Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Author: Various

Release Date: October 23, 2010 [EBook #34119]

Language: French

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L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

_Ce numro contient l_'Illustration Thtrale _avec le texte complet de_
LA MASSIERE.

_Prix de ce Numro: Un Franc._ SAMEDI 4 MARS 1905 _63e Anne._--N 3236.

LE PERCEMENT DU TUNNEL DU SIMPLON: UNE MINUTE D'EPOUVANTE A huit
kilomtres de l'orifice: la fuite des ingnieurs et des ouvriers devant
le torrent d'eau chaude. _Dessin de Georges Scott d'aprs un croquis de
notre envoy spcial, G. Babin,--Voir l'article, page 135._



Courrier de Paris

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Mon htelire, qui est Vosgienne, est enchante d'apprendre qu'il est
tomb dans son dpartement plus de neige, depuis huit jours, qu'en aucun
autre. Elle me montre un journal qu'on lui envoie de Grardmer, deux
fois par semaine, et o la chose est constate et commente firement.
Ces gens sont flatts de ce qui leur arrive. Il y a plus de neige chez
eux que chez ceux d' ct; ils dtiennent un record. Et l'on est
toujours content de dtenir un record, ft-ce celui du mauvais temps. Je
ne sais plus qui me citait un jour ce mot d'un jardinier,  la campagne:
Nous avons eu cette semaine, monsieur, vingt-six degrs de froid. C'est
gentil, pour un petit pays comme le ntre?

On a perc le Simplon! Grosse nouvelle, et voil pour les philosophes de
salon, de table d'hte ou d'assommoir un beau thme de dissertation 
exploiter. Car il n'est plus de sujet rserv, comme jadis, aux
curiosits d'une lite, et mon coiffeur lui-mme a des ides gnrales.
Il m'a confi tout  l'heure son sentiment sur le percement du Simplon.
Lecteur de feuilles socialistes et humanitaires, il approuve cette
opration, se rjouit de tout ce qui tend  rapprocher les hommes, 
mler les unes aux autres les patries... Un vieux colonel suisse de mes
amis fait la grimace et ce tunnel ne lui dit rien qui vaille. A tout
hasard, il aurait mieux aim qu'on trout d'autres frontires que la
sienne. J'entends des commerants vanter le bienfait de cette entreprise
et des fabricants s'alarmer des concurrences qu'elle facilitera. Tout le
monde donne son avis. A un ingnieur qui proclamait hier le devoir
d'aider les hommes et les choses  voyager vite, un vieux garon,
rentier paresseux et un peu tolstosant, rpondait: O est la
ncessit de voyager vite? Nous ne souffrons que des besoins que notre
imagination nous cre. Pascal conseillait aux hommes qui veulent tre
heureux de se tenir en repos dans leur chambre. Il avait bien raison!

J'assiste  ces discussions sans rien dire et je pense que la question
de savoir s'il tait inutile ou ncessaire de percer le Simplon est bien
l'une des plus vaines qu'on puisse examiner. On l'a perc parce qu'il
fallait qu'on le pert et parce que la vie marche suivant une loi dont
nous ne sommes pas les matres: la loi de l'ternelle curiosit humaine,
du besoin de continuellement savoir quelque chose de plus que ce qu'ont
su les autres et de continuellement faire quelque chose de plus que ce
qu'ils ont fait.

Et Tolsto peut bien hausser les paules; et mon colonel suisse aura
beau maugrer; et mon fabricant ergoter... Cette fatalit nous conduit;
et je vois trs bien qui la symbolise: c'est ce petit homme tout noir,
tout mouill, qui, la main sur l'outil puissant, fit tomber la dernire
pierre du grand tunnel, dans les tnbres... Il est inconnu de tout le
monde. C'est un gueux quelconque, dont ses chefs mmes ignorent le nom.
N'importe, il existe; il est une parcelle de cette masse anonyme dont
l'effort travaille obscurment au perptuel rajeunissement de notre
vieille plante. Il est la force qui va et qu'aucun raisonnement
n'empchera d'aller. J'aurais voulu voir sa figure...


J'en verrai d'autres, dans trois semaines, qui seront des symboles
aussi. Sur de fragiles chars fleuris, dans le tapage des fanfares, les
Reines des lavoirs et des marchs dfileront. Mi-Carme! Voil deux
ans que je les vis passer pour la premire fois, souriantes et
grelottantes sous la bise de mars; et ce spectacle m'avait ravie. Elles
vont nous le redonner; et, depuis quinze jours, tout ce petit monde a la
fivre. On s'assemble; on vote; au march Lenoir, au march des Carmes,
aux Halles, on lit les reines de demain--et la Reine des reines. On me
dit qu'autrefois ces lections s'accomplissaient de faon discrte, 
huis clos, dans quelque salle d'estaminet o se donnaient rendez-vous
les lecteurs de la Reine du quartier; mais cet lecteur lui-mme est
devenu roi... et ne l'est pas qu'en temps de Mi-Carme. On le comble
donc de politesses: on lui ouvre, s'il en exprime le dsir, les portes
de l'cole ou de la mairie voisine, et c'est sous la prsidence d'un
conseiller municipal que le scrutin des marchs et des lavoirs y est
dpouill. Cette fte de famille a pris l'importance,  prsent, d'une
affaire publique.

Cependant, les petites reines ne conoivent de leur victoire aucun
orgueil. Elles symboliseront pour un jour, aux yeux des Parisiens, la
beaut, la grce de l'ouvrire de Paris, et, si ce grand honneur les
trouble un peu, on ne s'en aperoit gure:  peine descendues de leurs
chars, elles teront leurs robes de reine, rendront au magasin des
accessoires leurs diadmes en carton dor, et se rinstalleront,
modestes, un peu fatigues, derrire l'ventaire ou le baquet. Et
personne n'entendra plus parler d'elles, jamais. C'est une grande leon
de philosophie qu'elles nous donnent.

Leurs compagnes nous en donnent une autre, bien plus touchante encore,
une leon d'abngation, dont peu d'entre nous seraient capables: il y a
de jolies filles, dans ces dfils de Mi-Carme, et dont beaucoup, sans
doute, ambitionnaient la gloire de cette royaut-l. On les a
ddaignes. Nous autres bourgeoises, nous supporterions mal cette
avanie, nous laisserions notre Reine triompher toute seule; nous la
bouderions un peu en la dbinant beaucoup; et l'ide de faire
publiquement cortge  sa beaut ne nous viendrait pas une minute...

Ces femmes ont plus de gnrosit que nous. Vaincues, elles sourient 
celles qu'on leur prfra: elles les escortent; elles composent
volontairement autour de ces victorieuses un dcor de fte; elles
aident--femmes--au triomphe d'une femme! On ne rflchit pas que cela
est prodigieux.


...Rencontr tout  l'heure, rue des Ecoles, mon ami D... professeur au
Collge de France. Il a sous le bras une serviette bourre de livres et
court  sa leon.

--O allez-vous? me dit-il.

--Je vais assister,  la Sorbonne, au cours de votre ami Gebhart, sur
Machiavel. On a tant parl de cet homme, depuis quinze jours, que je
veux le connatre.

--Il est trop tard. L'amphithtre Turgot sera plein quand vous
arriverez.

--Alors, lui dis-je, je vous suis. Et c'est  votre leon que
j'assisterai, mon cher matre.

Il s'est mis  rire.

--Il est trop tard aussi de ce ct-l, madame. Vingt minutes avant que
j'arrive, mon amphithtre est bond...

--Tous mes compliments.

--Ne me flicitez pas, dit-il. Nous sommes une dizaine, dans
l'Universit, dont les cours sont  la mode, on ne sait pourquoi, et
autour desquels il est de tradition de s'craser. Avez-vous remarqu
ceci: deux brasseries sont ouvertes  ct l'une de l'autre, dans un
carrefour: mme aspect, mme qualit de consommations, mmes prix. Il y
en a une o les tables sont toujours prises, o la foule semble attirer
la foule; et une o personne ne veut entrer. Pourquoi? On ne sait pas.
C'est le mystre absurde de la vogue; c'est comme cela, parce que
c'est comme cela.

--Cependant, dis-je, les hommes et les femmes qui vont vous applaudir au
Collge de France savent ce qu'ils font. Ils ont une raison de vous
prfrer...

--Illusion, madame. Ils suivent un courant... Persuadez-vous bien que,
sur dix personnes qui m'coutent, il n'y en a pas cinq qui ne soient
tout  fait indiffrentes  ce que je leur dis. On vient  mon cours par
snobisme ou pour tuer le temps; on y vient pour le plaisir de regarder
des images, des projections; on y vient pour se chauffer, pour occuper
une heure entre deux rendez-vous; pour y dormir; on y vient pour suivre
une femme...

Il me serra la main en riant, et s'clipsa.


...Au bruit de l'orgue, entre deux haies de curieux, les jeunes maris
sortent de l'glise. De longues files de voitures bordent, aux
alentours, les trottoirs; des agents, des valets de pied vont et
viennent, trs affairs; de la nef  la rue un long tapis rouge se
dploie; c'est un mariage chic. Je me suis mle  la foule des
badauds, et je regarde.

