brick resta en vue
de Gnes toute la journe. La nuit il y eut un brillant clair de lune,
mais le vent tait devenu orageux et contraire, et l'on fut quelque tems
dans un danger srieux. Lord Byron, qui resta sur le pont durant la
tempte, s'occupa vivement, avec l'aide de ceux de ses compagnons que le
mal de mer n'empchait pas de lui prter main-forte,  contenir les
chevaux, qui, ayant t mal attachs, s'taient lchs et se blessaient
les uns les autres. Aprs avoir tenu tte au vent pendant trois ou
quatre heures, le capitaine fut enfin oblig de revenir  Gnes, et
rentra dans le port  six heures du matin. En abordant  terre, aprs ce
malencontreux dbut du voyage, Lord Byron (dit le comte Gamba) parut
pensif, et remarqua qu'il considrait un mauvais commencement comme un
favorable augure.

Je crois avoir dj mentionn qu'entre autres superstitions, la
supposition que le vendredi est un jour de malheur pour le commencement
d'une entreprise quelconque, ne manquait presque jamais d'influencer
Lord Byron. Quelque tems aprs son arrive  Pise, une dame de sa
connaissance l'ayant rencontr sur la route de sa maison comme elle y
retournait, et supposant qu'il y avait t lui faire une visite, le pria
d'y retourner avec elle. Je n'ai pas t chez vous, rpondit-il; car,
au moment de frapper  la porte, je me suis souvenu que c'est
aujourd'hui vendredi, et, comme je n'aime pas  faire ma premire visite
un vendredi, je m'en suis retourn. On rapporte mme qu'il renvoya une
fois un tailleur gnois qui lui apportait un habit neuf en ce jour de
sinistre prsage.

Malgr cela, chose trange  dire, il mit  la voile pour la Grce un
vendredi;--et quoique pour ceux qui ont quelque propension  cette ide
superstitieuse, le rsultat ne puisse paratre que trop malheureusement
confirmatif du mauvais prsage, il est vident que l'influence de la
superstition sur l'esprit de Byron tait peu considrable, ou qu'elle
fut efface par l'excitation du dvoment. En vrit, malgr cette
encourageante remarque adresse au comte Gamba, le pressentiment d'une
fin prochaine semble avoir t trop profond et trop srieux chez le
noble pote pour avoir besoin de l'aide d'un pareil accessoire. Ayant
exprim, en redescendant  terre, le dsir de visiter son palais, qu'il
avait laiss  la garde de M. Barry, et d'o Mme Guiccioli tait partie
le matin mme de trs-bonne heure, il y alla seul, avec le comte Gamba.
Sa conversation, dit celui-ci, fut un peu sombre durant notre route 
Albaro; il parla beaucoup de sa vie passe, et de l'incertitude de
l'avenir: O serons-nous dans un an? s'cria-t-il.--Cette dernire
phrase (ajoute son ami) a l'air d'avoir t un sombre prsage; car, au
mme jour du mme mois de l'anne suivante, il fut port dans la tombe
de ses anctres.

Il fallut presque la journe entire pour rparer les dommages du
navire; et la plus grande partie de ce tems fut passe par Lord Byron en
compagnie avec M. Barry, dans des jardins prs de la ville. L sa
conversation, suivant M. Barry, prit le mme ton de mlancolie. Il
semblait vivement regretter de ne s'tre pas dtermin de prfrence 
aller en Angleterre; et les ides qu'il exprima sur l'entreprise o il
s'engageait taient si dsesprantes, qu'il n'y persista, sans doute,
que par un profond sentiment de devoir et d'honneur.

Le soir, on mit  la voile.--Alors Byron, pleinement lanc dans
l'entreprise, et dgag, pour ainsi dire, de sa premire existence,
dploya soudain la force naturelle de son ame pour secouer l'affliction
venue, soit du dedans, soit du dehors. Suivant le rapport d'un de ses
compagnons de voyage, il n'et pas plus tt commenc  voguer de nouveau
sur les ondes, que son humeur sombre se dissipa, et fit place  sa
brillante vivacit. Dans la brise qui le portait vers sa Grce chrie,
la voix de sa jeunesse sembla parler de nouveau. Devant les noms de
hros et de bienfaiteur, auxquels il aspirait, celui de pote, si
prminent qu'il soit, s'vanouit dans le nant. Sa passion pour la
libert, sa gnrosit, sa soif des impressions nouvelles et des
aventures:--tout se rveilla; et mme les sombres prsages qui
grondaient encore au fond de son coeur ne firent que lui rendre plus
prcieuse la carrire ouverte devant lui, par la conscience de la
brivet du tems qui lui restait, et par la haute et noble rsolution
d'employer glorieusement ce reste de ses jours.

Aprs une traverse de cinq jours, on arriva en vue de Leghorn, o l'on
jugea  propos d'aborder, afin de prendre un surplus d'approvisionnemens
de poudre, et quelques marchandises anglaises qu'on n'aurait pu se
procurer ailleurs.

................................................ ......[34] A Leghorn,
Lord Byron reut une prcieuse marque d'hommage de la part de l'un des
deux hommes[35] du sicle, qui seuls pouvaient lutter avec lui en
universalit de gloire littraire.

Nous avons dj vu qu'un change de courtoisies, fondes sur une
mutuelle admiration, avait eu lieu entre Lord Byron et le grand pote de
l'Allemagne, Gothe. Le vnrable auteur de _Faust_ en a donn une
relation, dont je vais insrer ici la fidle traduction, comme un
prliminaire ncessaire  la lettre que je vais donner.

[Note 34: Nous nous permettons, soit dit une fois pour toutes, de
retrancher quelquefois les verbeuses rflexions de Moore. (_Note du
Trad._)]

[Note 35: De ces deux hommes, mentionns par Moore, l'un est
videmment Gothe, l'autre est probablement Walter-Scott. (_Note du
Trad._)]



GOETHE SUR BYRON.

Le pote allemand qui, jusqu'au dernier priode de sa longue vie, s'est
toujours empress de reconnatre les mrites de ses prdcesseurs et
contemporains littraires, parce qu'il a toujours considr cela comme
le plus sr moyen de cultiver ses propres facults, n'a pas pu ne pas
fixer son attention sur le grand talent que le noble Lord a dploy
presque ds son apparition, et a incessamment observ les progrs de son
gnie dans toutes les oeuvres qu'il produisait sans relche.
L'apprciation publique des mrites du pote ne demeura pas en arrire
de cette succession rapide de pomes. La sympathie et t parfaite, si
le pote n'et, par une vie marque au sceau du mcontentement
intrieur, et par le libre cours de passions violentes, troubl les
jouissances que son immense gnie procurait. Mais son admirateur
allemand n'en fut pas moins attentif  suivre ses oeuvres et sa vie dans
toute leur excentricit. Il en tait d'autant plus tonn, qu'il ne
trouvait dans l'exprience des ges passs aucun lment pour le calcul
d'une orbite si excentrique.

Cet intrt du littrateur allemand ne resta pas inconnu au pote
anglais, comme ses oeuvres en contiennent des preuves videntes; et le
noble Lord profita des occasions offertes par divers voyageurs, pour
envoyer quelque salutation amicale  son obscur admirateur. Enfin, il
lui envoya une ddicace manuscrite de _Sardanapale_, dans les termes les
plus flatteurs, en s'enqurant obligeamment si elle pourrait tre place
en tte de la tragdie. L'auteur allemand qui,  son ge avanc, avait
la conscience de ses facults et de leurs effets, ne pouvait que
considrer avec reconnaissance et avec modestie cette ddicace, comme
l'expression d'une inpuisable intelligence, sentant profondment et
crant son objet. Il ne fut nullement mcontent quand, aprs un long
dlai, _Sardanapale_ parut sans la ddicace, et il fut heureux d'en
possder un fac-simil lithographi qu'il considra comme un souvenir
prcieux.

Cependant, le noble Lord n'abandonna pas son projet de dclarer au
monde son affection pour son confrre allemand, et en donna un prcieux
tmoignage en tte de la tragdie de _Werner_. On croira aisment que le
pote allemand, en recevant un honneur si inespr,--honneur rarement
obtenu dans la vie, et de la part d'un homme si distingu,--fut
naturellement port  exprimer l'estime et la sympathie que son
incomparable contemporain lui avaient inspires. La tche n'tait point
aise; et plus elle tait mdite, plus elle paraissait difficile:--car
que dire d'un homme dont les talens infinis sont au-dessus des paroles?
Mais quand un jeune homme, M. Sterling, d'un physique agrable et d'un
excellent caractre, eut, au printems de 1823, dans un voyage de Gnes
 Weimar, apport comme lettre d'introduction quelques lignes de la main
du grand homme; et quand le bruit se fut bientt aprs rpandu que le
noble pair tait sur le point d'appliquer sa grande ame et ses talens
varis  de sublimes exploits par-del l'Ocan, alors il n'y eut plus de
tems  perdre, et les vers suivans furent composs  la hte:

        Ein freundlich Wort kommt eines nach dem andern,
        Von Sden her und bringt uns frohe Stunden;
        Es ruft uns auf zum Edelsten zu wandern,
        Nicht ist der Geist, doch ist der Fuss gebunden.

        Wie soll ich dem; den ich so lang begleitet,
        Nun etwas Traulich's in die Ferne sagen?
        Ihm der sich selbst im Innersten bestreitet,
        Stark angewohnt das tiefste Weh zu tragen.

        Wohl-sey ihm doch, wenn er sich selbst empfindet,
        Er wage selbst sich hoch beglckt zu nennen,
        Wenn Musenkraft die Schmerzen berwindet,
        Und wie ich ihn erhannt mog'er sich kennen[36].

[Note 36: J'insre les vers dans la langue originale, parce qu'une
traduction anglaise ne donne qu'une ide trs-imparfaite de leur sens.
(_Note de Moore_.)]

Les vers arrivrent  Gnes; mais l'excellent ami,  qui ils taient
adresss, tait dj parti, et  une distance qui paraissait
inaccessible. Cependant, retenu par les gros tems, il prit terre 
Leghorn, o ces vers lui parvinrent au moment o il allait s'embarquer,
le 24 juillet 1823. Il eut  peine le tems de rpondre par une page bien
remplie, que le possesseur a garde parmi ses plus prcieux papiers
comme la plus honorable preuve de la liaison tablie. Ce document, dj
touchant et prcieux par lui-mme, comme justifiant les plus vives
esprances, a maintenant acquis la plus grande, quoique la plus
douloureuse valeur, par la mort prmature du sublime crivain, car il
ajoute une particularit  la douleur gnralement excite par cette
perte dans le monde moral et potique: nous tions assurs dans
l'esprance qu'aprs l'accomplissement d'exploits glorieux nous
pourrions saluer en personne le gnie suprieur, l'ami si heureusement
acquis, et le plus humain des conqurans. A prsent, nous ne pouvons que
nous consoler par la conviction que son pays reviendra enfin de cette
violence d'invectives et de reproches qui a si long-tems rgn contre
lui, et comprendra que les scories de l'ge et de l'individu, d'o les
meilleures ames ont  se dbarrasser, sont prissables et transitoires,
tandis que la gloire merveilleuse  laquelle il a lev son pays dans le
sicle prsent et pour tous les sicles  venir, sera aussi infinie en
splendeur que les consquences en sont incalculables. Et l'on ne peut
douter que la nation, qui peut s'enorgueillir de tant de grands noms, le
classera au premier rang de ceux par qui elle a acquis une telle
gloire.

Voici la rponse de Byron  la communication sus-mentionne de Gothe.



LETTRE DXXIV.

A GOETHE.

Leghorn, 24 juillet 1823.

ILLUSTRE POTE,

Je ne puis vous remercier comme vous devriez tre remerci par les vers
que mon jeune ami, M. Sterling, m'a envoys de votre part; et il me
messirait de prtendre changer des vers avec celui qui, pendant
cinquante ans, a t le souverain incontest de la littrature
europenne. Vous accepterez donc mes trs-sincres remerciemens en
prose,--et en prose crite  la hte: car je suis  prsent en route
pour mon second voyage en Grce, et je suis entour d'un bruit et d'un
tumulte qui laissent  peine un moment  la gratitude et  l'admiration
pour s'exprimer.

Je m'embarquai de Gnes, il y a quelques jours, et je fus repouss par
un coup de vent; depuis, j'ai remis de nouveau  la voile, et suis
abord ici ( Leghorn) ce matin, pour prendre  bord quelques passagers
grecs pour leur combattante patrie.

C'est ici que j'ai trouv vos vers et une lettre de M. Sterling; et je
n'ai pu avoir un plus favorable prsage, une plus agrable surprise
qu'un mot de Gothe crit de sa propre main.

Je retourne en Grce pour voir si j'y puis tre de quelque utilit. Si
jamais je reviens, je ferai une visite  Weimar, pour y apporter le
sincre hommage d'un de ces admirateurs que vous avez par millions. J'ai
l'honneur d'tre,  toujours et au plus haut degr,

Votre oblig,

NOEL BYRON.



Le 24 juillet, Lord Byron mit  la voile de Leghorn, o M. Browne
l'avait rejoint; et aprs environ dix jours de navigation par le tems le
plus favorable, il jeta l'ancre  Argostoli, principal port de
Cphalonie.

On avait jug  propos que Lord Byron, afin de prendre d'exactes
informations sur la Grce, se rendt d'abord  l'une des les ioniennes,
d'o il pourrait observer et constater la vraie situation des affaires
avant d'aborder au continent. Dans ce but, on lui avait recommand Zante
ou Cphalonie, et il se dtermina pour la dernire le, parce qu'il
connaissait les talens et les sentimens libraux du colonel Napier,
rsident. Sachant nanmoins que dans l'aspect encore incertain de la
politique anglaise extrieure, son arrive pour une expdition si
ostensiblement consacre  l'aide de l'insurrection aurait l'effet
d'embarrasser les autorits existantes, il rsolut d'adopter une ligne
de conduite qui les compromt ou les offenst le moins possible. C'est
dans cette vue qu'il jugea prudent de ne point dbarquer  Argostoli,
mais d'attendre  bord de son navire les informations du gouvernement
grec, pour tre  mme de dterminer ses mouvemens ultrieurs.

L'arrive d'un homme si clbre excita naturellement  Argostoli une
vive sensation tant parmi les Grecs que parmi les Anglais; et les
premires entrevues qui eurent lieu entre ces derniers et leur noble
visiteur furent soudain suivies, d'une et d'autre part, de cette sorte
d'agrable surprise, qui devait rsulter de prventions rciproques. Ses
compatriotes, qui, d'aprs les contes exagrs qu'ils avaient entendu si
souvent dbiter sur sa misantropie et sur son horreur spciale pour les
Anglais, s'attendaient  le voir accueillir leurs politesses avec une
froideur hautaine, sinon insultante, trouvrent au contraire dans toutes
ses manires une franche et joyeuse affabilit, qui, propre  les
charmer en toutes circonstances, fut, dans une attente si oppose,
particulirement enivrante pour eux;--tandis que lui, de son ct,
encore plus prpar par les prventions qu'il avait long-tems nourries,
 tre reu froidement et avec rpugnance par ses compatriotes,
rencontra un accueil tout -la-fois si cordial et si respectueux, qu'il
en fut non-seulement surpris et flatt, mais encore videmment mu.
Entre autres politesses qu'il accepta, il y eut un dner avec les
officiers de la garnison; l, lorsqu'on eut bu  sa sant, il remercia,
dit-on, ses htes en disant que, il tait douteux qu'il pt
convenablement exprimer sa gratitude, parce qu'il avait si long-tems
parl une langue trangre que c'tait avec difficult qu'il faisait
passer dans la sienne toute la force de son sentiment.

Ayant dpch des messagers  Corfou et  Missolonghi pour obtenir des
informations, il rsolut, en attendant leur retour, d'employer son tems
en un voyage  Ithaque, le qui n'est spare de Cphalonie que par un
dtroit fort resserr. En allant  Vathi, capitale de l'le, sur
l'invitation du capitaine Knox, rsident, qui lui procura toutes les
facilits possibles pour le voyage, il fit une visite  la caverne o,
suivant la tradition, Ulysse dposa les prsens des Phaciens. Lord
Byron (dit le comte Gamba) monta jusqu' la grotte, mais l'escarpement
et la hauteur de la montagne l'empchrent de parvenir aux ruines du
chteau. J'prouvai moi-mme beaucoup de difficult pour y atteindre.
Lord Byron s'assit et se mit  lire dans la grotte, mais il s'endormit.
Je l'veillai  mon retour, et il me dit que j'avais interrompu les
rves les plus dlicieux qu'il et eus dans sa vie.

Quoiqu'il n'et pas cess, depuis son premier voyage dans ces rgions,
de prfrer les charmes sauvages de la nature  toutes les associations
classiques de l'art et de l'histoire, cependant il se joignit avec
intrt  tous les plerinages faits aux lieux que la tradition avait
sanctifis. A la fontaine d'Arthuse, un des endroits de ce genre qu'il
visita, il trouva pour lui et pour sa compagnie un repas que le
rsident avait fait prparer; et  l'cole d'Homre,--nom donn 
quelques ruines au-del de Chioni,--il rencontra un vieil vque
rfugi, qu'il avait connu en Livadie treize ans auparavant, et avec qui
il conversa de cette poque avec une rapidit et une fracheur de
souvenir que la mmoire du vieil vque ne pouvait suivre qu'avec peine.
Les soi-disant bains de Pnlope n'chapprent pas non plus  ses
recherches, et quelque sceptique qu'il ft (dit une dame qui, bientt
aprs, suivit ses traces) par rapport  ces localits supposes, il
n'offensait jamais les indignes par la moindre objection  la ralit
de leurs croyances. Au contraire, sa politesse et sa bienveillance
gagnrent le respect et l'admiration de tous les Grecs qui le virent; et
l'on ne me parlait de lui qu'avec enthousiasme.

Ces vues bienfaisantes, qui plus peut-tre que l'ambition de la renomme
le guidaient dans son entreprise actuelle, eurent l'occasion de se
dployer durant son court sjour  Ithaque. En apprenant que bon nombre
de pauvres familles s'y taient rfugie de Scio, de Patras et d'autres
parties de la Grce, non-seulement il prsenta au commandant trois mille
piastres pour les secourir en gnral, mais par ses bienfaits
particuliers envers une famille qui avait autrefois vcu  Patras dans
un tat d'opulence, il la mit  mme de rparer sa fortune et de
recouvrer l'aisance. La fille ane (dit la dame que j'ai dj cite)
devint ensuite matresse de l'cole forme  Ithaque; elle, sa soeur, et
sa mre, ne parlrent jamais de Lord Byron sans le plus profond
sentiment de reconnaissance et de regret pour sa mort trop prmature.

Aprs avoir employ environ huit jours dans cette excursion, il tait
revenu  bord de _l'Hercule_, quand l'un des messagers qu'il avait
dpchs, revint avec une lettre du brave Marco Botzari, qui se
prparait dans les montagnes d'Agrafa  cette attaque o il succomba si
glorieusement. Voici les termes dans lesquels cet hroque chef crivit
 Lord Byron.

Votre lettre et celle du vnrable Ignazio m'ont rempli de joie. Votre
excellence est exactement la personne qu'il nous faut. Que rien ne vous
empche de venir dans cette partie de la Grce. L'ennemi nous menace
avec des forces nombreuses; mais, avec l'aide de Dieu et de votre
excellence, nous lui opposerons une bonne rsistance. J'aurai quelque
chose  faire ce soir contre un corps de six  sept mille Albanais,
camps prs d'ici. Aprs-demain je partirai, avec quelques compagnons
choisis, pour rencontrer votre excellence. Ne perdez pas de tems. Je
vous remercie de la bonne opinion que vous avez de mes concitoyens; Dieu
veuille que vous ne la trouviez pas mal fonde! et je vous remercie
encore davantage pour le soin que vous avez pris d'eux.....

Croyez moi, etc.

Dans l'espoir que Lord Byron se rendrait  Missolonghi, 'avait t
l'intention de Botzari, comme la lettre ci-dessus l'annonce, de laisser
l'arme, et d'aller  la hte, avec un petit nombre de ses frres
d'armes, recevoir leur noble alli  son dbarquement, d'une manire
digne de sa gnreuse mission. Mais la lettre ne prcda que de peu
d'heures la mort de Botzari. Celui-ci pntra, le soir, avec une poigne
de braves, au milieu du camp des ennemis, dont les forces montaient 
huit mille hommes; et, aprs avoir conduit son hroque bande sur des
monceaux de morts, il tomba enfin, lui-mme, prs de la tente du pacha.
Ce que ce brave Souliote dit du soin de Lord Byron pour ses concitoyens
a trait  une action populaire rcemment faite par le noble pote 
Cphalonie en prenant  sa solde, pour sa garde, quarante hommes de
cette tribu sans asyle. Mais comme faute d'occupation ils devenaient
turbulens, Byron les renvoya bientt aprs, arms et approvisionns, se
joindre aux dfenseurs de Missolonghi, qui tait alors assige d'un
ct par une arme considrable, et bloqus de l'autre par une escadre
turque. Dj, dans le dessein de secourir cette place, il avait fait au
gouvernement une offre gnreuse, qu'il mentionne ainsi dans une de ses
lettres. J'ai offert d'avance mille dollars par mois pour le secours de
Missolonghi et pour les Souliotes de Botzari (tu depuis), mais le
gouvernement m'a rpondu qu'il dsire confrer pralablement avec moi,
ce qui est dire qu'il dsire que je dpense mon argent dans un autre
but. Je veillerai  ce que la dpense soit faite pour l'intrt public,
autrement je n'avancerai pas un para[37]. L'opposition dit qu'on veut me
cajoler; et le parti qui est au pouvoir dit que les autres veulent me
sduire: ainsi j'ai un rle difficile  jouer entre les deux factions;
mais, je n'ai rien  faire pour les partis, sinon de les rconcilier si
c'est possible.

.....................................................[38]

Sachant que pour juger mrement de l'tat des partis, il faut se tenir
hors de leur tourbillon; et prvoyant d'aprs l'impatience mme des
diffrens chefs qui le courtisaient  l'envi pour l'attirer chacun 
soi, quel risque il courrait en se liant avec l'un plutt qu'avec
l'autre, il rsolut de stationner encore quelque tems  Cphalonie, et
d'y mettre  profit les facilits donnes par la position pour
recueillir des informations sur l'tat rel des affaires, et pour
constater de quel ct sa prsence et son argent seraient le plus
profitables. Durant les six semaines qui s'taient coules depuis son
arrive  Cphalonie, il avait vcu de la faon la moins confortable,
avec du porc et de la volaille,  bord de son navire. Mais, ds qu'il
eut pris la rsolution de prolonger son sjour, il se dcida  prendre
une demeure  terre; et, par amour de la retraite, il s'tablit dans un
petit village, appel Metaxata,  environ sept milles d'Argostoli, et
continua  y rsider durant le reste de son sjour dans l'le.

[Note 37: Petite pice de monnaie turque. (_Note du Trad._)]

[Note 38: Nous passons une longue dissertation de Moore sur l'tat
de la Grce. (_Note du Trad._)]

Avant ce changement de rsidence, il avait dput M. Hamilton Browne et
M. Trelawney au gouvernement existant de Grce, avec une lettre o il
exposait ses vues et celles du comit qu'il reprsentait; et il n'y
avait pas un mois qu'il s'tait retir  Metaxata, quand il reut des
nouvelles de ces messieurs. Le tableau qu'ils lui envoyrent de l'tat
du pays ne fit que confirmer les ides qu'il avait dj;--incapacit et
gosme  la tte des affaires, dsorganisation dans tout l'ensemble du
corps politique, mais, en mme tems, force vivace au coeur de la nation,
et moyens puissans de rsistance. Il ne put manquer d'tre frapp de
cette troite ressemblance de famille avec l'ancienne population du
pays:--ce grand peuple, au milieu mme de ses interminables dissentions
intrieures, ayant toujours t prt  faire face de concert contre
l'ennemi.

Les agens de sa seigneurie avaient t bien et dment accueillis par le
gouvernement, qui dsirait beaucoup que Lord Byron se rendt en More
sans dlai; et des lettres pressantes, crites dans ce but tant par le
pouvoir lgislatif que par le pouvoir excutif, accompagnrent celles de
MM. Browne et Trelawney. Mais Byron tait rsolu  ne bouger qu'en tems
opportun; car plus il avait pntr dans la connaissance des intrigues
grecques, plus il avait eu  s'applaudir de sa prudence  ne pas
s'engager dans le labyrinthe sans tre auparavant prmuni contre la
dception par les renseignemens qu'il tait en train de recueillir.

Pour donner aussi brivement que possible une ide de ce conflit
d'appels, qui, des divers thtres de l'insurrection, parvinrent  Byron
dans sa retraite, il suffira de dire que, d'une part, Metaxa, gouverneur
de Missolonghi, le suppliait vivement d'accourir au secours de cette
place, que les Turcs bloquaient alors par terre et par mer; que d'autre
part, le premier des chefs militaires, Colocotroni, ne le pressait pas
moins instamment de se prsenter au prochain congrs de Salamine, o les
affaires du pays devaient tre rgles sous la dicte de ces sauvages
guerriers;--et qu'enfin, en mme tems, d'un autre ct, le grand
adversaire de ces chefs militaires, Mavrocordato, tchait, avec plus
d'instances et d'habilet que personne, de lui inspirer ses propres
vues, et le suppliait de venir  Hydra, o il venait d'tre oblig de se
retirer.

La simple nouvelle de l'arrive d'un noble anglais, qui, n'ayant
contract d'engagemans avec aucun parti, laissait  tous l'espoir de son
alliance, et que la rumeur publique munissait d'autant d'argent que
l'imagination de la pauvret se plaisait  lui en attribuer, suffisait
par elle-mme, sans compter les droits plus puissans du nom de Byron,
pour attirer toutes les penses. Il est plus ais, dit le comte Gamba,
de concevoir que de raconter les divers moyens employs pour l'engager
dans une faction ou dans l'autre; lettres, messagers, intrigues,
rcriminations,--oui, les agens de chaque parti dployaient tout leur
art pour rabaisser le parti oppos. Le comte ajoute une circonstance
qui jette une vive lumire sur un trait particulier du caractre du
noble pote.--Il s'occupait  dcouvrir la vrit, toute cache qu'elle
tait sous ces intrigues, et s'amusait  confronter les agens des
diffrentes factions. Durant toutes ces occupations, il continua son
train de vie simple et uniforme,--se levant, toutefois, de bonne heure,
pour la dpche des affaires, ce qui montra combien il tait capable de
vaincre mme une longue habitude en cas de besoin. Quoique trs-occup,
il tait,  toute heure, accessible aux visiteurs; et la facilit avec
laquelle il se laissait importuner par les gens les plus stupides, ne
peut tre mise en doute, puisque, m'a-t-on dit, un des officiers de la
garnison, homme incapable de comprendre autre chose en Byron que sa
bont, avait coutume de dire, quand son tems lui pesait:--Je crois que
je sortirai  cheval et que j'aurai une petite causerie avec Lord
Byron.

Mais l'homme dont les visites parurent faire le plus de plaisir  Byron,
tant pour l'intrt du sujet principal de la conversation que pour les
occasions de plaisanteries fournies par les singularits du visiteur,
fut un mdecin, nomm Kennedy, qui, par un profond sentiment de la
valeur de la religion pour lui-mme, s'tait charg de la bienveillante
tche de communiquer sa lumire aux autres. Voici quelle fut l'origine
de leurs premires relations. Le docteur Kennedy avait entrepris de
convertir  une ferme croyance dans le christianisme quelques amis un
peu sceptiques, alors  Argostoli. Ayant entendu parler de la runion
qui devait avoir lieu dans ce but, Lord Byron demanda  y tre admis, en
disant  la personne par qui il faisait faire cette demande: Vous savez
que je suis regard comme une bte noire,--et pourtant, aprs tout, je
ne suis pas si noir que le monde pense. Il avait promis de convaincre
le docteur Kennedy, que quoiqu'il manqut peut-tre de foi, il avait au
moins de la patience. Mais entendre une leon de plusieurs heures,--de
douze au moins,--sans interruption (telle tait la stipulation), fut une
preuve au-dessus de ses forces: et, peu aprs le commencement de
l'homlie, il commena, comme le docteur nous en informe,  donner des
signes videns du dsir d'changer le rle d'auditeur pour celui
d'orateur. Nanmoins, il y eut dans toute sa conduite, comme auditeur et
comme causeur, tant de courtoisie, de candeur, et de docilit sincre 
l'instruction, qu'il inspira au bon docteur le dsir, sinon l'espoir de
son salut; et quoiqu'il ne repart plus  ces runions thologiques,
cependant ses confrences, sur le mme sujet, avec le docteur Kennedy
seul, furent assez frquentes durant le reste de son sjour 
Cphalonie.

.................................................

Je vais maintenant insrer, avec les remarques ncessaires,
quelques-unes des lettres, soit officielles, soit particulires, que sa
seigneurie crivit durant son sjour  Cphalonie, et d'o le lecteur
puisera, d'une manire plus intressante que par l'intermde d'une
narration, la connaissance des vnemens qui se passaient alors en
Grce, et celle des vues et des sentimens que ces vnemens inspiraient
 Lord Byron.

Il crivit souvent  madame Guiccioli, mais brivement, et pour la
premire fois, en anglais; ajoutant toujours quelques lignes pour elle
dans les lettres de son frre Pitro. Voici, par exemple:

7 octobre.

Pitro vous a dit toutes les nouvelles de l'le,--nos tremblemens de
terre, notre politique et notre sjour actuel dans un joli village.
Comme ses opinions sur les Grecs sont presque semblables aux miennes, je
n'ai besoin de rien vous dire  ce sujet. J'ai fait une folie de venir
ici; mais, puisque m'y voil, je dois voir ce qu'il faut faire.

--Octobre.

Nous sommes encore  Cphalonie; nous attendons des nouvelles plus
exactes et plus prcises; car tout est contradiction et discussion dans
les rapports que nous recueillons sur l'tat des Grecs. Je remplirai le
but de la mission que j'ai reue du comit, puis je reviendrai en
Italie. Car il ne me parat pas probable que, comme individu, je puisse
tre utile aux Grecs;--du moins aucun tranger ne l'a encore t, et
probablement ne le sera pas non plus  prsent.

29 octobre.

Soyez sre que le moment o je vous rejoindrai me sera aussi agrable
qu'aucune autre poque de nos souvenirs. Il n'y a rien ici d'assez
attrayant pour partager mon attention; mais je dois servir la cause
grecque, et par honneur et par inclination. MM. Browne et Trelawney sont
en More, o ils ont t trs-bien reus; et tous les deux m'crivent
avec les plus belles esprances. Je suis dsireux de savoir comment
l'affaire espagnole sera termine, parce que je pense qu'elle peut avoir
de l'influence sur la lutte grecque. Je dsire que l'une et l'autre
affaire s'arrangent favorablement, afin que je puisse retourner en
Italie, et vous conter nos aventures, ou plutt celles de Pitro, dont
quelques-unes sont assez amusantes, ainsi que les incidens de nos
voyages et traverses. J'en rserve le rcit, dans l'esprance que nous
en pourrons rire ensemble sous peu.



LETTRE DXXV.

A M. BOWRING.

29 novembre 1823.

Cette lettre vous sera prsente par M. Hamilton Browne, qui prcde ou
accompagne les dputs grecs. Il est tout -la-fois capable et dsireux
de rendre service  la cause, et de donner des informations au comit.
Il a dj t fort utile sous ce double rapport, du moins  ma
connaissance. Lord Archibald Hamilton, dont il est parent, ajoutera une
recommandation plus puissante que la mienne.

Corinthe est prise, et l'on dit qu'une escadre turque a t battue dans
l'Archipel. Le progrs extrieur des Grecs est considrable, mais leurs
dissentions intrieures continuent toujours. A mon arrive au sige du
gouvernement, je m'efforcerai d'apaiser ou d'teindre ces querelles
domestiques;--mais ce n'est pas une tche facile. Je suis rest ici
jusqu' prsent, en partie dans l'attente de l'escadre destine 
secourir Missolonghi, et du dtachement de M. Parry, et en partie pour
recevoir de Malte ou de Zante la somme de quatre mille livres sterling
que j'ai avance pour le paiement de l'escadre attendue. Les billets se
ngocient, et seront bientt solds, comme ils l'eussent t
immdiatement sur toute autre place; mais les misrables ngocians
ioniens ont peu d'argent, et pas trop de crdit, et montrent d'ailleurs
une rserve politique  cette occasion: car, quoique j'eusse des lettres
de M. Webb (une des plus fortes maisons de la Mditerrane) et de M.
Ransom, il n'y a moyen de traiter  des conditions raisonnables qu'avec
les ngocians anglais. Ceux-ci se sont montrs tout -la-fois capables
et zls,--et intgres comme d'ordinaire[39].

Le colonel Stanhope est arriv, et partira immdiatement. Il peut tre
assur de ma coopration dans tous ses efforts; mais d'aprs tout ce que
je sais, la formation d'une brigade sera  prsent extrmement
difficile, pour ne pas mme dire plus. Quant  la rception des
trangers,--ou du moins des officiers trangers,--je vous renvoie  un
passage de la dernire lettre du prince Mavrocordato, dont copie est
jointe au paquet que j'ai envoy aux dputs. C'est mon intention
d'aller par mer  Napoli de Romanie aussitt que j'aurai arrang cette
affaire pour les Grecs:--je me dispose  faire l'avance de deux cent
mille piastres pour leur flotte.

[Note 39: Les ngocians anglais, dont parle Lord Byron, sont MM.
Barff et Hancock de Zante, dont la conduite, non-seulement envers Lord
Byron, mais durant toute la lutte grecque, a t continuellement pleine
de zle et de dsintressement. (_Note de Moore_.)]

Mon tems ici n'a pas t entirement perdu,--vu qu'il tait douteux,
comme vous vous en apercevrez par mes premiers documens, que mon arrive
immdiate en More et t avantageuse. Nous avons enfin mis en
mouvement les dputs, et j'ai adress sur les divisions intestines une
forte remontrance au prince Mavrocordato, laquelle remontrance,  ce que
j'apprends, a t envoye au prince par le pouvoir lgislatif. Avec un
emprunt on peut faire beaucoup, ce qui est, en gard  des raisons
particulires, tout ce que je puis dire  ce sujet.

J'apprends avec regret du colonel Stanhope que le comit a puis ses
fonds. Suppose-t-on qu'une brigade pourra se former sans frais? ou que
trois mille livres sterling suffiront? Il est vrai que l'argent fera
plus en Grce que dans la plupart des autres pays; mais les forces
rgulires doivent devenir un objet d'intrt national, et tre payes
sur un fonds national: ni individus, ni comits, du moins avec les
moyens ordinaires de tous ceux qui existent aujourd'hui, ne trouveront
l'exprience praticable.

Je vous recommande encore une fois mon ami, M. Hamilton Browne,  qui
j'ai moi-mme de personnelles obligations pour ses services dans la
cause commune, et j'ai l'honneur d'tre,

Tout  vous sincrement.

La remontrance au prince Mavrocordato fut accompagne d'une autre,
adresse au gouvernement existant; et le colonel Stanhope, qui tait sur
le point de se rendre  Napoli et  Argos, fut charg de l'une et de
l'autre. Le ton sage et noble qui rgne dans ces deux lettres sera, sans
l'aide d'un plus long commentaire, apprci par tous les lecteurs[40].

[Note 40: Les pices originales sont en italien[A]. (_Note de
Moore_.)]

[Note A: Moore ne donne pas le texte original. (_Note du Trad._)]



LETTRE DXXVI.

AU GOUVERNEMENT GNRAL DE LA GRCE.

Cphalonie, 30 novembre 1823.

L'affaire de l'emprunt, l'attente si longue et si vainement nourrie de
l'arrive de la flotte grecque, et le danger auquel Missolonghi est
toujours expos, voil les motifs qui m'ont retenu ici, et qui me
retiendront encore tant qu'aucun d'eux ne sera lev. Mais, l'argent une
fois avanc pour la flotte, je partirai pour la More, sans savoir
pourtant  quoi ma prsence peut tre bonne dans l'tat actuel des
choses. Nous avons entendu parler de nouvelles dissentions,--mme de
l'existence d'une guerre civile. Je dsire de tout mon coeur que ces
bruits soient faux ou exagrs: car je ne saurais imaginer un malheur
plus srieux; et je dois avouer franchement que jusqu' l'tablissement
d'une union et d'un ordre parfait, toute esprance d'emprunt sera vaine.
Toute l'assistance que les Grecs peuvent attendre du dehors,--assistance
qui n'est ni peu considrable ni mprisable,--sera suspendue, ou rduite
 nant; et ce qui est pis, les grandes puissances d'Europe, dont aucune
ne s'est dclare ennemie de la Grce, mais qui n'ont pas paru non plus
favoriser le rtablissement de son indpendance, se persuaderont que les
Grecs sont incapables de se gouverner, et se chargeront peut-tre de
mettre fin  vos troubles de manire  ruiner vos esprances et celles
de vos amis.

Permettez-moi d'ajouter, une fois pour toutes,--que je dsire le
bien-tre de la Grce, et rien autre chose; que je ferai tout mon
possible pour atteindre ce but: mais je ne consens point, et ne
consentirai jamais  laisser tromper le public anglais, ou mme les
particuliers anglais, sur l'tat rel des affaires grecques. Le reste,
messieurs, dpend de vous. Vous avez combattu glorieusement:--agissez
honorablement envers vos concitoyens et envers le monde. Alors on ne
dira plus, comme on l'a rpt depuis deux mille ans avec les historiens
romains, que Philopmen fut le dernier des Grecs. Ne souffrez pas que la
calomnie (j'avoue d'ailleurs qu'il est difficile de se garder d'elle
dans une lutte si ardue) compare le patriote grec, qui se repose de ses
travaux, au pacha turc, que ses victoires ont extermin.

Tels sont les sentimens que je vous prie d'accueillir comme une preuve
sincre de mon attachement  vos rels intrts, et veuillez croire que
je suis et serai toujours,

Votre, etc.



LETTRE DXXVII.

AU PRINCE MAVROCORDATO.

Cphalonie, 2 dcembre 1823.

PRINCE,

La prsente vous sera remise par le colonel Stanhope, fils du
major-gnral comte d'Harrington, etc., etc. Il est venu de Londres en
cinquante jours, aprs avoir visit tous les comits de l'Allemagne. Il
est charg par notre comit d'agir de concert avec moi pour la
dlivrance de la Grce. Je pense que son nom et sa mission seront une
suffisante recommandation, sans celle d'un tranger, qui,  la vrit,
respecte et admire, avec toute l'Europe, les talens et surtout la
probit du prince Mavrocordato.

Je suis trs-pein d'apprendre que les dissentions de la Grce
continuent toujours,  une poque o elle pourrait triompher de tous les
obstacles, comme elle a dj triomph de quelques-uns. La Grce est, 
prsent, place entre trois partis, savoir: reconqurir sa libert,
tomber dans la dpendance des souverains d'Europe, ou redevenir province
turque. Elle n'a que le choix de ces trois alternatives. La guerre
civile est un chemin qui mne aux deux derniers rsultats. La Grce
envie-t-elle le sort de la Valachie et de la Crime? Elle peut en jouir
demain. Le sort de l'Italie? Aprs-demain. Veut-elle devenir vraiment
Grce libre et indpendante? Il faut qu'elle se dcide aujourd'hui, ou
elle n'en retrouvera pas l'occasion.

Je suis, avec le plus profond respect, de votre altesse, le
trs-obissant serviteur,

N. B.

_P. S._ Votre altesse aura su que j'ai cherch  remplir les souhaits
du gouvernement grec, autant qu'il a t en mon pouvoir; mais je
dsirerais que la flotte si long-tems et si vainement attendue ft
arrive, ou du moins ft en route, et surtout que votre altesse
s'approcht de ces rgions, soit  bord de la flotte avec une mission
publique, soit de toute autre faon.



LETTRE DXXVIII.

A M. BOWRING.

7 dcembre 1823.

Je confirme la lettre ci-jointe[41]. C'est certainement mon opinion que
M. Millingen a droit au mme salaire que M. Tindall, et son service est
probablement plus pnible.

[Note 41: Il est question d'une lettre de M. Millingen, qui allait,
en qualit de mdecin, joindre les Souliotes prs de Patras, et
demandait au comit une augmentation de paie. Cette lettre tait jointe
 celle de Byron. (_Note de Moore_.)]

Je vous ai crit (ainsi qu' M. Hobhouse, qui a d vous faire lire mes
lettres) par diverses occasions. La plupart du tems, j'ai charg de mes
communications de simples particuliers: j'en ai aussi charg les
dputs, et M. Hamilton Browne.

Le succs des Grecs a t considrable:--Corinthe prise, Missolonghi
presque sauve, et des vaisseaux pris aux Turcs dans l'Archipel. Mais,
d'aprs les derniers rapports, non-seulement la dissention, mais la
guerre civile[42] rgne en More: nous ne savons pas jusqu' quel point,
mais nous esprons que ce ne sera rien.

Pendant six semaines j'ai attendu la flotte, qui n'est pas arrive,
quoique j'aie,  la demande du gouvernement grec, avanc de mon
argent,--c'est--dire prpar, et eu en mains, deux cent mille piastres
(dduction faite de la commission et du courtage des banquiers) pour
servir ses projets. Les Souliotes, maintenant en Acarnanie, dsirent
vivement que je les prenne sous mon commandement, et que j'aille avec
eux rtablir l'ordre en More, ce qui, sans une arme, semble
impraticable; et en vrit, quoique je rpugne (comme mes lettres vous
l'auront montr)  prendre une telle mesure, il ne parat pas qu'il y
ait de remde plus doux. Mais je ne ferai rien prcipitamment; je ne
suis rest si long-tems ici que dans l'esprance de voir les partis se
rconcilier, et j'ai fait tout mon possible dans ce but. Si j'tais
arriv plus tt en More, on m'aurait forc d'entrer dans un parti ou
dans un autre, et je suis  prsent dans le mme doute; mais nous ferons
de notre mieux.

Votre, etc.

[Note 42: Les corps lgislatif et excutif ayant t quelque tems en
querelle, le dernier avait eu enfin recours  la violence, et quelques
escarmouches avaient dj eu lieu entre les factions.]



LETTRE DXXIX.

A M. BOWRING.

10 octobre 1823.

Le colonel Napier vous prsentera cette lettre. Il serait superflu de
parler de son caractre militaire; quant  son caractre personnel, je
puis dire, d'aprs ma propre exprience et d'aprs l'opinion publique,
que le colonel n'est pas moins excellent sous ce rapport que sous le
rapport militaire; bref, on ne trouverait pas facilement un meilleur ou
un plus brave homme. C'est notre homme pour conduire une arme
rgulire, ou pour organiser une arme nationale en Grce. Demandez
l'arme,--demandez-en une quelle qu'elle soit. Le colonel Napier est en
outre un ami particulier du prince Mavrocordato, du colonel Stanhope, et
le mien, et il s'accorde si bien avec nous trois que nous irions
parfaitement ensemble,--point aussi indispensable que rare, surtout en
Grce  prsent.

Pour l'organisation convenable d'une force rgulire, il sera
ncessaire que les prteurs mettent  part au moins 50,000 livres
sterling dans ce but,--peut-tre plus;--mais par-l ils garantiront
leurs capitaux, et rendront leur assurance double. Ils pourront nommer
des commissaires pour surveiller l'emploi de cette partie des fonds,--et
je recommande une prcaution semblable pour le tout.

J'espre que les dputs sont arrivs, ainsi que quelques-unes de mes
diverses dpches pour le comit (principalement adresses  M.
Hobhouse). Le colonel Napier vous dira la dernire intervention des
dieux en faveur des Grecs,--qui semblent n'avoir d'autre ennemi 
craindre dans le ciel et sur la terre que leur tendance aux discordes
intestines. Mais celles-ci, il faut l'esprer, seront apaises; alors
nous pourrons prendre l'offensive, au lieu d'tre rduits  cette petite
guerre qui se passe  dfendre les mmes forteresses chaque anne, 
prendre quelques vaisseaux,  affamer un chteau, et  faire plus de
fracas l-dessus qu'Alexandre dans le vin, ou Bonaparte dans un
bulletin. Nos amis ont fait quelque chose dans le genre des
Spartiates,--(quoiqu'il y en ait dix fois moins qu'on n'en dit),--mais
ils n'ont pas encore hrit de leur style.

Croyez-moi votre, etc.



LETTRE DXXX.

A M. BOWRING.

13 octobre 1823.

Depuis que je vous ai crit la lettre du 10 courant, l'escadre si
long-tems dsire est arrive dans les eaux de Missolonghi et a
intercept deux corvettes turques,--autant de navires de
transport;--tout a t tu ou pris sur les quatre vaisseaux, sauf
quelques hommes qui ont pu se rfugier  terre dans l'le d'Ithaque. Les
Grecs avaient quatorze voiles, les Turcs quatre;--mais n'importe,
l'avantage, la victoire jettera de la poudre aux yeux, et sera
d'ailleurs de quelque avantage. J'attends  chaque moment avis du prince
Mavrocordato, qui est  bord, et a (je crois) des dpches du pouvoir
lgislatif pour moi; en consquence desquelles, aprs avoir pay
l'escadre (dont j'ai prpar et prpare encore le paiement), je le
rejoindrai probablement  bord ou  terre.
....................................................

Le bagage mathmatique, mdical et musical du comit est arriv en bon
tat, dduction faite de quelques dommages causs par
l'humidit.......... Tout est excellent; mais tant que nous n'aurons ni
ingnieur ni trompette (nous avons dj des chirurgiens), ce sont de
vraies perles pour les cochons, comme les Grecs sont tout--fait
ignorans en mathmatiques, et n'ont pas d'oreille pour notre musique.
...................................................

Croyez-moi, mon cher monsieur, etc.

_P. S._--Pour affaires particulires.--J'ai crit  notre ami Douglas
Kinnaird, parce que je veux qu'il m'envoie tous les crdits dont je puis
disposer;--j'ai,  ce qu'il me dit, le revenu d'un an, et la vente d'un
fief par-devant moi;--car, jusqu' ce que les Grecs aient fait leur
emprunt, il est probable que je serai leur
payeur-gnral,--c'est--dire, jusqu' concurrence de la somme pour
laquelle je suis bon. Je vous prie de rpter cela de vive voix 
Douglas, et de lui dire que je dois dans l'intrim tirer d'une manire
formidable sur la maison Ransom. A dire le vrai, je ne regrette pas
l'argent; les gaillards se sont mis de nouveau  se battre,--et je les
aimerai encore davantage s'ils continuent. Mais ils ont eu ou auront en
un seul coup environ quatre mille livres sterling de mon argent (outre
maintes charits particulires pour veuves, orphelins, rfugis et
malheureux de toute espce): et il est  croire qu'il en faudra encore
au moins autant. Mais comment puis-je refuser s'ils se battent?--et
surtout si je suis en leur compagnie? Je vous prie donc d'avertir mon
digne et fidle banquier, l'honorable Douglas Kinnaird, qu'il prpare
tout mon argent, y compris le prix du fief Rochdale et mon revenu de
l'an prochain, 1824, pour rpondre  tous mes billets  ordre ou
lettres-de-change pour la bonne cause, en bonne et lgitime monnaie de
Grande-Bretagne, etc, etc. Puissiez-vous vivre mille ans! ce qui est 999
fois de plus que la constitution des corts espagnoles.



LETTRE DXXXI.

A L'HONORABLE M. DOUGLAS KINNAIRD.

Cphalonie, 23 dcembre 1823.

J'pargnerai ma bourse et ma personne autant que vous me le
recommandez, mais vous savez qu'il est bien d'tre prt  sacrifier
l'une ou l'autre, en cas de besoin.

Je prsume qu'un arrangement a t conclu avec M. Murray pour _Werner_.
Bien que le droit d'auteur ne doive gure aller au-del de deux ou trois
cents livres sterling, je vous dirai ce qu'on peut faire avec cette
somme. Pour trois cents livres sterling je pourrai entretenir en Grce,
 une paie plus haute que la haute paie du gouvernement provisoire, y
compris les rations, une centaine d'hommes arms pendant trois mois.
Vous en jugerez quand vous saurez que les quatre mille livres sterling
avances par moi aux Grecs mettront une flotte et une arme en mouvement
pendant plusieurs mois.

Un vaisseau grec, dtach de l'escadre, est arriv pour me transporter
 Missolonghi, o Mavrocordato est maintenant, et a pris le
commandement. Je vais donc m'embarquer sur-le-champ. Mais adressez
toujours vos lettres  Cphalonie, par MM. Welch et Barry de Gnes,
comme de coutume; et amassez tous les fonds et tout le crdit que je
puis avoir, pour faire face aux frais d'tablissement de la guerre.

J'ai travaill  rconcilier les partis, et il y a maintenant quelque
espoir de russir. Les affaires publiques vont bien. Les Turcs se sont
retirs de l'Acarnanie sans bataille, aprs quelques tentatives inutiles
contre Anatoliko. Corinthe est prise, et les Grecs ont gagn une
bataille dans l'Archipel. L'escadre d'ici a pris aussi une corvette
turque, avec quelque argent et toute la cargaison. Bref, si l'on peut
obtenir un emprunt, je pense que les choses prendront et conserveront un
aspect favorable pour l'indpendance grecque.

En attendant, je suis payeur-gnral; il est fort heureux que vu la
nature de la guerre et du pays, les ressources d'un seul individu
puissent rendre des services partiels et temporaires.

Le colonel Stanhope est  Missolonghi. Les Souliotes, qui sont mes
amis, semblent dsirer de m'avoir avec eux, et Mavrocordato a le mme
dsir. Si je puis russir  rconcilier les deux partis (et j'ai remu
ciel et terre pour cela), ce sera quelque chose; sinon, nous
traverserons la More avec les Grecs occidentaux--qui sont les plus
braves et  prsent les plus forts, ayant fait battre en retraite les
Turcs,--et nous essaierons l'effet d'un petit avertissement _physique_,
si l'on persiste  se refuser  la persuasion _morale_.

Je vous recommande encore une fois de renforcer mon coffre-fort et mon
crdit par toutes les sources et ressources lgitimes jusqu'au degr
praticable,--car, aprs tout, il vaut mieux jouer son argent pour les
nations qu'au club d'Almack ou  Newmarket,--et je vous prie de m'crire
aussi souvent que vous pourrez.

Je suis toujours, etc.

       *       *       *       *       *

L'escadre si long-tems attendue ayant enfin paru dans les eaux de
Missolonghi, et Mavrocordato, de tous les chefs de l'insurrection le
seul digne du nom d'homme-d'tat, ayant t envoy, avec de pleins
pouvoirs, pour organiser la Grce occidentale, le moment convenable pour
la prsence de Lord Byron sur le thtre de l'action sembla tre arriv.
L'impatience avec laquelle il tait attendu  Missolonghi tait extrme,
et l'on peut en juger par le langage pressant des lettres qu'on lui
crivait pour hter son arrive. Je n'ai pas besoin de vous dire,
milord, dit Mavrocordato, combien je soupire aprs votre prsence,
jusqu' quel point tout le monde la dsire, et quelle direction prospre
elle donnera  toutes nos affaires. Le colonel Stanhope, avec de non
moins vives instances, lui crit de Missolonghi. Le vaisseau grec
envoy pour votre seigneurie est de retour; on comptait sur votre
arrive, et le dsappointement a t fort grand, en vrit. Le prince
est dans l'anxit, l'amiral a un air sombre, et les marins murmurent 
haute voix. Il ajoute  la fin de la lettre: Je me suis promen ce
soir dans les rues, et le peuple me demandait Lord Byron!!! Dans une
lettre de la mme date au comit de Londres, le colonel Stanhope dit:
Tous soupirent aprs l'arrive de Lord Byron, comme on soupirerait
aprs la venue d'un Messie.

Ce vif dsir doit, sans aucun doute, tre attribu en grande partie aux
voeux impatiens des Grecs pour le prt que Byron leur avait promis, et
sur lequel ils comptaient pour le paiement de la flotte. Le prince
Mavrocordato et l'amiral (dit le mme correspondant) sont dans un tat
de perplexit extrme; ils comptaient,  ce qu'il parat, sur votre prt
pour le paiement de la flotte: ce prt manquant, les marins veulent
partir sur-le-champ. Ce serait une circonstance fatale, parce qu'elle
placerait Missolonghi dans un tat de blocus, et empcherait les troupes
grecques d'agir contre les forteresses de Nepacto et de Patras.

Cependant Lord Byron se prparait activement au dpart, dont le dernier
retard avait t d, en grande partie,  cette rpugnance pour tout
changement de place qui s'tait depuis peu empare de lui, et que ni
l'amour, comme nous avons vu, ni l'ambition ne pouvaient entirement
vaincre. De plus, quelques-uns de ses amis,  Argostoli, s'taient
efforcs de le dissuader de fixer sa rsidence dans un endroit aussi
malsain que Missolonghi; et M. Muir, trs-habile officier de sant, dont
les talens lui inspiraient la plus grande confiance, insista
trs-vivement pour prvenir une dmarche si imprudente. Mais Lord Byron
avait l'esprit mont,--la proximit de ce port le tentait:--aprs avoir
lou, pour lui et sa suite, un navire lger et bon voilier, nomm un
_mistico_, avec une barque pour une partie de son bagage, et un plus
grand navire pour le reste, pour les chevaux, etc, il fut, le 26
dcembre, prt  mettre  la voile. Mais le vent tant contraire, il fut
retenu deux jours de plus, et dans cet intervalle il crivit les lettres
suivantes.



LETTRE DXXXII.

A M. BOWRING.

26 dcembre 1823.

Je n'ai besoin d'ajouter que peu de choses  la lettre ci-incluse, qui
est arrive aujourd'hui, sinon que je m'embarque demain pour
Missolonghi. Les oprations projetes sont dtailles dans les documens
annexs. Je n'ai qu'une demande  faire: c'est que le comit use de tous
ses moyens d'influence et de crdit pour servir l'accomplissement de nos
vues.

J'ai aussi  vous demander personnellement de ma part de presser mon
ami et homme d'affaires, Douglas Kinnaird (de qui je n'ai pas reu de
nouvelles depuis prs de quatre mois) de me procurer toutes les
ressources dont je puis disposer pour l'anne prochaine, puisque ce
n'est pas le moment de mnager sa bourse ni peut-tre sa personne. J'ai
avanc, et j'avance tout ce que j'ai en main, mais je demanderai tout ce
qui pourra tre amass;--et (si Douglas a termin la vente de Rochdale,
le prix de cette vente et mon revenu entier de l'anne prochaine devront
former une bonne et ronde somme)--comme vous pouvez voir que les caisses
des Grecs ne seront pas bien fournies ( moins qu'ils n'obtiennent
l'emprunt), il est d'autant plus ncessaire que leurs amis qui ont de
l'argent le risquent.

Les envois du comit sont, en partie, utiles, et tous excellens dans
leur genre; mais  peine utilisables, dans l'tat prsent de la Grce.
Par exemple, les instrumens de mathmatiques sont jets au diable:--nous
devons conqurir d'abord, puis lever des plans. L'utilit des trompettes
peut aussi tre rvoque en doute,  moins que Constantinople ne soit
comme Jricho.

Nous ferons ici de notre mieux,--et je vous prie de stimuler l-bas vos
coeurs anglais  un effort plus gnral. Pour ma part, je tiendrai ferme,
tant qu'il restera une planche o l'on puisse se cramponner
honorablement. Si j'abandonne la partie, ce sera la faute des Grecs, et
non pas de la sainte-alliance ou des Musulmans plus saints
encore;--mais livrons-nous  une meilleure esprance.

Tout  vous  jamais,

N. B.

_P. S._--Je suis heureux de dire que le colonel Leicester Stanhope et
moi agissons d'un commun et parfait accord;--il est propre  rendre de
grands services  la cause grecque et au comit, et il est tant sous le
rapport public que sous le rapport personnel une acquisition de haut
prix pour nous. Il est arriv (comme tous ceux qui n'avaient pas encore
vu le pays) avec de hautes et transcendantes ides puises dans la
sixime classe d'Harrow ou d'Eton, etc.; mais le colonel Napier et moi
nous l'avons mis  la raison l-dessus, ce qui est absolument ncessaire
pour prvenir le dgot et peut-tre le retour. Mais maintenant nous
pouvons mettre l'paule  la roue, sans nous fcher contre la boue qui
pourra quelquefois en entraver le cours.

Je puis vous assurer que le colonel Napier et moi sommes aussi rsolus
pour la cause grecque que quelque tudiant allemand que ce soit; mais en
hommes qui ont vu le pays, et la vie humaine, l et ailleurs, nous
pouvons nous permettre de voir l'affaire sous ses vritables couleurs,
avec ses dfauts comme avec ses beauts,--d'autant plus que le succs
fera disparatre les premiers graduellement.

