Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3233, 11 Fvrier 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3233, 11 Fvrier 1905

Author: Various

Release Date: September 10, 2010 [EBook #33699]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'Illustration, No. 3233, 11 Fvrier 1905

SUPPLMENT DE CE NUMRO:
Une Gravure hors texte

N 3233. 63me ANNE. _11 Fvrier 1905_

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

_Supplment de ce numro:_ LE MATIN DANS LA HTRAIE, _gravure hors texte
de double page_.

L'ILLUSTRATION Prix du Numro: 75 Centimes. SAMEDI 11 FVRIER 1905, 63e
Anne.--N 3233.

[Illustration: LES FEMMES DE NOS MINISTRES.--Mme Rouvier dans son salon
au ministre des Finances. _Photographie prise spcialement pour_
l'Illustration _par M. Paul Boyer.--Voir l'article, page 84._]


NOTRE PROCHAIN ROMAN

_Nous commencerons la semaine prochaine la publication d'une oeuvre
nouvelle de_ Daniel Lesueur:
LA FORCE DU PASS

Les abonns fidles de l'_Illustration_ seront heureux de retrouver dans
leur journal la signature de l'auteur de _Passion slave_, de _Haine
d'amour_, de _Justice de femme_, de _A force d'aimer_, quatre des romans
les plus apprcis que contient notre collection.

Les lecteurs du _Marquis de Valcor_, qui a obtenu, l'an dernier, auprs
du public et de la critique, un si retentissant succs, auront dans
l'_ILLUSTRATION_ la primeur d'un roman de la plus haute valeur
littraire et qui ne le cdera en rien comme intrt  l'oeuvre
prcdente de DANIEL LESUEUR.

L'ILLUSTRATION THTRALE

_La semaine prochaine galement nous publierons: LA MASSIRE,
l'mouvante et dlicieuse comdie de_ M. JULES LEMAITRE, _joue  la
Renaissance par Mme Brands et Judic et par M. Guitry._

_Paratront ensuite successivement:_

LA RETRAITE, de BEYERLEIN, l'oeuvre la plus clbre du thtre allemand
contemporain, traduite par MM. Rmon et Valentin, et que va reprsenter
le thtre du Vaudeville;

L'ARMATURE, par M. BRIEUX, d'aprs le roman de M. PAUL HERVIEU
(Vaudeville);

LES VENTRUS DORS, par M. MILE FABRE (Odon);

LE DUEL, par M. HENRI LAVEDAN (Comdie-Franaise);

MONSIEUR PIGOIS, par M. ALFRED CAPUS (Renaissance);

LE GOT DU VICE, par M. HENRI LAVEDAN (Gymnase); etc., etc.


COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE.

Nous nous connaissons  peine et nous sommes devenus deux amis. A Paris,
ces rencontres ne sont pas rares. Je le vois, et je m'arrte auprs de
lui deux ou trois fois par semaine en gagnant,  travers les Tuileries,
les boulevards,  l'heure du djeuner. Je le retrouve toujours  la mme
place, exactement; sur la lisire du jardin, tout prs du pavillon de
Flore. Derrire nous, la grosse horloge de la gare d'Orsay, de l'autre
ct de l'eau, marque onze heures. Devant nous, dans l'chancrure que
dessine  cet endroit la rue de Rivoli, l'image dore de Jeanne d'Arc 
cheval tincelle sous le soleil. De grands carrs de gazon ras, sans
couleur, au centre desquels s'rigent deux vases volumineux en marbre
blanc, bordent l'alle o il s'est arrt et o, tout de suite, une
trentaine de moineaux l'ont rejoint. Il a pos  terre une grosse
serviette en toile cire et, ayant dit bonjour  ses petits amis, il
cherche au fond de ses poches de la mie de pain, qu'il leur distribue.
C'est son travail du matin et c'est peut-tre tout son mtier.

Il l'exerce avec une application qui est touchante.

Sa mise n'est pas celle d'un pauvre homme. Il est chauss de gros
souliers bien cirs, vtu d'un pardessus qu'ornent des manchettes et un
collet de faux astrakan, coiff d'un chapeau noir, en feutre mou; la
cravate est bien noue, sur un faux col d'immacule blancheur. Face
nergique et malicieuse, proprement rase, un peu rougie par l'air frais
du matin; moustache paisse et grisonnante de vieux soldat; binocle de
bureaucrate, qu'un gros cordon retient autour du cou. Des badauds
l'entourent; il est une figure parisienne, et il le sait; aussi
s'est-il fait photographier dans les postures diverses o nous le
retrouvons chaque matin, occup  nourrir ses moineaux en les
haranguant; et cela forme un petit jeu de cartes postales illustres,
qu'il tire de temps en temps de sa serviette et vend  ceux que ses
discours font rire. Un jour, je lui en ai achet quelques-unes; notre
amiti date de ce matin-l. A prsent il me reconnat ds que je
m'arrte au milieu du groupe qui l'coute, et bonimente en me souriant.
Il a de la fantaisie et cette verve familire qu'on ne voit qu'aux
camelots de ce pays-ci. Sur chacun de ces petits oiseaux il sait une
histoire, qu'il raconte tout en pulvrisant la mie de pain au fond de
ses poches et en projetant d'un geste mcanique les boulettes minuscules
qu'un petit bec, chaque fois, cueille au vol. Son geste, cependant,
n'est pas toujours le mme et varie suivant le caractre et les moyens
physiques de chacun. Il nous les prsente: il y a les timides, les
dbiles, les clops qui guettent d'en bas, en sautillant, le pain qu'on
leur jette; il y a les familiers, les effronts qui volettent autour de
sa poche et viennent happer la pture au bout de ses doigts; il y a les
paresseux qui attendent, pour se dranger, qu'on les appelle; il y a les
sportifs qui prfrent  la boulette tombe  terre, celle que la main
lance en plein ciel et qu'il faut poursuivre et rattraper. Il leur donne
des prnoms ou des sobriquets. Ces deux-ci, dit-il, sont tellement
pareils qu'il m'arrive de les confondre.

J'aime ce philosophe qui a vou sa vie  l'unique joie de donner 
manger aux petits oiseaux. Le reste lui est bien gal. Il ignore, j'en
suis sre, la confrence de Hall, qui se tient  cent mtres de lui; et
que, sous le drapeau du pavillon de Flore, qu'il montrait tout  l'heure
 ses moineaux, un ministre qui s'appelait Doumergue est, depuis quinze
jours, remplac par un autre ministre qui s'appelle Clmentel; il n'ira
point voir  l'Oeuvre les pices de M. d'Annunzio; il n'a pas assist,
cette semaine, au vernissage de l'patant; c'est  peine s'il a entendu
dire qu'il est question d'lire M. Coquelin cadet snateur.

Indiffrence coupable--ou sagesse?...

L'anne 1905 a bien commenc pour les femmes. Elles viennent d'ouvrir
leur troisime salon d'art (trois salons en cinq semaines); une
exposition d'industries et de travail fminins s'est organise aux
Champs-lyses sous leurs auspices; un journal a group vingt et une
d'entre elles en acadmie et libralement mis  la disposition de cette
acadmie un prix qu'une femme a remport. M. Lon Frapi, laurat de
l'acadmie Goncourt, rencontre en Mme Myriam Harry une mule qu'en un
jour le vote des vingt et une a rendue clbre. Et, comme je
flicitais tout  l'heure l'une d'elles, romancire presque illustre, de
ce succs fminin, elle eut un haussement d'paules mlancolique:

Gagnes par l'un ou l'autre sexe, me dit-elle, ces sortes de victoires
sont tristes, parce qu'elles montrent bien en quel tat de dlaissement
la littrature est tombe. Il est glorieux, sans doute, de gagner au
concours une somme d'argent, que ce soit l'Acadmie franaise qui la
dcerne, ou la Socit des Gens de lettres, ou les Goncouristes, ou
nous-mmes; mais il est navrant de penser que ces rcompenses-l sont
devenues ncessaires...

Remarquez, en effet, que la littrature est la seule branche d'art o
abondent ainsi les prix d'_argent_... On laisse se tirer d'affaire les
peintres, les graveurs, les sculpteurs, les architectes;  peine, de
temps en temps, l'Institut distribue-t-il aux plus jeunes d'entre eux
quelque encouragement monnay; ce qu'ils recherchent, dans les
expositions et les concours, ce sont des mdailles,--et du ruban.
L'argent, c'est  l'_acheteur_ qu'ils le demandent, car il y a une
clientle pour les oeuvres d'art. Il n'y en a plus pour les livres.
Jamais il ne s'en est autant publi qu' prsent; et jamais l'on n'en a
moins lu. Vous donnez aux journaux le peu de loisirs que la vie vous
laisse; et le mtier d'homme ou de femme de lettres est devenu le
dernier de tous. C'est bien ce qu'indique la libralit des acadmies
qui nous couronnent et des socits qui nous priment. Nous sommes des
marchands malheureux  qui l'on paye de temps en temps, par charit, le
prix d'une marchandise--reconnue de bonne qualit--qu'ils ne vendent
point... Sentez-vous ce qu'il y a d'un peu amer dans ces succs-l?

Il parat que mon compatriote Tolsto est menac d'avoir sa statue dans
une rue de Paris. Cela m'inquite...

