Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843, by Various

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Title: L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843

Author: Various

Release Date: August 30, 2010 [EBook #33590]

Language: French

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*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0003, 18 MARS 1843 ***




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L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843

[Illustration: Frontispice]

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.
Prix de chaque N, 75 c.--La collection Mensuelle br., 2 fr. 75.

N 3. Vol. I.--SAMEDI 18 MARS 1843.
Bureaux, rue de Seine, 33.

Ab. pour les Dep.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr.
pour l'tranger.--3 mois, 10 fr.--6 mois, 20 fr.--Un an, 40 fr.


SOMMAIRE.

Tremblement de terre de la Guadeloupe.--Destruction de la
Pointe-a-Pitre.--Vue de la Pointe-a-Pitre.--Carte de la
Guadeloupe.--Courrier de Paris.--Dernier bal de l'Htel-de-Ville.--Vue
du bal.--Revue algrienne.--Portrait du gnral de La
Mauricire.--Retour  Cherchel: Passage d'un torrent.--Manuscrits de
Napolon. Deuxime lettre sur la Corse.--Thtre de l'Opra. Premire
reprsentation de Charles VI;--le Cortge au troisime acte;--dernire
dcoration au cinquime acte;--Costume de Charles VI; Barroithet,
--d'Odette (madame Stoltz),--d'Isabeau (madame Borus)--du dauphin
(Duprez).--Cours publics (suite): MM. Patin,--Egger,--l'abb
Coeur,--Michelet--Simon, etc.--Espartero (fin): Son
portrait.--Translation de l'pe d'Austerlitz (avec vignettes).
--Beaux-Arts.--Stastistiques des Expositions depuis 1800,--Ouverture du
Salon (avec gravure)--Coup d'oeil gnral.--Bibliographie
trangre.--Annonces.--Modes (avec vignette).--Mercuriales.--Rbus.


Tremblement de terre aux Antilles.

DESTRUCTION DE POINTE-A-PITRE.

Une de ces calamits terribles qui depuis quelque temps surtout,
viennent jeter le deuil et l'effroi parmi les peuples, a frapp une fois
encore la France dans sa plus florissante colonie.

Le 8 fvrier dernier, neuf mois, jour pour jour, aprs le dsastre du
chemin de fer de Versailles et l'incendie de Hambourg, un tremblement de
terre a violemment secou les les des Antilles. La ville de la
Pointe-a-Pitre, la plus populeuse et la plus riche de la Guadeloupe, a
t instantanment renverse de fond en comble. Nous avons runi  part,
et nous donnons plus loin les dtails de cette affreuse catastrophe
d'aprs les correspondances publies par la presse quotidienne et
d'aprs les lettres qui nous ont t communiques.

Le tremblement de terre a dur soixante-dix secondes. Ce qui n'est qu'un
instant fugitif, ce qui ne suffit  rien quand la vie est heureuse et
occupe, a suffi l pour ravager une ville entire, l'incendier sur tous
les points, engloutir une population nombreuse. Ce que la secousse avait
pargn, un autre flau est venu aussitt le dtruire: pendant quatre
jours, l'incendie a dvor tout ce qui gisait sous ces dcombres, hommes
et maisons. Chose trange! il n'est rest debout au milieu de ces dbris
qu'une horloge marquant 10 heures 35 minutes instant auquel le flau est
venu brusquement surprendre la ville et l'anantir. Combien le gnie de
la destruction et du mal a plus de puissance et de vigueur que le gnie
de la cration et du bien! La terre s'entr'ouvre et vomit en un moment
la dsolation et la mort; il faut, au contraire, que l'homme la dchire
pniblement pour en faire sortir l'abondance et la vie!

[Illustration: (Destruction de la Pointe-a-Pitre par un tremblement de
terre, le 8 fvrier 1843,  10 heures 35 minutes du matin.--Ce dessin a
t compos sur les indications de M Lemonnier de la Croix, qui a t
pendant dix annes ______voyer  la Pointe-a-Pitre et qui n'est de
retour en France que depuis deux annes seulement. Nous devons 
l'obligeance de cet artiste un plan de la ville trs-dtaill
trs-tendu; nous le publierons dans notre prochaine livraison.)]

Mais est-il besoin d'arrter ici notre pense sur les dtails de cet
horrible dsastre? N'est-ce pas assez que, ds notre dbut, nous ayons 
crire en tte de notre Journal,  qui nous avions rv un autre
baptme, ces rflexions pleines de tristesse?

Ne vaut-il pas mieux raconter tous les courageux efforts, tous les lans
spontans, tous les mouvements gnreux qui, l-bas comme ici, ont
accueilli la fatale nouvelle? Ne vaut-il pas mieux applaudir aux mesures
prises spontanment pour remdier aux maux remdiables, rappeler les
dvouements inspirs pour le secourir, et raviver ainsi la confiance et
l'espoir, au lieu d'alimenter la consternation et la tristesse?

Htons-nous de le dire: partout, aux Antilles comme en France, la triste
nouvelle a fait battre tous les coeurs, rveill toutes les sympathies.
La Martinique, si cruellement ravage elle-mme il y a quatre ans, en
sentant le sol trembler de nouveau, avait devin le malheur immense; on
y attendait les nouvelles impatiemment, avec angoisse. On signale un
navire enfin, et son pavillon est en berne; aussitt des secours
s'organisent; argent, pain, vtements, provisions, tout est offert, tout
est accueilli, et un premier navire part aussitt charg de ces premiers
secours.

A Saint-Pierre,  Fort-Royal, partout, la population a t admirable, et
l'autorit coloniale a rgularis, dirig les efforts communs avec
intelligence et activit.

J'implore la France, crivait l'amiral Gourbeyre, gouverneur de la
Guadeloupe, sur les ruines mmes de la Pointe-a-Pitre; elle
n'abandonnera pas une population toute franaise; elle ne dlaissera pas
les veuves et les orphelins que ce grand dsastre vient de plonger dans
la plus profonde misre!

La France n'a pas fait dfaut  cet appel. Chaque famille, chacun de
nous, semblait atteint par ce malheur et voulait le secourir. Les
Chambres, le gouvernement, ont pris aussitt les premires et les plus
urgentes mesures. Des navires voguent en ce moment vers la Guadeloupe,
et portent  ce malheureux pays de l'argent, des vivres, des vtements.
Des souscriptions se sont organises en tous lieux, et une commission,
prside par le ministre de la marine, est charge de centraliser les
fonds et d'en assurer l'emploi. Les coles publiques, le commerce, la
garde nationale, la presse, le clerg, la France enfin tout entire a
obi  ce gnreux entranement.

C'est un beau, c'est un touchant spectacle. Quand ces grands flaux
viennent changer la face du globe et pouvanter la race humaine, nous
nous demandons avec effroi si c'est une justice voile et inaccessible 
notre faiblesse, qui vient foudroyer ainsi des populations entires,
engloutir des cits opulentes. Nous ne savons quelles grandes erreurs,
quels grands crimes ces dsastres pouvantables, qui semblent frapper au
hasard, ont pour mission d'expier. Il y a l une sombre et mystrieuse
nigme dont nul ne sait le mot. Mais ce que nous savons, c'est qu'il ne
suffit pas alors de s'incliner sous la puissance qui terrasse, c'est
qu'il ne suffit pas de gmir, car c'est au milieu de ces douleurs
solennelles que l'me s'agrandit, que le coeur s'enthousiasme et se
passionne. Nous ne savons point le but de ces preuves terribles
imposes ainsi  notre race, mais nous sentons que ces calamits
rapprochent les membres pars de la famille humaine. Quand nos coeurs
saignent avec ceux de nos frres lointains, n'est-ce rien que ce lien
nouveau, cette solidarit profonde qui nous unit  eux? N'est-ce pas
notre vie, qui se confond dans ces moments suprmes avec celle de tous
les hommes et de tous les peuples? Ces hommes sans famille et sans toit
auxquels nous ne songions pas hier, ne sont-ils pas nos frres
aujourd'hui? leur douleur n'est-elle pas la ntre? Notre bien-tre, nos
sympathies, tout ce que nous avons de courage, d'amour et d'espoir,
n'est-il pas  eux?

Je ne sais, mais dans ces motions populaires,  l'aspect des plus
tristes catastrophes qui font vibrer toutes les libres gnreuses,
toutes les nobles passions, il me semble voir un bien immense,  ct de
maux irrparables. Et chaque fois que le monde est ainsi frapp, en
quelque lieu que ce soit,  Hambourg comme  la Guadeloupe, les
sympathies de la France, il faut le dire avec orgueil, s'veillent et
s'lancent avant toutes les autres. Oui, notre France est vraiment une
terre privilgie! Elle peut bien s'amoindrir dans des dbats striles,
dans des discussions vaines, dans des intrts troits; mais qu'une
grande chose l'atteigne, gloire ou dsastre, soudain elle se relve
fire, intelligente et bonne; elle bat des mains avec enthousiasme ou
elle tend ses bras avec amour, et les nations comprennent alors pourquoi
elle est la premire entre toutes, celle-l o clatent si soudainement
les religieuses sympathies et les mouvements gnreux.

Nul doute que la frgate  vapeur _le Gomer_, qui a port en France la
nouvelle du dsastre et qui va repartir bientt pour la Guadeloupe, en
apprenant  ce malheureux pays la part unanime que la France prend  sa
ruine, les ressources qu'elle lui consacre, n'inspire  nos
compatriotes, non-seulement la confiance dans la mre-patrie, mais aussi
l'nergie active qui cre avec des dbris, et enfante par le travail des
richesses nouvelles.

Dj, une fois, un incendie terrible avait rduit presque entirement en
cendres cette malheureuse ville, c'tait en 1780. De ses premiers
dcombres tait sortie, plus populeuse, plus rgulire, plus lgante et
plus riche la ville que le tremblement de terre vient de dtruire. Avec
l'aide de la France, avec l'industrieuse activit de ses habitants,
esprons qu'un jour une troisime ville, gardienne pieuse du tombeau o
dorment la mre et l'aeule, s'lvera florissante et radieuse sur ces
dbris dsols. Les moissons ne germent-elles pas plus vigoureuses et
plus abondantes au sein des terres calcines? N'est-ce pas la loi de la
nature qu'il en soit ainsi? Est-ce que la vie ne sort pas ternellement
jeune et fconde des bras mmes de la destruction et de la mort?
Esprance et courage!

DTAILS SUR LE DSASTRE DE LA POINTE-A-PITRE.--MOUVEMENTS SPONTANS DE
DVOUEMENT ET DE SYMPATHIE AUX ANTILLES ET EN FRANCE.

La Pointe-a-Pitre, btie en 1763, reut alors le nom de _Morne
Renferm;_ dix-sept ans plus tard, un incendie la rduisit en cendres.
Sur les dbris de cette premire ville, s'leva bientt une cit
lgante, rgulire, qui,  force de travail et d'industrie, devint
bientt la ville la plus florissante de nos colonies des Antilles. Un
dsastre, auquel le premier n'avait rien de comparable, vient de plonger
cette ville dans le nant.

Le 8 fvrier dernier,  dix heures trente-cinq minutes du matin, par un
temps magnifique, le thermomtre ne marquant que 22 degrs, un
grondement souterrain, qui branlait le sol avec fracas, a jet
l'pouvante parmi les populations de la Martinique et de la Guadeloupe.
Cette premire le, qu'un flau semblable avait bouleverse en 1839, a
peu souffert cette fois; mais la Guadeloupe, si belle, si riche, si
anime, si vivante nagure, n'offre plus qu'un spectacle de ruine et de
dsolation; la Pointe-a-Pitre a t foudroye en une minute, et
l'incendie qui s'est empar de ces dcombres a achev l'oeuvre de
destruction et de mort; d'immenses crevasses d'o jaillissaient des
torrents d'eau, de flammes et de fume, ont englouti des milliers de
victimes.

Les correspondances prives, dont la presse quotidienne a reproduit les
passages les plus remarquables, essayent vainement de donner une ide de
cet horrible dsastre. C'est qu'en effet nulle description n'est
possible en prsence d'un aussi immense malheur. Nous avons lu tout ce
que les journaux ont reproduit et plusieurs lettres dchirantes qui nous
ont t communiques. Ce sont des cris d'angoisse et de douleur qui ont
trouv en France un gnreux cho; mais il faut renoncer  dcrire de
pareilles scnes, les cris et le dsespoir de deux mille personnes
blesses, sans famille, sans asile, sans pain, en prsence de ces dbris
fumants, tombe immense ouverte tout  coup sous une ville entire.

Nous ne connaissons pas encore le nombre des morts; mais il s'lve
certainement  plus de deux mille. On value  trente millions la perte
des marchandises et  quarante millions la destruction des immeubles.
Tous les papiers officiels, tats civils, archives, actes notaris,
valeurs, correspondances, tout est perdu.

La principale industrie du pays est dtruite; sur cinquante-six moulins
 sucre, tablis aux environs de la Pointe-a-Pitre, il n'en est rest
que trois; la rcolte de cannes sur pied est en partie perdue; la ville
du Moule dtruite dplore la mort de trente habitants; les campagnes ont
eu leur part de cette affreuse calamit; les bourgs de Saint-Franois,
Saint-Anne, le Port-Louis, l'Anse-Bertrand, Sainte-Rose, ont t
renverss. La Basse-Terre, les Saintes et tous les quartiers sous le
vent, ont considrablement souffert [1]; mais tout s'efface devant le
dsastre plus irrparable de la Pointe-a-Pitre.

[Note 1: Rapport du gouverneur de la Guadeloupe, 9 fvrier.]

[Illustration: (Vue de la grande rade de la Pointe-a-Pitre, d'une partie
de la ville avant le dsastre, et de la Soufrire, d'aprs un dessin de
M. Garneray.)]

Le contre-amiral Gourbeyre, gouverneur de la Guadeloupe, dont la
rsidence est  la Basse-Terre, a rempli avec nergie et avec coeur sa
triste mission. Il s'est rendu aussitt  la Pointe-a-Pitre; entour des
fonctionnaires de la colonie, il a dirig avec intelligence, avec
activit, les premiers secours, Partout il a ranim le courage des
malheureux chapps  cette tempte; il leur a parl de la France, il
leur a promis son aide toute-puissante; il a enfin rassur l'ordre au
milieu de ces tristes dbris; car, il faut bien le dire, il s'est trouv
des misrables qui ont pntr au milieu de ces ruines dsoles, qui ont
foul aux pieds les morts et les blesss pour se livrer au pillage;
mais, htons-nous de le dire, ce n'taient ni des Franais, ni des
ngres; ceux-ci, au contraire, ont t admirables de dvouement, et on
cite d'eux des traits touchants: un vieux ngre porte  l'offrande
commune tout son pcule, une pice de cinq sous, suppliant qu'on lui en
rende deux pour acheter du pain.

Notre infortune est grande, dit l'amiral Gourbeyre, dans une
proclamation crite sur les ruines mmes de la Pointe-a-Pitre, mais
toute ressource n'est pas dtruite. Il faut sauver les rcoltes encore
sur pied. Dans les dbris des usines abattues, vous trouverez les pices
ncessaires pour en relever quelques-unes. Runissez vos efforts,
portez-les successivement sur les moulins qui ont le moins souffert, sur
ceux qui, par leur position, peuvent servir plusieurs habitations, et
bientt vos produits, livrs aux navires qui les attendent, vous
donneront les moyens de traverser moins pniblement ces longs mois qui
doivent nous sparer du jour o la gnrosit nationale viendra  notre
secours. C'est ainsi que vous allgerez pour vos familles le poids de la
misre que vous avez envisage sans effroi et que vous supportez avec
une noble rsignation. C'est l un beau et noble langage.

Les premiers secours sont arrivs trs-rapidement de la Martinique, qui
s'est mue tout entire au rcit de la catastrophe. La premire lettre
reue de la Pointe-a-Pitre fut lue publiquement sur la savane, devant
plus de deux mille personnes: On se l'arrachait, dit un correspondant,
on s'excitait  la bienfaisance et  la gnrosit comme chez d'autres
peuples on s'excite  la vengeance, et les rsultats ont t
magnifiques. En effet,  Saint-Pierre comme  Fort-Royal, la population
a prodigu d'utiles secours. Linge, vtements, argent, vivres, chacun
donnait ce qu'il avait, et des barques charges partaient pour la
Guadeloupe, par des hommes dvous, qui allaient porter  leurs frres
l'esprance et la consolation.

Le gouverneur de la Martinique, M. Duval-d'Aily, a rgularis ce
gnreux lan de la population; les secours ont t centraliss, une
commission a t charge de recevoir les souscriptions. Le 9 fvrier, le
contre-amiral de Moges, commandant en chef la station des Antilles,
s'est rendu lui-mme  la Guadeloupe, portant tous les secours en hommes
et en vivres dont l'administration pouvait immdiatement disposer.

Le 10, la frgate  vapeur _le Gomer_, celle qui, en vingt jours, est
venue porter la nouvelle en Europe, portait aussi sur le lieu du
dsastre, une grande quantit d'objets de premire ncessit.
Remercions la Providence, dit le gouverneur de la Martinique, dans une
proclamation du 11 fvrier, d'avoir permis que nous pussions venir 
leur secours!... En ouvrant une souscription en faveur des victimes du
tremblement de terre de la Guadeloupe, ce n'est point un appel que je
fais aux habitants, aux services publics; je ne cherche point  exciter
leur sympathie; le noble et gnreux lan qui s'est partout et
spontanment manifest n'a besoin que d'tre second.

Le maire de Fort-Royal, celui de Saint-Pierre, ont apport dans leurs
efforts un zle et une ardeur bien dignes d'loges. Dans un gnreux
lan, dit ce dernier aux habitants, oubliant votre propre dtresse, vous
vous tes hts de porter vos offrandes. Vivres, vtements, provisions
de tout genre ont pu tre envoys tout de suite aux victimes. Grces
vous soient rendues!

Le gouverneur de la Guadeloupe avait crit  celui de la Martinique, en
lui annonant la catastrophe: Si vous tes plus heureux que nous,
envoyez-nous des vivres, du biscuit surtout, car nous n'avons pas de
fours: tout est dtruit. Je vous cris au milieu de 15,000 habitants qui
manquent d'asile et de pain. Pressez-vous, les gens qui ont faim n'ont
pas le temps d'attendre! On le voit,  ce triste et dchirant appel,
l'le entire avait gnreusement rpondu.

A Saint-Pierre, une commission fut spontanment dsigne pour aller
porter aux dbris de la ville morte l'expression de la douleur gnrale,
et connatre la nature des secours le plus immdiatement utiles, _La
Doris,_ commande par M. de Barmont, qui portait les notables habitants
de Saint-Pierre, entra dans le port aux lueurs de l'incendie, qui nous
servait de phare disent, dans leur rapport officiel, les membres de
cette commission. Jamais, ajoutent-ils, nous ne pourrons donner l'ide
exacte de l'horrible destruction qui est venue, en un instant, anantir
cette belle cit... Sous ces ruines, qui fument encore, sous ces amas de
pierres noircies par le feu, taches par le sang, le tiers de la
population a t enseveli... Grces aux 500 hommes des btiments de
guerre, que M. le contre-amiral de Moges venait de mettre  la
disposition de la municipalit, on esprait retirer des ruines de
nombreuses victimes qui y taient ensevelies... L'ordre vient d'tre
donn  l'artillerie d'abattre par le canon les murs encore debout;
cette mesure, devenue ncessaire pour assurer la vie des travailleurs,
peut donner une ide des terribles effets de ce flau. Les secours dont
on a le plus pressant besoin sont les bois de charpente.

Il y a dans cette sollicitude fraternelle de la Martinique pour les
victimes de la Guadeloupe, dans cette solidarit qui semble lier aux
mmes malheurs ces deux les jumelles, quelque chose qui meut et qui
attendrit.

La garnison coloniale a donn  l'arme un noble exemple. Les troupes se
sont, d'un commun accord, mises elles-mmes  la demi-ration, et le
reste a t destin aux malheureux. Neuf compagnies du rgiment
d'infanterie de marine ont envoy 1,200 chemises et 1,500 pantalons,
tant il est vrai que partout o battent des coeurs franais, l est la
France.

Au moment du dpart du _Gomer_, dit un correspondant, le feu continuait
 rduire en cendres les dbris de cette malheureuse ville; on avait
retir un grand nombre de cadavres de dessous les ruines; une golette
en avait t charge et avait t les jeter dans le canal des Saintes.

La terre, crit M. Fayollat, attach  la Direction des Douanes de la
Guadeloupe, le 15 fvrier, la terre roule, depuis huit jours, comme un
navire en tempte. Tout ce que les journaux vous diront sur ce terrible
vnement sera cent fois au-dessous de la ralit, car il faut avoir
assist  ce dsastre pour en juger. Je vous cris de dessous un ajoupa
de feuilles de cocotier, o je couche depuis huit jours. La secousse
s'est fait sentir  Antigoa, qui est dvaste comme la Guadeloupe. Nos
montagnes se sont fondues ou boules. Heureusement que la flotte de la
station nous a port des vivres; nous commencions  nous arracher la
morue et le riz bouilli, car c'est avec cela seul que j'ai vcu pendant
cinq jours; je n'ai du pain que depuis hier. Il va sans dire que j'ai
perdu tout ce que je possdais, mais c'est l la moindre chose; il me
reste mes quatre membres, je suis en cela plus heureux que les 3 ou 400
personnes que j'ai aid  amputer.

En auteur dramatique, rcemment arriv  la Guadeloupe, a crit au
rdacteur en chef du _Corsaire_ une longue lettre o les faits abondent
et sont raconts avec autant de coeur que d'loquence. C'est la seule
correspondance o semble percer un blme indirect contre les
fonctionnaires de la colonie. Mais, dit-il, l'heure de certaines
actions n'est point encore arrive. Dtournons donc nos regards de
quelques actes d'impritie et d'gosme pour les reporter sur de beaux
dvouements. Parlons du zle et de la sollicitude des soeurs de
Saint-Vincent de Paul, de ces pauvres filles dont la douleur publique
est le patrimoine; parlons de l'nergie de la garnison et des braves
officiers qui la commandent; parlons du noble lan du clerg de la
colonie... Ce sont l, mon ami, des exemples qui oui dj port leurs
fruits. L'mulation semble avoir gagn la colonie entire et les les
environnante... La Martinique nous est venue en aide, et, grce  la
franchise des ports, exceptionnellement dcrte par le Gouverneur, nous
pourrons attendre plus patiemment.

C'est ainsi que chaque lettre,  ct du dchirant tableau de la
catastrophe, met en relief les actes de dvouement et de courage, comme
un rayon de soleil au milieu de ces affreuses tnbres.

L'motion publique, qui a accueilli en France l'horrible nouvelle, et
les cris de confiante esprance jets vers elle par nos malheureux frres
des colonies, a t aussi unanime et fconde.

Une loi portant crdit de 2.500.000 fr. a t prsente par le
gouvernement  la Chambre des Dputs. Mais les membres chargs de
l'examen de la proposition dans les bureaux ont dclar l'insuffisance
de ce secours, et ne l'ont considr que comme provisoire. En membre a
demand que les colons fussent dispenss du droit de mutation  raison
des successions qui s'ouvriront par suite de la catastrophe. La loi a
t vote  l'unanimit.

Des ordres ont t immdiatement donns, par le tlgraphe dans tous nos
ports, et des navires sont en route dj, emportant un million de
rations, des mdicaments et des secours de toute nature.

Mais le public, la France entire, n'avait pas attendu l'initiative du
gouvernement. Des souscriptions se sont organises en tous lieux, et une
commission, prside par M. le ministre de la Marine, est charge de
centraliser les fonds, d'en assurer et d'en ordonner l'envoi. Le clerg
tout entier a ordonn des qutes paroissiales. Les levs des coles
publiques ont runi aussi leurs efforts; ceux du collge de Henri IV qui
comptent parmi eux beaucoup de jeunes gens appartenant aux colonies, et
qui, les premiers, ont conu cette heureuse pense, ont voulu, par un
sentiment plein de dlicatesse, que la qute n'et lieu que parmi les
lves appartenant  la mtropole. La garde nationale, qui, en toute
circonstance, s'inspire des gnreux instincts du pays, est alle
au-devant de cette grande infortune. Le _reliquat_ des caisses de
compagnie, qui, au moment des lections, sert  runir autour d'un
banquet d'adieux de joyeux convives, est cette fois consacr avec joie 
une belle et bonne action. L'arme obit  cet entranement gnreux:
dj plusieurs corps ont demand au ministre l'autorisation de consacrer
 cette largesse nationale une partie de leur solde.

_Le National de l'Ouest_ annonce que le commerce de Nantes s'occupe
d'expdier sans retard des navires chargs de vivres, d'objets de
premire ncessit et de matriaux de construction, non comme
spculation, mais comme offre de nationaux  nationaux, de frres 
frres. C'est l un bel exemple qui trouvera des imitateurs, il faut
l'esprer, dans nos villes du littoral.