N. B.

_P. S._ Vous communiquerez au comit tout ce qu'il vous plaira de cette
lettre; le reste peut tre entre nous.



LETTRE DXXXIII.

A M. MOORE.

Cphalonie, 27 dcembre 1823.

J'ai reu une lettre de vous il y a quelque tems. J'ai t trop occup
dans ces derniers tems pour vous crire autant que je l'eusse souhait,
et mme aujourd'hui je vous cris  la hte.

Je m'embarque dans vingt-quatre heures pour Missolonghi o je vais
joindre Mavrocordato. L'tat des partis (mais ce serait une trop longue
histoire) m'a retenu ici jusqu' prsent; mais maintenant que
Mavrocordato (leur Washington, ou leur Kosciusko) est employ de
nouveau, je puis agir en sret de conscience. Je porte de l'argent pour
payer l'escadre, etc., et j'ai de l'influence sur les Souliotes,
supposs suffisans pour tenir en paix quelques-uns des dissidens;--car
il y a une quantit de diffrends; mais ce n'est rien.

On suppose que nous attaquerons Patras, ou les forteresses du dtroit;
et il parat, d'aprs la plupart des rapports, que les Grecs,--ou du
moins les Souliotes qui sont lis avec moi par le pain et le sel,
attendent que je marche avec eux;--ainsi soit-il! Si quelque chose comme
la fivre, la fatigue, la famine, etc., enlve au milieu de la carrire
des ans votre confrre en chansons,--comme Garcilasso de la Vga,
Kleist, Korner, Kutoffski (rossignol russe,--voyez _l'Anthologie de
Bowring_), ou Thersandre,--ou--ou quelque autre,--je vous prie de
m'accorder un souvenir au milieu des sourires et du vin.

J'ai l'esprance que la cause triomphera; mais, triomphe ou non,
toujours est-il que l'honneur doit tre observ comme la dite lacte.
Je compte suivre l'une et l'autre partie du prcepte.

Pour toujours, etc.

       *       *       *       *       *

Il est  peine ncessaire d'appeler l'attention du lecteur sur le
triste, mais trop vritable, pressentiment exprim dans cette
lettre,--l'avant-dernire que je reus de mon ami. Avant d'accompagner
Byron sur la scne finale de ses travaux, je donnerai ici, aussi
brivement que possible, quelques anecdotes choisies parmi les nombreux
traits de caractre qu'il prsenta, dit-on, durant son sjour 
Cphalonie; o il tait (pour me servir des termes mmes du colonel
Stanhope, dans une lettre adresse de cette le au comit grec) aim
des Cphaloniens, des Anglais et des Grecs, et o, familirement
approch par des personnes de toute classe et de tout pays, il n'a pas
donn lieu de citer ni une action ni une parole qui ne portt un
honorable tmoignage  la bienveillance et  la solidit de ses vues, 
sa gnrosit toujours prompte, mais pleine de discernement, et  la
nettet de ses ides, -la-fois dtailles et tendues, sur le caractre
et les besoins du peuple et de la cause qu'il tait venu servir. De
tous ceux qui vinrent  l'aide des Grecs, dit le colonel Napier
(l'homme le plus propre  en juger, tant par sa longue exprience locale
que par la finesse et la rectitude de son esprit), je n'en vis pas un,
except Lord Byron et M. Gordon, qui semblt justement apprcier le
caractre de ce peuple; tous vinrent en s'imaginant trouver le
Ploponse rempli d'hommes de Plutarque, et tous s'en retournrent en
croyant les Grecs moins moraux que les habitans de Newgate. Lord Byron
les jugea bien; il savait que les hommes  demi civiliss sont pleins de
vices, et qu'on doit avoir une grande indulgence pour des esclaves
mancips. Il s'avana donc, la bride en main, non dans l'ide que les
Grecs taient bons, mais dans l'espoir de les rendre meilleurs.

En parlant de la ridicule accusation d'avarice intente  Lord Byron par
quelques hommes qui se sont ainsi vengs de n'avoir pu en imposer  sa
gnrosit, le colonel Napier dit: Je n'en vis jamais un seul trait,
tant que Byron fut ici. Je reconnus seulement une gnrosit judicieuse
dans tout ce qu'il faisait. Il ne se serait pas laiss _voler_, mais il
donnait avec profusion partout o il croyait faire du bien. Ce fut, en
vrit, parce qu'il ne se laissait pas _plumer_, qu'il fut nomm mesquin
par ceux qui sont toujours prts  rpandre l'argent de toute autre
bourse que la leur. Mais le fait est que Lord Byron donna une grande
quantit d'argent aux Grecs en diffrentes faons.

Parmi les objets de sa bienfaisance furent beaucoup de pauvres rfugis
grecs du continent et des les. Non-seulement il secourut leurs misres
prsentes, mais encore accorda une certaine somme par mois aux plus
dpourvus. Une liste de ces pauvres pensionnaires, dit le docteur
Kennedy, m'a t donne par le neveu du professeur Bambas.

Un de ses traits d'humanit,  Cphalonie, montrera combien vite il
rpondait  l'appel de ce sentiment, et combien mme, quelquefois, les
personnes en taient indignes. Une compagnie d'ouvriers employs  la
confection d'une de ces belles routes projetes par le colonel Napier,
ayant imprudemment pouss une excavation, la terre s'boula et ensevelit
environ une douzaine de personnes; la nouvelle de cet accident tant
arrive sur l'heure  Metaxata, Lord Byron envoya aussitt son mdecin
Bruno sur les lieux, et le suivit avec le comte Gamba, aussitt que les
chevaux eurent t sells. Il y avait une foule de femmes et d'enfans
qui se lamentaient autour des ruines; tandis que les ouvriers, qui
venaient de dterrer trois ou quatre de leurs compagnons estropis,
restaient l tranquilles comme s'ils n'avaient eu rien de plus  faire.
Lord Byron leur demanda s'il n'y avait pas d'autres personnes sous
terre, ils rpondirent froidement que ils n'en savaient rien, mais
qu'ils le croyaient. Furieux de cette indiffrence brutale, il sauta 
bas de son cheval, et saisissant lui-mme une bche il se mit  creuser
de toutes ces forces; mais aucun des paysans ne suivit son exemple
qu'aprs la menace des coups de cravache. Je n'tais pas prsent 
cette scne, dit le colonel Napier, dans les Notices dont il m'a
favoris, mais on m'a dit que l'attention de Lord Byron semblait
entirement absorbe dans l'tude des physionomies et des gesticulations
de ceux qui ne retrouvaient pas leurs amis. Le chagrin des Grecs est en
apparence, frntique; ils crient et hurlent comme en Irlande.

C'est par allusion  l'incident mentionn ci-dessus que le noble pote
est dit avoir dclar qu'il tait venu dans les Iles avec des
prventions contre le systme de gouvernement de sir T. Maitland 
l'gard des Grecs: Mais, ajoutait-il, j'ai maintenant chang d'opinion.
Ce sont de tels barbares que si j'avais  les gouverner, je paverais de
leurs corps ces routes mmes.

Durant sa rsidence  Metaxata, il reut la nouvelle de la maladie de sa
fille Ada, ce qui le rendit inquiet et mlancolique (dit le comte
Gamba) pendant plusieurs jours. Il avait vu que l'indisposition de sa
fille avait t cause par une congestion de sang  la tte; et en
faisant remarquer au docteur Kennedy, comme rapprochement curieux, que
c'tait un accident auquel il tait lui-mme sujet, le mdecin rpondit
qu'il avait t port  infrer cette disposition non-seulement de ses
habitudes de travail intense et irrgulier, mais de l'tat actuel de ses
yeux,--l'oeil droit paraissant tre enflamm. J'ai mentionn cette
dernire circonstance comme propre peut-tre  justifier la conjecture
qu'il y avait en ce moment dans l'tat de sant de Lord Byron une
prdisposition  la maladie dont il mourut quelque tems aprs. Il
parlait souvent de sa femme et de sa fille au docteur Kennedy, en
exprimant la plus vive affection pour l'une et un grand respect pour
l'autre; et tout en dclarant, comme de coutume, qu'il ignorait
compltement les motifs de la sparation, il se montrait pleinement
dispos  accueillir toute perspective de rconciliation.

Il donna aussi de frquentes preuves de l'empressement avec lequel, 
toutes les poques de sa vie, mais surtout  celle-ci, il cherchait 
repousser l'ide qu' l'exception des instans o il composait sous le
feu de l'inspiration, il ft d'ailleurs influenc le moins du monde par
de potiques associations d'ides. Vous devez (lui disait quelqu'un)
avoir t vivement charm des restes et des souvenirs classiques que
vous avez rencontrs dans votre visite  Ithaque.--Vous ne me
connaissez pas du tout, rpondit Lord Byron,--je ne me laisse point
tourdir de bourdonnemens potiques; je suis trop vieux pour cela. Les
ides de ce genre, je les confine dans des vers.

Durant les deux jours qu'il fut retenu par les vents contraires, il
demeura chez M. Hancock, son banquier, et il passa la plus grande partie
de son tems en socit avec les autorits anglaises de l'le. Enfin, le
vent devenant favorable, il se prpara  s'embarquer. J'allai lui faire
mes adieux, dit le docteur Kennedy, et le trouvai seul et occup  lire
_Quentin Durward_. Il tait, comme de coutume, en assez bonne humeur.
Peu d'heures aprs on mit  la voile,--Lord Byron  bord du _mistico_,
et le comte Gamba, avec les chevaux et le lourd bagage, dans un navire
plus grand, nomm _bombarda_. Aprs avoir touch  Zante pour quelques
arrangemens pcuniaires avec M. Barff, et avoir pris  bord une somme
considrable en espces, on navigua, le 29 au soir, vers Missolonghi.
Les dernires nouvelles reues de cette place ayant reprsent la flotte
turque comme sjournant encore dans le golfe de Lpante, il n'y avait
pas le plus lger motif pour apprhender la moindre interruption dans la
traverse. D'ailleurs, sachant que l'escadre grecque tait maintenant 
l'ancre prs de l'entre du golfe, nos passagers ne doutaient gure
qu'ils ne rencontrassent bientt un navire ami qui les chercht ou les
attendt.

Nous vogumes ensemble, dit le comte Gamba, dans une narration
trs-pittoresque et trs-intressante, jusqu' dix heures du soir. Le
vent tait favorable,--le ciel clair, l'air frais sans tre froid. Nos
matelots chantaient alternativement des chansons patriotiques, assez
monotones en vrit, mais extrmement intressantes pour des personnes
dans notre situation, et nous y prenions part. Nous tions tous, mais
surtout Lord Byron, en excellente humeur. Le _mistico_ filait le plus
vite. Quand les flots nous sparrent, et que nos voix ne purent plus se
rpondre, nous fmes des signaux en tirant des coups de pistolet et de
carabine. A demain  Missolonghi,-- demain! Ainsi nous voguions,
pleins de confiance et de joie. A minuit, nous nous perdmes de vue.

En attendant l'autre navire, la voile ayant t plus d'une fois diminue
dans ce but, le _mistico_ fut sur le point de tomber dans une surprise
qui aurait, en un moment, chang les destines futures de Lord Byron.
Deux ou trois heures avant le point du jour, en gouvernant sur
Missolonghi, on se trouva sous la poupe d'un grand navire, qu'on prit
d'abord pour un navire grec, mais qui,  porte de pistolet, fut reconnu
pour tre une frgate turque. Par bonheur, le _mistico_ fut pris pour un
brlot grec par les Turcs, qui par consquent craignirent de faire feu
sur lui, mais qui le hlrent  grands cris. Cependant Lord Byron et son
quipage gardrent le plus profond silence; et les chiens eux-mmes
(comme je l'ai su du valet de chambre de sa seigneurie), quoiqu'ils
n'eussent cess d'aboyer durant toute la nuit, ne poussrent pas un cri
tant qu'on fut  la porte de la frgate turque,--incident non moins
heureux que surprenant, vu que, d'aprs les informations dtailles que
les Turcs avaient reues sur le dpart de sa seigneurie de Zante,
l'aboiement des chiens et en ce moment ncessairement trahi Lord Byron.
A la faveur de ce silence et des tnbres, le _mistico_ put continuer sa
navigation sans tre inquit, et s'abrita parmi les Scrofes, groupe de
rochers  quelques heures de Missolonghi. De l, la lettre suivante,
remarquable, vu la situation de Lord Byron en ce moment, par le ton de
lgret et d'insouciance qui y rgne, fut envoye au colonel Stanhope.



LETTRE DXXXIV.

A L'HONORABLE COLONEL STANHOPE.

Scrofes (ou quelque autre nom pareil),  bord d'un mistico cphaloniote,
31 dcembre 1823.

MON CHER STANHOPE,

Nous venons d'arriver ici, c'est--dire une partie de ma suite et moi,
avec certaines choses, etc., et qu'il vaut mieux peut-tre ne pas
spcifier dans une lettre (qui court risque d'tre intercepte);--mais
Gamba, mes chevaux, mon ngre, mon matre-d'htel, la presse et toutes
les fournitures du comit, plus environ huit mille dollars  moi
appartenans (mais n'y songez pas, il nous en reste davantage,
comprenez-vous?), sont tombes au pouvoir des frgates turques. Mon
quipage et moi, dans une autre embarcation, nous l'avons chapp belle
la nuit dernire, ou plutt ce matin, nous tant trouvs juste sous leur
poupe, et ayant t hls; mais nous ne rpondmes pas, et gagnmes le
large. Nous sommes ici au soleil, et  la clart du jour, dans un assez
joli petit port. Mais nos amis les Turcs ne nous enverront-ils pas leurs
chaloupes pour s'emparer de nous (car nous n'avons pas d'armes, sauf
deux carabines et quelques pistolets, et nous ne sommes pas, je prsume,
plus de quatre combattans  bord)? c'est une autre question, surtout si
nous restons long-tems ici, l'entre directe de Missolonghi nous tant
ferme.

Vous ferez bien de m'envoyer mon ami Georges Drake et un corps de
Souliotes pour nous escorter par terre ou par les canaux, et cela avec
toute la clrit convenable. Gamba et notre bombarde sont emmens 
Patras,  ce que je suppose, et nous devrions tcher de les reprendre
aux Turcs; mais o diable la flotte est-elle alle?--la flotte grecque,
veux-je dire, nous laissant nous aventurer sans nous avertir que les
Musulmans taient en mer.

Prsentez mes respects  Mavrocordato, et dites-lui que je suis ici 
sa disposition. Je ne suis pas ici fort  l'aise; non pas tant pour
moi-mme que pour un enfant grec qui est avec moi, car vous savez quel
serait son sort, et je le couperais en morceaux, lui d'abord, puis moi
ensuite, plutt que de le laisser prendre par ces barbares. Nous sommes
tous bien portans.

N. B.

La bombarde tait  douze milles lorsqu'elle a t prise, du moins  ce
qu'il nous a paru (si toutefois elle est prise, car ce n'est pas
certain), et nous avons eu  chapper  un autre navire qui tait juste
entre nous et le port.

       *       *       *       *       *

Trouvant que sa position parmi les rochers des Scrofes ne serait pas
tenable en cas d'attaque par des chaloupes armes, il jugea  propos de
se remettre en mer, et, faisant force de voiles, il arriva sans
malencontre  Dragomestri, petit port de mer en Acarnanie: c'est de l
qu'il crivit les lettres suivantes  deux de ses plus honorables amis
cphaloniens.



LETTRE DXXXV.

A M. MUIR.

Dragomestri, 2 janvier 1824.

MON CHER MUIR,

Je vous souhaite des recettes nombreuses, et du bonheur par-dessus le
march. Gamba et la bombarde (il y a du moins de fortes raisons pour le
penser) sont emmens  Patras par une frgate turque, que nous vmes
leur donner la chasse au point du jour, le 31 dcembre. Nous nous tions
approchs la nuit mme jusque sous la poupe, parce que nous ne
reconnmes qu' porte de pistolet que ce n'tait pas un navire grec; et
nous n'avons chapp que par un miracle d  l'intervention de tous les
saints (au dire de notre capitaine), et vraiment je suis de son opinion,
car nous n'aurions jamais pu par nous-mmes nous tirer d'affaire. Les
Turcs firent des signaux avec force lumires; ils illuminrent le navire
entre les ponts, poussrent de grands cris;--mais pourquoi ne firent-ils
pas feu? Peut-tre ils nous prirent pour un brlot grec, et craignirent
de nous mettre en flammes:--ils n'avaient point hiss de pavillon au
point du jour ni plus tard.

Au point du jour mon navire tait sur la cte, mais le vent n'tait pas
favorable  notre entre dans le port;--un grand vaisseau, avec le vent
en sa faveur, stationnait entre nous et le golfe, et un autre faisait la
chasse  la bombarde  environ douze milles de distance. Bientt aprs,
la bombarde et la frgate parurent voguer vers Patras, et une chaloupe
zantiote nous avertit, par des signaux donns du rivage, de nous
loigner. Nous nous loignmes vent en poupe, et nous retirmes dans une
anse, appele, je crois, Scrofes, o je dbarquai Luc[43] et un autre
(comme la vie de Luc courait le plus grand danger), avec un peu d'argent
pour eux, et une lettre pour Stanhope; je les envoyai par terre 
Missolonghi, o ils seraient en sret, parce que le lieu o nous tions
pouvait tre attaqu d'un moment  l'autre par des chaloupes armes, et
que Gamba avait toutes nos armes, except deux carabines, un fusil de
chasse et quelques pistolets.

[Note 43: Jeune Grec qu'il avait emmen de l'le de Cphalonie.
(_Note de Moore_.)]

En moins d'une heure le vaisseau en croisire approcha, nous nous
remmes  fuir, et tournant notre poupe  la frgate nous entrmes avant
la nuit dans le port de Dragomestri, o nous sommes maintenant. Mais o
est la flotte grecque? Je n'en sais rien,--le savez-vous? Je dis  notre
pilote que je penchais  croire que les deux grands navires (il n'y en
avait pas d'autre en vue), taient Grecs. Mais il rpondit: Ils sont
trop grands,--pourquoi ne montrent-ils pas leurs couleurs. Et  tort ou
 raison, plusieurs chaloupes que nous rencontrmes ou dpassmes, le
confirmrent dans l'ide qu'avec le vent qui soufflait nous ne pourrions
entrer dans le port sans un long combat; et comme nous avions  bord
beaucoup d'argent, et quelques vies  risquer (surtout celle du jeune
garon), sans aucun moyen de dfense, il fallait laisser faire nos
mariniers.

J'envoyai hier un autre message  Missolonghi pour demander une
escorte, mais nous n'avons pas encore de rponse. Voil le cinquime
jour que nous passons (je parle de moi et de l'quipage de ma chaloupe),
sans changer de vtemens, et  dormir sur le pont en plein air, mais
nous sommes tous en bonne sant et en belle humeur. Il est supposable
que le gouvernement, dans son propre intrt, nous enverra une escorte,
puisque j'ai 16,000 dollars  bord, en grande partie pour son service.
J'avais (outre mes effets personnels montant  environ 5,000 dollars),
8,000 dollars en espces, sans compter les fournitures du comit, en
sorte que les Turcs auront fait un bon coup, si la prise est juge
bonne.

Je regrette que Gamba ait t pris, etc., mais nous pourrons rparer
les autres pertes; ainsi dites  Hancock de raliser mes billets le plus
tt possible, et  Corgialegno de se prparer  convertir en argent le
restant de mon crdit sur la maison Webb. Je resterai ici, sauf le cas
d'un incident extraordinaire, jusqu' ce que Mavrocordato m'envoie
chercher; puis j'agirai selon les circonstances. Mes respects aux deux
colonels, et mes souvenirs  tous mes amis. Dites  l'_ultima
analise_[44] que son ami Raidi n'a pas paru avec le brick, quoiqu'il et
bien fait,  mon avis, de nous avertir,  Zante ou de Zante, de ce que
nous avions  craindre.

Votre trs-affectionn,

N. B.

_P. S._ Excusez mon griffonnage en raison de ma plume et du froid
glacial du matin. J'cris  la hte, ma barque partant pour Kalamo: Je
ne sais si la saisie de la bombarde (si toutefois elle a t capture,
car je ne pourrais en jurer, et je n'en juge que sur l'apparence, et sur
le dire de tout le monde), sera une affaire de gouvernement, de
neutralit, etc.,--mais le navire a t arrt au moins  douze milles
de distance du port, et il avait tous ses papiers en rgle, ainsi que
nous, pour la traverse de Zante  Kalamo. Je ne suis point descendu 
terre  Zante, parce que je voulais perdre le moins de tems possible,
mais sir F. S. *** est venu m'inviter, etc., et tout le monde m'a
tmoign autant de bienveillance qu' Cphalonie mme.

[Note 44: Le comte Delladecima,  qui Byron donne ce nom, parce que
ce gentilhomme avait coutume d'employer trs-souvent en conversation la
phrase _in ultima analise_. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DXXXVI.

A M.C. HANCOCK.

Dragomestri, 2 janvier 1824.

MON CHER MONSIEUR HANCOCK,

Rappelez-moi au souvenir du docteur Muir et de tout le monde. J'ai
encore avec moi les 16,000 dollars, le reste tait  bord de la
bombarde, qui a t prise, ou qui du moins nous manque, avec toutes les
fournitures du comit, mon ami Gamba, mes chevaux, mon ngre, mon
bulldog, mon matre d'htel et mes domestiques, avec tous nos instrumens
de paix et de guerre, plus 8,000 dollars: mais la prise sera-t-elle
lgitime ou non? c'est ce que doit dcider le gouverneur des Sept-Iles.
J'ai crit tous les dtails au docteur Muir, par la voie de Kalamo. Nous
sommes en bon tat; et, malgr le vent et la saison, malgr la chasse
des Turcs, malgr le court sommeil que nous prenons sur le pont de la
chaloupe, etc., etc., nous sommes dans une situation tolrable vu le
pays et les circonstances. Mais je prvois que nous aurons besoin de
tout l'argent que je puis raliser  Zante et ailleurs. Mr Barff nous a
donn huit mille et quelques dollars; ainsi, il y a encore une balance
en ma faveur. Nous ne sommes pas certains que les vaisseaux qui nous ont
donn la chasse fussent turcs, mais il y a une forte prsomption pour le
croire, et point de nouvelles qui contredisent cette ide. A Zante tout
le monde,  commencer par le rsident, m'a tmoign la plus grande
bienveillance possible, et surtout votre digne et honnte associ.

Dites  nos amis de ne pas se dcourager:--nous pouvons encore russir.
J'ai dbarqu, je crois, prs d'Anatoliko, le jeune garon et un autre
Grec, qui taient dans les plus terribles alarmes;--je les ai mis ainsi
en sret: quant  moi et aux miens, il fallait que nous gardassions
notre bien.

J'espre que la captivit de Gamba ne sera que temporaire. Quant  nos
effets et  nos dollars, si nous les avons,--tant mieux; sinon,
patience. Je vous souhaite un heureux nouvel an, ainsi qu' tous nos
amis,

Votre, etc.

Durant ces aventures de lord Byron, le comte Gamba, pris par la frgate
turque, avait t emmen, avec sa prcieuse cargaison,  Patras, o le
commandant de la flotte turque s'tait tabli. L, aprs une entrevue
avec le pacha, par qui il fut trait fort poliment durant sa dtention,
il eut le bonheur d'obtenir qu'on relcht son navire et sa cargaison,
et il arriva le 4 janvier  Missolonghi. Mais,  son grand tonnement,
il apprit que lord Byron n'tait pas encore arriv. En effet,--comme si
tous les incidens de cette courte traverse avaient t destins 
rembrunir les sombres pressentimens que Byron avait dj conus,-- son
dpart de Dragomestri, un violent coup de vent tait survenu; la
chaloupe fut deux fois pousse sur les rochers dans le passage des
Scrofes, et, vu la force du vent et le peu de connaissance que le
capitaine avait de ces bas-fonds, le danger fut considr comme
trs-srieux par tous les hommes  bord. La seconde fois que le navire
choua, dit le comte Gamba, les matelots, perdant entirement
l'esprance de le sauver, commencrent  songer  leur propre salut.
Mais Lord Byron leur persuada de rester; par sa fermet, et  l'aide de
ses connaissances nautiques, il les mit hors de danger, et sauva ainsi
la chaloupe, plusieurs vies, et 25,000 dollars, dont la plus grande
partie en espces.

Le vent tant toujours contraire, on jeta l'ancre entre deux des
nombreux lots dont cette partie de la cte est borde; et l Lord
Byron, tant pour se rafrachir que pour se laver, fut port  commettre
une imprudence qui a trs-probablement contribu  produire sa fatale
maladie. S'tant rendu dans une petite barque sur un petit rocher assez
loign, il envoya chercher les caleons de nankin qu'il avait coutume
de mettre en se baignant, et quoique la mer ft houleuse, et la nuit
froide (c'tait le 3 janvier), il regagna la chaloupe  la nage. Je
suis compltement convaincu, dit son valet de chambre en rapportant
cette imprudente prouesse, que la sant de milord en fut branle.
Certainement sa seigneurie n'en fut point malade sur l'heure, mais au
bout de deux ou trois jours elle se plaignit d'une douleur gnrale dans
les os, qui dura,  un degr plus ou moins fort, jusqu'au moment de sa
mort.

Lord Byron mit  la voile le lendemain matin avec l'espoir d'arriver 
Missolonghi avant le coucher du soleil, mais il fut encore repouss par
les vents contraires, n'entra que fort tard dans le port, et ne
descendit  terre que le 5 au matin.

On concevra aisment l'inquitude qui, durant ce tems, avait tourment
tout le monde  Missolonghi, o l'on savait que la flotte turque tait
sortie du golfe, et que Lord Byron tait en route; elle est vivement
dpeinte dans une lettre crite, pendant ces momens d'attente, par un
tmoin oculaire. La flotte turque, dit le colonel Stanhope, s'est mise
en mer et bloque en ce moment le port. Plus loin on voit les vaisseaux
grecs, et entre autres celui qu'on a envoy  lord Byron. Nous ne savons
si sa seigneurie est  bord ou non. Certes, nous sommes dans un jour de
crise. A la fin de la lettre, il ajoute: Les domestiques de Lord Byron
viennent d'arriver; il sera lui-mme ici demain. S'il n'tait pas venu,
nous n'aurions pas eu besoin d'implorer le beau tems; car la flotte et
l'arme sont affames et inactives. Parry n'a point paru. S'il arrive
aussi demain, toute la ville sera folle de plaisir.

L'accueil que les Grecs firent  leur noble visiteur fut tel qu'on
pouvait l'infrer de l'ardente sollicitude avec laquelle sa seigneurie
avait t attendue. La population entire de la ville se porta en foule
sur le rivage: les vaisseaux  l'ancre sous la forteresse tirrent le
canon pour saluer Lord Byron lorsqu'il passa devant eux; toutes les
troupes et toutes les autorits civiles et militaires de la place, avec
le prince Mavrocordato  leur tte, le reurent  son dbarquement, et
l'accompagnrent au milieu du bruit confus des cris de joie, d'une
musique sauvage, et des dcharges d'artillerie, jusqu' la maison qui
avait t prpare pour lui. Je ne puis aisment dcrire, dit le comte
Gamba, les motions qu'une telle scne excitait. Je saurais  peine
retenir mes larmes.

Aprs huit jours de fatigues pareilles, Lord Byron aurait pu fort bien
dsirer un court intervalle de dlassement; mais le thtre o il
venait d'entrer loignait toute pense de repos: celui sur qui les
regards et les esprances de tous taient concentrs, ne pouvait gure
songer  mnager sa personne. Il y avait d'ailleurs,  ce moment mme,
dans l'enceinte de Missolonghi, plus de causes runies de trouble et de
dsordre qu'il n'y en eut jamais dans un si troit espace. Dans tous les
lieux publics ou particuliers, la dsorganisation et le mcontentement
se manifestaient. Des quatorze bricks de guerre qui taient venus au
secours de la place, et qui l'avaient quelque tems efficacement protge
contre une flotte turque double en nombre, neuf, faute de solde, s'en
taient dj retourns  Hydra, tandis que les matelots des cinq autres,
pour la mme cause de plainte, avaient quitt leurs navires, et
murmuraient sans rien faire sur le rivage. Les habitans se voyant ainsi
abandonns, ou mis  contribution par leurs dfenseurs, avec la crainte
d'une disette imminente, et la flotte turque devant leurs yeux,
n'taient pas moins disposs  l'meute et  la rvolte; tandis qu'au
mme moment, pour complter la confusion, une assemble gnrale tait
sur le point d'avoir lieu dans la ville, afin d'organiser les forces de
la Grce occidentale, et que tous les chefs montagnards de la province
se rendaient en foule  cette runion avec leurs sauvages partisans.
Mavrocordato lui-mme, prsident du futur congrs, avait amen  sa
suite au moins cinq mille hommes arms, qui taient en ce moment dans
la ville. Mal sold et mal fourni de vivres par le gouvernement, cet
immense amas de militaires n'tait pas moins mcontent et moins dpourvu
que les matelots; bref, sous tous les rapports, la population entire de
la ville semble avoir prsent en fermentation un vaste levain
d'insubordination et de discorde, plus propre  produire la guerre
civile qu' menacer l'ennemi.

Tel tait l'tat des affaires quand Lord Byron arriva 
Missolonghi,--tels les maux qu'il rencontrait avec la redoutable
conviction qu'en lui, et en lui seul, tout le monde plaait l'espoir de
leur fin.

Ses actes durant les premires semaines qui suivirent son arrive seront
suffisamment connus par les lettres suivantes, qu'il crivit  M.
Hancock (qui a eu l'extrme bont de me les communiquer), et auxquelles
je n'aurai besoin d'ajouter que quelques notes explicatives.



LETTRE DXXXVII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 13 janvier 1824.

MON CHER MONSIEUR,

Mille remercmens pour votre lettre du 5; _item_  Muir pour la sienne.
Vous aurez appris que Gamba et mon navire sont sortis sains et saufs
d'entre les mains des Turcs; on ne sait comment ni pourquoi, car il y a
un mystre dans cette histoire quelque peu mlodramatique. J'attribue
entirement la chose  Saint-Denis de Zante, et  la madone du Roc prs
de Cphalonie.

Les aventures de ma navigation isole ne se terminrent pas 
Dragomestri; nous fmes accompagns hors du port par quelques chaloupes
canonnires grecques, et nous trouvmes le brick de guerre _le Lonidas_
en mer pour veiller sur nous. Mais il survint un fort coup de vent, et
nous fmes jets sur les rochers deux fois dans le passage des Scrophes,
et les dollars eurent encore  s'chapper d'un pressant danger. Les deux
tiers de l'quipage descendirent sur un lot par le mt de beaupr; les
rochers taient assez rudes, mais l'eau tait profonde prs du bord, en
sorte qu'aprs beaucoup de juremens et quelques efforts, la chaloupe fut
remise  flot, et nous nous en allmes avec un tiers de notre quipage,
en laissant les autres matelots sur cet lot dsert o ils seraient
encore, s'ils n'avaient t recueillis par une des chaloupes
canonnires, car nous n'tions pas en tat de les reprendre.

Dites  Muir que le docteur Bruno n'a pas dploy un grand courage dans
cette circonstance; car, sans compter qu'il dchirait sa veste de
flanelle et qu'il courait comme un rat en pril; comme je parlais  un
jeune garon (frre de ces jeunes Grecques d'Argostoli), que je lui
disais qu'il n'y avait point de danger pour les passagers, quelque grand
que ft le pril pour le navire, et que je lui assurais que je pourrais
le sauver avec moi sans difficult[45] (quoiqu'il ne st pas nager),
attendu que l'eau, si profonde qu'elle ft, n'tait pas houleuse,--le
vent ne soufflant pas droit contre le rivage,--le docteur s'cria: Le
sauver! S... Dieu, sauvez-moi plutt,--je serai le premier sauv si je
puis!--Trait d'gosme qu'il lcha avec une simplicit emphatique qui
fit rire tous ceux qui eurent le loisir de l'entendre; et, une minute
aprs, la chaloupe se remit  flot aprs avoir touch deux fois. Elle
fit une petite voie-d'eau, mais il ne survint plus d'autre accident,
sinon que le capitaine ne cessa plus ds-lors d'avoir les nerfs agits.

Bref, nous avons continuellement eu mauvais tems; nous avons dormi sur
le pont presque toujours  l'humidit pendant sept ou huit nuits, mais
je ne me suis jamais si bien port,--et mme je me suis baign un
quart-d'heure dans la mer dans la soire du 4 courant (pour tuer les
puces et autres etc.), sans m'en trouver plus mal.

Nous avons t reus  Missolonghi avec toutes sortes d'hommages et
d'honneurs; l'aspect de la flotte qui nous saluait, etc., la foule, et
les costumes varis formaient un spectacle vraiment pittoresque. Nous
songeons  entreprendre bientt une expdition, et j'attends de recevoir
l'ordre de rejoindre l'arme avec les Souliotes.

[Note 45: Il avait l'ide de prendre le jeune garon sur ses
paules, et de nager avec cette charge jusqu'au rivage. Cette action
n'et t qu'une rptition des jeux de son enfance  Harrow, o il
avait souvent coutume de monter sur ses paules un enfant plus petit,
et,  la grande alarme du bambin, de plonger avec lui dans l'eau. (_Note
de Moore_.)]

Tout va bien maintenant. Nous avons trouv Gamba dj arriv, et tout
en bon tat. Rappelez-moi au souvenir de tous les amis.

Tout  vous  jamais,

N. B.

_P. S._ Vous ferez, j'espre, tous vos efforts pour raliser les fonds
suffisans. Car, outre ce que j'ai dj avanc, je me suis charg
d'entretenir, pendant un an, les Souliotes (que j'accompagnerai ou comme
chef ou en telle qualit qu'il plaira au gouvernement), et divers autres
Grecs par-dessus le march....................................... Il
faut que M. Barff m'envoie bientt des dollars, car je suis  prsent
accabl de dpenses.

14 janvier 1824.

_P. S._ Voudrez-vous dire au saint juif Geronimo Corgialegno que je
tirerai pour la solde de mes crdits sur MM. Webb et Ce. Je tirerai
jusqu' concurrence de deux mille dollars (ce qui est environ le montant
de mon crdit); mais pour faciliter l'affaire, je rendrai le billet
payable chez MM. Ransom et Ce, Pall-Mall East,  Londres. Je crois vous
avoir dj montr mes lettres (mais dans le cas contraire je puis les
exhiber); elles tablissent qu'outre les crdits  solder  prsent, je
ne suis point renferm dans une certaine limite de crdit avec mes
banquiers. L'honorable Douglas Kinnaird, mon ami et homme d'affaires,
est un des principaux associs de cette maison de banque; ayant la
direction de mes intrts, il sait jusqu' quel point mes ressources
actuelles peuvent aller, et les lettres en question taient de lui. Je
puis seulement dire, que c'est sur mon revenu de 1823 que j'ai pris
l'argent dj avanc au gouvernement grec, et que je solderai les
crdits que vous et votre associ M. Barff m'avez ouverts; mais que je
n'ai rien encore prlev sur mon revenu de l'anne courante 1824.
J'aurai  ma disposition cent mille dollars (y compris mon revenu et le
prix d'un fief rcemment vendu), et peut-tre davantage, sans anticiper
sur mon revenu de 1825, et sans compter ce qui reste de celui de 1823.

Tout  vous  jamais, etc.

N. B.



LETTRE DXXXVIII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 17 janvier 1824.

J'ai rpondu assez longuement  votre obligeante lettre, et j'espre
que vous aurez reu ma rponse par l'intermde de M. Tindal. Je vous
prierai encore de rappeler  M. Tindal que je le prie de vous donner, en
dcharge sur mon compte, un bon sur le comit pour cent dollars, que je
lui ai avancs, par l'entremise de signor Corgialegno,  son arrive 
Zante en octobre dernier, vu qu'il n'est que trop juste que le susdit
comit paie les dpenses de ses agens. Un bon sera suffisant, parce
qu'il serait gnant pour M. Tindal de dbourser de l'argent  prsent.

J'ai aussi avanc  M. Blackett la somme de cinquante dollars, que je
prierai M. Stevens de vous payer, en dcharge sur mon compte, avec
l'argent de M. Blackett, maintenant dans ses mains. J'ai la
reconnaissance crite de M. Blackett.

Comme les besoins de l'tat sont ici toujours pressans, et qu'il parat
n'y avoir que peu d'espces sonnantes, except les miennes, je suis
toujours payeur-gnral; et il faut que je vous prie encore, vous et M.
Barff, de m'envoyer par un canal sr (si c'est possible) tous les
dollars que vous pourrez rassembler avec les billets maintenant 
ngocier. J'ai crit aussi  Corgialegno pour deux mille dollars, ce qui
est environ le montant de ma lettre de crdit sur MM. Webb et Cie; mes
billets sont aussi payables chez Ransom de Londres.

Les affaires vont mieux, sinon bien; il y a de l'ordre et l'on fait des
prparatifs considrables. Je compte accompagner bientt les troupes
dans une expdition, ce qui me fait particulirement dsirer le prompt
envoi des sommes restantes, vu que l'argent est le nerf de la guerre
et de la paix aussi, autant que je puis voir, car je suis sr qu'il n'y
aurait point de paix ici sans lui. Mais il en faut peu pour faire
beaucoup, ce qui est une consolation. Le gouvernement de la More et de
Candie m'crit pour que j'avance encore sur mes propres fonds 20 ou
30,000 dollars, ce que j'hsite  faire  prsent (m'tant charg de la
paie des Souliotes comme d'un don gratuit, sans compter maintes autres
charges, outre le prt que j'ai dj avanc); j'attends pour me
dterminer des lettres d'Angleterre.

Quand les lettres de crdit que j'attends seront arrives, j'espre que
vous voudrez bien vous charger de les raliser en numraire; autrement
il me faudra avoir recours  Malte, ce qui m'occasionera une perte de
tems et un surcrot de peine; mais je ne veux pas nanmoins que vous
fassiez plus qu'il ne vous conviendra parfaitement,  vous et  M.
Barff, de faire pour moi. Je suis fort bien, et je n'ai aucune raison
d'tre mcontent de ma situation personnelle; ou de l'tat des affaires
publiques;--que les autres parlent pour leur compte.

Tout  vous  jamais et de coeur, etc.

_P. S._ Mes respects aux colonels Wright et Duffie, et aux officiers
civils et militaires; ainsi qu' mes amis Muir et Stevens, et 
Delladecima.



LETTRE DXXXIX.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 19 janvier 1824.

Depuis que je vous ai crit, le 17 courant, j'ai reu de M. Stevens une
lettre renfermant un mmoire de Corfou, si exagr dans le prix et dans
la quantit des articles, que je ne saurais dire ce que j'admire le
plus, de la folie de Gamba, ou de la friponnerie du marchand. Tout ce
que je chargeai Gamba de commander, ce fut un peu de drap rouge et du
taffetas gomm pour caleons, etc.--Le dernier article n'a mme pas t
envoy;--le tout n'aurait pas mont  50 dollars. Le mmoire va  645!!!
Certes, je garantirai M. Stevens contre toute perte, mais je ne suis pas
dispos  prendre les articles (que je n'ai jamais commands), ni  en
solder le montant. J'en prendrai pour la valeur de 100 dollars; le reste
peut tre remport, et je ferai au marchand une concession de tant pour
cent; ou, si cela ne peut avoir lieu, vous vendrez le tout  l'encan 
quelque prix que ce soit, car j'aimerais mieux donner en pure perte une
partie de ces objets que d'tre encombr d'une quantit de choses qui me
sont  prsent inutiles et superflues. Grand Dieu! j'aurais entretenu
pour la somme 300 hommes pendant un mois dans la Grce occidentale!

Quand les chiens, les dollars, le ngre et les chevaux tombrent entre
les mains des Turcs, je m'y rsignai avec patience, comme vous avez pu
voir, parce que c'tait un effet de la guerre ou de la Providence; mais
ceci est un rsultat de la friponnerie ou de la folie humaine, ou de
l'une et l'autre -la-fois, et je ne puis ni ne veux m'y soumettre[46].
J'ai besoin de tous les dollars que je puis rassembler, pour maintenir
les Grecs en bonne harmonie, et je ne plains aucune dpense pour la
sainte cause. Mais jeter par la fentre une somme avec laquelle on
quiperait ou du moins on entretiendrait un corps d'excellens hommes
d'armes! Et pourquoi? pour fournir  Gamba et au docteur du drap fin,
des bottes, des cravaches, etc.!!! c'est ce qui surpasse ma patience,
quoique je sois trs-pacifique, au su de tout le monde ou du moins de
mes connaissances. Je vous prie de m'aider  me tirer de cette damnable
spculation commerciale de Gamba, car c'est un de ces traits
d'imprudence ou de folie que je ne lui pardonnerai jamais...........
.............................................................

[Note 46: Nous avons ici l'exemple le plus frappant de ce trait de
caractre qu'un esprit troit ou mchant pourrait prendre pour avarice,
mais qui en ralit n'tait que le rsultat d'un profond sentiment de
justice et de loyaut, et d'une vive indignation contre la duperie et la
fraude. Le colonel Stanhope, en rapportant cette circonstance, a mis la
colre de Lord Byron sous son vritable jour.

Il attaquait sans cesse le comte Gamba, quelquefois,  la vrit, par
forme de plaisanterie, mais plus souvent avec la plus amre ironie, pour
avoir achet 500 dollars de fournitures pour son usage et celui de ses
gens. Il avait coutume de citer ce fait comme un exemple de l'imprudence
et de l'extravagance du compte. Lord Byron me dit un jour, avec un ton
fort grave, que ces 500 dollars auraient t trs-utiles pour pousser le
sige de Lepante; et que jusqu' sa dernire heure il ne pardonnerait
jamais  Gamba d'avoir gaspill son argent pour l'achat de tant de drap.
On ne supposera pas que Byron pt alors parler serieusement; car il
avait la plus haute opinion du comte, qui, tant par ses talens que par
son dvoment  son ami, mritait l'estime de sa seigneurie. Quant  la
gnrosit de Lord Byron, le monde en a la preuve. Il promit de
consacrer son immense revenu  la cause de la Grce, et il tint sa
promesse.

(_Note de Moore_.)]

Je vous ritre ma demande d'espces sonnantes, et vous prie de m'en
envoyer le plutt possible, autrement les affaires publiques seront
enrayes ici. Je me suis charg de la solde des Souliotes pendant un an,
d'avancer en outre 3,000 dollars, en mars, au gouvernement pour
l'arrir d aux troupes, et de mille autres frais pour les Allemands,
pour la presse, etc., etc., etc.; de sorte qu'avec les dpenses de ma
suite, qui, sans tre extravagantes, sont assez coteuses, vu
l'absurdit de ce diable de Gamba, j'aurai besoin de tout l'argent que
je pourrai ramasser; j'ai en outre des crdits pour faire face  toutes
les entreprises si elles se ralisent, et j'en attends encore davantage
dans peu de tems.

Croyez-moi toujours et vritablement, votre, etc.

       *       *       *       *       *

Dans la matine du 22 janvier, jour de sa naissance, dernier
anniversaire que mon pauvre ami tait destin  voir,--il vint de sa
chambre  coucher dans l'appartement o le colonel Stanhope se trouvait
avec quelques autres personnes, et dit avec un sourire: Vous vous
plaigniez l'autre jour que je ne fisse plus de vers. C'est aujourd'hui
l'anniversaire de ma naissance, et je viens de finir une pice qui, je
crois, est meilleure que je n'ai coutume de faire. Il leur montra ces
belles stances qui, bien qu'elles soient dj connues de la plupart des
lecteurs, sont nanmoins trop troitement lies  cette scne finale de
sa vie pour ne pas en parer l'histoire. Si l'on a gard  tous les
sentimens qui respirent dans ces vers,--aux derniers soupirs d'une ame
tendre,  la noble expression de ce dvoment absolu pour une noble
cause, et  ce sombre et profond pressentiment d'une fin prochaine,--il
n'y a peut-tre, dans l'ordre des compositions purement humaines, pas de
production sur laquelle les circonstances et les sentimens qui l'ont
inspire jettent un si touchant intrt.

                              22 janvier[47].

                Aujourd'hui, j'ai trente-six ans accomplis.

                                  I.

        Il est tems que ce coeur devienne insensible,
          Puisqu'il a cess d'mouvoir d'autres coeurs.
        Cependant, quoique je ne puisse plus tre aim,
              Il faut que j'aime encore.

                                 II.

        Mes jours sont dans la feuille dessche;
          Les fleurs et les fruits de l'amour sont passs:
        Le ver de terre, le remords rongeur et les regrets
              Sont mon seul partage.

[Note 47: Nous faisons comme Moore: nous rptons cette pice, qui
se trouve dj  la page 432 du tome V de notre dition. (_Note du
Trad._)]

                                 III.

        Le feu qui brle dans mon sein
          Est solitaire comme une le volcanique;
        Aucune torche n'tincle comme sa flamme:
              --C'est un bcher funraire.

                                 IV.

        L'esprance, la crainte, les soins jaloux,
          La portion exalte de la douleur,
  Et le pouvoir de l'amour,--je ne puis les partager,
              Mais j'en porte encore la chane.

                                  V.

        Mais ce n'est pas _ainsi_,--ce n'est pas ici--
    Que de telles penses pourront branler mon ame,--ni maintenant,--
        Quand la gloire dcore le cercueil du hros,
              Ou fait pencher son front vers la terre.

                                 VI.

        Le glaive, la bannire et le champ de bataille,
          La gloire et la Grce m'environnent!
        Le Spartiate, port sur son bouclier,
              N'tait pas plus libre.

                                VII.

        Rveille-toi! (non la Grce,--elle est rveille!)
          Rveille-toi, mon gnie! Pense d'o te vient
        L'tincelle divine, le sang ardent qui bout dans tes veines,
              Et sois digne de ta haute origine!

                               VIII.

        Je foule aux pieds les passions renaissantes
          Indignes de l'ge viril.--Pour toi,
        Indiffrens soient le sourire ou le ddain
              De la beaut.

                                IX.

        Si tu regrettes ta jeunesse,--pourquoi vivre!--
          La contre des trpas honorables
        Est ouverte devant toi.--Vole aux combats,
              Et laisses-y ton souffle de vie.

                                 X.

Cherche la tombe d'un hros,--beaucoup la trouvent qui ne la cherchent pas.
          C'est ce qu'il y a de mieux pour toi.
        Alors regarde  l'entour;--choisis ton coin de terre,
              Et repose en paix.

       *       *       *       *       *

Nous vmes, dit le comte Gamba, par ces vers comme par ses
conversations journalires, que son ambition et ses esprances taient
irrvocablement fixes sur les glorieux objets de son expdition en
Grce, et qu'il avait rsolu de revenir vainqueur, ou de ne revenir
plus. Il me disait souvent: Les autres peuvent faire ce qu'il leur
plaira:--ils peuvent s'en aller;--mais, moi, je reste ici, cela est
certain. La mme dtermination tait exprime dans les lettres que Lord
Byron crivait  ses amis; et cette rsolution ne cessait pas d'tre
accompagne du pressentiment trs-naturel qu'il laisserait sa vie en
Grce. Un jour, il demanda  son fidle serviteur Tita s'il songeait 
retourner en Italie: Oui, dit Tita, si votre seigneurie y va, j'irai.
Lord Byron sourit et dit: Non, Tita, je ne reviendrai jamais de
Grce;--ou les Turcs, ou les Grecs, ou le climat m'en empcheront.



LETTRE DXL.

A M. CHARLES HANCOCK.


Missolonghi, 5 fvrier 1824.

La lettre du docteur Muir et la vtre du 23 me sont parvenues il y a
quelques jours. Dites  Muir que je suis content de sa promotion, et
dans son intrt, et dans le ntre, puisqu'il reste prs de nous! Mais
je ne puis que regretter le dpart du docteur Kennedy, dpart qui
explique les tremblemens de terre antrieurs, et le vritable tems
anglais qui rgne actuellement dans ce climat.....................
................................................

A propos, je me suis trouv avec l'archevque grec  Anatoliko (o
j'allai il y a quelques jours, sur l'invitation des primats, et o je
fus reu avec une plus terrible canonnade que les Turcs ne l'eussent t
probablement): c'tait pour la seconde fois que je voyais ledit
archevque (je l'avais vu ici auparavant). Lui, le prince Mavrocordato,
les chefs militaires, les primats et moi, nous dinmes tous ensemble, et
je trouvai le mtropolitain le plus gai de la compagnie, et de plus
trs-bon chrtien. Mais Gamba (car nous fmes mouills jusqu'aux os 
notre retour) a t pris de fivre et de coliques; Luc aussi, et
d'autres personnes ont t dranges. Pour moi, j'ai t
trs-bien,--sauf un rhume que je gagnai hier en demeurant trop long-tems
 la pluie  jurer contre les Grecs, qui ne voulaient pas donner un coup
de main pour aider  dbarquer les fournitures du comit; mais je vins
en personne, et fis un tel vacarme que je les mis en mouvement. Je les
chargeai tous d'imprcations, depuis le gouvernement jusqu'au dernier
d'entre eux, jusqu' ce qu'ils se fussent mis  faire une partie de ce
qu'ils auraient d faire en totalit depuis plusieurs jours, et cela est
regard avec raison comme un miracle.

Dites  Muir que, nonobstant ses remontrances que je reois avec
reconnaissance, il vaut peut-tre mieux que je m'avance avec les
troupes; car si nous ne faisons pas quelque chose bientt, nous n'aurons
qu'une troisime anne d'oprations dfensives, un autre sige, etc.
Nous apprenons que les Turcs viennent en force, et plus tt que de
coutume; et comme ces lurons de Grecs songent un peu  moi, c'est
l'opinion gnrale que je dois marcher,--premirement, parce qu'ils
couteront plutt un tranger qu'un de leurs compatriotes, vu leurs
rivalits domestiques; secondement, parce que les Turcs traiteront ou
capituleront (s'il y a lieu) plutt avec un Franc qu'avec un Grec; et
troisimement, parce que nul autre ne semble dispos  assumer la
responsabilit,--Mavrocordato tant fort occup ici, les militaires
trangers tant trop jeunes, ou n'ayant pas assez d'influence pour tre
couts par les Grecs, et les chefs (comme je l'ai dit plus haut) tant
disposs  obir au premier venu plutt qu' un des leurs. Quant  moi,
je suis dispos  faire ce qu'on me dit, et  suivre mes instructions.
Je ne recherche ni ne fuis cette distinction, ni quelque entreprise que
ce soit; et quant  ma sret personnelle, sans compter que ce ne doit
pas tre l une considration, je garantis que, somme toute, un homme
est en sret aussi bien dans un endroit que dans un autre: et, aprs
tout, il vaut mieux finir avec un boulet qu'avec force quinquina dans le
corps. Si nous ne sommes pas atteints par l'pe, nous sommes exposs 
tre emports par les fivres dans ce panier de boue; et pour conclure
par une trs-mauvaise pointe, faite pour l'oreille plutt que pour
l'oeil, mieux vaut finir _martialement_ que _marcageusement_[48].--La
situation de Missolonghi ne vous est pas inconnue. Le sol de la
Hollande, quand les digues sont rompues, est, en fait de scheresse, un
dsert d'Arabie, en comparaison de ce pays-ci.

Mais passons au nerf de la guerre. Je vous remercie, vous et M. Barff,
pour vos promptes rponses, qui sont la plus agrable chose du
monde,--aprs l'argent comptant, bien entendu[49]. Outre le
compte-courant de Corgialegno, je demanderai,  partir du Ier mars
prochain, environ cinq mille dollars tous les deux mois, c'est--dire
environ vingt-cinq mille dans le courant de cette anne,  des
intervalles rguliers, indpendamment des sommes qui sont en train de se
ngocier  prsent. Je puis vous montrer les documens qui prouvent que
ces demandes sont loin d'excder mes ressources pour l'anne. Mais je
n'aimerais pas  dire exactement aux Grecs ce que je pourrais ou
voudrais avancer dans l'occasion, parce que dans ce cas ils doubleraient
et tripleraient mme leurs demandes (disposition qu'ils ont dj montre
suffisamment); et quoique je sois prt  faire tout ce que je pourrai en
cas de ncessit, pourtant je ne vois pas pourquoi ils ne nous
aideraient pas un peu, car ils ne sont pas tout--fait si nus qu'ils le
prtendent.

[Note 48: _Martially_ than _marshally_, ces deux adverbes ont  peu
prs la mme prononciation. On pourrait peut-tre rendre le jeu de mots
de la faon suivante. Mieux vaut prir par _Mars_ que par _mares_.
(_Note du Trad._)]

[Note 49: Il y a un jeu de mots dans le texte: _Ready_
answers,--_ready_ money. _Ready_ veut dire _prompt, prt_; mais cet
adjectif, joint  _money_, quivaut  notre locution _argent comptant_
(mot  mot, _argent prt_). (_Note du Trad._)]

7 fvrier 1824.

J'ai t interrompu par l'arrive de Parry, et puis par le retour
d'Hesketh, qui ne m'a pas apport de rponse  mes lettres, ce qui me
surprend un peu. Vous m'crirez bientt, je prsume. Parry semble tre
un bon luron, mais il sera  peine prt pour le champ de bataille avant
trois semaines. Lui et moi (je pense) nous pourrons aller ensemble:
--du moins, je ne veux en aucune faon le troubler ou le contrarier dans
son dpartement. Il se plaint vivement de la partie mercantile et
enthousiaste du comit, mais il loue beaucoup Gordon et Hume. Gordon
voulait donner trois ou quatre mille livres sterling et venir lui-mme,
mais Kennedy ou quelque autre l'a dgot; ainsi l'on a ruin une partie
de la souscription, et entrav les oprations du comit. Parry dplore
amrement les frais d'impression et de civilisation, et souhaite qu'il
n'y ait point d'cole ici  prsent, except toutefois une cole
d'artillerie.

Il s'est plaint aussi du froid, ce qui m'a un peu surpris;
premirement, parce qu'ici, vu le manque de chemines, je me suis
accoutum  vivre sans autres ressources que la chaleur animale et un
manteau; et secondement, parce que je me serais plutt attendu 
entendre un volcan ternuer, qu'un chef de travaux pyrotechniques (qui
doit brler une flotte entire) dclamer contre l'atmosphre. J'tais
pleinement convaincu qu' son approche il aurait rti la ville,  l'gal
des miroirs ardens d'Archimde.

H bien! il parat que je dois tre commandant en chef, et le poste
n'est nullement une sincure, car nous ne sommes pas ce que le major
Sturgeon appelle une runion d'officiers en bonne amiti. Aurons-nous
une partie de coups de poing entre le capitaine Sheers et le colonel?
C'est ce que je ne puis dire; mais, chefs souliotes, barons allemands,
volontaires anglais, et aventuriers de toutes nations, nous sommes bons
 former la meilleure arme allie qui se querellt jamais sous la mme
bannire.

8 fvrier 1824.

Interrompue hier une seconde fois pour cause d'affaires,--cette lettre
doit enfin tre close. J'ai tir, il y a quelque tems, sur M. Barff pour
la valeur de mille dollars, afin de complter une somme dont le
gouvernement avait besoin: Le susdit gouvernement a fait ici mme de
l'argent avec ma lettre-de-change; mais le mme individu qui la leur
avait escompte, aprs m'avoir propos de me donner des espces pour
d'autres lettres-de-change sur Barff, jusqu' concurrence de treize
cents dollars, n'a pas pu le faire, ou a song  quelque chose de mieux.
J'avais crit  Barff pour l'avertir, mais j'ai d lui crire ensuite
pour lui dire que l'individu n'tait pas revenu. Il faut rellement que
vous m'envoyiez bientt le solde de mon compte: J'ai les artilleurs et
mes Souliotes  payer, et Dieu sait quoi encore; et comme tout dpend de
la ponctualit, toutes nos oprations seront arrtes si vous n'usez de
clrit. Je vous enverrai,  vous ou  M. Barff, de nouvelles
lettres-de-change  tirer sur l'Angleterre, pour trois mille livres
sterling, et je vous prierai de les ngocier le plus tt que vous
pourrez. J'ai dj nonc ici et ailleurs les sommes que je puis
commander en Angleterre dans le courant de l'anne,--sans compter mes
crdits, ou les billets dj ngocis et  ngocier,--et les lettres de
mes amis (venues par le vaisseau de M. Parry) confirment ce que j'ai
dj nonc. Combien demanderai-je dans le cours de l'anne? Je ne puis
le dire, mais je me garderai d'excder mes ressources.