Je me souviens de l'impression d'effarement que je reus, il y a deux
ans, de la vue de plusieurs statues de grands hommes dont Paris a orn
ses jardins et ses carrefours. J'en avais rencontr d'innombrables, 
l'tranger, au cours de mes voyages, et presque toujours je les avais
trouves un peu bouffonnes;  Christiania, c'taient Ibsen et Bjornson,
en redingote, juchs sur d'troits socles cylindriques, coups de
cannelures horizontales, qui font penser  des fromages de Gruyre
empils;  Gnes, c'est Rubatlino mditant au seuil du port, la main
gauche appuye sur une petite table de boudoir dont le tapis s'orne de
franges consciencieusement sculptes; c'est,  Glasgow, sur la place
Saint-George, toute une foule de parlementaires, de potes et de
savants, figs en des poses de pantomime et qui encombrent de leurs
gestes muets la voie publique... Il n'y a presque pas de ville 
laquelle ne se rattache, dans mon souvenir, la vision de quelque grand
homme un peu drlement statufi. Et je me figurais que Paris, qui donne
au monde de si jolies leons d'lgance et de got, n'avait pas d subir
la contagion de cette mode-l. Je m'tais trompe. Cette ville
dlicieuse est peuple de statues qui font rire. Les plus grands de ses
sculpteurs--aussi bien que les Gnois, les Norvgiens, les cossais et
tous les autres--ont l'air de ne pas comprendre que, dans le tapage de
la rue, parmi l'agitation de pitons qui se bousculent et de voitures
qui s'accrochent, sous la rafale qui souffle ou la pluie qui tombe, un
monsieur en redingote ou en robe de chambre, tte nue, et qui tient  la
main les papiers ou le porte-plume emblmatique o les oiseaux viennent
se poser, a bien de la peine  n'tre pas comique.

Il est juste qu'il le soit. Si le philosophe Fourier, de son vivant,
s'tait avis d'aller s'asseoir,  cinquante centimtres au-dessus du
niveau du sol, entre deux lignes de tramway, pour observer, de son
fauteuil, les gens qui passent sur le boulevard de Clichy, la police lui
et fait respectueusement observer que ce n'tait l la place ni d'un
fauteuil, ni d'un philosophe en mditation, et la foule aurait pens:
Cet homme est fou. Et sans doute la mme rflexion lui ft-elle venue
 la vue de Balzac, accroupi, tout seul, en pantoufles, sur un banc,
dans le courant d'air de l'avenue Friedland;--et de combien d'autres!
Alors, pourquoi infliger  nos yeux la vision de ces choses improbables?
Et n'est-il pas curieux que, dans le dessein de _faire vrai_, tant de
sculpteurs s'obstinent  fixer le souvenir des grands morts en des
images ainsi composes et _situes_ qu'elles semblent un dfi  la
vrit mme?

Il serait si facile d'immortaliser les gens plus simplement et d'une
faon qui honorait plus dignement leur mmoire! Je me souviens que, la
dernire fois que j'allai visiter Rouen (une des villes de France que je
voudrais habiter, si Paris n'existait pas), un joli spectacle me frappa.
C'tait au coin d'une rue paisible,  l'endroit o s'lve la
bibliothque de la ville. Dans l'paisseur du mur, une niche a t
creuse au-dessus d'une vasque de marbre o chante le clapotis d'un
petit jet d'eau et, dans cette niche, il y a le buste d'un pote: Louis
Bouilhet. C'est tout le monument. Les Rouennais n'ont pas pens qu'il
ft ncessaire, pour glorifier Bouilhet, de fournir  la postrit
l'image--en marbre--de la redingote de l'crivain, de ses bottines, de
son fauteuil et de sa chane de montre. Et je pensais, en regardant
cette oeuvre toute simple, que, fuss-je le plus grand des crivains de
mon temps, je ne souhaiterais point d'autre commmoration que
celle-ci: un buste, au seuil d'une bibliothque; un nom grav; une date;
et sous cette date, un petit bassin plein d'eau frache, o viennent
boire, en passant, les oiseaux et les gamins.

Sonia.


_LES FAITS DE LA SEMAINE_

FRANCE

30 janvier.--Au Snat, clture de la discussion gnrale du projet de
loi sur le service militaire de deux ans.

1er fvrier.--Grve des ouvriers lectriciens attachs aux usines de la
Compagnie Edison fournissant la lumire lectrique  plusieurs quartiers
de Paris.

3.--Le Snat, poursuivant la discussion de la loi militaire, rduit  un
an, contrairement au vote de la Chambre et  l'avis du ministre, la
dure du service dans le rang impos aux lves des grandes coles de
l'tat avant leur entre dans ces coles.

5.--Premiers voyages ministriels des membres du nouveau-cabinet: M.
Ruau, ministre de l'agriculture, et M. Dubief,  l'occasion du concours
de race bovine de Charolles, assistent  un banquet dmocratique, o ils
prononcent des discours politiques.

TRANGER

30 janvier.--Le tsar approuve d'importantes mesures proposes, en
consquence de l'ukase du 25 dcembre dernier, par le comit des
ministres: les pouvoirs ministriels sont limits et la responsabilit
ministrielle est cre par l'extension des pouvoirs du Snat dirigeant,
qui est charg de maintenir les lois et d'empcher qu'une ordonnance
ministrielle leur soit contraire; le Snat, rendu indpendant des
ministres, reoit le droit d'initiative en matire de lgislation.--La
situation reste trs grave  Varsovie, o 160 personnes ont t tues ou
blesses dans l'meute de la veille; la circulation est compltement
interrompue; tous les magasins, toutes les maisons, sont ferms par
ordre de la police.

31.--Fin des lections lgislatives en Autriche-Hongrie: la dfaite du
cabinet est encore aggrave (160 dputs libraux, au lieu des 328 de la
dernire Chambre); le parti Kossuth, qui comptait 85 dputs, en a 163,
14 ballottages.--

[Illustration: M. Franois Kossuth, chef de l'opposition
hongroise.--_Phot. Brod_.]

Succs des partisans du sultan du Maroc sur ceux du prtendant, dans la
plaine de Trifa, prs de la frontire algrienne. 1er fvrier.--Le tsar
reoit,  Tsarsko-Slo, une dputation de 34 ouvriers des usines et
fabriques de Saint-Ptersbourg, prsente par le ministre des finances
et le gnral Trepov, gouverneur gnral; dans son allocution, qui a t
rpandue dans tous les milieux populaires, il reproche aux ouvriers de
s'tre laisss sduire et tromper par des tratres ennemis de leur
patrie, et il promet d'assurer aux ouvriers les voies lgales, afin
d'examiner leurs demandes.--Le prince Sviatopolsk-Mirsky, ministre de
l'intrieur, est remplac par M. Bouliguine et obtient un cong de onze
mois pour voyager  l'tranger. M. Mouraviev, ministre de la justice,
est nomm ambassadeur  Rome et remplac par M. Manoukhine, qui tait
son adjoint.--A Saint-Ptersbourg, adresse de 342 membres des acadmies
et professeurs, dclarant que l'enseignement n'est possible qu'avec une
constitution.

_2._--Mariage,  Darmstadt, du grand-duc de Hesse avec la princesse de
Solms-Lich.--A Saint-Ptersbourg, un pont s'croule au moment du passage
d'une troupe de cavalerie; 40 dragons sont blesss.--A Batoum
(Transcaucasie), la grve est devenue gnrale: les agences de
transports et de navigation  vapeur ont suspendu tout travail.

_3._--Le comte Tisza remet la dmission du cabinet hongrois 
l'empereur-roi Franois-Joseph.--Le tsar reoit  Tsarsko-Slo 5
ouvriers dlgus par la fabrique de papier de l'tat.--A Lodz, en
Pologne, les troupes tirent sur les grvistes.

[Illustration: Une collation servie pour le pape et les prlats, au
Vatican, aprs la crmonie de conscration d'un vque. _Selon le
protocole, une petite table isole est dresse pour le pontife,--Phot.
Vetici._]

4.--Rception officielle,  Fez, de l'ambassade extraordinaire franaise
par le sultan du Maroc.--Insurrection dans la Rpublique Argentine,
contre le prsident Quintana. A Buenos-Ayres, le gnral Godoy, ministre
de la guerre, devance les insurgs  l'arsenal et rtablit l'ordre. Des
tentatives insurrectionnelles sont signales dans les provinces de
Santa-F, Cordoba et Mendoa. L'tat de sige est proclam pour trente
jours sur tout le territoire de la Rpublique.


LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Les oprations effectues dans les derniers jours de janvier par l'arme
russe de droite, commande par le gnral Grippenberg, ont t trs
importantes. Nous nous en occupons plus loin (page 96) en publiant un
croquis montrant les positions russes et japonaises avant et aprs la
bataille.

A l'occasion de ces oprations, de graves dissentiments se sont produits
entre le gnral Kouropatkine et le gnral Grippenberg. Celui-ci
revient  Saint-Ptersbourg et est remplac  la tte de la 2e arme par
le gnral Mylov.


LA CONSCRATION D'UN VQUE AU VATICAN

A la date o paratra ce numro de _l'Illustration_, le gouvernement
aura probablement dpos sur le bureau de la Chambre son projet de loi
destin  raliser la sparation des glises et de l'tat, une des
principales rformes inscrites au programme du nouveau cabinet, comme
elle l'tait au programme du cabinet Combes. C'est l une question
brlante: depuis plusieurs mois dj, la rupture diplomatique entre la
France et le Saint-Sige est un fait consomm, la dnonciation du
Concordat parat imminente; mais l'ventualit plus ou moins prochaine
de cet vnement considrable n'est pas pour dtourner du Vatican
l'attention de notre pays; il semble, au contraire, qu'en raison mme
des circonstances elle se porte plus que jamais vers les choses de Rome,
de cette Rome papale, o, malgr toutes les temptes, la tradition de
l'glise catholique demeure immuable.

L, dominant les soucis de la politique, le souverain pontife continue
d'exercer son ministre avec srnit. Ces jours derniers, il procdait
 la conscration d'un prlat italien, l'vque de Bergame. Pie X
officia en personne  l'autel de la chapelle Sixtine; puis, aprs
l'accomplissement de la crmonie suivant les rites solennels, il prit
part  la collation d'usage. Ces agapes offrent une particularit
caractristique: le pape ne s'assoit pas, ainsi que Jsus,  la mme
table que ses disciples; il a son couvert mis sur une petite table
spare, d'o il prside au repas. Peut tre, _in petto_, regrette-t-il
son isolement et trouve-t-il bien rigoureuse cette prescription du
protocole sacr, dont les inflexibles gardiens considrent la stricte
observation comme une des conditions ncessaires de la hirarchie
ecclsiastique.


