Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3229, 14 Janvier 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3229, 14 Janvier 1905

Author: Various

Release Date: July 3, 2010 [EBook #33069]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3229 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque







[Illustration: LA REVUE COMIQUE par Henriot.]

L'ILLUSTRATION, 14 Janvier 1905, 63e anne--N 3229.




[Illustration: M. Debrie, expert. M. Boucard. Mme Syveton Agent figurant
le cadavre. M. Priss, expert.

COMMENT EST MORT M. GABRIEL SYVETON?

La position dans laquelle a t retrouv le corps, reconstitue avec
l'aide de Mme Syveton, devant M. Boucard, juge d'instruction, et les
experts.

D'aprs une photographie officielle de M. Bertillon et un croquis d'un
assistant.]

AVIS AUX ACTIONNAIRES de l'Illustration

MM. les Actionnaires de la Socit du Journal l'ILLUSTRATION sont
convoqus en Assembles gnrales ordinaire et extraordinaire pour le
mardi 31 janvier courant, au sige social, 03, rue Saint-Georges, Paris,
 deux heures.

ORDRE DU JOUR DE L'ASSEMBLEE ORDINAIRE:

Examen et approbation, s'il y a lieu, du bilan et des comptes de
l'exercice 1904--Rpartition des bnfices.--Fixation du
dividende.--Renouvellement du conseil de surveillance.

--Fixation du prix auquel le grant pourra procder au rachat d'actions
de la Socit en 1905.--Quitus  donner  la succession de feu M.
Depaepe des comptes de sa grance.

--Tirage au sort des obligations  rembourser en 1905 et remboursement
par anticipation de la totalit des obligations 4% 1902.

ORDRE DU JOUR DE L'ASSEMBLE EXTRAORDINAIRE:

Nomination du grant.--Dtermination de ses pouvoirs--Fixation de son
traitement et des avantages  lui accorder et notamment modification de
l'article 25 des statuts.--Modifications statutaires qui seront la
consquence des dcisions prises.--Modification de l'article 27 des
statuts.

--Et gnralement statuer, s'il y a lieu, sur toutes mesures  prendre
dans l'intrt social.

Pour assister  cette Runion, MM. les Actionnaires propritaires de
titres au porteur doivent en faire le dpt, avant le 26 du courant, 
la Caisse de la Socit. Il leur sera remis en change un rcpiss
servant de carte d'entre.

____________________________________________________________________


COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

L'anne s'est ouverte sur une hcatombe dont quelques personnes, amies
des btes, se montrent justement affectes. A propos d'une mystrieuse
affaire o il semble que la politique tienne tout de mme un peu plus de
place qu'il ne faudrait, MM. les experts ont prouv le besoin de
chercher dans l'extermination d'un grand nombre de chiens l'explication
de la mort d'un homme; et la Socit protectrice des animaux se fche;
elle estime que tant de meurtres taient inutiles  la dmonstration
qu'on veut faire. Elle n'et point protest, sans doute, s'il ne se ft
agi que de cobayes ou de lapins. Le cobaye et le lapin ne sont point
considrs comme animaux amis de l'homme, et ce n'est qu' cette
catgorie de bles que la Socit protectrice accorde, comme on sait, sa
protection. Je ne comprends pas le motif d'une si trange ingalit de
traitement, et je me demande si c'est tre vraiment juste et charitable
que de ne l'tre qu'avec ses amis.

Ceci me rappelle un petit tableau qui me frappa, la premire fois que je
revins  Paris, il y a deux ans. Un cheval tait arrt, faubourg
Montmartre, au seuil de la dure monte de la rue des Martyrs. L'homme
qui le gardait portait un brassard o s'inscrivaient des initiales dont
je demandai la signification  l'ami qui m'accompagnait. Mon ami
m'expliqua que cet homme tait un agent de la Socit protectrice des
animaux et que sa mission consistait  prter renfort, de temps  autre,
aux attelages trop chargs et  allger pour les pauvres chevaux la
fatigue de cette monte. Je regardai le cheval. En attendant le moment
de secourir ses frres, il rvait au bord du trottoir, le nez tourn
vers une blanche tte de veau qui semblait sommeiller, avec deux petits
bouquets d'herbes dans les narines,  l'talage d'une boucherie. Tout
autour s'alignaient, blancs et roses, des morceaux de btes dcapites,
corches, dpeces. Et ce cheval songeait peut-tre: Etranges faons
de nous aimer! On nous tue, on nous dcoupe, on nous mange; mais on ne
veut pas que nous nous fatiguions; le coup de couteau, oui... le coup de
fouet, non... Pourquoi?

La bont de l'homme est, en effet, pleine de lacunes qui chappent au
raisonnement des btes.

... Soire _at home_. Quelques amis d'il y a deux ans sont venus me
rejoindre dans le coin d'htel o j'aime  me reposer, la journe finie,
du tapage de la rue. C'est mon cousin Franz Bnaly, dont la tendresse
inquita nagure ma sauvagerie et qui consent  ne plus me faire la
cour; c'est Bonnafousse (extrme-gauche du Conseil municipal), plus
farouchement verbeux que jamais; c'est le dput Delbon, dont je gote
la belle tenue et les sages raisonnements. On parle des rcentes
distributions de rubans rouges; on cite des noms que je ne connais pas;
et Bonnafousse est plein de verve. Il s'crie:

--Une croix m'a beaucoup amus: c'est celle de Pauvert de la Chapelle.
Vous ne connaissez pas, madame, M. Pauvert de la Chapelle?

--Du tout.

--C'est un vieillard qui habite une petite ville d'Italie--Sienne, je
crois--et qui vit l en ermite. Il collectionne des mdailles anciennes
d'un grand prix et il se montre si difficile, si raffin dans ses choix
qu'en un demi-sicle il n'en a trouv que cent soixante-sept qui fussent
dignes de figurer dans sa collection.

--Et c'est pour rcompenser sa patience qu'on le dcore?

--Non pas; c'est pour rcompenser sa gnrosit, car il a fait don de
ces mdailles  l'Etat. Son intention tait de les lui lguer. Mais il a
eu peur de ne pas mourir assez vite, et c'est de ce scrupule que le
gouvernement le remercie en lui donnant le ruban rouge. Je trouve cela
trs comique. On semble vouloir ddommager ce collectionneur vnrable
du sacrifice qu'il s'imposa en renonant de son vivant  la jouissance
du joli trsor qu'il avait form. Mais pensez-vous que ce soit l un
sacrifice et ne vous semble-t-il pas, au contraire, que la privation 
laquelle consentit ce spirituel vieillard est d'avance compense par le
spectacle de la joie qu'il nous procure et par un certain orgueil de
faire de l'Etat--lui vivant--son oblig? Un mort ne jouit pas du plaisir
de faire plaisir, et c'est probablement ce que s'est dit M. Pauvert, de
la Chapelle. Il a pens au sourire de gratitude dont un ministre
honorerait son excuteur testamentaire, le jour o lui seraient
notifies par celui-ci ses volonts dernires: et il a t jaloux, il a
voulu pour lui ce sourire-l, tout de suite... Il l'a eu. Et on lui
donne la croix par-dessus le march. C'est un malin.

Le dput Delbon rpondit:

--Bonnafousse, vous tes svre et je ne partage pas votre avis. Je
trouve mme que la croix de M. Pauvert de la Chapelle fut mieux que la
reconnaissance d'une action gnreuse: elle est la rcompense d'un geste
de courage. En voulez-vous la preuve? Observez autour de vous les gens
gs que le hasard a faits riches. Il n'y en a pas beaucoup qui osent
faire un testament,--s'attarder  l'ide de leur propre fin, parler de
choses qui se passeront _aprs eux_ et dont leur mort est la condition
ncessaire... Il n'y a pas beaucoup d'hommes qui osent cela; et il y en
a moins encore qui, devanant l'heure o ils auront disparu du monde,
aient le courage de se donner  eux-mmes, en se sparant des choses qui
composaient le dcor familier, la parure, ou la raison d'tre de leur
vie, la _vision_ de cette fin-l. Un vieillard qui n'a vcu que pour
collectionner des mdailles, et qui les donne, a certainement la
sensation,--en se regardant le lendemain matin dans sa glace--de faire
la barbe  quelqu'un qui n'est plus vivant tout  fait. Et la preuve
qu'il faut un peu de courage pour faire cela, Bonnafousse, et froidement
se traiter soi-mme en personne dfunte, c'est que, de tous les
millionnaires que nous connaissons, vous et moi, il n'y en a pas un qui
s'y soit encore dcid...

Des lumires, des fleurs, une cohue de fourrures et de chapeaux
fleuris... c'est le premier Salon de 1905, inaugur ces jours-ci:
l'Exposition des Femmes artistes, o Natenska m'a trane, malgr le
mauvais temps. Rien que des visages de femmes, dans le plus affolant des
vacarmes; elles parlent toutes  la fois, et cela fait comme un brouhaha
d'usine en marche. Impossible d'arriver jusqu'aux tableaux; j'ai la
migraine; Natenska me dit: Je parie que tu voudrais bien t'en
aller?--Je t'en supplie...--A ton aise; et je vais te faire prendre un
bain de repos... Il y a de tout,  Paris.

Elle a hl un fiacre, en riant: Saint-Etienne du Mont!

