Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3231, 28 Janvier 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3231, 28 Janvier 1905

Author: Various

Release Date: September 6, 2010 [EBook #33655]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'Illustration, No. 3231, 28 Janvier 1905.

L'ILLUSTRATION.

Prix de ce numro: Un franc. SAMEDI 28 JANVIER 1905 63e Anne--N 3231.

_Supplments de ce numro:_
1 L'ILLUSTRATION THTRALE contenant LA CONVERSION D'ALCESTE et
L'INSTINCT;
2 Quatre pages de gravures sur les Troubles de Saint-Ptersbourg.

[Illustration: LA JOURNE DU 22 JANVIER A SAINT-PTERSBOURG.
La cavalerie de la garde chargeant, devant l'Amiraut, les manifestants
qui se dirigeaient vers le Palais d'Hiver.
_Dessin de Georges Scott, d'aprs le croquis de notre envoy spcial,
M. F._]

COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Natenska rentre, radieuse, du Collge de France. Elle ouvre sa
serviette; en tire un petit carton qu'elle jette sur ma table et me dit:
Lis ceci, c'est un document dont ta philosophie s'amusera. Si la chose
m'avait t raconte, je ne l'aurais pas crue, toi non plus, je suis
sre.

Je lis:

_74, avenue Suffren
Tlph. 712-17._

_Monsieur Th. Vienne, directeur de la Grande Roue de Paris, a l'honneur
de vous prsenter ses salutations et de vous informer que le duel_ (ici
deux noms) _aura lieu  la Roue le ..._ (ici la date), _ onze heures
prcises._

_A M. G ... Paris, ce 24 janvier 1905._

Ce carton a t montr tout  l'heure  Natenska par un camarade de
cours, passionn d'escrime et qui suit les duels comme d'autres suivent
les vernissages ou les premires.

Je n'ignorais pas que cette curiosit est trs  la mode et que
l'affaire d'honneur est un des spectacles o se complat le plus
passionnment la badauderie des Parisiens. Jusqu'ici pourtant cette
badauderie semblait n'tre que tolre par les duellistes. On avait bien
la gentillesse d'avertir tout bas ses amis de l'heure et du lieu de la
rencontre (en les suppliant de n'en rien dire  personne); et si, par
surprise, quelques intrus s'avisaient de dcouvrir le secret du
rendez-vous et brusquement apparaissaient dans l'embrasure d'une fentre
ou sur la crte d'un mur au moment o les pes sont tires de leur
gaine ou les pistolets de leur crin, on aimait mieux feindre de ne pas
les voir que leur dire de s'en aller. On tait, au fond, trs flatt de
s'aligner devant une foule ... Sans doute; mais tout de mme on y
mettait de la discrtion. On faisait les gestes de s'enfuir, avec
l'espoir d'tre suivi; mais on n'avouait pas cet espoir-l.

A prsent, on fait mieux que l'avouer: on sollicite l'honneur d'tre
escort sur le terrain, regard et applaudi. Les rencontres s'organisent
sans mystre; on y invite des femmes. Il ne manquait plus  ce
crmonial nouveau que la carte d'invitation,--la formule imprime au
bas de laquelle le tenancier du local o l'on se bat met sa signature et
le cachet de sa maison. C'est fait. Dans un an, des matres d'htel
accompagneront les mdecins sur le pr; et, tandis que l'un dballera sa
trousse, l'autre dbouchera les bouteilles et prparera les ptisseries.

Tout cela est un peu comique, et les duellistes d'autrefois n'avaient
pas prvu, je suppose, que l'affaire d'honneur apparatrait un jour 
leurs arrire-neveux comme une occasion de faire valoir en public la
grce de leurs attitudes et d'tre photographis pour rien dans les
journaux.

Cependant les pires modes ont leur bon ct et il ne faut jamais se
presser de mdire de celles du temps o l'on vit. Je me souviens qu'au
pensionnat de Neuilly o je fus leve un dentiste venait,  chaque
rentre, s'assurer de l'tat de nos bouches. Il entrait dans les salles
d'tude, escort de deux soeurs de charit qui disposaient au milieu de
nous un fauteuil, une table et les accessoires ncessaires aux petites
oprations possibles; une  une, nous dfilions, tremblantes, mais
rsignes,--rendues braves par la peur de paratre ridicules ... Nous
nous obligions les unes les autres  faire bonne contenance sous la dure
main de l'oprateur, et cette publicit nous rendait fortes.

La faon nouvelle dont s'organise le rglement des affaires d'honneur,
protgera, de mme, les combattants timides contre le danger de
certaines dfaillances. On recule devant une pe; on ne fuit pas devant
l'objectif. Et ainsi, dans l'avenir, tous les duels seront de beaux
duels: il ne s'y produira que des attitudes nobles et des gestes hardis.
Le plus poltron pensera: Attention ... Des femmes me regardent, et il y
a un cinmatographe.

...Au restaurant Fayot. Dans un coin, une table fleurie, encombre de
flacons de liqueurs et de botes de cigares, autour de laquelle cinq
personnes achvent de dner. Cigares et flacons sont intacts. On boit du
tilleul en fumant des cigarettes. Le Parisien devient sobre.
Neurasthnique ou gastralgique, il ddaigne (ou redoute) le tabac fort
et les spiritueux; et l'on ne vient plus au cabaret, comme ils disent,
pour bien boire ou pour bien manger, mais pour bavarder  l'aise une
heure ou deux, dans un joli dcor, hors de chez soi. Mes voisins causent
 demi-voix, mais assez haut pour qu'il me soit facile d'entendre ce
qu'ils disent. Ils m'intressent; ils s'entretiennent un peu de tout: du
nouveau ministre, des bagarres russes, de la pice d'hier, de
l'exposition du cercle Volney, du dernier Salon des miniaturistes.

Quelqu'un dit: Et vous, vous tes content? Je regarde l'homme  qui
cette question est pose. Les coudes sur la table, il rpand de ses
doigts maigres un peu de tabac dans une feuille de papier qu'il roule
d'un geste preste et l'allume vivement  la flamme d'une bougie; un
pais binocle, dont le cordon s'accroche au-dessus de l'oreille droite,
voile l'clat des yeux durs, au-dessus d'une face osseuse et tourmente.
Je le reconnais. C'est l'homme du jour: M. Brunetire, de l'Acadmie
franaise, qui ouvre cette semaine, en un local priv, une srie de dix
leons o, depuis un mois, tout Paris s'est donn rendez-vous. Evinc
des grandes chaires publiques o l'indpendance un peu brutale de sa
parole froissait, je crois, certaines orthodoxies, M. Brunetire est
devenu ce que les Parisiens aiment par-dessus tout: un confrencier
d'opposition.

M. Brunetire continue de rouler de minces cigarettes, qu'il fume, l'une
aprs l'autre, fivreusement, et expose en phrases lentes, longues,
marteles, le sujet de ses prochaines leons. Il parlera des
Encyclopdistes, de la jeunesse de Voltaire et des ides de Montesquieu;
il enseignera de quelle faon on tait libre penseur en ce temps-l,
et cela lui fournira l'occasion, je suppose, de dire son sentiment sur
la faon dont on l'est aujourd'hui. Je me rappelle avoir vu un jour, je
ne sais o, un billet crit par M. Brunetire, et j'en fus trs frappe.
Cela formait des lignes rgulires, composes de caractres appuys,
verticaux, parfaitement lisibles sur l'alignement desquels
s'panouissait, de distance en distance, une lettre boucle avec soin;
et cela donnait  l'oeil l'impression de quelque chose d'archaque et de
clair  la fois, de dur et de fleuri. La parole de M. Brunetire
ressemble  cette criture-l. Elle ne caresse point l'oreille, comme
tant d'loquences franaises; elle n'est ni amusante, ni jolie; mais
elle empoigne, et j'ai, en coutant parler ce diable d'homme, la
sensation (pas dsagrable du tout) d'tre tenue par cinq doigts de fer
qui ne me lcheront que quand cela leur plaira. Je ne sais pas ce que
valent, en politique ou en littrature, les opinions de cet acadmicien,
et cela m'est bien gal; il me suffit de goter la manire et le ton
dont il les dfend. M. Brunetire me plat pour les raisons qui le
rendent antipathique  tant de gens.

Je le regarde qui explique  des femmes aimables, parmi les fleurs et
les lumires d'une salle de restaurant, ce que c'est que les romans de
Voltaire. Il explique cela avec pret, sans grce, uniquement impatient
de persuader. C'est de cette mme faon bourrue, presque rageuse, que je
l'entendis un jour parler de Marivaux..., M. Brunetire est un passionn
triste et qui est arriv  la gloire en jouant la difficult: dans la
plus aimable des socits d'Europe, il n'a pas consenti  tre un
professeur aimable; au milieu de philosophes et de critiques qui
montrent un constant souci de plaire et de parer leur science d'un peu
de grce, cet homme n'a jamais souri. Et le voil illustre quand mme.
C'est trs beau. Je sens que j'aurais de lui une peur affreuse, si
j'tais sa femme; mais, vu ainsi et regard  distance dans la fume que
font ses cigarettes, il ne me dplat pas.