M. HENRI GERMAIN

M. Henri Germain, prsident du conseil d'administration du Crdit
Lyonnais, qui vient de s'teindre  l'ge de quatre-vingts ans, tait n
 Lyon le 19 fvrier 1824. C'est dans cette ville qu'il avait jet, en
1863, les premiers fondements de l'tablissement de crdit destin 
prendre, sous sa haute direction, un dveloppement et une importance si
considrables.

Financier remarquable, trs expert en affaires de banque, il s'adonnait
en outre  l'tude des questions conomiques, envisages surtout dans
leurs rapports avec sa spcialit; aussi ses ouvrages et ses discours
lui ouvrirent-ils en 1886 les portes de l'institut, section des sciences
morales et politiques.

M. Germain eut, d'ailleurs, plus d'une occasion d'exposer ses ides  la
tribune du parlement. Dput de l'Ain au Corps lgislatif en 1869, il
avait ensuite reprsent ce dpartement  l'Assemble nationale, puis 
la Chambre, sigeant du ct de la gauche modre. Depuis une douzaine
d'annes, il avait renonc  la vie politique pour consacrer jusqu' la
fin son activit  l'oeuvre dont il tait le fondateur. La succession de
M. Henri Germain  la prsidence du Crdit Lyonnais est chue  M.
Mazerat, en vertu d'une lection statutaire faite  l'unanimit.

[Illustration: M. Henri Germain, d'aprs son portrait par Bonnat.--_Ph.
Braun, Clment et Cie_.]

[Illustration; Phot. Anthony's. Mme Chaumi. (Justice.)]

[Illustration; Phot. Pirou, rue Royale. Mme Berteaux. (Guerre.)]

[Illustration; Phot. Ogerau. Mme Delcasse. (Affaires trangres.)]

[Illustration; Phot. du Louvre. Mme Bienvenu-Martin. (Instruction
publique et Cultes.)]

[Illustration; Mme Dubief. (Commerce.)]

[Illustration; Phot. Walry. Mme Ruau. (Agriculture.)]

[Illustration; Phot, Anthony's. Mme Brard. (Postes et Tlgraphes.)]

[Illustration; Phot. Stebbing. Mme Gauthier. (Travaux publics.)]


LES FEMMES DE NOS MINISTRES

En 1902, lors de l'avnement du ministre qui vient de terminer sa
carrire, _l'Illustration_, aprs avoir, comme il convenait, publi les
portraits de MM. les ministres, donnait, pour la premire fois, ceux de
MMmes les ministresses. L'innovation fut gote et l'on nous sut gr
de faire cesser l'ingalit de traitement, vraiment injuste, qui, depuis
trop longtemps, rservant la pleine lumire de l'avant-scne aux seuls
chefs d'emploi munis du portefeuille, laissait leurs distingues
compagnes dans l'ombre de la coulisse.

La femme d'un ministre, crivions-nous  ce propos, est-elle une simple
particulire? Ne partage-t-elle pas la fortune politique de son mari?
N'est-elle pas pour lui, sinon une grie, du moins une prcieuse
collaboratrice, en donnant rceptions et dners, aidant le matre de la
maison  gouverner ces importantes sections de son ministre: les salons
et la salle  manger? N'a-t-elle pas, elle aussi, sa vie publique, qui
consiste surtout  organiser et  prsider des ftes de bienfaisance?
Enfin, tout comme l'homme en place, n'est-elle pas  l'honneur et  la
peine?

On nous pardonnera cette rptition, puisque, aussi bien, l'inauguration
d'un nouveau cabinet, o figurent d'ailleurs quatre membres du
prcdent,--M. Rouvier, prsident du conseil, en tte,--nous fournit
l'occasion d'une rcidive justifie par les mmes raisons d'quit.

Ajoutons qu'elle est encourage par la faveur du public, toujours trs
dsireux de connatre, au moins en effigie, nos ministresses,
personnes de marque, sans caractre officiel, il est vrai, mais non sans
influence, charges d'un rle parfois dlicat, o s'exerce  merveille
la diplomatie fminine, et d'autant plus dignes de nos hommages qu'elles
reprsentent, au premier plan, ces deux choses difficiles  raliser en
politique: la grce et l'lgance.

[Illustration: S. S. Pie X. Mgr Radini Tedeschi. CONSCRATION DE Mgr
RADINI TEDESCHI, VQUE DE BERGAME, DANS LA CHAPELLE SIXTINE, AU
VATICAN. _Photographie G. Felici._]

[Illustration: LE CARDINAL RICHARD, ARCHEVQUE DE PARIS, QUI VA CLBRER
SES NOCES DE DIAMANT. Photographie De Jongh, Frion succ.]

Le vnrable archevque de Paris, le cardinal Richard, g de
quatre-vingt-six ans, et qui est  la fois le doyen de cration des
cardinaux franais et le doyen d'ge de l'piscopat de France, va fter
l'anniversaire qu'il est convenu d'appeler, pour les prtres comme pour
les poux, noces de diamant, autrement dit le soixantime anniversaire
de son ordination sacerdotale.

N  Nantes en 1819, issu de l'ancienne et noble famille de Lavergne,
Mgr Richard fut lev dans le chteau de ce nom, puis fit ses tudes au
sminaire de Saint-Sulpice,  Paris. Ordonn prtre en 1845, il fut
vicaire gnral de Nantes durant vingt annes. En 1871, il devint vque
de Belley; en 1875, coadjuteur de l'archevque de Paris, avec future
succession. A la mort du cardinal Guibert, en 1886, Mgr Richard prit
possession de son sige et en 1889 le pape Lon XIII lui donna le
chapeau de cardinal.

[Illustration: LA DLGATION DES OUVRIERS DE SAINT-PTERSBOURG A
TSARSKOE-SELO. Aprs leur rception par le tsar au palais Alexandre, le
1er fvrier, les ouvriers dlgus des usines et des fabriques de
Saint-Ptersbourg ont t reconduits  la gare dans les voitures de la
cour. Le palais Alexandre est la rsidence particulire du tsar 
Tsarsko-Slo; il est situ  peu de distance du grand palais Catherine
o fut reu M. Loubet en 1902. _D'aprs un croquis de notre envoy
spcial._]

[Illustration: Le salon de lecture de l'Htel de France, 
Saint-Ptersbourg: tous les journaux sont passs au "caviar". _Dessin
d'aprs nature de M. Paul Thiriat._]


CHOSES DE RUSSIE

Saint-Ptersbourg est maintenant rentr compltement dans l'ordre. La
grande masse des ouvriers a repris le travail, attendant, dsormais
confiante, la ralisation des promesses que l'empereur a faites, de sa
bouche,  ceux de leurs camarades qu'il a reus au palais Alexandre, 
Tsarsko-Slo. Et l'on a repltr et repeint, aux murs des palais
impriaux ou grands-ducaux, les marques laisses par les balles. Le
cauchemar est fini, il faut du moins le souhaiter. Et, si les voyageurs
s'empressent,  l'arrive du courrier, dans les salons de lecture des
grands htels et se jettent sur les journaux trangers  demi couverts
de caviar, de cette terrible encre grasse, indlbile, dont la censure
russe recouvre impitoyablement, dans ces feuilles, tout ce qui ne doit
pas tre lu, pouvaient percer les mystrieux, les impntrables
placards noirs qui s'interposent entre le verbe imprim et leurs yeux
dus, les dtails qu'ils liraient leur apparatraient presque, dj,
comme de l'histoire ancienne. Car, sans doute, en Russie comme en
France, quinze jours font-ils d'un fait rcent une vieille nouvelle.

Pourtant, si l'cho de ces convulsions suprmes de l'meute ne vient pas
toujours jusqu' Saint-Ptersbourg, grce au caviar de la censure
vigilante, il s'en faut que le calme ait t tout d'un coup rtabli dans
l'tendue entire de l'empire.

En Pologne, notamment, o les haines de races demeurent, quelques
efforts qu'on ait tents pour les teindre, toujours vivaces, des
troubles extrmement graves se sont produits et mme ne sont pas
compltement teints  l'heure o nous crivons. Ils ont t comme la
rpercussion des vnements de Saint-Ptersbourg.

Varsovie a t le thtre des scnes les plus tragiques, dont les
dtails sont encore mal connus. La ville a t soumise, par des
grvistes dont on value le nombre  une quinzaine de mille,  un
pillage en rgle. Dans les rues centrales de la ville, la rue Moniuszki,
la rue Marshalkovskaa, o sont les plus beaux magasins de Varsovie,
ceux-ci ont t envahis et razzis.

Ds le premier moment o se produisirent ces dsordres, les habitants
avaient t inflexiblement consigns dans leurs maisons, et c'est dans
des rues dsertes que la cavalerie, au concours de laquelle on avait
fait appel pour rprimer l'meute, arrivait  toute bride vers les lieux
menacs, arrachait les pillards des maisons o ils opraient et les
obligeait  se dessaisir des produits de leurs vols.

Certains des vols mme se sont fait personnellement justice, et l'on
dit que, dans beaucoup de cas, rencontrant un des fauteurs emportant un
objet qu'ils reconnaissaient, ils le turent de leur propre main.

Tandis que se droulaient,  Varsovie, ces tristes vnements, une
catastrophe venait de nouveau attrister Saint-Ptersbourg. L'un des
ponts pittoresques de la capitale, le pont gyptien, du type 
suspension mtallique, jet sur le canal de la Fontanka, s'croulait, le
2 fvrier, au passage d'un escadron, et les cavaliers, les chevaux, avec
un certain nombre de passants qui traversaient le pont, venaient
s'abattre, parmi les dbris du tablier, dans une mle effroyable, sur
la glace du canal. Le sauvetage fut rapidement organis, et l'accident,
en somme, ne fit que peu de victimes.

[Illustration: SAINT-PETERSBOURG.--L'accident du pont gyptien, sur la
Fontanka,--_Phot. C.-O. Bulla._]

[Illustration: LES TROUBLES EN POLOGNE RUSSE: PILLAGE DES MAGASINS A
VARSOVIE Une patrouille de hussards disperse les grvistes qui
dvalisaient le magasin de chaussures de la "Socit anonyme de
Saint-Ptersbourg".--A la devanture close du magasin voisin est fixe
une image sainte destine  le protger contre le
pillage.--_Photographie prise dans la rue Moniuszki, le dimanche 29
janvier,  11 heures et demie du matin._]

[Illustration: L'ambassade franaise, escorte par les cavaliers des
tribus, sur la route de Fez.]