Il est impossible qu'un lan si unanime, que des sympathies si actives,
si spontanes, ne rendent pas  nos malheureux compatriotes de la
Guadeloupe l'ardeur et l'nergie morales qui, seules, peuvent rparer ce
qu'un aussi grand malheur a de rparable.

Sans doute, une infatigable persvrance, de longues privations,
d'intelligents travaux seront longtemps ncessaires avant mme que les
traces matrielles du dsastre aient disparu. On ne rebtit pas en
quelques annes une ville de 900 maisons bties en pierre, lgantes, de
vastes magasins, des difices publics.

Un commerce considrable, une industrie active, qui, pour la prparation
du sucre, compte dans la Guadeloupe seulement 361 moulins, se
ressentiront longtemps sans doute d'un pareil dsastre, qui intimide et
paralyse les spculations et les crations industrielles.

Mais le concours du gouvernement, et les efforts de la nation entire,
auront pour objet surtout de ranimer la confiance et de faciliter les
relations de la France avec ses colonies.

Nous donnerons, dans notre prochaine livraison, un plan trs-dtaill de
la ville dtruite.

Puissent le crayon de nos artistes, le burin de nos graveurs, n'avoir
plus  retracer d'aussi dsolantes scnes! Puisse L'ILLUSTRATION n'avoir
 illustrer dsormais que des sujets de moeurs, des descriptions
gracieuses, des sujets moins sombres et moins dsols!



Courrier de Paris.

A MADAME***.

Paris 17 mars.

Comment. Madame, persvrer jusqu'au bout! ensevelir vos vingt-deux ans
au fond de la Bourgogne, pendant ce noir hiver, dans un vieux chteau
cach au milieu des rochers et des bois sombres, comme un ermite
centenaire! Qu'y a-t-il donc? Avez-vous fait voeu de solitude  quelque
saint du calendrier? Votre coeur saignant s'est-il rfugi au dsert,
tranant l'aile comme une colombe blesse? ou plutt n'est-il pas
quelque Oberon ou quelque Ariel, mystrieux habitant de votre me, qui
peuple cette Thbade de mille illusions charmantes, et qui, tandis que
ces monts et ces bois et ce chteau sculaire sont tristes, dpouills
et sombres pour les autres, veut les remplir pour vous seule de soleil,
de sourires et de verdure? Vous ne m'avez pas dit votre secret. Madame,
et je suis trop votre humble serviteur pour me permettre de le deviner.

Mais savez-vous qu'on en cause ici, et qu'on s'tonne de cette
rsolution hroque, de cette vertu tout  coup sauvage qui vous fait
rompre en visire au monde, dans la plus belle fleur de votre beaut,
dans tout l'clat de vos heures adores?

Vos meilleures amies s'en affligent avec une sincrit difiante: on
vous regrette, on vous pleure, on ne sait comment faire pour vivre sans
vous! Mademoiselle, de P... pousse un douloureux hlas!  votre nom
seul; madame de Bl... prend son plus grand air afflig; la marquise
d'Ag... laisse voir une larme qui roule comme une perle dans ses beaux
yeux d'azur. Mais, Madame, me direz-vous pourquoi, malgr tout ce luxe
attendrissant, je les souponne de se rjouir au fond de l'me, de
n'avoir plus le dangereux voisinage de votre grce irrsistible. Faut-il
me dclarer calomniateur, ou n'ai-je fait que lire dans l'histoire de
l'amiti des femmes?

Pour nous tous, blonds, bruns ou chtains, que vous charmiez par le
dangereux attrait d'une double perfection, par l'lgance du corps et
l'lgance de l'esprit, nous sommes vritablement malheureux de votre
absence. Se livre-t-on  la causerie du soir dans ce dlicieux salon de
la rue de Provence dont vous tiez la souveraine? on s'aperoit bientt
que vous n'tes plus l. Le plus dlicat et le plus aimable de notre
esprit s'en est all avec vous, se cacher je ne sais sous quel noir
crneau de ce maudit chteau bourguignon. Essaye-t-on un air de Rossini
ou de Mozart? on cherche cette voix  la fois si ferme et si douce, qui
allait  l'me par des routes mlodieuses. Est-ce le bal qui commence?
c'est encore vous qu'on demande, vous, la taille la plus svelte, le pied
le plus fin, la plus exquise parure, la valse la plus lgre. Ainsi,
vous nous avez enlev le meilleur de notre bien. La dsolation est dans
le troupeau de vos fidles. Mais prenez-y sarde: une jolie femme est
comme un homme clbre, elle doit viter de s'absenter trop longtemps;
tous les succs, dans cette ville inconstante et mobile, succs de gnie
ou de beaut, risquent en quelques mois, en quelques jours, de trouver,
au retour, la place occupe; nous sommes encombrs de royauts
aspirantes, toujours prtes  remplacer les royauts qui voyagent ou qui
se font ermites.

Cependant, Madame, je ne dsespre pas de vous; vous n'tes pas voue 
la pnitence sans rmission. Vous le dirai-je? on devine que vous n'avez
pas une foi robuste, et que votre renoncement  Satan et  ses pompes
aura la dure d'une robe ou d'un chapeau. Oh! si vous tenez  votre
rputation de soeur convertie, si vous voulez qu'on vous tresse une
couronne de martyr, cachez mieux vos secrets: pourquoi avez-vous fait
demander  Victorine si les corsages se portaient toujours aussi longs,
 Janisset un bracelet d'amthiste,  Meissonnier son nouvel album, 
Fessy son dernier quadrille? et  moi, ne m'avez-vous pas crit l'autre
jour, dans une de ces lettres charmantes dont votre souvenir console mon
regret: Dites-moi, mon ami: _que fait-on l-bas?_

Voil un mot qui compromet singulirement votre future canonisation.
_Que fait-on l-bas?_ nous a rendus tout heureux et tout fiers, nous,
vos pauvres dlaisss; c'est un regard que vous jetez, en arrire et qui
nous revient; c'est un soupir qui vous chappe et remonte de notre cit.
Est-il donc vrai que l'me la plus pnitente ne peut se dtacher
entirement de cette Babylone? Ce Paris que vous fuyez serait-il
semblable  ces dangereux sducteurs qu'on s'efforce de har et qu'on ne
peut oublier?

Vous me permettrez, Madame, de profiter de l'interrogation que vous
m'adressez pour introduire l'ennemi dans votre citadelle; vous avez lev
devant nous le pont et la herse. En bonne guerre, nous avons le droit de
vous attaquer par tous les moyens possibles; et si vous faites des aveux
qui prtent flanc  l'assaut et nous donnent des intelligences dans la
place, en vrit, il serait par trop hroque de n'en pas profiter.
Votre _que fait-on l-bas?_ est le levier qui va servir  vous battre en
brche; il n'attaque pas de front votre solitude et n'enfonce pas les
portes, mais il les enr'ouvre ou permet tout au moins de se glisser au
travers des serrures. Vous aurez beau faire, toute demande exige une
rponse, et j'ai la prtention d'tre trop poli pour me taire quand vous
me faites l'honneur de m'interroger. Je vous dirai donc _ce qu'on fait
ici_.

Remarquez que je n'agis pas en tratre; que je ne suis pas un de ces
espions qui rdent autour du camp pour surprendre les sentinelles
endormies: j'tais innocemment occup  vous regretter; c'est vous qui
venez me chercher dans mon innocence; vous m'avez provoqu, je riposte;
mais, chevalier courtois, je vous dnonce mon entre en campagne et le
commencement des hostilits.

Tenez-vous donc sur vos gardes; vous avez tent de vous bastionner
contre Paris; pour se mettre  l'abri de ses atteintes, vos vingt ans
ont pris des quartiers d'hiver au sommet d'un mont, dans un vieux manoir
ou le vent siffle, o le tintement des heures retentit tristement dans
les longs corridors. Mais Paris ne lche pas aisment sa proie; c'est un
ami charmant et dangereux, dont il est difficile de se dfaire. Il n'est
jamais  bout de ruses pour retrouver ceux qui l'abandonnent, et pour
les assiger; sans doute, votre solitude se croyait bien forte contre
lui, et bien abrite. Eh bien, vous le voyez! _Que fait-on l-bas?_
m'crivez-vous. Ainsi, vous y songez; la ville tratresse vous occupe
malgr vous; j'imagine que son brillant fantme se promener isolment
dans les noires alles de votre parc dpouill, et, pendant la nuit, se
glisse dans vos rves.

C'est peu de vous poursuivre en ide, Paris va s'introduire en ralit
dans votre dsert, et, dans cette escalade, il m'a choisi pour complice.
L'attaque qu'il vous prpare ne se fera point  main arme, au tranchant
du glaive, mais  la pointe de la plume; nous ne marcherons point au pas
de charge et la baonnette au poing, nous crirons; notre
quartier-gnral sera la poste aux lettres.

La poste aux lettres! Quel ermite pourrait se mettre,  l'abri de ses
atteintes? D'abord elle vous lance ses projectiles avec la rapidit de
l'clair; vous n'avez pas le temps de prparer votre dfense; la lettre
vous arrive de cent lieues et tombe sur vous,  votre rveil, sans que
vous puissiez l'viter. Et remarquez la ruse! la tratresse a soin de
s'envelopper avec art. Sait-on ce qu'elle pense? Sait-on ce qu'elle va
dire? Cependant on brle de le savoir; la curiosit rompt le cachet, et
la mdisance, la flatterie, la passion, tout ce qui se drobe sous la
douceur de ce papier satin, clate tout  coup, vous saute aux yeux et
vous saisit au coeur.

Ainsi. Madame, nous entrerons chez vous, malgr vous, sous enveloppe.
Chaque semaine, ce Paris, que vous vitez, vous crira par estafette ces
mille faits importants ou frivoles qui composent sa vie, sa bruyante vie
de tous les jours, et c'est moi qui lui servirai de secrtaire.
Prenez-en votre parti: il faudra bien que vous coutiez le rcit de ses
vertus et de ses vices, de ses belles actions et de ses sottises. Vous
aurez Paris au dsert, et le silence de votre solitude sera troubl tous
les huit jours par cet cho mondain. N'est-il pas juste que je fasse
honneur  cette lettre de change que vous avez tire sur moi: _que
fait-on l-bas?_

Je suis, Madame, le plus dvou serviteur de vos deux beaux yeux.


LE DERNIER BAL DE L'HTEL-DE-VILLE.

[Illustration: Bal de l'Htel-de-Ville.]

Personne n'a contest  la littrature le droit de ressusciter les
morts. Usons de ce privilge et rappelons pour quelques instants  la
vie le prvt des marchands. Soyons nous-mme son valet-de-chambre:
passons-lui les manches de son habit aux larges basques, coiffons son
honorable chef d'une large perruque, et vite une citadine au fantme.
Nous arrivons: les fentres de l'Htel-de-Ville sont illumines, la foule
des quipages prend la file  la porte; partout rgnent le bruit et le
mouvement. Tout Paris est convoqu  heure fixe, non point pour prendre
une de ces dlibrations qui changeaient la face de la monarchie. Il ne
s'agit ni d'une meute, ni d'une rvolution, mais tout simplement d'un
bal.

Vous figurez-vous l'tonnement de l'ombre municipale que nous venons
d'voquer? Partout le luxe des peintures, des meubles et des ornements.
L'ancien parloir aux marchands est devenue mconnaissable; la
bourgeoisie elle-mme a bien chang. Avec ces robes de gaze et de satin,
sous ces coiffures lgantes, au milieu de ce laisser-aller gracieux et
spirituel, comment reconnatre les rejetons de cette bourgeoisie grave,
conome, svre, qui ne dansait que du bout des pieds, ne causait que du
bout des lvres, et ne se mettait en frais de toilette et de plaisir que
pour fter des rois, ou tout au moins des princes et des ambassadeurs?

Aujourd'hui la bourgeoisie, s'il nous est permis d'employer cette
formule d'tiquette, se reoit elle-mme. Elle n'attend plus qu'un grand
vnement, une bataille gagne, un baptme ou un mariage de roi, lui
fournissent un prtexte de rjouissance. Les salons municipaux
n'attendent pour s'ouvrir que le signal de l'hiver. La neige tombe pour
tout le monde. Les bals de l'Htel-de-Ville n'ont pas d'autre titre
officiel.

Si nous connaissions la langue des fantmes, que de choses nous aurions
 vous apprendre, feu M. le prvt des marchands! mais peut-tre
parle-t-on encore le franais aux Champs-lyses de l'autre monde. En ce
cas, permettez-moi, ombre gare, de mettre le comble  votre
tonnement. Ce cavalier lgant qui s'lance si audacieusement dans les
prils de _l'en-avant-deux_, c'est un avocat; cet autre qui joue  la
bouillotte est un conseiller  la Cour Royale; celui-ci est un mdecin,
celui-l est un membre de l'Acadmie. Qu'ont-ils fait? allez-vous me
dire, de leur robe et de leur bonnet carr? Parbleu, ils les ont laisss
 l'audience,  l'amphithtre et  la Sorbonne. Aujourd'hui les
avocats, les magistrats, les mdecins, les savants, s'habillent et
s'amusent comme tout le monde. La justice et la science ne s'en trouvent
pas plus mal.

Si vous aviez, mon cher fantme, une tenue plus dcente, je vous
prsenterais  votre successeur. Il a quitt le titre de prvt pour
prendre celui de prfet. Cette jeune personne  laquelle il donne la
main pour la conduire  un quadrille, est tout simplement la fille d'un
ngociant de la rue des Lombards. Vous alliez peut-tre la prendre pour
une princesse. Que de grce dans sa dmarche! que de luxe dans ses
vtements! C'est qu'aujourd'hui il n'y a plus de lois somptuaires ni
pour le costume, ni pour l'ducation.

Mais laissons notre fantme  ses rflexions. On n'est pas tenu d'tre
d'une politesse fastidieuse envers les ombres. Parcourons ces salles
tincelantes, suivons le bal jusque dans ses dernires contredanses.
Vous avez pu voir Paris parpill dans vingt salons; il est venu ce soir
se rsumer dans l'Htel-de-Ville. L'aristocratie de la noblesse, si ce
n'est pas l un plonasme, celle de la politique, de la finance, des
arts, de la littrature, servent pour ainsi dire de cadre aux joies de
la bourgeoisie parisienne. Ici c'est elle qui triomphe; elle est sur son
terrain; c'est une fte qu'elle vous donne dans son propre palais. Vous
voyez qu'il est digne d'une aussi puissante souveraine.

Il est difficile de jouir d'un plus beau coup d'oeil que celui qu'offre
un bal  l'Htel-de-Ville, imposant difice dont les chos ont retenti
tour  tour de toutes les joies comme de toutes les douleurs de la
France, bal par bal, on pourrait reconstruire toute l'histoire de notre
pays. En attendant qu'on mette le burin aux mains de Terpsichore,
songeons que la fte de M. de Rambuteau est termine, et rentrons chez
nous en vitant la place de Crve; ce trajet pourrait assombrir nos
souvenirs.



Revue algrienne [1]

[Note 1: Nous rsumons dans cet article les principaux vnements
depuis le commencement de l'anne, de manire  n'avoir plus qu' nous
tenir au courant des faits actuels et  les suivre avec toute la
rapidit possible.]

Les hostilits ont recommenc avec une nouvelle vigueur en Algrie,
pendant le mois de janvier 1843, pour continuer de mme en fvrier, ou
plutt elles n'ont pas t un instant interrompues par la mauvaise
saison.

[Illustration: Le gnral de La Moricire..]

[Illustration: Retour  Cherchel--Passage d'un torrent.]

Le gouverneur-gnral avait senti l'importance de ne pas laisser
Abd-el-Kader s'tablir tranquillement, pendant tout l'hiver, dans la
chane des montagnes de l'Ouarenseris (province d'Oran). Dans cette
position, o il se procurait d'ailleurs d'abondantes ressources et
disposait de nombreux guerriers de ces montagnes, l'mir dominait tout
le pays entre le Chlif et la Mina, maintenait dans la crainte, aux
alentours, les tribus qui nous paraissaient les plus dvoues, et
pouvait, en reconstituant de nouvelles forces, attaquer srieusement les
entres que nous possdons en avant de Aldah, Milianah et Mostaganem.
M. le gnral Bugeaud rsolut donc de porter, mme en hiver, une guerre
srieuse sur l'Ouarenseris. Dans cette vue, trois colonnes de la
division d'Alger furent runies, le 24 novembre 1842, sous les murs de
Milianah, et se mirent en mouvement le 25, celle de droite, commande
par le gouverneur-gnral, ayant sous ses ordres M. le duc d'Aumale;
celle du centre par le gnral Changarnier, celle de gauche par le
colonel Korte. En mme temps, les divisions de Mascara (gnral de La
Moricire) et de Mostaganem (gnral Gentil), devaient manoeuvrer contre
la grande tribu insoumise des Mitas, de manire  rejeter ces
populations sur les autres colonnes, pendant que celles-ci occuperaient
leurs retraites habituelles dans les montagnes boises des Beni-Ouragh.

Les manoeuvres combines entre les trois divisions d'Alger, de Mascara
et de Mostaganem obtinrent un succs complet, et en vingt-deux jours, le
17 dcembre, elles avaient soumis presque toute la chane de
l'Ouarenseris jusqu' l'Oued-Rihon, toute la valle du Chlif sur la
rive gauche et deux tribus sur la rive droite, la presque totalit de la
tribu des Flitas, qui compte trois mille cavaliers, et toutes les tribus
secondaires qui bordent la Djediana et la rive gauche de l'Oueri-Rihon.
Ces rsultats n'avaient t d'abord esprs que pour la campagne du
printemps.

La question ainsi rsolue sur la rive gauche du Chlif, le moment a
sembl opportun de porter nos armes du ct de Tens, o elles n'avaient
pas encore paru. Cette expdition a t conduite avec succs par le
gnral Changarnier, qui, aprs avoir occup Tens pendant deux jours, a
abandonn, le 29 dcembre, cette bourgade, o il n'avait trouv aucune
ressource, et o une garnison franaise sera sans doute installe plus
tard.

Ces diverses oprations avaient port des coups trop sensibles  la
puissance d'Abd-el-Kader pour qu'il ne chercht pas  en neutraliser les
effets. Ds le principe des soumissions, il avait entretenu des
intelligences actives avec les tribus soumises. La contre la mieux
dispose pour ses vues tait, sans nul doute, cette partie de l'Atlas
qui s'tend de Cherchel jusqu'auprs de Tens, et qui est borne au nord
par la mer, et au sud par la valle du Chlif. Arriv du sud avec un
millier de chevaux rguliers ou irrguliers, il s'est bien vite recrut
dans la vallw du Chlif, de tribu en tribu, et il a envahi l'Aghalik de
Braz avec environ deux mille cavaliers et cinq ou six cents fantassins.

Le 7 janvier, Abd-el-Kader a excut contre les Athaf,  une journe 
l'ouest de Milianah, une rhazia qui a t le signal d'une nombreuse
dfection parmi les tribus soumises au mois de dcembre. A l'exception
de deux ou trois, toutes les autres de cette partie de la valle du
Chlif ont de nouveau reconnu son autorit. Abd-el-Kader s'est montr
cruel cette fois: notre kari des Brz de l'est et ses trois fils ont
t dcapits: il a fait mutiler quelques chefs, crever les yeux 
d'autres; enfin tous les hommes souponns d'attachement  notre cause
ont t enlevs.

Aprs avoir ravag les Athaf et les Kosseir. Abd-el-Kader s'est jet
dans les hautes montagnes des Zatima, Beni-Zioui Larhalh et Couraya, o
il a runi  peu prs trois mille Kabales. A la tte de ces forces il
s'est avanc avec son khalifah-el-Berkani chez les Beni-Menasser, o ses
missaires et ses intrigues l'avaient devanc, et qu'il voulait pousser
 faire une dmonstration contre Cherchel. Le gnral de Bar, marchant 
sa rencontre dans l'ouest, eut avec lui plusieurs engagements les 23. 24
et 25 janvier, et le refoula dans les grandes montagnes de Gouraya. De
son ct, le gnral Changarnier sorti de Milianah le 22, porta, par la
hardiesse de ses mouvements, le trouble et le ravage sur les derrires
de l'mir, et punit svrement plusieurs tribus qui avaient cd 
l'entranement de leur ancien chef. En mme temps. M. le duc d'Aumale
faisait un brillant coup de main sur nos ennemis du sud de Milianah, et,
au moyen de nombreuses prises, indemnisait largement nos allis des
perles que les rhazias d'Abd-el-Kader leur avaient fait prouver.

Le 27 janvier,  quatre heures du matin. M. le lieutenant-colonel de
l'Admirault vint  Alger  bord du bateau  vapeur _le Phare_, envoy
exprs pour connatre le vritable tat des choses, annoncer au
gouverneur-gnral les progrs de l'insurrection et l'arrive
d'Abd-el-Kader dans la partie occidentale de la province de Titteri. A
une heure aprs midi, le gnral Bugeaud tait embarqu avec deux
bataillons, et dbarqua dans la nuit  Cherchel. Le 30, il s'est mis en
campagne, afin de poursuivre Abd-el-Kader et de chtier les tribus qui
avaient rpondu  son appel. Le mauvais temps ne lui a pas permis
d'excuter entirement la campagne projete: mais le but principal a t
atteint: Abd-el-Kader et son khalifah-el-Berkani ont t repousss dans
l'ouest. Le gros rassemblement de Kabales qu'ils avaient opr s'est
dispers dans tous les sens. Deux des plus importantes tribus rebelles,
les Beni-Menasser et les Beni-Ferrah, ont t svrement punies.

Un ouragan affreux, ml sans interruption de grle et de neige, a
oblig le corps expditionnaire  descendre bien vite des hautes rgions
montagneuses pour regagner les bords de la mer, o l'attendait un
convoi. Il l'a atteint le 5 fvrier  quatre heures du soir, non sans
difficult, car le mauvais temps a continu, et, la nuit du 6 au 7, la
pluie tombait avec une telle force, que tous les feux du camp ont t
teints. La colonne s'est achemine lentement vers Cherchel. Les
ruisseaux taient devenus des torrents imptueux, et la rapidit des
eaux tait telle, qu'il y avait lieu de redouter beaucoup de malheurs.
Des cordes ont t tendues, et les pelotons, bien unis par les bras et
appuys  la corde par l'une de leurs ailes, ont ainsi franchi sept
torrents. Grce  cet expdient, on n'a eu  regretter que la perte de
deux hommes.

Dans cette courte mais pnible expdition, le gnral Bugeaud a failli
tre tu, comme le fut le colonel Leblond il y a quelques mois: six
coups de fusil, tirs presque en mme temps par des Arabes embusqus,
ont bless le cheval du gouverneur-gnral.

--A la nouvelle de l'apparition d'Abd-el-Kader dans la province de
Titteri, le bruit a couru  Alger que ses troupes avaient envahi une
partie de la plaine de la Metidjah et surpris quelques-uns de nos
dtachements: ce bruit tait compltement faux. Ds le 27 janvier, le
colonel Korte se dirigea,  la tte de toute la cavalerie, vers
Boufarik, de fortes reconnaissances furent pousses dans tous les sens,
et l'on n'aperut pas un seul ennemi. Les convois militaires circulrent
avec la mme scurit qu'auparavant. Le retour des dsastres de la fin
de 1839 et du commencement de 1840 ne semble plus  craindre Alors
Abd-el-Kader disposait de forces assez considrables; il avait ses
places fortes, et la paix lui avait laiss le temps de se prparer  la
guerre; enfin, nous tions sur la dfensive. Mais, depuis deux ans, la
face des affaires a chang. Nous avons repris partout l'offensive.
L'ennemi, battu sur tous les points, a vu ses places fortes dtruites de
fond en comble, ses douares incendies, ses rcoltes ravages. De
prince, de gnral qu'il tait, car il avait un gouvernement, une arme.
Abd-el-Kader, aprs avoir t pourchass jusque dans les contres les
plus loigns, est devenu un simple chef de bandes, marquant son passage
par des massacres et des dvastations. La guerre se poursuit maintenant
dans l'intrieur, o nos colonnes ne rencontrent plus qu'une molle
rsistance. Si quelques fractions de tribus suivent encore la fortune de
celui qui se donnait nagure, le titre pompeux de sultan, c'est que nos
troupes ne peuvent pas se trouver toujours en tous lieux pour protger
nos allis. Mais,  la tournure qu'ont prise les vnements, les centres
de population, il faut l'esprer, n'auront plus  redouter les
agressions de l'ennemi, et la plaine de la Metidjah semble dsormais 
l'abri d'un coup de main.

--Les marchs d'Alger sont abondamment approvisionns et les denres
baissent de prix. Le carnaval a t brillant  Alger, voire mme 
Blidah, o, entre autres importations franaises, on n'est pas peu
surpris de trouver des magasins de costumes et de masques.