Elle est, sous la dentelle et le satin, une petite apparition blanche,
dlicieuse  regarder. Et son bras est pos sur celui d'un monsieur en
redingote bleue, qui porte en outre un gilet de velours  fleurs, un
pantalon de fantaisie, une cravate de soie claire que pique une grosse
perle. Il parat que c'est l le dernier cri, depuis quelques annes;
on se marie, quand on est vraiment du monde, en redingote. L'homme
trouve bon que la jeune fille qu'il pouse se pare en son honneur d'un
uniforme symbolique qu'une fois marie elle ne portera plus jamais...
lui, il endosse le vtement de tous les jours, celui qu'il a mis hier ou
remettra demain pour aller flner  la Bourse ou djeuner au club. Il a
l'air de penser, ce jeune poux: Le mariage est pour vous,
mademoiselle, quelque chose de considrable; il n'est pour moi qu'une
formalit sans importance. Une parure d'_exception_ doit marquer aux
yeux de tous la solennit de l'acte que vous accomplissez aujourd'hui;
mais vous pensez bien que je ne vais pas, moi, me mettre en habit de
crmonie pour si peu.

Il y a des modes qui ne sont que vilaines, ou ridicules; celle-ci est
pire: j'y sens, comme femme, une petite pointe de muflerie.

SONIA.



LES FAITS DE LA SEMAINE

FRANCE

23 fvrier.--La Chambre vote, par 450 voix contre 108, un ordre du jour
approuvant le programme des constructions navales  effectuer dans une
priode de douze annes.--Le Snat, malgr l'avis favorable de M.
Etienne, ministre de l'intrieur, rejette,  la majorit de 21 voix, le
systme de la rgie municipale que la Chambre avait adopt pour
l'exploitation de l'industrie du gaz  Paris.

26.--Djeuner officiel  l'lyse, offert par le prsident de la
Rpublique en l'honneur des membres de la confrence qui a clos son
enqute sur l'incident anglo-russe de Hull.

ETRANGER

20 fvrier.--Avec l'autorisation du gnral Trepov, gouverneur gnral
de Saint-Ptersbourg, les tudiants de cette ville se sont runis au
nombre de 3.800, dans la grande salle de l'Universit; tous les discours
se sont fait remarquer par la violence des sentiments antidynastiques.

21--En Hongrie, M. Julius Justh, du parti Kossuth, candidat de
l'opposition coalise, est lu prsident de la Chambre des dputs par
62 voix de majorit, contre le candidat du parti Tisza (libral).--En
Russie, Tsarsko-Slo, rsidence du tsar, est place sous la loi
martiale,  la suite de la rception  la cour d'un grand nombre de
lettres de menaces. Depuis le 19,  Bakou (Transcaucasie), les Armniens
sont attaqus par des bandes de musulmans arms; tout travail a cess;
les banques sont fermes.

22.--Les nouveaux traits de commerce de l'Allemagne avec l'Autriche,
l'Italie, la Belgique, la Roumanie, la Suisse et la Serbie sont adopts
dfinitivement par le Reichstag.

23.--La solution de la crise ministrielle hongroise est de nouveau
retarde par l'chec des ngociations pour la constitution d'un
ministre provisoire.

Le parti Kossuth subordonne son acceptation du contingent militaire  la
condition du vote pralable de la rforme lectorale.--En Russie, la
grve des chemins de fer s'tend.

24.--A Saint-Ptersbourg, le travail a de nouveau cess  l'usine
Poutilov et dans douze autres tablissements; la grve s'tend  40.000
ouvriers. A Varsovie, les ouvriers de toutes les fabriques du faubourg
industriel de Czerniaokovska ont quitt le travail et provoqu de graves
dsordres. Les lignes tlgraphiques le long de la voie ferre de
Varsovie  Saint-Ptersbourg sont gardes militairement. Un ordre du
jour du grand-duc Vladimir prescrit la comparution, devant un tribunal
militaire, de 5 officiers et 73 sous-officiers ou soldats de la brigade
monte d'artillerie de la garde,  cause du coup de canon  mitraille
tir sur le palais pendant la fte de la bndiction des
eaux.--Achvement de la perce du tunnel du Simplon.

25.--Un service provisoire est repris sur la ligne Varsovie-Vienne, mais
les grves de chemins de fer persistent dans la rgion de Moscou.



LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

En Mandchourie, il semble que les deux armes soient de nouveau  la
veille d'une grande bataille.

L'arme japonaise de droite commande par Kuroki, a commenc, ds les
premiers jours de fvrier, un mouvement de large envergure contre la
gauche russe. Partie de Tsian-Chan, sur le haut Ta-Ts-Ho, elle avait,
par des chemins de montagne, gagn les abords de la crte des monts
Ta-Ling. Les Japonais occupaient Ta-Pin-Dou-Chan le 19; le 23, ils
attaquaient la colline Berenevsk, dfendue par le dtachement russe de
Tsin-Ho-Tchen, et foraient, le lendemain, ce dtachement  vacuer la
position; le combat avait t acharn. Le 25, ils se portaient en forces
sur Tsin-Ho-Tchen, par la passe de Tan-Tsi-Ling, et l'occupaient
galement; les Russes avaient  ce combat de nombreux tus et 300
blesss. Les Japonais poussaient immdiatement leur avantage et se
rapprochaient des dfils occups par la gauche russe. Suivant les
dernires informations, ils auraient occup le col de Ta-Ling. Ce
mouvement rappelle les manoeuvres familires au gnral Kuroki,
notamment son mouvement tournant  Liao-Yang. S'il russissait cette
fois encore, il contraindrait l'arme russe  abandonner ses positions
et  se replier au nord de Moukden.

Les captures de navires neutres, chargs de contrebande de guerre, se
multiplient, dans les parages septentrionaux de la mer du Japon et dans
les dtroits voisins. Le blocus de Vladivostok peut tre considr comme
effectif.

La troisime escadre russe du Pacifique, compose de sept units et de
deux transports charbonniers, est passe, le 26, devant Cherbourg.

A Tokio, le gouvernement aurait dcid de contracter un quatrime
emprunt intrieur de 100 millions de _yen_.



LE PERCEMENT DU SIMPLON

Iselle, 27 fvrier 1905.

Au matin du 24 fvrier, sur le coup de sept heures et demie, la dernire
cloison rocheuse qui, sous le massif du Simplon, sparait la Suisse de
l'Italie, s'croulait, ventre par l'explosion d'une vingtaine de mines
bourres de dynamite jusqu'au del des limites qu'et conseilles la
prudence. Mais l'quipe qui avait pris, la veille au soir, le travail 
l'avancement n'avait pas voulu laisser  l'quipe suivante,  l'quipe
rivale, l'honneur de donner ce coup suprme.

Le 20, dans son rapport journalier aux ingnieurs, Antonio Betassa,
assistant, ou chef de chantier, de l'entreprise, crivait sur le
registre-journal en quittant le chantier: Dans trois ou quatre jours,
le superbe Monte Leone (c'est la cime culminante du massif), lui qui
voulait nous faire mourir avec son eau chaude, tombera entre mes mains
comme est tomb Port-Arthur aux mains des Japonais. Et Betassa avait
tous les droits  cette faveur suprme de la montagne: lui-mme, le 13
aot 1898, avait donn,  Iselle,  la bouche du tunnel, le premier coup
de pioche dans le terrible granit; une bannire aux couleurs italiennes,
qui flotte au fate de sa maison, la premire case, aussi, construite
sur les chantiers, le rappelle orgueilleusement en une inscription
lapidaire.

[Illustration: Entre nord-ouest du tunnel,  Brigue (Suisse).]

[Illustration: Une nouvelle grande gare pour le trafic international: la
gare de Brigue (Suisse). _Photographies Brocherel._]

L'quipe de la veille, mchamment, avait laiss  charger  ses
remplaants douze wagons de dblais. Betassa en prouva une rage folle.
Il sentait, derrire le diaphragme de roches, le vide tout prs, le vide
o croupissait, enferme en arrire par de massives portes de fer, la
nappe d'eau chaude qui avait contraint les ouvriers  interrompre le
travail du ct de la Suisses Il devait, lui, avancer suffisamment la
besogne pour que d'autres, une heure aprs son dpart, eussent la gloire
de faire sauter la mine dcisive, d'ouvrir la dernire brche dans le
beau gneiss tout vein de scintillants cristaux de quartz. Il se rfugia
dans un coin, malade, disait-il, bien dtermin, pour sa part,  ne rien
faire pour avancer d'un moment l'vnement dont pourraient
s'enorgueillir des rivaux.

[Illustration: Les deux forces qui ont trou les 20 kilomtres de roche
du Simplon: la perforatrice et la dynamite.]