L'AMBASSADE FRANAISE AU MAROC

LES TAPES DE LA ROUTE DE FEZ

(Photographies de notre envoy spcial, M. Du Taillis)

L'ambassade prside par M. Saint-Ren-Taillandier et envoye par le
gouvernement de la Rpublique auprs du sultan du Maroc vient de faire
son entre  Fez, o elle est arrive le 26 janvier: elle tait partie
de Larache le 17.

Ce voyage  travers un pays vierge de tout chemin de fer, priv mme de
routes: cette longue chevauche d'une caravane nombreuse le long de
pistes en plein dsert, sous la pluie presque toujours, tantt au milieu
de prairies fleuries de blancs asphodles, tantt de plaines de glaise,
dtrempes, sordides, devait tre forcment trs pittoresque, sinon
toujours confortable.

Le gouvernement chrifien en avait assur de son mieux tous les
prparatifs. Il y a dploy une sollicitude dont les envoys de la
France ont t profondment touchs.

[Illustration: Le transport des cadeaux du gouvernement franais  S. M.
Abd-el-Aziz.]

[Illustration: AU MAROC.--Le voyage de l'ambassade franaise de Larache
 Fez: le passage du Sebou.]

[Illustration: Une diffa offerte  l'ambassade par le cad d'El-Abassi.]

A Larache,  la cte, o le dbarquement de la mission, nous l'avons
dj dit, s'tait effectu  bord d'une des barcasses du sultan, il
envoyait pour chercher le _bachadour_--vous reconnaissez ici la
dformation du mot ambassadeur--une escorte qu'on fit aussi imposante
que possible, commande par un personnage important du Maghzen, le cad
Rha, un homme d'une admirable prestance, d'une imposante noblesse
d'attitudes sous son burnous flottant. Et le rouge pavillon imprial
allait protger tout le long du chemin les htes du sultan, flottant en
avant de cette petite troupe de cavaliers et de fantassins aux costumes
voyants. Tout un petit monde de muletiers, de chameliers, de serviteurs,
suivait la caravane, s'occupant des bagages, plantant, repliant,
emportant les soixante tentes indispensables pour le logement des
voyageurs, vritable village de toile qui s'rigeait chaque soir en un
site nouveau, sous l'onde, ou, plus rarement, sous le ciel toil, et
s'occupant, avec le plus grand soin, surtout, des cadeaux que la
Rpublique franaise, suivant l'usage immmorial, a charg son
ambassadeur de remettre au souverain ami et aux personnages importants
de sa cour: on ne saurait se concilier trop de bonnes grces.

[Illustration: Le cad Rha, charg par le sultan de veiller sur
l'ambassade franaise.]

Ces cadeaux constituent un bagage invitable, sans doute, mais
terriblement encombrant. Ils sont enferms dans une caisse norme, un
vritable monument, qu'on a suspendue  deux robustes poutres. Deux
dromadaires sont affects  son transport, un  chaque extrmit de ce
brancard improvis.

L'un des principaux, des plus redoutables obstacles qui aient entrav la
marche de la mission et de son long convoi a t le fleuve Sebou. Les
pluies l'avaient grossi, chang en un torrent fangeux. Un moment on put
craindre que M. Saint-Ren-Taillandier, sa suite, son escorte, ne
fussent retenus, pendant plusieurs jours peut-tre, sur ses berges
argileuses. L encore, les bons soins du Maghzen, les prcautions prises
 l'avance pour assurer le voyage de la mission s'accusrent
heureusement: des bacs attendaient l'arrive des envoys franais et,
sans trop de vicissitudes, les transportrent d'une rive  l'autre.

Un peu plus loin, en approchant de Fez, la mission devait traverser une
autre rivire, l'oued Mekkez. Celle-l est clbre par son pont, un des
trois ponts qu'on connaisse au Maroc et qui fut construit, parat-il,
par un chrtien converti  l'islamisme. Le problme de la traverse 
gu ou en bateau encore ne se posait donc pas. Pourtant, comme la pluie
tombait, il y avait presque autant d'eau entre les parapets du pont que
sous ses arches. La caravane y pataugea effroyablement, toujours
prcde de l'tendard carlate du sultan.

Mais, ces menus ennuis d'une pareille expdition, on a fait tout ce
qu'on pouvait pour les attnuer. Aux tapes, les cads se sont efforcs,
par la cordialit de leur accueil, de les faire oublier aux voyageurs
fourbus et tremps. On s'est remis de tant d'motions, dans des banquets
copieux, des _diffas_ abondantes, o les convives mangeaient, accroupis
sur des tapis bariols, dans des plats de bois, le mouton rti sur un
lit de couscoussou. L'une de nos photographies reprsente un de ces
banquets, la _diffa_ offerte au ministre de France par le cad
d'El-Abassi. On y remarquera la prsence de Mme Saint-Ren-Taillandier,
femme du ministre de France, qui, pour accompagner la mission, a adopt
un costume arabe.

Enfin, on arriva au terme du voyage. La nouveaut, l'imprvu du
spectacle qu'allait offrir aux Franais l'entre dans Fez devaient les
consoler et les ddommager amplement des fatigues et des incommodits
subies. Rarement la plupart d'entre eux eurent une vision pareille.

Aux portes de la capitale, enclose de vnrables remparts crnels,
cuits, dors au soleil par une radieuse matine, le ministre de la
guerre du sultan, Si Guebbas, et l'introducteur des ambassadeurs (cad
mechouar) attendaient l'ambassadeur et sa suite pour leur souhaiter, au
nom de leur souverain, une affectueuse bienvenue. Des troupes, jusqu'
plus d'une heure de chemin, faisaient la haie sur le passage de nos
envoys, maintenant, aux approches de la ville, une foule presse. Des
tendards de soie frissonnaient sur un ciel d'un bleu resplendissant.

La prochaine srie de photographies de notre envoy spcial donnera 
nos lecteurs un tableau fidle de ce spectacle impressionnant.

[Illustration: Le pont sur l'oued Mekkez.]

[Illustration: AU MAROC.--Les murs de Fez.]


[Illustration: ERNEST BARRIAS]

Le sculpteur Louis-Ernest Barrias, membre de l'Acadmie des beaux-arts,
vient de succomber  une attaque d'influenza, le 4 fvrier,  Paris, o
il tait n. Il avait seulement soixante-trois ans. Mais une vie de
labeur sans trve l'avait puis. Depuis longtemps trs fatigu et
continuant pourtant  travailler,  produire, il tait une proie toute
marque pour la redoutable maladie. Il a t emport en peu de jours.

Fils d'un peintre sur porcelaine, frre du peintre Flix Barrias, de
prs de vingt ans son an, il semblait qu'il ne put chapper au destin
d'tre lui-mme peintre. De fait, le grand frre lui mit de bonne heure
le crayon, puis le pinceau en main, lui apprit les premiers lments du
mtier et, l'ayant ainsi prpar, le fit entrer chez Lon Cogniet, qui
avait t son propre matre. L'enfant n'avait gure qu'une quinzaine
d'annes.

Ce fut un lve appliqu et docile. Pourtant il semblait que la peinture
ne satisfit pas compltement son rve et bientt on le vit, entre deux
sances devant la toile, s'amuser, en manire de rcration,  ptrir la
glaise,  modeler des figurines. Une vocation de sculpteur, enfin, se
rvlait en lui, que l'on n'essaya pas de contrarier. Il franchit la
cloison et passa de l'atelier de Lon Cogniet dans celui de Cavelier.
Jouffroy devait parfaire son ducation sculpturale. Qui sait si ce ne
fut pas  l'cole de l'lgant statuaire de la _Jeune Fille confiant son
secret  Vnus_ que l'lve puisa le secret de cette grce qu'il devait
imprimer, plus tard,  certaines de ses productions: la _Jeune Fille de
Mgare_, le _Mozart enfant_, pour ne citer que deux de ses oeuvres les
plus connues?

En 1863, Barrias, grand prix de sculpture, partit pour Rome. Mais dj
il avait figur au Salon avec des bustes que des critiques, des artistes
avaient remarqus: celui de son pre, celui du peintre Jazet, celui de
Jules Favre, de son matre Cavelier. Il devait y rapparatre avec la
_Jeune Fille de Mgare_ qui fut son premier franc succs et lui valut la
premire de ses mdailles. Cette figure de marbre, sans parler des
mrites de son excution, possde un charme juvnile, une joliesse
naturelle qui justifient, certes, l'accueil trs chaleureux qu'elle
reut. Deux ans aprs, en 1872, avec le _Serment de Spartacus_, qui
dcore l'un des socles des Tuileries, Barrias devait donner une note
toute diffrente et montrer une vigueur mle que bien peu de ses oeuvres
ont accuse, par la suite,  un degr gal et avec autant de bonheur.

Mais ce fut son envoi de 1878 qui l'amena tout  coup au premier plan et
lui conquit la gloire. C'tait le pltre des _Premires Funrailles_,
qu'il allait tailler dans le marbre un peu plus tard et qu'on revit sous
ce nouvel aspect au Salon de 1878, sans la moindre dception,--fortune
qui n'choit qu'aux oeuvres fortes.

Les deux exemplaires des _Premires Funrailles_ appartiennent  la
Ville de Paris: le pltre original a remplac, maintenant,  l'Htel de
Ville, le marbre confi au Petit Palais des Champs-lyses. C'est, bien
videmment, un morceau qui gardera sa place dans l'histoire de la
sculpture contemporaine que ce groupe trs noble, d'un arrangement
irrprochable, d'une motion contenue, tempre par ce qu'on pourrait
appeler la pudeur acadmique, par cette convention d'cole qui interdit
les dsespoirs trop vhments et jusqu'aux larmes, et qui se manifeste
encore jusque dans le choix des types, toujours beaux, sans tares
corporelles.

