Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3254, 8 Juillet 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3254, 8 Juillet 1905

Author: Various

Release Date: March 1, 2011 [EBook #35446]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3254, 8 JUILLET 1905 ***




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L'Illustration, No. 3254, 8 Juillet 1905

CE NUMRO CONTIENT Quatre pages supplmentaires SUR LA COUPE
GORDON-BENNETT.



[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]



[Illustration: _Ce numro contient quatre pages supplmentaires sur la_
COUPE GORDON-BENNETT.
L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: 75 Centimes._
SAMEDI 8 JUILLET 1905
63e Anne--N 3254]

[Illustration: ELISE RECLUS
Auteur de la "Gographie universelle" et de "l'Homme et la Terre", mort
le 4 juillet.
_Photographie P. Kadar.--Voir l'article, page 32._]

A la premire nouvelle des graves vnements d'Odessa, un envoy spcial
de _L'Illustration_, M. Gustave Babin, est parti pour cette ville o il
est arriv lundi aprs soixante-douze heures conscutives de chemin de
fer. Outre les photographies qu'il pourra prendre lui-mme, il nous
enverra, par les voies les plus rapides et les plus sres, de nombreux
documents graphiques (clichs et croquis) prpars et runis pour
L'Illustration aux heures mmes o le Kniaz-Potemkine menaait la ville,
mais qui n'avaient pu encore nous parvenir.

Notre prochain numro contiendra les premiers envois de M. Gustave
Babin, qui se rendra, en quittant Odessa, dans les autres rgions les
plus troubles de la Russie.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Hier, en sortant du muse de Cluny o j'tais alle faire mon plerinage
hebdomadaire d'amoureuse de vieilles reliures et de vieux bijoux, j'ai
gagn la rue Saint-Jacques et suis descendue de l vers la rue
Dante,--incurable badaude que je suis! Au milieu de cette rue s'lve
une maison neuve, qui n'est point habite encore et dont la porte
d'entre, surmonte d'paisses cariatides, s'encadre de deux rideaux de
tle derrire lesquels il y a deux boutiques  louer. Les journaux nous
ont appris qu'un des appartements de cet immeuble venait d'tre lou par
M. le prsident de la Rpublique et que c'est l, entre deux talages de
petits marchands, qu'au mois de fvrier prochain M. Loubet viendra
goter la joie d'tre redevenu simple citoyen--de n'avoir plus ni ftes
 prsider, ni rois  recevoir, ni ministres  choisir... ou 
congdier.

Et nous tions bien, devant cette faade blanche, une cinquantaine de
curieux attroups, qui regardions. Des gens entraient, sortaient,
posaient des questions  un concierge visiblement exaspr. Dans la
matine, une voiture de Cook, charge de touristes, tait venue
s'arrter devant la maison (c'est une voisine qui m'a cont cela); et
voil un immeuble qui aura eu l'exceptionnelle fortune d'tre
historique avant mme qu'aucun locataire y ait mis le pied.

Les vrais Parisiens (ils sont rares) sauront gr  M. Loubet d'un choix
o s'attestent  la fois l'extrme simplicit de ses gots et un certain
amour de Paris qu'on ne lui connaissait pas; car, si ce coin de notre
rive gauche est tout  fait dnu d'lgance, il en est aussi l'un des
plus intressants et des plus pittoresques morceaux. Log prs de la
Seine,  quelques pas de l'antique Cit, M. Loubet pourra consacrer les
loisirs de ses matines  d'amusantes flneries parmi des ruelles o
s'voque l'histoire d'un Paris trs dmod, trs oubli et que les
habitants du quartier de l'Elyse ne connaissent gure. C'est la rue
Galande; c'est la rue du Fouarre; c'est, borne par les masures
lamentables de l'ancien Htel-Dieu, la rue Saint-Julien-le-Pauvre, avec
sa petite glise o, depuis huit cents ans, des Parisiens ont pri;
c'est la rue de la Bcherie, de la Huchette, de la Parcheminerie...
Aussi, l'on s'tonne; et j'entends autour de moi des rflexions
gentilles. Il est vident que l'on ne s'attendait point  ce que M.
Loubet fixt son domicile de demain  une distance si grande des
quartiers o ses amis d'aujourd'hui rsident de prfrence,--et qu'on en
est flatt. C'est un homme qui n'est pas fier. Voil ce qui plat.

Aussi bien cette qualit-l, chez un chef d'tat, semble-t-elle la plus
rare de toutes. Et l'opinion populaire ne s'y trompe point. Il lui est
tout  fait indiffrent que le nomm Cincinnatus, consul et dictateur,
ait--il y a vingt-trois sicles--rtabli l'ordre dans Rome, sauv
l'arme, conquis des territoires et ras la maison d'un certain Spurius
Malius qui se mlait d'aspirer  la royaut. La seule chose qui
intresse la foule et qu'elle veuille retenir de cette histoire, c'est
que Cincinnatus fut un homme puissant qui, sa tche finie, ne redouta
point la pauvret et laboura son champ lui-mme. Ce petit trait n'a
l'air de rien; cependant, il a contribu bien plus  la gloire de
Cincinnatus qu'un demi-sicle de services clatants rendus  l'tat.

Il se pourrait que la mme fortune ft rserve  M. Loubet et que, bien
longtemps aprs que les coliers de France auront oubli ce que fut ce
septennat,  quels vnements historiques le nom de M. Loubet
s'associe et quels rois firent visite  ce rpublicain, ce seul souvenir
demeure: M. Loubet fut un prsident de Rpublique (1899-1906) qui, son
mandat tant expir, quitta l'Elyse pour aller habiter, dans une petite
maison de la rue Dante possde par un ngociant en vins, un appartement
dont le loyer n'excdait pas cinq mille cinq cents francs.


En attendant, de toutes les parties du monde, les visiteurs de marque
continuent d'affluer, souriants et cordiaux, vers l'Elyse. Ce seront,
la semaine prochaine, les marins anglais; ce sont, cette semaine, les
marins d'Amrique,--les compatriotes de cet amiral Jones dont on vient
chez nous, trs solennellement, qurir la dpouille.

Je vois qu'on a beaucoup discut sur l'authenticit de cette dpouille
et qu'il n'est pas tout  fait sr que ce soient les restes de l'amiral
Jones qu'emportent chez eux les Amricains. Mais ils affirment, eux,
qu'il n'y a point d'erreur, et je trouve infiniment noble l'empressement
de ces hommes  vouloir honorer un mort dont il ne semble pas que
l'identit soit irrprochablement tablie.

Les Franais, les Anglais, les Allemands, se fussent montrs, je crois,
dans une circonstance pareille, plus difficiles  satisfaire. Les
Amricains sont, eux, un peuple jeune et dont l'histoire ne remonte pas
trs loin dans l'infini des temps. Les Amricains n'ont ni vieux
monuments ni vieux livres; les Amricains manquent d'anctres... De l
un penchant trs excusable  ne point examiner de trop prs les pices
du mort qu'on leur prsente. Est-ce bien lui? Peut-tre... mais il
n'importe. L'essentiel et l'urgent, c'est d'offrir  la pit populaire
des monuments  saluer.

Et comme cela est significatif! Nous nous tions habitus  considrer
ce peuple amricain comme uniquement avide de bien-tre; nous pensions
qu'il n'avait d'autre orgueil que celui d'tre riche et fort; et
longtemps il n'eut, en effet, que cet orgueil-l. Un autre lui vient:
celui de se composer une belle histoire et d'orner son pass. Il a
d'normes usines, de vastes banques et des bibliothques somptueuses; et
il souffre de n'avoir pas assez de glorieuses spultures o s'inscrivent
des dates un peu vieilles. Il y a un an, le pote Mistral avait fait
remettre, au prsident Roosevelt, un exemplaire de sa _Mireille_ en
provenal et je me souviens d'avoir lu dans les journaux la traduction
d'une jolie et trs touchante lettre qu' cette occasion le prsident
fit remettre au pote. Il avouait, le prsident--un peu
mlancoliquement, me sembla-t-il--que les _trusts_ ne sont pas l'unique
moyen qu'aient dcouvert les hommes d'tre forts et qu'il y a d'autres
joies dans la vie que celles de bien fabriquer et de bien vendre...

Ne dnigrons donc point notre idalisme; il fait des jaloux parmi ceux
dont nous sommes jaloux; et saluons trs bas les braves gens qui ont
fait huit jours de mer pour venir chercher  Paris un vieux cercueil o
il est _probable_ que gt la dpouille d'un de leurs grands hommes. Il y
a l l'indice d'un sentiment neuf que les Yankees d'il y a cinquante ans
ne connaissaient pas.

Mais ne mprisons pas trop non plus les joies que donne l'argent, ni
surtout les dlicieux rves que suscite en nous la possibilit de
conqurir la fortune tout d'un coup!

Cette Loterie de la Presse a mis, autour de moi, toutes les ttes 
l'envers. Trois lots d'un millions! Que feriez-vous si vous gagniez un
million demain? Et l'on discute, on fait ses comptes. Les moins
gourmands dclarent qu'un lot de cent mille francs les contenterait.
Cent mille francs? dit ma modiste; j'en demande la moiti pour tre
heureuse. On se promet des cadeaux les uns aux autres; on btit mille
projets purils et charmants. Et cela dj est un bonheur qui vaut bien
la pice d'or dont on l'aura pay.

Car, si gagner  la loterie est une joie, c'en est une aussi, mme si
l'on n'y gagne rien, de penser que, peut-tre, on y gagnera quelque
chose; c'est une joie, en somme, et trs relle, que d'_esprer_; que de
vivre un mois ou deux dans l'attente du coup de hasard qui vous fera
riche. Certains philosophes trouvent immoral cet espoir-l. En quoi
l'est-il?

J'ai connu un homme de lettres trs illustre (mort aujourd'hui) qui
tait joueur. Il m'avouait un jour sa passion. Et, comme elle lui avait
cot trs cher, cette passion-l, je lui demandais:

--Ne vous corrigerez-vous jamais?

Il sourit:

--Non, dit-il; car, pour celui qu'amusent vraiment les caprices du
hasard, il y a, au jeu, deux motions et, par consquent, deux joies: la
premire, c'est de gagner; la seconde, c'est de perdre.

Je crois que, tout de mme, celui-l exagrait.