Tout  vous  jamais,

N. B.

_P. S._ J'ai d, sur le dsir d'un M. _Jerostati_, tirer sur Dmtrius
Delladecima (est-ce notre ami _in ultima analise?_) pour payer les
dpenses du comit. Je ne comprends rellement pas ce que veut le comit
par quelques-unes de ses liberts. Parry et moi, nous allons trs-bien
ensemble jusqu' prsent. Cela durera-t-il long-tems? Dieu le sait, mais
je l'espre, car le service de la cause grecque en dpend en bonne
partie. Mais Parry a dj eu quelques querelles avec le colonel
Stanhope, et je fais tout ce que je puis pour maintenir la paix entre
eux. Quoi qu'il en soit, Parry est un bon luron, extrmement actif, et
dou de talens suprieurs, solides et pratiques. Je vous envoie
ci-inclus des billets pour trois mille livres sterling, tirs dans le
mode dsir (c'est--dire partags en billets plus petits). Je profite
d'une bonne occasion qui permet d'envoyer des lettres  Cphalonie.
Rappelez-moi au souvenir de Stevens et de tous les amis. Mes complimens
et mille choses aimables aux colonels et aux officiers.

9 fvrier 1824.

_P. S._ 2e _ou_ 3e. J'ai quelque raison de croire qu'une personne
envoye d'Angleterre pour me faire signer des papiers d'affaires,
arrivera bientt dans les les ioniennes. Si elle arrive, voudrez-vous
me l'envoyer ici par une voie sre? attendu que les papiers ont trait 
une transaction relative  l'arrangement d'un procs, et  une somme de
plusieurs mille livres sterling, que nos banquiers et fonds de pouvoir
pourront avoir  toucher en mon nom (en Angleterre). Je ne puis
dterminer l'poque probable de l'arrive de cette personne, mais mes
lettres sont dates du 2 novembre, et je prsume qu'elle doit arriver
bientt.

       *       *       *       *       *

Lord Byron fit alors concevoir les plus fortes esprances  ceux mme
qui observrent de prs toute sa conduite depuis son arrive 
Missolonghi: c'est ce qu'on verra par le passage suivant d'une des
lettres du colonel Stanhope au comit grec.

Lord Byron possde tous les moyens de jouer un grand rle dans la
glorieuse rvolution de Grce. Il a du talent; il professe des principes
libraux; il a de l'argent, et il est anim de sentimens ardens et
chevaleresques. Il a commenc sa carrire par deux bonnes mesures;
_primo_, en recommandant l'union, et en dclarant qu'il ne voulait tre
d'aucun parti; et _secundo_, en prenant cinq cents Souliotes  sa solde,
et en agissant en la qualit de leur chef. Ces actes ne peuvent manquer
de donner  sa seigneurie une popularit universelle et une puissance
proportionnelle. Dans des circonstances si avantageuses, sa seigneurie
aura l'occasion de raliser toutes ses dclarations.

Toutefois, celui qui inspirait ces esprances tait loin de les
partager. C'est un fait qui ressort manifestement de tout ce que Byron
dit et crivit sur le sujet, et qui ne fait qu'accrotre douloureusement
l'intrt que sa position excite en ce moment. En vrit, il comprenait
et sentait trop bien les difficults o il tait engag, pour se laisser
sduire  de si flatteuses illusions. Il n'avait encore pu satisfaire
qu'une de ses esprances,--celle d'imprimer, par son exemple, un
caractre plus humain au systme de guerre des deux nations
belligrantes. Quelques jours aprs son arrive, il avait eu l'occasion
de tirer un malheureux Turc d'entre les mains de quelques matelots
grecs; et, vers la fin du mois, ayant appris qu'il y avait quelques
prisonniers turcs  Missolonghi, il pria le gouvernement de les mettre 
sa disposition, pour les renvoyer  Yussuf[50] Pacha. En accomplissant
ce trait d'humanit politique, il envoya avec les prisonniers librs la
lettre suivante.

[Note 50: Joseph. (_Note du Trad._)]



LETTRE DXLI.

A SON ALTESSE YUSSUF PACHA.

Missolonghi, 23 janvier 1824.

ALTESSE,

Un vaisseau, o un de mes amis et quelques-uns de mes gens taient
embarqus, fut pris il y a quelques jours, et relch par ordre de votre
altesse. Je dois maintenant vous remercier, non d'avoir libr le
vaisseau qui, portant un pavillon neutre, et tant sous la protection
britannique, ne pouvait tre lgitimement retenu, mais d'avoir trait
mes amis avec une si grande bienveillance, tant qu'ils sont rests entre
vos mains.

C'est pourquoi, dans l'esprance d'tre agrable  votre altesse, j'ai
pri le gouverneur de cette place de relcher quatre prisonniers turcs,
et il y a humainement consenti. Je me hte donc de vous les renvoyer,
afin de payer de retour le plus tt possible votre courtoisie dans la
dernire occasion. Ces prisonniers sont librs sans condition; mais, si
cette circonstance trouve place dans votre souvenir, j'oserai demander
que votre altesse traite avec humanit tous les Grecs qui pourront
dsormais tomber entre ses mains, vu que les horreurs de la guerre sont
assez grandes par elles-mmes, sans avoir besoin d'tre aggraves par de
gratuites cruauts des deux parts.

NOEL BYRON.

Une autre ide favorite, et qui parut quelque tems praticable, fut le
projet d'attaque contre Lpante[51], ville fortifie qui, matresse de
la navigation du golfe de Corinthe, est une position de la premire
importance. Lord Byron, dit le colonel Stanhope, dans une lettre date
du 14 janvier, est embras d'une ardeur militaire et chevaleresque, et
il accompagnera l'expdition contre Lpante. Le retard de l'ingnieur
Parry, qu'on avait impatiemment attendu pendant quelques mois, avec les
ressources ncessaires pour la formation d'une brigade d'artillerie,
avait jusqu'alors paralys les prparatifs de cette importante
entreprise. Cependant, le peu qui avait pu tre fait sans son aide avait
t dj accompli; une brigade de Souliotes avait t destine  agir
sous les ordres de Lord Byron, et sa seigneurie et le colonel Stanhope
avaient,  frais communs, form un petit corps d'artillerie.

Ce fut vers la fin de janvier, comme nous l'avons vu, que Lord Byron
reut du gouvernement sa commission rgulire comme commandant en chef
de l'expdition. En lui confrant de pleins pouvoirs, tant dans l'ordre
civil que dans l'ordre militaire, on nomma en mme tems pour
l'accompagner, un conseil de guerre, compos des chefs les plus
expriments de l'arme, et prsid par Nota Botzari; oncle du fameux
guerrier.

[Note 51: L'ancienne _Naupacte_, appele _Epacto_ par les Grecs
modernes, et _Lepanto_ par les Italiens. (_Note de Moore_.)]

On avait espr que, parmi les munitions envoyes avec Parry, il y
aurait une provision de fuses  la Congrve,--instrument de guerre dont
on avait cont tant de merveilles aux Grecs, que leurs imaginations
s'taient remplies des ides les plus absurdes concernant ses effets.
Leur dsappointement fut donc excessif, quand ils virent que l'ingnieur
tait venu sans tre pourvu de ces projectiles. Une autre
esprance,--celle de complter un corps d'artillerie par l'incorporation
des Allemands qui avaient t envoys en More,--se trouva presque
galement due; cette troupe s'tant presque rduite  nant par la
mort ou par la retraite de ceux qui la composaient originairement, et le
peu d'officiers qui offrirent alors leurs services, tant, par leurs
chimriques prjugs de rang et d'tiquette, beaucoup plus incommodes
qu'utiles. Par surcrot de circonstances dcourageantes, les cinq
vaisseaux de guerre speziotes qui avaient quelque tems form la seule
protection de Missolonghi, s'en taient retourns dans leur pays, et
avaient laiss prendre leur position  l'escadre ennemie.

Quelque embarrassantes que fussent toutes ces difficults pour
l'accomplissement de l'expdition, un embarras encore plus formidable se
prsentait dans les dispositions turbulentes et presque mutines de ces
troupes souliotes sur lesquelles Byron comptait pour le succs de son
entreprise. Fondant leurs prtentions, tant sur sa richesse et sur sa
gnrosit que sur leur propre importance militaire, ces guerriers
indisciplins n'avaient jamais cess de porter de plus en plus haut
l'extravagance de leurs demandes;--l'tat de leurs familles, entirement
dnues de ressources et d'asile, leur fournissait un prtexte trop bien
fond pour leurs exactions et leur mcontentement. Les chefs n'taient
pas d'ailleurs plus accommodans que les soldats eux-mmes. Il y avait
parmi eux, dit le comte Gamba, six chefs de famille, qui tous avaient
d'gales prtentions, soit par leur naissance soit par leurs exploits;
et aucun d'eux ne voulait obir  l'un de ses compagnons d'armes.

Une meute srieuse  laquelle, vers le milieu de janvier, ces Souliotes
avaient donn naissance, et dans laquelle quelques personnes perdirent
la vie, avait t une source de vive irritation et d'anxit pour Lord
Byron, tant  cause de la msintelligence qui devait s'en suivre entre
ses troupes et les citoyens, que par le peu de confiance qu'il se
trouvait encourag  placer dans une matire si intraitable. Malgr
cela, ni son ardeur ni ses efforts pour l'accomplissement de cet unique
objet de son ambition personnelle ne se relchrent un seul instant.
Quelque faible gloire qu'il dt gagner par l'attaque de Lpante, il la
regardait comme sa seule rcompense pour tous les sacrifices qu'il
faisait. Dans ses conversations avec le comte Gamba sur ce sujet,
quoiqu'il plaisantt beaucoup, dit celui-ci, sur sa place
d'_archistrategos_ ou de gnral en chef, il tait vident que le
romanesque et le pril de l'entreprise taient de grands attraits pour
lui. En vrit, quand nous comparons sa dtermination  soutenir la
cause grecque  travers tous les hasards, avec les faibles esprances
que sa sagacit lui laissait concevoir sur son aptitude  la servir, je
suis persuad que la tombe guerrire qu'il se prdisait dans ses beaux
vers ne fut pas qu'un vain rve de posie, mais qu'au contraire son
dsir enfanta sa pense, et qu'il considrait une mort honorable,
trouve dans une entreprise pareille  l'assaut de Lpante,
non-seulement comme le seul moyen de tenir dignement la grande promesse
qu'il avait donne, mais comme le service le plus signal et le plus
durable qu'un nom tel que le sien,--rpt d'ge en ge parmi les mots
d'ordre de la libert,--pt rendre  cette cause sacre.

Au milieu de ces soins il eut le vif plaisir de recevoir une lettre d'un
de ses vieux amis, Andr Londo, avec qui il avait fait connaissance dans
son premier voyage, en 1809, et qui tait  cette poque, sous la
domination des Turcs, un riche propritaire de More;[52] ce patriote
grec avait t un des premiers  lever l'tendard de la croix, et se
trouvait alors au nombre des principaux appuis du corps lgislatif et du
nouveau gouvernement national. Voici la traduction de la rponse de Lord
Byron.

[Note 52: Ce brave Morote, quand Lord Byron le vit pour la premire
fois, avait une mine et des manires enfantines, mais nourrissait
nanmoins, sous cet extrieur, un esprit de patriotisme qui clatait par
momens. Le noble pote racontait qu'un jour, tandis qu'ils jouaient aux
dames ensemble, Londo, en entendant prononcer le nom de Riga, se leva en
sursaut, et, en frappant violemment des mains, il se mit  chanter le
fameux chant de cet infortun patriote:

        Fils des Grecs, levez-vous!
        L'heure de gloire est arrive.

(_Note de Moore_.)]



LETTRE DXLII.

A LONDO.

CHER AMI,

La vue de votre criture m'a caus le plus grand plaisir. La Grce a
toujours t pour moi, comme elle doit l'tre pour tous les hommes bien
levs, la terre promise de la valeur, des arts et de la libert; et le
tems que je passai dans ma jeunesse  voyager parmi ses ruines n'a point
du tout refroidi mon affection pour la patrie des hros. De plus, je
vous suis attach par les liens de l'amiti et de la reconnaissance pour
l'hospitalit que je reus de vous durant mon sjour dans ce pays, dont
vous tes aujourd'hui devenu un des principaux dfenseurs et ornemens.
Servir,  vos cts et sous vos yeux, la cause de la Grce, sera pour
moi un des plus heureux vnemens de ma vie. En attendant, je suis, dans
l'esprance de me trouver encore une fois avec vous,

Votre, etc..

Parmi les embarras moins srieux de la situation de Lord Byron  cette
poque, on peut mentionner la lutte soutenue contre lui par son collgue
le colonel Stanhope,--avec une consciencieuse persvrance qu'il ne
pouvait, tout en tant contrari, s'empcher de respecter,--sur le sujet
d'une presse libre, que le colonel dsirait ardemment tablir sur le
champ dans toutes les parties de la Grce. Sur ce point important, leurs
opinions diffraient considrablement; et la relation suivante, donne
par le colonel Stanhope, d'une de leurs nombreuses conversations  ce
sujet, peut tre prise comme un tableau exact et concis de leurs vues
respectives.

Lord Byron dit qu'il tait un ami ardent de la publicit et de la
presse; mais qu'il craignait que cette libert ne ft pas applicable 
cette socit dans son tat de fermentation. Je rpondis que je la
croyais applicable  tous pays, et surtout essentielle ici,  l'effet de
mettre fin  l'tat d'anarchie qui rgnait actuellement. Lord Byron
craignait les libelles et la licence. Je dis que l'objet d'une presse
libre tait de rprimer la licence publique, et d'exposer les
libellistes  la haine. Lord Byron avait cit sa conversation avec
Mavrocordato[53] pour montrer que le prince n'tait pas hostile  la
presse.

[Note 53: Lord Byron avait,  ce qu'il parat, avou que le soir
prcdent il avait dit au prince Mavrocordato, que s'il tait  sa
place, il aurait soumis la presse  la censure,  quoi le prince avait
rpondu: Non; la libert de la presse est garantie par la
constitution. (_Note de Moore_.)]

Je dclarai que je le savais ennemi de la presse, quoiqu'il n'ost pas
l'avouer ouvertement. Sa seigneurie dit alors que ses ides n'taient
point arrtes relativement  la libert de la presse en Grce, mais
qu' son avis, l'exprience valait la peine d'tre faite.

Cette diffrence d'opinion entre deux hommes, galement zls pour le
service d'une cause commune, n'est qu'un rsultat naturel des varits
du jugement humain, et ne prjuge rien contre le zle ou la sincrit de
l'un ou de l'autre. Mais ceux qui ne se laissent pas exclusivement
guider par une thorie, accorderont, ce me semble, que les scrupules
professs par Lord Byron relativement  l'opportunit ou au danger de
l'introduction de ce qu'on nomme une presse libre, dans un pays aussi
peu civilis que la Grce, taient fonds sur une ide juste de la
nature humaine et sur un bon sens pratique. S'efforcer d'imposer  un
tat de socit, si peu prpar, les institutions d'une civilisation
avance, songer  greffer sur une nation ignorante les fruits d'une
longue exprience et d'une longue culture,-- importer chez elle, de
toutes pices, ces avantages et ces biens que nul peuple n'obtint jamais
que par ses propres efforts, et qu'aprs une lutte pnible;--rver mme
le succs d'une telle exprience: c'est faire preuve d'un enthousiasme
presque incroyable, qui, dans le cas prsent, bien qu'il animt
l'conomiste et le soldat, outrepassait la sphre du pote.

La confiance absolue, et, sous plusieurs rapports, trs-bien fonde,
avec laquelle le colonel Stanhope en appelait  l'autorit de M. Bentham
sur la plupart des points en discussion entre lui et Lord Byron, ne
rencontrait que fort peu de sympathie chez ce dernier, vu l'antipathie
naturelle qui existe entre les conomistes et les potes;--ces appels
tant toujours accueillis avec ces saillies de ridicule, qui taient
pour Lord Byron le meilleur moyen d'exhaler son impatience contre
l'argumentation, et auxquelles, malgr le nom vnrable et les services
de M. Bentham lui-mme, la charlatanerie de beaucoup d'opinions
professes par les disciples de ce philosophe prsentaient, il faut
l'avouer, une ample matire. Quelque romanesque que ft, en effet, le
sacrifice de Lord Byron  la cause grecque, il n'y avait pas dans ses
vues sur les moyens de la servir la moindre teinte d'idal ou de
spculation. La tche grande, mais toute pratique, de dlivrer la Grce
de ses tyrans tait le principal objet de Lord Byron. Il savait que
l'esclavage tait le grand obstacle aux lumires, et devait tre bris
avant qu'elles pussent se rpandre; que l'oeuvre de l'pe devait donc
prcder celle de la plume; et les camps tre les premires coles de la
libert.

Avec des vues si solides et si mres sur les vritables exigences de la
crise, il n'est pas tonnant qu'il vt avec impatience, et, peut-tre,
avec un peu de mpris, tout cet appareil prmatur de presses, de
pdagogues, etc., dont les Philhellnes du comit de Londres, dans leur
rage de politique _utilitaire_[54], taient en train de l'encombrer. Et
quelques-uns des correspondans du comit n'taient pas plus solides dans
leurs spculations; l'un d'eux, homme clair, ayant conseill comme un
moyen de rendre un service signal  la cause, une altration de
l'alphabet grec.

Tout en sentant, aussi vivement peut-tre que Lord Byron, le but
important de leur principale mission,--celle de ranimer, et, ce qui
tait beaucoup plus difficile, de runir contre l'ennemi commun les
forces du pays,--le colonel Stanhope tait aussi un de ceux qui
pensaient que les lumires de leur grand matre Bentham, et les
oprations d'une presse absolument libre, taient des ressources non
moins essentielles pour le triomphe de la cause, et en ce point, comme
nous l'avons vu, le pote tait en diffrend avec le militaire. Mais
c'tait un diffrend tel qu'il peut s'en lever entre des hommes francs
et loyaux, sans reproches mutuels, sans danger pour la cause
commune;--une lutte d'opinions, qui, bien que soutenue avec chaleur,
peut tre rappele sans amertume, qui n'empcha pas Byron,  la fin
d'une de ses plus vives altercations avec le colonel, de lui dire
gnreusement: Donnez-moi cette honnte main droite; ni le colonel de
prononcer, sur la tombe de son collgue, un loge qui, pour tre tempr
par une censure claire, n'en tait pas moins cordial, ni n'tait pas
moins honorable  l'illustre mort pour tre le tribut d'un homme qui
avait courageusement diffr d'opinion avec lui.

[Note 54: _Utilitarian, utilitarianism_. Dnominations adoptes par
les disciples de Bentham, qui regarde avec raison l'utilit comme la
base et de la morale et de la politique. (_Note du Trad._)]

Vers le milieu de fvrier, l'infatigable activit de M. Parry ayant mis
la brigade d'artillerie presque en tat d'tre prte pour le service,
une inspection du corps des Souliotes eut lieu, comme mesure
prparatoire  l'expdition; et aprs beaucoup de dception et
d'indiscipline de leur part comme  l'ordinaire, tout obstacle parut
enfin surmont. Il fut convenu qu'ils recevraient un mois de paie
d'avance;--le comte Gamba, avec 300 de leur corps, devait partir le
lendemain en avant-garde et prendre position sous Lpante, et Lord Byron
devait le suivre sans retard avec le reste du corps et avec
l'artillerie.

Mais de nouvelles difficults furent bientt suscites par ces
intraitables mercenaires; et, comme on le dcouvrit depuis, 
l'instigation du grand rival de Mavrocordato, Colocotroni, qui avait
envoy des missaires  Missolonghi afin de les sduire, ils donnrent
alors une nouvelle forme  leurs exigences, en demandant au gouvernement
de nommer parmi eux deux gnraux, deux colonels, deux capitaines, et
un nombre proportionnel de sous-officiers:--En un mot, dit le comte
Gamba, que sur l'effectif de trois ou quatre cents Souliotes, il y en
et environ cent cinquante grads. L'audacieuse dloyaut de cette
demande,--outre-passant mme ce que Lord Byron pouvait attendre de la
part des Grecs,--excita toute sa colre, et il signifia  tout le corps,
par l'intermdiaire du comte Gamba, qu'il rompait toute ngociation avec
eux; qu'il ne pouvait plus avoir de confiance en des hommes si peu
fidles  leurs engagemens; et que, tout en continuant les secours qu'il
avait donns  leurs familles, il mettait  nant toutes ses conventions
avec eux comme corps.

Ce fut le 14 fvrier que cette rupture avec les Souliotes eut lieu; et
quoique, le jour suivant, en consquence de la pleine soumission de
leurs chefs, ils fussent rentrs au service de Lord Byron, cette
affaire, combine avec les diverses autres difficults qui
l'entouraient, agita considrablement son esprit. Il vit avec douleur
qu'il ne pourrait que compromettre la cause de la Grce et son propre
caractre, en comptant entirement, dans une telle entreprise, sur des
troupes que le premier intrigant pourrait ainsi dtourner de leur
devoir, et que jusqu' l'organisation d'une arme plus rgulire, il
fallait suspendre l'expdition contre Lpante.

Tandis que ces vnemens contrarians se passaient, l'interruption de son
exercice ordinaire par les pluies ne fit qu'accrotre l'irritabilit
que de tels dlais taient propres  exciter; et le tout ensemble, sans
aucun doute, concourut avec quelque prdisposition, dj forme dans sa
constitution,  produire cet accs convulsif,--avant-coureur de sa mort,
qui le saisit le 15 fvrier soir. Il tait assis, vers les huit heures,
seul avec M. Parry et M. Hesketh, dans l'appartement du colonel
Stanhope,--et parlait en plaisantant sur un de ses sujets favoris,
c'est--dire, sur ses diffrends d'opinion avec ce dernier, et il disait
que il croyait, aprs tout, que la brigade de l'auteur serait prte
avant la presse du militaire. Soudain sa figure devint
extraordinairement rouge; et, d'aprs les changemens rapides de son air,
il fut manifeste qu'il tait en proie  une agitation nerveuse. Il se
plaignit d'avoir soif, fit venir du cidre et en but; aprs quoi, ses
traits s'tant encore plus altrs, il se leva de son sige, mais il fut
incapable de marcher; et, aprs avoir fait un pas ou deux en chancelant,
il tomba dans les bras de M. Parry. Une autre minute aprs, ses dents se
serrrent, sa voix et ses sens s'vanouirent, et il fut pris de fortes
convulsions. Ses efforts taient si violens qu'il fallut toute la force
de M. Parry et de son domestique Tita pour le contenir durant l'accs.
Sa figure prouva une grande contorsion, et, comme il le dit ensuite au
comte Gamba: Les souffrances furent si intenses durant la convulsion,
que si elle et dur une minute de plus, il croyait qu'il serait mort.
Mais l'accs fut aussi court que violent; en quelques minutes Lord Byron
recouvra sa voix et ses sens; ses traits, quoique encore ples et
hagards, reprirent leur forme naturelle, et le seul effet que l'attaque
laissa aprs elle, fut une faiblesse excessive. Aussitt qu'il put
parler, dit le comte Gamba; il se montra parfaitement libre de toute
alarme; mais il demanda trs-froidement si son attaque pouvait lui
devenir fatale. Dites-le moi, dit-il; ne croyez pas que j'aie peur de
mourir,--je n'en ai pas peur du tout.

Il s'tait  peine coul une demi-heure depuis ce douloureux accident,
lorsqu'on vint annoncer que les Souliotes taient en armes et sur le
point d'attaquer le srail pour s'emparer des magasins. Sur-le-champ les
amis de Lord Byron coururent  l'arsenal; les artilleurs furent
commands, les sentinelles doubles, et le canon charg et point sur
les avenues des portes. Quoique ce ft une fausse alerte, la probabilit
seule d'une telle attaque montre suffisamment combien l'tat de
Missolonghi tait prcaire en ce moment, et sur quelle scne de pril,
de confusion et de dcouragement les jours presque accomplis du pote de
l'Angleterre allaient se terminer.

Le lendemain matin Lord Byron se trouva mieux, mais toujours ple et
faible, et il se plaignit beaucoup d'une sensation de pesanteur dans la
tte. En consquence, les docteurs jugrent  propos de lui appliquer
des sangsues aux tempes; mais il fut difficile, aprs leur chute,
d'arrter le sang, qui continua  couler si abondamment, que Byron
s'vanouit par puisement. C'est en ce jour, sans doute, que se passa la
scne ainsi dcrite par le colonel Stanhope:--

Bientt aprs son terrible paroxysme, lorsqu'affaibli par un trop grand
coulement de sang, il tait couch sur son lit, avec un branlement
complet de tout le systme nerveux, les Souliotes rebelles, couverts de
boue et d'un splendide attirail, firent irruption dans son appartement,
en brandissant leurs armes somptueuses, et en rclamant leurs droits
avec des cris sauvages. Lord Byron, lectris par cette circonstance
inattendue, sembla dlivr de son mal; et plus les Souliotes se
livrrent  leur fureur, plus son courage calme triompha. La scne fut
vraiment sublime.

Un autre tmoin oculaire, le comte Gamba, rend un pareil hommage  la
prsence d'esprit avec laquelle Byron affronta ce danger et plusieurs
autres. Il est impossible, dit-il, de rendre justice au sang-froid et 
la magnanimit qu'il dploya dans toutes les occasions importantes. Pour
des motifs frivoles il tait sans doute fort irritable, mais l'aspect du
danger le calmait en un instant, et le rtablissait dans le libre
exercice de toutes les facults de sa noble nature. Jamais homme ne fut
plus intrpide  l'heure du pril.

Les lettres qu'il crivit durant le court espace des semaines suivantes
forment, comme de coutume, la meilleure histoire de ses actes; et, outre
le triste intrt qu'elles offrent comme tant les dernires oeuvres de
sa main, elles sont de plus trs-prcieuses, en ce qu'elles fournissent
la preuve que ni la maladie ni le dsappointement,--oui, que ni
l'affaiblissement de sa constitution ni mme le dcouragement de son
esprit, ne le firent songer un moment  dlaisser la grande cause qu'il
avait pouse, et que jusqu' la dernire heure il conserva la gat
originale de son esprit, sa courageuse rsignation  tous les maux qui
n'atteignaient que lui, et sa perptuelle vigilance pour les besoins
d'autrui.



LETTRE DXLIII.

A M. BARFF.

21 fvrier.

Je suis beaucoup mieux, tout faible que je suis encore; les sangsues
ont tir trop de sang de mes tempes, et on n'a arrt l'coulement
qu'avec beaucoup de difficult; mais depuis je me suis lev tous les
jours, et je suis sorti en barque ou  cheval. Aujourd'hui j'ai pris un
bain tide; je vis aussi sobrement que possible, sans autre boisson que
l'eau, et sans nourriture animale.

Outre les quatre Turcs envoys  Patras, j'ai obtenu la dlivrance de
vingt-quatre femmes et enfans, et les ai envoys  mes frais  Prevesa,
afin que le consul-gnral anglais puisse les rendre  leurs familles.
Je l'ai fait d'aprs leur propre dsir. Les affaires s'embrouillent un
peu ici avec les Souliotes et les trangers, etc.; mais j'espre encore
que a ira mieux, et je resterai attach  la cause grecque tant que ma
sant et les circonstances me permettront de me supposer utile.

Je suis oblig de soutenir ici le gouvernement pour le moment prsent.

       *       *       *       *       *

Les prisonniers mentionns dans cette lettre comme ayant t dlivrs
par lui et envoys  Prevesa, avaient t tenus en captivit 
Missolonghi depuis le commencement de la rvolution. Voici la lettre
qu'il envoya avec eux au consul anglais  Prevesa.



LETTRE DXLIV.

A M. MAYER.

MONSIEUR,

En venant en Grce, un de mes principaux buts fut d'allger autant que
possible les misres attaches  une guerre aussi cruelle que la guerre
actuelle. Quand il s'agit d'humanit, je ne connais point de diffrence
entre les Turcs et les Grecs. Il suffit que ceux qui ont besoin
d'assistance soient hommes pour avoir droit  la piti et  la
protection de qui se pique de sentimens humains. J'ai trouv ici
vingt-quatre femmes et enfans turcs, qui ont long-tems gmi dans la
misre, loin de toute espce de secours et de consolation. Le
gouvernement me les a accords; je vous les envoie  Prevesa,
conformment  leur dsir. J'espre que vous vous chargerez sans
difficult de mettre ces malheureux en lieu sr, et de faire accepter
mon prsent au gouverneur de votre ville. La meilleure rcompense que je
puisse esprer, est d'inspirer aux chefs ottomans les mmes sentimens
envers les malheureux Grecs qui pourront dornavant tomber dans leurs
mains.

Je vous prie de me croire, etc.



LETTRE DXLV.

A L'HONORABLE DOUGLAS KINNAIRD.

Missolonghi, 21 fvrier 1824.

J'ai reu la vtre du 2 novembre. Il est essentiel que l'argent soit
compt, puisque j'ai tir jusqu' concurrence de la valeur entire, et
peut-tre davantage, afin d'aider les Grecs. Parry est ici, et lui et
moi nous nous entendons fort bien; la marche actuelle des affaires donne
 esprer, eu gard aux circonstances.

Nous aurons de la besogne cette anne, car les Turcs viennent en force;
et, quant  moi, je dois tenir ferme pour la cause grecque. Je marcherai
bientt (d'aprs les ordres du gouvernement) contre Lpante, avec deux
mille hommes. Je suis rest ici quelque tems, aprs avoir manqu de
tomber entre les mains des Turcs, et aprs avoir chapp au naufrage.
Nous avons touch deux fois sur les rochers, mais vous aurez reu, par
d'autres sources, de vridiques ou fausses nouvelles sur ce point, et je
ne veux pas vous importuner d'une longue histoire.

J'ai russi  soutenir le gouvernement de la Grce occidentale, qui
autrement se serait dissous. Si vous avez reu les onze mille livres
sterling et plus, cette somme, jointe  ce que j'ai entre mes mains, et
 mon revenu de l'anne courante, pour ne point parler des ressources
ventuelles, me mettra  mme de maintenir les nerfs de la guerre dans
une tension convenable. Si les dputs sont honntes gens et obtiennent
l'emprunt, ils me rendront les 4,000 livres sterling, comme il a t
convenu; mais alors mme il ne me restera que peu, ou en vrit moins
que peu, puisque j'entretiens presque toute la machine--dans cette
place, du moins,-- mes propres frais. Mais que les Grecs russissent,
et je ne songe plus  mon intrt.

J'ai t srieusement malade, mais je vais mieux, et je puis reprendre
mes promenades questres; ainsi, je vous en prie, tranquillisez nos amis
sur ce point.

Il n'est pas vrai que j'aie jamais crit ou veuille crire une satire
contre Gifford ou contre un seul cheveu de sa tte; je ne puis ni ne
veux ni ne dois le faire. J'ai toujours considr Gifford comme mon pre
littraire, et moi comme son enfant prodigue.
.......................................
...........................................[55]

Tout  vous, etc.

[Note 55: Nous supprimons un jeu de mots intraduisible. (_Note du
Trad._)]



LETTRE DXLVI.

A M. BARFF.

23 fvrier.

Ma sant semble s'amliorer, surtout par la promenade  cheval et par
le bain tide. Six Anglais[56] seront bientt en quarantaine  Zante; ce
sont des ouvriers qui ont eu assez de la Grce en quatorze jours. Si
vous pouviez les recommander pour un passage en Angleterre, je vous
serais oblig; ce sont d'assez braves gens, mais ils ne comprennent pas
bien les petites dissentions de ces contres, et ils ne sont pas
habitus  voir tirer des coups de feu et donner des coups de sabre
(comme ici) dans le calme de la vie domestique, et pour ainsi dire dans
l'intrieur du mnage.

S'ils ont besoin de quelque chose durant leur quarantaine, vous ne leur
avancerez pas plus d'un dollar par jour (entre eux tous) pendant ce
tems, afin qu'ils achtent quelques petits _extra_ (puisqu'ils sont
tout--fait hors de leur lment). Je ne puis leur donner davantage 
prsent.

[Note 56: Ouvriers qui taient venus avec Parry, et qui, alarms par
la scne de confusion et de danger qu'ils rencontrrent  Missolonghi,
avaient rsolu de retourner en Angleterre. (_Note de Moore_.)]

Je me rjouis d'avoir  produire la lettre suivante, adresse  Murray,
comme dernier chanon d'une longue et amicale correspondance qui n'avait
t interrompue que peu de tems et par la faute d'autrui;--elle contient
un sommaire des principaux vnemens qui se passaient alors autour de
Lord Byron, et, avec l'aide de quelques notes elle rendra inutile tout
rcit plus circonstanci.



LETTRE DXLVII.

A M. MURRAY.

Missolonghi, 25 fvrier 1824.

J'ai appris de M. Douglas Kinnaird que vous annoncez qu'il est arriv
d'Italie une satire contre M. Gifford, compose, dit-on, par moi! mais
que vous ne le croyez pas. J'ose dire que vous ne le croyez
certainement pas, ni personne autre non plus. Quiconque avance que je
suis l'auteur ou le fauteur d'une pareille attaque contre Gifford, a
menti par la gorge. Si un tel ouvrage existe, il n'est point sorti de ma
plume. Vous mme savez aussi bien que personne, contre quels hommes j'ai
ou n'ai pas crit; et vous savez aussi trs-bien s'ils n'en sont ou n'en
furent pas dignes. Mais en voil assez sur ce point.

Vous serez peut-tre curieux de recevoir des nouvelles sur cette partie
de la Grce (laquelle partie est la plus expose  une invasion); mais
vous en recevrez assez par les papiers publics et par les
correspondances particulires. Je vous donnerai toutefois les vnemens
d'une semaine, en mlant mes affaires personnelles avec les affaires
publiques, car les unes et les autres se trouvent ici un peu confondues
pour le moment.

Dimanche,--15 courant, je crois,--j'eus une forte et soudaine attaque
de convulsions, qui me priva de la parole, sans m'ter toutefois le
mouvement,--car des hommes forts ne purent me tenir; mais est-ce
pilepsie, catalepsie, cachexie, ou apoplexie, ou toute autre _exie_ ou
_epsie_? c'est ce que les docteurs n'ont pas dcid. Est-ce spasmodique
ou nerveux etc.? ils n'en savent rien non plus. Toujours est-il que
cette attaque convulsive fut trs-dsagrable, et peu s'en est fallu
qu'elle ne m'emportt. Le lundi, on m'appliqua des sangsues aux tempes,
ce qui ne fut pas chose difficile, mais le sang ne put pas tre arrt
avant onze heures du soir (les sangsues avaient mordu trop prs de
l'artre temporale pour mon salut temporel), les styptiques et les
caustiques ne cautrisrent l'orifice des piqres qu'aprs cent
tentatives infructueuses.

Mardi, un brick de guerre turc choua sur la cte. Le mercredi, on fit
de grands prparatifs pour l'attaquer,[57] mais les Turcs le brulrent
et se retirrent  Patras. Le jeudi, il y eut une querelle entre les
Souliotes et la garde franque  l'arsenal: un officier sudois fut tu,
et un Souliote grivement bless; on attendait un combat gnral qu'on
n'a prvenu qu'avec difficult. Le vendredi, l'officier fut enterr: les
ouvriers anglais du capitaine Parry se mutinrent, sous prtexte que
leurs vies taient en danger; ils quitteront peut-tre le pays.

[Note 57: De trs-bonne heure, nous nous prparmes pour attaquer
le brick. Lord Byron, malgr sa faiblesse, et malgr une ophthalmie
imminente, dsirait beaucoup d'tre des ntres; mais le mdecin ne le
laissa point aller. (_Comte Gamba_.)

Sa seigneurie avait promis une rcompense pour chaque Turc qu'on
prendrait vivant dans l'attaque projete de ce navire. (_Note de
Moore_.)]

Le samedi, nous ressentmes le plus rude tremblement de terre dont je
me souvienne (et j'en ai ressenti trente, faibles ou violens, 
diffrentes poques; ils sont frquens dans la Mditerrane). Toute
l'arme fit une dcharge gnrale de mousqueterie, par la mme raison
que les sauvages battent du tambour ou hurlent durant une clipse de
lune:--ce fut un spectacle vraiment extraordinaire.--Si vous aviez vu
les cockneys anglais, qui n'taient pas encore sortis des ateliers de
John-Bull!--Et dimanche dernier, nous apprmes que le visir tait arriv
 Larisse, avec plus de cent mille hommes.

En revenant ici, j'chappai  deux dangers; d'abord aux Turcs (l'un de
mes navires fut pris, mais ensuite relch), puis au naufrage. Nous
touchmes deux fois contre les rochers des Scrophes (les prs de la
cte).

J'ai obtenu des Grecs la mise en libert de vingt-huit prisonniers
turcs,--hommes, femmes et enfans,--que j'ai envoys  Patras et 
Prevesa  mes frais. Quant  une petite fille ge de neuf ans, qui
prfre rester avec moi, je l'enverrai probablement (si je vis) en
Italie ou en Angleterre avec sa mre. Elle se nomme Hato ou Hatage:
c'est une jolie et vive petite fille. Tous ses frres furent tus par
les Grecs; elle et sa mre furent pargnes par une faveur spciale, et
vu son extrme jeunesse: elle n'avait alors que cinq ou six ans.

Ma sant va mieux maintenant, et je remonte  cheval. Je n'ai point ici
une sincure, tant il y a de partis et de difficults de toute espce!
mais je ferai ce que je pourrai. Le prince Mavrocordato est un homme
excellent, et fait tout ce qu'il peut, mais sa situation est extrmement
embarrassante. Toutefois, nous avons grand espoir de russir. Mais vous
recevrez plus de nouvelles sur les affaires politiques par mille et
mille sources, car je n'ai pas le tems d'crire beaucoup.

Croyez-moi votre, etc.

N. B.

       *       *       *       *       *

La sauvage indiscipline des Souliotes tait alors parvenue  un tel
point d'audace, qu'il devint ncessaire  la sret de la population
europenne de se dbarrasser de ces htes incommodes; et, par quelques
sacrifices de la part de Lord Byron, cet objet fut enfin rempli. Ces
farouches guerriers ne se dcidrent  partir de la ville qu'en
recevant de Lord Byron un mois de paie d'avance, et du gouvernement le
solde de leur arrir (lequel d'ailleurs fut pay avec l'argent prt
dans ce but par le mme payeur-gnral). Leur dpart fit donc vanouir
toutes les esprances de l'expdition contre Lpante.



LETTRE DXLVIII.

A M. MOORE.

Missolonghi, Grce occidentale, 4 mars 1824.

MON CHER MOORE,

Votre reproche n'est pas fond;--j'ai reu deux lettres de vous, et
j'ai rpondu  l'une et  l'autre avant de quitter Cphalonie. J'ai t,
non pas en repos dans une le ionienne, mais fort occup
d'affaires,--comme les dputs grecs (s'ils sont arrivs) pourront vous
le dire. Je n'ai continu ni _Don Juan_ ni tout autre pome. Vous
parlez, comme d'ordinaire, je prsume, d'aprs le dire de quelque
journal, ou d'aprs quelque autorit pareille.

Lorsque l'instant d'tre un peu utile fut arriv, je vins ici; et l'on
me dit que mon arrive (avec quelques autres circonstances) a t
avantageuse, du moins temporairement,  la cause grecque. J'eus grande
peine  chapper, d'abord aux Turcs puis au naufrage, pendant ma
traverse. Le 15 (ou 16) fvrier, j'eus une attaque d'apoplexie, ou
pilepsie,--les mdecins ne se sont pas encore prcisment dcids pour
l'une ou pour l'autre, mais l'alternative est agrable. Ma constitution
reste donc suspendue entre les deux opinions, comme le sarcophage de
Mahomet entre les aimans. Tout ce que je puis dire, c'est qu'on m'a
saign jusqu' me mettre  deux doigts de la mort, en plaant les
sangsues trop prs de l'artre temporale, en sorte que le sang ne put
tre que trs-difficilement arrt,--mme avec la pierre infernale. On
suppose que je vais de mieux en mieux,--lentement toutefois. Mais mes
homlies, je prsume, seront  l'avenir comme celles de l'archevque de
Grenade;--en ce cas, je vous donne un bon de cent ducats sur mon
trsorier, et vous souhaite un peu plus de got.

Pour les affaires publiques, je vous renvoie aux rapports du colonel
Stanhope et du capitaine Parry,--et  tous les autres rapports. Il y a
de quoi en faire:--guerre au-dehors, tumulte au-dedans:--on tue un homme
par semaine. Les ouvriers de Parry sont partis tout alarms,  cause
d'une dispute qui s'est leve entre des nationaux et des trangers, et
dans laquelle un Sudois a t tu et un Souliote bless. Au milieu de
leur pouvante, il y eut une forte secousse de tremblement de terre;
aussi, entre cet accident de la nature et l'pe des hommes, ils
dtalrent en hte, malgr toute l'loquence dploye pour les
dissuader. Un brick turc a chou sur la cte, etc., etc., etc.[58].

Vous tes, je prsume, en train de donner ou de mditer quelque
nouvelle publication. Donnez-moi de vos nouvelles, et croyez-moi, quoi
qu'il advienne,

Tout  vous,  jamais et de coeur,

N. B.

_P. S._ Dites  M. Murray que je lui crivis l'autre jour, et que
j'espre qu'il aura dj reu ou recevra bientt ma lettre.

[Note 58: Ce que j'ai omis ici n'est qu'une rptition des divers
dtails dj donns dans les lettres prcdentes. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DXLIX.

AU DOCTEUR KENNEDY.

Missolonghi, 4 mars 1824.

MON CHER DOCTEUR,

J'ai  vous remercier pour vos deux obligeantes lettres, reues toutes
deux en mme tems, et l'une long-tems aprs sa date. Je n'ignore pas
l'tat prcaire de ma sant, et je n'ai encore rien dcid sous ce
rapport. Mais il est convenable que je reste en Grce; et mieux vaudrait
mourir  faire quelque chose qu' ne rien faire. Ma prsence a t juge
trs-utile ici pour empcher la confusion de devenir pire, au moins pour
le moment prsent. Si je deviens inutile, ou que je sois jug tel, je
suis prt  me retirer; mais dans l'intrim, je ne dois pas considrer
mes chances personnelles: le reste est dans les mains de la
Providence,--comme y sont en effet tous les vnemens. Je suivrai
toutefois vos instructions; et, en vrit, en ce qui regarde
l'abstinence, je les ai suivies depuis quelque tems.

Outre les _Traits_, etc., que vous m'avez envoys  distribuer, un des
ouvriers anglais (un ferblantier nomm Brownbill) m'a laiss en dpt
une quantit de _Testamens_ grecs, que je tcherai de distribuer
convenablement. Les Grecs prtendent que la traduction n'est pas
correcte, qu'elle n'est pas en bon romaque: Bambas peut dcider ce
point. Je suis en train d'essayer de rendre le clerg favorable  la
distribution; car (si l'on n'avait gard  ce corps) il pourrait
s'opposer  la distribution, ou en neutraliser l'effet, vu son pouvoir
sur le peuple. M. Brownbill est parti pour les les ioniennes; il a
craint pour sa vie (non pas, toutefois, de la part des prtres), et
apparemment il a mieux aim tre saint que martyr, quoique ses
apprhensions fussent probablement trs-peu fondes. Tous les ouvriers
anglais l'ont accompagn, se croyant en danger  cause de quelques
troubles qui ont clat ici, et qui se sont apaiss en apparence.

J'ai t interrompu par la visite de P. Mavrocordato et d'autres
personnes, pendant que j'crivais cette lettre, et je suis oblig de la
clorre  la hte, car on m'annonce que le paquebot est prt  mettre 
la voile. Votre future convertie, Hato ou Hatage, me parat vive et
intelligente; elle promet, et a un air tout--fait intressant. Quant 
ses dispositions, je ne puis en dire que peu de chose; mais Millingen,
qui a chez lui la mre (femme d'un ge mr et d'un excellent caractre),
en qualit de domestique (quoique la famille ait t dans une bonne
position sociale avant la rvolution), parle fort bien de cette femme et
de sa fille, et l'on peut compter sur son dire. Pour moi, je n'ai vu
l'enfant que peu de fois avec sa mre, et ce que j'en ai vu est
favorable; sinon, je n'eusse pas conu tant d'intrt pour elle. Si elle
tourne  bien, j'ai ide de l'envoyer  ma fille en Angleterre (ou en
Italie, auprs de personnes respectables), et de la mettre  mme de
vivre en bonne rputation, soit dans le clibat, soit marie, si elle
arrive  la maturit. Je rglerai les arrangemens relatifs  ses
dpenses par l'intermde de MM. Barff et Hancock, et je laisse le reste
 votre discrtion et  celle de Mrs. Kennedy, avec une profonde
reconnaissance de l'obligeance avec laquelle vous vous chargez de la
surveillance temporaire de cette jeune fille.

Relativement aux affaires publiques, j'ai peu de chose  ajouter  ce
que vous aurez dj appris. Nous allons aussi bien que possible, avec
l'esprance et la ferme volont de mieux faire. Croyez-moi,

Pour toujours et sincrement, etc.



LETTRE DL.

A M. BARFF.

5 mars 1824.

Si Sisseni[59] est sincre, on traitera avec lui, et sur des bases
avantageuses; s'il ne l'est pas, tombent sur lui le pch et la honte.
C'est un important objet que de gurir pour l'avenir ces dissentions
intrieures, sans exiger un trop rigoureux compte du pass. Le prince
Mavrocordato est de cette opinion; et quiconque est dispos  agir
loyalement, rencontrera la mme loyaut. J'ai entendu _beaucoup_ parler
de Sisseni, mais non pas en bien, _beaucoup_ s'en faut; mais je ne juge
jamais sur ou-dire, surtout dans une rvolution. Personnellement, je
lui dois quelque reconnaissance; car il a t trs-hospitalier envers
tous ceux de mes amis qui ont pass par son district. Vous pouvez donc
lui assurer que toute ouverture pour l'avantage et pour la pacification
intrieure de la Grce, sera ici promptement et sincrement accueillie.
J'ai peine  croire qu'il et hasard de me faire une proposition
trompeuse par votre intermde. En tout cas, la fin de ces dissentions
est un point si important, qu'il faut bien risquer quelque chose pour
les gurir.

[Note 59: Ce Sisseni, qui tait le _capitano_ du riche district de
Gastouni, et qui avait quelque tems mconnu l'autorit du gouvernement
grec, faisait alors des ouvertures de conciliation, par l'intermde de
M. Barff. Lord Byron demandait que Sisseni, pour preuve de sa sincrit,
remt entre les mains du gouvernement la forteresse de Chiarenza. (_Note
de Moore_.)]



LETTRE DLI.

A M. BARFF.

10 mars 1824.

Je vous envoie ci-joint une rponse  la lettre de M. Parruca, et
j'espre que vous lui assurerez de ma part que j'ai fait et fais encore
tout ce que je puis pour runir les Grecs avec les Grecs.

Je vous suis extrmement oblig pour l'offre bienveillante de votre
maison de campagne (comme pour toutes vos autres bonts), au cas que ma
sant me force de partir; mais je ne peux quitter la Grce, tant qu'il
me reste une chance d'tre utile (mme par pure supposition):--il y a un
enjeu qui vaut des millions d'hommes tels que moi; et tant que je
pourrai tenir ferme, je tiendrai ferme pour la grande cause. En disant
cela, je n'ignore pas les difficults qui rsultent des dissentions et
des dfauts des Grecs eux-mmes, mais les gens raisonnables doivent
avoir de l'indulgence pour eux.

La presque totalit, au moins les neuf diximes, de mes dpenses ont
ici consist en avances faites aux Grecs, ou dans leur intrt[60], et
pour objets relatifs  leur indpendance.

[Note 60: A cette poque (14 fvrier), dit M. Parry, qui tenait les
comptes de sa seigneurie, les dpenses de Lord Byron pour la cause
grecque montrent au moins  deux mille dollars par semaine, en rations
seulement. Il dit ailleurs: Les Grecs semblaient croire qu'il tait
une mine dont ils pourraient tirer l'or  plaisir. Une personne
reprsenta qu'un secours de 20,000 dollars empcherait l'le de Candie
de tomber entre les mains du pacha d'gypte; et n'ayant pas cette somme
disponible, Lord Byron donna  cette personne l'autorisation de se la
procurer, s'il tait possible, dans les les ioniennes, en garantissant
lui-mme le remboursement. Je crois que cette personne ne put russir.
(_Note de Moore_.)]

La lettre de Parruca, dont il est question dans la prcdente, pressait
instamment Lord Byron de se prsenter dans le Ploponse, o, disait-on,
son influence amnerait  coup sr l'union de tous les partis. En
vrit, la confiance, inspire par ce noble alli, tait si gnrale,
que tous les chefs de parti semblent l'avoir regard comme le seul point
de ralliement autour duquel il y et la plus lgre chance de concentrer
leurs divers intrts. Une invitation encore plus flatteuse et plus
authentique lui parvint bientt aprs, par un message exprs, de la part
de Colocotroni, qui proposait une assemble nationale, o sa seigneurie
agirait en qualit de mdiateur, et qui s'engageait, lui et ses
partisans,  se conformer au rsultat. Lord Byron y fit une rponse
semblable  celle qu'il adressa  Parruca, et qui tait conue dans les
termes suivans:



LETTRE DLII.

AU SIEUR PARRUCA.

10 mars 1824.

MONSIEUR,

J'ai l'honneur de rpondre  votre lettre. Mon premier dsir a toujours
t d'amener les Grecs  s'entendre entre eux. Je viens ici sur
l'invitation du gouvernement grec, et je ne pense pas que je doive
abandonner la Romlie pour le Ploponse sans la volont du
gouvernement; d'autant plus que cette contre est plus expose aux
attaques de l'ennemi. Nanmoins, si ma prsence peut rellement tre de
quelque secours pour unir deux partis ou mme plus, je suis prt  me
rendre o l'on voudra, soit comme mdiateur, soit mme, s'il est
ncessaire, comme tage. En cette affaire, je n'ai aucune vue
personnelle, ni aucune rpugnance personnelle pour qui que ce soit, mais
j'ai le sincre dsir de mriter le nom d'ami de votre patrie et de ses
enfans.

J'ai l'honneur etc.



LETTRE DLIII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 10 mars 1824.

MONSIEUR,

J'envoyai par M. J. M. Hodge une lettre-de-change tire sur signor C.
Jerostatti pour la valeur de trois cent quatre-vingt-six livres
sterling, au compte de l'honorable comit grec, pour le service de cette
place. Mais le comte Delladecima ne voulant pas envoyer plus de deux
cents dollars avant d'avoir reu les instructions de C. Jerostatti, je
suis donc oblig d'avancer cette somme pour prvenir la suspension du
service du laboratoire dans cette place.

Je vous prie de communiquer cette affaire au comte Delladecima, qui a
la lettre-de-change et tous les comptes. Tchez, de concert avec M.
Barff, d'arranger cette affaire d'argent; et, sitt que vous aurez reu
la somme, veuillez la faire passer  Missolonghi.

Je suis, monsieur, tout  vous sincrement.

Ce qui prcde a t crit par le capitaine Parry; mais je vois que je
dois continuer moi-mme la lettre. Je ne comprends que peu ou mme pas
du tout l'affaire, sinon que, comme la plupart des affaires d'ici, elle
s'arrtera si l'on n'avance pas d'argent, et il y en a fort peu de
disponible ici. Ainsi, je dois courir la chance, comme  l'ordinaire.

Vous verrez ce qu'on pourra obtenir de Delladecima et de Jerostatti, et
me ferez passer la somme, afin que nous puissions avoir quelque repos;
car le comit a tant soit peu embrouill ses affaires, ou choisi des
correspondans grecs plus grecs que les Grecs eux-mmes n'ont coutume de
l'tre.

Tout  vous  jamais,

N. BYRON.

_P. S._ Mille remercmens  Muir pour son chou-fleur, le plus beau que
j'aie jamais vu ou got, et le plus gros, je crois, qui soit sorti du
paradis ou d'cosse. J'ai crit au docteur Kennedy, pour le
tranquilliser au sujet du journal (dans lequel je ne suis point engag
comme rdacteur, veuillez le lui dire). J'ai dit aux sots qui conduisent
l'entreprise, que leur devise leur jouerait un tour du diable; mais, 
l'instar de tous les charlatans, ils y ont persist. Gamba, qui n'est
rien moins qu'heureux, s'est mis l-dedans; et, comme d'ordinaire, ds
ce moment, les choses ont mal tourn[61]. a ira peut-tre mieux, avec
le tems. Mais j'cris  la hte, et je n'ai que le tems de dire, avant
que le paquebot mette  la voile, que je suis toujours

Tout  vous,

N. B.

_P. S._ M. Findlay est ici, et a reu son argent.

[Note 61: Il avait l'ide que le comte Gamba tait destin  tre
malheureux;--qu'il tait un de ces hommes qui, ns sous une mauvaise
toile, gtent toutes les affaires o ils se mlent. En parlant de ce
journal  Parry, il dit: J'y ai souscrit pour me dlivrer des
importunits, et peut-tre pour prserver Gamba d'un malheur. En tout
cas, c'est la chose la moins importante qu'il puisse gter. (_Note de
Moore_.)]



LETTRE DLIV.

AU DOCTEUR KENNEDY.

Missolonghi, 10 mars 1824.

CHER DOCTEUR,

Vous ne pourriez dsapprouver la devise du _Tlgraphe_ plus que je ne
fais moi-mme; mais c'est ici la terre de libert, o la plupart des
gens font ce qu'il leur plat, et non ce qu'ils devraient faire.

Je n'ai rien crit, et n'ai aucune disposition  crire, pour ce
journal ou pour tout autre; mais j'ai conseill,  plusieurs reprises,
de changer la devise et le style. Toutefois, je ne pense pas que le
journal prenne une couleur d'irrligion ou de nivellement universel, et
les rdacteurs promettent d'avoir le respect convenable pour les glises
et pour les choses tablies.

Si Bambas voulait crire pour la _Chronique grecque_, il serait pay
pour ses articles.

Il y a un lger retard pour le dpart de Hato, sa mre dsirant aller
avec elle, ce qui est fort naturel, et ce que je n'ai pas le coeur de lui
refuser; car Mahomet lui-mme tablit en loi que, dans le partage des
captifs, l'enfant ne serait jamais spar de la mre. Mais ceci peut
faire une diffrence dans l'arrangement, quoique la pauvre femme, qui a
perdu la moiti de sa famille dans la guerre, soit, comme je l'ai dj
dit, d'un caractre excellent et d'un ge mr, qui la met  l'abri de
tout soupon. Elle a, ce semble, appris que son mari n'est plus 
Prevesa. J'ai confi vos _Bibles_ au docteur Meyer, et j'espre que
ledit docteur justifiera votre confiance; nanmoins, j'aurai l'oeil sur
lui. Vous pouvez compter que j'agirai comme M. Wilberforce lui-mme
agirait, et toute autre commission pour le bien de la Grce rencontrera
mme attention de ma part.

J'essaie maintenant, avec quelque esprance de succs, de runir les
Grecs, attendu que les Turcs vont arriver en force, et bientt. Nous
les rencontrerons o faire se pourra, et nous nous battrons comme nous
pourrons.

Je suis heureux de savoir que votre cole prospre, et je vous assure
que vos bons souhaits rencontrent de ma part une juste rciproque. Le
tems est si besu, que je ne me fais pas faute d'un exercice modr 
cheval ou sur mer, et je veux bien croire que ma sant n'est pas pire
que lorsque vous m'crivtes votre obligeante lettre. Le docteur Bruno
peut vous dire que je suis votre rgime, et mme un rgime plus svre;
car je m'abstiens de toute espce de viande, mme de poisson.

Croyez-moi toujours, etc.

_P. S._ Les ouvriers (au nombre de six) sont tous dans la mme
intention. Peut-tre sont-ils moins blmables qu'on ne l'imagine,
puisque le colonel Stanhope leur a dit qu'il ne pouvait positivement
affirmer que leurs vies fussent en sret. Je voudrais savoir o notre
vie est en sret. Il est vrai de dire qu'on ne peut trouver en Grce un
lieu o l'on jouit d'une sret aussi hermtiquement scelle que ces
gens-l ont paru le dsirer; mais Missolonghi tait le lieu o l'on
supposait qu'ils pussent tre utiles, et leur danger n'tait pas plus
grand que celui de tant d'autres.



LETTRE DLV.

AU COLONEL STANHOPE.

Missolonghi, 19 mars 1824.

MON CHER STANHOPE,

Le prince Mavrocordato et moi, nous irons  Salona pour nous aboucher
avec Ulysse, et vous pouvez tre sr que le prince acceptera toute
proposition avantageuse  la Grce. C'est  Parry  rpondre pour ses
articles[62]. Si j'intervenais dans son affaire, ce serait arrter tous
ses travaux; il fait rellement tout ce qu'on peut faire sans recevoir
plus d'aide du gouvernement.

Ce qui pourra tre pargn sera envoy; mais je vous renvoie au rapport
du capitaine Humphries et  la lettre du comte Gamba, pour les dtails
en toute matire.

Dans l'esprance de vous voir bientt, je diffre de vous dire beaucoup
de choses jusqu' ce moment, et je vous prie de me croire toujours, etc.