[Illustration: La Nature se dvoilant. Statue polychrome en marbres de
couleur.--Phot. E. F.]

En 1881, avec le monument de la Dfense de Paris, rig au rond-point de
Courbevoie, Barrias se mesurait avec la sculpture monumentale. L'anne
suivante, il donnait la _Dfense de Saint-Quentin_. Plus rcemment, avec
le _Monument de Victor Hugo_, inaugur en 1902, il revenait  ses
prilleuses amours, un moment oublies et qui ne lui avaient pas donn
tous les sourires qu'il et pu dsirer.

Nous avons publi, lorsque l'actualit y tait, ces divers monuments.
Barrias y demeure un artiste sr de sa main, ingnieux dans ses
inventions; il y montre d'heureuses trouvailles. Il manque  ces grandes
machines quelque chose pour forcer l'admiration.

Le _Mozart enfant_, dont le pltre figura au Salon de 1883, est sans
doute la plus populaire de ses figures. Elle semble rsumer  merveille
et compltement les qualits de son talent, une incomparable souplesse
de facture, une imagination affine, incline vers le gracieux, vers
l'aimable. Le mouvement de cette figure enfantine et dj grave, dj
inspire, dj gniale par la pense que reflte la physionomie, est
d'une justesse, d'un naturel charmants. C'est d'un art sduisant comme
certaines statues du dix-huitime sicle, presque des bibelots par
l'lgance et le fini.

Cette heureuse veine, Barrias la retrouva avec la _Nature qui se
dvoile_, l'une de ses dernires crations que le Luxembourg a
recueillie. Ici encore, comme dans le _Mozart enfant_, le geste est
d'une spontanit, d'une vrit, qui de prime abord sduisent. Ce n'est
point,--on en a du moins l'impression, comme dans toutes les oeuvres
d'art bien venues, o jamais n'est visible l'effort crateur,--ce n'est
point le rsultat de longues recherches, de ttonnements inquiets 
l'atelier, devant la planche  modle, mais le fruit de quelque heureuse
rencontre, de quelque coudoiement providentiel, au milieu de la vie; un
de ces hasards favorables qui enfantent les chefs-d'oeuvre quand ils se
rvlent au gnie.

Barrias aura occup dans l'art contemporain une place considrable,
conquise dans l'effort continuel, sans brigue et sans machinations, car
nul plus que ce sincre artiste ne fut un excellent, un galant homme,
simple, modeste, affectueux. G. B.

[Illustration: Mozart enfant.--_Phot. Goupil._]

[Illustration: Les Premires Funrailles. (Salon de 1878.)]


[Illustration: LES OBUS MONSTRES EMPLOYS PAR LES JAPONAIS A PORT-ARTHUR
Aprs la reddition de Port-Arthur, l'tat-major de la garnison a dclar
que la situation tait surtout devenue intenable depuis que les obusiers
de 28 centimtres des Japonais avaient pu tre mis en batterie et
envoyer leurs normes projectiles au coeur des dfenses de la place. La
curieuse photographie que nous reproduisons donne une ide exacte des
dimensions de ces monstrueux engins de destruction, pesant chacun plus
de deux cents kilos. _Phot. J. Ricalton.--Copyright 1905 by Underwood
and Underwood._]

[Illustration: LE 20e CONGRS NATIONAL INDIEN A BOMBAY.--Arrive des
congressistes au "pandal" difi pour les runions du congrs.]

_Documents et Informations._


LE RVEIL DE L'INDE.

On n'apprendra pas sans surprise, peut-tre, qu'aprs leur long sommeil
les populations de l'Inde secouent leur lthargie et paraissent
s'veiller  une vie nouvelle. On voit, sur tous les points de cette
immense colonie, les indices de ce rveil clater.

Ces trois cents millions d'tres humains, las de leur misre, fatigus
d'tre soumis  un joug oppresseur, sans aucun moyen de faire entendre,
efficacement, leur voix dans les conseils o s'laborent leurs
destines, rclament rsolument leur part dans le gouvernement de leur
pays. Un mouvement de cette nature ne saurait nous laisser indiffrents,
en France, pays colonisateur, surtout au moment o les Japonais occupent
une partie de la scne asiatique d'une manire si dramatique et si
inattendue.

Ce n'est pas qu'il y ait rien  attendre de pareil des Hindous, gens
timides pour la plupart, diviss en mille castes, dsarms et manquant
de la suprme nergie des Nippons. Ce n'est pas, non plus, que la
puissance anglaise s'exerce avec toute la tyrannie que l'on prtend; il
faut tre juste avant tout. Ce qu'on peut reprocher aux Anglais avec le
plus de vrit, c'est leur esprit d'exclusivisme, leur morgue invincible
et une indniable oppression financire. Mais, en revanche, on doit
reconnatre qu'ils ont donn au pays le bienfait de la paix, qu'ils
l'ont dot d'une justice impartiale telle qu'il n'en avait jamais connu
et l'ont couvert d'admirables travaux publics. Pourtant, on est en
prsence d'un fait indniable, qui doit avoir ses causes: c'est que
l'opposition des indignes prend corps et s'affirme de plus en plus.

Depuis 1885, un congrs national indien, organe de cette opposition
naissante, se tient, _chaque anne_, dans une ville nouvelle de l'Inde,
pour consigner ses revendications dans des cahiers curieux  consulter.

Celui de 1904 s'est tenu  Bombay, du 26 au 29 dcembre: par le nombre
et l'importance de ses dlgus, il a eu une porte exceptionnelle. La
sance d'ouverture s'est tenue dans un lgant _pandal_, fait de
bambous, de nattes et de mousselines lgres. Dix mille personnes y
taient runies. On et dit les tats gnraux de l'Inde s'tablissant
de leur propre mouvement. On sentait, dans cette vaste audience, comme
un courant fait d'aspirations vagues, d'motions contenues, de dsir de
lutte, avec un souffle d'orage, prcurseur des temptes futures.

La runion de tant de types divers et de tous ces costumes chatoyants et
varis offrait  l'oeil un tableau d'un pittoresque extrme; mais tout
dsir de s'y arrter disparaissait devant l'espce d'oppression et de
nervosisme auxquels les assistants semblaient en proie, ainsi que devant
l'expression grave, je dirais mme solennelle de ces visages, 
l'ordinaire reposs et souriants. Ce qui donnait, d'ailleurs,  ce
congrs une importance toute spciale, c'est qu'un Anglais du parti
libral, sir Henry Cotton, tait venu exprs de Londres pour le
prsider. Or, sir Cotton n'est pas le premier venu: c'est un ancien
membre du _Civil Service_ de l'Inde, retrait, dernirement, tant haut
commissaire de la province d'Assam.

Que sortira-t-il, allez-vous demander, de ce 20e congrs? Rien, sans
doute, ou peu de chose, pas plus que des 19 autres qui l'ont prcd.
L'Inde n'est pas le pays des changements prcipits. Mais, dans l'tat
troubl des choses sur la plante, il est impossible de ne pas
s'intresser  un mouvement qui met en un pareil moi le cinquime de la
race humaine: il est certainement gros de consquences pour l'avenir.


ENCORE LE GUI DU CHNE.

Tous les lecteurs qui ont bien voulu rpondre  notre appel, en ce qui
concerne le gui du chne, confirment que la prsence du gui sur le chne
est une vritable raret. Aussi la Touraine peut-elle prouver quelque
orgueil  possder _deux_ chnes  gui qui nous sont signals par un de
nos correspondants, au Breuil, prs de Cinq-Mars et de Langeais. Voil
le Midi battu par le Centre. D'autre part nous voyons, par le _Bulletin
de la Socit forestire de Franche-Comt et Belfort_ pour 1903, qu'un
beau chne porte-gui a t signal par M. E. Gilardoni, conservateur des
eaux et forts  Dijon. M. Gilardoni a publi une bonne photographie de
ce chne, qui se trouve dans les forts de Villy-le-Brl (canton de
Nuits-Saint-Georges (Cte-d'Or), prs de l'ancienne voie romaine de Lyon
 Langres). Ce chne a 3m,40 de circonfrence  hauteur d'homme, et il
est littralement couvert de gui, ce qui, du reste, lui sera fatal, car
il dprit manifestement. Il y a deux autres chnes porte-gui dans la
Cte-d'Or,  la connaissance de M. E. Gilardoni: l'un, chne pdoncul,
dans la fort de Lonchamp, prs du village de Premires, arbre vieux et
dprissant; l'autre, dans la fort de Grange-Neuve, canton de Nuits.
Mais ces deux chnes ne portent que quelques touffes de gui, au lieu que
celui de Villy-le-Brl en est couvert. M. Gilardoni a encore rencontr
un chne porte-gui dans la fort de Chaux (Jura); et il n'y avait qu'un
seul chne de ce genre dans toute la fort qui couvre pourtant 20.000
hectares. D'aprs la _Flore forestire_ de Mathieu, c'est dans les
forts de la France centrale, aux environs de Blois, notamment, que les
chnes porte-gui seraient le moins rares et, d'aprs le _Bulletin de la
Socit forestire de Franche-Comt_, un chne de ce genre existait il y
a quelques annes aux environs de Troyes.


LE GOT DU LAIT DE CHVRE.

Toutes les personnes qui ont bu du lait de chvre savent que ce liquide,
prcieux parce qu'il n'est jamais suspect de tuberculose, possde un
got et une odeur auxquels beaucoup d'entre elles ne peuvent s'habituer.

Ces qualits fcheuses ne sont d'ailleurs pas invitables, et le lait de
certains animaux et surtout de certaines races en est exempt.

Mais il est un autre moyen que la slection pour viter ce dsagrment.
Deux mdecins roumains, MM. Oceanu et Babs, viennent en effet de faire
connatre que les chvres auxquelles on a pratiqu l'ovariotomie,
donnent un lait toujours priv de mauvais got et d'odeur hircine.

Cette opration est moins coteuse que la slection. Elle possderait en
outre l'avantage d'activer la scrtion lacte et d'en augmenter la
dure.


