Project Gutenberg's L'Illustration No. 3228, 7 Janvier 1905, by Various

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Title: L'Illustration No. 3228, 7 Janvier 1905

Author: Various

Release Date: June 30, 2010 [EBook #33031]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION NO. 3228, 7 ***




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N 3228. 63e Anne.

7 Janvier 1905

L'ILLUSTRATION



LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

[Illustration:
--On prtend, cher docteur, que
vous tuez vos malades?

--C'est idiot... je m'efforce toujours
de les gurir; mais pour concilier
mes intrts avec les leurs, je fais
durer la maladie le plus longtemps
possible.]

[Illustration:
--Vous avez oubli les eaux minrales...
il faut tre prudent et ne boire que
de celles-l.

--Madame, Justine est en train de
remplir des anciennes bouteilles au
robinet de la cuisine.]

[Illustration:
--Et toi, qu'est-ce que tu as eu
pour tes trennes?

--Grand-papa m'a donn dix sous
pour que je les mette  la caisse
d'pargne. Il dit que, dans cent ans,
a me constituera un capital.]

[Illustration:
--Surtout, fermez bien le compteur
 gaz! Pas d'accidents! nous aurions
affaire  trop de journalistes!]

[Illustration:
--As-tu recommand au mcanicien
de faire bien attention aux
signaux?]




Ce numro est accompagn d'un supplment de quatre pages d'actualits.

L'ILLUSTRATION

[Illustration: Prix du numro: 5 centimes. SAMEDI 7 JANVIER 1905. 63e
Anne.--N 3228]

[Illustration: Clich Barry. Copyright 1904.

L'ARME JAPONAISE DANS SES TRANCHEES AVANCEES DEVANT PORT-ARTHUR

Aprs s'tre reposs sous leurs tentes pendant le jour, les soldats, 
l'approche du soir, se prparent  l'assaut qui sera donn pendant la
nuit contre les positions russes...C'est avec ses tranches et ses
galeries de mine que Nogi a pris Port-Arthur, ont dclar les officiers
russes rfugis  Tch-Fou.]




_Nous annoncions, il y a huit jours,  nos lecteurs une nouvelle
collaboratrice. Ils trouveront en tte de ce numro son premier article,
ou plutt les premires pages de son nouveau Journal._

_On connat l'autre: ce Journal de Sonia, qui fut un des succs
littraires de l't dernier. En achevant de l'crire, Sonia nous
apprenait qu'elle retournait chez elle en Russie... mais avec le secret
espoir de revenir bientt chez nous._

_Elle y revient aujourd'hui, mais ceux que la philosophie de cette
mystrieuse trangre a intresss n'auront pas  attendre cette fois,
pour connatre la suite de ses opinions sur les gens et les choses de
Paris, la fin de son sjour et la publication d'un livre._

_L'Etrangre veut bien nous livrer ses notes au fur et  mesure
qu'elle les rdigera._

_Et ainsi paratra le second Journal de Sonia, dont nous serons heureux
de donner en 1905, semaine par semaine, la primeur aux lecteurs de_
l'_Illustration_.




Courrier de Paris

Journal d'une trangre

Treize mois d'absence... Et ma joie de revenir est plus grande encore,
ce me semble, qu'il y a deux ans. Ou plutt non: ce n'est pas une joie
plus grande, c'est une joie autre, o il y a plus d'motion que de
curiosit. Et cette motion est dlicieuse. Il y a deux ans, Paris
tentait en moi l'imagination d'une petite fille devenue femme; mais je
n'y apportais que de confus souvenirs d'enfance, o se mlait surtout
une folle impatience de voir... Aujourd'hui, c'est l'agrment de
_revoir_,--de revoir les choses et les gens,--que j'y viens chercher. Je
n'ai plus la fivre; je sens que je serai moins prompte  m'tonner...
mais peut-tre goterai-je d'autant mieux la douceur des spectacles que
Paris donne. Je les goterai mieux, parce que je les considrerai d'un
peu plus prs, d'une me moins inquite, comme des objets familiers
dj, presque chers. C'est, pour une trangre, une sensation exquise
que de dcouvrir Paris; mais ce qui est encore meilleur que de le
dcouvrir, c'est de le retrouver d'y voir revenir  soi des amitis
qu'on croyait perdues, d'y pouvoir reprendre des habitudes... Et me
voil donc installe rue Soufflot, dans le mme htel o, depuis la
rouverture des cours, Natenska m'a devance. J'ai eu la joie d'y
retrouver libre le petit appartement o nous passmes tant de douces
soires  deviser ingnument sur les choses de Paris. Le papier de
tenture est neuf; mais les meubles n'ont pas boug. Je reconnais aux
murs les gravures d'il y a deux ans: _Rouget de l'Isle chantant la
Marseillaise, Enfin seuls!_, une _Descente de croix_, de Rubens. La
table o j'crivais boitait un peu; elle boite toujours. J'ai remarqu
qu'il est trs rare de rencontrer dans une chambre d'htel une table
dont les quatre pieds soient parfaitement gaux. Mais j'aime ce dcor
sans lgance, un peu bte, qui m'est rest fidle comme un ami.

Et puis ce quartier des Ecoles me ravit. Il me semble qu'on y respire un
air plus lger qu'ailleurs. Je songe que c'est le coin de Paris d'o
sont parties la plupart des ides qui font la grandeur de cette ville-ci
et sa grce, o l'on entretient les plus beaux rves, o presque toutes
les ambitions ont une noblesse, o tous les hommes qu'on rencontre ont
vingt ans...

Je note, autour de moi, deux nouveauts: aux siges de quelques fiacres,
les petits drapeaux rouges du taximtre et l-bas, devant le Panthon,
sur un haut tabouret de bois clair, une tache noire: le _Penseur_, de
Rodin. C'est tout, je crois. Mais les figures ont un peu chang. Mon
htelire a engraiss fcheusement et mon libraire a grisonn. Je
reconnais, dans les boutiques, des fillettes dont les unes sont devenues
laides et les autres jolies. Des gamins qui me souriaient, il y a deux
ans, sont  prsent des adolescents graves, qui me saluent de cet air de
dfrence inquite dont nous nous sentons secrtement, nous autres
femmes, plus flattes que d'un sourire. On a pouss, on a vieilli...
et c'est une nouvelle anne qui commence.

J'ai fln dans les rues, cette semaine, pour la regarder commencer. Ce
n'est plus la folie d'il y a huit jours, cette fivre de nouvel An qui
allumait tous les yeux, rpandait une gaiet sur les choses, acclrait
l'allure des pitons et des vhicules, entassait le long des boulevards
les badauds autour des baraques o s'offre le jouet de l'anne dans le
tapage des boniments, mettait je ne sais quel aspect d'abondance et de
splendeur joyeuse aux devantures des boutiques illumines. Ce n'est plus
cela, mais c'est quelque chose de charmant encore: c'est le
recommencement nonchalant de la vie dans le dcor dlicieux d'une fte
o l'on s'est un peu fatigu et qui a pass trop vite...