Thtre national de l'Opra, 28 janvier 1900, GRANDE REDOUTE, pare,
masque et travestie.

L'affiche m'avait tente. C'tait une des traditions de l'hiver
parisien, ces bals de l'Opra d'autrefois. On y revient,--pour une nuit,
et nous nous tions promis, Natenska et moi, d'aller voir cela, sans en
rien dire  personne. La grippe qui court Paris m'a tratreusement
jointe rue Soufflot ... Je n'irai pas  l'Opra.

Delbon, qui m'est venu voir, s'amuse de ma dconvenue.

--Voulez-vous, me dit-il, savoir ce qui se passera tout  l'heure, 
l'Opra?

--Dites...

--Voici. Quatre ou cinq mille personnes, vers minuit, se bousculeront
froidement dans un difice plein de lumires, mais si vaste qu'il
semblera partout insuffisamment clair. Les femmes seront enveloppes
de vastes dominos qui cacheront l'lgance des tailles et l'agrment des
sourires; et parmi ces mystrieux paquets de satin clair, les hommes
dambuleront, mlancoliques, le chapeau sur la tte et la canne  la
main, comme dans la rue. Le silence de cette foule ne sera coup que par
le bruit de deux orchestres, autour desquels on regardera curieusement
tourner quelques couples de filles et de figurants costums. Du haut en
bas des loges, il y aura des femmes assises qui, elles aussi,
considreront sans joie ce spectacle. Pour s'exciter un peu, celles dont
les loges sont le plus rapproches du parquet,--c'est--dire de la
plate-forme construite en prolongement de la scne, sur toute l'tendue
de l'orchestre--auront  la main des lignes de pcheur, au fil
desquelles pendront de menus objets (des poupes, des fleurs) qu'elles
promneront au-dessus des ttes et que les plus agiles flneurs de
l'orchestre devront attraper en passant. Un buffet luxueux s'ouvrira
prs du foyer. On s'y crasera pendant une heure ou deux. Autour des
petites tables, des gens graves seront penchs sur leurs verres, suant
au bout de longues pailles des choses glaces. Il y aura  et l une
bauche de farandole, un essai d'intrigue; et l'on s'y
prcipitera--pour voir--comme autour d'un accident... Tout cela sera
triste, madame, et bien des Parisiens voudraient tre tout l l'heure 
votre place, souffrir d'un rhume qui les dispenst d'aller s'amuser l.
Mais on n'est pas libre  Paris de fuir certains amusements,  moins
que le mdecin ne vous l'ordonne. Il y a des corves traditionnelles
auxquelles on se doit; il y a des spectacles o il est ncessaire
d'tre all...

--Alors, dis-je, vous irez  la redoute de l'Opra?

Il eut un geste dsol:

--Naturellement.

                                                          Sonia.


_LES FAITS DE LA SEMAINE_

FRANCE

17 janvier.--La Chambre sige quelques minutes, pour la forme, et
s'ajourne _sine die_, en raison de la crise ministrielle,
virtuellement ouverte depuis le 14.

18--Dans une runion du conseil des ministres  l'lyse, M. Combes
remet officiellement au prsident de la Rpublique, qui l'accepte, la
dmission collective du cabinet.--Publication au _Journal officiel_
d'arrts pris par le ministre de l'intrieur, en application de la loi
du 7 juillet 1904, et fixant au 1er septembre prochain, terme de l'anne
scolaire, la fermeture de 466 tablissements d'enseignement
congrganistes.

20.--M. Jonnart, gouverneur gnral de l'Algrie, offre un djeuner au
duc et  la duchesse de Connaught; le mme jour le frre du roi
d'Angleterre invite le gouverneur  dner  bord de L'_Essex_.

21.--M. Rouvier est appel  l'lyse en vue de la formation du cabinet.

22.--- Election lgislative en Corse (arrondissement d'Ajaccio); M.
Forcioli, ancien dput radical, remplace M. Emmanuel Arne, devenu
snateur.--Obsques de Louise Michel, dont le corps a t ramen de
Marseille  Paris, pour tre inhum  Levallois. Un nombreux cortge
compos de groupes socialistes et rvolutionnaires accompagne le char
funbre.

23.--Sir Francis Bertie, le nouvel ambassadeur d'Angleterre  Paris
remet ses lettres de crance au prsident de la Rpublique.--Le cabinet
Rouvier est constitu.

[Illustration: Le gnral Oshima.]

[Illustration: Le gnral Tsuchiya.]

[Illustration: Le gnral Ichinoy.]

TROIS GNRAUX JAPONAIS PHOTOGRAPHIS DEVANT PORT-ARTHUR.--Copyright
1905 by Underwood and Underwood.

TRANGER

15.--A Moscou, un jeune homme, tudiant, croit-on, tire trois coups de
revolver sur le gnral Trepof, prfet de police, sans l'atteindre.--Fin
de la grve de l'industrie ptrolifre  Bakou (Transcaucasie.)

16.--A Essen, _l'Union minire_ patronale ayant refus d'accorder aux
ouvriers la rduction de la journe de travail, la grve gnrale est
proclame dans le bassin minier de la Ruhr (Westphalie), comptant
370.000 ouvriers.--Grve gnrale des 140.000 ouvriers des usines
Poutilov, prs de Saint-Ptersbourg (fabrique de matriel de guerre pour
l'tat).

17.--En Westphalie, la grve s'tend  303 mines ou puits de mines;
154.330 ouvriers ont quitt le travail.--A Saint-Ptersbourg, les
ouvriers des ateliers franco-russes se joignent  ceux des usines
Poutilov.--L'ambassade franaise quitte Larache pour Fez.

18.--En Westphalie, 307.310 grvistes.--A Saint-Ptersbourg, les 13.000
ouvriers de l'usine gouvernementale de constructions navales de la Neva
font grve, arrtant ainsi la construction d'un croiseur et de
torpilleurs.

19.--En Westphalie, 235.000 grvistes; on signale les premires
violences; les expditions de houille sont interrompues.--A
Saint-Ptersbourg, o les grvistes sont dj au nombre de 100.000, les
propritaires de fabriques, runis au ministre des finances, repoussent
la demande de rduction de la journe de travail et refusent de discuter
avec les organisations ouvrires. Le pope Gapone, fondateur de _l'Union
des ouvriers russes,_ prend la tte du mouvement ouvrier. Les chantiers
de la Baltique, de nombreuses usines sont dserts par les
travailleurs.--Pendant la crmonie de la bndiction des eaux de la
Neva, par le tsar, une des pices de la batterie d'honneur, installe
sur la berge, lance sur le palais d'Hiver une bote  mitraille; les
vitres de quatre fentres sont brises.

20.--Signature d'une convention d'arbitrage entre les Etats-Unis et la
Sude et Norvge.--Aggravation de la situation,  Saint-Ptersbourg; 74
usines sont fermes; 93.000 ouvriers sont en grve; 5.000 grvistes ont
parcouru le quartier de Vassili-Ostrov, faisant cesser partout le
travail. Le gnral Foullon, gouverneur de la ville, interdit les
rassemblements; toute la garnison est sur pied.

21.--Manifestation socialiste  Riga.--A Saint-Ptersbourg, les journaux
n'ont pas paru; 1.500 tablissements sont ferms; 150.000 ouvriers
chment. Le soir, premiers dsordres, dans le faubourg d'Okhta.

22.--Conflits sanglants,  Saint-Ptersbourg, entre les troupes et les
grvistes qui veulent, le pope Gapone  leur tte, apporter au tsar, au
palais d'Hiver, une ptition rclamant une constitution politique et
numrant des revendications conomiques. Le tsar est rest 
Tsarsko-Slo. Nombreux tus et blesss.


PHOTOGRAPHIES DE VAINQUEURS

Nous avons eu,  maintes reprises, dj, l'occasion de signaler la
grande sympathie des Japonais pour la photographie. Nous serions les
derniers, au surplus,  nous plaindre de ce penchant, qu'on est enclin 
trouver,  quelques gards, un peu puril chez des guerriers, puisqu'il
nous a procur quelques images amusantes. En voici, de nouveau, trois
qui sont plus caractristiques encore de l'tat d'esprit des Japonais.