_P. S._ Les deux lettres que vous m'avez crites sont envoyes  M.
Barff, comme vous dsirez. Rappelez-moi particulirement, je vous prie,
 Trelawney, que je serai charm de revoir.

[Note 62: Le colonel Stanhope, sur les instances d'Odysse (ou
Ulysse), avait crit pour demander que quelques munitions du laboratoire
de Missolonghi fussent envoyes  Athnes. Mais ni le prince
Mavrocordato, ni Lord Byron ne jugrent qu'il ft prudent d'affaiblir
leurs moyens de dfendre Missolonghi, et ils n'envoyrent que quelques
barils de poudre. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DLVI.

A M. BARFF.

19 mars.

Comme le comte Mercati craint de recevoir une rponse directe et
personnelle sur les affaires de la Grce, c'est  vous que je rponds
(comme vous m'y avez autoris), et vous aurez la bont de lui
communiquer la pice ci-jointe. C'est la rponse du prince Mavrocordato
et la mienne aux propositions de signor Georgio Sisseni. Vous pourrez
lui dire en sus,  lui ainsi qu' Parruca, que je dsire, avec une
parfaite sincrit, la plus amicale terminaison des dissentions
intestines, et que je crois le prince Mavrocordato anim du mme
sentiment: sinon, je n'agirais point de concert avec lui, pas plus
qu'avec tout autre, soit grec, soit tranger.

Si lord Guilford est  Zante, ou s'il n'y est pas, et que le signor
Tricupi y soit, vous m'obligerez beaucoup en prsentant mes respects 
tous deux, ou  l'un des deux seulement, et en leur disant que ds
l'abord j'ai prdit au colonel Stanhope et au prince Mavrocordato qu'un
journal grec (ou tout autre journal), dans l'tat actuel de la Grce,
produirait probablement beaucoup de mal et de dsaccord,  moins qu'on
n'impost quelques restrictions. Je ne me suis jamais ml de la
rdaction, et n'ai pris part  l'entreprise que par une contribution
pcuniaire que je n'ai pu refuser aux instantes prires des fondateurs.
Le colonel Stanhope et moi, trous emes de grands diffrends  ce sujet;
et (ce qui paratra assez ridicule) il m'accusa de principes
despotiques, et moi je l'accusai d'ultra-radicalisme.

Le docteur ***, diteur du journal, avec sa libert illimite de la
presse, a la libert d'exercer un pouvoir discrtionnaire sans
bornes,--il ne laisse point paratre d'autres articles que les siens et
ceux qui leur ressemblent;--et tout en dclamant contre les
restrictions, il coupe, taille et restreint (dit-on) suivant son bon
plaisir. Il est l'auteur d'un article contre la monarchie;--mais les
rdacteurs se mettront dans l'embarras, s'ils n'y prennent garde.

De tous les petits tyrans, il est un des plus petits que j'aie jamais
connus, comme sont la plupart des dmagogues. Il est Suisse de
naissance, et Grec par adoption, s'tant mari en Grce et ayant chang
de religion.

Je verrai avec grande joie et je dsire impatiemment le succs des
dernires ouvertures pacifiques des partis du Ploponse.



LETTRE DLVII.

A M. BARFF.

22 mars.

Si les dputs grecs (comme cela semble probable) ont obtenu l'emprunt,
les sommes que j'ai avances me seront peut-tre rendues; mais il n'y
aurait pas grande diffrence, puisque je dpenserais toujours cet
argent pour la cause grecque; et d'une manire plus
profitable;--j'espre que ce serait pour quelque chose de mieux que de
payer les arrrages des flottes qui fuient  toutes voiles, et des
Souliotes qui ne veulent pas marcher;  quoi, dit-on, tout ce que j'ai
avanc jusqu' prsent, a t employ. Mais ce n'est pas mon affaire,
mais celle des hommes qui avaient le gouvernement des affaires
publiques, et je ne pouvais dcemment leur dire: Vous ferez ceci et
cela parce que, etc., etc.

Dans quelques jours le prince Mavrocordato et moi, nous avons
l'intention de nous rendre, avec une escorte considrable,  Salona, 
la prire d'Ulysse et des chefs de la Grce orientale, afin de combiner
des mesures offensives et dfensives pour la campagne prochaine.
Mavrocordato est _presque_ rappel par le _nouveau_ gouvernement en
More (pour prendre le timon, je pense), et on m'a crit pour me
proposer, ou d'aller en More avec lui, ou de prendre la direction
gnrale des affaires dans cette contre-ci,--avec le gnral Londo et
tous ceux que je choisirai pour former un conseil. A. Londo est mon
vieil ami depuis que nous fmes ensemble en Grce dans notre jeune ge.
Il serait difficile de faire une rponse positive avant l'entrevue de
Salona[63], mais je suis dispos  servir les Grecs en telle qualit
qu'il leur plaira, comme commandant ou command;--cela m'est tout un,
tant que je serai prsum tre de quelque utilit.

[Note 63: A cette offre que le gouvernement lui fit de le nommer
gouverneur-gnral de la Grce (c'est--dire de la partie affranchie du
continent,  l'exception de la More et des les), il rpondit que: il
allait d'abord  Salona, et qu'ensuite il serait aux ordres du
gouvernement; qu'il ne ferait pas difficult d'accepter quelque fonction
que ce ft, pourvu qu'il ft convaincu qu'il en dt rsulter quelque
bien. (_Note de Moore_.)]

Excusez-moi si je me hte; il est tard, et j'ai t plusieurs heures 
cheval dans un pays si bourbeux aprs les pluies, que de cinquante en
cinquante toises vous rencontrez un foss, dont la profondeur, la
largeur, la couleur et le contenu ont laiss maintes traces sur mes
chevaux et leurs cavaliers.



LETTRE DLVIII.

A M. BARFF.

26 mars.

Depuis votre avis relatif  l'emprunt grec, le prince Mavrocordato m'a
montr un extrait de sa correspondance particulire, d'o il paratrait
que trois commissaires doivent tre nomms pour veiller  ce que la
somme soit place en mains convenables pour le service du pays, et que
je suis dsign dans ce nombre. Mais ce n'est encore qu'une nouvelle.

Cette commission est apparemment nomme par le comit ou par les
parties contractantes en Angleterre. Je suis d'avis qu'une telle
commission sera ncessaire, mais l'office sera dlicat et difficile. Le
tems, qui dernirement a t quinoxial, a inond le pays, et notre
voyage  Salona sera probablement retard de quelques jours, jusqu' ce
que la route devienne soit plus praticable.

Vous tiez dj averti que le prince Mavrocordato et moi avions t
invits  une confrence par Ulysse et par les chefs de la Grce
orientale. J'apprends (et je suis mme consult l-dessus) qu'en cas que
la premire partie de l'emprunt n'arrive pas immdiatement, le
gouvernement grec veut essayer de lever intrimairement dans les les
quelques milliers de dollars, qui seront pays  l'arrive des premiers
fonds. Avec quelle perspective de succs? et  quelles conditions? vous
pouvez en parler plus savamment que moi. Faites-nous connatre votre
opinion. Il y a une ncessit imprieuse d'avoir un trsor national, et
cela promptement; autrement, que peut-on faire? Le corps auxiliaire
d'environ deux cents hommes  ma solde, est, je crois, le seul qui soit
rgulirement pay par semaine pour les soldats, et par mois pour les
officiers. Il est vrai que le gouvernement grec donne les rations de
vivres, mais nous avons eu trois rvoltes, dues  la mauvaise qualit du
pain, que ni Grecs, ni trangers (pas mme les chiens), ne pouvaient
manger, et il y a encore une grande difficult  obtenir les provisions.

Il y a dissention parmi les Allemands, concernant la conduite des agens
de leur comit, et ils ont tabli un examen entre eux. On ne peut
prvoir le rsultat, si ce n'est que l'affaire se terminera sans doute
par une meute, comme d'ordinaire.

Les Anglais vivent trs-amicalement; nous ne cadrons pas mal non plus
avec les Grecs, en leur accordant toujours l'indulgence due  leur
situation; et nous n'avons point de querelles avec les trangers.

       *       *       *       *       *

Durant le mois de mars, il n'y eut, outre ce qui est mentionn dans les
lettres prcdentes, que peu d'vnemens dignes d'tre exposs
longuement et en dtail. Aprs que le projet d'attaque contre Lpante
eut chou, les deux grands objets des penses journalires de Lord
Byron furent la rparation des fortifications de Missolonghi[64], et la
formation d'une brigade;--d'abord, en vue des mesures dfensives qui
paraissaient probablement devoir tre les seules  prendre durant la
prsente campagne; puis, en prparation de ces entreprises plus actives
qu'il se flattait de conduire durant la prochaine. Il attendait (dit M.
Parry), pour le rtablissement de sa sant, le retour de la belle saison
et le commencement de la campagne, lorsqu'il proposa de tenir la
campagne  la tte de sa brigade, et des troupes que le gouvernement de
la Grce devait mettre sous ses ordres.

[Note 64: Le zle gnreux avec lequel il s'appliqua  cet important
objet sera rvl par le document suivant: Lorsque je rapportai  Lord
Byron ce que je croyais possible de faire, il m'ordonna de dresser un
plan pour la rparation complte des fortifications, et de l'accompagner
d'un devis. Il fut convenu que je ne porterais dans le devis qu'un tiers
de la dpense relle; et si ce tiers pouvait tre obtenu des magistrats,
Lord Byron s'engageait  payer secrtement le reste. (_Note de
Moore_.)]

Avec cette ingratitude qui suit trop souvent les actions dsintresses,
on a quelquefois ironiquement remarqu,--et cela dans des journaux d'o
l'on aurait pu attendre un jugement plus gnreux[65], qu'aprs tout,
Lord Byron n'avait fait que peu de chose pour la Grce;--comme si un
seul individu pouvait faire beaucoup pour une cause qui, soutenue
presque sans relche par la voie des armes encore six ans aprs la mort
de Byron, n'a demand rien moins que l'intervention de toutes les
grandes puissances d'Europe pour avoir une chance de succs, et mme
avec cela n'a pas encore triomph. Je crois avoir clairement montr que
Byron lui-mme ne se fit aucune illusion sur l'importance de son
assistance isole,--qu'il savait que dans une semblable lutte il faut,
pour un grand rsultat, la mme prodigalit de moyens que dans ces
immenses oprations de la nature, o les individus sont comme zro dans
le cours des vnemens,--et que tel tait le point de vue,  la fois
philosophique et triste, sous lequel il envisageait ses sacrifices. Mais
dire que durant ce court priode d'action, il n'accomplit pas bien et
sagement tout ce qu'un homme pouvait faire dans le tems et avec les
circonstances donnes, c'est noncer une assertion que les faits
mentionns dans ces mmoires rfutent pleinement et victorieusement. Il
savait que dans sa situation, ses mesures, pour tre sages, devaient
tre prvoyantes, et c'est par la nature mme des semences qu'il jeta,
qu'on doit juger quels fruits en seraient rsults. Rconcilier les
chefs militaires avec le gouvernement et entre eux;--communiquer, par
son exemple, un esprit d'humanit aux hostilits;--prparer les voies 
l'emploi de l'emprunt attendu, de la faon la plus propre  dvelopper
les ressources du pays;--mettre les fortifications de Missolonghi en
tat de soutenir un sige,--prvenir ces violations de la neutralit,
qui, si sduisantes pour les Grecs, mettaient leur gouvernement en
collision avec les autorits ioniennes[66], et restreindre cette licence
de la presse, qui pourrait indisposer les cours europennes:--voil les
importans objets qu'il s'tait propos de remplir, et pour
l'accomplissement desquels, dans un si court intervalle, et au milieu de
tant de dissentions et d'obstacles, il avait dj fait de considrables
progrs. Mais il serait injuste de clorre mme ici le brillant catalogue
de ses services. Aprs tout, ce n'est pas dans le cercle de la vie
mortelle que se borne le bien accompli par un nom immortel. Le charme
opre sur l'avenir;--c'est un auxiliaire pour tous les tems, et
l'exemple entranant de Byron, comme martyr de la libert, est pour
jamais embaum dans sa gloire de pote.

[Note 65: Voir les articles du _Times_, de la _Foreign Quarterly
Review_. (_Note de Moore_.)]

[Note 66: Dans une lettre qu'il adressa  lord Sidney Osborne, et
qui en contenait une du prince Mavrocordato  sir T. Maitland, au sujet
de ces infractions, il dit: Vous devez tous savoir combien il est
difficile aux Grecs, dans les circonstances actuelles, de maintenir une
svre discipline, quelle que soit leur bonne volont. Je fais tout ce
que je puis pour les convaincre de la ncessit d'observer strictement
les rglemens des les, et, j'espre, avec quelque succs. (_Note de
Moore_.)]

Depuis l'poque de son attaque du mois de fvrier, il avait t de tems
en tems indispos; et, plus d'une fois, il s'tait plaint de vertiges
qu'il comparait  un tat d'ivresse. Il tait, de plus, frquemment
affect de maux de nerfs, de frissons et de tremblemens, qui, bien
qu'ils fussent videmment les effets d'une excessive dbilit, taient
attribus par lui  la plthore. D'aprs cette ide, il s'tait, depuis
son arrive en Grce, presque entirement abstenu de nourriture animale,
et il ne mangeait gure que du biscuit, des vgtaux et du fromage.
Tourment de cette crainte de devenir gras, qui l'avait obsd dans son
jeune ge, il se mesurait presque chaque matin le tour du poignet et la
ceinture, et toutes les fois qu'il croyait apercevoir un surcrot de
dimension, il prenait une forte dose de mdecine.

Ses amis de Cphalonie avaient, comme nous l'avons vu, tch de lui
persuader de revenir sans dlai dans cette le, et de pourvoir,
lorsqu'il en tait encore tems, au rtablissement de sa sant. Mais
ces conseils (dit le comte Gamba) produisaient justement l'effet
contraire; car plus Byron croyait sa position prilleuse, plus il tait
dtermin  rester o il tait. Au milieu de toutes ces circonstances,
le penchant naturel de son esprit en socit ne le quittait pas; et
quand il trouvait l'occasion de jouer un tour d'colier  l'un de ses
compagnons, il tait aussi dispos que jamais  en profiter. Son
ingnieur Parry ayant t fort alarm par le tremblement de terre qu'on
avait ressenti, et continuant toujours  en apprhender le retour, Lord
Byron imagina, un soir qu'il tait avec lui et avec d'autres personnes,
de faire rouler des barils pleins de boulets dans la pice de l'tage
suprieur, et il rit de tout son coeur, comme il l'et fait 
Harrow-on-the-Hill, de la plaisante impression que cette illusion
produisit sur le pauvre ingnieur.

Cependant, chaque jour mettait  l'preuve sa sant et sa constitution.
Les pluies continuelles avaient rendu presque impraticables les marais
de Missolonghi.--Le bruit de l'apparition de la peste ayant circul vers
le milieu du mois de mars, il fut prudent de se renfermer chez soi
pendant quelque tems; et c'est ainsi que Lord Byron fut priv plusieurs
semaines du grand air et de l'exercice........................
.....................................................

En mme tems, ses services personnels et pcuniaires taient rclams de
toutes parts, tandis que les embarras de sa position publique
s'accroissaient de jour en jour. Le principal obstacle 
l'accomplissement de son plan de rconciliation entre tous les partis
avait t la longue rivalit de Mavrocordato et des chefs de la Grce
orientale; et cette difficult ne fut pas peu augmente par la conduite
du colonel Stanhope et de M. Trelawney, qui, s'tant allis avec Ulysse,
le plus puissant de ces chefs, s'efforaient activement de dtacher Lord
Byron de Mavrocordato, et de le faire entrer dans leurs vues. Ce schisme
tait,--pour ne pas dire plus,--inopportun et malheureux; car, comme le
prince Mavrocordato et Lord Byron agissaient alors en complte harmonie
avec le gouvernement, la coopration de tous les agens anglais dans le
mme sens aurait eu l'effet d'assurer la prpondrance  ce parti, qui
tait celui de tous les intrts civils et commerciaux de la Grce, et
qui aurait, en fortifiant le pouvoir souverain, offert quelque espoir de
vigueur et de consistance dans ses mouvemens. Mais, par cette division,
les Anglais perdirent leur influence; et non-seulement ruinrent la
faible chance qu'ils avaient eu d'teindre les dissensions des Grecs,
mais donnrent, trs-mal  propos, un exemple de dissension entre eux.

La visite  Salona, o Mavrocordato, bien qu'il se mfit du congrs
militaire projet, avait consenti  accompagner Lord Byron, fut, comme
on l'a vu dans les lettres prcdentes, retarde par les
inondations,--la rivire Fidari s'tant accrue au point de n'tre plus
guable. Cependant, des dangers, tant intrieurs qu'extrieurs,
menaaient Missolonghi. La flotte turque tait de nouveau sortie du
golfe, tandis que des mouvemens insurrectionnels, concerts,
craignait-on, avec la reprise du blocus, et foments, comme on l'a su
depuis, par les mcontens de la More, se manifestaient d'une faon
formidable dans la ville et dans les environs. La premire cause
d'alarme fut le dbarquement d'une troupe de soldats de Cariascachi,
venus d'Anatolico en canots, pour demander aux habitans de Missolonghi
une rtribution pour une injure faite dernirement  un homme de leur
tribu. On rpandait aussi le bruit que trois cents Souliotes marchaient
sur la ville; et le lendemain matin, on reut la nouvelle qu'une bande
de ces farouches guerriers s'tait empare de Basiladi, forteresse qui
commande le port de Missolonghi, tandis que les soldats de Cariascachi
avaient, pendant la nuit, arrt deux primats, et les avaient emmens 
Anatolico. Cette nouvelle causa un tumulte et une indignation
universelle. Toutes les boutiques se fermrent, et les bazars furent
abandonns. Lord Byron, dit le comte Gamba, ordonna  ses troupes de
rester sous les armes, mais de garder la plus stricte neutralit, sans
prendre part  aucune querelle, ni en action ni en parole.

Durant cette crise, le tems tait devenu assez favorable pour lui
permettre d'accomplir le projet de visite  Salona. Mais comme en
partant dans une telle conjecture, il aurait eu l'air d'abandonner
Missolonghi, il rsolut d'attendre que le danger ft pass. C'est 
cette poque qu'il crivit les lettres suivantes.



LETTRE DLIX.

A M. BARFF.

3 avril.

Il y a une querelle, non encore termine, entre les habitans et
quelques hommes de Cariascachi; il y a dj eu quelques coups
d'changs. Je fais garder  mes gens la neutralit, mais je leur ai
command de se tenir sur leurs gardes.

Il y a quelques jours, un soldat italien a t ici dgrad pour cause
de vol. Les officiers allemands voulaient le fesser; mais je refusai
tout net de permettre l'emploi du bton ou du fouet, et je livrai le
coupable  la justice. Depuis, un officier prussien ayant fait le
tapageur dans son logement, je le mis aux arrts, conformment 
l'ordre. Ceci,  ce qu'il parat, ne plut pas  ses confrres de la
confdration germanique; mais je me tins  cheval sur mon texte, et je
donnai  entendre que ceux qui ne sont pas rsolus  se soumettre aux
lois du pays et du service n'ont qu' se retirer: mais que dans tout ce
que j'ai  faire, je veux voir trangers et nationaux y obir.

Je dsire qu'on ait quelque nouvelle de l'arrive d'une partie de
l'emprunt, car nous manquons de tout  prsent.



LETTRE DLX.

A M. BARFF.

6 avril.

Depuis ma dernire lettre, nous avons eu ici quelque tumulte entre les
habitans et les gens de Cariascachi, et tout le monde est sous les
armes. Peu s'en est fallu qu'on ne ft feu sur moi et sur cinquante de
mes gars[67], par mprise, comme nous faisions notre excursion ordinaire
dans la campagne. Aujourd'hui, tout est fini ou apais; mais il y a
environ une heure, le beau-pre de mon hte (lequel est un des primats)
a t arrt pour haute trahison.

[Note 67: Corps de cinquante Souliotes qu'il avait pris pour sa
garde, presque depuis son arrive  Missolonghi. Une vaste salle en
dehors de la maison o Lord Byron logeait tait consacre  cette
troupe, et les carabines taient suspendues le long des murs. C'est
dans cette salle, dit M. Parry, et parmi ces sauvages guerriers, que
Lord Byron avait coutume de se promener longuement, surtout quand le
tems tait humide, avec son chien favori Lion.

Quand il sortait  cheval, ces cinquante Souliotes le suivaient  pied;
et quoiqu'ils fussent chargs de leurs carabines, ils pouvaient
toujours, dit le mme auteur, suivre les chevaux. Le capitaine, avec un
dtachement, prcdait sa seigneurie, qui tait accompagne d'un ct
par le comte Gamba, et de l'autre par l'interprte grec. Derrire lui,
et  cheval, venaient deux de ses domestiques,--gnralement son groom
noir et Tita,--tous deux habills comme les chasseurs qu'on voit
ordinairement derrire les carrosses des ambassadeurs; puis une autre
division de sa garde fermait la cavalcade. (_Note de Moore_.)]

...............................................

La dernire chauffoure a eu un bon effet;--elle a mis tout le monde
en alerte. Quant au beau-pre de mon hte, je ne sais ce qu'on en fera,
ni mme trs-exactement ce qu'il a fait[68]......

Je vous crivis il y a quelques jours assez longuement sur les
affaires. Vous recevrez ma lettre ou mes lettres avec celle-ci. Nous
dsirons entendre plus de nouvelles de l'emprunt; et il y a dj quelque
tems que je n'ai reu de lettres d'Angleterre (d'un intrt important,
veux-je dire). Except une lettre de Bowring, du 4 fvrier (sans
importance aucune), mes dernires sont dates de novembre ou du 6
dcembre, il y a juste quatre mois. J'espre que vous allez bien dans
les Iles. Ici, la plupart d'entre nous, tant natifs du pays
qu'trangers, nous sommes ou avons t plus ou moins indisposs.

[Note 68: Cet homme, en venant de Joannina, avait pass par
Anatolico, et tenu plusieurs confrences avec Cariascachi. Il avait t
long-tems souponn d'tre un espion, et les lettres trouves sur lui
confirmrent le soupon. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DLXI.

A M. BARFF.

7 avril.

Le gouvernement grec m'a obsd pour avoir encore de l'argent[69].
Comme j'ai la brigade  entretenir, et que la campagne est videmment
sur le point de s'ouvrir, comme j'ai dj dpens dans la cause grecque
50,000 dollars en trois mois, d'une faon ou d'une autre, et surtout
comme l'emprunt a russi, j'ai refus;--et comme on ne s'en est pas tenu
au premier refus,--j'en ai fait un second en termes exprs et sincres.

[Note 69: En consquence de l'attaque sditieuse des gens de
Cariascachi, la plupart des chefs voisins accoururent au secours du
gouvernement, et ils avaient dj, dans cette vue, march sur Anatolico,
au nombre d'environ deux mille hommes. Mais, quoique ce renfort arrivt
 propos, il fut cause d'un nouvel embarras, vu qu'on manquait
absolument de provisions pour l'entretien journalier de ces auxiliaires.
Ce fut alors que le gouverneur, les primats et les chefs eurent recours
 leur fournisseur ordinaire. (_Note de Moore_.)]

Le gouvernement dsire maintenant essayer de se procurer dans les les
quelques milliers de dollars  compte sur l'emprunt. Si vous tes  mme
de le servir, vous le ferez, je crois (par des informations en tous
cas); ce sera pour vous une bonne affaire, mais je ne vous _conseille_
rien, sinon d'agir comme il vous plaira. C'est de l'arrive, et de la
prompte arrive d'une portion de l'emprunt, que dpend presque
entirement le maintien de la paix parmi les Grecs. S'ils ont assez de
bon sens pour la maintenir, je crois qu'ils lutteront d'gal  gal, et
mme avec avantage, contre toutes les forces qu'on peut  prsent
diriger contre eux. Nous faisons tous de notre mieux.

       *       *       *       *       *

On voit par ces lettres qu'outre les grands et principaux intrts de la
cause, suffisans par eux-mmes pour absorber toutes ses penses, il
rencontrait, de toutes parts dans les dtails de son devoir, les
obstacles et les distractions les plus varies, que la rapacit, la
turbulence et la trahison semaient sur ses pas. De tels tourmens, qui
auraient fatigu la plus robuste sant, tombaient sur une organisation
dj destine  la mort; et nous ne pouvons nous empcher de dire, en
contemplant cette dernire scne de la vie de Lord Byron, que, si elle
offre beaucoup de circonstances admirables, tonnantes et glorieuses, il
y en a aussi beaucoup qui veillent les plus tristes et les plus noires
penses. Dans une situation qui, plus que toute autre, avait besoin de
sympathie et de soins, nous le voyons jet au milieu d'trangers et de
mercenaires, sans garde-malade et sans ami:--car le premier office
rclamait le recueillement d'une femme, et nous n'en verrons pas une, et
d'autre part, le second office ne pouvait point du tout tre rempli par
la jeunesse et par l'inexprience du comte Gamba. La fermet mme, avec
laquelle une position si isole et si dcourageante fut pourtant
supporte, sert, en nous intressant plus profondment  l'homme, 
accrotre notre sympathie, au point d'oublier peu s'en faut,
l'admiration dans la piti, et de regretter que le noble pote ait t
grand  tel prix.

Les seules circonstances qui lui avaient dernirement caus quelque
plaisir taient, en ce qui touchait les affaires publiques, la nouvelle
de l'heureux succs de l'emprunt, et, sous le rapport de ses relations
personnelles, les avis favorables qu'il avait reus, aprs une longue
interruption de communication, sur le compte de sa soeur et de sa fille.
Il apprit que la premire avait t srieusement indispose  l'poque
o lui-mme avait t pris de convulsion, mais qu'elle tait tout--fait
rtablie. Tout charm qu'il tait de cette nouvelle, il ne put
s'empcher de remarquer, avec son penchant ordinaire  ces sentimens
superstitieux, combien la concidence tait trange et frappante.

Pour ceux qui ont suivi dans ces mmoires Lord Byron depuis son enfance,
il doit tre, je pense, manifeste qu'il n'tait pas n pour vivre
long-tems. Soit par un dfaut hrditaire de son organisation,--comme il
l'infrait lui-mme de l'ge peu avanc o son pre et sa mre taient
morts,--soit par suite de ces moyens violens qu'il employa de si bonne
heure pour combattre la tendance naturelle de sa constitution, et se
rduire  un tat de maigreur, il tait, comme nous avons vu, presque
annuellement sujet  des indisposition qui, plus d'une fois, mirent
srieusement sa vie en danger. La bizarre mthode qu'il suivit toujours
dans sa dite,--les longs jenes, les excs auxquels il se livra parfois
dans la nourriture la plus malsaine, et, durant les derniers tems de sa
rsidence en Italie, l'abus des boissons spiritueuses:--tout cela,
dis-je, ne put que nuire  sa sant et la miner peu  peu, tandis que
les mdecines auxquelles il avait constamment recours--journellement,
il parat, et en larges doses,--dmontraient, et sans aucun doute,
accroissaient le trouble de sa digestion. Quand  ces causes l'on ajoute
cette immense perte d'esprits et de forces, produite par la lente
corrosion de la sensibilit, par le combat des passions, et par les
travaux d'une intelligence qui ne se permettait pas un septime jour de
repos, on ne s'tonne plus que le principe vital se soit sitt puis,
et qu' l'ge de trente-trois ans, Byron, comme il le dit lui-mme
nergiquement, se soit senti vieux. Toutes ses forces physiques et
morales furent sacrifies pour nourrir la flamme dvorante de son
gnie,--pour prsenter aux yeux du monde cette sublime et ruineuse
conflagration, dans laquelle,

        Resplendissante, comme un palais en flammes,
        Sa gloire, durant son clat mme, ne fit que le ruiner[70].

Ce fut le jour mme o, comme je l'ai dit, il reut l'avis du
rtablissement de sa soeur, qu'aprs avoir t depuis trois ou quatre
jours priv d'exercice par les pluies, il rsolut, quoique le tems ft
encore trs-incertain, de sortir  cheval. A trois milles de
Missolonghi, le comte Gamba et lui, furent surpris par une violente
averse, et ils arrivrent aux portes de la ville, mouills jusqu'aux os
et dans un tat de violente transpiration. C'tait leur coutume
ordinaire que de descendre de cheval aux portes de la ville, et de
retourner au logis dans une barque. Mais, ce jour-l, le comte Gamba,
reprsentant  Lord Byron combien il serait dangereux, dans cet tat de
transpiration, de rester si long-tems assis dans une barque par une
pluie battante, le supplia de continuer  cheval le reste du trajet.
Mais Lord Byron n'y consentit pas, et dit en souriant: Je ferais, en
vrit, un joli soldat, si je m'inquitais d'une semblable bagatelle!
Les deux cavaliers mirent donc pied  terre et entrrent dans la barque
comme  l'ordinaire.

[Note 70:

        Glittering, like a palace set on fire,
        His glory, while it shone, but ruin'd him!
                        (_Beaumont and Fletcher_.)]

Environ deux heures aprs tre rentr chez lui, Lord Byron fut saisi
d'un frisson, et se plaignit de fivre et de rhume. A huit heures du
soir, (dit le comte Gamba), j'entrai dans sa chambre. Il tait couch
sur un sofa, immobile et triste. Il me dit: Je souffre beaucoup. Peu
m'importe de mourir, mais je ne puis supporter ces souffrances.

Le lendemain, il se leva  son heure ordinaire,--fit des affaires, et
mme put faire sa promenade  cheval dans les bois d'oliviers,
accompagn, comme de coutume, par sa longue escorte de Souliotes. Il se
plaignit cependant de frissons continuels, et n'eut pas d'apptit. A son
retour, il dit  Fletcher que sa selle,  son avis, n'tait pas
parfaitement sche depuis la pluie de la veille, et qu'il s'tait senti
incommod de cette humidit. Ce fut la dernire fois qu'il franchit
vivant le seuil de la maison. Le soir, M. Finlay et M. Millingen vinrent
le voir, Il fut d'abord (dit ce dernier) plus gai que de coutume; mais
soudain il devint mlancolique.

Le 11 au soir, sa fivre, qui fut dclare fivre de rhume, augmenta
d'intensit; et le 12, il garda le lit toute la journe, sans pouvoir
dormir, et sans prendre la moindre nourriture. Les deux jours suivans,
quoique la fivre et videmment diminu, il devint encore plus faible,
et prouva de grands maux de tte.

Ce ne fut que le 14 avril, que son mdecin, le docteur Bruno, voyant
l'insuccs des sudorifiques qu'on avait employs jusqu'alors, commena 
insinuer  son patient que la saigne tait ncessaire. Mais Lord Byron
ne voulut pas en entendre parler. videmment il n'avait que peu de
confiance en son mdecin, et d'aprs les chantillons d'intelligence que
ce jeune homme a depuis donns au monde, il est en vrit
dplorable,--qu'une vie si prcieuse ait t confie  des mains si
ordinaires: Ce fut ce jour mme, je crois, dit le comte Gamba, qu'il me
dit, comme j'tais assis prs de lui sur son sofa: Je craignais d'avoir
perdu la mmoire, et, afin de l'prouver, j'ai essay de rpter
quelques vers latins avec la traduction anglaise, que je n'avais point
tent de me rappeler depuis que j'tais sorti de l'cole. Je me les suis
tous rappels, sauf le dernier mot d'un de ces hexamtres.

Le fidle Fletcher semble avoir t frapp de l'ide que la vie son
matre tait en danger, quelques jours avant le comte Gamba et le
mdecin lui-mme. Suivant le rapport du jeune comte, Lord Byron
souponnait si peu ce danger, qu'il disait mme tre presque content de
cette fivre, propre peut-tre  le gurir de sa disposition 
l'pilepsie. Toutefois, il parat qu'il avait communiqu plus d'une
fois  Fletcher ses doutes sur la nature de sa maladie, qu'il ne croyait
pas si lgre que la mdecin semblait le supposer; et sur les instances
ritres de son domestique, qui le pressait de faire appeler le docteur
Thomas de Zante, il ne s'opposa plus  cette dmarche, quoique, par
gard pour le docteur Bruno et M. Millingen, il renvoyt encore Fletcher
 l'avis de ces messieurs. Quelque avantageuse qu'et pu tre cette
mesure, le tems la rendait alors totalement impossible,--car un ouragan
terrible empchait qu'aucun navire ne sortt du port. La pluie tombait
aussi par torrens, et entre un sol inond et une mer souleve par le
sirocco, Missolonghi tait, pour le moment, une prison pestilentielle.

Dans cette conjoncture, M. Millingen fut, pour la premire fois, suivant
son rapport, invit  visiter Lord Byron en sa qualit de mdecin,--sa
visite du 10 ayant t, dit-il, si peu mdicale, qu'il n'avait mme pas
tt alors le pouls de sa seigneurie. Il fut alors appel, et plutt, ce
semble, par Fletcher que par le docteur Bruno, afin qu'il joignt ses
reprsentations et ses remontrances aux leurs, et qu'il persuadt au
patient de se laisser pratiquer une saigne,--opration alors devenue
absolument ncessaire, et sur l'utilit de laquelle le docteur Bruno
avait insist vainement depuis deux jours.

Pensant que la douceur tait le plus sr moyen d'agir sur un caractre
comme celui de Byron, M. Millingen, comme il nous le raconte lui-mme,
essaya tous les raisonnemens propres  atteindre son but. Mais ses
efforts furent infructueux:--Lord Byron, qui avait alors une
irritabilit maladive, rpondit avec colre, mais toujours avec son
esprit et sa finesse ordinaires, aux observations du mdecin. De tous
ses prjugs, il dclara que le plus fort tait contre la saigne. Sa
mre,  son lit de mort, lui avait fait promettre qu'il ne consentirait
jamais  tre saign; et quelque argument qu'on pt lui offrir, son
aversion, disait-il, tait plus forte que la raison. D'ailleurs,
demandait-il, le docteur Reid n'avance-t-il pas, dans ses essais, que la
lance est moins meurtrire que la lancette,--ce petit instrument de
grands dsastres! Comme M. Millingen lui fit observer que cette
remarque tait relative au traitement des maladies nerveuses, et non pas
des maladies inflammatoires, il rpliqua, avec un ton de colre. Qui
est-ce qui est nerveux, si je ne le sais pas? Et ne doit-on pas
m'appliquer cet autre passage, o le docteur Reid dit que tirer du sang
 un malade nerveux, c'est relcher les cordes d'un instrument dont les
sons baissent dj faute d'une tension suffisante. Mme avant cette
maladie, vous savez combien j'tais devenu faible et irritable;--et la
saigne, en empirant cet tat, me tuera infailliblement. Traitez-moi,
d'ailleurs, comme il vous plaira, mais vous ne me saignerez pas. J'ai eu
plusieurs fivres inflammatoires dans ma vie, et  un ge o j'tais
plus robuste et plus plthorique; cependant je m'en suis tir sans la
saigne. Cette fois encore, je veux courir la chance[71].

Aprs beaucoup de raisonnemens et d'instances, M. Millingen russit
enfin  obtenir de lui la promesse que s'il sentait sa fivre redoubler
le soir, il laisserait le docteur Bruno le saigner.

Durant ce jour il s'tait occup d'affaires, et avait reu plusieurs
lettres, entre autres une qui lui causa beaucoup de plaisir, de la part
du gouverneur turc  qui il avait envoy les prisonniers dlivrs, et
qui le remerciait de son humaine intervention, en le priant de persister
dans ce systme.

[Note 71: Ce fut durant cette conversation ou une autre semblable
qu'il aura dit le mot rapport par le docteur Bruno: Si mon heure est
venue, je mourrai, avec ou sans saigne. (_Note de Moore_.)]

Le soir, il conversa long-tems avec Parry, qui resta quelques heures au
chevet de son lit. Il se mit sur son sant (dit cet officier), et fut
calme et recueilli. Il me parla sur une foule de points relatifs 
lui-mme ou  sa famille; il me communiqua ses intentions sur la Grce,
son plan de campagne, et ce qu'il ferait dfinitivement pour le pays. Il
me parla de mes propres aventures. Il me parla aussi de la mort avec une
grande tranquillit; et quoiqu'il ne crt point sa fin si prochaine, il
avait dans son air quelque chose de si srieux et de si ferme, de si
rsign et de si calme, de si diffrent de tout ce que j'avais jamais
aperu en lui, que mon esprit eut quelques pressentimens de la
dissolution imminente du noble Lord.

En revoyant son malade le lendemain matin de bonne heure, M. Millingen
apprit de lui qu'ayant,  son sens, pass, somme toute, une meilleure
nuit, il n'avait pas jug ncessaire de prier le docteur Bruno de le
saigner. Pour rendre justice  M. Millingen, je citerai les propres
paroles de ce mdecin: Je pensai qu'il tait de mon devoir de mettre de
ct toute considration pour les sentimens de Lord Byron, et de lui
dclarer solennellement combien j'tais afflig de le voir jouer ainsi
sa vie, et montrer si peu de rsolution. Son refus opinitre, lui
dis-je, avait dj fait perdre le tems le plus prcieux;--mais il ne
restait plus que peu d'heures d'esprance, et,  moins qu'il ne se
soumt  la saigne sur-le-champ, nous ne rpondions plus des
consquences. Il ne se souciait pas de la vie, il est vrai; mais
pouvait-on assurer que s'il ne changeait de rsolution, la maladie
n'tant point du tout rprime ne dt finir par dsorganiser son
conomie, au point de le priver pour jamais de la raison?--J'avais enfin
touch la corde sensible; et, moiti par ennui de nos importunits,
moiti par persuasion, il nous lana  tous deux le plus terrible regard
de colre; et, tirant son bras hors du lit, dit d'un ton courrouc:
Allons,--vous tes, je le vois, une damne bande de bouchers;--prenez
autant de sang qu'il vous plaira, et finissons-en.

Nous saismes le moment (ajoute M. Millingen), et nous tirmes environ
vingt onces. Le sang, en se coagulant, offrit une couenne paisse, mais
nous n'obtnmes pas un soulagement qui rpondt  nos esprances; et
durant la nuit, la fivre devint plus intense qu'elle n'avait t
jusque-l. L'agitation s'accrut, et le patient se livra plusieurs fois 
des discours incohrens.

Le lendemain matin, le 17, la saigne fut rpte; car, bien que les
symptmes de _rhume_[72] eussent compltement disparu, les signes de
l'inflammation crbrale s'accroissaient d'heure en heure. Le comte
Gamba, qui, retenu dans sa chambre par une entorse du coude-pied,
n'avait pas vu Lord Byron depuis deux jours, tcha pourtant de venir le
voir. Sa physionomie, dit-il, veilla soudain en moi les plus terribles
soupons. Il tait fort calme; il me parla de mon accident avec le plus
tendre intrt, mais d'une voix creuse et spulcrale.--Soignez votre
pied, me dit-il; je sais par exprience combien cela est
douloureux.--Je ne pus rester prs de son lit; un torrent de larmes
inonda mes yeux, et je fus oblig de me retirer. En effet, ni le comte
Gamba, ni Fletcher ne paraissent avoir t assez matres d'eux-mmes
pour faire autre chose que de pleurer durant le reste de cette scne
affligeante.

[Note 72: _Rheumatic symptoms_: c'est toujours le mot employ dans
le texte. Mais il n'est pas probable que Byron soit mort d'un rhume, sa
maladie parat avoir t une _pleursie latente_, mconnue faute d'avoir
percut et auscult la poitrine. (_Note du Trad._)]

Outre la saigne, qui fut rpte deux fois le 17, on jugea  propos
d'appliquer des vsicatoires  la plante des pieds. A l'instant o ils
allaient tre appliqus, dit M. Millingen, Lord Byron me demanda si,
appliqus tous deux  la mme jambe, ils ne pouvaient pas remplir le
mme but. Devinant sur-le-champ le motif de cette question, je lui dis
que je les placerais au-dessus des genoux.--Faites, rpondit-il.

Il est pnible de s'arrter sur de tels dtails,--mais nous approchons
du dnoment. Outre la plupart des diverses misres qui environnent
galement le lit de mort des plus grands et des plus humbles, il y eut
autour de Byron mourant un degr de confusion et de dnment qui rend
doublement douloureuse la contemplation de cette scne. Comme, depuis
sa maladie, personne n'avait t investi de l'autorit dans la maison,
ni ordre ni repos n'taient maintenus dans son appartement. La plupart
des choses ncessaires dans une telle maladie manquaient; et ceux qui
entourrent le mourant furent, comme le docteur Bruno, dmoraliss par
un danger qu'ils n'avaient pas prvu, ou, comme l'affectueux Fletcher et
le comte Gamba, rendus totalement inutiles par la violence de leur
douleur.

Tout le monde, dit Parry, tait anim d'un zle ardent; mais comme
toutes ces personnes ne parlaient point la mme langue, et partant ne se
comprenaient pas, leur zle ne faisait qu'ajouter  la confusion. Cette
circonstance, et le manque des choses de premire ncessit, firent de
l'appartement de Lord Byron, durant les deux ou trois derniers jours de
sa vie, la plus pnible scne de dtresse et d'angoisse que j'aie jamais
vue.

Le 18 tant le jour de Pques,--fte que les Grecs clbrent par des
dcharges de mousqueterie et d'artillerie,--on craignit que ce bruit ne
ft mal  Lord Byron; et, afin d'attirer la foule au loin, la brigade
d'artillerie fut conduite  l'exercice par Parry,  quelque distance de
la ville, tandis qu'en mme tems des patrouilles parcouraient les rues,
et, informant les habitans du danger de leur bienfaiteur, les priaient
de garder le plus grand repos possible.

Environ  trois heures de l'aprs-midi, Lord Byron se leva, et alla dans
la chambre voisine. Il put traverser la chambre, en s'appuyant sur son
domestique Tita; et, quand il fut assis, il demanda un livre que le
domestique lui apporta. Mais, aprs avoir lu quelques minutes, il se
trouva faible; et, reprenant le bras de Tita, il retourna en chancelant
dans sa chambre, et se remit au lit.

Alors les mdecins, encore plus alarms, exprimrent le dsir d'une
consultation, et proposrent d'appeler, sans retard, le docteur Freiber,
aide de M. Millingen, et Lucca Vega, mdecin de Mavrocordato. En
entendant parler d'eux, Lord Byron refusa d'abord de les voir; mais
tant inform que Mavrocordato tait de cet avis, il dit:--Eh bien,
qu'ils viennent; mais qu'ils promettent de me regarder sans rien dire.
Cette promesse donne, ils furent admis; mais comme l'un d'eux, en
ttant son pouls, faisait mine de vouloir parler:--Songez  votre
promesse, dit Byron, et allez-vous en.

Ce fut aprs cette consultation que Lord Byron parut au comte Gamba
pressentir pour la premire fois que sa fin approchait. MM. Millingen,
Fletcher, et Tita taient rests debout prs du lit; mais les deux
premiers, incapables de retenir leurs larmes, sortirent de la chambre.
Tita pleurait aussi; mais comme Byron le tenait par la main, il ne put
s'en aller, mais dtourna les yeux. Alors Byron, en le regardant
fixement, dit avec un lger sourire: _Oh_! _questa  una bella
scena_. Puis il sembla rflchir un moment, et s'cria: Appelez
Parry. Presque immdiatement aprs, il fut pris de dlire; il se mit 
crier comme s'il montait  la brche,--moiti en anglais, moiti en
italien: En avant!--en avant!--courage!--suivez mon exemple, etc.,
etc.

En revenant  la raison, il demanda  Fletcher, qui tait rentr dans la
chambre: S'il avait envoy chercher le docteur Thomas, comme il le
dsirait? Et sur la rponse affirmative du fidle serviteur, il
rpliqua: Vous avez bien fait, car j'aimerais  savoir o j'en suis.
Peu de tems auparavant, avec ce ton de bienveillance qu'il gardait
envers tous ses gens, et qui fut une des principales sources de leur
inbranlable attachement, il avait dit  Fletcher: Je crains que vous
et Tita vous ne tombiez malades, en restant prs de moi jour et nuit.
Il fut alors vident qu'il savait qu'il tait mourant; et son dsir de
faire comprendre ses dernires volonts  son serviteur, en luttant
contre la perte rapide de ses moyens d'expression, donna lieu  la plus
douloureuse scne. Comme Fletcher lui demandait s'il fallait qu'il prt
une plume et du papier pour crire sous sa dicte:--Oh! non,
rpondit-il;--il n'est plus tems:--la vie me fuit. Allez trouver ma
soeur.--Dites-lui.--Allez trouvez lady Byron;--vous la verrez, et lui
direz.-- Ici sa voix s'affaiblit, et devint de moins en moins
distincte. Cependant il continua toujours  murmurer en lui-mme,
durant prs de vingt minutes, avec beaucoup de vivacit, mais d'une voix
si faible, que peu de mots purent tre saisis. Ces mots furent des noms
isols:--Augusta,--Ada,--Hobhouse,--Kinnaird. Enfin il dit:
Maintenant, je vous ai tout dit.--Milord, rpliqua Fletcher, je n'ai
pas compris un mot de ce que votre seigneurie a dit.--Vous ne m'avez
pas compris? s'cria Lord Byron, avec l'air de la plus vive tristesse.
Quel malheur!--Il est trop tard, tout est fini.--J'espre que non,
rpondit Fletcher; mais la volont de Dieu soit faite.--Oui, et non
pas la mienne, dit Lord Byron. Puis il essaya encore de prononcer
quelques mots, dont il n'y eut d'intelligible que ceux-ci: Ma
soeur,--mon enfant.

La mesure adopte  la consultation avait t, contrairement  l'opinion
de M. Millingen et du docteur Freiber, l'administration d'une forte
potion antispasmodique, qui, en produisant le sommeil, ne fit peut-tre
que hter la mort. Afin de lui persuader de prendre cette potion, on fit
venir M. Parry, qui le dcida sans peine  en avaler quelques
gorges.--Quand il prit ma main (dit Parry), je trouvai ses mains
glaces d'un froid mortel. Avec l'aide de Tita, je tchai d'y ranimer
doucement un peu de chaleur, et je relchai le bandage qui entourait sa
tte. Pendant tout ce tems, il parut fort agit, joignit ses mains
plusieurs fois, grina des dents, et laissa chapper l'exclamation
italienne: _Ah_! _Christi_! Il fut tout--fait passif en laissant
relcher son bandage de tte; puis il versa des larmes; et reprenant ma
main, me souhaita le bon soir d'une voix faible, et retomba dans le
sommeil.

Au bout d'une demi-heure il se rveilla, et une seconde dose de la
potion lui fut administre. D'aprs le rapport de ceux qui
l'entourrent (dit le comte Gamba, qui ne put supporter le spectacle de
cette scne), j'infrai que dans ce moment ou dans son prcdent
intervalle de raison, il avait nonc ces diverses phrases:--Pauvre
Grce!--pauvre ville!--mes pauvres domestiques!--Puis: Pourquoi ne
fus-je pas averti plus tt? et--Mon heure est venue!--Peu m'importe de
mourir;--mais pourquoi ne suis-je pas retourn dans ma patrie avant de
venir ici?--Une autre fois il dit: Il y a des tres qui me rendent le
monde cher[73] (_Io lascio qualche cosa di caro nel mondo_); d'ailleurs,
je suis content de mourir.--Il parla aussi de la Grce: Je lui ai
donn, dit-il, mon tems, ma fortune, ma sant,--et aujourd'hui je lui
donne ma vie!--Que pouvais-je faire de plus[74]?

[Note 73: Nous traduisons la phrase du texte anglais: _There are
things which make the world dear to me_, qui d'ailleurs ne nous parat
pas l'interprtation exacte de la phrase italienne. (_Note du Trad._)]

[Note 74: Il est bon de rappeler au lecteur que les paroles
attribues ici  Lord Byron; quelques naturelles et probables qu'elles
soient, n'ont pas le mme degr d'autorit que les dtails donns
jusqu'ici sur le rapport des tmoins oculaires. (_Note de Moore_.)]

Il tait environ six heures du soir quand Lord Byron dit: Maintenant je
vais dormir. Puis, se retournant, il tomba dans ce sommeil dont il ne
se rveilla pas. Durant les vingt-quatre heures suivantes, il resta
priv de sentiment et de mouvement,--hormis quelques lgers symptmes de
suffocation qui se manifestaient de tems en tems, et durant lesquels on
lui tenait la tte leve;--et le 19,  six heures un quart, il ouvrit
les yeux un instant pour les refermer sur-le-champ. Les mdecins
cherchrent son pouls:--Lord Byron n'tait plus.

Il serait aussi difficile que superflu de chercher  dcrire combien la
nouvelle de ce triste vnement frappa tous les coeurs. Celui dont le
monde entier devait pleurer la perte avait des droits particuliers aux
larmes de la Grce,-- laquelle il venait de consacrer sa glorieuse vie.
Les habitans de Missolonghi, qui les premiers sentaient le coup dont
toute l'Europe allait tre frappe, purent  peine croire  ce malheur.
Qu'il tait diffrent, ce jour o Lord Byron tait venu parmi
eux,--entour d'une gloire brillante,--et inspirant par son nom mme une
foi vive en ces miraculeux succs que la puissance de son gnie allait
enfanter. Tout cela s'tait vanoui comme un rve fugitif;--et nous ne
pouvons nous tonner que les pauvres Grecs,  qui sa venue avait
apport tant de gloire, et qui, le dernier soir de sa vie, se pressaient
dans les rues en s'informant de son tat, aient regard l'orage qui
clata sur la ville en ce moment, comme le signal de la mort de Byron,
et que, dans leur douleur superstitieuse, ils se soient cris: Le
grand homme n'est plus[75]!

[Note 75: Parry, _Derniers jours de Lord Byron_, p. 128. (_Note de
Moore_.)]

Le prince Mavrocordato, qui sentait le mieux toute l'tendue de cette
perte, et qui avait  pleurer l'ami de la Grce et le sien, publia le 19
au soir cette triste proclamation.

GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA GRCE OCCIDENTALE.

(ART. 1185.)

Le prsent jour de fte et de rjouissance est devenu un jour de
chagrin et de deuil. Lord Nol Byron a cess de vivre  six heures de
l'aprs-midi, aprs une maladie de dix jours; il a succomb  une fivre
inflammatoire. Tel a t l'effet de la maladie de sa seigneurie sur
l'opinion publique, que toutes les classes avaient oubli les
rcrations ordinaires de Pques, mme avant que le triste vnement ne
ft apprhend.

La perte de cet illustre personnage doit sans doute tre dplore par
toute la Grce; mais elle doit tre plus spcialement un sujet de
lamentation pour Missolonghi, o sa gnrosit s'tait si manifestement
dploye, et dont il tait mme devenu citoyen, avec la dtermination de
participer dsormais  tous les dangers de la guerre.

Tout le monde connat les actes de bienfaisance de sa seigneurie, et on
ne cessera jamais d'honorer son nom comme celui d'un vritable
bienfaiteur.

En consquence, en attendant que la rsolution dfinitive du
gouvernement national soit connue, en vertu des pouvoirs dont il m'a
investi, je dcrte ce qui suit:

1 Demain matin, au point du jour, on tirera de la grande batterie
trente-sept coups de canon, nombre qui correspond  l'ge de l'illustre
dcd.

2 Tous les services publics, mme les tribunaux, vaqueront pendant
trois jours successifs.

3 Toutes les boutiques, except celles o se vendent les provisions de
bouche et les mdicamens, seront fermes; et il est strictement enjoint
que les rcrations publiques de toute espce, et les dmonstrations de
joie usites dans le tems pascal soient suspendues.

4 Un deuil gnral sera observ pendant vingt-un jours.

5 Des prires et des crmonies funraires seront clbres dans
toutes les glises.

_Sign_ A. MAVROCORDATO.


GEORGE PRAIDIS, _secrtaire_.

Donn  Missolonghi, ce 19 avril 1824.

De semblables honneurs furent rendus  la mmoire de Lord Byron en
divers autres endroits de la Grce. A Salona, o le congrs tait
assembl, on pria dans l'glise pour son ame; aprs quoi, toute la
garnison et les habitans sortirent dans la plaine, o une autre
crmonie religieuse eut lieu  l'ombre des oliviers. Cette seconde
crmonie termine, les troupes firent feu; et une oraison funbre,
pleine de la louange la plus chaude et de la plus vive reconnaissance,
fut prononce par le grand-prtre.

Lorsque les trangers tmoignaient pour Lord Byron une telle vnration,
quel a d tre le deuil de ses compagnons et de ses serviteurs?--Un seul
va parler pour tous.--Il mourut (dit le comte Gamba) sur une terre
trangre, et parmi des trangers; mais il n'aurait pu tre plus
regrett, plus sincrement pleur, en quelque autre lieu qu'il et rendu
son dernier soupir. Il avait inspir  ceux qui l'entouraient un tel
attachement, ml de respect et d'enthousiasme, qu'aucun de nous n'et
refus de braver pour sa seigneurie tous les dangers du monde.

Le colonel Stanhope, qui reut  Salona la dplorable nouvelle, crit au
comit en ces termes:--Un courrier vient d'arriver de la part du chef
Scalza. Hlas! toutes nos craintes sont ralises. L'ame de Byron a pris
son dernier vol. L'Angleterre a perdu son plus brillant gnie, la Grce
son plus noble ami. Pour nous consoler de sa perte, il a laiss derrire
lui les manations de son esprit magnanime. Si Byron eut des dfauts, il
eut des vertus en revanche:--il sacrifia son bien-tre, sa fortune, sa
sant et sa vie  la cause d'une nation opprime. Que sa mmoire soit
honore!

M. Trelawney, qui se rendait alors  Missolonghi, raconte dans les
termes suivans comment il reut la premire nouvelle de la mort de son
ami:--Malgr toute mon impatience, je ne pus arriver ici avant le
troisime jour. Ce fut le second jour, aprs avoir travers le premier
grand torrent, que je rencontrai quelques soldats qui venaient de
Missolonghi. Je les avais tous laisss passer, avant de me rsoudre 
leur demander des nouvelles de Missolonghi. Je revins donc sur mes pas,
et j'interrogeai un tranard. Je n'entendis que cette parole:--_Lord
Byron est mort_,--et je continuai mon chemin dans un sombre silence. M.
Trelawney, aprs avoir dtaill les particularits de la maladie et de
la mort du pote, ajoute: Pardonnez-moi, Stanhope, de m'tre ainsi
cart de la grande cause o je suis engag. Mais ce n'est pas un deuil
particulier. Le monde a perdu son plus grand homme, et moi, mon meilleur
ami.

Les serviteurs de Lord Byron prouvrent une douleur non moins vive et
non moins sincre: J'ai en ma possession (dit M. Hoppner, dans les
notes dont il m'a favoris) une lettre o son gondolier Tita, qui
l'avait suivi depuis Venise, rend compte  ses parens de la mort de son
matre. Le pauvre garon parle de cet vnement dans les termes les plus
touchans, en disant qu'il avait perdu en Lord Byron un pre plutt qu'un
matre, et en s'tendant sur la bont avec laquelle sa seigneurie avait
toujours trait ses domestiques, et sur l'intrt qu'elle prenait  leur
bien-tre.

Son valet de chambre Fletcher, en annonant la nouvelle  M. Murray, dit
aussi: Excusez, je vous prie, toutes mes ngligences, je sais  peine
ce que je dis ou ce que je fais; car depuis vingt ans que je servais
milord, il tait devenu pour moi plus qu'un pre, et je suis trop
afflig pour vous donner aujourd'hui un rcit exact de toutes les
particularits.

En parlant de l'effet que cet vnement produisit sur les amis de la
Grce, M. Trelawney dit:--Je pense que le nom de Byron tait le grand
moyen d'obtenir l'emprunt. Un M. Marshall, avec une rente annuelle de
8,000 livres sterling, tait venu jusqu' Corfou; il retourna sur ses
pas en apprenant la mort de Lord Byron. Des milliers de gens arrivaient
ici en foule; quelques-uns taient parvenus  Corfou; et,  la nouvelle
de la fatale mort, ils avourent qu'ils venaient consacrer leurs
fortunes, non pas aux Grecs ou  leur cause, mais au noble pote; et le
_Plerin de l'ternit_[76] une fois dcd; ils s'en retournrent[77].

La crmonie des funrailles, qui,  cause des pluies, avait t
retarde d'un jour, eut lieu dans l'glise de Saint-Nicolas 
Missolonghi, le 22 avril. Un tmoin oculaire en donne cette touchante
description.

