Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

Author: Various

Release Date: November 21, 2010 [EBook #34389]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3243, 22 ***




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L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905



Avec ce Numro: L'ILLUSTRATION THTRALE contenant L'AGE D'AIMER

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

_Supplments de ce numro:
1 Deux gravures hors texte en couleurs et remmarges;_
2 L'ILLUSTRATION THTRALE _avec le texte complet de_ L'AGE D'AIMER.


L'ILLUSTRATION

_Prix de ce Numro: Un Franc._
SAMEDI 22 AVRIL 1905
63e Anne.--No 3243.

[Illustration: M. Le Bargy dans le rle de l'abb Daniel. UN GRAND
SUCCS A LA COMDIE-FRANAISE: LE DUEL PAR M. HENRI LAVEDAN (_Le Duel_
paratra dans L'_Illustration_ du 13 mai.)]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Je n'ai pas os aborder encore l'exhibition de la Nationale, au Grand
Palais; aprs tant d'expositions de tableaux de toutes coles et de tous
formats dont ces six mois d'hiver furent remplis, j'prouve,  la veille
de ce dernier effort, un besoin de repos; je voudrais essayer d'oublier
tout ce que j'ai vu et ne point m'aventurer au milieu de ces deux mille
toiles avec des yeux trop fatigus... Et je suis alle, en attendant,
flner devant les quinze ou vingt cadres d'un Salon bien modeste et qui
n'est ouvert que pour quelques jours: c'est une exposition o des
architectes ont runi les esquisses d'un Palais-Royal transform.

Faire revivre le Palais-Royal! Je vois que ce rve hante beaucoup
d'imaginations parisiennes, et je me rappelle les beaux rcits, que me
faisait mon parrain, d'une poque glorieuse et que je n'ai point connue,
o le Palais-Royal tait un rendez-vous de fte parisienne et
d'honntes distractions aussi. Ses restaurants taient les plus
frquents de Paris; son thtre tait celui o l'tranger et le
provincial _devaient_ tre alls rire, et cela faisait partie du rite de
la Vie joyeuse. Une foule lgante affluait aux magasins des joailliers
dont les talages rpandaient une splendeur de luxe, le soir, sous ses
arcades illumines; et le dimanche aprs midi c'tait une jolie affluence
encore: celle des familles bourgeoises, des enfants dont les jeux
faisaient un accompagnement de joie bruyante aux orchestres militaires
qu'un auditoire mondain applaudissait. C'tait le temps o Monsieur,
Madame et Bb frquentaient encore les beaux jardins du centre de la
ville, o des projets de mariages s'bauchaient autour du canon du
Palais-Royal et sous les marronniers des Tuileries. Rendez-vous de
famille... Les familles se sont disperses dans la direction de l'toile
et du Bois, et la mode n'est plus de venir couter, le dimanche, la
musique militaire. On abandonne ce plaisir aux trs petites gens. Et,
tout doucement, le Palais-Royal s'est vid. Ses joailliers ont pris le
chemin de la rue Royale, les boutiques y sont  louer, presque toutes,
et l'on n'entend plus, sous les arbres, que des piaillements de moineaux
qui ignorent la mode et sont, eux, rests fidles aux habitudes de leurs
parents.

Fera-t-on revivre le Palais-Royal? Je pose la question  mon parrain,
qui fait une moue incrdule, voque (avec un peu d'exagration,
peut-tre?) les charmes du Paris qui n'est plus, et conclut que tout
cela ne le rajeunit point.

La dcoration de Mme Adelina Patti ne la rajeunira pas non plus.
J'entends dire que cette cantatrice, aujourd'hui chtelaine vnrable et
retire dans le pays de Galles, enthousiasma, il y a un peu plus de
trente ans, les Parisiens, et que c'est pour cela qu'on la dcore. On la
remercie--rien n'est plus juste--des satisfactions qu'elle a donnes 
nos parents; et cette croix d'honneur me fait un peu penser  celles
dont je vois le gouvernement de ce pays rcompenser, de temps en temps,
la vaillance de braves gens qui se sont bien battus  Saint-Privat... ou
en Crime.

Je reconnais cependant qu' l'gard des femmes de thtre, ces lenteurs
ont une excuse. Une femme de thtre est expose  bien des aventures;
et si puissant que soit son gnie de comdienne ou sa virtuosit de
cantatrice, il est rare que ce gnie ou cette virtuosit suffisent  la
prserver (comment dire cela?) d'accidents insparables de sa condition.
Car elle est femme; elle est faible; mal dfendue contre les embches
qui la guettent, et d'autant plus accessible aux tentations que le
Diable est l--compagnon de la Gloire--qui les multiplie autour
d'elle... Alors il a peur, le gouvernement; il craint qu'en ces
accidents le prestige du ruban rouge ne se trouve entam un peu; et il
prfre attendre... (comment dire cela encore?) il prfre attendre que
sa candidate ait atteint l'heureux moment de la vie  partir duquel le
danger de certaines dfaillances s'abolit de lui-mme...

Et voil pourquoi, sans doute, les femmes de thtre doivent tre
dcores un peu trop tard, si on ne veut pas s'exposer  ce qu'elles
l'aient t un peu trop tt.


Avec ou sans dcoration, Mme Adelina Patti aura connu la plus belle
joie que puisse souhaiter une virtuose: celle d'tre alle jusqu'au bout
du rve d'art qu'elle avait fait.

Notre pauvre Mimi Pinson n'aura pas eu cette chance-l. Elle avait
cependant, elle, une ambition plus modeste; elle ne songeait pas  la
gloire; elle ne demandait qu' continuer l'apprentissage des jolies
choses que M. Gustave Charpentier rva de lui enseigner; et voil, faute
de ressources, le Conservatoire de Mimi Pinson licenci. Finies les
leons de chant et de menuet, de harpe et de diction, d'orgue et de
piano--d'escrime mme!--Car tout cela s'enseignait au Conservatoire de
Mimi Pinson. Peut-tre mme y enseignait-on trop de choses, et j'ai peur
qu'en cette affaire M. Gustave Charpentier n'ait t dupe de trop de
gnrosit d'me, et d'un rve trop haut.

Il avait voulu, disent ses amis, mettre de l'idal dans l'me de
l'ouvrire de Paris; la consoler, par d'honntes plaisirs, des
tristesses, des monotonies du labeur quotidien. Mais  force de
consoler trop ingnieusement, trop savamment Mimi Pinson des petites
misres de son tat, ne pouvait-il arriver qu'il lui en inspirt le
dgot; et n'existe-t-il pas d'autres plaisirs--plus simples que l'tude
de l'orgue et de la harpe, moins scabreux que celle de la
dclamation--et cependant capables d'amuser proprement une ouvrire
que l'atelier fatigue, et de mettre,  moins de frais, dans sa vie, un
peu d'idal?

Je ne sais: ces modistes escrimeuses, ces couturires harpistes, ces
brodeuses qui apprennent la pavane et jouent _Rodogune_, m'inquitent...
On peut vouloir amliorer sa vie; mais mpriser sa vie est une condition
mauvaise de bonheur, et je serais bien surprise que, du haut du petit
nuage o la fantaisie d'un artiste gnreux les invitait, aux heures de
loisir,  se jucher, ces modistes, ces brodeuses, ces couturires
mancipes n'aient pas surpris en elles, quelquefois, une vague
mlancolie: l'ennui de ne plus aimer le mtier qui les nourrit.


Je viens de voir des gens qui ont l'air d'aimer furieusement celui
qu'ils font! Je suis alle me promener, au boulevard Richard-Lenoir, le
long des pauvres baraques o se sont ouvertes, dimanche, la foire  la
ferraille et la foire aux jambons.

Est-ce le printemps qui les met en joie ou sont-ce nos curiosits qui
dchanent ainsi leur verve? Je ne souponnais pas qu'on pt exercer
avec tant de bonne humeur des mtiers o la fantaisie tient si peu de
place. La foire  la ferraille a de spirituels bonimenteurs qui savent
attirer la foule et l'intresser  la vue des pauvres choses qu'ils
exhibent. J'ai beaucoup voyag; mais c'est en France seulement que j'ai
rencontr, sur les places publiques, cette figure tonnante du camelot
philosophe, ironiste, homme d'esprit sans grossiret, capable mme
d'une espce d'originalit dans l'expression,--avec des surprises
d'images, des trouvailles de mots qui amusent. La foire aux jambons
prsente une physionomie diffrente: c'est ici la province qui s'tale
et vocifre, parmi les talages si pittoresques de viandes fraches et
fumes, de saucissons, de hures, de hachis. Tous les types, tous les
accents, tous les patois se confondent en cette cohue. Autour des
produits amoncels en tas, suspendus en guirlandes au fronton de la
baraque, la femme s'agite, dcoupe, empaquette; l'homme bonimente, lui
aussi, mais simplement,--un bout de charcuterie piqu au bout de la lame
qu'il tend au passant, l'air joyeux; Gotez-donc, monsieur; gotez,
madame... Et il y a au fond de l'troite boutique quelques bouteilles
de vin de pays dont on arrose le rond de saucisson offert au passage,
quand c'est un compatriote qui l'a cueilli. Bienfaisante province! c'est
elle qui faisait, il y a quinze jours, dfiler chez nous le triomphant
cortge de ses animaux gras; c'est elle encore qui nous prodigue
aujourd'hui le luxe pantagrulique de ses charcuteries. Elle semble nous
dire: Voici Pques. Venez donc chez nous... vous y trouverez de la
gaiet, la vie facile, un tas de bonnes choses  manger, qu'ignorent vos
expositions culinaires. Vos cuisiniers,  vous, sont des chimistes.
Venez vous reposer de cette chimie auprs de nos cuisinires...

