The Project Gutenberg EBook of Souvenirs de Roustam, mamelouck de Napolon
Ier, by Raza Roustam

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Title: Souvenirs de Roustam, mamelouck de Napolon Ier
       Introduction et notes de Paul Cottin

Author: Raza Roustam

Release Date: August 25, 2010 [EBook #33534]

Language: French

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SOUVENIRS DE ROUSTAM

Mamelouck de Napolon Ier


INTRODUCTION ET NOTES DE PAUL COTTIN Bibliothcaire  l'Arsenal.


PRFACE de Frdric Masson de l'Acadmie Franaise.

PARIS

LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF




TABLE DES MATIRES


PRFACE


INTRODUCTION


I

Ma famille.--Mon pre nous quitte.--Je reste avec ma mre et mes
soeurs.--Guerre entre l'Armnie et la Perse.--Nous nous rfugions dans
une forteresse.--Dangers courus.--Mort de ma soeur Begzada.--Nous partons
rejoindre notre pre.--Spar des miens, pendant le voyage, je suis
vendu sept fois comme esclave.--Un marchand m'emmne  Constantinople et
me vend  Sala-Bey.--Mon arrive au Caire.--Sala Bey m'incorpore dans
ses Mameloucks.--Nous partons pour la Mecque.--A notre retour, nous
trouvons l'gypte occupe par les Franais.--Nous gagnons Saint-Jean
d'Acre, o Sala Bey est assassin par Djezzar-Pacha.--Mon retour au
Caire.--Le gnral Bonaparte autorise le sheik El Bekri  me prendre 
son service.--Le srail du cheik.--Je veux pouser sa fille.--Bonaparte
 Saint-Jean d'Acre.--Aboukir.--Scnes violentes avec un
Mamelouck.--Intemprance d'El Bekri.--Le champagne du prince
Eugne.--J'entre au service du gnral Bonaparte.


II

Dpart de Bonaparte pour Alexandrie.--En route, je charge les Arabes, ce
qui me vaut un poignard d'honneur du gnral en chef.--Embarquement pour
la France.--Mes inquitudes.--Le gnral me rassure.--Relche 
Ajaccio.--Une plaisanterie de mauvais got.--Dbarquement 
Frjus.--Berthier m'emprunte un sabre, cadeau du gnral.--Dpart de
celui-ci pour Paris.--Ses bagages et sa Maison prennent la route
d'Aix-en-Provence.--Notre convoi pill par des brigands.--J'cris au
gnral Bonaparte pour lui rendre compte de l'incident.--J'arrte de ma
main,  Aix, un des bandits.--Ma prsentation  Madame
Bonaparte.--Inquitude de Josphine pendant la journe du 18
Brumaire.--Murat et sa femme.--Le piqueur Lavigne.--Je fais une grave
chute de cheval.--Bont que le premier Consul et sa famille me
tmoignent en cette circonstance.--Mon portrait peint par Mme Hortense
de Beauharnais.--Le premier Consul s'oppose  mon mariage.--La
Malmaison.--J'apprends de Boutet l'entretien des armes  feu, et de
Lerebours celui des lunettes d'approche.--Bonaparte, empereur des
Franais.


III

Le manque d'appointements m'oblige  vendre un chle de
cachemire.--Colre de l'Empereur  cette nouvelle; il me fait donner un
traitement, puis le brevet de porte-arquebuse.--Berthier refuse de me
rendre mon sabre; l'Empereur me donne un des siens.--Il m'invite 
envoyer mon portrait  ma mre, et promet de la faire venir 
Paris.--Mes campagnes.--L'Empereur consent  mon mariage.--Campagne
d'Austerlitz.--Mariage du Vice-Roi d'Italie.--L'Empereur signe  mon
contrat et paye les frais de ma noce.--Son couronnement  Milan.--Je
rclame l'arrir de ma solde de Mamelouck et obtient mon cong de ce
corps.--Un cadeau de l'Empereur.--Danger par lui couru 
Ina.--J'apprends  Pultusk que je suis pre.--Eylau.--M. de
Tournon.--L'Empereur et le marchal Ney.--Friedland.--Entrevue de
Tilsitt.--La reine de Prusse et sa coiffure  la Roustam.--Ma
prsentation au tsar Alexandre.--Ftes de Tilsitt.--Dresde.--Mon retour
 Paris dans la voiture de l'Empereur.--Surprise agrable que ma femme
me mnageait.


IV

Corvisart, et l'Empereur: la canne de Jean-Jacques Rousseau.--Bourrienne
jug par Napolon.--Sa tendresse pour le roi de Rome.--Sa duret pour le
gnral Guyot.--Napolon intime.--Je fais pensionner le piqueur
Lavigne.--Le docteur Lanefranque.--Corvisart  Schoenbrunn.--Les
pistolets de l'Empereur.--Son voyage  Venise.--Passage du
Mont-Cenis.--Il dcachette les lettres de ma femme: avantage que son
indiscrtion me procure.--Les cygnes de la Malmaison.--Je manque me
noyer dans l'tang de Saint-Cucufa.--Le jeu de l'Empereur.--Napolon 
Fontainebleau.--Bruits de suicide.--Les diamants de la
couronne.--Pourquoi je n'ai pas t  l'le d'Elbe.--Je pars pour
Dreux.--Anecdotes: naissance du Roi de Rome.--L'empereur et mon
fils.--Mon service de nuit chez l'Empereur.--Bienveillance de Josphine
 mon gard.--Je lui dois de figurer dans le cortge du
Couronnement.--L'Empereur et son bottier.--Campagne de Russie:
Smorgoni.--Comprano.--Vilna.--Kovno.--Varsovie.--Posen.--Mon visage
gel.--Dresde.--Erfurt.--Mayence.--Le factionnaire des Tuileries.--Une
consultation du docteur Corvisart.


V

Ulm.--Nouveau danger couru par l'Empereur.--Mort du colonel
Lacue.--Construction de ponts sur le Danube.--L'Ile Lobau.--L'Empereur
fait sa toilette en plein air.--Essling.--Mort du marchal
Lannes.--Douleur de Napolon.--Ebersdorf.--Mon turban blanc, ayant servi
de point de mire  l'ennemi, manque faire tuer l'Empereur  mes
cots.--Les cerfs de l'Ile Lobau.--Massna bless.--Wagram.--La voiture
de Massna traverse par un boulet.--Campagne de Russie: de Moscou 
Molodetchno.--Les vivres de l'Empereur pills par ses soldats.--Mot de
lui  ce sujet.--L'Empereur et le marchal Berthier.


APPENDICES




PRFACE


Il parut,  ma connaissance, durant le dernier sicle, cinq recueils,
pour le moins, portant le titre de _Revue Rtrospective_: la premire,
celle de Taschereau, publia, en ses trois sries et ses vingt volumes,
de 1833  1838, d'admirables documents, rvlateurs surtout des moeurs
passes, touchant plus  la chronique qu' l'histoire, ouvrant par l
les voies  cette forme nouvelle qui ne sera plus l'histoire acadmique,
et s'efforcera d'atteindre  la fois plus de vrit et plus de ralit.
La seconde, qui eut aussi Taschereau pour diteur, portait pour
sous-titre: _Archives secrtes du dernier gouvernement_. Elle parut en
1848 et renferma presque uniquement des papiers vols aux Tuileries.
Elle fut quelque chose d'analogue  la publication des _Papiers de la
Famille Impriale_ qu'organisa, en 1870, le gouvernement de la Dfense
nationale. Seulement, entre Taschereau et les publicateurs des papiers
des Tuileries, il y avait cette diffrence que ceux-ci cherchaient des
armes contre l'Empire et s'efforaient  dcouvrir des lettres intimes
qui le dshonorassent, tandis que celui-l mettait au jour aussi bien ce
qui tait pour que ce qui tait contre le rgime de Juillet. Et ainsi
advint-il qu'un certain numro de ladite _Revue Rtrospective_ clata
comme une bombe sous le fauteuil du prsident du club de la Rvolution,
le citoyen Blanqui, et que de l sortirent des luttes quasi fratricides
entre les aptres de la Rvolution sociale, dont plusieurs, et non des
moindres, se trouvaient convaincus d'avoir touch de l'argent pour leurs
excellents rapports avec M. le prfet de police.

La troisime _Revue Rtrospective_ fut une personne modeste et qui n'a
point d'histoire. Eut-elle d'ailleurs plus d'un numro, j'en doute. Elle
parut au moins une fois, sur un papier qui avait l'air de venir de
Hollande, sous une couverture  escargots tout  fait sympathique. Elle
avait pour rdacteur, en chef et peut-tre unique, un brave garon
appel Abel d'Avrecourt, qui ne manquait point d'esprit, faisait des
vers  la Millaud ou  la Jollivet, et collaborait, je crois, au
_Figaro_. Voici bien des annes que je n'ous parler de lui et, en ces
temps lointains, il tait terriblement goutteux: qu'est-il devenu?

       *       *       *       *       *

La quatrime _Revue Rtrospective_, tout au contraire de la troisime,
eut une longue existence et qui ne fut point tourmente; lorsqu'elle eut
termin son vingtime volume, elle cessa sa publication, mais pour
reparatre, aprs quelques mois, sous couverture saumon, comme _Nouvelle
Revue Rtrospective_, et fournir encore vingt volumes. Sauf un temps
trs court o M. Paul Collin, qui l'avait imagine et cre, s'adjoignit
comme co-rdacteur M. Georges Bertin, elle vcut sous la direction
unique de son fondateur, lequel avait l'art de se faire ouvrir les
armoires les mieux closes et dterrait des documents prcieux dans des
demeures bourgeoises o nul ne se fut imagin qu'on pt en rencontrer.

M. Paul Cottin, qui avait dbut dans les bibliothques par un stage 
la Nationale et qui, depuis plus de vingt-cinq ans, remplit, avec un
zle auquel rendent grce tous les habitus, les fonctions de
bibliothcaire  la bibliothque de l'Arsenal, a publi, de son chef, un
livre excellent par la documentation, l'esprit et la rdaction: _Toulon
et les Anglais en_ 1793, et l'on aurait quelque peine  numrer les
curieux ouvrages qu'il a dits, allant des _Mmoires du duc de Cro_
(quatre volumes in 8, en collaboration avec M. le vicomte de Grouchy),
aux _Mmoires du sergent Bourgogne_, et des _Inscriptions_ de Restif de
La Bretonne,  l'ouvrage documentaire le plus neuf et le plus curieux
qu'on ait de longtemps consacr  _Mirabeau_: mais, durant vingt annes,
son ressort de travail, son outil de sondage, sa baguette de coudrier,
avait t sa _Revue Rtrospective_. C'tait par elle qu'il attirait les
pices historiques, les mmoires, les souvenirs; parfois les insrant in
extenso, parfois n'en prenant que des extraits et rservant l'ensemble 
une publication spciale. Combien de trsors y sont encore enfouis dont
nombre d'crivains, mme fort bien arms d'ordinaire, n'ont point
connaissance; pour ne citer que les _Mmoires d'Auger_, les _Lettres de
Villenave_, les _Souvenirs de Delescluze_.

       *       *       *       *       *

M. Paul Cottin n'tait pas pour rien l'lve, l'ami, l'excuteur
testamentaire de l'excellent et curieux Lordan Larchey, l'aimable
diteur de la _Revue Anecdotique_ et de la _Petite Revue_, le dcouvreur
de Coignet et de Fricasse, le compilateur du _Dictionnaire de l'Argot_,
le bibliophile sagace qui, en de petits, tout petits volumes, s'amusait
 imprimer,  quelques exemplaires, de petits papiers manuscrits qui
l'avaient fait rire et qu'il prtendait communiquer  des amis lecteurs.
M. Larchey tait d'abord un collecteur d'histoires, de bons mots et de
rparties. Il en formait ce qu'on et appel jadis des sottisiers; mais
 ces sottisiers il s'attachait de faon  y consacrer sa vie: il est
assez douteux qu'il y et introduit le plus rvlateur des documents, si
ce document n'avait point concern ce qu'il appelait l'histoire des
moeurs, et son tact, pour discerner les alluvions qu'avait apportes sur
les faits le besoin qu'prouve un homme de se raconter, n'tait point
infaillible; je ne dirai mme pas qu'il n'et point prfr l'alluvion,
si elle avait paru pittoresque.

Cela--n'est-ce pas?--est le grand danger en la matire que M. Paul
Cottin allait explorer. Il se renfermait dans les deux derniers sicles
et mme ne prenait-il gure le dix-huitime qu'en la seconde moiti. 
tout ce qui tait lettres, journaux, pices de procs, enqutes de
commissaires, nulle crainte de se tromper, ni d'tre tromp. Cela tait
ce que c'tait.  une date fixe, tel ou tel avait exprim tel
sentiment, subi telle algarade, prouv telle contrainte, obtenu tel
arrt. Mais, pour les mmoires et les souvenirs, comment distinguer les
lacunes ou les erreurs qui proviennent d'une mauvaise mmoire, d'une
volontaire ou involontaire dformation des faits?

Il m'est apparu--et  quiconque a lu beaucoup de mmoires, il
apparatra--que, sauf un nombre de cas infiniment rares, le mmorialiste
crit sous l'influence d'un dlire: dlire des grandeurs, dlire des
perscutions, dlire gnsique; le plus souvent dlire des grandeurs,
auquel se mle et se subordonne le dlire des perscutions, et que
saupoudre  des passages le dlire gnsique. Le plus beau cas, dans les
livres rcemment publis, est celui du gnral Thibault, qui runit et
fait fleurir les trois dlires sous un mme bonnet; mais Marbot en est
aussi un joyeux exemple et les rcentes investigations sur sa vracit
qu'a publies M. Chuquet dans les _Feuillets d'histoire_; les
contradictions o il est tomb avec quiconque, ayant servi avec lui, a
tmoign des vnements; les dmentis qu'il a subis, en particulier sur
le rle des Suisses  la Grande Arme; l'ignorance volontaire o cet
homme qui parle si volontiers de lui-mme, laisse le lecteur de
l'pisode le plus intressant de sa vie--sa proscription de 1815--tout 
la fois le montre construisant un Marbot qu'il fera passer tel quel  la
postrit. Mais, s'il y a chez lui une part de travail conscient, on ne
saurait douter qu'il n'y ait une large mesure d'impulsivit; et que,
dans ses rcits, les deux dlires essentiels ne forment des facteurs
qu'il est impossible de ngliger.

       *       *       *       *       *

Dans les mmoires qu'a publis M. Paul Cottin, la plupart ressortiraient
 cette loi, car, trs rarement, sont-ils assez objectifs pour ne la
point subir: ds qu'un homme parle de lui-mme et se raconte, c'est pour
s'exalter (mgalomanie) ou pour expliquer les causes qui l'ont empch
d'arriver aux postes dont il tait digne et pour revendiquer telle ou
telle action, telle ou telle invention dont il fut frustr
(perscution). Mme les hommes qu'on estimerait le plus raisonnables, le
moins susceptibles d'emballement inconsidr, lorsqu'il s'agit de leurs
propres mrites, de leur dfense ou de leur apologie, sortent des rails
et ne se possdent plus. Il ne conviendrait donc d'ajouter foi aux
mmoires qu'en tant que tmoignages dsintresss, o la personnalit du
narrateur parat le moins possible et o il n'a  chercher aucun
avantage devant la postrit. Mais qui donc ne s'efforce  se guinder, 
se rendre intressant et pourquoi, sans ce mobile, crirait-on? Mme
lorsqu'on est soi-disant  crire pour soi seul et pour ses enfants, ne
cherche-t-on pas  prendre une attitude et  se donner une contenance?
Il faut donc,  mon got, demander aux mmorialistes plutt l'atmosphre
o les vnements se produisent que leur prcision; des traits de
caractre qu'ils ont jets  et l sans prtention et parce que leur
imagination en avait t frappe; des moeurs, des formes de costume, des
indications d'habitudes. Mme se faut-il mfier des questions, des
rponses, des paroles,  moins qu'elles ne jaillissent des
circonstances, qu'elles ne soient rapportes, semblablement ou  peu
prs, par quelque autre tmoin,  moins qu'on n'en trouve l'cho en des
lettres ou en des journaux. Sous ces rserves, il y a vraisemblance
qu'on puisse avoir chance de ne pas tre entirement tromp; mais il y
aura toujours trop de dveloppements et trop de sauce autour d'un
poisson qui peut tre mdiocre.

       *       *       *       *       *

 l'poque de la Restauration, il s'tait constitu pour exploiter
l'pope, un certain nombre d'usines qui n'taient point sans
communication les unes avec les autres, et o l'on fabriquait des
mmoires. De ces usines, les unes, comme l'usine La Mothe-Langon,
travaillaient de gnie ou de sottise. Elle n'avait besoin, pour imaginer
les mmoires de _Napolon_, de _Louis XVIII_, d'_Une Femme de qualit_,
de la _Comtesse d'Adhmar_, la _Duchesse de Berry_, la _Comtesse du
Barry_, _Sophie Arnould_, _Mlle Duth_, la _Vicomtesse de
Fars-Fausse-Landry_, et combien, combien d'autres!--que des potins
courants ou courus depuis vingt ans, des journaux parus  Londres ou 
Hambourg et d'un certain jeu d'anecdotes qu'on retrouvait identiques
dans la plupart des livres de cette marque. Ainsi, lorsqu'on voit
arriver les historiettes sur l'vasion du Dauphin, les plaintes sur ce
jeune infortun auquel Napolon et Louis XVIII s'obstinent galement 
ne pas restituer le trne de ses pres, on peut tre assur, quels que
soient l'diteur, le pseudonyme de l'auteur et le lieu d'impression,
qu'on touche au La Mothe-Langon.

Courchamp ne dbite qu'une sorte de gteaux o il faut tcher de ne pas
se laisser prendre, mais qui au moins ont quelque agrment.

Puis viennent ceux qui s'adonnent particulirement au Consulat et 
l'Empire, les fabricants des _Mmoires de Constant_, de _Bourrienne_, de
la _Contemporaine_, de _Blangini_, de _Mlle Avrillon_, de _Talleyrand_,
etc. On cite parmi eux MM. J.-B. de Roquefort, Mliot frres, Luchet,
les deux Nisard, Villemarest, Lesourd, Malitourne, Amde Pichot, Ch.
Nodier, mais le metteur en oeuvres principal est Villemarest, et il est
chef d'quipe. Dans son quipe, il a des crivains trs distingus qui
ont vu beaucoup de choses, qui ont travaill sur des pices qui leur
avaient t remises, sur des rcits authentiques auxquels ils ont ajout
une sauce trop abondante parfois, trop claire, et qui fait douter de la
vridicit des rcits, alors que, si l'on parvenait  se procurer le
canevas sur lequel le teinturier a brod, elle serait entire et
dcisive. Retrouvera-t-on jamais le texte original rdig par Constant
et par Mlle Avrillon? J'en doute et cela me peine. Mais tout le moins,
M. Paul Cottin a retrouv, il a imprim dans sa _Revue rtrospective_,
il va publier en volume le manuscrit de Roustam; les papiers couverts
d'une criture difficilement dchiffrable, aussi bien  cause de
l'irrgularit des caractres que des folies de l'orthographe, les
papiers sur qui,  la sollicitation, sans doute, d'un des usiniers dont
j'ai parl, Roustam crivit les faits qui l'avaient frapp. On ne lui
demandait point de dployer du style ni de la littrature, en quoi l'on
avait raison, mais on lui demandait de dire platement ce qu'il avait vu,
ce qu'il avait entendu, ce qu'il avait retenu, tant au service de
Napolon.

       *       *       *       *       *

Ce mamelouck, brute ignare, qui avait plus qu'homme au monde
physiquement approch l'Empereur depuis 1798 jusqu'en 1814, cet tre le
moins capable de reconnaissance et de dvouement, ce laquais, en qui la
bassesse du mtier s'agrmentait d'une pointe de cruaut orientale,
savait voir, presque autant qu'il savait compter. Il trace, des choses
qu'il a regardes, un tableau qui, pour sommaire qu'il est, n'en retient
pas moins les traits essentiels et mme lorsque, par son apologie--ce
qu'il ne fait qu'une fois, lors de sa trahison  Fontainebleau en
1814,--il est amen  mentir, il fournit des dtails qui ont un intrt.
Certes, il cle son voyage  Rambouillet en sortant de Fontainebleau, et
l'interrogatoire que lui fit subir, ainsi qu'au valet de chambre
Constant, Mme de Brignole, en vue d'carter Marie-Louise de son poux en
obtenant des racontars sur de prtendues infidlits de l'Empereur;
certes, il se trompe sur les dates lorsqu'il place l'interrogatoire
qu'il subit de la part d'envoys du comte d'Artois au sujet des diamants
de la Couronne remis par M. de La Bouillerie  Napolon; mais cela
claire la mission du prtendu colonel marquis de Lagrange et cet
pisode du gouvernement des Vivres-Viande, ce gouvernement de fortune
qui inaugura si noblement la Restauration!

 mesure que j'ai davantage approfondi les dtails, j'ai constat que
Roustam ne s'cartait gure de la vrit et j'ai apprci mieux ses
mmoires, dont je suis heureux de saluer la publication en volume.

Quant  l'homme, voici quelques lignes de ce que j'crivais sur lui en
1894, dans mon livre: _Napolon chez lui_, et j'ai peu de chose  y
ajouter.

Roustam le Mameluck est clbre. L'Empereur l'avait reu en gypte du
sheik El-Bekri, l'avait ramen en France, lui avait fait apprendre 
Versailles, chez Boutet,  charger les armes et le menait partout... 
toutes les parades, dans tous les cortges, on le voyait, vtu
d'tonnants costumes, couvert de broderies, coiff de toques en velours
bleu ou cramoisi, brod d'or, et surmontes d'une aigrette, galopant sur
un cheval au harnachement oriental et faisant sonner son sabre. Pour le
Sacre, ses deux costumes, qu'Isabey avait dessins, avaient cot 9.000
francs. Roustam tait pay, comme mamelouck, 2.000 francs; avait de plus
2.400 francs comme aide porte-arquebuse et les gratifications doublaient
au moins ses gages. Aprs chaque campagne, 3.000 francs; au jour de
l'An, 3.000, 4.000, 6.000 francs; en l'an XIII, 500 livres de rente; 
Fontainebleau, en 1814, outre un bureau de loterie, 50.000 francs
d'argent. Lorsqu'il se maria, en 1806,  la fille de Bouville, valet de
chambre de l'Impratrice, ce fut Napolon qui paya son dner de noces,
1.341 francs. Tout cela, et tout l'or des poches vides, tout l'or des
gains au jeu jet  son apptit, n'empcha point, en 1814, le mamelouck
de suivre dans la dsertion son camarade Constant... J'ai racont
comment, en 1815, il avait demand  rentrer dans la chambre de
l'Empereur et comment l'Empereur avait rpondu  Marchand qui lui
prsentait la supplique: C'est un lche; jette-la au feu et ne m'en
parle jamais.

Il tait surtout inconscient: de sa domesticit, il avait tir tout
l'argent qu'il avait pu; il en tirait encore en allant s'exhiber en
Angleterre sous sa dfroque de mamelouck; il en et tir en vendant ses
souvenirs, mais la spculation ne russit point et c'est bonheur; car
les usiniers n'ont point pass par l et le rcit de Roustam a conserv
ainsi toute sa saveur, son intrt et sa curiosit.

FRDRIC MASSON.




INTRODUCTION


Au dbut du XIIIe sicle, douze mille esclaves ou Mameloucks[1] furent
achets en Circassie par le sultan d'gypte pour en former sa garde.
Acquisition qui allait coter cher  son successeur, car vingt ans plus
tard (1250), indigns du trait conclu avec le roi de France par leur
nouveau sultan, les Mameloucks l'assassinrent et lui substiturent un
de leurs chefs.

Ils gouvernrent la contre jusqu'en 1517, anne o Slim Ier, sultan
ottoman, les attaqua, les dfit, et runit l'gypte  son empire.

Vingt-quatre de leurs Beys n'en restrent pas moins  la tte des
provinces: ils taient chargs de contenir les Arabes, de percevoir les
impts, de diriger la police.

Au XVIIIe sicle, les Mameloucks sont au nombre de 8  9000. Ils
continuent  se recruter parmi les esclaves circassiens, et forment une
redoutable cavalerie, dont Bonaparte n'aura raison que grce 
l'habilet de sa tactique et au courage de ses soldats.

Dans tout l'Orient, dit le _Mmorial de Sainte-Hlne_, les Mameloucks
taient des objets de vnration et de terreur. C'tait une milice
regarde, jusqu' nous, comme invincible.--Deux Mameloucks tenaient
tte  trois Franais, parce qu'ils taient mieux arms, mieux monts,
mieux exercs; ils avaient deux paires de pistolets, un tromblon, une
carabine, un casque avec visire, une cotte de mailles, plusieurs
chevaux et plusieurs hommes de pied pour les servir. Mais cent cavaliers
franais ne craignaient pas cent Mameloucks. Trois cents taient
vainqueurs d'un pareil nombre. Mille en battaient quinze cents, tant est
grande l'influence de la tactique, de l'ordre et des volutions! Murat,
Leclerc, Lasalle se prsentaient aux Mameloucks sur plusieurs lignes.
Lorsque ceux-ci taient sur le point de dborder la premire, la seconde
se portait  son secours par la droite et par la gauche. Les Mameloucks
s'arrtaient alors et convergeaient pour tourner les ailes de cette
double ligne; c'tait le moment qu'on saisissait pour les charger: ils
taient toujours rompus[2].

C'est ainsi qu'aux batailles de Namangeh, de Chebreis et des Pyramides,
Bonaparte crasa les cavaliers des beys Ibrahim et Mourad, qui se
partageaient le pouvoir.

Aprs le sige de Saint-Jean d'Acre, beaucoup d'indignes qui avaient
second les Franais, redoutant la vengeance de Djezzar-pacha, dfenseur
de la ville, les suivirent dans leur retraite en gypte, et
sollicitrent un emploi dans leurs rangs. Le gnral Bonaparte en forma
deux compagnies qui furent recrutes parmi les meilleurs cavaliers.
Organises par dcret du 1er messidor, an VIII (20 juin 1800), elles
prirent le nom de _Compagnies de Janissaires  cheval_. Elles se
composaient de Mameloucks, de Syriens et de Coptes.

L'une d'elles avait t offerte au gnral en chef par le sheik de
Chefa-Omar, lieu voisin de Saint-Jean d'Acre, qui l'avait leve presque
entirement  ses frais. Ce gnreux ami de la France, cet ennemi du
froce Djezzar-Pacha s'appelait Jacob Hababy[3].

En rcompense, d'un dvouement dont la perte de tous ses biens, qui
taient considrables, avait t la suite, il fut nomm capitaine, ds
le 14 octobre 1799, et devint successivement chef d'escadrons, puis chef
de brigade, quelques mois aprs. En 1802, il quitte le service, et
rejoint  Melun sa famille, qui fait partie des rfugis. En mme temps,
il reoit une pension de retraite de 4.000 francs qui, en 1808,
s'augmente d'une dotation de 1.000 francs. Il devient lgionnaire en
mars 1814, se voit lev, par la Restauration, au grade de colonel,
affect, le 5 juin 1815, au commandement de la place de Melun, enfin
cr chevalier de Saint-Louis en 1821.

       *       *       *       *       *

Les Janissaires taient sous les ordres d'officiers indignes. Bonaparte
avait choisi ceux-ci parmi les plus dvous  sa cause, parmi les plus
instruits et les plus aptes, en raison de leur connaissance des langues
du pays,  lui servir d'interprtes. Les ministres de Louis-Philippe
s'en souvinrent quand, au dbut de la guerre d'Algrie, en 1830, ils
mirent trois d'entre eux, Jacob Hababy, Soliman Salam et Jean Renno 
la disposition du marchal Clauzel, qui demandait des interprtes
possdant l'arabe et le turc.

 l'poque du rapatriement de l'arme d'gypte, les Janissaires avaient
sollicit l'autorisation de passer la mer avec elle, et mme d'emmener
leurs familles, pour lesquelles ils craignaient les reprsailles de
leurs compatriotes. Leur demande fut agre par Bonaparte: se souvenant
de Toulon en 1793, il tait peu soucieux d'imiter la conduite des
Anglais et des Espagnols qui, lors de l'vacuation de cette ville, et
malgr leurs promesses, avaient abandonn les trois quarts de la
population  la vengeance des Conventionnels[4]. En touchant la terre
franaise, ces rfugis furent dirigs sur Marseille. Ils y restrent
jusqu'en mars 1802, poque o on les dirigea sur Melun, avec l'escadron
des Mameloucks dont il va tre parl ci-aprs. Ils furent ramens 
Marseille en avril 1806[5].

Bonaparte n'oubliait point les hommes qui lui avaient donn des preuves
de fidlit,  quelque nation qu'ils appartinssent: devenu Premier
Consul, et voulant s'entourer d'une Garde, il arrta,  cet effet, le 13
octobre 1801, la formation d'un escadron de 240 Mameloucks et l'envoi 
Marseille, o ceux-ci se trouvaient encore, du chef de brigade Rapp,
afin de pourvoir  son organisation et d'en prendre le commandement.

Trois mois aprs, le 7 janvier 1802, nouvel arrt ramenant ce nombre 
150: Il leur sera donn, y lisait-on, le mme uniforme que portent les
Mameloucks, et, pour marque de rcompense de leur fidlit, ils
porteront le cahouck et le turban verts.

La ville de Melun, nous l'avons dit, leur avait t assigne pour
garnison. Les magasins de la Rpublique reurent l'ordre de leur fournir
un armement complet, c'est--dire une carabine, un tromblon, deux paires
de pistolets, un sabre  la Mamelouck, un poignard, une masse d'armes,
une poire  poudre.

C'est  cette poque--exactement le 23 mars 1802, que, tout en
conservant ses fonctions prs de Bonaparte, Roustam fut admis dans le
corps des Mameloucks de la Garde[6].

Le 15 avril 1802, fut fixe la composition des cadres de l'escadron et
sa solde,  laquelle les rfugis devaient prendre part, sous condition
que leurs enfants entreraient au service ds l'ge de seize ans.

Tous les officiers[7],  l'exception du chef de brigade commandant, et
des officiers de l'tat-major, taient choisis parmi les indignes.

Quelques mois plus tard, de nouvelles dcisions[8] rduisirent
l'escadron  une compagnie de 125 hommes, officiers compris, la
placrent sous la haute direction du colonel des Chasseurs de la Garde
et l'attachrent  ce rgiment qu'elle allait suivre, dsormais, dans
toutes ses campagnes.

Le commandant de la compagnie des Mameloucks tait alors Delaitre,
remplaant Dupas qui, lui-mme, avait succd  Rapp.

Les Mameloucks rforms pour cause de vieillesse, de maladies, etc.,
furent assimils aux rfugis et envoys avec eux  Marseille. Mesure
qui augmenta le nombre de ceux-ci dans des proportions considrables: en
1811, le chiffre des rfugis s'levait  458 personnes.

D'autre part, les dcs creusaient de nombreux vides dans les rangs:
pour les combler, on y admit des Europens. Toutefois, c'est seulement
vers 1809 que des noms europens--franais ou autres--commencent 
figurer sur la liste des Mameloucks.

En 1813, nouvelle transformation de la compagnie en escadron, et
nouvelle augmentation de l'effectif, qui est port  250 hommes. De
plus, fidle  sa coutume d'honorer les anciens services, Napolon
arrte que les vtrans seront dsigns _premiers Mameloucks_ et
continueront  jouir de leur solde, tandis que les nouveaux, ou _seconds
Mameloucks_, ne toucheront que la solde de la cavalerie de ligne, avec
le supplment accord aux troupes de Paris.

Les vnements de 1814 entranrent la suppression de ce corps d'lite.
Un certain nombre de Mameloucks, parmi lesquels on a le regret de ne
point compter Roustam, suivirent l'Empereur  l'le d'Elbe. C'taient,
pour ne citer que les orientaux: Sraphin Bagdoune, lieutenant de Jeune
Garde depuis 1813; Pietro Rudjri, marchal des logis qui, ds le retour
en France fut promu lieutenant de Chasseurs; Masserie Mikael et Nicole
Papaouglou[9]. Ils formrent, avec les autres cavaliers qui avaient
accompagn leur souverain, l'_Escadron Napolon_.

Celui-ci, dans sa rorganisation de la Garde, en 1815, ne rtablit point
les Mameloucks; il dcida, au contraire, qu'aucun tranger n'y serait
admis[10]. Leurs officiers n'en furent pas moins verss dans les
rgiments de cavalerie de la Garde. Quant  la seconde Restauration,
elle continua  les employer dans leurs grades et accorda mme de
l'avancement et des croix de Saint-Louis  ceux qui ne s'taient pas
prononcs trop ouvertement en faveur de l'Usurpateur.

       *       *       *       *       *

Depuis l'An VIII, poque de leur cration, jusqu' la fin de l'Empire,
les officiers placs  la tte des Mameloucks, n'ont cess de se
signaler par leur valeur; le capitaine Chahin comptait douze campagnes
et trente-sept blessures. Il avait pris une pice de canon, sauv la vie
du gnral Rapp et celle d'un chef d'escadrons  Austerlitz. Le colonel
Jacob Hababy, qui se connaissait en courage, ayant eu lui-mme le corps
travers d'une balle en gypte, lui donna sa fille en mariage.

Abdallah Dasbonne avait fait vingt campagnes et reu cinq blessures.
Sans lui, le gnral Kirmann et trouv la mort,  Altenbourg.

Jean Renno avait,  son actif, 17 campagnes et plusieurs actions
d'clat, ayant fait cent prisonniers, aprs une charge, en Espagne, pris
un canon  Courtray, en 1814, et captur ou mis hors de combat, avec
quelques hommes, un peloton de cavaliers prussiens.

Les tats de services de Soliman Salam, d'lias Massad, de Daoud
Hababy, frre de Jacob, en un mot de la plupart des officiers
mameloucks ne le cdent gure  ceux dont nous venons de parler. Les
sous-officiers, les soldats se montrent dignes de leurs chefs: le
marchal des logis Armnie Ouannis, le mamelouck Michel Hongrois[11],
sont couverts de blessures, et dcors de la Lgion d'honneur, ainsi que
le marchal des logis Armnie Tunis, les mameloucks Cham Ayoub,
Masserie Achmet, Mouskou Soliman, Joarie Drisse.

Avec Roustam, Napolon avait ramen d'gypte et attach  sa Maison un
mamelouck nomm Ali dont il fut bientt contraint de se dfaire  cause
de son mauvais caractre. Il le remplaa par tienne Saint-Denis qui,
bien que n  Versailles, fut,  son tour, appel Ali. Plus fidle que
son collgue gorgien, il suivit son matre non seulement  l'le
d'Elbe, mais encore  Sainte-Hlne, o l'illustre prisonnier
l'inscrivit au nombre de ses lgataires.

L'Empereur ne fut pas le seul  prendre des Mameloucks  son service: le
prince Eugne, le marchal Bessires qui, tous deux, avaient fait la
campagne d'gypte, s'taient attach, le premier Mirza, le second,
Ptrous[12].

Beaucoup de ces Orientaux ignoraient--ou feignaient d'ignorer--leurs
vrais noms. Dans ce cas, on les dsignait, sur les contrles militaires,
par celui de leur pays d'origine, en y ajoutant un prnom. Quelques
ngres du Darfour ou d'Abyssinie, se trouvaient parmi eux. Les
dserteurs n'taient point nombreux. Ceux qu'on portait comme tels sur
les tats rgimentaires rejoignaient souvent leur corps au bout d'une
anne ou deux. gars ou prisonniers  l'tranger, ils rentraient ds
qu'ils taient libres de le faire. Une mention frquente, sur le
registre matricule, est celle-ci: En arrire, sans nouvelles. Elle se
multiplie en 1812. Pouvait-il en tre autrement, et ces hommes, ns sous
des climats chauds, n'ont-ils pas eu, s'il est possible, plus  souffrir
que leurs camarades du Nord, des rigueurs de la retraite de Moscou?

       *       *       *       *       *

L'uniforme des Mameloucks, dit M. Five[13], tait un riche costume
turc qui variait, pour les diffrentes tenues, selon le got et le
caprice de leur commandant. Ils portaient ordinairement le turban bleu 
calotte rouge, surmont d'un croissant en cuivre jaune; la veste,
couleur bleu de ciel, taille  la mode orientale avec olives, galons et
passementeries noirs; le gilet tait rouge sans passementerie, et la
ceinture  noeuds en laine verte et rouge; le pantalon rouge, extrmement
large, dit _ la mamelouck_, et les bottines jaunes.

Ils taient arms d'un sabre  la turque, d'une espingole qu'ils
portaient comme la carabine, de deux pistolets et d'un poignard  manche
d'ivoire passs dans la ceinture. Ils avaient, en outre, une petite
giberne orne d'un aigle en cuivre jaune suspendue  un baudrier de cuir
noir verni.

Toutes les garnitures d'armes et celles du harnachement du cheval,
ainsi que les perons, taient en cuivre jaune; la selle  haut pommeau
et  dossier; les triers  la turque.

L't, les Mameloucks portaient le pantalon blanc en toile et le turban
de mousseline blanche.

L'tendard, de forme turque, se terminait par une queue de cheval
noire, surmonte d'une boule de cuivre dor.

C'est dans les rangs de cette brillante troupe que comptait Roustam.

N vers 1780,  Tiflis, capitale de la Gorgie, Roustam Raza tait g
de sept ans, quand, faisant route avec sa mre et ses soeurs, pour
retrouver son pre tabli ngociant en Armnie, il fut pris par les
Tartares, et sept fois vendu comme esclave. Son dernier matre le
conduit  Constantinople, puis au Caire, o il entre, comme Mamelouck,
au service de Sala Bey. Emmen par celui-ci, avec cinq cents de ses
camarades, en plerinage  La Mecque, il trouve,  son retour en gypte,
le Caire occup par les Franais.

Sala Bey dirige alors ses hommes sur Saint-Jean d'Acre, dans le dessein
de renforcer les troupes de Djezzar-pacha, dfenseur de la ville. Mais,
irrit d'apprendre que Sala n'a point livr un dernier combat aux
Franais, Djezzar l'empoisonne.  cette nouvelle, Roustam se hte de
regagner le Caire, o il entre au service d'un sheik dvou au gnral
Bonaparte, El Bekri, puis  celui du gnral lui-mme, qui l'emmne en
France, et ne se spare plus de lui, dsormais. Roustam couche, en
effet, la nuit, dans une chambre voisine de la sienne, et le suit dans
toutes ses campagnes.

Aussitt dbarqu  Frjus, Bonaparte prend le chemin de Paris. Il
laisse Roustam voyager  petites journes avec ses bagages et ses gens.
 quelques lieues d'Aix, le convoi est attaqu par des brigands que,
dans une lettre dont la navet parat avoir fait la joie de Napolon et
de Josphine, notre Mamelouck dsigne  son matre sous le nom d'Arabes
franais.

Toute la famille impriale lui donne bientt des tmoignages d'amiti
non quivoques: le Premier Consul et son pouse lui prodiguent leurs
soins aprs un grave accident de cheval dont il a t victime;
Mademoiselle Hortense, la future reine de Hollande, fait son portrait
pendant sa convalescence, et lui chante de jolies romances pour
l'empcher de s'endormir pendant les poses.

Par une juste rciprocit, Roustam ne marchande pas son dvouement  ses
protecteurs; mme il se montre si dsintress qu'il faut trois annes 
Bonaparte pour s'apercevoir--non sans colre contre le chef de ses
finances--que son Mamelouck n'a pas encore touch d'appointements! Il
les fixe, aussitt,  1200 livres, et le nomme,  quelque temps de l,
son porte-arquebuse (il tait dj charg de l'entretien de ses armes),
avec 2400 livres de pension. Enfin, il le fait inscrire pour une rente
perptuelle de 500 livres.

Ces mesures de justice inspirent  Roustam le dsir d'en obtenir
d'autres: indign, non sans raison, de voir l'officier payeur du corps
des Mameloucks, dont il continue  faire partie, lui retenir, depuis
trois ans, la solde  laquelle il a droit, il l'oblige  rendre ses
comptes, puis il demande et obtient son cong (1806).

Aprs la campagne d'Austerlitz, il pouse la fille de Douville, premier
valet de chambre de Josphine. Et non seulement l'Empereur autorise
cette union, mais il signe au contrat et paye les frais de la noce.

Roustam accompagne l'Empereur en Prusse et en Pologne.  Ina, une
mprise des avant-postes franais, dont ils essuient ensemble le feu,
manque leur tre fatale. Mme aventure dans l'le Lobau, o la partie
blanche du turban de Roustam attire sur l'Empereur, et sur lui-mme, le
feu de l'ennemi.  Eylau, il ne doit la vie qu' un aide de camp de
Murat qui l'empche de s'endormir dans la neige. Il assiste  la
bataille de Friedland et passe  Tilsitt, avec la Garde, la revue du
tsar Alexandre. Il a le visage gel, pendant la retraite de Russie, et
rentre en France dans la voiture de l'Empereur.

Les _Souvenirs_ de Roustam sont fertiles en anecdotes sur les grands
soldats de l'Empire, tels que Lannes, Massna, Berthier, Murat, le duc
de Vicence, le marchal Duroc, etc.

La vie intime de l'Empereur aux Tuileries et  la Malmaison est par lui
peinte au vif, et la navet mme de son pinceau donne de la vie et de
la couleur  ses esquisses: il montre Napolon soucieux de l'intrt de
ses serviteurs, au milieu des plus graves proccupations; leur faisant
rendre justice quand ils sont victimes de l'iniquit, les faisant
soigner et les visitant lui-mme, quand ils sont malades. L'Empereur
pense  tout: il veut que Roustam envoie  sa mre son portrait en
miniature par Isabey. Il va plus loin: il promet 10.000 livres de
rcompense et le remboursement de ses frais de voyage  un voyageur
armnien qui offre d'amener cette femme en France--projet qui,
d'ailleurs, ne se ralisa point.

C'est dans cette bont d'me, autant que dans le prestige de son gnie,
qu'il faut chercher l'explication des dvouements dont le grand homme
fut l'objet, jusqu' sa mort, de la part de ses plus humbles serviteurs.

Signalons, parmi les passages relatifs aux moeurs et au caractre de
Napolon, des anecdotes sur la naissance du Roi de Rome, et sur l'amour
de son pre pour les enfants. Il aime  plaisanter avec le fils de
Roustam, dont il avait salu la naissance, aprs la bataille d'Eylau, en
disant  celui-ci: C'est bien, j'ai un Mamelouck de plus, il te
remplacera!

Curieuses sont les conversations de l'Empereur avec le docteur
Corvisart, qu'il ne cesse de traiter plaisamment de charlatan. Elles
confirment ce qu'on savait de son scepticisme en fait de mdecine,
scepticisme qu'en dpit de sa profession, Corvisart n'tait, parat-il,
gure loign de partager.

Un jour,  la Malmaison, Roustam entend son matre lui demander une
carabine pour tirer, des fentres du chteau, sur les cygnes de la pice
d'eau: indignation de Josphine qui veut faire respecter ses beaux
oiseaux et proteste avec vhmence; embarras de Roustam qui ne sait
auquel entendre, et vive hilarit de l'Empereur, enchant de sa
confusion. L'illustre conqurant a toujours conserv, dans son
caractre, un fonds d'espiglerie.

Jusqu'aux adieux de Fontainebleau, la conduite de notre Mamelouck envers
son souverain ne laisse rien  dsirer. L'amiti dont celui-ci ne cesse
de l'honorer suffit  en fournir la preuve. Mais,  cette poque,
Roustam ne justifie que trop le _Donec eris felix..._ du pote. Quand
vient le dpart pour l'le d'Elbe, il ne suit point son bienfaiteur! Et
les explications qu'il donne de son abstention ne servent qu' le
confondre: le bruit rpandu dans Fontainebleau d'une tentative de
suicide de l'Empereur, d'une part; l'impossibilit de trouver des
chevaux pour essayer de le rejoindre  Frjus, de l'autre, sont des
prtextes qui ne sauraient tromper personne.