Au milieu de sa brigade, des troupes du gouvernement et de la
population entire, sur les paules des officiers de son corps,
remplacs de tems en tems par d'autres Grecs, la plus prcieuse portion
de ses restes rvrs fut porte  l'glise, o gisent les cendres de
Marc Botzari et du gnral Normann. C'est l que nous dposmes ces
restes prcieux. Le cercueil tait une caisse de bois, grossirement
construite; un manteau noir servait de pole, et nous mmes dessus un
casque, une pe et une couronne de laurier; mais nulle pompe funbre
n'et produit l'impression, ni exprim les sentimens de cette simple
crmonie. Le deuil et la dsolation de la ville mme; les guerriers
sauvages et  demi-civiliss qui nous entouraient; leur douleur profonde
et naturelle; les touchans souvenirs, les esprances djoues, les
sombres soucis, et les tristes pressentimens qui se lisaient sur toutes
les physionomies:--tout enfin concourait  former la scne la plus
frappante qui ait jamais eu lieu autour de la tombe d'un grand homme.

[Note 76: Titre donn par Shelley  Lord Byron, dans son _lgie sur
la mort de Keats_:

--Le Plerin de l'ternit, qui, vivant, a vu un prompt mais durable
pavillon de gloire se drouler sur sa tte comme la vote des cieux,
survint voilant de deuil tous les clairs de ses chants.

        The Pilgrim of Eternity, whose fame
        Over his living head like heaven is bent
        An early but enduring monument,
        Came veiling all the lightnings of his song
        In sorrow.
                             (_Note de Moore_.)]

[Note 77: Parry mentionne aussi un cas pareil.--Lorsque j'tais au
lazaret  Zante, un Anglais vint me voir, et me fit de nombreuses
questions sur Lord Byron. Il me dit que treize autres Anglais, alors 
Ancne, l'avaient envoy prendre des informations, et n'attendaient que
son retour pour rejoindre avec lui Lord Byron. Ces Anglais voulaient
former  sa seigneurie une garde  cheval, et dvouer leurs personnes et
leurs fortunes  la cause grecque. En apprenant la mort de Byron, ils
repartirent.]

Quand le service funbre fut termin, nous laissmes la bire au milieu
de l'glise, o elle resta jusqu'au lendemain soir, et o elle fut
garde par un dtachement de la brigade de sa seigneurie. L'glise fut
sans cesse remplie par la foule des personnes qui venaient honorer et
regretter le bienfaiteur de la Grce. Le soir du 23, la bire fut
secrtement rapporte par les officiers de la brigade dans la maison que
Byron avait habite. Le cercueil ne fut clos que le 29. Immdiatement
aprs sa mort, Byron avait un air de calme, ml  une svrit qui
sembla graduellement s'adoucir; car lorsque je jetai sur lui un dernier
regard, l'expression de ses traits parut,  mes yeux du moins,
vritablement sublime.

Nous avons vu avec quelle nergie Lord Byron, durant son sjour en
Italie, exprima sa rpugnance  l'ide d'une spulture en terre
anglaise; et l'injonction qu'il fit si frquemment sur ce point  M,
Hoppner, montre que ses dsirs ont t sincres,--du moins  cette
poque. Mais, chez un homme si inconstant dans ses volonts, ce ne
serait pas trop prtendre que de soutenir que l'affection cordiale
tmoigne par lui envers ses compatriotes  Cphalonie et t suivie
d'un changement analogue de sentiment par rapport  cette antipathie
pour l'Angleterre comme dernier lieu de repos. En tout cas, il est
heureux que sa terre natale n'ait point t, par un caprice du moment,
prive de son droit naturel de conserver dans son sein un de ses plus
nobles morts, et d'expier les torts qu'elle a pu avoir envers lui quand
il vivait, en faisant de sa tombe un lieu de plerinage pour toutes les
gnrations futures.

Le colonel Stanhope et d'autres conseillrent que, comme tribut  la
contre que Lord Byron avait clbre, et pour laquelle il tait mort,
ses restes fussent dpos  Athnes, dans le temple de Thse, et Ulysse
envoya un exprs  Missolonghi pour appuyer cette ide. Les habitans de
la ville o le grand homme avait rendu son dernier soupir, firent la
mme demande;--et l'on jugea  propos d'accder jusqu' un certain point
 leurs dsirs, en leur laissant pour tre enterr, un des vases o ses
nobles restes avaient t renferms aprs l'embaumement.

La premire mesure, avant de rien dcider sur ses consquences
ultrieures, fut de faire transporter le corps  Zante; et, toutes les
facilits ayant t donnes par le rsident, sir Frdric Stoven, qui
envoya des navires de transport  Missolonghi dans ce but, le corps fut
embarqu, dans la matine du 2 mai, et ce triste dpart fut salu par
les canons de la forteresse:--Que cette salve d'artillerie, dit le
comte Gamba, tait diffrente de celle qui avait, quatre mois
auparavant, accueilli la venue de Byron.

A Zante, on se dtermina  envoyer le corps en Angleterre; et le brick
_la Floride_, qui venait d'arriver avec le premier versement de
l'emprunt, fut engag dans ce but. M. Blaquire, sous la direction
duquel cette premire portion de l'emprunt tait arrive, tait aussi
porteur de la nomination d'une commission destine  surveiller l'emploi
de ces fonds en Grce, commission dont Lord Byron tait nomm prsident;
mais le mme navire qui lui apportait cette honorable marque de
confiance, devait remporter son cadavre. Le colonel Stanhope, qui tait
alors  Zante, et qui s'en retournait en Angleterre, fut charg de
reconduire les restes de son illustre collgue; et le 25 mai, il
s'embarqua avec eux  bord de _la Floride_.

Dans la lettre que le colonel,  son arrive aux Dunes, le 29 juin,
crivit aux excuteurs testamentaires de Lord Byron, on remarque le
passage suivant:--Quant  la crmonie des funrailles, je suis d'avis
que la famille de sa seigneurie soit consulte sur-le-champ, et qu'on
obtienne le droit d'une spulture publique, ou dans la grande
Abbaye[78], ou dans la cathdrale de Londres. On a dit,--et je crains
fort que ce ne soit la vrit,--que le dsir exprim dans cette dernire
phrase ayant t confidentiellement communiqu  l'un des rvrends
personnages qui ont les honneurs de l'Abbaye  leur disposition, on
reut une rponse qui ne permit pas de douter qu'un refus positif ne ft
le rsultat d'une dmarche plus artificielle[79].

[Note 78: L'Abbaye de Westminster, o l'Angleterre donne la
spulture  ses grands hommes. (_Note du Trad._)]

[Note 79: Un doyen de Westminster porta, dit-on, le scrupule au
point d'exclure de l'Abbaye une pitaphe qui contenait le nom de
Milton:--Nom,  son avis (dit Johnson), trop abominable pour tre sur
le mur d'un difice consacr  la religion. _Vie de Milton_. (_Note de
Moore_.)]

On lit sur le pote Hafez, dans la _Vie de sir William Jones_, une
anecdote que ce dernier exemple d'illibralisme ramne naturellement 
notre mmoire. Aprs la mort du grand pote persan, quelques religieux
de sa patrie lui contestrent, par une vive protestation, le droit de
spulture, en allguant pour motif le ton licencieux de sa posie. Aprs
une grande controverse, on convint de laisser la dcision de la question
 un mode de divination usit chez les Persans, qui consistait  ouvrir
 tout hasard le livre du pote, et  prendre les premiers vers venus.
On tomba sur les vers suivans:

        Oh! ne fuyez point d'un coeur froid le cercueil du pote,
          N'arrtez pas les saintes larmes verses par la piti,
        Car si le corps du pote sommeille ici dans le pch,
          Son ame, absoute par Dieu, vole dj vers le ciel.

Ces vers, dit la lgende, furent regards comme un dcret divin. Les
dvots n'insistrent plus sur leurs objections, et les restes du pote
purent jouir de leur paisible sommeil prs de ce doux ombrage de
Mosellay, qu'il avait si souvent clbr dans ses vers.

Si le droit de spulture de notre Byron devait se dcider de la mme
manire, combien peu de ses pages, prises ainsi au hasard, ne lui
donneraient, par un noble trait de sympathie pour la vertu, par un
ardent hommage aux oeuvres brillantes de Dieu, ou par une saillie de
pit naturelle plus touchante que toute homlie, un titre  l'admission
dans le temple le plus pur dont la charit chrtienne ait jamais eu la
garde!

Toutefois, quelle qu'et t dfinitivement la dcision de ces
rvrends personnages, c'tait le dsir de la plus chre parente de Lord
Byron que ces prcieux restes fussent dposs dans le caveau de famille
 Hucknall, prs de Newsteadt. Aprs avoir t dbarqu de _la Floride_,
le corps avait t, sous la direction de M. Hobhouse et de M. Hanson,
excuteurs testamentaires de sa seigneurie, transport chez sir douard
Knatchbull, _great George Street_[80],  Westminster, o il demeura
expos le vendredi et le samedi, 9 et 10 juillet. Le lundi suivant, la
procession funraire eut lieu; partie de Westminster  onze heures du
matin, suivie par la plupart des amis personnels de sa seigneurie, et
par les voitures de plusieurs personnes de haut rang, elle se dirigea 
travers les diverses rues de la capitale, vers la route du nord. A
Pancras-Church, la crmonie de la procession tant termine, les
voitures s'en retournrent, et le char funbre continua, par petites
journes, sa route  Nottingham.

[Note 80: Mot  mot: Grande rue de Georges. (_Note du Trad._)]

Ce fut le vendredi 16 juillet que, dans la petite glise villageoise de
Hucknall, les derniers devoirs furent rendus aux restes de Byron, qui
furent dposs, prs de ceux de sa mre, dans le caveau de famille.
Exactement au mme jour du mme mois de l'anne prcdente, Byron, comme
on doit s'en souvenir, avait dit au comte Gamba, avec un ton de
dsespoir: O serons-nous dans un an? Le jeune comte  qui cette
parole de funeste prsage avait t adresse, rendit une visite 
Hucknell quelques mois aprs l'enterrement, et en approchant du village,
fut, dit-on, extrmement frapp de la ressemblance de ce lieu avec cette
triste Missolonghi, o son ami avait rendu le dernier soupir.

Sur une table de marbre blanc, dans le choeur de l'glise de Hucknell, on
lit l'inscription suivante:

                  DANS LE CAVEAU CI-DESSOUS,

            OU PLUSIEURS DE SES ANCTRES ET SA MRE

                        SONT ENTERRS,

                    REPOSENT LES RESTES DE

             G E O R G E   G O R D O N   N O E L   BYRON,

                    LORD BYRON, DE ROCHDALE,

                   DANS LE COMT DE LANCASTER,

              AUTEUR DU PLERINAGE DE CHILDE-HAROLD,

                           N A LONDRES,

              LE XXII JANVIER MDCCLXXXVIII,

        MORT A MISSOLONGHI, DANS LA GRCE OCCIDENTALE,

                    LE XIX AVRIL MDCCCXXIV,

          ENGAG DANS LA GLORIEUSE ENTREPRISE DE RENDRE

              A CETTE CONTRE SON ANCIENNE LIBERT

                    ET SON ANCIENNE GLOIRE.

               *       *       *       *       *

                    SA SOEUR, L'HONORABLE

                    AUGUSTA-MARIA LEIGH,

             A CONSACR CE MONUMENT A SA MMOIRE.

Parmi les tributs d'hommages qui ont t offerts, en prose et en vers,
et presque dans toutes les langues de l'Europe,  la mmoire de Lord
Byron, je choisirai deux pices qui me paraissent dignes d'une attention
particulire, l'une,--autant que mon faible savoir classique me permet
d'en juger,--comme simple et heureuse imitation de ces inscriptions dont
la Grce des anciens jours honorait les tombes de ses hros, et l'autre
comme production d'une plume, nagure engage dans une controverse avec
Byron, mais non moins prompte, comme le prouvent ces vers touchans, 
dposer sur la tombe du grand homme le tribut d'une mle douleur et
d'une profonde admiration.[81]


                            Eis

                 Ton en t Elladi teleutgsta

                           Poitn.

        Ou to zn tanaon bion euklees, oud' enaristhein

             Archaias progonn eugenen aretas

        Ton d' eudaimonias moir' arepei, Osper apantn

              Aien aristeun yignetai athanatos--

       Eudeis oun ou, teknon, charistn ear; ouk eti Thallei

                Akmaios melen dypnon setanos;

        Alla teon, tripothte, moron penthosin Athn,

           Mousai, partris, Ars, Ellas, eleutheria.

[Note 81: Par John Williams, esquire.--Moore donne en note la
traduction de ces distiques grecs en vers anglais, faite par un H.H.
Joy. Nous donnons ici la version littrale du texte grec:

SUR LE POTE MORT EN GRCE.

La gloire n'est pas dans une longue vie, ni dans la liste des antiques
vertus de nobles aeux.

Celui-l seul est heureux qui s'levant au-dessus des autres hommes,
gagne un renom immortel.--

Dors-tu-donc, enfant chri des grces? Ne fleurit-elle plus, la verte
couronne de tes chants mlodieux?

Cependant,  mortel cent fois regrett, ton destin jette dans le deuil
Minerve, les Muses, la patrie, Mars, la Grce et la libert.]


DERNIER PLERINAGE DE CHILDE-HAROLD.
PAR LE RVREND W.-L. BOWLES.

I.

Ainsi Childe-Harold finit son dernier plerinage!--Sur les rivages de
la Grce il se leva, et cria: Libert! Ces rivages, renomms de sicle
en sicle, les bois et les rochers de Sparte rpondirent: Libert!
Mais un spectre[82] souriait, debout devant le grand homme;--il le
frappa de son dard,--et l'abattit dans la force orgueilleuse de l'ge. O
Sparte! tes rochers entendirent alors un autre cri, et le vieil
Ilyssus[83] soupira:--Meurs, gnreux exil, meurs!

[Note 82: Ce spectre, c'est la mort,  qui la posie anglaise
attribue le sexe masculin, et  qui elle donne un dard, et non pas une
faux.]

[Note 83: Petit fleuve de l'Attique. (_Notes du Trad._)]

II.

Je ne dirai pas  la piti de dplorer les capricieuses erreurs de
celui qui mourut ainsi  la fleur des ans: encore moins, Childe-Harold,
aujourd'hui que tu n'es plus, irai-je rappeler le mauvais emploi de ton
gnie, ou les ombres dj passes de ton hypocondrie et de ton
orgueil!--Mais je commanderai aux cyprs de l'Arcadie de balancer leurs
cimes sur ta cendre; je transplanterai le vert laurier des bords du
Pne, et je souhaiterai que ton ame jouisse du plus profond repos, et
que jamais une pense ennemie ne soit murmure sur ta tombe.

III.

Ainsi Harold finit en Grce son plerinage!--Oui, c'est l qu'il devait
finir.--Sur cette terre renomme, dont le puissant gnie vit dans le
livre de la gloire, sur le sol consacr aux Muses, il s'endort dans son
dernier sommeil, lui dont le jeune front est ceint de l'imprissable
couronne des noeufs soeurs!--Troupes joyeuses, suspendez dans les vallons
de Temp les gais accens de la flte! Harold, je suis jusqu'au lieu de
ta naissance la lente marche du char funbre,--et ton dernier plerinage
terrestre.

IV.

A pas lents s'avance le char funraire, le cortge de deuil. Je suis
avec un soupir la triste procession qui marche silencieusement vers ce
temple villageois, o tes anctres, Childe-Harold, gisent en poussire.
L dort cette mre qui, considrant d'un oeil mouill de larmes les
destines de ta jeune carrire, veilla sur les sommeils[84] de ton
enfance. Son fils, dlivr du faix de la vie mortelle, vient aujourd'hui
reposer avec elle dans le mme sjour de paix.

[Note 84: Nous risquons le pluriel, comme dans le texte. (_Note du
Trad._)]

V.

Rompant le silence de la mort,--si cette tendre mre et pu
parler--(parler quand la terre tait amoncele sur la tte de son
fils),--elle et, d'une voix faible et caverneuse, ainsi salu la venue
du dfunt:--Repose ici, mon fils, avec moi.--Le songe est envol;--le
masque bigarr et le bruyant tumulte ne sont plus. Sois le bienvenu dans
cette couche silencieuse, o le profond oubli succde au fracas de la
vie, et o les passions dvorantes n'usent plus le coeur[85].

[Note 85: Nous jugeons  propos d'adjoindre en note le texte, en
faveur des lecteurs qui connaissent l'anglais.

CHILDE HAROLD'S LAST PILGRIMAGE.
BY THE REV. W.-L. BOWLES.

          SO ENDS CHIDE HAROLD HIS LAST PILGRIMAGE!
          Upon the shores of Greece he stood, and cried
          'LIBERTY!' and those shores, from age to age
          Renown'd, and Sparta's woods and rocks, replied
          'Liberty!' But a Spectre, at his side,
        Stood mocking;--and its dart, uplifting high,
          Smote him:--he sank to earth in life's fair pride:
          SPARTA! thy rocks then heard another cry,
        And old Ilissus sigh'd--'Die, generous exile, die!'

          I will not ask sad Pity to deplore
          His wayward errors, who thus early died;
          Still less, CHILDE HAROLD, now thou art no more,
          Will I say aught of genius misapplied;
          Of the past shadows of thy spleen or pride:--
          But I will bid th' Arcadian cypress wave,
          Pluck the green laurel from Peneus' side,
          And pray thy spirit may such quiet have,
        That not one thought unkind be murmur'd o'er thy grave.

          SO HAROLD ENDS, IN GREECE, HIS PILGRIMAGE!--
          There fitly ending,--in that land renown'd,
          Whose mighty genius lives in Glory's page,--
          He, on the Muses' consecrated ground,
          Sinking to rest, while his young brows are bound
          With their unfading wreath!--To bands of mirth,
          No more in TEMPE let the pipe resound!
          HAROLD, I follow to thy place of birth
        The slow hearse--and thy LAST sad PILGRIMAGE on earth.

          Slow moves the plumed hearse, the mourning train,--
          I mark the sad procession with a sigh,
          Silently passing to that village fane,
          Where, HAROLD, thy forefathers mouldering lie;--
          There sleeps THAT MOTHER, who, with tearful eye
          Pondering the fortunes of thy early road,
          Hung o'er the slumbers of thine infancy;
          Her Son, released from mortal labour's load,
        Now comes to rest, with her, in the same still abode.

          Bursting Death's silence--could that mother speak--
          (Speak when the earth was heap'd upon his head)--
          In thrilling, but with hollow accent weak,

Ce serait faire trop peu de cas de la critique que de dire avec Gray que
mme un mauvais vers est chose aussi bonne ou meilleure que la
meilleure observation dont il ait jamais t l'objet. Mais il y a
certainement peu de tches qui me paraissent plus ingrates et plus
superflues que celle de se traner pas  pas, comme fait quelquefois la
critique,  la suite d'un gnie victorieux (comme les commentateurs sur
le champ de bataille de Blenheim ou de Waterloo), et de s'vertuer 
nous montrer _pourquoi_ il a triomph, ou, ce qui est encore moins
profitable,  prtendre qu'il _devait_ chouer. Le clbre passage de La
Bruyre, qui, pour avoir t appliqu par l'adulation de Voltaire  un
ouvrage du roi de Prusse, n'en a pas moins gard sa valeur, met
peut-tre sous son vritable point de vue le rang trs-secondaire que la
critique doit tre contente de garder  la suite d'un gnie
heureux:--Quand une lecture vous lve l'esprit, et qu'elle vous
inspire des sentimens nobles, ne cherchez pas une autre rgle pour juger
de l'ouvrage; il est bon, et fait de main de l'ouvrier. La critique,
aprs a, peut s'exercer sur les petites choses; relever quelques
expressions, corriger des phrases, parler de syntaxe, etc., etc. (_Note
de Moore_.)]

          She thus might give the welcome of the dead:--
          'Here rest, my son, with me;--the dream is fled;--
          The motley mask and the great stir is o'er:
          Welcome to me, and to this silent bed,
          Where deep forgetfulness succeeds the roar
        Of Life, and fretting passions waste the heart no more.'

Sa seigneurie, en vertu d'un testament dont on trouvera une copie dans
l'Appendice, lgua  ses excuteurs testamentaires, en dpt pour le
bnfice de sa soeur, Mrs. Leigh, les sommes d'argent provenant de la
vente de tous ses immeubles  Rochdale et ailleurs, avec tous les autres
biens dont la proprit n'appartnt pas  lady Byron et  sa fille Ada,
 cette fin que Mrs. Leigh en et la jouissance hors du contrle de son
mari, durant sa vie entire, et qu'aprs son dcs ses enfans en
hritassent.

Nous avons donc suivi jusqu' son dernier terme une vie qui, si brve
qu'en ait t l'tendue, a peut-tre compris une plus grande diversit
de ces sensations et de ces intrts varis qui naissent de la profonde
activit des passions et de l'intelligence, que toutes les autres vies
jusqu'ici dcrites par la plume de la biographie. Comme il reste encore
parmi les papiers de mon ami quelques fragmens curieux que l'abondance
des matires m'a empch jusqu' prsent de placer, mais qui contribuent
trop  le peindre pour tre laisss dans l'oubli, je vais, en les
recueillant pour le lecteur, profiter de cette occasion pour imposer 
sa patience, pour la dernire fois, quelques remarques gnrales.

On a d observer, dans ces pages,--et peut-tre avec regret,--que Lord
Byron, en tant que pote, n'a presque pas t l'objet d'aucun examen
critique; mais que, content d'exprimer gnralement le plaisir que, de
concert avec tout le monde, je puise dans sa posie, j'ai laiss 
d'autres la tche d'analyser les sources de ce plaisir. En ludant,--si
toutefois on doit prendre la chose sous ce point de vue,--un de mes
devoirs de biographe, j'ai t non moins influenc par la conscience de
mon inaptitude  l'office de critique, que par le souvenir de la
surveillance assidue avec laquelle, durant toute la carrire du pote,
chaque nouvelle apparition de son gnie fut signale du haut des grands
observatoires de la critique, et les perptuelles variations de sa
course et de son clat suivies et notes si habilement et si
minutieusement, qu'il ne reste presque plus rien  dcouvrir aux
observations ultrieures. 'a t d'ailleurs le but immdiat de ces
volumes, que d'tudier le caractre et la conduite de Lord Byron, comme
homme, tude qui jette le plus grand jour sur son caractre comme
crivain; et si, dans le cours de cet ouvrage, j'ai donn quelque
explication satisfaisante de ces anomalies morales et intellectuelles
que la vie de Lord Byron a prsentes,-- plus forte raison encore, si
mes humbles travaux ont eu l'effet de dissiper quelques-uns des nuages
qui environnaient mon ami, et de le montrer, sous beaucoup de rapports,
aussi digne d'amour qu'il fut, sous tout point de vue, digne
d'admiration, alors le principal but de mon livre sera rempli.

Puisque j'ai consacr  cet objet une si large portion des rflexions
dont j'ai parsem cet ouvrage, et que j'ai mis le monde en tat de se
former un jugement par lui-mme, en plaant l'homme,  nu et sans
dguisement, devant tous les yeux, il parat ne rester que la tche
facile de runir les divers lmens de son caractre, et de faire un
portrait complet par la combinaison des traits, dj dcrits isolment.
La tche, cependant, n'est pas aussi facile qu'elle peut le paratre. Il
y a peu de caractres dans lesquels une observation intime ne nous
dcouvre une disposition ou passion prdominante, assez consquente
dans ses effets pour tre prise hardiment en ligne de compte dans
l'apprciation de toutes les circonstances o ces caractres se trouvent
placs. De mme que dans le corps ou dans le visage humain, toutes les
proportions se rapportent  certains points fixes, de mme il y a dans
la plupart des esprits une influence souveraine, qui,--contrarie, sans
doute, en quelques occasions par d'autres influences,--est la source
principale de toutes les inclinations et de toutes les tendances. Mais
Lord Byron n'offre presque point du tout dans son caractre cette espce
de pivot fondamental. Gouvern en diffrens momens par des passions
totalement diffrentes, et mu quelquefois, comme durant son court accs
de parcimonie en Italie, par des motifs qui ne s'taient jamais
dvelopps auparavant en lui, il met souvent en dfaut ce simple mode
d'observation qui consiste  remonter aux sources du caractre; et
si,--ce qui n'est pas impossible,--en essayant d'expliquer les tranges
variations de son esprit, je me suis laiss moi-mme tomber dans la
contradiction et l'inconsquence, l'extrme difficult d'analyser, sans
tre bloui ni drout, une complication si inouie de qualits diverses,
doit me servir d'excuse.

En vrit, les attributs moraux et intellectuels de Lord Byron furent si
varis et si contradictoires, qu'on peut dire de lui qu'il n'tait pas
un, mais multiple; et ce ne serait pas trop exagrer la vrit que de
dire que, par le simple partage des qualits de ce seul esprit, on
aurait pu former plusieurs caractres, tous diffrens et tous vigoureux.
Ce fut par ces aspects multiformes que, durant sa courte et merveilleuse
carrire, Byron donna lieu de se faire comparer avec cette macdoine de
personnages, presque tous diffrens les uns des autres, qu'il numre
plaisamment dans un de ses journaux:--

J'ai song l'autre jour aux diverses comparaisons, bonnes ou mauvaises,
que j'ai lues sur mon compte dans divers journaux anglais et trangers.
Cette rflexion me vint dernirement en feuilletant accidentellement un
journal tranger,--car je me suis fait depuis peu une rgle de ne jamais
rien chercher de ce genre, mais de ne pas en viter la lecture offerte
par le hasard.

Donc, pour commencer, je me suis vu compar, comme homme ou comme
pote, en anglais, en franais, en allemand (que je me suis fait
traduire), en italien et en portugais, depuis les derniers neuf ans de
ma vie,  Rousseau,  Gothe,  Young,  l'Artin,  Timon d'Athnes, 
Dante,  Ptrarque: Vase d'albtre, illumin au-dedans;  Satan, 
Shakspeare,  Buonaparte,  Tibre,  Eschyle,  Sophocle,  Euripide, 
Arlequin, au Clown,  Sternhold et  Hopkins;  la fantasmagorie, 
Henri VIII,  Chnier,  Mirabeau, au jeune colier R. Dallas, 
Michel-Ange,  Raphal,  un petit-matre,  Diogne,  Childe-Harold,
 Lara, au comte dans _Beppo_,  Milton,  Pope,  Dryden,  Burns, 
Savage,  Chatterton, au J'ai souvent entendu parler de toi, seigneur
Byron, de Shakspeare; au pote Churchill,  l'acteur Kean,  Alfieri,
etc., etc., etc.

Ma ressemblance avec Alfieri fut soutenue trs-srieusement par un
Italien qui l'avait connu dans sa jeunesse. Elle ne portait  la vrit
que sur nos qualits extrieures et personnelles. Cet Italien ne le dit
pas  moi-mme (car nous n'tions pas alors bons amis), mais en socit.

L'objet de tant de comparaisons contradictoires est probablement un
tre un peu diffrent de tous les autres; mais quel est-il? C'est ce que
ni moi ni personne ne pouvons dire.

Il ne serait pas sans intrt, si nous avions assez d'espace et de tems
pour une telle tche, de passer en revue les personnages cits dans la
liste prcdente, et de montrer en combien de points,--quoique tous
prsentent entre eux de si matrielles diffrences,--chacun peut offrir
une ressemblance frappante avec Lord Byron. Nous avons vu, par exemple,
que les injustices et les douleurs de la vie furent les vritables
sources de l'inspiration pour Lord Byron. L o frappa le pied du
critique, la source ne tarda pas  jaillir[86]; et toutes les insultes
du monde ne firent que rendre cette onde plus forte et plus brillante.
Dante eut la mme obligation au malheur,-- l'oppression, qui fit sortir
de penses amre la pure essence de son gnie:--_Quum illam sub amar
cogitatione excitatam occulti divinique ingenii vim exacuerit et
inflammrit_[87].

[Note 86: On voit que Moore est pote.--Cette phrase fait allusion 
l'origine de la fontaine d'Hippocrne, qui, suivant les mythes, jaillit
de dessous terre, sous un coup de pied de Pgase. (_Note du Trad._)]

[Note 87: Paul Jove[B].--Bayle aussi dit de Dante: Il fit entrer
plus de feu et plus de force dans ses livres qu'il n'y en et mis s'il
avait joui d'une condition plus tranquille. (_Note de Moore_.)]

[Note B: C'est ainsi que d'amres penses veillrent la puissance
encore occulte de ce divin gnie. (_Note du Trad._)]

Par le mpris pour l'opinion du monde, mpris qui porta Dante 
s'crier: _Lascia dir le genti_[88], Lord Byron avait encore une
grande ressemblance avec le pote toscan,--quoique cela ft chez lui, il
faut l'avouer, beaucoup plus affect que rel. Car, tandis que le ddain
de la voix publique tait sur ses lvres, la plus vive sensibilit au
moindre souffle de l'opinion tait dans son coeur. Et, comme si tous les
sentimens de son ame avaient d tre combins  un lment douloureux,
il unissait  l'orgueil de Dante la susceptibilit de Ptrarque; et s'il
tait comme l'un contempteur de l'opinion publique, comme l'autre il
tremblait au gr de cette reine du monde.

[Note 88: Laisse dire les hommes.]

J'ai dj eu occasion de remarquer ses rapports avec Ptrarque, en
d'autres traits de caractre[89]; et s'il est vrai, comme on l'a souvent
conjectur, que Byron n'eut pas un juste respect pour Shakspeare, en
vertu d'une jalousie secrte dont il avait  peine conscience, on sait
qu'un sentiment semblable exista dans Ptrarque  l'gard de Dante; et
la raison qu'on en a donne,--savoir que Ptrarque n'avait rien 
craindre des crivains vivans, tandis que devant l'ombre de Dante, il
pouvait avoir raison de se sentir rabaiss[90]:--cette raison, dis-je,
n'est point inapplicable dans le cas de Lord Byron.

[Note 89: Quelques passages de l'_Essai_ de Foscolo sur Ptrarque
peuvent tre appliqus, avec une gale vrit,  Lord Byron.--Par
exemple,--Il tait presque impossible  Ptrarque d'exprimer une pense
sans se peindre lui-mme--Ptrarque, sduit par l'ide que sa
clbrit donnerait une grande importance aux circonstances les plus
ordinaires de sa vie, rassasia la curiosit du monde, etc., etc.--Dans
les lettres de Ptrarque, comme dans ses pomes et ses traits, nous
confondons toujours l'auteur avec l'homme, qui tait entran par un
irrsistible instinct  dvelopper ses nergiques sentimens. tant dou
de presque toutes les nobles passions de notre nature, et de
quelques-unes de nos mauvaises, et n'ayant jamais tent de les
dissimuler, il nous fait rflchir sur nous-mmes, tandis que nous
contemplons en lui un tre de notre espce, qui pourtant diffre de tout
autre, et dont l'originalit excite mme plus de sympathie que
d'admiration. (_Note de Moore_.)]

[Note 90: Il Petrarca poteva credere candidamente ch' ei non pativa
d'invidia solamente, perch fra tutti i viventi non v' era chi non
s'arretasse per cedergli il passo alla prima gloria, ch' ei non poteva
sentirsi umiliato, fuorch dall' ombra di Dante.]

Entre les dispositions et les habitudes d'Alfieri, et celles du noble
pote de l'Angleterre, on peut signaler de non moins remarquables
concidences; et le sonnet dans lequel le dramatiste italien dclare
peindre son propre caractre, contient, en un vers d'une admirable
concision, un portrait du versatile auteur de _Don Juan_:--

        _Or stimandome Achille ed or Tersite_[91].

[Note 91: Tantt me croyant un Achille, et tantt un Thersite.]

Par l'extrait mme que je viens de donner du Journal de Lord Byron, on
voit que, dans sa propre opinion, un caractre qui, comme le sien,
permettait tant de comparaisons contradictoires, ne pouvait tre autre
chose qu'un caractre totalement indfinissable. On trouvera toutefois,
en y rflchissant, que cette versatilit mme, qui rend si difficile de
fixer, avant une mtamorphose, l'difice merveilleux de ce caractre,
est le seul fil qui nous conduise  travers les dtours de ce labyrinthe
bti, pour ainsi dire, par un art de ferie,--est la vritable solution
de tout ce qu'il y eut d'clatant dans la puissance de Lord Byron et de
repoussant dans sa lgret, de tout ce qu'il y eut de plus attrayant et
de plus rpugnant dans sa vie ou dans son gnie. Varit presque infinie
de talens, dploys avec un orgueil non moins vaste,--susceptibilit
pour les impressions et les motions nouvelles, porte au-del du lot
ordinaire du gnie, et obie avec une intraitable imptuosit, tant par
habitude que par nature:--telles furent les deux grandes et principales
sources de ce spectacle vari que Lord Byron prsenta dans sa vie, de
cette succession de victoires remportes par son gnie sur presque tous
les champs ouverts  l'intelligence humaine, et de tous ces lans de
caractre, produits sous toutes les formes et dans toutes les
directions, par une sensibilit indompte et par une volont
irrsistible.

Tous ceux qui sont dous de quelque disposition  l'association des
ides, doivent avoir remarqu que, si une pense ou un sentiment
quelconque se prsente  leur esprit, le sentiment ou la pense
contraire s'veille au mme instant:-- ct du sublime, le ridicule,
qui en est le voisin, apparat constamment;-- une vue brillante du
prsent ou de l'avenir, une vue sombre mle ses nuages;--et, mme dans
les questions relatives  la morale et  la conduite, tous les motifs et
tous les raisonnemens qui engagent  l'adoption de l'un des deux partis
contraires seront, dans de tels esprits, contrebalancs sur-le-champ par
un groupe de motifs et de raisonnemens quivalens. Un esprit de ce
genre,--et tels sont, plus ou moins, tous les esprits chez lesquels le
raisonnement est subordonn  l'imagination,--tout capable qu'il est,
par cette rapide association d'ides, de multiplier ses ressources sans
fin, a besoin du contrle d'un jugement exerc pour conserver ses
penses pures et nettes entre les contrastes qu'il appelle ainsi
simultanment; car il y a danger que, en matire d'art, l'habitude de
former des rapprochemens incongrus,--par exemple, entre le burlesque et
le sublime,--ne finisse par corrompre le got de l'esprit pour le plus
noble et le plus haut point de vue; et que, dans les questions de morale
encore plus importantes, la facilit de trouver le pour et le contre
n'aboutisse, sinon  un mauvais choix, du moins  une indiffrence
sceptique.

Lorsqu'on se reprsente un vnement aussi terrible qu'un naufrage, une
scne d'horreur et de pril s'offre seule aux imaginations ordinaires;
mais la vive et versatile imagination de Byron y vit encore autre chose,
et aux circonstances les plus horribles et les plus pouvantables, mla
tout ce qu'il y a de plus ridicule et de plus bas. Mais dans ce
douloureux mlange il ne fut que trop fidle peintre de la nature
humaine, si l'on en croit le tmoignage du cardinal de Retz, tmoin
oculaire d'un tel vnement:--Vous ne pouvez vous imaginer, dit le
cardinal, l'horreur d'une grande tempte;--vous en pouvez imaginer aussi
peu le ridicule. Mais assurment, un pote moins entran par la
varit de son talent, et moins dsireux d'en faire parade, se serait
arrt avant de confondre, par une si cruelle ironie, la dgradation et
les souffrances de l'humanit, et, content d'prouver notre coeur par le
tableau des misres de nos semblables, se serait abstenu de nous
arracher, un instant aprs, un sourire amer  la vue de leur bassesse.

Les rsultats de ce genre d'esprit sont si dangereux pour le sens moral,
qu'on risquerait peut-tre de trop gnraliser en affirmant que partout
o existe une grande versatilit d'imagination, on trouvera aussi une
tendance prononce  la versatilit de principes. Le pote Chatterton,
dans l'ame duquel les germes de tout ce qu'il y a de bon et de mauvais
dans le gnie mrirent si prmaturment, disait, dans l'orgueilleuse
conscience de ce multiple talent, que il avait le plus profond mpris
pour l'homme qui ne pouvait crire le pour et le contre, et ce fut en
agissant lui-mme conformment  ce principe, qu'il souilla son nom de
quelques taches durant la vie si courte que le destin lui accorda.
Mirabeau aussi, quand dans le cours des hostilits lgales de son pre
et de sa mre, il mit la main aux plaidoyers de l'un et de l'autre, fut,
sans aucun doute, moins influenc par le plaisir du mal que par la
piquante vanit de cette souplesse de talent, et fut aveugl sur la
rvoltante perfidie de son travail, par l'habilet avec laquelle il
l'excutait.

Cette qualit, que j'ai nomme ici versatilit, en tant qu'elle concerne
l'imagination, Lord Byron l'a lui-mme dsigne par le nom franais de
_mobilit_, en tant qu'elle concerne les sentimens et la conduite; et
dans un des chants de _Don Juan_, il en a heureusement esquiss quelques
traits. Aprs nous avoir dit que son hros avait commenc d'aprs la
grande prdominance de cette qualit chez Adeline,  douter un peu de
la _ralit_ de ses perfections, il dit:--

       Tant elle faisait preuve tour--tour, et  l'gard de chaque
       convive, de cette brillante versatilit que bien des gens
       confondent avec la scheresse de coeur. Ils se trompent,--c'est
       tout simplement ce qu'on appelle mobilit, un effet, non de
       l'art, mais du caractre, que l'on suppose affect, parce qu'il
       semble banal; trompeur, bien qu'il soit plein de franchise; car,
       certes, il y a de la franchise  se montrer plus vivement
       impressionn par ce qui touche plus immdiatement[92].

[Note 92: _Don Juan_, ch. XVI, st. 97.]

Nous avons  peine besoin de la note o Lord Byron,  propos de ce
passage, qualifie cette mobilit de malheureux don, pour voir combien
il sentait la prminence de cette qualit en lui-mme, et le danger qui
en rsultait pour son caractre. La conscience de sa tendance naturelle
 cder ainsi  toute impression fortuite, et  varier suivant mille
impulsions passagres, non-seulement fut toujours prsente  son esprit,
mais encore comme il savait bien que le monde attache un soupon de
faiblesse  la rtractation ou  l'abandon d'opinions long-tems
professes,--elle eut l'effet de le maintenir, sur certains points
importans, dans une ligne gnrale d'uniformit, que, malgr quelques
fluctuations et contradictions accidentelles dans les dtails, il
continua  garder toute sa vie. Un passage d'un de ses manuscrits
montrera avec quelle sagacit il aperut la ncessit de se prmunir
contre son instabilit sous ce rapport. Le monde traite un changement
de systme politique ou de religion avec un blme plus svre qu'une
pure diffrence d'opinion ne me semblerait le mriter. Mais il doit y
avoir une raison de ce sentiment;--et c'est, je crois, parce qu'on a vu
cet abandon des premires ides inspires  notre enfance, et de la
ligne de conduite par nous choisie lors de notre premire entre dans la
vie publique, produire plus de mauvais rsultats pour la socit, et
prouver plus de faiblesse d'esprit que d'autres actions en elles-mmes
plus immorales. Ce peu de confiance en sa stabilit, tenant ainsi Byron
toujours en veil, ne concourut point peu, sans aucun doute, avec la
bont naturelle de son coeur,  donner tant de solidit et de dure  la
plupart de ses attachemens,--dont quelques-uns, comme son amiti pour sa
mre, durent videmment  un sentiment de devoir, plutt qu' une
affection relle, la constance si honorable avec laquelle il les
conserva.

Mais tandis que, sous ces rapports comme dans la persvrance avec
laquelle il s'attacha aux habitudes et aux amusemens de la jeunesse, il
russit  vaincre sa variabilit et son inconstance naturelles,--dans
toutes les autres applications de son esprit, dans toutes les excursions
de sa raison ou de son imagination, il s'abandonna  cette humeur
versatile sans scrupule et sans frein, prit toutes les formes sous
lesquelles le gnie pouvait se manifester, et se transporta dans toutes
les rgions intellectuelles o de nouvelles conqutes pouvaient tre
accomplies.

Il tait impossible qu'il n'abust pas d'une telle puissance de volont
et de talent. Il tait impossible que, parmi les esprits qu'il invoquait
de tous cts, les esprits de tnbres n'apparussent pas,  son ordre,
avec les esprits de lumire. Et ici les dangers d'une activit si
multiplie, se complaisant ainsi dans ses transformations, se montrent
d'eux-mmes. Devant ce grand et unique objet, le dploiement d'une
imagination varie, splendide, et propre  tout embellir,--toute autre
considration et tout autre devoir ne pouvaient qu'tre sacrifis. Il
faut que l'avocat dploie son loquence et son art, n'importe pour
quelle cause;--il faut que le talent grave partout son empreinte,
n'importe avec quel sceau. Pouvait-on esprer que dans une telle
carrire il ne surviendrait rien de mal, et qu'au milieu de ces clairs
d'imagination, la lumire morale demeurerait pure? Doit-on donc
s'tonner que dans les oeuvres d'un homme ainsi entran par ses
brillantes qualits, nous trouvions,--certes, sans aucun dessein de
corruption de sa part,--le vice embelli d'un clat trompeur et d'un faux
air de vertu, et le mal trop souvent investi d'une grandeur qui
n'appartient essentiellement qu'au bien?

Entre autres maux moins srieux, ns de cet abus d'une riche et
versatile imagination,--plus spcialement dvelopps dans l'oeuvre la
plus caractristique de Lord Byron, dans _Don Juan_,--on trouvera que
l'impression mme d'une posie vigoureuse est quelquefois fort affaiblie
par ces saillies capricieuses et foltres, o cette souplesse d'essor
entrane le pote. En vrit, tous ceux qui lisent cet ouvrage, et
surtout ceux qui, ne possdant eux-mmes qu' une faible dose une telle
flexibilit, sont incapables de suivre toutes ces brusques digressions,
doivent sentir que la soudainet avec laquelle Byron passe d'un ton  un
autre,--du bouffon au mlancolique, du comique au tendre,--produit un
manque de foi dans la sincrit de l'un ou l'autre, ou mme de l'un et
l'autre sentiment, et partant diminue, ou mme refroidit tout--fait, la
sympathie qu'une transition plus naturelle inspirerait. En gnral, un
tel soupon serait injuste envers Lord Byron; car, parmi les singulires
combinaisons que son esprit prsentait, celle de la versatilit et de la
profondeur de sentiment n'tait pas la moins remarquable. Mais, en
somme, quelque favorable que ft cette vivacit et cette varit
d'association  l'tendue de son essor potique, on peut mettre en
question si une concentration plus judicieuse de ses talens n'aurait pas
produit un rsultat encore plus grand et plus prcieux. Si l'esprit de
Milton et celui du Tasse avaient t ainsi ouverts aux incursions de
frivoles et burlesques conceptions, qui peut douter que ces majestueux
sanctuaires du gnie n'eussent souffert autant de dommage que de
profanation?--Et l'on peut au moins se demander si Lord Byron, moins
versatile, moins domin par n'et pas t moins tonnant, peut-tre,
mais plus grand.

        Une imagination libre comme l'air
        Et pleine de mobilit[93],

[Note 93:

        A fancy, like the air, most free,
        And full of mutability.]

Et ce ne fut pas seulement dans ses crations potiques que cet amour de
la nouveaut et de la varit se dploya;--une des plus remarquables
faiblesses de sa vie peut tre rapporte  cette fertile source.
L'orgueilleux dsir de jouer toute espce de rle, bon ou mauvais,
n'influena que trop, comme nous l'avons vu, son ambition et mme sa
conduite, et, comme en posie, son exprience personnelle des mauvais
effets des passions lui servit  fournir des matriaux aux oeuvres de son
imagination; ainsi, en retour, son imagination lui prta ces sombres
couleurs sous lesquelles il dguisa si souvent son vritable aspect aux
yeux du monde. En vrit, il porta  un tel degr de draison cette
fantaisie de se dcrier soi-mme, que s'il y eut jamais en lui (comme il
se l'imaginait quelquefois dans ses momens de spleen), une tendance au
drangement des facults mentales[94], c'est sous ce seul point de vue
qu'elle pourrait tre reconnue pour s'tre quelque peu manifeste[95].
Dans les premiers tems de ma liaison avec lui, lorsqu'il se laissait le
plus aller  cette fantaisie,--(car on put depuis observer qu'alors que
la mauvaise opinion qu'il avait de lui-mme fut partage par le monde,
il fut dispos  ne point faire cho),--je le vis plus d'une fois, quand
nous tions assis ensemble aprs le dner, et qu'il tait alors
peut-tre un peu sous l'influence du vin, se livrer srieusement  cette
humeur noire, se dcrier lui-mme, et jeter maintes allusions sur sa vie
passe, avec un air de mlancolie et de mystre videmment calcul pour
veiller la curiosit et l'intrt. Il tait, toutefois, trop
promptement sensible aux moindres atteintes du ridicule pour ne pas
s'apercevoir, en ces occasions, que la gravit de son auditeur ne se
soutenait que par un effort de politesse; aussi ne renouvela-t-il plus
sur moi l'preuve de cette romanesque mystification. Mais, d'aprs ce
que j'ai su de ses expriences sur des auditeurs plus impressionnables,
je ne doute gure que pour produire de l'effet dans le moment, il n'y
ait de crime si noir ni si dsespr dont il ne se ft laiss supposer
coupable, dans l'espoir enivrant d'agir ainsi sur les imaginations; et
j'ai quelquefois eu ide que la cause secrte de la sparation de sa
femme d'avec lui, cause sur laquelle lady Byron et son conseil lgal ont
jet un si formidable mystre, peut aprs tout n'avoir pas t autre
chose qu'une imposture de ce genre, un obscur demi-aveu d'horreurs
indtermines, qui, racontes pour mystifier et pour surprendre, furent
prises au srieux par celle qui en entendait le rcit.

[Note 94: Nous avons vu combien de fois, dans ses Journaux et dans
ses lettres, il exprime ce soupon sur la solidit de son tat mental.
Une crainte semblable parat s'tre aussi empare du vigoureux esprit de
Johnson, qui, comme Byron, tait dispos  attribuer  une constitution
hrditaire cette mlancolie, qui, dit-il, le rendit fou toute sa vie,
ou du moins peu sage. Ce trait particulier du caractre de Johnson a
donn lieu, dans l'dition que Boswell donne de la _Vie_ de ce
littrateur,  des remarques qui toutes ont t inspires par la
sagacit connue de l'diteur, et qui, relatives  un point si important
dans l'histoire de l'intelligence humaine, seront juges dignes de la
plus grande attention.

Dans une des nombreuses lettres que Lord Byron m'a crites, et que j'ai
jug  propos d'omettre, je trouve qu'il attribue ce trouble suppos de
ses facults au mariage de miss Chaworth,--mariage, dit il, auquel elle
sacrifia les projets de deux anciennes familles, un coeur qui tait 
elle depuis dix ans, et une tte qui n'a plus t ds-lors entirement
saine. (_Note de Moore_.)]

[Note 95: Dans son Journal de 1814, il y a un passage que j'avais
conserv dans l'unique but de jeter du jour sur ce travers de son
esprit, avec l'intention d'y ajouter une note explicative. Mais, par
inadvertance, la note a t omise; et ce passage, ainsi livr 
lui-mme, a, je le vois, parfaitement russi  mystifier les lecteurs
franais. Il n'y a pas de sorte de meurtre imaginable que les enfans de
la nouvelle cole romantique n'aient travaill  extraire du mystre de
ce passage. (_Note de Moore_.)]

Cette trange propension en vertu de laquelle l'homme en Byron, fut,
pour ainsi dire, inocul par le pote, ragit sur sa posie, de manire
 produire, dans le portrait de quelques-uns de ses personnages, cette
contradiction qui a t frquemment signale par ses critiques,--je
veux dire, l'union d'une ou deux vertus sublimes et brillantes avec un
millier de crimes tout--fait incompatibles avec elles; or, en vrit,
cette anomalie s'explique par les deux diffrentes sortes d'ambition qui
l'animaient,--l'une, trs-naturelle, celle d'imprimer  ses personnages
ces hautes et bonnes qualits qu'il sentait en lui-mme,--l'autre,
purement artificielle, celle de leur prter ces crimes que par un
vritable enfantillage il souhaitait lui tre attribus par le monde.

Indpendamment de ces efforts pour noircir son propre nom, et mme aprs
qu'une amre exprience lui et appris l'imprudente folie d'un tel
systme, il y eut toujours, dans la sincrit et la franchise outre de
son ame, et dans cet abandon facile avec lequel il exprimait toutes les
impressions passagres de son esprit et de son coeur, plus qu'il n'en
fallait pour exposer son caractre sous les aspects les moins favorables
aux yeux de tout le monde. Quel homme, en vrit, pourrait supporter
l'preuve d'tre jug mme d'aprs les meilleures de ces innombrables
penses qui se succdent les unes aux autres, comme les vagues de la
mer, dans l'intrieur de nos esprits, et passent sans tre mises au
dehors, sans mme tre pour la plupart, avoues de
nous-mmes?--Cependant, voil l'preuve que Byron subit durant sa vie
entire. Tant par cette prcipitation avec laquelle il cda  la
moindre impulsion, que par la passion qu'il avait de rappeler ses
impressions, toutes ces penses, fantaisies et envies htrognes, qui
dans les esprits des autres hommes, surviennent comme des ombres, et
comme elles s'vanouissent, taient par lui fixes et personnifies 
mesure qu'elles se prsentaient, et, prenant soudain une forme
reconnaissable, soit dans ses actions ou ses paroles, soit dans la
rapide lettre du moment ou dans le pome destin  l'immortalit, elles
offraient au jugement de l'opinion publique un cercle de points
vulnrables que nul individu, peut-tre, ne prsenta jusqu'ici.

Avec une telle abondance et une telle varit d'lmens pour composer un
portrait, on peut aisment concevoir comment deux peintres avous de
Lord Byron, l'un par trop partial, et l'autre plein de mchancet, ont
pu:--le premier, en choisissant exclusivement les plus beaux traits, et
le second les plus sombres,--produire deux portraits aussi diffrens
l'un de l'autre qu'ils ressemblent peu, somme toute,  l'original.

Pour montrer l'excessive indiscrtion avec laquelle il nonait toutes
ses penses et toutes ses impressions,--surtout si elles avaient trait 
sa propre personne,--sans qu'il et mme un seul instant la prudence
presque instinctive de considrer si, par de telles confessions, il
n'allait pas laisser une opinion calomnieuse de lui-mme,--je saurais 
peine donner un exemple plus frappant que la conversation que M.
Trelawney rapporte avoir eue avec lui pendant qu'il faisaient route
ensemble pour la Grce. Aprs quelques remarques sur l'tat de sa sant
mentale et corporelle[96], Byron dit: Je ne sais comment, mais je suis
quelquefois si poltron, que ce matin, si vous m'aviez donn des coups de
cravache, je m'y serais soumis sans opposition. Qu'est-ce que cela veut
dire? Si un tel accs de poltronnerie s'empare de moi en Grce, que
ferai-je?--Je lui rpondis (continue M. Trelawney) que c'tait
l'excessive faiblesse de ses nerfs.--Oui, rpliqua-t-il, et de ma tte
aussi. J'tais un hros  mon dpart de Gnes, mais je sens mon courage
s'couler peu  peu.

[Note 96: Il disait souvent (dit M. Trelawney) qu'il ne croyait pas
avoir beaucoup d'annes  vivre, et qu'il mourrait en Grce. Il me le
dit  Cphalonie. Il ne me parut jamais mu en ces occasions; mais,
parfaitement indiffrent sur l'poque plus ou moins prochaine de sa
mort, il dclarait seulement qu'il n'tait point capable de supporter la
douleur. Dans notre voyage, nous avions lu avec une grande attention la
vie et les lettres de Swift, publies par W. Scott, et nous en parlions
presque journellement; et plus d'une fois il exprima combien il avait
horreur d'une telle existence, et tmoigna quelque crainte que ce ne ft
son destin. (_Note de Moore_.)]

Ceux qui ont quelque connaissance de la nature humaine, n'oseront nier
que de tels dcouragemens n'aient, sous l'influence d'un semblable
abattement des esprits vitaux, pass dans la tte des hommes les plus
braves qui aient jamais vcu ici-bas;--mais alors, loin d'tre avous,
oublis mme par celui qui les prouvait, ils s'vanouissaient avec
l'indisposition passagre qui les avait produits, et ne donnaient lieu
ni  la vrit de les mentionner comme preuves d'un dfaut de sant, ni
 la calomnie d'en infrer le soupon d'un dfaut de bravoure. On
pourrait affirmer que tous les hommes sont naturellement poltrons, en
appuyant cette assertion sur la facilit avec laquelle la plupart des
hommes croient que les autres le sont. J'ai vcu, dit le prince de
Ligne, pour entendre appeler Voltaire un sot, et le grand Frdric un
poltron. Le duc de Marlborough[97], dans son tems, et Napolon dans le
ntre, ont t en butte  la mme accusation, et, qui plus est, il s'est
trouv des gens pour y ajouter foi. Aprs de si clatans exemples de la
tendance de certains esprits  ne voir la grandeur qu' travers un
prisme qui en renverse l'image, nous ne nous tonnerons pas que la
conduite de Lord Byron en Grce ait, d'aprs le mme principe, engendr
une semblable insinuation contre lui; et je n'aurais pas mme mentionn
cette impuissante calomnie, si elle ne m'et fourni l'occasion d'essayer
de dterminer le genre particulier de courage par lequel, en toutes les
occasions ncessaires, Lord Byron se distingua avec tant d'clat.

[Note 97: Jean Churchill, duc de Marlborough, qui fut si fatal  la
France sur la fin du rgne de Louis XIV, qui gagna, avec le prince
Eugne, la bataille d'Hochstet, en 1704; celle de Ramilies, en 1706, et
celle de Malplaquet, en 1709. Il passait surtout pour conserver au
milieu des combats les plus sanglans un calme inbranlable. (_Note du
Trad._)]

Quelque prix qu'on attache au courage physique, c'est, sans aucun doute,
 ceux que la nature a dous de la plus active imagination, et qui, par
consquent, voient le plus vivement et le plus simultanment toutes les
consquences loignes et possibles du danger, que doivent tre
principalement accords les loges dus  l'exercice de cette vertu. Ce
genre de bravoure, qui vient de l'esprit plus que du temprament,--ou,
pour mieux dire, du triomphe du premier sur le second,--se
proportionnera naturellement  l'importance de la conjoncture; et la
mme personne qu'on voit reculer avec une crainte presque fminine
devant d'ignobles et quotidiens prils, peut se montrer la premire dans
le fort du danger, partout o l'honneur est  dfendre ou  conqurir.
Et cette remarque ne s'applique pas seulement aux hommes d'imagination,
dont je parle principalement ici. Par le mme principe, on trouvera que
la plupart des hommes dont la bravoure est le rsultat, non pas du
temprament, mais de la rflexion, sont rgls dans leur audace. Le sage
de Wit[98], quoique indiffrent pour sa vie dans de grandes occasions,
n'avait pas honte, dit-on, de craindre et d'viter tout ce qui la
compromettait en d'autres circonstances.

[Note 98: Jean de Wit, grand pensionnaire de Hollande, qui brava par
patriotisme l'inimiti de Guillaume III, prince d'Orange, et prit dans
une meute  La Haye, avec son frre Corneille de Wit, en 1672. (_Note
du Trad._)]

Or, quant  ces apprhensions qui assigent les imaginations vives,
certes, Lord Byron en avait une part considrable, et dans tous les cas
de pril ordinaire, il s'y abandonnait sans rserve. J'ai vu peu
d'hommes, mme peu de femmes, qui eussent plus de crainte en voiture;
et, lorsqu'il montait  cheval, ses prcautions contre les accidens
rvlaient cette mme timidit nerveuse d'imagination. Sa bride dit
feu lord B***, qui se promenait souvent  cheval avec lui  Gnes,
avait, outre le caveon et la martingale, diffrentes rnes; et toutes
les fois que sa seigneurie approchait d'un endroit o son cheval devait
ralentir son pas, elle saisissait les susdites rnes et se fixait comme
si elle allait contre une porte barricade. Il n'y a sans doute qu'un
observateur trs-superficiel ou trs-prvenu qui puisse srieusement,
sur ces indications d'inquitude nerveuse, fonder quelque conclusion
contre le courage rel de celui qui les prsentait. Le pote Arioste,
qui tait, ce semble, victime des mmes alarmes, qui descendait de
cheval  la moindre apparence de danger, et qui surtout avait peur de se
trouver sur l'eau,--put nanmoins, dans l'action entre les vassaux du
pape et ceux du duc de Ferrare, se battre comme un lion; et pareillement
Lord Byron, comme tous ses compagnons de pril en portent tmoignage,
possdait cette noble espce de courage qui s'lve  la hauteur des
circonstances, et qui devient d'autant plus impassible et inbranlable,
que le danger est plus imminent.