Je suivrai ce conseil; j'irai me reposer en province quelques jours. Ces
vacances de Pques ont un charme exquis; elles nous font goter la
douceur du printemps qui commence; elles interrompent d'une faon
dlicieusement reposante la monotonie ou la fatigue des labeurs qu'il
faudra recommencer demain; et on les aime justement parce qu'elles sont
courtes, trop courtes pour qu'on ait le temps de se rassasier du plaisir
qu'elles donnent.

Les vacances de Pques, ce n'est pas le dessert complet que les
grandes vacances nous promettent; c'est le sorbet rafrachissant qui
coupe en deux le menu trop charg des corves mondaines de l'hiver et
vous remet en apptit pour trois mois...

SONIA


DEUX TABLEAUX D'ALBERT GUILLAUME

_(Voir nos deux gravures hors texte.)_

Au Salon de la Socit nationale des Beaux-Arts, comme dans toutes les
expositions auxquelles l'artiste, en ces derniers temps, a pris part, la
foule se presse, amuse, devant la srie des envois de M. Albert
Guillaume.

La verve aimable et bonne enfant, la spirituelle observation que
dnotent ces toiles si alertement enleves justifient le succs qu'elles
rencontrent. Si jamais, un beau jour, quelqu'un entreprenait de
disserter sur les petits ridicules de ce temps, il pourrait recueillir,
dans l'oeuvre de M. Albert Guillaume, des traits utiles  son sujet. Il
ne saurait rver, pour son tude, de meilleures illustrations que ces
scnes entrevues et notes par le peintre, le sourire aux lvres, au
hasard de ses prgrinations  travers le monde parisien.

Par exemple, l'artiste a rapport de quelque bal lgant les deux toiles
dont nous publions dans ce numro de belles reproductions hors texte.

_Pendant le cotillon_, tandis que, dans le salon voisin, les couples
valsaient griss de mouvement, de lumire et de bruit, il profitait,
pour prendre un croquis et des notes, du sommeil rsign d'un bon gros
jeune homme, condamn par persuasion aux travaux forcs de la mode et du
monde, et qui, moins infatigable, moins entran qu'il ne voudrait le
paratre, s'tant livr tout le jour aux sports obligatoires, s'oublie
en un long somme, vers les trois heures du matin, sur un confortable
divan, proche l'entassement des accessoires; ou bien encore il suivait
goguenard, dans ce coin quasi dsert d'un boudoir retir, le mange de
cette petite caillette vapore consultant--heureux prtexte 
conversation un peu plus intime,  confidences,  confession--l'auteur 
la mode, le romancier d'aujourd'hui et de demain, condescendant et
intress, sur un grave problme sentimental. Et il fixait, dans
_Psychologie_, le souvenir du bon moment qu'il avait pass  les
observer.

Tout cela sans mchancet, sans amertume, avec un peu d'ironie, de
malice tout au plus, si bien que mme ses modles,  moins qu'ils
n'aient vraiment bien mauvais caractre, n'en sauraient garder nulle
rancune  leur peintre.



[Illustration: SCNE DU DEUXIME ACTE DU DUEL.--La duchesse de
Chailles (Mme Bartet) chez l'abb Daniel (M. Le Bargy)]

LE DUEL

M. Henri Lavedan et la Comdie-Franaise ont eu lundi une soire
triomphale, avec une oeuvre noble et belle, fortement conue, savamment
construite et savoureusement crite, mise  la scne et joue avec une
magistrale perfection.

Le _Duel_ est une pice  quatre personnages. Deux sont des prtres. Et
voici le plus sr tmoignage de la hauteur de pense et de l'art
admirable de M. Henri Lavedan: pas un instant, dans cette pice o deux
soutanes sont presque continuellement en scne, dont le sujet est une
pre lutte entre l'esprit chrtien et l'esprit athe, le spectateur n'a
mme la crainte d'une allusion aux faits d'actualit, aux conflits
brlants de l'glise et du pouvoir civil. Le meilleur catholique, le
plus intolrant anticlrical, assisteront aux trois actes du _Duel_ sans
qu'une rplique, un mot les irrite ou les froisse. Non pas que l'auteur
et lud les difficults de son sujet: il les a ignores; il s'est tenu
plus haut qu'elles. La critique a compar dj le _Duel_  _Polyeucte:
Polyeucte_ serait plus dangereux peut-tre  reprsenter aujourd'hui.

Il convient d'ajouter que M. Le Bargy (l'abb Daniel) et M. Paul Mounet
(Mgr Bolne) ont su crer deux figures saisissantes, inoubliables, d'une
grandeur et d'un relief tonnants. Nos photographies donnent du moins
une ide de l'aspect physique, de la physionomie, qu'ils ont prts au
jeune vicaire et au vieil vque. Ports avec cette noblesse, les habits
de prtre peuvent paratre sur les planches d'un thtre; ils n'y
sauraient choquer personne.

Ce n'est pas l'habitude de _l'Illustration_ d'analyser les oeuvres
dramatiques: elle a le privilge de les publier.

Nous publierons le _Duel_ dans le numro du 13 mai. Les dpts  faire 
l'tranger, indispensables pour une oeuvre qui sera joue dans toutes
les grandes villes des deux mondes, nous imposent ce dlai.

Nous offrirons  nos lecteurs cette belle primeur littraire entre deux
autres _l'Armature_, de M. Brieux, d'aprs le clbre roman de M. Paul
Hervieu, dont la premire reprsentation, au thtre du Vaudeville, a
t le second vnement littraire de cette semaine particulirement
heureuse--et _Monsieur Pigois_, la charmante comdie de M. Alfred
Capus.

[Illustration: M. Henri Lavedan]

[Illustration: _Photographies Mathieu-Deroche._ Mgr Bolne (M. Paul
Mounet).]



[Illustration: L'automobile de M. Haviland brle par les
grvistes.--_Phot. Peyclit, comm. par M. Dubreuil._]

[Illustration: Une barricade sur la vieille route d'Aixe.--_Phot.
Prosper Batier._]

[Illustration: La prison de Limoges:  gauche, la porte que les
grvistes ont enfonce. _Phot. Boureau._]

[Illustration: Le jardin d'Orsay: point o s'est produite la sanglante
collision entre les manifestants et la troupe. _Phot. comm. par M.
Thuillier._]

LES MEUTES DE LIMOGES

[Illustration: Le gnral Tournier, commandant du 12e corps
d'arme.--_Phot. Paul Boyer._]

[Illustration: M. Labussire, maire et dput de Limoges.--_Phot.
Faissat._]

[Illustration: Rue de la Mauvandire dpave par les grvistes: 
gauche, le mur de la prison.--_Phot. Boureau._]

[Illustration: Le gnral Plazanet, commandant les troupes de
Limoges.--_Phot. Faissat._]

[Illustration: M. Cassagneau, prfet de la Haute-Vienne.--_Phot.
Faissat._]

[Illustration: La porte de la prison enfonce par les meutiers.--_Phot.
comm. par M. Thuillier._]

[Illustration: Armurerie pille, place de la Motte.--_Phot. Peyclit._]

[Illustration: Funrailles de Camille Vardelle, victime de la
rpression.--_Phot. Peyclit_]

LES EMEUTES DE LIMOGES



LE MYSTRE DE CHERBOURG

Un romancier fort irrvrencieux. Alexandre Dumas, si j'ai bonne
mmoire, a os dire un jour qu'il y a quelque chose de plus grand que
l'infini des cieux: c'est, assurait-il, la btise humaine. Je ne
voudrais pas me faire l'cho d'une aussi formidable accusation, qui ne
date pas de notre poque, d'ailleurs, car elle est dj exprime en
termes pittoresques et non gazs par notre vieux Rabelais dans la vie
mirifique de Pantagruel. Mais j'oserai faire remarquer ici  mon tour,
aux lecteurs clairs de l'_Illustration_, que, vritablement,
l'ignorance des citoyens de notre belle plante a quelque chose de
fantastique et d'innarrable.

Depuis plus de quinte jours tous les journaux se font l'cho d'une
observation mirobolante faite par les habitants de l'une des plus
grandes villes de France, qui contemplent tous les soirs dans leur ciel
un astre inconnu et inexplicable. Ce mystre de Cherbourg fait couler
des flots d'encre. Quelle peut tre cette apparition cleste! _Lumen in
coelo_. Devise pontificale. Est-ce une comte qui vient embraser la
terre? Est-ce une toile temporaire comme celle qui terrifia nos
anctres l'anne de la Saint-Barthlmy? Est-ce l'toile des mages qui
ressuscite? Ne serait-ce pas un mtore d'un nouveau genre, un bolide
fixe, roulant, diurne, priodique? un tonnerre en boule se reformant
chaque soir? un parhlie vertical d  la rfraction du soleil couch?
un halo atmosphrique? un ballon lumineux? un essai de projection
lectrique par laquelle les navigateurs de la perfide Albion sonderaient
nos ctes?

Des milliers de personnes cherchent tous les soirs la solution de
l'nigme. Le prfet maritime prescrit une enqute et le commandant du
cuirass _Chasseloup-Laubat_ rdige un rapport. Les officiers de marine
ne se prononcent pas. Le phnomne lumineux reste envelopp d'un
profond mystre[1]. On peut lire dans les journaux les mieux informs
qu'un bolide a t vu  Tunis et qu'il pourrait bien tre venu planer
sur la rade de Cherbourg. Un journal de Paris, dat du 16 avril, publie
ceci: Le globe lumineux que l'on apercevait  Cherbourg a fait son
apparition, il y a trois jours,  La Role (Gironde), et tous les soirs
une grande quantit de curieux se rendent sur un point lev de la ville
pour examiner ce curieux phnomne. Etc., etc.