--Jusqu' ce jour, les excutions  mort avaient eu lieu, dans
l'Algrie, par le yatagan, suivant l'usage que nous y avions trouv
tabli: c'tait aussi un excuteur musulman qui avait continu  remplir
ce redoutable office.

Un fcheux incident, survenu l'anne dernire, a provoqu  cet gard
une innovation ncessaire. Le 5 mai 1842. fut excut, hors de la porte
Babazoun,  Alger, le nomm Grass, condamn  mort par la Cour royale
d'Alger. L'excuteur indigne, appel peut-tre pour la premire fois 
dcapiter un chrtien, et saisi d'une motion extraordinaire, fut oblig
de s'y prendre  plusieurs reprises pour achever le supplice du patient;
la foule indigne menaa les jours de l'excuteur, et celui-ci ne dut
son salut qu' l'intervention de la force publique. Pour prvenir le
retour d'un si hideux spectacle, l'autorit locale a demand et obtenu
de M. le ministre de la Guerre, l'introduction en Algrie de
l'instrument de supplice usit en France, et le remplacement de
l'excuteur algrien par un excuteur franais.

Le 10 fvrier, l'chafaud a t dress sur la place Bab-el-Oued, 
Alger, et la terrible machine a fonctionn pour la premire fois. Le
nomm Abd-el-Kader Zellouf ben Dahman, condamn  mort pour crime
d'assassinat, par arrt de la Cour royale du 10 septembre dernier, a
subi sa peine  une heure aprs midi. La nouveaut du spectacle parait
avoir vivement impressionn les spectateurs indignes, et, aprs
l'excution, ils se sont prcipits en foule vers l'chafaud pour
l'examiner dans tous ses dtails.

--En vertu d'une dcision du ministre de la Guerre, du 20 fvrier, les
sous-officiers et soldats de l'arme d'Afrique, autoriss, lors de leur
libration du service militaire,  rester en Algrie, conserveront
pendant deux annes,  dater du jour de leur libration, le droit tant
au passage gratuit pour rentrer en France, qu' l'indemnit de route de
leur ancien grade, pour se rendre du port de dbarquement dans leurs
foyers. Les anciens militaires qui demanderont, avant l'expiration des
deux annes,  rentrer en France, devront, pour obtenir une feuille de
route donnant droit au passage gratuit et  l'indemnit, exhiber,
indpendamment de leur cong de libration, un certificat de l'autorit
militaire ou civile du lieu o ils auront eu leur dernier domicile, en
constatant qu'ils ont toujours tenu une bonne conduite pendant leur
sjour en Algrie.

--Le bateau  vapeur _le Tartare_, qui avait t expdi  Tanger avec
notre nouveau consul  Mogador, M. le chef d'escadron Pellissier, auteur
des _Annales algriennes_, est rentr  Oran le 29 janvier, ayant
toujours  bord le consul et sa famille. A son arrive  Tanger, M.
Pellissier apprit du consul de France dans cette ville que l'empereur
Abd-el-Rahman lui refusait _Vexequatur_. L'empereur de Maroc a donn
pour motifs de son refus qu'il ne voyait pas la ncessit de la prsence
d'un consul franais  Mogador, attendu que celui qui grait
temporairement le consulat remplissait sa mission  la satisfaction des
Franais et des Marocains, et que l'on n'avait rien de mieux  faire que
de le maintenir dans cette position. Toutes les dmarches faites pour
dterminer l'empereur  revenir sur sa dcision ayant t infructueuses,
le _Tartare_ a ramen dans le port d'Oran le consul _in partibus_, qui y
attend des ordres du gouvernement. La vritable cause de son exclusion,
c'est peut-tre que M. le commandant Pellissier a t longtemps  Alger
chef du bureau arabe, et qu'il serait plus difficile de cacher  lui
qu' tout autre l'assistance secrte que, malgr les dngations
officielles, Abd-el-Kader continue  recevoir du Maroc.

--Dans le beylik de Tlemsen rgne une assez grande tranquillit, et les
populations, protges par la prsence de la colonne mobile du gnral
Bedeau, comptent sur une abondante rcolte.

--La colonne de Mostaganem, sous les ordres du gnral Gentil, est
toujours en mouvement; sa mission est de prter aide et assistance, en
cas de besoin, aux tribus allies.

--Aprs avoir pris quelque repos, la colonne de Mascara, sous le
commandement de M le gnral de La Moricire, est de nouveau entre en
campagne. Pendant ces excursions, le colonel Gry, du 56e de ligne,
commande la place de Mascara, et le colonel Thiry, du 6e lger, celle
d'Oran.

--Les oprations militaires ont t continues dans l'ouest de Cherchel
par le gnral de Bar, qui a reu, auprs de la ville kabale de
Terzout, la soumission de la tribu de Zatima,  laquelle elle
appartient, et celle des Beni-Zioui, auprs de Ghelanzero, leur
principal village, dans un pays o les habitants se croyaient
inexpugnables, parce que les Turcs n'avaient jamais pntr chez eux. Le
gnral de Bar n'a pas reu un seul coup de fusil en parcourant le
territoire horriblement accident de six tribus kabales, dont la
premire est  dix lieues ouest de Cherchel, et dont les autres
s'tendent  deux ou trois marches de Tens; tandis que le colonel
Picouleau, dans deux sorties successives, a prouv une rsistance
srieuse chez les Beni-Menasser,  une marche seulement au sud de
Cherchel. Ses attaques persvrantes contre les Beni-Menasser ont obtenu
la soumission de cinq fractions de cette tribu considrable; les
fantassins se sont joints  lui pour contraindre les hautes montagnes 
suivre leur exemple; mais c'est la partie la plus belliqueuse et la plus
difficile du territoire. Il est probable qu'il y aura d'autres combats,
parce que la famille des Berkani a encore sur cette contre une immense
influence, et que son chef, proscrit par l'arrt du 10 fvrier,
soutiendra une lutte opinitre.

--Dans la province de Constantine, M le gnral Baraguey-d'Hilliers a
dirig avec succs, du 12 au 22 fvrier, une opration militaire
importante: il s'agissait d'attaquer la ligne des Zerdezas et de
soumettre ce chanon intermdiaire de la rsistance kabale qui, de la
frontire d'Alger, s'tend jusqu' celle de Tunis et interrompt les
communications avec la mer. Quatre colonnes, parties simultanment de
Constantine, de Philippeville, de Bone et de Guelma, ont envahi ces
montagnes presque inaccessibles, et, grce  leurs mouvements
heureusement combines et excuts, elles ont imprim une grande terreur
aux tribus ennemies, en leur prouvant que nos troupes sauraient les
atteindre et les vaincre, quelque grandes que fussent les difficults du
pays. Les parcs de l'tat approvisionns de plus de 3,000 boeufs, le
train des quipages remont de 200 mulets, la soumission de cette partie
de la province garantie par des otages, et, par suite, une plus grande
abondance sur nos marchs, rumine aussi plus de scurit pour l'arme et
le commerce, sont les rsultats positifs de cette brillante expdition.


MANUSCRITS DE NAPOLON [1]

[Note 1: La reproduction des manuscrits de Napolon est interdite.]

LETTRES SUR LA CORSE A M. L'ABB RAYNAL.

LETTRE DEUXIME.


Monsieur,

Nous avons parcouru rapidement les rgions tnbreuses de notre histoire
ancienne; nous voici arrivs au douzime sicle; nos annales commencent
 s'claircir. A cette poque, la tradition, les monuments ont pu
instruire Giovanni della Grossa, notre premier historien, qui naquit en
1378, Piero Antonio Alonteggiani, qui crivoit en 1525, Marco Antonio
Ceccaldi, qui cessa de vivre en 1569, Circeo, qui acheva son ouvrage en
1576, Filippini, qui publia son histoire en 1594.

A l'poque o les Corses libres avoient trouv un refuge dans la
confdration de Pise, les Gnois abordrent dans leur le; l'esprit de
faction et l'intrigue y arrivrent avec eux. Armer le fils contre le
pre, le neveu contre l'oncle, le frre contre le frre, paroissoit 
ces avides Liguriens le chef-d'oeuvre de la politique. S'tant rendus
matres de _Bonifazio_, en trahissant les liens les plus sacrs de
l'hospitalit, ils commencrent  semer dans tous les coeurs le poison
des factions.

Les Pisans, affoiblis par leur guerre, proccups des graves intrts
qu'ils avoient  soutenir dans le continent, se trouvrent hors d'tat
de s'opposer aux projets des Gnois et de maintenir la paix entre les
diffrents pouvoirs qui existoient alors en Corse. Les seigneurs, ne
connoissant plus de frein, aspirrent  la tyrannie; le peuple, dnu de
protecteurs, se livra  tout l'emportement de son indignation, et menaa
les barons de les dpouiller d'une autorit illgitime et contraire 
tous les droits naturels. L'un et l'autre parti comptoient sur l'appui
des Gnois qui fomentoient leurs discordes. Les barons, sur la promesse
d'une protection efficace, se confdrrent avec la rpublique de Gnes,
et lui prtrent hommage. Les communes s'unirent et reconnurent
Sinuccello della Rocca pour _Giudice_, ou premier magistrat.

SINUCCELLO DELLA ROCCA. 1258.--Sinuccello della Rocca, distingu dans
les armes pisanes par son rare courage, ne l'toit pas moins par son
austre justice. Pendant soixante ans qu'il fut  la tte des affaires
publiques, il sut contenir Gnes, et effacer des privilges des
seigneurs ce qui toit contraire  la libert publique. D'une humeur
toujours gale, impartial dans ses jugements, calme dans ses passions,
svre par caractre et par rflexion. Sinuccello est du petit nombre
des hommes que la nature jette sur la terre pour l'tonner. Au
commencement de sa carrire publique, on lui contestait son autorit,
foiblement accompagn, il erroit dans les montagnes de Quenza. Un chef
fort accrdit dans ces pives, aprs avoir tu un de ses rivaux, se
prsenta  lui. Sinuccello mprisant l'avantage qu'il pouvoit tirer d'un
homme puissant, fait constater son crime et le fait mourir. La renomme
rpand ce fait, on accourt de tous cts se ranger sous ses drapeaux.

Pise, crase  la journe de la Meloria, ne donna plus d'ombrage; les
Gnois rsolurent de faire tous les efforts pour profiter des
circonstances. Voyant la difficult de vaincre Sinuccello, ils firent en
sorte de le gagner; envisageant d'ailleurs les barons comme les
principaux obstacles  leur domination, ils les dsignrent  tre
d'abord sacrifis. Sinuccello, qui ne perdoit pas de vue le grand objet
de l'indpendance de la Corse, vit avec plaisir les ennemis naturels de
sa patrie s'entre-dchirer. Profitant des vnements, il sut faire
tourner  l'avantage public l'animosit des deux partis. Il dut chercher
 diminuer la puissance des barons, mais il le fit avec prudence, et
garda assez de mesure pour pouvoir se rconcilier avec eux quand il
seroit temps; en effet, ds que les succs multiplis des Gnois les
eurent affaiblis, Sinuccello leur tendit la main, les incorpora dans le
reste de la nation, et obligea les ennemis communs  repasser les mers,
aprs avoir remport sur eux de grands avantages. Ce fut dans une de ces
rencontres, qu'ayant fait un grand nombre de prisonniers, leurs femmes
vinrent de Bonifazio apporter leur ranon. Sinuccello les reut avec
humanit, et les confia  la garde de son neveu. Ce jeune homme, gar
par l'amour, trahit les devoirs de l'hospitalit et de la probit
publique, malgr la vive rsistance d'une de ces infortunes. Navre de
l'affront qu'elle venoit d'essuyer, les cheveux pars, ses beaux yeux
gars et fltris par la honte, elle se prosterne aux pieds de
Sinuccello, et lui dit: Si tu es un tyran sans piti pour les foibles,
achve de faire prir une malheureuse avilie; si tu es un magistrat, si
tu es charg par les peuples de l'excution des lois, fais-les respecter
par les puissants. Je suis trangre et ton ennemie; mais je suis venue
sur la foi, et je suis outrage par ton sang, par le dpositaire de ta
confiance... Sinuccello fait appeler le criminel, constate son dlit,
et le fait mourir sur-le-champ. C'est par de pareils moyens qu'il
soutnt toujours la rigueur des lois. Ses armes prosprrent, et la
nation unie vcut longtemps tranquille. Ds cette poque jusqu'au temps
de Sambucuccio, les Gnois ne parurent plus en Corse; ils furent
dcourags par les pertes qu'ils avoient faites; ils se contentrent de
fomenter, dans l'obscurit, la guerre civile, mais Sinuccello sut rendre
vaines toutes leurs trames; il vieillit, et la perte de sa vue fut son
premier malheur.

Guglielmo de Pietrallerata, gagn par les Liguriens, mprisant un
vieillard caduc et accabl d'infirmits, dploie l'tendard de la
rbellion; Lupo d'Ornano, neveu de Sinuccello mis  la tte de la force
publique, marche, bat, prs de la Mezzana, l'imprudent Guglielmo, qui,
sans ressource, a recours  la commisration du jeune vainqueur, de qui
il obtient une suspension de quelques jours. Lupo se reproche dj un
dlai qui peut rendre inutile sa victoire, fltrir ses lauriers et lui
enlever son triomphe. Dans l'inquitude de ces penses arrive le terme
de la suspension; une entrevue lui est demande, il y court avec
impatience; il va enfin, par la captivit de son ennemi, se rendre
illustre parmi les siens, et mriter de succder aux honneurs comme  la
puissance de son oncle....; les deux escortes restent  trois cents
pas; les deux chefs s'avancent, se joignent, une visire se lve, et, au
lieu de Guglielmo, laisse voir sa fille, l'intressante Vronica.

Lupo, lui dit Vronica, il n'y a pas encore un an que nous vivions en
frres, et il faut que la fortune te rserve une destine bien
glorieuse, puisque ton coup d'essai a t la dfaite de mon pre....
Lupo, je t'ai vu  mes genoux me promettre un amour constant;  Lupo, je
viens aujourd'hui implorer de toi la vie! Ce jeune hros, hors de lui,
conserve cependant assez de force pour fuir; mais Vronica le retient.
Je ne viens pas ici sduire votre vertu, lui dit-elle, la gloire de
Lupo est plus chre  Vronica que la vie: celle de mon pre et des
miens est en danger, et c'est vous qui la menacez......... Quelle
horrible position est la mienne! et si vous refusez de m'couter, de qui
devrai-je attendre la piti? Sinuccello ne pardonne jamais, et c'est
vous qui tes destin  tre le ministre de ses cruauts! Lupo,
pourrois-tu tre le bourreau des miens, pourrois-tu porter la flamme
dans ce sjour o tu passas  mes cts les plus belles annes de ton
enfance? Dchir par les sentiments les plus opposs, retenu par
l'amour, Lupo obit au devoir, il s'arrache avec violence et fait
quelques pas pour s'loigner, mais un cri qui lui perce le coeur
l'oblige  s'arrter,  dtourner la tte, et lui laisse voir Vronica
se prcipitant sur sa lance, prte  se donner la mort; il revient
brusquement, arrive  temps, prend dans ses bras et arrose de ses larmes
celle qui l'a vaincu sans retour, et qui, ple, affaiblie par les
efforts qu'elle vient de faire, lui dit: Je n'ai  te proposer rien
d'indigne de toi; coute-moi, et quand j'aurai cess de parler, si ta
gloire, si ton devoir l'ordonnent, tu pourras me laisser seule en proie
 mon sort affreux.....Sinuccello est vieux et infirme; il faut  la
rpublique un magistrat actif et dans la force de l'ge; tu t'es rendu
assez grand pour pouvoir prtendre  gouverner tes concitoyens; mon pre
et les siens te promettent leur appui; Sinuccello lui-mme ne pourra
s'opposer  toi:  l'ge o l'on doit encore obir, tu seras le premier
de la rpublique, qui, heureuse et comble de prosprit par tes vertus,
par ton courage, ne laissera rien  dsirer  ton coeur; la main de
Vronica cimentera ta puissance, Vronica t'aura d la vie, et, s'il est
possible, son amour s'en accrotra.

Lorsque l'homme imprudent a laiss pntrer dans son sein un amour
dsordonn, lorsque la femme qui l'a allum vient d'chapper  la mort,
et qu'elle est embellie par la pleur de l'angoisse, par les souffrances
du coeur, il est au-dessus des forces accordes aux faibles mortels de
rsister. Lupo flchit donc, et les intrts du devoir, de la patrie et
de la gloire firent place  l'amour. Guglielmo put s'chapper;
l'inflexible Sinuccello fit instruire le procs de son neveu, et oublia
sa victoire pour ne voir que sa faute. Celui-ci, n'ayant plus de
mnagement  garder, s'unit  Guglielmo, et pousa la tendre Vronica.
Salnese, propre fils de Sinuccello, se joignit aux ennemis de son pre;
tous runis, ils dressrent une embuscade et firent prisonnier le
vieillard. Ils furent longtemps indcis sur le sort qu'ils lui
rserveroient: les uns le vouloient mettre  mort, mais Lupo ne voulut
jamais y consentir. Le garder prisonnier tait le parti le moins sur. Le
peuple, mu par le souvenir de ses services et par son grand ge, auroit
pu, dans un retour de son amour, lui restituer l'autorit. Dans cet
embarras, les conjurs s'avisrent de l'expdient qui runissait tous
les avantages, c'tait de le livrer aux Gnois... Un Spinola vint le
prendre avec quatre galres. La tche de l'historien devient pnible
lorsqu'il a de tels faits  raconter. Le discours que les crivains lui
font prononcer, au moment de s'embarquer, est le dernier trait qui
achve d'indigner contre les monstres qui l'ont trahi.... Lupo, dit
d'un ton ferme ce malheureux vieillard, ton coeur me vengera, je le
commis bien; tu n'tois pas fait pour prouver des remords: tu as t
mchant, parce que tu as t faible... Quant  toi. Salnese, ton me
atroce me punit de ne pas t'avoir laiss prir sur l'chafaud, souill
du crime de la mort de mon intime ami. Je fus faible; l'amour paternel
touffa le cri de la justice. Je te sauvai du supplice que tu mritois;
j'expie durement cette unique faute de ma vie; mais quatre-vingts ans de
vertu n'effacent-ils pas une faiblesse?... Salnese, que ta femme
t'abreuve de douleur! que tes enfants conjurs contre toi te ressemblent
par leur mchancet! que tu prisses, ne laissant parmi les hommes que
l'excration de ta mmoire! Salnese, je te maudis avec la postrit!

En achevant de parler, cet illustre vieillard se prosterna  genoux, se
couvrit la tte de sable, mdita un moment, et puis, d'un pas ferme, il
monta sur un navire qui l'attendoit. Salnese toit mu, mais de colre;
les dernires paroles de son pre avoient excit cette me de fiel.
Quant  Lupo, la rvolution fut tonnante, le bandeau parut tomber;
l'effervescence de la passion qui lui avoit voil l'normit de son
crime s'apaisa; il eut horreur de lui-mme, il chercha  rparer ses
fautes, mais ses efforts furent vains. Alors, se roulant sur le sable,
se jetant  la mer, il appeloit tour  tour la mort et Sinuccello;
heureux celui-ci, dans sa catastrophe, s'il eut pu tre tmoin du
repentir de celui qu'il avoit adopt pour fils. Son me en eut t
rafrachie, et peut-tre l'motion du sentiment lui eut fait goter un
plaisir avant de mourir.

Arriv  Gnes, ce grand homme prit au bout de quelques jours, dans un
ge trs-avanc [1]; il laissa quatre enfants, tous indignes de lui,
tous marchant sur les traces de leur frre an. Lupo parut se consoler;
le temps et le coeur de l'intressante Vronica adoucirent le venin des
remords. Lupo acquit une grande puissance, mais sa femme, mourut et les
remords revinrent se saisir de leur proie. Il mourut enfin
misrablement. Orlando, le plus puissant de ses enfants, prit sur
l'chafaud; l'amour fit le malheur de cette race. Orlando devint pris
de la femme de son frre, et cette passion fut la cause de sa mort
ignominieuse.

Quant  Salnese, il prospra toujours, et toujours faisant le mal. Aprs
avoir trahi son pre, il vendit son oncle pour quatre cents cus d'or;
mais enfin ses deux enfants meurent sans postrit, et leur mort dlivra
notre pays d'une race de monstres.

LES GIOVANNALI (1355).--De grands troubles suivirent la mort de
Sinuccello; les diffrents partis se choqurent violemment. Les Gnois
parurent vouloir profiter de cet instant, mais ils manqurent d'nergie.
L'on a peine  suivre les diffrentes factions qui se partagent la
scne, lorsque tout d'un coup l'on voit les Giovannali s'lever d'un vol
hardi. Deux frres de la lie du peuple, mais d'un esprit noble, d'un
grand courage, tentent la rgnration de leur pays; ils voient que les
dbris du rgime fodal qui s'appuyoit sur des lois institues par les
prjugs, dictes la plupart par les circonstances, mles de
superstitions romaines, n'offraient qu'une bigarrure dgotante, propre
 perptuer l'anarchie. Ils comprirent qu'un palliatif n'toit pas de
saison. Ils employrent les moyens les plus forts; ils prchrent les
vrits les plus hardies, les grands dogmes de l'galit, de la
souverainet du peuple, de l'illgitimit de toute autorit qui n'mane
pas de lui; ils firent en peu de temps de nombreux partisans, et ils
n'toient pas loin de rallier toute la nation  leurs principes, lorsque
le Vatican publia une croisade contre eux, sous prtexte que leur morale
n'toit pas conforme  l'vangile; une arme de croiss marcha contre
les Giovannali, qui, aprs une vigoureuse rsistance, furent extermins
jusqu'au dernier avec une telle barbarie que le proverbe s'en conserve
encore: _Il a t trait comme les Giovannali_. Pour justifier cette
excrable entreprise, on a eu recours aux armes ordinaires. On a
calomni sans mnagement; on a dit tout ce qui a t rpt depuis sur
les protestants de Paris, qu'ils s'assembloient, qu'ils teignoient les
lumires pour se livrer  leur lubricit. Impostures dignes de leur
auteur... Les infortuns Giovannali prirent victimes de la superstition
de leur sicle.

SAMBUCUCCIO D'ALANDO (1359).--Le vieux Sambucuccio toit un des plus
fermes soutiens de Giovannali. Bless dans le dernier combat que ces
infortuns livrrent, il se rfugia dans une caverne du Fiumorbo, pour
pouvoir mourir libre et inspirer  son fils ces sentiments qui portent 
tout entreprendre et  braver tous les dangers. Ses leons
fructifirent, et Sambucuccio son fils, ds qu'il lui eut ferm les
yeux, fit jurer  ses compagnons de ne rien pargner pour rtablir la
rpublique et les communes. Pour mieux exciter son zle, pour qu'il et
devant les yeux un objet toujours prsent qui lui fit un devoir de ne
pas perdre un instant, son pre lui avoit fait promettre de ne rendre
les derniers honneurs  son corps qu'aprs le premier succs qu'il
devoit obtenir dans sa juste entreprise. Il laissa donc le corps du
vieux Sambucuccio sans spulture, et il se transporta rapidement dans
les pives de Rostino et d'Ampugnani. Par ses discours autant que par
les premiers avantages qu'il remporta sur les barons, il rtablit la
confiance, ranima le courage, se fit une arme, fut cr premier
magistrat, et partout il fit triompher la bonne cause; mais, le fer
d'une main et le flambeau de l'autre, il se porta  d'horribles excs
que rien ne peut justifier, pas mme le droit de reprsailles, et que
condamne essentiellement la politique. D'une stature, d'une imagination,
d'un courage gigantesques, il fut extrme dans toutes ses oprations, il
crut devoir s'tayer de quelques secours trangers, il se confdra avec
les communes de Gnes. Dmarche imprudente, qui a cot cher  son pays
qu'il avoit cru servir. Plein de fougue, de force et de haine, mais sans
politique, sans mnagement et sans dextrit, Sambucuccio opposoit 
tout sa propre personne. Il ne tarda pas  tre domin par les allis
qu'il s'toit donns, et qui, insensiblement,  force d'adresse, s'tant
rendus ses matres; il s'en aperut enfin, mais trop tard. Il ne lui
restoit plus qu'un parti, c'toit de pardonner aux nobles, de rechercher
leur amiti, d'effacer autant qu'il toit possible la dfiance et le
souvenir des maux passs; mais, soit que Sambucuccio comprit qu'il toit
impossible  ceux-ci d'avoir jamais confiance en un homme qui, depuis
tant d'annes, toit leur flau, soit que, se souvenant de leur avoir
jur dans les mains de son pre une haine implacable, il ne voult pas
tre infidle  son serment, il ne trouva pas d'autre expdient que de
finir une vie dont tous les moments avoient t sacrifis  la patrie.

[Note 1: Napolon,  l'exemple de Filippini qu'il suit ici avec trop
de confiance, a confondu le Giudice Sinuccello della Rocca avec un autre
autre _Giudice_, qui vcut longtemps aprs le premier. Cette erreur de
Filippini avait dj t signale par Cambragi, dans son _Istoria de
Corsica_ (tome 1, page 239), publie en 4 volumes in-4, en 1770.]