Quelques baraques ont disparu; les autres tiennent bon. Aux vitrines de
mon libraire, il y a encore des livres d'trennes, qui s'obstinent...
Les talages ont gard un peu partout leur air de gala; et il y a comme
un air de joie aussi sur les visages,--de cette joie apaise qui suit
les heures trs heureuses. On est content. Pourquoi? Parce qu'on attend,
sans doute, un peu plus de bonheur de l'anne qui vient que n'en a donn
celle qui s'en va.

Je me souviens qu'un jour, tant petite fille, je demandai: Qui a donc
invent le jour de l'An? Les enfants posent souvent des questions trs
raisonnables dont rient les grandes personnes, afin d'chapper  l'ennui
d'y rpondre. L'inventeur du jour de l'An m'apparaissait dj dans ce
temps-l comme un tre infiniment spirituel et bienfaisant, et je
l'aimais. En grandissant, j'ai appris que ce bienfaiteur n'existait
point; que l'Anne, c'est le tour d'un astre autour d'un autre astre, et
que les philanthropes et les donneurs d'trennes ne sont pour rien dans
la fixation de l'heure bnie o recommence, de douze en douze mois, ce
jour-l. Le jour de l'An se fait tout seul... Alors, je songe  la trs
abominable chose que serait l'existence des hommes sans cette journe;
j'imagine une vie forme d'heures seulement,--d'heures qui
succderaient  des heures, toujours, sans une halte o, de temps en
temps, les malheureux pussent s'approvisionner d'esprance et refaire
un peu, pour l'tape d'aprs, leurs mes fatigues. Et je remercie
l'Etre mystrieux (je l'appelle Providence au risque de me brouiller
avec les nihilistes de ma famille) qui dcoupa, dans l'infini du temps,
les annes.

L'anne, c'est une petite vie dans la grande; une petite vie complte,
indpendante de celles qui l'ont prcde et de celles qui la suivront;
aussi vite finie que commence, et cependant assez vaste pour que s'y
puissent loger toutes les douleurs et toutes les joies, toutes les
occasions et toutes les raisons qu'on a de rire et de pleurer. Mais nous
sommes ainsi faits qu'au seuil de l'anne qui s'ouvre  nous nous ne
voulons apercevoir que la possibilit d'un sort meilleur. C'est pour
cela que lejour de l'An nous met  tous l'me en joie. Je regardais aux
vitrines des papetiers, ces jours-ci, les calendriers nouveaux, les
images allgoriques de l'Anne qui vient; cela n'a pas chang non i
plus. L'Anne qui finit, c'est une vieille femme, en loques, que le
Temps met en fuite; elle est le pass, dont on se moque et qui ne compte
plus. L'Anne qui commence, c'est une femme aussi; mais celle-l est
jeune, elle est dlicieusement pare, elle sourit aux hommes, elle vient
 eux avec des gestes de bienfaitrice: elle est l'Esprance.

Cette image-l n'est pas accroche qu'aux vitrines des papetiers: elle
est en nous, et le dessinateur n'a fait ici que traduire le plus
universel et le plus vieux de nos rves,--un rve que refont d'instinct,
tous les douze mois, les moins heureux, ceux pour qui le jour de l'An
n'est gure diffrent des trois cent soixante-quatre autres jours de
l'anne qu'ils viennent de vivre. Car la vie ne s'arrte pas, et mme ce
jour-l--surtout ce jour-l!--nous entendons qu'il y ait des cochers sur
les siges des fiacres et des tramways, des sergents de ville aux coins
des rues, des hommes d'quipe aux quais des gares, des factionnaires aux
portes des ministres, des watmen dans les cages du Mtro, des hommes
transis et barbouills de noir sur les plates-formes des locomotives...
Ceux-l n'ont pas reu d'trennes et ne fteront point l'anne qui
commence; autour d'eux, tout le monde s'amuse; eux, docilement, parmi la
cohue, travaillent pour nous. Et cependant je suis sre que, mme  ces
solitaires, cette premire journe de l'anne fut moins lourde  passer
que les autres; qu'il n'y en a pas un que cette vision de l'An neuf
n'ait rjoui. Sans doute, je n'oserais pas imprimer dans un livre
destin  l'enseignement des petites filles que la joie de vivre date de
l'invention des calendriers. J'aurais peur que cette affirmation ne
part hasardeuse aux philosophes.

Et pourtant, quand on y rflchit...

Sonia,




_LES FAITS DE LA SEMAINE_


FRANCE

27 dcembre.--A la Chambre des dputs, adoption dfinitive d'une loi
enlevant aux fabriques et consistoires des glises le monopole des
inhumations pour en faire un service communal.

28.--Clture de la session extraordinaire du Parlement, aprs le vote
d'un douzime provisoire sur le budget de 1905, dont la discussion n'a
pu tre acheve.--Requte de membres civils et militaires de la Lgion
d'honneur demandant au gnral Florentin, grand-chancelier, de vouloir
bien soumettre  l'examen du conseil de l'ordre le cas des lgionnaires
dsigns comme ayant pris part  des actes de dlation.

31.--Rception par le prsident de la Rpublique de sir Edmund Monson,
qui lui prsente les lettres de rappel mettant fin  ses fonctions
d'ambassadeur d'Angleterre  Paris.--Dcret de grce rendu en faveur des
quatre frres Crettiez, condamns  la suite de l'affaire de Cluses.

1er janvier.--Rceptions officielles  l'Elyse. Le comte Tornielli,
ambassadeur d'Italie, doyen du corps diplomatique depuis le dpart du
nonce apostolique, prononce l'allocution d'usage.


TRANGER

26 dcembre.--Publication,  Saint-Ptersbourg, du Rescrit imprial
adress au Snat, dont nous avons pu, ds la semaine dernire, donner
une analyse. Ouverture des _zemstvos_ de gouvernement, dont les
dlibrations font suite  celles des _zemstvos_ de district. Le
ministre de l'intrieur, par une circulaire spciale, interdit  ces
assembles de discuter toute question politique.--En Grce, M. Delyannis
est charg de la constitution d'un nouveau cabinet.--La Porte dcide
enfin de reconnatre les nouveaux officiers de gendarmerie envoys en
Macdoine par les puissances.--Ouverture,  Bombay, du _Congres national
indien_.

28. Dmission de M. de Koerber, depuis cinq ans premier ministre
autrichien.

29.--Conclusion d'un accord commercial anglo-russe, accordant des droits
et privilges quivalents, dans les deux pays, aux socits
commerciales, industrielles, financires des deux pays.--On annonce de
Saint-Ptersbourg que l'amiral Kaznakof, commissaire de la Russie  la
commission internationale d'enqute (affaire de Hull), est, pour raison
de sant, remplac par le vice-amiral Doubassov.

30.--En excution du trait du 13 fvrier 1904, le Siam transmet  la
France (Indo-Chine) les provinces de Moulou-Prey, Tonl-Repou, Bassac,
Louang-Prabang; les troupes franaises commencent  vacuer la petite
ville siamoise de Chantaboun, que nous dtenions comme gage de
l'excution du trait du 6 octobre 1893, et  occuper le port de Kratt,
 une soixantaine de kilomtres au sud, qui nous est donn par la
dernire convention.--Meilleures nouvelles du Maroc; le sultan aurait
mand M. Gaillard, notre consul  Fez, pour lui dclarer que le renvoi
de la mission militaire franaise lui avait t dict par des
considrations budgtaires et que, si cette mesure dplaisait  la
France, il ne l'excuterait pas.--En Roumanie, retraite du cabinet
libral Demtre Stourdza, en fonctions depuis le 14 fvrier
1901.--Entrevue  la gare de Belgrade, entre le roi Pierre de Serbie et
le prince Ferdinand de Bulgarie.--Le War office dcide la transformation
de l'armement de l'artillerie anglaise: 160 batteries, d'un tout nouveau
modle, sont commandes, pour le prix de 60 millions de francs.