Trois des principaux collaborateurs du gnral Nogi dans la conqute de
Port-Arthur n'ont pas rsist au dsir de laisser d'eux  la postrit
une image hroque. Ce sont: le gnral Oshima, commandant de la 9e
division, le lieutenant gnral Tsuchiya et le gnral Ichinoy. Tous
trois sont des militaires de grande valeur. Le gnral Oshima est un des
vtrans de la guerre sino-japonaise; le gnral Tsuchiya, maintenant 
la tte d'une division, a jou,  la troisime arme japonaise qui
investissait Port-Arthur, un rle important et le gnral Ichinoy est
un des chefs les plus audacieux de l'arme japonaise. Il a dirig contre
Port-Arthur les assauts les plus nergiques, et notamment la charge
contre le fort de Baurinzan, qui fut si meurtrire, une vritable
rdition de Balaclava; le 29, il entrait dans les tranches russes,
sabre en main,  la tte de ses hommes.

Ces hros ont cd, pourtant,  un mouvement de toute petite vanit en
posant devant l'objectif, dans une mise en scne un peu thtrale, au
milieu d'obus russes tombs sur le camp japonais sans exploser, donc,
peu dangereux. Le mme dcor, les mmes accessoires, d'ailleurs, ont
servi pour deux des photographies: le gnral Oshima et le gnral
Ichinoy ont t pris devant le mme fond, flanqus des mmes
projectiles. Le gnral Tsuchiya, plus heureux, a eu les honneurs d'un
cadre spcial et d'accessoires bien  lui.

[Illustration: Les amies de Louise Michel derrire le corbillard.]

[Illustration: Le cortge funbre sortant de Paris par la porte
d'Asnires,]

[Illustration: Mme Sverine prononant son discours au cimetire de
Levallois-Perret.]

L'ENTERREMENT DE LOUISE MICHEL


[Illustration: La journe du 22 janvier  Saint-Ptersbourg: aprs un
feu de salve sur le quai Nicolaevskaa,  l'entre du pont Nicolas.
_D'aprs un croquis de notre envoy spcial, M. F._]

[Illustration: M. Pobdonostzev, procureur gnral du Saint-Synode,
considr comme hostile  toute rforme.--_Phot. Levitzky._]

[Illustration: Le prince Sviatopolsk-Mirsky, ministre de l'intrieur de
Russie.--_Phot. Bulla._]

[Illustration: M. Witte, prsident du Comit des ministres, charg
d'tudier les rformes.--Phot. Levitzky.]

[Illustration: Le gnral Foullon, prfet de police de
Saint-Ptersbourg, qui a quitt ce poste aprs les troubles du 22
janvier.]

LES TROUBLES EN RUSSIE.--Hommes d'tat et fonctionnaires russes ayant
jou le premier rle dans les vnements actuels.

[Illustration: M. Mare. Cap. Jouinot-Gambetta. M. St-Ren-Taillandier.
M. Pelletier. Dr Murat. Le Cadi. M. Giriend. M. Neuville. M. Brun. M.
Pmienta. M. Gaston Leroux. La mission  bord du Du Chayla, qui l'a
transporte de Tanger  Larache.]

[Illustration: Canot  vapeur du Du Chayla. Barcasse du sultan. Les
oprations de transbordement sur la barcasse pour le passage de la
barre devant Larache.]

[Illustration: Dbarquement  Larache sur une barcasse du sultan.]

LE VOYAGE DE LA MISSION DIPLOMATIQUE FRANAISE DE TANGER A FEZ
_Photographies de M. du Taillis._

[Illustration: Le train du gnral Kouropatkine sur une voie de garage.]

[Illustration: Le gnral Kouropatkine allant, en troka, visiter un
campement de troupes.]


IMPRESSIONS D'UN CORRESPONDANT DE GUERRE

COMMENT VIT LE GNRALISSIME RUSSE

[Illustration: M. Raymond Recouly]

Le chemin de fer est la seule chose russe, dans le vaste pays mandchou;
il fut la cause de la guerre dont il est maintenant le soutien; le long
de cette ligne qui, de l'est  l'ouest et du nord au sud de Mandchouria
 Vladivostok et de Kharbine  Port-Arthur, coupe audacieusement des
tendues immenses, l'influence russe, la civilisation russe ont coul;
des villes nouvelles ont surgi du steppe, villes toujours pareilles,
avec les maisonnettes uniformes des fonctionnaires, des employs, les
casernes, la banque, les choppes des marchands et la petite glise
encore timide, discrte, n'osant pas sur cette terre hostile, prement
dispute, lancer trop haut son clocher!...

Pour les Russes, le chemin de fer est comme la corde qui soutient le
plongeur sous l'eau; autour de lui, toute l'arme se concentre, et la
tte, l'me de l'arme, le gnralissime reste toujours sur sa voie:
cinq  six wagons trs lgants, d'un luxe solide et de bon aloi, un
restaurant, un salon pour le gnral, trois voitures pour les officiers
de l'entourage, des vtrans,  la poitrine charge de dcorations,
montant la garde prs des marchepieds, le sabre nu, voil la maison
roulante, le quartier du commandant en chef. Faut-il partir? la
locomotive est  ct, parfois mme, dans les circonstances graves, dj
attele et sous pression. Dcide-t-on qu'il faut rester quelques jours
dans un lieu? en deux ou trois heures, une quipe d'ouvriers bien
entrans a pos, prs de la ligne principale, une ligne de garage sur
laquelle s'engage le train du gnral. Quand un ombrage, une berge
riante est voisine, l'ingnieur n'hsite pas  pousser jusqu' elle: 
Ka-Tcheng, les wagons de Kouropatkine taient sous la saulaie: on les
entrevoyait tout d'un coup  travers les rameaux et le feuillage; le
chemin de fer semblait avoir oubli ses bas instincts utilitaires; il
s'oubliait  jouir des rives verdoyantes, de la proximit des eaux. Lui,
l'homme du devoir et de la discipline, il s'attardait en museries, il
faisait l'cole buissonnire!

Durant les longs sjours,  Liao Yang,  Moukden, le gnralissime se
permettait quelques douceurs d'une installation moins provisoire, moins
volante. Il souffrait ... un peu, que son train prt racine. Pour
accder aux wagons, on chafaudait  la hte un escalier attenant  une
galerie couverte, qui servait aux rceptions, aux promenades les jours
de pluie; des tendards, des cussons, dcoraient modestement la nudit
des planches. Les mois d'atroce canicule, pour rendre moins intolrables
les compartiments surchauffs, on avait coiff les wagons d'un capuchon
de chaume, sur lequel des soldats versaient,  jet de pompe, une pluie
rafrachissante. Le train de Kouropatkine prenait sa douche
longuement!...

Non loin de ces cars lgants, de simples wagons pour marchandises
abritent les services auxiliaires, les nombreux bureaux de l'tat-major.
Par les portires ouvertes, on voit d'immenses cartes tapissant toute la
paroi; sur ces cartes quantit de petits drapeaux, de couleurs diverses,
qui reprsentent chaque unit de l'arme; ces drapeaux se meuvent selon
que se meuvent les troupes dont ils sont la marque, et le gnral peut
avoir,  toute minute, une image absolument exacte des masses normes
qu'il conduit. D'autres cartes avec d'autres drapeaux reproduisent tout
ce qu'on sait de l'arme japonaise, tout ce que le service des
renseignements, les espions, la lecture des journaux, des tlgrammes a
pu apprendre sur l'ennemi; et, malheureusement pour les Russes, ce tout
a toujours t peu de chose et les petits drapeaux ont suivi d'une faon
prcise les mouvements des bataillons nippons. Un wagon contient le
tlgraphe qui fonctionne  toute heure du jour et de la nuit, reli 
chaque division de l'arme, transmettant les ordres du gnralissime et
les informations des chefs de corps. Dans un autre, s'imprime le journal
de l'arme, le _Mandchourski Vestnik_ ou claireur de Mandchourie.
Plus loin, ce sont les fourgons pour les chevaux, les quipages, la
_sotnia_ de cosaques qui escorte le commandant.

Presque tous les jours, Kouropatkine drobe quelques instants  son
accablante besogne et sort pour inspecter un dtachement nouvellement
dbarqu, pour visiter un convoi de malades ou de blesss. Un Caucasien
trs arm, son garde du corps fidle, le Roustan du gnral russe, est
constamment  son ct. Une _troka_, attele de trois btes
magnifiques, des chevaux tout noirs, l'quipage russe, le cocher portant
la robe trs ample et cette curieuse coiffure, un diadme orn de plumes
de paon. Par derrire, caracolent les officiers d'ordonnance, puis la
masse des cosaques sibriens, monts sur des chevaux mongols, des
chevaux  moiti sauvages, hirsutes, bouriffs, remuant avec une
rapidit folle leurs jambes petites et nerveuses; les longues lances
dont les cosaques sont arms, ressemblent  une fort mouvante, et, dans
d'pais brouillards de poussire, le gnralissime et sa suite
disparaissent prestement.