En me proposant de montrer que les attributs distinctifs de Lord Byron,
comme homme et comme crivain, naissaient de ces deux grandes sources,
savoir, l'incomparable versatilit de ses sentimens, et la facilit avec
laquelle il obissait  leurs doubles inspirations, j'avais l'intention
de l'tudier sous ce point de vue, encore plus en dtail, et de chercher
 suivre dans les sublimits et dans les fautes de sa posie et de sa
vie l'action incessante de ces deux qualits dominantes de sa nature.
Personne dit Cowper, en parlant des esprits dous de cette
versatilit, n'est plus propre  nous tenir agrable compagnie ici-bas
que les hommes de ce caractre. Toutes les scnes de la vie ont deux
cts, un ct sombre et un ct brillant; et l'esprit qui a un mlange
gal de mlancolie et de vivacit est le plus propre  contempler l'un
et l'autre ct. Il ne serait pas difficile de montrer qu' cette
facilit de rflchir toutes les nuances de l'ombre ou de la lumire qui
tour--tour bigarrent l'existence humaine, Lord Byron dut non-seulement
l'immense tendue de son influence comme pote, mais cette puissance de
fascination qu'il possdait comme homme. En effet, cette susceptibilit
si rapide des impressions immdiates lui prtait, dans ses relations
sociales, le charme le plus attrayant de tous, en permettant  ceux qui
taient prsens dans le moment, d'exercer sur lui un tel ascendant
qu'ils occupaient seuls alors toutes ses penses et tous ses sentimens,
et mettaient en jeu les ressorts qui leur convenaient le plus[99].

Cette mobilit,--cette facult d'tre plus vivement impressionn par ce
qui touche plus immdiatement[100], tait chez lui porte  un si haut
point, que, mme auprs des personnes avec lesquelles le hasard du
moment le mettait en relation, il avait, comme on dit, le coeur sur la
main,[101] et qu'il ne dpendait que d'elles de devenir les dpositaires
de tous ses secrets;--si toutefois l'on peut se servir d'une telle
expression. Que dans cette convergence de toutes les facults pour
plaire aux objets prsens, les absens soient quelquefois oublis, ou,
qui pis est, sacrifis au dsir dominant du moment, c'est l un des
dfauts inhrens aux personnes de ce caractre, dfaut qui rend leur
fidlit, comme amans ou comme confidens, excessivement prcaire. Mais
le charme qu'une telle disposition rpand dans les manires ne peut
gure tre rvoqu en doute,--et surtout par ceux qui en ont prouv
toute la magie en Lord Byron. D'ailleurs, les conversations indiscrtes
dans lesquelles il rvla ce qui lui avait t confi verbalement ou par
crit, ne doivent pas toutes tre attribues  cet imprudent panchement
du moment. C'tait aussi dans sa franchise et dans son horreur pour la
feinte que cette coutume, si pleine qu'elle ft d'inconvnient, et
quelquefois mme de danger, tirait en grande partie son origine. Il se
faisait un plaisir, dans de telles circonstances, de confronter l'accus
avec l'accusateur,--non-seulement pour se venger d'avoir cout comme
tiers ce que deux hommes n'osaient se dire ouvertement l'un  l'autre,
mais encore pour satisfaire cette espiglerie malicieuse qu'il avait
montre ds son enfance, et qui trouvait toujours un amusement
immanquable dans la confusion que de telles indiscrtions amenaient.
Comme ses amis connaissaient bien cette mauvaise habitude, leur prudence
mettait leur sincrit en garde contre lui, et on lui pargnait la peine
d'entendre ce qu'il n'aurait pu rpter sans faire encore plus de mal.

[Note 99: Relativement  cette facilit de s'adapter  toutes sortes
de socits, et  prendre tous les rles, je trouve dans les premires
lettres que je lui ai crites (d'Irlande) un passage qui, bien qu'il ne
soit peut-tre pas de fort bon got, mrite d'tre cit comme expression
de la vrit:--Quoique je ne vous aie point crit, j'ai rarement cess
de penser  vous, car vous tes une espce d'tre que tout remet en
tte. Que je sois avec les sages ou avec les fous, parmi les potes ou
parmi les boxeurs; que j'aie en main un livre ou une bouteille: je me
rappelle votre universelle supriorit, et ma mmoire vous voit venir
arm pour toute sorte d'arne. (_Note de Moore_.)]

[Note 100: Citation de la stance de _Don Juan_ ci-dessus rapporte.
(_Note du Trad._)]

[Note 101: Il est curieux d'observer comme, en tout tems et en tout
pays, ce qu'on appelle le caractre potique a produit de semblables
effets chez tous ceux qui ont t victimes de ce funeste don. Dans le
passage suivant, le biographe du Tasse a, en peignant ce pote, dcrit
aussi Lord Byron: Il y a des personnes d'une telle sensibilit que
quiconque se trouve avec elles est, dans le moment mme, le monde entier
pour elles. Elles panchent involontairement leurs coeurs; elles sont
animes par un vif dsir de plaire; et elles confient ainsi leurs
sentimens  des gens qu'en ralit elles regardent avec indiffrence.
(_Note de Moore_.)]

On trouvera un exemple frappant de ce trait de caractre dans une
anecdote raconte par Parry, qui, tout en tant victime de
l'indiscrtion, eut le bon sens et le bon esprit d'apercevoir la source
 laquelle la conduite de Byron devait tre rapporte. Tandis que la
flotte turque bloquait Missolonghi, sa seigneurie, un jour, s'avana
avec Parry, dans un petit esquif qu'un enfant faisait aller  la rame,
jusqu' l'entre du port; le prince Mavrocordato et sa suite les
accompagnaient dans une grande chaloupe. En cette situation, l'ingnieur
anglais fut saisi d'un vif sentiment de mpris et d'indignation 
l'gard de la nonchalance de leurs amis grecs, et se mit  le
communiquer  Lord Byron en termes peu mesurs. Il dit, par exemple, que
le prince Mavrocordato tait une vieille femme, et finit, suivant son
rapport, par les paroles suivantes: Si j'tais  leur place, la seule
pense de mon incapacit et de mon ignorance me donnerait la fivre, et
je brlerais d'impatience d'entreprendre la destruction de ces coquins
de Turcs. Mais les Grecs et les Turcs sont, par leur commune imbcilit,
des adversaires dignes les uns des autres.

J'eus  peine fini de parler, ajoute M. Parry, que Lord Byron ordonna
de placer notre chaloupe  ct de l'autre, et rapporta de point en
point toute notre conversation au prince Mavrocordato. Tout en agissant
ainsi, il se chargea d'apaiser la colre du prince et la mienne; et,
quoique je fusse d'abord trs-irrit, et que le prince ft aussi, je
crois, fort indispos, il y russit. Mavrocordato ne me tmoigna aucune
sorte de mcontentement, et j'attachais trop de prix  la considration
de Lord Byron pour lui garder longue rancune d'un procd qui n'tait,
aprs tout, qu'une faon dsagrable de nous rprimander tous deux.

Ce ne serait point une tche dpourvue d'intrt, que de suivre ainsi le
caractre de Byron dans toutes ses ramifications;--car nous sommes
certains que, mme dans les pousses les plus loignes et les plus
dlies, l'clat et la force de la souche premire se feraient
apercevoir. Mais nous en avons dj peut-tre assez dit pour mettre tous
les esprits  mme de conclure le reste.--Si nous avons ouvert ici la
vritable voie d'analyse, il ne sera pas difficile d'en suivre les
consquences ultrieures. Dj, peut-tre, quelques lecteurs m'accusent
d'avoir employ une trop considrable portion de ces pages,
non-seulement  noter minutieusement les traits et les nuances du
caractre de mon ami, mais, ce qui peut tre regard comme plus inutile
encore,  relater toutes les habitudes et toutes les bizarreries qui
distingurent sa vie journalire d'avec celle des autres hommes. Que
les critiques du jour obissent au sentiment de leur propre importance,
en me blmant de rappeler ces riens, c'est  quoi il faut naturellement
s'attendre: mais ces mmes critiques ne peuvent douter que, dans
d'autres tems, ces minutieux dtails sur un homme tel que Byron ne
soient lus avec intrt. La dmarche agite et incertaine de Catilina
est regarde par d'habiles juges du coeur humain, comme une indication
extrieure du caractre, importante  connatre. Mais les idoltres
adorateurs du gnie se complaisent dans le souvenir de traits beaucoup
moins significatifs. Mme aprs trois sicles, nous apprenons avec
plaisir que le Tasse aimait la malvoisie[102], et la croyait favorable 
l'inspiration potique: et, preuve encore plus amusante de la
disposition du monde,  rappeler les petits dtails relatifs aux grands
hommes, la passion extrme du pote Ptrarque pour les navets est une
des traditions conserves en si petit nombre sur son compte  Arqua.

[Note 102: Vin qu'on prpare avec le mot de raisins muscats, cuit
jusqu' la diminution de deux tiers, cum avec soin, puis fortement
agit, jusqu' ce qu'il soit refroidi. C'est un vin extrmement doux et
sucr. On le tirait originairement de Grce, par exemple, de Candie et
de Chio. Mais on prpare maintenant, en Languedoc et en Provence, des
malvoisies[C] qui sont transportes et dbites  Paris sous le nom de
divers vins trangers. (_Note du Trad._)]

[Note C: L'Acadmie donne  ce mot le genre fminin. (_Note du
Trad._)]

La personne de Lord Byron a t si frquemment reprsente par la plume
et par le pinceau, que je serais dispens de la dcrire, si un biographe
n'tait strictement oblig d'baucher au moins cette tche.

La figure de Byron offrait le plus haut degr de beaut; car elle
unissait -la-fois la rgularit des traits  l'expression la plus
varie et la plus vive. En effet, la versatilit remarquable de son ame
se trahissait dans le libre jeu de sa physionomie, qui s'obscurcissait
ou brillait tour--tour sous la passagre influence des diverses penses
du moment.

Ses yeux, quoique d'un gris clair, taient capables d'exprimer tous les
sentimens, depuis la plus extrme hilarit jusqu' la tristesse la plus
profonde, depuis la bienveillance la plus tendre jusqu'aux plus sombres
mouvemens de ddain ou de colre. J'eus l'occasion de voir avec quelle
terrible nergie ils annonaient cette dernire passion, un jour que je
lui rapportai, assez indiscrtement, qu'une personne m'avait dit:
Dfiez-vous de Lord Byron; il fera quelque jour un mchant
trait.--Est-ce un homme ou une femme qui vous a dit cela,
s'cria-t-il, en tournant soudain sur moi un regard de colre, qui, tout
momentan qu'il fut, laissa en moi un souvenir durable, et dont je ne
puis donner une exacte ide qu'en me servant des termes mmes de
l'crivain, qui dit de Chatterton que des flammes roulaient au fond de
ses yeux.

Mais c'tait dans la bouche et dans le menton que rsidaient la grande
beaut et l'expression de la physionomie de Byron.--On a fait de lui
(dit une femme) plusieurs bustes ou portraits, avec un succs plus ou
moins grand; mais l'extrme beaut de ses lvres a chapp  tous les
peintres et  tous les sculpteurs. Dans leur infatigable jeu, elles
reprsentaient toutes ses motions,--sa colre par leur pleur, son
ddain par leur moue, sa joie par leur sourire, son espiglerie et son
amour par leurs gracieuses fossettes. Je croirais faire une injustice
aux lecteurs, si je ne leur offrais encore quelques touches du mme
pinceau. Cette extrme mobilit d'expression tait quelquefois pnible
 voir; car j'ai vu Lord Byron avoir l'air absolument laid;--je l'ai vu
avoir l'air si dur et si froid, qu'il paraissait hassable; puis, en un
moment, plus radieux que le soleil, il avait une si aimable douceur dans
son air, faisait briller une affection si empresse dans ses regards,
donnait  ses lvres un panouissement si suprieur au sourire, qu'on
oubliait l'homme,--Lord Byron,--dans l'image de beaut offerte  nos
yeux, et contemple avec une vive curiosit.--J'allais presque dire que
tel dut apparatre le dieu de la posie, le dieu du Vatican, lorsqu'il
conversait avec les fils et les filles des hommes.

Sa tte tait remarquablement petite,[103]--au point d'offrir mme un
dfaut de proportion avec sa figure. Le front, quoique un peu trop
troit, tait haut, et le paraissait encore davantage, parce que Byron
rasait sa chevelure au-dessus des tempes (afin de la conserver,
disait-il); et les cheveux d'un noir luisant, qui se bouclaient par
touffes sur sa tte, en compltaient la beaut. Ajoutez  cela que son
nez, quoique beau, tait peut-tre un peu trop gros, que ses dents
taient blanches et rgulirement poses, que son teint tait ple, et
vous aurez de sa physionomie la meilleure ide que les mots seuls
puissent en donner.

[Note 103: Plusieurs d'entre nous, dit le colonel Napier,
essayrent un jour son chapeau, et, sur douze ou quatorze personnes qui
taient  dner, il n'y en eut pas une qui pt le mettre, tant sa tte
tait petite! Mon domestique, Thomas Wells, qui avait la plus petite
tte du 90e rgiment (il l'avait si petite qu'il avait peine  trouver
un schako qui le coifft), fut le seul qui pt mettre le chapeau de Lord
Byron, et il en tait mme trs-bien coiff. (_Note de Moore_.)]

Sa taille tait, comme il l'a dit lui-mme, de cinq pieds huit pouces et
demi, et c'est  la longueur de ses membres qu'il attribuait son talent
de natation. Ses mains taient trs-blanches; et,--suivant son opinion
sur la dimension des mains comme signe de noble
naissance,--aristocratiquement petites. Il boitait du pied droit[104];
mais cette infirmit, quoique contraire  la grce de ses mouvemens, ne
diminuait que fort peu l'activit: et, eu gard  cette circonstance,
ainsi qu' l'habilet avec laquelle le pied tait cach par le moyen de
longs pantalons, il serait difficile de concevoir un dfaut de ce genre
qui caust moins de difformit, tandis que le timide embarras que la
conscience continuelle de cette infirmit donnait aux premiers abords de
mon noble ami, faisait de cette infirmit mme une source d'intrt.

[Note 104: En parlant de cette infirmit au commencement de mon
ouvrage, je m'abstins, tant d'aprs mes propres doutes  ce sujet, que
d'aprs la grande varit que je trouvai dans les souvenirs des autres,
de spcifier de quel pied il boitait. En vrit, on aura peine  croire
quelle incertitude je trouvai sur ce point, mme dans l'esprit des gens
qui avaient vcu dans la plus grande intimit avec lui. M. Hunt dit
dans son livre que le vice de conformation existait au pied gauche; et
cette assertion, quoique contraire  mes souvenirs, et,  ce qu'il
parat,  la ralit, tait confirme par le dire d'autres personnes qui
avaient vcu avec Byron. En m'adressant  ses anciens amis de Southwell,
et  son cordonnier de cette ville, je les trouvai si peu prpars 
rpondre avec certitude sur ce point, que ce n'est qu'en se rappelant
que le pied boiteux tait le premier en montant la rue, qu'ils en
conclurent enfin que le membre affect tait le droit; et M. Jackson,
son professeur de pugilat, fut pareillement oblig de se rappeler si son
noble lve frappait  droite ou  gauche pour arriver  la mme
conclusion. (_Note de Moore_.)]

En revoyant le Journal dont j'avais intention de donner des extraits, je
n'ai choisi que les opinions ou rveries suivantes, relatives pour la
plupart aux croyances religieuses. J'avais avanc dans la premire
partie de cet ouvrage que, en aucun tems de sa vie, Lord Byron ne fut
un incrdule dcid. On a object  cette assertion que plusieurs
passages de ses crits prouvent directement le contraire. Mais cette
objection, ainsi que l'interprtation de la plupart des passages cite
 l'appui, se fonde, ce me semble, sur l'erreur, fort ordinaire en
conversation, qui consiste  confondre la signification des mots
incrdule et sceptique;--le premier supposant une opinion arrte, et le
second le doute. Je n'ai pas moi-mme toujours observ scrupuleusement
cette distinction; et, dans un cas, je suis mme entr par mgarde dans
les ides de ceux que je combats en reprsentant Byron, dans sa
jeunesse, comme un colier incrdule, tandis que le mot douteux et
plus exactement exprim ma pense. Aprs cette explication ncessaire,
je rpterai ici mon assertion; ou plutt,--pour en mettre la substance
sous une diffrente forme,--je dirai que Lord Byron fut, jusqu'au
dernier moment, un sceptique, ce qui veut dire implicitement qu'il ne
fut jamais un incrdule dcid.

       *       *       *       *       *

PENSES DTACHES.


I.

Si je devais recommencer  vivre, je ne sais ce que je voudrais changer
dans ma vie, sinon vouloir n'avoir pas du tout vcu[105]. L'histoire,
l'exprience, etc., nous apprennent que le bien et le mal sont assez
galement rpartis dans l'existence d'ici-bas, et que ce qui est le plus
dsirable est d'en sortir facilement. Peut-elle nous donner autre chose
que des annes? et celles-ci n'ont gure de bon que leur fin.

[Note 105: Swift adopta de bonne heure (dit sir Walter-Scott) la
coutume de regarder l'anniversaire de sa naissance comme un terme, non
de joie, mais de chagrin, et de lire,  chaque retour de ce jour, ce
passage frappant de l'criture, dans lequel Job dplore et maudit le
jour o l'on dit dans la maison de son pre qu'un enfant tait
n.--_Vie de Swift_. (_Note de Moore_.)]

II.

L'immortalit de l'ame me parat peu douteuse, si nous songeons un
instant  l'action de l'esprit; il est dans une perptuelle activit. Je
doutai autrefois, mais la rflexion m'a mieux inspir. L'esprit agit
mme indpendamment du corps,--dans les rves, par exemple:--d'une
manire incohrente et _folle_, je l'avoue; mais enfin c'est l'esprit
qui agit, et mme beaucoup plus que lorsque nous sommes veills. Or,
cet esprit ne peut-il agir _isolment_, aussi bien que lors de son union
avec le corps? Qui oserait nier cela? Les stociens, pictte et
Marc-Aurle nomment l'existence actuelle l'tat d'une ame qui trane un
cadavre,--lourde chane, sans aucun doute; mais toutes les chanes, par
cela mme qu'elles sont matrielles, peuvent tre brises. Jusqu' quel
point notre vie future sera-t-elle _individuelle_; ou, pour mieux dire,
jusqu' quel point ressemblera-t-elle  notre existence prsente? C'est
une autre question; mais toujours est-il que l'ternit de l'esprit me
semble aussi probable que celle du corps l'est peu. A la vrit,
j'attaque ici la question sans recourir  la rvlation, qui, aprs
tout, en est une solution au moins aussi rationnelle qu'aucune autre.
Une rsurrection matrielle semble trange et mme absurde, except dans
le but de punir; et toute punition, qui doit plutt avoir le caractre
d'une vengeance que d'une correction, est moralement mauvaise. Or, aprs
la fin du monde, quelle pourra tre la moralit ou l'utilit de tourmens
ternels? Les passions humaines ont probablement dfigur les vrits
divines sur ce point:--mais le problme est un mystre inabordable.

III.

Il est inutile de me dire: Crois, et ne raisonne pas. Vous feriez
aussi bien de dire  un homme: Ne veille pas, mais dors. Puis,  quoi
bon cet pouvantail de tortures, etc.? Je ne puis m'empcher de penser
que la menace de l'enfer fait autant de diables que les svres codes
pnaux de l'inhumaine humanit font de sclrats.

IV.

L'homme est n avec des passions charnelles, mais sa patrie spirituelle
a une tendance secrte  l'amour du bien. Mais, grand Dieu! il est 
prsent un triste vase d'atomes.

V.

La matire est ternelle, toujours changeante, mais reproduite; et,
autant que nous pouvons comprendre l'ternit, ternelle. Pourquoi
l'esprit ne le serait-il pas? Pourquoi l'esprit n'agirait-il pas avec
l'univers et sur l'univers, comme ses parcelles agissent avec et sur
l'amas de poussire appel humanit? Voyez comme un homme agit sur
lui-mme et sur les autres, ou mme sur une multitude! La mme action,
dans un degr plus haut et plus pur, peut s'exercer sur les toiles,
etc,  l'infini.

VI.

J'ai souvent pench pour le matrialisme en philosophie, mais je n'ai
jamais pu en concevoir l'introduction dans le christianisme, qui me
parat essentiellement fond sur l'ame. Pour cette raison, le
_Matrialisme chrtien_ de Priestley me ptrifia toujours d'tonnement.
Croyez  la rsurrection du corps, si vous voulez, mais non pas sans
ame. Ce serait le diable, si aprs avoir eu ici-bas une ame, un esprit,
une intelligence (comme il vous plaira de dire), nous devions en tre
privs dans l'autre monde, mme pour une matrialit immortelle. J'avoue
ma partialit pour l'esprit.

VII.

C'est toujours par un brillant soleil que je suis trs-religieux, comme
s'il y avait une association entre un essor intrieur vers une plus
grande et plus pure clart, et l'allumeur de cette sombre lanterne de
notre existence extrieure.

VIII.

La nuit offre aussi un intrt religieux,--et elle me l'offrit surtout
quand je contemplai la lune et les toiles  travers le tlescope
d'Herschell[106], et vis que c'taient des mondes.

[Note 106: Astronome clbre par la dcouverte de la plante
_Uranus_, et surtout par ses belles recherches en astronomie sidrale.
(_Note du Trad._)]

IX.

Si d'aprs certaines considrations, vous pouviez prouver que le monde
est de plusieurs milliers d'annes plus vieux que ne le fait la
chronologie mosaque, ou si vous pouviez vous dbarrasser d'Adam et
d've, de la pomme et du serpent, que mettriez-vous  la place? ou
quelle difficult se trouve leve? Les choses doivent avoir eu un
commencement, et peu importe _quand_ ou _comment_?

X.

Je souponne quelquefois que l'homme est le dbris d'un tre matriel
suprieur, qui, chapp au naufrage d'un monde primitif, a dgnr
pendant une lutte dangereuse contre le chaos,--comme nous voyons les
Lapons et les Esquimaux[107], etc., infrieurs  nous dans l'tat
prsent, parce qu'ils sont soumis  des lmens plus inexorables. Mais
alors mme, il faut admettre que cette hypothtique cration d'une race
pradamite a eu une origine et un _crateur_,--car une cration est plus
naturelle  concevoir qu'un fortuit concours d'atomes: toutes choses
remontent  une source, quoiqu'elles aillent se perdre dans un ocan.

[Note 107: C'est--dire tous les peuples que les naturalistes
groupent sous le nom de _race hyperborenne_. (_Note du Trad._)]

XI.

Plutarque dit, dans sa _Vie de Lysandre_, qu'Aristote remarque qu'en
gnral les grands gnies sont mlancoliques, et cite en exemple
Socrate, Platon, Hercule (ou Hraclite[108])--et enfin Lysandre, qui ne
fut pas mlancolique dans sa jeunesse, mais le devint en approchant de
la vieillesse. Suis-je ou non un gnie? Quoique j'aie t proclam tel
par mes amis et par mes ennemis, en plus d'un pays et en plus d'une
langue, et mme dans un espace de tems assez court, je ne puis dcider
moi-mme la question; mais je puis dire de ma mlancolie, que elle
s'accrot, et pourtant devrait diminuer. Mais comment?

Je pense, moi, que la plupart des hommes sont au fond mlancoliques,
mais qu'on ne remarque cette disposition que chez les hommes
remarquables. La duchesse de Broglie[109], en rponse  une remarque que
j'avais faite sur les erreurs de gens d'esprit, me dit: Ces gens-l ne
se trompent pas plus que d'autres; mais tant plus en vue, ils sont plus
observs, surtout en tout ce qui peut les rabaisser jusqu'aux autres
hommes, ou lever les autres hommes jusqu' eux. C'tait en 1816.

[Note 108: La leon la plus probable du texte grec est [Grec:
Erakleistos] et non [Grec: Erakls]. (_Note du Trad._)]

En effet (qu'on me permette la supposition), si les sottises des sots
taient toutes consignes par crit comme celles des sages, les sages
(qui ne paraissent aujourd'hui qu'une meilleure espce de sots)
sembleraient presque intelligens.

[Note 109: Fille de Mme de Stal, et femme du pair actuel. (_Note du
Trad._)]

XII.

C'est singulier comme nous perdons vite l'impression de ce qui cesse
d'tre constamment sous nos yeux: une anne la diminue, un lustre
l'oblitre. Il n'en reste rien de distinct sans un effort de mmoire.
Puis, en vrit, la lumire reparat pour un moment; mais qui peut tre
sr que l'imagination ne nous prte pas alors son flambeau? Qu'un homme
essaie au bout de dix ans de se rappeler les traits, ou l'esprit, ou les
paroles, ou les habitudes de son meilleur ami, ou de son _grand_ homme
(je veux dire son favori, son Bonaparte, son monsieur tel ou tel), et il
sera surpris de l'extrme confusion de ses ides. Je parle avec
assurance sur ce point, car j'ai toujours pass pour tre dou d'une
bonne,--d'une excellente mmoire. J'excepte pourtant nos souvenirs de
femmes; nous n'oublions pas plus ces maudites cratures que toute poque
remarquable, comme la rvolution, ou la peste, ou l'invasion, ou
la comte, ou la guerre de telle ou telle anne,--toutes dates
favorites de l'humanit, qui a tant de prosprits en partage qu'elle
les met, comme choses trop vulgaires, dans la composition de ses
calendriers. Par exemple, vous voyez: grande scheresse, Tamise
gele, guerre de sept ans, commencement de la rvolution anglaise,
franaise ou espagnole,-- tremblement de terre de Lisbonne,
tremblement de terre de Lima, tremblement de terre de Calabre,
peste de Londres, _item_ de Constantinople, suette pidmique,
fivre jaune de Philadelphie, etc., etc., etc. Mais vous ne voyez pas:
L'abondante moisson, le bel t, la longue paix, les spculations
prospres, l'heureuse navigation, dans de si emphatiques phmrides.
A propos, il y a eu une guerre de trente ans et une guerre de
soixante-dix ans; y a-t-il eu jamais une paix de soixante-dix ou trente
ans? Y a-t-il mme eu jamais une paix universelle d'un jour? Except
peut-tre en Chine, o l'on a trouv le misrable bonheur d'une
mdiocrit stationnaire et pacifique. Et cela vient-il de l'avarice ou
de la cruaut de la nature? ou de l'ingratitude des hommes? Que les
philosophes dcident. Je ne le sais pas.

XIII.

En gnral, je ne cadre pas bien avec les hommes de lettres; non pas
que je les aie en aversion, mais je n'ai jamais rien  leur dire aprs
avoir lou leur dernier ouvrage. Il y a plusieurs exceptions, sans aucun
doute; mais alors ce sont des hommes du monde, comme Scott, Moore, etc.;
ou des visionnaires trangers au monde, comme Shelley, etc. Mais, pour
les autres, je ne me trouvai jamais bien dans leur compagnie, et surtout
je ne pus jamais souffrir vos littrateurs trangers, except Giordani,
et--et--et--(ma foi, je ne puis en citer un autre);--il n'y en a pas un
que j'aie dsir voir deux fois, except peut-tre Mezzophanti, qui est
un monstre de linguistique, le Briare des parties du discours, un
polyglotte ambulant, qui aurait d exister au tems de la Tour de Babel
pour servir d'interprte universel. Il est vraiment merveilleux,--et
pourtant modeste. Je le mis  l'preuve dans toutes les langues dont je
connaissais le plus petit juron (ou imprcation contre postillons,
sauvages, tartares, bateliers, matelots, pilotes, gondoliers, muletiers,
chameliers, voituriers, matres de poste, chevaux de poste, relais de
poste, et tout ce qui concerne la poste); eh bien! il me
confondit,--mme dans mon anglais.

XIV.

Nul homme ne voudrait vivre de nouveau sa vie[110], est un ancien et
vritable dicton que chacun peut rsoudre pour son propre compte. En
mme tems, il y a probablement dans la vie de la plupart des hommes
certains momens pour lesquels ils consentiraient  revivre? Autrement,
pourquoi vivons-nous? Parce que l'esprance a recours  la mmoire, et
l'une et l'autre sont fausses;--mais--mais--mais--mais,--et ce _mais_
nous trane jusque-- quoi? Je ne sais; et qui le sait? Celui qui
mourut mercredi.

[Note 110: No man would _live_ his _life_ over again.]

       *       *       *       *       *

En plaant devant les yeux du lecteur ces derniers extraits des papiers
que je possde, je devrais peut-tre dire quelque chose,--en addition 
ce que j'ai dj mis sur le sujet,--concernant ces _Mmoires_, qu'en
vertu du pouvoir discrtionnaire  moi confi par mon noble ami, je mis,
peu de tems aprs sa mort,  la disposition de sa soeur et de son
excuteur testamentaire, et qu'un sentiment de respect pour sa mmoire
fit livrer aux flammes. Toutefois, comme les circonstances lies  la
reddition de ce manuscrit,--exigeant d'ailleurs beaucoup plus de dtails
que mes bornes ne me permettent,--ne concernent, sous aucun rapport,
le caractre de Lord Byron, mais touchent uniquement le mien, ce n'est
pas ici du moins que je me crois appel  entrer en explication. Le
monde continuera, sans doute,  juger de cette mesure comme il lui
plaira; mais, aprs tout, c'est de notre propre opinion sur nos actions
que notre bonheur dpend principalement, et je ne puis que dire que, si
j'tais de nouveau plac dans les mmes circonstances, je me
dciderais,--duss-je dcupler le sacrifice pcuniaire que ma conduite
me cota,-- agir prcisment de la mme manire.

Pour la satisfaction de ceux dont le regret nat d'un meilleur motif que
le simple dsappointement d'une vaine curiosit, j'ajouterai ici que,
sur la mystrieuse cause de la sparation, le manuscrit perdu
n'apportait aucune espce de lumire;--que bon nombre des dtails qu'il
contenait n'aurait jamais pu tre publi[111], et que la plupart, sinon
la totalit, des personnalits n'auraient pu paratre que long-tems
aprs la mort des individus intresss;--que d'ailleurs tout ce qui
concernait rellement Lord Byron se trouvait (comme je le savais quand
je fis ce sacrifice) rpt dans les divers journaux et _memoranda_,
qui, sans tre tous mis  contribution, furent, comme le lecteur l'a vu
dans cet ouvrage, tous exactement conservs.

[Note 111: Cette rflexion ne s'applique qu' la seconde partie des
_Mmoires_, car il n'y avait que peu de chose  publier dans la premire
partie, qui fut lue, comme on sait, par plusieurs amis du noble auteur.
(_Note de Moore_.)]

En vrit, si la suppression est blmable, j'ai, dans le cours de mon
travail, plus d'une fois encouru ce blme; car, comme le lecteur a d
s'en apercevoir, j'ai omis une portion considrable de matriaux,
auxquels Lord Byron, sans doute, dans son insouciance complte des
consquences, aurait dsir donner la publicit, mais qui, suivant les
plus grandes probabilits, ne verront jamais le jour.

Il ne me reste que peu de chose  ajouter. Lord Orford[112] a remarqu,
comme chose trange, qu'en gnral le biographe devenait partisan fou
de l'homme dont il crivait la vie, tandis qu'on devrait naturellement
penser que plus on tudie minutieusement la vie d'un homme, moins il
doit paratre digne d'amour ou d'admiration. Au contraire, ne
pourrions-nous pas dire plus lgitimement que, puisque le savoir est
toujours la source de la tolrance, plus nous dcouvrons les motifs des
actions d'un homme, les circonstances particulires dans lesquelles il
fut plac, et les tentations sous l'influence desquelles il agit, plus
nous sommes disposs  tre indulgens pour ses erreurs, et forcs
d'accorder notre approbation  ses vertus?

[Note 112: En parlant de la _Vie de Henri VIII_ de lord Herbert de
Cherbury. (_Note de Moore_.)]

La biographie de Byron est une tche ardue que je n'ai pas, du moins, de
moi-mme entreprise: mon ami avait plus d'une fois exprim le dsir que
je me chargeasse de cet office,  une poque o lui seul pressentait que
j'eusse une grande chance d'avoir ce triste honneur. Si dans quelques
cas j'ai consult plutt l'esprit que la lettre de ses injonctions, 'a
t dans l'unique but d'tre plus juste envers lui qu'il ne l'a t
lui-mme; car il n'y avait point de mains entre lesquelles son caractre
pt tre plus compromis qu'entre les siennes, ni on ne pouvait faire
plus de tort  sa mmoire qu'en substituant ce qu'il affectait d'tre 
ce qu'il tait rellement. Je ne crois point, toutefois, avoir pouss la
partialit au-del du degr que notre amiti mutuelle explique et
justifie; et, en vrit, il ne serait pas possible  l'ami le plus
partial d'allguer rien de plus convaincant en faveur de son caractre
que la simple nonciation des faits par lesquels je conclurais--durant
sa vie, malgr toutes ses fautes, il ne perdit jamais un ami;--ceux qui
l'entourrent dans sa jeunesse, comme camarades, professeurs ou
domestiques, lui demeurrent attachs jusqu'au dernier moment;--la femme
 qui il accorda son amour dans la maturit de l'ge, l'idoltre encore;
et,  une malheureuse exception prs, on citerait  peine l'exemple
d'une seule personne qui, aprs avoir eu les plus courtes relations
d'amiti avec lui, n'ait pas prouv pour lui un sentiment de
bienveillance, et gard de lui un doux souvenir.

J'ai maintenant termin mon sujet, et je ne serai pas aisment amen  y
remettre la main. Toutes les erreurs qui me seront dmontres seront
corriges;--tous les faits nouveaux que d'autres pourront produire
parleront d'eux-mmes. Quant aux pures opinions, je n'y ferai aucune
attention,--et encore moins aux insinuations mystrieuses. J'ai dit ce
que je sais et pense sur mon ami, et j'abandonne maintenant son
caractre moral et littraire au jugement du monde.

FIN.



APPENDICE.

DEUX PITRES TRADUITES DE L'ARMNIEN.

PITRE DES CORINTHIENS A L'APTRE SAINT PAUL.

1. tienne, et avec lui les anciens de l'glise corinthienne, Numne,
Eubule, Thophile et Xinon,  Paul, notre pre, notre vangliste et
fidle matre en Jsus-Christ, salut.

2.Il est venu  Corinthe deux hommes, nomms Simon et Clobe, qui
branlent dangereusement la foi de quelques-uns de nos frres par des
paroles trompeuses et corrompues;

3.Desquelles paroles il faut t'instruire:

4.Car nous n'avons point entendu de telles paroles, ni de toi ni des
autres aptres;

5.Mais nous savons seulement ce que nous avons entendu de toi et d'eux;
et nous l'avons fermement gard.

6.Mais notre Seigneur a eu compassion de nous, en ceci surtout que,
tandis que tu es encore avec nous en chair, nous pouvons encore entendre
de toi la parole divine.

7.cris-nous donc, ou viens toi-mme bientt parmi nous.

8.Nous croyons dans le Seigneur qui, comme il fut rvl  Thonas,
t'a dlivr des mains des infidles.

9.Mais voici les paroles criminelles de ces hommes impurs. Ils disent
et enseignent:

10.Qu'il convient de ne point admettre l'autorit des prophtes.

11.Ils n'affirment pas non plus l'omnipotence de Dieu;

12.Ils n'affirment pas non plus la rsurrection de la chair;

13.Ils n'affirment pas non plus que l'homme fut cr par Dieu;

14.Ils n'affirment pas non plus que Jsus-Christ fut incarn dans le
sein de la Vierge Marie;

15.Ils disent aussi que le monde ne fut pas l'ouvrage de Dieu, mais
d'un ange.

16.Hte-toi donc de venir parmi nous,

17.Afin que cette cit des Corinthiens demeure sans scandale,

18.Et que la folie de ces hommes devienne manifeste par une claire
rfutation. Adieu.

       *       *       *       *       *

Les diacres Threpte et Tique reurent et portrent cette ptre  la
cit des Philippiens.

Lorsque Paul reut l'ptre, quoiqu'il ft alors dans les fers  cause
de Stratonice, femme d'Apollophane, cependant, oubliant pour ainsi dire
ses chanes, il fut afflig de ces paroles, et dit en pleurant: Mieux
vaudrait pour moi tre mort, et avec le Seigneur; car tandis que je
suis dans ce corps, et que j'entends les abominables paroles d'une si
fausse doctrine, voyez, j'prouve douleur sur douleur; et mon affliction
ajoute un poids  mes fers, quand je vois cette calamit, et ce progrs
des machinations de Satan qui cherche  nuire.

Et ainsi, dans une profonde affliction, Paul composa sa rponse 
l'ptre.


PITRE DE PAUL AUX CORINTHIENS.

1. Paul, emprisonn pour Jsus-Christ, et troubl par diverses
douleurs,  ses frres Corinthiens, salut.

2.Je ne m'tonne pas que les prdicateurs du mal aient fait ce progrs.

3.Car, comme le Seigneur Jsus est prs d'accomplir sa venue, c'est
pour cela mme que certains hommes altrent et mprisent ces paroles.

4.Mais, en vrit, je vous ai, ds le principe, enseign ce que
j'appris des premiers aptres, qui demeurrent toujours avec le Seigneur
Jsus-Christ.

5.Et je vous dis maintenant que le Seigneur Jsus-Christ naquit de la
Vierge Marie, qui tait de la race de David.

6.Conformment  l'annonciation du Saint-Esprit,  elle envoy par
notre Pre du haut des cieux;

7.Afin que Jsus fut introduit dans le monde, et dlivrt notre chair
par sa chair, et qu'il nous ressuscitt d'entre les morts;

8.Comme il en a t lui-mme un exemple;

9.Afin qu'il ft manifeste que l'homme a t cr par le Pre cleste;

10.Il n'a pas t abandonn dans la perdition;

11.Mais il est recherch pour tre revivifi par l'adoption.

12.Car Dieu, qui est le Seigneur tout-puissant, le pre de notre
Seigneur Jsus-Christ, et qui cra le ciel et la terre, envoya d'abord
les prophtes aux Juifs;

13.Afin qu'il les purifit de leurs pchs, et les ament  son
jugement.

14.Parce qu'il dsirait sauver, d'abord, la maison d'Isral, il donna
et inspira son esprit aux prophtes;

15.Afin qu'ils prchassent pendant long-tems le culte de Dieu, et la
nativit du Christ.

16.Mais celui qui fut le prince du mal, quand il dsira se faire dieu
lui-mme, mit sa main sur eux;

17. Et retint tous les hommes dans le pch.

18.Car le jugement du monde approchait.

19.Mais le Tout-Puissant, quand il voulut juger, n'abandonna pas
volontiers sa crature;

20.Mais quand il vit son affliction, il eut compassion d'elle:

21.Et  la fin du tems, il envoya le Saint-Esprit dans la Vierge
annonce par les prophtes.

22.Laquelle, ferme dans sa foi, fut rendue digne de concevoir et
d'enfanter notre Seigneur Jsus-Christ.

23.Afin que le malin esprit ft chass de ce corps prissable, o il
s'tait glorifi, et qu'il devnt manifeste.

24.Qu'il n'tait point Dieu: car Jsus-Christ, par sa chair, avait
sauv cette prissable chair, et l'avait appele  la vie ternelle par
la foi.

25.Car dans son corps il prparait un pur temple de justice pour tous
les ges;

26.Et c'est en lui que, quand nous croyons, nous sommes sauvs.

27.Sachez donc que ces hommes sont, non pas les enfans de la justice,
mais les enfans de la colre;

28.Lesquels loignent d'eux la compassion de Dieu;

29.Lesquels disent que ni les cieux ni la terre ne furent les oeuvres
produites par la main du pre de toutes choses.

30.Mais ces hommes maudits ont la doctrine du serpent.

31.Mais vous, par la grce de Dieu, retirez-vous loin d'eux, et
bannissez loin de vous la doctrine des mchans.

32.Car vous n'tes pas les enfans de la rebellion, mais les fils de
l'glise bien-aime.

33.Et c'est pour cela que le tems de la rsurrection est prch  tous
les hommes.

34.Donc ceux qui affirment qu'il n'y a pas de rsurrection de la chair,
ne sont point appels  la vie ternelle;

35.Mais c'est pour tre jug et condamn que l'incrdule ressuscitera
en chair;

36.Car  ce corps qui renie la rsurrection du corps, la rsurrection
ne sera pas accorde, puisqu'il y a des hommes qui repoussent la
rsurrection.

37.Mais vous, Corinthiens! vous avez appris, d'aprs l'exemple du bl
et des autres semences;

38.Qu'un grain tombe dans la terre, et d'abord y meurt;

39.Et puis renat, par la volont de Dieu, avec le mme corps;

40.Et, en vrit, il ne renat pas qu'avec le mme corps, mais il
renat multiple, et combl de bndictions.

41.Mais nous citons l'exemple, non-seulement des semences, mais des
honorables corps des hommes.

42.Vous aussi avez entendu parler de Jonas, fils d'Amathi.

43.Parce qu'il tarda d'aller prcher  Ninive, il fut englouti dans le
ventre d'un poisson durant trois jours et trois nuits;

44.Et aprs trois jours, Dieu entendit la supplication de Jonas, et le
retira du profond abme;

45Aucune partie de son corps n'tait corrompue, ni son sourcil ne
s'tait abaiss.

46.Et  combien plus forte raison serez-vous ressuscits,  hommes de
peu de foi!

47.Si vous croyez en notre Seigneur Jsus-Christ, il vous ressuscitera,
comme il est lui-mme ressuscit.

48.Si les os du prophte lise ranimrent le mort qui les toucha[113],

49.A plus forte raison, vous, qui tes soutenus par la chair, le sang
et l'esprit du Christ, vous vous releverez en ce grand jour avec un
corps accompli?

50.Le prophte lie, en embrassant le fils de la veuve[114], le
ressuscita d'entre les morts:

51.A plus forte raison Jsus-Christ vous ranimera, en ce jour, avec un
corps accompli, comme il est lui-mme ressuscit.

[Note 113: L'criture dit qu'un mort, ayant t jet dans le tombeau
d'lise, ressuscita en touchant les os de ce prophte. (_Note du
Trad._)]

[Note 114: lie multiplia l'huile de la veuve de Sarepta, et
ressuscita son fils. (_Note du Trad._)]

52.Vous n'admettrez pas d'autres choses en vain.

53.Dsormais personne ne peut plus m'inquiter, car je porte sur mon
corps ces fers;

54.Pour obtenir le Christ; et je souffre avec patience ces afflictions,
pour devenir digne de la rsurrection d'entre les morts.

55.Et vous qui avez reu la loi des mains des bienheureux prophtes et
du saint vangliste, gardez-la tous fermement;

56.Jusqu' la fin du monde, afin que vous soyez rcompenss dans la
rsurrection de la chair, et dans la possession de la vie ternelle.

57.Mais si quelqu'un de vous meurt dans l'incrdulit, il sera jug
avec les pcheurs, et puni avec ceux qui ont une fausse foi.

58.Car c'est une race de vipres, ce sont les enfans des dragons et des
basilics.

59.Retirez-vous loin d'eux, et fuyez avec l'aide de notre Seigneur
Jsus-Christ.

60.Et la paix et la grce du fils bien-aim soient avec vous.
Ainsi-soit-il.

       *       *       *       *       *

_Fait en anglais par moi, en janvier-fvrier 1817, au couvent de
San-Lazaro,  l'aide du texte armnien expliqu par le pre Pascal
Aucher, moine armnien_.



BYRON.

Venise, 10 avril 1817.

_J'eus aussi le texte latin, mais il est en plusieurs endroits fort
altr, et il y a de grandes omissions_.

LETTRE DE M. TURNER, RELATIVE A L'EXPLOIT DE LANDRE.

Huit mois aprs la publication de mon _Tour dans le Levant_, il parut
dans le _London Magazine_, puis dans la plupart des journaux, une lettre
de feu Lord Byron  M. Murray.

J'prouvai sur-le-champ le dsir de repousser une accusation d'erreur si
directement porte contre moi; mais je pensai, et les amis que je
consultai pensrent avec moi, que je ferais mieux d'attendre une
occasion plus favorable que celle fournie par les journaux pour dfendre
mon opinion, qu'une autorit aussi imposante que la lettre de Lord Byron
n'branlait pas, et qui, j'ose dire, reste encore inbranlable.

Je dois cependant regretter d'avoir rsist au premier mouvement qui me
portait  rpondre sur le champ. Le bras de la mort a enlev Lord Byron
de son trne littraire et potique, et je ne puis que me garder de
l'imputation illibrale d'attaquer les morts puissans, dont le talent
m'et fait trembler de lutter avec eux de leur vivant, en me bornant
scrupuleusement aux faits et aux claircissemens qui sont strictement
ncessaires pour dtruire l'accusation d'erreur, de faux rapport et de
prsomption, griefs dont tout crivain doit souhaiter de se montrer
innocent.

Lord Byron commena par dire: _Le courant_ n'tait pas en notre
faveur, et ajouta ni moi ni personne  bord de la frgate n'avions
connaissance d'une diffrence de courant sur la rive asiatique; je n'en
entendis jamais parler jusqu' ce moment. Sa seigneurie avait
probablement oubli que Strabon dcrit distinctement la diffrence de
courant dans les termes suivans:


[Grec: Dio kai eupetesteron ek ts Sstou diairousi parallaxamenoi
mikron epi ton ts Erous pyrgon, kakeithen aphientes ta ploia
symprattontos tou rou pros tn peraisin. Tois d' ex Abydou
peraioumenois parallakteon esti epi tynantia, okt pou stadious epi
pyrgoy tina kat' antikru ts Sstou, epeita diairein palgion, kai m
teles echousin enantion ton roun.]--_Ideque_ facilius  Sesto
trajiciunt _paululm deflex navigatione ad Herus turrim, atque ind_
navigia dimittentes adjuvante etiam fluxu trajectum. _Qui ab Abydo
trajiciunt, in contrariam flectunt partem ad octo stadia ad turrim
quamdam  regione Sesti: hinc_ obliqu _trajiciunt, non_ prorss
_contrario fluxu_[115].

[Note 115: Strabon, liv. XIII, dition d'Oxford.]

L'auteur dit clairement que le courant assiste ceux qui partent de
Sestos, et les mots [Grec: aphientes ta ploia],--_navigia
dimittentes_:--laissant leurs barques aller d'elles-mmes, montrent
combien l'assistance du courant tait considrable; tandis que les mots
[Grec: plagion],--_obliqu_,--et , [Grec: teles]--_prorss_, prouvent
nettement que ceux qui venaient d'Abydos taient obligs de traverser le
dtroit dans une direction _oblique_, ou qu'ils auraient eu le courant
_tout--fait_ contre eux.

De cette ancienne autorit, qui, je l'avoue, me parat incontestable,
passons aux modernes. Le baron de Tott, qui, ayant rsid quelque tems
sur les lieux en qualit d'ingnieur pour la construction des batteries,
doit tre suppos pleinement instruit sur ce point, s'est exprim en ces
termes:--

La surabondance des eaux que la mer Noire reoit, et qu'elle ne peut
vaporer, verse dans la Mditerrane par le Bosphore de Thrace et la
Propontide, forme aux Dardanelles des courans si violens, que souvent
les btimens, toutes voiles dehors, ont peine  les vaincre. Les pilotes
doivent encore observer, lorsque le vent suffit, de diriger leur route
de manire  prsenter le moins de rsistance possible  l'effort des
eaux. On sent que cette tude a pour base la direction des courans, qui,
_renvoys d'une pointe  l'autre_, forment des obstacles  la
navigation, et feraient courir les plus grands risques si l'on
ngligeait ces connaissances hydrographiques.--_Mmoires de Tott_, IIIe
partie.

A ces citations j'ajouterai l'opinion de Tournefort, qui, dans sa
description du dtroit, exprime avec ironie son peu de foi  la ralit
de l'exploit de Landre; et pour montrer que les plus rcens voyages
s'accordent avec les anciens, je terminerai par une phrase de M. Madden,
qui vient de revenir du lieu mme. Ce fut en partant de la rive
europenne que Lord Byron nagea _avec_ le courant, dont la vitesse est
d'environ quatre milles  l'heure. Mais je crois qu'il et trouv le
trajet totalement impraticable en allant d'Abydos en Europe.--_Voyages
de Madden_, vol. I.

Il y a dans la lettre de Lord Byron deux autres observations que je
crois ncessaire de rappeler.

M. Turner dit: _Tout ce qu'on jette dans le courant de ce point de la
cte europenne arrive ncessairement  la rive asiatique_. Cela est si
loin d'tre vrai, que les objets jets arrivent ncessairement dans
l'Archipel, s'ils sont abandonns au courant,--quoiqu'un vent violent de
la cte d'Asie[116] puisse avoir quelquefois cet effet.

[Note 116: C'est videmment une mprise de l'crivain ou de
l'imprimeur. Sa seigneurie doit avoir voulu dire un vent violent de la
cte d'Europe, puisque nul vent de la cte d'Asie ne pourrait avoir
l'effet de porter un objet  cette cte.

Je crois qu'il est  propos de remarquer que c'est M. Turner qui a
commis ici la mprise dont il accuse autrui; les mots employs par Lord
Byron tant, non comme cite M. Turner, de la cte d'Asie (_from the
asiatic side_); mais dans la direction asiatique (_at the asiatic
direction_). (_Note de Moore_.)]

Ici Lord Byron a raison, et je n'hsite point  avouer que j'eus tort.
Mais j'eus tort selon la lettre, et non suivant l'esprit. Tout objet
jet de la rive europenne dans le courant, serait entran dans
l'Archipel, parce qu'aprs tre arriv  une distance assez courte de la
rive asiatique pour qu'un homme pt y avoir pied ou peu s'en faut, il
serait de nouveau loign de la cte par le courant qui part du
promontoire asiatique. Mais ce serait chose indiffrente pour un nageur,
qui, tant si prs de terre, gagnerait le bord, sinon en marchant, du
moins par un lger effort.

Lord Byron ajoute, dans son _post-scriptum_: Le dtroit, toutefois,
n'est point extraordinairement large, mme dans sa plus grande dimension
au-dessus et au-dessous des forts. Ici je me hasarderai  exprimer un
sentiment contraire, avec dfiance toutefois, mais avec une dfiance
diminue par la facilit avec laquelle ce fait peut tre vrifi. Le
dtroit s'largit si considrablement au-dessus des forts par la baie de
Maytos, et par la baie oppose sur la cte d'Asie, que l'espace 
traverser  la nage en ce sens serait, suivant mon pauvre jugement, trop
grand pour tre franchi par qui que ce ft d'Asie en Europe, avec un tel
courant  vaincre.

Je conclus en nonant comme mon humble opinion, que personne n'est
oblig de croire  la possibilit de l'exploit de Landre, jusqu' ce
que le trajet ait t fait par un nageur, au moins d'Asie en Europe. Le
sceptique est mme en droit d'exiger, comme condition de sa foi, que le
dtroit soit travers, comme Landre est dit l'avoir fait, dans les deux
sens au moins dans l'espace de quatorze heures.

W. TURNER.


EXPOS DE LA CONSULTATION,
PAR M. MILLINGEN.

Comme l'expos de M. Millingen diffre totalement de celui du docteur
Bruno, il est -propos que le lecteur voie les propres paroles de
Millingen:--

Le matin (18 fvrier) on se dcida  faire une consultation  laquelle
le docteur Lucca-Vega et le docteur Freiber, mes aides, furent invits.
Le docteur Bruno et Lucca proposrent d'avoir recours aux
antispasmodiques et autres remdes employs dans la dernire priode du
typhus. Freiber et moi nous soutnmes que ces moyens ne pourraient que
hter la fatale terminaison; que rien n'tait plus empirique que de
courir d'un extrme  l'autre; que si, comme nous le pensions tous, le
mal tait d  la mtastase de l'inflammation catarrhale, les symptmes
actuels ne dpendaient que du progrs rapide et considrable qu'il avait
fait dans un organe auparavant si affaibli et si irritable. Les
antiphlogistiques ne pouvaient tre nuisibles dans ce cas; ils seraient
inutiles, il est vrai, si la dsorganisation tait dj opre; mais
alors, puisque tout espoir serait ananti, quels moyens ne seraient pas
superflus? Nous recommandmes l'application de nombreuses sangsues aux
tempes, derrire les oreilles, et le long du trajet de la veine
jugulaire, un large vsicatoire entre les paules, et les sinapismes aux
pieds, comme moyens offrant les dernires chances de succs, si faibles
qu'elles fussent. Le docteur Bruno, comme mdecin ordinaire du malade,
eut voix prpondrante, et prpara la potion antispasmodique que le
docteur Lucca et lui taient d'avis d'administrer; elle tait compose
d'une forte infusion de valriane, d'ther, etc. Aprs l'administration
de la premire dose, le mouvement convulsif et le dlire s'accrurent;
mais, malgr mes reprsentations, une seconde dose fut donne une
demi-heure aprs. Aprs avoir articul conformment quelques phrases
entrecoupes, le patient tomba bientt dans un sommeil comateux, qui le
lendemain se termina par la mort. Il expira le 19 avril,  six heures du
soir.



TESTAMENT DE LORD BYRON,
EXTRAIT DU REGISTRE DE LA COUR DE CANTORBRY.