... Dans un coin de la place Sainte-Genevive, la petite glise rige,
sous le brouillard, sa faade de pierres noircies. Il tombe une pluie
fine et c'est, autour du monument, une agitation silencieuse d'hommes et
de femmes--de femmes surtout--qui vont et viennent, de fiacres,
d'automobiles dont les grosses roues filent sans bruit sur le sable
mouill. La neuvaine de sainte Genevive est la premire fte de
l'anne, et, depuis une semaine, les Parisiens et les Parisiennes dont
les mes sont demeures fidles au got de la prire ont repris le
chemin de Saint-Etienne du Mont, viennent couter l des sermons,
murmurer des cantiques et brler de petits cierges autour de la
spulture dore de la patronne de Paris. Cela se fait d'une faon trs
discrte, et l'on dirait une fte de famille  laquelle le reste du
quartier demeure tout  fait indiffrent. L'glise est pleine de gens
qui prient, qui mditent ou qui, simplement, regardent. Je frle au
passage des chapeaux de bourgeois et des casquettes, des fourrures et
des chles uss. Devant plusieurs chapelles, des femmes sont
agenouilles; des ouvriers flnent autour des piliers, considrent d'un
oeil curieux les longues bannires bleues suspendues de chaque ct du
choeur et, plus loin, un petit tendard blanc, sem de fleurs d'or
pass,--l'tendard de la sainte. L'orgue joue en sourdine en attendant
que le sermon commence, et les plerins continuent de se suivre,
d'affluer sans bruit vers le coin d'glise o flamboie l'or de la
spulture entr'ouverte. Sous la profusion des petits cierges qu'un
bedeau  long tablier bleu redresse, ou rallume, ou remplace sans cesse
d'un geste affair, le sarcophage apparat comme hriss de baguettes de
feu; et, devant l'ouverture pratique  l'une de ses extrmits, un
prtre se tient debout, reoit les menus objets que cent mains lui
tendent--une mdaille, une petite image, un lambeau d'toffe plie--fait
au-dessus de chaque objet le signe de la croix, puis, par l'orifice
bant, lui fait toucher la place o repose la sainte dpouille. Parfois
la femme qui vient de recevoir des mains du prtre le petit objet
sanctifi s'agenouille: il soulve au-dessus d'elle le pan droit de son
tole et la bnit.

J'ai regagn la rue. Devant l'glise s'alignent trente baraques en bois:
la foire aux chapelets. Et c'est comme un chapelet aussi que forme,
allong sur la chausse boueuse, le cordon des menues boutiques, toutes
pareilles, serres les unes contre les autres, sous l'averse froide. Des
voix douces m'interpellent: Une image de sainte Genevive, madame?...
Un joli chapelet?... Des cartes postales?... Une petite vieille, trop
pauvre pour tre locataire d'une baraque, a rassembl sur un pliant
quelques objets de pit qu'elle protge de son parapluie: Un chapelet,
madame? La place est vide; autour des boutiques, il n'y a pas dix
passants. Suis-je  Paris ou  Bruges? Je ne sais plus. Singulire
ville...

Sonia.


_LES FAITS DE LA SEMAINE_

FRANCE

4 janvier.--Escale,  Brest, du croiseur-cuirass _Essex_ conduisant en
Egypte le duc de Connaught, frre du roi d'Angleterre et gnralissime
de l'arme britannique, accompagn de la duchesse et de ses deux filles.
Salu par les autorits, le duc va rendre les visites officielles  la
prfecture maritime et  la sous-prfecture; le soir, il offre un dner
 bord de l'_Essex_. Ses sympathies pour la France s'expriment en outre
dans un tlgramme adress au chef de l'Etat.

8.--A Ville-d'Avray, crmonie annuelle commmorative de l'anniversaire
de la mort de Gambetta, sous la prsidence du ministre de la guerre,
assist de M. Trouillot, ministre du commerce. Discours de M. Berteaux,
faisant appel au loyalisme des chefs de l'arme.--Dans le deuxime
arrondissement de Paris, scrutin pour l'lection d'un dput en
remplacement de M. Gabriel Syveton, dcd. L'amiral Bienaim, rcemment
dmissionnaire, candidat du parti nationaliste, lu par 6.437 voix
contre M. Bellan, syndic du Conseil municipal, rpublicain ministriel,
qui obtient 5.165 voix.

[Illustration: Le vice-amiral Bienaim, dput du IIe arrondissement de
Paris.--_Phot. E. Pirou_.]

9.--La commission internationale d'enqute sur l'incident de Hull tient
sa premire sance plnire. Sur la proposition de l'amiral Spaun, la
prsidence de la commission est attribue  l'amiral Fournier.

10.--Rentre des Chambres pour l'ouverture de la session ordinaire de
1905. M. Paul Doumer est lu prsident contre M. Brisson.

TRANGER

31 dcembre.--Signature de la convention d'arbitrage entre les
Etats-Unis et l'Espagne.

1er janvier.--Combat au Maroc, prs de la frontire algrienne, entre
des cavaliers du prtendant et des troupes du Makhzen.

3.--Modification essentielle des partis en Hongrie: le parti Apponyi et
la fraction Ugron fusionnent avec le parti de l'indpendance, dont le
chef est Franois Kossuth, et acceptent son programme dirig contre le
compromis de 1867 et rclamant une union strictement personnelle
(c'est--dire uniquement fonde sur la personne de l'empereur-roi) avec
l'Autriche. Le parti de l'Indpendance compte ainsi 116 dputs.--La
rponse du sultan du Maroc  la lettre du ministre de France arrive 
Tanger; elle confirme les assurances de bonne volont dj donnes
verbalement par Abd el Aziz  notre consul  Fez; le sultan dclare
qu'il n'a jamais pens  se priver des services de la mission militaire
franaise et il prie notre ministre de se rendre auprs de lui, 
Fez.--La garnison marocaine d'Oudjda, ayant attaqu les troupes du
prtendant, est battue par celles-ci, aides du contingent de Bou Amama;
ses pertes sont srieuses.

4.--L'empereur-roi lit aux dputs hongrois le discours du trne,
renvoyant la Chambre et fixant les lections du 25 janvier au 5
fvrier.--Dcret royal de dissolution de la Chambre grecque, fixant les
lections au 5 mars.--En Roumanie, le cabinet vieux-conservateur Georges
Cantacuzne remplace le cabinet libral Demtre Stourdza.

5.--Publication de la lettre du prince Troubetzko, prsident du zemstvo
de Moscou, au ministre de l'intrieur; le prince y demande que le tsar,
en face de la rvolution qui menace, ait confiance en la nation et dans
ses corps constitus.--Dcret royal de dissolution de la Chambre
roumaine, fixant les lections aux 1er et 11 fvrier.


LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Nous avons annonc, la semaine dernire, la capitulation de Port-Arthur,
signe dans la soire du 2 janvier. Depuis la premire attaque dirige
contre la place, la bataille de trois jours de Kin-Tchou (26 mai), sept
mois s'taient couls, sept mois d'attaques sans cesse renouveles et
de bombardement continu. Toutes les nations, et jusqu'au souverain du
Japon lui-mme, ont rendu hommage  l'hrosme de Stoessel, de ses
officiers, de ses hommes.

[Illustration (paire):

L'amiral Doubassov (Russe).--_Phot. Levitsky_.

L'amiral baron de Spaun (Autrichien).--_Phot. Grillich._

LES DEUX NOUVEAUX MEMBRES DE LA COMMISSION d'ENQUTE SUR L'INCIDENT
ANGLO-RUSSE DE HULL]

L'arme assige comptait, au dbut, 35.000 hommes; 11.000 furent tus,
16.000 taient malades ou blesss; ne restaient plus dans les forts que
8.000 hommes, dont 2.000 environ n'taient pas en tat de combattre.
Pendant le sige, 265% des hommes furent mis hors de combat: ce chiffre
extraordinaire s'explique par ce fait que de nombreux soldats blesss
successivement plusieurs fois (jusqu' 7 fois) retournrent se battre
aprs chaque gurison. Sur 10 gnraux, 2 furent tus, 1 mourut, 2
furent blesss, 1 fut contusionn. Sur 9 commandants de rgiments, 2
furent tus, 2 moururent de blessures, 4 furent blesss. Sur 8
commandants de batteries, 1 fut tu, 5 furent blesss.

D'aprs le texte de la capitulation, toute la garnison tait
prisonnire. Les officiers pouvaient garder leurs pes; il leur tait
permis de rentrer en Russie, contre leur parole de ne plus servir
jusqu' la fin des hostilits; le tsar, par tlgramme, les a autoriss
 donner cette parole. Tous les forts, batteries, navires, matriel,
etc., devaient tre remis dans l'tat aux Japonais. Cette convention a
t immdiatement excute. Ds le 3,  midi, les Russes vacuaient les
forts de Itz-Chan, Antz-Chan, Kaiyang-Kow. Le 4, au matin, commenait
le transfert du matriel. Le 5, commenait la pnible opration du
dsarmement; elle a eu lieu dans le village de Yakoutsoui, prs du
rivage de la baie du Pigeon. Les prisonniers de guerre taient ensuite
dirigs sur Dalny, d'o ils partiront pour le Japon. Le mme jour, le 5,
un premier dtachement japonais entrait dans la ville pour maintenir
l'ordre. L'entre officielle des vainqueurs a t fixe au 8. Sur 878
officiers, 441, jusqu' prsent, ont donn la parole demande par le
gnral Nogi et retourneront en Russie; le gnral Stoessel est parmi
ces derniers.