Note 1: Notre correspondant, M. J. Desrez, a pris,  l'intention de nos
lecteurs, ce croquis sommaire indiquant, au-dessus des Ormeaux, la
lueur mystrieuse telle qu'elle apparaissait aux Cherbourgeois vers le
10 avril.]

Voil ce qu'on peut lire partout, assaisonn de mille insanits. Or,
depuis trois grands mois, la belle plante Vnus, l'toile du Berger,
l'astre le plus clatant de la vote toile, brille tous les soirs dans
le ciel de l'ouest, crevant les yeux, pour ainsi dire, de son
blouissante lumire. Elle est si lumineuse qu'elle porte ombre, comme
un petit clair de lune. On peut l'apercevoir en plein jour mme, avant
le coucher du soleil. L'humanit l'a salue, depuis des milliers et des
milliers d'annes, du titre de souveraine des dieux et des hommes. Elle
est l'toile par excellence, la beaut, la blancheur, l'clatante, comme
l'appelle Homre. Les amants la prenaient pour tmoin de leurs serments
ternels aux temps de la lgendaire Smiramis comme de l'ardente
Cloptre.

[Illustration.]

[Illustration: Aspect tlescopique actuel de la plante Vnus.
(Observatoire de Juvisy.)]

Les auteurs anciens sont remplis d'elle, son culte plane mystrieusement
sur toutes les mythologies. Elle ne quitte presque jamais notre ciel,
tantt toile du soir et tantt toile du matin, et cette anne-ci
marque une de ses priodes les plus lumineuses, ce qui, par la
combinaison de son mouvement avec celui de la terre autour du soleil,
arrive tous les huit ans. Et,  en croire les relations publies par les
journaux, personne ne parat avoir pens  elle!

Du temps d'Homre, d'Hsiode, de Virgile, on tait certainement en
communication plus habituelle avec la nature. Il semble vraiment que, de
nos jours, on ignore tout.

Les 999 millimes des habitants de notre plante vivent sans savoir o
ils sont, sans jamais se le demander, sans se douter des merveilles de
l'univers, comme des hutres sous les flots, comme des lampes en leurs
galeries souterraines.

Il y a,  Paris, une Socit astronomique dont le _Bulletin_ mensuel
tient ses lecteurs au courant des choses du ciel et des progrs de la
science. Elle compte en ce moment 3.065 membres. Eh bien, sur ce nombre,
Paris n'en compte pas le quart, et la France tout entire pas la moiti.
La majeure partie des membres de la Socit astronomique de France,  la
tte de laquelle brillent les gloires de l'Institut et de la science
franaise: MM. Janssen. Poincar, Lippmann, Bouquet de la Grye, Caspari,
Deslandres, Lallemand, Appell, le gnral Parmentier, le comte de la
Baume, le prince d'Arenberg, le prince Roland Bonaparte, Loewy, Puiseux,
Caillevet, Laussedat, Bischoffsheim, Laisant, Ch.-Ed. Guillaume, etc.;
la majeure partie des socitaires, dis-je, sont des trangers, parmi
lesquels nous remarquons le jeune et actif roi d'Espagne, le roi de
Sude et de Norvge, le prince d'Oldenbourg, et dont l'empereur don Pedro
avait t l'un des premiers membres.

L'ignorance est gnrale en France, j'ose le dire et prendre la
responsabilit entire de cette triste affirmation, l'ignorance
astronomique sut tout. Je ne voudrais pas penser qu' ce point de vue
les ministres de l'instruction publique qui se sont succd en France
depuis un sicle pourraient tre aussi qualifis de ministres de
l'ignorance publique; cependant, je ne puis m'empcher de constater que
l'astronomie n'est enseigne nulle part, ni dans les coles primaires,
ni dans les coles secondaires, ni mme rpandue indirectement par des
livres de prix. Les livres de prix! J'ai quelquefois prsid des
distributions plus ou moins solennelles et feuillet ces ouvrages.
C'est,  part de rares exceptions, du dernier grotesque.

La leon qui vient de nous tre donne par le mystre de Cherbourg n'a
rien de surprenant. Nous servira-t-elle  quelque chose? Ce n'est pas
probable. La politique annihile toute vie intellectuelle. (L'anne
dernire, toutefois, j'ai eu l'honneur de contribuer pour ma part  la
fondation d'un vritable cours d'astronomie physique  la Sorbonne.
C'est peut-tre un commencement.)

Pour en revenir  Vnus, cause de tout cet moi populaire, le premier
tonnement des Cherbourgeois a d tre caus par l'agrandissement
apparent de ce point lumineux vu  travers une atmosphre humide et mal
dfini. L'imagination aura fait le reste. Dans les instruments
d'optique, la phase s'est de plus en plus accentue depuis trois mois,
selon les indications des annuaires astronomiques. A l'intention de nos
lecteurs, j'en ai fait prendre aujourd'hui mme (15 avril) un dessin 
mon observatoire de Juvisy, par M. Benot, astronome adjoint, et la
figure ci-contre en est la reproduction. Ce globe offre en ce moment un
admirable croissant, dont la finesse est suprieure  celle du croissant
lunaire. Les plus petites lunettes suffisent pour montrer cette figure
caractristique, et plusieurs personnes affirment la reconnatre  la
jumelle, ou mme  l'oeil nu.

La belle plante se rapproche chaque soir du soleil, prs duquel elle
passera le 27 de ce mois, pour devenir toile du matin.

CAMILLE FLAMMARION.



GUILLAUME II EN ITALIE

En partant de Tanger, aprs son escale si brve mais si commente et, 
la vrit, si pleine de consquences politiques, l'empereur Guillaume II
s'en fut vers l'Italie, puis la Sicile. L il dpouilla les uniformes
brillants et se mtamorphosa en touriste pour visiter les sites fameux
qui avoisinent le pied de l'Etna, et notamment Taormina, son vieux
chteau, les ruines de son thtre antique. C'est au retour d'une de ces
excursions en voiture que fut pris le clich que nous reproduisons ici
et qui nous montre un Guillaume II en panama et en ulster, sans plus
rien d'olympien dans le regard, un homme nouveau, simple, inattendu
enfin.

[Illustration: Guillaume II en Italie Phot. instantane.]



[Illustration: AU THTRE ROYAL DE MUNICH.--Reconstitution d'une fte 
Saint-Cyr: la Danse des Nymphes, en prsence de Louis XIV.]

[Illustration: La princesse Aldegunde de Bavire.]



UNE FTE A SAINT-CYR SOUS LOUIS XIV

Mme Sarah Bernhardt vient d'avoir l'heureuse ide de reprendre _Esther_;
mieux encore, de reconstituer la reprsentation de la tragdie de Racine
telle qu'en 1689 les pensionnaires de Saint Cyr la donnrent devant
Louis XIV. Scrupuleusement soucieuse de l'exactitude, la grande artiste
a distribu  sa troupe fminine tous les rles de la pice, o elle
tient elle-mme celui d'Assurus avec son ordinaire matrise, en un
superbe costume bleu turquoise rehauss d'or. Cette tentative a obtenu
un succs du meilleur aloi: si la mise en scne a satisfait les amateurs
de reconstitutions, les dlicats ont fort got les pures beauts
classiques d_'Esther_, infligeant, aprs plus de deux sicles, un
nouveau dmenti au fcheux pronostic de Mme de Svign. Son fameux
Racine passera comme le caf est, il est vrai, apocryphe (n'est-ce pas
le cas de nombre de mots historiques devenus proverbiaux?), mais elle
a crit  peu prs l'quivalent: Racine fait des comdies pour la
Champmesl; ce n'est pas pour les sicles  venir. La clbre
pistolire a commis l une de ces erreurs grossires auxquelles
n'chappent point les esprits les plus aviss: les oeuvres du divin
pote, y compris celles qui ne sortent gure du rpertoire des
pensionnats et des couvents, sont  l'preuve des atteintes du temps.

Aussi bien se rattachent-elles, dans l'ordre littraire,  l'poque dont
l'clat incomparable en toutes choses fut tel qu'il blouit encore de
ses lointains reflets les gnrations d'aujourd'hui et que l'vocation
de ce pass compte parmi les moyens les plus propres  relever l'apparat
artistique de certains divertissements o nous cherchons des diversions
aux ralits positives du prsent.

C'est ainsi que, dernirement, une fte de bienfaisance au profit d'une
Association d'anciennes institutrices s'tant organise  Munich, sous
le patronage de S. . R. la princesse Aldegunde de Bavire, le morceau
capital du programme fut: _Une fle  Saint-Cyr sous Louis XIV_. Munich,
d'ailleurs, on le sait a vou  notre Grand Roi un culte admiratif
pouss jusqu'au pastiche architectural de Versailles.

La reprsentation eut lieu au thtre de la rsidence royale. Salle des
plus brillantes, o la cour et la haute socit bavaroise formaient un
public d'lite. On remarquait les princesses Aldegunde, Gisle et Clara;
les princes Rupprecht, Lopold, Arnulph et Henri. Et, sur les planches
mmes, un puissant monarque daignait montrer Sa Majest au milieu d'une
autre cour et d'autres notabilits, occupant  l'avant-scne les places
rserves aux gens de qualit, suivant l'ancien usage. Car il
s'agissait, vous entendez bien, d'une rsurrection du dix-septime
sicle, d'une sorte de tableau anim reproduisant, dans un somptueux
dcor, les personnages d'une des priodes les plus prestigieuses de
l'histoire de France.