Moi, George Gordon, lord Byron, baron Byron, de Rochdale, dans le comt
de Lancastre, signifie mes dernires volonts par le testament
suivant:--Je donne et lgue mon susdit fief de Rochdale, dans le dit
comt de Lancastre, avec jouissance entire des droits, prrogatives,
dpendances et appartenances d'icelui, et toutes mes terres, mtairies,
hritages et immeubles situs dans la paroisse, ou seigneurie susdite de
Rochdale, et tous mes autres domaines, terres, hritages et immeubles
quelconques,  mes amis John Cam Hobhouse, ci-devant du collge de la
Trinit,  Cambridge, esquire, et John Hanson, membre de la
chancellerie,  Londres, esquire, pour qu'ils en usent et disposent,
eux, leurs hritiers et lgataires, suivant l'intention par moi dclare
que les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson; et en cas de dcs du
survivant, et les hritiers et lgataires du survivant, vendent et
cdent, aussitt qu'on pourra le faire convenablement aprs mon dcs,
le susdit fief et les susdits immeubles au plus haut prix possible, soit
par contrat fait de gr  gr ou par vente publique  l'enchre, soit
en un seul lot ou en plusieurs, comme mes susdits fonds de pouvoir le
jugeront  propos; et pour faciliter cette vente ou ces ventes,
j'entends que le reu ou les reus de mes susdits fonds de pouvoir, ou
du survivant, ou des hritiers et lgataires d'icelui, soient une bonne
et suffisante quittance  l'acheteur ou aux acheteurs de mes susdits
immeubles, et d'une ou plusieurs parties d'iceux, pour autant d'argent
que ces reus reconnatront; et que l'acheteur ou les acheteurs, et
leurs hritiers et lgataires ne soient plus en aucune faon
responsables du prix d'achat, ni obligs de surveiller l'emploi de ces
fonds: et je veux et entends que mes susdits fonds de pouvoir demeurent
en possession de tout l'argent  retirer de la vente de mes susdits
immeubles comme dpt destin et consacr  l'accomplissement des
intentions et volonts que je manifeste et dclare ci-aprs concernant
iceux. Et tandis que j'ai, par certains actes passs par-devant notaire
lors de mon mariage avec ma prsente femme, cd la totalit de mon fief
et domaine de Newstead, dans les paroisses de Newstead et de Linley,
comt de Nottingham,  des fonds de pouvoir,  condition de vendre le
susdit domaine ou fief, et d'appliquer la somme de soixante mille livres
sterling, partie de l'argent  provenir de cette vente,  l'excution de
mon contrat de mariage: aujourd'hui je donne et lgue par le prsent
acte tout le reste du prix de la vente de mon susdit domaine de
Newstead, et la totalit des susdites soixante mille livres sterling, ou
telle part d'icelles qui ne sera point paye et payable pour mon susdit
contrat de mariage, aux susdits John Cam Hobhouse et John Hanson, 
leurs excuteurs testamentaires, mandataires et lgataires, comme dpt
destin  l'accomplissement des intentions et volonts que je manifeste
ci-aprs sur le reste de ma fortune personnelle. Je donne et lgue 
chacun de mes excuteurs testamentaires, les susdits John Cam Hobhouse
et John Hanson, la somme de mille livres sterling. Je donne et lgue
tout le reste, rsidu ou reliquat de ma fortune personnelle aux susdits
John Cam Hobhouse et John Hanson,  leurs excuteurs testamentaires,
mandataires et lgataires,  cette fin que les deux susdits fonds de
pouvoir ou le survivant, ou les excuteurs testamentaires et mandataires
du survivant, se mettent en possession de tous les restes et reliquats
de ma fortune personnelle, et de tout l'argent  provenir de la vente de
mes immeubles  eux lgus ci-dessus, et de tout ce qui reste disponible
sur le prix de vente de mon susdit fief de Newstead, aprs le paiement
de mes dettes et de mes legs, pour remplir mes volonts et intentions
ci-aprs dclares, c'est--dire, pour que mes susdits fonds de
pouvoir, ou le survivant, ou les excuteurs testamentaires et
mandataires du survivant, placent les susdites sommes sur les fonds
publics, ou sur le trsor, ou sur hypothques, avec pouvoir de varier,
changer et transposer ces placemens durant la vie de ma soeur
Augusta-Marie Leigh, pouse de George Leigh, esquire, d'en toucher les
intrts, dividendes et produits annuels, au fur et  mesure que ces
intrts, dividendes et produits annuels cherront et deviendront
payables, et de verser les susdits intrts, dividendes et produits
annuels entre les propres mains de la dite Augusta-Marie Leigh, pour son
usage et bnfice particulier, sans que les susdits intrts, dividendes
et produits annuels puissent jamais tre atteints par le contrle, les
dettes ou les engagemens du mari actuel ou  venir de ladite
Augusta-Marie Leigh, ou entre les mains de la personne ou des personnes
que ma dite soeur dsignera chaque fois, par un crit de sa main,
nonobstant son mariage prsent ou un mariage  venir; et pour que,
immdiatement aprs le dcs de ma dite soeur, mes susdits fonds de
pouvoir, ou le survivant, ou les excuteurs testamentaires et
mandataires du survivant, donnent et transfrent tous mes biens
ci-dessus mentionns et  eux confis en dpt, ou les titres de rentes,
capitaux ou immeubles, en lesquels ou sur lesquels les susdits biens
auront t convertis ou hypothqus,  l'enfant ou, s'il y en a plus
d'un, aux enfans de ma dite soeur, suivant telles rpartitions,
distributions et proportions, et cela en intrts ou en principal 
telle poque ou telles poques, et avec telles conditions, clauses et
restrictions, que ma dite soeur aura dtermines et rgles de son
vivant,  quelque poque que ce soit, en puissance de mari ou non, par
un ou plusieurs actes, notaris ou non, dresss par crit, avec ou sans
pouvoir de rvocation, et scells et dlivrs en prsence de deux
tmoins honorables ou plus, ou par ses dernires volonts exprimes dans
un testament crit, ou par toute pice crite en guise de testament; et
au cas que ma dite soeur meure sans testament ou de mon vivant, je veux
que mes deux susdits fonds de pouvoir, ou le survivant, ou ses
excuteurs testamentaires, mandataires et lgataires, donnent et
transfrent tous les biens mobiliers et immobiliers  eux confis 
l'enfant, ou, s'il y en a plus d'un, aux enfans de ma dite soeur, par
portions gales, et cela, suivant le cas,  l'unique enfant mle ou 
chacun des enfans mles,  l'poque de sa vingt-et-unime anne, et  la
fille unique ou  chacune des filles  l'poque de sa vingt-et-unime
anne, ou de son mariage s'il a lieu avant sa vingt-et-unime anne; et
au cas qu'un enfant meure, si c'est un garon, sans avoir atteint l'ge
de vingt-et-un-ans, et si c'est une fille, sans avoir atteint le mme
ge de vingt-et-un ans ni s'tre marie, je veux et ordonne que la part
ou les parts du dcd, ou des dcds, reviennent  l'enfant ou aux
enfans survivans. Et j'entends que mes susdits fonds de pouvoir
emploient et consacrent les intrts et dividendes des parts de chacun
des susdits enfans  leur entretien et  leur ducation durant leur
minorit; mais que les intrts et dividendes qui n'auront pas t
ainsi employs s'accumulent et grossissent le capital. Or je nomme,
tablis et dsigne les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson pour
excuteurs de ce testament. Et je veux et entends que mes susdits fonds
de pouvoir ne soient pas responsables l'un pour l'autre, mais que chacun
ne soit responsable que de ses actes, contrats, reus ou malversations,
et que mes susdits fonds de pouvoir soient autoriss  retenir et 
prlever sur les fonds qui viendront en leurs mains d'aprs les
dispositions ci-dessus mentionnes, tous les frais et toutes les
dpenses qu'ils auront  payer et  soutenir en excution des clauses
ci-dessus mentionnes. Je fais les susdites dispositions en faveur de ma
soeur et de ses enfans, parce que ma chre femme lady Byron et tous les
enfans que je puis avoir sont amplement pourvus; et, enfin, je rvoque
tous les testamens antrieurement faits par moi, et je dclare celui-l
seul comme valable. En foi de quoi j'ai, sur ce testament, contenu dans
trois feuilles de papier, appos ma signature aux deux premires
feuilles, et ma signature et mon sceau  cette troisime et dernire
feuille, ce 29e jour de juillet, en l'an de grce 1815.

BYRON (L. S.)

Sign, scell, publi et dclar par ledit testateur Lord Byron, comme
son dernier testament, en notre prsence; et,  sa requte, en sa
prsence, et en prsence les uns des autres, nous avons sign comme
tmoin.

THOMAS-JONES MAWSE, EDMUND GRIFFIN, FREDERICK JERVIS,
_Clercs de chancellerie_.

CODICILLE.--Je soussign, trs-honorable George Gordon, Lord Byron,
ajoute ce codicille  mon testament. Je donne et lgue  Allgra Byron,
enfant d'environ vingt mois, leve par moi, et rsidant maintenant 
Venise, la somme de cinq mille livres sterling, que je charge mes
excuteurs testamentaires de lui payer  l'poque de sa vingt-et-unime
anne, ou le jour de son mariage, s'il a lieu avant cette poque, 
condition qu'elle ne se mariera pas avec un natif de la Grande-Bretagne.
Et je charge mes susdits excuteurs testamentaires de placer, aussitt
que possible aprs mon dcs, ladite somme de cinq mille livres sterling
sur le gouvernement ou sur bonne hypothque, et d'en employer le revenu
annuel  l'entretien et  l'ducation de la susdite Allgra Byron,
jusqu' ce que la susdite ait atteint l'ge de vingt-et-un ans, ou se
soit marie, comme il est dit plus haut; mais au cas qu'elle meure avant
d'atteindre ledit ge et sans s'tre marie, alors je veux que ladite
somme de cinq mille livres sterling fasse partie du reste de ma fortune
personnelle; et, sous tous autres rapports, je confirme mon testament,
et dclare y ajouter ce codicille. En foi de quoi j'ai mis ici ma
signature et mon sceau,  Venise, ce 17e jour de novembre, l'an de grce
1818.

BYRON (L. S.).

Sign, scell, publi et dclar par ledit Lord Byron, comme codicille
ajout  son testament, en notre prsence; et  sa requte, en sa
prsence, et en prsence l'un de l'autre, nous avons sign comme
tmoins.

NEWTON HANSON. WILLIAM FLETCHER.

Confirm  Londres (avec un codicille), le 6 juillet 1824, par-devant
l'honorable tienne Lushington, docteur s-lois, et substitut, par les
sermens de John Cam Hobhouse et de John Hanson, esquires,  qui
l'excution du testament a t confie, lesquels ont jur qu'ils
l'excuteraient fidlement.

NATHANIEL GRISKINS, GEORGE JENNER, CHARLES DYNELEY,

_Greffiers_.



FIN.


INDEX ALPHABTIQUE
DES PERSONNAGES MENTIONNS
DANS LES OEUVRES POTIQUES DE LORD BYRON[117].

[Note 117: Le chiffre romain indique le volume; le chiffre arabe, la
page.]


A.

Abailard, VIII, 128.
Abel, personnage de _Can_, VIII, 166. _Passim_.
Aberdeen (lord), II, 35; III, 134.
Abdallah, personnage de la _Fiance d'Abydos_, V, 98. _Passim_.
Achille, I, 292, 408, 469; II, 305; III, 61, 99, 103; V, 123; VIII, 186.
Achmet III, V, 239.
Ada, fille de Lord Byron, I, 43, 49; III, 143, 187.
Adah, VIII, 166. _Passim_.
Adam, personnage de _Can_, VIII, 166, 376.
Adam, I, 115, 132, 319; II, 10, 213; V, 123.
Addison, II, 297; III, 341; VII, 399.
Adeline Amundeville (lady), personnage de _Don Juan_, II, 141. _Passim_.
Adrien, II, 320; III, 165.
Aesietes, V, 123.
Afres (gnie malfaisant), V, 33.
Aglietti, III, 206.
Agostini (Lonard), III, 315.
Aguccheek, sir Andrews, II, 389.
Aholibaniah, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372, _Passim_.
Ajax, III, 99.
Alaric, III, 61.
Albane, II, 161.
Albrizzi, III, 206.
Alce, I, 245; II, 352.
Alcibiade, II, 227, 308.
Aldabelle, IV, 364.
Alembert (D'), III, 143.
Alexandre-le-Grand, I, 309; II, 8, 138; III, 104, 390; V, 123.
Alexandre, empereur de Russie, I, 395; II, 215.
Alexandre III (le pape), III, 290.
Alfieri, III, 206, 228, 317; V, 335; VII, 165.
Ali-Pacha, I, 17, 18, 318; III; 78, 80, 86, 105; 106, 133, 135, 137; V,
126; VII, 396.
Almoro Donato, VIII, 147, 148.
Alph, personnage du _Sige de Corinthe_, V, 295.
Alphonse III, V, 230.
Alphonse le roi, VIII, 387.
Alphonso, personnage de _Don Juan_, I, 96. _Passim_.
Al-Sirat (arche de), V, 23.
Altada, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Anacron, I, 13, 90; II, 299, 320.
Anah, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_.
Anastasius-Macdon, III, 141.
Anchise, III, 227.
Anderson, IV, 40.
Andrews, II, 369.
Ange (du Seigneur), personnage de _Can_, VIII, 166. _Passim_.
Angelo, III, 228.
Angiolina, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Angiolin, II, 363.
Angle, II, 173.
Anjou (Charles d'), III, 320.
Anna Comnne, III, 132.
Anne (Marie). Il lui adresse une pice de vers. V, 420.
Anne (l'impratrice), II, 57.
Anne (la reine), II, 40.
Annibal, III, 336, 337; VIII, 291.
Anselme, personnage du _Corsaire_, V, 161.
Anson (George), I, 189.
Anstey, I, 350; II, 278.
Antonio Venieri, VIII, 147.
Antiloque, V, 123.
Antinos, III, 99.
Antoine, I, 359, 364; II, 243; III, 120.
Antonia, personnage de _Don Juan_, I, 124. _Passim_.
Apicius, II, 247.
Arbaces, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Archidamus, VIII, 309.
Artin, III, 329.
Aretino (Leonardo), IV, 104, 126, 360.
Argyle (lord), II, 364.
Arici, IV, 96.
Arien, VII, 178.
Arimane, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Arion, III, 64.
Arioste, I, 42, 113, 138, 251, 256, 291; II, 264; III, 5, 209, 283, 284;
IV, 116, 355; V, 156.
Aristippe, I, 211.
Aristogiton, III, 189.
Aristote, II, 232, 233, 306; V, 369.
Armide, I, 98.
Armstrong (Johnny), III, 191.
Arnheim, personnage de _Werner_, VII, 186, _Passim_.
Arnold, personnage du _Dfigur Transfigur_, VI, 288. _Passim_.
Arseniew, I, 409, 443, 489.
Asdrubal, VIII, 291.
Atargul, V, 78.
Attila, IV, 159.
Aubernetthy, II, 52.
Audifret, cit, II, 16.
Auger (M.), II, 255.
Auguste, III, 273.
Augustin (Saint), I, 96, 211; III, 301.
Aulugelle, III, 54.
Azas, I, 405; II, 216.
Azaziel, personnage de _Ciel et Terre_, II, 372. _Passim_.
Azo, personnage de _Parisina_, V, 335. _Passim_.
Azrael, ange de la mort, V, 80.

B.

Baccus, VIII, 294.
Backrhyme, II, 172.
Bacon, I, 188, 229.
Baillie (Joanna), II, 52; VI, 83.
Bailly, VI, 259.
Bajazet, IV, 163.
Balea, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Ballantyne, III, 299.
Bandelli, V, 356.
Bankes (sir Joseph), III, 8; VI, 284.
Baptista (John), III, 280.
Barbarigo, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Barbarina, V, 359.
Barence, II, 295.
Baring, II, 109.
Barnek (Lewis), V, 229.
Barossa, IV, 298.
Barthlemy, III, 129; VIII, 361.
Basili, III, 106, 107.
Bastie (de la), III, 302, 303.
Bathurst (capitaine), IV, 224.
Bayard, III, 8; VI, 369.
Bayes, II, 337.
Bayle, II, 71; III, 364.
Bazile, V, 61.
Batrix, IV, 97. _Passim_.
Beattie, III, 5, 299.
Beaumont, II, 361; V, 426.
Beccaria, III, 127.
Becher. Il lui adresse une pice de vers. V, 408.
Becket, II, 64.
Beckford (lord), auteur de _Wathek_, V, 63.
Bedford, II, 340.
Bedford (duc de), IV, 411.
Bjot, III, 301.
Beleses, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Bembo (Antonia), V, 292.
Bembo (Bernard), III, 321.
Ben Bunting, VIII, 307, 312. _Passim_.
Benintende, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86.
Benserade, III, 390.
Bentley, IV, 46.
Benzoni (la comtesse), VI, 284.
Berenger, II, 86.
Bergami, VII, 387.
Berkeley, II, 71.
Bernardin de Saint-Pierre, II, 310.
Berni, IV, 355.
Bernis (abb de), VI, 77.
Berry (M.), III, 284.
Bertram, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Betty, II, 360.
Bevius, III, 333.
Bey Aglou, V, 76.
Beyle (M.), cit, II, 46.
Bianca, V, 340.
Bill, II, 240.
Biron (famille franaise), II, 57.
Black-Bourne (l'archevque), V, 228.
Blackette (Jo), V, 431.
Blackmore (sir Richard), II, 344.
Blake, III, 286.
Blaud, III, 189.
Blessington (lady), Il lui adresse des vers. V, 423.
Blich (le capitaine), VIII, 337.
Bligh, VIII, 275.
Blomfield, II, 371; V, 426.
Blount (Martha), VII, 397, 398.
Blount (Henry), II, 339.
Boccace, I, 46, 254; III, 230, 327, 333; IV, 104.
Bodoni, III, 289.
Boiardo, III, 189; IV, 355.
Boileau, III, 222.
Bolingbroke (lord), II, 350.
Bolivar, IV, 316.
Bombazeen (miss), II, 170.
Bonaparte, V, 227, 421.
Boniface VIII, III, 321.
Bonnivard (Franois-Louis-Jean-Aim), III, 417, 432, 433, 434, 435.
Boudot, III, 301.
Bourbon (le conntable de), IV, 120.
Bourbon, personnage du _Dfigur Transfigur_, VI, 288. _Passim_.
Bowles (le docteur), II, 326, 347, 348, 349, 350, 379; VII, 387, 389.
Boylen (Anne), V, 224.
Bracci (l'abb), III, 365.
Brantome, II, 174; VI, 366, 368, 369.
Brasidas, III, 99, 288.
Breurier (le gnral), V, 328.
Brougham, II, 172.
Brummel, II, 101.
Brunck, IV, 46.
Brunswick (prince de), III, 151.
Brunswick (maison de), V, 335.
Brutus, II, 241; III, 230, 239; V, 410; VIII, 297.
Buffon, II, 71.
Buonaparte (Jacopo), IV, 109.
Burchard, cit, V, 286.
Burke, III, 377.
Burke, II, 138; III, 7; IV, 145.
Burkits (Thomas), VIII, 346.
Burns, V, 61.
Busey (lady), II, 170.
Bute (lord), VIII, 378.
Byron (anctre de Lord), II, 49.
Byron, II, 57.
Byron (Mrs.), V, 405.

C.

Cades (Jacques), I, 272.
Cahora, I, 457.
Can, V, 123.
Can, personnage de _Can_, _Mystre_, VIII, 166.
Calderon, I, 80.
Calendaro (Philippe), personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Caligula, VI, 77.
Calypso, III, 67.
Cameron (sir Evan), III, 189.
Campbell, IV, 89; VII, 387.
Campbell, I, 6, 103, 140, 350, 351; II, 93, 373; III, 100.
Canden (lord), IV, 411.
Cannieng, I, 359.
Canning, IV, 329.
Camons, IV, 13.
Canova, II, 410; III, 206, 229.
Caperonier, bibliothcaire du roi, III, 301.
Caracalla, III, 362.
Caradza (le prince), III, 379.
Carlisle (lord), IV, 2.
Carlisle (le comte de), I, 8, 12, 69.
Carmarthen (lady), I, 44.
Caroline de Brunswick, III, 271.
Caroline (la princesse), I, 352.
Carrara (Franois de), III, 294, 303; VIII, 140.
Carthy, IV, 414.
Cartwright (le major), IV, 388. _Passim_.
Casimir (Jean), III, 385.
Cassandre, I, 275.
Castelnau (le marquis de), I, 434. _Passim_.
Castlereagh (lord), IV, 308; VIII, 384.
Catherine II, personnage de _Don Juan_, I, 395. _Passim_, III, 124, 128.
Catherine, IV, 312, 325.
Catilina, I, 401.
Caton, I, 366, 405.
Catulle, I, 90, 116.
Cava (la), III, 26; VI, 77.
Cazzani, I, 122.
Ceccho, III, 295.
Cellini, personnage du _Dfigur Transfigur_, VI, 288. _Passim_.
Cervantes, I, 404.
Csar, personnage du _Dfi__gur Transfigur_, VI, 288. _Passim_.
Csar, I, 211, 249, 254, 359, 364, 431; II, 243; III, 132, 230, 240,
249, 262; VI, 74; VIII, 297.
Cesarotti, III, 323.
Chandler, III, 103, 119.
Charlemagne, IV, 360, 361, 362, 363, 364.
Charlement (mistress), I, 140.
Charles-Quint, IV, 161.
Charles Ier, IV, 4, 64, 65.
Charles II, IV, 4, 67.
Charles IV, roi d'Espagne, III, 31, 53.
Charles XII, I, 477; III, 385, 387, 390, 391, 414; IV, 313.
Charley, IV, 429.
Charlotte (la princesse), III, 271.
Chteaubriand, I, 11, 20, 40; IV, 337, 338.
Chaworth (M.), I, 3, 4, 9, 10.
Cheops, I, 144.
Chesi (M.), cit, V, 114.
Childe-Harold (_le Plerinage de_), pome, III, 1. _Passim_.
Chinazzo (Daniel), III, 296.
Chokenoff, I, 400.
Chrematoff, I, 400.
Christian, VIII, 306, 310. _Passim_.
Christodoulos, I, 128, 142.
Chrysostme, (saint Jean-), I, 91, 256.
Cibber, VII, 398.
Cicron, III, 195, 225, 239, 249, 273.
Cicogna (le comte Csar), I, 286.
Cicognara, III, 206, 288.
Cimon, VI, 69.
Clarence (George, duc de), I, 127.
Clarendon, IV, 65.
Clarke, III, 103, 134.
Clon, III, 120.
Clonice, VI, 69.
Cloptre, I, 364; II, 247; III, 242; V, 188; VIII, 297.
Clootz, I, 78.
Coleridge, VI, 82, 371.
Coleridge, I, 29, 104, 139, 250.
Commode, VI, 77.
Condorcet, I, 78.
Congreve, I, 116.
Constant (Benjamin), IV, 326.
Constantin (Dragasie), I, 328.
Constantin (George), III, 141.
Contarini, III, 296.
Contarini (Andr), II, 325.
Contemir (le prince), I, 349, 374.
Cooke, IV, 10; VI, 83.
Coray (M.), III, 127, 128, 133, 142.
Corneille, IV, 214; VI, 97.
Cornlie, III, 246.
Corniani (le comte), I, 122.
Corsi (Domeu Maria), I, 293.
Cosme II, III, 328.
Cosme III, III, 335.
Cosroes, V, 121.
Cowper, I, 351, 461.
Coxe, I, 249.
Crabbe, I, 140; II, 376.
Crashaw, I, 243.
Crech, I, 334.
Cromwell, I, 249; III, 240, 344; IV, 67; VI, 77.
Cumberland (duc de), I, 77.
Cumberland (Richard), IV, 9.
Currie, I, 349.
Cuvier, VIII, 164.

D.

Dallas (M.), I, 5, 26.
Damas (le comte), I, 414, 437.
Damodos (Vicenzo), III, 142.
Dandolo (Andr), VI, 263.
Dandolo (Henry), III, 293.
Daniel, I, 320.
Dante, I, 40, 45, 46, 172, 219, 226, 293, 389, 404; II, 61, 62, 301,
307; III, 221, 223, 229, 230, 231, 320, 323; IV, 361.
Danton, I, 78.
Daru, I, 278; VI, 280; VIII, 132.
Darwil, II, 378.
David, I, 128, 272.
Davy (sir Humphrey), I, 117.
Dearbhorgil, VI, 77.
Dmtrius, III, 142.
Dmosthne, III, 195.
Denis jeune, IV, 162, 163.
Derwich (Tahire), III, 106, 108, 109.
Desaix, I, 78.
Dibdin, VI, 82.
Diderot, VIII, 155.
Didoi, I, 448.
Diodore de Sicile, VII, 5, 179.
Diogne, I, 405; II, 81, 275, 276; III, 159, 326.
Diogne Laerce, IV, 5.
Dogolino, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Dolfino, III, 293.
Domati (Corso), IV, 104.
Domitien, VI, 77.
Donoughmore (le comte de), IV, 404.
Doria, III, 213.
Doria (Pierre), III, 294, 325.
Dorotheus de Mitylne, III, 128, 141.
Dorset (duc de), IV, 36.
Drummond (sir W.), III, 134; VI, 181.
Drury, III, 342.
Dryden, I, 139, 252, 254; IV, 1.
Dubellay (Martin), VI, 369.
Ducis, I, 455.
Dudu, personnage de _Don Juan_, I, 377.
Duff (Marie), I, 300.
Duguesclin, I, 6; IV, 310.
Dumourier, I, 77.
Duncan, I, 78.
Dunkas (tienne), III, 379.

E.

chinard, III, 359.
Edgeworth (miss), I, 82.
Edvard Young, VIII, 349.
Ekenhead (lieutenant), I, 21, 22, 179; IV, 224.
Eldon (lord), I, 14, 15.
Elgin (lord), I, 20, 21, 26; III, 100, 102, 103, 117; IV, 284, 290.
Elliston, VI, 83.
paminondas, III, 91.
picure, I, 211.
Espinasse (Mlle) L', IV, 178.
ric, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Erizzo, III, 288; VIII, 148.
sa, I, 314.
Est (Alphonse d'), III, 222.
tienne (Robert), III, 347.
ton, III, 121.
Eugne (le prince), VI, 74.
Eunapicus, VI, 69.
Eustace, III, 329; IV, 297.
ve, I, 82, 206, 214, 236; VIII, 376.
ve; personnage de _Can_, VIII, 166, 376. _Passim_.

F.

Falconner, III, 100.
Faliero (Bertuccio), personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Faliero (Vital), VI, 80.
Fauvel, III, 100, 120.
Fea (l'abb), III, 363.
Feinaigle, I, 80.
Femlon, I, 405.
Ferdinand VII (roi d'Espagne), III, 53; IV, 422.
Ferdinand (le prince), I, 77.
Ferdousi, II, 368.
Fielding, I, 291, 344.
Filicaia, III, 313.
Fitz-Grald, II, 391.
Fletcher, I, 15, 19, 24, 38, 64, 65; IV, 410.
Florence, III, 67, 68.
Fontenelle, III, 128.
Forbes (sir W.), III, 299.
Foscari (Franois), I, 277; VIII, 2.
Foscari (Marc), VIII, 140.
Foscolo (Ugo), III, 206, 324.
Fox, IV, 11, 145; VIII, 378.
Franois (saint), I, 369.
Franklin, VIII, 382.
Frdric-Barberousse, III, 290.
Frdric-le-Grand, I, 45, 448; VI, 77; VIII, 332.
Frdric III, VIII, 135.
Fritz, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.

G.

Gabor, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Gail (M.), III, 127.
Galile, III, 228.
Gallus, I, 9.
Gamba, I, 50, 51, 54, 57.
Ganellon, IV, 361. _Passim_.
Garcilasse, I, 105.
Garrick, IV, 150.
Gaston de Foix, I, 292.
Gell, III, 134.
Gemma, IV, 104.
George Ier, I, 358; V, 128, 229.
George III, I, 142, 339; II, 101, 103, 257; VIII, 157, 357, 360, 369,
377, 381, 389.
George IV, I, 368, 352, 483; II, 18, 69, 86, 101, 138, 172, 215; III,
271; V, 414.
George de Trsibonde, IV, 141.
German, VII, 183.
Gessner, VIII, 162.
Gibbon, III, 104, 116, 132, 199, 293, 300, 303, 315; IV, 158; V, 223,
230; VIII, 159.
Gieta (le colonel), III, 385, 387.
Gilbert, IV, 133.
Gilchrist, VII, 389, 395.
Ginguen, VI, 282.
Giorgione, II, 399, 400.
Gneisenan, I, 457.
Godoy, prince de la Paix, III, 53.
Gothe, I, 244; VI, 286, VII, 182.
Goldsmith, III, 204.
Gontaut (Biron), I, 3.
Gordon (miss Catherine), I, 5.
Graftan (lord), VIII, 378.
Gramby, I, 77.
Grattau, I, 360.
Gray, I, 256; IV, 7.
Gritti (Jacomo), III, 280.
Gropius, III, 102, 103.
Guiccioli (Teresa Gamba, comtesse), I, 48, 52, 197, 213; IV, 91.
Guichardin, IV, 109.
Guillaume III, I, 358; IV, 40.
Gulleyaz, personnage de _Don Juan_, I, 340. _Passim_.
Guizot, I, 346.
Gurney, I, 135.
Gustave-Adolphe, IV, 314.

H.

Haboul-Hamid, I, 349.
Hafiz, II, 368.
Hade, personnage de _Don Juan_, I, 186. _Passim_.
Hamilton, III, 134.
Hammond, VI, 284.
Hanson (John), I, 69.
Hardsman, II, 174.
Harmodius, III, 151, 189.
Harrison, I, 82.
Hastings, IV, 145.
Hawke, I, 77.
Hayley, IV, 94.
Haywood (Pierre), VIII, 349.
Hector, I, 488.
Hlne, VI, 77.
Hlose, VIII, 327, 328.
Henri II, IV, 61.
Henri VI, I, 252.
Henri VIII, I, 47; IV, 63.
Henrick, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Herblot (D'), I, 393
Herman, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Hrodote, I, 262.
Hervey, II, 398.
Hsiode, III, 118, 14.
Heyward (M.), VIII, 346.
Hobhouse, I, 15, 23, 39, 69; III, 104, 106, 112, 201, 205, 208, 282; IV,
292, 429; V, 290, 330, 407; VII, 395.
Hobhouse, VI, 284.
Hobhouse (John Cam), I, 15, 23, 39, 69.
Hoche, I, 78; III, 192.
Hodgson, III, 101; V, 406.
Homre, I, 5, 138, 248, 251, 293, 300, 334, 355, 491; IV, 102; VIII,
157, 295.
Honorius (saint), III, 20, 52.
Hoppner (le gnral), VI, 284.
Horace, I, 13, 75, 78, 142, 211, 251, 320, 334; II, 24, 134, 145, 153,
171, 213, 232; III, 237, 274; IV, 69, 94; V, 424.
Horistan (John de), IV, 4.
Hortensius, I, 366.
Hosson, III, 136.
Houdetot (Mme d'), III, 195.
How, I, 77, 78.
Howard, III, 154, 190.
Hoyle, I, 248.
Hugo (Victor), I, 251; III, 397; IV, 214.
Humboldt, I, 296.
Hume, IV, 69.
Humphry (Davy), VI, 284.
Hunt (Leigh), I, 50.

I.

Ichar (le duc), I, 122.
Idenstein, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Ile Sainte-Hlne (Ode  l'), IV, 168.
Ins (donna), personnage de _Don Juan_, I, 80. _Passim_.
Irad, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_.
Isral Bertuccio, personnage de _Marino Faliero_, VI, 84

J.

Jackson, IV, 378.
Jacopo Foscari, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Jacques II, I, 5; III, 191; IV, 65.
Jacques Loredano, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Jamblicus, VI, 69.
Japhet, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 379. _Passim_.
Jean-sans-Terre, IV, 335.
Jefferies, IV, 403.
Jeffery, I, 14.
Jrme (saint), I, 91.
Jersey, VI, 284.
Jervis, I, 78.
Jhonson, I, 249.
Job, VIII, 365, 366.
John Horne, VIII, 382.
Johnsam (docteur), III, 314.
Johnson (docteur), IV, 418.
Jos (Don), personnage de _Don Juan_, I, 79. _Passim_.
Joseph, I, 134.
Josphine, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Joubert, I, 78.
Joy (M.), VI, 284.
Jules II, IV, 122.
Julia, personnage de _Don Juan_, I, 94. _Passim_.
Julia-Alpinula, III, 169, 195.
Julien (le comte), III, 53.
Julien (M. Stanislas), III, 381.
Jupiter, VIII, 293.
Juvnal, I, 90, 289; IV, 158.

K.

Kallinikus-Torgeraus, III, 140.
Kamarasis, III, 128, 142.
Kant, I, 259, 364.
Kean, VI, 83.
Kemble, IV, 10; VI, 83.
Keppel, I, 77.
Kinnaird, I, 56, 63.
Kinnaird (le docteur), IV, 260.
Kinnaird (lord), VI, 284.
Knolles (Richard), I, 349.
Kosciusko, IV, 312.

L.

Labdoyre, IV, 164.
Laing, IV, 88.
Lambro, personnage de _Don Juan_, I, 224. _Passim_.
Lancelot du Lac, III, 7.
Landerdale, VI, 284.
Landor (M.), VIII, 157.
Lansdown (marquis de), IV, 47; VI, 284.
Lanzi, III, 315.
Laugier, VI, 75, 78.
Laura, personnage de _Beppo_, II, 402. _Passim_.
Laura, I, 218; III, 219, 299, 300, 302, 303, 327.
Lavalette (Mme), IV, 178.
Leake, III, 134.
Lee (mistress), VII, 183.
Lenzoni (la marquise), III, 328.
Lopold de Saxe-Cobourg, III, 271.
Lesage, IV, 51.
Lewis (Mathieu), VI, 81, 284, 286.
Licophron, IV, 94.
Lioni, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Locoon, I, 779; III, 268.
Logotheti, III, 108.
Lolah, personnage de _Don Juan_, I, 377. _Passim_.
Lorenzo, VI, 74.
Louis XIV, III, 390; VI, 76.
Louis XVI, III, 434.
Lucchesini, III, 320.
Lucifer, VIII, 360.
Lucifer, personnage de _Can_, VIII, 166. _Passim_.
Lucrce, I, 90, 334; III, 54; VI, 77.
Lucullus, VIII, 29.
Ludwig, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Lusieri, III, 100, 120.

M.

Machiavel, II, 66; III, 229, 319.
Mac-Murchad, VI, 77.
Macpherson, IV, 79, 88.
Macvaur Nagh, IV, 410.
Mahmout, III, 137.
Mahomet, I, 108, 211, 334, 355, 401, 409; II, 56; III, 57, 138; VIII,
303.
Mahomet II, III, 131.
Mai, III, 206.
Malherbe, IV, 214.
Mallet (M.), VIII, 346.
Manetti, IV, 104.
Manuel, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Marceau, I, 78; III, 165, 166, 192.
Marchetti (le comte), IV, 95.
Marco Memmo, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Marialva (marquis de), III, 52.
Marianne, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Marie-Antoinette, III, 7, 434; VI, 77.
Marie (Chaworth), IV, 19, 21, 73, 130.
Marin Sanuto, VIII, 136, 145. _Passim_.
Marina, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Mariner, VIII, 283.
Marinus (comte Tharboures), III, 141.
Marion, IV, 23.
Marlborough (duc de), VI, 76.
Marmarotouri, III, 129.
Marmontel, VIII, 155.
Marsham (mistress), VI, 76.
Martin, VIII, 157.
Mathurin, VI, 82.
Matthews (Charles Skinner), III, 55.
Maxwell (lord), II, 4.
Mayer, VI, 81.
Mazeppa, pome, III, 383. _Passim_.
Meister, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Meletius, III, 128, 140, 141.
Merci, III, 116.
Mrivale, IV, 355.
Metella (Cecilia), III, 355.
Metella, III, 247.
Mezzofanti, III, 206.
Michel-Ange, IV, 123, 124; VIII, 364, 366, 371, 377.
Middleton (docteur), III, 313.
Milford, VII, 178, 179.
Milman, VI, 83.
Milton, IV, 96, 125; VIII, 162, 371.
Mirrha, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Mose, VIII, 164.
Monime, III, 315.
Monrose (marquis de), VI, 83.
Montagu (lady W.), VII, 398.
Montagu (sir Georges), VII, 399.
Montfaucon, III, 358.
Monti, III, 206, 323; IV, 96.
Moore (le docteur), IV, 63; VI, 76, 78, 279.
Moore (Thomas), IV, 49, 256, 260; VI, 284.
Morelli, III, 206; VI, 75.
Morgan (lady), VIII, 153.
Morosini, VI, 263.
Murat, IV, 165, 166.
Muratori, III, 331; VI, 276.
Murray (_Lettre_  John), VII, 387. _Passim_.
Mustoxidi, III, 206, 289.

N.

Napolon, I, 39, 46, 77, 312, 431; II, 3, 7, 9, 15, 29, 100, 103, 109,
217, 282; III, 157, 191, 192, 199, 241.
Napolon (_Ode_ ), IV, 158. _Passim_. 168, 307, 310, 312, 313, 314,
321, 426.
Nardini, III, 361.
Navagero (Andrea), VI, 75.
Nelson, VIII, 346.
Nmsis, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Neophitus, III, 140.
Nron, VIII, 191.
Neuah, VIII, 292, 297. _Passim_.
Ney (le marchal), IV, 164.
Nicias, III, 298.
Niob, III, 298.
No, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372.
Notaras, III, 133.

O.

Ocellus Lucanus, III, 128.
Olympie, personnage du _Dfigur Transfigur_, VI, 288. _Passim_.
O'neill (miss), VI, 83.
Ordelafo, VI, 80.
Orlans (duc d'), VI, 77.
Orose, III, 343.
Osborn, IV, 410.
Ossian, IV, 3, 79.
Othman, III, 88.
Otway, II, 335, 362; III, 215; VI, 259.
Ovide, I, 90, 113, 194, 211, 299, 370; II, 400; III, 7, 315.
Owenson (miss), III, 147.

P.

Pacciandi, III, 289.
Palafox, III, 54.
Paley, IV, 115.
Pamperis, III, 141.
Panagiotes Kodrikas, III, 128, 142.
Pania, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Parios (Athanius), III, 142.
Paris, III, 227.
Parker, (sir Peter), IV, 226.
Parry (le capitaine), VIII, 364.
Pascal Maliperi, VIII, 151.
Passamont, IV, 368. _Passim_.
Paterculus (C. Velleius), III, 318.
Paul (saint), VIII, 360.
Paul Ier, III, 131.
Paul Marosini, VIII, 135.
Pausanias, III, 50; VI, 69.
Pauvinius, III, 343.
Paw (de), III, 121.
Plage, III, 26, 33.
Pnlope, III, 71.
Ppin, IV, 360.
Pricls, III, 120.
Ptrarque, I, 218, 299; III, 20, 30, 194, 195, 212, 220, 228, 229, 238,
239, 241, 251, 299, 300, 301, 302, 303, 304, 305, 306, 328; IV, 94, 187;
111, 119, 122, 167, 230, 236, 243, 249, 251, 264, 268, 290, 291, 292,
295, 296; V, 123; VI, 278.
Philibert, personnage du _Dfigur Transfigur_, VI, 288. _Passim_.
Philippe Visconti, VIII, 146. _Passim_.
Philippe de Macdoine, III, 98.
Philippide (Daniel), III, 379.
Pierre (saint), VIII, 355, 360, 371.
Pierre-le-Grand, II, 50; III, 141.
Pindare, I, 244; III, 54.
Pindemonte, III, 206; IV, 96.
Pisani (Victor), III, 295, 324, 325.
Pitt (Guillaume), VIII, 378.
Pitt, IV, 11, 145, 305, 307.
Pizarre, III, 48.
Platon, I, 112, 259, 405; II, 275; III, 100.
Pline, III, 341.
Plutarque, I, 309; II, 114; III, 298; VI, 69; VIII, 137, 309.
Poggio, III, 313.
Polyzoys, III, 128.
Pompadour (Mme de), VI, 77.
Pompe, I, 211; III, 241.
Pope, IV, 299; VII, 387, 385, 389, III, 153.
Porson, IV, 46; VIII, 157.
Possevin (le pre), III, 320.
Potemkin, I, 406, 407, 437, 438; II, 51; III, 130.
Pouqueville (M.), III, 110, 125.
Prokopicus, III, 140.
Psalida, III, 128, 132, 140, 142.
Pulci, IV, 353, 355, 356, 357.

R.

Racine, IV, 214.
Raphal, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_.
Rattcliff, III, 215.
Retz (le cardinal de), VI, 83.
Ricci, III, 230.
Rienzi, III, 251, 358.
Riga, III, 129.
Rochefoucauld (la), I, 405; III, 199.
Rodolph, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Rogers, VII, 390, 392.
Rogers (Samuel), IV, 237.
Roland, III, 7, IV, 361, 362, 363, 364, 365.
Romanelli, III, 107.
Romuald de Salerne, III, 290.
Roque (M.), III, 120.
Rothschild, IV, 336.
Rousseau (J.-J.), I, 38, 259, 405; II, 213; III, 172, 175, 183, 197,
198, 199, 284, 328, 435; VIII, 155.

S.

Sabelli (Marc-Antonio), III, 281.
Sade (abb de), III, 299.
Sade (Hugues de), III, 300.
Sadock, III, 59.
Saint-Lambert, III, 195.
Saint-Maurice (l'abb de), personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Sainte-Palaye, III, 7.
Salangre, III, 314.
Salemenes, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Salisbury (comtesse de), III, 7.
Salomos, III, 381.
Samiasa, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372.
Samuel (M.), VIII, 347, 348.
Sandi (Vettor), VI, 75.
Sanuto, III, 293; VI, 73, 74, 75, 276.
Sapho, I, 90, 211, 244, 255, 267; III, 71, 110.
Scanderbey, III, 104.
Schiller, III, 215; V, 335.
Schlegel, III, 289.
Scipion, III, 229, 238.
Scott (Walter), I, 6, 14, 71, 72, 344, 351, 363, 366, 378, 389; II, 5,
41, 43, 93, 245, 113, 175, 307, 338, 339, 344, 357, 420; III, 4; IV, 62,
356; VI, 284, VIII, 160.
Sbastiani (le gnral), III, 130.
Sele, IV, 53.
Sraphin de Pricle, III, 140.
Sfero, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Sforza (Ludovico), III, 434.
Sgricci, III, 318.
Shakspeare, I, 39, 75, 128, 151, 240, 241, 252, 268, 278, 453, 460; II,
5, 8, 10, 27, 69, 72, 76, 91, 92, 95, 111, 150, 167, 178, 212, 243, 307,
312, 362, 394, 400; III, 189, 215, 342; IV, 148, 151, 153, 181, 418,
449; V, 53, 229, 356.
Sheridan, IV, 143, 148, 150.
Siblick, VI, 280, 281.
Siddons, VI, 83.
Siddons (mistress), IV, 10, 150.
Sidney, III, 334.
Simonde de Sismonde, VIII, 145.
Sismondi, IV, 101; VI, 75.
Skyserape (Jack), VIII, 312.
Smollet, I, 291, 350, 351; III, 134.
Socrate, I, 259, 405; II, 144, 229; V, 225.
Solano, III, 54.
Soliman, I, 150; III, 131.
Sonnini, III, 121.
Sotheby, VI, 82; VIII, 154.
Soulhcote (Johanna), VIII, 364.
Southey, VIII, 154, 155, 156, 157.
Southey (Robert), VIII, 364, 376.
Spencer, III, 4, 5.
Stace, III, 119.
Stael (Mme de), III, 315; IV, 178.
Steno, (Michel), personnage de _Marino Faliero_, VI, 75. _Passim_.
Steward (George), VIII, 349.
Strabon, III, 127, 134.
Stralenheim (Ida), personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Stuart (Arabella), IV, 58.
Suleyman-Aga, III, 134.
Sulpicius (Servius), III, 313.
Sylla, I, 461; III, 98, 239.

T.

Tacite, II, 161, 241; III, 189, 191.
Tasse, IV, 93, 116; VIII, 153.
Tasso (Torquato), I, 42; II, 340; III, 210, 281, 283, 284, 286, 287; V,
128, 221, 222, 223.
Thelusson (M.), VIII, 157.
Thmistocle, III, 120.
Theodelinda, III, 331.
Thodoret, III, 367.
Thodose (l'empereur), III, 289.
Thrse, III, 394.
Thibauld, VIII, 332.
Thomas d'Aquin, III, 301.
Thompson, I, 410; III, 5, 314.
Thornton, III, 121, 124, 125, 136.
Thrasybule, III, 87, 115.
Thucydide, III, 141.
Timon, III, 8.
Tiraboschi, III, 302, 330.
Tite-Live, II, 209; III, 239.
Titus, I, 211, 249; II, 263; III, 249.
Tooke, VIII, 382.
Torquil, VIII, 294. _Passim_.
Towsend (M.), VIII, 154.
Trajan, III, 249, 250.
Triadano Gritti, VIII, 147.
Tristram du Lonois, III, 7.

U.

Ulric, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Urbain, V, III, 303.

V.

Vacca, III, 206.
Vacca (Flaminius), III, 358.
Vahab, III, 88.
Valeriani (J. P.), III, 313.
Valerius Flaccus, IV, 47.
Varchi, III, 323.
Veli-Pacha, I, 18; III, 133.
Veniamin, III, 130.
Ventote (George), III, 14.
Vnus de Mdicis, III, 227.
Vernet (Horace), III, 399.
Verres, III, 100, 102.
Vilkes, VIII, 377, 378.
Vindham, III, 368.
Virgile, I, 90, 138; III, 119, 239, 300, VIII, 157.
Visconti, III, 206.
Voltaire, I, 44, 45, 259, 351, 360, 395; II, 12, 144, 145; III, 183,
184, 199, 328, 385; VI, 261; VIII, 155.
Vossius, III, 359.

X.

Xnophon, III, 141.
Xerxs, I, 113, 202; III, 99.

Y.

Young, II, 100; III, 53; VII, 399.

Z.

Zames, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Zanetti, III, 228.
Zappi, IV, 122.
Zarina, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Zeno (Carlo), III, 295, 325.
Ziani (Sebastien), III, 290.
Zillah, personnage de _Can_, VIII, 166. _Passim_.
Ziska, IV, 311.
Zozimado, III, 128.
Zozime, III, 103.

W.

Walpole, III, 134, 300.
Walpole (Horace), VI, 83, 84.
Washington, I, 44; II, 6; III, 244; IV, 315, 316, 322; VIII, 382.
Wathek, III, 21.
Watson (l'vque), VIII, 162.
Wellborn, VIII, 389.
Wellington (duc de), I, 77, 457; II, 213, 315; III, 52.
Wellington (lord), IV, 328, 421.
Wesley, VIII, 155, 386.
West, IV, 294.
Whistlecraft, IV, 355.
Wilkelmann, III, 345, 348, 350.
Wilson (John), VI, 83.
Wingfield, III, 53.
Winkelmann, III, 315.
Woodhouseller (Laure), III, 301.
Wright, II, 377; III, 132.


FIN DE L'INDEX.



INDEX ALPHABTIQUE
DES NOMS CITS
DANS LES MMOIRES DE LORD BYRON[118].

[Note 118: Le chiffre romain indique le volume; le chiffre arabe, la
page.]

A.

Aaron-Hill, XII, 182.
Abdiel, XI, 193.
_Aberdeen_, IX, 29 et _passim_.
Abraham, XI, 173.
_Abydos_, IX, 360 et _passim_.
_Acarnanie_, IX, 345 et _passim_.
Acerbi, XI, 180.
Achille, IX, 362.
_Actium_, IX, 339.
Ada (Augusta), XI, 47, 206, 420; XIII, 48 et _passim_.
Adair (Rob), IX, 359, 364 et _passim_, 385 et _seq._; X, 111.
Adam, IX, 316; X, 271; XI, 214.
Adams, IX, 170.
Adams (John), portefaix, IX, 180.
Addison, IX, 109, 232, 234; X, 330.
Adeline, XIII, 304.
Adolphe, XIII, 108.
Adolphus, IX, 168.
_Afrique_, IX, 170, 174 et _passim_; X, 243 et _passim_.
Agar, XI, 173, 462.
Agar, graveur, X, 408.
Agathon, XI, 489.
Agis, XII, 100.
Aglietti, XI, 355, 383 et _seq._ 420; XII, 16.
Ajax, IX, 362.
_Albanie_, IX, 334 et _passim_; X, _passim_.
Albano, XI, 282.
Albany (Mme), XII, 183.
Albroni, XII, 218.
Albrizzi (comtesse), XI, 194, 403 et _passim_.
Alcibiade, IX, 363; XI, 243.
Alep, XI, 301.
Alessio del Pinto, XII, 183.
Alfieri, IX, 46, 66, 67, 419; X, 301, 387, 445; XI, 277; XII, 249; XIII,
97.
Alfred, XII, 112; XIII, 80.
_Alfred-club_, X, 4, 25, 33; XI, 92.
Algarotti, XI, 355.
Ali-Pacha, IX, 335 et _passim_; X, 176.
Allgra, XI, 394, 429, 487; XII, 5 et _passim_; XIII, 10 et _seqq._
_Allemagne_, IX, 169, 264; X, _passim_.
Allen, X, 250.
Allingham, IX, 143.
_Alpes barnaises_, XI, 118 et _passim_.
Althorp (lord), X, 319, 367.
_Amrique_, IX, 170, 174.
Amphion, XII, 315.
_Amsterdam_, IX, 497.
Amurat, X, 321.
Anacron, XII, 143.
Anastasius, XII, 110.
Anatoliko, XIII, 155.
Anderson, IX, 170.
Andr Dandolo, XII, 120.
Andrews, IX, 170.
Angelo, IX, 258.
_Angleterre_, IX, 168 et _passim_; X, 407, 442, _passim_; XI, 265.
_Passim_.
Anne, XI, 278.
_Annesley_, IX, 102 et _seqq._, 300.
Annibal Caro, XII, 201.
Anstey, XII, 73.
_Antiloque_, IX, 360, 362.
Antoine (Marc-), IX, 339; X, 4, 193.
Antonio, XI, 429.
Apollon du Belvdre, XI, 286.
Apollon Ismnien, IX, 348.
Apollonius, XII, 329.
Apollonius de Tyane, XII, 329.
Arblay (Mme d'), X, 22 et _passim_.
_Arcadie_, XI, 123.
Archibald Hamilton, XIII, 142.
_Archipel_, IX, 407.
Arthuse, XIII, 131.
Artin (L'), XIII, 296.
_Argos_, IX, 393; XIII, 107.
_Argostoli_, XIII, 129.
Aricia XI, 282.
Arioste, X, 38, 39, 219; XI, 272, 297; XII, 144; XIII, 156.
Aristide, X, 214.
Aristippe, IX, 229
Aristophane, X, 136.
Armada (L'), XII, 197.
_Armnie_, XI, 214, 215, 257.
_Arques_, XI, 346.
Arrien, IX, 168.
_Arta_, IX, 344 et _passim_; XIII, 107.
Ashe (Thomas), X, 287 et _seqq._
_Asie_, IX, 328 et _passim_; X, _passim_.
Athne, X, 376, 378.
_Athnes_, IX, 348 et _passim_, voir 349; X, 32 et _passim_, XI, 3, 9.
Athos (le mont), XII, 265.
Atterbury, XII, 290.
_Attique_, IX, 350 et _passim_.
Atys, XII, 299.
_Aubonne_, en Suisse, XI, 135.
Aubyn (Saint-), XI, 314.
Aucher (Pascal), moine armnien, XI, 209, 214, 257.
Auguste, IX, 339, 383; XII, 237.
Augustura, XIII, 25.
Austin, IX, 171.
_Autriche_, IX, 312.
Avon, XII, 390.

B.

Babel, XII, 126.
_Babylone_, IX, 231.
Bacon, IX, 116, 170; X, 454.
Bagna Cavalli, XII, 275.
Bailey, IX, 166; X, 83.
Baillie (docteur), IX, 65 et _seqq._
Baillie (Joanna), XI, 14.
Bajazet, XIII, 14.
Baldwin (Martin), X, 231, 240.
Baldwabster, IX, 252.
_Balgounie_ (pont de), sur le Don, IX, 55 et _seqq._
Ball (sir A.), IX, 342.
Baltimor (lord), IX, 237.
Bandello, X, 311, 314; XI, 198.
Bankes (William), IX, 123, 151, 212, 213, 307; X, 74 et _passim_; XII,
17, 35.
Bankes, aumnier et professeur de Byron, IX, 212.
Barff, XIII, 184, 199 et _passim_.
Barlorini, XI, 420.
Barlow, IX, 174.
Barlton du Boyne, X, 158.
Barnard (mre), IX, 125.
Barras, X, 199.
Bartley (Mrs.), XI, 14, 25.
Bartolini, XIII, 3.
Bartow, XII, 214.
_Basile_, IX, 346; X, 111.
Basile Hall, XI, 389.
Basley, IX, 219.
_Bath_, IX, 100 et _seqq._
Bathurst, XII, 261.
Baussire (lady), XII, 214.
Bayle, X, 375, 378, 454; XII, 298, 428.
Beattie, IX, 86, 170.
Beaumarchais, X, 20.
Beaumont, XI, 397.
Beaumont (sir Georges), XI, 10.
Beccaria, XI, 173.
Becher (John), IX, 121, 459 et _passim_; X, 72.
Belcher (Tom), IX, 218.
Blisaire, IX, 170.
Bellingham, X, 82.
Belly (docteur), IX, 79.
Belsham, IX, 168.
Bembo, XI, 172, 178.
Bentham, XIII, 211.
Benzoni, XI, 375; XII, 157.
_Botie_, IX, 348, 362.
_Brat_, IX, 336.
Berger, XI, 98.
Berkeley, IX, 170; XI, 142; XII, 334.
_Berlin_, X, 247.
Bernadotte, X, 173, 202.
Berni, XI, 352.
Bernini, XI, 420.
Berry (le duc de), XII, 68.
Berry (miss), X, 81, 298.
Bertram, XII, 114.
Bertrand (gnral), X, 399.
Bertuccio (Isral), XII, 115.
Bettesworth, IX, 204.
Beyle, XI, 175.
Birch, X, 110.
Bishop, IX, 142.
Bisset, IX, 168.
Blackets (Joe), IX, 287, 428, 440, 441, 469, 473.
Blackstone, IX, 170.
Blackwood, XII, 30.
Blair, IX, 171.
Blake, XII, 157.
Blaquire, XIII, 100 et _seqq._
Blaud (Robert), IX, 374 et _passim_, 496; X, 18 et _passim_.
Bloomfield (Nathaniel _et_ Bobby), IX, 440 et _passim_.
Blcher, X, 304, 335; XI, 96, 122.
Boatswain, IX, 140, 161 et _seqq._, 202, 260 et _seqq._; X, 464.
Boccace, XI, 427.
Boethius, IX, 168.
Boileau, XI, 245.
Bolingbroke, IX, 170; XII, 290.
Bolivar, XII, 18; XIII, 25.
_Bologne_, IX, 258.
Bolton, IX, 456, etc.
Bonaparte (Lucien), X, 167 et _seqq._
Bonaparte (Napolon), IX, 170, 311, 331, 449; X, 165, 173, 199, 203,
213, 296, 297, 304, 306, 320 et _seqq._, 399, 478; XI, 19, 93, 95, 104,
173, 182, 215, 259, 260, 273, 442; XIII, 14.
Bonnard, IX, 170.
Bonneval, X, 205.
Bonstetten XI, 112, 113, 147, 259.
Borgia (Lucrce), XI, 172, 178.
_Borromes_ (les), XI, 170, 182.
_Bosphore_, IX, 372 et _passim_; X, 183, 205.
Boswell, X, 456; XI, 440.
Bowers (M.), matre de Byron, IX, 35 et _seqq._
Bowles, IX, 286; X, 482; XII, 152, 230, 286 et _passim_.
_Bow-Street_, X, 3.
Boyle, X, 454.
Bradshaw (Cavendish), XI, 16.
Braemar, XII, 440.
Brme (M. le marquis de), XI, 174, 176.
Brenta, XI, 294.
_Brest_, IX, 413.
Briare, XII, 457.
Bridges (sir Egerton), X, 124.
_Brighthelmstone_, IX, 215.
_Brighton_, IX, 249 et _passim_, 370; X, _passim_.
Brinsley (_Voir_ Sheridan.)
Broglie (la duchesse de), XI, 156; XIII, 333.
_Brompton_, IX, 249 et _passim_.
Brook, X, 25.
Brooke (lord), X, 109 et _passim_.
Brougham, X, 308.
Broughton, XI, 120.
Brothers (M. M.), IX, 426 et _passim_.
Brown, XII, 20, 147.
Brownbill, XIII, 230.
Bruce, IX, 176.
Brummel, XI, 94, 95; XIII, 80.
Bruno, XIII, 112, 262 et _passim_.
Brutus (Marcus), X, 214, 230.
_Bruxelles_, XI, 103 et _passim_.
Buchanan, IX, 168.
Buckardt, XII, 20.
Buckingham (marquis de), X, 238.
Burdett (sir Francis), X, 56, 138; XII, 448.
_Burgage-Manor_, IX, 115 et _passim_.
Burgen (sir J.-B), XI, 34.
Burke, X, 54, 57, 139; XI, 19, 361.
Burley, XI, 295.
Burlington, XII, 304.
Burlingtonhouse, XIII, 80.
Burns, IX, 137, 167, 234; X, 181, 194, 250; XII, 271.
Burton, IX, 172.
Burun (Ralph de), IX, 19.
Busby, X, 105 et _passim_.
Butler, IX, 109 et passim. _Voir_ surtout 236, 364.
By (Mrs.), IX, 448.
Byrne l'an, XI, 35.
Byron (Augusta), IX, 25, 462; X, 59, 215, 246, 320, 339 et _passim_; XI,
161, 223, 234, 235, 247, 271.
Byron (George Anson), IX, 457, 475; X, 228, 232, 246.
Byron (George Gordon Lord), IX-XIII et _passim_.
Byron (Henry), X, 191, 195, 197.
Byron (lady), X, 229, 292, 428, 431, 433, etc.; XI, 12 et _passim_; XII,
44 et _passim_; XIII, 86 et _passim_.
Byron (le commodore), IX, 24, 274.
Byron (Lord), grand-oncle du pote; IX, 24, 50 et _seqq._, 60.
Byron (Mrs.), _Voir_ Gordon (Catherine).
Byron (sir John), le-Court,  la grande barbe, IX, 22.
Byron (sir John, baron), IX, 23.
Byron (sir John), pre du pote, IX, 24 et _seqq._; XI, 4.
Byron (sir Richard), IX, 23.
Byshe, XI, 85.
_Byzance_. Voir _Constantinople_.

C.