SONIA.



NOTES ET IMPRESSIONS

Rien ne marque tant le jugement solide d'un homme que de savoir choisir
entre les grands inconvnients.
                                                         CARDINAL DE RETZ.

                                *
                               * *

Notre trange Paris, dans ses populations et ses aspects, est comme une
carte d'chantillons du monde.
                                                          ALPHONSE DAUDET.

                                *
                               * *

Un homme un peu malin devient plus facilement ministre que chef de
bureau.
                                                        GUY DE MAUPASSANT.

                                *
                               * *

Les dclasss deviennent si nombreux qu'ils commencent  former une
Classe.
                                                                A. CAPUS.

                                *
                               * *

Ce n'est point le vin, c'est la parole qui fait l'ivresse sobre du Midi.
                                                            ETIENNE LAMY.

                                *
                               * *

On voit tout  coup surgir, des couches profondes de l'histoire, des
problmes nouveaux, comme, de celles du globe, des volcans inconnus.

                                *
                               * *

Dans toutes les luttes de la vie, c'est l'imprvu qu'il faudrait
s'attacher  prvoir.
                                                           G.-M. VALTOUR.



FIN D'EXIL

La semaine dernire, M. Chaumi, garde des sceaux, a saisi le Snat d'un
projet de loi d'amnistie, prcd d'un expos des motifs concluant en
ces termes: La Rpublique est assez forte pour n'avoir plus  redouter
les entreprises qu'on voudrait diriger contre elle et qu'elle saurait
djouer. Elle peut tre clmente et jeter maintenant l'oubli sur des
fautes dont quelques-unes ont t payes par leurs auteurs de plusieurs
annes d'exil.

Le gouvernement estime enfin que le moment est venu de raliser une ide
gnreuse, depuis assez longtemps dj dans l'air, et, tenu d'en
rfrer au Parlement, c'est l'assemble du Luxembourg qui, constitue en
haute cour de justice pour juger un procs politique, pronona la
condamnation, qu'il invite la premire  dcrter la mesure de clmence.
Le plus notoire des condamns de 1899, M. Paul Droulde, va bnficier
de cette amnistie. Accus--et il ne s'en dfendit pas--d'avoir, le 23
fvrier, lors des funrailles du prsident Flix Faure, tent
d'entraner les troupes dans un mouvement insurrectionnel afin de
substituer au rgime existant une rpublique plbiscitaire, il fut
frapp d'un bannissement de dix ans; voil donc la sixime anne que le
chef de la Ligue des patriotes passe sur la terre trangre. Il a, on le
sait, fix sa rsidence en Espagne, le moins loin possible de son pays,
 Saint-Sbastien, o il habite une demeure baptise d'un nom
significatif, la _Villa Alta_. M. Droulde a men l une existence de
repos forc, particulirement pnible  l'ardeur active de son
temprament, supportant, d'ailleurs, la pesante monotonie des jours
d'preuves et les affres obsdantes de la nostalgie avec la dignit
inhrente  son caractre; recevant la visite de quelques amis, rompant
rarement le silence de sa retraite par une lettre ou un tlgramme plus
ou moins sensationnels, destins  montrer son constant souci des
vnements politiques.

[Illustration: La _Villa Alta_, rsidence de M. Paul Droulde, 
Saint-Sbastien.]

On n'a pas oubli le duel du 6 dcembre dernier, o M. Jaurs et lui
changrent deux balles et comment, interdite sur le territoire
espagnol, la rencontre, grce  la tolrance de notre gouvernement, eut
lieu sur le territoire franais, prs de la frontire. Le 17 du mme
mois, M. Droulde conduisait jusqu' la mme frontire, mais sans qu'il
lui ft permis de la franchir, cette fois, M. Marcel Habert, son fidle
Achate, dont la peine de bannissement arrivait , expiration.

Souvent le pote proscrit aimait aller mditer dans la solitude d'un
site romantique, aux environs de Saint-Sbastien,  la pointe d'un
promontoire de Pasages, tel, sur son rocher de Guernesey, Victor Hugo,
qui a dit:

Oh! n'exilons personne! Oh! l'exil est impie!

Le front soucieux, il contemplait l'immensit de la mer changeante;
mais, certainement, toute sa pense se portait vers la France, o il
aura bientt le droit de rentrer.

[Illustration: FIN D'EXIL.--M. Paul Droulde aux rochers d'Hugo, 
San-Juan de Pasages.]



UNE ESCADRE AMRICAINE A CHERBOURG

[Illustration: _Galveston. Brooklyn_, vaisseau-amiral. _Tacoma.
Chattanooga_ Dessin de Johanson.

On trouvera plus loin (p. 30) des dtails sur l'amiral amricain
John-Paul Jones, dont une mission extraordinaire, envoye par les
tats-Unis, est venue cette semaine chercher les restes, rcemment
exhums  Paris. L'escadre amricaine, qui doit escorter ces glorieuses
reliques et qui est commande par l'amiral Sigsbee, est arrive le 30
juin  Cherbourg, o elle a chang avec la terre et les navires sur
rade les saluts d'usage.]



UNE ESCADRE ANGLAISE A BREST

[Illustration: _Magnificent. Illustrious. King-Edward-VII. Jupiter.
Commonwealth_.--Dessin de Wilkinson.

C'est le 10 juillet que commenceront les ftes franco-anglaises de
Brest. A 1 h. 30 de l'aprs-midi, l'escadre anglaise arrivera en rade.
Aprs les rceptions, un grand dner aura lieu le soir mme  bord du
_Massna_, btiment-amiral franais. Les bals, banquets, revues se
succderont pendant toute la semaine. _L'Illustration_ sera reprsente
 ces ftes par plusieurs de ses dessinateurs et photographes.]



DEUX DOCUMENTS RTROSPECTIFS SUR LA DFAITE RUSSE DE MOUKDEN

[Illustration: ATTENDANT L'ARRIVE DES JAPONAIS, APRS L'VACUATION DE
MOUKDEN.

La retraite de l'arme russe aprs la dfaite de Moukden, nous crit le
Dr Van Haut, auteur de cette photographie, se fit avec tant de hte que
beaucoup de morts ne purent tre enterrs. On voit ici environ 600
cadavres rassembls, en attendant les Japonais, sous la surveillance de
quelques membres du personnel de la Croix-Rouge.]

[Illustration: LA RETRAITE DE L'ARME RUSSE, ABANDONNANT MOUKDEN EN
FLAMMES, LE MATIN DU 10 MARS.

Cette photographie, qui nous parvient tardivement est,  coup sr, une
des plus impressionnantes qui aient t prises en Mandchourie. Nous la
publions telle que nous l'avons reue: elle fut prise  l'aube naissante
d'un lendemain de dfaite, dans la fume de l'incendie.]

A PTERHOF

La situation de la Russie est de jour en jour plus tragique. Comme les
dsastres de Mandchourie, les dsordres intrieurs forment une srie
ininterrompue et qui va s'aggravant. Peut-tre la paix est-elle
maintenant prochaine en Extrme-Orient; mais quand se fera-t-elle dans
le pays russe?

Les vnements d'Odessa, la rvolte de l'quipage du _Kniaz-Potemkine_,
ont caus dans le monde entier une motion profonde. Jamais, dans leur
lutte contre toutes les puissances gouvernementales, les forces
rvolutionnaires n'avaient obtenu un rsultat aussi retentissant; et
elles l'ont obtenu  la fois dans le pays de l'autocratie absolue et
contre l'autorit qui paraissait la plus intangible de toutes: celle
qu'exercent  leur bord les officiers d'un navire de guerre.

En prsence de ce dsarroi formidable, les penses vont irrsistiblement
 celui que tous les coups visent et frappent: le tsar. La France, qui
l'a acclam et ft deux fois, le plaint, mais l'observe aussi. Que
fait-il? Que va-t-il faire?

Nous avons annonc la semaine dernire qu'il avait quitt
Tsarsko-Slo, sa rsidence depuis le mois de janvier, pour Pterhof,
au bord du golfe de Finlande. L, il a accompli aussitt un acte
politique important en recevant officiellement les dlgus du Congrs
des zemstvos, en coutant le discours respectueux mais ferme du prince
Troubetzko, en promettant que les lus de la nation russe seraient
bientt appels  participer aux affaires de l'tat. Maintenant, tandis
qu'en Pologne, au Caucase, sur les rivages de la mer Noire et de la mer
Baltique, les grves, les pillages, les rvoltes et les massacres
attestent combien seraient urgentes les rformes qui s'laborent si
lentement, la vie de Cour se poursuit  Pterhof, sans ftes assurment,
mais avec toutes ses autres obligations monotones: parades militaires,
crmonies religieuses.

A l'heure mme o le _Kniaz-Potemkine_, avec son quipage de mutins,
bravait Sbastopol et menaait Odessa, le tsar et l'impratrice, les
officiers de leur palais, les chambellans et les dames d'honneur,
inauguraient solennellement une nouvelle glise, ddie aux saints
Pierre et Paul.

Le photographe de _L'Illustration_ n'a pas voulu laisser passer cette
occasion de prendre, avec quelques pisodes de la crmonie, un nouveau
portrait du souverain russe,  l'heure la plus critiqu de son rgne. Il
nous semble que ce portrait sera beaucoup et longuement regard. On
interrogera la physionomie, la dmarche de l'empereur; on cherchera son
regard; on voudra deviner l'nigme de ses penses et de sa volont.

Au mme titre que les plus tragiques clichs pris sur les champs de
bataille de Mandchourie, une telle photographie est un prcieux document
pour les historiens futurs.

[Illustration: Ftes d'inauguration de l'glise Pierre et Paul, 
Pterhof, rsidence actuelle de l'empereur Nicolas II.]

[Illustration: Officiers et dames de la Cour. Le tsar. La tsarine.
L'EMPEREUR NICOLAS II INAUGURE, A PTERHOF, UNE NOUVELLE GLISE.]

[Illustration: La flotte de la mer Noire  l'ancre dans le port de
Sbastopol, o s'est produite la mutinerie du _Kniaz-Potemkine._]

[Illustration: Le port d'Odessa: vue du mle o fut expos le corps du
matelot Omeltchouk, dont la mort a caus la mutinerie du
_Kniaz-Potemkine._]

[Illustration: Les quais  Odessa:  droite, la voie ferre suspendue,
dont la charpente a t incendie pendant l'meute du 28 juin.]