La deuxime escadre du Pacifique est arrive,--aprs avoir contourn le
cap de Bonne-Esprance et, par le sud, Madagascar,--sur la cte nord-est
de la grande le; les cuirasss de l'amiral Rodjestvensky jetaient
l'ancre, le 2,  Sainte-Marie de Madagascar; le 3, les navires de
l'amiral Falkersam mouillaient dans la baie de Passandeva; le point de
concentration serait dcidment la rade de Diego-Suarez.

--Les prparatifs de la 3 escadre sont pousss avec vigueur,  Libau.

Une escadre japonaise continue  croiser dans les environs de Singapour;
4 croiseurs ont t vus sur le littoral oriental de Sumatra; le 6, un
croiseur a reconnu l'entre du port de Manille.


M. VADECARD

[Illustration: M. Vadcard.--_Phot. Marius._]

M. Vadcard, dont le nom vient d'acqurir,  la suite d'incidents
retentissants, une notorit quasi universelle, est, nul ne l'ignore
aujourd'hui, le secrtaire gnral du Grand-Orient de France.
L'importance soudainement rvle de son rle dans l'affaire dsormais
historique dite des fiches l'ayant mis au premier plan de l'actualit,
sa personne ne pouvait rester  l'abri de la curiosit des profanes,
derrire les murailles du Temple o il exerce ses fonctions avec une
activit discrte. De ce jour, la publication de sa biographie
s'imposait. Dj la presse quotidienne l'a rpandue  des milliers
d'exemplaires; bornons-nous donc  en rsumer les points exacts.

Fils de travailleurs de modeste condition, M. Vadcard est n dans la
Seine-Infrieure. Des bancs de l'cole primaire, il passa au pupitre
d'une tude de notaire, puis, appel sous les drapeaux, fit son service
comme artilleur;  sa sortie du rgiment, il obtint un emploi 
l'administration centrale du Grand-Orient, devint sous-chef du
sous-secrtariat et enfin secrtaire gnral. Ce titre, ses qualits
d'ancien administrateur de la caisse des coles du quatorzime
arrondissement de Paris, sa collaboration  divers journaux et revues
d'un rpublicanisme plutt fonc lui valaient le ruban rouge, au mois de
janvier de l'an dernier.

Mais rien ne saurait mieux complter cette notice sommaire que la
physionomie mme du personnage, et, s'il est un soin qui tout
particulirement incombe  un grand priodique illustr, c'est de la
faire connatre au public. Nous donnons donc son portrait, document rare
et presque indit, jusqu' prsent, d'aprs une photographie rcente,
ressemblance garantie. Cette fidle image d'un des plus fervents
zlateurs d'un genre d'apostolat qu'il ne nous appartient pas
d'apprcier ici nous montre un homme encore jeune (trente-huit ans), un
visage d'apparence bnigne au premier abord, mais o les traits
caractristiques,  les observer de prs, annoncent un esprit rflchi,
mthodique et ferme en ses desseins.

Loin de renier son humble origine, M. Vadcard s'honore d'tre un enfant
du peuple; il se flatte de devoir surtout  son labeur la haute
situation qu'il occupe aujourd'hui dans la puissante association
maonnique de la rue Cadet. Certes, sa place n'est point une sincure, 
n'en juger que par l'organisation du fameux systme de fiches dont il
fut la cheville ouvrire. A ce sujet, d'ailleurs, le secrtaire gnral
du Grand-Orient, soucieux de dpartir les responsabilits, dclare en
propres termes que, si, depuis fvrier 1901, il a contribu  fournir
au ministre de la guerre les moyens de contrler les sentiments et les
tendances politiques des officiers de l'arme franaise, c'est sur la
demande expresse du ministre, au vu et au su de son entourage immdiat.


[Illustrations (4): Mme Barnay, M. Sylvain Priss, ingnieur, M. le Dr
Pouchet, M. Girard.]

[Illustration: La dernire lettre crite par M. Gabriel Syveton  son
pre, quatre jours avant sa mort.]

[Illustration: LA CHEMINEE A GAZ DU CABINET DE TRAVAIL DE M. SYVETON.

_La tache noire que l'on aperoit au milieu du manteau blanc de la
chemine est un dbris des scells de justice qui fermaient le tablier
et qui ont t briss pour les expertises judiciaires._]

[Illustration: LE CABINET DE TRAVAIL DE M. SYVETON

Photographie officielle prise par M. Bertillon aprs la mise en place
devant la chemine d'un agent de la sret figurant le cadavre.]


[Illustration: Casbah de Sadia. Village des Bocoyas. Phare
Panorama de Port-Say et de la plaine des Oulad-Mansours.]

Le prtendant Moulay-Mohammed, celui que les Merarbas appellent le Rogui
(le Rvolt), aprs une assez longue priode d'inaction, est rentr en
scne  la frontire algro-marocaine. Le 31 dcembre dernier, il avait
envoy 500 cavaliers attaquer la casbah de Sadia, situe  l'embouchure
de l'oued Kiss, qui forme en cet endroit prs du rivage mditerranen la
frontire entre l'Algrie et le Maroc.

Il fut d'abord repouss avec de grandes pertes par le pacha El Hadj
Allai, commandant militaire de la casbah. Mais, quelques jours aprs,
grce aux cavaliers de Rou Amama, il fut vainqueur de la mahalla
d'Oudjda et prit sa revanche sur les troupes du pacha, qu'il battit
compltement dans la plaine des Triffas.

Les dpches, qui nous apportaient ces nouvelles de Port-Say, ajoutaient
que les Marocains, dmoraliss, franchissaient l'oued Kiss et
s'tablissaient sur le territoire algrien.

En prsence de ces vnements le gnral Servires, chef du 19e corps,
ordonna au capitaine Quoniam commandant les zouaves d'Adjeroud de
dplacer son camp et de prendre position  l'entre de Port-Say, pour
protger la petite colonie.

Port-Say est situ, en effet,  1.200 mtres environ de la casbah de
Sadia, d'o l'on aperoit les petites maisons blanches et les tuiles
rouges de la ville naissante.

Fonde, il y a cinq ans, par M. Louis Say, lieutenant de vaisseau de
rserve,  l'extrmit orientale de la plaine des Oulad-Mansours et de
la plage du Kiss; situe  l'embouchure d'un oued, route naturelle en
Algrie qui, par le cirque d'Adjeroud, la met en communication avec la
plaine des Triffas et la grande plaine des Angads o se trouvent Marnia
et Oudjda, la nouvelle ville est le dbouch de tous les produits
agricoles de la rgion.

L'nergie de M. Louis Say et l'activit intelligente de ses
collaborateurs, dont l'un des principaux est M. Bourmanc, facilitent
aux ngociants les transactions commerciales.

Un port est en construction et un abri temporaire permet  de petits
bateaux plats, en usage aussi  Tanger et appels gondoles, les
embarquements d'orge, de bestiaux, ou les dbarquements de matriaux et
d'approvisionnements, destins au camp des zouaves et au bordj des
spahis.

[Illustration: Port-Say, vu de la plage du Kiss.]

[Illustration: Dbarquement d'orge  l'abri de la premire jete de
Port-Say.]

Le pacha El Hadj Allai lui mme a souvent recours aux marins bocoyas de
M. Say. Rcemment les Bocoyas, des Riffains tablis  Port-Say,
oprrent le dbarquement de plusieurs milliers de quintaux d'orge
achets en Algrie pour ravitailler la casbah et les silos de la plaine
des Oulad-Mansours, dvasts par la guerre actuelle.

Non seulement les Marocains viennent  Port-Say pour changer leurs
produits, mais encore, lorsqu'ils sont malades, ils y trouvent les soins
et les remdes ncessaires. Il existe mme  Port-Say une cole o les
petits Marocains apprennent le franais.

Enfin,  l'entre de la grande avenue, dite de Marnia, s'lve une
construction lgante de style barbaresque: c'est le Colonial Club o
chaque soir, aprs le dur labeur de la journe, M. Say se runit avec
ses collaborateurs.

Tout cela est bien de la vraie pntration pacifique et l'on voit que
nos colons algriens, comme nos diplomates, ne restent pas inactifs dans
l'accomplissement de la mission dvolue  la France.

A. Gautheron


[Illustration (paire): Le cirque d'Adjeroud: carrefour-frontire des
sentiers de mulet allant,  droite, vers le Maroc,  gauche, vers
l'Algrie.

A Port-Say: le Colonial Club o se runissent les collaborateurs de M.
Say.

SUR LA FRONTIRE ALGRO-MAROCAINE]


VLADIVOSTOK

[Illustration: Le port et la ville de Vladivostok: au centre, le
croiseur "Rossia", remis en tat; au premier plan, groupe d'officiers et
de fonctionnaires.--_Phot. Marcerou-Schreter et Cie._]

Les Japonais ont souvent annonc qu'aussitt aprs la chute de
Port-Arthur ils dirigeraient leurs efforts contre Vladivostok.

La prise de Port-Arthur leur a cot huit mois d'efforts et 90.000
hommes de pertes: la prise de Vladivostok serait encore plus difficile.

Cette forteresse, en effet, est dans une situation naturelle bien plus
avantageuse que Port-Arthur et son organisation dfensive est galement
plus solide.

Elle est situe  l'extrmit d'une presqu'le rectangulaire de 30
kilomtres de long sur 10 de large, qui s'avance entre le golfe de
l'Oussouri et celui de l'Amour. Ce dernier, large d'environ 12
kilomtres, est entirement battu par le feu des forts; en outre il est
sem de petites les, de rochers  fleur d'eau ou d'cueils cachs, qui
y rendent la navigation extrmement prilleuse: l'accident du _Bogatyr_
l'a assez prouv.