31.--Le baron Gautsch est appel  succder, en Autriche,  M. de
Koerber.




LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Chaque jour de la dernire semaine de 1904 tait marqu par un nouveau
succs des Japonais, au nord et au nord-ouest de Port-Arthur. Tour 
tour, les forts d'Erloung-Chan, de Soung-Sou-Chan, de Pan-Loung-Chan,
tombaient aux mains des assaillants. La principale ligne de dfense, si
longtemps invulnrable, tait largement entame. La forteresse n'avait
videmment plus assez d'hommes et de munitions pour continuer sa
rsistance. Le dnouement tait invitable. Il s'est produit le 1er
janvier par l'envoi d'un parlementaire russe au camp du gnral Nogi. Le
lendemain, 2 janvier, la capitulation tait signe.

Devant ce fait capital, tous les autres disparaissent. Il faut cependant
mentionner que les amiraux Togo et Kamimoura se sont rendus  Tokio o
les prsidents des deux Chambres et le peuple leur ont fait une
rception triomphale; au milieu des ovations, ils ont t conduits
directement chez le mikado. Les amiraux venaient arrter, de concert
avec l'tat-major, le plan des prochaines oprations navales contre la
seconde escadre russe du Pacifique.

On travaille activement, sur le Transsibrien,  remplacer les rails par
des rails plus lourds (22 kilos au mtre courant, au lieu de 16); ce
travail est dj effectu sur 1.740 kilomtres. On tudie le doublement
de la voie dj dcid.




UN PORTRAIT INATTENDU D'ABD-EL-AZIZ

Nous faisions connatre, la semaine dernire, quelques-unes des
distractions favorites du sultan du Maroc, aux heures de loisir que lui
laisse l'exercice, souvent fort pineux, du pouvoir souverain. Le trs
trange portrait d'Abd-el-Aziz que nous avons la bonne fortune de
publier aujourd'hui rvle une fantaisie du jeune empereur qui pourrait
tre classe au mme chapitre des amusements et divertissements si,
pourtant, par un certain ct, elle ne laissait supposer, au moins chez
d'autres que chez lui, des intentions assez machiavliques.

Exploitant, non sans habilet, ce penchant qu'on lui connat pour nos
moeurs, nos coutumes, pour toutes les choses d'Europe, on lui avait
command, chez le bon faiseur de Londres, un uniforme qui, aux bottes
prs,--de vraies bottes de gnral d'oprette, qui semblent empruntes au
magasin de costumes des Varits;--au fez encore, intangible,
irremplaable, se rapprochait assez des uniformes du haut commandement
de l'arme anglo-gyptienne. Ce n'tait qu'un essai, qu'une tentative;
mais, dans cette tenue, un lourd sabre de cavalerie  la main, Abd el
Aziz, constell de tous ses ordres, posa devant l'objectif. On voit le
rsultat de cette sance,  jamais mmorable, chez le photographe.

C'tait au temps de la grande faveur de Mac-Lean et il n'est que trop
ais de deviner d'o tait venue la suggestion. La photographie n'a plus
gure qu'un intrt rtrospectif, puisque toute espce de rivalit entre
l'Angleterre et nous, au sujet de la suprmatie au Maroc, semble
dsormais bien teinte. On peut se demander, toutefois, ce qu'eussent
pens et fait les sujets du sultan, si prompts  s'alarmer de tout oubli
des vieux usages, de toute violation, mme lgre, des traditions
sculaires, le jour o leur seigneur et matre et os se montrer  eux
sous ce harnois de guerre, et non plus sous les draperies de laine et de
soie blanche, quasi sacerdotales, qu'ils ont accoutum de lui voir
porter.

[Illustration: M. Bidegain.]

[Illustration: Un curieux document: le sultan du Maroc photographi en
uniforme de gnral anglais.]




M. BIDEGAIN

Le nom de M. Jean Bidegain appartient dsormais  l'histoire; il n'en
est pas qui en l'espace de quelques semaines ait t plus de fois
imprim dans les journaux, rpt par plus de bouches; il restera
troitement attach  l'affaire de la dlation, si fertile en incidents
sensationnels.

Comment ce modeste bureaucrate, secrtaire adjoint du Grand-Orient,
sous-ordre de M. Vadcard, a-t-il conquis d'emble la grande notorit?
Tout le monde le sait: en livrant les fameuses fiches maonniques dont
il avait la garde, il fut le principal artisan de leur divulgation dans
la presse et  la tribune du Parlement.

Abstraction faite d'autres considrations, le cas de M. Bidegain offre
cette originale particularit: ds l'instant o il est devenu un homme
du jour, ce personnage, soudainement rvl, s'est totalement clips;
il semble n'tre sorti de l'obscurit des bureaux de la rue Cadet que
pour plonger dans les paisses tnbres de l'inconnu, ou tout au moins
de l'incognito; il a fil  l'anglaise, mettant sur les dents les plus
fins limiers du reportage, laissant les esprits anxieux se perdre en
conjectures, comme on dit. Gratifi d'un ton d'ubiquit prodigieux, on a
signal simultanment sa prsence  Lige et au Caire; on a rpandu,
puis dmenti la nouvelle de sa mort: on l'a mme interview...
approximativement. O est Bidegain? Cherchez Bidegain? Problmes
d'actualit, rappelant la lgendaire question du Bulgare.

Si nous ne pouvons en fournir la solution, du moins sommes-nous en
mesure de publier un portrait authentique de M. Bidegain, et nous
rpondons ainsi au voeu du public, naturellement curieux de connatre la
physionomie des gens qui font beaucoup parler d'eux.




NOTES ET IMPRESSIONS

On fait ses classes au collge, on fait dans le monde ses humanits.
EMILE AUGIER.

                                    *
                                   * *

Les enfants sont la moisson des pres. VILLEMAIN.

                                    *
                                   * *

Le cercle: la famille de ceux qui n'en ont pas ou qui s'ennuient de la
leur. GUY DE MAUPASSANT.

                                    *
                                   * *

D'un crivain, on ne contrefait que la manire, on ne contrefait pas la
pense. SAINTE-BEUVE.

                                    *
                                   * *

La posie, sous sa forme la plus haute et la plus pure, qu'est-ce autre
chose que la vrit en fleur? FLIX HMON.

                                    *
                                   * *

Mme lorsque les bonheurs sont fans, le souvenir en parfume la vie.
LEONCE DUPONT.

                                    *
                                   * *

On voit parfois l'intolrance et le despotisme merger d'une rvolution
librale comme les plantes vnneuses d'un riche terrain d'alluvion.

                                    *
                                   * *

La fameuse scne  faire, au thtre, est, en gnral, celle qui n'est
pas  faire dans la vie. G.-M. VALTOUR.