Il termina ses jours dans cette exaltation de principe particulire aux
sectateurs des Giovannali. Sambucuccio naquit les armes  la main contre
l'aristocratie, et prit comme Caton, pour ne rien faire d'indigne de
soi, ou comme Codrus, pour lever un obstacle  la flicit de son pays.

ARRIGO DELLA ROCCA (1378).--Avant de mourir, Sambucuccio avait dsign
au peuple Arrigo della Rocca, comme digne de sa confiance. Arrigo,
ennemi implacable de Gnes, ami des communes, avoit l'avantage de tenir
aux barons par la naissance et par les alliances; presque toute la
nation marcha, se rallia autour de lui: en peu de temps, il obligea les
ennemis  repasser la mer. Mais les Gnois ne pouvoient si promptement
abandonner une entreprise qui toit l'objet des intrigues fomentes, des
crimes commis, du sang vers pendant deux sicles. Ils comprirent
seulement qu'il falloit ou une masse de forces plus considrables, ou
des ressorts plus compliqus, pour soumettre une nation indomptable; ils
comprirent que le principal avantage qu'ils tiroient de l'le consistant
dans un commerce exclusif, ainsi que dans la possession des ports qui
favorisaient leur marine et les rendoient redoutables  leurs ennemis,
ils pouvoient remplir le mme but en tenant les places maritimes et en
abandonnant l'intrieur aux factieux, que l'on exciteroit pour les
empcher de se rallier. D'ailleurs le commerce avoit beaucoup accru la
puissance de certaines familles de Gnes; il n'toit pas moins important
pour la libert de les affoiblir. L'on imagina de les mettre aux prises
avec les Corses. Dans ce but, la rpublique dclara abandonner les
affaires intrieures de l'le et ne plus vouloir se mler de protger un
peuple ingrat; sous main cependant, elle sollicita les plus puissants
patriciens d'employer leurs richesses  une conqute glorieuse pour la
patrie et avantageuse pour leur famille.

L'ambition excite est aveugle, et cinq des plus puissantes familles de
Gnes s'allirent sous le nom de _compagnie de la Maona_, pour conqurir
la Corse. Au milieu des troubles que ces nouveaux ennemis nous
susciteront, le gouvernement national ne pourra se consolider; les
patriotes, ne voyant que guerres continuelles, se dcourageront en
s'affoiblissant. Outre ce double avantage, Gnes avoit le plaisir de
voir se briser contre une roche inbranlable les navires des familles
qu'elle redoutoit.

Quoique puissante, la Maona fit de vains efforts pour s'emparer de vive
force de l'le. Battue, chasse, elle revint  ses premiers projets, et
rsolut de n'lever l'difice de sa domination qu' l'ombre des
factions; mais aussi peu avance qu' sa premire anne, elle reconnut,
aprs trente-neuf ans de vicissitudes, la chimre dont elle s'toit
berce, et, quoique  regret, abandonna des projets qui lui avoient t
si funestes.

La maison de Fregose toit alors trs-puissante  Gnes. On lui offrit
de succder  la Maona; et, pour l'encourager, le snat lui cda
Bonifacio et Calvi qu'il avoit conservs jusque-l. Abramo di Campo
Fregoso ne parut en Corse que pour tre battu et fait prisonnier; il vit
en moins de quatre ans ses esprances s'vanouir avec sa faction.

VINCENTELLO D'ISTRIA (1405).--Vincentello d'Istria, depuis la mort
d'Arrigo, avoit t lev au premier rang; son activit, ses talents
militaires, lui ont mrit une des premires places parmi les grands
hommes qui ont gouvern la Corse. Il acheva de dtruire le reste de la
faction de la Maona, renversa le parti des Fregose, et fit rgner la
justice. Vainqueur des Turcs sur terre, il arma une flottille et battit
leurs galres. Une grande partie de nos maux devoit tre cause par les
papes. Par suite d'une donation qu'ils avoient faite de la Corse 
Alphonse, roi d'Aragon, il vint, en 1420, avec quatre-vingts vaisseaux
pour s'en emparer... Vincentello sentit que ce ne pouvoit tre qu'un
torrent passager; il se joignit  lui, et ils assigrent ensemble
Calvi, dont ils se rendirent matres; mais, ayant chou devant
Bonifazi, Alphonse continua son voyage vers la Sicile.

Aprs son dpart,  l'abri de la grande rputation de Vincentello, les
Corses vcurent en paix, et les particuliers de Gnes n'osoient
s'aventurer contre un homme si favoris par la fortune; on russit
toutefois  gagner Simone-da-Mare, qui leva l'tendard de la rvolte.
Cet ennemi, quoique redoutable, n'auroit fait qu'augmenter les triomphes
de Vincentello, lorsque celui-ci, s'tant embarqu, fut pris par deux
galres gnoises et conduit  Gnes o il prit misrablement. Ainsi
finit un homme qui, par ses rares talents, mritoit l'estime des
nations. Pourquoi Gnes, au mpris du droit des gens et de
l'hospitalit, violoit-elle cinquante-trois ans de paix? C'est ce qui
lui fut reproch par les puissances voisines: mais, maigre ces
reproches, ces avides marchands ne recueillirent pas moins le fruit de
leur crime.

PAOLO DELLA ROCCA (1458).--Aprs la mort de Vincentello, le peuple
choisit, pour lui succder, Paolo della Rocca. Sa premire expdition
fut de marcher contre Simone, qui avait pris du crdit: il le battit, le
fora  se retirer  Gnes. L, cet infme citoyen continua  conspirer
contre sa patrie; il entrana les Montalti, les Fregose, les Adorne,
qui, aussi peu sages que la Maona, prouvrent le mme sort. Mais, 
mesure que les Corses dtruisent un ennemi, il en parait dix autres:
affoiblis par leur victoire mme: ne pouvant ni prvenir l'attaque, ni
profiter de leurs succs, ils se trouvent dans la plus triste position.
Si un lment ennemi ne les et empchs de l'atteindre, Gnes, superbe
repaire! tu n'aurais pas longtemps insult  nos malheurs... Pouvoir
d'un bras dsespr se venger en un moment de tant d'affronts, d'un seul
coup assurer l'indpendance de sa patrie et donner aux hommes un exemple
clatant de justice... Dieu! ton peuple ne seroit-il pas le foible
opprim?

Dans cette position dsespre, l'vque d'Aleria ouvrit l'avis
d'implorer la protection des papes; Eugne occupoit alors la chaire
pontificale. Ravi de cette heureuse circonstance, il envoya un lgat en
Corse. Les Adorne prtendirent mettre obstacle  ce nouvel ordre de
choses: mais battu. Gregorio Adorno paya par sa captivit les vues
ambitieuses de son oncle.

MARIANO DI GAGGIA (1445).--Les peuples nommrent pour gouverner sous la
protection des papes Mariano di Gaggia. Mariano, implacable ennemi des
caporaux, leur fit une guerre opinitre; il brla, dvasta leurs biens,
dmolit leurs chteaux. Les caporaux distingus par leur crdit sur le
peuple en toient les chefs; mais, corrompus, ils ne servirent plus qu'
l'garer, et la nation toit victime de leur ambition et de leur
avidit: funestes effets de l'ignorance de la multitude. L'on ne peut
disconvenir cependant que les caporaux n'aient rendu des services  la
Corse. Leur histoire est  peu prs celle des tribuns de Rome. Aprs sa
brillante expdition contre les caporaux. Mariano ne fit plus rien qui
ft digne de sa rputation; il conserva sa prpondrance sur le peuple
malgr le grand nombre de ses ennemis; mais il s'en servit pour prcher
la soumission  l'Offizio. L'histoire, mprisant cette indigne conduite,
ne s'occupe plus de lui, et le laisse mourir dans l'oubli.

Peut-tre,  l'ombre de la tiare, on et vcu tranquille; mais le pape
Nicolas V, Gnois, ami des Fregose, donna l'investiture de la Corse 
Lodovico, chef de cette maison. Les Corses, bien loin d'approuver cette
lection, coururent aux armes avec leur intrpidit ordinaire, et
repoussrent ce nouvel adversaire. Galeazzo di Campo Fregoso, dcourag,
cda  la rpublique le peu de forts qu'il tenoit; mais les Gnois,
constants dans leur politique, engagrent l'Offizio de San Giorgio 
succder aux Fregoso, et firent natre dans cette compagnie une
esprance de sucres qu'ils toient bien loin de dsirer.

A cette poque, l'esprit de la nation toit perverti; l'on ni respiroit
que factions, que divisions. L'Offizio fit des prparatifs
considrables; son premier acte dans l'le fut d'assembler ses partisans
 Lago Benedetto. L, il annona ses dispositions bnignes: ce n'toit
que pour le bonheur des Corses qu'il vouloit les subjuguer. Ce jargon,
auquel ils eussent d tre accoutums depuis longtemps, en blouit
plusieurs. La liste de ses adhrents s'accrut; une partie considrable
de l'le envoya des dputs  la dite de Lago Benedetto, o ils
arrtrent les pactes conventionnels de la souverainet de l'Offizio.

_(La suite au numro prochain.)_



Thtres.

_Charles VI_ opra en cinq actes, paroles de MM. CASIMIR_ et GERMAIN
DELAVIGNE, musique de M. F. HALVY, divertissements de M. MAZILIER,
dcorations de _MM. CICERI, PHILASTRE, CAMBON, SCHAN et DESPLCHIN.

C'est une terrible affaire qu'un opra en cinq actes, et qui exige une
notable dose de patience et de force chez le pote, chez le musicien, et
souvent aussi chez l'auditeur. Je ne parle pas des acteurs: jamais
acteur, que je sache, ne s'est plaint que son rle ft trop long.

Dj, et plus d'une fois, on a reproch  l'Opra l'normit de ce
fardeau qu'il impose, chaque anne,  l'attention du public: mais, 
cela, les gens de thtre ont une rponse toute prte, et qui leur
parait premptoire: c'est que les pices en cinq actes sont plus
lucratives. Sans doute, trois actes bien faits doivent suffire 
l'apptit d'un homme de lettres, d'un artiste, d'un avocat, peut-tre
mme d'un avou; mais, les banquiers, les piciers, les marchands de
calicot, les fabricants de bas de Paris, tiennent surtout  la quantit,
et c'est pour eux que l'on travaille On comprendra sans peine que,
partout o la question financire se prsente, il faut bien que la
question d'art lui cde la place et disparaisse. Va donc pour cinq
actes! jouissez-en, mon cher lecteur, ou subissez-les, selon que vous
appartenez  l'une ou  l'autre des deux catgories de spectateurs que
je viens d'indiquer ci-dessus.

Le personnage principal de l'opra nouveau, ainsi que son titre
l'annonce, est Charles VI, ce roi qui fut si malheureux, et sous lequel
la France fut si malheureuse. On est aux derniers jours de ce long ce
triste rgne; l'Anglais est matre de Paris et de la plus grande partie
du royaume: Henri V, le vainqueur d'Azincourt, est mort; le duc de
Bedfort commande son arme, exerce le pouvoir suprme au nom d'Henri VI,
son neveu, tient le roi de France dans une sorte de captivit, et mne
rudement la guerre dont le succs doit anantir les dernires esprances
du dauphin et des Franais qui aiment encore la France. Le vieux Raymond
est de ceux-l.

Qu'est-ce que le vieux Raymond? Cela n'est pas trs-facile  deviner. Il
habite une mtairie; il est donc mtayer. Cependant, il a t soldat
jadis, et quand ses regards s'arrtent sur une grande pe, qu'on voit
chez lui pendue  la muraille, il dit souvent  demi-voix:

                    Ma bonne lame d'Azincourt,
                    Quand donc pourrai-je te reprendre.

J'avoue que, pour ma part, je n'imagine pas ce qui l'en empche, car il
n'y en eut jamais une plus belle occasion. Sa fille Odette, qui parait
une fille de sens et de rsolution, est tout  fait de mon avis.
_Agissez_, lui dit-elle, _et ne parlez pas._ Mais Raymond aime
beaucoup  parler. Il aime aussi  chanter, et ne se fait gure prier
quand on lui demande un refrain contre les ennemis de la France.

                 La France a l'horreur du servage,
                 Et, si grand que soit le danger,
                 Plus grand encore est son courage
                 Quand il faut chasser l'tranger.
                 Vienne le jour de la dlivrance,
                 Des coeurs ce vieux cri sortira:
                 Guerre aux tyrans! Jamais en France,
                 Jamais l'Anglais ne rgnera.

Ou voit que les inspirations potiques de Raymond ne sont pas d'un ordre
trs-lev. Il n'a rien de commun avec le Tyrte antique: il est mme
bien loin du moderne Tyrte,  qui nous devons les _Messiniennes_. Mais
enfin son intention est bonne, et il faut lui en savoir gr. C'est un
pote languissant et dcolor, j'en conviens; mais c'est du moins un
citoyen dvou, un sujet fidle. Il le prouve bien, puisqu'il envoie
sans hsiter sa fille auprs du roi ds la premire rquisition.

Odette ne s'y dcide pas sans quelques regrets. Cela n'a rien
d'tonnant: elle aime un jeune cuyer, nomm Charles, qui, depuis
quelque temps, rode autour de la mtairie, qui lui a parl d'amour, qui
mme l'a demande en mariage  son pre. Ce dernier point me semble
assez grave, et j'aurais quelque peine  le croire, si Raymond ne le
disait lui-mme  sa fille, pour la consoler

               Plus de tristesse, enfant! la noce  ton retour.
                     N'as-tu plus foi dans sa constance?

Or vous saurez que cet cuyer si tendre, et si vertueusement amoureux de
la fille d'un paysan, n'est rien moins que le dauphin de France, qui
sera bientt Charles VII.

Cela vous parait lger, sans doute, et un peu perfide; mais, du moins.
Charles est bon fils. A peine apprend-il qu'Odette est mande auprs du
Roi,

               Qu'elle va consoler dans sa noble misre,

qu'il recule et tombe  genoux devant elle:

                   En respect mon amour se change.
                   Reste pure, Odette, et sois l'ange
                   De tes rois et de ton pays.
                   Pour eux, c'est en toi que j'espre.
                   L'ange qui va sauver le pre
                   Sera respect par le fils.

Il ne forme plus qu'un voeu, c'est de revoir son pre, et Odette
s'engage  lui en fournir les moyens.

Au deuxime acte, le thtre reprsente les salons de l'htel
Saint-Paul, o la reine Isabelle et le duc de Bedfort prparent, au
milieu d'une fte, l'acte qui doit asservir pour jamais la France 
l'Angleterre, et faire passer la couronne de Charles VI sur le front du
fils d'Henri V. Pendant qu'ils _ourdissent leur trame criminelle_, un
joyeux orchestre rsonne autour d'eux, et des voix harmonieuses

                Chantent la villanelle, o notre Alain Chartier
                         Compare l'enfance  l'aurore.

Alain Chartier, que la reine Marguerite, femme de Louis XI baisait,
comme on sait, sur la bouche, pendant son sommeil,  cause des belles
choses qu'il disait, devait tre bien jeune  l'poque o il fit cette
chanson-l. Ce fut apparemment son dbut; mais le dbut est brillant
pour un pote au maillot, et rien n'y accuse l'inexprience d'un ge
aussi tendre. Le style en est correct et fort lgant; les rimes riches
et harmonieuses, et la nature y est peinte des plus riantes couleurs.
Bientt la reine elle-mme joint sa voix aux voix du choeur. Hlas! je
voudrais en vain le nier, cette femme, qui fut une si perfide pouse,
une si dtestable mre, et la reine la plus funeste qu'ait jamais eue la
France, n'en runissait pas moins tous les talents et tous les charmes!
Admirable musicienne, elle avait une voix tout  la fois douce et
sonore, qu'elle conduisait avec une habilet savante, dont les Italiens
n'ont trouv le secret que beaucoup plus tard. A dfaut de l'air qu'elle
chante, en voici du moins les paroles, qui ont bien aussi leur mrite:

                           L'aube de notre jeune ge
                           Ressemble  celle du jour:
                           Chagrins d'enfance et d'amour
                           Se ressemblent davantage.

                           L'amant, loin de son doux bien,
                           Tombe en tristesse profonde:
                           Pour lui, rien n'est plus au monde,
                                  Plus n'est rien.

                           Sa peine est si douloureuse
                           Que mourir on le verrait,
                           Si d'une peine amoureuse
                                  On mourait.

                           Mais de son mal il gurit
                           Sitt que revient la reine;
                           Il la voit sourire  peine,
                                  Qu'il sourit.

                           Un si doux transport, l'oppresse,
                           Que mourir on le verrait,
                           Si d'une amoureuse ivresse
                                  On mourait.

Aprs le concert, le bal. Aprs le bal, le souper.

Les trois portes du fond s'ouvrent, et l'on voit une table servie avec
une splendeur royale. Un matre de crmonie s'avance; la reine se lve,
et, prsentant la main au duc de Bedfort:

Milords, messieurs, le banquet nous attend.

Tous les convives sortent, et le salon reste dsert.

Un homme y parat alors et s'avance d'un pas lent et mal assur; sa
chevelure et ses vtements sont en dsordre; son oeil est fixe et son
visage ple. Arriv devant la porte de l'appartement o a lieu ce
banquet que la reine prside, il s'arrte et dit _J'ai faim!_ Cet homme,
c'est le roi de France!

Odette ne le laisse pas longtemps seul. Pour le distraire, elle a
recours  son jeu favori,  ce jeu qui a t invent pour l'amusement de
ce royal insens, et qui aprs lui en amusera tant d'autres; elle joue
aux cartes avec lui; tout en jouant, elle lui parle de son fils, et peu
a peu fait natre en lui le dsir de le revoir. C'est en effet ce
qu'elle a promis au dauphin; mais elle nuit  ce prince en croyant le
servir.

Bientt la reine rentre avec Bedfort. Charles tremble devant elle; il
plit  sa voix; il chancelle sous son regard. Jamais elle n'eut un plus
grand intrt  user de son funeste ascendant. Ce trait conclu entre
elle et Bedfort, qui dclare Henri VI d'Angleterre unique hritier du
roi de France, il faut que Charles VI le signe. Il rsiste d'abord, sans
trop savoir ce qu'on lui demande; mais la reine fait sortir Odette, et
s'empare des cartes qu'elle aperoit sur la table. Priv  la fois de
ses deux joujoux, le vieil enfant se dsespre. Ah! dit-il,

                                      Qu'un ciel sans nuage
         Pour les regards est doux! et quelle volupt
                 De se ranimer sous l'ombrage,
                 A l'air pur de la libert!

--Vous le pourrez demain si vous voulez, rpond la reine, et l'on vous
rendra Odette, et l'on vous rendra vos cartes aussitt que vous aurez
sign.

Charles signe et se remet au jeu, en riant d'un rire hbt, pendant que
Bedford,  ct de lui, lit  voix haute l'acte qui dshrite le
dauphin.

Le lendemain, Charles, conduit par Odette chez le vieux Raymond, revoit
en effet son fils et le reconnat  grand'peine. Bientt un exprs
envoy par la reine vient abrger sa promenade. Il est roi, il faut
qu'il rgne. Une crmonie publique se prpare, il faut qu'il y
paraisse. Dans toutes les comdies qui se jouent  la face de la nation,
le premier rle ne lui appartient-il pas de plein droit?

Le thtre change et reprsente le perron de l'htel Saint-Paul,
derrire lequel se droule le vieux Paris, et se dresse la Bastille. L
un trne est dress pour Charles et pour Isabelle; au-dessous se presse
le peuple, morne, sombre et indign. Hlas! cette fte pompeuse a pour
objet la proclamation des droits prtendus d'Henri VI. Ce cortge qui
s'avance, c'est Bedfort qui le mne, et il entoure ce jeune roi sur le
front duquel on va placer la couronne de France, et qu'on vient
prsenter  Charles, afin qu'il le reconnaisse publiquement pour son
hritier. Mais Charles a quelquefois des clairs de raison, et alors
l'instinct national se retrouve en lui toujours vivant et plein
d'nergie.

Qu'il est beau, cet enfant!.... lui dit Isabelle. Mais Charles rpond:
_c'est un Anglais._ L'enfant approche, et Bedfort le prsente au
monarque:

                          Donnez-lui le baiser de paix.
               Vous avez sur son front pos le diadme.

CHARLES.

Moi? moi?

[Illustration: Thtre de l'Opra.--_Charles VI_--Le Cortge, au
troisime acte.]

[Illustration: Thtre de l'Opera.--Opera de _Charles VI_. paroles de
MM. Casimir et Germain Delavigne, musique de M. F. Halvy.--Cinquime
acte, dernire dcoration.]

BEDFORT.

C'est l'hritier prfr par vous-mme qui doit rgner un jour...

CHARLES.

Jamais!

Il tend en effet son bras, que la fureur a ranim; il saisit le
sceptre, le brise, et en foule les tronons sous ses pieds, aux cris
d'enthousiasme et de joie du peuple tmoin de cette scne.

Aprs un pareil clat, la reine n'a plus rien  esprer, si elle ne rend
le malheureux roi tout--fait fou. Elle n'hsite pas un moment. Il est
seul, il attend son fils, qui s'est introduit dans Paris, qui a prpar
son vasion, et qui doit,  un signal convenu, entrer  l'htel
Saint-Paul par une fentre, et l'enlever. Ce signal, c'est une chanson
connue qu'Odette doit faire entendre. Tout,  coup retentissent  son
oreille des bruits tranges, des murmures lugubres, de sourds
gmissements. Il coute en frmissant, il regarde:  la clart d'une
lueur sombre et vacillante, un homme s'introduit dans son appartement,
et vient droit  lui. Il est  moiti nu; sa barbe est inculte, ses
cheveux hrisss, son oeil fixe et menaant; son bras est arm d'une
redoutable massue. C'est cet inconnu qui, jadis, l'arrta dans la fort
du Mans, et dont l'aspect imprvu troubla sa raison.

Ose un instant me regarder en face, Eh bien, me reconnais-tu, roi?

CHARLES.

                Non, non! mais ton aspect me glace.

LE SPECTRE.

De la fort du Mans, te souviens-tu?

CHARLES.

C'est toi, C'est bien toi. Que ma tte alors tait brlante Elle
brle...

LE SPECTRE

J'ai dit que le fer, le poison, Smeraient sur tes pas le deuil et
l'pouvante.

CHARLES.

Fuis, spectre!

LE SPECTRE

                Je l'ai dit.

CHARLES.

                            Ma raison! ma raison

LE SPECTRE.

Roi, j'ai dit vrai. Regarde:

En effet le parquet s'est entr'ouvert, et trois spectres en sortent
lentement.. Ils sont vtus de noir, et leur tte est couverte d'un
casque; mais sous ce masque il n'y a point de visage ce sont des
spectres. Regardez continue l'homme de la fort du Mans.

C'est Clisson, Qui tend vers toi sa main sanglante Louis ton oncle, et
Jean-sans-Peur.

[Illustration: Madame Stoltz, rle d'Odette, Barroithet, rle de Charles
VI.]

[Illustration: Madame Dorus, rle d'Isabeau.].

Le spectre se trompe. Louis d'Orlans tait le frre du roi, et non son
oncle. Mais cet homme de la fort du Mans n'tait,  tout prendre, qu'un
membre du menu populaire, un malotru, un croquant, qui ne savait rien
des choses de ce monde, et n'avait pas lu l'almanach de la Cour. Son
erreur est donc pardonnable, et, d'ailleurs, Charles est trop effray
pour s'en apercevoir. Il n'a d'oreilles que pour l'pouvantable trio
dont le rgalent ces trois squelettes virtuoses:

                   Tremble! la tombe s'ouvre;
                   La mort, qu'elle dcouvre,
                   A tes regards en sort,
                   Et tes ples fantmes
                   Dsertent ses royaumes
                   Pour t'annoncer ton sort.

CHARLES.

Quel est-il donc?... Je touche  mon heure suprme?

LE SPECTRE.

Ils tombrent tous trois assassins, jadis.

CHARLES.

Eh bien?

[Illustration: Duprez, rle du Dauphin.]

LE SPECTRE.                       Tu priras de mme.

CHARLES.

Qui doit m'assassiner?

LES TROIS FANTMES, _Successivement._

                        Ton fils!--Ton fils!--Ton fils!

Il faudrait une tte plus forte que celle de ce pauvre monarque pour
rsister  ces menaces,  ces chants, et  cette horrible fantasmagorie.
Il entre dans un accs de folie furieuse, et livre son fils  Isabelle
et  Bedford, qui ne manquent pas d'accourir  ses cris.

Voil donc le dauphin prisonnier des Anglais, et, qui pis est, de sa
mre.

              Dans leurs fers il attend sa sentence:
              A Saint-Denis l'arrt sera port.
          On y trane te roi, pour que sa voix proclame
          Que son fils par le ciel du trne est rejet,
               Pour qu' Bedfort il donne l'oriflamme
                        Avec la royaut.