La rade est protge, sur le front de mer, par une grande le montueuse
aux formes tourmentes, l'le Russe (Rouski) qui cre en avant d'elle
deux goulets, le Bosphore oriental et le Bosphore occidental ou dtroit
de l'Ouest. Cette le tait dj au dbut des hostilits couverte de
fortifications, innombrables aujourd'hui.

Le port se trouve, enfin, au fond d'une rade merveilleuse, la Corne
d'Or, de 6 kilomtres de longueur, assez profonde pour tre accessible
tout entire et  toute mare aux plus grands navires, assez grande pour
pouvoir donner l'hospitalit  toutes les flottes du monde runies. La
Corne d'Or est protge des vents de tous cts par les sept collines
qui l'entourent, hauteurs couvertes, elles aussi, de forts permanents et
de travaux multiples. On peut donc dire que, du ct de la mer,
Vladivostok est inabordable.

A ct de ces avantages considrables, ce grand port souffre d'un grave
dfaut: plus loign que Port-Arthur des courants chauds bienfaisants,
il voit tout le long des ctes la mer se geler pendant environ trois
mois par an, gnralement de la mi-dcembre  la mi-mars. La Corne d'Or,
elle, n'est prise, en moyenne, que pendant une quinzaine de jours.

La glace n'est d'ailleurs pas un obstacle absolu: les Russes au moyen de
deux puissants brise-glace, dont le principal est le _Bakal_ de 4.000
tonneaux, ont toujours pu assurer, en plein hiver, les actives
transactions commerciales du port, en ouvrant un chenal aux navires;
mais il ne faut pas se dissimuler que ce mode de passage n'est pas trs
favorable aux volutions d'une escadre battue ou poursuivie. C'est pour
cette raison que l'escadre de la Baltique n'a aucun intrt, ft-elle
mme suffisamment renforce,  tenter la lutte contre la flotte
japonaise avant l'poque du dgel. Du ct de la terre, la situation de
Vladivostok est galement fort avantageuse: la pninsule est couverte de
montagnes de 200  500 mtres d'altitude, solidement fortifies, offrant
toute une srie de dfenses successives qui rappellent celles du Kouang
Toung, avec cette diffrence qu'elles sont appuyes sur des ouvrages de
fortification permanente construits  loisir, au lieu des ouvrages
improviss des avant-lignes de Port-Arthur, dont l'enlvement a
cependant demand aux Japonais trois mois de lutte sanglante. S.-F.

[Illustration: Carte de Vladivostok et de ses abords, dresse d'aprs
les documents les plus rcents. LA DERNIRE BASE NAVALE DES RUSSES EN
EXTRME-ORIENT]


[Illustration (2 pages): LA FIN DE LA RSISTANCE DE PORT-ARTHUR

Le gnral Stoessel visite dans les dfenses avances les survivants de
cinq jours et cinq nuits de combat.]

_Grand souverain, pardonne-nous, nous avons fait ce que humainement il
tait possible. Juge-nous, mais misricordieusement. Pendant presque
onze mois, une lutte ininterrompue a puis nos forces; un quart
seulement, dont moiti mme sont malades, des dfenseurs occupent sans
secours 27 verstes de forteresse sans pouvoir mme alterner pour un
court repos. Les hommes sont devenus des ombres._

Tlgramme du gnral Stoessel  l'empereur Nicolas II. 1er janvier
1905.

[Illustration: Un des candlabres du quai du Lman.--_Phot.
Bonnet-Favaron._]

[Illustration: Le quai du Lman (au fond,  gauche: la jete).--_Phot.
Bonnet-Favaron._]

[Illustration: Pavillon de la terrasse du parc Mon-Repos.--_Phot.
Borrey._]

[Illustration: Arbustes et massifs devant les villas du quai du
Lman.--_Phot. Quay-Cendre._]

[LES QUAIS DE GENVE SOUS LA GLACE

_Une bise violente soufflant sur le lac Lman et chassant l'eau par
rafales, le 1er et le 2 janvier, au moment o la temprature descendait
 un degr de froid exceptionnel, a produit sur toutes les vgtations
proches du rivage et le long des quais de Genve un effet de conglation
vritablement remarquable. Les arbres et les massifs des villas qui
bordent le lac, les parapets et les candlabres des quais de la
ville--ces candlabres ne se dressent pas  moins de 7m,50 au-dessus du
niveau de l'eau--se sont recouverts d'une paisse couche de glace
offrant un aspect hyperboren des plus inattendus._]


[Illustration: GRAVURE D'A. TILLY FILS TABLEAU D'ALBERT GUILLAUME

LA CORRECTION

_La_ Massire, _la comdie de M. Jules Lematre, dont la premire
reprsentation vient d'tre donne cette semaine, et que nous allons
publier prochainement, introduit les spectateurs dans le monde des
peintres. L'amusant premier acte, qui se droule dans l'atelier
Justinien, aura rvl  beaucoup, avec sa pittoresque mise en scne, un
milieu tout nouveau pour eux. Le tableau de M. Albert Guillaume que nous
reproduisons ici pourrait constituer, bien qu'il soit antrieur  la
pice, l'illustration trs exacte de l'une des scnes, au type prs du
professeur: celle o Marze, le cher matre, s'assied  la place d'une
lve pour corriger l'tude en train. C'est le cadre familier 
quiconque a frquent tant soit peu l'une ou l'autre des acadmies
dissmines dans Paris, de Montmartre  Montparnasse: le grand vitrage,
d'o tombe la lumire gale et froide du nord; les murs gris o
s'accrochent des masques ou des fragments de statues, et aussi
quelques-unes des meilleures esquisses des lves dont l'atelier
s'honore;  terre, des cartons  dessin; et au milieu de tout cela,
devant la table  modle, la ligne des chevalets devant lesquels
peinent, bien sages, bien appliques, qui en blouses garonnires, qui
ceintes du tablier des mnagres ou des ouvrires, les aspirantes  la
gloire de Rosalba, de Vige-Lebrun ou de Rosa Bonheur. Le vieux
professeur va de l'une  l'autre, ajustant sur son nez l'indispensable
binocle, conseillant, louangeant, critiquant: Mais non, mais non, mon
enfant, comme dit Marze, dans la_ Massire, _a n'est pas a... Combien
avez-vous de ttes?... Huit ttes, hein? au moins... Et le modle,
combien?... Six, six et demi. Alors?... Regardez mieux!..._]


[Illustration: M. Carolus-Duran conversant avec notre correspondant M.
Ziegler dans le jardin de la Villa, par un froid exceptionnel.
M. CAROLUS-DURAN A LA VILLA MDICIS]

_Lettre et photographies de notre correspondant de Rome._

Le changement de directeur de notre Acadmie nationale  Rome a t un
vritable vnement dans le monde artistique. Le dpart de M. Guillaume
a donn lieu dans la presse  des considrations extrmement flatteuses
pour le vtran de l'art. Ses _Etudes d'art antique et moderne_, aussi
bien que ses oeuvres sculpturales, lui avaient valu en Italie une grande
renomme. On avait pour lui comme un sentiment de vnration.

Quant  son successeur, M. Carolus-Duran, on sent de la chaleur dans
l'accueil sympathique que lui ont fait les principaux journaux de la
pninsule. Son arrive  la Villa Mdicis a t salue on pourrait
presque dire avec enthousiasme, car on connaissait, en plus de ses
oeuvres, son affection pour l'Italie, o il a sjourn un certain temps.

J'adore l'Italie, c'est en effet ce qu'aime  rpter M. Carolus-Duran
 tous les journalistes et personnalits qui l'ont approch depuis qu'il
est  Rome. Et ce qui le rend encore plus agrable aux Italiens, c'est
qu'il le dit dans leur _divine langue_.

Tout ce qui existe sous votre beau ciel m'est cher, disait-il  l'un
d'eux. Je ferai de la Villa Mdicis un centre intellectuel, o se
rencontreront tous ceux qui en Italie ou en France s'adonnent aux arts,
aux lettres et mme  la politique Du moment que nous nous connatrons,
nous nous aimerons.

[Illustration: M. Carolus-Duran frappant  la porte de l'atelier d'un
sculpteur.]

Le nouveau directeur de la Villa Mdicis m'a racont lui-mme comment il
a appris l'italien. C'est au couvent des bndictins de Subiaco, o il
resta dix mois pour l'excution de son fameux tableau: la _Prire du
soir_. Les bons moines furent ses matres.

Quel directeur sera M. Carolus-Duran? Il dclare vouloir tre un ami
pour les jeunes artistes pensionnaires. J'essayerai de toute faon,
dit-il, de leur faire facile et libre la vie d'art qu'ils vivent  la
Villa Mdicis. Je sais par exprience combien pre est la voie pour
arriver au but. Il dsirerait surtout les voir voyager non seulement en
Italie, mais dans tous les pays o il existe des monuments et
d'importantes collections d'art. Plus de copies, systme surann, mais
la libert de crer selon leurs aspirations et inspirations
personnelles.

Naturellement, c'est  l'Acadmie des beaux-arts  dcider
souverainement de l'opportunit de ces rformes. Toutefois, un vent
nouveau semble ds maintenant souffler sous les arceaux et les ombrages
de la Villa Mdicis. P. Z.

[Illustration: M. Carolus-Duran M. Guillaume.

A L'ACADEMIE DE FRANCE A ROME.--M. Carolus-Duran s'entretenant avec son
prdcesseur, M. Guillaume, dans le cabinet directorial de la Villa
Mdicis.]