Mise en scne fort bien rgle, analogue  celle adopte au thtre
Sarah-Bernhardt pour encadrer l'interprtation d'_Esther_, avec cette
diffrence que, l, des acteurs et des actrices professionnels
reprsentaient les personnages illustres, tandis qu'au thtre de
Munich, des artistes improviss, des membres de l'aristocratie
bavaroise, remplissaient les principaux rles. Louis XIV, c'tait le
comte Albert Pappenheim: Mme de Maintenon; la baronne Sternegg; les
dames de sa suite: la princesse Lon Ratibor et la comtesse Otto
Castell; la directrice et les dames de la maison de Saint-Cyr: les
princesses Wrede, Lowenstein-Wertheim, Ysenburg, Mme Fiedler von
Isaborn, la baronne Viola Riedener; les gentilshommes de la suite du roi:
M. Fiedler von Isaborn, M. de Skrzyinski, le baron de Welczeck; quant
aux pensionnaires, elles taient figures par de jeunes institutrices.

Donc, Mme de Maintenon donnait un rgal au Roi-Soleil. Seulement
_Esther_ n'tait pas au programme;  l'austre tragdie, on avait
prfr un spectacle coup un peu plus frivole: _Danse des Nymphes et
Sarabande, les Prcieuses ridicules_ de Molire, rcitation d'une fable de
La Fontaine, danses de l'poque, numros varis o les nobles artistes
amateurs rivalisrent d'entrain pour leur propre agrment et celui des
spectateurs. Bref, une russite  souhait.

Le Louis XIV va-t-il devenir une des modes du vingtime sicle, comme
nagure le Premier Empire? En tout cas, il est intressant de
constater la faveur flatteuse dont jouissent  l'tranger les choses de
France, mme quand elles ont un caractre purement rtrospectif.

EDMOND FRANK.

[Illustration: AU THTRE SARAH-BERNHARDT.--Mme Sarah Bernhardt dans le
rle d'Assurus de la tragdie d'_Esther.--Phot. Henri Manuel._]


LE PROCS DU TRUST DES THTRES

Un hasard ami du pittoresque a fait se drouler dans la salle des cries
le procs du trust des thtres. La salle des cries (l-bas tout au
bout de la salle des Pas-Perdus) est la seule o les bancs du public
s'tagent en gradins demi-circulaires. Pour que les acheteurs
d'immeubles, aux jours d'adjudications, puissent sans peine faire un
signe  l'huissier qui annonce les surenchres, et pour qu'ils
aperoivent, sur le bureau du prsident, les _feux_ qui s'allument et
s'teignent, l'architecte a dispos les banquettes en amphithtre. Dans
amphithtre, il y a thtre, comme dit l'autre; cette salle tait donc
prdestine  juger ce procs qui meut depuis trois mois le monde
dramatique.

La salle des cries, ainsi construite, se trouve avoir, comme une salle
de parlement, une droite et une gauche qui se font face. Le sort a voulu
que les clients de Me Millerand, les novateurs, les contempteurs du
vieil ordre de choses, les rvolutionnaires, se groupassent  l'extrme
gauche, tandis que les partisans du _statu quo_, les conservateurs,
dfendus par Me Poincar, prenaient place  l'autre bout de la salle. A
droite: tous les socitaires de la Socit des auteurs et compositeurs
dramatiques. A gauche: des stagiaires et les _trusrers._

Au reste, c'est par la position seule des banquettes que l'assemble
rappelait un parlement. Les dbats se droulrent, en effet, dans le
silence le plus respectueux; la lutte fut d'une courtoisie parfaite, et
puis les reprsentants de l'une et l'autre opinion apportaient dans la
dfense de leurs ides une sincrit dont la politique ignore les
ardeurs. Chacun de ceux qui taient l savait bien que ses intrts
matriels taient directement et immdiatement en jeu. Autour des
orateurs, ce n'tait pas la foule des reprsentants du peuple, c'tait
le peuple mme, celui des matres-ouvriers d'art dramatique palpitant 
tous les incidents de l'audience.

Que voulait la gauche? Elle tait compose de deux groupes coaliss,
formant bloc contre la Socit des auteurs. Il y avait l des directeurs
impatients de ruiner la puissance de cette association qui maintient
haut et fixe le salaire de l'auteur dramatique, et grce 
laquelle--fait unique dans l'ordre conomique actuel--sont dictes au
Capital, par le Travail, toutes les conditions du contrat. Ceux-l,
vainement, avaient voulu secouer le joug, s'unir pour avoir raison des
crivains omnipotents et dmanteler la forteresse o ils s'abritent
contre la loi de l'offre et de la demande. Aces capitalistes s'taient
joints quelques stagiaires, les jeunes de la Socit, irrits de ne
point participer encore  tous les avantages qu'elle procure  ses
membres anciens et dnonant, enfants terribles, toutes les petites
erreurs qui se commettent dans la gestion quotidienne des intrts
qu'elle dfend.

Le procs tait n au mois de novembre 1903. Un banquier, M. Roy, avait
achet le droit au bail du thtre des Bouffes et il avait voulu obtenir
de la Socit des auteurs le trait gnral. C'est le trait que doit
signer tout imprsario qui, ouvrant un thtre, veut y jouer des pices
signes des membres de la Socit. C'est le trait qui fixe les
conditions gnrales que s'engage  consentir le directeur aux auteurs
qu'il reprsentera, et notamment le taux de 10% de la recette brute.

On refusa ce trait  M. Roy. Pourquoi? Parce que M. Roy tait l'associ
de MM. Deval et Richemond, directeurs de l'Athne et des
Folies-Dramatiques, et que la Socit voyait, dans leur association, un
commencement de _trust_ funeste au dveloppement de l'art dramatique et
aux intrts des crivains de thtre.

Pour ce refus de trait qu'il jugeait abusif M. Roy rclamait 100.000
francs d'indemnit.

Quand M. Richemond, le 1er mai suivant, demanda le renouvellement de son
trait, pour les mmes motifs le mme refus lui fut oppos. Il forma
contre la Socit une demande pareille, en limitant  50.000 francs
l'indemnit qu'il rclamait. C'taient ces deux demandes que soutenait
Me Millerand.

Un des articles des statuts de la Socit, article essentiel, vital,
porte interdiction  ses membres de faire jouer leurs pices sur des
thtres n'ayant pas de trait gnral avec la Socit. La violation de
cette prescription entrane, pour le dlinquant, de formidables amendes.

De l un procs reconventionnel de la Socit contre un de ses membres,
M. Chancel, auteur de _Mlle l'Ordonnance_. Deux autres vaudevillistes se
plaignaient du prjudice que le refus oppos  MM. Roy et Richemond leur
causait et ils se joignaient  M. Chancel pour demander au tribunal de
prononcer la nullit de la Socit. Me Signorino plaidait pour eux.

Me Poincar dfendait les intrts de la Socit des auteurs.

Les dbats, commencs le 7 fvrier, se sont termins mardi dernier, 18
avril.

Chaque mardi, pour suivre la discussion singulirement aride, une foule
de Parisiens se pressaient sur les bancs de bois de la salle, et des
Parisiennes aussi, qui coutaient avec un intrt rel ces longues
controverses sur la synallagmaticit des contrats, la libert du
commerce et de l'industrie, la thorie des obligations, des
quasi-contrats et les rgles des socits civiles.

Il y avait l MM. Sardou, Paul Hervieu. Alfred Capus, R. de Flers, G.-A.
de Caillevet, Robert Gangnat et Pellerin (ces deux derniers agents
gnraux de la Socit); MM, Richemond, Deval et Roy (les trusters);
MM. Paul Bilhaud, Michel Carr, Riche, Adrien Vly, G. Docquois, Henry
Kroul, Louis Forest, Antony Mars, Henry Bernstein, Pierre Decourcelle,
Feydeau, Georges Claretie, Adrien Bernheim; et des dames: Mme Alfred
Capus. Decourcelle, Robert de Flers, etc.. Conformment aux conclusions
de M. le substitut Boulloche, la Socit a pleinement gagn son procs.
Aucun des griefs invoqus n'a t dclar fond. La validit de la
Socit a t proclame. Son droit de refuser de traiter avec quiconque
lui apparat comme un cocontractant dangereux pour les intrts
professionnels a t reconnu. Le tribunal a affirm l'existence d'un
trust des thtres, en formation, ds novembre 1903. Il a dit que la
Socit n'tait point une oligarchie, qu'elle ne constituait pas un
monopole et que sa dfiance  l'gard des directeurs coaliss
n'apparaissait pas sans fondement.

Bref, ce fut le triomphe et, sur l'autel dramatique, le jugement immola
_Mme l'Ordonnance_ dont il interdit  l'avenir les reprsentations et
dont l'auteur est condamn au minimum de l'amende statutaire: 6.000
francs.

HENRI VAREMNE.



PREMIRES REPRSENTATIONS

_L'Armide_, de Gluck, charme les habitus de l'Opra malgr son
caractre archaque et la surabondance de formules vieillies, affirmant
ainsi ta toute-puissance de la mlodie, de l'art de tendresse, de grce
et aussi d'inspiration adquate aux sentiments exprims.
L'interprtation est suprieure avec Mlle Brval, excellente avec Mmes
Fart, Demougeot, Verlet et M. Delmas, suffisante avec les autres
interprtes.

Nous avons dj enregistr plus haut la nouvelle victoire que compte la
Comdie-Franaise avec le _Duel_, de M. Henri Lavedan, pice originale,
hardie et fort mouvante ainsi que nos lecteurs pourront en juger.
L'interprtai ion est  la hauteur de l'oeuvre. Mme Bartet, MM. Le
Bargy, Paul Mounet et R. Duflos forment un ensemble d'une perfection
absolue.