LE COMTE DE COLLEVILLE

Une personnalit fort connue dans la haute socit parisienne et aussi 
Rome, le comte de Colleville, chambellan intime de Sa Saintet Pie X,
s'est teint dans sa quatre-vingt-sixime anne,  Houilles, o il
s'tait retir.

[Illustration: Le comte de Colleville.]

Le comte de Colleville, qui tait le doyen des camriers de cape et
d'pe franais, avait servi trois souverains pontifes avec le mme
dvouement. Il tait commandeur de Saint-Grgoire-le-Grand.

Il appartenait  l'une des plus anciennes familles normandes. Le nom de
Colleville est inscrit, en effet, parmi les compagnons de Guillaume le
Conqurant et au livre de la pairie anglaise.

Le comte de Colleville laisse un volume de _Mmoires_, qui sera publi
par son fils, le vicomte de Colleville, l'auteur de _Pie X intime_.


LE VICE-AMIRAL TOUCHARD

Le vice-amiral Touchard, nomm rcemment chef d'tat-major gnral de la
marine, est n en 1844 et compte plus de quarante ans de service. Il a,
comme capitaine de frgate, command l'aviso _Hugon_, pendant la
campagne du Tonkin; comme capitaine de vaisseau, le cuirass _Marengo_
et l'_Iphignie_, croiseur-cole des aspirants.

[Illustration: Le vice-amiral Touchard. _Phot. Pirou, rue Royale._]

Contre-amiral, le 6 juin 1894, il occupa deux fois les fonctions de
sous-chef d'tat-major gnral, puis prit, en 1898, le commandement
d'une division de l'escadre du Nord. Entr au comit consultatif, il
recevait, en avril 1902, la troisime toile et, le mois suivant, tait
appel  la prfecture maritime de Cherbourg, qu'il vient de quitter. Il
est grand officier de la Lgion d'honneur.


LE DOYEN DE L'ARME

La ville de Melun vient de fter le centime anniversaire d'un de ses
notables habitants, M. Emmanuel-Auguste Desmarest, commandant en
retraite, officier de la Lgion d'honneur, n  Huningue (Alsace), le 8
fvrier 1805.

[Illustration: Le commandant Desmarest]

Toute localit ayant le rare privilge de possder un centenaire en tire
quelque vanit, d'ailleurs bien lgitime: chez notre fragile espce,
savoir pratiquer l'art difficile de vivre un sicle n'est point un mince
mrite, et il est naturel que le prestige qu'il confre au vainqueur du
temps excite la fiert de ses proches concitoyens. Melun devait donc un
public hommage  son centenaire; d'autant plus que le cas de M.
Desmarest est particulirement extraordinaire.

En effet, cet homme prdestin  une exceptionnelle longvit a travers
les vicissitudes les plus propres  abrger son existence. Il exerce
d'abord la profession paisible de graveur sur mtaux, puis, pargn par
la conscription, il s'oriente vers l'industrie, o, s'il n'est pas
assur de faire fortune, il a du moins chance de cheminer sans trop de
risques jusqu' la halte finale que son bon temprament lui permet
d'esprer lointaine. Mais soudain,  l'ge de vingt-sept ans, il se
souvient qu'il est fils et petit-fils de soldats, l'atavisme veille en
lui une vocation tardive, il s'engage, en 1832, dans l'infanterie: le
voil embrassant la carrire militaire prilleuse entre toutes.

Au bout de huit ans, le conscrit volontaire a conquis l'paulette; en
1848, il est capitaine adjudant-major au 11e lger, aprs avoir guerroy
en Kabylie. En 1850, il tient garnison  Angers, au moment de la fameuse
catastrophe du pont suspendu, dont la rupture prcipite dans la Maine
trois compagnies de son rgiment. Deux cents hommes prissent engloutis;
lui, chappe  la noyade et accomplit plusieurs sauvetages qui lui
valent la croix. En Crime, il prend part aux batailles de l'Alma,
d'Inkermann, de Traktir, au sige de Sbastopol;  Malakof, une
poudrire, en sautant, l'ensevelit sous ses dcombres; il se relve
assez valide pour recevoir sa promotion de chef de bataillon. Et, en
1859, on retrouve le commandant Desmarest en Italie, o, avec le 52e de
ligne, il se signale par sa bravoure, le soir de Magenta. A la fin de
1862, il quitte l'arme, comptant trente ans de service, douze
campagnes, huit blessures; mais la guerre de 1870 ravive l'ardeur
belliqueuse du vaillant retrait de soixante-cinq ans: il organise un
corps de francs-tireurs et reoit une neuvime blessure,--dont il
gurit...

N'est-elle pas vraiment curieuse, l'histoire de ce centenaire qui a
gagn haut la main la gageure qu'il semblait avoir faite avec la mort?

Citoyen de Melun depuis trente-trois ans, M. Desmarest y a tout
doucement atteint sa centime, entour par une gouvernante dvoue,
Mlle Marie Brunet, d'une sollicitude quasi filiale.

Il n'a pas de descendance, car il est rest clibataire: en biographe
consciencieux, nous constatons simplement le fait, sans y entendre
malice; il serait d'ailleurs aussi tmraire que peu galant de le
rattacher  la psychologie de la longvit.

E. F.


_Mouvement littraire._

_La Victoire  Sedan_, par Alfred Duquel (Albin Michel, 3 fr.
50).--_Mmoires de Mme Roland_, nouvelle dition critique, par Cl.
Perroud (Plon, 2 vol.,  5 fr. chacun).--_Le Pape et l'Empereur_, par
Henri Welschinger (8 fr.).--_Sur la pierre blanche_, par Anatole France
(Calmann-Lvy, 3 fr. 50).

La Victoire  Sedan.

Le 1er septembre 1870, le commandement du marchal de Mac-Mahon tait
remis, vers huit heures, au gnral Ducrot. La retraite sur Mzires
tait-elle praticable? Peut-tre le 31 aot aurait-on pu y songer, mais,
le lendemain, la route tait compltement ferme par les forces
allemandes; tous les canons de la quatrime arme prussienne taient
installs le long du bois de la Flizette et de chaque ct de la ligne
de Mzires. Comment faire passer sous leur feu une cohue dmoralise?
Mais y avait-il un endroit par o l'on pouvait sortir de cet entonnoir
de Sedan o l'arme franaise avait t conduite? Oui, et c'tait
Bazeilles-Carignan, affirme M. Duquet, avec le gnral de Wimpfen, le
gnral Chanzy et M. Jules Claretie. L, le gnral Lebrun tait
vainqueur des Bavarois, qu'il avait dcims. En continuant de garnir les
hauteurs de Saint-Menges et en jetant de bonne heure, le 1er septembre,
les troupes sur ce point, au lieu de les diriger vers l'ouest, il tait
mme possible de changer la droute en triomphe. Pour le moment, disait
M. Wimpfen  M. Ducrot, Lebrun a l'avantage; il faut en profiter. Ce
n'est pas une retraite qu'il nous faut, c'est une victoire.

Au dbut de la guerre, les fautes de tactique du commandement prussien
furent innombrables;  Spickeren,  Saint-Privat, la victoire vint, 
plusieurs reprises, se poser jusque dans nos mains sans qu'on ait su la
retenir. A Sedan mme, un vritable homme de guerre, ds le commencement
de la lutte et au dernier moment mme, le 1er septembre, et culbut
l'ennemi, de telle sorte qu'au lieu de la capitulation nous eussions eu
la victoire de Sedan.

M. Alfred Duquet, dont l'oeuvre militaire est si considrable et le
patriotisme si clair, nous raconte nos dsastres et montre comment on
aurait pu les viter.

Mmoires de Mme Roland.

Elle les crivit dans sa prison,  l'Abbaye et  Sainte-Plagie, du 1er
juin 1793 au 8 novembre de la mme anne, jour de son jugement et de son
excution. Ils comprennent les cahiers o elle raconte son enfance et sa
jeunesse, d'autres o, sous les titres de: _Notices historiques,
Portraits et Anecdotes, Premier Ministre, Second Ministre_, etc., elle
justifie les actes politiques de son mari ou les siens. A Bosc, puis 
Mentelle, elle faisait passer, de sa prison, ce qu'elle crivait. Le
premier donna, en 1795, une dition, mais non complte, des _Mmoires_.
D'aprs un manuscrit autographe, lgu par la fille des Roland  la
Bibliothque Nationale et dont celle-ci prit possession le 13 novembre
1858, MM. Dauban et Feugre publirent, presque simultanment, en 1864,
un texte plus exact et plus tendu de l'oeuvre de Mme Roland. Deux
cahiers, entrs en 1892 dans notre grande Bibliothque, manquaient aux
ditions de M. Dauban et se lisent dans la nouvelle publication de M.
Perroud, enrichie de notes savantes, mise en un ordre strict et prcde
d'une notice substantielle. Des lettres indites, des appendices, des
rcit de la mort par Sophie Granchamp, ont t joints aux _cahiers_ par
M. Perroud et donnent  ses deux volumes une valeur toute nouvelle. Ne
en 1754, Marie-Anne Philipon pousa, le 4 fvrier 1780, Roland de la
Platire, inspecteur des manufactures. De 1784  1789, les Roland
vcurent soit  Villefranche-en-Beaujolais, soit  deux lieues de l, au
Clos. lu officier municipal de Lyon en fvrier 1791, il est charg de
plaider  Paris, auprs de l'Assemble nationale, les intrts
financiers de la ville. Toute pntre de Plutarque et de Rousseau,
rpublicaine et stocienne, sa femme l'accompagnait; elle ouvrit chez
elle le salon de la Rvolution, o l'on voyait, ml  Brissot, 
Ption,  Buzot, Robespierre dont le silence ne se rompait que rarement.