[Illustration: A ODESSA.--_Sur les quais: les ouvriers chargeurs
actuellement en grve. Les vues que nous publions ici ont t prises
avant les meutes de ces jours derniers: elles permettent simplement de
situer les vnements que les dpches ont raconts en dtail. Mais
notre prochain numro contiendra d'importants documents photographiques
d'actualit dont notre collaborateur, M. Gustave Babin, arriv lundi
soir  Odessa, nous annonce l'envoi par tlgramme._]

[Illustration: Le "Kniaz-Potemkine", le plus neuf des cuirasss de la
mer Noire, dont l'quipage s'est rvolt le 27 juin, massacrant une
partie des officiers, et qui s'est prsent le mme jour devant Odessa,
surexcitant par sa prsence et son exemple les ouvriers du port, dj en
grve gnrale, et provoquant de sanglants dsordres.]

[Illustration: Panorama d'Odessa, vu de la mer.]

[Illustration: Le "Georgi-Pobiedonostzef", qui s'tait joint au
"Potemkine",  Odessa, mais qui a fait sa reddition le 2 juillet.]

LE CUIRASS 'ERRANT' "KNIAZ-POTEMKINE"

Le Kniaz-Potemkine, cuirass d'escadre de 12.500 tonneaux, a t lanc 
Nicolaef en 1900 et achev en 1903; il est arm de 48 canons et de 5
tubes lance-torpilles; il peut marcher  16 noeuds: c'est une arme
formidable aux mains des rvolutionnaires russes. _Peint par A. Normann
Phot. Braun, Clment et Cie._

[Illustration: Stationnaire "lisabeth", qui a tir sur les mutins
russes. Le port roumain de Constantza, o le "Kniaz-Potemkine" a
sjourn les 2 et 3 juillet.]



Supplment:

LA COUPE GORDON-BENNETT

(Voir aux pages suivantes les photographies prises par les
collaborateurs de L'ILLUSTRATION pendant la course.)

[Illustration: SUR LE CIRCUIT D'AUVERGNE: LA POURSUITE DANS UN VIRAGE]

[Illustration: Vue gnrale des tribunes de Laschamps, quelques minutes
avant le dpart.]

[Illustration: Thry, le vainqueur, au dpart.]

[Illustration: Nazzari (2e) au dpart.]

[Illustration: Cagno (3e) en vitesse.]

[Illustration: Vendeuses de chocolat de Royat aux tribunes de
Laschamps.]

[Illustration: Caillois (4e) sur la route.]

LA COUPE GORDON-BENNETT (5 JUILLET): INSTANTANS PRIS AU DPART, PENDANT
LA COURSE ET A L'ARRIVEE.

[Illustration: LE CLASSEMENT DE LA COURSE GORDON-BENNETT REPORT SUR LA
CARTE DU CIRCUIT. La position attribue aux concurrents sur la carte
reprsente la distance  laquelle chacun d'eux se trouvait en arrire de
Thry, au moment o celui-ci achevait son 4e tour. Toutes les voitures
sont supposes ici tre parties ensemble, et notre schma montre de
quelle faon elles se sont grenes sur le parcours, selon leur vitesse
moyenne, variant de 78 kilomtres  l'heure, pour Thry,  57
kilomtres, pour Lytle. Dans la ralit, les coureurs tant partis  des
intervalles de 5 minutes, ceux qui n'ont pas regagn de rangs en taient
encore au 3e tour quand le vainqueur finissait le 4e.

_Les noms des coureurs sont crits en capitales penches et souligns._]

[Illustration: Le vainqueur Thry dbouche du pont du chemin de fer
entre les 4-Routes et la Baraque.]

[Illustration: Caillois (n 7) dpassa Lytle (n 6) en panne au tournant
du Gendarme.]

[Illustration: Sur le parcours: l'heure du djeuner.]

[Illustration: Passage de Thry, vainqueur, devant les tribunes.]

[Illustration: Lancia, qui fut longtemps le vainqueur probable.]

[Illustration: Nazzari, qui a sauv l'honneur italien en se classant
2e.]

[Illustration: Thry aprs sa victoire.]

[Illustration: Le fils de M. Brasier, constructeur de la voiture
gagnante, au volant de Thry.]

[Illustration: Le 1er prix du Corso fleuri: M. Battu, trsorier de
l'Automobile-Club d'Auvergne.]

[Illustration: Le 2e prix: M. Bergougnan.]

La grande preuve automobile internationale de la Coupe Gordon-Bennett,
qui s'est dispute pour la dernire fois peut-tre en 1905, a t
remporte une fois de plus par la France. C'est le populaire coureur
Thry, dj vainqueur, en 1904 au Taunus, qui a triomph de nouveau sur
le circuit d'Auvergne. Les conditions de la course exigent, on le sait,
que les voitures mises en ligne par chaque pays pour disputer la Coupe
soient, dans tous leurs dtails de fabrication exclusivement nationale.
Avec la construction Richard-Brasier,  laquelle appartiennent les
voitures arrives la premire et la quatrime; avec les pneumatiques
Michelin, dont leurs roues taient munies et qu'il est de notre devoir
de citer en une circonstance aussi mmorable, c'est l'industrie
franaise qui a triomph sur toute la ligne.

[Illustration: Le dfil de la maison Richard-Brasier: au centre, M.
Brasier;  sa droite, Thry;  sa gauche, Caillois, sur leurs voitures
de course.--_Photographies Blis_. L'AVANT-VEILLE DE LA COURSE: UN CORSO
FLEURI A CLERMONT-FERRAND]

La liste d'arrive des concurrents, qui mentionne parmi les quatre
premiers deux Franais et deux Italiens, appelle une autre remarque:
c'est que, dans cette lutte industrielle moderne, o l'ingniosit doit
s'ajouter  la science et l'audace au sang-froid, les deux pays latins
se montrent suprieurs  la coalition germano-anglo-saxonne.

Voitures et conducteurs allemands, anglais, amricains, autrichiens,
n'ont pas exist un instant contre les Franais et les Italiens qui,
prenant le commandement au dpart, l'ont conserv jusqu' la fin, se
disputant entre eux seulement les premires places.

[Illustration: LE CIRCUIT D'AUVERGNE--La veille de la course: la
bourrasque au pesage de Laschamps.

La veille de la Coupe Gordon-Bennett, pendant les oprations du pesage,
un coup de vent subit et d'une violence irrsistible s'abattit sur le
plateau de Laschamps, s'engouffrant dans les toiles, dmembrant les
charpentes, renversant, comme des chteaux de cartes, tous ces frles
difices de tentes, de garages improviss, de tribunes. Ce fut un moment
de dsarroi indescriptible. On se hta d'loigner les voitures de
course; aucune n'avait la plus lgre avarie et tout se rduisit, pour
les spectateurs,  plus de peur que de mal.]



Sur les ctes de Norvge.

EN NORVGE

Fragments d'un journal de voyage, par BRIEUX

Nous voici embarqus sur _l'Ile-de-France_, bateau touriste qui va
emmener au cap Nord cent soixante Franais. Nous n'avons  nous occuper
de rien. Nous n'avons pas besoin d'initiative. On nous assurera nos
repas, soit  bord, soit  terre, le gte dans la cabine, ou dans les
htels, et l'on nous conduira devant les beauts  admirer.

C'est une manire de voyager. Ce n'est peut-tre pas la meilleure, mais
c'en est une qui a ses avantages lorsqu'on veut faire beaucoup de chemin
en peu de temps... et qu'on aime la socit. Le premier jour, on
s'installe et l'on s'observe mutuellement. Nous avons  bord tout un
petit monde: savants, mdecins, prtres, gnraux, un amiral, des
commerants, des industriels, des notaires et des avocats; des
agriculteurs, gens du monde et un acteur. C'est un bateau
d'chantillons, dit quelqu'un.

A premire vue, il semble que tous ces passagers soient des heureux de
ce monde. Pourtant il y a bien des solitaires. Comment ceux-l se
sont-ils dcids  ce long voyage au milieu d'inconnus? Peut-tre
veulent-ils fuir des proches, et se fuir eux-mmes?...

Beaucoup de mnages, cependant... Pendant qu'on embarque, nous pouvons
chercher  deviner comment ils se sont dcids; nous pouvons nous amuser
 voquer l'arrive du prospectus _Une croisire en Norvge_ dans un
foyer paisible, le soir, au moment o monsieur et madame,
confortablement installs, prennent leur caf, en pensant au prochain
dpart pour la mer ou la campagne.

[Illustration: Nous voici embarqus...]

On a ouvert d'une main distraite l'enveloppe qui contenait le papier
fatal, on l'a dpli avec indiffrence... Un des deux poux s'est
intress aux descriptions enthousiastes...

Puis, le lendemain,  djeuner:

Madame.--Enfin, qu'est-ce qu'on risque?... Tu verses vingt francs
d'arrhes. Cela ne nous engage  rien. Si, dans huit jours, aprs avoir
pris des renseignements, nous ne nous dcidons pas, nous perdrons un
louis et voil tout...

Monsieur.--C'est vrai...

Madame.--Alors, tu vas aller nous inscrire?

Monsieur.--J'irai un de ces jours.

Madame.--Il faudrait y aller aujourd'hui.

Monsieur.--Il est trop tard.

Madame.--Mais non.

Monsieur.--Je suis pris, cet aprs-midi...

Madame.--Ne te drange pas, je puis trs bien y passer moi-mme.

Le soir, en rentrant, monsieur trouve la grande table du salon couverte
par un plan immense sur lequel madame est penche:

Monsieur.--Qu'est-ce que c'est que a?

Madame, _sans lever la tte_.--C'est le plan du bateau.

Monsieur.--Quel bateau?

Madame.--De notre bateau... Voil notre cabine... C'est la meilleure. Je
l'ai vue. Pas notre cabine, bien entendu... Une petite rduction, grande
comme a... C'est gentil. On dirait une maison de poupe.

Monsieur.--Ibsen, dj!

Madame.--Et j'ai achet tous les rcits de voyage que j'ai pu trouver.

Le lendemain soir:

Madame, qui a lu depuis la veille.--Je commence  tre documente.

Monsieur, de mme.--Moi aussi.