Nous publierons galement _l'Armature_, pice en cinq actes, tire d'un
roman de M. Paul Hervieu, par M. Brieux, et reprsente au thtre du
Vaudeville. L'auteur y dveloppe, avec son entente habituelle de la
scne, le thme dj connu des dboires et des turpitudes qu'occasionne
la fusion irralisable de la noblesse traditionnelle avec les fortunes
trop rapides de la finance. Mlle Cerny et M. Grand jouent leurs rles,
les seuls sympathiques de la pice, avec une ardeur des plus
communicatives.

[Illustration: M. Richemond. M. Deval. M. Roy. Me Signorino. M. Forest.
Trusters et stagiaires.]

[Illustration: M. Paul Hervieu. Mme Bernheim. M. Capus. M. Sardou. Mme
Capus. M. A. Bernheim. INSTANTANES D'AUDIENCE.--Les bancs de la Socit
des auteurs.]



[Illustration: AVANT LA PROCHAINE BATAILLE NAVALE.--Le pont avant du
"Mikasa", cuirass-amiral de la flotte japonaise. _Cette photographie a
t prise au cours d'une rception des correspondants de guerre
trangers par l'amiral Togo._]

_Documents et Informations_


[Illustration: Les rclames commerciales au Japon, le long des voies de
chemin de fer.]

PUBLICIT PITTORESQUE AU JAPON.

Dcidment, les Japonais ont rsolu d'tonner le monde en s'assimilant
la civilisation occidentale sous toutes ses formes: rien n'chappe 
leur ardeur imitatrice, pas mme la trs moderne industrie de la
publicit. Chez nous, on ne le sait que trop, hlas! celle-ci ne se
contente plus des murailles des villes et des paules des
hommes-affiches pour taler ses mirifiques boniments, copieusement
illustrs et violemment enlumins; elle s'est empare des terrains
situs en bordure des voies ferres, elle envahit les sites les plus
agrestes,  la grande dsolation des amateurs de paysages. Cette
innovation du progrs tait, parat-il, une de celles que le Japon nous
enviait,  l'gal de nos institutions; comme nous, il avait dj des
chemins de fer, mais il se sentait en tat d'infriorit notoire, tant
que son rseau n'tait pas, comme le ntre, bord d'un indicateur
commercial exhibant, sur le passage des trains, d'aguichantes rclames,
et son amour-propre national devait en souffrir. L encore, les Nippons,
se piquant d'mulation, ont voulu se mettre  la hauteur; c'est chose
accomplie aujourd'hui. Ils apportent d'ailleurs  l'application du
systme leur ingniosit proverbiale, les ressources particulires de
leur art et, en voyageant chez eux,  la vue de ces criteaux dcors
d'images, de ces dicules bizarres, de ces mannequins dresss le long
des rails, peut-tre, le prestige de l'exotisme aidant, goterions-nous
le pittoresque bien japonais d'un procd de publicit emprunt par
eux  notre Occident, o, bien que fort pratiqu, il ne compte pas
prcisment parmi les spectacles faits  souhait pour le plaisir des
yeux.


UNE MITRAILLEUSE PERFECTIONNE.

On annonce que le gouvernement russe vient de commander un certain
nombre de mitrailleuses d'un modle tout rcemment cr par un ingnieur
danois, M. Rexer. Le Japon avait d'ailleurs devanc son adversaire: il
va utiliser  bref dlai, si ce n'est fait dj, une quantit importante
de rexers, et l'arme anglaise a mis, la semaine dernire, en essais
la nouvelle arme. En effet, l'an dernier, tandis que le roi douard VII
tait en Danemark, il avait eu l'occasion d'assister aux expriences de
M. Rexer et en avait immdiatement signal l'intrt au War Office.
L'arme anglaise fut ainsi la premire cliente de l'inventeur, que le
gouvernement de son propre pays n'encourageait gure.

A en croire les spcialistes, la mitrailleuse, ou plutt le fusil
automatique Rexer, est une arme parfaite et appele  dtrner les
engins du mme genre, comme les maxims, en usage jusqu' prsent.

Le rexer est, en ralit, une sorte de gros mousquet. On peut voir sur
nos photographies combien sont rduites ses dimensions. Il ne pse que 8
kilogrammes, alors que le poids de la moins lourde des mitrailleuses en
service est de 37 kilogrammes. Un fantassin le porte aisment  la
bretelle. Un cavalier le pend  l'aron de sa selle, tandis qu'un cheval
peut suivre avec 8.000 cartouches, de la dimension mme des projectiles
lancs par les maxims, et contenues dans un magasin en ventail, le
ruban  cartouches, qui, au moment de l'action, s'adapte directement
sur le fusil.

Quant au fonctionnement de l'arme, tout ce qu'on en connat par les
quelques dtails publis jusqu' ce jour, c'est que le canon, enferm
dans une enveloppe ou tube extrieur, est en partie mobile; le mouvement
de recul que lui imprime chaque dtonation est corrig par l'action d'un
ressort qui le ramne  sa place normale.

Ce double mouvement de va-et-vient actionne le mcanisme renferm dans
la culasse; celle-ci s'ouvre automatiquement; la cartouche vide est
expulse et la culasse se referme sur la nouvelle cartouche.

L'arme est complte par un chevalet  deux jambes fix  l'extrmit du
canon, sur le tube extrieur. Pour tirer, l'homme peut s'tendre  plat
ventre sur le terrain; il appuie la crosse sur son paule droite; de la
main gauche, il met en place les rubans  cartouches. Il n'a plus qu'
toucher la dtente pour puiser, en moins de deux secondes, le magasin
qui comporte vingt-cinq cartouches.

Aprs quelque entranement, un homme peut tirer jusqu' trois cents
coups en une minute, rsultat obtenu au cours des essais qui ont eu lieu
la semaine dernire  Ealing (Angleterre). Grce au tube extrieur et
aux deux pieds fixs  l'extrmit du canon, rchauffement de ce dernier
n'interrompt pas le tir.

Nous ajouterons que les cartouches peuvent tre tires une  une, comme
avec un fusil ordinaire, ce qui permet au soldat, en cas de besoin, de
prendre son temps pour viser. L'effet du recul tant presque nul, l'arme
ne dvie pas sensiblement pendant le tir et c'est un jeu pour un bon
tireur, ainsi que l'ont prouv les exercices de tir excuts 
Copenhague, que de faire mouche avec les vingt-cinq balles du magasin.


LES TRAMWAYS-ARROSOIRS.

[Illustration: L'arrosage par tramway automobile dans les rues de Milan.
_Phot. Varischi-Artico._]

La ville de Milan a eu la primeur, en Europe, de l'arrosage des rues au
moyen des tramways lectriques.

A la vrit, on trouverait assez difficilement une autre ville se
prtant aussi bien  une innovation de ce genre.

Offrant l'image d'un cercle presque parfait, avec sa grande place du
Dme au centre et ses rues principales y aboutissant toutes, Milan
possdait depuis longtemps le rseau de tramways le plus parfait du
vieux monde, se dveloppant sur 150 kilomtres.

Soit dit en passant, ce service modle est la proprit de la ville qui
en a concd l'exploitation  la Compagnie Edison. L'entreprise est
fructueuse pour la bailleresse comme pour la Compagnie fermire, puisque
chacune d'elles y ralise un bnfice net de plus d'un million par an.
Et cela malgr--ou plutt  cause de--la modicit du prix des places:
dix centimes aprs neuf heures du matin, cinq centimes auparavant: cela
encore, dans des voitures confortables, lgantes, lgres et propres,
se succdant  intervalles assez rapprochs pour assurer la rapidit des
trajets, sans qu'il y ait jamais ni vide, ni encombrement.

L'invention amricaine des tramways-arrosoirs devait ncessairement y
trouver une application pratique.

On a construit  cet effet des wagons spciaux. Sur des
wagons-plates-formes ordinaires ont t adapts des rservoirs de la
capacit de trente mtre cubes environ chacun. Le long du parcours sur
les rails, ces rservoirs sont vids au moyen de tubes perfors,
disposs en ventail  l'avant et  l'arrire des wagons et tourns
obliquement, sur les deux cts, vers la droite et vers la gauche. Dans
l'intrieur des rservoirs, l'eau subit une pression de quatre
atmosphres, ce qui a pour but d'largir le rayon d'arrosage, tout en
diminuant la dpense en liquide.

A l'avant et  l'arrire des wagons (afin de pouvoir manoeuvrer en tous
sens) sont mnages deux terrasses o se tient le personnel de service.
Au moment de la mise en marche, le conducteur lance son vhicule comme
un simple wagon  voyageurs;  sa gauche et  sa droite prennent place,
sur la terrasse, les deux _arroseurs_ qui rglent la distribution d'eau
selon les parcours et selon la largeur des voies; l'ventail de
projection des eaux peut tre largi ou resserr  volont, et la
distance des jets de pluie rgle  quelques centimtres prs.

L'arrosage d'une ville de six cent mille habitants est ainsi assur en
moins d'une heure.

Pour voir fonctionner ce curieux systme il faut se lever de bon matin,
car les arrosoirs lectriques cdent la place ds cinq heures au
service des voyageurs.


LA CURE DES JAUNES.

Ceci n'a rien  faire avec l'Extrme-Orient: les jaunes dont il s'agit
sont ceux que nous donnent les oeufs de poule. Et, s'il faut en croire
un mdecin amricain, M. Stein, les jaunes d'oeufs ont devant eux un bel
avenir, en tant que constituant l'aliment par excellence du mal nourri
et de tous ceux qui pour une cause ou pour une autre, ont besoin d'tre
suraliments. Le jaune d'oeuf, on le sait, est trs riche en matires
azotes, trs riche encore en matires grasses. C'est un aliment presque
complet. Mais ses bienfaits varient selon la manire dont on en fait
usage.