M. PAUL DOUMER

[Illustration: M. Paul Doumer, prsident de la Chambre des
dputs.--_Phot. Pierre Petit._]

M. Paul Doumer vient d'tre lu  la prsidence de la Chambre des
dputs, battant de vingt-cinq voix M. Henri Brisson, prsident sortant.
C'tait depuis longtemps dj un de nos hommes politiques les plus en
vue et il en est peu qui, avant la cinquantaine, aient une carrire
aussi bien remplie.

Ses dbuts dans la vie furent trs modestes. N  Aurillac (Cantal) en
1857, il passe de l'cole primaire  l'atelier d'un fabricant de
mdailles, o il entre comme apprenti. Plus tard il professe les
mathmatiques au collge de Mende, puis au lyce de Laon: l'instruction
secondaire acquise en piochant dur, en dehors du travail manuel, a
fait de l'artisan un licenci s sciences. Lorsqu'il quitte l'Universit
pour prendre la direction d'un journal rpublicain de l'Aisne, M. Doumer
n'a pas trente ans; une fois sur le chemin de la politique, il avancera
d'un pas rapide et sr: dput de son dpartement d'adoption en 1888, de
l'Yonne en 1893, rlu dans l'Aisne en 1902; rapporteur de plusieurs
lois importantes; ministre des finances du cabinet Lon Bourgeois, en
1895; appel en 1896, sous le ministre Mline, au poste de gouverneur
gnral de l'Indo-Chine, qu'il occupa cinq ans en y montrant de
remarquables capacits d'administrateur. Hier, l'ancien ministre des
finances prsidait la commission du budget; aujourd'hui, le voil lev
 l'une des plus hautes situations de la Rpublique.

En voyant M. Doumer, toujours jeune et alerte, monter au fauteuil, il
nous souvient du temps o, attach au prsident Floquet en qualit de
chef de cabinet, il marchait dans l'ombre solennelle et tutlaire de cet
homme d'Etat. Maintenant, c'est pour lui que les tambours battent aux
champs et que retentit la voix sonore de l'huissier annonant: Monsieur
le Prsident! Il a bien le droit d'en prouver quelque fiert, tant
surtout, comme on dit, le fils de ses oeuvres.


LA TOMBE DE KRUGER

L'Angleterre, en la circonstance, gnreuse, humaine, a permis que le
cercueil du prsident Kruger ft ramen au Transvaal. L'Oncle Paul
dort maintenant son dernier sommeil parmi les siens, dans la terre
natale, au cimetire de Pretoria, o sa tombe a t ouverte  la suite
de celles de son petit-fils, de son fils et de la vaillante compagne de
sa vie.

Jusqu'au suprme moment o il vint rejoindre l les tres chers, la
fatalit semble s'tre acharne sur le malheureux vieillard. Un de nos
correspondants nous rapporte un incident qui a failli retarder ses
obsques dfinitives.

Le corps devait tre expos, pendant une semaine, dans la vieille glise
de Pretoria, maintenant abandonne et remplace par un temple tout neuf.
Mais, le clocher de cette glise ancienne menaant ruine, on voulut,
craignant quelque accident, l'abattre avant de permettre  la foule de
pntrer dans l'difice. L'opration fut malheureusement conduite et fut
 deux doigts de tourner  la catastrophe. Le clocher, sur lequel on
avait quip des cbles, tirs par des automobiles, s'croula de faon
si malencontreuse qu'il produisit de graves dgts et qu'on dut
hospitaliser le cercueil dans un autre immeuble religieux, la Suzanna
hall. C'est de l que la dpouille mortelle de Kruger est partie pour
aller reposer auprs des siens.

[AU CIMETIRE DE PRETORIA.--Les tombes de la famille Kruger.

(A gauche: la tombe du petit-fils de l'ex-prsident: Paul Kruger; puis
celle de son fils: Pierre; celle de sa femme et, enfin,  droite et
ouverte, celle prte  recevoir le cercueil de l'ex-prsident.)--_Phot.
comm. par M. Gh. Laine._]


_Documents et Informations_.

LE SLEEPING DES ENFANTS ASSISTS.

[Illustration: Le sleeping des enfants assists.]

En 1895, l'administration de l'Assistance publique avait fait construire
un wagon spcialement amnag pour conduire ses pupilles  l'hpital
marin de Berck. Lors de la cration du sanatorium d'Hendaye, il y a
quatre ans, on dut se contenter de ce mme wagon pour assurer le
transport des petits malades qu'on y dirigeait. Mais on conoit que la
voiture, tudie en vue d'assurer le confortable suffisant pour un
voyage de quelques heures, ne remplissait qu'imparfaitement son rle
alors qu'il s'agissait de faire parcourir aux enfants 800 kilomtres de
voie ferre. Aussi, ds son arrive  la direction de l'Assistance
publique, M. Mesureur se proccupa de remdier  cet tat de choses et
mit  l'tude la cration d'un sleeping spcial au sanatorium
d'Hendaye.

Le wagon nouveau vient d'tre achev.

Il est de dimensions un peu inusites: 15 mtres de longueur, 2m,95 de
largeur et 2m,60 de hauteur: ce sont les cotes maxima que permettent et
le gabarit des ouvrages d'art et les courbes de la voie. Le wagon, en
effet, n'est pas mont sur boggies. On a adopt un systme de chssis
rigide, formant corps avec la caisse et reposant sur des ressorts trs
doux qui a pour but d'amortir autant qu'il est possible la trpidation
de la marche.

Intrieurement, il est divis en trois compartiments principaux, la
partie centrale tant rserve aux enfants; les deux extrmits
affectes au personnel, chef de convoi, infirmiers qui les accompagnent,
et aux services accessoires: office, lingerie, etc. La partie o sont
logs les enfants,--la plus intressante  montrer,--est elle-mme
coupe par un couloir central. Elle comprend quatorze compartiments de
longueurs variables, o l'on installe les petits voyageurs suivant leur
ge.

Chaque compartiment est pourvu de deux banquettes se faisant face et sur
lesquelles peuvent prendre place quatre enfants assis. Les dossiers de
sige, en se rabattant sur les banquettes, forment deux lits, complts
par les coussins de siges et de dossiers, servant de matelas. En outre,
dans chaque stalle, est fix, le long de la paroi longitudinale de la
voiture et au-dessus de la fentre du compartiment, un hamac, relev
pendant le jour contre cette paroi, et facile  rabattre, pour le
service de nuit. Ainsi, chaque compartiment peut donc recevoir trois
enfants convenablement couchs, la nuit, tous dans le sens de marche du
train, et, pendant le jour, un enfant sur trois peut encore se reposer,
en s'tendant sur l'une des deux banquettes, disponible pour lui seul,
alors que ses deux petits camarades sont assis en face de lui.

Et il serait superflu d'ajouter que l'on s'est par-dessus tout proccup
d'assurer  cette voiture un amnagement hyginique par excellence.

[Illustration: Amnagement de jour: les banquettes. Amnagement de nuit:
les couchettes LE SLEEPING DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE--Photographies
Anthony's]

La priodicit dans les phnomnes biologiques.

Un mdecin autrichien, M. H. Swoboda, a remarqu que les souvenirs--d'un
vnement, d'une mlodie, etc.--ont une tendance  surgir spontanment
au bout de certaines priodes. Une de ces priodes, pour lui, a
vingt-trois heures de dure, c'est--dire que le souvenir revient
volontiers, de lui-mme, vingt-trois heures aprs le moment de la
perception. Il y a d'autres priodes plus longues, qui sont des
multiples de la premire: ainsi, le souvenir revient aussi, brusquement,
au bout de quarante-six heures; on observe de mme des rveils de
souvenir au bout de vingt-trois jours.

Les priodes de vingt-trois, quarante-six, etc., s'observent chez
l'homme; chez la femme elles sont un peu diffrentes; on observe plutt
dix-huit heures que vingt-trois, vingt-huit jours que vingt-trois M.
Swoboda explique ces faits par des oscillations priodiques auxquelles
serait soumis l'organisme, oscillations qui suivraient un rythme
rgulier. La priode masculine serait de vingt-trois jours; la fminine
de vingt-huit. Un autre mdecin de Vienne. M. Fliess, a dj observ
l'existence de priodes analogues dans les phnomnes pathologiques:
crises d'angoisse, migraines, saignements de nez, etc. Cette priodicit
expliquerait le retour spontan des souvenirs, tout comme elle
expliquerait le fait assez souvent observ du retour,  intervalles
rguliers, de certains rves. Elle expliquerait aussi comment il se fait
que les rves portent souvent sur des circonstances dj assez
lointaines, plutt que sur les vnements de la veille: les souvenirs
d'il y a vingt-trois ou quarante-six jours pour l'homme, ou d'il y a
vingt-huit jours pour la femme, reviendraient plus spcialement 
l'esprit durant le sommeil.

La priodicit jouerait encore un rle important dans les phnomnes de
la mmoire: M. Swoboda assure qu'il vaut mieux apprendre une pice qu'il
faudra rciter par coeur vingt-trois ou quarante-six heures avant de la
rciter, qu' d'autres intervalles; et, si l'on apprend en plusieurs
fois, mieux vaut faire concider la rptition avec la phase d'vocation
spontane.