Madame.--J'ai fait la tourne de nos amis les plus intimes. Nous sommes
les premiers de notre petit clan qui allons en Norvge.

Monsieur.--C'est quelque chose.

Madame.--Tout le monde nous envie, c'est un voyage admirable.

Monsieur.--Peuh!

Madame.--Tu n'as qu' lire...

Monsieur.--Si tu t'en rapportes aux livres!...

Trois jours aprs, monsieur a mis bas les armes parce qu'un soir madame
a rpondu  ses objections par des larmes et par cette phrase:

--Maintenant que j'ai dit partout que nous allions en Norvge, si nous
n'y allons pas, de quoi aurons-nous l'air?

On fait les emplettes ncessaires: impermables, couvertures de voyage
supplmentaires, vrascope Richard, etc.. et, un matin, on part...

... Depuis quelques jours madame a comme un remords. Elle songe que
c'est, en somme, un long voyage; qu'il faut s'loigner de mille lieues
de ceux qu'on aime, de ses parents, de ses amis, de son chteau
tranquille, de Paris o l'on est si bien; elle pense qu'en somme un
naufrage est toujours possible. Son imagination bat la campagne, il lui
semble qu'elle a des pressentiments de malheur et elle se reproche son
insistance; elle se dit qu'on aurait t si bien chez soi, avec toutes
ses aises et ses habitudes, et elle pense qu'on est un peu fou d'aller
troquer tout cela contre la cabine troite d'un bateau. Elle a envie de
pleurer.

Monsieur a des penses analogues. Il se rappelle le soir o, dans leur
paix, est arriv ce prospectus, fatalement, sournoisement, avec
l'impassibilit froce d'une lettre anonyme... entre deux rclames d'un
marchand de vin et celle d'un tailleur pour dames...

La tristesse grave des dparts les treint et c'est d'une voix dolente
que l'employ de la gare du Nord a entendu, un matin, une phrase
dfinitive: Deux premires pour Dunkerque.

En route, chacun se rpte cette phrase du livre de mon aimable confrre
Emile Berr:

J'admire Cook de plus en plus. Cet homme a su organiser jusqu' la
mlancolie des mes; il a prvu et il a trac l'itinraire triste qu'il
est esthtique d'avoir suivi.

Ils se demandent encore ce qu'ils vont faire l-bas, eux qui n'ont pas
l'me mlancolique et qui ne sont pas des esthtes... Si l'on allait
apprendre,  Dunkerque, que le bateau _l'Ile-de-France_ a eu une avarie
et que la croisire n'aura pas lieu, qu'on serait content!... sans trop
le laisser voir!...

Dans le train, changement d'humeur. Une fois cass le petit fil qui vous
retient aux choses, une fois accepte l'ide du dpart, une fois le
voyage invitable, la bonne humeur rapparat.

On regarde le billet dlivr par la Compagnie de navigation, et c'est
avec des rires qu'on lit ces articles:

La Socit n'est pas responsable des pertes ou dommages pouvant provenir
d'avaries au navire ou aux machines, abordages, incendies, chouements,
ruptures d'apparaux, cordages, chelles ou autres parties de la coque,
des accessoires ou du grment, ni des cas de fortune de mer; elle ne
rpond pas de la baraterie, des fautes ou ngligences du capitaine, du
pilote, des mcaniciens, des hommes de l'quipage ou de toutes autres
personnes. Elle dcline toutes responsabilits quant aux accidents
pouvant survenir aux passagers, soit  bord, soit dans les embarcations,
ou embarquation du dbarquant, soit en quelque lieu que ce soit au cours
du voyage... Dans le cas o le paquebot viendrait  se perdre...

[Illustration: Le march aux poissons.]

Voici qui n'est pas rassurant. Mais qu'importe!... On est parti.

A BORD

_Mercredi, deux heures._--On voit le soleil briller  travers les
hublots.

Navrant, dit quelqu'un.--Comment? navrant?--Certes, nous ne connatrons
pas la Norvge. Regardez cette mer, elle est bleue; ce ciel, il est
bleu. Nous allons rapporter en France des ides fausses.

Les ctes apparaissent, bien semblables aux ntres: ici, c'est la
Mditerrane; puis nous entrons dans un golfe interminable au fond
duquel se trouve Bergen: c'est le lac des Quatre-Cantons.

On a ouvert une malle norme contenant des cartes postales. Tout le
monde se les arrache et passe son temps  crire des adresses. Hlas!
j'en achte aussi. Avant le dpart, combien de fois n'avons-nous pas
entendu la phrase:

--Vous nous adresserez des cartes postales? Ce n'est pas pour moi; mais,
vous savez, ma fille en fait collection.

[Illustration: Premire impression: que les places sont grandes 
Bergen!]

On dit la messe tous les matins, dans le salon. L'aprs-midi, une dame
qui, certes, chante fort bien, fait entendre dans le mme salon des cris
d'amour trs profane. Les prtres, qui ont revtu l'habit civil, fument
des cigarettes au milieu d'une cour de dames ges.

BERGEN

Il y a eu une joie, ce soir,  bord. La petite humanit que nous
constituons a cru trouver, dans l'un des siens, un jouet, une tte de
Turc, un naf, dont on allait s'amuser pendant tout le voyage. Nous
venions d'arriver en vue de Bergen. Au fait, je vais manquer  mon
devoir si je ne dcris pas Bergen. Ne manquons pas  notre devoir. Comme
je n'aime pas plus faire des descriptions que vous n'aimez  les lire,
vous pouvez ne pas avoir peur. Je serai bref. Voici:

A travers les fines rayures d'une pluie qui parat tre ici l'tat
normal, tant elle tombe avec rgularit, on voit, au fond d'un golfe, un
amas de maisons en tas, serres les unes contre les autres et coiffes
de toits rouges avec de grosses enseignes en lettres blanches, des
enseignes o les voyelles sont rares... (Les consonnes ne doivent pas
coter cher en Norvge, dit quelqu'un.)

Au-dessus de la ville, un clocher pointu, noir et rouge; au-dessus du
clocher, la montagne verte; au-dessus de la montagne, des nuages gris.
Et tout cela baign de pluie, mais baign de pluie de faon constante,
persistante; non pas violente, mais habituelle, ncessaire, invitable,
perptuelle, dfinitive... Quand il ne pleut pas ici, les gens se
demandent si ce drangement de l'atmosphre ne prsage pas un
cataclysme.

[Illustration: A BERGEN.-Les rservoirs  poissons vivants.]

Malgr cela, un grand nombre de passagers se prparent  descendre 
terre. Ils forment un groupe compact devant la coupe. Tout  coup un
grand clat de rire. On ne sait d'o vient de surgir un petit homme vtu
du suroit des marins du Nord, et d'un suroit dont la couleur jaune-serin
clate au milieu des impermables gris. On ne voit que lui. Il
resplendit. Et l'esprit franais ruisselle:

Bravo! bravo!--Les Bergenois vont vous prendre pour un phoque.--Un
loup-phoque.--Mais, monsieur, vous avez un parapluie, il gte votre joli
costume...--Il dtonne...--Donnez votre parapluie, par grce!--Pour
l'amour du beau!--Pour nous faire plaisir!--Eh! quoi, vous avez gard
votre casquette de voyage?--Vous n'avez donc pas le casque? le casque en
cuir, le casque en toile huile?

--Mais si, rpond le hros, qui fait bonne contenance sous l'averse des
quolibets, il est dans ma cabine.

--Allez le chercher.--Allez chercher le capuchon.

--Ca-pu-chon!... ca-pu-chon!...

Un prtre se montre plus excit que les autres dans cette rclamation du
capuchon. Le phoque lui rpond:

--L'abb, mettez le vtre. Par ce temps-l, vous devriez marquer la
pluie... vous n'tes qu'un baromtre drang.

L'abb se tait, car les rires s'garent sur sa tte sacre.

Et la caravane s'coule lentement par l'escalier de la coupe.

Une heure aprs, ceux qui la composent reviennent, tremps,
naturellement. Ils ont pris, au dbarcadre, un tramway, sont alls
jusqu'au bout de sa course et ne l'ont pas quitt.

Il est dix heures et demie du soir et il fait encore clair. Quand je dis
qu'il fait encore clair, c'est une manire de parler. Ce n'est pas le
jour qui dure, c'est le crpuscule, c'est l'heure douteuse, l'heure
triste du soir, et cela fait comprendre la couleur des ides
norvgiennes. La brume enveloppe tout, ne laissant en valeur que les
premiers plans, mais avec une nettet pas encore vue.

On dirait de la mauvaise peinture, dit quelqu'un assez justement.

_Jeudi._--Rveil. A travers le hublot: la pluie... Si vous le permettez,
dsormais je vous parlerai du temps lorsqu'il ne pleuvra pas, ce sera
plus simple. Tout de mme, il ne faut pas oublier que nous sommes venus
ici pour voir Bergen, et que nous ne pouvons rester  l'abri, puisque
nous voyageons pour notre plaisir.

Embarquons!

... Que se passe-t-il?... Il ne pleut plus!... Rassurez-vous, a ne
durera pas. Et voici la description oblige de l'intrieur de la
ville... Premire impression: que les places sont grandes!... Une, deux,
trois places aussi spacieuses que celle de la Concorde. Pourquoi ce
terrain perdu?... C'est qu'on espre ainsi circonscrire les incendies
qui trouvent, dans cet amas de maisons en bois, je dirais un aliment
facile si cette faon de s'exprimer pouvait tre admise.

Les tramways lectriques sous les trolleys et avec leurs incessants
coups de cloche donnent  toutes les villes une uniformit dont on peut
se plaindre, puisque nous sommes venus chercher d'autres choses que les
ntres.

Il faut passer au march, parce que les poissons qu'on y voit tout
vivants, dans les bassins d'eau de mer, sont vraiment diffrents des
ntres. Il en est de rouges et de bleus, de jaunes et de verts, normes.
Le marchand les pche d'une puisette sur le choix de sa cliente et, en
un tour de main, avec deux ou trois coups de couteau jets a et l sur
la tte et sur la queue, la jolie bte luisante et colore disparat
dans le panier ou le filet  provisions.

Ici, des coins pittoresques. Noir et rouge, toujours. Mais vous entendez
bien qu'il s'agit d'un rouge de Norvge, lav, dteint, teint,
dtremp... Un quai long, long, est bord de hautes maisons blanches, 
pignons trs pointus. C'est l'ancien quai de la Hanse.