Puis une nouvelle arriva, du bout du tunnel: un train venait de
drailler. Impossible de sortir  l'heure fixe pour la relve.
L'vnement pouvait devenir tragique. Quand on s'imagine la situation
des travailleurs bloqus, par cet accident, dans ce trou sans issue, 
la merci d'une arrive d'eau bouillante, d'un arrt subit des
ventilateurs, on ne songe pas qu'une telle nouvelle ait pu causer  ces
hommes autre chose que de l'effroi. Elle emplit de joie l'me de Betassa
et de ses collaborateurs. Les mineurs s'acharnrent dsormais  la
tche, presss, encourags, excits par l'assistant et le
contrematre. Les quatre perforatrices alignes devant le front, lances
 toute vitesse, vrillrent la roche d'un grincement continu. Des trous
d'une profondeur inusite, dangereuse peut-tre, furent percs.

Et quand ce fut fini, tandis qu'on disposait les cartouches armes de
cordons plus longs aussi qu' l'habitude,--car il fallait prvoir
l'arrive des eaux et avoir le temps de fuir le plus loin
possible,--dans une pousse folle, les lourdes machines furent emportes
en arrire. En dix minutes elles taient hors de l'atteinte de
l'explosion alors que ce travail prenait ordinairement plus d'une
demi-heure.

Alors, les travailleurs se retirrent.

Nous avons donn, en de prcdents articles, suffisamment de dtails
techniques sur l'admirable travail que constitue le percement du Simplon
pour nous dispenser d'y revenir ici. Je rappellerai seulement en
quelques mots que la galerie principale, le tunnel qui sera achev dans
quelques mois, est doubl paralllement par une autre galerie, plus
troite, qui deviendra plus tard un second tunnel semblable au premier,
et par o sont actuellement vacus les dblais et les eaux. Des
couloirs obliques, des transversales, les runissent de place en
place, bouches  mesure que les travaux avancent.

[Illustration: Entre sud-est du tunnel,  Iselle (Italie).]

[Illustration: Les vainqueurs du dernier rocher: l'assistant Betassa,
l'ingnieur Bacilieri et le chef d'quipe Ribotto.]

Afin de dvier les eaux par ces transversales, qui devaient les conduire
 la petite galerie, on avait lev, en travers du tunnel, l'obstruant
jusqu' la hauteur d'un mtre, des barrages forms d'une cloison de
planches garnie de sacs de sable.

Trois de ces digues formaient obstacle un peu au-dessous des
transversales numros 45 _bis_, la plus rapproche de l'avancement, 45
et 44.

Le temps que brlaient les cinq mtres de mche pendante au dehors de
chaque trou de mine, les ouvriers redescendirent, sans trop de hte, la
grande galerie.

Un seul ingnieur les dirigeait, un ingnieur des Chemins de fer
fdraux suisses, M. Carlo Bacilieri, attach  la section d'Iselle, qui
a surveill les travaux du ct de l'Italie.

A la transversale 44 une partie des ouvriers s'arrtrent. Ils taient,
l, plus prs pour juger, les mines parties, des rsultats de
l'explosion et constater si le trou, le fameux trou, tait enfin ouvert.

M. Bacilieri et les autres descendirent jusqu' la transversale 43. Ici,
aucun travail de dviation des eaux n'avait t prpar. En hte, par
prudence, M. Bacilieri ordonna d'lever un barrage sommaire...

Les cartouches explosrent, au loin. Leurs dtonations se rpercutrent
sourdement dans cet air lourd. En quelques secondes, on perut, dans la
petite galerie, derrire l'paisse porte de bois qui fermait la
transversale 43, le bruissement, puis le fracas des eaux qui passaient.
Toute la masse liquide enferme entre la muraille brusquement creve et
la porte de fer qui l'endiguait au nord s'coulait en cataracte. M.
Bacilieri entr'ouvrit la lourde porte: une fume emplit la transversale,
o l'eau reflua. Alors, inquiet des travailleurs manquants, il se
prcipita vers le haut du tunnel. Il les rencontra  mi-route, dans les
tnbres, o leurs petites lampes fumeuses balanaient de vacillantes
lueurs.

Le torrent bouillant avait submerg le barrage derrire lequel ils
s'abritaient. Affols, ils fuyaient, ivres de peur et criant: L'eau!
l'eau! comme une horde, ils passrent, poussant devant eux l'ingnieur
qui cherchait  les retenir,  les rassurer. Et, faut-il le dire? Comme
M. Bacilieri se baissait pour ramasser son chapeau, tomb  terre, il
reut, par derrire, un coup violent sur la tte: la bte, devant le
danger, avait reparu en l'un de ces hommes apeurs.

Moins d'une demi-heure aprs, un de ces affreux trains dont les wagons
sont des caisses de tle cahotantes et ferraillantes ramenait tout le
monde au jour.

[Illustration: Schma de la dernire tranche du tunnel. P, porte de fer
enfermant la poche d'eau du ct nord; T, trou ouvert, le 24 fvrier, 
l'avancement. Le trait pointill indique le profil dfinitif du tunnel.]

Ces ouvriers venaient d'chapper  une mort atroce,  laquelle devaient
succomber deux de leurs ingnieurs, entrs un peu plus tard dans le
tunnel: en effet, l'afflux des eaux dans la petite galerie avait teint
la machine qui actionnait les vaporisateurs destins  rafrachir l'air;
des gaz dltres, accumuls depuis des mois dans la nappe stagnante 
laquelle on venait de rendre tout  coup la libert, empoisonnaient
rapidement l'atmosphre et la rendaient irrespirable. Pourtant, aucun de
ceux qui revenaient de l'avancement et qui avaient risqu ainsi leur vie
n'aurait donn pour beaucoup sa journe. Sur leurs wagonnets de fer, ils
chantaient et dansaient. Trois d'entre eux s'taient juchs,  cheval,
sur la locomotive et poussaient des vivats, en entrant en gare.

Comme une trane de poudre, la nouvelle que le tunnel tait ouvert se
rpandit dans tout le pays, d'Iselle  Varzo,  travers Balmalonesca,
cet trange village de bois et de pltras, sorti de terre comme par
enchantement, depuis le commencement des travaux. Il semblait que le
blanc panache de vapeur flottant au-dessus de la colonne d'eau chaude
qui s'coulait par la petite galerie et signal l'vnement aux deux
extrmits de l'troite valle. En un clin d'oeil, les maisons se
pavoisaient et les enfants, dsertant l'cole de Balmalonesca, se
rendaient, chantant, drapeaux au vent,  la rencontre des ouvriers qui
rentraient du travail. Une joie dlirante emplissait l'pre et
mlancolique contre, ensevelie sous son linceul de frimas.

Et il faut avoir pass, en plein hiver, le Simplon,  travers la neige,
sous la menace des avalanches, et subi les angoisses de ces quatorze
mortelles heures de voyage sur des traneaux trop primitifs; il faut
avoir contempl cette lamentable caravane de pauvres gens livides,
grelottants, glacs sous de minces vtements,--des Italiens, pour la
plupart, regagnant  la morte-saison la terre natale;--avoir souffert de
leurs souffrances, pour comprendre cette allgresse, pour entrevoir quel
adoucissement va apporter  la vie de ces pays le percement de la
montagne, et pour bnir jusqu'aux plus humbles de tous ceux qui
collaborrent  la ralisation de cette gigantesque entreprise.

[Illustration: Une heure aprs le percement: l'eau chaude se dversant
de la petite galerie.]

... Cependant, du ct de Brigue, o la construction du tunnel est
termine, on travaille en ce moment  l'tablissement de chambres
souterraines qui, charges d'explosifs puissants, permettraient, en cas
de guerre, d'anantir le travail qui a cot tant de peines!

GUSTAVE BABIN.

[Illustration: Comment on traverse aujourd'hui le Simplon: les traneaux
de la poste au refuge de Monte Leone. _Photographies G. Babin._]


[Illustration: L'empereur Guillaume II et l'impratrice arrivant 
l'inauguration du Dme.]



LE DOME DE BERLIN

Le 27 fvrier a eu lieu l'inauguration solennelle du Dme de Berlin.
L'empereur avait tenu  clbrer cette crmonie avec le plus grand
apparat: il la prsidait en personne, ayant  ses cts l'impratrice et
le prince hritier; aux premiers rangs de la brillante assistance, on
remarquait les membres de la famille royale de Prusse, les souverains
allemands, les reprsentants des souverains trangers et des Etats de
religion vanglique, le chancelier de l'empire, les ministres
prussiens, le corps diplomatique, les gnraux et les amiraux.

[Illustration: Le nouveau Dme de Berlin.]

La nouvelle cathdrale protestante s'lve sur le bord de la Spre, 
proximit du chteau royal et du muse d'art, spars par la promenade
Sous les Tilleuls. D'un aspect assez lourd dans son ensemble, cet norme
difice est d'un style hybride, se rattachant surtout  la Renaissance
italienne; une profusion d'ornements et de statues en surcharge la
dcoration  l'intrieur comme  l'extrieur. Le projet d'dification de
ce temple remonte au seizime sicle, et plusieurs rois de Prusse, entre
autres le grand Frdric, s'en proccuprent, sans toutefois le mener 
bien; c'est vers 1894 que furent entrepris les travaux dfinitifs, sur
les plans de l'architecte Raschdorff, et celui-ci en poursuivit
l'excution avec le concours de son fils. La fort d'chafaudages
masquant la construction laborieuse du Dme vient enfin d'tre abattue,
et l'vnement a pris d'autant plus d'importance aux yeux de Guillaume
II qu'il se flatte d'avoir dot sa capitale d'un imposant monument
religieux qui, dans sa pense, doit tre pour les protestants ce que
Saint-Pierre de Rome est pour les catholiques.