Les faits dont parlent M. Swoboda sont fort curieux. Il nous parat
certain que bon nombre de mdecins ou d'observateurs ont d constater
des faits de priodicit sur leurs malades ou sur eux-mmes. En tout
cas, s'ils portent leur attention de ce ct, ils devront en constater.
Peut-tre quelques-uns d'entre eux auront-ils l'obligeance de nous faire
connatre le rsultat de leur observation: il pourra intresser les
lecteurs et servir  faire mieux connatre une loi qui a de l'importance
et dont on pourra tirer un parti pratique.

LE PLATINE  MADAGASCAR.

Le _Bulletin conomique_ de Madagascar signale une dcouverte
importante, faite dans la rivire de l'Isonjo, de la province de
Farafangana, o une rvolte a rcemment clat. Des laveurs d'or ont
recueilli quelques fragments d'un mtal blanc qui, expdis au service
des mines, ont t reconnus comme composs de platine natif. Le platine
est un mtal trs rare et coteux; la plus grande partie du platine qui
se trouve dans le commerce provient des mines de la Russie. Il est trs
dsirable que l'on trouve de nouveaux dpts de cette substance
prcieuse. Le platine est employ dans l'industrie, o il sert  la
fabrication des cornues dans lesquelles s'opre la concentration de
l'acide sulfurique.

On en fait beaucoup usage aussi dans la confection des lampes 
incandescence, en raison de son coefficient de dilatation, voisin de
celui du verre.

Enfin, c'est un mtal prcieux pour les laboratoires de chimie et de
physique, o, trs rsistant  la chaleur et trs mallable en mme
temps, il sert  faire des creusets, des cornues, des tubes, pour
diffrentes ractions exigeant une haute temprature ou l'intervention
d'acides trs puissants. Dans nos appartements, le platine sert encore,
sous forme de mousse,  allumer les becs de gaz, sans allumettes: il a
le pouvoir, en absorbant les gaz, de s'chauffer assez pour les
enflammer. A l'tat naturel, le platine se prsente sous la forme de
paillettes ou de petits grains irrguliers; on le trouve le plus souvent
parmi les produits de dsagrgation des roches anciennes, avec d'autres
mtaux lourds, le fer et l'or en particulier.

A Madagascar, c'est avec l'or qu'on l'a dcouvert et, tant donne sa
valeur commerciale, c'est une acquisition prcieuse. On va explorer
attentivement la rivire de l'Isonjo et ses affluents, pour mettre la
main, si possible, sur les roches d'o proviennent les dbris dcouverts
 Bemahala, sur le gisement original du mtal si recherch. Il faut
esprer que le gisement sera assez riche pour qu'il vaille la peine d'en
faire l'exploitation mthodique.

COMMENT SE COMPORTENT LES GLACIERS.

On sait qu'il existe une commission internationale des glaciers qui
s'est charge de la surveillance des montagnes et de leurs glaciers Le
but de cette commission est principalement scientifique: il s'agit
simplement de savoir si les glaciers augmentent ou diminuent, les
variations fournissant des indications sur les tendances gnrales du
climat, sur les probabilits de priodes chaudes ou froides, sches ou
humides; il est en outre intressant de suivre les variations des
glaciers en corrlation avec les tudes mtorologiques qui se font sur
l'ensemble du globe. Enfin, les tudes sur les glaciers prsentent un
intrt pratique en indiquant les oscillations probables des sources et
des torrents constituant la houille blanche. Chaque anne la commission
publie un rapport d'ensemble. Celui qui vient de paratre nous fait
savoir qu'en Suisse la plupart des glaciers sont en dcrue ou
stationnaires. Il y en a treize qui prsentent une lgre crue: trois
seuls sont en crue certaine, ce sont trois affluents du Rhne. Dans les
Alpes autrichiennes, il en va assez gnralement de mme: les glaciers
qui reculent sont plus nombreux que les glaciers qui avancent. En
Dauphin, d'aprs M. Kilian, recul gnral: il y a mme des glaciers qui
semblent devoir mourir  brve chance, leur dcrue persistant depuis
trente et quarante ans. Il est vrai qu'ils pourront un jour ressusciter.
Et il en est qui ont la vie dure: les glaciers de Porteras et de la
Grande Roche du Lauzou sont quasi morts depuis vingt ans; mais ils n'ont
pas totalement disparu encore. Partout il y a recul dans le Dauphin, et
ceci n'est pas encourageant pour les nombreuses industries qui vivent de
la force hydraulique.

Il y a eu, de 1860  1891, un mouvement de recul trs prononc. Depuis
1893, ce mouvement s'est ralenti, mais il existe toujours. Sans doute,
il s'arrtera avant longtemps pour tre remplac par une crue qui durera
un certain nombre d'annes.

LA DESTRUCTION DE L'OEUF D'HIVER DU PHYLOXRA PAR LE LYSOL.

Est-il possible de maintenir indemnes de l'invasion phylloxrique les
vignes non atteintes, aussi bien que les plantations nouvelles? M.
Balbiani l'avait autrefois affirm et de rcentes expriences de M. G.
Cantin dmontrent la lgitimit de cette prtention.

En trempant des boutures, avant la plantation, dans une solution de
lysol  1%, et en soumettant chaque anne les jeunes plants  une simple
pulvrisation effectue au commencement de mars, aprs la taille, avec
une solution d'eau lysole  4%, M. Cantin a obtenu, depuis quatre ans
la prservation parfaite de plants franais francs de pied. La vigne n'a
d'ailleurs nullement souffert du traitement, bien au contraire.

LE CANCER CONTAGIEUX DES SOURIS.

On n'a pas encore trouv le microbe du cancer, mais tout porte  croire
que le cancer est une maladie microbienne et le fait que, chez certaines
espces, on voit se produire de vritables pidmies de cancer est une
preuve suffisante de la nature anime de la cause du mal.

Dans l'espce humaine, la contagiosit du cancer n'est encore que
souponne, en dpit de l'existence indiscutable des maisons  cancer
et surtout de l'expansion du mal dans les grandes villes. Ainsi, 
Paris, chaque anne, les cas de cancer sont plus nombreux.

Mais il est une espce, la souris, o le cancer est trs frquent et o
l'on observe de vritables pidmies de cancer.

Trois de ces pidmies viennent d'tre observes, dont l'une 
Buenos-Ayres, par M. Linire, et deux  Paris, par M. Giard et par M.
Borel.

Au cours d'une de ces dernires, 20 souris sur 200 furent atteintes.

Comment se transmet la maladie? C'est ce qu'il a t impossible aux
observateurs de dterminer.

Il y a quelque dix ans, un exprimentateur, M. Morau, avait pu dmontrer
que ce cancer des souris est transmissible par des piqres de punaises.
Mais, dans le dernier cas dont il s'agit, ni la nourriture avec des
produits cancreux ou avec des excrments de souris cancreuses, ni les
piqres d'acariens parasites n'ont paru avoir la moindre influence dans
la transmission du mal.

Le problme de la cause du mal et de ses modes de transmission est donc
encore sans solution.

LA CRIMINOLOGIE MODERNE.

Un clbre criminologiste italien, M. Garofalo, dans un ouvrage rcent,
estime au chiffre de 15.000  16.000 le nombre des affaires d'homicide
soumises annuellement aux juges d'instruction en Russie. En France, la
moyenne annuelle de 1896  1900, a t de presque 1.200. En Italie, en
1899, on a dnonc 3.587 crimes. Au total, le chiffre moyen annuel des
condamns pour meurtre, assassinat, parricide, infanticide et
empoisonnement pourrait tre valu  10.000 pour l'Europe, moins la
Pologne, le Caucase et la Turquie. Et l'on sait que les condamnations ne
reprsentent qu'un peu plus du tiers des criminels.

D'autre part, on a calcul que sept nations d'Europe (France, Allemagne,
Angleterre, Autriche-Hongrie, Italie, Russie et Espagne) dpensent 
elles seules prs de 222 millions par an, rien que pour l'entretien des
prisonniers et pour l'administration des prisons. Si l'on ajoutait  ces
frais ceux des agents de la sret, on atteindrait des chiffres normes.

Par contre, les dtenus ne produisent gure que 20 millions de francs,
soit le neuvime de la dpense dont ils sont l'occasion.

M. Garofalo, en prsence de ces chiffres, pense qu'il y aurait profit 
chercher un moyen d'utiliser l'activit mentale des criminels, en les
plaant dans des milieux capables de modifier heureusement cette
activit et non, comme on le fait toujours, dans des prisons ou des
bagnes, o on les condamne  perptuit  conserver leur mentalit de
criminels.

COMMENT SE PROPAGE L'ANMIE DES MINEURS.