Vienne le jour de la bataille, il faut alors quitter le wagon et la voie
ferre, se mler  l'arme d'une manire plus troite, s'enfoncer dans
le pays mandchou. Sur d'innombrables charrettes, on charge les bagages,
les papiers de l'tat-major. Mais la dvotion russe ne souffre pas de
dpart sans prires. Quand tout est prpar, Kouropatkine et sa suite,
tous les gnraux, tous les officiers, dans leurs plus beaux costumes,
les attachs militaires trangers, les soeurs de charit, le personnel
des ambulances vont se prosterner devant l'autel. Noys dans cette foule
recueillie, un ou deux correspondants prennent des instantans. Avant la
dernire bataille, la grande bataille de Cha-K qui dura dix jours et
dont on savait d'avance qu'elle ferait _cinquante mille_ victimes, j'ai
pu voir cette scne de prires empreinte d'une triste et grave beaut.
Par un matin de lumire splendide, une clatante lumire d'Orient,
l'autel dress en plein air, les saintes icnes poses sur un coussin de
velours, autour d'elles l'vque et deux prtres tincelants de dorures;
Kouropatkine seul, en avant, le genou ploy; derrire, les officiers;
plus loin,  l'infini, des soldats et des soldats, les cosaques de
l'escorte, deux rgiments prsentant les armes! La lenteur rythme des
chants liturgiques tombe sur ces ttes abaisses; le prtre, d'une voix
puissante, clame les invocations  Dieu, les prires pour l'empereur,
Kouropatkine se relve et va baiser les icnes que ses officiers
viennent baiser  leur tour. Soutenus par les prtres et suivis par le
gnral, les emblmes sacrs passent parmi les rangs des soldats qui
puisent du rconfort dans leur contemplation, qui communient dans une
pense d'esprance, de force, avant les carnages de demain.

                                                       RAYMOND RECOULY.

[Illustration: EN MANDCHOURIE.--La prire du gnral Kouropatkine et de
ses troupes avant la bataille.]


LA JOURNE DU 22 JANVIER A SAINT-PTERSBOURG

[Illustration: Le pope Gapone. Le gnral Foullon.
LE POPE GAPONE, CHEF DU MOUVEMENT OUVRIER, ET LE PRFET DE POLICE DE
SAINT-PTERSBOURG Photographie prise  l'inauguration de la 3e section
du Club ouvrier.
_Clich Bulla, communiqu par le_ Matin.]

[Illustration: La cavalerie de la garde devant le Palais d'Hiver.]

[Illustration: Groupe d'officiers de la garde sur la place du Palais.]

[Illustration: LENDEMAIN D'MEUTE.--Ouvriers lisant les affiches colles
aux murs des usines. _Photographies prises le 23 janvier par notre
envoy spcial._]

[Illustration: PHYSIONOMIE DE SAINT-PTERSBOURG UN LENDEMAIN D'MEUTE
Patrouille de cavalerie de la garde et promeneurs en traneaux dans la
perspective Nevsky. _Photographie prise dans la matine du 23 janvier
par notre envoy spcial._]

[Illustration: PLAN DE SAINT-PTERSBOURG Les croix noires indiquent les
points o se sont produits les principaux conflits entre les troupes et
les manifestants.]

[Illustration: LE CONFLIT ENTRE LA TROUPE ET LES OUVRIERS A LA PORTE DE
NARVA Les ouvriers des usines Poutilov, ayant  leur tte le pope
Gapone, en noir, et d'autres popes, en habits sacerdotaux portant des
croix et des icnes, se heurtent, devant l'arc de triomphe de Narva,
lev en mmoire des campagnes de 1812-1814, aux troupes masses 
l'entre de Saint-Ptersbourg.]

LA GREVE DES MINEURS DE WESTPHALIE

Les mineurs de Westphalie ajoutent en ce moment une page importante 
l'histoire conomique de l'Europe. Le bassin de la Ruhr est en grve;
prs de 300.000 ouvriers ont quitt le travail; Essen, Dortmund,
Oberhausen, Bochum, privs de charbon, ont cess de produire: les hauts
fourneaux manquent de coke, les gazognes vides entranent l'arrt des
fours Martin Siemens; les torrents blouissants de fonte et d'acier,
richesse de l'Allemagne des bords du Rhin, sont taris. Si l'on considre
que les expditions et consommations de combustibles westphaliens ont
atteint, en 1900, 53 millions de tonnes, il est ais de concevoir quelle
rpercussion peut avoir la grve prsente, tant dans la rgion mme o
elle svit qu' l'tranger.

D'aucuns diront qu'il est ais de la faire cesser, en en supprimant les
causes, en faisant droit  de justes demandes, partiellement tout au
moins: il y a fort  croire qu'ils se tromperont.

Les causes de la grve ne reposent pas, en effet, sur des questions de
salaires, de diminution des heures de travail, de cration de
contrleurs lus par les mineurs ou de reconnaissance par les patrons
des associations ouvrires.

Si ce sont l les motifs apparents qui ont prsid  la cessation du
travail, il ne faut pas se hter d'y trouver les origines relles du
mouvement actuel.

L'ouvrier mineur de la Ruhr peut compter parmi les privilgis de la
grande famille des artisans de l'industrie moderne.

Les salaires se sont levs, en 1900: pour les piqueurs,  5 marks 16
(environ 6fr.40); les charpentiers (chargs de l'entretien),  3m,36;
les hommes du jour,  3m,32; les gamins,  1m,28; cependant que par
exemple les ouvriers mtallurgistes gagnaient en moyenne: les
spcialistes, 4 marks; les ouvriers ordinaires, 2m,50  3m,50; les
manoeuvres, 2  3 marks; les gamins, 1m,50.

Si, d'autre part, on tablit un parallle entre les gains moyens des
divers mineurs allemands, on trouve en 1898, pour les ouvriers du
district de Dortmund, une paye quotidienne de 3m,96 et, pour ceux de
Haute et Basse Silse, 2m,87 et 2m,80.

Le mineur de Westphalie, de plus, a un travail remarquablement simplifi
par la configuration mme du terrain qui permet l'emploi d'appareils
mcaniques facilit par les compagnies qui rivalisent entre elles pour
le faire excuter dans les meilleures conditions hyginiques.

Nous nous en rendrons compte, en allant changer de vtements dans le
vestiaire ou penderie[1], o, au-dessus de nos ttes, se balancent dj
pendus aux crochets, tirs au plafond par des cordes individuelles
montes sur poulies, les habits de ville des travailleurs, afin de
descendre jusqu'aux chantiers d'abatage d'une houillre westphalienne.

[Note 1: Il n'existe en France, croyons-nous, qu'une penderie
semblable: celle des Mines de la Loire.]

Gagnons le puits aprs avoir pris  la lampisterie nos lampes  feu
couvert; nous y attendrons  la recette suprieure l'arrive de la cage.
La voici: un bruit sec, les portes se soulvent automatiquement, le
clichage se fait, les moulineurs se prcipitent, s'emparent des berlines
pleines; ayant pris tant bien que mal leur place laisse libre, sur un
signal, nous montons un instant pour permettre de charger l'tage
infrieur; et puis, brusquement, sans rien qui l'ait pu faire prvoir,
c'est la descente. Les bruits de roulage des berlines, le souffle de la
machine, le bourdonnement de la vie, s'effacent subitement, dans la
nuit; une lueur, une autre, les accrochages intermdiaires,--et nous
sommes au fond.

A peine sortis de la cage nous assistons  la manoeuvre inverse de celle
du jour: d'un coup de reins le galibot (gamin) enfonce  grand bruit la
berline pleine dans la cage aprs en avoir retir la vide, profitant
pour le roulage des plaques de fonte qui garnissent la galerie au point
o elle s'largit et s'exhausse, cependant qu'un porion (contrematre),
 la lueur fumeuse de lampes fixes, surveille le travail et manoeuvre le
signal de mise en marche de la cage.

En prenant la voie d'allongement, galerie haute trace dans la roche,
soutenue par une sorte de charpente en fer, nous gagnerons les fronts de
taille. Mais voici dans le lointain un bruit de tonnerre qui se
rapproche: le temps de se garer le long du mur, c'est un roulage, un
long train de berlines pleines, tranes par un cheval au trot.

[Illustration: Chargement des berlines dans la cage,--_Phot, Zirkler._]

[Illustration: Le vestiaire des mineurs--_Phot. Risse._]

Pour arriver au gte, il nous faut cependant quitter la grande voie et
prendre le plan inclin, la descenderie, qui dessert les galeries
secondaires, ou fausses voies: un appel pour interrompre le mouvement de
balance command d'en haut, par lequel les berlines pleines descendues 
la voie d'allongement pour y tre formes en train, font remonter les
vides par leur poids.