[Illustration: Le fusil-mitrailleuse Rexer en position de tir avec son
ruban-magasin  cartouches.]

[Illustration: Cavalier arm du fusil-mitrailleuse Rexer et son cheval
porteur d'une rserve de 8.000 cartouches.]

UN NOUVEL ENGIN DE GUERRE

Le vhicule dans lequel on l'administre a son importance. Pour certains
sujets, il faut le faire absorber avec du lait, du caf ou du th; pour
d'autres, avec du bouillon, ou un potage. Chez le tuberculeux, le jaune
d'oeuf doit tre donn en abondance, par surcrot, comme matire grasse
en plus du rgime ordinaire. Et, si le malade ne gagne pas du poids, il
faut changer de mthode d'administration; c'est que la substance dans
laquelle on donne les jaunes ne s'assimile pas: il faut chercher une
autre combinaison et procder par ttonnements jusqu' ce que l'on ait
mis la main sur le vhicule convenable. Il convient de remarquer que
l'absorption du jaune ne facilite pas celle des matires grasses en
gnral, d'o le conseil donn par M. Stein de supprimer les corps gras
de l'alimentation chez les sujets qui s'assimilent bien le jaune et de
les remplacer par des farines. Plus tard, quand cela va mieux, on peut
introduire d'autres corps gras dans l'alimentation, par exemple en
faisant alterner les menus; un jour, ce sont les jaunes seuls qui
fournissent la graisse; le lendemain, ce sont les aliments gras
ordinaires, et ainsi de suite. La quantit de jaunes qu'on peut absorber
est considrable: un tuberculeux pesant 50 kilos au lieu de 64 kilos
doit prendre jusqu' 15 jaunes dans sa journe, dans du lait, dans du
caf, dans un potage, dans une bouillie, en grog enfin. Telle est la
cure des jaunes qui a certainement pour elle des raisons solides et
scientifiques.


LES DANGERS DU CHATOUILLEMENT.

On raconte que Barbe-Bleue tuait parfois les pouses ayant cess de
plaire en les chatouillant.

Ceci est peut-tre une lgende. En tout cas, Barbe-Bleue en est une, et
ce n'est pas l qu'il faut aller chercher des documents scientifiques.
Mais, si le chatouillement ne tue pas--ce dont on ne sait rien,
d'ailleurs, personne n'ayant fait l'exprience--il est certain que,
d'aprs les faits que M. Charles Fr a rcemment prsents  la Socit
de Biologie, le chatouillement peut faire beaucoup de mal. Il peut
favoriser l'apparition de l'pilepsie: un petit garon est devenu
pileptique  la suite d'un chatouillement peu prolong des aisselles.
Une jeune fille, encore, est devenue chorique dans les mmes
conditions.

Dans d'autres cas, le mal a t moins grave: les sujets sont devenus
neurasthniques.

D'autres observateurs ont signal des accidents d'un autre ordre: on a
vu se dvelopper des troubles cardiaques. Il n'y a pas  tre trs
surpris du contre-coup grave que peut avoir le chatouillement.
L'irritation cutane peut bien, semble-t-il, exercer des actions 
distance aussi vives que l'irritation des fosses nasales, de l'intestin,
du conduit auditif, etc., par des parasites. Aussi faut-il considrer le
chatouillement comme un amusement qui peut avoir des consquences
funestes: un amusement  proscrire.


LES FEUILLES D'ALUMINIUM COMME PAPIER.

La lgret et le bas prix de l'aluminium dsignaient ce mtal  de
nombreux emplois jusqu' prsent interdits aux mtaux; et tout d'abord
on s'en servit comme de carton.

Nous avons eu, ces annes dernires, des cartes de visite et des
cartes-rclames en aluminium. Mais, bientt, on russissait  diminuer
encore l'paisseur de la feuille et, maintenant, le nouveau mtal se
prsente au commerce en lames aussi fines et aussi lgres que le plus
fin des papiers.

Avec 33 grammes d'aluminium, on a russi  laminer des feuilles d'un
mtre carr. Comme il semble que l'emploi des feuilles d'aluminium pour
la conservation des substances alimentaires soit  la veille de se
substituer  l'emploi des feuilles d'tain, dites vulgairement papier
d'argent, il tait indispensable de savoir si ces nouvelles feuilles ne
contenaient ni arsenic, ni autres mtaux toxiques.

Sous ce rapport, l'analyse chimique faite par M. Ogier a t tout  fait
rassurante. On n'y trouve, associs en trs faibles proportions 
l'aluminium, que du calcium, un peu de fer et des traces de cuivre.

Mais,  ct des feuilles mtalliques, on emploie aussi des papiers
mtalliss, qui nous viennent d'Allemagne. Dans ces papiers, on trouve,
comme principales impurets, le charbon et l'alumine. Le danger en est
donc nul.

Le prix des feuilles d'aluminium, ayant un centime de millimtre
d'paisseur, est de 7 francs le kilo, avec un minimum de 30 mtres
carrs au kilogramme.

La substitution du papier d'aluminium au papier d'tain sera en somme
favorable  l'hygine; car l'tain est frquemment mlang de plomb,
depuis qu'on le retire des botes de conserves et autres vases hors de
service.

D'autre part, M. Balland a constat que l'air, l'eau, le vin, la bire,
le cidre, le caf, le lait, les huiles, les graisses, ont moins d'action
sur l'aluminium que sur le plomb, le zinc et l'tain.

Enfin, M. Riche a tabli que l'tain et le nickel sont plus corrods par
l'acide lactique et l'acide actique tendus que l'aluminium. Le
chocolat, le pain d'pices, les bonbons, n'auront donc rien  redouter
du papier d'aluminium.

Le seul agent un peu dangereux pour l'aluminium, c'est le sel marin.

En somme--et telle est la conclusion d'une tude de M. Riche sur la
valeur hyginique du papier d'aluminium--sa substitution au papier
d'tain doit tre considre comme sans inconvnients au point de vue de
l'hygine.


LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE ET LA FABRICATION DES EXPLOSIFS.

La fabrication intensive d'explosifs ncessite par la guerre
russo-japonaise a provoqu une crise conomique spciale qui svit
actuellement avec une grande acuit sur le march des substances qui
entrent dans la composition des explosifs de guerre.

C'est ainsi que les prix du camphre et de l'corce de bourgne ou aulne
noir ont mont  des hauteurs fantastiques.

Pour le camphre, la hausse du prix a t d'autant plus considrable que
le Japon est le seul pays producteur et exportateur de cette substance,
et qu'il s'en est rserv la monopolisation, comme la Suisse l'a fait
pour l'alcool. Le prix du camphre est alors rgl par un dcret du
Mikado.

Le camphre joue d'ailleurs un rle capital dans la fabrication des
explosifs, en ce sens qu'il rend l'acide picrique maniable. Cet acide,
additionn de camphre, fond et coule  une douce chaleur, sans dtoner,
et c'est ainsi que l'on peut fabriquer la mlinite, qui n'est que de
l'acide picrique fondu en plaques de faible paisseur.

Comme consquence, le camphre n'a plus aujourd'hui de cours commercial.

Quant  l'corce d'aulne, utilise pour la fabrication de la poudre sans
fume, son prix a dcupl depuis six mois, mais sa rarfaction sur le
march n'intresse gure que les gouvernements qui ont  fabriquer de la
poudre; tandis que celle du camphre, qui est si largement utilis en
mdecine et en hygine, se fait directement sentir sur toutes les
bourses.



_Mouvement littraire_

_Dix mois de guerre en Mandchourie_, par RAYMOND RECOULY (JUVEN, 3 fr.
50).--_Journal d'un correspondant de guerre en Extrme-Orient_, par
RGINALD KAMI (CALMANN-LVY, 3 fr. 50).--_Jaunes contre Blancs, le
problme militaire indo-chinois_, par R. CASTEX (CHARLES-LAVAUZELLE, 3
fr. 50).--_La Troisime Jeunesse de Mlle Prune_, par PIERRE LOTI
(CALMANN-LVY, 3 fr. 50). Dix mois de guerre en Mandchourie. M. Raymond
Recouly a t le correspondant du _Temps_ pendant une partie de la
guerre russo-japonaise. A la fois lettr et prcis, il nous dit ce qu'il
a vu et les impressions qu'il a prouves. Suivant dans ses marches
l'arme russe, il a t envelopp dans la grande bataille de Liao-Yang,
 la fin d'aot et au commencement de septembre dernier. Les soldats
russes qu'il a observs, puisqu'il tait ml  leurs bataillons, ont
montr un hrosme surhumain, dans toutes les rencontres, principalement
 Liao-Yang. Contre leur courage, toutes les attaques furieuses des
Japonais se sont brises. Ils sont rests, au dbut et mme  la fin de
la grande bataille, matres de leurs positions. Et, cependant, la
retraite a sonn! On a craint le mouvement de Kuroki et d'tre coup de
la ligne de communication. Avec un peu d'nergie et plus de coordination
dans les efforts, peut tre aurait-on eu facilement raison du gnral
nippon, qui avait un fleuve  franchir. Il fallait se porter rapidement
 sa rencontre--il tait isol--et le sparer de plus en plus du gros de
l'anne. Mais, suprieur dans la dfensive et presque invincible, le
soldat russe l'est montr d'une notoire inhabilet dans l'offensive. Ce
que nous souponnions, M. Recouly nous l'apprend de la faon la plus
nette. Pendant que les Japonais faisaient la guerre hardie, la guerre
napolonienne, leurs adversaires, braves entre tous, se contentaient de
parer les coups. A Cha-K, l'attaque russe, faute d'unit, choua
compltement. Sur les moeurs du pays mandchou, sur les diffrentes races
qui l'habitent, sur la haine des Anglais contre les Russes, sur les
hsitations des Chinois, toujours disposs  se tourner du ct du _piu
patente_, M. Recouly nous renseigne exactement. Quand il ne peut
assister aux batailles, il examine les lieux, dcrit la topographie du
pays, nous initie aux habitudes et aux passions de ceux qui peuplent la
grande Mandchourie et nous rvle jusqu' quel point les Nippons sont
admirables dans l'organisation de l'espionnage. Le reporter actuel est
d'une grande utilit: il remplace les anciens crivains de _Mmoires_, et
peut-tre avantageusement pour les historiens futurs, car il apporte
moins de proccupations personnelles dans son rcit.