EUGNE GUILLAUME

Eugne Guillaume, l'minent statuaire, n'aura pas survcu longtemps 
son dpart de la Villa Mdicis, o M. Carolus-Duran le remplaait, en
qualit de directeur, au commencement de cette anne. En prenant sa
retraite, il n'avait pas renonc au sjour de Rome, et, quand il dut
cder la place  son successeur, il s'installa dans un htel voisin de
sa chre Villa, qu'il ne quittait qu' regret. C'est l que, atteint
d'une bronchite grippale, il vient de s'teindre,  l'ge de
quatre-vingt-deux ans.

[Illustration: "Les Gracques", bronze par Eugne Guillaume (muse du
Luxembourg).]

N  Montbard (Cte-d'Or), le 4 juillet 1822, Eugne Guillaume, lve de
Pradier, remportait, en 1845,  vingt-trois ans, le grand prix de Rome,
avec un _Thse trouvant sur un rocher l'pe de son pre._ Il avait
conquis depuis longtemps dj ses titres  la matrise lorsque, en 1862,
il fut admis  l'Institut, section des beaux-arts; trente-six ans plus
tard, en 1898, l'Acadmie franaise, apprciant la valeur de l'crivain,
auteur de nombre d'tudes d'esthtique, l'accueillit  son tour, en
l'lisant au fauteuil devenu vacant par la mort du duc d'Aumale. Il fut
en outre directeur de l'administration et de l'Ecole des beaux-arts,
puis professeur d'esthtique et d'histoire de l'art au Collge de
France; enfin, en 1891, il avait remplac le peintre Hbert  la
direction de l'Ecole franaise de Rome.

[Illustration: Eugne Guillaume.--_Phot. Braun, Clment et Cie._]

Citons parmi ses principales oeuvres: les _Gracques_, au muse du
Luxembourg, une des plus caractristiques de son talent; le monument de
_Rameau_,  Dijon, et celui de _Colbert_,  Reims; la statue de _Claude
Bernard_ devant le Collge de France; le fronton et les cariatides du
_Pavillon Turgot_, au Louvre; la _Musique_ (faade de, l'Opra); les
bustes de _Ingres, Jean-Baptiste Dumas, Jules Ferry, Mgr Darboy_,
archevque de Paris.

Le culte de l'antiquit classique, la recherche de l'idal, la noblesse
et la simplicit du style, le souci de l'harmonie, la conscience dans
l'excution, telles sont les rgles auxquelles Eugne Guillaume resta
fidle durant sa longue et laborieuse carrire.



APRES LA MORT
DU GRAND-DUC SERGE

Les funrailles du grand-duc Serge ont eu lieu, le 23 fvrier,  Moscou.

Elles avaient t prcdes, suivant la coutume, de l'exposition
publique du corps, pour laquelle il avait t dpos  l'glise
Saint-Alexis, un des cinq sanctuaires existant  l'intrieur du
monastre de Tchoudov, ou des Miracles, dans l'enceinte mme du Kremlin.
Couch dans un cercueil de chne, le grand-duc tait revtu de
l'uniforme du rgiment des grenadiers de Kiev, les mains gantes,
jointes sur la poitrine et tenant l'icne de saint Nicolas; un voile de
fine dentelle de Bruxelles, que porta le prince, tout enfant, recouvrait
le visage.

[Illustration: La croix de fer. (_Phot. de M. Bakouline, prise le
surlendemain de l'attentat, avant la construction de la balustrade
protectrice.)_]

[Illustration: La place du Snat depuis le meurtre du grand-duc Serge:
au fond, la croix de fer, entoure d'une balustrade, marque l'endroit
exact de l'attentat. _(A gauche, l'arsenal;  droite, le Palais de
Justice, ancien Snat.)_]

Aprs avoir visit la chapelle ardente, les assistants, parmi lesquels
des groupes d'enfants des coles accompagns de leurs instituteurs, se
rendaient  la place du Snat, o l'on a mnag un petit enclos sur le
lieu mme de l'attentat et rig une croix de fer qui, surmonte d'une
lampe brlant nuit et jour, se dresse au milieu d'un amoncellement de
couronnes.

Le jeudi 23, aprs une longue crmonie religieuse clbre en prsence
des membres de la famille impriale (seul des frres du dfunt, le
grand-duc Paul y assistait), de l'glise Saint-Alexis, les grands-ducs
et les gnraux ont transport le cercueil  l'glise Saint-Andr qui
fait galement partie du monastre, lequel communique directement avec
le Petit Palais. L, il a t plac sur un catafalque, en attendant la
mise au tombeau.

[Illustration: AU KREMLIN DE MOSCOU.--Sur la place du Snat: l'enclos
commmoratif du meurtre du grand-duc Serge.--_Photographies Bulla._]

[Illustration: Les sous-officiers de l'Ecole des Cadets allant dfiler
devant la dpouille mortelle du grand-duc Serge.]

[Illustration: AU KREMLIN DE MOSCOU.--Devant le monastre de Tchoudov:
la foule attendant d'tre admise  visiter la chapelle
ardente.--_Photographies Bulla._]

[Illustration: Expressions successives de la physionomie du gnral
Stoessel apprenant,  Aden, la nouvelle d'un chec japonais. _Trois
instantans de L. Sabattier._]



LE RETOUR DE STOESSEL
A BORD DE L'AUSTRALIEN

Aden, 10 fvrier.

En arrivant  bord de l'_Australien_, ma premire impression fut
pnible, mais non pas selon mes prvisions. Je m'tais attendu  trouver
des Russes tristes, maussades ou tout au moins manquant d'entrain; au
contraire, ils avaient l'air plutt gai. Sur le moment, j'en fus surpris
et, je l'avoue, un peu choqu; cette gaiet me paraissait dconcertante,
hors de saison; j'prouvais comme une dsillusion, et j'en voulais
presque aux rapatris de Port-Arthur de me laisser pour compte les
sentiments de sincre commisration dont je m'apprtais  donner le
tmoignage  leur infortune. Impression vite dissipe par la rflexion.

Il s'agissait de mettre les choses au point. Ces gens, pensai-je,
viennent de subir toutes les rigueurs d'un sige de prs d'un an, de
courir mille dangers, d'chapper  la mort, et maintenant les voil
confortablement installs sur un paquebot, entours d'un bien-tre
qu'ils ne connaissaient plus depuis longtemps, avec la perspective d'un
prochain retour dans leur pays, dans leurs foyers: comment ne
goteraient-ils pas pleinement la joie de vivre? Tout  l'heure, sans
doute, ils nous raconteront leurs fatigues, leurs privations, leurs
souffrances, les pripties de leur lutte hroque: alors, nous
comprendrons mieux encore la raction si naturelle qui s'opre en eux...

[Illustration: Stoessel vient de trouver dans l'Illustration le
portrait de Nogi.]

[Illustration: Stoessel rit de bon coeur.]

L'escale prsente le spectacle habituel. D'innombrables mercantis se
pressent contre les flancs du navire, offrant aux passagers de prtendus
produits du pays. Le pont est encombr d'une foule bigarre: vtements
blancs ou kaki, casques coloniaux de tous les modles;  et l,
quelques tuniques et quelques casquettes d'uniforme. Nos guerriers,
accoutrs de faons si diverses, semblent soutenir un nouveau sige.

Dans tout ce brouhaha, je cherche Stoessel, que j'aperois enfin, le
visage panoui d'un large rire, au milieu d'un groupe anim. Coiff de
la casquette d'ordonnance, il porte une tunique de petite tenue en
flanelle blanche  pattes d'paulette, sans autre dcoration que la
croix de Saint-Georges.

Nous sommes l cinq journalistes parisiens, venus  Aden,  sa
rencontre; il nous reoit trs cordialement dans le salon de musique, o
le gnral Reiss et le lieutenant Nevelskoy l'accompagnent pour servir
d'interprtes. Tandis que mes confrres engagent avec Stoessel une
conversation laborieuse, lui font poser des questions, j'observe
attentivement le dfenseur de Port-Arthur. Un air de bonhomie corrige la
rudesse des traits; le teint est color; l'oeil clair prend aisment une
expression de vivacit rieuse et, parfois,  l'vocation de certains
souvenirs, se voile d'une passagre mlancolie. Dtail assez curieux: la
tte dcouverte montre un sillon circulaire sabrant le front et tangent
 l'oreille droite, trace ineffaable creuse par la pression de la
casquette...

Enfin, l'audience est termine. Mes compagnons ont consciencieusement
interview le gnral; quant  moi, je l'ai surtout observ et il me
reste  lui adresser une requte au nom de l'_Illustration_: je le prie
de vouloir bien me permettre de dessiner son portrait; il m'accorde un
rendez-vous pour une sance de pose--trs courte, formule-t-il
expressment...

[Illustration: Le lieut. Thimm (18 blessures) et le lieut. Boje, qui a
eu le crne travers d'une balle japonaise, entre par l'oreille et
sortie par l'oeil droit.]