[Illustration: Il y a, non loin de Bergen, une petite glise de bois
qui ressemble  une pagode. _Photographies Meys._]

On a conserv ou plutt reconstitu le logis d'un de ces marchands de la
Hanse. Cela donne l'ide de la tyrannie dans le commerce. Et la maison
se divise trs nettement en deux parties: ce qu'on laissait voir au
public et ce qu'on l'empchait de regarder. Ici, le bureau vitr; mais
vous connaissez la maison Plantin,  Anvers?... C'est la mme chose en
moins bien. Imaginez cependant, dans la partie publique, les livres de
commerce, les balances, les faux poids; dans l'autre, le coffre-fort,
des nerfs de boeuf pour donner du zle aux employs, des lavabos de
cuivre, des armes et des lits dans des niches comme les lits bretons.

Les touristes,  Bergen,  terre, reoivent une leon de choses. S'il
leur arrive,  la fin du repas, de demander un petit verre de fine
Champagne, on le leur refuse d'un air scandalis; puis, aprs un moment,
le garon, avec un geste qu'ont nos sympathiques camelots du boulevard
(ils deviennent sympathiques  cette distance), leur dit en anglais ou
en allemand:

--Maintenant, si vous voulez que je vous rende un grand service, je vous
dirai que, personnellement, je possde un peu de bndictine, mais elle
sera marque eau de Seltz sur la carte...

... Est-ce que ces Septentrionaux vertueux n'auraient, par hasard, de
plus que nous, que l'hypocrisie?

[Illustration; Le quai des Hansates  Bergen.--Copyright Underwood and
Underwood.]

FANTOFT

Il y a, non loin de Bergen, une toute petite glise de bois qui
ressemble  une pagode, mais qui y ressemble  un tel point qu'il est
impossible de croire qu' cette distance deux peuples aussi diffrents
aient pu concevoir sans entente une architecture aussi identique...
Alors, il faudrait donc accepter que ces diables de Norvgiens soient
alls dans l'Inde, en Chine? Par o alors?

--Par le dtroit de Behring, dit un savant de la croisire...

Qui donc l'aurait cru! Comme on s'instruit en voyageant!

Retour sous une pluie battante... oui, je sais bien, j'avais dit que je
ne vous en parlerais plus, mais c'est irrsistible.

[Illustration: Stalheim.]

On dne,  bord, par petites tables de dix couverts. On agite quelques
questions. A une table de millionnaires, on vient de trouver le moyen
d'teindre le pauprisme. Aprs dner, dans la cordialit qui commence 
rgner entre les sauvages que nous sommes plus ou moins, on nous annonce
pour demain l'arrive de l'empereur d'Allemagne. Tous les cours franais
battent  cette nouvelle et les femmes lancent des regards mcontents 
un intrus qui prtend que c'est seulement un bateau de touristes
allemands qui est attendu.

_Vendredi._--Il pl... Non... Toute l'eau du ciel mise en rserve depuis
le dluge s'est prcipite sur nous pendant la nuit et continuera  nous
inonder pendant toute la journe; j'aime mieux vous le dire tout de
suite.

On cause. On s'meut, non sans raison, de la faon dont notre
littrature est reprsente aux devantures des librairies. Rien que des
livres pornographiques ou des ouvrages inconnus aux titres prometteurs.
On comprend l'indignation du pasteur Malders en trouvant sur la table de
Mme Alving des romans franais.

(A suivre.)



[Illustration: Le palais de l'Elyse, rsidence du prsident de la
Rpublique. Faade sur le jardin.]

[Illustration: La salle des ftes de l'Elyse, o l'on danse les soirs
de bal.]

[Illustration: La salle  manger: le couvert mis pour un grand dner.]

[Illustration: Salon de rception  l'Elyse. O LE PRSIDENT LOUBET
REOIT LES SOUVERAINS]

UN SAGE

_Maison neuve, 5, rue Dante (Ve arrondissement).--Rue nouvelle de 16
mtres de large, en vue du boulevard Saint-Germain,  proximit de la
Sorbonne, la Facult de Droit, l'cole de Mdecine, le Snat..._

[Illustration: A louer: Grands appartements (hauteur de plafond: 3m,40)
comprenant: Antichambre-galerie, grand et petit salon, 4  5 chambres 
coucher  volont, etc. Confort moderne...]

[Illustration: 5, rue Dante: maison dont M. Emile Loubet vient de louer
le 1er tage.]

[Illustration: 5, rue Dante: le vestibule.]

[Illustration: Sa future chambre  coucher.]

[Illustration: Sa future salle  manger.]

[Illustration: Son futur salon. O M. LOUBET RECEVRA SES AMIS]

Ainsi s'exprime l'allchant prospectus qu'il est loisible  tout un
chacun de cueillir, en passant, chez le concierge dudit n 5. Le
document est parfaitement vridique: une des plus rcemment perces 
travers cet lot du vieux Paris de la rive gauche, la rue offre un
curieux contraste avec les vestiges moyengeux de ses voisines
immdiates. Quant  la maison, elle est on ne peut plus neuve, en effet,
comme l'atteste le millsime 1905, grav sur la faade; son architecture
extrieure a bien la physionomie typique du bel immeuble de rapport
moderne. Pntre-t-on  l'intrieur, on constate, ds le vestibule,
qu'il a fort bon air et, en poussant plus avant la visite, que les
principaux appartements sont vastes et confortables.

Or, un de ces appartements, celui du premier tage (cinq mille cinq
cents francs de loyer), aura l'insigne fortune d'abriter un locataire de
marque, qui l'a retenu tout de suite, quoiqu'il ne doive l'occuper que
dans sept mois. Ce locataire, minent entre tous, n'est autre que M.
Emile Loubet, prsident de la Rpublique franaise, dont le septennat
expire le 18 fvrier 1906. Son intention, maintes fois exprime, de ne
pas solliciter le renouvellement de son bail prsidentiel, M. Loubet
vient de l'affirmer en signant un bail en bonne et due forme avec le
propritaire du n 5 de la rue Dante.

C'est donc l que, l'an prochain, aussitt libr de la charge du
pouvoir, il s'installera, en compagnie de Mme Loubet et de ses deux
fils, heureux de se retrouver au milieu de ce quartier latin qu'il
habita longtemps, non loin de ce palais du Luxembourg qu'il quitta pour
le palais de l'Elyse. Cette rsidence du chef de l'tat, les salons
somptueux o il reut des souverains et donna des ftes splendides, le
parc ombreux o nagure encore une garden-party runissait une brillante
assemble, s'imposeront certes  son souvenir, mais sans lui laisser de
regrets. Au faste,  l'apparat officiels, il prfrera certainement
l'intimit familiale de son _home_, relativement modeste; honor,
conscient de la tche termine, du devoir accompli, gotant un repos
bien gagn, il y mnera, selon ses gots simples, la vie bourgeoise d'un
brave homme dont les grandeurs n'ont pas altr la sagesse.



MOUVEMENT LITTRAIRE

Un livre nouveau de M. Jules Lematre: _En marge des vieux livres_[1].

En matire de critique, le formulaire de l'loge, mdiocrement pourvu,
est condamn  la banalit par l'invitable abus des mmes expressions.
Ainsi, le qualificatif rgal littraire, appliqu  une oeuvre de M.
Jules Lematre, est une sorte d'pithte de nature, on pourrait presque
dire un clich. Comment l'viter? Comment trouver mieux? Le plus sage
est, je crois, de n'y point prtendre et de recommander tout uniment aux
gourmets ce nouveau rgal d'une essence rare.

[Footnote 1: Soc. Franaise d'Imprimerie et de Librairie, 3 fr. 50.]

J'ignore ce que l'lve Jules Lematre griffonnait en marge de ses
cahiers et de ses livres d'colier: probablement, comme les camarades,
des bonshommes, la charge du pion ou du professeur, des pigrammes plus
ou moins classiques, o peut-tre se rvlait dj la prcoce virtuosit
de sa plume; ce qu'il importe davantage de savoir, c'est ce que
l'acadmicien d'aujourd'hui a crit en marge des vieux livres.

Ceci, vous entendez bien, est manire de parler, et il ne faut pas
prendre les mots au pied de la lettre. Les vieux livres dont il s'agit
sont: _l'Odysse, l'Iliade, l'nide, les Evangiles, la Lgende dore_,
vnrables monuments sur lesquels M. Jules Lematre tait incapable de
porter une main sacrilge. Mais il les a beaucoup frquents, il les
connat  fond, et ils lui ont suggr les sujets d'une srie de contes
philosophiques, tout ensemble concis, substantiels et savoureux. _La
Sirne, le Mariage de Tlmaque, Thersite, le Premier Mouvement, Anna
Soror, les Ides de Liette, le Salut des btes, le Voyage du petit
Hozal, la Onze-millime vierge_--pour ne citer que la moiti du
volume--autant de pages absolument exquises.

Le conteur subtil et disert en a emprunt la matire premire  ses
lectures favorites, elles lui ont fourni le canevas sur quoi il a
dessin de dlicates broderies. Il s'est inspir directement de ses
auteurs; mais il s'est bien gard de les trahir, de les travestir, tel
un parodiste irrvrencieux. Son procd, si j'ose employer ce terme,
consiste en une sorte d'adaptation fort habile, part o sa touche
personnelle, sa fine ironie, se glissent discrtement parmi des
pastiches imitant  merveille le caractre et la couleur propres des
modles. A peine va-t-il parfois jusqu' risquer la note franchement
moderne; par exemple, au dnouement de l'aventure de sainte Cordula, la
onze-millime vierge, rcit tout imprgn d'un potique parfum de
lgende, il conclura: Certes, elle l'avait bien gagn, cette patronne
ingnue des rats, des malchanceux, des retardataires, de tous ceux qui
manquent le train.

Ce sont l, en somme, fantaisies de lettr, que seul peut se permettre
sans tmrit un crivain de la valeur de M. Jules Lematre, un esprit
sagace nourri du suc de l'antiquit.

Tout cela est vif, alerte, pimpant, amusant mme, encore bien qu'il s'en
dgage toujours une ide de haute moralit. Il est impossible d'exprimer
de faon plus ingnieuse de trs vieilles vrits, de faon plus aimable
des choses trs graves, en un mot de pratiquer avec plus de matrise
l'art difficile de charmer le lecteur en lui donnant  penser.