Journal d'un correspondant de guerre en Extrme-Orient.

M. Recouly s'est acquitt de sa tche de correspondant dans l'arme
russe, M. Rginald Kann dans l'arme japonaise.

Peut-tre M. Kann n'a-t-il pas rencontr chez les Nippons la mme
bonhomie, ni les mmes facilits cordiales que M. Recouly chez les
Russes Combien de jours il a d se promener  Tokio et  Yokohama avant
d'obtenir l'autorisation de suivre les oprations militaires en Core et
en Mandchourie! Avec une bonne foi douteuse, on lui promettait tout sans
lui rien accorder. Enfin, il a pu remplir ses fonctions d'observateur et
de reporter et assister, comme M. Recouly,  la bataille de Liao-Yang.
_L'Illustration_ a eu la primeur de son rcit dans le numro du 19
novembre 1904. Ancien lve de Saint-Cyr, M. Kann est du mtier et
s'intresse  la guerre. Echappant  la surveillance troite  laquelle
on le soumettait, il a, d'une hauteur, contempl la grande lutte,
l'embrassant dans son tendue, relevant les dtails. Il marque les
dfectuosits de la dfense russe, le tort que l'on avait de trop serrer
les soldats, de les prsenter comme une cible facile aux coups de
l'ennemi; dans la dfensive, il faut un peu parpiller les hommes, afin
de laisser des espaces par lesquels bombes et balles puissent passer et
se perdre. La longue lutte de Liao-Yang fournit encore  M. Kann
l'occasion de faire remarquer ce que Sadowa avait suggr aux hommes
comptents. Il ne faut pas exagrer l'importance de l'artillerie dans la
guerre En 1866, les Autrichiens, par leurs canons, taient suprieurs
aux Prussiens, mais ce furent les fusils de l'infanterie prussienne qui
dcidrent de la journe. A Liao-Yang, les munitions de l'artillerie
nipponne taient dplorables, ce qui n'empcha pas les Japonais d'avoir
le dessus. Au fond, les obus et les boulets font plus de bruit que
d'effet. Il est vrai que, s'ils ne tuent pas comme les balles presses,
invisibles et rapides, ils jettent dans les rangs adverses la terreur et
le dsarroi, et que l'infanterie, se sentant soutenue par le tir des
canons, marche plus vigoureusement et avec plus d'entrain.

Au point de vue militaire, le livre de M. Kann est des plus instructifs;
il est bon de mettre son rcit en face du rcit de M. Recouly; les deux
se compltent.

Toutefois, ajoutons que M. Kann n'a pas dans le haut commandement nippon
une confiance dmesure. Si celui-ci avait, au dbut de la guerre, avec
ses quatre cent cinquante mille hommes compltement prts, montr plus
d'activit, que serait-il advenu de la Russie qui n'avait presque
personne en Extrme-Orient?

Aprs chaque grande victoire, les Japonais se sont pareillement un peu
trop longtemps reposs, ne poursuivant pas leurs avantages et laissant 
l'ennemi le temps de se ressaisir, de se ravitailler en hommes et en
munitions.


Jaunes contre Blancs.

M. R. Castex, enseigne de vaisseau, a, en 1904, accompagn M. Franois
Deloncle, charg d'une mission en Indo-Chine et d'une enqute sur
notre grande colonie. _Jaunes contre Blancs_ nous fournit un rsum fort
lumineux de l'tat de l'Indo-Chine et de ce que nous devons prparer
l-bas. Dj signal ds 1897, par M. Doumer, le pril japonais est
devenu des plus imminents. Nous n'avons rien  redouter des Anglais et
des Allemands qui, avant peu, auront les mmes ennemis que nous-mmes.
Mais le Japon est l, actif, remuant, organisant avec ses officiers
l'arme chinoise et celle du Siam, inondant notre colonie elle-mme de
ses espions dguiss en Clestes et mme en bonzes. Au moment redout,
nous les trouverions  l'intrieur mme de la Cochinchine, du Tonkin et
de l'Annam, soufflant le feu, attisant la rvolte des populations. Que
devons-nous faire en prvision d'une attaque prochaine?

Notre marine est fort suprieure  celle du Japon. Mais, pour qu'elle se
mobilise, s'approvisionne de charbon et atteigne le lieu des hostilits,
il lui faut trois mois au minimum. Il est donc ncessaire de faire de
l'Indo-Chine comme une place en tat de rsister pendant trois mois aux
assauts de l'ennemi, avec ses propres forces. C'est comme une
grand'garde qu'il importe de constituer le plus tt possible. La
Cochinchine et le Tonkin sont spars l'un de l'autre et ne pourraient,
en cas de guerre, se prter aucun appui. Leur mise en tat de dfense
n'est pas identique; ce sont deux units non relies entre elles. Avec
prcision, M. Castex entre dans des dtails techniques, marque les
points  fortifier et surtout le systme de croiseurs et de sous-marins
 tablir pour rendre les dbarquements ennemis plus prilleux. Si la
France veut conserver son plus brillant empire colonial et le rendre
inaccessible aux entreprises des jaunes conduits par les Nippons, c'est
 une dpense de 180 millions qu'elle doit se rsigner. Chiffre norme!
Mais ne risquerait-il pas d'tre bien des fois doubl si l'on ne se
dcidait  faire ces prparatifs indispensables? Que l'optimisme de nos
allis les Russes nous serve de leon!


La Troisime Jeunesse de Mme Prune.

Au moment o j'achve cet article parat le volume de M. Loti. Le divin
charmeur a visit le Japon dans ces derniers temps: il y a pass une
anne presque entire. Combien peu belliqueux est son livre! Il a
retrouv, l-bas, les mousms, les maisons de th, les danseuses aux
grces flines, parmi lesquelles Pluie d'avril; il a revu sa belle-mre,
Mme Renoncule; une cousine au vocable de Fleur-de-Cerisier; et, en plein
veuvage, en pleine ardeur de la troisime jeunesse, Mme Prune. C'est
encore le Japon ancien, le Japon de jolies couleurs et de paravent qu'a
entrevu l'oeil de M. Loti. O illusion de la posie et des souvenirs!

E. LEDRAIN.



Ont paru:

_La Grande Aventure_, par Georges de Labruyre. 1 vol., Librairie
universelle, 3 fr. 50.--_Jean et Pascal_, par Mme Juliette Adam, 1
vol., Lemerre, 3 fr. 50.--_Le Fond secret._ par Michel Provins. 1 vol..
Fasquelle, 3 fr. 50.--_Brichanteau clbre_, par Jules Claretie. 1
vol., Fasquelle, 3 fr. 50.--_Un officier de cavalerie. Souvenirs du
gnral L'Hotte_, 1 vol. in-16, Plon-Nourrit et Cie, 3 fr. 50.--_Les
Cosaques de Transbakalie en Mandchourie en 1900_ par le gnral-major
Nicola-Orlov. 1 vol., Lavauzelle, 3 fr.--_Souvenirs d'un vlite de la
garde, sous Napolon Ier_, par Lombard-Dumas. 1 vol. in-16, Plon-Nourrit
et Cie, 3 fr. 50,--_Mdecine de l'enfance_, par le docteur Monin. 1 vol.
in-16, Maloine, 5 fr.


[Illustration: La jete de Cam-Ranh.]

LA BAIE DE CAM-RANH

La baie de Cam-Ranh, o, d'aprs de rcents cblogrammes, l'escadre de
l'amiral Rodjestvensky est ancre  l'heure actuelle, est un point
stratgique des plus importants,  cause de sa situation sur la route
directe des paquebots entre Hong-Kong et Singapour. On comprend donc
aisment le choix de l'amiral russe, qui a peut-tre galement espr
trouvera Cam-Ranh quelques facilits d'approvisionnement en combustible;
MM. de Barthlmy et de Pourtals y ont, en effet, cr d'importants
dpts de briquettes agglomres.


LE COLONEL RENARD

La mort subite du colonel Renard, directeur du parc arostatique
militaire de Chalais-Meudon, vient de priver prmaturment l'arme et la
science d'une personnalit de haute valeur.

Fils d'un magistrat, Charles Renard tait n  Damblain (Vosges), le 23
novembre 1847. Il comptait parmi les plus brillants lves du lyce de
Nancy et, au concours gnral de 1866,  dix-huit ans, il remportait le
prix d'honneur de mathmatiques spciales; cette mme anne, il tait
reu troisime  l'cole normale suprieure en mme temps qu' l'cole
polytechnique. Ayant opt pour celle-ci, il en sortit dans l'arme du
gnie.

[Illustration: Panorama de la baie de Cam-Ranh, o des tlgrammes ont
signal l'escadre de Rodjestvensky.--Phot. comm. par M. de Barthlmy.]