Voil ce que Raymond apprend  Dunois,  Tanneguy-Du-chtel,  Lahire, 
Saintrailles, qu'il trouve camps au bord de la Seine. _Plus
d'esprance!_ chantent les chevaliers; mais Odette est une fille de
tte, et ne se dcourage pas pour si peu.--Comment Odette se
trouve-t-elle l? Comment la reine, aprs les tentatives ritres
qu'elle a faites dans l'intrt du dauphin, et dont la dmence du roi a
trahi le secret, ne l'a-t-elle pas fait fouetter et puis jeter  la
rivire, dans un sac dcor de l'inscription d'usage: _Laissez passer la
justice du roi?_--C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer. Quoi
qu'il en soit, Odette, profitant de sa faveur  la cour, a fait nommer
son pre gardien des tombeaux de Saint-Denis, et, dit-elle,

          .............Ces demeures sombres
          Peuvent cacher des vivants dans leurs ombres,
          Et la victoire en peut sortir.

C'est ce qui arrive en effet. Au moment dcisif, quand, aux yeux de la
cour, des Anglais et du peuple assembl sous les votes saintes, Charles
exige que le dauphin renonce  ses droits, et va prononcer sa sentence,
les dfenseurs de la cause nationale sortent tout  coup de l'glise
souterraine, repoussent les Anglais, dlivrent le jeune prince, et
procurent  Charles VI le plaisir de mourir comme Mithridate, en voyant,
de ses derniers regards, fuir ses ennemis. Il meurt en effet, mais en
roi, et qui plus est, en troubadour, aprs avoir entonn, de sa voix
dfaillante, le patriotique refrain que j'ai dj cit, et qui parait
tre l'ide mre des auteurs, et la moralit de leur fable:

          Vive le roi! Jamais en France,
          Jamais l'Anglais ne rgnera.

_Charles VI_, ainsi qu'on a dj pu s'en convaincre, est conu dans les
meilleurs sentiments. C'est un opra minemment patriotique. L'amour du
pays, la haine de l'tranger en ont inspir toutes les scnes, en ont
dict tous les vers. Voil un grand point, et qui doit rendre la
critique indulgente sur beaucoup d'autres. N'tait cette grave
considration, l'on pourrait dsirer sans doute un sujet de pice plus
facilement apprciable, plus intressant et plus dramatique, un plan
plus habilement construit, des scnes lies avec plus d'art et mieux
dveloppes, des caractres plus franchement accuss, une versification
moins dcolore, des moyens d'effet d'un meilleur choix que cet
abominable spectacle du quatrime acte, que repousseraient les
boulevards, et qu'on n'a pu voir  l'Opra sans stupeur; on pourrait
demander au compositeur des mlodies plus heureuses,--si mlodies il y
a,--ou du moins une mlope moins monotone et moins pesante; mais si
l'ouvrage n'est pas rcratif, il est moral, et c'est l'essentiel. Les
auteurs sont des hommes vertueux et bien pensants: on ne peut leur
refuser au moins la couronne civique; et le spectateur, s'il ne s'amuse
pas toujours, ne peut du moins s'empcher d'estimer leurs intentions et
leur caractre.

Srieusement, et autant qu'on en peut juger aprs une premire audition.
MM. Delavigne et M. Halvy me paraissent s'tre galement tromps.--Qui
ne se trompe pas quelquefois?--Cela peut-il entamer leur rputation, et
nuire  leur gloire? Non, sans doute, et mille fois non! M. Delavigne
n'en a pas moins fait _Louis XI_ et _les Enfants d'douard_. M. Halvy
n'en a pas moins produit les chants inspirs de _la Juive_. Il y a dans
la vie de tout artiste, de bons et de mauvais moments. La postrit
recueille les uns, et oublie les autres: les contemporains doivent faire
de mme.

Il y a, nanmoins, dans cet ouvrage, des dtails heureux et des
situations bien trouves. L'entre du roi, au second acte, est fort
belle, et son premier mot: _J'ai faim!_ produirait un grand effet, si
l'incommensurable ritournelle qui le prcde n'avait presque fait
oublier au spectateur qu'Isabelle prside un banquet pendant que Charles
VI a faim. La scne o Odette joue aux cartes avec le roi est ingnieuse
et bien traite; mais les dtails avortent quand l'ensemble est
dfectueux.

Quant  la musique, il y aurait presque de l'impertinence  l'apprcier
en dtail aprs une seule reprsentation. Un second article lui sera
spcialement consacr.

Ce qu'on peut juger immdiatement, c'est la dcoration et la mise en
scne. De ce ct, l'administration a dploy une grande magnificence.
Les costumes, fort exacts et trs-bien tudis, font le plus grand
honneur au got de M. Lormier, qui en a fourni les dessins. Ils sont
d'ailleurs d'une richesse presque fabuleuse. Jamais on n'avait vu sur la
scne de l'Opra tant de soie, tant de satin, de fourrures et de
velours. Le cortge qui dfile sur la scne, au troisime acte, est d'un
admirable effet. Infanterie, cavalerie, artillerie, rien n'y manque. Les
chevaux mme y taient les plus brillantes parures. Les armures d'or et
d'acier y blouissent les regards. M Lon Pillet a trouv le moyen de
faire plir les merveilles de _la Reine de Chypre_ et de _la Juive_.
Aurait-on os s'y attendre, et pourrait-on demander davantage?

Les dcorations sont fort belles, surtout celles du cinquime acte. Il y
en a deux: la premire est une vue prise au bord de la Seine, prs de
Saint-Denis. C'est un tableau charmant, plein de calme et d'une
fracheur dlicieuse. L'autre reprsente la nef, le choeur et les
bas-cts de la cathdrale de Saint-Denis, telle qu'elle tait alors,
avec ses votes peintes et ses vitraux coloris. On ne saurait imaginer
rien de mieux conu, de mieux tudi, de plus hardiment excut, rien
enfin de plus imposant et de plus magnifique.

_(La fin  la prochaine livraison.)_



Cours publics.

_Le collge de France.--La Sorbonne.--Les Professeurs._

(Suite et fin.--Voyez p. 14.)

_Littrature latine et grecque._--M. PATIN et M. EGGER.

M. Patin et M. Egger,  la Sorbonne, traitent, l'un de la comdie latine
et de Trence en particulier, l'autre des origines de la comdie
grecque. M. Patin s'est acquis depuis longtemps une rputation de
finesse et d'lgance classique, consacre nagure par les suffrages de
l'Acadmie Franaise. On se souvient que M. Sainte-Beuve a compar M.
Patin  l'abeille attique, butinant sur les fleurs de l'Hymette;
malheureusement, M. Patin professe depuis bien des annes, et l'on
vieillit de bonne heure dans ce pnible mtier de l'enseignement. Les
rares qualits du savant professeur, son lgance exquise, la puret de
son got, la dlicatesse de son esprit, ressemblent aujourd'hui  de
belles fleurs sches dans un in-octavo. M. Patin parle du bout des
lvres, d'une faon pince, qui semblerait prtentieuse si l'on ne
connaissait d'ailleurs l'honntet de l'homme et la modestie du savant.
M. Egger prouve que la science, que la philologie mme peut quelquefois
s'allier  des qualits un peu plus mondaines. En l'coutant, on se
rappelle ce que disait Labruyre de l'rudition, au chapitre des
Jugements: Il y a une sorte de hardiesse  soutenir devant certains
esprits la honte de l'rudition... L'on trouve chez eux une prvention
toute tablie contre les savants,  qui ils tent les manires du monde,
le savoir-vivre, etc. Il semble nanmoins que l'on devrait dcider sur
cela avec plus de prcaution, et se donner seulement la peine de douter
si le mme esprit qui fait faire de si grands progrs dans les sciences,
qui fait bien penser, bien juger, bien parler et bien crire, ne
pourrait point encore servir  tre poli. Cette politesse de l'esprit
se traduit dans le cours de H. Egger par une certaine lgance facile de
parole et de style, par un heureux mlange de la science et de la
littrature; en un mot, on y trouve, aimables et intressants,
Epicharme, Eupolis, Cratinus, dont il ne reste que des fragments de vers
et des moitis de mots d'une authenticit fort contestable.

_Thologie_-M. L'ABB COEUR.

M. l'abb Coeur, l'un des prdicateurs les plus distingus de notre
temps, occupe  la Sorbonne la chaire _d'loquence sacre_, et cherche
dans la morale chrtienne les preuves divines du catholicisme. Debout,
comme dans la chaire vanglique. M. l'abb Coeur rpand sur son
auditoire la parole de vie, oubliant volontiers qu'il est professeur,
qu'il s'adresse plutt  des disciples qu' des ouailles. Le ruban de la
Lgion-d'Honneur brille sur sa poitrine, et semble ajouter encore 
l'autorit de son loquence, en rappelant les services minents qu'il a
rendus  l'glise et  la religion. Jeune encore, M. l'abb Coeur, le
front haut, l'oeil inspir, la voix brve, anime, a toujours la fougue
du missionnaire qui ne fait point de controverse, mais veut aller au
coeur et toucher les endurcis. Son succs est immense: il compte dans
son auditoire des personnages considrables, dont la seule prsence est
un loge. Pourtant, puisque M. l'abb Coeur est en Sorbonne, qu'il soit
permis  nous, profanes, de lui adresser quelques critiques littraires
et mondaines: de lui reprocher, par exemple, des fautes de prosodie, des
syllabes trop brves, d'autres, au contraire, trop allonges; de plus,
une certaine monotonie de gestes, enfin des mouvements de bras pnibles,
qui ressemblent parfois  des contorsions. Je sais que l'orateur
chrtien se soucie peu de ces vanits, mais le professeur doit y prendre
garde.

_Histoire_.--M. MICHELET _Collge de France_.

M. Michelet ne veut pas charger ses auditeurs de faits et de dates;
assur d'ailleurs des vieilles sympathies du public, il essaie d'initier
ses nombreux disciples aux secrets les plus intimes de sa mthode
historique. M. Michelet, chacun le sait, aime surtout  isoler un fait
pour en saisir le ct pittoresque et la pense philosophique Son cours
n'est que le rcit de ses impressions personnelles, de ses prdilections
historiques et littraires. M Michelet est  l'ge o l'on se souvient
volontiers, et o l'on se complat dans la mmoire de ses motions
passes, de ses affections d'autrefois. Il parle simplement, comme avec
lui-mme, par petites phrases dtaches, dont le lien n'existe souvent
que dans la pense de l'orateur. Le public ne devine pas d'abord la
transition, et trouve quelquefois la leon un peu dcousue, parce qu'on
le mne des bords du Rhin  la bibliothque Sainte-Genevive, des pomes
indiens au Panthon; mais il y a dans tous les dtails tant d'esprit et
de grce, souvent mme un sentiment si profond et si vrai, que l'on ne
se sent pas le coeur de penser mme  une critique. Peu jaloux de la
gloire posthume, M. Michelet ne laissera pas de mmoires  publier aprs
sa mort: mais il nous raconte tous les jours en chaire sa vie
d'historien, de pote, de rveur. Il veut nous montrer comment il a
compris, comment il a aim l'histoire, et nous lguer  la fois et cette
intelligence et cet amour.

Nous regrettons vivement de ne pouvoir aussi passer en revue les autres
cours publics, qui mritent tous une mention spciale; au moins
citerons-nous encore  la Sorbonne les savantes et consciencieuses
leons de M. Charpentier, professeur d'loquence latine; de M. Ozanam,
professeur de littrature trangre; les spirituels enseignements de M.
Geruzez; et, au Collge de France, les cours trs-suivis de MM. Ampre
et Burnouf, qui occupent les chaires de littrature franaise et latine.

Maintenant,  ces justes loges nous sera-t-il permis de joindre
quelques critiques tout aussi lgitimes,  notre sens?

Bien certainement nous ne reprendrons pas en dtail les diffrents cours
que nous venons d'numrer; nous ne chicanerons pas M. Saint-Marc
Girardin sur quelques scnes du drame moderne, que nous comprenons
autrement que lui. M. E. Quinet sur quelques thories potiques qui nous
semblent assurment contestables; mais nous nous bornerons  une
critique gnrale, s'appliquant  toutes les chaires, et ressortant
d'ailleurs de nos observations prliminaires.

Ne serait-il pas vrai de dire, par exemple, que messieurs les
professeurs du Collge de France et de la Sorbonne, pour la plupart, se
proccupent moins de l'enseignement lui-mme que de leurs propres
leons, moins du public que de leur _livre?_ Il est manifeste en effet,
pour le moins clairvoyant, que la pense du _livre_ domine dans toutes
ces leons; M. Simon dveloppe sa thse sur Proclus et achve de
s'difier sur la philosophie alexandrine: M. Egger, si consciencieux
d'ailleurs, prpare videmment son mmoire pour l'Institut; M.
Saint-Marc Girardin y va mme plus franchement; son livre est crit, et
avant de le donner  l'impression, il le relit une dernire fois avec le
public, faisant comme ces peintres qui exposent d'abord un tableau dans
leur atelier avant de l'envoyer au salon. Le reproche que nous adressons
ici  messieurs les professeurs, c'est de faire leur cours un peu trop
pour eux-mmes, de se considrer dans leurs chaires plutt comme des
savants et des crivains que comme des professeurs; c'est, en un mot, de
faire exclusivement les affaires de leur esprit de telle sorte que la
critique pourrait se borner presque  donner un bulletin bibliographique
de la Sorbonne et du Collge de France, apprciant tel cours comme une
thse de doctorat, tel autre comme un mmoire pour l'Acadmie des
Inscriptions; celui-ci comme une suite de feuilletons critiques,
celui-l comme un volume de mlanges historiques et philosophiques. Les
cours de la Sorbonne et du Collge de France ressemblent le plus souvent
 ces sances publiques de l'Athne, de l'Institut, des Socits
savantes, o chaque membre vient lire au fauteuil quelques pages
crites. Pour peu que l'exemple de M. Saint-Marc Girardin fasse des
imitateurs, les professeurs se lasseront bientt de parler; ils
achveront de considrer leurs disciples comme des lecteurs, et
monteront en chaire avec leur manuscrit. Aujourd'hui, du moins, on peut
dire, en empruntant l'expression vulgaire, qu'ils parlent comme _un
livre_.

Sans doute le public trouve son compte  cette communication d'essais
distingus que messieurs les professeurs veulent bien lui faire; un bon
livre est certainement meilleur quand l'auteur lui-mme prend la peine
de le lire, quand cette lecture est dbite d'une faon lgante,
spirituelle, anime; et de notre temps, o on lit si peu et si mal, o
l'on commence volontiers un livre par la fin, comme s'il s'agissait d'un
volume chinois, c'est rendre au public un service signal que de lui
faire de semblables lectures. Mais, encore un coup, est-ce bien l
l'enseignement? y a-t-il un matre? y a-t-il des disciples? M. Michelet
ne s'aperoit-il pas qu'il a dpass son public, et que bien peu des
auditeurs le peuvent suivre sur les hauteurs o il s'est dsormais
plac? M. Simon ne devrait-il pas penser qu'il est charg de nous
apprendre l'histoire de la philosophie, et que toute cette histoire
n'est pas dans l'cole d'Alexandrie? Croit-il que le public ait  finir
d'acqurir, comme lui, une vritable spcialit alexandrine? Ne
serait-il pas temps enfin de devenir un peu plus lmentaire, en variant
son sujet, au lieu de raffiner sur des matires  peu prs puises?

Qu'arrivera-t-il de tout cela? le public ne s'attache pas; il va un jour
entendre une leon de tel ou tel professeur; il sort satisfait le plus
souvent, nanmoins il reviendra, s'il peut, si l'occasion se prsente;
chaque leon est un chapitre bien dtach, faisant un tout complet, qui
n'a besoin ni de ce qui prcde, ni de ce qui suit. On reprochait 
l'auteur du pome des _Jardins_ d'avoir fait un sort  chacun de ses
vers, sans songer  la fortune de l'ouvrage; on pourrait dire de mme
que messieurs les professeurs s'occupent de faire un sort  chacune de
leurs leons,  chacun de leurs chapitres, sachant bien que leurs
auditeurs se renouvellent sans cesse, et qu'il faut plaire  ceux qui
passent. Les cours, pour la plupart, vivent de dtails et manquent d'une
ide gnrale; le seul qui soit vritablement suivi est celui de M.
l'abb Coeur, parce qu'il ne s'adresse pas seulement  l'esprit, parce
que la pense morale y vivifie la pense intellectuelle, et forme le
lien naturel des diffrentes leons.



Espartero

(Suite et fin.--Voir n, p. 10.)

Lorsqu'il fut lev au commandement en chef de l'arme du Nord,
Espartero tenait pour le parti des modrs, et quoique ses opinions
politiques fussent faiblement prononces, il tait en butte aux injures
du parti exalt; mais bientt l'ambition de tenir un rang considrable
dans le gouvernement, la vanit, les obsessions et les flatteries dont
il tait entour, la conspiration permanente qui s'tait tablie dans
dans le sein de son tat-major, et dont il tait l'me, les rsistances
du gouvernement de la rgente  ses prtentions exagres l'loignement
peu  peu des modrs, et le jetrent dans les bras du parti contraire,
qui en a fait son chef. Nous allons le suivre dans cette marche.

Espartero reut le commandement peu aprs les scnes de la Granja. Les
suites de cet vnement excitrent son mcontentement, qui s'accrut de
griefs particuliers, et tout en affectant de ne se mler que de l'arme,
il encouragea la rsistance au ministre n de l'meute de la Granja, et
appartenant au parti exalt. L'arme tait rentre dans Madrid aprs la
retraite de don Carlos, qui avait tent de surprendre cette capitale.
Des officiers de la garde adressrent  la reine, au mois d'aot 1837,
une ptition pour demander le renvoi de ses ministres; ceux-ci
demandrent  leur tour que les auteurs de cet acte d'insubordination
fussent traduits devant un conseil de guerre. Espartero s'y refusa. Les
ministres, qui d'ailleurs ne s'entendaient pas sur les moyens de rendre
 l'arme son rang naturel dans les pouvoirs de l'tat, donnrent leur
dmission. Le parti modr salua Espartero comme un sauveur, et lui
offrit la prsidence du conseil et le dpartement de la guerre dans le
nouveau cabinet. Il n'accepta pas; mais il fit donner le ministre de la
guerre au gnral Maix, sur le dvouement duquel il pouvait compter,
tout en se couvrant d'une modestie qui cachait mal la joie qu'il
prouvait de ce triomphe. Bientt, quoiqu'il prtendit se tenir loign
du gouvernement, il acquit une influence considrable sur la direction
du parti modr; son quartier-gnral devint insensiblement un pouvoir
dans l'tat; il fora tous les ministres, les uns aprs les autres, 
compter avec lui, et  satisfaire  ses demandes; enfin, dans les
ngociations qui prcdrent la convention de Bergara, il agit de sa
propre autorit, et procda en souverain, sans en rfrer au ministre.
Le cabinet plia devant lui, et n'osa pas le rappeler au devoir. Les
ovations qu'il reut aprs la retraite de don Carlos en France
achevrent de l'enivrer, et de le convaincre qu'il pouvait tout tenter.

Cependant le ministre avait peine  tenir tte  la majorit exalte
que les lections de 1839 avaient amene aux corts; il profita de la
force que la pacification des provinces basques venait de donner au
gouvernement, pour hasarder une dissolution et faire un appel au pays.
En mme temps, des hommes connus pour appartenir aux opinions les plus
modres furent introduits dans le cabinet. A une autre poque, ces
actes auraient t du got d'Espartero, qui, par suite surtout de ses
habitudes de discipline, avait en aversion le parti rvolutionnaire;
mais toute solidarit politique entre lui et le gouvernement disparut
devant une question d'amour-propre. Trois ministres avaient t
remplacs, et parmi eux le ministre de la guerre; les corts avaient t
dissoutes, et Espartero n'avait pas t consult: il en fut bless
profondment.

Il y avait auprs d'Espartero un homme qui jouissait de toute sa
confiance, le brigadier Linage, ambitieux, habile, n'appartenant  aucun
parti et prt  les servir tous. Il s'tait rendu ncessaire 
Espartero, dont il tait le secrtaire, le conseiller, le factotum.
Livr au parti exalt, il travaillait sans relche  indisposer
Espartero contre le ministre, et il tait aid dans cette tche par les
commissaires anglais, qui avaient su se concilier l'estime et l'amiti
du gnralissime, tandis que les agents franais auprs du
quartier-gnral taient sans aucune influence. Averti des dispositions
d'Espartero, les exalts travaillrent de tous leurs efforts  les
exploiter  leur profit. Une polmique s'tablit dans les journaux sur
le sentiment du duc de la Victoire au sujet des mesures du cabinet. Ce
fut alors que parut dans la _Gazette d'Aragon_ une lettre de Linage dans
laquelle il tait dit en substance que le gnral, sans prtendre
s'immiscer dans les affaires du gouvernement, tenait pour fcheuses la
dissolution des corts et la modification du cabinet. Cette lettre fit
beaucoup de bruit; si Espartero ne l'avait pas dicte, du moins elle
n'avait pu tre crite qu'avec son autorisation. Les ministres offrirent
leur dmission; la rgente la refusa, et somma Espartero de s'expliquer
sur la lettre de son secrtaire. La rponse du duc fut vasive. Le
ministre demanda la destitution de Linage; Espartero n'y consentit
point, lui fit seulement crire dans le mme journal une autre lettre
modifiant la premire sans la contredire, et l'incident parut termin.

Les lections, qui eurent lieu sur ces entrefaites, donnrent une
immense majorit au parti modr. Ce succs humilia Espartero, et tandis
que le ministre croyait tre assez fort pour se roidir contre les
exigences et les prtentions du gnralissime, les exalts travaillaient
avec plus d'ardeur que jamais  le sparer davantage du parti des
modrs et  l'attirer dans leurs rangs: ils ne tardrent pas  russir.
Espartero s'offensa des rsistances qu'il trouvait dans le cabinet et
mme dans la volont de la reine rgente: ses expressions habituelles de
dvouement se refroidirent insensiblement; il devint de jour en jour
plus imprieux. Au moment de faire des promotions dans l'arme, il
proposa insolemment Linage, dont tous les ministres avaient demand la
destitution, pour le grade de marchal-de-camp. Quelques membres du
cabinet considrrent cette proposition comme une insulte; mais il
fallait en finir avec Cabrera, le dernier champion de la cause carliste,
et Espartero tait seul capable d'en venir  bout. Le gouvernement cda;
Linage eut son brevet de marchal-de-camp, et les trois ministres, dont
l'entre dans le cabinet avait dplu  Espartero, se retirrent. Cette
concession, loin de le calmer, ne fit qu'accrotre sa confiance. Il
restait dans le ministre deux hommes qu'il hassait comme des ennemis
personnels, M. Perez de Castro, prsident du conseil, et M. Arrazola,
ministre de la justice: il ne songea plus qu' les renverser, afin qu'il
ft bien dmontr que tout devait se courber devant son autorit.

Cependant la nouvelle session des corts s'ouvrait et donnait au
ministre l'appui d'une majorit forte et compacte. Le cabinet crut que
le moment tait venu de porter un coup dcisif au parti exalt, et il
proposa la fameuse loi sur les _ayuntamientos_, ou les municipalits.
Institues aussitt aprs les vnements de la Granja, et dans les
formes rgles par la constitution de 1812. c'est--dire sur des bases
extrmement dmocratiques les municipalits exeraient une grande action
sur les lections. La nouvelle loi changeait le systme tabli, et les
enlevait  l'influence des associations populaires. Les dernires
lections avaient prouv que, mme avec des municipalit lues sous
l'empire de la constitution de 1812. les lections pouvaient donner une
majorit au parti modr; que serait-ce donc, pensa le ministre, quant
le pouvoir municipal, source de l'lection, ne serait plus livr au
grand nombre! Les exalts, sentant bien que c'tait pour eux une
question de vie ou de mort, se prparrent au combat; leur unique espoir
tait en Espartero qui tait plus puissant et plus populaire que jamais;
ils le dsignaient hautement comme leur chef, et rien dans ses paroles,
dans sa conduite ne protestait contre cette qualification. En ces
circonstances, la reine rgente signifia brusquement au prsident du
conseil la rsolution qu'elle avait forme d'aller  Barcelone avec sa
fille, dont l'tat de sant exigeait l'usage des bains sulfureux.
Jusqu' prsent on n'a pas encore dcouvert le motif rel de ce voyage,
que rien ne commandait puisqu'il y a des bains sulfureux en Espagne
ailleurs qu' Barcelone, et moins loin de la capitale. De toutes les
explications la plus vraisemblable est que le but de la reine Christine
tait de voir Espartero; car, chose trange, bien qu'elle entretint avec
lui depuis longtemps une correspondance prive qui avait souvent
inquit ses ministres, elle ne l'avait encore vu qu'une et dans un
temps o il ne se doutait pas encore de son avenir. Elle n'avait rien
pargn pour se l'attacher; elle l'avait combl de titres et d'honneurs;
elle avait appel auprs d'elle la duchesse de la Victoire, et lui avait
donn le premier rang  la cour: elle fondait donc sur lui beaucoup
d'esprances. De son ct, Espartero n'avait jamais laisse chapper une
occasion de protester de son dvouement pour sa souveraine, mme au
milieu de ses plus violents dmls avec les ministres. Peut-tre aussi
la reine rgente comptait-elle essayer sur lui la force de
l'entranement qu'elle a presque toujours exerc sur ceux qui l'ont
approche, par la sduction de son esprit, de ses charmes et de ses
manires. Dans quel dessein? on l'ignore, mais on va voir combien elle
s'tait trompe, si ses calculs ont t tels qu'on le suppose.