EDMOND FRANK.



ONT PARU

_Les Demi-Fous_, roman par Michel Corday. Basquelle, 3 fr.
50.--_L'Isole_, roman par Ren Bazin. Calmann-Lvy, 3 fr.
50.--_L'Impossible Pardon_, par Antoine Albulat. E. Petit, 3 fr.
50.--_L'Art de vivre_, par le docteur Toulouse. 1 vol., Fasquelle, 3 fr.
50.--_Cambrioleurs et Cambriols_, par E. Bailly. 1 vol., Lahure, 3 fr.
50.--_Brimborion_, par Jean Rameau. 1 vol., Ollendorff, 3 fr. 50.--_La
Halle des mes_, par Frdric-Arthur Chassriau. 1 vol., Fasquelle, 3
fr. 50.--_La Vie belge_, par Camille Bemonnier. 1 vol., Fasquelle, 3 fr.
50.--_Zigzags en France_, par Henri Boland. 1 vol. in-16, Hachette, 4
fr.--_En zigzag de Singapour  Moscou_, par Jean de
Nettancourt-Vaubecourt. 1 vol. in-16, Plon-Nourrit et Cie, 3 fr.
50.--_Waldech-Rousseau_, par Gaston Deschamps. 1 vol., Basquelle, 3 fr.
50.--_Femme de lettres_, par Mary Bloran. 1 vol. in-16, Hachette, 3 fr.
50.--_L'Idalisme contemporain_, par Brunschvigg. 1 vol. in-16, Alcan, 2
fr. 50.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

 L'AMIRAL JOHN-PAUL JONES.

[Illustration: L'amiral John-Paul Jones, d'aprs une mdaille et des
gravures de l'poque (1775-1779).]

Il dormait, depuis plus d'un sicle, au fond d'un cimetire abandonn de
Paris, dans un cercueil de chne et de plomb, cet imptueux marin, qu'on
aurait pu appeler cette tempte comme Charles XII, ce hardi corsaire
qui fit trembler la flotte britannique et qu'on appelait Paul Jones.

cossais d'origine, il avait pris du service en Amrique en 1775 et
s'tait signal pendant la guerre de l'Indpendance par des exploits
lgendaires. Ainsi, en 1779, il lana, avec une tmrit folle, la
lgre frgate qu'il montait contre un des plus formidables vaisseaux de
la marine britannique, s'accrocha  ses flancs et le fora  amener son
pavillon. Voici encore son portrait  bord du vaisseau qu'il commande:
le _Bonhomme-Richard_, au moment o il vient d'enlever la frgate la
_Srapis_. A la suite de cette expdition, il vint en France o on lui
fit un accueil enthousiaste. Louis XV lui fit don d'une pe, orne
d'une ddicace flatteuse et pompeuse. En 1781, le Congrs de
Philadelphie lui dcerna une mdaille d'or frappe  son effigie, que
nous reproduisons ci-dessus.

Mais l devait s'arrter sa fortune. Aprs un sjour  l'tranger, il
revint  Paris, mais il passa inaperu: la tourmente rvolutionnaire
battait son plein. Il mourut pauvre, dans une petite chambre de la rue
de Tournon, en 1792.

Quant  l'Amrique, elle n'avait point oubli son fameux commodore;
aussi l'ambassadeur des tats-Unis s'intressa-t-il fort aux fouilles
qui ont t rcemment pratiques sur l'emplacement du cimetire situ
non loin du canal Saint-Martin, emplacement occup aujourd'hui par les
maisons 41, 43, 45 et 47.

Dans la cour du n 43, on a creus un puits et, ensuite, une galerie qui
a permis de dgager le cercueil qui contenait la dpouille du clbre
corsaire. Ses restes seront transports aux tats-Unis o l'on rendra au
hros de l'Indpendance tous les honneurs qui sont dus  une telle
mmoire. Le 30 juin, l'escadre de l'amiral Sigsbee, venue pour chercher
ces glorieuses cendres, a mouill devant Cherbourg. L'amiral est arriv
lundi  Paris, accompagn de son tat-major. Reu sur le quai de la gare
Saint-Lazare par le colonel Bailly-Blanchard, deuxime secrtaire de
l'ambassade des tats-Unis, il s'est rendu  l'htel Brighton.

A bord du vaisseau-amiral se trouvait M. Loomis, envoy spcial du
gouvernement des tats-Unis. Lundi et mardi, des ftes ont eu lieu 
Cherbourg en l'honneur des envoys de la grande Rpublique. La ville
tait illumine. La division de l'escadre franaise du Nord, qui tait
sur rade, a pris part  ces ftes.

[Illustration: M. Loomis, envoy spcial en France pour ramener aux
tats-Unis les restes de l'amiral Jones.]



LA FORT DE FRANCE.

S'il faut en croire Jules Csar, la Gaule, il y a vingt sicles, tait,
au moins dans sa moiti septentrionale, couverte d'une vaste fort
coupe de quelques marais. Ceci est videmment une exagration qui ne
peut se concilier avec cette assertion du mme Csar et de Strabon que
la population tait trs dense. Mme en admettant que les vainqueurs
aient exagr le chiffre de la population vaincue pour accrotre leur
mrite, il fallait qu'une partie du sol et t dfriche pour nourrir
la population. Celle-ci a t value  cinq millions environ pour la
Gaule entire, d'aprs les contingents qui, au tmoignage de Csar,
furent levs en l'an 52, lors de l'investissement d'Alsia. Pour que la
Gaule pt nourrir une telle population, il faut que la moiti au moins
du territoire ft dboise. La fort pourtant tait utilise: on y
faisait patre les troupeaux et nous savons, par Pline et Csar, que les
essences principales consistaient en sapins, chnes, rables, ormes,
bouleaux, htres, etc.

La conqute romaine fut trs nuisible  la fort: les vainqueurs, dans
un but stratgique, firent dfricher de vastes tendues. Et, peu aprs,
la destruction fut accrue du fait de l'immigration de nombreux Germains
qui vinrent s'tablir en Gaule et furent les fondateurs des royaumes
primitifs des Wisigoths, des Burgundes et des Francs. Ces immigrants
dfrichrent le sol pour en prendre possession. Mais, avec le
dveloppement du pouvoir royal, l'tendue des forts fut plutt accrue:
il fallait laisser au gibier des retraites et ne point mettre en pril
les chasses.

Les moines, par contre, la rduisirent. Et la chose tait dsirable:
c'est  l'excs de forts et  l'insuffisance de terres labourables que
sont dues les famines si frquentes au moyen ge. Des moines donc
accrurent la superficie dfriche et,  la fin du moyen ge, la fort
occupait encore  peu prs le tiers du sol. Aprs ce moment, elle a
rapidement dclin, d'aprs M. Huffel,  _l'conomie forestire_ duquel
nous empruntons ces dtails. A la fin du dix-huitime sicle, grce au
progrs de l'agriculture, on put constater, par la carte de Cassini,
qu'il ne restait que 7.026.000 hectares de bois: un septime de la
superficie du sol, la moiti du chiffre obtenu cinq cents ans
auparavant. A la veille de la Rvolution, donc, le taux de boisement
tait de 15 ou 16%. Actuellement, il est de 18%. La fort n'a donc pas
diminu au cours des cent dernires annes, elle aurait plutt augment.
Lavoisier donnait, en 1789, une superficie de 9 millions d'hectares  la
fort: en 1892, il faut lui en donner 9.608.635. La rpartition de la
fort dans les diffrents dpartements est trs ingale, allant de 3,5%
dans la Manche,  56% dans les Landes.



LES PROGRS DE LA PESTE AUX INDES.

Depuis le commencement de l'anne, la mortalit par la peste a fait, aux
Indes, de tels progrs que le gouvernement anglais a dcid d'en
supprimer les statistiques hebdomadaires.

Au surplus, pour donner une ide de cette aggravation, voici quelques
chiffres caractristiques:

Annes.         Nombre de victimes.

1901............... 275.000

1902............... 580.000

1903............... 850.000

1904............. 1.025.000

Le nombre de l'anne 1905 sera encore plus effrayant, car, pour les
quatre premiers mois, il atteint dj 690.000. A ce taux, pour l'anne
entire, il sera suprieur  _deux millions_.

Il est admis, parat-il, que la population indigne est trop nombreuse
et que ce sont l de petites saignes insignifiantes, ne reprsentant
aucune valeur conomique.

Soit: mais il ne faudrait pas fermer les yeux aux invitables
consquences de la solidarit.

Bien que les Indes soient trs loignes de nous, le foyer pestilentiel
des Indes finira par devenir tellement actif, qu' un moment donn, il
ne nous sera plus possible d'en viter les atteintes.

L'Angleterre a le devoir de travailler avec nergie  teindre ce foyer;
car, toute considration d'humanit mise de ct, elle prend la
responsabilit des dsastres qui se prparent peut-tre.

Que veut-on faire, d'ailleurs, avec les 700 mdecins du service mdical
indien, pour une population de 260 millions d'habitants?



A PROPOS D'UNE PHOTOGRAPHIE.

C'est  la bonne grce et  la bonne volont de ses lecteurs et de ses
abonns, qui lui communiquent tous les sujets intressants qui
parviennent  leur connaissance, c'est au zle de ses correspondants
attitrs que _L'Illustration_ doit, en grande partie, la multitude et la
varit de ses documents illustrs et de ses informations de toutes
sortes.

Mais _L'Illustration_, qui remercie chaque fois en particulier ses
correspondants, occasionnels ou permanents, tient  leur rendre aussi
publiquement justice. C'est ainsi que la jolie photographie de la statue
de Mhmet-Ali illumine,  Alexandrie, que nous avons publie dans
notre numro du 3 juin dernier, tait de MM. Reiser et Binder,
photographes. M. Damadian, dont nous avons cit le nom, avait t
simplement l'obligeant intermdiaire qui nous l'avait fait parvenir.



LE CHEMIN DE FER DE LA JUNGFRAU.