Profilant de cet arrt, un herscheur (manoeuvre) a dtach la berline
vide et la pousse par la voie desservie au front de taille, pour l'y
remplir  nouveau. Suivons-le: aprs avoir pass la porte d'air nous
sommes devant le havage. L'homme travaille debout, au pic,
perpendiculairement  la taille; la couche d'paisseur moyenne a 2
mtres environ; la partie suprieure, le toit, est assez rsistante pour
n'avoir pas ncessit un boisage immdiat.

Il n'en est pas de mme  cet autre front de taille horizontal--en
plateure--et de plus faible puissance: il a t tay au fur et 
mesure de l'avancement du travail par le chapeau que soutiennent les
deux moutons; les hommes accroupis se servent pour l'abatage d'une
haveuse pneumatique.

Le travail le plus pnible s'opre dans des gtes de trs faible
paisseur (0m,60) et de forte inclinaison: le haveur, couch dans la
taille, sa lampe venant encore ajouter  la chaleur et  la viciation de
l'air, arrache le charbon  coups de pic, de pinces et le repousse du
pied, en rampant, dans l'troit boyau, par boutage, jusqu'aux galeries
o le herscheur le reoit dans une berline.

L'arage se fait ici de faon difficile; on est oblig d'employer des
injecteurs plus ou moins primitifs: un tuyau au centre duquel jaillit un
filet d'eau qui entrane et rafrachit une certaine quantit d'air, par
exemple (mines de la Guttehoffnungshtte). Plus tard, quand la fausse
voie suivante aura t atteinte, le front de taille sera desservi, comme
le reste de la mine, par le courant qui ne cesse de traverser toute
l'exploitation, en partant du puits d'extraction pour aboutir aux
ventilateurs monstres du puits d'arage.

Ces puits, dont le forage est long et coteux, sont munis d'un
cuvelage, revtement en bois, maonnerie ou actuellement fonte, qui
les rend tanches et empche l'eau des nappes traverses de noyer les
travaux.

Les eaux d'infiltration, les fuites invitables du cuvelage--les
pichoux--sont amenes par les pentes naturelles  un puisard, le
bougnou, qui se trouve en prolongement du puits. C'est l que les
pompes qui fonctionnent sans jamais s'arrter vont les puiser pour les
rejeter au jour.

Mais l'heure de la remonte au jour a sonn... Avant de quitter ces
profondeurs, nous noterons en rsum les progrs accomplis et projets,
qui rpondent en partie aux desiderata des congrs d'hygine: c'est la
tendance  suppler le plus possible au travail manuel par les actions
mcaniques, perforatrices, haveuses, treuils, cbles sans fin (pour
remplacer la traction animale), le tout mu par l'air comprim, l'eau
sous pression, la vapeur ou l'lectricit, que l'on arrive  employer
dans les milieux grisouteux avec des moteurs cuirasss et une
ventilation intensive, distribus aux appareils du fond aprs production
par les appareils du jour ...

Quelles sont alors les vraies raisons de la grve? Nous laisserons 
l'avenir, ou au socialisme d'outre-Rhin le soin de nous les dire
bientt.

                                                        GEORGES G. PARAF.

[Illustration: Au front de taille: havage  la main.]

[Illustration: DANS UNE MINE DE WESTPHALIE.--Au front de taille: havage
mcanique. _Phot. Zirkler.--Voir l'article  la page prcdente._]


[Illustration: L'interprte. Le capitaine Wood LA CONFERENCE SUR
L'INCIDENT DE HULL.--Dposition du premier tmoin anglais  la sance du
mercredi 25 janvier.]

Aprs avoir termin la partie prliminaire de son oeuvre, choisi le
cinquime dlgu, l'amiral baron de Spaun, reprsentant l'Autriche, et
labor son rglement de procdure, la commission internationale charge
de poursuivre l'enqute sur l'incident de Hull vient de tenir ses
premires sances publiques.

Ces sances ne seront gure suivies que par les journalistes amens l
par leur devoir professionnel.

La brillante assistance des chroniques mondaines serait, ici,
absolument fourvoye et, au surplus, n'y entendrait  peu prs rien. Il
a t dcid en effet que les dlgus des deux parties adverses ainsi
que les tmoins russes et anglais s'exprimeraient chacun en leur langue
maternelle, la seule o ils puissent rellement formuler d'une faon
exacte et prcise leur pense. Dpositions et plaidoiries seront ensuite
traduites en franais, puis retraduites, de nouveau, en anglais ou en
russe pour pouvoir tre examines par l'adversaire. Ce qui menace de
rendre fort longs les travaux de la confrence.

Du ct des Anglais, les tmoins sont les pcheurs mmes qui
stationnaient sur le Dogger Bank. Ils sont arrivs  Paris et, de bonne
grce, se sont prts  la photographie, dans la cour mme du palais des
Affaires trangres.

Ce sont de braves loups de mer, en tout semblables  des pcheurs des
ctes normandes ou bretonnes, types de matres au cabotage et de
matelots endimanchs. Les uns ont coiff la bonne cape de feutre, que
nous appelons melon; d'autres arborent la casquette anglaise. Il ne
parat pas qu'ils doivent se laisser impressionner par la majest de la
confrence. Il est  croire que leurs dpositions seront nergiques,
rsolues. Dieu et mon droit, dit la devise britannique. Ceux-ci
sentent derrire eux, pour la dfense de ce droit, un peuple entier,
indpendant et fier.

Du ct russe on entendra plusieurs dpositions crites, que lira
l'amiral Fournier. Celle de l'amiral Rodjestvensky, commandant de la
seconde escadre du Pacifique, sera, de toutes, la plus importante.

Mais trois officiers, spcialement dbarqus en cours de route par
l'amiral et renvoys en Europe, seront entendus directement: ce sont le
commandant Clado, dont il a t beaucoup parl et dont nous avons, ici
mme, publi le portrait, et deux de ses camarades, MM. Schramtschenko
et Ellis.

Mercredi a commenc l'audition des tmoins anglais, et le _shipmaster_
Wood, de Hull, pilote de la Baltique et de la mer du Nord, capitaine du
vapeur _Zeno,_ a dpos le premier aprs avoir prt serment sur la
Bible.

[Illustration: Les pcheurs de Hull venus  Paris pour dposer devant la
commission.]

[Illustration: Quatre timbres russes de bienfaisance.]


_Documents et Informations._

Timbres russes de bienfaisance.

L'administration des postes russes vient d'mettre quatre nouveaux
timbres dont nous reproduisons ici les modles. Imprims en deux
couleurs, ils valent: le rouge et vert, 3 kopeks; le violet et jaune, 5;
le bleu et rose, 7; le bleu et jaune, 10.

Chacun d'eux est vendu 3 kopeks de plus que la valeur marque et le
bnfice rsultant de cette majoration est destin aux orphelins des
soldats morts pendant la guerre. L'heureuse innovation du timbre de
bienfaisance tirant parti du philatlisme au profit de la philanthropie,
se propage, on le voit, dans tous les pays.


LE CHATEAU DE BAGATELLE.

Nous avons, il y a quelques mois, rappel l'histoire de Bagatelle ou
Folie d'Artois, ce souvenir exquis du dix-huitime sicle que, par un
caprice de grand seigneur, le duc d'Artois--plus tard Charles X--fit, en
1777, dessiner et construire en deux mois par l'architecte Blanger pour
Marie-Antoinette. Nous exprimions alors le voeu que la ville de Paris
ralist son projet de l'acheter. Nous sommes heureux d'annoncer
aujourd'hui que la Ville vient de terminer les formalits d'acquisition.

Ce domaine de 24 hectares a t pay 6.500.000 francs  l'hritier de
sir Richard Wallace.

Les jardins de Bagatelle restent le seul exemple complet et d'ailleurs
charmant des jardins pittoresques qu'on appelait aussi jardins
anglo-chinois, si  la mode  la fin du dix huitime sicle.

Qu'en fera-t-on?

De tous les projets prsents celui qui semble le mieux s'adapter au
bois de Boulogne, ce cadre lgant de Bagatelle, et au caractre mme de
ses jardins nous parat tre celui de M. Forestier, le distingu
conservateur des promenades de Paris.

Son ide consiste, en effet,  utiliser les jardins de Bagatelle tels
qu'ils sont pour en faire au milieu du bois de Boulogne comme un jardin
brillant et par, dont l'attrait serait d'ajouter  la curiosit que
peut voquer un souvenir historique l'intrt de plantes curieuses, de
fleurs rares et nouvelles groupes harmonieusement dans le style du
jardin. Bagatelle deviendrait, comme le jardin de Kew, prs de Londres,
un lieu de promenade trs agrable o les Parisiens et les trangers si
amoureux du Bois pourraient admirer, en mme temps qu'une jolie Folie
du dix-huitime sicle intgralement conserve, les plus beaux produits
de l'horticulture parisienne. Dans le projet de M. Forestier se trouve,
parat-il, un dtail assez intressant: la cration dans le potager de
400 mtres de longueur, d'une immense collection de roses borde de lis
et de clmatites.