Un peu avant le dner, j'ai pu apercevoir Mme Stoessel. C'est une femme
corpulente, au type russe trs accentu, mais dont les traits heurts
perdent leur duret en s'clairant d'un regard et d'un sourire pleins de
bont. Trs simple, nu-tte, en camisole blanche raye, celle qui,
pendant les jours d'preuves, s'est signale aux cts de son mari par
sa vaillance et son dvouement a les allures d'une excellente mnagre,
indiffrente  tout souci de reprsentation, dsireuse de s'effacer.
Elle s'est charge de ramener de Port-Arthur des enfants orphelins
auxquels elle prodigue des soins maternels; et cela ne suffit pas  son
activit bienfaisante: sa sollicitude se partage encore entre ses
chiens, sept ou huit perroquets et une demi-douzaine de singes,
installs  l'arrire du paquebot.

_Port-Sad, 15 fvrier._

Durant les cinq jours de traverse passs avec les Russes, profitant de
cette occasion unique, nous avons fait la chasse aux documents prcis
sur l'histoire du sige de Port-Arthur, aux dtails intressants, aux
anecdotes curieuses, aux rcits de combats raconts par des tmoins
oculaires, par des acteurs du drame.

Mais  quoi bon m'tendre sur ces sujets? Dj les dpches dtailles
expdies d'Aden par les reporters ont d renseigner amplement les
lecteurs franais.

Distractions  bord, sances au bar, soires chantantes... on a mme un
peu dans aux sons d'un piano mcanique. Toutefois, les plaisirs
profanes n'ont point fait oublier aux orthodoxes les exercices de pit.
Avec sa barbe broussailleuse, sa vaste houppelande, son chapeau bas de
forme, un vieux pope avait vraiment grand air quand, les cheveux envols
dans le vent, il prsidait  la prire du soir, debout en avant des
fidles agenouills...

[Illustration: Un vaincu mlancolique: l'amiral Lotsehensky.]

[Illustration: Mme Stoessel au milieu du groupe d'orphelins qu'elle
ramne en Russie sur le pont du "Saint-Nicolas".--_Phot. Guerin._]

Le 14, arrive  Suez. Pendant la visite sanitaire, une chaloupe
accoste, amenant le consul de Russie; il vient apporter la nouvelle d'un
chec des Japonais devant Moukden. Du haut de l'chelle, Stoessel,
pench, l'coute trs attentivement...

Dans le canal, la temprature commence  frachir. Alors, changement 
vue: les costumes de fantaisie disparaissent comme par enchantement pour
faire place  des vtements plus chauds, des uniformes, des tuniques
agrmentes d'aiguillettes, des bottes, des bonnets  poils inattendus.
Seul, l'amiral Lotsehensky, l'unique marin russe, conserve son petit
complet fatigu, son chapeau mou; il ne sort pas de son coin isol,
prs d'un treuil,  l'arrire, o il semble mis en pnitence. Celui-l a
bien l'air d'un vaincu!...

Le soir de cette mme journe, les adieux: Champagne traditionnel,
toasts chaleureux, serrements de mains, acclamations rptes: Vive la
France! Vive la Russie!...

Aujourd'hui 15, arrive  Port-Sad  cinq heures du matin. Encore un
changement imprvu dans les physionomies: Stoessel et les autres
officiers blesss  la tte se sont mis un bandeau; ainsi l'a prescrit
le mdecin, crainte des poussires malsaines, si l'on descend  terre...
Un monsieur se prsente, vtu d'un frac de crmonie, malgr l'heure
matinale: c'est le consul. Salamalecs, bouquets.

Enfin, une embarcation  vapeur, l'_Isis_, vient chercher le gnral
Stoessel et se compagnons pour les conduire  bord du _Saint-Nicolas_,
qui doit les ramener en Russie.

L. SABATTIER.

[Illustration: Dbarquement du gnral Stoessel et des dfenseurs de
Port-Arthur  Theodosia (Crime), le 21 fvrier. _Photographie de notre
correspondant particulier! M. Forst._]

[Illustration: STOESSEL OFFRE SON CHEVAL D'ARMES A NOGI _D'aprs les
documents fournis  L. Sabattier par l'tat-major du gnral Stoessel._]

Des dpches avaient dj relat, au commencement de janvier, ce dtail
typique:  la suite de leur entrevue de Choui-Chine, le 6 janvier, le
gnral Stoessel offrit son cheval d'armes au gnral Nogi, qui
l'accepta (contrairement aux premires informations); c'tait un cheval
arabe, gris pommel, trs vif; pour en faire admirer les actions  Nogi,
Stoessel le monta une dernire fois et lui fit effectuer, au galop,
diverses volutions, s'amusant  bousculer quelque peu les officiers
japonais prsents.

[Illustration: Lieut. Nevelskoy, aide de camp. Gnral Stoessel. Gnral
Reiss. Gnral Nogi. Colonel Iditchi. M. Kawakami, interprte.
LE TOAST DES GNRAUX ENNEMIS A LA BRAVOURE DE LEURS TROUPES 
Entrevue de Stoessel et de Nogi dans une maison chinoise du village de
Choui-Chine, le 6 janvier. _D'aprs les documents fournis  L. Sabattier
par l'tat-major du gnral Stoessel._]



[Illustration: UN PISODE DE LA MARCHE DES PRISONNIERS RUSSES DE
PORT-ARTHUR SUR LA ROUTE DE DALNY. _L'officier russe revenu avec
Stoessel, et qui a fourni  L. Sabattier le croquis et les
renseignements pour ce dessin, donne de la scne reprsente
l'explication suivante: La marche de nos troupes  peu prs valides
vacues sur Dalny offrit un spectacle d'une indicible tristesse. Et il
semble que les Japonais se soient ingnis  le rendre plus navrant
encore. Aux haltes, les vivres taient rares, insuffisants pour les
besoins des hommes affams qui prenaient d'assaut les voitures de
subsistances. En revanche, l'eau-de-vie et les boissons fermentes
taient prodigues. Un groupe de ces malheureux se laissait-il aller 
boire plus que de raison--excs bien excusable--aussitt un photographe
survenait et oprait aprs avoir plac les bouteilles vides bien en
vidence, aprs en avoir ajout au besoin. Les clichs pris ainsi seront
reproduits plus tard dans les albums officiels relatifs  la guerre: car
c'est ainsi que les Japonais entendent documenter l'Histoire... Le
dessin de L. Sabattier saisit la manoeuvre sur le vif, et restera pour
faire justice du procd._]

[Illustration: Britomartis assise sur un vieux chne (monnaie de
Gortyna).]

[Illustration: Le monastre historique d'Arcadion et au-dessus, le mont
Ida.]



NOUVEAUX TIMBRES CRETOIS

[Illustration: Jupiter allait par une chienne (monnaie de Cydonia)]

_Documents et Informations._

LES NOUVEAUX TIMBRES DE CRTE.

[Illustration: Europe assise sur le taureau Jupiter (monnaie de
Gortyna).]

Le gouvernement crtois vient de crer une nouvelle srie de
timbres-poste sur une donne intressante et originale. Il a eu l'ide
excellente de faire reproduire, sur chacune des neuf vignettes, de
valeur diffrente, composant la srie, des documents emprunts 
l'archologie et  l'histoire de la Crte, monnaies anciennes d'un beau
caractre, sceaux antiques; vues de quelques ruines fameuses de l'le.
C'est ainsi que des monnaies le Gortyna, d'Itanos, de Cydonia, une
mdaille d'Ariadne, les ruines du palais de Minos, dcorent les timbres
crtois et populariseront les grands souvenirs dont s'enorgueillit la
Crte.



UN BIENFAITEUR DES MARINS.

La petite ville de Paimpol, cit des Terre-Neuvas et des Islandais,
vient de commmorer la mmoire d'un bienfaiteur des marins. M. Alfred de
Courcy, fondateur de la _Socit de secours aux familles des marins
franais naufrags_, en lui levant un buste sur le quai mme, au milieu
des bassins, bien en vue de la mouvante fort de mts, de vergues et de
cordages.

M. Alfred de Courcy, n  Brest le 9 novembre 1826, fils d'un officier
de marine des plus distingus, entra de bonne heure  la Socit
d'assurances gnrales maritimes et s'y distingua par un travail acharn
qui, de simple employ, l'leva jusqu'au rang de directeur. Mais, arriv
 cette haute situation, il ne s'y fit pas remarquer seulement par ses
qualits d'administrateur, il s'y montra aussi philanthrope intelligent
et avis et c'est  l'ge o il pouvait lgitimement aspirer au repos
que, mu par les deuils et les misres des gens de mer qu'il avait t
mieux  mme que personne de connatre, il entreprit de crer,  travers
mille difficults, et russit  fonder cette _Socit de secours aux
familles des marins franais naufrags,_ qui rpartit actuellement plus
de 100.000 francs de rentes entre les veuves et les orphelins de la mer.

Le buste, en bronze, de cet homme de bien, qui a t inaugur en
prsence de sa famille, des armateurs, des conseillers municipaux et de
toute la population de Paimpol, est d au statuaire breton Jean Boucher.