La vrit est qu' l'instar de plus d'un ancien serviteur de Napolon,
Roustam a soif de repos, soif de la vie de famille: c'est l, et l
seulement qu'il faut chercher les raisons de sa dfaillance.

La Restauration allait-elle, du moins, lui procurer le calme et la
tranquillit rvs? Non, et Roustam s'en aperut bientt: en proie  la
surveillance de la police que sa qualit d'attach  la Maison du
souverain dchu rendait mfiante, il jugea prudent de quitter Paris, et
de se rfugier  Dreux, d'o il ne revint que quatre mois aprs.

Tout  coup, l'Empereur reparat en France: ses compagnons de gloire se
lvent  sa voix, ses lgions se reforment, et c'est en triomphe qu'il
rentre  Paris. Roustam, dans l'espoir que l'Empereur ne lui tiendra pas
rigueur de sa faiblesse, lui fait prsenter par Marchand une demande
d'emploi. Elle est mal reue: C'est un lche! est-il rpondu au fidle
valet de chambre. Jette cela au feu et ne m'en reparle jamais![14]

Et Roustam comprend qu'il n'a plus qu' se faire oublier!

Un jour, cependant, aprs la seconde Restauration, la police du Roi, qui
ne le perd point de vue, constate, avec motion, que, par deux fois, il
vient de traverser la Manche! L'alerte est de courte dure. On ne tarde
point, en effet,  apprendre que le but des voyages de Roustam, est de
se produire, en costume de Mamelouck, dans les spectacles de
Londres[15]! Triste mtier, assurment, mais il fallait vivre, et les
pensions de l'Empereur ne lui en fournissaient plus les moyens!
Convenons, toutefois, qu'il et pu et d en trouver d'autres.

En 1825, il habite,  Dourdan, ville natale de sa femme, une maison
spacieuse o il a pour voisin le pre de Francisque Sarcey, qui dirige
un pensionnat[16]. Son existence s'y coule entre sa femme, qui a obtenu
une recette des Postes, son beau-pre et sa belle-mre. Son fils Achille
s'est fix  Paris, o il a trouv une place au _Journal officiel_. Sa
fille a pous un huissier de la capitale, M. B... Et c'est  Dourdan
que l'ancien Mamelouck meurt le 7 dcembre 1845,  l'ge de
soixante-quatre ans[17].

Le manuscrit de ses _Souvenirs_ nous a t communiqu par un peintre
distingu, ami des tudes historiques, M. Pierre Beaufeu, pour tre
imprim dans notre _Revue rtrospective_, o il a vu le jour pour la
premire fois en 1888. M. Beaufeu le tenait des hritiers de M. B...,
gendre de Roustam, qui lui en avaient fait hommage, ainsi que du
portrait de ce dernier. Nous ne saurions assez le remercier de
l'affectueux empressement avec lequel il a mis l'un et l'autre  notre
disposition.

Le portrait, attribu  Gros, est un tableau  l'huile, et fait,
aujourd'hui, partie des collections du muse de l'Arme, auquel il t
donn par M. Beaufeu. Nous l'avons reproduit en tte de ces pages. Il
reprsente Roustam dans son costume d'apparat, et fixe, sans
contestation possible, puisqu'il mane de sa famille, ses traits, qui se
retrouvent, d'ailleurs, dans plusieurs tableaux clbres, par exemple
dans le _Napolon  Ratisbonne_ de Gautherot et dans le _Napolon Ier 
Vienne_, de Girodet, dont nous donnons plus loin des fac-simils. Ces
deux toiles sont  Versailles.

Quant au texte des _Souvenirs_, nous le rimprimons sans en supprimer,
sans y ajouter un mot. Nous nous contentons de rtablir l'orthographe.
Cependant celle de Roustam est trop curieuse pour que nous en privions
le lecteur: il en trouvera un spcimen en tte de nos appendices, dans
lesquels ont aussi pris place, outre son acte de dcs conserv  la
mairie de Dourdan, des pices intressantes tant pour l'histoire
particulire des Mameloucks, que pour l'histoire gnrale de ces temps
hroques[18].

PAUL COTTIN.




SOUVENIRS DE ROUSTAM

MAMELOUCK DE NAPOLEON Ier[19]




I

Ma famille.--Mon pre nous quitte; je reste avec ma mre et mes
soeurs.--Guerre entre l'Armnie et la Perse.--Nous nous rfugions dans
une forteresse.--Dangers courus.--Mort de ma soeur Begzada.--Nous partons
rejoindre notre pre.--Spar des miens pendant le voyage, je suis vendu
sept fois comme esclave.--Un marchand m'emmne  Constantinople et me
vend  Sala-Bey.--Mon arrive au Caire.--Sala-Bey m'incorpore dans ses
Mameloucks.--Nous partons pour la Mecque.-- notre retour, nous trouvons
l'gypte occupe par les Franais.--Nous gagnons Saint-Jean d'Acre, o
Sala-Bey est assassin par Djezzar-Pacha.--Mon retour au Caire.--Le
gnral Bonaparte autorise le Sheik El Bekri  me prendre  son
service.--Bonaparte  Saint-Jean d'Acre.--Aboukir.--Scnes violentes
avec un Mamelouck.--Intemprance d'El Bekri.--Le champagne du prince
Eugne.--J'entre au service du gnral Bonaparte.


Il est n  Tiflis, capitale de la Gorgie, fils du sieur Roustam Honan,
ngociant, n le ... (_sic_).

Deux ans aprs, son ngoce a t transport  Aperkan, une assez forte
ville en Armnie, pays natal de son pre.

Onze annes aprs, il a t promener dans un des biens de son pre, avec
plusieurs de ses camarades, qui ont t attaqus par plusieurs Tartares,
pour emmener avec eux dans leurs pays, et srement pour les vendre.
Plusieurs de ses camarades ont t pris par de ces brigands, et lui
s'est chapp de leurs mains. Roustam a t perdu, dans cette
journe-l, six heures dans les bois, sans pouvoir trouver la route pour
aller rejoindre sa mre[20], qu'il aimait bien tendrement.

Au mme moment, il a rencontr un bcheron dans les bois, qui a bien
voulu le conduire auprs de sa mre, qui tait dans une inquitude
mortelle, et il ne manqua pas, le bcheron, de recevoir une bonne
rcompense de la part de sa mre.

Le nombre de famille du sieur Roustam Honan est de deux filles et de
quatre garons. Roustam tait le cadet. Son pre a fait un voyage avec
ses deux fils, pour son commerce,  Gandja, province de
Malek-Majeloun[21]. Quelques mois aprs, l'empereur des Persans a
dclar la guerre contre Ibrahim-Khan, qui a t gouverneur de la
province d'Armnie[22].

Voil la cause que Roustam a perdu toute sa famille.

Depuis ce temps-l, pour les affaires d'intrt, mon pre voulait
s'loigner de Gandja, et emmener avec lui mes deux frres Avack et
Seran et moi, mais j'tais trop attach  ma mre pour m'loigner
d'elle.

Quelques jours aprs, il acheta une voiture pour son voyage. Le mme
jour, nous tions  dner, il nous a questionns si nous sommes contents
de faire ce voyage. Mes frres disaient que oui, moi je lui dis que non.
Il m'a beaucoup questionn pourquoi je ne veux pas le suivre. Je lui
dis: Quand j'tais petit, maman m'a bien soign; elle m'a rendu
toujours bien heureux. Comme je commence,  prsent,  tre grand, je
dsire de me tourner auprs d'elle[23], pour la consoler et la rendre
heureuse, si je peux.

Il a t fort mcontent que je voulais le quitter. Enfin, il n'a pas pu
rien gagner sur moi, pour m'emmener avec lui. Il fut oblig de partir
avec mes deux frres, et il me laissa tout seul dans la ville de Gandja,
sans parents et sans fortune.

La ville de Gandja est une trs bonne ville, et bien riche. C'est l o
l'on fait le plus grand commerce de soie et de cachemire de Perse.

Trois mois aprs, Ibrahim-Khan a dclar la guerre contre Malek-Majeloun
o je me trouvais, dans la forteresse de Gandja. Les peuples de la ville
sont obligs de rentrer dans la forteresse. Je reste jusqu'au dernier
moment sans pouvoir sortir dans la forteresse. On rentrait bien, mais on
ne laissait sortir personne. Un jour o les mulets de Malek-Majeloun
sortaient pour chercher les provisions, je me suis fourr dans les
jambes des mulets et je me suis sorti de force, de cette manire-l,
sans aucun danger.

Quand j'ai t hors la porte, je rencontrai deux personnes de mon pays,
et mme ville. Je leur demandai si je pourrais trouver une occasion pour
m'en tourner prs de ma mre. Il me dit: Oui, je connais plusieurs
personnes qui vont partir  deux heures du matin pour Aperkan, o
j'avais laiss ma pauvre mre et mes deux soeurs, Marianne et Begzada.

Ces deux bons messieurs me montrrent la maison o sont les voyageurs.
Je m'y suis rendu sur-le-champ; ils m'ont trs bien accueilli. Enfin,
tout tait convenu de partir  deux heures du matin. En attendant la
nuit, j'ai t dans un jardin,  ct de la ville, pour chercher
quelques lgumes pour ma nourriture, car je n'avais rien  manger depuis
quelques jours. J'ai aperu, au lointain, un troupeau de moutons. J'ai
t  la rencontre, pour demander un peu de lait ou de fromage. Enfin,
je me suis approch du berger. Il me dit: Que veux-tu?--Ce que je
voudrais? Un peu de lait ou de fromage, car voil plusieurs jours que je
n'ai rien mang!

Il m'a beaucoup examin, en me demandant le nom de mon pays et celui de
mes parents. Je lui dis mon nom et celui de mon pre. Aprs, il m'a pris
dans ses bras, m'a embrass de bon coeur en me disant: Je suis votre
oncle! Voil quinze annes que j'ai quitt le pays[24].

Je me trouvais, dans ce moment-l, bien heureux d'avoir trouv un
protecteur. Enfin je lui demandai quelques provisions pour mon voyage
que je devais faire  deux heures du matin. Il m'a donn deux gros pains
et une quantit de rti. J'ai mis tout a dans un sac pour rejoindre la
maison o taient mes compagnons de voyage.

Mon oncle m'a demand si je voulais rester avec lui jusqu' ce que je
sois plus grand, et que j'irais rejoindre ma mre. Je lui dis: Non, je
vous remercie. J'ai quitt mon pre et mes frres pour rejoindre ma
mre. Vous voyez bien que je ne puis rester avec vous. Je suis sr, ma
mre est bien inquite de moi, en particulier, car j'tais son enfant
gt, beaucoup plus que les autres. Il a bien vu que je voulais pas
rester avec lui. Il m'embrassa. Je lui fais mes adieux, et je me suis
rendu sur-le-champ au rendez-vous des voyageurs, le coeur content, en
esprant voir ma mre, quelques jours aprs.

Enfin, nous sommes partis  l'heure dsigne. Au point du jour, nous
tions sur la grande montagne de Gandja. Nous voyions, au pied de la
montagne, toute l'arme d'Ibrahim-Khan[25] qui marchait sur Gandja.
Aprs les marches de dix jours  pied, nous sommes arrivs  Aperkan,
notre ville, o j'avais laiss ma mre et mes deux soeurs, mais je ne
trouvai personne  la maison.

J'prouvais encore bien du chagrin, mais j'ai trouv, dans la ville, un
paysan qui restait encore, car tout tait ras et les maisons taient
entirement dvastes. Le paysan me dit: Votre mre et vos deux soeurs
sont parties depuis deux mois pour le fort de Choucha.

Le jour tait presque pass. Je me suis dcid de coucher dans notre
maison, qui tait toute dvaste par l'arme[26]. Mme je ne pus pas me
procurer un peu de paille pour me coucher l-dedans. Le lendemain, je
suis parti de bon matin. J'ai laiss mes compagnons de voyage dans la
ville, dans leur pauvre maison, qui ne valait plus rien, comme toutes
les autres.

Entre notre ville et Choucha, il y a une petite rivire que j'avais
passe plusieurs fois  gu, sans aucun danger, mais, ce jour-l, il
tait tomb beaucoup d'eau. Je me suis prsent tout seul  la rivire.
Elle m'a paru un peu grosse, mais j'avais un grand dsir de voir ma mre
et mes soeurs, qui me donnait le courage de passer hardiment ce petit
fleuve.

Au moment, je suis entr dans l'eau. Le courant m'a enlev et m'a frapp
contre une grosse pierre que j'ai tenue ferme, pendant une heure, sans
perdre ma connaissance. Je vois arriver un voyageur avec son cheval, qui
a eu la bont de me sauver la vie et de me passer sur l'autre rive. Je
me trouvais encore une fois heureux.

J'arrive  six heures du soir  Choucha, au quartier des Armniens, o
j'ai trouv plusieurs personnes de connaissance de ma mre, qui m'ont
bien reu en me disant: Votre mre disait  tout le monde: mon fils ne
m'abandonnera jamais! Tt ou tard, il viendra me trouver. Je connais son
bon coeur et son attachement pour moi! Enfin, on me conduit chez maman.
Au moment o elle m'aperoit, elle se trouve mal pendant une heure, sans
pouvoir me parler un mot.

Sa connaissance a commenc. Elle m'aperoit, elle me serre contre son
coeur, en versant des larmes avec mes soeurs, en m'accablant de caresses.
Maman me dit: Oui, j'tais bien sre que tu ne me quitterais jamais,
quoique tu tais jeune et bien loign d'ici, et dans le pouvoir de ton
pre, qui m'a abandonne, peut-tre pour toujours.

Me voil tout  fait install, avec ma mre, dans le fort de Choucha. Je
commenais  tre fort et grand. Je voulais entrer en maison pour gagner
quelque chose, pour soulager l'existence de ma mre et de mes soeurs,
mais ma pauvre et tendre mre n'a jamais voulu, en me disant: Je
vendrais plutt tous mes effets pour te donner l'existence. Je ne veux
pas te voir dans la servitude[27].

Enfin, j'ai rest  la maison en recevant les caresses les plus tendres,
le matin jusqu'au soir.

Un mois aprs, la paix tait faite, tout tait bien tranquille, j'ai
voulu quitter le fort de Choucha pour aller  Aperkan, notre ville. Ma
mre a consenti. De mon avis, j'ai fait venir une voiture, nous avons
charg tous nos effets, et nous sommes partis le matin et arrivs, le
soir,  six. Notre maison tait tout  fait abme, comme j'ai vu, en
revenant de Gandja. Nous avons fait arranger la maison comme nous avons
pu.

Quelques jours aprs, ma jeune soeur Begzada tombe malheureusement bien
malade, car nous avons malheur de la perdre en huit jours de temps, qui
nous a donn beaucoup de chagrin. Elle tait une des plus jolies filles
de la Gorgie.

Nous tions privs de nouvelles de mon pre depuis une anne. Cela
faisait bien du chagrin  ma mre, prive de son mari et ses deux fils
aussi longtemps.

Maman a reu, quelque temps aprs, une lettre de mon pre par un
ngociant de Kasaque[28]. Ma pauvre mre tait la plus heureuse des
femmes d'avoir reu des nouvelles de son mari et ses enfants. Il disait
dans sa lettre, qu'il tait tabli un gros magasin  Kasaque, et nous
pourrons aller rejoindre. Ma mre a voulu absolument aller rejoindre son
mari et ses enfants. Je lui dis: Maman, si tu veux me croire, tu ferais
pas ce long voyage. Si mon pre avait de bonnes attentions de te rendre
heureuse, il t'aurait pas quitte aussi longtemps sans te donner de ses
nouvelles. Je crois mme, si nous faisons ce voyage, ce serait notre
dernier malheur, car les routes sont pas sres pour les voyageurs, mme
les Tartares ont arrt plusieurs fois les voyageurs. Cela me donne
beaucoup d'inquitude. Maman n'a pas voulu m'couter, en me disant: Je
ne fais pas ce voyage pour ton pre, si tu veux, mais c'est pour mes
enfants qui sont avec lui depuis si longtemps.

Enfin j'tais oblig de cder et aller avec elle et ma soeur. Notre route
tait par Gandja. Comme je connaissais la route, nous avons vendu une
grande partie de nos effets et j'ai conduit ma mre et ma soeur jusqu'
Gandja.

Aprs deux jours de marche, ma mre tait bien fatigue du voyage; j'ai
amen maman et ma soeur sur la grande place du march de la ville.

Comme je connaissais trs bien la ville, j'ai reu de l'argent de ma
mre pour aller acheter quelque chose pour notre dner, et elle
attendait toujours mon retour, mais c'est  ce moment-l que j'ai eu le
malheur de perdre ma mre et ma soeur pour toujours, car j'avais un
mauvais pressentiment quand nous sommes partis de notre malheureuse
ville que nous aimions bien et o nous tions tranquilles. En revenant
du march pour rejoindre ma mre qui m'attendait pendant une heure, j'ai
rencontr un monsieur qui m'a accost en me disant: Vous voil,
Roustam! Je vous cherche depuis une heure. Votre mre est chez moi qui
vous attend. Malheureusement ce n'tait pas vrai. Enfin j'ai t avec
cet homme sans le connatre. Quand nous sommes arrivs chez lui, je n'ai
pas vu ma mre. Je commenai  pleurer comme un malheureux que j'tais.
Il me dit, le matre de la maison: Ne craignez rien, votre mre est
sortie avec votre soeur. Je vas les chercher.

Dans cet intervalle, j'tais assis au milieu de la cour,  l'ombre des
arbres[29], en attendant ma mre, qui faisait toujours mon vrai bonheur.
Il tait entr,  la maison, un jeune homme[30] pour dire quelque chose
 deux dames qui taient assises  ct de moi. Il m'a beaucoup regard,
en me disant si je parle Armnien? Je lui dis que oui, mme j'tais
Armnien. Il me dit en mme langage: Tchez de vous sauver d'ici, parce
que on vous a amen ici pour vous vendre et vous perdre pour toujours.
Vous verrez peut-tre plus votre mre et soeur. J'ai cru d'avoir reu un
coup de marteau sur ma pauvre tte. Voil donc l'homme parti. Je restai
avec ces deux mauvaises femmes. Je ne savais pas comment me sauver de
cette maison-l. Il arrivait, un instant aprs, une femme du voisinage.
Celles-ci commenaient  disputer, dans leur langage que je comprenais
trs-bien et je parlais comme eux. Je saisis cet heureux moment-l. J'ai
pris la clef de la garde-robe; on a cru que j'avais vraiment besoin. 
ct de la garde-robe, tait une porte qui donnait sur une petite cour,
mais la cour tait coupe par un ruisseau de deux pieds de profondeur.
Enfin, au moment que j'tais  ct de la porte de la petite cour, je
suis rentr et j'ai ferm la porte sur moi et j'ai travers le petit
ruisseau, et je me trouvais hors de danger et chapp des mains de ces
brigands-l.

Je me suis rendu, sur-le-champ,  l'endroit que j'avais laiss ma mre
et ma soeur, mais, malheureusement, j'ai rien trouv. J'ai demand  tout
le monde qui passait  ct de moi. Personne faisait attention de mon
malheureux sort[31].

Cependant, en traversant sur un pont, j'ai rencontr un ancien ami de
mon pre que j'ai connu trs-bien aussi. Je lui contai toutes nos peines
en chemin faisant. Il me dit: Ne craignez rien, je trouverai votre mre
et je ferai punir l'homme qui vous a arrt! Il m'amne chez lui et me
fait bien dner et m'amne avec lui au march que j'avais perdu ma mre.
Il me montra tout le monde qui passait et il me disait tout bas:
C'est-il lui?. Je lui disais: Non! ce n'est pas lui, ce n'est pas
lui! Si vous voulez, je vous conduirai chez lui. Ce n'est pas loin
d'ici. Il me dit: Non, ce n'est pas ncessaire, je saurai bien le
trouver. Il me mne ensuite dans une grande maison. Il me dit: Reste
ici, je vais chercher votre mre. Je demandais pas mieux, mais le
brigand venait pas. Je pleurai le matin jusqu'au soir. Le lendemain, la
matresse de la maison me dit: Ce monsieur qui vous a amen ne viendra
plus, il ne faut pas compter sur lui. Je lui dis: Eh bien! je vais
aller chez lui. Je sais sa demeure. Elle a fait fermer la grande porte
pour m'empcher de sortir.

Me voil donc dans un tat inconsolable. Pour me consoler, elle me dit:
Je n'ai pas d'enfant, mon intention est de vous adopter pour mon fils.
Je pleurais toujours sans consentir  sa proposition. Le barbare qui
m'avait amen dans cette maison m'avait vendu pour la deuxime fois. La
premire fois tait manque parce que je me suis sauv, comme je viens
de le marquer. Il me parat que ma mre a su que j'tais dans cette
grande maison, car elle est venue plusieurs fois avec ma soeur  la porte
pour me demander[32]; mais on a toujours refus de la recevoir, en
disant: Il n'est pas d'enfants  la maison. Elle retourne toujours en
versant des larmes comme un torrent.

Comme je n'ai plus de moyens de sortir de cette maison-l, j'ai t
oblig de consentir d'tre le fils adoptif  la matresse de la maison,
en croyant tre plus libre pour sauver plus facilement et de me
retourner tout  fait dans mon pays natal. Peut-tre j'aurais pu trouver
ma mre par les ngociants qui voyagent un pays  l'autre. Je dis  la
matresse: Je veux bien tre votre fils adoptif, en condition que vous
trouverez ma mre. Nous irons, nous deux, chercher dans la ville. Elle
me dit: Oui, ne craignez rien, je m'en charge.

Enfin voil la crmonie qui commence: comme usage de pays, elle me
passe dans une chemise, elle m'embrasse en me disant: Vous voil mon
fils, je ferai votre bonheur!

Avec tout a, je n'avais pas confiance en elle. Je disais moi-mme: Me
voil encore vendu pour la troisime fois! Je me suis pas tromp dans
ma pense.

J'ai rest  peu prs deux mois chez elle[33].

Elle m'avait fait donner des jolis habits, bon lit et trs-bien nourri,
mais je me mfiais toujours de toutes ses bonnes attentions. Je demandai
plusieurs fois pour sortir jusqu'au bout de la porte. Elle me disait:
Non, non. Demain nous sortirons ensemble. C'tait toujours la mme
chose. Enfin je n'ai jamais pu m'chapper. Dans tout cet intervalle-l,
venaient des visites dans la journe pour ma mre adoptive. Elle ne me
faisait voir  personne, quand elle entendait frapper la porte. Elle me
cachait dans les petites chambres, quelquefois elle se cachait avec moi.
Je lui disais: Mais pourquoi nous nous cachons, nous sommes pas
malfaiteurs? Elle me disait: Mais non, ce n'est pas pour a, je ne
veux pas recevoir beaucoup de monde, je veux rester avec mon fils. Elle
m'a fait voir seulement un tailleur, qui m'a fait faire des habits.
Quelques jours aprs, le mari de la bourgeoise me dit: Nous ferons un
voyage, dans quelques jours, sur le ct de la mer Kaspienne, et
viendrez avec moi. Je lui dis: Oui, en pensant que je pourrais me
sauver en chemin faisant. Malheureusement, je n'ai pas pu russir mon
dsir.

       *       *       *       *       *

Un jour, bien bonne heure,  minuit, le domestique monte dans ma
chambre. Il me dit qu'il faut que je m'habille, parce que nous allons
partir pour Kaspienne. Une demi-heure aprs, je descends dans la chambre
de ma mre adoptive. Je lui fais mes adieux. Elle me disait: Ne
craignez rien, vous viendrez, dans quinze jours, avec mon mari.

Je comptais bien me sauver, en sortant de la maison, de ne pas aller
plus loin. On ouvrit une petite porte qui donne dans une cour. Premire
chose que j'aperois c'tait trente chevaux de selle tout sells,
brids. On ouvrit une autre porte d'une espce de mange qui avait
dedans soixante petits enfants tous bien habills.  ce coup d'oeil, je
me disais en moi-mme: Me voil encore vendu pour la quatrime fois!
Enfin on nous a fait monter deux sur chaque cheval. Nous voil donc
partis pour notre destination, escorts par quelques hommes arms.

Deux jours aprs, nous avons rencontr une grande quantit de Tartares
qui nous ont arrts, pour nous prendre.

Tous les hommes arms se sont battus pendant une demi-heure, et on nous
a capituls en condition que tous les Armniens seront au pouvoir des
Tartares, et les Gorgiens resteront  mon vilain et brigand pre
adoptif, qui n'tait pas trop content d'avoir perdu quinze de ses
meilleurs petits enfants, et j'ai rest avec lui aussi, comme gorgien.

Trois jours aprs, nous sommes arrivs dans une grande ville tout--fait
au pied du mont Caucase[34]. J'ai rest quelque temps; tous les autres
ont t vendus en peu de temps.

Depuis quelques jours, j'ai perdu de vue mon cochon qui m'avait amen
dans cette ville. Il me parat qu'il m'avait encore vendu pour la
cinquime fois.

J'tais chez un brave homme qui me traitait bien. Mme j'tais
trs-libre, je me promenais tous les jours tout seul. J'avais grande
envie de me sauver, mais je ne pouvais pas, parce que j'avais le grand
fleuve de Kour  passer. Je n'avais pas d'argent pour m'aider  me
sauver et passer le fleuve. J'ai rest donc l trois mois dans l'hiver,
toujours pleurant d'tre spar de ma tendre mre qui faisait mon
bonheur.

Je savais bien que je ne resterais pas longtemps o j'tais. L'homme 
qui j'appartenais tait un grand marchand de soie, qui faisait
quelquefois des voyages en Crime. Il me fait donner, un jour, des
bottes fourres, une pelisse bien chaude, pour que je voyage avec lui.

Nous avons travers la fameuse montagne de Caucase, avec grand'peine. Il
faisait un froid extraordinaire. Le bourgeois avait port deux
couvertures avec lui, qui nous ont bien servi. Ce n'tait pas pour nous
couvrir, c'tait pour couvrir la grande quantit de neige, pour marcher
sur la couverture. Quand nous marchions sur une, on mettait l'autre
devant nous, pour que nous nous perdions pas dans la neige et pour avoir
plus de facilit de grimper sur les montagnes.

Aprs les mauvais passages, nous avons encore march deux jours pour
arriver dans la capitale du mont Caucase, qui s'appelle Lesghistan[35].

Le prince qui gouverne cette province s'appelle Hraclius: le pays,
quoique trs-montagneux, est un bon pays. On fait des grands commerces
de soie et de cachemire, comme  Gandja.

Les moutons du pays sont trs-bons aussi et bien gros: un seul pse
quatre-vingts livres, mme plus; il a aussi de beaux chevaux. Les
Tartares tirent tous leurs beaux chevaux dans ce pays-l, mme les Turcs
d'Anapa.

Le marchand avec lequel j'tais voulait aller en Tartarie le plus tt
possible, mais il m'est arriv une maladie, il tait oblig de retarder
son voyage jusqu' ce que je sois rtabli, mais a durait prs de deux
mois. C'est une maladie qui m'a fait bien souffrir. Une seule fois que
je suis all me promener dans les montagnes,  mon retour  la maison,
j'avais bien froid, je me suis approch auprs du feu que j'avais crois
mes jambes et, assis par terre comme tout le monde, il se trouvait un
grand chaudron sur le feu, de l'eau tant bien chaude. Quelqu'un remue
le feu: voil donc le chaudron renvers sur mes deux jambes!

J'ai souffert comme un malheureux, mes jambes sont venues grosses comme
un tonneau. Deux mois aprs, j'tais tout--fait guri de cet
accident[36].

Enfin nous sommes partis pour Alexandria, la ville de Tartarie, et,
trois jours aprs, nous sommes arrivs dans cette ville. Quelques jours
aprs notre arrive, j'ai demand au marchand que j'appartenais, la
permission pour aller promener, et j'ai eu la permission.

Au moment que je quittais la porte, j'ai rencontr une petite demoiselle
de mon ge, treize ans, native de mon pays et mme ville. Elle tait
prise par les Tartares, deux mois avant moi.

Enfin je m'empressai de lui donner des nouvelles de ses parents. Elle me
dit: Votre soeur Marie est ici; si vous voulez, je vous conduirai chez
son matre. Je demandais pas mieux d'y aller partager toutes mes peines
avec elle. Enfin elle me conduit jusqu' sa porte. Je rentre  la maison
pour demander ma soeur. Elle m'aperoit. Elle saute  mon cou. Elle avait
du courage plus que moi, car je pleurais si fort que je ne pouvais pas
lui parler ni demander des nouvelles de ma pauvre mre que j'avais
laisse  Gandja.

Elle me consola du mieux qu'elle put, en me disant que maman tait
esclave chez un Armnien qui tait tabli dans la ville, comme un grand
ngociant, et il a achet maman et lui a donn sa libert en lui disant
qu'elle pourra aller dans son pays si elle veut. Maman, tant seule, n'a
pas pu entreprendre le voyage, et elle vivait dans cette maison comme un
ami jusqu' ce que les communications soient libres pour qu'elle
retourne dans son pays.

J'tais bien heureux d'apprendre que ma mre n'tait pas loin de moi,
car, de Alexandria  Kizliar[37], n'avait que vingt lieues. J'ai demand
au marchand que j'appartenais la permission d'aller voir ma mre: il n'a
jamais voulu.

Aprs a, j'ai fait plusieurs dmarches auprs des ngociants de mon
pays pour qu'ils m'achtent et me gardent jusqu' ce que nous crivions
 mon pre pour qu'il vienne nous chercher, mais, malheureusement,
personne a voulu nous rendre ce service-l, en me disant: On veut vous
vendre trop cher, sans cela je vous achterais[38].

J'tais dsol de ne pas pouvoir embrasser ma pauvre mre encore pour la
dernire fois, car je suis parti pour Constantinople, quelques jours
aprs,  Kizliar, avec un marchand de petits enfants, venant de
Constantinople, qui m'a achet, pour la sixime fois depuis que j'ai
quitt mon pays. J'ai bien pri mon nouveau marchand pour qu'il achte
ma soeur pour amener avec moi  Constantinople, pour que nous contions
nos peines l'un  l'autre. Il n'a pas voulu non plus. Enfin j'tais
tout--fait dsol. Je pleurais le matin jusqu'au soir. Ma pauvre soeur,
elle m'a caress bien tendrement en me disant: Donne-moi un peu de tes
cheveux. Je les ferai remettre  notre bonne mre (pour lui bien
assurer que j'tais vivant). J'ai t bien caress pendant quinze jours.
Elle prend les ciseaux et coupe une grande quantit de mes cheveux, en
versant des torrents de larmes sur ma tte, en disant: Mon cher
Roustam, dans tout pays o tu iras, il faut pas ngliger de m'crire; tu
vois bien que nous n'avons plus d'autre consolation que de te chrir et
penser nuit et jour  toi. Si papa vient dans ce pays ici, nous
l'enverrons  Constantinople, pour te chercher. Et elle a pris
l'adresse du marchand que j'appartenais, demeurant  Constantinople,
pour donner  mon pre. Mme, elle m'a promis de m'crire, mais, depuis
cette poque-l, je n'ai reu aucune lettre de mes parents, ni leurs
nouvelles.

       *       *       *       *       *

Je ne savais pas l'poque de notre dpart de Kizliar. Ma pauvre soeur ne
savait pas non plus, mais nous sommes partis, quelques jours aprs, dans
la mer, pour Anapa. C'est le premier port de mer et frontire de la
Turquie.

Aprs trois jours de marche, en passant par la frontire de Turquie et
Mingrlie, nous sommes arrivs sur une grande montagne,  une demi-lieue
de la ville d'Anapa.

Quand j'ai aperu, pour la premire fois, la mer Noire, je pleurai
beaucoup en disant: Je vais traverser cette grande mer, je vais tre
priv, pour toujours, de ma malheureuse famille et de ma patrie!

Je voyais les vaisseaux marchands en rade, qui nous attendaient. Enfin
nous sommes arrivs, le soir, dans la ville. Le lendemain, nous sommes
embarqus pour Constantinople. Aprs deux jours de traverse, je suis
arriv au passage des Dardanelles. Aprs, on nous a fait attendre
quelques jours[39]  l'entre des Dardanelles. Aprs, on nous a fait
aller  Constantinople.

J'tais log  ct de Sainte-Sophie. C'est la plus grande et plus riche
des cathdrales de l'univers.

Cette cathdrale a t btie par les Armniens, mais les Turcs s'en sont
empars.

J'ai rest  Constantinople six mois. Il tait arriv, de l'gypte, 
Constantinople, un marchand appartenant  Sala-Bey, pour m'acheter.
C'est la dernire fois et la septime fois que j'tais vendu, depuis mon
malheur.

Quelques jours aprs, on m'a embarqu sur un vaisseau de marchand, au
passage Dardanelles, et nous sommes partis pour Alexandrie, premier port
de mer d'gypte.

Aprs huit jours de traverse, nous sommes arrivs  Alexandrie. On nous
a laisss dans la ville pendant deux jours, pour nous reposer. Aprs a,
on nous a embarqus sur des petits bateaux, que l'on appelle caques,
pour aller d'Alexandrie au Grand Caire, o tait Sala-Bey.

Nous avons pass par le passage bien dangereux o le Nil rentre dans la
mer Noire (_sic_), o les deux fleuves se cognent l'un contre l'autre:
les grosses vagues sautent aussi haut que les maisons. Enfin, nous
sommes passs sans danger.

Rien de joli comme le voyage d'Alexandrie au Grand Caire. On trouve,
tout au long du Nil, les cannes  sucre plantes, les dattiers, les
grenadiers.

Nous sommes arrivs, le mme jour,  Rachide[40],  la moiti de chemin
du Caire.

Le lendemain, on nous a envoy des bons chevaux de selle arabes, pour
nous amener au Grand Caire.

Nous tions douze jeunes gens, destins pour Sala-Bey, et nous sommes
monts tous  cheval et arrivs le soir  Boulak,  une demi-lieue du
Caire, et nous avons dn l, et on nous a fait chercher  onze heures
du soir pour nous faire rentrer dans la ville[41]. Le lendemain, on nous
prsentait au Bey, qui nous a bien reus. Il m'a beaucoup questionn en
langue gorgique, que je parlais peu, parce que j'avais quitt mon pays
trop jeune. Il me demanda dans quel pays je suis n, si je suis de
Tiflis en Gorgie. Je lui dis que oui. Je lui dis le nom de mon pre,
qu'il connaissait trs-bien, parce que lui-mme est gorgien. Il a
beaucoup voyag en Armnie.

       *       *       *       *       *

On prfre, pour tre bons Mameloucks, les Gorgiens et les Mingrliens,
je ne sais pas pourquoi, car les Armniens sont encore plus braves que
les autres nations. Dans cette poque-l, j'avais quinze ans.

Aprs a, le Bey il me dit: Allez vous reposer. On vous fera des
habits, et je vous ferai donner un bon cheval, et j'aurai soin de vous
comme de mes compatriotes, et je donnerai de vos nouvelles  vos
parents. Je ne sais pas si c'est vrai, car je ne reus aucune nouvelle
depuis que je suis quitt ma soeur  Kizliar en Tartarie. Je quitte le
Bey pour aller dans ma chambre que l'on m'avait dsigne. En traversant
dans un grand corridor que j'ai rencontr beaucoup de Mameloucks vieux
et jeunes, j'ai reconnu un jeune homme de quinze ans, de mon ge. Il
tait n dans la ville o j'tais, il tait mon camarade, mais il tait
perdu deux ans avant moi.

Je voyais, tous les jours, sa mre et son pre pleurer aprs lui.
Exprs, je me suis approch de lui, je demande s'il me connat. Il me
dit non. Je lui dis: Mais tu t'appelles Mangasar, tu es n  Aperkan!
Comment! tu me connais pas? J'tais ton camarade, je m'appelle Roustam!
Il me dit: Ma foi oui! Il me sauta au cou. Nous renouvelons notre
amiti, et je lui donne des nouvelles de son pre et sa mre.

J'tais trs-heureux d'avoir trouv un camarade. Nous racontions nos
peines l'un et l'autre, pour nous distraire un peu.

Six jours aprs mon arrive, il vient dans ma chambre un barbier avec un
Cachef (colonel) de Sala-Bey, pour me baptiser, comme  la mode du pays.
C'tait pour me faire la circoncision. Il m'en expliquait la cause en me
disant: C'est par ordre de Sala-Bey, et, pour tre bon Mamelouck, il
faut que je sois circoncis.

Voil le barbier qui commence la crmonie malgr moi.

Dix jours aprs, j'tais tout  fait rtabli. Quelques jours aprs, j'ai
reu le cheval que l'on m'a promis  mon arrive au Grand Caire.

Pendant deux mois, j'ai fait aucun service que d'apprendre  monter 
cheval et  apprendre  lancer la lance. Aprs les deux mois, j'ai
voyag avec les corps des Mameloucks, dans la province d'gypte.

Aprs ce dernier voyage, j'ai rest au Grand Caire pendant deux annes
sans faire aucun voyage.

Toute l'gypte tait gouverne par vingt-quatre Beys: le Mourad-Bey
tait le premier et Ibrahim le second. Les vingt-quatre Beys faisaient,
chacun  leur tour, un voyage  la Mecque, pour l'usage de la religion.

Le tour de Sala-Bey est venu. J'ai fait le voyage de la Mecque avec lui.
J'ai vu aussi le tombeau de Mahomet[42].

 notre retour de la Mecque, nous sommes arrivs jusqu' trente lieues
du Caire.

Sala-Bey apprit que les Franais sont entrs au Grand Caire. Mourad-Bey
a donn une grande bataille  Guiza[43], mme l'avait malheureusement
perdue.

Une grande partie des Mameloucks tait noye, dont mille en traversant 
la nage avec leurs chevaux.

Aprs a, Sala-Bey a dcid  retourner auprs de Djezzar-Pacha, 
Saint-Jean d'Acre, parce qu'il n'avait pas assez de forces pour donner
une bataille[44].

Djezzar-Pacha avait trouv fort mauvais de n'avoir pas donn une affaire
contre les Franais, avant de quitter le pays.

Quand nous sommes arrivs dans la ville, le Sala-Bey a rendu une visite
 Djezzar-Pacha, aussitt son entre en ville.

Le Sala-Bey tant dans le salon avec Djezzar-Pacha, on avait ordonn
pour faire prendre du caf. On a fait mettre, dans le caf, du poison,
et on prsente  notre malheureux Bey. Il prend son caf: une demi-heure
aprs, il tait mort. Nous tions tous dsols de cette perte. Le
Djezzar-Pacha voulait tous nous garder avec lui, mais personne a voulu
rester. Il y a eu beaucoup qui se sont sauvs pour aller dans leur pays,
et d'autres pour la Mecque, et moi j'ai pris mon domestique avec moi. Je
suis parti pour le Grand Caire, parce que j'avais beaucoup de
connaissances dans la ville, alors je ne craignais rien. Aprs avoir
quitt la ville de Saint-Jean d'Acre, j'ai quitt mon habit de Mamelouck
et j'ai pris un de mon domestique. Enfin, j'tais habill comme lui.
J'ai t oblig de vendre mon cheval et mes armes, et j'ai donn une
somme d'argent  mon domestique pour qu'il dise rien  personne, quand
nous serons arrivs au Grand Caire. Il m'a donn sa parole qu'il me
servira toujours, et personne ne saura rien, et je suis bien tranquille.
Enfin, nous avons pris chacun un ne et nous avons voyag jusqu'au Grand
Caire.

Comme a, nous sommes rentrs dans la ville trs-facilement, parce que
nous tions costums en paysans.

Je voyais tous les jours, dans la ville, beaucoup de troupes franaises
et beaux et vieux grenadiers,  grandes moustaches, qui faisaient la
garnison de la ville, et les dragons occupent Boulak,  une lieue de la
ville.

J'ai rest  peu prs un mois dans la ville, sans occuper aucune maison.
J'avais peur qu'on me fasse connatre et qu'on me mette en prison comme
prisonnier. Je mangeais et je me couchais dans la rue, avec mon
domestique qui ne me quittait jamais.

 force de dpenser, j'avais gure de l'argent. J'ai appris que le sheik
El Bekri[45] avait une grande place dans le civil, c'est--dire pour la
religion.

J'ai beaucoup connu ce grand personnage-l, dans la maison de Sala-Bey.
Je me suis prsent chez lui pour lui demander un emploi, mais son
portier ou domestique me refusait toujours la porte, en me disant: Le
sheik El Bekri n'est pas visible, mme on ne donne pas les audiences aux
paysans. Enfin, je me suis forc de leur dire mon nom et  qui
j'appartenais autrefois.

Aprs ces dmarches, le sheik m'a fait dire qu'il me recevra demain. Je
me suis rendu chez lui, le jour dsign. Il m'a trs bien reu, en me
disant: Je vous garderai bien  mon service et vous monterez  cheval
avec moi, mais il faut la permission du gnral Bonaparte, gnral en
chef. Dans ce moment-l, j'avais bien peur qu'il me fasse prendre par
les Franais, parce que je connaissais pas encore leur manire de vivre
et leur religion. Cependant mon domestique courait tous les jours dans
le monde, et il me disait que les Franais sont bonnes gens et sont de
la religion chrtienne.

Je commenais un peu  tre tranquille, parce que je suis aussi
chrtien, comme eux.

Enfin le sheik El Bekri m'a fait monter dans son srail, en me disant:
Restez-l, jusqu' ce que je demande la permission au gnral en chef.

Me voil donc dans le srail avec cinq femmes qui appartenaient au
sheik. Elles m'ont apport beaucoup de sorbets et _flre_[46]
c'est--dire des ptisseries et limonade, mais j'avais le coeur gros, je
n'acceptai rien. Je me voyais au milieu de ces dames, avec une seule
chemise bleue sur mon corps.

J'ai t oblig de pleurer auprs de ces dames. Toutes ces bonnes
personnes pleuraient aussi de mon sort, en me consolant le mieux
qu'elles pouvaient.

Le mme jour, le sheik El Bekri monta  cheval et alla chez le gnral
en chef et lui demanda la permission de me garder avec lui; il lui a
donn cette permission, en lui demandant si j'tais bien g et si
j'tais un bon sujet. Le Sheik lui a rpondu que oui: Je rponds de
lui, c'est un bon sujet, il est g de quinze ans et demi. Il
appartenait, autrefois,  Sala-Bey, qui a t empoisonn par
Djezzar-Pacha,  Saint-Jean d'Acre.

Aprs a, le gnral en chef lui dit: Si le Mourad-Bey veut tre bien
raisonnable, je lui donnerai la permission de venir, avec tous ses
Mameloucks, au Grand Caire[47].

Aprs quelques heures, je vois arriver le sheik El Bekri. Il me dit:
Vous tes  mon service. Le gnral en chef m'a donn la permission.
Et il fait venir, sur-le-champ, un tailleur, et il me fait des habits 
la Mamelouck, comme j'tais autrefois.

Toutes ces bonnes dames, elles me font demander, aussitt, dans le
srail, elles m'ont embrass, et elles m'ont flicit que je restais
dans la maison, et elles m'ont pri que je leur fasse demander ce que
j'aurais besoin, et elles m'ont fait prsent de plusieurs mouchoirs
brods en or et jolie bourse pour mettre de l'argent, idem brode en or.
Ce que je trouvais bien joli, c'est la fille du sheik El Bekri, jolie
comme les amours, ge de onze ans et demi.

J'ai rest dans cette maison-l  peu prs trois mois. Dans cet
intervalle-l, le sheik avait ramass, dans la ville, environ vingt-cinq
Mameloucks, qui taient isols ou cachs dans les maisons. Comme j'tais
le plus g et plus ancien, il m'a nomm leur chef et leur faire
apprendre  monter  cheval.

Il me parat que les dames que j'ai vues dans le srail, qui m'ont si
bien reu, ont bien engag sheik El Bekri pour me faire marier avec sa
fille que je connus dans le srail et ge de douze ans. Enfin, tout
tait convenu et d'accord pour mon mariage, mme le gnral en chef
Bonaparte tait prvenu de mon mariage avec la fille du sheik.