Les deux reines partirent, accompagnes de M Prez de Castro, prsident
du conseil, et de deux autres ministres, celui de la guerre et celui de
la marine. Les exalts avaient tout prpar pour que la rception faite
aux reines ft significative. A Saragosse, la municipalit leur adressa
une harangue nergique; la population les poursuivit partout des cris de
_vive la constitution! vive la duchesse de la Victoire!  bas la loi sur
les ayuntamientos!_ Ce fut  Lrida que la rgente rencontra Espartero.
Dans la premire entrevue il fut insignifiant, dit-on, mais dans les
suivantes il fut injurieux, violent, et, se pronona nergiquement
contre le ministre, contre les corts, contre la loi des
_ayuntamientos_, et finit par parler en matre. La rception que
Barcelone fit aux deux reines aurait du calmer les craintes qui
assigeaient l'esprit de la reine et de ses ministres. Le peuple les
avait accueillies avec un enthousiasme extraordinaire; mais la
municipalit de Barcelone attendait pour manifester ses sentiments
hostiles l'arrive prochaine du duc de la Victoire. L'orage se prparait
donc sourdement: il clata bientt. Ds que l'on sut que le duc de la
Victoire approchait de Barcelone, une foule immense se porta  sa
rencontre, l'entoura et le porta comme en triomphe. Sur son passage des
acclamations frntiques le saluaient, et de temps en temps clatait le
cri de _mort aux Franais!_ qui est comme le cri de ralliement des
exalts. Le mme jour, 13 juillet, Espartero se prsenta chez la reine
et renouvela ses imprieuses demandes du renvoi du ministre et du
retrait de la loi sur les _ayuntamientos_, que l'on discutait encore dans
les chambres. La reine rgente refusa courageusement, et le lendemain la
nouvelle de l'adoption par les chambres tant arrive, elle donna sa
sanction  la loi et y apposa sa signature. Ds qu'Espartero eut appris
que la reine rgente avait sign, il entra dans une violente colre, se
renferma chez lui, et envoya sa dmission dans une lettre crite par
Linage, en accusant la reine d'avoir manqu sa parole. La dmission fut
refuse, et comme Christine lui disait qu'en sa qualit de commandant
des troupes, il lui rpondait de l'ordre, Espartero dclara qu'il
fallait choisir entre le ministre et lui, et que si la reine ne
rvoquait pas la sanction qu'elle avait donne  la loi, elle verrait
couler le _sang jusqu'au genou._

Cependant l'tat-major et les troupes d'Espartero se rpandaient dans la
ville, et mlaient leurs imprcations contre le gouvernement  celle des
exalts. Les places publiques et les rues se remplissaient d'hommes 
figures sinistres: une meute se prparait, selon la menace d'Espartero.
Le 18, les membres de la municipalit s'tablirent en permanence 
l'Htel-de-Ville; des barricades furent leves  l'extrmit de toutes
les rues qui dbouchaient sur la place o tait le palais occup par les
deux reines; des dpts d'armes avaient t forcs et livrs au peuple.
Une dputation de la municipalit  la tte des insurgs, se rendit 
l'htel d'Espartero, qui leur fit bon accueil, parut  son balcon, et
consentit  les accompagner chez la reine rgente, pour lui demander le
renvoi des ministres et le retrait de la loi sur les _ayuntamientos_. Il
tait alors prs de minuit. Christine tait avec les trois ministres qui
l'avaient suivie, et qui, devant l'meute, offraient leur dmission.
Espartero entra chez la rgente avec sa femme et les gnraux Valdes et
Van-Halen. La reine reut avec une froide rserve ses dmonstrations de
dvouement et ses offres de service, accepta la dmission de ses
ministres, mais refusa obstinment de rvoquer la sanction donne et de
dissoudre les corts. Espartero sortit  pied  trois heures du matin,
et alla annoncer aux groupes qui stationnaient sur la place que les
ministres se retiraient; les rassemblements se dissiprent alors avec
des cris de triomphe. Content d'avoir satisfait sa haine contre les
ministres qui l'avaient brav, Espartero s'occupa de mettre un terme au
mouvement dont il avait reu l'impulsion, et, retrouvant son nergie,
mit la ville en tat de sige; les exaltes, qui voulaient continuer
leurs dmonstrations, furent comprims et l'ordre se rtablit.

[Illustration: Espartero.]

Sous l'influence de ces vnements, un nouveau ministre fut appel:
contrairement  ce qu'on attendait, il ne fut pas pris dans le parti
exalt, mais parmi les amis d'Espartero, qui, prtant les mains  cette
combinaison, abandonnait tout ce qu'il avait demand jusqu'alors. La
reine rgente se hta de quitter cette ville, o son autorit et sa
dignit avaient souffert de si graves atteintes, et ds qu'elle fut
arrive  Valence, o l'attendait le gnral O'Donnell et une arme qui
lui tait dvoue, elle renvoya ce cabinet et en forma un nouveau,
choisi entirement dans le parti modr.

Ici se termine en quelque sorte la biographie d'Espartero; tout ce qu'il
a fait depuis appartient  l'histoire contemporaine de l'Espagne, et est
encore trop prs de nous pour qu'il soit peut-tre permis de juger
dfinitivement sa conduite. Qu'il nous suffise de rappeler qu' la
nouvelle de ce changement de ministre, le parti exalt se souleva dans
toute l'Espagne. La municipalit de Madrid donne le signal de
l'insurrection et se dclare en permanence; la garde nationale prend les
armes et se range sous ses ordres. Espartero, qui tait rentr dans son
apathie, est forc par le parti des exalts de formuler son adhsion 
la municipalit. Il publie un manifeste o il pose, comme condition de
sa fidlit  la rgente, la rvocation de la loi sur les
_ayuntamientos_, la dissolution des corts et le renvoi du cabinet. On
sait ce qui a suivi. Le mouvement rvolutionnaire de la capitale se
propage de ville en ville; Espartero entre en matre et en triomphateur
dans Madrid. Appel par la reine rgente  former un cabinet, il se rend
 Valence avec les collgues qu'il a choisis. C'est l qu'aprs
d'orageuses confrences, Christine se rsout, le 10 octobre 1840, 
abdiquer, et se retire en France. Espartero demeure souverain du
royaume,  la tte de la rgence, en attendant la majorit d'Isabelle
II.

Depuis ce moment, l'Espagne a continu d'offrir le spectacle le plus
tonnant et le plus dplorable de dsorganisation et d'impritie dans le
pays et dans le pouvoir. Satisfait du poste lev qu'il occupe,
Espartero parat indiffrent aux luttes et aux rivalits des partis; son
gouvernement se rsume en une longue srie de mystifications pour toutes
les ambitions et toutes les esprances. L'Angleterre s'tait flatte
que, pour prix de l'appui qu'elle avait prt au parti exalt et 
l'lvation du rgent, un trait de commerce ouvrirait les ports
d'Espagne  ses produits manufacturiers; mais ce trait, jusqu' prsent
ajourn, le sera peut-tre encore longtemps. Les exalts pensaient qu'il
leur serait permis de raliser leurs ides politiques sous le patronage
du rgent,  la fortune duquel ils ont tant aid, mais depuis deux ans
toutes leurs tentatives de se saisir du pouvoir ont t vaines. D'un
autre ct, tout tait  faire en Espagne, il fallait crer
l'administration, organiser la justice, constituer les finances: voil 
quel prix l'Espagne eut pu se constituer, voil quels taient ses
besoins les plus pressants. Rien n'a t fait. Ce malheureux pays a t
livr au despotisme militaire, et au plus dplorable dsordre financier
et administratif qu'on ait encore vu, mme en France.

Mais la dception gnrale a donn naissance  une coalition qui
comprend les vainqueurs et les vaincus de septembre, les modrs et les
exalts, en un mot, tous ceux qui tiennent pour le gouvernement
constitutionnel, contre Espartero, isol au milieu de toute la nation et
sans autre appui que l'arme. Tel tait l'tat des choses au
commencement de novembre de l'anne dernire, au moment o la runion
des corts allait avoir lieu, runion d'autant plus invitable, que le
budget n'tant vot que jusqu'au 1er janvier 1843, il fallait bien
convoquer les chambres pour leur demander de nouveaux subsides. Ds le
premier jour, une forte opposition s'est dessine, et les deux chefs de
la coalition ont t lus,  une forte majorit, l'un prsident, l'autre
vice-prsident des corts. Espartero tait dans une situation fort
critique, quand un vnement fortuit, le soulvement de Barcelone, est
venu faire, une diversion, dont il s'est empress de profiter. On sait
tous les dtails de sa campagne contre cette ville malheureuse. Ce ne
sont pas les barbaries de Van-Halen et de Zurbano qui ont fait rentrer
Barcelone sous l'obissance du duc de la Victoire, ni qui ont empch
l'insurrection de se rpandre; c'est l'absence d'un drapeau. Le
lendemain du bombardement les lections municipales ont eu lien, et leur
rsultat a t si hostile au gouvernement, qu'il a t oblig de casser
la----- municipalit. La presse a recouvr sa voix, et fait entendre 
toute heure ses menaces de vengeance et de haine. A Madrid, la nouvelle
du bombardement de Barcelone a soulev l'indignation publique. La
presse, cho fidle des sentiments de la population tout entire, s'est
mue, et a exprim hardiment l'opinion du pays. Les dputs catalans ont
demand au rgent, par une lettre vigoureuse, le renvoi immdiat des
ministres qui ont conseill ces violences. Un acte d'accusation contre
le ministre avait t prpar par les mmes dputs et devait tre
dpos sur le bureau des corts  leur runion. Devant cette explosion
qui se prparait, Espartero a dissous les corts et a convoqu la
nouvelle chambre pour le 3 avril prochain.

Tel est l'tat prsent de l'Espagne. Il est impossible de prvoir le
rsultat des lections qui se prparent, mais assurment de leur choix
dpendra le retour de l'ordre et de la lgalit, si audacieusement
viols par le soldat ambitieux qui a saisi le pouvoir sans avoir la
force d'en faire bon usage. Avant deux ans Isabelle II aura atteint sa
majorit; Espartero se rsignera-t-il  abandonner le pouvoir souverain
dont il aura joui et abus pendant plusieurs annes? voudra-t-il
continuer sa dictature militaire? dans quelle vue? il n'a point
d'hritier. Ces graves questions se prsentent d'elles-mmes  l'esprit
de tous ceux qui ont suivi le dveloppement de la tragi-comdie qui se
joue depuis prs de dix ans en Espagne. Mais d'en chercher la solution
probable, qui y songe? Tant d'habiles gens se sont tromps dans leurs
calculs et leurs prvisions, que le parti le plus sage est peut-tre,
comme le disait un de nos plus spirituels diplomates, _d'attendre et de
regarder; c'est dj beaucoup que de bien voir._


[Illustration.]

Translation de l'pe d'Austerlitz

AUX INVALIDES..

M. le marchal duc de Reggio, accompagn du gnral Petit, des gnraux
Athalin et Gourgaud, qui avaient t dlgus par le Roi, et de tout
l'tat-major de l'htel des Invalides, a procd  l'enlvement de la
couronne impriale, du chapeau et de l'pe d'Austerlitz, qui taient
rests dposs sur le cercueil de Napolon, dans la chapelle
Saint-Jrme, depuis le jour des funrailles.

[Illustration.]

Les ouvriers chargs de construire le tombeau devant commencer
immdiatement leurs travaux, la porte de la chapelle Saint-Jrme sera
mure. Le cercueil y restera, mais dpouill des insignes qui le
couvraient, et qui auraient couru le risque d'tre dgrads. Ces
insignes ont t ensuite transports avec solennit dans une partie des
appartements que le gnral Petit occupe aux Invalides, et qui a t
dispose  cet effet.

Le gnral portait l'pe d'Austerlitz; il tait prcd de plusieurs
sous-officiers portant le chapeau historique, la couronne impriale, la
couronne donne par la ville de Cherbourg, et le manteau qui servait de
drap mortuaire. Le cortge a dfil entre deux haies formes par tous
les invalides en grande tenue.

Aucune personne trangre  l'Htel n'a t admise  cette crmonie.



Beaux-Arts.

RECAPITULATION DES EXPOSITIONS AU LOUVRE DEPUIS 1800.

[Illustration: Tableau.]

OUVERTURE DU SALON.

Comme la posie, comme la musique, la peinture, elle aussi, a ses
premires reprsentations, plus solennelles peut-tre, plus dsires que
toutes les autres. Quinze cents oeuvres nouvelles, entirement indites,
qui vont tout  la fois se dcouvrir aux yeux! Quinze cents tableaux et
sculptures! Quelle affiche de thtre nous promit jamais aussi riche
spectacle? Et, pourtant, comme on sait, une simple tte d'tude, un
petit paysage, une mince statuette, peuvent valoir souvent tout un long
pome, toute une grande symphonie.

Aussi les portes du Louvre sont-elles de bonne heure assiges, en ce
jour solennel, par une foule impatiente, qui se presse, qui se pousse et
s'touffe  plaisir; les derniers voulant tre les premiers, comme ils
le seront un jour au royaume des cieux. Ce n'est pas l, d'ailleurs,
cette foule insignifiante, atone, qui s'encombre dans les barrires des
thtres, qui s'ennuie et qui s'enrhume, sans penser  autre chose. Ici,
la foule est anime, passionne mme, pittoresque; elle a l'oeil et le
visage en feu, la barbe hrisse, elle parle haut, elle discute, elle
professe, elle harangue; c'est le _meeting_ de l'art.

Sans doute dans le nombre se voient bien quelques curieux, quelques-uns
de ces bons bourgeois de Paris, que Rabelais jugeait tant sots, tant
badauds, que la foule attire par une secrte vertu d'adhsion, et qui
se trouvent surtout  leur place dans l'espce: Nos numerus sumus....

On y rencontre bien aussi, non pas le vrai dilettante de l'art, car il
est essentiellement conservateur et _laudator temporis acti_, mais une
autre classe d'amateurs. L'amateur des primeurs, qui ne se soucie que
des premires fraises et des premiers melons, croirait se dshonorer en
riant des plaisanteries d'un vaudeville  la seconde reprsentation, et
ne lit jamais un livre dont les feuilles ont t dj coupes.

Mais le vritable public de cette fte, ce sont les artistes, _les
jeunes yens des ateliers;_ car tout le monde, dans les ateliers, est et
demeure jeune: les rapins ne vieillissent pas, ils semblent avoir encore
sur leur figure l'air de 1830; vnrable dbris des jeune-France, de la
gent dite romantique, ils en ont au moins sauv la barbe et la chevelure
mrovingienne, en mme temps que quelques expressions _portenteses_, et
quelques vocables moyen-ge et _pyramidaux_.

Ils sont l chez eux, ou du moins  la porte de chez eux un srieux
intrt les amne, et le trouble habile leur coeur d'ordinaire si calme,
si insoucieux de la vie positive, si profondment sceptique  l'endroit
des hommes et des choses. Ils ont soumis leurs tableaux, leurs statues
au jugement de l'Acadmie des Beaux-Arts; l'Acadmie les aura-t-elle
accepts, leur aura-t-elle donn le droit d'entre dans les galeries du
Louvre, auront-ils enfin les honneurs de l'exposition, seront-ils livrs
aux regards de ce public, qui s'y connat si mal, et laisse volontiers
les tableaux de genre, les oeuvres srieuses, pour faire queue devant
une charge de Biard, et s'extasier en prsence de bouffonnes figures? Y
tre ou n'y tre pas, _that is the question_, et c'est l, bien
rellement, une question de vie et de mort pour l'artiste inconnu qui a
lutt courageusement dans un grenier contre son double dfaut d'tre
obscur et d'tre pauvre; que de craintes mortelles, que de riches
esprances devant cette porte qui va s'ouvrir!

Des bruits sinistres courent dans la foule; on dit que cette anne le
jury d'examen s'est montr d'une svrit farouche; on sait que le
tableau d'un peintre clbre a t refus, et l'on ajoute que l'un des
examinateurs, indign de cette exclusion, s'est lev, et a dit  ses
collgues: Ni vous, ni moi, ne serions capables d'en faire autant.
l-dessus, il est parti furieux, et quelques-uns assurent qu'il en
crachait le sang! On ajoute mme que le Roi, instruit par M. A. de P.
des malveillantes erreurs du jury, avait exig qu'une contre-enqute eut
lieu avant l'ouverture du Salon.

Et alors, vous entendriez un chorus d'tranges qualifications, d'normes
pithtes adresses par contumace  MM. les examinateurs.
Croiriez-vous, dit l'un d'eux, qu'il n'y avait cette anne que cinq
peintres dans toute la commission? Mais, en revanche, reprend un autre,
on y comptait un grand nombre de musiciens: l'an prochain, je leur
enverrai un tableau  horloge, qui jouera des airs!--Et moi, ajoute un
troisime, je soumettrai  leur jugement impartial le dessein d'une
clarinette et le profil d'une contre-basse!

Ceux qui parlent le plus haut, qui ont le verbe le plus tranchant et le
plus goguenard, ce sont les rapins pur sang, qui n'ont encore fait que
broyer les couleurs et croquer sur le mur les principaux nez de
l'atelier; ils sont l, les mains dans les poches, parfaitement
dsintresss dans la question, ne venant que pour assister au triomphe
de leurs amis, et  la dconfiture de ceux qu'ils honorent de leur
inimiti personnelle, et du surnom gnrique de _crtins_. Feront-ils
jamais eux-mmes le moindre tableau? Dieu le sait! Provisoirement, ils
prennent chaudement en main la cause de l'art, anathmatisent le jury,
le classique jury, et proposent de rdiger contre ses jugements une
solennelle protestation, d'ouvrir  frais communs une contre-exposition
o devront figurer tous les tableaux refuss, et offrent dj,  cet
effet, la modique somme de 50 centimes, prlevs sur ce qu'ils appellent
leur superflu.

Enfin sonne l'heure fatale! Jamais semblable frisson ne courut sur les
bancs d'coliers, lorsque le pdant, orn de la toge et de l'pitoge,
fait  dessein une pause tragique, aprs s'tre cri: Premier prix!
Tous les coeurs se serrent, toutes les bouches se taisent. C'est alors
que les plus pusillanimes sentent dfaillir leur courage, et veulent
reculer, serrant la main  un ami, et lui disant d'une voix teinte: Va
voir si j'y suis! Mais les portes sont ouvertes, le flot se prcipite,
et bon gr, mal gr, il faut suivre le torrent au milieu duquel on voit
trembler la baonnette et le plumet des malheureux factionnaires, battus
par la tourmente.

Emport par cette irrsistible force, qui ne lui permet pas mme de
s'arrter pour saisir au passage le fatal livret, l'artiste ferme les
yeux; son tableau lui revient  la pense comme une effroyable croute,
placarde de rouge et de bleu; ces ttes charmantes, ces formes
harmonieuses qu'il avait dessines avec tant d'amour, peintes avec tant
de foi, maintenant lui semblent d'insipides copies, propres  servir
d'enseignes; et il ne se doute plus qu'elles n'aient t
ignominieusement refuses, jusqu' ce qu'enfin, sentant le flot
s'arrter, il rouvre les yeux et se trouve dans le salon carr,
vis--vis de sa propre toile baigne de lumire, vis--vis de sa
Marguerite ou de sa Batrice, qui fixe sur lui ses regards pleins d'une
joie douce et d'une grce sreuse.

PREMIRE VISITE AU SALON--COUP D'OEIL GNRAL.

Heureux les critiques prime-sautiers qui ont, du premier regard, pu voir
et juger  la fois douze cents tableaux! Nous confessons, pour nous, que
notre ide synthtique est encore bien dfectueuse, bien obscure, et
nous nous tenons en dfiance contre notre premire impression, sans
l'oser riger en un jugement. Ce n'est assurment pas faute d'avoir
ouvert les yeux, d'avoir tendu le cou cinq heures durant; mais souvent,
pour avoir beaucoup regard, l'on a bien peu vu, et surtout bien peu
pens. Presss, heurts dans la foule, contemplant au travers des
chapeaux, nous rflchissions  toutes les belles ides critiques, 
toutes les fines observations qui nous seraient infailliblement venues,
si notre judiciaire avait pu, comme autrefois cet heureux Louis XVIII,
se faire traner doucement dans un fauteuil  roulettes au milieu des
galeries solitaires; nous admirions aussi par souvenir l'intelligence et
la sagacit esthtique des anciens, qui plaaient aux portes de leurs
muses la statue du Silence, le doigt sur les lvres, pour avertir
chacun qu'il se gardt de troubler indiscrtement le vol des muettes
penses autour des statues et des peintures.

Enfin nous tions sous la proccupation constante d'une ide importune;
il manquait  notre compte plus de quatre cents tableaux, et nous nous
demandions, en voyant la nudit des galeries, si l'on avait aussi voulu
faire une exposition de serge verte. En serions-nous  ce point de
pnurie, que, pour composer dsormais un salon, il faillit, comme dans
les expositions de sous-prfectures, faire appel aux tableaux de
famille, aux pltres domestiques, et combler les lacunes avec les cadres
glorieux de nos prix de dessin? Grce  Dieu, notre pauvret ne vient
que du svre caprice de MM. les acadmiciens: quatre mille tableaux ont
t, comme d'ordinaire, soumis  leur jugement; mais il n'y a eu que
douze cents lus; aussi, ne pouvions-nous considrer sans
attendrissement toutes ces places vides, y plaant par la pense, tantt
ces chers absents, la grande toile de Boulanger, le beau portrait d'H.
Flandrin, tantt les oeuvres d'artistes inconnus, les imaginations
nouvelles de pauvres jeunes peintres, tous refuss au bnfice des
tableaux de MM. les acadmiciens. (Voir, sous le numro 89, un
inqualifiable tableau de M. Bidault, membre du jury; on assure que ledit
tableau a t reu  l'unanimit.)

De tout cela il suit que nous avons encore bien peu de choses  dire du
nouveau Salon. Deux toiles seulement nous ont sembl tout  fait hors de
ligne; d'abord le _Tintoret_ de M. Lon Coigniet, admirable composition,
malgr la rminiscence de l'Empire qu'on y croit apercevoir; puis un
excellent portrait d'_H. Flandrin_, que l'administration du Muse a eu
grand soin de placer  contre-jour, dans une encoignure. Nous ne faisons
que citer aujourd'hui ces deux vritables chefs-d'oeuvre, sur lesquels
nous reviendrons  loisir. Les honneurs de l'exposition sont ensuite
pour la marine d'Isabey, le _Jrmie prophte_, d'Henri Lehmann, la
_Vendangeuse_, de son frre Rodolphe; les portraits de Couture et de
Guignet, les tableaux de genre de Meissonnier et de Leleux, le paysage
de Lessieux, les sculptures de Simart et de Maindron. Le grand tableau
si vant de M. Papety est en possession d'attirer tous les regards et de
diviser toutes les opinions; il est certain, d'ailleurs, qu'il ne
rvolutionnera pas la peinture, comme on l'avait pompeusement dit; le
sicle ne croit plus dsormais aux rvolutions, et, quel que soit
d'ailleurs le mrite du tableau de M. Papety, il n'est pas destin 
dtruire ce lgitime scepticisme.

Et puis, toujours du Biard et du Dubufe. Dimanche prochain commencera le
triomphe de ces deux peintres _dominicaux_ bien connus par la ville.

Et maintenant, dirons-nous comme la plupart: l'exposition est plus
faible que celle de l'an dernier? Il importe de remarquer que depuis un
temps immmorial, la critique place toujours chaque exposition
immdiatement au-dessous de celle qui l'a prcde.--De mme depuis des
sicles, on dit que le commerce va mal.--Il est certain que les matres
n'exposant plus, les toiles suprieures se rarfient singulirement;
mais il arrive, en peinture comme dans les lettres, qu'au lieu d'un
artiste minent, nous ayons vingt artistes distingus; ce que perdent
les individus, la masse le regagne, le gnie se fait rare, le talent
abonde, et l'on est tout surpris de trouver dans des tableaux de
dbutants un savoir-faire dj remarquable, qui aurait beaucoup promis 
toute autre poque; mais aujourd'hui les hommes de talent demeurent ce
qu'ils sont, et les habiles deviennent rarement des matres.