On se rappelle que lors du percement du Saint-Gothard les mineurs eurent
fort  souffrir d'une maladie qui a conserv le nom d'anmie des
mineurs. Cette anmie tait due  la prsence d'un parasite, d'un petit
ver qui, vivant en troupes nombreuses dans l'intestin, dterminait
rapidement un tat d'anmie trs prononc et trs persistant. On
reconnut bientt que ce parasite se propageait par l'eau de boisson et,
pour viter qu'il se rpandit davantage, on veilla  ce que l'eau
potable ne pt tre contamine par les djections des malades. Le mal
perdit de son intensit, mais il n'a pas disparu: les sujets atteints le
promenrent  droite et  gauche; ils l'introduisirent dans beaucoup de
mines en particulier, o la malpropret facilita la contagion, et l'on a
signal la prsence de l'anmie des mineurs ou ankylostomiase--le
parasite porto le nom d'ankylostome duodnal--dans quelques mines
anglaises, ces temps derniers. L'ankylostomiase existe aussi dans toute
la rgion du sud des Etats-Unis: elle y est trs rpandue et c'est 
elle qu'on attribue l'apathie et la paresse d'une partie importante de
la population blanche de la rgion du delta du Mississipi. Une
dcouverte intressante vient d'tre faite au sujet de cette anmie.
C'est qu'elle ne se propage pas seulement par l'eau de boisson; il ne
suffit pas d'tre assur de la puret de celle-ci pour viter le mal.
Celui-ci peut se prendre par la peau. Vivant dans le sol et dans l'eau,
il peut s'introduire sous la peau si celle-ci prsente une petite
corchure. Il y a quelques annes dj, un helminthologiste bien connu,
M. Looss, avait mis l'opinion que ce mode d'infection devait exister;
mais le public mdical se montra hostile  cette vue. Tout rcemment, un
autre investigateur, M. P. Schaudinn, du Comit sanitaire allemand, a
repris l'ide de Looss et l'a soumise  l'preuve, arrivant  ce
rsultat qu'en effet l'ankylostomiase peut parfaitement se propager par
la peau. Des ankylostomes vivants, en contact avec une corchure, y
pntrent et gagnent l'intestin o ils s'installent. M. Schaudinn
confirme, en mme temps, les vues d'un mdecin anglais, M. Bentley, qui,
il y a peu de temps, dclarait que la dmangeaison des pieds souvent
observe chez les _coolies_, qui, en Assam, travaillent pieds nus dans
les plantations de th, doit tre due aux larves d'ankylostomes qui
s'introduisent dans les tissus. Ces coolies sont fort malpropres: il n'y
a pas de cabinets d'aisances, et, ds lors, les sujets sains, marchant
sur le sol et s'y corchant le pied, ont celui-ci sans cesse en contact
avec des ankylostomes vacus par les malades. La contagion est trs
facile. Et les conclusions de ceci est qu'il faut, pour viter
l'ankylostomiase l o il y a des sujets malades, surveiller sa peau
aussi bien que sa bouche et viter tout contact externe avec l'eau et le
sol, du moment o l'on a une corchure, si lgre soit-elle.

_Mouvement littraire._

_Les Charmes_, par M. Catulle Mondes (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Chansons
des enfants du peuple_, par Xavier Privas (Rueff, 3 fr. 50).--

_Posies de France et de Bourbon_, par Maurice Olivaint (Lemerre, 3 fr.
50).--_Contes anciens_, par Charles Callet (Lemerre, 3 fr. 50).

Les Charmes.

Langueurs, mlancolies, rves d'avenir, retours sur le pass,
sollicitudes,-tout ce qui remplit une me aimante dborde dans les vers
de Mme Mends. C'est tout elle-mme, c'est tout le trsor fort riche de
ses sentiments qu'elle a rpandu en ces posies  la fois mues et
subtiles. J'ai le culte des classiques; peut tre parfois Mme Mends
affecte-t-elle de les ddaigner, de s'loigner de leur claire et ferme
simplicit. Mais comment ne lui pardonnerait-on pas de ne point partager
nos principes littraires? Elle nous sduit par sa musique singulire,
par les notes fines qu'elle trouve pour exprimer tout ce qu'elle
ressent, tous ses songes intrieurs. Pas de banalit, pas de lieux
communs; avec des tours et des expressions bien  elle, elle dvoile son
me exquise. La plupart des potes se ressemblent: ils nous chantent la
chanson commune, la petite dclamation ordinaire sur l'amour. Ici, c'est
un air nouveau que nous entendons; c'est tout un pays merveilleux et
intime qui se dcouvre. _Pluie en avril_ me semble une des plus
ravissantes pices des _Charmes_:

        Hier, sur le jardin, le temps tait si clair.
        L'air tait si fragile avec ses fracheurs douces
        Glissant jusques au tronc parmi les jeunes pousses,
        Il faisait si charmant de clair espoir, hier!

        Il tait si tentant au bord de la nature,
        Il semblait si facile et si cher de venir,
        A travers le printemps, rver de l'avenir
        Avec ce coeur pris de divine aventure!

        C'tait l'instant subtil o tout est si lger,
        Le soleil, les oiseaux, les fleurs de toutes sortes,
        Qu'il n'est pas ncessaire aux tiges d'tre fortes,
        Que l'herbe a l'air d'attendre et le mur de songer,

        L'instant frais et subtil o le bonheur lui-mme,
        Innocent de savoir et de joie ennobli,
        N'est fait que de douceur, de grces et d'oubli...
        Et ce m'tait lger de penser que je t'aime.

        Mais tout s'est obscurci, mais il pleut ce matin.
        Dans l'horizon brouill plus rien ne se dessine,
        Une eau lourde et glace accable la glycine,
        Un jasmin se dtache et dfaille soudain...

        Quelle main de dieu morne pand ce crpuscule
        Avec son voeu malsain, sournois, appesanti?
        Quelque chose est fini du printemps averti,
        Quelque chose est Uni de mon bonheur crdule...

Tout cela fait songer  une eau limpide et divine qui, tout irise des
rayons du soleil, sort d'une fontaine, en lger filet, mais vient de
loin, des profondeurs de la terre. Les vers si joliment nuancs de Mme
Catulle Mends partent de son me profonde, lgrement agite par
l'inquitude.

Chansons des enfants du peuple.

M. Xavier Privas a t sacr prince des chansonniers. A Montmartre et au
quartier latin, qu'il charme tour  tour, on reconnat sa matrise et
l'on s'incline devant lui quand il passe. Ne lui demandez pas de vous
dire la vieille chanson franaise,  la fois sensible, spirituelle et
gauloise. Il ne suit pas davantage ses confrres de Montmartre, lesquels
brodent quelques vers en argot sur les vnements du jour et sur les
personnages politiques. M. Privas ddaigne les faciles succs et ne
verse jamais dans la caricature. Essentiellement lyrique est sa muse, et
parfois mme lgrement baudelairienne. Elle s'attendrit sur les gants
des dfuntes amies, renferms dans un coffret, et qu'elle visite l'un
aprs l'autre le jour des morts. Les souvenirs tristes, les douleurs de
Pierrot et aussi les pures ides, voil ce qui attire M. Privas. Chose
singulire! Il se fait applaudir avec cela du public le plus lger, le
plus ami de la joie dans les cabarets o l'on va pour s'amuser. Pas de
concession au mauvais got; il ne sort jamais de sa mlancolie et de sa
noblesse; loin de descendre vers la foule et de s'adapter  ses
laideurs, il l'oblige  monter vers lui et vers la beaut. Dans
_Chansons des enfants du peuple_, lisons d'abord la _Nuit_:

        Douce nuit, tends ton suaire
        Sur les dbris des jours mauvais
        Dont l'automne a jonch la terre;
        Douce nuit, sois la messagre
        D'une re de joie et de paix!

        Cache les anciennes souillures
        Sous ton linceul aux lourds replis,
        Afin que les heures futures
        Soient moins pnibles et plus pures
        Que celles des temps accomplis.

        De celui qui pour la justice
        S'est glorieusement battu
        Sois la desse protectrice
        Et veuille qu'un sommeil propice
        Rpare son corps abattu.

        Fais-lui cueillir les asphodles
        Du rve en d'inconnus pays.
        Afin qu'aux sources immortelles
        Il puise des forces nouvelles
        Pour dfendre ses droits conquis!

J'ai dtach cette page; le mme idalisme et le mme art marquent
toutes ces _Chansons des enfants du peuple_, dont M. Privas a crit la
musique en mme temps que la posie.

Pomes de France et de Bourbon.

M. Maurice Olivaint est magistrat et pote. Que vaut-il comme magistral?
Je l'ignore. Je le suppose cependant plutt dbonnaire, n'appliquant pas
le Code dans toute sa rigueur, ne se complaisant pas aux dsespoirs des
condamns. Sa posie, en effet, est pleine de douceur et de tendresse;
elle dcle un coeur enclin  la mansutude et  l'attendrissement.
Longtemps justicier aux colonies, transport de l'une  l'autre, M.
Olivaint a, dans plusieurs volumes, donn les impressions vives que
chaque exil lui a procures. Nous avons surtout ici ce qu'il a song 
l'le Bourbon. Les splendeurs des contres brlantes avec leurs palmiers
et leurs arbustes aux larges feuilles ne consolent pas les fils de la
France occidentale, lesquels sous les ardents rayons regrettent le
soleil plus ple et jusqu'aux brumes du pays natal. Dans les pomes o
M. Olivaint clbre la puissante nature de Bourbon, il y a toujours un
peu de nostalgie. Et cependant la plus belle page du livre n'a pas trait
au pays de Leconte de Lisle, ni  la psychologie de M. Olivaint. Pour
l'crire, le pote s'est isol de lui-mme et de ce qui l'entourait; on
dirait une enluminure tombe d'un manuscrit orn par un matre primitif:

        Quand la gloire des dieux rayonnait sur le monde
        La femme, dans l'orgueil d'un prestige exalt
        Par la lyre et le marbre o revit sa beaut,
        Se dvoilait sans honte  l'art qu'elle fconde.

        Le Verbe surprit home en sa luxure immonde.
        Nron, perscuteur d'un culte dtest,
        Trane au cirque sanglant ta chaste nudit,
        Vierge voue au Christ dont la grce l'inonde.

        La crainte de la mort ne trouble point tes yeux.
        Mais tu croises les bras sur ton sein soucieux
        D'chapper aux regards que la jeunesse attire.

        Et ce geste perdu qui te vt de splendeur,
        Comme une fleur d'amour close du martyre,
        Aux hommes blouis rvle la Pudeur.