On sait que, depuis 1896, une ligne de chemin de fer, la plus audacieuse
qui ait jamais t projete, est en construction dans l'Oberland
bernois. Partant du col de la Petite-Schneidegg (2.069 m.), station de
fate du chemin de fer de montagne de Lauterbrunnen  Grindelwald, elle
gravit souterrainement les flancs de la Jungfrau. Une courte galerie
latrale doit conduire de chaque station  une plate-forme extrieure
permettant de jouir de la vue des Alpes. Or, le 17 juin dernier, a t
ouverte,  3.161 mtres d'altitude, la premire fentre par laquelle on
aperoit la Mer de glace. Le panorama des glaciers, vu en pleine lumire
dans l'encadrement de ces roches sombres, est d'une incomparable
magnificence.

On amnage en ce moment la station proche; elle sera prte le 29
juillet. Il restera alors deux stations  tablir: celle de
Jungfraujock,  3.396 mtres, et celle des Roches Jungfrau,  4.093
mtres. De ce dernier point un ascenseur de 73 mtres conduira les
voyageurs au sommet mme de la Jungfrau.

[Illustration: La Mer de glace, vue d'une des "fentres" ouvertes au
flanc de la Jungfrau, pour le chemin de fer souterrain en
construction.--_Phot. S. Herzog._]



PERTE D'UN VAISSEAU-COLE DANOIS.

Un vaisseau-cole danois, le _George-Stage_, a sombr, la nuit du 25 au
26 juin, par suite d'une collision. Venant de Stockholm, il se rendait 
Copenhague, lorsque,  une dizaine de kilomtres de ce port, dans le
dtroit du Sund, un vapeur anglais, _l'Aucona_, l'abordant brusquement
de flanc, le fit chavirer: deux minutes aprs, il coulait et la mer ne
laissait plus merger que le haut de sa mture. Au moment o la
catastrophe se produisit, le capitaine, commandant Malte-Brun, neveu de
l'amiral du mme nom, occupait le banc de quart; les lves, au nombre
de quatre-vingts, taient moiti dans les hamacs, moiti sur le pont;
vingt-deux d'entre eux prirent, malgr la promptitude que _l'Aucona_
mit  porter secours aux naufrags.

[Illustration: Le vaisseau-cole danois _George-Stage_ naufrag toutes
voiles dehors dans le dtroit du Sund.--_Phot. comm. par M. du
Chanton._]

Le _George-Stage_ tait un trois-mts  voiles  bord duquel des jeunes
gens de quatorze  dix-sept ans, se destinant  la marine militaire ou
marchande, naviguaient durant une anne et recevaient gratuitement leur
premire instruction spciale. Un riche armateur l'avait affect  ce
service en 1882,  la suite d'un sinistre maritime o il perdit son
fils.



L'EXPLORATION DE LA HAUTE ATMOSPHRE PAR LES BALLONS JUMEAUX.

Jusqu' prsent, pour l'exploration des hautes rgions de l'atmosphre,
on avait employ soit les ballons libres, soit les cerfs-volants.

Se proposant de faire ces recherches en mer, le prince de Monaco a d
adopter, pour surmonter des difficults spciales, des systmes de
ballons jumeaux, imagins par M. Hergesell.

Ces systmes sont de deux sortes:

Dans un de ces systmes, on lance deux ballons, runis au moyen d'une
ligne en cordage de 10 mtres de long. L'un des ballons est gonfl plus
que l'autre et dispos pour clater quand l'altitude dsire est
atteinte. Une fois l'explosion produite, le systme commence 
descendre, le ballon dchir formant parachute.

L'autre systme consiste  se dbarrasser du second ballon en le faisant
dtacher du premier  l'aide d'un lectro-aimant actionn par une petite
pile, agissant elle-mme sous la pousse de l'aiguille du baromtre,
quand celui-ci indique l'altitude  laquelle on veut recueillir les
observations.

Le ballon porteur des appareils n'ayant plus, comme dans le cas
prcdent, la force ascensionnelle suffisante, effectue alors doucement
sa descente.

En suivant du navire les phases de l'opration, on peut rgler sa
vitesse de faon  recueillir les ballons peu aprs leur chute.

A bord de la _Princesse-Alice_, six ballons jumeaux ont t ainsi lancs
entre Monaco et la Corse.



L'AUTOMOBILE DU D'HENRI DE ROTHSCHILD.

Aprs s'tre class premier au concours de tourisme d'Aix-les-Bains avec
une automobile de 60 chevaux, le baron Henri de Rothschild avait confi
cette voiture  l'un de ses mcaniciens, M. Louis Tournier, qui devait
la lui conduire  Clermont-Ferrand, en compagnie d'un cuisinier de la
famille de Rothschild, M. Joseph Siegfried.

En route les deux voyageurs prirent deux jeunes femmes. A 10 kilomtres
de Clermont-Ferrand et  4 kilomtres de Laschamps, le conducteur
engagea sa voiture dans une descente  une allure telle qu'elle drapa
et alla se fracasser contre un parapet.

Une des voyageuses, Marie Machenolle, qui s'tait dresse au moment
dcisif, fut lance  une assez grande distance dans une prairie o sa
chute ne lui valut que des contusions. Son amie Gabrielle se fractura le
crne sur le parapet et mourut immdiatement. Joseph Siegfried se brisa
le ct gauche de la mchoire infrieure.

Enfin le conducteur, Louis Tournier, dont l'imprudence semble bien avoir
caus ce terrible accident, fut jet sur des tonneaux contenant le
goudron qui devait assurer le westrumitage de la route du circuit, et
dtail vraiment dramatique, sa tte en dfona un et s'y dfona
elle-mme.

[Illustration: Le baron Henri de Rothschild, gagnant du concours de
tourisme d'Aix-les-Bains. _Phot. Fortin._]

[Illustration: Une des victimes: Mlle Gabrielle X..., tue sur le coup.]

[Illustration: La voiture dont le conducteur, M. Louis Tournier, a
succomb.]

UN ACCIDENT D'AUTOMOBILE PRS DE CLERMONT-FERRAND.--_Photographies
Blis._



ELISE RECLUS

Elise Reclus, l'illustre gographe franais, s'est teint, mardi
dernier,  Thourout, en Belgique,  l'ge de soixante-quinze ans.

D'une famille nombreuse, dont la plupart des membres se sont distingus
 des titres divers, fils d'un pasteur protestant, il tait n 
Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Ds sa jeunesse, entran par une
irrsistible vocation, il avait beaucoup voyag, parcourant l'Allemagne,
la Hongrie, l'Angleterre, apprenant les langues des pays traverss,
observant de prs leur topographie, les moeurs de leurs habitants, et
c'est ainsi qu'il recueillit tant de solides matriaux pour
l'dification de ce monument considrable, la _Nouvelle. Gographie
universelle_, qui devait lui valoir  bon droit la clbrit.

Chez ce travailleur infatigable, le temps n'avait affaibli ni la
lucidit, ni l'activit intellectuelles; aux dix-neuf tomes de sa
_Gographie_, il s'tait propos d'ajouter un ouvrage complmentaire,
dont le titre: _l'Homme et la Terre_, indique  lui seul toute
l'ampleur. Il aura eu la suprme satisfaction de l'achever avant que la
mort vnt glacer sa main, et l'on peut dire de cette magistrale tude
qu'elle est le digne couronnement de l'difice.

Imbu d'ides trs indpendantes et trs avances en philosophie et en
politique, Elise Reclus avait particip en 1871  l'insurrection de la
Commune; ayant t condamn  la dportation simple, puis au
bannissement, il refusa de bnficier de l'amnistie. On se demande
comment l'incessant labeur du savant et de l'crivain s'accommoda de
l'instabilit d'une vie souvent heurte, passe en majeure partie 
l'tranger. En dernier lieu, il avait fix sa rsidence en Belgique et
occupait une chaire de gographie compare  l'Universit libre de
Bruxelles.

Quoi qu'on puisse penser des doctrines ultra-libertaires qu'il
professait et pratiquait avec l'intransigeance d'une profonde
conviction, il reste avant tout l'auteur d'une oeuvre imprissable, qui
lui survivra, au grand honneur de sa mmoire et de la science franaise.



SPORT FANTAISISTE

Le Racing-Club de France, qui a organis si souvent des preuves svres
de courses  pied, de grand fond et de vitesse, en plat ou avec
obstacles, offrait, la semaine dernire, sur sa pelouse, une
garden-party qui fut brillante par la profusion des toilettes claires,
des lgances discrtes--ou s'efforant de l'tre--des invites, et fort
pittoresque par les numros qui constituaient le programme: entre autres
une course de petites filles, et, pour jeunes gens, une course o les
obstacles taient figurs par des panneaux de papier que les concurrents
devaient intrpidement traverser. Cette preuve de sport amusant fut
d'ailleurs gagne, de haute lutte, par un athlte srieusement entran
 des courses moins fantaisistes: M. Moreau.

[Illustration: Course d'obstacles fantaisiste  la garden-party du
Racing-Club de France.]



M. ARISTIDE BRIAND

Avocat et journaliste, M. Aristide Briand s'tait dj signal dans les
rangs du socialisme militant lorsqu'en 1902 les lecteurs de la Loire
l'envoyrent  la Chambre o il ne devait pas tarder  marquer parmi les
meilleurs orateurs du groupe parlementaire reprsentant son parti. Le
dput de la Loire vient de conqurir la grande notorit en attachant
son nom  l'importante loi sur la sparation des glises et de l'tat,
adopte lundi dernier. En effet, en qualit de rapporteur, il a, pour
une large part, soutenu sans flchir le poids d'une longue et laborieuse
discussion, au cours de laquelle il a montr autant d'habilet que
d'loquence. Ayant su, tout en soutenant avec fermet ses principales
conclusions, favorables au projet, faire d'opportunes concessions 
l'esprit de tolrance et de libralisme, il a, au terme de sa tche, la
rare fortune de rallier  la fois les suffrages de ses amis politiques
et de ses adversaires.

[Illustration: M. Aristide Briand, rapporteur de la loi sur la
sparation des glises et de l'tat. Phot. Manuel.]

M. Briand, originaire de Nantes, n'a que quarante-trois ans.



NAVIGATION ARIENNE AU LONG COURS

Afin d'tudier les ressources pratiques, et aussi les difficults de la
direction des ballons, MM. Lebaudy ont dcid de faire faire  leur
arostat dirigeable, construit par M. Julliot et pilot par M.
Juchms--nous en avons fait la description  plusieurs reprises--un long
voyage par tapes  travers la France. Cette exprience de grande
envergure prsente un intrt d'autant plus vif qu'elle est effectue
avec le concours actif du parc arostatique militaire de Chalais.