Caddell, X, 96.
_Cadix_, IX, 313 et _passim_, surtout 323, 324, 326.
_Cagliari_, IX, 329.
_Calcutta_, IX, 260.
Caleb Quotem, XII, 68.
Calendaro, XII, 114, 336.
Callaghan, XIII, 34.
Calvert, IX, 114.
Calypso, IX, 333.
_Cam_, rivire, IX, 118, 228, 233, etc.
_Cambridge_, IX, 115 et _passim_. _Voir_ surtout 204, 227, 228, 231 et
_seqq._; X, et _passim_.
Cambridge, historien, IX, 170.
Camons, IX, 87, 146.
Campbell (Thomas), IX, 170? X, 16, 20, 24 et _passim_, 217, 391; XI,
297.
Campo Santo, XI, 447.
Candide, XI, 301.
Canning, X, 138, 155, 211, 276; XI, 441.
Canova, IX, 46; XI, 194, 199, 200, 277, 292.
Cantemir, IX, 169, 421.
Cardinal de Retz (le), XIII, 302.
_Carhais_, IX, 275 et _seqq._
Carlile, XII, 18.
Carlisle (comte de) IX, 54 et _passim_; X, 207, 295, 320, 349, 357, 403.
Carmarthen (lord), IX, 25.
Carpantier, IX, 202.
Carr (sir John), IX, 323; X, 39.
Cartolli, XII, 33.
Cartwright, X, 137; XI, 428.
Cassius, X, 214.
Castanos, IX, 329.
Castellan, X, 170.
Castlereagh, (lord), X, 31, 113; XI, 274, 396.
_Castleton_, IX, 103.
_Castri_. Voir _Delphes_.
Catherine II, IX, 169; XI, 14.
Catulle, XI, 177, 178.
_Caucase_, IX, 324.
Cavalli, XII, 63.
Cawthorn, IX, 283 et _passim_; X, 22 et _passim_; XI, 206.
Caylus (comte de), XI, 436.
Cazotte, X, 169.
Cellarius, IX, 170.
Cenci, XII, 279.
Centlivre (Mrs.), XII, 56.
_Cphalonie_, XI, 67.
Cervantes, IX, 171; X, 219.
Csar, IX, 168; XI, 470.
Csar (Jules), XII, 237.
Chalmers (docteur), XI, 332.
Chamberlain (lord), XII, 253.
Chambrulard (M. de), IX, 122.
Chamouny, XI, 120, 132, 262, et _passim_.
Chardin, X, 314.
Charlemagne, XI, 282.
Charles Borrome, XI, 181.
Charles Ier, X, 362; XI, 120.
Charles II, XI, 120, 278.
Charles XII, IX, 169.
Charles-Quint, IX, 170; X, 321.
Charlotte Lynes, XII, 236.
Charlotte (princesse), X, 296, 318, 381; XI, 331.
Chatham (lord), X, 139; XIII, 14.
Chatterton, IX, 172, 173, 234; XI, 101; XIII, 297.
Chaucer, IX, 67, 175, 435; XI, 396.
Chauncey, XIII, 19.
Chaworth (M.), IX, 24, 51, 61.
Chaworth (M.), mari de miss Maria, IX, 300.
Chaworth (miss Maria), IX, 102 et _seqq._, 299 et _seqq._
_Cheltenham_, IX, 78; X, 91 et _passim_.
Chnier, XIII, 296.
_Chesterfield_, IX, 144.
Childe-Burun, X, 37.
Chillingworth, XII, 428.
_Chine_, IX, 174.
Chioni, XIII, 132.
Churchill, IX, 67, 175, 234; XII, 141, XIII, 297.
Churschid-Pacha, XIII, 108.
Cibber, XII, 294.
Cicron, IX, 62, 170; X, 193.
_Cintra_, IX, 320, 324, 349.
Clare (lord), IX, 86, 123, 148; X, 28; XII, 415; XIII, 23, 46, 47 et
_passim_.
Claridge, IX, 88, 365.
Clarke, IX, 287; X, 145, 442.
Claudien, XI, 178, 320.
Claughton, X, 406, 417, 435.
Clayton, IX, 86.
Clelia Cavalli, XII, 242.
Cloptre, X, 193, 194.
Cleveland, X, 369.
Clitumnus, XI, 290.
Clootz (Anacharsis), XII, 258.
Clown, XIII, 296.
Coates, X, 28.
Cobbett, X, 199.
Cochrane, X, 308.
_Combre_, IX, 452 et _seqq._
Colalto, XII, 156.
Colburn, XI, 202, 406.
Coldham, X, 51.
Coleridge, IX, 286, 288; X, 20, 24, 28, 217, 253, 481; XI, 29, 30, 33,
42, 45 et _passim_, 197.
Colise (le), XI, 285.
Collins, IX, 175; XI, 101.
Collius, XII, 199.
Colman (Georges), X, 129, 132, 133; XI, 27, 38, 39 et _passim_; XII, 355
et _passim_.
Colocotroni, XIII, 137.
_Colonne_ (cap), IX, 351, 361, 401.
Comacchio, XII, 232.
Concanen, XI, 28.
Confucius, IX, 174, 229.
Congreve, IX, 172; X, 309; XII, 55 et _passim_, 144, 250.
Constance de Beverley, XII, 157.
Constant (Benjamin), XI, 113.
Constantin, XI, 282.
_Constantinople_, IX, 313 et _passim_, 377; X, 118, 121; XI, 268.
Contarini, XI, 372.
Cooke (G. F.), X, 164, 233, 300; XI, 180.
Coolidge, XII, 336, 349.
_Coppet_, XI, 111 et _passim_, 118, 311.
_Corfou_, IX, 340.
Corgialegno, XIII, 174, 184.
_Corinthe_, IX, 390; XIII, 107.
Cornelius Nepos, IX, 168.
Cornwall, XII, 84.
Cottin (Mme), XII, 291.
Cottle, IX, 286.
Courtenay, X, 141, 142.
Cowell (John), X, 48, 441; XIII, 50.
Cowley, IX, 112, 234; X, 123.
Cowper (lady), X, 403, 434.
Cowper (lord), IX, 87, 89, 234, 248, 312; X, 403; XI, 101.
Crabbe, IX, 270, 288, 320; XII, 142 et _passim_.
Craigengelt, XII, 55.
Crbillon, XII, 293.
Crewe, XII, 402.
Crib (Tom), X, 211, 219.
Croker, X, 158, 332; XI, 238, 240, 309.
Cromwell, IX, 170.
Crosby, IX, 194 et _passim_.
Curioni, XII, 258.
Curran, X, 180; XI, 93, 94; XII, 14, 20, 400.
Curzon, IX, 83, 88, 179.
Cythron, IX, 348.

D.

Dallas, IX, 206, et _passim_, 459; X, 32 et _passim_; XI, 81; XII, 47,
et _passim_; XIII, 296.
Dallaway, X, 121.
Dalrymple Hamilton (lady), XI, 190, 407.
_Danemarck_, IX, 169, 174.
Dante, IX, 46, 87; X, 219, 446, 455; XI, 75, 420; XII, 10, 144; XIII,
299 et _passim_.
_Dardanelles_ (dtroit des). Voir _Hellespont_.
_Dardanelles_ (le dtroit des), XII, 265.
Daru, XII, 99.
David, IX, 191; X, 271.
Davies (Scrope), IX, 218, 323, 374, 398, 453 et _seqq._ 459; X, 22, 206,
319, 457; XI, 94, 95, 166, 168, 170, 202, 238, 239.
Davila, IX, 170.
Davy (sir Humphrey), X, 129, 402; XI, 11.
Dawkins, XIII, 15.
Debath, IX, 88.
_Dee_, rivire, IX, 41 et _passim_.
Delaval, XII, 228.
Delaware (lord), IX, 92 et _seqq._; X, 28.
Delladecima, XIII, 187, 200.
_Delphes_, IX, 347 et _passim_.
Deluc, XI, 266, 267.
Dmosthnes, IX, 171; X, 219.
Denis, X, 321.
Dennis, XI, 25, 28.
Denon, XI, 333.
Dervish Tahiri, IX, 281, 346; X, 111; XI, 46.
Descartes, X, 454.
Desdemona, X, 431.
Desiderio Berro, XI, 419.
Diane, XI, 232, 258.
Dibdin, XI, 23, 36; XII, 253.
Dick, IX, 213.
Diderot, X, 447; XII, 75.
Diego, XII, 163, _seqq._
Diocltien, X, 321.
_Diodati_, XI, 107 et _passim_.
Diodore de Sicile, XII, 204.
Diomde, XI, 9.
Dodsley, X, 422.
Dogherty, IX, 218.
Dominiquin (le), XI, 419.
_Don_, rivire d'cosse, IX, 55 et _seqq._
Dona Josepha, XII, 379.
Donegall (lady), X, 304, 305.
Don Jose di Cardozo, XII, 379.
Donoughmore (lord), X, 76.
Dorset (duc de), IX, 88 et _seqq._, X, 473, 475.
Dorville, XI, 428; XII, 2.
Douglas, XI, 303.
Downing, IX, 212.
_Dragomestri_ (port de mer), XIII, 171.
Drontheim, XII, 337.
Drummond (sir William), IX, 170? X, 21, 23; XI, 341.
Drury (Henry), IX, 79 et _seqq._, 235 et _passim_; X, 55, 440.
Drury (Mark), IX, 109.
Dryden, IX, 79, 233, 234, 436; X, 456; XI, 427; XII, 142 et _passim_.
_Dublin_, X, 5 et _passim_.
Dubost, IX, 435.
Dudley (lord), X, 209. _Voir_ Ward.
Duff de Tetteresso, IX, 28 et _alibi_.
Duff (Mary), IX, 46 et _seqq._; X, 200.
Duffie, XIII, 187.
Dugald Dalgetty, XII, 62.
_Dulwich_, IX, 65 et _seqq._
Duncan, matre d'criture de Byron, IX, 38.
Dunn, XIII, 17.
Dutens, XI, 341.
Dwyer, IX, 321, 364, 374.

E.

Eboli (la princesse d'), XII, 292.
_cosse_, IX, 168 et _passim_; XI. _Passim_.
Eddleston, IX, 116, 190 et _seqq._, 494.
Edgar, XII, 48.
Edgecombe, XI, 412.
Edgeworth (miss), X, 285; XII, 208.
_dimbourg_, IX. _Passim_; X. _Passim_; XI. _Passim_.
Egville, IX, 250, 253.
_gypte_, IX, 336 et _passim_.
Ekenhead, XII, 261 et _seqq._
_Elbe_ (le d'), X, 321 et _passim_.
Eldon (lord), IX, 276; X, 56, 78, 255.
Elfi-Bey, XI, 9.
Elgin (lord), IX, 443; X, 74, 112, 113.
lise, XI, 236.
Elkanah Settle, XII, 356.
Ellis (George), X, 197.
Elliston, X, 94; XII, 250, 254, 336.
Elmas, IX, 423.
Ennius, XII, 143.
_phse_, IX, 357, 366; X, 112.
pictte, XII, 312.
_pire_, IX, 336, 362.
_rivan_, XI, 135.
Erskine (lord), X, 139, 228, 304 et _passim_.
Eschyle, IX, 84, 87; X, 219.
_Espagne_, IX, 168, 322, 323 et _passim_; XI, 255.
Essex (lord), X, 403; XI, 16.
Esterre (Mrs.), XI, 16.
_Estramadure_, IX, 320.
tienne (saint), XI, 207.
_tolie_, IX, 345.
Eton, IX, 258 et _passim_; X, 47 et _passim_.
Eubule, XIII, 343.
Eugne (prince), IX, 170.
Euripide, XII, 143.
_Europe_, IX. _Passim_; X. _Passim_.
Euryale, IX, 191.
Eusbe, XI, 334.
Euterpe, X, 418.
Eutrope, IX, 168.
Evans, IX, 109.
ve, IX, 316; X, 271.
Ewing (docteur), d'Aberdeen, IX, 76 et _seqq._
Exeter-Change, XI, 475.
Eyre, XII, 143.

F.

Faliero (Marino), XI, 230, 258, 259.
Falkland, IX, 271 et _seqq._
Falkner, IX, 155.
_Falmouth_, IX, 311 et _passim_. Voir surtout 315.
Farquhar, XII, 294.
Farrell, IX, 213.
Faust, XII, 84.
Ferdousi, IX, 174.
Ferguson, IX, 173.
Fersen (comte de), XI, 193.
Fiddler (Ernest), IX, 41.
Fielding, IX, 171; XI, 396; XII, 182.
Filippo (d'Alfieri), XII, 183.
Fitzgerald, X, 330, 399; XI, 61.
Fitz-Patrick, X, 216; XII, 208.
Flahaut (Mde), XI, 416.
_Flandre_, X. _Passim_; XI, _passim_, 173.
Fletcher, XI, 377; XII, 9 et _passim_.
Fletcher (William), IX, 311, 339, 343, 389, 403, 404 et _passim_, 458;
X, 306; XI, 98.
Flood, X, 141, 142.
_Florence_, XI, _passim_, 249.
Florence-Smith. _Voir_ Mrs. Spenser.
Foe (Daniel de), X, 145.
Foligno, XI, 290.
Foresti (G.), X, 112.
Fornaretta, XII, 15.
Fornarina (la), XII, 274.
Foscari, XII, 338.
Foscolo, X, 452; XI, 399; XII, 114 et _passim_.
Fox, IX, 159; X, 138, 216; XI, 361; XIII, 14.
Fox (Henri), X, 222, 227, 238.
_France_, IX, 168 et _passim_; X. _Passim_.
Franois Ier, XII, 320.
Franoise de Rimini, XII, 53.
Frank, IX, 140 et _passim_.
Franklin, X, 214.
Frascati, XI, 282, 290.
Frdric II, IX, 169.
Frdric de Prusse, XII, 85, 324.
Freiber (le docteur), XIII, 271.
Frere, X, 211, 276.
_Fribourg_ en Suisse, XI, 134.
Friese, IX, 314.
Froissart, IX, 168.
Fuseli, X, 316, 318.
Fusine, XI, 456.

G.

Gai (Sophie), XII, 129.
Gail (Sophie), XII, 77, 96.
Galile, X, 454; XI, 277.
Galles (princesse de), XI, 212.
Gamba (Pietro), XI, 97, 402; XII, 195 et _passim_; XIII, 40.
Ganymde, IX, 362.
Garcilasso de la Vega, XIII, 162.
Garrick, XI, 13.
Gassendi, X, 454.
Gatt, X, 234.
Gay, IX, 234.
Gell (sir Williams), IX, 269 et _seqq._, 364; X, 241.
_Genve_, XI, 107 et _passim_.
Georges Byron, XI, 283.
Georges III, IX, 65; X, 209.
Gernesey, XII, 395.
Gertrude, XII, 199.
Gibbet, XII, 190.
Gibbon, IX, 109, 168, 231; X, 259, 373, 458; XI, 84, 107, 316 et
_passim_.
_Gibraltar_, IX, 313 et _passim_.
Gifford (W.), IX, 283, 471, 473, 478 et _seqq._; X, 72, 109, 146 et
_passim_; XI, 84 et _passim_; XII, 132 et _passim_; XIII, 30 et
_passim_.
Gil Blas, XI, 40; XII, 343.
Gillies, IX, 169.
Gilliers, X, 121.
Ginguen, X, 189; XII, 50, 227.
Giordani, XIII, 335.
Giorgione, XI, 273.
Giorgone, XI, 487; XII, 45.
Giraud (Nicole), IX, 402, 457.
Glenbervie (lord), X, 241, 244.
Glennie (docteur), IX, 65 et _seqq._, 146.
Godwin (Mary), XI, 406.
Gothe, X, 262; XI, 100, 263, 323; XII, 80, 86, 202; XIII, 19.
Goetz (comtesse), XI, 262.
Goldoni, IX, 486; XI, 294; XII, 42.
Goldsmith, IX, 175, 234; X, 90, 154; XII, 142, 417.
Gordon, XII, 123; XIII, 163.
Gordon (Alexandre), cousin de Byron, IX, 198 et _seqq._
Gordon (C.), IX, 88.
Gordon (Catherine) de Gight, IX, 25 et _seqq._, et _passim_, 445; X,
_passim_; XI, 4.
Gordon (duchesse de), IX, 202.
Gordon de Gight, XII, 123, 130.
Gordon, l'historien, IX, 168.
Gordon (William), IX, 24.
Gottingue, XII, 337.
Gower (lord), X, 238 et _passim_.
Grafton (duc de), X, 77.
Grammont (le chevalier de), XII, 122, 343; XIII, 82.
_Granta_, IX, 190 et _passim_. Voir _Cambridge_.
Grattan, X, 138, 141, 142; XI, 93; XII, 351; XIII, 106.
Gray, IX, 175, 231, 233, 433, 446; X, 162, 422; XI, 113, 355; XII, 144.
Greathead, XI, 290.
_Grce_, IX, 168 et _passim_; X, 121, 214.
_Greet_, rivire, IX, 161.
Gregson (Robert), IX, 264.
Grenville (lord), X, 56 et _passim_, 138.
Greville, X, 67 et _seqq._
Grey (lord) de Rutlen, IX, 102, 176, 247, 254; X, 77, 138, 278, 318 et
_passim_.
Grillparker, XII, 201.
Grimaldi, IX, 250.
Grimm, X, 167, 188, 304; XII, 75, 227.
_Grindelwald_, glacier du canton de Berne, XI, _passim_, 131.
Gritty, XI, 363.
Grose, IX, 289.
Guercin, XI, 173.
Guicciardini, IX, 170.
Guiccioli, XI, 402, 420 et _seqq._; XII, 12 et _passim_, 97, 177 et
_passim_.
Guiccioli (le comte de), XII, 16 et _passim_; XIII, 17 et _passim_.
Guido, XI, 419.
Guido Cavalcanti, XII, 239.
Guido Sorelli, XII, 201.
Guilford, XIII, 241.
Guillaume, XI, 278.
Guillaume, prince d'Orange, X, 202, 215.
Guillaume-Tell, IX, 169; XII, 238.
Gustave III, X, 478.
Gustave-Adolphe, IX, 169.
Gustave-Wasa, IX, 169.
Guthrie, IX, 170.

H.

Hafez, XIII, 283.
Hafiz, IX, 174; X, 470.
Hailstone, IX, 141 et _seqq._
Hamlet, XI, 440; XII, 386.
Hampden, X, 229; XI, 192.
Hanbon, X, 306.
Hancock, XIII, 167, 174.
Hannon, XIII, 33.
Hans Carvel, XII, 21.
Hanson (John), IX, 79, 247, 266, 371, 458; X, 296; XI, 313.
Harcourt (gnral), IX, 299.
Hardwicke (lady), X, 313.
Harley (lady Charlotte), X, 115.
Harness (William), IX, 94, 237 et _seqq._, 277 et _seqq._; X, 17 et
_passim_.
Harris, IX, 350; XII, 250, 256.
_Harrowgate_, IX, 138 et _seqq._
Harrowly (lord), X, 56.
_Harrow-on-the-Hill_, ou _Harrow-la-Montagne_, IX, 74, et _passim_; X,
19 et _passim_; XIII, 10 et _passim_.
Hurle, IX, 169.
Harte, IX, 169.
Harvey, IX, 437.
Harwood (sir Busick), X, 442.
Hastings, XII, 424.
Hatchard, IX, 283 et _seqq._
Hato, XIII, 226.
_Havane_ (_la_), X, 243.
Hawkin, IX, 421.
Hawkins Browne, X, 106.
Headfort (marquise d'), IX, 202.
Heathcote (lady), X, 135 et _passim_.
Heathcote (sir Gilbert), XI, 38, 41.
Hbert, X, 276 et _passim_.
_Hbrides_, IX, 201.
_Hcla_, IX, 201.
Hector, l'historien, IX, 168.
_Hellespont_, IX, 361 et _passim_, 370; XII, 263.
Henley, IX, 315.
Henri, XII, 118.
Henri IV, roi de France, XI, 41.
Henri VIII, X, 362.
Henry Drury, XIII, 18.
Henry Fox, XI, 282.
Henry, l'historien, IX, 168.
Hentsch, XI, 169 et _passim_; XII, 351.
Hraclite, XIII, 332.
Herbelot, X, 272.
Herbert de Cherbury (lord), IX, 115.
Hro, IX, 371.
Hrodote, IX, 168.
Hervey, XI, 355, 356 et _passim_.
Hesketh, XIII, 197.
Hester (lady), IX, 400 et _seqq._
Hey (le capitaine), XIII, 13.
Hinckly, XII, 402.
Hiron, IX, 220.
Hobbes, IX, 170; XII, 409.
Hobhouse (John Cam), IX, 212 et _passim_, 459; X, _passim_, 297; XI,
_passim_; XII, _passim_.
Hoby, XII, 103.
Hodge, XIII, 235.
Hodgson (Francis), IX, 257, 261 et _passim_; X, _passim_; XI, 233.
Hogg, X, 410 et _seqq._, 422 et _passim_.
Holderness (lady), IX, 74.
Holinshed, IX, 168.
Holland (docteur), IX, 339; X, 176; XI, 296.
Holland (lady), X, _passim_; XI, 113 et _passim_.
Holland (lord), IX, 287; X, 14, 49 et _passim_, 138; XI, 92 et _passim_.
_Hollande_, X, _passim_.
Holmes, XI, 272, 353; XII, 273 et _seqq._
Homre, IX, 439; X, 447, 465; XI, 8; XII, 143.
Honoria, XI, 427; XII, 39.
Hooke, IX, 168.
Hooker, IX, 171.
Hope, XI, 171.
Hope (Mrs.), XI, 95.
Hopkins, XIII, 296.
Hoppner, XI, 325 et _seqq._
Horace, IX, 87, 233, 234, 402, 428; X, 168, 320, 361; XII, 54, 143.
Horace Mann, XI, 356.
_Horestan-Castle_, IX, 19.
Horner, X, 226, 238; XI, 250, 269, 297.
Howard (Frdric), XI, 21.
Hubert (saint), X, 397.
Hudson Lowe, XI, 92.
Humbold, XII, 20.
Hume, IX, 168, 170, 232; X, 454.
Humphrey Davy, XII, 63, 71.
Humphrey Klinker, XII, 73.
Huns (les), XII, 160 et _passim_.
Hunt (Leigh), X, 133, 134, 136, 229, 426; XI, 41, 42, 54, 55 et
_passim_, 256; XIII, _passim_.
Hunter (John), IX, 32.
Hunter (P.), IX, 83, 88.
Huntingdon, XII, 118.
Huntingdon (lord), IX, 192.
Hutchinson, IX, 23.
Hutton, IX, 199.
_Hymette_, IX, 350; X, 18.
Hymne, XIII, 62.

I.

Ianth. _Voir_ Harley (lady Charlotte).
Ibrahim-Pacha, IX, 336.
_Ida_, mont de la Troade, IX, 43, 362.
Idra, XIII, 103.
_Ilissus_, IX, 362.
_Illyrie_, IX, 336, 362.
Inchbald (Mrs.), X, 245; XI, 342.
Indercauld XII, 440.
_Indostan_, IX, 170, et _seqq._
_Inverary_, IX, 201.
_Ipswich_, IX, 215.
_Irlande_, IX, 168 et _passim_; X, 4 et _pass._; XI, _pass._
_Islande_, IX, 174, 201.
Ismal, XI, 173.
Ismal, XIII, 36.
Israel Bertuccio, XII, 336.
Israeli (docteur), IX, 86, 421; X, 313, 454; XI, 17, 244.
_Istamboul_. Voir _Constantinople_.
_Italie_, IX, 170; X, _passim_; XI, _passim_, 201, 236.
_Iungfrau_, XI, _passim_, 127, 130, 246.
_Iungfrau_ (Suisse), XI, 323.
Ivanhoe, XII, 84.

J.

Jackson, IX, 250 et _passim_; X, 163, 211, 219, 312 et _passim_.
Jacobson, XII, 339.
Jambelli, XII, 7.
_Janina_, IX, 336 et _passim_; X, _passim_.
_Java_, X, 394, 395; XII, 205.
Jean, XII, 118.
Jean-Jacques, XII, 136.
Jeanne d'Arc, XII, 150.
Jeffrey, IX, 286; X, 3 et _seqq._, 121, 163, 167 et _passim_; XI, 23 et
_passim_; XII, 280.
Jhovah, XII, 444.
Jekyll, IX, 251 et _seqq._
Jrmie, X, 399.
Jerostati, XIII, 200, 235, 236 et _passim_.
Jersey (lady), X, 76 et _passim_; XI, 89, 187.
Jersey (lord), X, 88 et _pass._
Jrusalem, XII, 104.
_Joannina_. Voir _Janina_.
Job, X, 196, 404.
Jocelyn (lord), IX, 87.
Joe Manton, XII, 210.
John Russel, XI, 454.
John (saint), XI, 314.
John Bull, IX, 477; X, 181.
Johnny Keat, XII, 119.
Johnson, IX, 153, 170, 246, 308, 424, 477; X, 230, 322, 330, 369, 401;
XI, 27; XII, 21.
Johnson de Cheapside, XI, 204.
Johnston (J.), XI, 109, 110.
John Wilson, XII, 69.
Jonathan _ou_ Jonathas, IX, 191.
Jones (sir William), IX, 170.
Jones, rptiteur de Byron, IX, 216.
Jordan, X, 309.
Joseph, X, 271.
Josepha (dona), IX, 325.
Jossy, XIII, 52.
Josu Reynols, XII, 194.
Julia, XII, 110.
Juliette, XI, 182; XII, 233.
Junius, X, 209, 210.
Juvnal, X, 322, 363; XI, 9.

K.

Kaimes (Henri, lord), IX, 170.
Karrellas, XIII, 103 et _seqq._
Katinka, fille de Theodora Macri, IX, 351, 366.
Kay d'dimbourg, IX, 77.
Kean, X, 299, 300, 386, 387, 391 et _passim_; XI, 14, 16 et _passim_,
70, 438.
Keith (lady), X, 306 et _passim_.
Kelly (Fanny), XI, 29.
Kemble, X, 28, 299, 300, 335.
Kenilworth, XII, 281.
Kennedy, 139 et _passim_.
Kidd, IX, 313 et _passim_. _Voir_ surtout 318, 319.
Kien-Long, IX, 174.
Kinnaird (Douglas), X, 25, 129, 457, 462; XI, 16 et _passim_; XII, 103
et _passim_; XIII, 9 et _passim_.
Kiske White, XII, 355.
Kleist, XIII, 162.
Klopstock, IX, 87.
Knight (Galley), IX, 213; X, 261, 363.
Knolles, IX, 169, 421.
Knox, XIII, 131.
Korner, XIII, 162.
Kosciusko, XII, 225.
Kutoffski, XIII, 162.

L.

La Dame Blanche d'Avenel, XII, 156.
Lafontaine, XI, 397.
Laharpe, XII, 246.
Lalla Rook, XI, 302 et _passim_.
Lamb, IX, 286.
Lamb (lady Caroline), X, 55, 276, etc.
Lambert (Mrs.), IX, 69.
Lamech, XII, 118.
_Lancashire_, IX, 326.
Landerla (lord), X, 296.
Lanfranchi, XII, 431.
Langhorne, XII, 328.
Lansdowne (marquis de), X, 88, 138, 298 et _passim_; XI, 284.
_Larisse_, XIII, 225.
Larochefoucauld, X, 200, 232.
Lauderdale, IX, 231; X, 139.
Laure, X, 256; XI, 273.
Lavalette (Mme), XI, 110.
Lavallire, XII, 293.
Lavater, X, 316, 425.
Lavender, IX, 62, 230.
Lawrence, IX, 434; XII, 206.
_Layback_, XII, 198.
Leacroft, IX, 144.
Leake, IX, 338, 361, 424; X, 111.
_Landre_, IX, 361 et _passim_; XII, 263.
Leckie, X, 67 et _passim_.
Lee (Nathaniel), XI, 237.
Lega, XII, 197.
Leibnitz, X, 454.
Leicester (le colonel), XIII, 160.
Leicestershire, XII, 402.
Leigh (colonel), IX, 25 et _passim_; X, 477.
Leigh Hunt, XIII, 31 et _passim_.
Leigh (Mrs.) _Voir_ Augusta Byron.
Leila, X, 221.
Leinster (duc de), IX, 192.
Leland, IX, 168.
Leman, XII, 229.
Lonard de Vinci, XII, 183.
Leoni, XII, 69.
Lerici, XIII, 50.
Lewis (M. G.), X, 191, 193, 228 et _passim_, 242, 256; XI, 40, 91, 166,
263, 298, 306, 309; XII, 20.
Licenza, XI, 290.
_Lisboa_, IX, 487. Voir _Lisbonne_.
_Lisbonne_, IX, 293 et _passim_; XI, 268.
Liston, X, 42; XII, 6.
Little, IX, 146; XI, 396.
_Little-Hampton_, IX, 135.
Littleton (lords), pre et fils, IX, 222, 224.
Liverpool (lord), X, 147.
Livingstone (docteur), IX, 32.
_Loch-Leven_, IX, 58; XII, 123.
_Loch-na-Gar_, IX, 41 et _seqq._
Lockart, XII, 440.
Locke, IX, 109, 170, 231; X, 297, 454.
Lockhart, IX, 167.
Lodburg, IX, 174.
Londo (Andr), XIII, 207, 243.
Londonderry, XIII, 38.
_Londres_, IX, _passim_; X, _passim_; XI, _passim_.
Long (Edward), IX, 88, 114, 117 et _seqq._, 213.
Long (miss), X, 20.
_Longhborough_, IX, 215; X, 79.
Longman (MM.), IX, 443; XI, 31, 167, 190, 410.
Lope de Vega, XI, 263.
Louch, IX, 251.
Louis CVI, X, 389.
Louis XVIII, X, 374, 375.
Louvel, XII, 85.
Love, X, 149, 228, 258, 271.
Luc, XIII, 172.
Lucca Vega, XIII, 269.
Lucifer, XII, 388, 389, 444 et _seqq._
Lucine, X, 174; XI, 39.
Lucrce, pote, X, 149, 200, 365; XII, 113; XIII, 8.
Ludd, XI, 195, 196, 218.
Ludlow, XI, 119, 120.
Lusieri, IX, 402.
Lutzerode, XIII, 19.
Luxembourg (le marchal de), XII, 292.
Lysandre, XIII, 332.

M.

_Macdoine_, IX, 336.
Machiavel, X, 314; XI, 277; XII, 221.
Mackensie, IX, 153 et _seqq._, 171.
Mackintosh (sir James), X, 154, 170, 176, 181 et _passim_, 227, 256,
279; XI, 14, 79, 80 et _passim_.
Mac-Mahon, XIII, 52.
Mac-Millan, X, 110.
Macnamara, IX, 213.
Macpherson, IX, 246.
Madden, XIII, 354.
Madocks (John), X, 83.
_Madras_, IX, 260.
Mahmoud-Pacha, IX, 376.
Mahomet, IX, 174; X, 118, 205.
Maitland, XIII, 165.
Malachi, XI, 30, 31.
Mallet, X, 85.
_Malte_, IX, 333 et _passim_.
Manal, XI, 433.
Manfred, XI, 227 et _passim_.
Mansel (lord), IX, 220.
_Mansfield_, IX, 144, 255, 289.
Manton, IX, 423; X, 198.
_Mantoue_, XI, 270.
Manuel, XI, 306.
_Marathon_, IX, 360.
Marcien Colonne, XII, 248.
Marco Botzari, XIII, 135 et _passim_.
Mardyn (Mrs.), XI, 23.
_Marengo_, X, 377; XI, 182.
Margarita, XI, 351.
Margarita Cogni, XI, 369.
Maria Montanari, XII, 223.
Mariana, fille de Theodora Macri, IX, 351 et _seqq._, 366.
Marianna S***, XI, 186, 194, 211, 219, 222, 242, 248, 258, 362.
Marie ***, IX, 150; XII, 131.
Marino Faliero, XII, 60.
Mariscalchi, XII, 45.
Marlborough, IX, 170.
Marlow, XI, 323.
Marmontel, IX, 86, 170; XI, 193.
_Marseille_, IX, 419.
Marshall, XIII, 279.
Marta Blount, XII, 280.
Martial, X, 35.
Mary (lady), XI, 385.
Masaniello, IX, 170; XII, 219.
Mason, IX, 433.
Massna, IX, 477.
Mathieson, XI, 112.
Mathieu (saint), XI, 242.
Mathurin, XI, 33, 80, 114, 256, 259, 289.
_Matlock_, IX, 103 et _seqq._; X, 174.
Matthews (Arthur), IX, 454.
Matthews (Charles Kime), IX, 119, 211 et _seqq._, 288 et _seqq._, 452 et
_seqq._, et _passim_.
Matthews (John), esq de Belmont, IX, 454.
Maugiron, XII, 292.
Mauley, XI, 295.
Maupertuis, XII, 235.
Mavrocordato, IX, 421; XIII, 137 et _passim_.
Mawinan, XII, 378.
Mayer, XI, 175.
May-Gray (miss), IX, 31, 54, 63, 76 et _seqq._
Mde, XI, 395.
Mdora, XII, 339.
Medwin, XII, 433; XIII, 42.
_Mgare_, IX, 391.
Melbourne (lady), X, 198, 216 et _passim_; XII, 20.
Melbourne (lord), X, 276; XI, 352.
_Melite_. Voir _Malte_.
Melpomne, X, 421.
Mendehlson, XII, 298.
Mengaldo, XI, 416; XII, 264.
Mphistophls, XII, 435.
Mercati, XIII, 241.
Mrivale, IX, 409; X, 276, 290, 304 et _passim_.
Mtastase, X, 187.
Metaxata, XIII, 137.
Mzerai, IX, 168.
Mezzophanti, XIII, 335.
Michalson, IX, 254.
Michel, XIII, 30.
Michel (saint), X, 181.
Michel-Ange, XI, 277 et _passim_.
_Middleton_, X, 88 et _passim_.
Mignot, IX, 421.
_Milan_, XI, 171 et _passim_, 181.
Milbanke (lady), X, 438; XI, 12, 18, 55, 56, 406.
Milbanke (miss Annabella). _Voir_ Lady Byron.
Milbanke (sir Ralph), X, 435 et _passim_; XI, 22, 56.
Mildmay, XIII, 80.
Miller, IX, 443; X, 18.
Millinger, XIII, 149.
Milnes (Bob), X, 138.
Milness, IX, 213.
Milon, X, 320.
Milton, IX, 86, 180, 231, 234, 436; X, 38, 162, 455; XI, 101; XII, 149
et _passim_.
Minerve Sunias, IX, 351.
Mirabeau, X, 139, 214, 401.
Mirza, XI, 437.
Missiaglia (Gioe Bata), XI, 354.
_Missolonghi_, IX, 334 et _passim_; XII, 171; XIII, 107.
Mitchell, X, 136.
Mitford, IX, 168; XII, 206.
Moira (lord), X, 77.
Mose de Chorne, XI, 257.
Mokanna, XII, 461.
Moncade (marquis de), XI, 329.
Montague, XI, 330, 389; XII, 312.
Montague (lady Wortley), IX, 377, 421.
_Mont-Blanc_, XI, 115, 120 et _passim_.
Montesquieu, IX, 170.
Monti, X, 301; XI, 173, 176, 180, 262.
_Mont-Palatin_, XI, 285.
_Mont-Rose_, XI, 132.
Montrose, XII, 48.
Monzoni, XII, 82.
Moore (docteur), XI, 230.
Moore (Mrs.), X, 398, 421, 478; XI, 22.
Moore (Olivia Byron), X, 477.
Moore (Peter), XI, 16, 36.
Moore (Thomas), IX, 118 et _passim_; X, 6 et, _passim_, 208, 217; XI,
_passim_; XII, 5, 11 et _seqq._, 146 et _passim_. _Voir_ Little.
_Morat_, XI, 134, 211; XII, 196.
_More_, IX, 336 et _passim_; XI, 244.
Morri, X, 375, 376, 378.
Morgan (lady), IX, 87; XII, 103 et _passim_.
Morland, XI, 310, 328.
Morosini, X, 307.
Morti, XI, 415.
Mosheim, XI, 257.
Mossi, XI, 345.
Mosti, XII, 113.
Muir, XIII, 158.
Mule (Mrs.), X, 303.
Muley-Moloch, XII, 162.
Muller, XI, 112; XII, 202.
Muller (Adolphe), XII, 202.
Mulock, XII, 49.
Mungo-Park, IX, 170; XI, 29; XII, 20.
Murat (Joachim), XI, 41.
Muratori, XI, 227.
Murillo, XI, 274.
Murray (Joe), domestique de Byron, IX, 52, 261, 262, 329, 359, 371, 360,
426, 458.
Murray (John), libraire, IX, _passim_, 414, 444; X, _passim_; XI,
_passim_.
Muster (John), IX, 108.

N.

Napier, XIII, 129, 163 et _passim_.
_Naples_, XI, 249, 268.
_Napoli_, IX, 395.
Navagero, XII, 99.
_Naxos_, X, 143.
Negri, XIII, 103.
Neifperg, XI, 449.
_Neufchtel_ en Suisse, XI, 135.
_Newark_, IX, 137 et _passim_; X, 340 et _passim_.
_Newstead-Abbey_, IX, 289 et _passim_; X, _passim_; XI, _passim_.
_Newsteadt_, IX, 21 et _passim_; X, 21 et _passim_.
Newton, IX, 170; X, 454.
_Nicopolis_, IX, 339.
Nisus, IX, 191.
Nol (Edward), IX, 117.
Nol (lady), _Voir_ Lady Milbanke.
_Noire_ (mer), IX, 372 et _passim_.
Norberg, IX, 169.
Norfolk (duc de), X, 77; XI, 360.
Normann, XIII, 280.
_Norwge_, IX, 174.
Nota Botzari.
_Nottingham_, IX, 62 et _passim_.
Numne, XIII, 343.

O.

Oakes, IX, 333.
Odry, X, 43.
O'Higgins, XI, 34.
Olympia, XII, 112.
Opie (miss), XI, 341.
Oreste, IX, 191.
Orme, IX, 170.
Orphe, XII, 315.
Orrery, X, 452.
Ossian, X, 246.
Ostasio degli Onesti, XII, 239.
Otway, IX, 466; X, 98; XI, 189, 258.
_Ouessant_, IX, 443.
Overreach, XI, 438.
Ovide, X, 279.
Oxford (lord), X, 108 et _passim_; XIII, 14.
_Oxford_, IX, 115 et _passim_. _Voir_ surtout 231, 233; X, 47.

P.

Paley, IX, 170.
Palmerston, XII, 101.
Pamla, XII, 181.
Pancras Church, XIII, 285.
Pandore, XI, 258.
Panthon, XI, 285.
_Parga_, IX; 345.
Parker (miss Augusta), IX, 74.
Parker (miss Marguerite), IX, 73 et _seqq._
Parker (sir P.), X, 437.
Parkins (miss Fanny), X, 421.
_Parnasse_, IX, 43, 346 et _passim_.
Parruca, XIII, 233 et _seqq._
Parry, XII, 255; XIII, 198 et _passim_.
Parsons, XI, 290.
_Parthnon_, IX, 357.
Partridge, XI, 232.
Pascal (le pre), XI, 334.
Paterson, matre de Byron, IX, 37.
_Patras_, IX, 334 et _passim_; XIII, 132.
Paul (saint), IX, 229; XI, 257, 282.
Paulo Purgante, XI, 440; XII, 21.
Pausanias, XII, 88.
Payne Knight, IX, 241.
Peachey, XIII, 17.
Peel (William), IX, 123.
Pell, IX, 84, 91, 92; X, 138; XI, 92, 441.
Pellegrino, XI, 481.
Pellew (sir Edward), X, 158.
Pnlope, XII, 155.
Penn, X, 214.
Penruddock, IX, 143.
Perceval, X, 82.
Percy, XI, 303.
Perry, X, 104 et _passim_; XI, 21 et _passim_, 238, 239.
_Perse_, IX, 174, 314.
_Perspolis_, IX, 314.
Peter-Bell, XII, 104.
_Ptersbourg_, X, 165.
Ptrarque, IX, 431; X, 256, 446, 451, 452; XI, 91, 273; XII, 144; XIII;
299 et _passim_.
Petrotini, XI, 311.
Phannio, X, 221, 227.
_Phil_, IX, 348.
Phillips, X, 274 et _passim_, 408.
Philopmen, XIII, 147.
Pia (la), XII, 224.
Pierce Plowman, IX, 175.
Pierrepoint, XIII, 80.
Pierre (saint), XI, 282.
Pierre (Tzar), IX, 169.
Pietro Perugino, XII, 417.
Pigot (John), IX, 128 et _passim_.
Pigot de Southwell, XII, 399.
Pigot (miss lisabeth), IX, 130 et _passim_.
Pigot (Mrs.), IX, 158 et _passim_.
Pindemonte, XI, 290, 296.
Pinkerton, IX, 170.
Piozzi, XI, 290.
_Pise_, XI, _passim_, 236.
Pitt (William), IX, 65, 435; X, 138, 141.
Platon, X, 444.
Plaute, XII, 143.
Plutarque, IX, 168; X, 360.
Polidori (John William), XI, 98 et _passim_, 143 et _seqq._, 174, 223,
269, 274, 295.
Politien, IX, 180.
Polonius, XII, 83.
Pompea, XII, 171.
_Pont des Soupirs_, XI, 298.
Pope, IX, 172, 218, 234, 262, 265, 293, 308, 436, 439; X, 58, 113, 117,
323, 443, 444, 447; XI, 75, 101, 251, 279, 320, 356; XII, 144 et
_passim_.
Porson, IX, 454; X, 253.
Porteus, IX, 171.
Portman, X, 101.
Portsmouth (comte de), X, 306, 307.
Portsmouth (Marie-Anne, comtesse de), X, 306, 308.
_Portugal_, IX, 169 et _passim_; X, _passim_.
Pote, X, 20.
Potier, X, 42.
Potter, IX, 168.
Powell, IX, 271.
Power, X, 405, 480.
Powerscourt (lord), IX, 123, 239; XII, 398.
Pratt, IX, 284, 428, 440, 441, 469.
Prault, X, 66.
Prepiani, XI, 272.
_Prvsa_, IX, 334 et _seqq._; XIII, 218.
Priam, IX, 270.
Price, IX, 213.
Prideaux, XII, 101.
Priestley, XIII, 330.
Le Prince de Ligne, XIII, 314.
Prior, XI, 396.
Promthe, XI, 324; XII, 279.
_Prusse_, IX, 169.
Pryce Gorgon (L.), XI, 104, 105.
Pulci, XII, 37.
Pulteney, X, 66.
Purling, IX, 258.
Putiphar, X, 271.
Pye, X, 85.
Pylade, IX, 191.
Pym, X, 229.
_Pyre_, IX, 357; X, 119.
Puysgur, X, 201.
Pythagore, XI, 217.

Q.

Quevedo Redivivus, XII, 404.
Quintilien, IX, 171.

R.

Rabelais, IX, 171.
Racca, XI, 112.
Rae, XI, 23, 24, 36.
Raiesford, IX, 87.
Raphal, XI, 277, 281; XII, 274.
Rapin, IX, 168.
_Ravenne_, XI, 427 et _passim_.
Ravenswood, XII, 48.
Rcamier (Mme), X, 304.
Regnard, XII, 211.
_Reichenbach_ (chute de) en Suisse, XI, 132.
Reinagle, XI, 106.
Reynolds, X, 301, 343.
Rhodes, IX, 213.
Rice, IX, 87.
Richard III, X, 343.
Richardson, IX, 171; XII, 182.
Riddel (lady), IX, 100.
Ridge, IX, 132, 137 et _passim_; X, 342; XI, 206.
Ripperda, X, 205.
Rivington, XII, 441.
Robertson, IX, 179; XII, 131.
Robinson Cruso, XI, 172.
_Rochdale_, IX, 19 et _passim_; X, _passim_; XII, 215.
Rock (capitaine), X, 186.
Roderick Random, XII, 21.
Rogers, professeur de Byron, IX, 62 et _seqq._
Rogers (Samuel), IX, 270; X, 9 et _passim_, 207, 217; XI, 11 et
_passim_; XII, 142 et _passim_, 414.
Rollin, IX, 168.
_Rome_, IX, 168; X, 214; XI, _passim_, 249.
Romo, XI, 198; XII, 233.
Romilly (S.), X, 226.
Rosa Maltida, IX, 287.
Roscoe, X, 140; XII, 189.
Rose (mister), XI, 315; XII, 17, 46.
Ross, matre de Byron, IX, 37.
Rossi, XII, 183.
Rossoe, X, 100.
Rouffigny (l'abb de), IX, 114.
Rousseau (J.-J.), IX, 170 et _seqq._, 255 et _seqq._; X, 187, 360; XI,
108, 121, 266, 267.
Rowcroft, XIII, 19.
Rowe, XII, 290.
Rubens, XI, 274.
Ruppsecht, XII, 80.
Rush, XII, 403.
Rushton (Mrs.), IX, 312, 330.
Rushton (Robert), IX, 310 et _seqq._, 330, 359, 371, 380, 448, 449, 458;
X, 43 et _seqq._; XI, 98.
Russell (lord John), IX, 99; X, 226.
Russi, XII, 233.
_Russie_, IX, 169, 312.
Ry (lady), X, 226.
Rycaut (sir Paul), IX, 169, 421.

S.

Sadi, IX, 174.
Saint-Alban, X, 33.
Saint-Aubyn, XI, 211.
Saint-Just, X, 214.
Saint-Pierre (la basilique), XII, 457.
_Salamanque_, X, 101.
_Salamine_, IX, 357.
Salluste, IX, 168, XII, 185.
Salomon, X, 271, 352; XI, 200.
_Salona_, IX, 341, 423; XIII, 250.
Salvo (marquis de), IX, 331.
Sane, XI, 304; XII, 85.
Sanders, IX, 379 et _passim_; X, 108, 116.
Sandi, XII, 99.
Santa Chiara, XII, 264.
Sanuto, XII, 99.
Sapho, XII, 143.
_Sardaigne_, IX, 329.
Sardanapale, XII, 202.
Sarkis Thodosien, XI, 293.
Satan, X, 181.
Savage, XI, 360.
Scaliger, XI, 183.
Scalza, XIII, 277.
_Scamandre_, IX; 362.
Scapin, XIII, 91.
Schiller, IX, 169; X, 301; XI, 259.
Schlegel, XI, 112; XII, 127.
Schwartzenberg, X, 304.
Scio, XIII, 132.
Scott (Alexandre), d'Aberdeen, IX, 56; XII, 264.
Scott (John), X, 136.
Scott (Walter), IX, 170, 337, 397, 414, 435; X, 86, 89, 162 et _passim_,
197, 217, 311, 381; XI, 3 et _passim_, 234, 256, 311, 320; XIII, 11 et
_passim_.
Scrope, XI, 353.
Scrub, X, 244.
Sbastiani, XI, 47.
Smiramis, XI, 14.
Snque, XII, 206.
_Sestos_, IX, 360 et _passim_.
_Sville_, IX, 322 et _passim_, 378; XI, 171.
Shakspeare, IX, 234; X, _passim_, 449, 456, 457; XI, 178, 189, 397; XII,
144 et _passim_.
Sharpe (Richard), X, 211, 215 et _passim_; XI, 11, 166, 261; XII, 195.
Sheers, XIII, 198.
Sheldrake, IX, 66.
Shelley, XI, 114, 136 et _seqq._, 367; XII, 20, 434 et _passim_; XIII,
34, 38.
Shelley (Mrs.), XI, 136 et _passim_, 152.
Shenstone, X, 422.
Sheppard, XII, 426.
Sherard, IX, 204.
Sheridan, IX, 171, 397; X, 55, 127 et _seqq._, 139 et _passim_, 195,
251, 308; XI, 38, 39 et _passim_, 65, 247, 260 et _passim_; XII, 20,
410.
Shridan (l'auteur), XII, 159.
_Shiraz_, IX, 174; X, 470.
Shuffleton, XII, 79.
Shylock, XI, 259.
_Sicile_, IX, 360; X, _passim_.
Siddons, XII, 209.
Siddons (Mrs.), IX, 25; XI, 4.
_Simplon_ (_le_), XI, 170 et _passim_.
Sinclair (George), fils de sir John, IX, 85.
_Sion_, IX, 324.
Sismondi, X, 187, 314 et _passim_; XII, 99.
Sisseni, XIII, 232.
Sligo (lord), IX, 388 et _passim_; X, 118 et _passim_.
Smart, XII, 298.
Smelfungus, XII, 297.
Smith, X, 113.
Smith (Henri), IX, 220.
Smith (miss), depuis Mrs. Oscar Byrne, XI, 35, 36, 40.
Smollet, IX, 168, 171, 262, 421; XI, 396; XII, 21, 73.
_Smyrne_, IX, 357 et _passim_.
Smythe, IX, 269.
Socrate, IX, 229; XII, 216.
Soleyman de Thbes, X, III.
Sommerset (duchesse de), XI, 113.
Sophocle, X, 219; XII, 143.
Sotheby, X, 366; XI, 23 et _passim_.
_Souli_, IX, 340.
Southcote (Johanna), X, 423, 425.
Southey, IX, 170, 241, 436; X, 85, 177, 207, 217, 422, 463, 465; XI,
245, 320; XII, 149.
_Southwell_, IX, 114 et _pass._
Spence, XII, 180.
Spencer (lady), X, 81.
Spencer (le pote), XI, 316.
Spenser, IX, 429, 435; XII, 144.
Spenser Smith (Mrs.), IX, 330 et _seqq._
Spenser (W.), XI, 91, 95.
Spinelli Ruspini, XII, 242.
Spins, IX, 172.
Spolette, XI, 290.
Sporus, XII, 148.
Sprat, X, 123.
Square, XII, 100.
Squire Sullen, XII, 241.
Stal (Mme de), IX, 256; X, 129, 149, 153, 163, 167, 169, 181, 191, 201,
227, 235 et _seqq._, 244, 246 et _seqq._, 256, 305, 331; XI, 91, 93,
111, 119, 156, 157, 179, 189, 259, 263, 311; XII, 137; XIII, 56, 71, 80,
87.
Stafford (marquise de), X, 246.
Stanhope (L.), IX, 370.
Stanhope (le colonel), XIII, 143 et _passim_.
Steele, XI, 67; XII, 294.
Stella, XII, 292.
Sterling, XIII, 125.
Sterne, IX, 171; X, 231, 445.
Sternhold, XII, 420; XIII, 297.
Steven, X; 33, 394.
Stevens, XIII, 187.
Stevenson (sir John), XI, 20.
Stothard, XI, 15.
Stoven (Frdric), XIII, 282.
Stowe, XII, 304.
Strabon, IX, 170.
Strafford-Canning, X, 378, 423.
Strafford (miss), XII, 293.
Strane, IX, 341, 342, 390 et _seqq._
Strangford (lord), IX, 146.
Sturgeon, XIII, 198.
_Sude_, IX, 169.
_Suisse_, IX, 169; XI, _passim_.
_Sunium_. Voir _Cap Coloure_.
Suzanne C***, X, 70.
Sukias Somalien, XI, 293.
Swift, IX, 234, 293, 308, 424, 431, 436; X, 66, 130, 452, 466; XII, 128.
Sydney, XII, 323.
Sydney Osborne, XIII, 107.
Sydney (sir Philippe), X, 109.
Sylla, IX, 442; X, 214, 321, 371.
_Symplgades_, IX, 372.
Syricci, XII, 46.

T.

Taaf, XII, 42.
Tacite, IX, 168; X, 277.
_Tage_, IX, 321 et _passim_, 370.
Talleyrand (Mme), XI, 349.
_Tamise_, IX, 201.
Tasse (le), IX, 87; X, 219; XI, 270; XII, 144.
Tassoni, XII, 167.
Tatersall, IX, 88, 236, 237, 494; XII, 399.
Tavernier, XI, 135.
Tavistock (marquis de), IX, 192; X, 129.
Taylor, XI, 26.
_Tebelen_, IX, 335 et _seqq._
Teignmouth, IX, 170.
Tkli, IX, 170.
Tem, IX, 114.
Trence, XII, 143.
Terni, XI, 290.
_Thbes_, IX, 348.
Thmistocle, XII, 238.
Thocrite, XII, 143.
Theodora Macri, IX, 351.
Thodore, XII, 39.
Thophile, XIII, 343.
Theresa, fille de Theodora Macri, IX, 353, 366; X, 227.
Thersandre, XIII, 162.
Thse, IX, 357.
Theulow, X, 78.
Thibault, IX, 169.
Thistlewood, XI, 85.
Thomas d'Ercildoune, IX, 175; X, 177.
Thomas Hall, XIII, 37.
Thomson, IX, 234; X, 95; XII, 149.
Thorwaldsen, XII, 341; XIII, 4.
_Thoun_, en Suisse, XI, 126, 127 et _passim_.
Thucydide, IX, 168; XII, 221.
Thurlow, X, 218; XI, 304.
Thwacum, XII, 100.
Thyrza, IX, 493.
Tibre, XII, 220.
Tierney, X, 247; XIII, 79.
Tillotson, IX, 171.
Timon, XIII, 296.
Timourlam, XII, 167; XIII, 14.
Tindal, IX, 168; XIII, 149.
Tiraboschi, XII, 227.
Tita, XII, 163.
Tite-Live, IX, 168; X, 124; XI, 207.
Titien, XI, 272, 273, 277.
Toderini, X, 173.
_Tomarit_, mont, IX, 360.
Tom Jones, XII, 21.
Tonson, X, 117.
Tony Lumpkin, XI, 439.
Tooke, IX, 169.
Toote (miss), X, 391.
Torwalzen, XI, 292.
Tott (de), IX, 421.
Townsend, IX, 475.
Travis, XI, 332.
Trelawney, XIII, 41, 117 et _passim_.
Trevanion (miss), IX, 274.
_Trieste_, IX, 331.
_Tripolitza_, IX, 391 et _passim_; XIII, 109 et _passim_.
Tristram Fickle, IX, 143.
_Troade_, IX, 359, 362; X, 112.
_Troie_, IX, 362.
Tucker, IX, 409.
Turgesius, XI, 31.
Turner, XII, 261 et _seqq._
_Turquie_, IX, 169 et _passim_; X, _passim_; XI, 171.
Tyane, XII, 329.
Tyrte, IX, 263.

U.

Ugolin, XII, 224.
Ulysse, X, 464.
Ulysse (le prince), XIII, 244.
Upton, XI, 37.
Usher, XI, 257.
_Utraikey_, IX, 344.

V.

Vacca, XI, 224, 236.
Valentia, XI, 92.
Valpy, XII, 368.
Valter Porter, XI, 299.
Vampire (le), XI, 405.
Vanbrugh, X, 309; XII, 294.
Vanessa, XII, 292.
Vathek, X, 272.
Vathi, XIII, 131.
Vatican, XI, 285.
Vatkins, XIII, 35.
Velasquez, XI, 274.
Vellum, XIII, 36.
Vely-Pacha, IX, 336, 394 et _passim_; X, 192.
Vnzuela, XII, 11.
_Venise_, XI, _passim_, 186 et _seqq._
_Vrone_, XI, _passim_, 177, 178, 182.
Vertot, IX, 169.
Vestris, XII, 187.
_Vsuve_, XI, 287.
Vincenzo (G.), XII, 194.
Virgile, IX, 62, 63, 87, 233, 436; X, 190; XII, 143.
Voltaire, IX, 168, 169, 228; X, 66, 370; XI, 60; XII, 73, 85, 128.
Vondel, IX, 496.
_Vortitza_, IX, 346, 347.

X.

Xnophon, IX, 168.
Xinon, XIII, 343.

Y.

Yorick, XII, 154.
York (duc d'), IX, 202, 278.
Young, IX, 127, 309; X, 63, 445.
Yussuf-Pacha, XIII, 202.

Z.

Zadig, IX, 229.
_Za_, IX, 387.
Znon, IX, 229.
_Zitza_, IX, 332, 336, 349.
Zograffo (Dmtrius), IX, 458.
Zuleka, X, 271 et _passim_.
_Zuyderse_, X, 205.

W.

Waite, X, 300; XII, 157.
Waller, XII, 144.
Walpole, X, 97.
Walpole (H.), XI, 341.
Walsh, IX, 217.
Warburton, XII, 290.
Ward, X, 109, 183, 209 et _passim_; XI, 92.
Warren (sir John), IX, 52.
Warton, IX, 231; XII, 141, 291.
Warwick (comte de), X, 197.
Washington, X, 214, 377, 378.
Waterhouse, XII, 334.
_Waterloo_, XI, 22, 93, 104, 105, 109.
Wathen, IX, 120.
Watson, IX, 259.
_Wattier-Club_, X, 33, 393; XI, 37, 91.
Way, X, 68.
Webb, XIII, 119, 184.
Wellesley (lord), X, 78.
Wellington, XI, 22, 37; XII, 159; XIII, 32.
_Wengen_, montagne de Suisse, XI, 129, 130 et _passim_, 246.
Wentworth (lord), X, 438, 480; XI, 12, 18, 22.
Werner, XII, 407; XIII, 3 et _passim_.
Werther, XII, 126.
West, XIII, 27.
Westall, X, 115, 116.
Westmoreland (lady), IX, 329.
Whistlecraft, XI, 322; XII, 41.
Whitbread, X, 127 et _seqq._, 138, 402; XI, 16, 20, 21.
White (Harry) IX, 469, 475.
Wieland, IX, 264; XII, 202.
Wilberforce, X, 139; XI, 39; XIII, 52, 238.
Wilbraham, IX, 311.
Wildman, IX, 93, 109 et _seqq._, 114.
Wilkes, XII, 292.
Williams, XIII, 34.
Williams (H. W.), IX, 356.
Williams (Mrs.), IX, 78.
Windham, X, 138, 216.
_Windsor_, IX, 100; XII, 304.
Wingfield, IX, 88, 238, 239, 452, 475.
Winifred Jenkins, XI, 308.
Winifred (Mrs.), X, 418.
Witt, XIII, 38.
Wittington, XI, 424.
Wood (docteur Alexander), XI, 4.
Woodhouselee (lord), IX, 154.
Woolridge (docteur), X, 457.
Wordsworth, IX, 198, 286; X, 217, 422, 425; XI, 143, 245, 320.
_Worthing_, IX, 133 et _seqq._
Wrangham, X, 400; XII, 328.
Wright, XIII, 187.
Wych, XII, 181.
Wycherley, XII, 290.
_Wye_, rivire, X, 100, 101.


FIN.
















End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres compltes de lord Byron, Tome.
13, by George Gordon Byron

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE LORD BYRON ***

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