AUTEUIL SOUS LA NEIGE.

Les premires courses de la saison ont eu lieu dj sur les divers
hippodromes de la banlieue parisienne. Suivies surtout par les
ordinaires habitus: propritaires, entraneurs, parieurs, elles n'ont
pas encore l'clat mondain des runions printanires. Mais elles ne
manquent pas d'un intrt trs sportif. Elles ont mme un aspect fort
pittoresque et presque mouvant, lorsque la neige, comme le 23 fvrier
dernier, vient ajouter aux difficults d'une course de haies. Ce jour-l
elle est tombe en flocons particulirement serrs. A travers leur pais
rideau, sur un fond de paysage tout blanc, les chevaux galopaient comme
des ombres; ils abordaient d'ailleurs les obstacles avec prudence, de
sorte qu'aucune chute grave ne s'est produite.



LA VITESSE DE CROISSANCE DES ONGLES.

Un physiologiste, M. A.-M. Bloch, a eu la curiosit de savoir comment se
fait la croissance des ongles. Le sujet avait t tudi dj, mais pas
de faon assez tendue peut-tre. Aussi M. Bloch a-t-il pu ajouter  nos
connaissances un fait qui ressort nettement de ses tudes, c'est que le
facteur principal de la varit dans la croissance des ongles est l'ge
des sujets; c'est aussi que les variations de la croissance sont plus
tendues qu'on ne le croyait. On enseignait, en effet, d'aprs les
travaux de Dufour, de Lausanne, il y avait de plus de trente ans, que
les ongles poussent de 9  10 centimes de millimtre par jour (un
millimtre en dix jours par consquent); en ralit la croissance
quotidienne varie beaucoup plus: de 4  14 centimes de millimtre.

L'influence de l'ge est trs manifeste. Le maximum de vitesse de
croissance s'observe chez les sujets jeunes, ayant de 5  30 ans
environ. Durant cette priode de 5  30 ans, l'ongle pousse gnralement
de plus d'un dixime de millimtre par jour: de 12  14 centimes. Avant
3 ans, il pousse peu: il ne s'accrot chaque jour que d'une quantit
trs infrieure  un dixime de millimtre:  3 ans, il s'allonge de
cette longueur. Aprs 30 ans, jusqu' 60 ans, la croissance est
gnralement, comme  3 ans, d'un dixime de millimtre. Mais aprs 60
ans, un ralentissement marqu se produit, la croissance n'tant plus
que,  70 ou 80 ans, de 6, 5 ou 4 centimes de millimtre. Il y a donc
une relation gnrale, de 5  80 ans, entre la croissance des ongles et
la vitalit gnrale de l'organisme.

[Illustration: Le saut de la "rivire",  Auteuil, sous la neige.]



LA FIVRE JAUNE ET LES MOUSTIQUES.

Jusqu' ces temps derniers, les pidmies de fivre jaune et surtout
leur propagation hors des foyers d'origine avaient des allures
capricieuses, qui dfiaient toute explication satisfaisante. On sait
aujourd'hui que cette maladie, comme la malaria, est transmise par les
piqres d'un moustique particulier, le _stegomya;_ et maintenant, tout
est devenu clair dans le mystre de la contagion de la fivre jaune.

Et d'abord, il y a des pays o jamais on n'a constat d'pidmie de
fivre jaune: la France, l'Angleterre, l'Autriche; ce sont les pays o
le _stegomya_ n'existe pas. Au contraire, en Espagne, en Portugal, en
Italie, o existe le _stegomya_, on a frquemment observ la fivre
jaune. D'un autre ct, nous assistons  ce phnomne inattendu, que la
fivre jaune disparat presque en Europe, sans qu'on ait eu  prendre
contre elle des mesures de dfense sanitaire. Et cependant, le nombre et
la rapidit des communications avec les pays contamins ont augment
dans des proportions considrables.

Voici comment M. Chantemesse a expliqu ce fait surprenant devant
l'Acadmie de mdecine. Dans l'antiquit jusqu'en 1856, tous les navires
taient en bois; de 1856  1870, les vapeurs seuls sont en fer;  partir
de 1870, tous les vapeurs et l'immense majorit des voiliers sont en
fer. Le rsultat de ce changement des matriaux de construction a t
l'tanchit du navire et de sa cale en particulier. Or, la cale des
navires en bois tait constamment remplie d'un mlange d'eau douce et
d'eau sale qui lui avait mrit, de la part des hyginistes, le nom de
_marais nautique_. Avec les cales sches, plus de moustiques, partant
plus de fivre jaune possible,  l'arrive des bateaux dans les ports
europens.



LA DESTRUCTION DES VIPRES.

On connat le procd populaire de destruction des vipres, procd qui
a encore quelque vogue et qui consiste  mettre  la porte des reptiles
du lait additionn de strychnine.

Outre que ce procd n'est pas exempt de danger--pour d'autres animaux
que les vipres--il est tout  fait illusoire pour celles-ci. En effet,
ainsi que l'a fait remarquer M. Bouvier  la Socit d'agriculture, les
reptiles sont de francs carnassiers, qui se nourrissent de proies
vivantes: souris, musaraignes, lzards, oiseaux, insectes, et il serait
tonnant qu'ils eussent un penchant marqu pour un liquide dont ils ne
font jamais usage quand ils sont en libert.

Les histoires des mammifres tts par des serpents sont de pures
lgendes.

Pour se dbarrasser des vipres, les meilleurs moyens consistent, soit 
recourir  la destruction directe, soit  lever, dans les enclos
particulirement infests, des pintades et des dindons, et surtout des
hrissons qui font aux reptiles une guerre acharne et qu'il faut se
garder de dtruire.

Il faudrait aussi encourager les chasseurs de serpents en leur allouant
une prime; car c'est  la suppression de ces primes par certains
conseils gnraux qu'il faut attribuer la frquence des accidents causs
par les vipres depuis quelques annes.



UN MUSICOTHRAPIUM.

Un journal de mdecine nous apprend que l'on construit en ce moment 
Kalamazoo, petite ville de l'Etat de Michigan, un hpital spcialement
consacr au traitement des maladies par la musique.

On a prtendu que la musique adoucissait les moeurs; les mdecins qui
ont prsid  cette institution originale affirment qu'elle tonifie
aussi le coeur et favorise la digestion. Ainsi, le docteur Culter, de
New-York, rapporte, entre autres observations, celle d'un vieillard
octognaire chez lequel une seule audition musicale aurait fait
disparatre des intermittences du pouls.

Nous livrons gratuitement aux chefs d'orchestre sans emploi et aux
mdecins sans clients, cette ide, qui vaut certainement de l'or,
d'organiser des concerts pour cardiaques et dyspeptiques. Les malades
prendraient des sries de dix ou vingt cachets, comme pour les eaux
thermales.



[Illustration: _Phot. Campbell-Gray._]

LES DEUX EXTRMES DE LA TAILLE HUMAINE.

C'est bien le plus disparate des couples runis par la fantaisie d'un
photographe que forment Mme Chiquita et M. Machnof, l'une--debout--sur
les genoux de l'autre dans un des couloirs de l'Hippodrome de Londres.
Mme Chiquita mesure environ 70 centimtres, c'est--dire  peu prs le
quart de son gigantesque compagnon, d'ailleurs plus jeune qu'elle, bien
qu'elle n'ait pas atteint sa vingt-cinquime anne. Tels qu'ils sont,
ils semblent pouvoir tre prsents comme les deux extrmes de la taille
humaine.

Machnof, lui, mesure 2m,85 de hauteur et pse 172 kilos. Ses mains
mesurent 32 centimtres de longueur et ses pieds 51 centimtres. Il faut
naturellement  un pareil colosse une ration quotidienne de nourriture
qui effrayerait les plus robustes apptits. Qu'on en juge: Machnof
consomme chaque jour: 30 oeufs, 7 livres de viande, 5 livres de lgumes
et 5 livres de pain. Il boit 3 litres de bire et 3 litres de th.

[Illustration. Antoine Chassepot.]

On annonait rcemment la mort d'Antoine Chassepot; n en 1833,  Mutzig
(Bas-Rhin), il tait g de soixante-douze ans. Depuis longtemps, il
vivait effac dans la retraite; mais il laisse un nom d'une notorit
universelle, nom qu'il avait attach au fameux fusil se chargeant par la
culasse, dit modle 1866, qui, pendant huit ans, fut l'arme de guerre
adopte en France et dont le type, bientt rpandu chez les puissances
trangres, leur fournit d'utiles donnes pour le renouvellement de
leurs armements.

Fils d'un ancien contrleur principal au Dpt central de l'artillerie,
Antoine Chassepot, trs habile praticien comme son pre, avait t lev
lui-mme  ce grade, aprs avoir pass par les ateliers de Chtellerault
et de Saint-Etienne, o il s'tait occup, durant une dizaine d'annes,
de la mise on oeuvre et du perfectionnement de son invention. En 1866,
il tait nomm chevalier de la Lgion d'honneur et recevait, en 1870, la
croix d'officier, au titre militaire.



LA NATALIT DANS LES CLASSES INTELLECTUELLES.