Il convient, en effet, de ne pas dnaturer un ensemble d'un tel
caractre qui a eu l'heureuse fortune d'appartenir  des propritaires
jaloux de nous le conserver intact.

Ainsi, le dernier, sir Richard Wallace n'y occupa jamais moins de vingt
jardiniers qui plantaient chaque anne 200.000 pieds de fleurs. En
dehors de ses gens de service et de ses curies qui n'entrent pas dans
cette somme, l'entretien mme de Bagatelle lui cotait en moyenne 80.000
francs par an.


La temprature de l'anne 1904.

Les annes 1903 et 1904 ont t trs comparables au point de vue de la
temprature moyenne: 10,38 en 1903 et 10,4 en 1904. L'une et l'autre
de ces tempratures ont t suprieures  la moyenne normale 9,7. (Il
s'agit des tempratures observes au parc Saint-Maur.)

Les tempratures extrmes ont t les suivantes, l'anne dernire: -7,1
et +36,9; en 1903, elles avaient t -9,3 et 32,30.

En Algrie, on avait observ 46  Biskra en 1903 et 44  Tunis en
1904. Comme tempratures trs basses, Arkhangel avait support -35 en
1903 et Haparanda, -36 en 1904. Montpellier a subi, en 1904, la
temprature la plus leve qui ait t jamais observe en France, soit
43,9, le 19 juillet.

Il a plu un peu moins  Paris en 1904 qu'en 1903: 141 jours contre 159;
et 537 millimtres d'eau contre 541. Ces deux annes ont t d'ailleurs
sches, car la moyenne des cinquante dernires annes est de 594
millimtres.


LA RECHERCHE DE L'OXYDE DE CARBONE DANS l'AIR.

Bien souvent,  l'occasion de malaises vagues, ou Simplement pour savoir
quelle confiance on peut accorder  tel ou tel appareil de chauffage, le
besoin se fait sentir d'un moyen simple et rapide de dceler la prsence
de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone dans l'air.

[Illustration; Le chteau de Bagatelle au Bois de Boulogne.]

On possdait bien divers petits appareils, assez pratiques pour indiquer
la prsence de l'acide carbonique, mais, jusqu' prsent, on n'avait
rien de semblable pour l'oxyde de carbone, bien plus dangereux cependant
que l'acide carbonique.

Or, MM. Lvy et Pcoul viennent de prsenter  l'Institut un appareil
qui permet d'apprcier trs simplement les quantits mme
infinitsimales d'oxyde de carbone pouvant exister dans l'air.

Cet appareil, qui est renferm dans une caisse peu volumineuse, se
compose d'un aspirateur qui permet de faire passer un volume d'air donn
sur un tube contenant de l'acide iodique. Le tube est chauff et l'acide
iodique est rduit par l'oxyde de carbone. L'iode est alors mis en
libert et vient barboter dans un flacon contenant du chloroforme. Ce
liquide se colore en rose plus ou moins fonc suivant que l'iode mis en
libert arrive plus ou moins abondant.

Ce procd est trs sensible, tout en tant d'une application trs
commode: il permet de dceler une proportion de 3/100.000 d'oxyde de
carbone dans certains lieux habits.


LES SPORTS D'HIVER EN SUISSE.

Sillonns en tous sens, l't, par les touristes qu'attire la beaut de
leurs sites, les pays de montagnes sont en train, depuis quelques
annes, grce  des efforts trs intelligents, de devenir presque aussi
frquents l'hiver: alors, ce sont les amateurs des sports originaux qui
leur constituent une clientle trs enthousiaste,--les neurasthniques,
les malades condamns  la cure d'air demeurant, en tout tat de cause,
par belle ou vilaine saison, le noyau de cette population flottante,
comme disent les statistiques.

Dans la plupart des stations climatriques, on en est arrive  organiser
de vritables meetings sportifs, o le patinage, le hockey, les
gymkhanas varis, la luge, enfin, jeu national, ont leurs journes.

La photographie que nous donnons, et qui nous est envoye de Leysin
(canton de Vaud), montre le dernier en date des engins de sports  la
mode. C'est le _bobsleigh_, perfectionnement de la luge, mais
perfectionnement tel que la nouvelle machine ne rappelle pas plus
l'ancienne que la yole _outrigger_ des rameurs d'Oxford ou de Cambridge
ne rappelle la barque de promenade o s'entassent les familles, le
dimanche, sur la Marne ou la Seine. Le bobsleigh est un appareil
compliqu,  patins monts sur boggies, prserv  l'avant contre
l'envahissement par la neige par une sorte de tablier conique, et pourvu
d'un systme de direction  volant, semblable  celui des automobiles,
une vraie machine pour gentlemen, enfin, et sur laquelle certaines
quipes ont atteint des vitesses considrables.


Quelle est la cause de l'appendicite?

A cette question qu'il s'est pose un mdecin amricain, M. Mitchell, de
Chicago, n'entreprend point de rpondre directement. Mais il se
considre comme tant en tat de faire savoir  quoi l'appendicite
_n'est pas_ due. Ayant eu l'occasion de faire de nombreuses autopsies de
sujets morts de faons diverses, par accident et de maladies varies
autres que l'appendicite, M. Mitchell s'est impos l'obligation
d'examiner dans chaque cas l'tat de l'appendice. Son ide tait de voir
si des corps trangers peuvent se rencontrer dans un appendice sain. Car
c'est une opinion assez gnralement reue que l'appendicite a pour
point de dpart de prdilection la prsence d'un petit corps tranger
dans l'appendice: c'est l-dessus qu'on a imagin la thorie qui
rattache l'appendicite  l'emploi d'ustensiles de cuisine maills, en
supposant que des parcelles d'mail peuvent se dtacher et aller visiter
l'appendice. M. Mitchell a donc soigneusement examin 1.600 sujets dont
il a eu  faire l'autopsie, avec ce rsultat que chez 18 de ceux-ci il a
trouv des corps trangers dans l'appendice. C'taient des grains de
raisin, des grains de plomb, un clou mince, un globule de plomb
provenant d'une soudure, un morceau de coquille de noix, une vertbre de
petit poisson, des fragments d'os, des morceaux de pierre. Or, chez ces
18 sujets porteurs de corps trangers, pas un seul appendice ne
prsentait la moindre trace d'inflammation. L'appendice tait
parfaitement sain: il n'avait rien et n'avait rien eu. La conclusion
c'est qu'il faut innocenter les corps trangers de l'appendice: ce n'est
pas  leur existence qu'est due l'appendicite. Elle provient d'autres
causes.


_Mouvement littraire._

_Donatello_, par Arsne Alexandre (Laurens 3 fr. 50).--_Hogarth_, par
Franois Benot (Laurens, 3 fr. 00).--_Boucher_, par Gustave Kahn
(Laurens, 3 fr. 50).--_Le Poinct de France_, par Mme Laurence de Laprade
(Laveur, 10 fr.).--_Les Primitifs franais,_ par Henri Bouchot
(Librairie de l'Art ancien et moderne, 4 fr.).

Donatello

Rapidement se poursuit la collection dj nombreuse des grands artistes,
entreprise par la maison Laurens. Donatello a t confi  M. Arsne
Alexandre. Le petit Donato ou Donatello naquit  Florence en 1386. Son
pre, Donato di Niccolo Betto Bardi, cardeur de laine, avait connu,
l'exil et vu de prs l'chafaud (1380). De quels sombres rcits il dut
remplir l'imagination de son fils enfant! Ami de l'architecte
Brunelleschi, Donatello fit avec lui le voyage de Rome, o les deux
compagnons vcurent dans la plus grande pauvret. Son oeuvre, jusqu' sa
mort (1460), fut immense. Or San Michle, le campanile de Florence, la
cathdrale sont peupls de ses puissantes crations. Dans son saint
Marc, son saint Pierre, son saint Jrme, dans ses prophtes et ses
aptres, ne cherchez aucune douceur il n'y a l que grandeur et
indignation Rien n'gale l'horreur tragique de sa Judith coupant la tte
d'Holopherne. Il sculpta un Jean-Baptiste enfant et dans les villes
d'Italie rpandit la haute et loquente tristesse de son me. Ses deux
saint Jean-Baptiste, couverts de peaux de Venise et de Sienne, sont
d'effrayantes apparitions. A Padoue il leva la statue questre du
condottiere Gattamelata et dans l'glise Saint Antoine de cette ville
faonna des bas-reliefs, parmi lesquels d'une vie prodigieuse, se
signalent ceux des enfants chanteurs. Avec l'architecte Michelozzo, il
travailla, de 1425  1433  de grands tombeaux; lui-mme repose 
San-Lorenzo o il dpensa si gnreusement son gnie.