J'avais gagn pas mal d'argent chez le sheik. Il venait bien souvent 
la maison les Sheiks-El-Balad, c'est--dire les chefs des villages, qui
apportaient  leur matre les contributions qu'ils devaient payer tous
les ans, et sheik El Bekri leur faisait prsent,  chacun, d'un manteau
et d'un cachemire. Moi, tant chef des Mameloucks, c'tait  moi  leur
donner les manteaux et les cachemires. Il me venait, quelquefois, trois
et quatre cents francs et j'conomisais toujours pour envoyer  ma mre;
mais je n'ai jamais pu en trouver l'occasion.

Je montais, tous les jours,  cheval, avec le sheik, qui dnait bien
souvent avec le gnral en chef, et c'est l o on tenait les conseils
de la ville et de l'arme.

Le gnral en chef partit, avec une grande partie de son arme, pour
prendre Saint-Jean d'Acre.  son arrive au pied de la ville, il fait
monter  l'assaut plusieurs fois, mme jusqu'au dernier mur, mme il y
avait plusieurs grenadiers qui avaient pntr dans la ville, mais,
malheureusement, il ne put pas russir,  cause des munitions. Il
retourna au Grand Caire[48].

Aprs son arrive, il s'habillait quelquefois en habit turc, et il
disait qu'il ne retournerait plus en France, qu'il se ferait circoncire
 la manire turque, et il se ferait roi d'gypte.

Tout le monde tait bien content de a: on avait beaucoup confiance en
lui, mais c'tait pour mieux tromper les Turcs. Dix  douze jours aprs,
on vient nous apprendre qu'une arme de Turcs va dbarquer  Aboukir. Le
gnral en chef est parti, sur-le-champ, avec le gnral Murat, pour
commander l'arme qui tait occupe dans la province d'Alexandrie. Dans
cet intervalle, le sheik El Bekri prit un nouveau Mamelouck, beaucoup
plus g que moi. On lui avait donn le commandement de tous les
Mameloucks qu'avait le sheik. C'est lui-mme qui lui avait donn a,
sans me prvenir, mme lui avait promis sa fille en mariage, ce qui
tait convenu pour moi, car tout tait prt pour a.

Je dfendais tous les jours, aux jeunes Mameloucks, de courir dans les
rues, mme dans la cour, par ordre du sheik. Un jour, je descendais
jusqu'au pied de l'escalier, voil le nouveau Mamelouck qui vient pour
me faire monter dans ma chambre, malgr moi, en me disant qu'il tait
mon chef; mais je ne voulais pas lui obir. Je lui dis: Oui, je monte,
mais vous allez venir avec moi!

J'avais,  la maison, deux jeunes Mameloucks qui m'aimaient comme leur
frre. Quand nous tions dans ma chambre, j'ai commenc de lui dire:
Quel ordre avez-vous reu pour me commander? Il me dit: Je n'ai pas
de comptes  vous rendre! Et nous avons commenc la dispute. Je suis
saut sur lui, pour le taper, mais il tait beaucoup plus grand que moi.
Mais les deux Mameloucks que j'avais avec moi se sont levs tous deux,
et nous sommes tombs tous les trois sur lui, et nous l'avons fait
tomber  terre. Je lui en ai donn tant que sa figure tait enfle. Il
finit de descendre au pied de l'escalier et resta l.

Dans ce moment-l, le sheik tait dans le srail, mais j'avais grand
peur que le sheik me ft donner des coups de bton, d'avoir battu mon
camarade.

Les deux jeunes Mameloucks me dirent: Ne craignez rien, nous dirons au
sheik que vous avez pas le tort, que c'est le nouveau Mamelouck qui a
voulu commander et disputer avec Roustam, qui mritait pas (de
chtiment).

Sur les quatre heures aprs-midi, le sheik descend du srail et rentre
dans son salon, et me demande du caf et sa pipe, que je lui ai
prsente. Tous les Mameloucks sont venus dans le salon pour se tenir
tout debout au-devant du sheik El Bekri, comme usage du pays. Voil le
sheik qui me demande o il est le nouveau Mamelouck. Je lui dis: Il est
en bas. Je l'ai envoy chercher par un Mamelouck. Il rentre dans le
salon. Le sheik aperoit sur sa figure qu'il a t battu, car ses yeux
et sa figure taient enfls des coups que je lui avais donns. Comme
j'tais le plus grand, le sheik me demande pourquoi il a du chagrin, qui
l'a battu. Je lui rponds:

C'est moi, parce qu'il n'tait pas sage: il voulait aller dans les rues
et voulait me commander.

Voil donc le sheik se mit en colre contre moi, en me disant que
j'tais un mauvais sujet d'avoir battu mon camarade de cette manire-l,
que si je le mettais trop en colre, il me ferait prendre par les
Franais, et que je mrite de recevoir des coups de bton sur le talon
de mes pieds. Par exemple, j'avais bien peur de toutes les menaces qu'il
me faisait. Je lui demande la permission de lui expliquer la cause que
j'ai battu le nouveau Mamelouck. Il me dit: Oui, parle, et dis-moi la
vrit, sans cela je vous punirai svrement, et pour te donner en
exemple. Je lui dis: Oui, je ne vous cacherai rien, je vous dirai la
vrit. C'est vous qui avez cach tout  mon gard: jusqu' prsent vous
m'avez nomm, pour commander les vingt-cinq Mameloucks qui sont  votre
service. Mme je comptais, un jour, tre heureux en pousant votre
fille. Vous m'en avez donn la parole. Mme, le gnral en chef tait
prvenu pour a, et je me trouve,  prsent, command par un nouveau et
mauvais sujet Mamelouck, et vous avez promis votre fille  lui, sans me
prvenir pour que je puisse obir  ceux qui ont reu l'ordre pour me
commander, et je lui obirai jamais sans ordres. Voil tous les
Mameloucks qui sont prsents, il faut leur demander si j'ai tort, si
j'ai manqu  mon service.

Il me dit: Eh bien! C'est lui que j'ai nomm chef. C'est mon intention
et tout le monde lui obira. Si vous n'tes pas content, je vous ferai
prendre par les Franais!

Moi j'avais toujours peur que ce cochon-l me donne des coups de bton.

Je lui dis: Je les sais,  prsent, vos ordres. Je vous jure, je lui
obirai.

Heureusement, tout a s'est bien termin, sans les coups de bton. J'ai
appris, par une ngresse de srail, que la premire femme du sheik El
Bekri tait bien fche de tout ce changement-l et sa fille pleurait
toujours, que son pre avait chang le mariage qui devait se faire avec
moi, mais son pre voulait Abraham.

Quelques jours aprs, j'appris que le gnral en chef a donn une grande
bataille  ct d'Aboukir, et les Turcs ont t prisonniers ou tus. Le
gnral Murat avait mont  l'assaut dans le vaisseau du pacha qui
commandait l'arme turque et s'tait battu avec lui, et lui a donn un
coup de sabre qui coupa deux doigts et le prit prisonnier.

Donc, le gnral en chef tait de retour au Grand Caire, disant toujours
qu'il va rester tout--fait, et qu'il se ferait nommer roi d'gypte.
Tout le monde avait beaucoup confiance en lui.

 son arrive, il donnait des grands dners bien souvent  tous les
grands personnages de la ville. Le sheik El Bekri, pour faire plaisir au
gnral, il buvait toujours du vin dans un gobelet d'argent, pour que
l'on voie pas. Il tait si bien accoutum au vin, qu'il faisait venir,
tous les jours, deux bouteilles, une de vin et l'autre d'eau-de-vie, et
mlait tout ensemble, et buvait tous les soirs, et se solait comme un
vrai ivrogne. Je voyais, tous les jours de sa vie, la mme chose.

Un jour, j'ai accompagn le sheik pour aller dner chez le gnral
Bonaparte[49]; tout le monde tait  table; je traversai un petit salon
o j'ai trouv monsieur Eugne[50] et deux autres personnes  table; ils
m'ont prsent un bon verre de vin de Champagne, en me disant: Bois, a
te fera pas du mal, c'est du _bon_ de France! J'ai bu, et je le
trouvais trs-bon. Ils m'ont forc absolument boire un second verre.

Aprs le dner, je monte  cheval avec le sheik pour retourner  la
maison: il n'y avait que la place  traverser. El Bekri avait vingt-cinq
Mameloucks. J'avais une gat extraordinaire, par le vin de Champagne.
Je faisais danser mon cheval  ct du sheik, comme un fou.

Voil donc le sheik qui aperoit ma gat. Quand nous sommes arrivs 
la maison, il me fait demander en particulier pour me parler. Je me suis
rendu dans le petit salon o il buvait tous les soirs et se solait; il
n'avait pas mme la force de monter dans le srail: il me dit: Tu as bu
du vin, aujourd'hui, chez le gnral? Je lui dis: Non, j'ai bu du
_bon_ de France; c'est monsieur Eugne qui m'a donn deux verres. Il me
dit que j'tais un ivrogne: il me menaa de me faire donner des coups de
bton  mes pieds. Mais je n'avais pas perdu la tte; je lui dis: Si
vous avez le malheur de me punir de cette manire-l, je dirai  tout le
monde que vous faites venir, tous les jours, du vin et de l'eau-de-vie
et que vous vous solez tous les soirs, et si vous me faites pas taper
sur mes pieds, je dirai rien, je vous jure ma parole d'honneur.

Il me parat qu'il avait peur des menaces que je lui avais faites, et
finit par me dire qu'il me pardonnait pour cette fois; que, s'il
m'arrivait une autre fois, il me ferait punir.

Tout a se passait pour le mieux, mais j'tais toujours mcontent de
l'injustice que l'on m'avait faite.

       *       *       *       *       *

Il parat que le gnral en chef avait l'intention de partir pour la
France. Il fait demander, par monsieur Elias[51], son interprte, deux
Mameloucks, pour son service. M. Elias s'est prsent, un jour, chez le
sheik El Bekri, pour prendre deux: le sheik lui a donn deux. M. Elias
me dit si je veux, il me ferait entrer chez le gnral, en me disant:
Les Franais sont des braves gens, et sont tous chrtiens. Je lui dis:
Oui, je demande pas mieux, car vous savez bien que je suis pas heureux
chez le sheik. J'avais cont toutes les injustices que l'on m'avait
faites.

Voil M. Elias parti avec deux Mameloucks, et il me laisse  la maison,
en me disant: N'aie pas d'inquitude; je penserai  vous. J'tais
presque sr d'y entrer, parce que je le connaissais depuis longtemps
chez Sala-Bey.

Quand Elias fut arriv, avec les deux Mameloucks, chez le gnral, un de
ces jeunes Mameloucks, quand il aperut le gnral, se mit  pleurer,
parce qu'il avait peur de lui, quoique il n'tait pas mchant.

Le gnral dit  Elias: Je ne veux pas garder les personnes avec moi
malgr leur gr; voil un enfant qui pleure, il faut le ramener chez le
sheik, et vous demanderez un autre de bonne volont. Elias dit au
gnral: Si vous voulez me donner une lettre pour le sheik, peut-tre
nous pourrions avoir le gros Mamelouck qui monte  cheval tous les jours
avec lui; c'est un bon sujet, il est gorgien. Le gnral lui donna une
lettre pour le sheik, pour m'avoir  son service.

Le mme jour, je vois arriver monsieur Elias avec une lettre pour le
sheik. En passant  ct de moi, il me dit: Ne craignez rien, je viens
pour vous chercher. Et il rentre dans le salon o tait le sheik, lui
remet la lettre du gnral, qui me faisait demander. Dans ce moment-l,
j'tais dans ma chambre, exprs pour qu'on me fasse demander. a n'a pas
manqu.

On vient me dire que le sheik me demande. Je me suis rendu auprs de
lui: il fait la lecture de la lettre. Je lui dis exprs: Je ne veux pas
aller avec les Franais, je dsire rester toujours avec vous. Il me
dit: Mon ami, a ne se peut; le gnral en chef vous demande; s'il veut
mme demander mon fils, je ne pourrais pas lui refuser.

De mon ct, j'tais bien content de quitter sa maison, car je me
trouvais pas heureux de toutes les injustices que l'on m'avait faites
pour un nouveau Mamelouck qui ne savait rien faire, mme ni monter 
cheval. J'ai dit au sheik exprs que je ne veux pas aller avec les
Franais: Je suis bien plus heureux  votre service, j'irais bien pour
vous faire plaisir, mais plus tard vous me ferez sortir de chez le
gnral? Il me dit: Oui, je vous abandonnerai pas, et vous viendrez me
voir tous les jours. Aprs a, je lui embrasse sa main, comme usage du
pays, et je lui fais mes adieux. Mon domestique, qui tait toujours avec
moi, je lui fais seller mon cheval, et j'ai fait mes adieux  tous mes
camarades. Surtout les deux Mameloucks que je regardais comme mes frres
se sont mis  pleurer comme des malheureux, de voir le dernier moment de
me quitter pour toujours.

       *       *       *       *       *

Entr au service du gnral en chef Bonaparte le... (_sic_), monsieur
Elias m'amne chez le gnral, qui me reut dans son salon. Premire
chose qu'il me fait, il me tire les oreilles, il me dit si je sais
monter  cheval, je lui dis oui. Il me demande aussi si je sais donner
des coups de sabre. Je lui dis: Oui, mme j'ai sabr plusieurs fois les
Arabes. Je lui ai montr la blessure que j'ai reue sur ma main. Il me
dit: C'est trs-bien; comment tu t'appelles? Je lui dis: Ijahia. Me
dit: Mais c'est un nom turc, mais le nom que tu portais en Gorgie? Je
lui dis: Je m'appelle Roustam.--Je ne veux pas que tu portes le nom
turc; je veux que tu portes ton nom de Roustam.

Aprs sa rentre dans sa chambre, il m'apporte un sabre damass, sur la
poigne six gros diamants, et une paire de pistolets garnie en or. Il me
dit: Tiens, voil pour toi! Je te le donne, et j'aurai soin de toi.

Il me fait entrer dans une chambre remplie de papiers, il me fait
emporter tout dans son cabinet. Je servis son dner, le mme jour, 
huit heures du soir. Aprs dner, il demanda sa voiture pour aller
promener alentour de la ville. Il fait demander monsieur Lavigne, son
piqueur, pour me faire donner un bon cheval arabe et une belle selle
turque, et nous avons t promener, que j'tais plac  ct de sa
portire.

Le soir mme, il me dit: Voil ma chambre  coucher; je veux que tu
couches  ma porte, et tu laisseras entrer personne, je compte sur toi!
Je lui dis, par monsieur Elias, qui tait  ct de moi: Je me trouve
heureux d'avoir sa confiance, et je mourrais plutt que de quitter ma
porte et laisser entrer du monde dans la chambre. Vous pourrez compter
sur moi.

Le lendemain, j'ai rest  sa toilette, avec son valet de chambre, nomm
Hbert[52]. Mon intention tait de faire entrer avec moi les deux
Mameloucks que j'aimais tant, qui taient rests chez le sheik El Bekri,
mais malheureusement nous sommes partis trop prcipitamment[53] pour la
France.




II

Dpart de Bonaparte pour Alexandrie.--En route, je charge les Arabes, ce
qui me vaut un poignard d'honneur du gnral en chef.--Embarquement pour
la France.--Mes inquitudes.--Le gnral me rassure.--Relche 
Ajaccio.--Une plaisanterie de mauvais got.--Dbarquement 
Frjus.--Berthier m'emprunte un sabre, cadeau du gnral.--Dpart de
celui-ci pour Paris.--Ses bagages et sa Maison prennent la route
d'Aix-en-Provence.--Notre convoi pill par des brigands.--J'cris au
gnral Bonaparte pour lui rendre compte de l'incident.--J'arrte de ma
main,  Aix, un des bandits.--Ma prsentation  Madame
Bonaparte.--Inquitude de Josphine pendant la journe du 18
Brumaire.--Murat et sa femme.--Le piqueur Lavigne.--Je fais une grave
chute de cheval.--Bont que le premier Consul et sa famille me
tmoignent en cette circonstance.--Mon portrait peint par Mme Hortense
de Beauharnais.--Le premier Consul s'oppose  mon mariage.--La
Malmaison.--J'apprends de Boutet l'entretien des armes  feu, et de
Lerebours celui des lunettes d'approche.--Bonaparte, empereur des
Franais.


On nous disait pas que nous allions en France; j'ai su a bien longtemps
aprs. Quelques jours aprs que je suis entr au service du gnral, le
valet de chambre vient,  minuit, pour habiller le gnral; il me dit:
Nous allons partir pour Alexandrie, parce qu'il arrive une arme turque
et anglaise. Nous voil donc partis prcipitamment; je n'ai pas eu le
temps mme pour aller chercher mes effets que j'avais laisss chez le
sheik El Bekri. Ce qui me faisait encore de la peine, c'tait un pauvre
domestique que je n'ai pas pu amener avec moi.

Nous sommes partis du Grand Caire le... (_sic_) et arrivs le soir 
Menouf. Le gnral a dn l, et nous sommes partis, le lendemain matin,
pour Alexandrie, comme on disait.

En chemin faisant, nous avons rencontr une grande quantit d'Arabes qui
barrait notre passage; j'ai demand la permission au gnral pour
charger sur les Arabes avec les guides qui taient l'escorte du gnral.
Il me dit: Oui, va et prends garde que les Arabes te prennent, car on
ne te mnagera pas!

J'avais un bien bon cheval, je craignais rien et j'tais bien arm:
j'avais deux paires de pistolets, un sabre, un tromblon et un casse-tte
sur ma selle.

Aprs la charge, le gnral a demand  monsieur Barbangre, qui
commandait la charge, si je m'tais bien comport. Il lui dit: Oui,
c'est un brave soldat, il a bless deux Arabes. Aprs a, le gnral il
me fait donner un poignard d'honneur, le mme jour, qui m'a fait le plus
grand plaisir. Depuis cette poque-l, il m'a jamais quitt.

Nous sommes couchs, ce jour-l, dans le dsert, sur le sable. Le mme
soir, monsieur Elias[54] arrive du Grand Caire, en dpche pour le
gnral; par mme occasion, il m'a apport des pastques, c'est--dire
des melons d'eau qui m'ont fait grand bien, car il faisait bien chaud,
et il me disait: Il y a pas l'arme turque ni anglaise, comme on le dit
jusqu' prsent, et vous allez faire un autre voyage, sans me dire
autre chose. Le voil donc retourn pour Grand Caire.

Le lendemain, au matin, nous avons perdu un peu de la route,  cause de
grande quantit de sable; nous avons aperu plusieurs femmes arabes qui
travaillaient  la terre. Le gnral me dit que je demande  ces femmes
la route. Je galope mon cheval pour aller demander  ces femmes notre
route. Quand les femmes m'ont aperu, elles ont pris leur chemise qui
tait leur seul vtement et ont montr leur derrire, enfin leur corps
tout nu.

Nous sommes arrivs,  dix heures du soir, entre Alexandrie et Aboukir,
au bord de la mer Mditerrane; on a mis les tentes, et on a command de
faire le dner.

J'aperois, en rade, deux frgates; je demande  monsieur Eugne, qui
tait aide-de-camp du gnral en chef, ce que c'tait que ces deux
frgates,  qui elles appartenaient; il me dit qu'elles appartiennent
aux Turcs. Il m'avait encore cach le secret, car c'taient deux
frgates franaises qui attendaient, en rade, aprs le gnral et son
escorte, mais j'ai su a que le soir. Dans cet intervalle-l, il faisait
si chaud que je suis all me baigner dans le bord de la mer. Voil donc
que j'aperois monsieur Fischer[55], contrleur du gnral, qui vient
pour me chercher. J'arrive  la tente, et je dne. Aprs a, je vois
tout le monde bien content et bien gai. Les soldats faisaient sauter
leurs sacs, et les cavaliers laissaient leurs chevaux  ceux qui
restaient encore dans le pays.

Je me suis adress  monsieur Jaubert[56], interprte, un Franais, un
des interprtes du gnral: qui ce que a veut dire, je vois tout le
monde bien content. Il me dit: Nous partons pour Paris; c'est un bon
pays et grande ville. Les deux frgates que nous voyons d'ici, c'est
pour nous conduire en France. Et on me dit que je laisse mon cheval. Je
prends seulement mon petit porte-manteau, contenant deux chemises et un
chle de cachemire[57].

Me voil parti, avec plusieurs officiers,  un petit quart de lieue de
la tente, pour nous embarquer dans les chaloupes, pour rejoindre les
frgates. La mer tait bien agite; les vagues cognaient sur nos ttes,
les chaloupes taient remplies d'eau, tout le monde tait malade de ce
petit trajet-l. Moi je n'tais pas du tout malade, au contraire. Je
demandais toujours  manger. Le Mamelouck nomm Ali[58] tait bien
malade aussi. Nous sommes arrivs, le soir bien tard, dans la frgate,
et nous sommes partis, sur-le-champ, tout le monde bien content. J'ai
rest un jour entier sans voir le gnral[59]. Tous ces messieurs, pour
me faire enrager, me disaient que, quand je serais arriv en France, on
me couperait la tte, parce que, quand les Mameloucks prenaient les
soldats franais, ils faisaient couper la tte la mme chose: a me
donnait un peu d'inquitude.

Trois jours aprs notre embarcation, j'ai demand  parler au gnral,
par monsieur Jaubert, qui parlait arabe. Enfin, il me fait parler le
mme jour. Le gnral me dit: Te voil, Roustam! Comment tu te portes?
Je lui dis: Trs bien, mais trs inquiet sur mon sort. Il me dit:
Mais pourquoi a? Je lui dis: Tout le monde dit que, quand je serai
arriv en France, on me coupera la tte. Si c'est vrai, comme on dit, je
voudrais que a soit  prsent, et qu'on me fasse pas souffrir jusque en
France! Il me dit, avec sa bont ordinaire, en tirant toujours mes
oreilles, comme tous les jours: Ceux qui t'ont dit a sont des btes;
ne craignez rien, nous arriverons bientt  Paris, et nous trouverons
beaucoup de jolies femmes et beaucoup d'argent. Tu vois que nous serons
bien heureux, bien plus qu'en gypte! Aprs a, je le remerciai bien de
la manire qu'il m'a reu, et m'a donn la tranquillit, car j'tais
bien inquiet.

Pour passer le temps dans la frgate plus agrablement, on a jou
plusieurs fois aux cartes avec messieurs Berthier, Duroc, Bessires,
Lavalette, enfin beaucoup de monde. Il a gagn plusieurs fois, m'a donn
de petites sommes d'argent. Nous sommes arrivs en Corse, le pays du
gnral, en traversant les ctes de Barbarie, et Tunisie[60]. Quand nous
avons aperu la cte de Corse, le gnral a envoy le capitaine de
frgate dans une chaloupe, pour faire dire aux autorits de la ville que
le gnral Bonaparte arrive. Par ce temps-l, nous sommes arrivs et
mouill la frgate en rade, et nous avons vu arriver, dans les petits
bateaux, toutes les autorits de la ville et beaucoup de belles dames de
la ville[61] pour fliciter le gnral de son heureux retour. Nous avons
pas fait la quarantaine comme on fait ordinairement. Le gnral a
dbarqu une heure aprs son arrive en rade, ensuite descendu dans la
maison qu'il tait n. Je ne suis dbarqu que le soir,  mon arrive
dans la ville. Le gnral il me fait demander comment je trouve son pays
natal. Je lui dis: Trs-bien, c'est un bon pays. Il me dit: C'est
rien, quand nous serons arrivs  Paris, c'est bien autre chose!

 notre arrive en Corse, on faisait la vendange; il ne manquait pas du
raisin ni belles figues. C'tait une rgalade pour nous, car, en gypte,
nous n'avions pas de tout a dans la maison que nous habitions. Il y
avait plusieurs jolies femmes, qui avaient beaucoup de bont pour moi,
comme tant un tranger; mais, ce qui m'a fait plus de peine, c'est le
bavardage de monsieur Fischer, qui avait dit au Gnral et au gnral
Berthier, que j'avais fait ma cour  plusieurs de ces dames, et j'avais
donn vingt-cinq piastres.

Nous sommes embarqus de nouveau dans la frgate, partir pour Toulon,
mais le temps tait si mauvais, nous sommes obligs de retourner encore
en Corse, et nous y avons t un jour entier et nous sommes partis, le
jour aprs, pour Toulon. Chemin faisant, le Gnral et gnral Berthier
commencent  rire en me voyant, en disant: Comment! Tu es plus habile
que nous! Tu as eu dj les femmes en France, et nous, nous en avons pas
encore eu! Je lui dis: Je voudrais savoir qui ce qui vous a dit a,
car je pourrais vous assurer que c'est un mensonge. Je n'ai rien eu et
rien fait. Et ils m'ont dit: C'est Fischer qui l'a dit. Mais j'tais
bien en colre contre ce vilain homme, d'avoir dit des menteries contre
moi. J'tais si en colre que je voulais taper  Fischer.

Quand nous tions  quelques lieues de Toulon, nous avons aperu sept
vaisseaux anglais qui nous barraient le passage. L'amiral Ganteaume, qui
commandait les frgates, a mis les deux frgates en dfense et mis une
chaloupe en mer, et attache avec une corde aprs la frgate, en cas de
besoin pour le gnral. Les Anglais, quoique encore bien loigns de
nous, tiraient des coups de canon. L'amiral Ganteaume a vu qu'il n'y
avait pas moyen d'arriver jusqu' Toulon, et nous avons laiss les
Anglais sur la route de Toulon, et nous avons pris celle de Frjus en
Provence, que nous tions pas bien loigns, car nous voyions les ctes.
Nous sommes arrivs, quelques heures aprs, dans la rade de Frjus. Les
Anglais venaient tout prs de nous et tiraient quelques coups de canon,
mais a nous faisait pas de mal, parce que les batteries des ctes nous
protgeaient. Le gnral a envoy, sur-le-champ, monsieur Duroc[62] 
terre pour prvenir les autorits de la ville que c'est le gnral
Bonaparte qui arrive. Aprs a, les batteries des ctes ont tir
plusieurs coups de canon pour notre arrive, et les deux frgates ont
rpondu avec des salves de cinquante coups de canon. Aprs, nous sommes
tous dbarqus, et nous avons t  pied jusqu' la ville qui tait  un
petit quart de lieue. Nous sommes arrivs de trs-bonne heure. Le
gnral a reu toutes les autorits de la ville, et demanda ensuite son
dner.

       *       *       *       *       *

Ordinairement, on fait quarante-cinq jours de quarantaine sans pouvoir
descendre  terre, mais le gnral n'a pas voulu rester aussi longtemps,
car nous sommes partis, le mme soir, pour Paris, et les troupes qui
taient avec nous, quand nous sommes arrivs dans la ville de Frjus.

Le gnral Berthier me dit: Roustam, prte-moi ton sabre, je te le
rendrai  notre arrive  Paris. Et je n'ai pas voulu lui refuser parce
que j'avais un autre, et mon poignard[63] que le gnral m'avait donn
dans le dsert d'gypte, avec une paire de pistolets que j'avais
emports avec moi du Grand Caire; j'avais de quoi me dfendre, en cas de
besoin.

Le gnral tait encore dans un salon. Je suis mis dans une petite
chambre,  ct de lui, pour mettre mes pistolets en bon tat et bien
les charger avec des grosses cartouches. Le gnral passait pour aller
dner. Il s'aperut que j'tais bien occup aprs mes pistolets. Il me
dit: Qu'est-ce que tu fais l?--Je charge mes pistolets, en cas de
besoin. Il me dit: Nous sommes pas en Arabie,  prsent, nous avons
pas besoin de toutes ces prcautions-l! Et je laisse mes pistolets
comme ils taient.

Le gnral est parti, le soir, pour Paris, avec monsieur Duroc et le
gnral Berthier, et je suis parti dans la nuit avec plusieurs personnes
de la maison[64], et les bagages du gnral. Il a voyag aussi avec
nous[65] un monsieur de Frjus, avec sa femme[66] qui tait fort jolie.
Il allait jusqu' Aix en Provence. Nous sommes march tout la nuit, et,
le lendemain, sur les quatre heures aprs midi, nous sommes arrivs 
six lieues d'Aix en Provence.

C'est l o on nous attaqua par trente brigands. C'tait un coup d'oeil
affreux, pour cet homme avec sa femme, qui voyageait avec nous. On avait
attach le mari  la voiture, et on a pill entirement. Mais on n'tait
pas content de tout cela: on a dshabill la pauvre toute nue; elle
avait seulement une seule chemise sur son corps. On croyait qu'elle
avait cach quelque diamant sur elle, tant bijoutire.

Aprs a, les brigands sont venus sur notre voiture qui tait charge
des bagages du gnral Bonaparte. Un monsieur qui tait avec nous, il
leur disait: Messieurs, ne touchez pas cette voiture, parce qu'elle
appartient au gnral Bonaparte! On lui a donn un coup de fusil; il
est tomb  terre, et il a manqu tre tu. J'avais mon poignard sur
moi: je voulais leur donner quelque coup, mais messieurs Danger et
Gaillon[67], ils m'ont empch, en me disant: Si nous faisons quelque
rsistance, nous serons perdus! Ces messieurs, ils me disaient a en
arabe; les autres ne comprenaient rien. Aprs a, ils ont cass toutes
les caisses et ont pris tous les effets et toutes les argenteries du
gnral, marques _B_. Aprs a, ils sont venus  moi. J'avais  peu
prs six mille francs, dans ma ceinture, tant en or qu'en argent. Ils
m'ont pas donn le temps de dfaire ma ceinture. Ils me l'ont coupe
avec un couteau. Mon poignard tait dans ma grande poche. Ils ne l'ont
pas pris. Je suis pas fch de cela, car c'tait un souvenir du gnral
qu'il m'avait donn dans le dsert d'gypte.

Un de ces brigands vient  moi. Il me dit: Tu es mamelouck? Je lui dis
oui, car je parlais un peu franais. Il me rpond: Tu viens manger du
pain de la France, on te le fera sortir par le nez ou on te le fera
vomir! Aprs, je leur rponds rien et on me laissa tranquille. Aprs
a, ils sont partis tous les trente bien arms, comme les troupes
rgulires, dans les montagnes.

Le malheureux homme tait, tout ce temps-l, attach  la voiture, et sa
femme en chemise, pleurait comme une Madeleine. Comme les brigands sont
partis, nous avons dtach ce pauvre homme de sa voiture. Vraiment
c'tait un coup d'oeil affreux. Ce pauvre homme s'est jet dans les bras
de sa femme. Il arrachait ses favoris, ses cheveux. Le sang coulait sur
sa figure, de voir sa femme si maltraite. Aprs, nous sommes partis,
sur-le-champ, pour Aix en Provence, et arrivs, le soir, dans la ville,
sans argent pour aller jusqu' Paris, mme pour manger.

Le lendemain, les autorits de la ville ont tabli un conseil pour les
pertes que nous venions de faire, et on a runi toutes les troupes qui
faisaient la garnison de la ville. On a envoy dans les montagnes aprs
les brigands, mais on n'a rien fait et rien trouv. Nous tions nourris
pour le compte de la ville, parce que personne de nous avait de
l'argent.

J'avais toujours le chle de cachemire avec moi. Je voulais pas le
vendre jusqu' nouvel ordre; j'attendais toujours la rponse de la
lettre que j'avais crite au gnral,  mon arrive  Aix en Provence.
Je lui mandais: que j'avais t attaqu par trente Arabes franais, et
on nous a pris tout, jusqu' toute votre argenterie. Je n'ai pas de
l'argent pour faire mon voyage ni pour manger. Quand nous tions dans la
frgate, vous avez eu la bont de me donner de l'argent, mais les Arabes
franais m'ont tout pris. Quand nous tions dans la ville de Frjus,
vous m'avez dit: Tu n'as pas besoin de tes pistolets, parce que, en
France, il n'y a pas d'Arabes; mais je puis vous assurer, mon gnral,
il y en a eu trente  la fois. Si j'avais mes pistolets chargs, j'en
aurais tu quelques-uns, mais contre force n'est pas rsistance. J'tais
seul contre trente Arabes.

Le troisime jour que nous tions  Aix, j'tais  la porte de
l'auberge, qui donnait sur une grande promenade; j'aperus un de nos
brigands qui passait, un sac sur son dos, en boitant, dans la grande
promenade. J'ai dit  un nomm Hbert, qui tait avec moi: Voil un
voleur qui passe. Je suis sr que c'en est un! Il me dit: Je ne crois
pas, car il me semble, c'est un soldat. Je lui dis: Je vas l'arrter
et je l'amnerai au Conseil; on le fera interroger.

Je courus moi-mme  lui; je lui dis: Viens avec moi, j'ai quelque
chose  vous dire, et je le conduis au Conseil o taient toutes les
autorits de la ville. On l'a interrog beaucoup. Il rpondit au juge
que ce n'est pas lui qui tait avec les brigands, mais qu'on lui a donn
quelques petites choses malgr lui. On a dfait son sac, qui contenait
six couverts d'argent marqus _B_, qui appartenaient  mon gnral,
trois bagues  la dame, avec un grand chle de mousseline, qui
appartenait  cette pauvre femme qui tait avec nous. On l'a jug le
mme jour, et fusill le lendemain.

On nous a dit que le gnral Murat devait passer par la ville, le
quatrime jour. Je me suis prsent  la poste que les chevaux
attendaient son arrive; je me suis prsent  la portire de la
voiture; je lui ai cont tous les malheurs qui nous taient arrivs. Il
me donna cent louis pour mon voyage.

Le mme soir, j'ai pris la poste avec messieurs Danger, Gaillon et
Hbert, pour Paris. Nous sommes arrivs  Lyon et fait sjour. Je suis
parti par la route de montagne de Tarare, qui est trs-leve, mais pas
autant que celle du mont Caucase. Quand nous sommes arrivs  la
barrire de Paris, on nous a arrts l pour visiter nos papiers. Ces
messieurs avaient des papiers, mais moi je n'avais rien. Je leur dis:
Je vas chez le gnral Bonaparte; on vous donnera des papiers, si vous
en avez besoin. Enfin on nous a laisss passer.

J'arrive rue de Chantereine, chez le gnral. Il me fait demander tout
de suite  mon arrive. Il rit bien de bon coeur, quand il m'a aperu. Il
me dit: Eh bien, Roustam, tu as donc rencontr les Arabes franais? Je
lui dis: Oui, cependant vous m'avez dit qu'il n'est pas de Bdouins en
France. Moi, je crois qu'il y en a dans tous les pays. Et il me dit:
Oh! que non. Je ferai finir bientt a. Je ne veux pas avoir, en
France, des Arabes. Je lui dis: Je crois a sera un peu difficile.
Aprs a, il me prsente  sa femme. Je lui baisai sa main, comme  la
mode d'gypte. Elle m'a reu avec bont. Le soir mme, elle m'amne,
dans sa voiture, au Thtre italien, et elle me fait donner une jolie
chambre et un bon lit. Quelques jours aprs mon arrive, j'ai eu la
fivre pendant quatre jours. Elle venait me voir tous les jours. Elle me
faisait donner des bonnes et jolies couvertures pour me tenir chaud. On
ne disait jamais rien  l'autre mamelouck qui tait avec moi. Aprs a,
on nous a fait habiller tout en neuf. Quelques jours aprs, je voyais
tout le monde courir dans la maison en pleurant. Je ne savais pas
pourquoi.

Je rentrais dans le salon; je vois cette bonne madame Bonaparte sur un
canap, entoure de beaucoup de monde; elle tait sans connaissance. Je
me suis inform,  plusieurs personnes qui ce qu'il y a de nouveau:
tout le monde pleure, pourquoi a? On me dit: Le gnral a t se
promener avec monsieur Duroc, alentour de Paris, et on dit qu'ils ont
t assassins tous les deux. Je me trouve donc dans un tat affreux.
Je pleurais comme un malheureux, mais, quelques heures aprs, j'ai vu
arriver le gnral,  cheval au grand galop, au milieu de la cour, et
tout le monde tait bien content de son arrive. De mon ct, j'tais le
plus heureux des hommes. Il parat qu'il a t  Saint-Cloud, pour
chasser le Directoire qui tenait le Conseil dans l'orangerie de
Saint-Cloud. Il a pris une compagnie de grenadiers et rentra dans la
salle et mit tout le monde  la porte. Il y en a un qui a voulu donner
un coup de poignard au gnral: deux grenadiers avaient par le coup.
Madame Bonaparte leur a donn,  chacun, une bague de diamant et le
grade d'officier, pour rcompense d'avoir sauv son mari. Un mois aprs,
nous avons t occuper le palais de Luxembourg, parce que la maison rue
de Chantereine tait trop petite, et il s'est fait nommer Consul.

Dans ce moment-l, le gnral Murat faisait sa cour  la soeur du
gnral, qui fut marie quelques jours aprs[68].

Le gnral Murat, il me faisait demander quelquefois chez lui. Il
faisait voir sa femme, en me disant: N'est-ce pas, Roustam, ma femme
est bien jolie? C'est vrai, aussi, elle tait fort jolie et trs
aimable; mme elle m'a fait prsent d'une petite bague de souvenir. Dans
ce moment-l, M. Eugne tait encore sous-lieutenant dans les Guides du
Consul, que l'on organisait. M. Barbangre tait colonel. Le gnral
allait promener, tous les jours, en calche sur les boulevards. Il
donnait un bon cheval pour que je l'accompagne partout. Un jour, nous
tions  la promenade, M. Lavigne, son piqueur, avait mont mon cheval,
et il m'avait donn un autre que je montais ce jour, mais le gnral
s'aperut que je montais pas mon cheval et il fait arrter sa calche.
Il me dit: Eh bien, Roustam, ce n'est pas la jument que je t'ai
donne! Je lui dis: Non, mon gnral, c'est Lavigne qui monte
aujourd'hui. Il tait plac  la tte de la calche. Il le fait venir 
ct de lui, qui tait sur ma jument, et l'a beaucoup grond d'avoir
mont mon cheval[69]: S'il montait encore une autre fois, il le
mettrait  la porte. Aprs a, Lavigne mit pied  terre, et j'ai mont
sur ma bonne et jolie jument. Il n'y avait pas, dans Paris, une
trotteuse comme elle.

       *       *       *       *       *

Un mois aprs, on fait prparer le palais des Tuileries pour le Consul.
Quand il fut fini de meubler, le Consul est all en grand cortge, et
moi  cheval  ct de sa voiture, et a fait son entre au palais avec
grande crmonie. Aprs a, il se fait nommer Consul  vie. Quelques
jours aprs, je montais  cheval pour aller promener avec M. Lavigne.
J'avais un jeune cheval un peu rtif. En passant  ct du pont Royal,
pour aller au bois de Boulogne, mon cheval ne voulait pas avancer. Je
lui pique les deux flancs, et il partit au grand galop. Malheureusement,
le pav tait fort mauvais. Il faisait bien chaud. Voil donc mon cheval
manque sur les quatre jambes. J'ai tir si fort par la bride et bridon
que tout tait cass dans mes mains, mais il n'est plus de moyen de
soutenir mon cheval; il tombe  terre, et m'a jet  quinze pieds de
lui. Sa tte, sa poitrine, tout tait dchir; le sang coulait partout.
Cette pauvre bte tait malade pendant un mois.

Je voulais me relever, mais mon coeur me manque, et je pouvais pas remuer
mes jambes. J'avais un grand pantalon de Mamelouck et un pantalon  la
franaise, bien serr, un caleon et une paire de bottes: tout tait
dchir! Les morceaux de chair de mes jambes tranaient par terre.
Beaucoup de bourgeois sont venus, avec Lavigne,  mon secours. Ils m'ont
mis dans une voiture, sans connaissance, et on m'a men au palais des
Tuileries. On fait venir, sur-le-champ, M. Su[70], chirurgien de la
Garde, qui m'a saign cinq fois, et mis plusieurs planches  mes jambes,
et bien attaches avec des cordes. J'ai gard ces planches pendant vingt
jours.

Le Consul a beaucoup grond Lavigne, parce qu'il m'avait donn un jeune
cheval et rtif. Il tait bien fch de l'accident qui m'est arriv. Il
m'envoyait tous les jours son mdecin pour savoir de mes nouvelles.

Ma blessure n'tait pas encore gurie quand j'ai appris que le Consul va
 l'arme[71]. Je voulais voir le Consul, mais le docteur ne voulait que
je marche. Un jour, sur les six heures du soir, j'ai t voir le Consul
aprs son dner. Il me dit: Te voil! Comment t'es-tu laiss tomber du
cheval? Je lui dis: Ce n'est pas ma faute, il me parat que les
chevaux de l'Arabie sont meilleurs que ceux de la France. Et il me dit:
Tu sors trop bonne heure; tu fatigueras ta jambe. Je lui dis que non,
que je suis presque guri. Je lui dis: Mon gnral, j'ai appris que
vous allez  l'arme; j'espre que j'irai aussi. Il me dit: Non, mon
cher, a ne se peut pas. Pour venir avec moi, il faut avoir des bonnes
jambes, et monter  cheval. J'ai dit: Mais je marche bien aussi, je
monterais aussi  cheval. Il me dit: Eh bien, marche au-devant de moi,
pour voir si tu boites! Je faisais mon possible pour marcher droit,
mais c'tait impossible, car je souffrais horriblement, et il me dit:
Ne craignez rien, je serai de retour bientt. Tu resteras avec ma
femme. Elle te laissera manquer de rien.

Je n'tais pas content de rester  Paris, je dsirais bien faire le
voyage. Madame, qui tait  ct du gnral, dans le salon, me disait:
Comment, Roustam! Pourquoi tu n'es pas content de rester avec moi? Je
t'aurais bien soign! Enfin j'ai fait mes adieux au Consul et je suis
all dans ma chambre en versant des larmes de devoir rester  Paris,
malade, sans parents, sans amis, ni mme de connaissances.

Mademoiselle Hortense, la fille de Madame Bonaparte, me faisait venir
chez elle bien souvent, pour faire mon portrait[72]; mes jambes me
faisaient toujours du mal. Bien souvent j'avais envie de dormir. Elle me
disait: Roustam, ne dormez pas, je vais te chanter des jolis couplets!
Un autre jour, elle me donne une tabatire dessine par elle.

Dans ma maladie j'avais Mme Couder[73] et son mari, pour me soigner. Sa
fille venait tous les soirs, pour voir sa mre, et elle me soignait
aussi quelquefois. Aprs ma maladie, je voulais me marier avec elle.
Elle n'tait pas jeune ni riche, mais je voulais faire son bonheur.
J'attendais le retour du Consul, pour lui demander la permission, mais
plusieurs personnes de la maison me disaient: Le Consul vous donnera
jamais son avis pour un mauvais choix comme a.

Aprs la bataille de Marengo, le consul arrive  Paris, le ... (_sic_).
Il fit demander, sur-le-champ, de mes nouvelles, si j'tais tout  fait
rtabli.

Le premier service que j'ai fait, depuis le retour du Consul, c'tait le
jour d'une grande parade, que j'ai mont  cheval avec le Consul. Le
marchal du Palais, Duroc, voulait pas que je monte  cheval le jour de
parade. a me faisait de la peine. Je demande alors, au Consul, la
permission de ne jamais quitter, car M. Duroc veut m'en empcher. Il me
dit: Monte toujours, il faut pas couter Duroc, ni personne. Aprs,
j'ai mont toutes les fois qu'il y avait des parades. J'avais une selle
turque, toute brode en or, et un cheval arabe pour les jours de parade,
et, pour le service ordinaire, j'avais des chevaux franais, et la selle
 la hussarde galonne en or, et je m'habillais comme je voulais.
J'avais des habits des Mameloucks, en velours et en casimir brods en
or, bien riches pour les crmonies, et des habits de drap bleu et
brods, moins riches[74].