[Illustration: Ouverture du Muse, le 13 mars.]



Bibliographie

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE TRANGER.

_Report and Appendices of the children's employment commission presented
to both houses of Parliament, by command of Her Majesty_.--Rapport et
Appendices de la commission du travail des enfants dans les
manufactures, prsents aux deux Chambres du Parlement, par l'ordre de
Sa Majest (non traduits). Mars, 1843.

Le rapport de la commission charge de faire une enqute sur le travail
des enfants dans les manufactures a t prsent la semaine dernire aux
deux Chambres du Parlement. Il passe successivement en revue les
diverses industries de Londres et des comts de l'Angleterre. Est-il
ncessaire d'ajouter qu'il rvle une foule de faits inconnus
jusqu'alors et tellement horribles, que s'ils n'taient attests
solennellement par les membres de la commission d'enqute, personne
n'oserait y ajouter foi? La veille du jour fix pour le dernier bal de
la cour, un pair d'Angleterre avait lu la partie de ce rapport qui
concerne les marchandes de modes, les fabricantes de dentelles et les
couturires. Un de ses amis le pressait de l'accompagner: Je n'irai pas
 ce bal, rpondit-il, je n'y aurais aucun plaisir;  chaque pas je
croirais voir sortir de leurs cercueils les cadavres de tous les
infortuns qui sont morts  la peine en fabricant les divers objets de
luxe dont se compose la toilette des femme.

Il nous est impossible, on le conoit, d'analyser un pareil travail.
Toutefois, afin de prouver son importance, nous citerons quelques faits
choisis au hasard.

--Un deuil de coeur rend toujours aveugles au moins trente jeunes
filles, dclare M. Tyrrell, mdecin de l'hpital ophthalmique.

--A Nottingham, M. Grainger, le rapporteur, visita une maison assez
propre et confortable d'ailleurs, o il trouva quatre petites filles
occupes  la fabrication de la dentelle. L'ane avait huit ans, la
cadette deux ans, les deux autres six et quatre ans. Elles gagnaient
chacune environ 10 centimes par semaine.

--Dans la mme ville, certaines mres ont l'habitude d'administrer du
laudanum  leurs petits enfants, pour les forcer  rester tranquilles
pendant qu'elles travaillent; car si elles taient obliges de s'en
occuper, elles ne gagneraient plus de quoi vivre. On augmente la dose de
jour en jour; aussi la plupart des enfants meurent-ils avant d'avoir
atteint l'ge de deux ans. Depuis l'ge de six ans, disait une jeune
ouvrire, je travaille quatorze  quinze heures par jour. Je gagne 5
shellings par semaine. Si je ne faisais pas boire du _cordial_  mon
enfant, il m'empcherait de travailler et je mourrais de faim.

--A Willenhall, un enfant dpose en ces termes: Je suis bien trait,
mon matre ne me bat pas beaucoup; il ne me frappe jamais qu'avec un
bton ou un fouet, ou le manche d'un marteau. Un autre enfant se montre
galement satisfait, parce que son matre ne le bat jamais plus de cinq
minutes  la fois.

Ces enfants, qu'on fait travailler ds l'ge de deux ans, ou auxquels on
donne chaque jour une portion de laudanum pour les endormir, ne
reoivent aucune instruction, et ne deviennent jamais des hommes, alors
mme qu'ils ont la force de supporter ce terrible rgime. Leur ignorance
gale leur faiblesse physique. Comment ne serait-il pas, en outre,
cruels et dbauchs? Ds leur bas-ge, ils n'ont sous les yeux que de
mauvais exemples, et ils se trouvent trs-bien traits lorsque leur
matre ne les bat qu'avec un bton.

Le rapport de la commission du travail des enfants dans les manufactures
intresse non-seulement l'Angleterre, mais les autres pays
manufacturiers. Nous en recommandons la lecture  tous les hommes qui
s'occupent encore de l'amlioration physique, intellectuelle et morale
des classes ouvrires.

_Geschichte Polens, von_ Dr RICHARD ROEPELL _ersler Theil,
Hamburg._--Histoire de la Pologne, par le Dr RICHARD ROEPELL. 1re
partie (non traduite).

Le docteur Roepell fait partie d'une socit de savants allemands, dont
chaque membre s'est engag  crire l'histoire spciale d'un tat
europen. Lorsqu'ils seront termins, tous ces ouvrages particuliers
doivent former une collection qui sera dite sous les auspices de deux
historiens clbres, A. H. L. Heeren et F. A Ukert. Le docteur Roepell,
charg d'crire l'Histoire de la Pologne au Moyen Age, s'tait d'abord
rendu  Varsovie, pour y apprendre la langue polonaise et se mettre en
tat de consulter avec fruit les archives nationales. Il vient de
publier  Hambourg la premire partie de son travail.

Cette premire partie s'ouvre par une description gographique de la
Pologne, suivie d'un essai historique, malheureusement incomplet, sur la
race slave.

Le docteur Roepell considre ensuite le duch de Posen comme la patrie
primitive des Polonais; mais il ne remonte pas dans ses recherches
au-del de la moiti du sixime sicle. A la chute de Rome, les Polonais
commencent  se faire connatre en Europe. En 540, leur chef, Lech,
fonde Gnesen, la premire capitale de leur empire A la dynastie de Lech,
qui rgne jusqu'en 850, succde celle de Piast Ce fut aprs l'accession
de Mieczyslaus 1er, en 965, un des souverains de cette dynastie, que la
Pologne prit rang parmi les tats indpendants de l'Europe, en adoptant
le christianisme L'auteur de _l'Historga naroda polskiego bandtkie_
(l'Histoire de la nation polonaise), avait dclar que Mieczyslaus tait
un vassal de l'empereur d'Allemagne, pour une partie de la Pologne,
situe entre l'Oder et la Warta. Le docteur Roepell rfute cette
assertion et prouve par une srie de faits historiques, que le vasselage
des rois de Pologne tait purement personnel et mme nominal.

Outre ces considrations prliminaires, la premire partie de l'ouvrage
du docteur Roepell renferme l'histoire dtaille des rgnes de Boleslaus
le Grand, le vritable fondateur du royaume de Pologne, et de ses
successeurs, jusqu' l'assassinat de Przemyslaus, par le marquis de
Brandebourg, en 1295.

_Storia della Colonna Infme_ di ALESSANDRO MANZANI. Milano, 1840; 
Paris, chez Baudry. Un vol. in-12, avec les remarques de Pietro Verri
sur la torture. 3 fr. 50 c. _La Colonne Infme_, traduction franaise de
M. DE LATOUR. _Processo originale degli untori della peste del 1630_.
Milano. 1839. Un vol. in-8 (non traduit). Procs original des _untori_
pendant la peste de 1630. _Della Storia Lombarda del secolo XVII,
ragionamenti_ di CESARE CANTI per commente ai promessi Sposi di
ALESSANDRO MANZANI. Juin, 1832.

L'histoire tragique de la _Colonne Infme_ tait toujours demeure
enfouie dans les archives manuscrites du dix-septime sicle, lorsqu'on
imprima  Milan, en 1836, toutes les pices originales du procs des
_untori_. Alessando Manzani se rappela alors la promesse qu'il avait
faite aux lecteurs de son beau roman des _Promessi Sposi_,  la fin du
XXXVe chapitre; il se dcida  crire la _Storia della Colonna Infme_.
Publi  Milan en 1810 ce petit livre a t rimprim rcemment  Paris
par le libraire Baudry, et M. de Latour en annonce une traduction
enrichie de notices et d'appendices.

Rien de plus triste que cette histoire. Pendant la peste de 1630, dont
les _Promessi Sposi_ renferment une description si dtaille, les murs
des maisons de Milan furent,  certaines poques, enduits, par des mains
inconnues, d'une espce d'onguent jauntre. Le peuple s'imagina que
c'tait cet onguent qui rpandait la peste dans la ville. On arrta
divers individus dsigns sous le nom d'_untori_, parce qu'on les accusa
d'avoir fabriqu cet onguent _(untorio)_ avec l'intention de faire prir
tous les habitants de Milan. Interrogs par les magistrats, ils
dclarrent qu'ils taient innocents. On les appliqua  la torture, et
non-seulement ils s'avourent coupables, mais ils dnoncrent de
prtendus complices. Condamns  mort, ils subirent un supplice
effroyable, et on leva sur l'emplacement de la maison de l'un d'eux,
nomm Mora, une colonne dite _Infme_, avec une inscription qui devait
rappeler  la postrit le triste souvenir de ce procs. Ainsi, au
dix-septime sicle, la justice milanaise levait avec un stupide
orgueil le monument de son dshonneur futur. En 1759, le prsident
Charles de Brosses partageait encore les absurdes prjugs du sicle
prcdent. La colonne que l'on appelle _Infme_ est leve, dit-il dans
ses _Lettres sur l'Italie_, sur la place o tait la maison d'un
malheureux que l'on _surprit s'efforant, par les moyens de certaines
drogues, de mettre la peste dans la ville._ Cette colonne subsista
pendant cent quarante-huit ans; en 1778, elle s'croula, et personne ne
songea ds lors  la relever.

Ce nouvel ouvrage de l'auteur des _Fiancs_ sera lu avec un intrt
d'autant plus vif, qu'il renferme d'utiles leons Si Manzani n'et pas
tard tant d'annes  tenir sa promesse, peut-tre, instruit par
l'exemple des Milanais du dix-septime sicle, le peuple de Paris se ft
montr moins draisonnable et plus humain  l'poque fatale o, refusant
de croire  l'existence d'un flau dont il ne pouvait nier cependant les
terribles effets, il se persuada que l'eau des fontaines tait
empoisonne, et frappa, dans son aveugle fureur, de malheureux ouvriers
aussi innocents que les _untori de la Colonne Infme._

_The Court of England under the house of Nassau and Hanover_.--La cour
d'Angleterre sous les maisons de Nassau et de Hanovre; par M. JOHN
HENEAGE JESSE. Esq., auteur des _Mmoires de la cour d'Angleterre sous
le rgne des Stuarts_. 3 vol. in-8 (non traduite).

_La Cour d' Angleterre sous les maisons de Nassau et de Hanovre_,
publie par M. Jesse, n'est autre chose qu'une srie de notices
biographiques sur les principaux hommes d'tat qui se sont succd en
Angleterre durant la triste priode qui commence  la rvolution de
1688, et qui se termine  la mort de Georges II, en 1760. On peut louer
l'impartialit de l'auteur, bien qu'il laisse trop deviner parfois ses
opinions conservatrices, la clart et l'lgance de son style et
d'autres qualits secondaires: mais M. Jesse manque en gnral
d'lvation et de profondeur. Il aime trop les anecdotes; il se contente
de raconter les faits intressants sans en rechercher les causes, sans
en calculer les consquences; il n'apprend pas  ses lecteurs quelle a
t l'influence morale, sociale et politique qu'ont exerce, pendant
leur vie, les principaux hommes d'tat du dix-huitime sicle. Enfin, on
ne comprend pas pourquoi il a omis de parler de l'vque Burnet, du
gnral Wolfe, de lord Clive, de l'amiral Byng, de lord Carteret, de
Pulteney et surtout de lord Chatham, qui remporta cependant ses plus
beaux triomphes avant la mort de Georges II.

Malgr ces critiques, peut-tre svres, le nouvel ouvrage de M. Jesse
obtiendra, nous n'en doutons pas, le mme succs que les _Mmoires de la
Cour d'Angleterre sous le rgne des Stuarts_, car il contient des
biographies bien crites et remplies de faits nouveaux, de Malborongh,
de Bolingbroke, de Walpole, de Harley, du duc de Sommerset, et des
_beaux_ clbres de cette poque. Fielding et Wilson.

Die Verantwortlichkeit der Minister.--La Responsabilit ministrielle,
par M. B,. MOHL, in-8, 726 pages, non traduite.

M Mohl pose d'abord les principes gnraux sur lesquels la
responsabilit ministrielle est fonde, puis il se demande quels sont
les individus qui doivent y tre soumis, et dans quels cas il faut
l'appliquer. Il examine alors, outre la procdure  suivre, la nature et
les divers degrs des peines qu'entrane ncessairement une
condamnation. Enfin, il termine ce trait par une analyse historique de
tous les principaux procs intents jusqu' ce jour  des ministres, en
vertu de la loi constitutionnelle qui les rend responsables des actes de
leur administration. La publication de cet ouvrage, estimable
d'ailleurs, mrite d'tre signale comme un heureux symptme du
mouvement politique qui commence  se manifester sur plusieurs points de
l'Allemagne.

_The Addresses and Messages of the presidents of the United
States_.--Discours et Messages des prsidents, des Etats-Unis. New-York,
Walker. London, Wiley and Putnam (non traduits).

La collection des discours des prsidents des tats-Unis fournira
d'importants matriaux aux crivains et aux hommes d'tat qui voudront
tudier l'histoire de la grande rpublique de l'Amrique du Nord, depuis
la dclaration de l'indpendance jusqu' l'poque actuelle. Elle
commence par le premier discours, ou le discours d'inauguration de
Washington, et se termine avec celui que le prsident Tyler pronona
dans la session dite spciale, lorsqu'il remplaa Harrisson, en vertu de
la section VI de l'article 11 de la constitution, qui, en cas de mort du
prsident, confre ses fonction au vice-prsident. On y trouve aussi,
outre une notice sur Harrisson, la dclaration d'indpendance et la
constitution actuelle des tats-Unis.

_Storia della Pittura italiana_. Pise. 1842.--Histoire de la Peinture en
Italie (non traduite).

Cette nouvelle histoire illustre de la peinture italienne doit se
publier en cinquante-six livraisons. La premire livraison renfermait
les quatre dessins suivants: 1 Une miniature de Pise de 1242.--2 Un
bas-relief de Nicolas Pisano.--3 Le Christ de Giunta Pisano.--4 La
Vierge de Guido de Sienne, peinte en 1221, et la Vierge de Cimabue,
peinte vers 1276.

_Neuere Geschichte der poetischen national Literatur der Deutschen, von_
G.-G. GERVINUS ZWEI BANDE.. _Leipsig._ 1842.-Histoire moderne de la
Littrature potique de l'Allemagne, par G.-G. GERVINUS. 2 vol. (non
traduite).

Ces deux volumes forment le complment de l'ouvrage en trois volumes que
le professeur Gervinus avait dj publi sur les progrs de la
littrature allemande. Ils embrassaient la priode de temps qui s'tend
depuis Gottsched jusqu' la chute de Napolon. Les opinions littraires
du professeur Gervinus sont, il est vrai, entirement opposes  celles
des meilleurs crivains actuels de l'Allemagne; mais alors mme qu'on
n'adopte pas ses conclusions, on est forc de rendre justice  son
talent et  son indpendance. Son livre a un grand mrite, il fait
penser; il s'adresse par consquent  un public d'lite. N'y cherchez
pas des renseignements positifs sur la vie d'un crivain, vous n'y
trouverez que des thories plus ou moins ingnieuses, plus ou moins
vraies sur ses ouvrages et sur les moeurs de son poque; c'est un
recueil d'ides et non de faits. Le professeur Gervinus n'a pas cru
devoir continuer son ouvrage jusqu' nos jours, par des raisons peu
flatteuses pour ses contemporains. Notre littrature, dit-il en
terminant, est devenue un marais stagnant tellement rempli de matires
nuisibles, que nous devons appeler de tous nos voeux quelque tempte
trangre. Notre littrature a eu son temps, et si nous ne pouvons vivre
en paix, nous devons appliquer dsormais  la vie positive et  la
politique l'activit dont nous sommes dous, et qui maintenant n'a plus
d'objet. Quant  moi, je suis autant que je le puis cet avertissement de
l'poque.

_The history of Woman in England._-L'Histoire de la Femme en Angleterre;
par HANNAH LAWRANCE. Londres, 1843 (non traduite).

Le premier volume de cet ouvrage vient de paratre. Il commence avec les
plus anciennes chroniques, et se termine  la fin du douzime sicle.
Mistriss Lawrance n'a pas la prtention de soutenir que la femme est
non-seulement gale, mais suprieure  l'homme; elle se contente
d'crire son histoire, et de montrer quelle influence elle a exerce sur
les institutions, la religion, la littrature et le caractre de la
nation anglaise. Ds qu'elle sera termine, nous reparlerons plus
longuement de cette nouvelle compilation de l'auteur _of the historical
Memoirs of the Queens of England._

_The Xanthian marbles, discovered in Asia-Minor, their acquisition and
transmission in England_ (ouvrage non traduit).--Les Marbres de Xanthe,
dcouverts dans l'Asie-Mineure par CHARLES FELLOWS, leur acquisition et
leur transport en Angleterre. 1842, 5 schel.

Au printemps de 1838, un voyageur anglais, nomm Charles Fellows,
visitait l'Asie-Mineure; frapp de la beaut des ruines parses le long
des ctes de la Lycie, il s'enfona dans les terres et y dcouvrt, sur
les bords de la rivire Xanthe, des sculptures prcieuses qu'il rsolut
de transporter en Angleterre. Ds cette poque, des ngociations
s'ouvrirent entre la Porte et le cabinet de Saint-James; elles durrent
plus de trois annes. Ce ne fut qu'au mois d'octobre 1841 que le consul
de Smyrne reut le firman demand. A cette nouvelle, l'amiraut fit
partir un navire charg de ramener en Angleterre les sculptures
dcouvertes par M. Charles Fellows. L'ouvrage anglais que vient de
publier le libraire Murray contient une relation dtaille de cette
curieuse expdition. Les marbres de Xanthe, appeles aussi marbres de
Fellows, sont aujourd'hui dposs au _British Museum_.

_The rural and domestic Life of Germany with characteristic sketches of
its cities and scenery_, collected in a general tour, and during a
residence in the country in the years 1840, 1841 and 1842. London, 1842
(ouvrage non traduit).--La vie rurale et prive de l'Allemagne, suivie
d'esquisses caractristiques de ses villes et de ses paysages, etc., par
WILLIAM HOWITT; in-8.

Ainsi que son titre l'indique, ce nouveau livre de M. Howitt se divise
en deux parties distinctes: la premire est consacre  la peinture de
la vie rurale et prive des Allemands; dans la seconde, l'auteur a
racont ses impressions de voyage; il se promne de Heidelberg 
Londres, en passant par Baden-Baden, Stuttgart, Tubingen, Ulm,
Augsbourg. Munich, Salzbourg, Linz, Vienne, Prague, Dresde, Leipsig,
Berlin, Weimar, Iena, Erfurth, Francfort et le Rhin. Ces deux parties ne
se ressemblent d'ailleurs sous aucun rapport; l'une est remplie de
dtails intressants, l'autre reste toujours bien au-dessous du
_Hand-Book_ de M. Murray _(Manuel du voyageur.)_ M. Howitt a dcrit avec
une vrit touchante les moeurs, les travaux et les plaisirs de la
classe moyenne et de la classe pauvre pendant les diverses saisons de
l'anne: la moisson, la vendange, les ftes de village, la chasse, les
parties de traneaux, les plerinages, les ftes de Nol et du jour de
l'an, le carnaval, etc., etc. On prend plaisir  contempler quelque
temps ces esquisses lgres faites d'aprs nature par un peintre souvent
trop consciencieux, mais qui ne manque pas d'une certaine habilet. Si
l'impression qu'on prouve n'est jamais vive, en revanche, elle est
toujours pure et douce; chez M. Howitt, le coeur l'emporte videmment
sur l'intelligence. Est-ce donc un dfaut qu'il faille lui reprocher? Ne
devons-nous pas, au contraire, nous estimer heureux de trouver un livre
moral et simple, crit sans prtention, et dont la lecture, instructive
d'ailleurs, repose agrablement l'esprit?

_The Negroland of the Arabs, or an Inquiry into the early history and
geography of central Africa._-La Nigritie des Arabes, ou Recherches sur
l'Histoire et la Gographie primitives de l'Afrique centrale; par
WILLIAM DESBOROUGH COOLEY. 8 sch. 6 den., avec une carte.

M. Desborough Cooley est l'auteur d'une excellente histoire des
dcouvertes maritimes et continentales, qui a t traduite en franais
par MM. Adolphe Joanne et Old Nick, et publie  la librairie Paulin, en
5 volumes. (Prix et format de la collection Charpentier.)

_The annual Biography_, being lives of eminent or remarkable persons,
who have died within the year 1842; by CHARLES DODD, esq., author of the
Peerage, the Parliamentary companion, etc.--Chapman and Hall.--London.

_L'Annuaire biographique_, ou Vies des personnes minentes ou
remarquables qui sont mortes pendant l'anne 1842; par _Charles Dodd_.

Cet annuaire, dont le premier volume vient d'tre mis en vente, paratra
rgulirement chaque anne, au commencement de fvrier.

EXTRAIT DU CATALOGUE GNRAL DU COMPTOIR CENTRAL DE LA LIBRAIRIE.

conomie Politique, Commerciale et Industrielle _(suite)_.

COLONIES FRANAISES (des), abolition immdiate de l'esclavage; par M. V.
SCHOELCHER. 1 beau vol. in-8, 1842. (_Pagnerre_, d.) 6 fr.

CRDIT DE LA BANQUE (le), contenant un expos de la constitution des
banques amricaines, cossaises, anglaises, franaises, par M.
COURCELLE-SENEUIL, in-8. (_Pagnerre_, d.) 2 fr.

ESPRIT D'ASSOCIATION (de l'); par A. DE LA BODER, 5e dit. 1834. 1 vol.
in-8. (_Gide_, d.) 8 fr.

ESSAI COMPARATIF SUR LA FORMATION ET LA DISTRIBUTION DU REVENU DE LA
FRANCE en 1815 et 1835; par M. JOSEPH DUTENS. Brochure in-8.
(_Guillaumin_, d.) 5 fr.

EXAMEN HISTORIQUE ET CRITIQUE DES DIVERSES THORIES PNITENTIAIRES; par
L.-A. MARQUET-VASSELOT. 5 vol. in-8. (_Paulin_, d.) 18 fr.

HISTOIRE DE L'CONOMIE POLITIQUE; par M. le vicomte ALBAN DE
VILLNEUVE-BARGEMONT. 2 forts vol. in-8. (_Guillaumin,_ d.) 16 fr.

HISTOIRE DE L'CONOMIE POLITIQUE EN EUROPE; par BLANQUI an. 2e d, 2
vol. in-8. (_Guillaumin_, d.) 15 fr.

HISTOIRE DES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LA FRANCE ET LE BRSIL. 1 vol.
in-8 avec tableaux, plans et carte du Brsil. (_Guillaumin_, d.) 7 fr.
50

HISTOIRE FINANCIRE ET STATISTIQUE GNRALE DE L'EMPIRE BRITANNIQUE; par
PABLO PEBRER; traduit de l'anglais par J.-M. JACOBI, avocat. 2e dit., 2
gros vol. in-8 de 500 pages. (_Bellizard et Dufour_, d.) 8 fr.

HISTOIRE POLITIQUE ET ANECDOTIQUES DES PRISONS DE LA SEINE. 1 beau vol.
in-8 (_Guillaumin_, dit.) 7 f. 50

INTRETS MATRIELS EN FRANCE: travaux publics, routes, canaux, chemins
de fer; par MICHEL CHEVALIER. 1 vol. in-8, orn d'une carte des travaux
publics de la France. (_Charles Gosselin_, d.) 8 fr.

MISRE (de la) DES CLASSES LABORIEUSES EN ANGLETERRE ET EN FRANCE, par
EUGNE BURET. 2 vol. in-8. (_Paulin_, d.) 15 fr.

MISRE (de la); par M. D'ESTERNO. 1 vol. in-8. (_Guillaumin_, diteur.)
4 fr. 50

PETIT VOLUME contenant quelques aperus des hommes et de la socit, par
J.-B. SAV. 3e dition, entirement refondue par l'auteur, et publie sur
un manuscrit qu'il a laiss; par HORACE SAV, son fils. 1 vol. in-32.
(_Guillaumin_, d.) 2 fr.

PLAN D'UNE RORGANISATION DISCIPLINAIRE DES CLASSES INDUSTRIELLES DE
FRANCE; par M. FLIX DE LAFAREILLE. 1 vol. in-12. (_Guillaumin_, d.) 2
fr. 50

SIR RICHARD ARKWRIGHT, ou Naissance de l'industrie cotonnire dans la
Grande-Bretagne (1760  1792); par SAINT-GERMAIN LEDUC. 1 vol. in-18.
(_Guillaumin_, d) 2 fr.

STATISTIQUE GNRALE RAISONNE ET COMPARE DE LA FRANCE; par J.-H.
SCHNITZLER. 2 vol. in-8. (_Lebrun_, diteur. 15 fr.)

SYSTME PNITENTIAIRE (du); par M. AYLIES 1 vol. in-8. (_Charles
Gosselin_, d) 5 fr.