De nombreux statisticiens, aux Etats-Unis, ont t tents par le
problme de la natalit dans les classes cultives. La culture intensive
du cerveau est-elle compatible avec l'nergie de la force reproductive?
Ou, au contraire, y a-t-il incompatibilit entre ces deux termes et les
familles intellectuelles sont-elles condamnes  une rapide disparition?

La question est des plus intressantes, au point de vue pratique, comme
au point de vue de la biologie gnrale.

D'aprs les documents runis par une revue amricaine, les familles
d'universitaires, au moins aux Etats-Unis, s'teindraient trs
rapidement: 100 diplms ne donneraient  la seconde gnration que 68
garons et 30 seulement  la troisime.

Pour les femmes diplmes, le mal serait encore plus grand. Et d'abord,
ces dames se marient peu (55% au lieu de 80 dans la population fminine
totale); puis un tiers d'entre elles restent striles, ce qui est le
double exactement de la proportion gnrale; enfin la fcondit moyenne
de celles qui sont devenues mres est de 3, chiffre de fcondit des
diplms masculins.

Dans ces conditions, il est facile de calculer que l'extinction des
familles de diplms doit se faire environ en cinq gnrations.

A noter qu'aux Etats-Unis, le nombre des femmes s'adonnant aux tudes
intellectuelles a pass, en douze ans, de 10.000  28.000.

Ainsi la culture intellectuelle intensive doit tre regarde comme
anormale, contraire  une saine physiologie; la nature ne s'en accommode
pas et ne se soucie pas d'en propager les organes par l'hrdit.

Et s'il en tait autrement, depuis longtemps sans doute, on aurait vu se
dvelopper des races intellectuelles; tandis qu'en ralit les enfants
des savants sont le plus souvent d'intelligence trs ordinaire et que
les intelligences suprieures sortent de milieux trs ordinaires.



LA RGION LA PLUS PLUVIEUSE DE L'EUROPE.

La partie de l'Europe o il pleut le plus serait, d'aprs les
observations poursuivies depuis dix ans par M. K. Kassner, le massif qui
entoure les Bouches de Cattaro en Herzgovine, au bord de la mer. Ce
n'est pas prcisment sur le rivage mme, mais dans les montagnes qui se
dressent  quelques kilomtres en arrire. On trouve l une rgion de 10
kilomtres de longueur sur 5 de large, o il tombe 3m,50, 4 mtres et
4m,55 d'eau par an. A Crkvice, le chiffre de 4m,55 a t dpass: en
1901, cette infortune localit a reu 6m,135 d'eau: une couche d'eau de
la hauteur de deux tages.

La pluie y tombe surtout en automne et en hiver. Le seul mois de
novembre fournit 704 millimtres d'eau: plus de vingt par jour. En 1901,
la chute de novembre a t de 1m,704, la hauteur d'un homme de taille
au-dessus de la moyenne, et en trois jours conscutifs de novembre 1901,
il est tomb 61 centimtres d'eau; 20 par jour.



_Mouvement littraire._

_Horizons_, par Lucie Delarue-Mardrus (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Posies
de Franois Fabi_ (Lemerre, 3 vol.  5 fr.)--_Croquis de chasse_,
sonnets illustrs, par M. Georges Hall eux (Royer, 3 fr. 50).--_Le Sang
de Mduse_, par Sbastien-Charles Leconte (Mercure de France, 3 fr. 50).



HORIZONS.

En mme temps que son mari poursuit sa pittoresque et exacte traduction
des _Mille et une nuits_, Mme Delarue-Mardrus nous envoie ses
_Horizons_. Ne au bord de notre mer occidentale, elle en a, dans son
enfance, entendu les sanglots et vu les dsolations. Cela n'a pas tourn
son talent vers les visions joyeuses. Aperoit-elle des roses rouges ou
blanches sur leur tige au lieu de se rjouir, sans arrire-pense, de
leur parfum et de leur clat, elle pense  leur mort prochaine, et  la
senteur pntrante, mais un peu triste, qu'elles rpandront quand le
temps rapide les aura sches.

        Les froides blanches vont mourir de puret
        En leur douceur de lingerie.

Ne demandez pas  Mme Delarue-Mardrus d'observer les lois classiques de
la prosodie franaise. Aucune de ces barrires ne lui agre. Parfois,
elle en arrive  ne nous plus gure donner que de la prose rythme et un
peu rime. Et, cependant, son oeuvre nous charme; elle vaut par les
nuances exquises, par l'originale sincrit. Malgr tout, ce qui nous
attire et nous retient le plus dans _Horizons_, ce sont encore les pages
o la rgle harmonieuse a t le mieux garde. Quelle jolie chose que
les _Guetteurs!_ Quel admirable tableautin que celui de cette jeune
femme apeure par la malice humaine, blesse par une amie peut-tre dans
le courant de la journe et s'enfermant en sa maison familire, au
milieu des objets aims, la tte en larmes, appuye sur la forte
poitrine:

        Or, parmi tout cela, tenons-nous par la main
                  Et parlons bas, auprs des portes,
        Car, aux fentes, malgr nos serrures si fortes
        Luit le phosphorescent, l'affreux regard humain.

        Ah! qui nous avait dit que l'me tait divine?
        Il y a les haineux, il y a les jaloux.
        Il y a... Tiens-moi bien sur ta forte poitrine;
                      Voici les loups! Voici les loups!

Dlicate et frle, elle craint les lvres perfides, les mots hostiles.
Le moindre brin de paille devient une flche pour les natures sensibles
et mlancoliques. _Avenirs_, aprs les _Guetteurs_, nous fournit encore
une de ces petites pices, faites pour les anthologies:

        Normandie herbagre, clatante et mouille,
        Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays,
        Nous voulons venir vivre un jour, doux et vieillis.
        Parmi les prs, au fond d'une maison raye.

        Par des aprs-midi de printemps vigoureux,
        Quand les aubpiniers attendent qu'on les cueille.
        Nous irons doucement par les verts chemins creux
        O l'on se sent roul dans une immense feuille.

        L't nous rverons quand la nuit sent le foin,
        Nous aimerons aussi les craquantes automnes,
        Et l'hiver tendu sur les prs monotones,
        Quand l'norme feu flambe et qu'on s'assied au coin...

Presque toutes celles qui avaient dbut par la posie ont pass, sans
un regard en arrire, au roman, lequel semble, depuis quelque temps, le
domaine de la femme. Seule, Mme Delarue-Mardrus n'abandonne pas ses
anciens dieux. Elle se tient auprs de leurs autels dserts, fidle et
intimement artiste.



POSIES DE FRANOIS FABI.

L'oeuvre potique de M. Franois Fabi tait dissmine dans plusieurs
volumes, aujourd'hui puiss. La voici tout entire avec l'adjonction de
plus de cent pages nouvelles dans la _Petite Bibliothque littraire_ de
Lemerre. Dans les heures de loisir que lui a laisses l'enseignement, M.
Fabi, d'une voix vibrante, a clbr son pays du Rouergue, le clocher
de Rodez, aperu de vingt lieues. Il s'est attach presque uniquement 
dire les beauts de ses montagnes, et le moulin natal, et les choses
familires  son enfance:

        Toi qui remets  neuf ce logis en ruine,
        Si le coeur des anciens habite en ta poitrine.
        Jeune homme, et si leur but est encore le tien,
        Rends au lit paternel sa place coutumire,
        Prs de l'tre, dans la chaleur et la lumire,
                Sous le grand symbole chrtien...

        Sur l'oreiller commun aux jumelles empreintes
        Porte tous tes espoirs, tes bonheurs et tes craintes;
        Qu'il soit ton confident, qu'il soit ton conseiller;
        Les mes des aeux y reviennent sans doute,
        Et l'oreille entend bien, si le coeur les coute,
                 Ceux qui sur nous doivent veiller.

        Enfin, sous ces rideaux fans peints de ramages,
        Sous ce ciel enfum, ce buis et ces images
        Que tant d'yeux  jamais teints ont contempls,
        Croise tes bras un soir, quand le soleil trpasse,
        A l'heure o l'Anglus fait prier  voix basse
                 Les hommes, les bois et les bls,

        Et meurs paisiblement au lit de tes anctres,
        Aprs un long regard d'amour  tous les tres
        Qui t'aimrent: enfants, btes, coteaux, forts;
        Aprs le geste qui bnit et fait l'preuve
        Moins douloureuse au coeur des fils et de la veuve,
                  Plus doux et plus longs leurs regrets.

Ce qui domine dans le chantre de la Bretagne, Brizeux, c'est le rve et
la douceur. Sa Marie, en coiffe de lin, est une silencieuse et discrte
apparition. Montagnard, avoisinant le Midi, M. Fabi a des accents plus
aigus; c'est un mode plus lev et plus pre qu'il a adopt; il y a
quelque chose de la rudesse de l-bas, mle  un peu de soleil ardent
dans sa phrase, et aussi beaucoup de l'loquence romaine. Lisez le
_Concours de labourage_, o le tour est oratoire:

        A qui la palme? A toi, laboureur lent et grave
        Des Causses infinis, hritier des Romains,
        Qui n'as lorsque la pierre ou la souche t'entrave
        Qu' peser sur le manche avec tes fortes mains?