M. Olivaint appartient au Parnasse par le souci de la rime sonore, de la
perfection du vers, mais la plupart du temps s'en spare, par ce qu'il
met de sa personnalit, de ses visions particulires, de ses
intimits familiales dans ses _Pomes de France et de Bourbon_. Ce n'est
pas un impassible. Leconte de Lisle lui mme, infidle  ses principes,
ne se montre-t-il pas constamment avec ses dsirs et ses passions dans
sa vaste posie?

Contes anciens.

Ecrit en prose,--en une prose harmonieuse et fastueuse,--le livre de M.
Callet ne se peut ranger ni dans la critique, ni dans le roman, ni dans
la nouvelle. C'est avant tout une oeuvre d'art pur et de posie. Dput
 l'Assemble de 1871, orateur, crivain, d'une plume habile et sre
d'elle-mme, le pre de M. Callet a dirig son fils vers les lettres,
mais sans l'amener  sa forme classique. Sans doute, il n'y a dans
_Contes anciens_ aucune tournure pnible, aucune difficile inversion,
aucune obscurit, mais partout une magnificence qui n'exclut pas
toutefois la prcision et la prciosit du mot, et qui n'est pas l non
plus pour cacher l'absence de l'ide. M. Callet est somptueux, mais
cherche avec autant de soin les penses neuves que les nouvelles
couleurs. Je ne sais quoi de dsillusionn, un pessimisme parfois un peu
amer donne une saveur cre aux _Contes anciens_. Rien ne relve la
posie comme le dsenchantement. Qui est content de tout et qui rit
toujours ne sera jamais un pote.

Je recommande tout particulirement, dans les _Contes anciens_, la
_Bourse d'or_. Avant de donner sa fille  Bomuald, un riche marchand de
Hambourg exige que son futur gendre fasse,  travers les peuples, un
voyage d'une anne et, pour ce, lui remet une bourse d'or. Plus
expriment, ne fera-t-il pas un meilleur mari? Le plerinage accompli
et les hommes mieux observs, le jeune homme revient, dpouill de sa
nave insouciance et de son gnreux optimisme; il est grave et triste:
Que ne m'avez-vous accord cette main, dit-il  son pre, quand ma
vingtime anne vous implorait! Mon coeur tait jeune, il s'ouvrait  la
vie; les soirs les plus sombres me semblaient des aurores; mon me tait
fleurie d'illusions. Vous avez fait tomber les fleurs en m'envoyant par
le monde! J'ai tudi les hommes, j'ai vu de prs leurs agitations
striles et mauvaises, je n'aime rien de ce qu'ils aiment.--Dans le
conte des _Cheveux blancs_, superbe, violent, abondent les peintures
comme celle-ci: L'empire gmissait sous la domination d'une reine, la
terrible Lto. Grande, hautaine, mystrieuse, dj vieillissante, elle
crasait le monde de son despotisme, broyait toute pense, toute joie.
Malheur  ceux qu'elle voyait passer amoureux des fleurs du chemin, des
brises errantes, des sourires poss sur les lvres des jeunes filles!...
Sa volont dominait tout; ministres, missaires, soldats rampaient
devant la trane de son vtement constell de topazes... Qui ne sent
dans ces lignes, dans les moindres mots de M. Callet un artiste pris de
la beaut et singulirement soucieux et capable de la rendre?

E. Ledrain.


[Illustration: LE VICE-AMIRAL SHIBAYAMA, nouveau commandant de
Port-Arthur. _Phot. G. Bolak._]

Le premier soin des Japonais, une fois matres de cette citadelle de
Port-Arthur tant convoite, devait tre d'en prparer la dfense. Ils se
disposent  y installer une forte station navale. C'est  l'amiral
Shibayama, dont nous donnons le portrait que va en choir le
commandement, l'amiral Togo demeurant charg de protger la place vers
la haute mer.


LOUISE MICHEL

Louise Michel vient de mourir  l'ge de soixante-douze ans. Toujours
anime, malgr le dclin de ses forces, d'une toi agissante qui aura
soutenu son extraordinaire vaillance jusqu' son dernier souffle, elle
faisait une tourne de confrences dans la rgion du Midi, lorsque, 
Sisteron, elle se sentit terrasse par une congestion pulmonaire; elle
exprima le dsir d'tre transporte  Marseille, chez une amie, Mme
veuve Lgier; c'est l qu'elle s'est teinte, le 9 janvier.

L'an pass, au mois de mars, l'intrpide confrencire avait failli
succomber,  Toulon, au mme mal contract  la suite des mmes
fatigues. On la crut perdue et les journaux lui consacrrent
prmaturment des articles ncrologiques, de sorte que, convalescente,
elle eut le singulier privilge de pouvoir lire sa propre oraison
funbre. Ils rappelrent ses dbuts comme institutrice, sa participation
active  l'insurrection de la Commune, sa transportation  la
Nouvelle-Caldonie  bord de la frgate _Virginie_, o elle eut pour
compagnon de route Henri Rochefort; ils montrrent la Vierge rouge,
aprs bien d'autres vicissitudes, continuant  prcher l'vangile
rvolutionnaire,  pousser jusqu'au fanatisme exalt le culte de
l'utopie; ils dirent aussi ses qualits de coeur et sa proverbiale
charit... Mais une raction inespre s'opra: la mort devait faire 
la patiente crdit de quelques mois.

C'est de l'poque de cette premire maladie que date l'intressante
photographie reproduite ici et qui, excute pour _l'Illustration_,
reprsente Louise Michel ayant  son chevet sa fidle amie Charlotte
Vauvelle et le docteur Bertollet. Une des preuves de cette photographie
est entre les mains de M. Rochefort, auquel la malade l'adressa avec la
ddicace suivante: De la _Virginie_  la mort,  travers les noirs
remous de la vie, la mme amiti dure toujours.--A Henri Rochefort,
Louise Michel.--Toulon, 14 avril 1904.


[Illustration: M. Paul Bourgeois, dput de la Vende doyen d'ge de la
Chambre. Phot. Ladrey.]

M. PAUL BOURGEOIS

Le docteur Paul Bourgeois qui, au Palais-Bourbon, a prsid la premire
sance de la session, en qualit de doyen d'ge, est n en 1827; il
achvera au mois de mai prochain sa soixante-dix-huitime anne.

Son allocution d'ouverture dbute en ces termes: Mes chers collgues,
une Chambre rpublicaine radicale socialiste, prside par un Venden,
un Venden rest royaliste, vous le reconnatrez, la chose n'est pas
banale.

On ne saurait mieux prciser l'originalit de cette prsidence phmre.
Ajoutons que M. Paul Bourgeois, lu reprsentant  l'Assemble nationale
le 8 fvrier 1871, occupe sans interruption son sige de dput depuis
trente-quatre ans.


M. ADRIEN ARCELIN

[Illustration: M. Adrien Arcelin.]

On vient de faire  Saint-Sorlin (Sane-et-Loire) des obsques mues 
M. Adrien Arcelin, que l'Acadmie de Mcon,--l'une des plus vnrables
socits savantes des dpartements,-- la veille de clbrer le
centenaire de sa fondation, avait, par acclamations, rappel au fauteuil
de la prsidence, tenant  avoir  sa tte, pour cette solennelle
commmoration, le plus minent de ses membres. M. Arcelin tait
originaire de Fuiss (Sane-et-Loire), il avait pass par l'Ecole des
chartes et quelque temps avait t archiviste du dpartement de la
Haute-Marne. Mais son amour de l'indpendance, sa passion pour le
travail libre, ne s'accommoda gure de ces fonctions administratives,
qui lui prenaient le meilleur de son temps et paralysaient son
initiative personnelle, il revint au pays natal et put donner libre
carrire  son got pour les tudes d'archologie, de prhistoire et
d'anthropologie qui furent la grande passion de sa vie.

M. Arcelin a apport  l'tude du Mconnais prhistorique d'importantes
et dcisives contributions.

Esprit infiniment distingu, me excellente, M. Adrien Arcelin fut l'un
de ces savants trop modestes comme en abrite beaucoup la province, et
qui font davantage, sans bruit, pour la gloire durable de leur petite
patrie, que les batteurs d'estrade et les rhteurs  voix d'or et 
grands gestes, dont pullule le monde.


LE DUEL BREITTMAYER-LUSCIEZ

Une erreur s'est glisse dans le bref compte rendu que nous avons publi
la semaine dernire. D'aprs le procs-verbal des mdecins, M. Lusciez
n'a t,  aucun moment, atteint  l'aisselle droite, et la crampe ou
contracture des muscles de l'avant-bras qui l'a empch de continuer le
combat tait sans relation avec une piqre superficielle n'ayant pas
mme travers la peau. Ces dtails ont leur importance dans un duel
entre escrimeurs mrites.


LES THTRES

Nous ne pouvons qu'enregistrer, en dernire heure, le trs grand succs
remport, au thtre de la Renaissance, par la _Massire_, de M. Jules
Lematre, admirablement interprte par MM. Guitry et Maury, Mmes
Brands et Judic. Nous publierons, dans un prochain numro, l'oeuvre
mouvante et charmante de l'minent acadmicien.

[Illustration: Mlle Louise Michel sur son lit de convalescente  Toulon
(avril 1904). (A gauche, M. le docteur Bertollet;  droite, Mlle
Charlotte Vauvelle).
_Photographie prise pour "l'Illustration" par M. Bougault._]







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1905, by Various

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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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