Un jour, au djeuner du Consul, j'ai demand la permission de me marier.
Il m'a dit: Mais tu es encore trop jeune pour a. La demoiselle
est-elle jeune et riche? Je lui dis: Non, mais elle sera une bonne
femme. Je l'aime bien. Il me parat qu'on avait prvenu le Consul pour
a. Il me dit: Non, non, je ne veux pas, tu es encore jeune et elle
n'est pas riche. Elle a vingt-quatre ans; tu n'as que quinze ans, tu
vois bien que a ne peut pas s'arranger! Enfin, il me refuse. J'ai bien
vu que ce refus tait pour mon bien et j'ai t oblig de dire au pre
et  la mre: Le Consul ne veut pas que je me marie; c'est impossible
de le forcer. Aprs qu'on a dit a  sa fille, elle tait dsole de
cette mauvaise nouvelle. Je l'ai console le mieux que j'ai pu. Elle a
t marie, une anne aprs, avec un homme d'Amrique. J'ai fait donner
une place  son mari, dans la mme anne.

Nous avons rest  la Malmaison trois mois pour prendre l'air de la
campagne. Le premier Consul a voulu que je reste  Versailles chez M.
Boutet[75] jusqu' ce que j'apprenne  bien connatre les armes de
chasse. Comme la Malmaison n'est pas bien loigne de Versailles, je dis
au premier Consul: Si je reste toujours  Versailles, qui est-ce qui
couchera  la porte de votre chambre pour vous garder dans la nuit? Je
voudrais y aller le matin  six heures, et je travaillerais jusqu' six
heures aprs midi, et je viendrais ici pour faire mon service? Il me
dit: Oui, tu as raison.

J'ai fait tout ce trajet-l  cheval, et, pendant deux mois, M. Boutet
m'a montr tous les objets qui taient ncessaires pour la chasse. Quand
j'ai appris tout, M. Boutet m'a donn une lettre pour le Grand Marchal,
par laquelle je pourrais charger les fusils du premier Consul, et ses
pistolets. J'ai port la lettre au Grand Marchal. Il l'a montre au
premier Consul, qui a t satisfait. M. Lerebours[76] me montrait aussi,
pendant longtemps,  connatre les lunettes et leur nettoyage, et
j'tais charg de visiter, tous les jours, les lunettes du premier
Consul et de charger ses pistolets. Les jours de la chasse, je portais
sa carabine et je chargeais les fusils toujours  cheval. Il me faisait
toujours des compliments du service que je faisais auprs de lui.

Aprs quelque temps, le premier Consul a pris sa rsidence au palais de
Saint-Cloud, et il s'est fait nommer Empereur des Franais, ce qui tait
un grand fait pour tout le monde.




III

Le manque d'appointements m'oblige  vendre un chle de
cachemire.--Colre de l'Empereur  cette nouvelle: il me fait donner un
traitement, puis le brevet de porte-arquebuse.--Berthier refuse de me
rendre mon sabre; l'Empereur me donne un des siens.--Il m'invite 
envoyer mon portrait  ma mre, et promet de la faire venir 
Paris.--Mes campagnes.--L'Empereur consent  mon mariage.--Campagne
d'Austerlitz.--Mariage du Vice-Roi d'Italie.--L'Empereur signe  mon
contrat et paye les frais de ma noce.--Son couronnement  Milan.--Je
rclame l'arrir de ma solde de Mamelouck et obtiens mon cong de ce
corps.--Un cadeau de l'Empereur.--Danger par lui couru 
Ina.--J'apprends  Pultusk que je suis pre.--Eylau.--M. de
Tournon.--L'Empereur et le marchal Ney.--Friedland.--Entrevue de
Tilsitt.--La reine de Prusse et sa coiffure  la Roustam.--Ma
prsentation au tsar Alexandre.--Ftes de Tilsitt.--Dresde.--Mon retour
 Paris dans la voiture de l'Empereur.--Surprise agrable que ma femme
me mnageait.


Depuis trois annes que j'tais chez l'Empereur, je n'avais pas t
pay. Je n'avais aucun traitement. Je ne demandais rien et on ne me
donnait rien non plus. L'Empereur ne savait rien de tout cela. Je
n'avais pas mme un peu d'argent pour acheter du tabac. J'avais un chle
de cachemire. J'ai prfr le vendre que de demander de l'argent 
l'Empereur. Cependant, toutes mes connaissances me disaient: On croit,
dans le monde, que l'Empereur vous donne beaucoup d'argent. Il faut en
demander! Mais j'ai beaucoup connu M. Venard[77], qui tait mon
protecteur et mon ami, qui me prit en amiti depuis mon arrive
d'gypte. Il n'a jamais voulu que je demande de l'argent  l'Empereur,
en me disant: Laissez-le faire, l'Empereur vous laissera jamais manquer
de rien; il faut rester comme vous tes. Enfin je suivis toujours ses
bons conseils, et je m'en suis trouv toujours bien.

Avec tout a, je n'avais pas d'argent pour faire quelque petite dpense
que j'avais besoin. J'ai donn mon chle  un homme qui venait
quelquefois me voir, pour vendre quinze louis, mais le cochon m'a
apport dix louis, en me disant qu'il me remettra cinq autres dans trois
jours. Les trois jours passent, un mois passe, pas de rponse! Je me
suis prsent un jour chez lui. Il tait dmnag, mais le portier me
donna son adresse, qui tait  ct du passage Feydeau. Je lui fais
crire plusieurs lettres. Je n'ai jamais eu aucune rponse. Un beau
jour, j'ai t moi-mme chez lui, que j'ai trouv. Il me fait
trs-mauvaise mine, en me disant: Je n'ai pas d'argent  vous payer:
j'ai vendu votre chle quinze louis; dix pour vous, cinq pour moi! Je
le menace de le faire mettre en prison. Il me dit: Je ne vous crains
pas! Je lui dis: C'est bon, adieu, nous nous reverrons!

Une personne m'a dit qu'il dnait tous les jours  la table d'hte, 
ct de la porte Saint-Martin, et j'avais bien l'adresse. Je me suis
prsent, un jour,  deux heures aprs-midi, pour savoir s'il y tait.
La bourgeoise, dans son comptoir, me dit: Vous demandez M. Antoine?[78]
Il est  table. Je lui dis: C'est bien, je vous remercie. Et je me
suis retourn au palais des Tuileries. J'ai fait demander l'officier de
grenadiers qui tait de service, et que je connaissais depuis Grand
Caire. Je lui demande deux grenadiers, et les mne  la maison o tait
 dner M. Antoine. J'ai dit  la servante: Dites  M. Antoine qu'il
descende. Il y a une personne qui dsire lui parler. Le voil qui
descend. Je le mis entre les mains des grenadiers, pour le faire mettre
en prison, mais il a bien vu que j'avais agi svrement; il me demande
de le faire conduire chez lui, il me paiera tout de suite. Et je suis
all. Il m'a pay, comme nous tions convenus, et je donne douze francs
aux grenadiers, pour boire la bouteille.

Un mois aprs, l'Empereur est venu  Paris[79] pour passer une grande
parade et rester quelques jours  Paris. Comme je couchais toujours  sa
porte, il me demanda un jour,  souper  minuit. J'avais son souper
toujours  ct de moi; je le servais dans son lit o il tait couch
avec l'Impratrice. L'Empereur me dit: Roustam, es-tu riche? As-tu de
l'argent? Je lui dis: Oui, Sire, tant que j'aurai le bonheur d'tre
toujours auprs de Votre Majest, a sera une grande fortune pour moi.
Il me dit: Enfin, si je te demande de l'argent, pourras-tu m'en
prter? Je lui dis: Sire, j'ai dans ma poche douze louis. Je vous
donnerai tout.--Comment, pas plus que a!--Non, Sire. Et il me dit:
Combien as-tu d'appointements?--Rien, Sire. Je me plains pas; je me
trouve heureux.--Enfin, combien gagnes-tu avec moi? Je ne voulais pas
encore lui dire la vrit. Il commena  tre trs-mcontent contre
monsieur Fischer, qui tait  la tte de sa Maison. Il me dit encore:
Dis-moi donc combien tu gagnes avec moi? Je lui dis: Rien. J'ai rien
demand, et ils m'ont rien donn.--Comment! Depuis deux annes tu n'as
pas d'argent? Je lui dis: Je vous demande pardon, Sire. En revenant
d'gypte, j'avais un chle de cachemire; je l'ai vendu pour avoir un peu
d'argent, pour avoir du tabac et quelques petites dpenses que j'avais
besoin de faire.

Aprs a, il se mit en colre tout--fait contre monsieur Fischer; il me
dit: Va chercher Fischer![80] Comme je ne pouvais pas quitter la porte
de l'Empereur, j'ai envoy le chercher par un garon de garde-robe.
Quand Fischer m'aperut, il me dit: L'Empereur est-il de bonne humeur?
Pourquoi me fait-il demander  l'heure qu'il est? Je lui dis: Je ne
sais rien, mais ne craignez rien; il est de bien bonne humeur. Et
j'annonce monsieur Fischer  l'Empereur, qui le reut assez mal. Il l'a
beaucoup grond, en lui disant: Pourquoi Roustam n'est-il pas sur les
tats de ma Maison? Je suis entour de Franais qui me servent par
intrt. Voil un homme qui m'est bien attach. On ne lui donne pas
d'appointements depuis deux annes! Et il lui dit: Sire, je ne voulais
rien faire sans ordres. L'Empereur lui dit: Vous tes un imbcile; il
fallait m'en prvenir; j'ai autre chose  penser qu' a. Allez
sur-le-champ le faire mettre sur les tats de mes valets de chambre!
Mais il n'a rien dit pour l'arrir de deux annes que j'avais rien
reu.

Aprs a, on m'a pay 1.200 livres par an, comme tout le monde. Quelques
annes aprs, on m'a mis  2.400 livres. On organisait la Maison de
l'Empereur; on avait pris des Pages. Le contrleur Fischer me dit:
Roustam, vous ne servirez plus l'Empereur. Je lui dis: Pourquoi a?
Je le sers depuis l'gypte. Est-ce que l'Empereur est mcontent de moi?
Il me dit: Non, on fait comme autrefois: vous donnerez les assiettes
propres aux Pages qui les donneront  l'Empereur eux-mmes, et vous
recevrez les sales des mains des Pages. Je lui rpondis: Non, je ne
servirai pas de cette manire-l. Si l'Empereur me dit pourquoi je ne
sers pas, alors je lui dirai ma faon de penser. Je n'ai pas servi
depuis cette poque-l, et l'Empereur ne m'en a jamais parl.

Le prince de Neufchtel avait prsent  l'Empereur un tat pour
organiser la chasse  tir, mais il manquait un porte-arquebuse. Le
prince propose un homme pour porte-arquebuse, mais l'Empereur n'a pas
voulu, en disant au Prince: Cette place appartient  Roustam. Il a
appris son mtier chez Boutet, et il chasse toujours avec moi; mme
c'est un trs honnte homme. Il faut avoir des gards. Mais je ne
savais rien de tout a. J'ai su a que quelques jours aprs.

Il y avait bien longtemps que le prince de Neuchtel m'avait promis une
permission de chasse pour Saint-Germain. Je l'attendais tous les jours
pour faire une grande chasse au lapin: un jour, le chasseur du Prince
m'apporta une trs-grande lettre de la part du Prince. Je pensais que
c'tait ma permission de chasse. Point du tout, c'tait mon brevet de
porte-arquebuse[81], que le Prince m'envoyait, avec une lettre de lui
trs aimable. Cette place de porte-arquebuse montait  2.400 livres par
anne. Aprs a, je me suis prsent sur-le-champ chez l'Empereur, pour
le remercier de toutes les bonts qu'il avait pour moi: Je ferai mon
possible pour mriter les bonts de votre Majest.

Il me dit: Roustam, je t'ai donn un bon sabre en gypte, je ne le vois
pas. Pourquoi tu le portes pas? Je lui dis: Sire, quand nous sommes
arrivs  Frjus, le prince Berthier m'a demand que je lui prte mon
sabre et m'a dit qu'il me le rendrait  mon arrive  Paris. Mais il ne
me l'a pas encore rendu. Il me dit: Je ne veux plus de a. Va le lui
demander, de ma part, aujourd'hui. Et je me suis rendu chez le Prince,
et je lui ai demand mon sabre de la part de l'Empereur. Il me dit: Je
n'ai pas de sabre  toi. Je ne sais pas ce que tu me demandes. Et je
retourne  la maison. Je dis  l'Empereur ce que m'a dit le Prince.
L'Empereur m'envoie une seconde fois. Il me dit: Berthier veut garder
ton sabre. Je ne veux pas a. Dis-lui bien de ma part qu'il te rende ton
sabre. Et je retourne encore, le mme jour. Le Prince me dit:
Comprends-tu le franais? Je lui dis: Oui, monseigneur. Il me dit:
Eh bien j'ai fait un troc avec l'Empereur; je lui ai donn un de mes
sabres pour le tien. Je lui dis: Oui, je comprends trs-bien, 
prsent.

Et je conte tout a  l'Empereur. Il me dit: Berthier est un vilain. a
ne fait rien. Je vais te donner un de mes sabres. Il fait demander, 
monsieur Hbert, son valet de chambre, tous ses sabres, et il m'en a
choisi un assez bon, la lame et le fourreau tout en damas. Je l'ai bien
remerci, et je l'ai port tous les jours.

Quelques jours aprs, nous avons t passer quelques jours  la
Malmaison. Un jour,  son coucher, il me dit: Roustam, as-tu vu le
marchal Bessires? Je lui dis: Non, Sire, je ne l'ai pas vu
aujourd'hui. Et il me dit: Je lui ai donn quelque chose pour toi. Le
lendemain, le marchal Bessires m'a remis une inscription de 500 livres
de rente en perptuel, en me disant que c'tait de la part de
l'Empereur.

Quand nous sommes retourns  Saint-Cloud, l'Empereur tait  se
promener dans l'Orangerie. Il me dit: Eh bien, Roustam, as-tu vu
Bessires? Je lui dis: Oui, Sire, je vous remercie, il m'a donn un
billet de 500 livres de rente. Il me dit: Tu ne sais pas les compter.
C'est bien plus que a. Je dis: Je vous demande pardon, Sire, je sais
bien compter, il n'y a pas plus que 500 livres de rente. Il me dit: Ce
n'est pas vrai. Va chercher ton billet, que je voie. Le billet tait
dans ma chambre. J'ai t le chercher. Il a pris la lecture. Aprs a,
il me dit: Tu as raison. Et il me rend le billet, en me disant: Je te
fais 900 livres de rente: il me parat que Bessires a gard 400 livres
pour lui. C'est bien mal de sa part! Le mme jour il a fait venir le
marchal Bessires, l'a beaucoup grond pour a. Le marchal a cru que
j'avais parl pour a  l'Empereur. Je ne le craignais pas, parce que je
n'tais pas fautif. Il me dit un jour, le marchal: Je viens de parler
 l'Empereur, et tu parleras  prsent, si tu veux. Je lui dis:
Monseigneur, je n'ai jamais parl  l'Empereur que pour le remercier de
toutes les bonts qu'il a eues pour moi; c'est lui-mme qui m'a demand
mon billet. Je vous jure ma parole d'honneur, je n'ai pas ouvert la
bouche contre vous. Trois jours aprs, l'Empereur me fait donner, par
son secrtaire[82], 400 livres de rente. a me fait donc les 900 livres
de rente.

       *       *       *       *       *

Avec tout ce bonheur-l, je n'avais jamais oubli ma pauvre mre et ma
soeur. Je leur ai crit quatorze lettres, par Constantinople et
Saint-Ptersbourg, et je n'ai jamais reu la rponse.

Nous tions, un jour,  la chasse; l'Empereur me dit: Roustam, as-tu
ton portrait? Je lui dis: Oui, Sire, je l'ai fait faire par monsieur
Isabey, en miniature[83]. Et il me dit: Le marchal Brune va partir,
aujourd'hui, pour ambassade,  Constantinople. Il faut envoyer ton
portrait  ta mre. Je n'tais pas content de a, parce que l'Empereur
m'avait promis, plusieurs fois, de faire venir ma mre.

Je dis  l'Empereur: Sire, votre Majest veut que j'envoie mon portrait
 ma mre; est-ce que votre Majest la fera pas venir? Il me dit: L'un
n'empche pas l'autre. Envoie toujours ton portrait et je la ferai venir
aprs.

Il y avait,  Paris, un marchand armnien qui voulait faire le voyage de
Tartarie et de Crime pour chercher ma mre et ma soeur que j'avais
laisses dans ce pays-l, mais il me demandait un passeport sign par
l'Empereur et trois mille francs et une voiture. Je me suis vu oblig de
m'adresser  l'Empereur pour demander son consentement. Il me dit: Cet
Armnien demande tous ces objets-l pour vendre ses marchandises. Aprs
a, il viendra te dire qu'il n'a pas trouv ta mre. Comme il connat le
pays, qu'il fasse le voyage, je ne lui donnerai rien d'avance.  son
retour, il t'amnera ta mre. Si elle est morte, il t'apportera un
certificat du gouverneur du pays. Aprs a, je lui paierai tous les
frais de son voyage et dix mille francs d'indemnit.

Et je lui dis tout a de la part de l'Empereur. Il n'a pas voulu
entreprendre le voyage. Aprs a, j'ai crit encore plusieurs lettres,
et je n'ai pu recevoir de leurs nouvelles.

J'ai fait toutes les campagnes avec l'Empereur: la premire campagne
d'Autriche, la campagne de Prusse et de Pologne, la seconde campagne
d'Autriche, et celle d'Espagne, et la campagne de Moscou et de Dresde,
et celle de l'intrieur de la France, et deux voyages d'Italie, et celle
de Venise, et le voyage de la Hollande, o j'ai gagn la fivre, et o
l'Empereur m'a fait donner une voiture de la Maison pour retourner 
Paris.

Sept ans aprs mon arrive d'gypte, je voulais dfinitivement me marier
avec la fille de Douville, qui tait fort jolie et appartient  honnte
famille, et que je connaissais depuis fort longtemps. Elle avait seize
ans, j'allais la voir tous les jours, mais je n'osais pas parler de
mariage. Quelques jours avant le premier voyage d'Autriche, j'ai donn
un djeuner  Douville qui tait premier valet de chambre de
l'Impratrice Josphine, et  monsieur Le Peltier, que je connaissais
beaucoup par Douville, qui tait son ami. J'avais donn le djeuner 
ces deux personnes pour demander  Douville sa fille en mariage. Aprs
le djeuner, j'ai dit  Douville: Tu as une jolie fille et je suis
garon; si j'tais assez heureux de russir, je demanderais en mariage.
Enfin, moi et Peltier, nous lui avons beaucoup parl pour qu'il me
refuse pas. Il m'a rpondu: Je tiens entirement  la rputation de ma
fille. Je ne peux pas dire oui, sans que l'Empereur vous donne son
consentement.

Comme nous partions pour l'Autriche, je lui ai demand la permission
pour crire  sa fille, pour demander de ses nouvelles, et,  mon
retour, je la ferai demander  l'Empereur. Enfin, nous nous sommes
embrasss l'un et l'autre. Le mme soir, Douville tait de service. Je
lui dis: L'Empereur est dans sa chambre. J'ai grande envie de lui
demander son agrment, avant mon dpart[84]. Douville me dit: Oui, je
ne demande pas mieux, au moins nous serons tranquilles. Et je me suis
rendu chez l'Empereur.

Il me dit: Eh bien, Roustam? Qu'est-ce que tu veux? Mes armes
sont-elles en bon tat? Je lui dis: Oui, Sire, mais j'ai une grce 
demander  Votre Majest. Il me dit: Dis-moi ce que c'est.--Votre
Majest connat le nomm Douville qui est attach au service de
l'Impratrice. Il a une fille fort jolie et jeune. Elle est fille
unique. Je demande la permission de me marier. Il me dit: A-t-elle
beaucoup _filone_[85] (c'est--dire beaucoup d'argent)? Je lui dis: Je
ne crois pas, j'ai le bonheur d'appartenir  votre Majest, il me
manquera jamais rien! Et il me dit: Mais nous allons partir dans
quelques jours. Tu n'auras pas le temps. Je lui dis: Si votre Majest
me dit oui, eh bien, a sera  notre retour! Et il me dit: Oui, je
t'accorde.  mon retour, je te marierai. J'tais donc content comme un
roi; j'tais tout de suite voir Douville. Je lui ai annonc l'heureuse
nouvelle pour notre bonheur, et il tait bien content. Il m'a embrass
bien sincrement.

Le lendemain, j'ai t faire une visite  sa femme et  sa fille, qui
tait dj prvenue. Ils m'ont reu  merveille et, quelques jours
aprs, je suis parti pour l'arme. Nous avons travers le royaume de
Wurtemberg et Bavire et arriv  Vienne. Aprs a, nous sommes partis
pour Austerlitz. C'est l o on a donn la dernire bataille dcisive.
Trois jours aprs, l'Empereur Napolon a eu une entrevue avec l'Empereur
d'Autriche. Aprs, nous sommes partis pour Schoenbrunn,  une lieue de
Vienne, un grand palais de l'Empereur d'Autriche.

Un jour, je suis all  Vienne de bien bonne heure, avec plusieurs de
mes amis, pour djeuner; j'ai rest dans la ville jusqu' trois heures
aprs midi; j'ai rencontr une personne de la Maison qui passait 
cheval; je lui ai demand s'il y avait quelque chose de nouveau. Il me
dit: Rien de nouveau depuis ce matin. Je lui demande ce qu'il y a de
nouveau: Je vous prie de me le dire, car je ne sais rien, parce que je
suis ici depuis ce matin. Il me dit: La paix est signe depuis ce
matin; il est parti dj un service pour Munich et l'Empereur part
demain au matin. Enfin j'tais le plus heureux des hommes, pour la
tranquillit de tout le monde et pour mon bonheur, car je dsirais bien
arriver  Paris pour mon mariage, comme l'Empereur m'avait promis.

Nous sommes arrivs  Munich, et l'Impratrice est arrive quelques
jours aprs, pour rejoindre l'Empereur qui attendait pour le mariage du
Vice-Roi, avec la fille du Roi de Bavire. Nous avons eu, tous les
jours, grand fte, et la ville illumine tous les soirs. L'Empereur a
fait plusieurs chasses  tir et  courre o j'ai charg ses fusils.
Quelques jours aprs, nous sommes arrivs  Wurtzbourg o on avait
prpar une grande fte pour l'Empereur et l'Impratrice.

L'empereur a chass aussi une fois, avec le roi de Wurtemberg.  la
chasse, l'Empereur a fait prsent d'une carabine de grand prix au roi.
Comme j'tais porte-arquebuse, j'ai port la carabine chez le roi.

Quelques jours aprs, nous sommes arrivs  Paris. L'Empereur m'a promis
de me marier, mais le Grand Juge et l'Archevque de Paris ne voulaient
me donner la permission, en me disant que je suis pas catholique romain.
Je leur disais: Je suis gorgien; les gorgiens sont tous chrtiens.
Il voulait pas entendre les raisons. Je suis oblig de m'adresser encore
 l'Empereur, qui m'a donn une lettre pour le Grand Juge et une pour
l'Archevque de Paris.

Aprs a, je suis mari un mois aprs mon retour de voyage. L'Empereur a
eu la bont de signer mon contrat de mariage et payer les frais de ma
noce[86].

Dans le premier voyage d'Italie, pour le couronnement de l'Empereur, on
voyageait si rapidement que tout le monde tait tomb de fatigue et de
sommeil.

L'Empereur restait quelques jours au palais de Stupinigi,  une lieue de
Turin.

L'Empereur fait plusieurs chasses du cerf. C'est moi qui chargeais
toujours sa carabine.

L'Impratrice disait  l'Empereur: Il faut rester encore ici quelques
jours, parce que tout le monde est bien fatigu. Et l'Empereur disait:
a sont des mous: vois Roustam. Il voyage nuit et jour avec moi, il
n'est pas fatigu, il a toujours bonne mine!

Le lendemain, nous sommes partis pour Alexandrie, et nous avons parcouru
 cheval le terrain de Marengo, o on avait donn la grande bataille.

Un jour aprs, l'Empereur a couch,  Milan, dans son palais qui tait
prpar pour le recevoir, et nous avons rest  peu prs un mois en
faisant toujours quelque petit voyage dans le royaume.

Aprs a, l'Empereur s'est fait couronner roi d'Italie, et l'Empereur
partit pour Fontainebleau, en passant par le Mont-Cenis et Lyon.

Nous sommes arrivs tout seuls. Toutes les voitures et tous les hommes 
cheval taient rests en arrire, et sont arrivs un jour aprs nous.

Je compte toujours dans les compagnies des Mameloucks qui taient
attaches dans la Garde. Comme j'tais mari, je voulais avoir mon cong
absolu, mais je retardais toujours pour toucher ma paye du rgiment. Je
ne l'avais pas reue depuis trois annes.

J'ai crit plusieurs fois  monsieur Mrat[87], marchal des logis des
Mameloucks; je n'ai jamais reu la rponse. La quatrime que je lui
cris, je lui ai marqu que, s'il ne veut pas me payer ce qu'il me
devait, je me ferais payer par l'Empereur. Il me parat qu'il a eu peur,
car il a fait voir ma dernire  son colonel.

Il m'a crit une trs-honnte, mais, au bas de la lettre, le colonel
avait crit quelques lignes en me disant: Un infrieur doit obir  son
suprieur. J'crirai  l'Empereur. Je lui ai fait la rponse: Quand il
voudra crire  l'Empereur, qu'il m'envoie sa lettre; je la remetterai 
l'Empereur, comme je suis auprs de lui, la nuit et le jour.

Je n'ai pas reu la rponse.

Quelques jours aprs, monsieur Mrat, marchal-des-logis, vient, 
Saint-Cloud, chez moi, le matin  neuf heures, en bourgeois. Il tait
assis  ct de moi; il commence la conversation en me disant: J'ai
reu une lettre de vous. Il m'a paru bien dur de la manire qu'elle
tait crite. Je lui dis: Trs-possible; je suis fch de cela, vous
savez bien que voil la quatrime lettre que je vous ai crite. Si vous
aviez pris la peine de me faire la rponse  la troisime, vous n'auriez
pas trouv la quatrime aussi dure. J'ai reu une lettre de vous, il y a
quelques jours, o monsieur Delaitre[88] me menaait, en me disant: Un
infrieur doit obissance  son suprieur! Vous croyez donc que je
crains ses menaces? Non! non! Il faut pas qu'il mette a dans sa tte;
j'ai rien  faire avec lui. L'Empereur est mon chef, je n'en connais pas
d'autre. Dornavant, s'il m'crit des lettres menaantes, je dirai 
l'Empereur ce que je pense de lui et vous, monsieur Mrat. Depuis trois
annes, je vous ai rien demand: pourquoi me paieriez-vous pas ma solde
de Mamelouck?

Il me dit: Parce que j'ai t nomm officier et j'ai dpens votre
argent pour acheter des chevaux. Je lui dis: Ce n'est pas pour me
payer, mais ce n'est pas honnte de votre part de n'avoir pas fait la
rponse de plusieurs lettres que je vous ai crites!

Ma femme, qui tait  ct de moi, voulait changer la conversation, pour
que nous ne parlions pas d'affaires aussi disputantes. Je lui dis avec
regret qu'il faut pas qu'elle se mle d'une affaire qu'elle ne
connaissait pas, et elle entra dans sa chambre, et je dis  Mrat: Par
quel droit que vous gardez les soldes des Mameloucks depuis si
longtemps? Vous tes chez moi,  prsent, vous ne sortirez de la maison
sans me payer ce que vous me devez, sans cela je vous ferai arrter par
la Garde et je parlerai au marchal Bessires (qui servait auprs de
l'Empereur). Il me dit: H bien, j'ai trois cents francs. a vous paye
aujourd'hui; le reste, je vous le payerai quand j'aurai de l'argent. Je
lui dis: Je ne veux pas a. Je prendrai les trois cents francs en
compte, et vous allez me faire, sur le compte, un billet de votre main,
sur le quartier-matre des Chasseurs de la Garde, payable cent francs
par mois,  Monsieur ou  Madame Roustam, jusqu' ce que les payements
soient finis.

Et j'ai reu le tout, et j'ai demand au marchal Bessires mon cong
absolu, qu'il m'a donn, et j'ai fait signer par les marchaux et les
gnraux de la Garde et les colonels. Ma femme tait enchante que j'aie
demand mon cong, parce que je n'avais plus rien  faire avec le corps
des Mameloucks.

       *       *       *       *       *

La mme anne, le dey d'Alger envoya plusieurs chevaux  l'Empereur,
avec une paire de pistolets et une canardire toute enrichie de corail
taill, qui tait dans la chambre de l'Empereur. Je voulais la remettre
avec les autres dans son cabinet, mais monsieur Hbert, son premier
valet de chambre, me dit: Il faut pas entrer dans sa chambre sans
prvenir l'Empereur!

Le mme jour, en conduisant l'Empereur dans son cabinet, il passe dans
sa chambre; je lui dis:

Sire, si votre Majest veut, je remettrai les armes qui sont ici dans
le cabinet de votre Majest, avec les autres. Il me dit: Voyons,
montre-les moi. Il examine bien le fusil, et il me dit: Tiens, je te
le donne, et les pistolets aussi, car ils sont pareils. Porte a dans ta
chambre.

       *       *       *       *       *

Ma femme tait grosse de sept mois quand je suis parti pour la campagne
de Prusse et de Pologne, qui a dur onze mois.

La premire grande bataille a t donne  Ina, et toute l'arme
prussienne, en quelques jours de temps, tait dtruite, mais avant la
bataille, dans la nuit, l'Empereur voulait lui-mme visiter les
avant-postes, accompagn de deux marchaux, le prince Borghse, le
marchal Duroc, et moi qui le quittais jamais.

L'Empereur a visit l'aile gauche de l'arme, et il voulait passer par
le devant des factionnaires pour aller visiter la droite. Un moment,
nous tions arrivs tout--fait au bout, voil que l'on fait un feu de
file sur l'Empereur. On croyait que nous tions les ennemis. Nous avons
tous cern l'Empereur de tous les cts, pour que les balles touchent
pas  l'Empereur, et nous avons cri: Cessez le feu, nous sommes
Franais! Enfin, on fait cesser le feu, et nous sommes rentrs dans les
rangs, sans avoir aucun danger.

L'Empereur a couch, dans la nuit, sur un plateau. Je lui ai donn un
mouchoir pour mettre sur sa tte, et son manteau que j'avais toujours
avec moi. J'ai arrang un lit de paille dans sa baraque, et je l'ai
couvert avec son manteau.

Et la bataille tait commence  sept heures du matin. Il faisait un
brouillard trs pais. On voyait pas clair, mais, vers les dix heures,
nous avons eu un temps charmant.

Le jour de la bataille, l'Empereur a couch  Ina mme. Le lendemain,
il a fait renvoyer tous les prisonniers chez eux, en leur disant: Je ne
fais pas la guerre contre les Saxons! Et les Prussiens renvoys dans
l'intrieur de la France.

Quelques jours aprs, l'Empereur fait son entre  Berlin,  la tte de
toute sa Garde, et descendu au palais du Roi.

Aprs, nous sommes partis pour Varsovie, en passant par Posen.

Aprs avoir rest quelque temps  Varsovie, nous sommes partis pour
Pultusk, o on a encore donn une bataille contre les Russes, que nous
avons gagne, et beaucoup de prisonniers et du canon.

Il faisait un temps affreux; tous les soldats se plaignaient du froid,
mais pas autant qu'en Russie. C'est l que j'ai reu une lettre de ma
belle-mre. Elle m'annonait l'accouchement de ma femme d'un garon. Je
pleurais de joie, j'tais content comme un roi d'avoir un garon.

Le mme jour, j'ai prvenu l'Empereur que ma femme tait accouche d'un
garon. Il me dit: C'est bien, j'ai un Mamelouck de plus: il te
remplacera, je l'espre!

Et nous sommes partis pour Eylau, en Prusse, que nous avons eu encore
une bataille, et nous avons gagn. Et nous avons pris vingt-cinq pices
de canon, pas beaucoup de prisonniers, mais beaucoup de morts. Les
blesss qui se trouvaient sur le champ de bataille taient cachs par la
quantit de neige. On leur voyait que leurs ttes.

J'avais toujours des provisions, les jours de bataille. J'avais avec moi
une bouteille d'eau-de-vie: j'ai distribu moi-mme aux blesss, pour
donner un peu de force dans la neige.

Moi-mme, le jour de la bataille d'Eylau, je manquai d'tre gel; je ne
le fus pas, grce  M. Bongars[89], aide de camp du prince de Neuchtel.
Il y avait plusieurs jours que j'avais dormi. Je tenais mon cheval par
la bride, et j'tais cach, la moiti de mon corps dans la neige, et je
me suis endormi par le bruit des canons tirs aussi souvent. M. Bongars
m'a aperu. Il vient  moi en me disant: Malheureux, qu'est-ce que vous
faites l? Vous allez tre gel. Il faut pas dormir! Le mme instant,
l'Empereur monte  cheval. Je me suis trouv tout--fait derrire
l'Empereur, et M. Tourneur[90], qui tait chambellan de l'Empereur,
tait  cheval derrire moi. Il n'osait pas trop avancer, parce que les
boulets de canon tombaient,  ct de nous, comme de la grle; il
tourmente exprs son cheval, et il tombe sur la neige, comme s'il tait
sur un matelas, et il me dit: Je vous en prie, M. Roustam, je ne peux
pas monter  cheval. Je vas retourner au quartier gnral. Je vous prie
de dire  l'Empereur que j'ai reu une chute de cheval, et je ne peux
suivre.

Tout le monde qui tait l riait de bon coeur. L'Empereur ne m'en a pas
parl, je n'ai rien dit non plus.

Et nous sommes partis, quelques jours aprs la bataille, pour Osterode,
pour faire prendre des cantonnements  l'arme.

Nous avons rest  Osterode quelques jours.

L'Empereur, un soir, a jou aux cartes avec le prince de Neuchtel,
marchal Duroc et plusieurs autres personnes. Il a gagn un peu
d'argent; il a eu la bont de me faire demander et m'a remis 500 francs
de son gain en me disant: Tiens, voil pour toi!

Aprs a, l'Empereur a pris son quartier gnral  Finkenstein, que nous
avons rest jusqu'au printemps. Dans cet intervalle, j'ai fait plusieurs
voyages avec l'Empereur, de Dantzig, Marienverder, Marienbourg.

On parlait beaucoup de la paix. J'tais bien content de cela, pour avoir
le bonheur de voir ma femme et mon fils. Prs de dix mois que je l'avais
vue, mais je recevais leurs nouvelles, presque tous les jours, par les
estafettes de l'Empereur, bien exactement: a me consolait un peu, car
c'tait trop de d'tre priv ma famille depuis dix mois.

Un jour, vient arriver un aide de camp de marchal Ney, prvenir
l'Empereur que les Russes ont attaqu le corps de marchal Ney avec
quarante mille hommes, et le marchal a battu en retraite pendant quinze
lieues, sans perdre une pice de canon, ni aucun soldat.

En deux jours de temps, l'Empereur fait runir son arme et partit
lui-mme pour commander en chef, comme tous les jours.

L'Empereur part pour le quartier gnral de marchal Ney, il tait
arriv  onze heures du soir. Il a reu le marchal, il lui a dit, en
riant: Comment, monsieur le marchal Ney, vous avez laiss vous battre
par les Russes? Le marchal lui dit: Sire, je vous jure sur ma parole
d'honneur, ce n'est pas ma faute. Ils m'ont attaqu, que je ne m'y
attendais pas, mme avec grande force, et moi, j'avais, dans ce
moment-l, bien peu de monde!

Je voyais que les larmes roulaient dans les yeux de marchal. Il n'tait
pas trop content d'avoir battu en retraite.

L'Empereur disait au marchal Ney, en soupant avec: C'est rien, a;
nous rparerons cette faute-l!

Le lendemain, nous avons commenc, dans tous les points, d'attaquer
l'ennemi et poursuivre jusqu' Friedland, en passant par Eylau, que nous
avions donn une grande bataille dans l'hiver.

C'est le prince Murat qui commande toute la cavalerie de l'arme, mme
il avait le titre de lieutenant de l'Empereur.

En arrivant  Friedland, nous avons trouv toute l'arme russe en
bataille, devant une rivire assez forte.

Le lendemain, l'Empereur fait attaquer par les tirailleurs, et la force
de l'arme tait cache dans les bois.

En attendant, pour faire connatre les forces de l'ennemi, et aprs
avoir fait bien engager dans tous les points, on a tiraill, depuis sept
heures du matin, jusqu' trois heures aprs midi.

Aprs que l'Empereur a vu que l'ennemi tenait ferme, il fait engager
dans tous les points, comme il dsirait. Il fait venir, au mme moment,
le marchal Ney, il lui ordonne qu'il prenne cette division et qu'il
marche, au pas de charge, sur le pont qui se trouvait derrire la ville,
et les deux autres divisions soutiendront par la droite.

Le marchal dit  l'Empereur: Oui. Sire, je vais excuter les ordres de
Votre Majest, et Elle sera satisfaite, je l'espre.

Il prend sa division et marcha directement sur le pont, en traversant
dans la ville. Il a arriv  son but et fait mettre le feu au pont.

Voil donc l'arme de l'ennemi coupe en deux. Celle de la droite tait
presque dtruite par le marchal Ney.

Quand lui tait avec une division sur le pont, les deux autres divisions
taient sur la droite. Il fait marcher au pas de charge, en face de la
rivire. L'ennemi voulait passer le pont, mais il tait dj coup. Il
voulait, aprs, passer  la nage. Plus des trois quarts taient noys,
en laissant, en grande partie, leurs canons et les bagages.

La victoire tait tout--fait en notre pouvoir. Au mme instant,
l'Empereur fait venir encore le marchal Ney, l'embrasse au bras le
corps, en lui disant: C'est bien, monsieur le marchal; je suis fort
content; vous nous avez gagn la bataille! Le marchal dit: Sire, nous
sommes Franais, nous gagnerons toujours![91]

Le soir, l'Empereur a fait tablir son quartier gnral dans la ville de
Friedland; le lendemain, l'Empereur a visit le champ de bataille et
partit, le mme jour, pour rejoindre le prince Murat, qui tait aux
avant-postes,  deux lieues de Tilsitt.

L'Empereur a couch aux avant-postes, dans une ferme.

Le lendemain, le prince Murat fait dire  l'Empereur que les ennemis
taient en bataille, au-devant de nous, avec cinq et six mille Kalmoucks
et Baskirs, avec leurs flches. L'Empereur dit: Ce n'est rien. Il fait
donner ses ordres  une division de cuirassiers qu'il fait mettre leurs
manteaux pour cacher leurs cuirasses. Les flches mordront pas sur la
cuirasse. Et il les fait marcher, sur-le-champ,  l'ennemi, commands
par le prince Murat. Il fait charger et fait disperser de tous les
cts, et poursuivre jusqu' Tilsitt, o nous avons trouv le pont brl
par l'ennemi. On chercha  rtablir le pont.

Il vient d'arriver un prince russe auprs de l'Empereur Napolon pour
demander la paix. L'Empereur l'a bien reu, mais il n'a pas voulu faire
les arrangements avec lui, en lui disant: Je veux faire mes
arrangements avec l'empereur de Russie, et non pas avec d'autres.

Ce prince est parti, le mme jour, pour auprs de l'empereur de la
Russie, et nous sommes couchs dans le faubourg de Tilsitt.

Le lendemain, on a fait prparer une maison dans la ville, pour
l'Empereur.

Les deux armes franaise et russe taient spares par le Nimen. Tout
tait fort tranquille. L'Empereur fait faire un grand radeau sur le
Nimen, embelli par des guirlandes de fleurs, pour recevoir l'Empereur
de Russie. Ils se sont rendus, chacun de leur ct, dans le radeau.

Au moment que les Empereurs sont embarqus sur les petits bateaux, pour
aller rejoindre l'un l'autre, on a tir beaucoup de canons en criant,
rpt plusieurs fois: Vive l'Empereur Napolon!

Le lendemain,  midi, l'empereur de Russie tait arriv dans la ville.
On avait prpar une maison pour lui. L'empereur Napolon avait envoy
un bon cheval arabe au bord du Nimen, pour que l'empereur de Russie
monte, et nous avons tous mont  cheval pour aller au-devant de lui.

Toute la Garde  cheval et  pied tait sur les armes, dans une grande
rue o taient logs les deux Empereurs.

L'Empereur de Russie monte  cheval, au bord du Nimen, avec l'Empereur
des Franais, et l'Empereur de Russie trouva toute la Garde magnifique.

L'Empereur des Franais montrait  l'Empereur de Russie: Voil mes
grenadiers  cheval. Voil mes chasseurs. Voil mes dragons, enfin
tout.

Quand nous sommes arrivs en face de la maison qui tait destine pour
l'Empereur de Russie, l'Empereur des Franais lui dit: Voil la maison
de Votre Majest. Mais l'Empereur de Russie lui dit: Sire,
permettez-moi que je parcourre jusqu'au bout de la rue, pour voir toute
la Garde, que je trouve superbe! Et ils ont t jusqu'au bout de la
grand'rue, et sont retourns  la maison qui tait prpare pour
l'Empereur des Franais, et ont dn ensemble.

Deux jours aprs, le Roi et la Reine de Prusse sont venus aussi 
Tilsitt; ils taient logs dans la maison d'un meunier, et venaient tous
deux, tous les jours, chez l'Empereur des Franais et l'empereur de
Russie, pour dner avec l'empereur Napolon.

Un jour,  dner, l'empereur Napolon disait au roi de Prusse: N'est-ce
pas, monsieur le Roi de Prusse, Votre Majest n'aime pas la guerre, car
Votre Majest n'est pas heureuse dans la campagne qu'elle vient de
faire? Le roi de Prusse lui rpond: Oui, Sire, Votre Majest le sait
mieux que moi! sa tte toujours baisse.

La reine de Prusse venait, trs-souvent, faire des visites  l'empereur
Napolon.

Un jour elle tait coiffe  la grecque, l'Empereur lui dit: Votre
Majest est coiffe  la Turque.. Elle dit: Je vous demande pardon,
Sire, je suis coiffe  la Roustam! En me regardant, moi tant auprs
de l'Empereur.

Quand l'Empereur tait  Tilsitt, on a prsent la reine de Prusse 
l'Empereur, qui l'a reue dans un petit salon. Sa visite resta une
heure. En sortant de chez l'Empereur, elle avait beaucoup pleur, car
son visage tait tout mouill et ses yeux gros. Tout de suite aprs, on
annonce  l'Empereur que le dner tait servi. Alors l'Empereur sortit
de son cabinet, il trouve le prince de Neuchtel dans la salle  manger.
Il dit: Eh bien, Berthier, la belle reine de Prusse pleure joliment;
elle croit que je suis venu jusqu'ici pour ses beaux yeux!

Le lendemain, l'Empereur Alexandre, le roi et la reine de Prusse, le
grand-duc Constantin sont venus dner avec l'empereur Napolon, et moi
j'tais  ct de l'Empereur pour le servir. La reine de Prusse et
l'empereur Alexandre me regardaient beaucoup. Napolon dit  Alexandre:
Sire, Roustam tait un de vos sujets! Il lui rpond: Comment,
Sire?--Oui, parce qu'il est de la Gorgie; comme la Gorgie appartient 
Votre Majest, alors c'est un de vos sujets. Aprs a, Alexandre me
regardait en souriant.

Tout le temps que nous sommes rests  Tilsitt, nous tions toujours en
fte. L'empereur Napolon et de Russie ont pass, tous les jours, les
corps d'arme franais en revue, et toute la Garde, qui tait bien
nombreuse. a montait  peu prs  cent quarante mille hommes, tous
vieux soldats.

Les deux Empereurs ont donn le bras l'un  l'autre et se sont promens,
tous les soirs, dans les rues, tout seuls.

Quelques jours aprs, la Garde de l'Empereur a donn un grand dner
champtre  la Garde de l'Empereur de Russie. On a fait venir, de
Varsovie, de Dantzig et Elbing, toutes les provisions ncessaires,
surtout beaucoup de vin. Les tables taient dresses dans toutes les
promenades de la ville.