[Illustration: 1.--La voiture amenant les chiens de la fourrire.]

[Illustration:2.--Arrive de la voiture devant la maison de M. Syveton.]

[Illustration: 3.--La caisse contenant les deux chiens est introduite
dans l'immeuble.]

[Illustration: 4.--La premire victime est tire de la caisse.]

[Illustration: 5.--Condamn  l'intoxication par le gaz.--_Croquis
d'aprs nature de M. Flasschoen_.]

Les prparatifs des expriences du 3 janvier au domicile de M. Syveton.

[Illustration: 6.--La deuxime victime attend son tour.]

[Illustration: 7.--M. Jondeau, concierge, 20 bis, avenue de Neuilly.]

[Illustration: 8: Coupe. Vue de face.

La chemine  gaz du cabinet de travail de M. Syveton.

A. Appareil Fondet, pour augmenter la surface de chauffe.--B. Bouches de
chaleur.--CCC. Bches  gaz garnies d'amiante.--G. Arrive du gaz venant
du compteur.--J. Journal froiss trouv aprs la mort de M. Syveton
au-dessus de l'appareil Fondet.]

L'AFFAIRE SYVETON.--20 bis, AVENUE DE NEUILLY




[Illustration: Mme Mnard et Mme Syveton.--Photographie Stebbing (1904).
Mme Syveton. Photographies Sazerac (1903). Mme Mnard.]

LES PLUS RCENTES PHOTOGRAPHIES DE Mme SYVETON ET DE SA FILLE, Mme
MENARD




[Illustration: Gnral Oku. Prince Nashimoto.

Le gnral Oku, le prince Nashimoto et l'tat-major de la 2e arme
suivant les progrs de l'attaque de Chu-San-Pao.]

LES PHOTOGRAPHES A L'ARME JAPONAISE

On a remarqu dj que les Japonais voyaient sans dplaisir les
photographes, correspondants de journaux ou reprsentants d'entreprises
cinmatographiques, fixer sur le glatino-bromure les pripties de la
campagne actuelle,--au moins en tant qu'elles peuvent servir leur
gloire.

C'est ainsi qu'un clich, d'ailleurs fort amusant  analyser, nous
montre le gnral Oku suivant, d'un observatoire, la marche de l'attaque
de Chu-San-Pao. Le gnral est assis sur une bien banale chaise, trs
europenne, en bois courb,  fond cann. Devant lui,  terre, la carte
du champ de bataille de la rgion est tendue. Les officiers de
l'tat-major sont disperss derrire de petits remblais, assis sur du
millet, et parmi eux, au premier plan, le prince Nashimoto, cousin de
l'empereur.

[Illustration: Un cinmatographe en position sur le passage d'un convoi
de blesss. _Phot. Hare. Copyright by Collier's Weekly_.]

C'est ainsi encore que nous voyons oprer, ci-contre, le cinmatographe,
au passage d'un convoi de blesss.

La troisime de ces photographies n'eut pas l'heur de plaire aux
autorits japonaises,  la censure militaire, plus exactement, qui
fonctionne tout aussi ponctuellement qu'en Russie. Elle nous arriva,
compltement recouverte d'un pais papier vert coll sur toute sa
surface. Mais la meilleure colle ne vaut pas, pour masquer les choses
qui ne doivent pas tre lues ou vues, le bon caviar de la police
russe. Nous pmes dgager cette image et la retrouver telle que la
voici, montrant un amas de huit cadavres de soldats autour du corps du
lieutenant Chokichi Yoshimi, du 16e d'infanterie.

Mais quelle ide avait travers la cervelle du fonctionnaire japonais?
Est-il donc si subversif de montrer que les guerriers nippons meurent
aussi, comme les autres?

[Illustration: UN GROUPE DE CADAVRES DU 16e REGIMENT D'INFANTERIE
JAPONAISE APRS LA BATAILLE DE TA-CHE-KIAO

_Dans les revues japonaises cette gravure a t, par ordre de la censure
militaire, recouverte d'une paisse bande de papier soigneusement
colle._]

LES TRANCHES JAPONAISES DEVANT PORT-ARTHUR

[Illustration: Soldats japonais en tenue d'hiver.]

Aux abords de la place assige, une vritable ville souterraine, o
s'entre-croisaient les sapes, les tranches, les contre-mines, avait t
creuse depuis le commencement du sige. Chaque jour elle se dveloppait
un peu, s'avanait doucement vers les ouvrages de dfense. On l'avait
construite presque en entier de nuit, et c'est aussi la nuit qu'elle
s'animait pour l'oeuvre meurtrire et retentissait des clats du feu.
Dans la journe, la plupart des tranches taient dsertes, les hommes
reposant sous la tente dans celles qui leur servaient de casernements.
Vers 4 heures de l'aprs-midi, le mouvement, suspendu depuis l'aube,
recommenait. Les soldats apparaissaient dans les tranches, procdaient
sommairement  leur toilette et faisaient minutieusement celle de leurs
fusils, rangs dans une entaille du parapet, se prparant pour l'action
prochaine.

[Illustration: L'intrieur d'une tranche japonaise avance.

Ces tranches, on peut le constater, taient en gnral  dcouvert.
Mais, de place en place, des rduits formant pont et matelasss de
gazonnements et de sacs  terre taient amnags pour abriter les
officiers gnraux dirigeant le feu. Ils correspondaient  des fentres,
 des meurtrires troites perces  travers le rempart et permettant
aux hauts commandants de suivre le combat  l'abri des bombes.]

[Illustration: LES TRANCHES PARALLELES DEVANT PORT-ARTHUR.--A l'abri
des bombes: le gnral japonais Teuchiya, de la 11e division, regardant
 la lorgnette, par une meurtrire, les effets du bombardement.--_Phot.
Harry, copyright 1904_.]

[Illustration: Le gnral japonais Iditchi, charg de ngocier la
reddition de Port-Arthur.]

[Illustration: L'entre de Port-Arthur, vue de la mer, d'aprs une
photographie prise au mois de septembre, avant la destruction de la
flotte russe.]

[Illustration: Le gnral russe Kondratenko, qui avait organis la
dfense de Port-Arthur et qui a t tu le 25 dcembre par un obus
japonais.]

[Illustration: Le gnral japonais Nogi, commandant en chef l'arme
d'oprations qui a rduit Port-Arthur aprs huit mois de sige.]

[Illustration: PANORAMA DES MONTAGNES FORTIFIEES ENTOURANT PORT-ARTHUR
DU COT DE LA TERRE

A l'horizon: le profil de crte de la montagne d'Or et de la colline de
203 mtres; sur le flanc des collines on aperoit un grand nombre
d'ouvrages provisoires japonais.--_Copyright 1904, by Underwood and
Underwood._]




Supplment  l'ILLUSTRATION, 7 Janvier 1905.

LA CHUTE DE PORT-ARTHUR

[Illustration: Le gnral Stossel.]

[Illustration: Mme Stossel.]