Parti lundi matin de son arodrome de Moisson, le dirigeable _Lebaudy_
accomplissait en 2 h. 35 les 100 kilomtres de sa premire tape et
atterrissait heureusement  l'endroit dsign, prs de Meaux. Il
repartait mardi matin pour le camp de Chlons-sur-Marne; mais, oblig de
lutter contre un vent anormal, il a atterri  mi-chemin et s'est gar
provisoirement  la Fert-sous-Jouarre d'o, aprs s'tre
rapprovisionn en hydrogne, il a continu jeudi sa route arienne.

[Illustration: Le dirigeable _Lebaudy_ atterrissant  Meaux, premire
tape de son voyage de Moisson au camp de Chlons.]



LES TRAMWAYS FUNRAIRES

Nous attribuions, il y a quelques semaines (n du 22 avril),  la ville
de Milan, le mrite d'avoir, la premire, en Europe, employ les
tramways lectriques  l'arrosage de ses rues. L'affirmation nous a valu
diverses protestations: Bordeaux, depuis deux ans; Ble, depuis plus de
deux ans; une petite ville de Westphalie, Remscheid, voisine
d'Elberfeld, celle-l depuis dix ans, utilisent, parat-il, ce systme.
Dont acte.

Milan sera-t-elle plus heureuse avec les tramways funraires qu'elle
vient de crer?

Il y a beau temps, dj, que l'hygine recommande de ne plus tolrer
l'tablissement de nouveaux cimetires dans l'enceinte des villes. A
Milan, on s'empressa, ds qu'on le put, de tenir compte de cette
indication de la science et un nouveau cimetire fut cr en pleine
campagne,  13 kilomtres de la ville,  Musocco.

On ne fit  cette innovation qu'une objection: la difficult d'accs que
prsentait une ncropole aussi loigne. Mais l'dilit milanaise vient
de rpondre  cette critique en dcidant la cration d'une ligne de
tramways funraires desservant le cimetire nouveau.

La ligne part de la cour du vieux cimetire Monumental. A l'avant est
plac un fourgon mortuaire o l'on dpose le cercueil; ce fourgon,
d'ornementation sobre, contient  son arrire un compartiment pour le
personnel de service; un wagon spcial est rserv aux parents et amis.
Un train emporte le reste du cortge et ramne tout le monde, la
crmonie termine. Tous les frais du transport sont compris dans la
taxe municipale des pompes funbres.

Quelques minutes suffisent  amener tout le convoi  la ncropole de
Musocco, vaste champ de repos amnag selon les prescriptions les plus
rigoureuses de l'hygine moderne.



LA FTE FLIBRENNE DE SCEAUX

Les Mridionaux de Paris ou, tout aussi exactement, les Parisiens du
Midi--ceux d'entre eux du moins qui revendiquent le titre de cigaliers
et de flibres--ont clbr, le dimanche 2 juillet, leur fte annuelle.

Reus,  Sceaux, par la municipalit et la fanfare des pompiers, ils se
formrent en cortge et allrent couronner de fleurs les bustes de
Florian, d'Aubanel et de Paul Arne dont s'honore cette petite ville,
amie des lettres et des arts. Puis, sous les ombrages de l'ancien parc
de la duchesse du Maine, ils clbrrent les jeux Floraux. M. Camille
Pelletan, oublieux des soucis de la politique, en avait accept la
prsidence; il exalta les beauts de la Provence et du Languedoc, leurs
langues, leurs coutumes, leurs sites o chante ternellement la cigale
d'or. Et la Cour d'amour traditionnelle fut forme en cercle; la reine
actuelle du flibrige, Mme Marguerite Bouet, fille de notre confrre
Lon Bouet, directeur de l'Agence universelle de reportage
photographique, qui avait, pour la circonstance, revtu le costume
arlsien--seul costume royal devant lequel tous les rpublicains
s'inclinent, venait de dclarer M. Pelletan--prsidait gracieusement,
assiste de Mme Camille Pelletan et de la reine de l'an dernier, Mlle
Yvonne Bonnaud. On dit des vers, on chanta. On dna ensuite. Et enfin, 
la lueur de lanternes vnitiennes, une immense farandole, droule 
travers les alles du parc, termina la fte.

[Illustration: La Cour d'amour flibrenne  Sceaux: entre le maire de
Sceaux et M. Pelletan, Mlle Marguerite Bouet, en costume arlsien,
prside.]



[Illustration: QUESTIONS VINICOLES, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous tes articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

LE RAIDISSEUR "PARFAIT"

Le tendeur de fils que nous dcrivons  nos lecteurs possde de
remarquables qualits de lgret et de commodit; rien n'est d'ailleurs
plus simple que son emploi et sa construction.

Ce raidisseur est form d'un seul morceau de fil d'acier, pli de faon
 prsenter une boucle entre deux branches droites, perpendiculaires
entre elles, l'extrmit de la grande branche formant une sorte de
crochet.

Ce raidisseur existe en deux modles diffrents:

Dans le modle _ferm_, les deux branches se touchent, tandis que, dans
le modle _ouvert_, elles laissent entre elles un certain espace.

Pour utiliser ce raidisseur, on fait passer le fil  tendre dans la
boucle. Pour cela, si le fil  tendre a un bout libre, on passe ce bout
libre directement dans la boucle d'un raidisseur, ferm ou ouvert, et on
l'attache ensuite au point qui doit le recevoir. Si, au contraire, le
fil  tendre est dj attach  ses deux extrmits, on introduit ce fil
dans la boucle d'un raidisseur ouvert en le faisant passer entre ses
deux branches (fig. 1).

[Illustration: Fig. 1.]

Saisissant ensuite la grande branche, en fait tourner le raidisseur, en
ayant soin, si cela est ncessaire, de pousser un peu avec le doigt le
fil  tendre, de manire que ses deux brins viennent s'enrouler sur la
petite branche (fig. 2).

[Illustration: Fig. 2.]

Lorsque la tension voulue est obtenue, on arrte le raidisseur en
plaant le crochet qui se trouve  l'extrmit de la grande branche 
cheval sur l'un des brins du fil (fig. 3).

[Illustration: Fig. 3.]

Ce raidisseur peut aussi tre employ  l'tablissement de ligatures,
soit pour attacher un fil  une partie fixe, anneau, poteau, etc., soit
simplement pour former une boucle au bout d'un fil. Pour cela, on passe
le bout du fil dans la boucle d'un raidisseur et l'on fait tourner ce
raidisseur autour du fil: le bout s'enroule rgulirement, formant une
ligature rgulire, courte et trs solide (fig. 4).

[Illustration: Fig. 4.]

Ce nouveau raidisseur est trs bon march; tant fabriqu d'une seule
pice et en fil d'acier extra rsistant, il est trs robuste et ne
prsente aucun risque de casse ou de dtrioration quelconque.

Lger et peu volumineux, il est d'un transport facile.

Sa mise en place est des plus simples et _n'exige l'emploi d'aucune
clef._

Il n'y a aucune ligature  faire pour attacher le raidisseur, ni aucune
broche  poser pour le maintenir en place.

Le fil  tendre s'enroule sur une partie cylindrique de diamtre assez
faible; la tension s'opre rgulirement et d'une faon continue. On
peut, sans grand effort, la pousser  la limite et arriver  rompre le
fil. On peut l'arrter juste au point voulu, puisque,  chaque
demi-tour, on peut arrter le raidisseur.

Lorsqu'un fil est tendu depuis un certain temps et que la dilatation ou
la charge des fruits ont amen son allongement, on le retend avec la
plus grande facilit, en faisant faire au raidisseur un demi-tour, ou un
ou plusieurs tours.

Le raidisseur ferm ne peut pas tre enlev sans couper le fil qu'il
tend.

Le raidisseur ouvert peut se poser sur un fil dj en place, sans qu'il
soit besoin ni de le couper ni de le dtacher.

Il se pose sur la ronce artificielle aussi facilement que sur un fil
simple et exactement de la mme faon.

Lorsqu'on veut enlever un raidisseur pos, il est facile de le
dbarrasser du fil enroul dessus, en faisant glisser ce fil sur la
petite branche, aprs l'avoir coup dans la partie qui passe dans la
boucle.

La rouille n'influe pas sur le fonctionnement de cet appareil.

Le prix des raidisseurs variant de 7  80 francs le cent, suivant
dimensions, prire, pour tous renseignements, de s'adresser  _M.
Aufort, ingnieur  Vierzon (Cher)._

(La ronce artificielle se tend avec des raidisseurs n 3 ou n 4, valant
15 et 25 francs le cent.)

L'"IDAL"

L'Idal, tel est le nom donn par son inventeur  la nouvelle brosse 
barbe que nous dcrivons  nos lecteurs. L'Idal est un blaireau fort
commode, en ce sens qu'il empche radicalement le savon de se rpandre
le long de la monture, inconvnient qui oblige la personne se servant
des blaireaux ordinaires  s'essuyer constamment les mains, mouilles de
savon. D'autre part, ce dispositif permet de poser le blaireau tout
debout, au lieu de le placer dans un bol, d'o il peut s'chapper et se
dtriorer  terre, et dans lequel tout au moins il abme son bouquet.

Ces rsultats avantageux sont trs simplement obtenus. Le manche
ordinaire du blaireau est entour d'une enveloppe tubulaire plus grande,
formant un godet dont le blaireau occupe le centre. Ce godet reoit,
sans pouvoir le transmettre  l'enveloppe extrieure, le savon qui
s'coule le long des parois. Cette enveloppe se visse et se dvisse 
volont sur le manche pour permettre un nettoyage  grande eau, qui est
des plus aiss.

[Illustration: Les deux types du blaireau l'Idal.]

La figure ci-dessus permet de se rendre compte de la disposition de cet
ustensile.

Pour se procurer l'Idal, dont le prix de vente est de 13 francs la
douzaine, _s'adresser  M. Mignonac-Dret, 9, rue des Trois-Bornes,
Paris._










End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3254, 8 Juillet
1905, by Various

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L'ILLUSTRATION, NO. 3254, 8 JUILLET 1905 ***

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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