Au moment de dner, le premier toast a t port  la sant de
l'Empereur de Russie. Au moment du repas, on a tir au moins six cents
coups de canon. Aprs dner, toutes les troupes franaises et russes
taient bien en train, les trois quarts ont t saouls, les Franais
avec un habit russe, les Russes avec un habit ou un bonnet franais.
Tout le temps aprs le repas, ils ont dans alentour de la ville, et
sont venus tous, ple-mle, passer en face de la fentre de l'Empereur
des Franais. On criait: Vivent les Empereurs!

Un grenadier russe avait un peu trop bu; il pouvait pas marcher droit;
il tombait en marchant. Un grenadier franais le ramassa par le bras, en
lui disant: B..., c..., veux-tu marcher comme nous! en lui donnant un
coup de pied au derrire. Tout le monde riait comme des bienheureux 
entendre la conversation de ces deux grenadiers.

Quelques jours aprs, l'Empereur s'habillait, le matin. La croix de la
Lgion n'tait pas bien attache aprs son habit; je voulais l'attacher.
Il me dit: Laissez, je fais exprs.

Aprs a, nous montons  cheval pour aller faire une visite  l'Empereur
de Russie. En sortant de chez l'Empereur de Russie, il a vu,  la porte,
une compagnie de grenadiers en bataille. L'Empereur des Franais dit 
l'Empereur de Russie: Sire, je demande l'agrment de Votre Majest, de
prsenter ma croix  un de vos premiers grenadiers. Il lui dit: Oui
Sire, il sera trop heureux.

On fait avancer le plus vieux. L'Empereur te sa croix, qui n'tait pas
bien attache, et la donna au grenadier, qui tait bien content. Il a
bais la main de l'Empereur et au coin de son habit, et tout le monde
rptait: Vive le grand Napolon! et nous sommes retourns  la
maison.

Le lendemain, nous sommes partis pour Dresde, en passant par Posen et
Glogau, et nous sommes arrivs  Dresde.

Le roi de Saxe est venu au-devant de l'Empereur pour le recevoir.
L'Empereur a rest  Dresde, pendant cinq jours, toujours au milieu des
ftes.

Dans cet intervalle, on avait prpar le service de la Maison pour le
dpart de l'Empereur pour Paris. Chaque personne avait sa place dsigne
pour le dpart. Pour moi, je voyais aucune place, car j'avais fait
toutes les campagnes  cheval auprs de l'Empereur. Je demande, au Grand
cuyer[92] avec quelles personnes je voyage. Il me dit: L'Empereur veut
que tu sois avec lui, et j'irai au-devant de sa voiture. (On avait fait
un petit cabriolet exprs pour moi.) Si l'Empereur te donne la
permission, j'ai une place pour toi dans une berline.

Le mme jour, je me suis adress  l'Empereur, en lui demandant comment
je voyagerais. Il me dit: Avec moi, dans le cabriolet de ma voiture.
Je lui dis: Sire, je suis trop fatigu, j'ai fait toutes les campagnes
 cheval; d'ici  Paris c'est trop loin. Je pourrais jamais rsister 
la fatigue! Il me dit: Comment veux-tu aller? Ta place est  ct de
moi et me jamais quitter. Eh bien! quand tu seras bien fatigu, tu
prendras une voiture de poste que l'on trouve dans chaque relais.

Nous sommes partis, sur le lendemain, pour Paris. Je dsirais bien
arriver pour voir ma femme que j'tais priv de voir depuis onze mois,
et mon fils de sept mois.

Nous avons mis cinq jours pour venir de Dresde  Saint-Cloud, la nuit et
le jour.

Le cinquime jour,  sept heures du matin, nous traversions dans le bois
de Boulogne, l'Empereur me dit: Regarde donc, Roustam, voil ta femme!
Comment! Tu ne vois pas? Je voyais bien que l'Empereur me disait a
pour plaisanter. Je regardais de tous les cts, je ne voyais personne.
Je lui dis: Je vous demande pardon, Sire, ma femme est encore dans son
lit, avec son gros fils!

On avait fait,  la tte du pont de Saint-Cloud, un arc de triomphe,
pour l'arrive de l'Empereur. Mais, arriv tout seul, il allait si vite
qu'on n'a pas eu le temps d'ter la barrire. L'Empereur a pass  ct.
Enfin, nous sommes arrivs au palais de Saint-Cloud.

Tout le monde dormait encore; l'Empereur se prcipita de sa voiture, et
monta les escaliers quatre  quatre, et entra chez l'Impratrice. Et
moi, je n'ai pas eu d'autre bonheur que de monter, sur le-champ, chez
moi, o j'ai trouv ma femme dont j'ai reu les caresses et la tendresse
la plus sincre, et dont j'tais priv depuis onze mois.

Le lendemain, je voulais aller voir mon fils, en nourrice au Mesnil,
prs de Saint-Germain-en-Laye. Ma femme me dit: Non, mon ami, tu es
trop fatigu de ton voyage. Tu iras le voir demain, parce qu'elle
voulait me faire une surprise.

Deux jours avant mon arrive, ma femme a fait venir mon fils, avec sa
nourrice, chez un de mes amis, nomm Le Peltier, qui demeurait  la
Porte Jaune, prs Saint-Cloud.

Le lendemain de mon arrive, ma femme me dit: Madame Peltier est
malade, nous allons lui faire une visite. Quand nous sommes arrivs
chez elle, elle tait bien portante comme nous, et nous avons t nous
asseoir  l'ombre des marronniers, et on a fait passer la nourrice et
mon fils  ct de moi.

Je regarde ce petit si gentil. Je dis  ma femme: Ah mon Dieu! Voil un
bel enfant! Comme il est joli! Je regarde bien sur sa figure, je dis 
ma femme: Je parie que c'est mon fils! Il a tout  fait ma figure et
mes yeux.

Voil donc que tout le monde commence  rire, et je prends l'enfant, je
le serre contre mon coeur. C'est dans ce moment-l que j'ai vu que ma
femme avait prpar une surprise agrable.




IV

Corvisart et l'Empereur; la canne de Jean-Jacques Rousseau.--Bourrienne
jug par Napolon.--Sa tendresse pour le roi de Rome.--Sa svrit pour
le gnral Guyot.--Napolon intime.--Je fais pensionner le piqueur
Lavigne.--Le docteur Lanefranque.--Corvisart  Schoenbrunn.--Les
pistolets de l'Empereur.--Son voyage  Venise; passage du
Mont-Cenis.--Il dcachette les lettres de ma femme: avantage que son
indiscrtion me procure.--Les cygnes de la Malmaison.--Je manque me
noyer dans l'tang de Saint-Cucufa.--Le jeu de l'Empereur.--Napolon 
Fontainebleau.--Bruits de suicide.--Les diamants de la
couronne.--Pourquoi je n'ai pas t  l'le d'Elbe.--Je pars pour
Dreux.--Anecdotes: Naissance du Roi de Rome.--L'empereur et mon
fils.--Mon service de nuit chez l'Empereur.--Bienveillance de Josphine
 mon gard.--Je lui dois de figurer dans le cortge du
Couronnement.--L'Empereur et son bottier.--Campagne de Russie:
Smorgoni.--Comprano.--Vilna.--Kovno.--Varsovie.--Posen.--Mon visage
gel.--Dresde.--Erfurt.--Mayence.--Le factionnaire des Tuileries.--Une
consultation du docteur Corvisart.


Monsieur Corvisart[93] assistait, tous les deux ou trois jours,  la
toilette de Sa Majest. Un jour, on annonce M. Corvisart; il dit qu'il
entre: Vous voil, grand charlatan! Avez-vous tu beaucoup de monde,
aujourd'hui?--Pas beaucoup, Sire.

Sa Majest: Corvisart, je ne vivrai pas longtemps; je me sens plus
faible qu'il y a cinq ou six ans! Il disait a en riant. Corvisart dit:
Sire, est-ce que je ne suis pas l pour vous en empcher? Sa Majest
lui tire les oreilles en riant: Vous croyez a, Corvisart? Je vous
enterrerai? Corvisart dit: Je crois bien, Sire, moi et bien d'autres!
Sa Majest dit, en souriant: Taisez-vous, charlatan! Qu'est-ce que vous
tenez  la main?--C'est ma canne, Sire. Sa Majest: C'est bien vilain!
Elle n'est pas jolie; comment un homme comme vous peut-il porter un
vilain bton comme a? Corvisart dit: Sire, cette canne-l, elle me
cote fort cher, et je l'ai eue trs-bon march. Sa Majest: Voyons,
Corvisart, combien vous a-t-elle cot?--Quinze cents francs, Sire! Ce
n'est pas cher. Sa Majest dit: Ah mon Dieu! Quinze cents francs!
Montrez-le moi, ce vilain bton-l!

Sa Majest visite la canne en petit dtail; il aperoit le portrait, en
mdaille dore, de Jean-Jacques Rousseau, sur la pomme de la canne:
Dites-moi, Corvisart, c'est la canne de Jean-Jacques? O l'avez-vous
trouve? Sans doute c'est un de vos clients qui vous a fait ce
prsent-l? Ma foi, c'est un joli souvenir que vous avez! Corvisart
dit: Pardonnez-moi, Sire, elle m'a cot quinze cents francs! Sa
Majest: Au fait, Corvisart, ce n'est pas pay son prix, car c'tait un
grand homme, c'est--dire un grand charlatan comme Corvisart! Corvisart
riait en coutant. Sa Majest dit: Au fait, Corvisart, c'tait un grand
homme en son genre. Il a fait de belles choses. Aprs a, il tire les
oreilles de M. Corvisart, en lui disant: Corvisart, vous voulez singer
Jean-Jacques!

Aprs a, Sa Majest dit: Corvisart, y a-t-il beaucoup de malades dans
Paris? Il rpond: Mais, Sire, pas de trop. Sa Majest dit: Voyons,
Corvisart, combien d'argent vous avez gagn, hier, dans la
matine?--Mais, Sire, je n'ai pas compt!--Vous avez gagn, au moins,
deux cents francs?--Pas autant, Sire.--Mais, Corvisart, vous ne recevez
pas  moins de vingt francs par visite! Il dit: Pardonnez-moi, Sire,
je n'ai pas un prix fixe; je recevais jusqu' trois francs. Sa Majest
dit:  la bonne heure! Vous tes humain!

Dans ce moment-l, Sa Majest s'habillait pour aller chasser au tir,
dans la fort de Saint-Germain, Sa Majest dit: Corvisart, aurai-je
beau temps pour ma chasse? Corvisart dit: Oui, Sire, il fait un temps
superbe.--tes-vous chasseur, Corvisart?--Oui, Sire, je chasse
quelquefois. Sa Majest: Et puis vous laissez mourir vos malades! Sa
Majest: O chassez-vous, Corvisart?--Sire, je chasse  Chatou, chez le
duc de Montebello. Sa Majest: Corvisart, je veux que vous veniez
chasser avec moi; je veux savoir si vous tirez bien. Corvisart: Sire,
c'est un grand honneur pour moi. Je n'ai pas mes fusils. Sa Majest:
On vous donnera mes fusils... Entends-tu Roustam? Corvisart: Sire, je
ne pourrai pas me servir des fusils de Votre Majest.--Pourquoi a,
charlatan?--Parce que je suis gaucher. Sa Majest: a ne fait rien, je
veux que vous veniez, ce serait trop tard pour faire venir vos fusils.
Corvisart monte dans la voiture du Grand cuyer et partit pour
Saint-Germain. C'est la seule fois que M. Corvisart a chass avec Sa
Majest.

       *       *       *       *       *

M. Corvisart assistait souvent  la toilette de l'Empereur. Un jour,
dans leur conversation, on parlait de M. Bourrienne. L'Empereur disait:
Je parie, Corvisart, que je ferais renfermer Bourrienne, seul, dans le
jardin des Tuileries, il trouverait de l'argent[94]; c'est un homme
trs-fin!

       *       *       *       *       *

Les appartements des Tuileries, qui taient occups par l'Empereur, sa
chambre  coucher donnait sur le jardin. Un jour, l'Empereur faisait sa
toilette. On annonce le petit Napolon. Il dit qu'il entre. Il le prend
dans ses bras; il l'embrasse beaucoup. Il tait entre les deux fentres.
Il lui montre le jardin, et l'Empereur lui dit:  qui ce jardin-l? Il
lui rpond:  mon oncle! Aprs a, il lui tire les oreilles en lui
disant: Aprs moi, a sera pour toi. J'espre que tu auras un bon
hritage!

       *       *       *       *       *

Dans la campagne de Dresde, un jour l'Empereur causait avec M. Maret,
pour les affaires du roi de Bavire; il dit  M. le duc de Bassano:
Quand nous serons  Munich, je ne laisserai pas deux pierres l'une sur
l'autre!

       *       *       *       *       *

Le gnral Giot[95], qui commande une division de cavalerie de la Garde,
avec une batterie d'artillerie lgre, un jour avant bataille de
Montereau, fut surpris par les ennemis et a perdu plusieurs canons.
Quelques heures aprs, l'Empereur a su que la division du gnral Giot
vient de perdre ses canons. Alors l'Empereur fait venir le gnral Giot
auprs de lui, qui tait prs de la grande route qui conduisait 
Montereau. L'Empereur tait au milieu de son tat-Major, quand il
aperut le gnral. Il tait furieux contre lui, en lui disant:
Monsieur le gnral, je vous avais confi mon canon, qu'en avez-vous
fait? Faites violer votre femme, je m'en fous, et non pas faire prendre
mes canons! En jetant son chapeau par terre, au milieu de tout le
monde. Le gnral voulait lui dire que ce n'tait pas sa faute, mais
l'Empereur lui dit d'un ton trs-dur: Taisez-vous, monsieur, vous tes
un lche!

       *       *       *       *       *

L'Empereur avait les mains, les pieds trs-petits et trs-bien faits: je
suis sr que les plus jolies femmes de Paris n'en ont pas comme ceux de
l'Empereur. Tout son corps tait fait  peindre. Il prenait un bain
presque tous les jours. Il changeait souvent deux chemises par jour, il
portait, tous les jours, un habit de chasseur de la Garde, quelquefois
un habit de grenadier, mais pour les crmonies, ou quand il passait ses
troupes en revue.

Toilette qu'il mettait tous les jours, soit  Paris ou en voyage: une
paire de chaussettes, bottes de soie, caleon de toile, gilet de
flanelle, chemise de toile de Hollande, culotte de casimir blanche,
gilet pareil, une cravate de mousseline claire, un col de soie noire.
Son habit de chasseur, ou grenadier, comme je l'ai dit. En voyage, il
mettait rarement des souliers. Il se mettait toujours en bottes. Quand
il habitait ses palais, il tait trs-souvent en souliers et boucles
d'or: il ne mettait ses bottes que pour la chasse.

       *       *       *       *       *

Lavigne tait le plus ancien piqueur de l'Empereur, pre de famille de
neuf enfants. On l'avait mis  la pension de six cents; ce n'tait pas
assez seulement pour avoir du pain pour dix personnes. Comme je
connaissais Lavigne (mme j'ai tenu un de ses enfants aux fonts de
baptme), je lui demandai une ptition pour Sa Majest, pour faire
donner quelques secours par Sa Majest. Je faisais a d'aprs mon coeur,
je ne pensais pas que a aurait caus quelque dsagrment  monsieur
Caulaincourt, Grand cuyer. J'ai eu la ptition dans notre voyage de
Compigne.

Un matin,  la toilette de Sa Majest, j'ai remis la ptition 
l'Empereur, et je supplie Sa Majest qu'il fasse quelque chose pour ce
pauvre Lavigne. L'Empereur a lu la ptition; il me dit: Roustam, va
chercher Caulaincourt, qui tait dans le salon avec les grands
officiers qui attendaient le lever de Sa Majest. Alors, j'annonce M.
Caulaincourt  l'Empereur. Il me dit qu'il entre. Dans ce moment-l Sa
Majest tait en mauvaise humeur. Il dit: Caulaincourt, comment
grez-vous mon curie? Comment! Un homme qui m'a servi dans la campagne
d'Italie et d'gypte, le plus ancien de ma Maison, vous avez eu la grce
de lui faire six cents francs de pension, et vous allez donner, sans
doute, sa place  un de vos domestiques!

M. Caulaincourt voulait faire quelque observation pour cela, mais
l'Empereur lui tourne le dos et il me dit: Un monsieur bien agit!
Roustam, sais-tu crire? Je lui rponds: Un peu, Sire.--Eh bien! cris
 Lavigne, aujourd'hui; dis-lui que je lui fais douze cents livres de
pension sur ma cassette, et je lui donne la place de concierge des
curies de Versailles, aux gages de 2.400 francs.

Depuis cette poque, j'ai reu une seule visite de Lavigne.

       *       *       *       *       *

J'ai beaucoup connu, autrefois, M. Bizouard[96], chef de division  la
Banque de France. Un jour, j'tais  dner chez lui avec toute ma
famille. Il se trouvait au dner, avec nous, un nomm Morizot, ancien
chirurgien, garde-suisse. Il tait sans pension et sans fortune. Il
tait trs-sourd et g de 78 ans.

M. Bizouard disait: Pre Morizot, l'Empereur fera quelque chose pour M.
Roustam. Sans charge, ce pauvre homme tait si content qu'il pleurait
de joie. Alors, j'ai fait faire une ptition par M. Bizouard, sans rien
dire  M. Morizot de ce que nous voulions faire pour lui et soulager sa
vieillesse. J'ai gard, plusieurs jours, la demande dans ma poche, sans
pouvoir la remettre  l'Empereur, parce que je voulais attendre un jour
de bonne humeur, car, quelquefois, personne n'aurait os lui parler.

Un matin, l'Empereur sortant de son bain, on annonce M. Corvisart. Il
dit qu'il entre. En le voyant, il dit, en riant: Vous voil, charlatan!
Qu'est-ce qu'on dit, dans Paris? Il chantait, en faisant sa toilette.

Je profite de ce moment favorable pour lui demander trois cents livres
de pension pour mon protg. L'Empereur me dit: Comment, trois cents
francs! Mais une fois donns, sans doute?--Non, Sire, par an;
d'ailleurs, ce n'est pas un grand sacrifice: cet homme a
soixante-dix-huit ans! M. Corvisart, qui tait prsent, se joignit 
moi, et l'Empereur lui demanda: Est-ce que vous le connaissez? Il
n'attendit pas sa rponse et lui dit en riant: Ah! d'ailleurs, tous les
charlatans se connaissent! Il employait, quelquefois, cette expression
avec lui, pour le taquiner.

       *       *       *       *       *

Sa Majest tait au quartier gnral de Schoenbrunn. Monsieur
Lanefranque[97], grand mdecin de Vienne, venait voir sa Majest. Il
restait, quelquefois, une heure entire auprs de Sa Majest, quand il
tait dans son bain et  sa toilette. Sa Majest l'apprciait beaucoup
pour sa rputation et son mrite.

Sa Majest fit venir M. Corvisart  Schoenbrunn. Cependant, Sa Majest
n'tait pas malade. L'hiver comme l't, Sa Majest toussait toujours un
peu. M. Corvisart,  son arrive  Schoenbrunn, assistait  la toilette
et au coucher de l'Empereur. Il resta trois jours, aprs lesquels il
demanda  l'Empereur de retourner en France: Comment! vous voulez
partir dj? Est-ce que vous vous ennuyez?--Non, Sire, mais je
prfrerais tre  Paris qu' Schoenbrunn.--Restez avec moi: je donnerai
une grande bataille, et vous verrez ce que c'est qu'une bataille.--Non,
non, Sire, je vous remercie, je ne suis pas curieux.--Ah! vous tes un
badaud! Vous voulez aller  Paris pour tuer vos pauvres malades en
dtail!

Et M. Corvisart partit le lendemain.

       *       *       *       *       *

L'Empereur[98] avait confi  ma surveillance toutes les armes de
guerre, et j'avais un homme sous mes ordres pour les nettoyer et les
mettre en tat. Il tait de tous les voyages, pour ce singulier service.

On mettait toujours, dans les fontes de la selle de l'Empereur, une
paire de pistolets, dans le cas o Sa Majest voulait tirer, en route,
sur des oiseaux, et il tait souvent arriv que les pistolets se
drangeassent par la secousse du cheval, ce qui m'avait caus plus d'une
fois du dsagrment avec l'Empereur, parce qu'il me rendait responsable
de cet inconvnient.

M. Le Page, arquebusier de Sa Majest, imagina un petit verrou, sur
lequel on devait appuyer, avant de s'en servir. Je m'empressai d'en
donner connaissance  l'Empereur et de lui expliquer ce mcanisme
ingnieux. Il convint, avec moi, que ce moyen paraissait excellent.

Nous tions,  cette poque,  Berlin. Sa Majest, un matin, monta 
cheval aprs son djeuner, avec son tat-Major, pour aller promener.
Nous arrivmes dans une grande plaine. L'Empereur s'aperut qu'elle
tait couverte de corbeaux. Aussitt il s'lance au grand galop, prend
un pistolet et tire sur eux. Mais, ayant nglig d'appuyer sur le
bouton, le coup ne partit pas. La colre s'empara de lui: il le jette 
terre et vint sur moi, sa cravache leve.

J'tais au milieu de son tat-Major, lorsque, le voyant approcher, je
quitte ma place. Je galope pour qu'il ne puisse pas m'atteindre. Comme
il ne quittait pas prise, je m'arrte devant lui. Il m'accable de
reproches et me dit que je n'avais pas soin de ses pistolets. Je veux
m'expliquer, mais il me tourne le dos et va rejoindre son tat-Major et
leur dit: Ce coquin de Roustam est cause que je n'ai pas tu un
corbeau, tandis que, de mon ct, j'allais ramasser le pistolet que je
tirai en l'air pour faire voir que je n'tais pas dans mon tort.

Le Grand cuyer vient  moi, le visite et voit qu'il tait en bon tat.

Le gnral Rapp me rejoint et m'apporte des paroles de consolation.
J'tais oppress. Il me dit: Ne te chagrine pas, mon cher Roustam, tu
sais que l'Empereur est vif, mais il sait t'apprcier.

Le lendemain, Sa Majest me dit: Eh bien, gros coquin! Feras-tu
attention  mes pistolets?--Comme  l'ordinaire, Sire, je n'ai rien
nglig de ce qui concerne mon service.

Il m'imposa silence, et, pourtant,  l'avenir, il fit usage du petit
verrou, par le moyen duquel un pistolet ne ratait jamais.

Le Grand cuyer, qui paraissait convaincu que je n'tais pas dans mon
tort, voulut cependant donner des suites  cette affaire, et me dit
qu'il ferait payer une amende  celui qui tait charg du soin des
armes. J'ai encore peine  concevoir quel tait le motif qui le faisait
agir. tait-ce une manire de le tenir en haleine? Il n'y avait pas de
ncessit, puisqu'il remplissait parfaitement son devoir. Aussi lui
ai-je dit: Monsieur le Duc, si vous tenez  ce qu'il paye une amende,
c'est moi qui la payerai!

Il rprimanda ce malheureux homme, qui vint me trouver pour claircir
cette affaire,  laquelle il ne comprenait rien.

Je le rassurai en lui disant qu'il soit tranquille, que, s'il y avait
des torts, ils seraient de mon ct, puisque je visitais les armes avant
que de les donner  l'Empereur. Je retournai chez le duc de Vicence pour
lui dire que cette action serait de la plus grande injustice, et
l'affaire en resta l.

L'Empereur fit le voyage de Venise. Il emmena peu de monde, la Maison du
Vice-Roi, qui tait  Milan, tant, pour ainsi dire, la sienne.

Il avait le marchal Duroc dans sa voiture, qui tait attele de huit
chevaux; nous arrivmes au pied du Mont-Cenis. Il faisait un temps
affreux. L'Empereur voulut monter dans sa voiture, mais, un quart
d'heure avant que d'arriver sur le plateau, il vint un ouragan et un
vent pouvantables, des tourbillons de neige qui aveuglaient les
chevaux. Ils refusrent de marcher, et il fallut faire halte. Impatient
d'tre ainsi dans l'inaction, l'Empereur descendit de voiture avec le
Marchal, et les voitures de suite restrent en arrire.

Nous cheminmes, tous trois, avec l'intention d'atteindre une petite
baraque qui tait sur la route,  peu de distance, mais la tourmente
s'accrut et l'Empereur fut suffoqu; il perdait la respiration. Le
Marchal, quoique assez fort, eut de la peine  lutter contre le vent.
Je pris l'Empereur dans mes bras, je le portai, pour ainsi dire, non pas
comme on porterait un enfant, car ses pieds touchaient la terre, mais je
l'aidai de mes forces pour le faire avancer. Nous arrivmes, non sans
peine,  la petite baraque: elle tait habite par un paysan qui vendait
de l'eau-de-vie aux passants. L'Empereur entra et s'assit prs de la
chemine, o il y avait un modeste feu. Sa Majest dit: Eh bien, Duroc!
Il faut convenir que ce pauvre Roustam est bien fort et bien courageux.
Il se retourna vers moi et me dit: Qu'allons-nous faire, mon gros
garon?--Nous passerons, Sire, rpliquai-je; le couvent n'est pas bien
loin. Et je m'occupai, de suite, de chercher, dans la maison, ce qui
pouvait convenir pour faire une chaise  porteurs de circonstance. Je
trouvai, dans un coin, une chelle courbe, dont je m'emparai; je pris
des fagots; j'en fis des cerceaux que je liai fortement ensemble et 
l'chelle, avec de grosses cordes. Je mis son manteau par dessus.

J'tablissais mon petit quipage sous ses yeux, cela le faisait rire
comme un bienheureux. Il me dit: Mon gros garon, nous allons partir.
Je lui fis observer que le rgent tait rest dans la voiture, et je lui
proposai d'aller le chercher: Tu as raison, me dit-il. Je partis.
Durant ce petit trajet, je vis avec plaisir que le temps commenait  se
calmer. J'arrivai  la voiture, je pris le rgent et l'apportai 
l'Empereur dans sa caisse, laquelle je mis sur l'chelle, et il s'assit
dessus.

Je pris deux paysans qui se trouvaient dans la baraque, et je les
plaai, chacun,  un bout de l'chelle, et moi au milieu, qui soutenais
le manteau pour qu'il n'entrant les cerceaux.

Nous arrivmes, enfin, chez les bons moines, qui reurent l'Empereur
avec toutes les marques du plus grand attachement et de la
reconnaissance. Il leur faisait beaucoup de bien.

Nous couchmes au couvent, et les voitures arrivrent le lendemain, 
dix heures du matin. Je fis la toilette de l'Empereur et, aprs son
djeuner, il me demanda si je connaissais les deux paysans qui l'avaient
port. Comme ils taient rests aussi au couvent, je lui dis: Sire, ils
sont en bas. Et je les fis monter.

L'Empereur tait dans sa chambre, avec le Grand Marchal. Sa Majest
leur demanda leurs noms: Vous tes de braves gens, leur dit-il; Duroc,
donnez-leur,  chacun, six cents et trois cents francs de rentes.

Nous partmes donc pour Milan. L'Empereur raconta  toute la Cour la
manire dont je lui avais fait passer le Mont-Cenis, et voulut bien
louer mon attachement  sa personne. Enfin, il paraissait me savoir un
gr infini d'une chose qui n'tait que naturelle, et que tout le monde,
 ma place, et dou de ma force, aurait faite. Il n'est pas de
compliments que je n'aie reus des grands personnages qui l'entouraient.

M. F***, alors son contrleur, me dit: L'Empereur parat tellement
satisfait, que je ne doute pas que vous n'ayez la croix.--Si on me la
donne, je la recevrai avec plaisir, lui dis-je, mais jamais je ne la
demanderai.

D'ailleurs, je me trouvais rcompens au del de la peine que j'avais
eue, par le plaisir que j'prouvais, et je n'aurais pas voulu donner mon
voyage, pour bien de l'argent.

Nous partmes pour Venise, o nous restmes quelques jours. Nous
revnmes  Milan.

En chemin faisant, une estafette rejoignait l'Empereur et approcha de sa
voiture pour lui remettre les dpches de Paris. Un moment aprs, il
baisse la glace de sa voiture, et me remit une lettre de ma femme. Elle
tait dcachete: Tiens, Roustam, voil une lettre de ta femme! Je
souris de mme, en la prenant. Il me dit: Elle demande des chanes de
Venise.

Lorsque nous arrivmes  Milan, en descendant de voiture, l'Empereur me
dit: Si tu ne portes pas de chanes de Venise, tu seras mal
reu!--Sire, lui ai-je rpondu, j'en achterai ici. Le Vice-Roi me dit:
Roustam, c'est moi qui veux te les donner. Effectivement, le
lendemain, Son Altesse me fit demander et me remit un paquet de chanes
de Venise pour ma femme.

Je recevais toutes les lettres de ma femme par l'estafette. M. de
Lavalette[99] avait eu la bont de m'accorder cette faveur, et
l'Empereur n'a jamais paru le dsapprouver.

       *       *       *       *       *

Cette ide de dcacheter, parfois, mes lettres, du moins quand les
dpches lui parvenaient en route, m'a bien servi dans une certaine
circonstance.

Un colonel de ma connaissance, qui avait t disgraci  tort, m'avait
pri de remettre plusieurs ptitions  l'Empereur, tant  Paris. Sa
Majest m'avait toujours promis, mais lgrement: je prsume qu'Elle
attendait les renseignements du ministre de la Guerre, lorsqu'en Espagne
il m'crivit, dans la lettre de ma femme, et me parla de son affaire. Il
me dit que l'issue lui en paraissait longue, qu'il me priait d'en parler
 l'Empereur et de prendre un moment de bonne humeur, afin de ne pas la
faire rejeter, enfin de ces instants o l'Empereur chantait.

Sa Majest reut son estafette dans la nuit, tant au chteau, prs
Madrid. Il me dit: Roustam, fais descendre Mneval[100]. Lorsqu'il fut
arriv, je me retirai dans le salon o je couchais et, en sortant de la
chambre de l'Empereur, M. de Mneval me remit une lettre de ma femme,
toute dcachete. Il me dit, le lendemain,  sa toilette: Roustam, quel
est le colonel dont il est question? Je lui rappelai, alors, que
c'tait le mme dont je lui avais parl, plusieurs fois,  Paris, et je
le suppliai, de nouveau, de lui faire rendre justice, que j'en rpondais
et que ce serait un brave de plus. Il voulut bien me promettre de s'en
occuper, en arrivant  Paris.

Effectivement, je n'eus la peine que de le rappeler une fois  son
souvenir, et, peu de jours aprs, j'appris par le gnral Drouot, qui
tait charg de ces sortes d'affaires, et  qui j'en avais caus, que le
Conseil devait prononcer, le jour mme, sur celle-ci.

L'Empereur me dit, le soir: Tu dois tre content? Voil ton ami
rintgr! Je le savais par le gnral Drouot qui avait bien voulu me
le dire, en sortant du Conseil.

Ce fut dans ce voyage o l'Empereur monta, un jour, en calche pour
aller rejoindre le corps d'arme du marchal Ney.

Sa Majest avait, dans sa voiture, le prince de Neuchtel. Je me
prsentais pour monter devant la voiture, comme de coutume, lorsque
l'Empereur me dit: Roustam, donne ta place  Murat, et toi, monte 
cheval.

Nous avons march toute la journe et arrivmes, le soir, fort tard.

       *       *       *       *       *

Un matin,  la Malmaison, l'Empereur faisait sa toilette, sa fentre
donnait sur un petit canal, en face du chteau. Il y avait des cygnes.
Sa Majest me demanda sa carabine. Je la lui apportai. Il tira sur les
cygnes. L'Impratrice tait dans son boudoir, qui s'habillait. Elle
entend le coup, elle accourt en chemise, et entortille d'un grand
schall. Elle saute aprs l'Empereur, en lui disant: Bonaparte, ne tire
pas aprs mes cygnes, je t'en prie! L'Empereur persistait, en lui
disant: Josphine, laisse-moi donc. Cela m'amuse. Alors elle me prend
par le bras et me dit: Roustam, ne donne pas la carabine. L'Empereur
me dit: Donne-la moi. L'Impratrice me voit dans l'embarras et me
retire la carabine des mains, qu'elle emporte.

L'Empereur riait comme un fou.

       *       *       *       *       *

Dans le mme temps, l'Empereur fut  la chasse au Butard. Ensuite, il se
promena dans le bois de Saint-Cucufa, o il y a un tang trs profond.
Sa Majest dsira se promener sur l'eau et me dit: Va chercher le
canot. C'tait la ville du Hvre qui lui en avait fait prsent. J'entre
dans un petit bateau, le batelier me conduit au canot et, avant qu'il en
ft assez prs, je m'lanai. Le petit bateau chavira, et me voil dans
l'eau. J'allai au fond et je sentis la bourbe. Je donnai un coup de pied
qui me fit revenir sur l'eau. L'Empereur me criait: Roustam, sais-tu
nager?--Non, lui disais-je. Il dit, aussitt, aux chasseurs qui
l'accompagnaient: Que ceux qui savent nager aillent vite au secours de
Roustam! Mais,  force de me dbattre, j'attrapai le grand bateau et
j'y entrai. Je regagnai le bord. Je vis plusieurs chasseurs qui avaient
mis l'habit bas, tout disposs  me retirer.

L'Empereur me dit: Comment ne sais-tu pas nager? Je veux que tu
apprennes. Vas au chteau te rechanger.

J'appris donc  nager et, pour mon coup d'essai, je perdis un trs-beau
bijou en diamants, que m'avait donn l'Impratrice.

       *       *       *       *       *

 la Cour, on n'avait pas l'habitude d'intresser le jeu. L'Empereur
lui-mme ne jouait jamais d'argent. Cependant, aprs la bataille
d'Eylau, tant  Osterode, il jouait le vingt-et-un avec Murat,
Berthier, Duroc, Bessires.

J'tais dans le salon  ct. J'entends appeler: Roustam!  plusieurs
reprises. J'entre, et l'Empereur prit une poigne d'or et me dit:
Tiens, voil de mon gain! Il y avait six cents francs.

Le lendemain, il m'en donna autant, et, le surlendemain, sept cents
francs. Il paraissait enchant d'avoir gagn. Ce sont les seules fois o
je l'aie vu intresser le jeu, et, une autre fois,  Rambouillet, o il
me donna quatre cents francs. Ce fut l'Impratrice qui eut la bont de
venir m'appeler, elle-mme, dans la chambre de l'Empereur[101].

       *       *       *       *       *

Nous tions  Fontainebleau. On parlait du dpart de l'Empereur pour
l'le d'Elbe. Sa Majest tait fort triste et parlait  peine.

Un jour, on me demande, ainsi qu' plusieurs autres, et avec les formes
d'un charg d'affaires, si j'tais dans l'intention de suivre
l'Empereur. Je ne crus pas devoir rpondre  la personne autre chose, si
ce n'est que j'en causerais avec l'Empereur. J'avais une condition  y
mettre.

On ajouta qu' l'le d'Elbe, Sa Majest n'aurait pas besoin de moi comme
Mamelouck, qu'alors je ferais le service de l'antichambre. Je rpliquai
que je ferais le service comme par le pass et que, de mme, je n'y
reconnatrais de matre que l'Empereur, et que je n'y recevrais d'ordres
que du Grand Marchal. Enfin, la discussion devint vive, lorsqu'un grand
personnage de la Cour vint s'en mler, en me disant que j'tais un homme
 lui, et que je ne pouvais pas faire autrement. Je lui rpondis que je
n'tais  personne qu' moi-mme; que mon attachement  l'Empereur tait
tout en engagement auprs de Sa Majest; que, d'ailleurs, tout ceci me
regardait avec Elle, et que je n'avais de compte  rendre  personne sur
mes intentions, dans cette circonstance. Jamais je ne fus plus vex et
plus humili.

Lorsque M. le comte Bertrand me fit venir chez lui et me demanda, avec
la bont et la douceur qui le caractrisent, si je suivais l'Empereur,
dans toute autre circonstance o j'aurais eu l'esprit plus libre et plus
agit, je lui eusse ouvert mon coeur, mais la nouvelle scne que je
venais d'avoir avec les autres m'en avait t toute la facult, et je me
contentai de rpondre que, sans doute, j'en avais le dsir, mais que
j'en causerais avec l'Empereur.

J'avais crit, la veille,  ma femme, et je lui disais que je partirais,
peut-tre,  l'le d'Elbe sans la voir, et que, dans ce cas, elle
recevrait,  mon arrive dans ce pays, quelque temps aprs, les
instructions ncessaires pour arranger nos affaires et venir me
retrouver avec ses enfants, mais que, cependant, je ferais ce qui
dpendrait de moi pour aller lui faire mes adieux.

Je me hasardai donc  en demander la permission  l'Empereur, qui me
l'accorda, et je partis, un matin. Mais sa tristesse m'ta le courage de
lui parler de moi, et il ne sut rien des dsagrments que je venais
d'prouver.

J'arrivai  Paris. Ma femme me dit qu'elle venait de m'crire et qu'elle
m'approuvait beaucoup du parti que j'avais pris de suivre l'Empereur et
qu'elle tait toute dispose, quoiqu'il lui en cott beaucoup de
quitter son pre et sa mre,  me rejoindre ds que je la demanderais.
C'tait aussi le contenu de sa lettre, mais elle me conseilla, lorsque
je serais de retour  Fontainebleau, de parler avec franchise 
l'Empereur. Elle sentait que mon caractre ne supporterait pas davantage
d'tre command par ceux qui s'y disposaient, et que je ne consentirais
pas  me laisser humilier par eux. Enfin je lui dis que je ne me sentais
pas le courage d'entretenir l'Empereur de ce qui me regardait, que je
voulais risquer le voyage de l'le d'Elbe et que, si je m'y trouvais
malheureux, je m'arrangerais avec un ngociant de ce pays pour m'amener
en Italie; que, de l, je rentrerais en France. Elle combattit mon
projet, en me disant qu'ensuite on ne me laisserait pas rentrer.

J'ai toujours eu des intentions si pures, que je ne pouvais pas
comprendre qu'on pt me refuser d'habiter le lieu o je me serais
prsent.

Enfin, je passai deux jours dans ma famille; j'y fis mes petites
dispositions d'intrts, et je fis faire une procuration par matre
Fouch, mon notaire. Elle portait que j'autorisais ma femme  grer mes
affaires, pendant mon sjour  l'le d'Elbe. Ensuite je partis pour
Fontainebleau.

J'arrivai le soir, au grand tonnement de tout le monde, de l'Empereur
mme  qui on n'avait pas nglig de faire croire que j'tais parti pour
ne plus revenir.

Sa Majest me dit: Te voil? et ne m'en dit pas davantage.

Je rclamai la lettre de ma femme: personne ne l'avait vue. Mais, ne
comptant plus sur mon retour, un de mes camarades me dit qu'on l'avait
dcachete et porte au Grand Marchal. Elle n'tait pas, cependant,
contre moi, comme je l'ai dj dit: c'tait une rponse  celle o je
lui disais que j'avais l'intention d'aller  l'le d'Elbe.

Le bruit courait, au chteau, que l'Empereur avait voulu se dtruire
avec du charbon. Je fus attr et ne dormis pas de la nuit. Comme
j'tais frapp de cette ide de destruction, tout me portait ombrage, et
j'observais toujours, avec inquitude, la mine de l'Empereur, lorsque,
le matin du lendemain de mon arrive, il me demanda ses pistolets. Comme
j'tais charg de ses armes, en toute autre circonstance, j'eusse pens
que c'tait pour son agrment, mais dans celle-ci, je jugeai  propos de
ne pas les lui donner. Je n'osai pas le refuser ouvertement, mais
j'allguai des raisons, et j'allai trouver le prince de Neuchtel, lui
parler de mes craintes, et le prier de m'autoriser  refuser ses
pistolets, dans le cas de rcidive. Il me dit: Cela ne me regarde pas,
et m'abandonna  moi-mme.

Un ami, que j'avais  Fontainebleau et  qui je me gardai bien de parler
de tout ceci, me dit que le bruit se rpandait que l'Empereur avait
voulu se dtruire. Je lui dis que je n'en avais pas de connaissance:
Savez-vous, me dit-il, mon cher Roustam, que c'est ce qui pourrait vous
arriver de plus fcheux? Surtout, si le malheureux vnement arrivait la
nuit, on n'terait pas de la tte du public que vous avez t gagn par
les Puissances trangres, pour commettre ce meurtre.

Alors je ne tins plus  cette horrible perspective, je perdis la tte et
je rsolus de fuir. J'crivis  l'Empereur: je lui disais que j'tais
forc de m'loigner et que, quand il le jugerait  propos, il me
rappellerait.

Je chargeai quelqu'un de lui remettre ma lettre, mais on ne la remit
pas[102]. Le style en tait peut-tre bien ridicule, vu le peu de
facilit avec laquelle j'cris le franais, et avec la tte
dsorganise. Il fallait, sans doute, beaucoup d'indulgence, mais
l'Empereur l'aurait interprte, quelle qu'elle soit.

Je partis de Fontainebleau  une heure. J'arrivai  Paris le soir, au
grand tonnement de ma famille. Je restai dans l'attente. Ma femme me
dit: Il faut esprer qu'il n'arrivera point d'vnement  l'Empereur;
tiens-toi prt, dans le cas o Sa Majest te ferait demander.

Ce fut  cette poque o il vint deux envoys de M. le comte d'Artois me
demander des renseignements sur les diamants que l'Empereur m'avait
envoy chercher chez M. de la Bouillerie[103].

Comme je n'avais que la vrit  dire, je ne fus pas bien embarrass, et
je rpondis  ces messieurs que l'Empereur m'avait effectivement donn
ordre d'aller chercher ses diamants; que je m'tais prsent chez M. de
la Bouillerie, muni d'un reu de l'Empereur; qu'alors, il me les avait
remis et que je les avais apports  Sa Majest, dans son cabinet; qu'il
m'avait dit de les poser l et que je n'avais point connaissance de ce
qu'il en avait fait.

Enfin, quelques jours s'coulrent, et j'appris que l'Empereur tait
parti de Fontainebleau.

Je pressentis, alors, qu'on n'avait point donn connaissance de ma
lettre  Sa Majest. On me nomma les personnes qui l'avaient
accompagne, et de la part desquelles je n'aurais craint aucun
dsagrment. Toutes taient  mon gr. Alors, je rsolus d'aller
rejoindre l'Empereur  l'embarquement, et ma femme alla, de suite,  la
poste aux chevaux, faubourg Saint-Germain, pour se procurer une chaise
de poste. Elle rencontra un monsieur de notre connaissance, qui tait
dans la cour, et il lui dit: Vous ne parviendrez pas  avoir des
chevaux, car on vient de m'en refuser pour aller chercher mon
beau-frre,  Fontainebleau.

Elle ne se dcourage pas, et entre au bureau o elle prie et supplie. On
lui dit: Madame, il n'y en a mme pas assez pour le service des
Souverains. Elle revint dsole; moi j'tais au dsespoir. Il fallut se
rsigner et, depuis, j'ai t fond  croire que, dans le cas o
j'aurais eu des chevaux, on ne m'aurait pas donn un passe-port.

Je ne tardai pas  tre inquit. Un chef de la police, que je
connaissais, m'engagea  quitter Paris avant l'entre du Roi, en me
disant que ce serait le parti le plus sage; qu'il fallait mieux
s'loigner et aller passer quelque temps  la campagne, que d'attendre
qu'on me renvoyt et qu'on m'exilt.

Tout ceci tait nouveau pour moi, je ne pouvais pas concevoir qu'on pt
me regarder comme un tre dangereux. Mais, enfin, il m'assura qu'on me
voyait,  Paris, avec inquitude et je ne me rendis  ces raisons qu'
la sollicitation de ma famille qui me chrissait, et  qui l'ide de me
voir tourmenter causait le plus grand chagrin.

Je sortis donc de Paris avant l'entre du Roi, et j'allai me rfugier 
Dreux, o je passai quatre mois. Ma famille sollicita, deux mois aprs,
le ministre de la police, pour qu'il m'accordt la permission de
rentrer, ou, du moins, pour que ma rentre  Paris et son agrment. Et,
deux mois aprs, il y consentit.