[Illustration: LES DFENSES DE PORT-ARTHUR, D'APRS UNE CARTE JAPONAISE

Les forts et ouvrages tracs en trait plein et surmonts d'un pavillon
japonais sont ceux dont les Japonais s'taient rendus matres jusqu'au
1er janvier au matin. Les forts tracs en double trait taient encore
aux mains des Russes, mais n'avaient plus d'hommes et de munitions pour
les dfendre.--Sur cette carte sont galement indiqus le village de
Shui-Shi-Yng, o les parlementaires russes furent envoys le 1er
janvier, et l'ouvrage du Nid-du-Grand-Aigle, o fut signe la
capitulation du 2 janvier.]

[Illustration: PORT-ARTHUR: VUE A VOL D'OISEAU PRISE DES HAUTEURS
DE L'EST]

[Illustration: Le port de commerce.]

[Illustration: La vieille ville: le signe + dsigne l'imprimerie du
journal Novi Kray; le signe X dsigne l'ancienne maison de l'amiral
Alexeef.]

[Illustration: Les entrepts et magasins:  gauche, l'entre de la rade.
PORT-ARTHUR AU DBUT DE LA GUERRE: MAINTENANT UN MONCEAU DE RUINES]

[Illustration: LES DERNIRES NUITS DE PORT-ARTHUR

Arostiers militaires japonais observant les effets du tir sur la ville,
la rade et les ouvrages de dfense.]




[Illustration (2 sections): Premire et dernire pages d'un des
fascicules manuscrits du Code civil.]

LA RFORME DU CODE CIVIL

Le Code Napolon, qui nous rgit encore, date de 1804. C'est le 21 mars
de cette anne qu'une loi runit sous le titre de Code civil des
Franais un ensemble de lois sur les matires civiles qui, rdiges par
une commission compose de Tronchet, Bigot de Prameneu, Malleville et
Portalis, puis approuves par le Tribunat, avaient t successivement
promulgues et rendues excutoires, sous forme de dcrets rendus par
Bonaparte, au fur et  mesure de leur laboration. Les manuscrits
originaux de ce monument lgislatif sont prcieusement conservs dans
les archives du ministre de la justice. Ils constituent une srie de
fascicules, crits avec application sur parchemin, tous revtus de la
signature du Premier Consul et cousus d'un cordonnet tricolore. Chacun
d'eux porte un norme sceau de cire rouge, qui ne mesure pas moins de
135 millimtres de diamtre et qu'une paisse bote de fer-blanc protge
contre toute atteinte: la destruction ou l'altration volontaire de l'un
de ces sceaux emporterait pour son auteur la peine des travaux forcs.
Nous reproduisons la page initiale et la dernire du premier livre, du
premier titre proprement dit, prcd d'un titre prliminaire de six
articles renfermant les dispositions gnrales--c'est le type mme du
manuscrit entier et tous les autres fascicules lui ressemblent.

On a clbr rcemment le centenaire du Code civil. Il ne devait pas
survivre, en son intgralit,  cette commmoration.

Il devinait les lois en faisant des codes, dit, exaltant Napolon, un
des personnages de Vigny. Les moeurs en se modifiant devaient pourtant
rendre caduques quelques-unes des dispositions du Code de 1804. Depuis
longtemps, des crivains, des lgistes avaient signal les
imperfections, les rides, qui, avec le temps, en raison des conditions
nouvelles de notre existence, y taient apparues. M. Vall, garde des
sceaux, ministre de la justice, a pens que l'heure tait venue de
procder non  une refonte,  une rfection, mais  une mise au point du
Code civil. Et il a charg une commission de rechercher quelles
modifications on pourrait utilement apporter  cet ensemble de lois pour
le mettre en harmonie avec les ralits actuelles de la vie. Cette
commission, de soixante et un membres, sous la prsidence de M.
Ballot-Beaupr, premier prsident de la Cour de cassation, comprend, 
ct de jurisconsultes minents, de membres du Parlement, des hommes de
lettres comme M. Paul Hervieu, M. Brieux, M. Marcel Prvost, qui, dans
leurs crits, avaient envisag certains problmes, rsultat de la non
concordance des lois avec les moeurs actuelles. Et,  la fin de dcembre,
le garde des sceaux inaugurait solennellement, en l'htel de la place
Vendme, les travaux de cette commission.

[Illustration: Une runion de la commission charge de la rforme du
Code civil au ministre de la justice.]

[Illustration: Aspect actuel du Palais de justice et des vieilles
maisons qui y sont enclaves,  l'angle du boulevard du Palais et du
quai des Orfvres.]




L'AGRANDISSEMENT DU PALAIS DE JUSTICE

Ces jours-ci, le Conseil gnral de la Seine a vot dfinitivement un
grand emprunt dpartemental, dj sanctionn par les deux Chambres et
permettant d'excuter  Paris et dans les communes environnantes des
travaux d'utilit gnrale.

En ce qui concerne Paris, les travaux les plus importants gags sur cet
emprunt de 200 millions sont l'agrandissement des Halles et du Palais de
justice, l'achvement du boulevard Raspail et la construction d'une
nouvelle gare aux abattoirs de la Villette.

C'est par le Palais de justice que l'on va commencer. Dans les premiers
mois de 1905, vont tre poursuivies les formalits d'expropriation des
immeubles, d'ailleurs peu lgants qui forment l'angle du boulevard du
Palais et du quai des Orfvres. Disparatra galement le hangar qui
flanque les btiments de la Sret et renferme les pompes, dites de
l'tat-major.

La nouvelle construction occupera tout cet emplacement. C'est le projet
tabli par M. Tournaire, architecte de la premire division de la
Prfecture.

A gauche, prs des btiments de la Sret, on remarque un guichet assez
bas, en forme de vote. C'est par l que passeront les voitures
cellulaires menant les dtenus  l'instruction.

A ct, une tour. Puis le corps proprement dit du btiment qui aura
trois tages et rappelle un peu l'architecture allemande. M. Tournaire a
tabli  l'angle du boulevard du Palais une tour dpassant  peine la
toiture du btiment, de manire que, vue de la place Saint-Michel, elle
ne puisse aucunement lutter avec la flche si fine et si dlicate de la
Sainte-Chapelle.

La septime commission du Conseil gnral a nomm pour tudier ce projet
une sous-commission compose de MM. Galli, Ambroise Rendu, Bertrou, Le
Menuet, Heppenheimer. Le croquis de M. Tournaire semble runir leurs
suffrages, comme ceux de la plupart des autres membres du Conseil.
Quelques-uns pourtant critiquent la tour de gauche; ils craignent
qu'elle ne masque la Sainte-Chapelle sur le quai des Grands-Augustins.
Ces derniers prfreraient une tour plus large peut-tre, mais moins
leve.

Que le projet soit adopt tel quel, ou qu'il subisse cette modification
de dtail, il nous a paru intressant de publier un croquis qui modifie
si profondment un des coins les plus frquents de Paris. Cet
agrandissement permettra de crer au Palais quatre nouvelles chambres
correctionnelles, plus une cinquime chambre plus grande pour les causes
sensationnelles et une salle pour les accidents du travail.

Les travaux de dmolition des immeubles et des fondations du nouveau
btiment seront sans doute commencs cette anne. Si tout marche bien,
peut-tre l'inauguration de cette nouvelle et importante partie du
Palais aura-t-elle lieu  la fin de 1907.