Il fit la campagne de 1870  l'arme de la Loire,  l'arme de l'Est
avec Bourbaki. A dater de 1873, attir tout particulirement vers les
recherches d'arostation et d'aviation, il s'y consacra avec les
collaborations successives du capitaine Krebs et de son frre, le
commandant Renard. Il eut la satisfaction de rsoudre le premier, d'une
faon complte, le problme de l'arostat dirigeable, c'est--dire le
retour certain au point de dpart dans des conditions favorables. Il
avait acquis en cette matire une comptence et une autorit
incontestes.

[Illustration: Le colonel Ch. Renard.]

Les chercheurs du grand problme de l'aviation trouvaient toujours de
bons conseils et un excellent accueil auprs deavant modeste et
bienveillant autant qu'minent. Mcanicien distingu dans les diverses
branches et en mme temps physicien, le colonel Renard prsidait
plusieurs socits savantes et avait apport un prcieux concours, comme
membre des jurys et des commissions,  nos expositions universelles.

LE TOURBILLON DE LA MORT

[Illustration: Mlle Marcelle Randal dans l'automobile du Tourbillon de
la mort.]

Cette nouveaut acrobatique vient, hlas! de justifier son appellation
funbre, qu'on prsumait volontiers n'tre qu'une artificieuse hyperbole
destine  corser l'effet d'une attraction sensationnelle.

Le Tourbillon de la mort, c'tait le dernier mot du _looping the
loop_, le bouclage de la boucle en automobile, agrment d'un surcrot
de difficults. On sait--et notre schma le fera mieux comprendre
encore--comment fonctionnait, depuis un mois environ, au Casino de
Paris, l'appareil construit par l'ingnieur Revel. L'automobile o se
tenait, ligote, Mlle Marcelle Randal, une jeune fille de vingt-deux
ans, descendait avec une rapidit vertigineuse d'une hauteur de 8
mtres, le long d'un plancher fortement inclin; au bas de ce plancher,
les roues de derrire faisaient dclencher un puissant ressort, qui
projetait la voiture en l'air en la faisant basculer; il en rsultait un
vritable saut prilleux, au terme duquel le vhicule retombait sur un
plan d'arrt.

Le soir du vendredi 14 avril, Mme Randal, son exercice accompli, ne se
releva pas,  son ordinaire, pour saluer les spectateurs: on la
transporta vanouie  son domicile, o elle expirait, le lendemain, sans
avoir repris connaissance. Une instruction judiciaire est ouverte et,
d'aprs l'avis des mdecins, il semble bien que cette mort doive tre
attribue non  un accident, mais  la rptition de la commotion
crbrale, consquence des violentes secousses imprimes au corps de la
jeune acrobate.

[Illustration: Le dpt de charbon de Cam-Ranh.]


Mme ADELINA PATTI

La croix de la Lgion d'honneur vient d'tre dcerne, au titre
tranger,  Mme Adelina Patti. Le nom de la clbre cantatrice, de
nouveau mis en vedette, voque le souvenir de succs retentissants, mais
dj bien lointains. D'origine espagnole (elle naquit  Madrid en 1843),
Adelina Patti, leve en Amrique o ses parents s'taient tablis,
avait embrass de bonne heure la carrire thtrale. Doue d'une voix
d'une tendue, d'un clat, d'une souplesse exceptionnels, elle avait 
peine seize ans quand elle dbutait,  New-York, dans _Lucia_. En 1861,
elle contractait un engagement  Londres et, l'anne suivante, elle
apportait en France une renomme qui allait recevoir sa conscration
dfinitive au Thtre-Italien de la salle Ventadour: jamais le
rpertoire des Donizetti, des Rossini, des Verdi, n'y trouva une
interprte plus applaudie, plus fte du public.

La Patti avait pous, en 1868, le marquis de Caux, cuyer de l'empereur
Napolon III; aprs la rupture de cette union, elle se remaria avec le
tnor Nicolini, puis, devenue veuve, avec le baron de Cedestroem,
appartenant  la noblesse sudoise. Elle a quitt Paris depuis 1870, et
rside habituellement en Angleterre.

[Illustration: Mme Adelina Patti.--_Phot. Langper._]


L'Illustration _publiera la semaine prochaine son numro spcial (prix:
2 francs) consacr aux_ SALONS DE PEINTURE DE 1905.


LA DERNIERE SUISSE, par Henriot.


_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

LE MONOPHONE

Les appareils tlphoniques actuels ont tous un grave dfaut, celui de
laisser  dsirer, aussi bien au point de vue de l'hygine qu'au point
de vue de la propret. Quelle que soit leur disposition, qu'ils soient
munis d'un cornet ou d'une plaque vibrante, il faut toujours, pour s'en
servir, avoir en face de la bouche et souvent  trs faible distance, un
rceptacle de microbes, de poussire et de salive. Ce rceptacle fait de
ces appareils d'actifs propagateurs de maladies contagieuses; mais, en
dehors mme de ce danger, quelle est la personne qui n'prouve une
certaine contrainte  approcher sa bouche de l'endroit o d'autres
personnes ont mis la leur?

La Socit Industrielle des Tlphones vient de crer un appareil
hyginique et propre qui fait disparatre cet inconvnient.

Comme l'indique la figure 1, le monophone est dispos de telle sorte que
son cornet, plac de ct et non en face de la bouche, ne recueille que
les ondes sonores, et laisse passer aussi bien les particules de salive
que les lments contagieux.

Cela n'empche d'ailleurs pas cet appareil simple et lger d'tre un
transmetteur net et puissant, puisqu'il s'applique  merveille aux
conversations sur les plus longues lignes en service (Paris-Berlin,
Paris-Rome, etc.).

L'administration des Postes et des Tlgraphes a admis d'emble le
monophone sur le rseau et a autoris la Socit Industrielle des
Tlphones  le vendre comme appareil de substitution aux abonns qui
sont dj en possession d'un appareil combin quelconque.

On peut voir sur la figure 2 la coupe du monophone.

Le cornet C transmet les ondes sonores, mises dans son voisinage, au
minuscule microphone  pastilles de charbon M. Ce microphone possde une
sensibilit remarquable, parce qu'il se trouve frapp sur ses deux faces
par les ondes sonores. En a, b, m, on remarque l'aimant les bobines, et
la membrane ordinaires placs derrire l'embouchure R p. Le tlphone
peut tre suspendu par un crochet A et le courant lui arrive par les
bornes g, f. Cet appareil se trouve  la _Socit Industrielle des
Tlphones_, 25, rue du 4 Septembre, Paris, au prix de 80 francs, moins
la reprise de l'ancien appareil combin.

AMPOULES-SERINGUES STRILISES

Les injections sous-cutanes, d'une action sre et rapide, sont
actuellement une des plus puissantes ressources de la mdecine moderne
et l'emploi des ampoules scelles, aujourd'hui fort rpandu, permet 
tous les mdecins d'avoir sous la main des liquides bien striliss.

Mais les seringues hypodermiques sont d'un emploi assez compliqu et
difficilement aseptique, tant  cause de la difficult que prsente le
transvasement des liquides qu' cause des dangers de contamination
provenant de l'imparfaite strilisation de la seringue elle-mme.

C'est  ces deux inconvnients que MM. Robert et Lesseure ont voulu
remdier en crant un systme d'ampoule-seringue  coup sr original et
ingnieux.

Comme son nom l'indique, cet ustensile permet d'employer l'ampoule
elle-mme pour faire l'injection.

Il comporte un systme d'ouverture des ampoules par arrachement qui a
permis d'obtenir ce rsultat d'une faon aussi simple qu'conomique et
sure. Un tube scell (fig. 1) porte en sa partie mdiane une bague trs
saillante; son extrmit infrieure est rode et porte un trait de
lime. La partie infrieure de ce tube contient le liquide  injecter.

Au-dessus de la solution est place une boule de caoutchouc ou de toute
autre matire similaire compatible avec la nature du liquide; cette
boule a t introduite dans le tube avant la strilisation, qui a t
faite  l'autoclave par les procds ordinaires. Au moment de l'usage,
cette boule servira de piston.

Le mode d'emploi de l'instrument est des plus simples:

Saisir l'ampoule-seringue, comme le montre la figure 1, en plaant les
pouces en face l'un de l'autre: tirer fortement, la cassure se fait
nette et sans clat au niveau de la bague. A l'aide du pouce et de
l'index, briser la pointe effile  la hauteur du trait de lime.
L'aiguille ordinaire, flambe  la lampe  alcool, s'adapte exactement
sur l'extrmit rode. Il suffit alors, avec une tige de verre
introduite par l'extrmit libre, de refouler la boule de caoutchouc,
qui constitue un piston parfait; l'ampoule est ainsi devenue une
vritable seringue (fig. 2) et peut injecter toutes les solutions,
quelles qu'elles soient.

Les inventeurs font valoir les avantages suivants en faveur de leur
ingnieux appareil:

Aucune contamination n'est  craindre, puisque le liquide est inject
sans transvasement;

Il y a conomie de temps, puisqu'il est inutile de faire bouillir la
seringue;

La strilisation, d'autre part, est plus sre, l'bullition de la
seringue ne donnant qu'une asepsie relative.

Ajoutons enfin l'conomie; les ampoules-seringues suppriment l'emploi
des seringues ordinaires, coteuses et dlicates  manier.

Ces ampoules-seringues se trouvent au prix de 5 fr. la bote de 10 (tige
de verre-piston comprise), chez _M. Robert, 37, rue de Bourgogne,
Paris._

_Pour toutes insertions concernant les nouvelles inventions, crire au
service des Nouvelles Inventions, _ l'Illustration, _13, rue
Saint-Georges, Paris._

[Illustration et note du transcripteur.
Supplments non fournis:
1 _Deux gravures hors texte en couleurs et remmarges;_
2 L'ILLUSTRATION THTRALE _avec le texte complet de_ L'AGE D'AIMER.]









End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905, by Various

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WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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