       *       *       *       *       *

Quelques jours avant l'accouchement de l'Impratrice, l'Empereur me
sonnait plusieurs fois, la nuit, et m'envoyait savoir des nouvelles de
Sa Majest. Je me rendais auprs des femmes qui l'entouraient et je
rendais compte  l'empereur des nouvelles qu'elles me donnaient. Mais,
la nuit qui prcda le jour de son accouchement, l'Empereur passa la
nuit auprs d'elle, la promenant dans sa chambre par le bras. Elle
ressentait de lgres douleurs.

Sur les six heures, elles se calmrent et elle s'endormit. L'Empereur
remonta chez lui et me dit: Roustam, mon bain est-il prt?--Oui, Sire,
lui rpondis-je. Il s'y mit aussitt et se fit servir son djeuner,
lorsqu'une demi-heure aprs, M. Dubois[104] se fit annoncer: Vous
voil, Dubois! lui dit l'Empereur. Qu'y a-t-il de nouveau? Sera-ce pour
aujourd'hui?--Oui, Sire, ce ne sera pas long, mais je dsirerais que
Votre Majest ne descendt pas.--Mais pourquoi cela, Dubois?--Parce que
la prsence de Votre Majest me gnerait.--Mais, pas du tout! Il faut
que vous accouchiez l'Impratrice comme si vous accouchiez une paysanne
et ne pas vous inquiter de moi.--Mais, Sire, je prviens Votre Majest
que l'enfant se prsente mal. Alors l'Empereur lui demanda des
explications l-dessus: Eh! comment allez-vous faire?--Mais, Sire, je
serai oblig de me servir de ferrements.--Ah! mon Dieu! dit l'Empereur
effray, est-ce qu'il y aurait du danger?--Mais, Sire, il faut mnager
l'un ou l'autre.--Eh bien, Dubois, mnagez d'abord la mre. Et descendez
de suite, je vous suis.

M. Dubois descendit par le petit escalier drob qui donnait dans la
chambre de l'Impratrice.

L'Empereur sortit du bain prcipitamment:  deux, nous lui passmes ses
vtements. Il courut, de suite,  l'appartement de l'Impratrice, et je
l'y suivis, impatient aussi de voir ce qui s'y passait.

Il entra dans la chambre de Sa Majest. Tous les grands officiers de la
Couronne y taient dj rendus et se rpandaient jusque dans le grand
salon, dont les portes taient ouvertes. Cela ressemblait  un jour de
fte. Moi, j'tais dans le boudoir qui donnait dans ce salon et dont la
porte tait ouverte aussi.

Enfin, l'enfant vint au monde et l'Empereur dit  madame de
Montesquiou[105] qui le recevait: Madame de Montesquiou, qui est-ce que
c'est?--Sire, vous le saurez tout  l'heure. Et l'Empereur le prit dans
ses bras avant que d'tre arrang, et le montra  tout le monde.

L'Empereur sortit dans le salon et dit: Messieurs, dites qu'on tire
deux cents coups de canon.

       *       *       *       *       *

L'Empereur aimait beaucoup les enfants; il me demandait souvent des
nouvelles de mon fils. Un jour, je le fis descendre avec moi dans la
chambre de l'Empereur. Sa Majest s'y trouvait. Elle lui dit aussitt:
Eh bien, te voil, bon sujet! Il avait,  cette poque, quatre ans, il
tutoyait tout le monde, et pas plus de timidit qu'on n'en a
ordinairement  son ge. L'Empereur le fit placer dans l'embrasure de la
fentre, et l'enfant se mit, aussitt,  toucher  ses ordres et  le
questionner sur cela.

L'Empereur lui dit: On ne donne ces choses-l qu' ceux qui sont sages.
Es-tu sage, toi? Il ouvre aussitt de grands yeux et lui dit: Regarde
dans mes yeux, plutt.--J'y vois qu'Achille est un fier polisson!

Choqu malgr moi de ce qu'il tutoyait, je cherchai  lui faire signe,
mais l'Empereur, s'en apercevant, lui fit me retourner le dos et
l'enfant continua son babil mieux que jamais. L'Empereur lui dit:
Sais-tu prier Dieu?--Oui, lui dit-il, je le prie tous les jours.
L'Empereur lui dit: Comment te nommes-tu?--Je m'appelle Achille
Roustam. Et toi? Je m'approchai et je lui dis: C'est
l'Empereur!--Tiens! c'est toi qui cours la chasse avec papa?

Sa Majest me dit: Est-ce qu'il ne me connat pas?--Sire, il a vu plus
souvent Votre Majest en habit de chasse; c'est pourquoi il la reconnat
moins, dans celui-ci.

L'Empereur lui tira les oreilles, lui frotta la tte. L'enfant tait
enchant et il semblait qu'il et toujours beaucoup de choses  lui
dire; mais Sa Majest lui dit: Il faut que j'aille djeuner. Tu
viendras me revoir.

       *       *       *       *       *

Je couchais dans l'appartement de l'Empereur, dans le salon le plus
voisin de sa chambre  coucher. On me dressait, tous les soirs, un lit
de sangle. Dans le temps des conspirations, je m'tais imagin de mettre
mon lit en travers de sa porte.

Une nuit, l'Empereur, au lieu de me sonner, vint dans ma chambre et, en
ouvrant la porte, se trouva arrt par mon lit, et se mit  rire
beaucoup de ma prcaution. Le lendemain, il la raconta  tout le monde
et dit: Si l'on parvient  moi, ce ne sera pas de la faute  Roustam,
car il s'est imagin de barrer ma porte avec son lit!

Mais, je le rpte, ce n'tait que dans les temps des conspirations.
Ordinairement, je couchais au milieu du salon, lorsque le Grand Marchal
trouva plus convenable d'y faire une armoire contenant mon lit, qui se
tirait en ouvrant les deux battants.

Ce fut  Saint-Cloud qu'elle fut construite et, dans un voyage que nous
fmes, le Grand Marchal me montra cette nouvelle invention, en
m'observant que ce serait plus propre et plus commode. Je me rendis 
ces raisons et me couchai dans mon nouveau lit.

Le hasard voulut encore que l'Empereur vint me chercher. Ne voyant point
de lit, aprs avoir fait le tour du salon, il vint  mon armoire.
Suffoqu de colre, il me rveilla trs-vivement. Je ne savais plus o
j'tais, et la premire pense fut qu'un malfaiteur avait pntr
jusqu' lui, et j'allais sauter en bas du lit pour le saisir, lorsque je
reconnus l'Empereur qui m'accabla de reproches, disant: Est-ce ainsi
que tu me gardes? On m'abandonne! Je le suivis dans sa chambre en
cherchant  m'expliquer, mais il ne voulut pas m'entendre.

Ce ne fut que le lendemain, lorsqu'en me parlant de cet vnement, il se
mit  rire en disant qu'il m'avait fait une belle peur: Il est vrai,
Sire, j'en tremble, lorsque j'y pense encore. Je croyais qu'un
malfaiteur s'tait introduit dans la chambre de Votre Majest ou qu'il
voulait y pntrer, et j'ai t au moment de vous saisir pour vous
dfendre.

Il raconta cette catastrophe  l'Impratrice Josphine, qui parut me
plaindre, en disant: Ce pauvre Roustam! Il est si attach, et, depuis
hier, tu lui as caus bien du chagrin! Elle avait une si grande
tendresse pour l'Empereur qu'elle affectionnait tous ceux qui lui
portaient un vritable attachement. Elle en devenait la protectrice.
Elle redressait souvent les injustices et adoucissait l'Empereur dont le
caractre tait assez violent. Je lui dois de n'avoir pas t parfois
loign de l'Empereur.

Cependant, on est parvenu  m'empcher de monter  la parade: je n'tais
l d'aucune utilit, il est vrai. Ce n'tait, pour ainsi dire, qu'un
service d'honneur, mais enfin, depuis tant d'annes je l'accompagnais
partout et je tenais  ce qu'on n'empitt pas sur mes droits, de
manire que je me plaignis  l'Empereur de ce qu'on ne voulait pas que
je montasse  la parade. Il me dit: Ne les coute pas et montes-y
toujours. Il donna l'ordre trs-imprativement et on ne lutta pas. 
quelque temps de l, on me dit qu'il y avait plusieurs chevaux malades,
et, ensuite, on me donna  entendre que j'employais inutilement des
chevaux. Je dus cder, ne voulant pas importuner l'Empereur par de
nouvelles plaintes; d'ailleurs je me flattais qu'il se plaindrait de mon
absence, mais il ferma les yeux l-dessus, et ne m'en parla pas.

       *       *       *       *       *

On fit les mmes tentatives au couronnement, mais vainement.

L'Empereur avait command deux beaux habits, qui furent excuts par
deux brodeurs diffrents, et tous deux plus brillants l'un que l'autre.
Un soir, il me fit appeler au salon, au milieu de plusieurs grands
personnages et me donna un poignard enrichi de brillants. Tout
m'annonait que je devais tre du cortge et j'tais loin de penser
qu'on chercht  s'y opposer. J'tais donc dans une parfaite scurit,
lorsqu'un jour j'allai m'informer  M. de Caulaincourt du cheval qu'il
me destinait. Il me dit affirmativement que je ne montais pas; que,
d'ailleurs, j'aille m'en informer au Grand Matre des Crmonies[106],
qui me rpondit qu'il n'y avait pas de place et que je m'adresse 
l'Empereur; c'tait Sa Majest qui avait dsign les places.

Je choisis l'heure du dner pour demander  l'Empereur la permission
d'tre du cortge. Il me rpondit que, sans doute, c'tait son
intention, et qu'il m'autorisait  aller auprs du Grand cuyer lui
demander un beau cheval, mais il persista  me dire qu'il ne pouvait
m'assigner une place. Enfin, je pris le parti d'implorer l'appui de
l'Impratrice, craignant de fatiguer l'Empereur. Elle a eu la bont de
me dire qu'elle en parlerait  Sa Majest et que je me trouve au salon
en sortant du dner. Au moment o l'Empereur prenait son caf, je m'y
rendis. En m'apercevant, il me dit: Eh bien? que veux-tu?
L'Impratrice prit la parole et lui dit: Ce pauvre Roustam a bien du
chagrin; on veut l'empcher de te suivre  Notre-Dame; lui qui a partag
tes dangers, il est bien juste qu'on lui donne cette rcompense!

L'Empereur me dit: As-tu un beau costume?

Je lui observai que j'en avais mme deux. Il me dit: Va t'habiller, que
je te voie! Je me rendis, l'instant d'aprs,  ses ordres, et brillant
comme un soleil. Il trouva, ainsi que l'Impratrice, mon costume superbe
et fit appeler M. de Caulaincourt,  qui il donna l'ordre de me donner
un cheval et, sur l'objection qu'il lui fit qu'on ne pouvait me dsigner
une place, parce que, dans les anciens cortges, il n'y avait point de
Mameloucks, l'Empereur lui rpondit: Il sera partout. Et j'eus le
bonheur, le lendemain, d'accompagner l'Empereur, plus satisfait encore
en raison des obstacles qu'on avait levs.

       *       *       *       *       *

C'est un garon de garde-robe qui, pendant trois jours, portait, pour
les briser, les souliers et les bottes de l'Empereur. Il s'appelle
Joseph.

L'Empereur tait  Paris (1811). Le cordonnier s'appelait Jacques.
L'Empereur tait  sa toilette. Son valet de chambre, son mdecin
taient l: Voyez, Monsieur, prenez ma mesure.--Oui, Monsieur, vous
serez content.--Combien me faites-vous payer ces souliers?--Douze
francs, Monsieur, cela n'est pas cher!--Comment, pas cher? Trs-chers,
des petits souliers!--Aux autres pratiques treize francs, mais pour
conserver votre pratique, douze francs.

Le cordonnier sort, et l'Empereur dit: Comment s'appelle ce
gaillard-l? C'est un vrai Franais. Les souliers n'allant pas mieux,
on eut recours  un garon de garde-robe qui les brisait.

       *       *       *       *       *

Smorgoni[107], ville polonaise en rputation pour apprivoiser les ours,
dans la retraite de Russie.

Sa Majest arriva dans cette ville, appuy sur un grand bton. Il
faisait un froid pouvantable: les chemins taient tellement couverts de
neige et de glace, qu'on ne pouvait pas se servir de voitures.

Une heure aprs son arrive, il me dit: Roustam, dispose tout dans ma
voiture. Nous allons partir. Tu demanderas  Mneval de l'argent autant
comme il pourra t'en donner. M. Mneval me donna 60,000 francs en or,
que je plaai dans le ncessaire de Sa Majest[108]. Je partageai la
somme en trois: un tiers dans un compartiment, un autre tiers dans une
chocolatire en vermeil, et le reste en rouleaux dans le double fond. Je
fermai le ncessaire, dont je gardai la clef, et je le mis dans la
voiture. Durant le voyage, ce fut le Grand cuyer qui paya la dpense
des chevaux. Je mis aussi quelques provisions dans la voiture, mais
elles ne nous servirent pas, tout tait gel et les flacons briss.

Lors de notre dpart, tout le monde parut inquiet et me demanda ce que
venait de me dire l'Empereur.

Enfin, nous partmes  neuf heures du soir, escorts de trois escadrons
de la Garde[109].

L'Empereur avait, dans sa voiture, le Grand cuyer. Le marchal Duroc
tait dans un traneau, avec Lobau. Moi, devant la voiture avec
Wonsowitch, officier polonais, qui servait d'interprte  l'Empereur.
Nous arrivmes fort tard au premier relais[110]. Un tiers de l'escorte
tait reste en arrire. Je descendis pour un besoin, j'aperus une
lumire dans une cabane, tout prs de moi. J'entre pour allumer ma pipe,
je vois quelques personnes couches sur la paille, je reconnais un
officier de la gendarmerie de la Garde, qui parut tout tonn de me
voir, et me dit: Par quel hasard? Je lui dis que l'Empereur tait l:
Quel bonheur, me dit-il, qu'il ne soit pas arriv plus tt! Il y a une
heure, que les Cosaques taient ici. Ils ont fait un hourra sur le
village. Je remontai et nous voil en route, suivis seulement de
quelques Polonais, des dbris des trois escadrons. Les chevaux tombaient
et, par consquent, les cavaliers avaient t dmonts, et au second
relais nous n'en avions plus.

Nous gagnmes Vilna. L'Empereur en traversa les faubourgs. Il y avait
une maison  un quart de lieue de cette ville[111], sur la route de
France.

L'Empereur s'y arrta et demanda le duc de Bassano, qui se trouvait en
ville. Il arriva un instant aprs et resta une grande heure avec
l'Empereur, qui mangea un morceau, car on n'avait fait aucun usage des
provisions qui taient dans la voiture. M. Maret fit venir six de ses
chevaux et son postillon pour conduire Sa Majest. Nous arrivmes 
Kovno, au point du jour, dans un htel tenu par un Franais. On fit un
grand feu et un bon djeuner pour l'Empereur. Nous commencions 
respirer, mais nous repartmes bientt. Le premier endroit o nous nous
arrtmes fut un petit bourg o l'Empereur djeuna et fit sa toilette.
Je m'tais prcautionn de trois rechanges. Je laissai donc le linge
sale  l'auberge et le donnai, ne voulant pas m'en charger,  la
matresse d'htel de l'auberge. Aussitt, tout le monde s'en partagea
les morceaux.

Sa Majest me dit de donner de l'argent  Caulaincourt, et j'allai
chercher la chocolatire. Je lui demandai combien il voulait. L'Empereur
la prit alors et en versa le contenu dans le chapeau du Grand cuyer,
que je priai de prendre connaissance de la somme. Celui-ci la versa sur
une table et la compta.

Nous quittmes les voitures, que nous laissmes dans cet endroit, et
nous prmes des traneaux.

L'Empereur monta dans un traneau couvert, avec le Grand cuyer, le
marchal Duroc dans un autre avec l'officier polonais, et moi dans un
troisime avec le gnral Lefebvre-Desnouettes. Celui de l'Empereur
allait beaucoup plus vite, et nous restmes en arrire d'une
demi-journe. Mais l'Empereur,  son arrive, fit crire, par le Grand
cuyer au Grand Marchal, pour que, ds la rception de sa lettre, il
fit le ncessaire pour faire rejoindre Roustam le plus tt possible,
ainsi que Wonsowitch.

Le Grand Marchal nous fit alors donner un traneau plus lger, mais
nous ne pmes quand mme arriver que le lendemain  Varsovie, o nous
retrouvmes Sa Majest. L'Empereur y djeuna et reut les autorits,
entre autres l'archevque de Malines.

Nous partmes, toujours en traneau, pour Posen. Nous y descendmes dans
un htel o l'Empereur reut de nouveau les autorits.

M'apercevant, le maire me dit: M. Roustam, vous avez la figure gele!
Je ne m'en tais pas aperu. De suite, il envoya chercher un flacon de
liqueur qu'il me donna, me conseillant de m'en frotter deux ou trois
fois par jour, et d'viter surtout de m'approcher du feu. J'tais
effray et en fis usage de suite. Ma peau devint jaune comme du safran,
quoique l'eau ft trs-claire. Quand je parus devant l'Empereur, Sa
Majest s'cria; Qu'as-tu donc, Roustam? Quelle horreur! Je lui dis
alors que j'avais eu le visage gel. Il me recommanda galement de ne
pas approcher du feu, ajoutant que le nez me tomberait.

L'Empereur fit sa toilette et reut le roi de Saxe, qui lui fit observer
qu'il voyagerait plus confortablement dans ses voitures, mais l'Empereur
lui rpondit que le traneau lui permettait de voyager beaucoup plus
vite. Le roi ajouta: Ce pauvre Roustam a la figure toute abme!

Quelques heures aprs, nous vmes arriver tous ceux qui taient rests
en arrire, c'est--dire le Grand Marchal, Lefebvre-Desnouettes,
l'officier polonais, etc.

Nous partmes pour Erfurt en passant par Dresde o M. de
Saint-Aignan[112] tait ambassadeur. L'Empereur lui fit dire de lui
envoyer sa voiture  Erfurt, o l'Empereur s'arrta, fit sa toilette et
dna.

Ensuite, M. de Saint-Aignan vint l'y rejoindre avec sa voiture.
L'Empereur y monta avec le Grand cuyer, et nous partmes pour Paris.

 Mayence, nous rencontrmes M. de Montesquiou, officier d'ordonnance de
Sa Majest. L'Empereur lui dit: Vous voil, Montesquiou! Vous ne vous
tes gure dpch!--Pardon, Sire, mais, par ce froid et le manque de
chevaux...--Allons, il n'y a pas de mal  cela, nous voyagerons
ensemble.

 notre arrive  Meaux, la voiture de Sa Majest cassa. On prit donc le
cabriolet du matre de poste, dans lequel l'Empereur monta avec M. de
Caulaincourt, et me recommandant de monter dans une autre voiture, avec
tous ses papiers.

Arrivs devant la grille des Tuileries, le factionnaire s'opposa  notre
entre et l'Empereur lui dit: Comment, coquin, tu ne veux pas me
laisser rentrer chez moi? Il lui tira les oreilles. Enfin, il finit par
le reconnatre[113].

Le soir, je dshabillai Sa Majest. Aucun de ses valets de chambre
n'tait arriv; il me dit alors: Repose-toi quelques jours, Roustam, et
dis  ton beau-pre de venir prs de moi.

Le lendemain, en faisant sa toilette, Sa Majest lui dit: Roustam doit
tre bien fatigu; il faut qu'il ait une sant de fer! Deux jours
aprs, je repris mon service et je descendis, le matin,  sa toilette.
Corvisart tait prsent: mon nez tait devenu noir comme du charbon.

L'Empereur dit  M. Corvisart de me visiter le nez et lui demanda s'il
n'y avait pas de danger. Aprs un srieux examen, Corvisart s'cria:
Non, Sire, puis d'ailleurs, s'il tombe, nous le rattacherons!




V

Ulm.--Nouveau danger couru par l'Empereur.--Mort du colonel
Lacue.--Construction de ponts sur le Danube.--L'le Lobau.--L'Empereur
fait sa toilette en plein air.--Essling.--Mort du marchal
Lannes.--Douleur de Napolon.--Ebersdorf.--Mon turban blanc sert de
point de mire  l'ennemi et manque faire tuer l'Empereur  mes
cts.--Les cerfs de l'le Lobau.--Massna bless.--Wagram.--La voiture
de Massna traverse par un boulet.--Campagne de Russie: de Moscou 
Molodetchno.--Les vivres de l'Empereur pills par ses soldats.--Mot de
lui  ce sujet.--L'Empereur et le marchal Berthier.


 la bataille d'Ulm, l'Empereur tait au milieu des balles et de la
mitraille. Il tait dans le plus grand danger. Le roi de Naples et le
prince Berthier viennent prendre la bride de son cheval pour le faire
loigner du danger, en lui disant: Sire ce n'est pas la place de Votre
Majest. L'Empereur dit: Ma place est partout. Laissez-moi tranquille.
Murat, allez faire votre devoir.

C'est le mme soir, avant la bataille, que j'ai vu M. Lacue[114], que
j'ai connu beaucoup. Il avait quelque amiti pour moi.

Lacue, colonel, tait nagure aide-de-camp de l'Empereur. Grand,
maigre, sec, figure intressante. Avait t ami de Moreau et lui faisait
des visites. De l sa disgrce. De l son grade de colonel d'infanterie.
C'est le matin de la bataille d'Ulm que Roustam le vit. L'Empereur passa
devant le rgiment, ne dit rien au colonel. Mais Roustam le regarde et
le colonel s'avance: Eh bien, colonel, vous nous avez quitts?--Mon
cher Roustam, je me ferai connatre aujourd'hui  l'Empereur, vu que je
me ferai tuer!

Son rgiment, corps d'arme du marchal Ney. Pont  traverser. La
bataille tait  peine engage. Le rgiment de Lacue tait  la tte de
pont. Le marchal ordonne que le rgiment s'empare du pont. Dj le pont
tait travers (ennemis autrichiens: commandant, le gnral Mack). 
peine le pont pass, Lacue est atteint d'une balle au milieu du front.

Le lendemain, Mack est bless. L'Empereur, log dans une abbaye, veut
voir dfiler les prisonniers.

Il tait  une heure d'Ulm. Il charge Caulaincourt de choisir un paysan
pour lui faire connatre le pays en se rendant  Ulm. Le paysan monte,
mais un quart d'heure avant d'arriver, on s'aperoit qu'il est tranger.
Fureur de Caulaincourt qui fait administrer vingt-cinq coups de bton au
paysan. Indignation de Duroc, etc.

       *       *       *       *       *

L'Empereur arrive  Schoenbrunn. Les ennemis avaient brl les ponts de
Vienne, sur le Danube. L'Empereur va visiter Ebersdorf, petit bourg sur
le Danube. Il donne des ordres pour construire des ponts sur le Danube,
en face d'Ebersdorf. L'Empereur, partant de Schoenbrunn, visitait tous
les jours les travaux. Deux branches du Danube; deux ponts jets dessus.
Puis, le de Lobau. Puis un petit bras pour gagner la plaine. La
bataille tait engage. Les Autrichiens ayant rompu des moulins et jet
 l'eau, ces moulins voguant rompirent nos ponts, et pas la moiti de
notre arme tait passe!

La veille, deux jours avant la bataille, l'Empereur quitte le quartier
gnral et couche  Ebersdorf. Bataille engage. L'Empereur tait pass
en personne avec ses aides-de-camp et faisait partie du tiers de
l'arme.

Essling, o tait le tiers de l'arme. On vient dire  l'Empereur que le
pont est rompu sur le grand bras du Danube. L'ennemi nous repousse 
travers les bois, sur la petite branche du Danube. L'Empereur traverse
le petit pont et revient dans l'le de Lobau, seul avec ses
aides-de-camp.

Tout le long de l'le, formidable artillerie, en cas de dfaite (trente
pices).

Arriv dans l'le, il prend fantaisie  l'Empereur de faire sa toilette
en plein air: M. Jardin, son piqueur, portait, derrire son cheval, tout
le linge dont l'Empereur pouvait avoir besoin. Il s'asseoit par terre et
nous l'habillons compltement. En ce moment, un aide-de-camp du gnral
Dorsenne vient demander des munitions: Dites-lui que je n'en ai pas.
Tout ce qu'il fera sera bien fait.

Quelques instants aprs, l'Empereur tant sous un gros arbre, des
sapeurs traversent le petit pont, portant le marchal Lannes, un genou
fracass, l'autre entam, les bras nus, lui envelopp dans un manteau.
On le pose  cinquante pas du grand arbre. L'Empereur court, et, un
genou en terre, se prcipite sur son corps, l'embrasse et, sans rien
dire, pose sa bouche sur son visage. Le prince de Neuchtel prend un
bras de l'Empereur, le marchal Duroc, l'autre. On l'arrache de son
corps et on le conduit sous l'arbre. (C'tait  la brune). On transporte
le marchal Lannes  Ebersdorf; on le met dans un bateau pour traverser
le Danube. Le vice-roi tait de l'autre ct,  Ebersdorf. L'Empereur,
pleurant, disait: Ah! qu'ils me le paieront cher!

L'Empereur, seul, avec un escadron polonais. Il avait dit  Dorsenne de
tenir ferme.

Le soir, il monte  cheval, il va  la tte du pont bris qui tait sur
le grand bras du Danube: arriv l, tant de blesss sur le rivage, qu'on
pouvait  peine passer. L'Empereur passe dans un grand bateau, conduit
par les marins de la Garde, et arrive  Ebersdorf. Voil la nuit. On
fait retraite, et l'arme franaise passe le petit pont et vient prendre
position dans l'le Lobau, o taient les batteries.

L'Empereur va, le lendemain, voir Lannes, qui tait  Ebersdorf.

En djeunant, en dnant, en mangeant sa soupe, les larmes coulaient dans
sa cuiller. Il mangeait seul avec Berthier. Nous sommes rests prs d'un
mois  Ebersdorf.

Pendant cet intervalle, l'Empereur visitait Lannes et un grand hpital.
Il faisait distribuer un napolon  chaque soldat et cinq aux officiers.
Plusieurs refusaient. Dans les autres maisons, o taient des blesss,
Duroc allait porter les mmes secours.

Le fameux pont tait  peu prs fait. Il passait  pied. Son entourage
d'officiers l'ennuyant, il dit un jour: Restez, je n'ai besoin que de
Roustam et d'une lorgnette.

Il faisait le tour de l'le, visitait l'arme de Dorsenne, qui attendait
que le pont ft fini.

Un jour,  cheval avec l'empereur, dans l'le Lobau, au bord du petit
bras du Danube (on avait t le petit pont), l'Empereur apercevait les
factionnaires autrichiens. Il avait sa petite lorgnette qui tait
toujours dans sa poche, et regardait les positions de l'ennemi. Une
balle siffle et frise les oreilles de l'Empereur: Morbleu! c'est ton
bonnet blanc qui nous trahit! Il faut une autre couleur! Et comme la
sentinelle rechargeait son arme: C'est assez comme cela, camarade! Il
fait chaud ici, partons. Nous rentrons  Ebersdorf. Je vais  cheval 
Vienne, pour acheter un turban de couleur. Depuis cette poque, dans
toutes batailles, turban de mousseline obscure.

L'le Lobau pleine de cerfs et de daims. On les chassait, un jour (on
faisait le pont): un cerf traverse l'eau et arrive, haletant, 
Ebersdorf, dans la cour de la maison de l'Empereur. On le tire. (C'est
le corps d'arme de Massna qui tait dans l'le de Lobau).

La veille de la bataille de Wagram, l'Empereur va dans l'le de Lobau, y
fait placer sa tente, reoit un plnipotentiaire, le fait dner avec
lui.

Lui, Berthier, Massna et l'envoy autrichien:

Monsieur l'envoy, dites  ceux qui vous envoient que, ce soir,  neuf
heures (il en tait sept), je passerai le Danube. Au lieu de neuf
heures, c'tait huit.

L'Empereur avait dit  Massna: Vous tes bless. Vous resterez ici (il
tait tomb de cheval). Votre aide-de-camp vous remplacera.--Non, sire,
je ne quitte pas mon poste. Je commanderai en calche.

On avait fait trois radeaux.  huit heures, commence le passage. Au trs
petit point du jour, l'Empereur passe, avec son tat-major. C'est l
qu'il me demanda son petit cordon noir, au bout duquel tait un petit
coeur en satin noir, qu'il mettait sur son gilet de flanelle, avant sa
chemise, grand comme une pice de trente sous.

Bataille de Wagram.--Au milieu de la journe, le feu tait chaud.
Massna tait en calche  quatre chevaux. Ses domestiques n'en taient
pas trs contents. Un cheval, derrire sa calche. Il s'impatiente. Il
descend. Au moment mme, un boulet la traverse,  l'endroit mme o il
tait assis.

Alors, il monte  cheval. Un trier tant trop court, il se fche contre
son domestique; il donne un coup de cravache  son domestique, et
celui-ci s'loigne un peu. Un militaire passe. Il dit: Mon ami, viens
raccourcir mes triers. Pose ton fusil par terre, et dpche. Dans ce
moment, un boulet enlve l'homme. Et tout le monde de dire: L'Empereur
l'a bien nomm _l'Enfant chri de la victoire!_

       *       *       *       *       *

14 septembre 1812. entre  Moscou.--19 octobre, dpart de
Moscou.--Entr dans Moscou avec 90.000 combattants et 20.000 malades, il
en sort avec plus de 100.000 combattants et laisse 1.200 malades.--Le 23
octobre, quartier gnral  Borowsk.--Le 24, l'Empereur tait sur les
bords d'un ruisseau et du village Ghorodinia, dans une cabane de
tisserand, maison de bois, dlabre, infecte,  une demi-lieue de
Malo-Iaroslavetz.--Danger que court l'Empereur: il est attaqu par des
Cosaques. Rapp veut l'engager  s'carter. Il tire son pe et attend
les Cosaques.--Le 20 octobre, pleine retraite.--Le 28 octobre, 
Mojask.-- quelques lieues de Mojask, la Kolotcha, rivire. Plus loin,
la grande abbaye ou l'hpital de Kolatskoe.--Le soir, la colonne
impriale approcha de Gjatz. De Gjatz, l'Empereur gagna Viazma, en deux
marches.--6 novembre. Hiver rigoureux. Pleine droute.--De Gatz 
Mikalewska, village entre Dorogobuj et Smolensk, rien de remarquable. On
se dfait de tout attirail.

Le 3 et le 4 novembre, l'Empereur avait sjourn  Slawkowo.--Le 5, 
Dorogobuj.--Le 6,  la hauteur de Mikalewska, l'Empereur apprend la
conjuration d'un gnral,  Paris. L'Empereur ne rpond rien et entre
dans une maison palissade, qui avait servi de poste de
correspondance.--Le 9 novembre, l'Empereur  Smolensk. Il s'enferme dans
une maison de la Place-Neuve, et n'en sortit que le 14, pour continuer
sa retraite.--Horrible disette.--Le 11 novembre,  cinq heures du matin,
la colonne impriale quitte Smolensk.--Koritnia,  cinq lieues de
Smolensk.--Krasno,  cinq lieues de Koritnia.--Lyady,  quatre lieues
de Krasno.

 deux lieues  droite du grand chemin, coule le Borysthne.--L'Empereur
 Koritnia, dans une misrable masure.--Le 17, l'Empereur  Lyady, 
quatre lieues du champ de bataille.--Le lendemain, on quitte la vieille
Russie.--19 novembre, Dombrowna, ville de bois.--20, Orsza. Le Dniper,
fleuve.--D'Orsza  Borizow.--Les 22, 23. Napolon tait dans la
Tolotschin.--La Brsina. C'est le 24 qu'il veut tenter le
passage.--Studianka.--27, passage de la Brsina.--L'Empereur  la tte
de sa rserve  Brilowa.--Le 29, l'Empereur quitte les bords de la
Brsina.--L'Empereur arrive  Kamen.--Le 30,  Pleszenicky.--Le 3
dcembre,  Molodetchno.--C'est l que l'empereur forme le projet de
partir pour Paris.

Une journe aprs le passage de la Brsina, le 30 novembre, 
Pleszenicky, l'Empereur se disposait  manger, mais les soldats d'un
rgiment avaient pill la cantine porte sur le dos de trois mulets qui
suivaient toujours, portant, sur des paniers attachs aux selles, le vin
et le pain ou le biscuit, et les provisions. Sur le dernier de ces
mulets tait le petit lit en fer qu'on dressait partout et qui tait
roul avec un matelas, au travers d'un mulet.

Ces soldats, affams par des marches continuelles, aperoivent cette
maigre caravane, qui s'achemine sous la conduite de trois gendarmes et
de deux hommes de la bouche.

D'un oeil de convoitise, ils les voient passer. Mais la faim l'emporte,
et les voil pressant le pas en dsordre et s'informant d'o viennent
ces provisions et  qui elles sont destines. Ils le savaient, et, de
plus, ils pouvaient lire, sur la couverture, la destination de ces
vivres... Mais, encore une fois, la faim!

C'est  l'Empereur. N'y touchez pas! Et dj mille mains rapaces
assaillaient les paniers: L'Empereur n'ordonne pas qu'on meure; au
surplus,  sa sant! Et c'en est fait des provisions qui, du reste, ne
firent qu'irriter davantage une faim mal assouvie.

L'Empereur excusa ses soldats; toutefois il voulut savoir  quel
rgiment ils appartenaient: Un jour viendra qu'ils seront dans
l'abondance, je les passerai en revue... Mais non, le reproche serait
trop cruel: tel jour, vous voliez le pain de votre Empereur!

       *       *       *       *       *

Deux jours avant d'arriver  Smorgoni,  Molodetchno, l'Empereur, qui
avait battu en retraite avec l'arme, rsolut de la quitter. Il passait
la nuit dans un misrable village  Molodetchno. J'tais dans la pice
voisine. J'entendis parler haut. C'tait l'Empereur, gourmandant
trs-haut Berthier qui voulait le suivre: Je vais en France parce que
ma prsence est indispensable.--Sire, depuis longtemps, Votre Majest
sait que je veux quitter le service: je suis vieux, emmenez-moi.--Vous
resterez, avec Eugne et Murat. Il insistait: Vous tes un ingrat...
Vous tes un lche! Je vous ferai fusiller,  la tte de l'arme! Et
l'autre sanglotait.

Cette scne eut lieu le 3 dcembre. Le lendemain, Berthier se rsigna.




APPENDICES




QUELQUES PAGES DE L'ORTHOGRAPHE DE ROUSTAM


Il est n  Tiplise,  la capital de la Gorgi, fis de sier R... Honan,
ngotien, n le... (_sic_).

Deux ans aprs, sa nconce a t transport  Aperkan, un assez fort
ville en Hermnien, paye natalle de son pre. Onze ann aprs, il a t
promen dans un des bien de son pre, avec plusier c camarade, qui t
ataqu par plusier Tartare, pour amener avec eu dans leur paiy, et
surrement pou le vendres. Plusier de c camarade t prie par de c
brigand, et lui t chap dans leur mens. R. R. t perdu, dans cet
journ-l, six heure dans les bois, sans pouvoir trouvoire la route pour
aller rejoindre sa mre, qu'il m bien tendrement.

Au mme moment, a rencontra un bcheron dans les bois, qui a bien voulue
de conduire auprs de sa mre, qui t dans un inquitude mortelle, et
il ne pas manquet le bucheron de recevoir un bons recompance de la par
de sa mre.

Le nombres de famille de sieur R. Honan, est de deux fille et quatres
garons. R. R. t la cadette. Son pre a fait un voyage avec c deux
fis, pou son commerce a Gonje, provance de Malique Magolume. Quelque moi
aprs, l'empereur de Persanne a dclar la guerre contres Abrahim-Kane,
qui a t gouverneur de la province de Hermnie.

Voil la cause que R. R. a perdu tout sa famille.

Depuis ce temps l, pour les affairs d'intr, mon pre voul de
c'loigner de Gonje, et amener avec lui mes deux frre Avack et Siran
et moi, mais j't trop atach  ma mre pour m'loigner d'elle.

Quelque jours aprs, il acheta un voiture pour son voyage. Le mme jour,
nous tions  din, nous a questiona si nous somme contan de faire cest
voyage. Mes frre dis que oui, moi je lui dit que non. Il m'a beaucoup
questiona pour que je ne veux pas lui suivres. Je lui dit: Quand j't
pitite, maman m'a bien soign: elle ma randu toujours bien houreux.
Comme je commance,  prsent, tres grand, je disire de mes tourner
auprs d'elle pour lui consoler et la randres heureux, si je peu.

Il a t fore mescontan que je voules de quiter. Enfin, il n'a pas peut
rien gagn sur moi, pour m'amener avec lui.

Il obliger de partir, avec mes deux frre, et il me lessa tout seul dans
la ville de Gonje, sans paran et sans fortune.

La ville de Gonje, c'est un trais bons ville et bian riches. C l o on
fait le pus grand commerce de sois et de caschemire de Perse.

Trois mois aprs, Abrahim-Kane a dclar la guerres contre Malique
Magolum, o je me trouv dans la forreteresse de Gonje. Les peuples de
la ville sont obliger de rantrer dans la forteresse. Je reste jusqu' la
dernier moment sans pourvoir de sortir dans la forreteresse. On rentrais
bien, mais on less sortire personnes. Un jours o les muls de Malique
Mugolum sort pour chercher les provision, je me suis four dans les
gambe des muls et je me suis sortie de force, de cest manierre-l, sans
aucun dang.

Quand j't or la porte, je rencontrais deux personne de mon pay, et
mme ville. Je leur demand si je pourais trouverre un aucasion pour
m'en tourner auprs de ma mre. Il me dit oui, je conn plusier
personnes qui von partier  deux houre de matin pour Aperkan, o j'avais
less ma pauvres mre et mes deux seure, Mariane et Begzada.

C deux bons messier il me montrs la maison o son les voyagers. Je me
suis rendue sur le champ; il mon trais bien aceuillies. Enfin, tout t
convenue de partir  deux houre du matin. En atandant de la nuit, j't
dans un gardans,  ct de la ville, pour chercher quelque lagume pour
ma nourriture, car j'avais rien  manger depuis quelque jours. Jai
apersu, au lointin un troupeaux de mouton. J't  la rancontres, pour
demander un peut de lais ou de fromage, enfin je me suis aprocher du
berger. Il me dit: Qui tu veux?--Ce que vous vousdrois: un peut de lais
ou de fromage, car voil plusier jours que j'ai rien mang.

Il m'a beaucoup examina, en me demandan le nom de mon pay et celle de
mes paran. Je lui dit mon nom et celui de mon pre. Apresa m'a prie dans
s bras, m'a ambras du bons coeur, en me disan: Je suis votres oncle!
Voil quinze ann que j'ai quit le pay.

Je me trouvais, dans ce moment-l, bien houreux d'avoir trouvair un
protecteur. Enfin, je lui demand quelque provision, pour mon voyage que
je devais faire  deux houre du matin. Il m'a donn deux gros pen et un
quantit de rotie. J'ai mis tout sa dans un sac pour rejoindre la maison
o t mes compagnon de voyage.

Mon oncle m'a demand si je voul rester avec lui jusque je soit plus
grand, et j'irais rejoindre ma mre. Je lui dit: Non, je vous le merci.
J quit mon pre et mes frre, pour rejoindre ma mre. Vous voy bien
que je ne puisse rester avec vous. Je suis sre ma mre et bien inqute
de moi, en particulier, car j't son enfant gts, beaucoup plus que
les autres. Il a bien vu que je ne voul pas rester avec lui. Il
m'ambrasa. Je lui fait mes adieux, et je me suis rendu sur-le-champ, 
la rondez-vous de voyagers, le coeur contan en espran voir ma mre
quelque jours aprs.




DOCUMENTS SUR LE CORPS DES MAMELOUCKS


     Paris, le 21 Vendmiaire an X (13 octobre 1801).

Les Consuls de la Rpublique arrtent:

Article premier.--Il sera form un escadron de deux cent quarante
Mameloucks, de ceux venant d'gypte.

Art. II.--L'aide de camp chef de brigade Rapp en aura le commandement.
Il se rendra,  cet effet,  Marseille, pour l'organisation de cet
escadron.

Art. III.--Le ministre de la Guerre est charg de l'excution du prsent
arrt.

     Le premier Consul.

     _Sign_ BONAPARTE.

Par le premier Consul, le Secrtaire d'tat. Sign HUGUES B. MARET.

       *       *       *       *       *

     Paris, le 17 Nivse an X (7 janvier 1802).

Au nom du peuple franais.

Bonaparte, premier Consul de la Rpublique, arrte:

Article premier.--Il sera form un escadron de cent cinquante
Mameloucks.

Art. II.--Cet escadron sera organis comme un escadron de hussards. Il
sera command par le chef de Brigade Rapp.

Art. III.--Les soldats et officiers seront tous pris parmi les
Mameloucks, Syriens et Cophtes venant de l'arme d'Orient et qui ont
fait la guerre avec l'arme franaise.

Art. IV.--Il y aura deux officiers franais dont l'un sera charg de
l'administration de l'habillement, l'autre de la police et de
l'instruction du corps; un quartier-matre franais et deux secrtaires
interprtes, un par compagnie, qui auront le traitement de caporal
fourrier.

Art. V.--Leur solde et leurs masses seront rgles de manire  ce
qu'ils ne cotent pas davantage qu'un escadron de chasseurs de la Garde.
 cet effet, on diminuera leur solde pour augmenter leur masse
d'habillement.

Art. VI.--Il leur sera donn le mme uniforme que portent les
Mameloucks, et pour marque de rcompense de leur fidlit  l'arme
franaise, ils porteront le turban vert.

Art. VII.--Le Ministre de la Guerre est charg de l'excution du prsent
arrt.

     Le premier Consul. _Sign_ BONAPARTE.

     Par le premier Consul. Le secrtaire d'Etat. _Sign_ HUGUES B.
     MARET.

     Le Ministre de la Guerre. _Sign_ ALEXANDRE BERTHIER.

       *       *       *       *       *

     Paris, le 11 Germinal an X (1er avril 1802).

Les Consuls de la Rpublique arrtent:

Il sera fourni, par les magasins d'armes de la Rpublique,  chaque
sous-officier et cavalier de l'escadron des Mameloucks, un armement
complet compos ainsi qu'il suit, savoir:

1 carabine.

1 tromblon.

2 paires de pistolets, dont une de ceinture.

1 sabre  la Mamelouck.

1 poignard.

1 masse d'armes.

1 lance pour une compagnie de lanciers non encore dtermine.

1 poire  poudre en corne pour amorcer, avec une baguette de fer.

Le Ministre de la Guerre est charg de l'excution du prsent arrt.

     Le premier Consul.

     _Signe_ BONAPARTE.

     Par le premier Consul, le Secrtaire d'tat.

     _Sign_ HUGUES B. MARET.

     Le Ministre de la Guerre.

     _Sign_ ALEXANDRE BERTHIER.

       *       *       *       *       *

     Paris, le 25 Germinal an X (15 avril 1802).

Les Consuls de la Rpublique arrtent ce qui suit:

Article I.--Le corps des Mameloucks, cr par arrt du 17 Nivse
dernier, sera compos d'un tat-major d'officiers, sous-officiers ou
artistes franais de deux compagnies formant un escadron de Mameloucks.

Art. II.--L'tat-major et les compagnies seront composs ainsi qu'il
suit:

TAT-MAJOR

Un chef de brigade.
Un capitaine charg de l'administration de l'habillement
et police du corps.
Un quartier-matre.
Un officier de sant de 1re classe.
Un lieutenant instructeur.
Un adjudant sous-officier.
Un artiste vtrinaire.
Un trompette brigadier.
Un matre sellier.
Un matre tailleur.
Un matre bottier.
Un matre armurier.

Total: 5 officiers, 7 sous-officiers, artistes ou ouvriers.

COMPAGNIE

Un capitaine.
Un lieutenant en premier.
Un lieutenant en second.
Un sous-lieutenant.
Un marchal des logis chef.
Quatre marchaux des logis.
Un fourrier-interprte.
Huit brigadiers.
Deux trompettes.
Cinquante-neuf Mameloucks.
Un marchal ferrant.

Total: 4 officiers, 76 sous-officiers ou Mameloucks.