        Ou bien  toi, fils brun des verts pays de seigle,
        Maigre et vif, tout esprit et tout nerfs, qui bondis
        Quand s'arrtent tes boeufs et, poussant des cris d'aigle
        Piques rageusement leurs beaux flancs alourdis?

        Non, mais  toi plutt, chanteur, me sereine,
        Barde rustique  qui les vieux airs sont connus,
        Qui n'as pas d'aiguillon  ta gaule de frne,
        Et dans le sillon frais marches doux et pieds nus...

C'est un vrai fils du Rouergue que M. Fabi. Il a le timbre clatant des
laboureurs, ses compatriotes, qui, rentrant le soir avec les chars et
les troupeaux, envoient,  une lieue, leur chanson, leur adieu au jour
finissant.



CROQUIS DE CHASSE.

Dans une de ses lettres qui font les dlices des honntes gens, Pline le
Jeune engage un de ses amis  emporter, pour la chasse, des tablettes 
crire. Rien n'excite, dit-il, la pense comme la solitude; on
exprimente que Minerve, aussi bien que Diane, erre sur les montagnes.
M. Halleux a suivi le conseil de Pline; il a vcu, en poursuivant
longuement les lapins, les faisans et les renards, autant avec Minerve
qu'avec Diane. En quels sonnets gracieux, richement rims, il a rendu
les gestes des animaux traqus, les migrations des canards, les
retraites des poules d'eau! Qu'on me permette d'extraire des croquis
l'_Appel du soir_, que l'on pourrait nommer aussi le _Remords du
chasseur:_

        Le soleil qui dcline empourpre l'horizon
        Un calme solennel s'largit sur la plaine,
        Et dans le soir limpide, on voit fumer l'haleine
        Des lourds chevaux tirant les chars de la moisson.

        L'agriculteur se hte; il sait que la saison
        Passe rapidement et devient incertaine.
        Le sol se refroidit. De la fort lointaine
        L'automne a mordor dj la frondaison.

        Longtemps une perdrix, du coteau voisin, lance
        Des cris tristes qui seuls traversent le silence.
        L'oiseau recherche en vain ses petits gars.

        Et je me sens au coeur un remords qui s'enfonce.
        Car j'entends, dans ces cris de plus en plus navrs,
        L'angoisse de l'appel qui reste sans rponse.

C'est d'un observateur, d'un artiste habile et fin.



LE SANG DE MDUSE.

M. Sbastien-Charles Leconte est un noble pote; il ne raconte pas son
me comme Mme Delarue-Mardrus; il ne dit pas son pays et ses souvenirs
d'enfance comme M. Fabi, et comme M. Halleux, il ne s'attarde  mettre
en sonnets les jolis gestes de la bcassine et de la caille. A l'exemple
de Leconte de Lisle et de M. de Heredia, il ddaigne la flte de Pan et
mme la guitare; il ne manie que la lyre antique. Ses oeuvres
antrieures, comme le _Bouclier d'Ares_, avaient conquis, parmi les purs
stylistes et parmi les purs parnassiens, de nombreuses admirations.
Personne, aussi bien que M. Leconte, avec plus de vigueur et plus
d'clat, ne sait ressusciter les vieux mythes et les vieilles lgendes.
Nous lisons, avec les yeux, les autres potes: ici la voix se met
fatalement de la partie. Impossible de ne pas dclamer, par exemple,
_Pris de Troie:_

        Dans la nuit violette tincelante et d'or
        Dont le sang lumineux ruisselle sur la plaine,
        Au fate du palais du vieux Priam, Hlne,
        Que les astres font plus surnaturelle encor,
        Admire, sommeillant sur sa couche d'ivoire,
        Pris Alexandros, semblable aux Immortels...

Le _Sang de Mduse_ est une oeuvre d'o l'intimit est bannie, o le ton
peut-tre est un peu trop soutenu, mais la plupart du temps, d'une
farouche beaut.

E. LEDRAIN



Ont paru:

_Autour de l'Afrique par le Transvaal_, par Robert Huchard. Un vol.
in-18, 3 fr. 50. Perrin et Cie, d.--_Aprs le bagne_, par
Liard-Courtois. Un vol. in-18, 3 fr. 50. Fasquelle, d.--_Le Prisme_,
par Paul et Victor Margueritte. Un vol. in-16, 3 fr. 50. Plon-Nourrit et
Cie, d.--_Associations et Socits secrtes sous la deuxime
Rpublique_ (1848-1851), par Tchernoff. Un vol. in-8, 7 fr. Alcan,
d.--_Hector Berlioz_ (1803-1869), par J.-G. Prod'homme; prface de
Alfred Bruneau. Un vol. in-8, broch, 5 fr. Delagrave, d.--_Paris sous
Napolon: Consulat provisoire et Consulat  temps_, par de Lanzac de
Laborie. Un vol. broch, 5 fr. Plon-Nourrit et Cie, d.



[Illustration: AU TONKIN.--Revue de troupes indignes passe par M.
Beau, gouverneur gnral de l'Indo-Chine,  Lao-Ka, sur la rive du
fleuve Rouge.--_Phot. le Camus._]

M. BEAU A LAO-KA

Lao-Ka est une des portes du Tonkin, celle qui le fait communiquer avec
cette vaste province chinoise, le Yunnan, clbre par ses richesses
minires et que la convention de 1898 avec la Chine a place dans notre
zone d'influence. Jusqu'ici, les communications par Lao-Ka taient
malaises. Le fleuve Rouge, qui l'arrose, n'est gure navigable,
au-dessus de Yen-Ba, aux petits vapeurs des Correspondances fluviales;
tout le trafic se fait par jonques, pniblement. Et c'est pourquoi, ds
1898, tait dcide la construction d'une voie ferre Hano-Lao-Ka,
premire partie de la grande ligne Tonkin-Yunnan.

Le gouverneur gnral de l'Indo-Chine, M. Beau, a voulu montrer tout
l'intrt que la France attache  cette oeuvre d'extension pacifique. Il
vient de visiter les travaux de la voie et de remonter le fleuve jusqu'
Lao-Ka, que le rail, espre-t-on, atteindra en avril prochain; 
l'heure actuelle, les trains, partis de Hano, la capitale, vont jusqu'
Tra-Hutt. Notre photographie rappelle le voyage de M. Beau dans la
pittoresque petite ville de Lao-Ka (900  1.000 habitants), qui tale,
sur un promontoire verdoyant, au confluent du fleuve Rouge et de la
petite rivire de Ka-Hoa, ses btiments neufs, ses entrepts, ses
maisonnettes blanches entoures de jardinets fleuris.

Ainsi place  la frontire (qui, sur la rive droite du fleuve, remonte
plus au nord), Lao-Ka, outre son importance commerciale, a une valeur
stratgique; c'est le chef-lieu du 4e territoire militaire.



UNE BELLE EXPLORATION

Ce fut une exploration vraiment remarquable et utile que celle dont le
capitaine Cottes fit le rcit, rcemment,  la Socit de Gographie de
Paris, et dont il fut le hros.

En termes prcis, le jeune capitaine a racont les impressions de son
long voyage de Hano, capitale du Tonkin,  Saigon, capitale de la
Cochinchine, par une voie qu'empruntent bien rarement les voyageurs: la
frontire de Chine, le Haut-Mkong, entrevu jusqu'ici par de rares
explorateurs, la chane annamite, aux versants abrupts du ct de la mer
de Chine, tals en plateaux et terrasses boiss vers le bassin du
Mkong;--au total, un parcours de 4.000 kilomtres, pour le moins, dont
2.528 en pays inconnu.

Peu de voyageurs ont rencontr plus de difficults. Si l'on pense que
cet norme itinraire a t parcouru par le capitaine Cottes, tantt 
pied, tantt  dos d'lphant, en moins de neuf mois (janvier-septembre
1903), on jugera de la bravoure persvrante dont l'explorateur a d
donner des preuves quotidiennes. C'est surtout sur les plateaux qu'il
parcourut entre Klam-Klent, prs du Haut-Mkong, et le seuil
d'A-Lao,--o passera probablement la voie ferre de Hu au
Mkong,--puis sur les plateaux habits par des peuplades inhospitalires
et qui couvrent les confins de l'Annam et de la Cochinchine, que le
capitaine dut faire des prodiges pour que son voyage conservt jusqu'
la fin le caractre d'une exploration pacifique. Ces rgions, en effet,
sont habites par des peuplades tha, aborignes, encore presque
compltement sauvages.

Mais peu de voyageurs auront accompli une oeuvre plus utile, car nous
possdons maintenant, sur les frontires de l'Indo-Chine franaise, les
renseignements prcis et abondants qui nous faisaient dfaut.

[Illustration: Le capitaine Cottes.--_Phot. Massip._]

[Illustration: SUR LA FRONTIRE INDO-CHINOISE.--La caravane du capitaine
Cottes.]

[Illustration: L'INAUGURATION DU MTRO, par Henriot.]

[Note du transcripteur: Les supplments mentionns dans cette dition
n'taient inclus dans notre document source.]






End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905, by Various

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501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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