Nous avons au Louvre son portrait par l'Uccello. Simple dans ses habits,
sans nul souci de l'argent, il dposait en un panier ses trsors, afin
que ses lves y puisassent selon leur besoin. L'oeuvre de Donatello vit
dans les pages enthousiastes, mais d'une critique juste, de M. Arsne
Alexandre.

[Illustration: UN SPORT D'HIVER.--Le "bobsleigh"  capot et direction 
volant.]

Hogarth.

William Hogarth est un des plus complets reprsentants de l'humour
anglaise. C'est avant tout un satiriste. Il n'y a pas de mtier, ni de
fonction dont il n'ait attaqu les travers et les vices. Soldats, juges,
mdecins, gens d'glise, hommes politiques sont l'objet de sa raillerie.
Il n'pargne aucune catgorie sociale. Dans la _Runion moderne 
minuit_, un rvrend prpare le punch. La _Marche des gardes vers
l'cosse_ est dirige contre l'arme. En la personne de Wilkes, tribun
sans conscience, flattant les basses passions populaires, il flagelle la
basse dmagogie. Sa srie de tableaux: _l'lection_, dbute par une
scne de ripaille qui nous montre que Londres ne diffrait pas de la
Rome de Salluste o l'on cherchait la faveur du peuple par des festins.
Les six tableaux de la _Destine d'une courtisane_, les huit tableaux de
la _Destine d'un libertin_, reproduits et populariss par la gravure,
les _Quatre ges de la cruaut_, en quatre tableaux, le _Travail et
Paresse_, le _Mariage  la mode_, la _Rue du Gin_ et la _Rue de la
Bire_, font pntrer fort avant dans les moeurs des Anglais au
dix-huitime sicle. Le _Combat de coqs_ expose des visages bats et
grotesques, suivant la lutte des deux champions arms de longs becs et
d'perons. La plupart des compositions d'Hogarth,  plusieurs scnes
enchanes et gradues, montrent une grande entente du thtre et
constituent de vritables comdies. Rien de plus sain et de plus robuste
que cette peinture. Ce qu'on peut reprocher  l'artiste, c'est peut-tre
parfois,  cause de la multitude des dtails, un certain manque
d'harmonie dans la composition. Hogarth nous a laiss de lui-mme un
portrait o il a plac son chien favori. Peut-tre l'homme n'tait-il
pas trs sympathique. Petit, trapu, vif, coquet, il tait au moral
vaniteux, vantard, agressif, et, bien qu'conome, de moeurs relches.
Il s'est surtout attach aux laideurs, aux tares, aux cynismes de ses
contemporains. N  Londres le 10 novembre 1697, il mourut le 26 octobre
1764, nous laissant dans son oeuvre une minutieuse histoire des moeurs,
des costumes, du mobilier de son temps. M. Franois Benot nous a
racont, avec la prcision lgante du professeur, les travaux et la vie
d'Hogarth.

Boucher.

Ce n'est plus le professeur, c'est le lettr de la nouvelle cole, pris
de tours originaux, que nous trouvons en M. Gustave Kahn. Sa forme, du
reste, s'adapte merveilleusement  la peinture de Boucher. Le souci de
bien dire et de ne pas s'exprimer comme tout le monde n'empche pas M.
Kahn de se livrer aux recherches les plus scrupuleuses. Franois Boucher
naquit  Paris, le 29 septembre 1703, rue de la Verrerie, d'un pre
dessinateur en broderies. Il fut l'lve de Lemoyne, mais se laissa
fortement impressionner par Watteau. En Italie, dont il entreprit le
traditionnel voyage, il prouva un got trs vif pour Tiepolo. De 1731 
1733, il devient dcorateur habile, peintre des coquetteries et des
lgances de l'amour, amoureux du lger et du joli. Il illustre Molire
de trente-trois dessins (1734), cre dix grandes vignettes pour _Acajou
et Zirphile_ de Dclos, fait des cartons de tapisseries et, avec _Renaud
et Armide_, est reu  l'Acadmie en 1734. L'anne prcdente il avait
pous Marie-Jeanne Buseau, jolie blonde de dix-sept ans, dont La Tour
nous a laiss un portrait. Cette jeune femme, artiste elle-mme, gravant
les oeuvres de son mari, devint son type de beaut et parat dans toute
sa peinture. Oudry, appel  diriger, avec Nicolas Bernier, la
manufacture de Beauvais, fait appel au matre-dcorateur Boucher. Avec
une belle entente de l'ordonnance de l'oeuvre, M. Kahn a parfaitement
divis les productions de l'artiste en pastorales, mythologies,
chinoiseries. Si l'on excepte les cris de Paris, parmi lesquels ce
chef-d'oeuvre de mouvement et de vie: _Balais! balais!_ et quelques
fantaisies comme les _Faiseurs de bulles de savon_, la _Buveuse de
lait_, et des dcors d'opra, presque tout est compris dans les
catgories principales si ingnieusement marques par M. Kahn. Mais
partout, soit qu'il reprsente Vnus, soit qu'il nous montre des
Chinoises de rve prenant le th, c'est toujours la femme parisienne qui
apparat. Ses tableaux, sems d'amours, sont une fte ternelle. Il fut
le favori de Mme de Pompadour dont il fit sept fois le portrait, en mme
temps qu'il peignait sa fille, Alexandrine d'tioles. Dans le luxe et
l'aisance, il s'teignit en mai 1770. En chacun des volumes de la
collection des _Grands Artistes_, vingt-quatre reproductions clairent
le texte du critique historien.

Le poinct de France.

Le dix-septime sicle usait beaucoup de dentelles et pour les habits
fminins et pour les costumes des hommes, si bien qu'une partie notable
de l'argent franais passait en Italie,  Venise,  Gnes,  Raguse.
Pour arrter cet exode, Colbert fit rendre par Louis XIV la dclaration
du 12 aot 1665 crant des manufactures de poinct de France. Pour que
ces produits ne fussent pas infrieurs, il en tablit, d'aprs un code
draconien, les modles, les types, les mesures, les qualits. Avec
savoir, Mme de Laprade nous initie  l'oeuvre de Colbert; elle nous
raconte ce que fut la dentelle--le poinct de France--dans des villes
comme Argentan, Alenon, Valenciennes, et quelles familles se tinrent 
la tte de cette charmante industrie franaise. Son livre, d'une belle
rudition, est prcd de quelques pages, fort littraires, de M. Henry
Lapauze.

Les Primitifs Franais.

Ce volume parat au moment o je termine cet article: c'est son auteur,
M. Henri Bouchot, qui organisa, il y a quelques mois, _l'Exposition des
primitifs franais_. Plein de renseignements, son livre a cependant,
avant tout, l'allure d'une thse. Non sans le prouver, M. Bouchot nous
affirme qu'il y eut,  l'origine, avant ce qu'il appelle la
_Renaissance_ dcadente, un art bien franais, chappant compltement 
l'influence italienne et d'autant mieux  l'influence flamande qu'il
prcdait les Van Eyck. Ceux-ci mme durent une partie de leur gnie au
contact de l'art flamand avec l'art franais, son prcurseur. Peu s'en
faut mme que M. Bouchot ne fasse des deux clbres frres des fils de
l'Ile-de-France. Bien qu'ils soient ns  Maeseyck, ce sont pour lui,
semble-t-il, des Parisiens. Cela vaut  M. Bouchot, dont la pense a
dj dbord en certaines revues, les anathmes de M. Huysmans, dans le
superbe livre: _Trois Primitifs_ (Vanier). A la fin du treizime et au
commencement du quatorzime sicle, M. Bouchot nous montre des oeuvres
franaises, d'une libert, d'une vie sans pareilles. Prs de Mahaut
d'Artois, petite-fille de Louis VIII et nice de saint Louis, ne vers
1275, paraissent deux artistes: Etienne d'Auxerre et Evrard d'Orlans.
Ils la suivent de Paris et de Conflans  Hesdin, sa rsidence favorite.
Jacques de Boulogne, form par Etienne d'Auxerre, et son fils Laurent
travaillent  Hesdin. Ainsi Paris et l'Ile-de-France, se transportant
vers le Nord et dans le voisinage des Flandres, exercrent sur les
Nerlandais une vritable action artistique.

Plus tard, en plein quinzime sicle, des matres bien franais comme
Jean d'Auteuil, Girard d'Orlans, qui mourut en 1378, donnent des
marques de leur talent tout personnel. Vers 1374, trente ans avant
_l'Agnus Dei_ de Gand, se place le _Parement de Narbonne_, du Louvre,
avec les scnes de la Passion et le _Divin Jardinier_. A la cour de
Dijon, Jean de Troyes peint  l'huile, quand l'auteur prsum de la
peinture  l'huile, Hubert Van Eyck, n'a que trois ans. Ce dont M.
Bouchot poursuit  chaque ligne la dmonstration, c'est que les Van Eyck
ne sont pas des initiateurs et que les Franais les ont devancs et
enseigns.