Art. III.--L'habillement et l'armement du corps des Mameloucks seront
ceux qu'ils portaient en gypte. Ils seront monts comme les troupes
lgres, et pour marque de rcompense de leur fidlit  l'arme
franaise, ils porteront le cahouck vert et le turban blanc.

Art. IV.--Il sera pay, pour la premire mise des officiers compris dans
l'organisation ci-dessus, la somme de dix-huit cents francs, et celle de
mille francs  chaque sous-officier et Mamelouck.

Art. V.--Il sera fourni,  chaque officier nouveau, deux chevaux, et un
 chaque sous-officier et Mamelouck, du prix de six cents francs chacun.

Art. VI.--La solde et les masses seront payes  l'effectif d'aprs les
revues de l'inspecteur et dans les proportions suivantes:

SOLDE

Au chef de brigade.                         9600 fr.
Au capitaine charg de l'habillement
et de la police.                            4000 
Au quartier-matre capitaine.               4000 
 l'officier de sant.                      3600 
Au lieutenant instructeur.                  2700 
 l'adjudant sous-officier.                 1200 
 l'artiste vtrinaire.                    1800 
Au trompette brigadier.                      700 
 chaque matre ouvrier.                     800 
 chaque capitaine.                         4000 
 chaque lieutenant en premier.             2700 
 chaque lieutenant en second.              2000 
 chaque marchal des logis chef.           1000 
 chaque marchal des logis ou fourrier      900 
 chaque brigadier.                          700 
 chaque trompette ou marchal ferrant.      650 
 chaque Mamelouck.                          450 

MASSES

De boulangerie.                        68 fr. 40
De chauffage,  quatre centimes
par jour d't,  huit centimes
par jour d'hiver. Le double pour
les sous-officiers.
D'hpital.                             24 
De casernement.                        24 
D'habillement. Deux cent soixante
francs quarante centimes
par sous-officier et Mamelouck.       260 fr. 40
 trois cent un francs quatre
vingt quinze centimes par trompette.  301 fr. 95
D'entretien.                           30 
De ferrage.                           500 fr. 40
De remonte.                           100 
De ferrage.                            29 fr. 70

Art. VII.--Il sera, en outre, admis  la solde, les vieillards, femmes
et enfants de familles mameloucks qui ont suivi, en France, leur parents
formant les deux compagnies ci-dessus, dont l'tat nominatif avec le
tarif et leur solde est annex au prsent arrt. Les enfants mles
feront le service de Mameloucks, lorsqu'ils auront atteint l'ge de
seize ans, prescrit par l'arrt du 7 thermidor an VIII. Alors ils
recevront la premire mise mentionne dans l'Art. 3.

.......................

Art. XVI.--Le nombre de chevaux du corps des Mameloucks qui auront droit
aux masses de fourrages, remontes et ferrage, est rgl ainsi qu'il
suit, savoir:

Pour le chef de brigade, 8.

Au capitaine charg de l'administration, et de la police, 4.

 chacun des autres capitaines et lieutenants instructeurs, 3.

 chaque lieutenant, sous-lieutenant et officier de sant, 2.

 chaque sous-officier ou Mamelouck, 1.

Les matres tailleur, bottier et armurier ne seront point monts, ainsi
que les enfants et les rfugis.

Art. XVII.--Le Ministre de la Guerre donnera des ordres pour qu'il soit
fourni, des arsenaux de la Rpublique, l'armement prescrit, aux
sous-officiers et Mameloucks. Il en donnera aussi pour l'tablissement
des casernes et des corps de garde qu'ils doivent occuper.

.......................

Art. XX.--Le ministre de la Guerre, le directeur de l'administration de
la Guerre et du Trsor public sont chargs de l'excution du prsent
arrt.

     Le premier Consul. _Sign_ BONAPARTE.

     Par le premier Consul, le secrtaire d'tat. _Sign_ HUGUES B.
     MARET.

     Le Ministre de la Guerre. _Sign_ BERTHIER.

       *       *       *       *       *

     Du 25 Germinal an X (15 avril 1802).

Bonaparte, Premier Consul de la Rpublique.

Arrte que les officiers ci-dessous dnomms seront employs, chacun
dans son grade,  l'escadron des Mameloucks.

     PREMIRE COMPAGNIE

Ibrahim, capitaine.
Jean Renno, lieutenant.
Chahin, lieutenant en second.
Soliman, sous-lieutenant.

     DEUXIME COMPAGNIE

Saloume Sahahoub, capitaine.
Daoud Hababy, lieutenant.
Elias Messad, lieutenant en second.
Abdallah Dasbonne, sous-lieutenant.

Les trois officiers composant l'tat-major de l'escadron, sont:

Charles Delaitre, capitaine quartier-matre.
douard Colbert, capitaine adjudant-major.
Mareschal, lieutenant instructeur.

Mauban, officier de sant de 1re classe.

Le Ministre de la Guerre est charg de l'excution du prsent arrt.

     _Sign_ BONAPARTE.

       *       *       *       *       *

Les Consuls de la Rpublique arrtent:

Article premier.--Il sera accord une somme de seize cents francs 
chaque sous-officier et cavalier mamelouck, pour son quipement,
habillement, harnachement, y compris l'achat du cheval.

Art. II.--Cette somme sera paye  l'effectif des hommes composant
l'escadron, et d'aprs la revue de l'Inspecteur.

Art. III.--Les Ministres de la Guerre, des Finances et du Trsor public,
sont chargs de l'excution du prsent arrt.

     Le premier Consul.

     _Sign_ BONAPARTE.

       *       *       *       *       *

Les Consuls de la Rpublique arrtent:

Article premier.--Il sera accord une gratification de dix-huit cents
francs  chacun des officiers de l'escadron des mameloucks.

Art. II.--Cette somme sera paye  l'effectif, d'aprs la revue de
l'Inspecteur.

Art. III.--Les Ministres de la Guerre, des Finances et du Trsor public
sont chargs de l'excution du prsent arrt.

     Le premier Consul.

     _Sign_ BONAPARTE.

       *       *       *       *       *

MINISTRE DE LA GUERRE

_Dpt des rfugis. Rcapitulation de l'effectif
au 1er avril 1811_.

Rfugis:     8 de 1re classe.
--           18 de 2e    --
--          108 de 3e    --
--          297 de 4e    --
            ---
Rfugis:   431 pays  Marseille.
--           27 pays  Paris (1  Corfou).
            ---
Effectif:   458
            ===

       *       *       *       *       *

_tat nominatif des vieillards, femmes et enfants de familles
mameloucks, rfugies en France, avec le tarif du traitement qui leur
est accord._

_10 mai 1811._

1. Abou Kralil, 1800.
2. Samain Ibrahim, 1800.
3. Couroulous, 900.
4. Anna Cousty, 900.
5. Abon Ebb Ramalaou, 900.
6. Joseph Caphtini, 900.
7. Ibrahim Samain, 900.
8. Ouard, femme du capitaine Saloume, 900.
9. Marianna, femme du capitaine Ibrahim, 900.
10. Sarra, femme du lieutenant Daoud, 900.
11. Enn, femme de Samain Ibrahim, 900.
12. Sadda, femme d'Ibrahim Samain, 900.
13. Allo, femme de Couroulous, 900.
14. Almas, femme d'Ibrahim Hababy. 900.
15. Lucie, femme de Seliman, 900.
16. Marie-Anne, femme de Guirgus Elbateloy, 900.
17. Anglique, femme de Guirgus Koury, 900.
18. Marie, femme d'Anna Selladar, 900.
19. Madelaine, femme de Pierre Gayardelle, 900.
20. Zarra, mre d'Antoine et Ptre Ayache, 900.
21. Anna, femme de Joseph Hermany, 900.
22. Maria, ngresse, 900.
23. Ouard, fille d'Enn, 900.
24. Catherine, fille de Madelaine, 900.
25. Maria, fille de Tannos Zoumero, 450.
26. Cleste, fille de Madelaine, 900.
27. Maria, petite fille de Pillador, 450.
28. Michel, garon d'Anna, 450.
29. Baptiste, garon de Madeleine, 450.
30. Raol, garon d'Ibrahim, 450.
31. Joseph, garon d'Almas, 450.
32. lbrahim, garon du chef d'escadrons Hamaouy, 450.
33. Hababy, garon du chef de brigade.
34. Ouard, fille du chef d'escadron Hamaouy.
35. Chanine, fille du chef de brigade.
36. Mazonne, fille du mme.

_Rsultat:_

2 vieillards  1.800              3.600
5 autres  900                    4.500
15 femmes  900                  13.500
2 filles  900                    1.800
3  autres  450                   1.350
4  garons  450                  1.800
2  autres.
3  filles.
                                -------
                   Total         26.550

Certifi conforme. Le Secrtaire d'tat, _Sign:_ HUGUES B. MARET.

Le ministre de la Guerre, _Sign:_ ALEX. BERTHIER.




_tat nominatif des rfugis gyptiens qui rclament la bienveillance du
Premier Consul pour tre compris  la suite de l'escadron des
Mameloucks, avec le traitement qu'il voudra bien dsigner ci-aprs_.

Marie Solon, femme de Petro Sera, Mamelouck, marie le 1er Nivse an XI,
n'a touch aucun traitement depuis son arrive en France, 1 fr. 50.

Joseph Ibrahim, fils du capitaine Ibrahim, port  la dernire solde, n
 Melun le 20 nivse an XI. 0 fr. 62-1/2.

Joseph, fils de Lucie, femme gyptienne rfugie, porte  la
demi-solde, n  Melun le 11 vendmiaire an XI, 0 fr. 62-1/2.

Hlne Baraka, gyptienne, femme du citoyen Dargevel. Elle rclame le
traitement accord aux autres femmes; elle n'en a touch aucun depuis
son arrive en France, pour elle ni pour son fils Thodore Baraka, 2 fr.
50.

Joubran Hamaouy, fils du chef d'escadron Hamaouy. Venant en France, il
ne touchera son traitement que lors de sa prsence  Melun. 1 fr. 50.

Izakarus, prtre grec rfugi, ayant rendu d'importants services 
l'arme franaise et ayant sauv plusieurs militaires de cette nation,
lors de l'insurrection de Naples. Il est porteur de certificats qui
attestent ses droits  la bienveillance du gouvernement, 2 fr. 50.

Hlne Renno, mre de Jouane Renno, lieutenant dans l'escadron de
Mameloucks. Hlne Renno a t force de quitter Saint-Jean d'Acre aprs
la mort de son mari, rcemment massacr par Djezzar Pacha, dont il tait
mdecin. Elle est  Marseille. Son fils rclame pour elle une pension,
comme rfugie gyptienne, 2 fr. 50.

Anna Kassis, prtre grec employ momentanment  la commission des Arts.
Il ne jouira de son traitement qu'au moment o il cessera d'tre employ
 cette commission et qu'il sera prsent  Melun, 1 fr. 50.

Michel Abeyde, ngociant syrien de Saint-Jean d'Acre. N'ayant point t
en gypte, oblig de quitter Naples o tous ses biens ont t confisqus
sur le soupon d'tre agent secret du gouvernement franais, il rclame
un traitement pour subsister. Les pices  l'appui de la demande ont t
prsentes au Conseil d'administration du corps et attestent
suffisamment ses droits, 1 fr. 25.

Jouanne, fils du lieutenant Daoud, n le 21 messidor an XI, pour lequel
on rclame la demi-solde, 0 fr. 62-1/2.

Marie, fille de Sraphine, brigadier mamelouck, ne le 4 Thermidor an
XI, pour laquelle on rclame la demi-solde, 0 fr. 62-1/2.

Marianne Aflisa, mingrlienne, ci-devant esclave d'Ibrahim bey, revenue
avec la veuve du gnral de brigade Galbaut, n'a peru aucun traitement
depuis son arrive en France. Elle ne jouira de celui qui lui sera
accord que lors de sa prsence  Melun, 1 fr. 62-1/2.

Ayoub, fils du chef de brigade Jacob, n le 6 fructidor an XI, pour
lequel il rclame la demi-solde, 0 fr. 62-1/2.

Anne, fille du capitaine Ibrahim, ne le 2 frimaire an XII, pour
laquelle il rclame la demi-solde, 0 fr. 62-1/2.

Hlne, fille de Barthlemy, Mamelouck, ne le 17 frimaire an XII, pour
laquelle il rclame la demi-solde, 0 fr. 62-1/2.

Constantin, fils d'Ibrahim, Marie, fille de Joseph Riche, enfants ns du
1er au 16 pluvise an XII, 0 fr. 62-1/2.

Vu, bon  faire solder conformment au prsent tableau.

Paris, le 13 pluvise an XII de la Rpublique (3 fvrier 1804.)

     Le Premier Consul.

     _Sign_ BONAPARTE.

     Par le premier Consul, le secrtaire d'tat.

     _Sign_ HUGUES B. MARET.

     Le Ministre de la Guerre.

     _Sign_ ALEX. BERTHIER.

       *       *       *       *       *

Bonaparte, premier consul de la Rpublique, arrte:

Le citoyen Rapp, chef de brigade, est nomm chef de brigade du 7e
rgiment de hussards, en remplacement du citoyen Marisy, nomm gnral
de brigade.

Le citoyen Dupas, adjudant suprieur du palais, est nomm chef de
brigade de l'escadron des Mameloucks. en remplacement du citoyen Rapp.

Le Ministre de la Guerre est charg de l'excution du prsent arrt.

     _Sign_ BONAPARTE.

       *       *       *       *       *

     GARDE DES CONSULS. CONTRLE.

     CORPS DES MAMELOUCKS

_tat-major_.

Dupas, commandant.
Colbert, capitaine adjudant major.
Delaitre, capitaine quartier-matre.
Marchal, lieutenant instructeur.
Mauban, officier de sant de 1re classe.

_Compagnies_.

Capitaines: 1re compagnie, Ibrahim. 2e compagnie, Saloume Sahahoub.

Lieutenants en premier: 1re compagnie, Renno. 2e compagnie, Hababy.

Lieutenants en second: 1re compagnie, Chahin, 2e compagnie, Massad.

Sous-lieutenants: 1re compagnie, Soliman. 2e compagnie, Abdallah.

       *       *       *       *       *

     3 Nivse an XII (25 dcembre 1803).

Bonaparte, premier Consul de la Rpublique, arrte:

Article premier.--L'escadron des Mameloucks ne formera plus qu'une
compagnie qui sera sous les ordres du colonel des Chasseurs  cheval de
la Garde.

Art. II.--Cette compagnie sera compose de:

1 capitaine commandant, 1 adjudant sous-lieutenant, 1 chirurgien-major,
1 artiste vtrinaire, 1 matre sellier, 1 matre tailleur, 1 matre
bottier, 1 matre armurier, franais.

2 capitaines, 2 lieutenants en premier, 2 lieutenants en second, 2
sous-lieutenants mameloucks.

1 marchal des logis chef franais, 8 marchaux des logis, dont 2
franais, 1 fourrier franais, 10 brigadiers dont 2 franais, 2
trompettes, 2 marchaux-ferrants, 85 mameloucks franais.

Art. III.--Les vieillards, les femmes et enfants de la mme nation,
rfugis prs de cette compagnie, recevront, sur la revue de
l'Inspecteur aux revues de la Garde, les secours qui leur ont t
accords, et dont l'tat nominatif sera arrt par le premier Consul.

Art. IV.--Tous les hommes hors d'tat de service qui se trouvent dans
l'escadron, seront ports sur le tableau des rfugis et traits comme
eux.

Les uns et les autres recevront, en outre, la masse d'hpital.

Art. V.--Le Conseil d'administration des Chasseurs  cheval est charg
de la comptabilit de cette compagnie.

Art. VI.--Les masses et la solde des Mameloucks seront les mmes.

Art. VII.--Les fonds provenant de l'ancienne administration des
Mameloucks seront verss dans la caisse des Chasseurs  cheval, et tous
les registres et papiers appartenant  cet escadron seront remis entre
les mains du quartier-matre, trsorier, aprs que la comptabilit aura
t vrifie par l'Inspecteur aux revues.

Art. VIII.--Les officiers franais de cette compagnie pourront porter
l'uniforme bleu, avec l'aiguillette, quand ils ne seront point de
service, ou  la tte de leur troupe, tel qu'il leur a dj t permis
de le porter.

Art. IX.--Le citoyen Marchal, adjudant major, instructeur de l'escadron
des Mameloucks, sera employ dans la ligne, ou dans un des tats-majors
de l'arme.

Art. X.--Le citoyen Delaitre, capitaine de l'escadron des Mameloucks,
est nomm capitaine commandant la nouvelle compagnie.

Art. XI.--Le citoyen Rouyer, adjudant sous-officier des Mameloucks, est
nomm adjudant sous-lieutenant.

Art. XII.--Le Ministre de la Guerre est charg de l'excution du prsent
arrt.

     Le premier Consul.

     _Sign_ BONAPARTE.

       *       *       *       *       *

     15 avril 1806.

Art. I.--La Garde impriale sera compose de:

                        

Art. XIII.--Il y aura une compagnie de Mameloucks attache au rgiment
des Chasseurs  cheval de la Garde.

Les rfugis Mameloucks qui sont  Melun seront envoys  Marseille, o
ils jouiront des mmes avantages et seront pays de la mme manire que
par le pass.

Cette compagnie de Mameloucks sera compose de:

1 chef d'escadrons, commandant.           |
1 capitaine instructeur                   |
1 adjudant lieutenant en second           |
1 porte-tendard lieutenant en second     |
1 chirurgien-major                        |
1 artiste vtrinaire                     |  _franais_.
1 matre sellier                          |
1 matre armurier                         |
1 matre bottier                          |
1 matre tailleur                         |
1  brigadier trompette                    |
2 capitaines.
2 lieutenants en premier.
4 lieutenants en second.
1 marchal des logis chef, _franais_.
8 marchaux des logis, dont 2 _franais_.
1 fourrier franais.
4 porte-queue.
12 brigadiers, dont 2 _franais_.
109 Mameloucks.
4 trompettes _franais_.
2 marchaux-ferrants _franais_.

       *       *       *       *       *

     Au palais des Tuileries, le 29 janvier 1813

Napolon, empereur des Franais, etc.

Nous avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Article premier.--Le cadre actuel de la compagnie des Mameloucks de
notre Garde formera celui d'un escadron de mme arme, et au complet de
250 hommes.

Art. 2.--L'escadron sera port au complet par des hommes dsigns  cet
effet sur le dixime de ceux offerts par les dpartements de l'Empire,
et qui doivent tre choisis pour le recrutement des Chasseurs  cheval
de notre Garde.

Art. 3.--Tous les Mameloucks qui font actuellement partie de la
compagnie, et ceux ayant les qualits requises qui seront choisis dans
la cavalerie de l'arme, pour le recrutement, jouiront de la solde
actuelle des Mameloucks et seront dsigns sous le nom de _premiers
Mameloucks_.

Art. 4.--Les Mameloucks provenant du recrutement offert par les
dpartements seront dsigns sous le nom de _seconds Mameloucks_. Ils ne
toucheront que la solde de la cavalerie de la ligne, avec le supplment
accord aux troupes de la garnison de Paris.

Art. 5.--Notre ministre de la Guerre est charg du prsent dcret.

     _Sign_: NAPOLON.

     Par l'Empereur, le Ministre Secrtaire d'tat.

     _Sign_: Comte DARU.

     Le ministre de la Guerre,

     _Sign_: Duc de FELTRE.

       *       *       *       *       *

     AN 1813. GARDE IMPRIALE. MAMELOUCKS


_Tarif des matires employes  la confection des effets d'habillement,
d'quipement, etc.,  fournir  chaque Mamelouck, lors de son admission
au corps, avec l'indication du prix et la dure de chacun de ces
effets._

_Yaleck de drap._--Drap de diverses couleurs, seconde qualit (premire
qualit pour sous-officier). Toile blondine. Boutons  grelots. Soutache
en laine (en laine et or pour sous-officier et trompette). Tresse plate
(_Idem_). Ganse carre (_Idem_). Faon: 41 fr. 33.

On emploie, en plus, 1m,38 en or de dix lignes pour sous-officier chef,
0m,65 _idem_ pour sous-officier ordinaire, 0m,48 _idem_ pour marchal
ferrant, 1m,38 _idem_ en laine pour brigadier.--Dure: trois ans.

_Fermelet._--Drap carlate, 1re qualit, blicourt de diverses couleurs,
ganse carre en laine (en or et laine pour sous-officier et trompette),
soutache _idem_ (22m,52 en or et laine pour sous-officier et trompette),
bouton  grelots, faon: 29 fr. 02.--Dure: trois ans.

_Charoual._--Drap amarante de seconde qualit, toile crue, basane
rouge, tresse de 0m,054 pour coulisse, ganse carre en laine (en or et
laine pour sous-officier et trompette), tresse plate en laine (_Idem_),
faon: 75 fr. 85.--Dure: trois ans.

_Bonnet de police._--Drap bleu imprial troisime qualit (deuxime
qualit pour sous-officier, bleu de ciel troisime qualit pour
trompette), drap cramoisi deuxime qualit (premire qualit pour
sous-officier), toile crue (0m,24 toile blondine pour sous-officier),
galon en laine de 0m,034 (en or de dix lignes pour sous-officier),
croissant (en or pour sous-officier), cordonnet rond en laine (en or et
laine pour sous-officier), gland en laine (en or et laine pour
sous-officier), faon: 8 fr.14.--Dure: dix-huit mois.

_Pantalon d'curie._--Drap gris de quatrime qualit, toile crue,
boutons d'os, basane noire, faon: 16 fr. 93-1/3.--Dure: dix-huit mois.

_Gilet d'curie._--Drap bleu de troisime qualit (bleu de ciel pour
trompette), toile crue, gros boutons, faon: 25 fr. 40.--Dure:
dix-huit mois.

_Manteau._--Drap gris de quatrime qualit, garnitures de brandebourgs,
ruban gris, toile forte d'Abbeville, faon et trois agrafes: 78 fr.
42.--Dure: six ans.

_Pantalon de treillis._--Toile crue, treillis de trois quarts, boutons
d'os, peau de veau pour sous-pieds, faon: 7 fr. 64.--Dure: dix-huit
mois.

_Ceinture._--Ray de castor bleu ou maroc, frange bleue, faon: 11 fr.
61.--Dure: dix-huit mois.

1 cahouk garni, 27 fr. Dure: trois ans.

1 schal blanc compris dans le cahouk, 4 fr. 50. Dure: dix-huit mois.

1 schal de couleur, 4fr. 50. Dure: dix-huit mois.

1 plumet, compris dans le cahouk, 1 fr. 50. Dure: dix-huit mois.

1 tui de plumet, compris dans le cahouk, 0 fr. 50. Dure: dix-huit
mois.

1 couvre cahouk, compris dans le cahouk, 3 fr. 75. Dure: dix-huit mois.

2 paires de bottes, 36 fr. Dure: un an.

1 cordon de sabre, 12 fr. Dure: deux ans.

1 kobourg avec son cordon, 15 fr. Dure: quatre ans.

1 paire de gants de daim, 3 fr. 75, (3 fr. en mouton faon de daim).
Dure: dix-huit mois.

1 porte-carabine garni, 7 fr. Dure: quatre ans.

1 porte-giberne, 4 fr. 50. Dure, quatre ans.

1 giberne, 4 fr. 50. Dure: quatre ans.

1 couvre-platine, 3 fr. Dure: trois ans.

2 paires d'perons, 5 fr. Dure: trois ans.

1 cordon de pistolets, 3 fr. Dure: deux ans.

1 selle garnie et quipe, 78 fr. 70. Dure: six ans.

1 paire d'triers, 24 fr. Dure: six ans.

1 bride et ses rnes. 9 fr. Dure: six ans.

1 filet en cuir, 3 fr. Dure: six ans.

1 filet en laine, 5 fr. Dure six ans.

1 licol de parade et longe, 4 fr. 50, Dure: quatre ans.

1 licol d'curie et longe, 5 fr. Dure: trois ans,

1 surfaix en cuir, 6 fr. Dure: quatre ans.

1 martingale, 1 fr. 30, Dure: trois ans.

1 mors de bride, 9 fr. Dure: six ans.

1 caveon, 7 fr. Dure: trois ans.

1 montant de caveon, 1 fr. Dure: trois ans.

1 bridon d'abreuvoir, 3 fr. 50. Dure: trois ans.

1 botte de carabine, 2 fr. 50. Dure: quatre ans.

1 couverture de laine, 10 fr. Dure: six ans.

1 sac  avoine, 3 fr. 14. (Premire mise).

1 musette complte, 6 fr. 45. (Premire mise; on remplace celle qui a
servi  panser un cheval farcineux).

2 mouchoirs de poche, 1 fr. 50. (_Idem_).

1 baguette de carabine en fer et  grenadire, 1 fr. 75. Dure: quatre
ans.

1 sabre, 1 carabine, 1 paire de pistolets d'aron, 1 paire de pistolets
de ceinture, 1 hache, 1 masse, 1 poignard, 1 maillet, 1 dragonne en
cuir, fournis par le gouvernement.

_Pelisse de sous-officier._--Drap bleu imprial seconde qualit, toile
blondine, toile crue, toile forte, flanelle pour doublure, gros boutons
(2 douzaines), moyens boutons (6 douzaines), olive en laine jaune, ganse
carre _id._, cordon _id._, soutache _id._, tresse plate _id._, bordure
noire (en agneau), galon en or de 0m,023, faon, 73 fr. 46. Dure: trois
ans.

_Pantalon en matelot._--Drap bleu imprial 2e qualit, toile blondine,
faon, 42 fr. 08. Dure: trois ans.

_Habit  la franaise._--Drap bleu imprial 2e qualit, serge blanche,
toile blondine, toile crue, toile forte, galon en laine de 0m,009,
tresse plate, or et laine pour sous-officier et trompette, gros boutons,
petits boutons, aiguillette et trfle (en or et laine pour sous-officier
et trompette), garniture de croissant (en or pour sous-officier), faon,
67 fr. 53. Dure: deux ans.

_Gilet rouge uni._--Drap cramoisi, 1re qualit, tricot cru, serge
blanche, toile crue, petits boutons, faon, 24 fr. 91. Dure: deux ans.

_Hongroise unie._--Drap bleu imprial 2e qualit, toile blondine, faon,
33 fr. 20. Dure: dix-huit mois.

_Pantalon garni en basane._--Drap bleu imprial 2e qualit, drap
cramoisi 2e qualit, toile crue, boutons massifs, basane noire, faon,
45 fr. 04. Dure: dix-huit mois.

_Redingote de sous-officier._--Drap bleu imprial 2e qualit, toile
blondine, galon en or de 0m,023, gros boutons sur bois, petits boutons
sur bois, faon, toile forte, 85 fr. 33. Dure: deux ans.

_Porte-manteau._--Drap cramoisi, drap bleu 3e qualit, treillis de trois
quarts de large, galon vert de 0m,027, faon et cache-perons, 22 fr.
66. Dure: quatre ans.

_Housse de drap._--Drap bleu 3e qualit, treillis de trois quarts, galon
cramoisi de 0m,034, frange _idem_, faon et entre-jambes, 43 fr. Dure:
trois ans.

Prix total par effet: 1050 fr. 03.

     _Additions._

Trompette, 39 fr. (l'embouchure seule cote 3 fr.).

Cordon de trompette, 17 fr.

Totaux gnraux: 1106 fr. 03.

Arrt par nous, membres composant le conseil d'administration en
sance.

 Paris, le quinze dcembre mil huit cent douze.

     PERRIER, MENEBACQ, BLANDIN.

     Vu par le sous-inspecteur aux revues.

     Paris, le 30 septembre 1817.

     LASALLE.

       *       *       *       *       *

LISTE DES MAMELOUCKS DE LA GARDE

ORIGINAIRES D'ORIENT

Le Registre matricule des Mameloucks de la Garde impriale, conserv
aux Archives administratives de la Guerre, ne contient pas moins de 582
noms. La liste en a t dresse en 1816 et close  Paris, le 25 mai de
la mme anne, par le sous-inspecteur aux revues, Lasalle.

Nous en avons extrait les noms et tats de services des Mameloucks ns
en Orient, laissant de cot les Europens qui, d'ailleurs, n'ont gure
commenc  faire partie de ce corps qu'en 1809.

Comme,  peu d'exceptions prs, elle ne contient que des noms de
soldats, de brigadiers et de sous-officiers, nous avons d recourir aux
dossiers personnels des officiers, pour y trouver leurs tats de
services.

Mme ainsi, nous ne pouvions nous flatter d'avoir dress une liste
complte des Mameloucks d'Orient, et nous avons d consulter d'autres
documents pour combler, au moins en partie, les lacunes du registre.

Chaque fois qu'il a t possible de le faire, nous avons reproduit en
abrg: 1 La date de naissance; 2 Le lieu de naissance; 3 La date de
l'entre au service, ou celle de l'admission dans le corps des
Mameloucks; 4 Les campagnes; 5 Les blessures; 6 Les promotions et
dcorations; 7 La date de la mort ou de l'admission aux rfugis de
Marseille.

N. B.--Nous avons imprim, avec l'orthographe du registre, les noms des
villes qu'il ne nous a pas t possible d'identifier.

Abdalker.--N en 1788. Darfour (Afrique). Admis 1810[115]. Marseille,
1813[116].

Abdallah (Abel).--Benout (gypte). Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811,
1813.

Abdallah Mansour.--1774. Jaffa (Syrie). An VIII. Marseille, an XII[117].

Abdallah, ngre.--Darfour (Afrique). Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811,
1813. Mort  Mayence, 1813.

Abdallah Dasbonne.--1776. Bethlem. Guide interprte  l'tat-major de
l'arme d'Orient, an VI; sous-lieutenant, an X; lieutenant, an XIV;
capitaine instructeur, 1811; chef d'escadrons au corps des chevau-lgers
lanciers, 1814; officier d'ordonnance du gnral Boyer  Oran, 1831;
commandant de la place d'Arzew, 1833; retrait, 1835. Campagnes: Ans VI,
VII, VIII, IX, XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812,
1813, 1814, 1830 (comme interprte), 1831, 1832, 1833. Bless 
Hliopolis, an VII;  Eylau (1807);  Altenbourg, d'un coup de lance 
la poitrine en sauvant la vie au colonel Kirmann;  Weimar (1813); 
Hanau (1813). Chevalier de la lgion d'honneur, 1804; officier, 1832;
chevalier de Saint-Louis, 1815. Dot de 500 francs, 1808.

Abd Faraggie.--An VIII. Aux rfugis, an X.

Abdelmalek Assat.--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En
arrire sans nouvelles, dcembre 1812.

Abdelmalek (Ibrahim).--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811.

Abou Embar.--1779. Chefa-Omar (Syrie). An VIII. Brigadier, an X. Mort 
Varsovie, 1807.

Abou Sahoud.--1780. Le Caire. Entr au service, an X. Aux rfugis,
1806.

Abouagini (Anna).--1777. Nazareth (Syrie). An VII. Campagnes: Ans VII,
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808. 1809, 1810, 1811. Aux rfugis, 1813.

Abouguine (Anna).--1777. Sad (gypte). Admis, 1809. Campagnes: 1810,
1811. Marseille, 1813.

Aboukas (Guirgus).

Abouranem Asef.--1777. Biscant. An VIII. Marseille, an XII.

Abouskaus (Guirgus).--1775. Bethlem. An VIII. Marseille, an XII.

Akaoui Boulous.--1776. An VIII. Marseille, an XII.

Akel. (Franois).--1761. Damann (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Akel (Franois).--1761. Marseille, 1806. Marchal des logis.

Alabi (Abdallah).--1766. Alep (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Alabi (Antoine).--1778. Siout (gypte). An X. Campagnes: An XIV, 1806,
1807, 1808, 1809, 1810, 1811. D'aprs le jugement du tribunal de
premire instance de Melun du 22 octobre 1812, ce militaire se nomme
Avad (Antoine), fils d'Antoine Avad et dame Hannon, ne le 15 aot 1781,
dans la Haute-gypte. Brigadier, 1807. Marseille, 1811.

Alabi (Guirgus).--1783. Alep (Syrie). An VIII. Marseille, an XII.

Alabi (Michel).--1781. Latakieh (Syrie). Entr au service le 4 ventse,
an X. Aux rfugis, 1806.

Alak (Ptrus).--1775. Jrusalem. An VIII. Mort  Madrid, le 24 janvier
1809.

Ali.--An VIII. Campagnes: Ans VIII, IX, XIV, 1806, 1807. Ray pour
longue absence, 1813.

Ali Alchri.

Ali Assenne.--Le Caire. Admis, 1808. Marseille, 1811.

Ali, ngre.--1778. Darfour (Afrique). Admis, an X. Campagnes: An XIV,
1806, 1807. Bless  Eylau (1807). Marseille, 1813.

Amont (Anna).--1742. Bethlem. An VIII. Rform, an X.

Amont (Guirgus).--1776. Bethlem. An VIII. Rform, an X.

Amont Issa.--1789. Bethlem. An VIII. Marseille, an XII.

Amont Issa.--Bethlem. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. Congdi,
1814.

Anastaci Angly.--1781. Le Caire. Admis, an X, Campagnes: An XIV, 1806,
1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813. Prisonnier  Leipsig (1813).
Marchal des logis, 1813. Ray le 31 dcembre 1813, pour longue absence.

Anastaci Jouanny.--1777. Lunemoussy (Asie). Admis, an X. Campagnes: An
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Porte-queue[118], 1809.
Congdi, 1814.

Angly (Michel).--Alep (Syrie). Admis, 1808. Campagnes: Ans VII, VIII,
IX, X, 1810, 1811, 1812, 1813, 1814. Bless deux fois en gypte.
Brigadier, 1813.

Annanagar Gorgie.--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811, 1812.
Prisonnier, 11 octobre 1812.

Annette.--1776. Salihieh (gypte). Admis, 1813.

Armnie Bogdassar.--1775. En Armnie. An VIII. Campagnes: Ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Porte-queue. Brigadier le 12
avril 1811.

Armnie (Jacob).--1776. En Armnie. An VIII. Mort  l'hpital de Melun,
le 30 thermidor, an XII.

Armnie (Joseph).--1759. En Armnie. An VIII. Rform, an X.

Armnie (Joseph, le petit).--1781. En Armnie. An VIII. Marseille, 1808.

Armnie Ouannis.--1781. Suchue (Armnie)[119]. An VII. Campagnes: Ans
VIII, IX, X, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Bless d'un coup
de lance, le 29 ventse, an VIII,  la bataille de Matarieh; d'un coup
de feu  la tte, le 11 frimaire, an XIV,  Austerlitz; de quatre coups
de sabre sur la tte, le 29 dcembre 1808,  l'affaire de Benavente
(Espagne). Lgionnaire, du 14 mars 1806. Marchal des logis, 1809.
Marseille, 1813.

Armnie Ouannis, le grand.--1778. En Armnie. An VIII. Marseille, an
XII.

Armnie Ouannis, le petit.--1782. En Armnie. An VIII. Marseille, 1808.

Armnie Tunis.--1781. Chuchi[120] (Armnie). Campagnes: Ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. En arrire  la retraite de
Moscou (1812). Lgionnaire, du 14 mars 1806. Marchal des logis.

Assiouti (Ibrahim).--Siout (gypte). Admis, 1808. Marseille, 1809.

Ataya (Joseph).--1779. Damas (Syrie). An VIII. Rform, an XIII.

Atoulis Kralil.--1778. Jossa (Syrie). An VIII. Campagnes: Ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810. Tu en Espagne, le 3 mars 1810.

Atte-Hiry (Ali).--1781. Damiette. An X. Marseille, an XII.

Ayache (Antoine).--1784. Alexandrie (gypte). An VIII. Campagnes: Ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Congdi, 1814.

Ayache (Pietro).--1790. Alexandrie (gypte). An VIII. Rform, an X.

Ayache (Pietro).--1790. Alexandrie (gypte). Admis, 1808. Campagnes:
1810, 1811. Congdi, 1814.

Ayoub (Gaspard-Joseph).--1791. Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810,
1811, 1812, 1813, 1814, 1815. Bless d'un coup de feu et d'un coup de
lance  l'affaire de Pradanos (Espagne). Pass au dpt, 1814. Marchal
des logis, 1814.

Ayoub (George).--1781. Marseille, 1806.

Ayoub (Jacques).--Admis, 1809. Marseille, 1809.

Ayoub.--1782. Romeh (Syrie). Admis, An XI. Marseille, an XII.

Azaria, le grand.--1782. Thplis[121] (Armnie). An VIII. Campagnes: Ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809,1810, 1811, 1813, 1814. Bless
d'un coup de feu qui lui a travers le corps. Marchal des logis, 1807.

Azaria, le petit.--1787. Karabak (Gorgie). An VIII. Campagnes: Ans
VIII, IX, XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808. Lgionnaire, 1806.
Lieutenant, 1807. Tu  Benavente, 1808. Dot de 500 francs, 1808.

Babagenni Constanti.

Bagdoune Moustapha.--1777. Bagdad (Armnie). An VIII. Campagnes: ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813. Tu  l'affaire
de Dresde, le 27 aot 1813.

Bagdoune (Sraphin).--1784. Saint-Jean d'Acre. An VIII. Campagnes: ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809,1810, 1811, 1812, 1813, 1814,
1815. Cass brigadier, an XIII. Rintgr, an XIV. Marchal des logis,
1806. Lieutenant de Jeune Garde, 1813. Lgionnaire du 14 mars 1806[122].

Baraka (Adrien).--1788. Darfour (Afrique). Admis par dcision du
Ministre de la Guerre, 1811. En arrire sans nouvelles, dcembre 1812.

Baraka Boulous.--1786. Alexandrie (gypte). An VII. Campagnes: ans VII,
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812. Bless d'un
coup de sabre  la main droite,  Eylau; d'un coup de baonnette  la
poitrine,  Wagram; a perdu cinq doigts du pied gauche par la
conglation, en Russie (1812). Marseille, 1812.

Barbarie. (Michel).--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811, 1812.
Congdi, 1814.

Baroume (Guirgus).--1775. Ramleh (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Barouti Elias.--1769. Barouti (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806. Marseille, 1808. Brigadier.

Barr Gorgie.--Le Caire. Admis, 1808. Marseille, 1809.

Barsoum Saad.--1770. Le Caire (gypte). An VIII. Marseille, an XII.

Captini (Joseph).--1761. Marseille, 1806.

Carme Dahoud.--1771. Coiftre (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1810, 1811. Port dserteur le 1er janvier 1809.
Rentr  la Role, le 11 janvier 1810, rintgr ledit jour. Ce
militaire s'tait gar en Espagne, depuis le 1er janvier 1809, jusqu'au
11 janvier 1810, poque qu'un dtachement de son corps passa  la Role.

Chahin.--1776. Tiflis (Gorgie). Lieutenant dans la compagnie des
Mameloucks forme en gypte par le gnral Bonaparte, an VIII;
capitaine, 1813. Campagnes: ans IX, XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808,
1809, 1810, 1811, 1812, 1813. A reu 35 blessures, dont deux coups de
feu,  Hliopolis; un coup de feu  Eylau; un coup de feu  la retraite
de Madrid. A pris une pice de canon et sauv le gnral Rapp 
Austerlitz et le chef d'escadrons Daumene,  la retraite de Madrid.
Chevalier de la lgion d'honneur, An XII; officier, 1806; dot de 500
francs. 1808. Mort  Melun, 1838.

Chama Abdallah.--1770. Jaffa. An VIII. Marseille, an XII.

Cham (Antoine).--1784. Le Caire (gypte). An VIII. Bless le 2 mai
1808,  la rvolution de Madrid, et mort le 16.

Cham Ayoub.--1779. Saint-Jean d'Acre (Syrie). An VIII. Campagnes: ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Lgionnaire, 1806.
Marseille, 1813.

Cham (Joseph).--1789. Jaffa (Syrie). An VIII. Congdi, 1814.

Charaf Moussa.--1789. Le Caire. Admis, 1809. En arrire sans nouvelles,
dcembre 1812.

Cherks (George).--1780. Marseille, 1809.

Cherks Ouessain.--1787. En Circassie. An VIII. Marseille, an XII.

Chir (Joseph).--1782. Malte. Admis, 1809. Campagnes: 1810, 1811.
Dsert  l'ennemi en Espagne, le 12 juin 1811, avec armes et bagages.

Chir (Michel).--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811, 1812,
1813, 1814. Dsert, 1814.

Chirkoury (George).--1777. Constantinople. Admis, an X. Aux rfugis,
1806. Brigadier.

Choki (Joseph).--1772. Ramleh. An VIII. Marseille, an XII. Brigadier.

Choukralla (Gabriel).--Le Caire. Admis, 1808. Aux rfugis, 1813.

Choukralla Talout. Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En
arrire sans nouvelles, dcembre 1812.

Copthi Assat.--1781. Le Caire (gypte). An VIII. Campagnes: ans VIII,
IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. En arrire sans nouvelles,
du 15 novembre 1812.

Copthi Bradzous.--1784. Le Caire (gypte). An VIII. Rform, an X, et
mis au rang des rfugis.

Couroulous.--1776. Marseille, 1806.

Cova Manoli.--Toumba (Macdoine). Admis, 1808. Marseille. 1809.

Daboussy (Joseph).--Le Caire. Admis, 1811. Congdi, 1814.

Daboussy (Nicolas).--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En
arrire, dcembre 1812.

Daoud.--V. Hababy Daoud.

Dayan (Isaac).--1799. Tunis. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811, 1812.
En arrire sans nouvelles, 1812.

Demiky Manoly.--1777. More (Grce). An VIII. Campagnes: Ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1814. Congdi, 1814.
Brigadier.

Dimetry Youanny.--1771. Leydza (Archipel). Admis, 1806. Bless  Eylau
(1807). Tu  Benavente, 1808.

El-Akim (Antoine).--1762. Saint-Jean d'Acre (Syrie). An VIII. Rform,
an X.

Elbachi (Guirgus).--1757. Damas (Syrie). An VIII. Rform, An X, et mis
au rang des rfugis.

Elbadjaly Ad.--1776. Betzala. An VIII. Campagnes: Ans VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808, 1809. Marseille, 1811. Brigadier, 1807.

Elfael Ratasse--1779. Chefa Omar. An VIII. Bless d'un coup de feu au
bras  Eylau, le 8 fvrier 1807. Mort  l'arme le 3 mai 1807.
Porte-queue, 1807.

El-Fara (Nicolas).--1781. Le Caire (gypte). An VIII. Marseille, an XII.

Elias Massad.--1776. Ramleh (gypte). Entr au service en qualit de
lieutenant dans la 2e compagnie de Syriens forme par le gnral
Bonaparte, an VIII. Lieutenant en second dans les Mameloucks de la
Garde, an X. Lieutenant en 1er, 1807. Pass aux rfugis gyptiens,
1815. Capitaine au 2e chasseurs d'Afrique, 1831. Retrait, 1833.
Campagnes: Ans VIII, IX, XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810,
1811, 1812, 1813, 1814, 1815, 1832. Bless, en gypte, de deux coups de
lance pendant une patrouille, An VIII; d'un clat d'obus en 1813.
Chevalier de la lgion d'honneur, An XII; officier, 1814. Dot de 500
francs, 1808. Retrait  Melun. 1815.

Elias Moussa.--Ramleh. An VIII. Marseille, an XII.

El-Kaouas Kralil.--1761. Bethlem. An VIII. Aux rfugis, 1806.

Emmanuel.--1777. Ramleh (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV,
1806. Marseille, 1808. Brigadier. 1807.

Ergueri (Ibrahim).--1784. Le Caire (gypte). An VIII. Campagnes: ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813. Prisonnier le
22 mai 1813; rentr le 24 avril 1815.

Farabeb (Joseph).--1778. Damas. An VIII. Marseille, an XII.

Faraje Sera.--Darfour (Afrique). Admis, 1808. Marseille, 1809.

Faragie, ngre.--1787. Laneck (Arabie). Admis, an X. Marseille, an XII.

Fessal. (Guirgus).--1742. Barouti (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Fetal Riscalla.--Admis, an X. Chef tailleur.

Francis Bouchera.--1781. Le Caire. An VIII. Marseille, an XII.