Ne fait-il pas songer au tigre dans la bergerie? Sous la Lgislative,
Roland fut ministre de l'intrieur de mars 1792 au 13 juin de la mme
anne. Congdi, ainsi que ses collgues, par Louis XVI, il revient au
pouvoir aprs le 10 aot et l'abolition de la royaut. Danton tait
ministre de la justice. Quel portrait en trace Mme Roland, qui le prit
en horreur, surtout aprs les massacres de septembre, et qui nous
entretient de lui longuement dans des pages en partie indites jusqu'
M. Perroud. Je regardais cette figure repoussante et atroce,... je ne
pouvais appliquer l'ide d'un homme de bien sur ce visage. La mort de
Marat remplit Mme Roland d'enthousiasme pour Charlotte Corday. Jugeant
inefficace sa lutte contre la Commune de Paris, contre les arrestations
et les excutions arbitraires, Roland donna, dans une lettre rdige par
sa femme, sa dmission de ministre de l'intrieur. Je ne sais rien de
plus instructif et qui nous montre mieux le sain jugement de Mme Roland
que ces pages, inexactement connues avant la publication de M. Perroud.
Revenant en arrire dans le morceau intitul _Brissot_, elle exprime son
opinion sur les hommes marquants de la Constituante, qu'elle a seulement
aperus. J'entendis, mais trop peu, l'tonnant Mirabeau, le seul homme
dans la Rvolution dont le gnie pt diriger des hommes et impulser une
assemble... Il fallait le contrepoids d'un homme de cette force pour
s'opposer  l'action d'une foule de roquets et nous prserver de la
domination des bandits. Dans sa prison, elle se plaisait en ses
souvenirs et  noter les hommes de la Rvolution. Elle n'est pas
flatteuse pour Necker, qui faisait toujours du pathos en politique
comme dans son style, homme mdiocre, dont on eut bonne opinion parce
qu'il en avait une trs grande de lui-mme. Pas une figure de la
terrible poque qui ne paraisse dans ces cahiers de Mme Roland. Elle
alla, le 8 novembre, au milieu d'une foule immense, de la Conciergerie 
l'chafaud, dress sur la place de la Rvolution. Elle passa par ce
Pont-Neuf au bord duquel se dressait la maison de son enfance, souriant
 Sophie Granchamp qu'elle distingua au poste convenu. Son seul crime,
c'tait d'avoir correspondu avec les girondins poursuivis et d'tre la
femme de Roland. Celui ci, en apprenant cet assassinat, se donna la mort
prs de Rouen; Buzot, qu'elle avait aim d'un amour aussi pur que fort,
ne tarda pas  suivre le conseil que l'amie lui avait donn dans une
lettre: Si l'infortune opinitre attache  tes pas quelque ennemi, ne
souffre point qu'une main mercenaire se lve sur toi, meurs libre comme
tu sus vivre. Il se porta lui-mme le coup mortel, aux environs de
Saint-Emilion, entre le 19 et le 26 juin 1794. Grce  cette dition
aussi complte que possible des oeuvres de Mme Roland, nous pouvons
connatre mieux les hommes de la grande tragdie rvolutionnaire.

Le Pape et l'Empereur.

Dans la lutte entre Pie VII et Napolon, M. Henri Welschinger n'hsite
pas  prendre parti pour le pape. Comment l'empereur, sacr par le pape
 Notre-Dame, ne lui ft-il pas reconnaissant de son long voyage? La
veille de la crmonie, averti par Josphine qu'il n'y avait pas union
religieuse entre elle et l'empereur, Pie VII avait exig qu'on y pourvt
sur-le-champ. Or, Napolon songeait dj au divorce. Jrme Bonaparte
s'tant li lgitimement avec une jeune Amricaine, Mlle Patterson,
Napolon exigea que le pape brist cette union. Pie VII refusa de se
soumettre  cette volont impriale. Une autre rsistance du pontife fit
dborder la coupe: il persista, malgr les ordres de Napolon,  ne pas
fermer ses ports aux Anglais et  conserver les trangers dans ses
tats. D'Allemagne, le 17 mai 1809, l'empereur, par dcret, dclara les
possessions pontificales runies  l'empire et,  l'excommunication
affiche contre lui et ses conseillers, rpondit par l'enlvement de Pie
VII qui fut conduit  Savone.

Dans ces circonstances, le pape refusa aux vques choisis par Napolon
l'institution canonique. En 1811, l'empereur convoqua un concile
national, lui demandant, en particulier, d'affirmer que le mtropolitain
ou le plus ancien vque de la province ecclsiastique, en cas de
vacance de plus d'un an, avait le droit de confrer l'institution
canonique. Irrit contre le concile, qui ne montre pas assez de
souplesse, Napolon le dissout, mais en groupe un autre qui peut passer
pour sa continuation. C'est  cette querelle thologique de
l'institution que s'acharne le matre de l'Europe. A Fontainebleau, o
il fait transporter le pape, il essaye de lui faire signer le Concordat
de Fontainebleau (janvier 1813); aprs avoir mis son seing  des
articles de concession assez marque, le pape, malade, dbilit, se
ressaisit. On connat la suite: l'invasion, le retour  Rome du
souverain pontife. Au fond, la pense de Napolon nous est rvle dans
ses _Mmoires_, dicts de Sainte-Hlne: installer le pape et les
cardinaux dans l'le Saint-Louis, avec Notre-Dame remplaant
Saint-Pierre.

Personne, mieux que M. Welschinger, coutumier des bonnes tudes
historiques, crivain et savant, ne pouvait nous peindre cette longue
bataille du pape et de l'empereur.

Sur la pierre blanche.

Le livre de M. Anatole France parait au moment o je corrige les
preuves de cet article. Le charmant et subtil crivain nous y prsente
plusieurs jeunes gens discutant de toutes choses, dans la ville de Rome.
L'empire romain, le christianisme, la guerre entre la Russie et le
Japon, les ides socialistes, les songes d'avenir, se succdent
rapidement dans leurs vives conversations. Au fond, l'auteur, sorti de
son dilettantisme, jet en pleine lutte, a rpandu, sur la _Pierre
blanche_, toute sa pense philosophique, religieuse et sociale.

E. Ledrain.


Ont paru:

Histoire.--_Le Rveil de la nation arabe dans l'Asie turque_, par Ngib
Azoury. In-18, Plon, 3 fr. 50;--_Mme Rcamier et ses amis_, d'aprs des
documents indits, par douard Herriot. 2 vol. in-8, d, 15
fr.--_Mmoires du comte de Rambuteau_, publis par son petit-fils, avec
une introduction et des notes, par G. Lequin. In-8, illustr,
Calmann-Lvy, 7 fr. 50.--_Joachim Murat_ (1767-1815), par Jules Chavanon
et Georges Saint-Yves. In-18, Hachette, 3 fr. 5.--_Une chouannerie
flamande au temps de l'Empire_ (1813-1814), _Louis Fruchart, dit Louis
XVII_, par Paul Fauchille. In-8, Pedone, 7 fr. 50.--_Les Origines de la
Rforme_, par P. Imbart de La Tour. I. _La France moderne_, in-8,
Hachette, 7 fr. 50.

Divers.--Les _Flaux de la peinture_, par E. Dinet, prface de Georges
Lafenestre. In-18, Rey, 1 fr. 50.--_Jean Petitot et Jacques Bordier_,
deux artistes huguenots du dix-septime sicle, par Ernest Stroehlin.
In-8, avec 21 planches, Kndig, Genve, 10 fr.--_tudes conomiques sur
l'antiquit_, par Paul Guiraud. In-18, Hachette, 3 fr. 50.--_Les Joueurs
d'pe  travers les sicles_, par Gabriel Letainturier-Fradin. In-8,
illustr, Flammarion, 7 fr. 50.--_L'Escrime du sabre_, par Luigi
Barbasotti, traduction franaise. In-18, illustr, Rothschild, 10
francs.

[Illustration: CROQUIS DU COMBAT DE SAN-DE-POU La 2e arme russe
occupait, d'aprs les dernires dpches, la position que lui attribue
notre croquis sur la rive droite du Houn-Ho.]


LE COMBAT DE SAN-DE-POU

Si le combat de San-De-Pou est rest localis sur une partie de
l'immense front (100 kil.) des armes russes et japonaises, il n'en a
pas moins t acharn et meurtrier comme les batailles de septembre et
d'octobre. Les Japonais avouent 7.000 hommes de pertes. On en attribue
10.000 aux Russes.

On a dit que cette opration n'avait eu d'autre but que de dtourner
l'attention des mauvaises nouvelles de Saint-Ptersbourg. Les tacticiens
ont vu plutt en elle une reconnaissance offensive destine  prparer
une prochaine action gnrale. Enfin, le retour en Russie du gnral
Grippenberg, qui l'a dirige, semblerait indiquer que le commandant de
la 2e arme a agi, soit dans l'initiative, soit dans l'excution,
contrairement aux ordres de Kouropatkine.

Quoi qu'il en soit, le combat de San-De-Pou mrite,  tous gards, une
attention spciale.

Dans la nuit du 24 au 25 janvier, l'arme de Grippenberg excutait, par
la rive droite du Houn-Ho, un mouvement tournant, qui surprenait
compltement l'adversaire. Ds le 25, elle franchissait la rivire,
enlevait Kalatosa, Tchi-Ta-Ts, Namaki, Kheigoutaya, Souma-Pou, etc.

La rgion est absolument plate, riche, trs populeuse et seme de
villages entours de murs. Les Japonais les avaient tous transforms en
vritables forts.

Le 26, l'offensive vigoureuse se continuait jusqu' San-De-Pou. Cette
localit importante avait t formidablement organise par les
dfenseurs. Les Russes parvenaient bien  enlever, au prix de grosses
pertes, les lignes extrieures et  pntrer dans le village, mais ils
ne pouvaient emporter le rduit entour d'une triple enceinte
d'obstacles artificiels que leur artillerie n'avait pas su ou pas pu
entamer.

Le. 27, renforcs  leur aile gauche, les Japonais parviennent 
repousser leurs adversaires des abords immdiats de San-De-Pou et de
quelques villages avoisinants. L'offensive russe tait arrte.

En mme temps, Oyama lanait des forces assez importantes contre le
centre de Kouropatkine, du ct de Cha-Ho-Pou. Cette diversion,
d'ailleurs, choua compltement; mais il se peut qu'elle ait empch les
Russes de prendre de ce ct une offensive qui et favoris les
oprations de Grippenberg.