Indiquons que M. Tournaire a l'intention de mnager une pelouse garnie
de bouquets d'arbres dans la cour de la Sainte-Chapelle. Cette sorte de
square serait en effet plus en rapport que le macadam actuel avec ce
bijou de l'architecture franaise.

[Illustration: Le Palais de justice, vu de la place Saint-Michel, tel
qu'il sera aprs son agrandissement.]




[Illustration: Groupe de voitures concurrentes  l'tape de Kalyan ( 40
milles de Bombay).]

L'AUTOMOBILE AU PAYS DES RAJAHS LA COURSE DELHI-BOMBAY

L'automobile a commenc la conqute de l'Inde: sa premire victoire, en
ces lointaines rgions vient de s'affirmer avec clat par une grande
course qu'a organise le _Motor Union of Western India_ (comit de
l'Automobile-Club de l'Inde occidentale) et pour laquelle un mule
hindou de M. Gordon-Bennett, S. A. le guikowar de Baroda, a
gnreusement offert le prix de la Coupe.

L'preuve a eu lieu entre Delhi, la capitale des empereurs mogols et le
grand port de Bombay. Elle a dur huit jours, du 26 dcembre au 2
janvier. Ce n'tait pas une course de vitesse, mais une course de
rsistance et de continuit dmarche. On comptait 38 voitures engages,
dont 19 franaises, 17 anglaises, une italienne (Fiat) et une amricaine
(Oldsmobile). Les principales marques franaises taient reprsentes:
de Dion-Bouton, Gardner-Serpollet, Dietrich, Panhard-Levassor, Peugeot,
Clment, Renault, etc.

Quatorze cent cinquante-cinq kilomtres, tel est le long ruban de route
qu'ont eu  parcourir les chauffeurs concurrents en ce voyage du Pendjab
 la prsidence de Bombay, par tapes de 125  200 kilomtres,  Agra,
Gwalior, Goona, Sarangpore, Indore, Dhulia, Nasik. Parcours sans
obstacles sinon une tendue d'eau qui, 'coupant l'itinraire, obligeait
les modernes voitures  emprunter momentanment le secours d'un bac,
antique mode de transport.

[Illustration: La voiture victorieuse, conduite par M. L. Sorel.]

L'Automobile-Club de l'Inde occidentale, si nous en jugeons par les
termes mmes de son programme, poursuivait un triple but en prparant
cette course:

1 Dmontrer au public indien que l'automobile a maintenant atteint un
tel degr de perfection qu'elle rpond entirement aux besoins de
l'Inde, surtout dans les districts o le chemin de fer n'existe pas et
o les fonctionnaires ont souvent  'parcourir des distances normes;

2 Engager les touristes qui visitent ce pays  amener avec eux leurs
voitures et  profiter ainsi des routes magnifiques et du temps idal
que le voyageur est assur de trouver entre les mois d'octobre et de
mars;

3 Attirer l'attention des fabricants d'Europe et d'ailleurs sur ce dont
l'Inde a besoin en fait d'automobiles.

Le rglement de l'preuve avait t judicieusement conu  cet effet. Un
nombre maximum de points (1.000) avait t allou  chaque voiture et un
point lui tait retranch pour chaque minute d'arrt en cours de route
par suite de n'importe quelle cause autre que les neutralisations
prvues. Aucune rparation, aucun ajustement, aucun changement ne
pouvaient tre faits aux voitures ou aux moteurs durant le trajet d'une
tape  l'autre sans entraner une perte de points. Les arrts dus aux
accidents de pneumatiques entranaient de leur ct une perte d'un
demi point par minute.

Dans ces conditions il est naturel de penser que la course Delhi-Bombay
aura des rsultats pratiques pour le dveloppement de l'automobile dans
l'Inde et il est agrable de constater qu'avec une voiture de sa
fabrication--une Dietrich--l'industrie franaise a remport dans cette
possession anglaise une nouvelle victoire.

[Illustration: L'AUTOMOBILE DANS L'INDE.--Une voiture passant, en bac,
une rivire qui coupe la route.--_Photographie J. Stewart._]

[Illustration: LE CIRCUIT D'AUVERGNE
o se courront, en juin prochain, les Eliminatoires, la coupe
Gordon-Bennett et le Grand Prix international de l'Automobile-Club de
France.

Carte du circuit.--1. Le dpart et l'arrive, aux Quatre-Routes, face
 Clermont-Ferrand; la route de gauche s'loignant vers le second plan
est la ligne de dpart; la route de droite venant vers le premier plan
est la ligne d'arrive.--2. M. Thry (au volant de direction), gagnant
de la coupe Gordon-Bennett en 1904, et M. Brasier (derrire Thry),
constructeur de la voiture victorieuse, sur la route du circuit
d'Auvergne.--3. Une descente en ligne droite en vue du puy de Dme.--4.
Une descente en virage aprs Rochefort.--5. Ligne droite et descente 
pic aprs Rochefort.--6. Zigzags avant Lastic.--7. et 8. Deux virages
sur place, le premier aprs le col de la Moreno, le second 
Bourg-Lastic.]

[Illustration: Le nouveau dirigeable Santos-Dumont muni de sa
montgolfire dans l'arodrome du parc Saint-James,  Neuilly.]




_Documents et Informations_.

Le nouveau Santos-Dumont.

Reprenant  un sicle d'intervalle, en le perfectionnant et le dotant
des ressources de la science moderne, le systme de ballon mixte,
arostat et montgolfire, d  l'invention de Piltre de Rozier, M.
Santos-Dumont espre battre ainsi tous les records de dure de sjour
dans l'atmosphre sans atterrissage.

Si ce n'tait la perptuelle menace d'incendie qu'entrane toute
montgolfire en raison du voisinage oblig d'un foyer incandescent, le
systme offrirait de nombreux avantages. Associer  un arostat  gaz
lger un ballon  air chaud dont il suffira d'lever la temprature pour
contre-balancer les perles d'hydrogne, pertes dues tant  la porosit
des enveloppes qu' la manoeuvre des soupapes, est, en effet, une ide
des plus rationnelles. Il est facile de comprendre que ce systme
permettrait de sjourner plusieurs jours dans l'atmosphre puisqu'il
suffirait d'chauffer progressivement l'air de la montgolfire  mesure
que l'arostat perdrait de sa force ascensionnelle.

[Illustration: M. Santos-Dumont exprimentant le chalumeau qui sert au
gonflement de sa montgolfire.]

Pour atteindre ce but, M. Santos-Dumont a combin ingnieusement son
thermo-ballon. Comme l'indique notre photographie, le ballon principal,
de forme ovode,  gros bout  l'avant, contient la moiti suprieure de
la montgolfire dont le bas fait saillie en dessous de l'arostat. La
capacit de cette montgolfire est d'environ 750 mtres cubes. Le ballon
lui-mme, gonfl au gaz d'clairage, mesure 19 mtres de longueur pour
14 mtres de diamtre et sa contenance est d'environ 2.000 mtres cubes.
La forme ovode est destine  faciliter la marche du ballon qui sera
pourvu d'ici peu d'un moteur de 12 chevaux et d'une hlice propulsive
orientable  volont pour former gouvernail de direction.

La nacelle est supporte par une poutre horizontale trs rigide, relie
 des suspentes et des pattes d'oie fixes  la partie quatoriale de
l'enveloppe.