De l'art parisien, pur  l'origine, transform un peu ensuite sous la
direction du duc de Berri et par les apports lombards, sont sortis les
Flamands de Bruges et paralllement les Tourangeaux avec Jean Fouquet,
les Auvergnats, les Lyonnais et les Avignonnais.

Avec une vigueur toute franc-comtoise, M. Henri Bouchot a prsent ces
Opinions.
                                                            E. LEDRAIN.


[Illustration: AUX VARITS.--"La Petite Bohme": scne finale du 3
acte.]

ONT PARU:

ROMANS.--_Exploits de Tom Sawyer, dtective_, par Mark Twain. In-18,
Mercure de France, 3 fr. 50;--_Place aux gants_, par H-.G. Wells,
traduction H. Danay. In-18, d, 3 fr. 50.--_Princesse Helga_, par Opale.
In-18, Flammarion, 3 fr. 50.--_La Route s'achve_, par Jean Saint-Yves,
in-18, Ollendorff, 3 fr. 50.

LITTRATURE.--_Le Gnral Choderlos de Laclos_, (1751-1803), d'aprs des
documents indits, par Emile Dard. In-8, Perrin, 5 fr.;--_Choix
d'oeuvres en prose de G. Leopardi_, traduction de Mario Turiello. In-18,
d, 3 fr. 50.--_Le Rve d'un sicle_ (Victor Hugo-Richard Wagner), par
Joseph Baruzi. In-18, Calmann-Lvy, 3 fr. 50.--_Nietzsche et la Rforme
philosophique_, par Jules de Gaultier. In-18, Mercure de France, 3 fr.
50;--_Soires du Stendhal Club_, documents indits, par
Casimir Stryienski. In-18, d, 3 fr. 50.--_Rtif de la Bretonne_, avec
notice et portrait. In-18 de la _Collection des plus belles pages_,
Mercure de France, 3 fr. 50;--_Grard de Nerval_, avec notice et
portrait, in-18, d, 3 fr. 50.

LES THTRES

Le nouveau pome lyrique de M. Saint-Sans, _Hlne_, ne comptera pas
parmi les meilleurs ouvrages du clbre compositeur; on y retrouve
nanmoins sa matrise habituelle dans le maniement des voix et de
l'orchestre, et quelques belles envoles lyriques tmoignent de la
verdeur de son inspiration. Pour accompagner cet ouvrage, fort court,
l'Opra-Comique a repris _Xavire_, de M. Th. Dubois, un opra comique
aimable, bien crit, et dans un style lev quoique dnu de prtention.

La Ville de Paris et le Concert Colonne ont donn deux trs belles
auditions de la _Croisade des Enfants_, lgende musicale adapte du
pome de Marcel Schwob; nous avons publi, avec notre dernier numro, un
fragment de cette oeuvre: il nous sera permis, quoique M. Gabriel Piern
soit notre collaborateur, d'en dire tout le mrite. La haute
inspiration, la parfaite ordonnance et l'unit de sentiment qui
distinguent sa partition en font une oeuvre d'art de premier ordre.

De la musique  la posie il n'y a qu'un pas. Au surplus, est-ce encore
par des qualits d'ordre musical que M. G. d'Annunzio charme et sduit
dans sa Gioconda, reprsente par l'Oeuvre au Nouveau-Thtre. A
travers l'excellente traduction de M. G. Hrelle, on peroit nettement
les riches sonorits de l'original. Dans ses chants passionns o l'art
et la beaut de la femme sont exalts et confondus. M. d'Annunzio nous
fait entendre des accents vraiment nouveaux et d'une beaut suprieure.
On a moins got le sujet mme de la tragdie, sujet encombr de dtails
tranges ou par trop nafs. Le voici en deux mots: un sculpteur sacrifie
sa femme qu'il aime au modle fminin qui est l'inspiratrice de ses
oeuvres. L'histoire ne nous dit pas que Lonard de Vinci ait perdu la
raison en peignant sa Joconde. Dans la _Gioconda_ de M. d'Annunzio, le
statuaire Lucio--suprieurement reprsent par M. Burguet--nous apparat
un pur dtraqu dont l'trange folie semble inexplicable et n'veille
aucune sympathie.

Nous publions dans ce numro _l'Instinct_, drame concis et poignant que
M. Kistemaeckers a fait jouer au thtre Molire; Disons seulement
qu'il a beaucoup plu au public et  la presse. La pice de M. Arthur
Bernde, joue au mme thtre, la _Soutane_, met en cause le secret de
la confession et conclut que ce secret est fait pour tre viol; le
talent ne manque pas dans cette oeuvre un peu trop dclamatoire et d'une
logique contestable.

Nous arrivons aux pices gaies de la semaine. Les _Merlereau_, comdie
de M. G. Berr, o il est, fait une grande dpense d'esprit, nous
montrent des bourgeois ftards que dsole la bonne conduite de leur fils
Pascal. Gaie au premier acte, cette histoire tourne un peu  la
mlancolie vers la fin, malgr l'excellente interprtation qu'en donnent
les acteurs des Bouffes-Parisiens. M. Huguenot en tte.

Si la pice de M. G. Berr est par trop srieuse, on peut reprocher 
certaines scnes du vaudeville de MM. Kroul et Barr, le _Chopin_, au
Palais-Royal, d'outrepasser les bornes de la dcence, si largies
qu'elles aient t par le relchement des moeurs thtrales  notre
poque; mais le public parat s'y amuser.

Aux Varits enfin, la _Petite Bohme_, livret de M. Paul Ferrier,
musique de M. Hirchmann, o sont mis en scne une fois de plus les
personnages de Henri Murger, a obtenu un succs rappelant celui des
grandes oprettes d'autrefois: la musique en est aimable, chantante,
d'une gaiet et d'un entrain sans pareils.


LE NOUVEAU MINISTRE

[Illustration: M. ETIENNE Ministre de l'intrieur. _N en 1844. Dput
d'Oran (2e circonscription.)_]

[Illustration: M. CHAUMIE Ministre de la justice. _N en 1849. Snateur
de Lot-et-Garonne._]

[Illustration: M. GAUTHIER Ministre des travaux publics. _N en 1850.
Snateur de l'Aude._]

[Illustration: M. DELCASSE Ministre des affaires trangres. _N en
1852. Dput de Foix (Arige), ministre des affaires trangres depuis
le 28 juin 1898._]

[Illustration: M. THOMSON Ministre de la marine. _N en 1848. Dput de
Constantine (2e circonscription.)_]

[Illustration: M. MAURICE ROUTIER Prsident du conseil, ministre des
finances. _N en 1842. Snateur des Alpes-Maritimes._]

[Illustration: M. BERTEAUX Ministre de la guerre _N en 1852. Dput de
Versailles (1re circonscription.)_]

[Illustration: M. DUBIEF Ministre du commerce. _N en 1850. Dput de
Mcon (1re circonscription)._]

[Illustration: M. CLEMENTEL Ministre des colonies. _N en 1860. Dput
de Riom (Puy-de-Dome)._]

[Illustration: M. BIENVENU-MARTIN Ministre de l'instruction publique et
des cultes. _N en 1807. Dput d'Auxerre (Ire circonscription)._]

[Illustration: M. RUAU Ministre de l'agriculture. _N en 1865. Dput de
Saint-Gandens (2e circonscription)._]

[Illustration: M. BERARD Sous-secrtaire d'tat aux postes. _N en 1859.
Dput, de Trvoux (Ain)._]

[Illustration: M. DUJARDIN-BEAUMETZ Sous-secrtaire d'tat aux
beaux-arts. _N en 1852. Dput de Limoux (Aude)._]

[Illustration: M. MERLOU Sous-secrtaire d'tat aux finances. _N en
1849. Dput d'Auxerre (2e circonscription)._]

Photographies Anthony's, Benque, Paul Boyer, Gerschell, Nadar, Otto,
Pirou, Walery.


[Illustration: HIER ET AUJOURD'HUI, par Henriot.]


_LA SCIENCE RCRATIVE_

_Solution du dernier numro._ N 1987.--Mot carr de huit mots.

        D  L I B  R 
         G A R A M E S
        L A P I D O N S
        I R I S A N T E
        B A D A U D A T
         M O N D E N T
        R E N T A N T E
         S S E T T E S


[Illustration: Supplment. Avec ce numro, L'ILLUSTRATION THTRALE,
contenant LA CONVERSION D'ALCESTE et L'INSTINCT;]

[Note du transcripteur: Les supplments ont, pour la plupart, t
perdus; ils ne sont d'ailleurs pas contenus dans les ditions relies de
26 numros.]







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1905, by Various

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Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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