SYSTME PNITENTIAIRE AUX TATS-UNIS; par MM. GUSTAVE DE BEAUMONT et
ALEXIS DE TOCQUEVILLE. 2e dition, augmente d'une Introduction et orne
de plans, vues, etc. 2 vol. in-8. (_Charles Gosselin_, d.) 15 fr.

TABLEAU DE LA DETTE PUBLIQUE ET DES MISRES DU TRSOR 1 vol. in-8.
(_Paulin_, d.) 5 fr.

TABLEAU POLITIQUE ET STATISTIQUE DE L'EMPIRE BRITANNIQUE DANS L'INDE;
par le gnral comte de BIORSNTERNA, traduit de l'allemand, avec des
notes et un supplment historique, par M. PETIT DE BARONCOURT 1 gros
vol. in-8, orn d'une carte. (_Amyot_, d.) 8 fr.

UNION DOUANIRE DE LA FRANCE ET DE LA BELGIQUE, (de l'); par M. P.-A. DE
LA NOURAIS. 1 vol in-8. (_Paulin_, diteur.) 6 fr.

Agriculture et Jardinage.

TAT DE LA PRODUCTION DES BESTIAUX EN ALLEMAGNE, EN BELGIQUE ET EN
SUISSE (de l'); par M. MOLL, in-4 de 92 pages, avec un grand nombre de
tableaux. (_Bixio_, diteur.) 2 fr. 75

MAISON RUSTIQUE DU XIV SICLE. 4 vol. in-4, quivalant 20 vol. in-8
ordinaires, avec plus de 2,060 gravures reprsentant tous les
instruments, machines, appareils, races d'animaux, arbres, arbustes et
plantes, btiments ruraux, etc., publis sous la direction de MM.
BAILLY, BIXIO et MALPEYRE. Ce livre, expression la plus complte de la
science agricole pour l'poque actuelle, forme  lui seul la
bibliothque de l'homme des champs. 4 vol. (_Bixio_, d.) 33 fr. 50

RPERTOIRE DES PLANTES UTILES ET DES PLANTES VNNEUSES DU GLOBE: par
E.-A. DUCHESNE. 1 gros vol. in-8, imprim  deux colonnes, sur papier
colle, avec figures graves sur bois. (_Bixio_, d.) Prix: broch, 12
fr.; franco par la poste. 13 fr. 50

TRAIT DE LA CULTURE DU MURIER; par J. CHARREL, ppiniriste  Voreppe
(Isre). 1 vol. in-8.(_Bixio_, diteur.) 4 fr..

Sciences

BIBLIOTHQUE DES CONNAISSANCES UTILES. (_Paulin_, d.;)

DES LMENTS DE L'TAT, ou Cinq questions concernant la religion, la
philosophie, la morale et la politique; par L.-A. SEGRETAIN. 2 vol. 7
f,.

DISCOURS SUR L'TUDE DE LA PHILOSOPHIE NATURELLE; par sir JOHN F.-W.
HERSCHEL, traduit de l'anglais 1 vol. 3 fr. 50.

EXAMEN DE LA PHRNOLOGIE; par M. FLOURENS. 1 volume. 2 fr.

GEORGES CUVIER.--ANALYSE RAISONNE DE SES TRAVAUX, prcde de son loge
historique; par M. FLOURENS 1 vol. 3 fr. 50

HISTOIRE DE 1810; par A. VILLEROY, suivie de l'histoire littraire de
l'anne, par O. N. 1 vol. 3 fr. 50.

HISTOIRE DE 1811; par le mme, suivie de l'histoire littraire de
l'anne, par O. N. 1 vol. 3 fr. 50.

HISTOIRE GNRALE DES VOYAGES de dcouvertes maritimes et
continentales, _depuis les temps les plus reculs jusqu'en 1811_; par
W.-D. COOLEY, traduite de l'anglais par ADOLPHE JOANNE et OLD-NICK,
complte par les expditions et voyages rcents, jusqu' la dernire
expdition de M. DUMONT-D'URVILLE, par M. D'AVEZAC 3 vol in-18, format
anglais. 10 fr. 50.

LE LIVRE DES PROVERBES FRANAIS; par LEROUX DE LINCY. 2 vol. 7 fr.

LES MUSES D'ITALIE, guide et mmento de l'artiste et du voyageur; par
LOUIS VIARDOT. 1 vol. 3 fr. 50.

MANUEL DE POLITIQUE; par Y. GUICHARD 1 vol. in-18. 3 fr. 50.

MANUEL D'HISTOIRE ANCIENNE, depuis le commencement du monde jusqu'
Jsus-Christ; par le docteur OTT. 1 volume, 3 fr. 50.

MANUEL D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MODERNE; par CHARLES RENOUVIER. 1
vol. 3 fr. 50.

MANUEL D'HISTOIRE MODERNE, depuis Jsus-Christ jusqu' nos jours; par le
docteur OTT. 1 vol. 3 fr. 50.

MOEURS, INSTINCT ET SINGULARIT DE LA VIE DES ANIMAUX MAMMIFERES; par P.
LESSON, correspondant de l'Institut. 1 vol. 3 fr. 50.

RSUM ANALYTIQUE DES OBSERVATIONS de FRDRIC CUVIER, sur
l'intelligence des animaux. 1 vol. 3 fr.

ERREURS DES MDECINS, traduit de l'anglais du docteur DICKSON. 1 vol.
in-8. (_Amyot_, d.) 8 fr.

JARDIN DES PLANTES (le), description et moeurs des mammifres de la
Mnagerie et du Musum d'histoire naturelle; par M. BOITARD; prcde
d'une notice historique, anecdotique et descriptive du jardin, par M. J.
JANIN. Ouvrage illustr et accompagn de 110 sujets de mammifres, et de
110 culs-de-lampe gravs sur cuivre et imprims dans le texte; de 50
grands sujets graves sur bois et imprims  part  cause de leur
dimension, et offrant les vues les plus remarquables du Jardin des
Plantes, les constructions, les fabriques, les monuments, etc.; des
portraits de Buffon et de G. Cuvier; enfin des planches peintes 
l'aquarelle reprsentant des groupes d'oiseaux des deux hmisphres,
dessins par MM. WERNER, SUSMIHL, EDOUARD TRAVIES, KARL GIRARDET, J.
DAVID, FRANAIS, HIMELY, MARVILLET, etc.; gravures sur bois et sur
cuivre, par MM. ANDREW, BREST et LELOIR; planches sur acier, par MM.
FOURNIER ET ANNEDOUCHE. 1 vol. grand in-8, magnifiquement imprim.
(_J.-J. Dubochet et Cie_, dit.) L'ouvrage complet. 15 fr.

UN MILLION DE FAITS, Aide-mmoire universel des sciences, des arts et
des lettres; par M. J. AICARO, l'un des collaborateurs de
l'_Encyclopdie nouvelle_; DESPORTES; PAUL BERVAIS aide d'histoire
naturelle au Museum; LON LALANNE, ancien lve de l'cole
Polytechnique, ingnieur des ponts-et-chausses, LUDOVIC LALANNE, lve
de l'cole de Chartres: AUGUSTIN LE PILEUR, docteur en mdecine de la
Facult de Paris; CHARLES MARTINS, docteur s-sciences, professeur
agrg  la Facult de mdecine de Paris; CHARLES YERG, docteur en
droit; YOUNG l'un des collaborateurs de _l'Encyclopdie nouvelle._--Un
fort volume in-12 de 1600 colonnes de texte, renfermant en outre 150
colonnes pour la table des matires, une table des figures, un index
alphabtique;--imprime en caractre perle, orn de 500 gravures sur
bois, et contenant la matire de 12 forts vol. in-8. (_Dubochet et Cie_,
d.) Prix, broche. 12 fr.

Arithmtique, algbre, gomtrie lmentaire, analytique et descriptive;
calcul infinitsimal, calcul des probabilits, mcanique, astronomie,
mtorologie et physique du globe, physique gnrale, chimie,
minralogie et gologie, botanique, anatomie, et physiologie de l'homme,
hygine, nologie, arithmtique sociale et statistique, agriculture,
technologie, commerce, art militaire, sciences philosophiques,
littrature, beaux-arts palographie et blason, numismatique,
chronologie et histoire, philologie, gographie, biographie, mythologie,
ducation, lgislation.

SALON 1843. Collection des principaux ouvrages exposs au Louvre et
reproduits par les premiers artistes franais; texte par WILHELM TNINT.
Publi sous la direction de M. Challamel.

Quatre annes de publication et de succs ont consacr ces albums o
tous les tableaux remarquables de chaque exposition se trouvent
reproduits par de magnifiques gravures ou lithographies, et dont le
texte est une revue complte, anime, colore faite  la fois au point
de vue de l'artiste et de l'homme du monde. Ces albums sont donc une
vritable histoire de l'art en France, histoire dessine, histoire
crite. Tous les grands noms, toutes les belles oeuvres y figurent; les
talents nouveaux n'ont qu'un dsir, celui d'y tre admis. C'est qu'en
effet une exposition se termine et s'oublie; les tableaux se dispersent,
l'Album reste.

Rien ne sera nglig pour que l'album de 1843 soit suprieur encore 
ceux des annes 1840, 1841 et 1842.

Cet Album est publi en 16 livraisons La livraison se compose de deux
dessins et de 4 pages de texte in-4, imprim avec luxe.--Prix de la
livraison: 1 fr. 50 c, papier blanc: 2 fr., papier de Chine.--L'ouvrage
complet: 24 fr., papier blanc; 32 fr. papier de Chine.

ANNE 1842, 32 dessins, texte par WILHELM TNINT. 24 fr. pap. bl.; 32
fr., pap. de Ch.--ANNE 1841, 52 dessins, texte par le mme. 24 fr., pap.
bl; 32 fr., pap. de Ch.--ANNE 1840 texte par Augustin Challamel, prte
par le baron Taylor. 24 fr., pap. bl.; 32 fr., pap. de Ch-ANNE 1839,
texte par LAURENT-JAN, 20 dessins. 20 fr., pap. bl.

Chez CHALLAMEL, diteur, 1, rue de l'Abbaye, au premier.
HAUTECOEUR-MARTINET, rue du Coq-Saint-Honor. GUIAUT frres, marchands
d'antiquits, 3, boul. des Italiens. Et chez tous les Libraires et
marchands d'estampes de la France et de l'tranger.

J. HETZEL, diteur des SCNES DE LA VIE PRIVE ET PUBLIQUE DES ANIMAUX,
rue de Seine, 33.

VOYAGE o IL VOUS PLAIRA.

Avec Vignettes, Notes, Lgendes, Commentaires. Incidents et Posies, par
MM. TONY JOHANNOT, ALFRED DE MUSSET et P.-J. STAHL. 33 livraisons 30
c.--Prix de la souscription  l'ouvrage complet: 10 fr.--12 fr. pour les
dpartements.



Modes.

Mars est le mois le plus incertain de toute l'anne. Tantt le soleil
est chaud et importun, tantt le vent est aigre et dsagrable; il y a
des femmes qui se sont tudies  porter en mme temps le manchon et la
marquise avec autant d'habilet qu'elles portent au bal l'ventail et le
bouquet.

Voici dj quelques toilettes nouvelles; des robes d'toffe, garnies sur
le ct comme les robes du soir; des camails en toffe garnis de
falbalas  deux ttes, et des chapeaux avec des agrments lgers et
coquets comme un soleil de printemps. Alexandrine prpare de bien
charmantes fantaisies pour la grande semaine, nous en causerons un peu 
l'avance.

UN BAL.

Nous nous trouvons sur le perron d'un joli petit htel;  droite et 
gauche des vestibules s'lve l'escalier en deux branches, runies  la
hauteur du premier tage par un second vestibule bord d'une rampe en
cuivre poli. Les marches sont couvertes d'un tapis tigr rouge et noir,
retenu par une tringle en cuivre. Du plafond tombe une masse de lumire,
forme par trois normes globes en cristal dpoli, renfermant chacun
trois becs de lampe, et suspendus par une triple chane de cuivre forte
et brillante.

Des fleurs bordent le mur jusqu' la porte de l'antichambre, dont
l'entre est marque par deux normes orangers dans des caisses de
laque. La lumire tombe sur les fleurs et les claire avec coquetterie.

Partout ce sont des fleurs odorantes, en pyramides supportant des
bougies, en massifs dans des jardinires, en arbustes isols dans de
prcieux vases de la Chine. Devant une chemine est un vase gigantesque
en porcelaine craquele,  ailes de chimres, d'o s'lve un gardnia,
fleur verdtre au feuillage luisant et fonc.

Traversons une bibliothque, en tournant le grand salon, pour visiter,
avant l'arrive de la foule, le petit boudoir o l'on jouera. Un cart,
un whist, une bouillotte, y sont disposs, l'cart  une table
renaissance, le whist  une table de jeu en palissandre sculpt, la
bouillotte claire par des flambeaux  deux branches, sur une table
couverte d'un tapis de velours.

Un canap  estrade, en palissandre et satin cerise, s'lve dans une
niche tendue et drape en satin cerise doubl de blanc, sont garnis de
hautes franges tordues en soie de deux couleurs.

Dans chaque panneau est suspendu,  des cordages  gros glands, un
miroir de Venise dans son cadre dor.

Entrons maintenant au salon de rception, clair par un lustre d'or 
figures pittoresques et gracieuses. Sur les tentures d'toffe vert
d'eau, se dtachent des masses de fleurs et de lumire: les rideaux de
quinze-seize ray, relevs d'un ct, laissent voir le rideau de dessous
en mousseline brode d'or, et les petits rideaux de tulle, imitation de
dentelle.

Prs de la chemine, en marbre blanc, o des fleurs remplacent le feu,
voyons la matresse de la maison souriant gracieusement aux invits,
jouant avec son norme bouquet, si norme qu'elle semble fatigue de le
porter. Sa toilette lgante affecte une somptuosit luxueuse. Madame de
C est habille d'une robe en taffetas d'Italie rose turc; son corsage,
couvert d'une mantille trs-tombante, en guipure; ses bras nus, couverts
jusqu'aux poignets de gantelets de peau, sont entours de trois ou
quatre bracelets, seuls bijoux qu'elle porte; dans ses cheveux, une
barbe de point d'Angleterre attache prs des oreilles avec de grosses
meraudes entoures de perles.

Vers onze heures, se presse et se coudoie une foule lgante, qui rpand
dans l'air un suave parfum. L'orchestre mlodieux fait entendre les
dlicieux motifs qui rappellent nos meilleurs opras.

Madame de C. s'tait approche avec beaucoup de dfrence d'un homme 
la physionomie grave et fine, en lui disant: Eh bien! M. le comte,
comme vous voil seul!--C'est que personne ne me cherche, rpondit-il,
on ne me reconnat plus, et je ne reconnais moi-mme plus personne au
milieu de ces danseuses dont j'admire la plupart. Voulez-vous m'en
nommer quelques-unes?

--Devant nous, en robe de crpe blanc, avec un diadme de rubis et
diamants, est la duchesse de P. Je ne sais pourquoi elle a rform ses
masses de boucles blondes; peut-tre est-ce la cause que vous ne la
reconnaissez pas. Rien ne transforme une personne comme un changement
complet de coiffure. C'est presque un dguisement.

La marquise de P. est toujours belle. C'est elle qui est coiffe en
oeillets rouges et violettes de Parme.

Voyez passer madame D. en robe blanche, avec des agrafes de feuillage.
Elle a mis de la verdure  son corsage,  ses manches, dans ses cheveux,
comme une autre et mis ses bijoux.

--Ici, prs de moi, dit l'interlocuteur, quelles sont ces deux jolies
personnes qui causent ensemble?

--C'est madame de B. et madame O. Madame de B. a une robe en tulle
blanc, garnie sur les cts de camlias rouges; madame O. a la robe de
satin bleu de ciel, garnie de dentelle et de diamants.

--L, n'est-ce pas madame L. que je vois si simple, avec cette petite
couronne de jeune fille? son mari a-t-il donc diminu le budget de la
toilette?

--Cette simplicit n'est pas relle au fond, et, pour nous autres
femmes, madame L. a une toilette fort chre. Elle vient de Constantin,
je la reconnais; les fleurs qui relvent ses trois jupes, qui attachent
ses manches et son corsage, et la guirlande dont elle est coiffe,
cotent bien cinquante cus. C'est fort cher, quand, comme madame L., on
ne porte pas une toilette plus de deux fois.

Maintenant si vous voulez que je vous conduise dans ce petit salon de
jeux, vous pouvez dire bonsoir  madame de T., que vous voyez l,
coiffe de gaze citron et argent, en robe de velours violet. Regardez la
jolie jeune fille devant laquelle vous allez passer, comme elle est bien
mise avec cette profusion de cheveux noirs, dans lesquels on a ml des
fleurs naturelles comme au hasard.

Le petit salon tait moins encombr par les joueurs. Les danseuses y
venaient par moments se reposer de la foule, c'tait un charmant coup
d'oeil que cette lanterne magique, o passaient de gracieuses ttes
couronnes de fleurs, apparaissant comme pour se montrer dans ce lieu
retir, et dire: Je vous apporte ma toilette  voir, et je retourne 
ce bruit qui est mon plaisir.

Les bouquets  la main finissent,  la fin d'une soire, par semer leurs
dbris sur le parquet, et les femmes crasent de leurs petits pieds
chausss de satin les roses et les violettes. Les fleurs naturelles sont
portes avec lgance: il sort chaque jour plus de couronnes montes du
passage de l'Opra, o Lemoine s'est illustr, que de pots de jacinthes
et de bruyres.

C'est une mode charmante; la nature s'harmonise dans toutes ses parties,
et les leurs, vraies, sont douces au visage.


   Mercuriales.

   HALLE AUX CRAINS.
   FARINES.--Les 100 kilogrammes.
   lere qualit.  .....   32  34f.   Arrivages......     4 432 q. 70 k.
   2e     id...........   30  31  30 Ventes............    4,403  24
   3e     id...........   23  27     Restant  la halle.  26,130  01
   4e     id...........   17  22
   Cours moyen du jour, 31 f. 60c.--De la taxe, 31 f. 56 c.

   GRAINS.--L'hectolitre.
   Froment.................    18 f. 0 c..   20f. 65c.
   Seigle..................     9             10   35
   Orge....................    13             14   35
   Avoine..................    10             11   35
   Sarrasin ...............     9   55        10    --

   MARCHE DE POISSY.--9 Mars.
                  Amen.    Vendu    Poids m.      Le kilogramme.
                           sur pied

   Boeufs....   1,554     1,474      339 k.   1f. 2c.  1f. 20 c. 1f. 0c
   Vaches....     107       107      228      1  16    1            80
   Veaux.....     641       641       92      1  76    1   60    1  41
   Moutons...   6,198     6,198       23      1  48    1   50    1  12

   MARCHE  DE SCEAUX.--13 Mars.
   Boeufs....   1,422     1,561      540      1   22   1   12    1  04
   Vaches....     160       130      225      1   12       90       72
   Veaux.....     392      384        65      1   72   1   54    1   54
   Moutons...   7,663    6,809        22      1   42   1   26    1   04

   MARCH AUX CHEVAUX.--8 Mars.
   Il a t amen 538 chevaux, dont:
   De selle et de cabriolet...    112       Vendu 131, savoir:
   De trait...................    257  De 140    700 fr........   24
   Hors d'ge.................    147  De 260  1,010...........   49
   Non classs................     22  De 40     510...........   36
                                            Vendu aux enchres:
                                       De 50  310 fr...........   22

   MARCH AUX FOURRAGES.--3 Mars.
                                   Enfer.     Saint-Martin. Saint-Antoine.
   Foin,          1ere qualit   79  80 f.                   76  78 f.
   Paille de bl,     id.        52   53        53  54.     52  54

   VACHES GRASSES.--La Chapelle-Saint-Denis.--11 Mars.
   Amen 112 vaches.......    Vendu 108 de 1 f. 08c.  88c. le kilogramme.
   Amen  18 taureaux.....    Vendu  18 de 1           80        id.

   VACHES  LAITIERES.                  Amen.  Vendu.
   La Maison-Blanche........  11 mars.  48       23    210  450 f.
   La Chapelle-Saint-Denis..  14 mars.  90       39    240  259

   MARCH AUX SUIFS.
   Environ 1 fr. de baisse.
   Suif de place, les 50 kilos............    56 f.      57 f.
   Suif en branches,    id................    44         45
   Suif de Russie, sans acheteurs,            57   50    58
   Peu d'affaires; de la tendance encore  la baisse.

   BULLETIN COMMERCIAL,--MARCHS TRANGERS.
   BRUXELLES.--10 Mars 1843.
   Froment nouveau, l'hectolitre............      19 f. 30 c.
          --    tranger    id..............      17    50
   Seigle nouveau,          id..............      13    77
   Orge nouvelle,           id..............      11    24
   Avoine,                  id..............       8    05
   Graine de colza,         id..............      23    12
      --     de lin,        id..............      17    68
      --      --          de Riga  la tonne.      52    65
   Semences de trfle, le  kilog............            95
   Beurre de la Campine,   id...............       1    70

   PRIX MOYEN   DU   FROMENT   ET  DU SEIGLE.

   Du Lundi 27 Fvrier au Samedi 4 Mars 1843.
   Marchs rgulateurs.   Froment.     Hectol.   Seigle.      Hectol.

   Avlon.............                 21 f. 26 c..          17 f. 25 c.
   Anvers............                 20    49              17    15
   Bruges............                 18    53              13    27
   Bruxelles.........                 19    84              14    20
   Gand..............                 18    71              12    69
   Hasselt...........                 20    10              11    60
   Lige.............                 19    06              14    58
   Louvain...........                 20    15              14    52
   Namur.............                 20    09              15    57
   Mons..............                 19    33              12    52
   Prix moyen pour tout le royaume... 19    62    ........  14    18
   Le froment reste soumis au droit d'entre de 37 f. 50 c, et le seigle
    celui de 21 f. 50 c.  les 1,000 kilogrammes.
   Le droit de sortie sur l'une et l'autre crale reste fix  25 c. les
   1,000 kilogrammes.

   HASSELT.--7 Mars.
   Froment, l'hectolitre         20 f.      Avoine, l'hectol.    7 f. 60
   Seigle        id.             14   10    Beurre, le kil.      1    80
   Orge,         id.             10   60    Genivre, l'hectol.       66
   Sarrasin      id.             12   50

   LOUVAIN.--10 Mars.
   Froment, 1ere quai., l'hect.  20   85  Sarrasin, l'hectoll.  12    08
             2e qual..   id.     18   93  Graine de colza, id.  25    48
   Seigle, 1ere qual.    id.     13   09   -- de trfle, le kil.      85
      --    2e quai.,    id.     14   51  Genivre, l'hectol.         35
   Avoine pour fourrage, id.      7       Beurre, 1ere qual.
                                                       le kilog.  1   80
   Orge d'hiver,         id.     12   08

   GAND.--10 Mars.
   Froment blanc, l'hectol.   18   54 Escourgeon, l'hectol.      11    15
        --     roux, id....   18   03 Pommes de terre, les 100 k. 6
   Mteil,           id...    15   42 Tonneaux de lin.      id.  15
   Sarrasin,         id.      12   50    --    de navette,  id.   1    11

   ANVERS.--10 Mars.
   Graine de trfle rouge, le k.  88  Seigle de France, l'hecto.  15  08
      --       --   blanc,  id.   80  Orge du pays,       id.     11  65
      --  de chanv. de Riga id.   30  Avoine  brasser,   id.      8   5
   Froment tranger, roux et          Fves   chevaux.           10  58
             blanc l'hectol. 18   67  Houblon   d'Angleterre, les
   Seigle indigne, id.      13   65                 100 kil.     70

   TERMONDE.--6 Mars.
   Froment nouveau, l'hectol. 10   50  Huile de colza, jaune.     10  71
   Seigle,            id      13   50       --   de lin, id.      14  65
   Escourgeon         id      10   50

   AMSTERDAM.--8 Mars.
   Huile de colza, la tonne..............     68    25
    --   de lin, id.....................      66    40
    --   de chanvre, id.................      67    75



Correspondance

Nous sommes obligs, faute d'espace, d'ajourner  la prochaine livraison
nos rponses aux lettres qui nous sont parvenues depuis huit jours. Nous
avons rpondu directement  celles qui ne pouvaient souffrir aucun
retard.



EXPLICATION DU DERNIER RBUS.
DEUXIME LIVRAISON.

La colre (la colle R) est un grand vilain dfaut.

[Illustration: Rbus.]


ON S'ABONNE chez les Directeurs des postes rt des messageries, chez tous
les Libraires, et en particulier chez tous les _Correspondants du
Comptoir central de la Librairie._

A Londres, chez J. Thomas, 1, Finch Lane, Cornhill.

JACQUES DUBOCHET



Paris--Typographie SCHNEIDER, et LANGRAND, rue d'Erfurth, 1.









End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843, by Various

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
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Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


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Literary Archive Foundation

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increasing the number of public domain and licensed works that can be
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