L'air chaud est fourni par un puissant rchaud  ptrole d'un
fonctionnement trs analogue  celui des rchauds ordinaires  gaz
d'alcool. On peut voir sur notre gravure le tube-rcipient dans lequel
le ptrole, maintenu sous pression  l'aide d'une pompe  air, vient
jaillir, pralablement vaporis, sous forme de flamme intense aux
orifices du rchaud. Ce chalumeau, de puissance variable  volont,
susceptible mme de brler en veilleuse, est plac  la partie
infrieure de la montgolfire  laquelle il distribue des torrents d'air
chaud; il est entour d'une chemise de toile mtallique, destine, dans
l'esprit de l'inventeur,  carter tout danger d'incendie.

Tout cet ensemble est bien agenc pour fournir d'intressants rsultats
 l'intrpide aronaute, mais on ne peut se dfendre d'une certaine
inquitude en songeant au voisinage d'un gaz minemment inflammable
comme le gaz d'clairage et d'un foyer incandescent mme envelopp d'une
toile mtallique. Le martyrologe de la navigation arienne doit beaucoup
de ses effrayants pisodes  cette nfaste proximit et, sans remonter
bien haut, il suffit de se remmorer le terrible accident du _Pax_ dont
l'explosion a t due  la prsence des gaz d'chappement d'un moteur
dans les environs d'une fuite de gaz hydrogne. Nous souhaitons que la
prudence et l'intrpidit de M. Santos-Dumont se doublent dans ces
essais, de la chance qui lui a toujours t favorable au cours de ses
nombreuses et prilleuses ascensions.

L'aviation en France.

M. Ferber, capitaine d'artillerie, poursuit en France, avec une louable
persvrance, des essais d'aviation qui lui assurent dans cette branche
intressante de la navigation arienne une place des plus honorables.
Ses vols plans n'ont sans doute pas atteint la grande longueur de ceux
des frres Wright, passs matres dans cet art en Amrique, mais ils
sont des plus instructifs et des plus utiles pour la solution de ce
grand problme.

M. le capitaine Ferber est, comme les frres Wright, mule du fameux
Lillienthal,  qui l'on doit la vulgarisation des vols en aroplane.

Le type d'appareil adopt par M. Ferber est l'aroplane  deux surfaces
superposes qui offre l'avantage de diminuer de moiti l'envergure
ncessaire pour enlever un poids donn, tout en formant un ensemble trs
rigide et trs lger  la fois. Cet exprimentateur a abandonn la
position couche sur l'appareil, position de moindre rsistance  l'air,
mais passablement incommode, et il se tient simplement assis dans un
videment de la surface infrieure.

La gravure ci-dessous nous montre le courageux aviateur dans l'un de ses
vols plans.

Nous craignons fort que les amateurs ne se multiplient gure, malgr le
charme passionnant, dit-on, de ce sport arien. Les dangers inhrents 
l'aroplane sont en effet des plus graves, comme le prouvent les chutes
mortelles de MM. Lillienthal et Pilcher, les deux plus ardents
promoteurs de ces vols plans.

L'instabilit des appareils est toujours fort prcaire. Si l'oprateur
se tient trop en avant, l'appareil pique une tte vers le sol; s'il se
tient trop en arrire, il retombe brutalement dans cette direction; ces
mmes phnomnes se reproduisent si le vent frappe l'appareil trop en
dessus ou trop en dessous, ou s'il fait subitement dfaut; un coup de
vent latral, enfin, peut faire piquer une tte de ct et, si
l'aviateur ne peut parer instantanment  ces embardes par la manoeuvre
opportune des gouvernails, son existence est fort en pril.

[Illustration: Le capitaine Ferber excutant un vol plan.]

Influence des couleurs sur la sensibilit.

Un physiologiste allemand vient de consacrer une tude spciale 
l'action que peuvent exercer les lumires colores sur notre
sensibilit. Ses expriences font voir que nos sens ne fonctionnent pas
galement bien  la lumire,  l'obscurit et dans les lumires
colores. Le rouge, le jaune, le vert et le bleu apportent une forte
perturbation  nos impressions auditives et nous laissent perplexes en
ce qui concerne les directions d'o vient le son. Les lumires colores
affectent aussi le sens de l'quilibre. Mais celui de nos sens qui est
le plus troubl par les lumires colories est peut-tre celui de la
gustation. Dans la plupart des cas, il y a un accroissement ou une
diminution de la puissance gustative. Il y a mme des perversions du
got. Sous l'influence de certaines couleurs, un corps qui donne  la
lumire ordinaire une saveur sucre donnera, par exemple, une saveur
sale ou acide. Souvent la couleur qui produit les variations les plus
prononces est celle que le sujet prfre. Dans le cas de la sensibilit
thermique, le bleu et le violet causent une diminution de la sensation
de froid; avec le rouge et le vert, il y a, au contraire, une
augmentation. La prsence et l'absence de lumire ordinaire, non
colore, ont aussi une action marque sur la sensibilit. Par exemple,
l'obscurit diminue la sensibilit acoustique; on entend plus finement
avec lumire que dans l'obscurit--Une oue faible devient plus forte
aussitt que l'oeil reoit la lumire du jour. Ceci a t, dans une
certaine mesure, observ par les navigateurs qui ont dclar que de nuit
les signaux acoustiques sont souvent moins bien perus que durant la
journe. Les lumires colores agissent aussi sur l'audition: les
lumires rouge, jaune et verte font paratre un son plus lev qu'il
n'est: la lumire violette le fait paratre plus bas.

A propos de cette action qu'exerce l'activit des autres sens sur chaque
sens isol, il est intressant de noter que, pour l'exprimentateur
allemand, la sensibilit tactile des aveugles-ns, qu'on dit souvent
suprieure  celle des voyants, est, en ralit, infrieure. De faon
gnrale tous les sens souffrent de la privation de lumire. Les fumeurs
savent tous que, dans l'obscurit, ils ne jouissent gure de leur pipe
ou de leur tabac: souvent ils ne savent--par l'odorat et le got
seul--si leur tabac brle ou non, s'ils fument rellement ou bien 
blanc. D'autre part, le got perd beaucoup de sa finesse dans
l'obscurit, et ceci expliquerait certains cas d'empoisonnement
involontaire, certains cas d'individus avalant sans broncher, dans
l'obscurit, le contenu toxique d'une bouteille qu'ils croyaient tre
remplie d'un liquide tout autre, comme effets et comme saveur.

La production des vins en 1904.

L'anne dernire la production des vins franais a t
exceptionnellement bonne: elle a dpass 66.000.000 d'hectolitres, en
augmentation de 30.500.00 hectolitres par rapport  la rcolte de 1903
et de 23.500.000 hectolitres comparativement  la moyenne des dix
dernires annes.

C'est une rcolte de 72 millions d'hectolitres y compris la production
de l'Algrie.

Depuis 1875, seule l'anne 1900 avait atteint ce chiffre.

Sauf l'Aube, le Doubs et le Jura, qui prsentent des diminutions, tous
les dpartements producteurs prsentent des augmentations.