Gabrianne, ngre.--1780. En Abyssinie. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. En arrire sans nouvelles, du
12 dcembre 1812.

Gayardel.--1772. Rabonsunove. An VIII. Aux rfugis, 1806.

Gorgie Cherks.--1781. Tiflis (Gorgie). Admis, an X. Marseille, 1809.
Marchal des logis.

Gorgie Moussaha.--1781. Ngrlie. Admis, an X. Mort, an XIII.

Gorgie (Nicole).--1778. Larmn (Natolie). Admis, an X. Campagnes: ans
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Congdi, 1814. Brigadier,
1809.

Gorgie Roustan.--1781. Tiflis (Gorgie). Admis, an X. Marseille, 1807.
Marchal des logis.

Gourgui Daoud.--1720. Tiflis (Gorgie). An VIII. Rform, an X.

Goury Elias.--1775. Lask (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807,1808, 1809. Marseille, 1811.

Grec (Nicolas).--Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En arrire sans
nouvelles, dcembre 1812.

Guirbanne Ouannis.--1779. En Circassie. An VIII. Mort  Varsovie, le 13
janvier 1807.

Hababy (Antoine).

Hababy Daoud.--1777. Chefa-Omar (Syrie). Sous-lieutenant dans la 1re
compagnie de Syriens forme en gypte par le gnral Bonaparte, an VII.
Lieutenant en premier, an VIII. Lieutenant en premier dans la compagnie
des Mameloucks, an X. Capitaine, 1807. Campagnes: ans VII, VIII, IX,
1806, 1807, 1808, 1809. Bless une fois  Austerlitz et deux fois 
Eylau; trois fois  Benavente (Espagne, 1808). Chevalier de la Lgion
d'honneur, an XII; officier, 1810. Dot de 1.000 francs, 1808. Retir 
Melun, 1er avril 1814. Mort  Paris, en 1824.

Hababy (Ibrahim).--1767. Chefa-Omar. (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Hababy (Jacob).--1767. Chefa-Omar (Syrie). Campagnes: ans VIII, IX,
1813, 1814, 1815, 1831. Bless d'une balle qui lui a travers le corps,
 la bataille du Monte-Thabor, cet officier, qui tait sheik de
Chefa-Omar, prs Saint-Jean d'Acre, a donn des preuves de son
dvouement  la cause des Franais en crant spontanment, et en majeure
partie  ses frais, une compagnie de janissaires syriens qu'il offrit au
gnral Bonaparte. Capitaine, 22 vendmiaire, an VIII; chef d'escadrons,
1er messidor, an VIII; chef de brigade, an IX; pass aux rfugis avec
retraite de 4.000 francs, an X; reprend du service en qualit de chef
d'escadrons, 1813; colonel d'tat-major, 23 novembre 1814; commandant de
la place de Melun, 5 juin 1815; commandant la 1re division militaire, 27
juin 1815; mis en non activit, 1er aot 1816; naturalis franais,
1817; retrait, 1829; mis  la disposition du marchal Clauzel,
commandant l'arme d'Afrique, 1831; retrait  3.200 francs, 1833.
Chevalier de la lgion d'honneur, 17 mars 1814. Chevalier de
Saint-Louis, 1821. Dcd  Paris, 1824. Dot de 1.000 francs, 1808.

Habbi (Guirgus).

Hamaouy (Joseph).--1772. Damas (Syrie). Nomm capitaine des syriens
janissaires, An VI. Chef d'escadrons. An VIII. Commandant du dpt des
rfugis gyptiens  Melun, An X. Colonel, le 4 avril 1814, confirm le
8 mai 1816. Campagnes d'Aboukir, Salhi, Balbs. Haute gypte, Assioute,
Monfaloute, sige du Caire. Chevalier de Saint-Louis, 1819[123].

Hassan.--1785. Mgralie (Gorgie). An VIII. Campagnes: ans VII, VIII,
IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810,1811. Porte-queue, 1809. Congdi,
1814.

Helou (Michel).--1761. Marseille, 1806.

Hialek (Antoine).--1760. Jrusalem (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Hibrahim.--1776. Delkamar (Syrie). Entr comme capitaine dans la
compagnie des Mamelouks forme en gypte par le gnral Bonaparte, le
1er messidor, an VIII. Confirm dans son grade le 25 germinal, an X.
Campagnes an VIII et IX. Lgionnaire, an XII. Marseille, 1806.

Honadi (Ibrahim).--1757. Chefa Omar (Syrie). An VIII. Mort  l'hpital
de Marseille, le 14 ventse, an X. Brigadier.

Hongrois (Michel).--1780. Bigor (Hongrie). An VIII. Campagnes: ans VIII,
IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813, 1814. Bless d'un
coup de sabre sur le cou et un sur l'paule  Altenbourg (1813); reu un
coup de baton sur la tte en prenant une pice de canon  l'affaire du
25 novembre 1806,  Rusileck; un coup de feu  la mme affaire.
Congdi, 1814.

Hongrois Mustapha.--1760. Marchal des logis. Marseille 1808.

Houassef (Joseph).--1783. Le Caire. An VIII. Rform, an X.

Iadalla.--1759. Le Caire (gypte). An VIII. Rform, an X.

Ibrahim.--V. Hibrahim.

Ibrahim (Charles-Victor).--1786. Le Caire. Admis, 1810. En arrire sans
nouvelles, dcembre 1812.

Ibrahim, ngre.--1782. Siout (gypte). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. En arrire sans nouvelles.
1812.

Ioaric Drisse.--1779. En Abyssinie. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Lgionnaire. 1807. Mort le 4
octobre 1812.

Jacob.--1789. Salmas (Perse). Admis d'ordre de M. le gnral Ornano,
commandant la Garde impriale. 1814. Ray, 1814, pour longue absence.

Jaffaony Mitry.--1780. Jaffa (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809. En arrire sans nouvelles, du 9 dcembre
1812.

Jannas Joanny[124].--1777 Chismez (Grce). An VIII. Marseille, an XII.
Brigadier.

Jaure (Antoine).--An X. Campagnes: an XIV, 1806, 1807. Lgionnaire,
1807. Congdi avec retraite, 1809. Trompette.

Joseph (Anna).--1784. Le Caire (gypte). An VIII. Aux rfugis, 1808.

Joseph, ngre. Darfour (Afrique). Admis, 1808. Mort  l'hpital de la
Garde, 1809.

Kaouam[125] (Michel).--1772. Tablet (Syrie). Admis, an X. Aux rfugis,
an XII.

Kaouasse Kralil.--1734. Marseille, 1806.

Karkou Mansour.--1780. Berouty. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813, 1814. Dlgu auprs du
gnral Maison, le 6 juin 1814, ray ledit jour, admis  la solde des
rfugis gyptiens ledit jour. Brigadier, 1809.

Kassalgui Jouanna.--1752. Le Caire. An VIII. Rform, an X.

Kassis (Anna).--1770. Jrusalem. An VIII. Mort le 7 frimaire, an XI.

Kosmas Stephani.--1777, Smyrne (Grce). An VIII, poque de
l'organisation de la lgion grecque en gypte. Lgionnaire, 1806.
Marchal des logis, le... (_sic_); cass, 1809; rintgr, 1810. Tu 
Bautzen le 22 mai 1813.

Kosta (Moustapha).--1777. Chefa-Omar (Syrie). An VIII. Marseille, an
XII. Brigadier.

Kosta (Jacques).--1784. Chefa-Omar (Syrie). Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, 1814. Ray, par
suite de longue absence, 1813. Porte-queue, 1809.

Kosta Kralil.--1784. Chefa-Omar (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII,
IX, XIV, 1806, 1807. 1808, 1809. Marseille, 1811.

Koubroussy (Anna).--1781. Nazareth (Syrie). An VIII. Bless deux fois 
Eylau. Lgionnaire du 14 avril 1807. Campagnes: ans VIII, IX, XIV, 1806,
1807, 1808, 1809. Mort  Melun, le 24 janvier 1812, d'une maladie
languissante de quinze mois. Marchal des logis.

Kourgy Dahoud. Marseille. 1807.

Koury (Gabriel).--Admis, 1808. Campagnes 1810, 1811. En arrire sans
nouvelles, 1812.

Koury (Guirgus).--1752. Jaffa (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Koutcy (Anna).--1736. Marseille, 1806.

Koutcy (Joseph).--1774. Jaffa (Syrie). Campagnes: ans VII, VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. A perdu l'oeil droit par suite
d'un coup de feu le 10 thermidor, an VII,  la prise d'Aboukir.
Marseille. 1813.

Koutcy Samarand.--1755. Jrusalem. An VIII. Rform, an X.

Koutcy Samann.--1776. Jrusalem. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808, 1809. Marseille, 1811.

Koutcy Zacharie.--1760. Jrusalem. An VIII. Marseille, an XII.

Kouzy (Guirgus).--1756. Marseille, 1806.

Kralil Grec.--1786. Le Caire. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Congdi, 1814. Brigadier, 1809.

Kruchon (Guirgus).--1779. Alep (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII,
IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. En arrire sans nouvelles,
du 9 dcembre 1812.

Lafleur Amza.--1781. Crime (Moscovie). An VIII Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Congdi, 1814.

Lambre (George).--1777. Ile de Seit (Archipel). An VIII. Campagnes: ans
VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Marseille, 1813.
Brigadier.

Lepetit (Ouannis Armnie).--1782. Marseille, 1808.

Magnati (Nicole-Athanase).--1774. Romlie (More). An VIII. Campagnes:
ans VIII, IX, XIV, 1806. 1807, 1808, 1809. Aux rfugis, 1811.

Mahamet, ngre.--1776. En Abyssinie. An VIII. Dsert le 15 octobre
1807.

Mainotry Dmtry.--1774. Credemony (More). An VIII. Marseille, an XII.

Malati (Michel).--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811, 1812,
1813. Ray pour longue absence, 1813.

Malte (Anna).--1780. Ile de Malte. An VIII. Marseille, 1807. Brigadier.

Mansour, dit Gaix de Mansour.--Le Caire. Admis, 1808. Dsert. 1809.

Mardiros (Jean).--1786. En Armnie. An VIII. Marseille, an XII.

Massahat.--1762. Ramleh (Syrie). An VIII. Marseille, an XII. Marchal
des logis chef.

Masserie (Abdallah).--1789. Le Caire (gypte). An VIII. Marseille, an
XII.

Masserie Achmet.--1783. Le Caire. An VIII. Ray des cadres le 21 avril
1807, pour cause de trop longue absence; tait  l'hpital de Vienne, en
Autriche, du 2 nivse, an XIV. Lgionnaire du 14 mars 1806.

Masserie Ismain.--1780. Le Caire. An VIII. Dsert, 7 janvier 1809.

Masserie (Guirgus).--1792 (_sic_). An VIII. Rform, an X.

Masserie (Guirgus).--1792. Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810,
1811. En arrire sans nouvelles, dcembre 1812.

Masserie Mikael.--1786. Le Caire. Campagnes: an VIII, IX, XIV, 1806,
1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813, 1814. Bless d'un coup de sabre 
Eylau, 1807. Ray des contrles, 20 avril 1814. Parti avec l'Empereur
ledit jour.

Masserie (Thomas).--1787. Le Caire. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806,1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Bless d'un coup de sabre en
Espagne, le 5 septembre 1810. Marseille, 1813.

Messate Kralil.--Marchal des logis.

Michalouat Ayous.--1775. Nazareth. An VIII. Bless d'un coup de feu au
cou  Eylau (1807); tu le 2 mai 1808  la bataille de Madrid.

Mihina Hissa.--1757, Chefa Omar (Syrie). An VIII. Mort le 25 thermidor,
an XI. Marchal des logis.

Mikael Ellon.--1753. Alep (Syrie). An VIII. Marseille, an XII.

Mikael (Ibrahim).--1779. Le Caire (gypte). An VIII. Marseille, 1807.

Mikael (Joseph).--1781. Souples (gypte)[126]. An X. Marseille, an XII.

Mirza le grand.--1782. En Armnie. An VIII. Mort le 17 pluvise, an
XIII.

Mirza le grand (Daniel).--1784. Chusue[127] (Armnie). An VIII.
Campagnes: ans VIII, IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811.
Lieutenant, 1811. Lieutenant au 2e corps des lanciers, 5 aot 1814. Dot
de 500 francs. Lgionnaire du 14 mars 1806.

Mouskou Soliman.--1760. Crime (Petite Tartarie). An VII. Campagnes: ans
VII, VIII, IX, XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808. Bless de deux coups de
feu, le 7 germinal, an VIII,  la reprise de Damiette; d'un coup de
sabre  l'affaire de Benavente en Espagne le 29 dcembre 1808, o il fut
fait prisonnier. Port mal  propos dserteur. vad des prisons de
l'ennemi et rentr en France le 30 septembre 1810. Marchal des logis,
an X. Lgionnaire du 14 mars 1806. Marseille 1813.

Mouty Nathan.--Admis, 1808. Campagnes: 1810. 1811. Congdi, 1814.

Nadar Houab.--1757. Jaffa (Syrie). An VIII. Rform, an X, et mis au
rang des rfugis.

Nassar (Francis).--1781. Nazareth. Admis, an X. Campagnes: an XIV, 1806,
1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813, 1814. Tu le 28 janvier 1814.
Brigadier, 1809.

Nia (Anna).--En Gorgie. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En arrire
sans nouvelles, dcembre 1812.

Nicodemoeus.--1769. An VIII. Aux rfugis, 1806. Marchal des logis.

Ouadie (Joseph).--1781. Chefa-Omar (Syrie). An VIII. Reform, an X.

Ouannis (Antoine).--1759. Jaffa (Syrie). An VIII. Marseille, an XII.

Ouasef (Joseph).--1787. Le Caire. Admis, 1808. Marseille, 1809.

Panayanny (Constantin).--1777. Ile d'Amorgo (Archipel). An VIII.

Papaouglou (Nicole).--1786. Chism (Natolie). Admis, an X. Campagnes:
ans XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, 1814.
Lgionnaire. 1806. Ray de l'effectif le 20 avril 1814. Parti avec
l'Empereur ledit jour. Marchal des logis.

Paskalis.--1782. Ghirgheh (gypte). An VIII. Campagnes: VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808. Tu en 1808,  la rvolte de Madrid.

Pelatti (Antoine).--1774. Ile de Rhodes (Archipel). An VIII. Marseille,
an XII.

Ptrous.--1765. Ouerakem (Armnie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807. Ray des contrles, le 11 mars 1808, pour passer au
service du vice-roi d'Italie.

Quisse Achmet.--1781. Le Caire. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813, 1814. Bless de cinq coups de
bayonnette  Austerlitz et d'un coup de sabre  Altenbourg. Congdi,
1814.

Rabagenni Constanti.

Ramlaoui Abou Ebel.--1751. Marseille, 1806.

Ramlaoui (Christophe).--1779. Ramleh (Syrie). An VIII. Aux rfugis,
1806.

Ramlaoui Joubrance.--1780. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV, 1806,
1807, 1808, 1809, 1810. Brigadier, 1813. Congdi, 1814.

Renno (Jean).--1777. Saint-Jean d'Acre (Syrie). Ans VI, VII, VIII, IX,
XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, 1814,
1815. Bless de deux coups de baonnette  Austerlitz, d'un coup de feu
 la rvolte de Madrid (1808); d'un clat d'obus  Waterloo (1815). Le
24 mai 1809,  l'affaire de Pradamesen (Espagne), fit, dans une charge,
100 prisonniers espagnols;  Courtray (1814), eut un cheval tu sous lui
en enlevant, avec un petit nombre de Mameloucks, une pice de canon 
130 cuirassiers saxons; chargea un pelolon de 180 cavaliers prussiens,
les ramena  plus d'une lieue, fit des prisonniers et mit beaucoup
d'hommes hors de combat. Sous-lieutenant  l'arme d'Italie, an VI;
sous-lieutenant interprte  l'arme d'gypte; lieutenant en 1er aux
Mameloucks, an X; capitaine, 1807; chef d'escadrons de chevau-lgers
lanciers, 5 aot 1814; chevalier de la Lgion d'honneur, an XII;
officier, 1806; dot de 1.000 francs, 1808. Chevalier de Saint-Louis, 27
fvrier 1815. Licenci avec demi-solde, 22 dcembre 1815. Mort  Melun,
1818.

Riscalla, ngre.--1785. Darfour (Afrique). Admis, an XI. Aux rfugis,
1806.

Rosette Mikael.--1776. Rosette (gypte). An VIII. Marseille, 1808.

Roustam Raza.--Tiflis (Gorgie). Signalement: taille 1m,74, visage rond,
front ordinaire, yeux roux, nez ordinaire, bouche moyenne, menton rond,
cheveux et sourcils chtains. Admis le 2 germinal an X. Congdi le 25
aot 1806.

Rudjri (Pietro).--1781. Tinos (Archipel). Admis, an X. Campagnes: an
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813. Prisonnier le 5
mars 1813. Rentr, 4 mars 1814. Ray de l'effectif le 20 avril 1814;
parti avec l'Empereur ledit jour. Marchal des logis, 1814. Lieutenant
en second de Chasseurs  cheval, 30 avril 1815. Retrait  Melun, 1815.

Saboub (Nicolas).--1780. Damas (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII,
IX, XIII, XIV, 1806, 1807. Marseille, 1808.

Sacre (Anna).--1775. Damas (Syrie). An VIII. Marseille, an XII. Marchal
des logis.

Sacre (Joseph).--1757. Damas (Svrie). An VIII. Marseille, an XII.

Saka (Joseph).--1779. Bethlem, an VIII. Marseille, an XII.

Saladar (Anna).--1758. Damiette (gypte). An VIII. Mort le 5 germinal an
XI.

Salam Achmet.--1777. Siout (gypte). An VIII. Marseille, 1806.

Salem.--1781. Haganie (gypte). Admis, 1813. Campagnes: ans VII (au 21e
d'infanterie lgre), VIII, IX, XII, XIII, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809,
1812, 1813, 1814. Congdi, 1814.

Salek Chaoud.--1779. Chefa-Omar (Syrie). An VIII. Marseille, an XII.

Salek (Ibrahim).--Le Caire. Admis, 1808. Marseille, 1809.

Saloume.--1751. Chefa-Omar (Syrie). Nomm lieutenant dans la 1re
compagnie des Syriens, an VII. Capitaine, an VIII. Admis avec son grade,
an X. Campagnes: ans VII, VIII, IX. Lgionnaire, an XII. Marseille 1806.

Saloume Daoud.--1768. Saint-Jean d'Acre (Syrie). An VIII. Marseille, an
XII. Brigadier.

Samain (Ibrahim)[128].

Samanne (Anna).--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811,
Marseille, 1811.

Sarage Soliman.--1771. Druse (Syrie). Admis, an X. Campagnes: an XIV,
1806, 1807, 1808, 1809. Aux rfugis, 1811. Brigadier, an X.

Scipion, ngre.--1787. Chaloume (Arabie). An VIII. Rform, an X.

Seimen (Ibrahim). V. Samain (Ibrahim).

Slim, ngre. 1781. Dartous (Arabie). Admis, an X. Mort, 1808.

Slim, ngre.--1784. Darfour (Afrique). Admis, an XI. Mort, an XII.

Sera Faraje, ngre.--1780. En Abyssinie. Ray des contrles, le 1er juin
1806.

Sera (Joseph).--1790. En Armnie. An VIII. Marseille, an XII.

Sera (Joseph).--1791. En Gorgie. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811.
Prisonnier  Moscou le 16 octobre 1812.

Sera (Petrus).--1777.

Sera (Pierre).--1776. Ile de Chio (Archipel). An X. Marseille, an XII.

Soliman Moufta.--Darfour (Afrique). Admis, 1808. Renvoy au bataillon
colonial  Marseille, 1810.

Soliman Salam.--1777. Bethlem. Entr au service de l'tat-major de
l'arme d'gypte, an VI. Campagnes: ans VII, VIII, IX, XII, XIII, XIV,
1806, 1807, 1808, 1810, 1811, 1812, 1813, 1814, 1815. Bless 
Hliopolis;  la rvolution de Madrid. Marchal des logis, an VIII;
sous-lieutenant, an X; lieutenant en second, an XIV; en premier, 1813;
capitaine lieutenant en premier dans les Chasseurs royaux de France, 16
dcembre 1814; attach, comme interprte,  l'arme d'Afrique, 1830.
Lgionnaire, an XII. Dot de 500 francs, 1808. Retrait  Melun, 1815.

Soub (Joseph).--1785. Chefa-Omar. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. Mort  l'hpital des
Trinitaires de Vilna 1814, par suite de blessure.

Stati (Andra).--1777. Brebison. An VIII. Dsert, 1807. Brigadier.

Taieb (Jacob).--Tunis. Admis, 1811. Congdi, 1814.

Talami Moussa.--1764. Bethlem. An VIII. Marseille, an XII.

Taloute Abdel, ngre. 1781. En Abyssinie. An VIII. Campagnes: ans VIII,
IX, XIV, 1806, 1807, 1808, 1809. En arrire sans nouvelles, du 12
dcembre 1812.

Taloute Farage.--Le Caire. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En
arrire sans nouvelles, dcembre 1812.

Targha (Joseph).--1767. Jaffa (Syrie). An VIII. Marseille, an XII.

Thomas.--1790. Salmas (Perse). Admis, d'ordre de M. le gnral Ornano,
commandant la Garde impriale, 1814. Ray, 1814, pour longue absence.

Tubian (David).--Tunis. Admis, 1808. Campagnes: 1810, 1811. En arrire
sans nouvelles, dcembre, 1812.

Vassily (Paul).--1779. Tayrindroff (Russie). Admis, 1809. Campagnes:
1810, 1811. Dsert avec armes et bagages en Espagne, 1811.

Vidal (Nicolas).--1778. Smyrne. An VIII. Ray, 1806.

Youdi Salem.--1789. Le Caire. An VIII. Campagnes: ans VIII, IX, XIV,
1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, 1814. Congdi, 1814.

Zarub (Nicole).--1780. Marseille, 1808.

Zalaouy (Joseph).--1762. Zala (Syrie). An VIII. Campagnes: ans VIII, IX,
XIV, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. En arrire sans nouvelles, le 9
dcembre 1812. Rentr des prisons de l'ennemi, 1814.

Zaou (Anna).--1783. Jrusalem (Syrie). An VIII. Marseille, 1808.

Zoumero Bannans.--1765. Jaffa (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Zoumero Moussa.--1792 (_sic_). Jaffa (Syrie). An VIII. Rform, an X.

Zoumero Moussa.--1789. Saint-Jean d'Acre (Syrie). Admis trompette dans
les Mameloucks en gypte, le 4 mai 1799. Campagnes: 1810, 1811.
Brigadier, 1814.




ACTE DE DCS DE ROUSTAM

MAIRIE DE DOURDAN (SEINE-ET-OISE)


_Extrait du registre des actes de dcs de la commune de Dourdan (anne
1845)._

Du dimanche sept dcembre mil huit cent quarante-cinq,  dix heures du
matin.

Acte de dcs de sieur Roustam Raza, g de soixante-quatre ans, ancien
Mameluck de l'empereur Napolon, n  Tiflis, en Gorgie, rentier
domicili  Dourdan, o il est dcd aujourd'hui,  cinq heures et
demie du matin, poux de dame Alexandrine-Marie-Marguerite Douville,
actuellement sa veuve, demeurante  Dourdan.

Les tmoins ont t: 1 M. Franois-Valentin Mazure, g de
cinquante-deux ans; 2 M. Franois-Joseph Baulot, g de cinquante-six
ans, tous deux propritaires, demeurans  Dourdan, amis du
dfunt--lesquels ont sign avec nous, deuxime adjoint, dlgu de M. le
Maire de la ville de Dourdan, aprs lecture, le dcs constat
conformment  la loi.

Sign au registre V. MAZURE, BAULOT, MNARD.

       *       *       *       *       *

ICI GT

ROUSTAM RAZA

ANCIEN MAMELUCK DE L'EMPEREUR NAPOLON

N  Tiflis en Gorgie, mort  Dourdan
 l'ge de 64 ans.

Il a emport avec lui les regrets
d'une famille dont il tait bien
justement chri--Qu'il repose
en paix parmi ceux qui l'ont
apprci et aim.

       *       *       *       *       *

ICI REPOSE

A. M. M.
DOUVILLE

VEUVE  ROUSTAM  RAZA

ne  Paris le 21 janvier 1789
dcde  Versailles
le 21 juillet 1857

regrette de ses enfants
et de ses amis.




NOTES

[1: Le mot _mamluck_, en arabe, signifie esclave.]

[2: V. _Napolon et la Garde impriale_, par E. Five.]

[3: Voici le certificat que lui dlivra, le 12 septembre 1803, le baron
Larrey, chirurgien en chef de l'arme d'gypte:

C'est pendant la campagne de Syrie que Jacob nous a donn, surtout, des
preuves de zle, de dvouement et d'humanit.  Chefa-Omar, il a
prodigu aux blesss de l'hpital que nous y avions, des soins attentifs
et une partie de ses revenus. Il les a garantis plusieurs fois de
l'attaque des Arabes du dsert. C'est  lui que le chirurgien-major de
cet hpital, Wadellenk, dut son salut: il l'arracha des mains des Arabes
qui l'avaient attaqu dans son passage pour se rendre au quartier
gnral, pansa ses blessures et lui donna l'hospitalit jusqu'au moment
o son tat lui permit de se faire transporter au camp devant Acre.

Je l'ai vu plusieurs fois, ce brave Sheik, partager nos prils et nos
fatigues, avec un courage et une constance peu communs. Enfin, pendant
deux annes que j'ai t  porte de le voir, je lui ai toujours connu
les sentiments bien prononcs d'un vritable ami des Franais, et de
l'honnte citoyen.]

[4: Voir _Toulon et les Anglais en 1793, d'aprs des documents indits_,
par Paul Cottin.]

[5: En 1815, les Mameloucks rfugis  Marseille devinrent les victimes
de la Terreur blanche: leurs femmes, leurs enfants, poursuivis par la
populace, furent tus  coups de fusils dans les rues et sur le port, o
ils s'taient enfuis.]

[6: Il obtint son cong le 25 aot 1806. Voir ce qu'il dit  ce sujet,
chapitre IV.]

[7: Voir leurs noms aux appendices.]

[8: Arrt du 25 dcembre 1803 et dcret du 29 juillet 1804.]

[9: Voir ces noms dans notre liste des Mameloucks,  l'appendice.

Il faut y ajouter ceux de Henry Dayet, marchal des logis chef, tienne
Erard et Jean Rocher, mais ils n'taient point orientaux.]

[10: Dcret du 21 mars 1815.]

[11: Bien qu'originaire de Hongrie, ce mamelouck n'en avait pas moins
fait partie de la compagnie de Janissaires forme en l'an VIII.]

[12: Voir ces noms  la liste alphabtique des Mameloucks.]

[13: _Napolon Ier et la Garde impriale_, texte par Eugne Five, des
Archives de la Guerre, dessins par Raffet. Paris, 1859.]

[14: Voir Frdric Masson, _Napolon chez lui_.]

[15: V. _Vieux papiers, vieilles maisons_, par Georges Lentre (4e
srie, 1910).]

[16: Voir les _Souvenirs de jeunesse_ de Francisque Sarcey. Cette maison
existe encore, au coin de la rue de la Poterie et de la route d'tampes,
et sert d'cole communale. Seule, l'entre a t modifie: la porte qui
donne sur la route d'tampes et l'avenue de tilleuls a t remplace par
une grille.

Nous devons ce renseignement  M. le docteur Gillard, l'rudit mdecin
de Suresnes. Il le tient de M. Denizet, son parent, qui habite Dourdan,
et qui a eu l'obligeance de faire lui-mme, dans le pays, une enqute 
ce sujet.]

[17: On trouvera, dans ce livre, les fac-simils de sa tombe et de sa
maison. Nous devons ces photographies  M. Marcel Houy, secrtaire de la
mairie de Dourdan, auquel nous en adressons nos remerciements.]

[18: Nous en devons la communication  MM. Lon Hennet et J.-B. Marleix,
les savants conservateurs des Archives Administratives du Ministre de
la Guerre, auxquels nous sommes heureux d'en exprimer ici notre bien
vive gratitude.]

[19: Le titre de ces _Souvenirs_ porte, dans le texte original: _La vie
prive de sier_ (sic) _R.-R., jusqu' 1814_. Le manuscrit est, pour la
plus grande partie, autographe. Nous signalerons les pages crites sous
la dicte de Roustam.]

[20: Son nom tait Boudchi-Vari; elle tait de Tiflis. (_Note du ms._)

Cette note est, ainsi que les suivantes du manuscrit, d'une autre main
que celle de Roustam.]

[21: Malek-Majeloun, gouverneur de Gandja, forteresse dpendant de la
Perse. (_Note du ms._)

Cette ville de Gandja, ou Ilisavetpol, appartient aujourd'hui  la
Russie.  170 kilomtres au sud-est de Tiflis.]

[22:  Choucha, forteresse, capitale de la province de Karabagh. (_Note
du ms._)

Choucha, qui fait partie du gouvernement d'Ilisavetpol, est situe sur
un affluent du fleuve Kour.]

[23: Alors elle tait  Choucha, dans la forteresse, pour sa sret.
(_Note du ms._)]

[24: L'Armnie. (_Note du ms._)]

[25: Ibrahim-Khan, gouverneur de Choucha (guerre entre l'Armnie et les
Persans). (_Note du ms._)]

[26: Artakan, qui allait contre Ibrahim-Khan. (_Note du ms._)]

[27:  sept ans. (_Note du ms._)]

[28:  trente lieues de Gandja, entre Tiflis et le Caucase (_Note du
ms._)

Il s'agit probablement de Ksarka, au nord de Tiflis, sur le fleuve
Kour.]

[29: Il m'a fait donner un verre de bire. (_Note du ms._)]

[30: Commissionnaire. (_Note du ms._)]

[31: J'tais rest une heure absent. (_Note du ms._)]

[32: Je tiens ces dtails de ma soeur. (_Note du ms._)]

[33: Mon pre adoptif, trompeur, me faisait donner le signalement de ma
mre. (_Note du ms._)]

[34: Giarra. (_Note du ms._)]

[35: Le Lesghistan, ou pays des Lesghis, peuple nomade du Caucase
oriental, trs rpandu dans le Daghestan.]

[36:  Giarra. (_Note du ms._)]

[37: Ville de la province de Trek (Russie mridionale), sur le Trek,
et  55 kilomtres de la mer Caspienne.]

[38: 1.800 francs. (_Note du ms._)]

[39: Quarantaine. (_Note du ms._)]

[40: Rachide, nom gyptien de Rosette.]

[41: Les Franais n'taient pas encore en gypte. (_Note du ms._)]

[42: Le voyage a dur deux mois. Cinq cents Mameloucks et leurs femmes
avec eux sur des chameaux. (_Note du ms._)]

[43: (Gizeh). Bataille des Pyramides. (_Note du ms._)]

[44: Parce que le Grand Caire tait occup par les Franais. Il avait
avec lui huit cents Mameloucks. (_Note du ms._)]

[45: Sheik El Bekri, chef du civil. Espion de Bonaparte, trs dvou.
C'tait pour cela qu'il avait des Mameloucks. (_Note du ms._)]

[46: Gteaux. (_Note du ms._)]

[47: Il tait avec ses Mameloucks dans le dsert. (_Note du ms._)]

[48: Je vis pour la premire fois Bonaparte quand il revint de
Saint-Jean d'Acre. El Bekri va au-devant de lui avec ses Mameloucks.
Tous les grands personnages avec nous. Cheval noir magnifique, tout
quip  la mamelouck. Effet de la premire vue: couvert de poussire,
haletant. Bottes  retroussis. Culottes blanches casimir. Habit de
gnral. Visage basan. Cheveux poudrs longs et la queue. Pas de
favoris. (_Note du ms._)]

[49: Je l'ai vu chez El Bekri. Je servais avec mes camarades: Potage.
Riz cuit dans du bouillon de poulet Porcelaine de Chine. Pour Bonaparte,
une timbale d'argent. On fit venir du vin de Chambertin. Les Turcs
boivent  mme la bouteille. Vu passer la bouteille, en disant: Fellah,
 vous! L'empereur et son tat-major accroupi  la mamelouck, sur un
double coussin. (_Note du ms._)]

[50: Eugne de Beauharnais. Roustam crit _Ugne_.]

[51: Elias Massad, lieutenant de la seconde compagnie des Syriens,
forme en l'an VIII par le gnral Bonaparte.]

[52: Hbert, plus tard concierge  Rambouillet, avec pension de 1.200
livres sur la cassette particulire, outre ses gages.]

[53: Je suis rest six jours avec lui. (_Note du ms._)]

[54: Il s'tait embarqu  Boulak. (_Note du ms._)]

[55: Fischer, matre d'htel contrleur, est pris d'un accs de folie
furieuse le jour du combat de Landshut (1809). Renvoy en France, il est
plac dans une maison de sant. Nanmoins, l'Empereur lui continue son
traitement de 12.000 francs pendant quatre ans, dans l'espoir qu'il
gurira. Il est alors mis  la retraite avec une pension de 6.000 francs
(V. Frdric Masson, _Napolon chez lui_.)]

[56: P. Amde-milien-Probe Jaubert (1779-1847), orientaliste, premier
secrtaire interprte de Bonaparte, en gypte, membre de l'Institut en
1830.]

[57: On avait dsign un homme pour conduire les chevaux  Alexandrie.
(_Note du ms._)]

[58: Ali, mamelouck ramen d'gypte par Bonaparte, et par lui donn 
Josphine. Laid, mchant, dangereux. On finit par l'envoyer 
Fontainebleau, comme garon d'appartement.

L'Empereur le remplaa par Louis-tienne Denis, n  Versailles. On
l'appela Ali. Il accompagna l'Empereur  l'le d'Elbe et  Sainte-Hlne
(V. Frdric Masson, _Napolon chez lui_.)]

[59: Il tait parti dans un autre canot que le mien; j'tais bien
inquiet. J'avais dix-sept ans et demi. (_Note du ms._)]

[60: Sur la frgate de Bonaparte, deux chvres pour le caf  la crme.
M. Fischer djeunait toujours avec une grande jatte. Je me fche.
L'Empereur m'entend. Il veut que je djeune avec du caf.

Une tempte sur les ctes barbaresques, en allant en Corse. L'Empereur
dnait gaiement avec Lavalette et plusieurs autres. Un coup de vent fait
renverser Lavalette, et l'Empereur de rire: Ses jambes sont si courtes!
Il boulotte! Une autre fois, il lisait devant sa lanterne de papier. Le
feu prend. Bonaparte arrache et jette  la mer. (_Note du ms._)]

[61:  Ajaccio. (_Note du ms._)]

[62: Grard-Christophe-Michel Duroc (1772-1813), futur Grand Marchal du
palais, tait alors chef de bataillon d'artillerie et aide de camp de
Bonaparte.]

[63: Mon poignard en jade. (_Note du ms._)]

[64: En voiture.--M. Hbert, valet de chambre, Danger, chef de cuisine.
(_Note du ms._)]

[65: Dans leur voiture. (_Note du ms._)]

[66: Elle allait s'tablir. (_Note du ms._)]

[67: Chefs de cuisine de Bonaparte. Le premier, qui faillit trouver la
mort dans cette aventure, fut retrait avec la place de garde des
bouches,  Fontainebleau (V. Frdric Masson, _Napolon chez lui_).]

[68: Caroline, Pauline taient en pension chez Mme Campan. Hortense,
fille de Josphine, pousa Louis. (_Note du ms._)]

[69:  son arrive  Paris, jalousie: un nomm Rible l'appelle
_esclave_. Fureur. Il se plaint: N'avais-tu pas ton poignard? Puis se
ravisant: ou, du moins, des coups de bton? Toi, esclave! Suis-je un
Bey ou un Pacha? (_Note du ms._)]

[70: Su, mdecin en chef de l'hpital de la Garde, tabli au
Gros-Caillou.]

[71: Il partait pour l'Italie, Marengo. (_Note du ms._)]

[72: Ce portrait, excut  la demande de Madame Campan, lui fut donn.
Voir la _Correspondance de Madame Campan avec la reine Hortense_.]

[73: Surveillante de l'infirmerie. (_Note du ms._)]

[74: Voir, aux pices justificatives ci-aprs, le dtail des effets
d'habillement dlivrs  chaque Mamelouck, aprs son admission au
Corps.]

[75: Boutet, directeur de la manufacture d'armes de Versailles.]

[76: Jean-Nol Lerebours (1762-1840), opticien, membre du bureau des
Longitudes en 1824.]

[77: Un des chefs de cuisine de l'Empereur.]

[78: Ancien grec. (_Note du ms._)]

[79: Il venait de Saint-Cloud. (_Note du ms._)]

[80:  minuit. Il logeait au chteau. (_Note du ms._)]

[81: J'tais charg de ses armes de guerre. (_Note du ms._)]

[82: M. Mneval. (_Note du ms._)]

[83: On a dit  tort que le portrait de Roustam se trouvait sur
l'aquarelle d'Isabey reprsentant l'Escalier du Louvre. Le Mamelouk
peint n'est pas Roustam.]

[84: Saint-Cloud. (_Note du ms._)]

[85: Mot italien signifiant filon, mine, argent.]

[86: M. Frdric Masson nous a communiqu, d'aprs le manuscrit des
comptes de la _Petite Cassette_, la note de ce que l'Empereur a donn 
Roustam, de nivse an XIII  janvier 1814:

An XIII. 1er nivse.--Achet pour Roustan 500 francs de rente sur le
Grand-Livre: 5.804 francs.

1806.--12 fvrier.--Pour le dner de noces de Roustan: 1.341 francs.

1810.--1er fvrier.--Gratification de cent louis (une anne de gages):
2,000 francs.

--31 dcembre.-- Roustan: 3.000 francs.

1811.--25 novembre.-- Roustan, gratification: 4.000 francs.

1813.--7 janvier.-- Roustan, mameluck, gratification: 6.000 francs.

1814.--2 janvier.--Gratification  Roustan: 6.000 francs.]

[87: Pierre Mrat, n  Versailles le 29 juillet 1776, entr au service
en 1793. Marchal des logis chef, puis lieutenant en second,
porte-tendard de la compagnie des Mameloucks. Lgionnaire.]

[88: Le baron Delaitre, chef d'escadrons, commandant la compagnie de
Mameloucks en 1807.]

[89: Joseph-Barthlemy Clair, baron de Bongars (1762-1833), colonel en
1812, tait lieutenant de la vnerie en 1805, sous les ordres de Murat,
Grand Veneur.]

[90: Sans doute possible, il s'agit de M. de Tournon, chambellan et
officier d'ordonnance de l'Empereur, membre de la Lgion d'honneur le 14
fvrier 1807.]

[91: Ce jour, pendant que l'Empereur consultait sa carte avec Mirza,
mamelouck de Bessires, je m'loigne pour manger de l'oseille sauvage,
un boulet ricoche et manque me tuer. (_Note du ms._)

On trouvera deux Mirza, dans la liste gnrale des Mameloucks, publie
dans nos Appendices: l'un, Mirza, dit le grand, tait mort depuis 1805,
et l'autre, Daniel Mirza, dit le petit, ancien Janissaire, brigadier en
1805, dcor en 1806, marchal des logis en 1807, tait lieutenant
depuis 1811. Mais peut-tre fut-il officier d'ordonnance de Bessires.]

[92: Armand-Augustin-Louis, marquis de Caulaincourt, duc de Vicence
(1772-1827), gnral de division depuis 1805, Grand cuyer de
l'Empereur.]

[93: Aprs Wagram. (_Note du ms._)]

[94: Il finirait par y trouver une mine. (_Note du ms._)]

[95: Il s'agit videmment du gnral Guyot; mais l'anecdote est en
contradiction avec ses tats de services qui sont des plus brillants.
Claude-tienne Guyot (1768-1837) fut cr comte en 1813.]

[96: Bizouard, caissier de recettes  la Banque de France.]

[97: Le docteur Lanefranque devint mdecin par quartier de l'Empereur.]

[98:  partir de cet endroit, l'criture n'est plus de la main de
Roustam.]

[99: On sait que le comte de Lavalette tait directeur gnral des
postes depuis 1802.]

[100: Claude-Franois, baron de Mneval (1778-1850), secrtaire de
l'Empereur.]

[101: Il tait intress et trichait; enfin, on disait de lui: Il
jouerait des haricots qu'il tricherait encore! (_Note du ms._)]

[102: Voil ce que j'ai su depuis. (_Note du ms._)]

[103: Le baron de la Bouillerie, trsorier gnral de la Couronne.]

[104: Le baron Dubois, chirurgien-accoucheur de l'Impratrice.]

[105: La comtesse de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France.]

[106: Le Grand Matre des Crmonies tait le comte Louis-Philippe de
Sgur (1753-1830), auteur des clbres _Mmoires_, snateur en 1813.]

[107: Deux journes avant Smorgoni-Molodetchno. Adieux de l'Empereur 
l'arme.--C'est l que fut rdig secrtement le 29e et dernier bulletin
de la Grande-Arme. (_Note du ms._)]

[108: M. Frdric Masson nous communique une rectification de ce
passage, d'aprs le _Livret de la petite cassette_, tenu par Mneval:

5 dcembre,  Smorgoni,  Constant, pour le ncessaire de Sa Majest,
14.000.

Donc, c'est  Constant, et non  Roustam, que l'argent fut remis. Il n'y
a pas eu de confusion de noms, car, en suite de la note de Mneval, se
trouve l'arrt de compte authentique, de la main de l'Empereur, dat du
5 dcembre et paraph avec soin.]

[109: Des Polonais et ensuite des Napolitains de la Garde Royale. (_Note
du ms._)]

[110:  Comprano, d'autres disent Osmiania. (_Note du ms._)]

[111: Miedniki. Il envoie Maret au-devant de Murat pour lui dire que
Vilna tait approvisionn. Ici s'arrte la relation de Sgur concernant
Napolon, qu'il fait arriver  Paris sans transition. (_Note du ms._)]

[112: Le baron de Saint-Aignan, cuyer de l'Empereur, ministre
plnipotentiaire prs les Maisons ducales de Saxe.]

[113: Il arriva soudainement  Paris le 19 dcembre, deux jours aprs la
publication,  Paris, de son vingt-neuvime bulletin. (_Note du ms._)]

[114: Grard Lacue, colonel du 19e de ligne, tu  Gunzbourg, le 5
octobre 1805. Il tait neveu de Jean-Grard Lacue, le gnral de
division, membre de l'Institut.]

[115: C'est  dire admis au corps des Mameloucks, en 1810.]

[116: C'est--dire admis aux rfugis de Marseille en 1813.]

[117: Il faut lire: N en 1774,  Jaffa (Syrie). Entr au service le
1er messidor an VIII, poque de l'organisation en gypte, des compagnies
de Janissaires. Admis au nombre des rfugis de Marseille en l'an XII.]

[118: C'est--dire porte-tendard. On sait que, dans le drapeau des
Mameloucks, figurait une queue de cheval.]

[119: Choucha (?).]

[120: Choucha (?).]

[121: Tiflis (Gorgie?).]

[122: D'aprs une lettre de Sraphin Baddon (_sic_), son fils, cet
officier aurait reu de nombreuses blessures dans ses campagnes et fait
partie du bataillon qui suivit l'Empereur  l'le d'Elbe.]

[123: Ces tats de services ont t fournis par Hamaouy lui-mme, sous
la Restauration, poque o il multipliait ses dmarches pour tre nomm
membre de la Lgion d'honneur, ce que, du reste, il ne put obtenir. Il
affirmait avoir rendu des services signals aux Franais en gypte comme
grand Douanier du Caire et avanc de fortes sommes  sa compagnie,
lors de son retour en France, mais son dossier ne contient pas les
preuves de ses allgations.]

[124: Nom orthographi ailleurs Joanny Janien.]

[125: Nom orthographi ailleurs Kaonain.]

[126: Siout (?).]

[127: Choucha (?).]

[128: Nom orthographi ailleurs _Seimen_.]







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Napolon Ier, by Raza Roustam

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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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