La lutte acharne qui s'est livre autour de San-De-Pou semble termine
depuis la fin de janvier. Elle est seulement prolonge par des
escarmouches locales presque incessantes, telles que la prise
successive, deux ou trois fois par chacun des partis, du village de
Kekeouta et l'attaque dirige sans succs, dans la nuit du 3 fvrier,
par un rgiment japonais, sur Tchang-Tan.

De graves dissentiments, nous l'avons dit plus haut, paraissent s'tre
levs entre le gnralissime Kouropatkine et le commandant de la 2e
arme Grippenberg, qui se plaindrait de n'avoir pas t soutenu par une
offensive du centre. Il est difficile d'mettre sur ce point un jugement
quelque peu certain,  la distance o nous sommes du thtre des
oprations, dans l'ignorance absolue o nous nous trouvons des
intentions du commandement, des moyens exacts dont il dispose et de
mille circonstances ambiantes qui nous chappent.

Ces dissentiments sont-ils la seule cause de l'arrt de l'offensive
russe? La rigueur exceptionnelle de la temprature, descendue  20 et 25
degrs de froid au milieu d'affreuses tourmentes de neige, les habiles
dispositions dfensives des Japonais, l'arrive  temps de leurs
renforts soigneusement chelonns, la diversion de Nodzu  Cha-Ho-Pou,
ne sont-elles pas les vritables motifs de cet arrt? Nul ne saurait
aujourd'hui le discerner avec certitude.

En tout cas, si les oprations de San-De-Pou n'ont pas procur les
rsultats dcisifs qu'elles eussent pu donner, il est vident qu'elles
ont, du moins, mis l'aile droite russe dans une position avantageuse
qui, malgr le lger recul des 27 et 28 janvier, ne laisse pas de
constituer pour la gauche japonaise un srieux danger.

Les Russes, d'ailleurs, ne restent pas inactifs: un jour, ils reprennent
un village qui consolide leur position sur le Houn-Ho; un autre, c'est
la cavalerie cosaque qui pntre jusqu' Labata, au milieu des convois
japonais, ou bien un dtachement qui dtriore la voie ferre au sud de
Liao-Yang.

Les Japonais n'ont pas pu refouler les Russes de la position menaante
qu'ils occupent depuis quelques jours. On peut donc penser maintenant
que les progrs accomplis de ce ct ont un caractre dfinitif. En ce
cas, si une bataille gnrale s'engage d'ici peu, la position prise par
la 2e arme russe peut avoir sur les vnements une influence capitale.
L. de Saint-Fgor.


M. BOULIGUINE

L'un des vnements importants de la semaine politique, en Russie, a t
la nomination de M. Bouliguine au ministre de l'intrieur que laissait
vacant la dmission du prince Sviatopolsk-Mirski.

M. Bouliguine aurait, dit-on, manifest peu d'enthousiasme  accepter
cette nouvelle et difficile fonction. On le reprsente comme un
administrateur habile et un fort honnte homme, sans desseins politiques
bien arrts.

[Illustration: M. Bouliguine, nouveau ministre de l'intrieur de
Russie.]

Il a t pendant dix ans gouverneur de Moscou, puis adjoint, comme
sous-gouverneur gnral, au grand-duc Serge. Ce poste ayant t
supprim, M. Bouliguine avait t appel au conseil de l'empire et son
arrive au ministre, aprs la nomination du gnral Trepov comme
gouverneur de Saint-Ptersbourg, semble dmontrer que l'influence du
grand-duc Serge est toujours dominante. On en arrive donc  craindre ou
bien une raction, ou un pitinement sur place.


L'ILLUSTRATION AU-DEVANT DU GNRAL STOESSEL

_Le gnral Stoessel, Mme Stoessel et un grand nombre d'officiers
russes, ramens en Europe par_ l'Australien, _de la Compagnie des
Messageries maritimes, vont arriver incessamment  Aden._

_C'est l que nous avons envoy, au-devant des hros de Port-Arthur,
notre collaborateur L. Sabattier._

_Habile reporter et  l'occasion photographe, en mme temps que
dessinateur de grand talent, M. L. Sabattier, qui prendra passage sur_
l'Australien, _y recueillera tous les lments d'un supplment
sensationnel que nous esprons pouvoir offrir  nos lecteurs dans notre
premier numro de mars._

[Illustration: LA REPRISE D'ANGELO AU THEATRE SARAH-BERNHARDT Mme
Sarah Bernhardt (la Tisb) et M. de Max (Homode). _Phot. Manuel._]


LES THTRES

La reprise d'_Angelo_, drame en cinq actes de Victor Hugo, a t
l'occasion d'un succs personnel considrable pour Mme Sarah Bernhardt,
organisatrice et principale interprte de l'oeuvre, et pour ses
partenaires, Mlle Dufrne, MM. de Max, Desjardins et Deneubourg. La mise
en scne et les costumes sont superbes: c'est en somme un trs beau
spectacle. Quant  dire que cette reprise ajoutera quelque chose  la
gloire du pote, ce serait videmment aller  l'encontre du sentiment
gnral. Le romantisme a vcu: le public ne coupe plus  ses tirades
emphatiques, et les horreurs o il se complat ne provoquent plus que le
sourire.

Le nouveau spectacle du thtre Antoine ne prsente qu'un intrt moyen.
_L'Amourette_, de M. Pierre Veber, amusante  suivre avec son enlvement
en auto, qui est tout  fait dans la note du moment, ne va pas sans
engendrer une certaine lassitude  cause de ses longueurs; et puis ce
vaudeville est jou sans conviction. Les _Manigances,_ de M. Athys,
mettent en scne avec esprit une tentative de rupture entre deux amants;
le rle de la femme, tout de sentiment et de bonne grce, est trs bien
tenu par Mlle Jeanne Lion. Enfin une pice juridique  la Courteline:
les _Experts_, par M. Benire, a beaucoup plu; elle dmontre une fois de
plus que, si l'on a  rclamer une indemnit, il vaut mieux s'entendre 
l'amiable: les frais de justice mangent tout. (Voir _l'Hutre et les
Plaideurs_.)

Dans la _Fille de Jorio_, tragdie pastorale en trois actes, donne au
Nouveau-Thtre, M. G. d'Annunzio dveloppe avec une vive ardeur
mystique une histoire analogue  celle du Succube, si bien conte par
Balzac en vieux franais:

Une pauvre fille de la campagne, innocente et pure, est cruellement
sacrifie par des paysans qui veulent voir l'oeuvre du dmon en sa grce
ensorceleuse. Ce rle, admirablement interprt par Mlle Suzanne
Desprs, a conquis  l'oeuvre toutes les sympathies du public.

Il est superflu d'ajouter que la traduction de M. G. Hrelle est de tous
points remarquable.


[Illustration: LE REPORTER MODLE, par Henriot.]


_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

_LE VULCANISATEUR EXPRESS "SANS"_

La fragilit des pices colles sur chambres  air et bandages de
pneumatiques est bien connue de tout le monde; elle est due  ce que le
caoutchouc servant d'adhsif n'est pas du caoutchouc vulcanis, solide
et peu altrable, mais bien du caoutchouc naturel, poisseux et peu
rsistant. D'autre part, la vulcanisation, ou sulfuration, est une
opration peu  la porte de tout le monde.

M. Sans a cr des ncessaires vulcanisateurs-express, permettant de
donner aux pices de caoutchouc, et cela d'une faon instantane, toute
la solidit voulue. L'exprience suivante prouve bien d'ailleurs
l'vidence du phnomne.

Si l'on applique quelques couches de dissolution sur une plaque de
verre, il reste une pellicule de caoutchouc naturel sur la plaque ainsi
traite; tendons sur une moiti de cette pellicule une couche de
liquide vulcanisateur et passons ensuite sur l'ensemble un pinceau
imbib de sulfure de carbone, la moiti non vulcanise se trouve presque
instantanment dissoute, la moiti vulcanise rsiste et se dtache sous
forme de caoutchouc solide, plus apte  tous usages que la partie
n'ayant subi aucun traitement.

[Illustration:]

Le ncessaire Sans comporte deux flacons; le premier est une solution de
caoutchouc; le deuxime, un liquide vulcanisateur, une rpe et une
brosse sont jointes  l'appareil. Un nettoyage parfait est ncessaire
pour assurer le succs de tout raccommodage. Il se fait  l'aide de la
rpe dont le ct rond est taill  grains fins.

Ce ct de la rpe doit servir  bien gratter les parties  coller, de
faon  enlever les matires trangres ou salets qui s'y trouvent
adhrentes.--En un mot, on doit bien mettre le caoutchouc  vif.

L'autre ct de la rpe, qui est plat et dont les grains sont plus gros,
doit servir  corcher le caoutchouc pour permettre  la dissolution de
bien pntrer dans les pores de cette substance. Aprs cette opration,
on doit pousseter soigneusement avec la petite brosse pour enlever les
pulpes.

Il suffit ensuite d'appliquer, comme d'habitude, deux ou trois couches
de dissolution sur les deux parties  runir; ds que la dissolution est
sche, on passe une couche de liquide vulcanisateur et l'on applique
fortement. Il est ais de reconnatre que le caoutchouc est vulcanis,
car les bords des pices ne sont pas poisseux comme d'habitude. Les
recollages ainsi obtenus sont trs solides et ne craignent pas la
chaleur.

--Pour tous renseignements concernant cet appareil, s'adresser  _M,
J.-B. Sans, 15, rue Vanderkinderen, Bruxelles._

_Pour, toutes insertions concernant les nouvelles inventions, crire au
service des Nouvelles Inventions  l'Illustration, 13, rue
Saint-Georges, Paris._


[Illustration: Supplment.]

[Note du transcripteur: Les supplments ont, pour la plupart, t
perdus; ils ne sont d'ailleurs pas contenus dans les ditions relies de
26 numros.]










End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3233, 11 Fvrier
1905, by Various

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- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
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TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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