Les plus favoriss sont l'Hrault, avec 6.778.000 hectolitres; l'Aude,
avec 3.338.000 hectolitres; Indre-et-Loire, avec 1.419.000 hectolitres;
la Gironde, avec 2.424.000 hectolitres; la Loire-Infrieure, avec
1.239.000 hectolitres; la Charente-Infrieure, avec 1.171.000
hectolitres d'augmentation.

La Gironde a eu une production totale de 4.500.000 hectolitres.

D'aprs les estimations faites dans chaque dpartement, la valeur de la
rcolte de 1904, s'lverait  1 milliard 223.900.000 francs.

La tnacit de vie des gupes.

Un observateur amricain assure que peu de btes sont aussi prises de
la vie que le sont les gupes. On peut leur couper l'abdomen sans
qu'elles paraissent en prouver une motion quelconque. Tandis que
l'abdomen gt inerte sur le sol--et vraiment on ne saurait lui reprocher
son inertie, puisqu'il n'a rien qui puisse lui servir d'organe de
locomotion--le reste du corps, form de la tte, du thorax, des ailes et
des pattes, va voleter de droite et de gauche comme si rien ne s'tait
pass. Et il continue de la sorte pendant deux et trois jours. Mais,
pour obtenir ce rsultat, il faut couper  la taille exactement 
l'endroit o se soudent l'abdomen et le thorax. Si l'on coupe en travers
de l'abdomen, la mort est immdiate, ou peu s'en faut. On observe des
faits analogues chez les fourmis. Des fourmis coupes en deux  la
taille continuent  circuler,  se nourrir et  faire tout leur mtier
de fourmi; et il leur arrive de survivre plus longtemps que ne font les
gupes. Elles ont, en outre, une remarquable rsistance  la submersion
et  l'inanition. Une fourmi peut rester noye huit jours et sortir de
l'eau en tat de reprendre ses esprits et ses travaux; une fourmi peut
vivre jusqu' cent jours sans rien manger. Enfin, une fourmi dcapite a
vcu quarante et un jours, se promenant et s'agitant, mais sans manger,
naturellement, et sans pouvoir faire grande besogne.

La houille blanche en Europe.

La production de l'lectricit par les forces hydrauliques a atteint les
chiffres suivants dans les principaux pays du monde: Etats-Unis, 627.000
chevaux; Canada, 228.000; France, 162.000; Italie, 210.000;
Grande-Bretagne, 12.000; Suisse, 133.000; Allemagne, 81.000; Sude,
71.000; Autriche, 16.000; Russie, 10.000; Japon, 3.500: Indes, 7.000,
etc.

Au total, c'est une production de 1.500.000 chevaux, en nombre rond. Si
l'on estime la production totale relle  2 millions de chevaux, on voit
que cette production reprsente actuellement le double environ du
travail produit par la vapeur dans la Grande-Bretagne et l'Irlande.

La France vient au quatrime rang pour l'ensemble et au deuxime rang
des pays du vieux monde.

Le commerce extrieur des automobiles.

Le commerce des automobiles en 1903 a produit 1.267.000 francs 
l'importation et 50.837.000 francs  l'exportation. En 1898, les
chiffres correspondants taient de 395.000 et 1.749.000 francs. Enfin,
pour les six dernires annes, l'importation a donn 4.396.000 francs et
l'exportation 112.265.000 francs.

Les importations nous viennent surtout d'Allemagne et nos principaux
envois vont en Angleterre. En 1903, ces derniers ont dpass la somme de
31 millions et demi.

Notre commerce avec l'Italie ne montre aucun progrs.

Le centenaire de Sainte-Beuve
 Lausanne.

Les hommages posthumes n'auront pas manqu  Sainte-Beuve pour son
centenaire. Des crivains lui ont rig sous la forme du livre une sorte
de monument littraire; un groupe d'hommes d'lite a fait placer sur la
faade de sa maison natale,  Boulogne-sur-Mer, l'effigie dont nous
avons donn rcemment la reproduction; la fidlit au culte de
l'illustre critique  qui son oeuvre survit s'est manifeste hautement
mme hors de nos frontires.

[Illustration: Plaque commmorative de Sainte-Beuve,  Lausanne.-_Phot.
Bonard._]

Le 23 dcembre dernier, date exacte du centime anniversaire de sa
naissance, on inaugurait  Lausanne, en son honneur, une plaque
commmorative scelle  la faade de l'universit. Cet difice, en
effet, abritait jadis l'acadmie o, en 1837, Sainte-Beuve vint
professer un cours public dont la matire n'tait autre que la
documentation prparatoire de sa fameuse histoire de Port-Royal. La
plaque est due au sculpteur Raphal Luglon, qui s'est inspir du
mdaillon de David d'Angers; les frais d'excution ont t couverts par
une souscription  laquelle ont pris part MM. Jules Claretie, Albert
Sorel, Paul Deschanel, de l'Acadmie franaise; le programme de la
crmonie d'inauguration comportait une sance acadmique et un banquet,
au cours desquels les sentiments de communaut intellectuelle entre la
Suisse et la France ont trouv une nouvelle occasion de s'affirmer.




_Mouvement littraire_.

_Mmoires du duc de Choiseul (Plon, 7 fr. 50).--Souvenirs du comte de
Plancy_, publis par son petit-fils, le baron de Plancy (Ollendorff, 7
fr. 50).--_Histoire de la France contemporaine_, par Gabriel Hanotaux,
t. II (Combet, 7 fr. 50).

Mmoires du duc de Choiseul.

Etienne Charavay avait trouv les _Mmoires_ de Choiseul, sous forme de
lettres, dans la collection Feuillet de Conches et avec M. Jules
Flammermont en avait prpar la publication. Mais c'est M. Fernand
Calmettes qui les met sous nos yeux, en les enrichissant de notes
rudites. Le duc de Choiseul, n le 28 juin 1719, eut des fortunes
diverses. Il prit du service dans l'arme de l'empereur et fit la
campagne de Hongrie (1739). Plus tard, en 1744, aprs s'tre jet l o
le portait son temprament, c'est--dire dans les plaisirs, il fut
attach aux expditions du prince de Conti, ce qui lui fit prendre en
haine le marchal de Saxe, dont il relve la morgue, l'insolence et les
fautes militaires. Malgr ces tentatives de jeunesse, la guerre n'tait
pas prcisment l'affaire principale du duc de Choiseul, jouisseur avant
tout et fin diplomate. En mauvais termes d'abord avec Mme de Pompadour,
il en fit la conqute, en l'clairant sur certaine tendresse dangereuse
du roi pour Mme de Choiseul-Beaupr. La favorite lui en sut le meilleur
gr, en mme temps que Louis XV, pour le mme motif, le prenait en
aversion. Mais si puissante tait Mme de Pompadour qu'elle triompha des
rsistances royales et fit de Choiseul un ambassadeur  Rome, puis 
Vienne (mars 1757), avant de l'lever au rang de ministre des affaires
trangres (7 dcembre 1758).

S'il en fallait croire les contemporains, la marquise, en amiti
seulement avec Louis XV depuis 1652, aurait eu des bonts pour Choiseul.
Aprs une excellente administration et des efforts pour relever la
marine nationale, de laquelle dpendra toujours la prosprit de la
France, le duc tomba du pouvoir en 1770. Mme de Pompadour n'tait plus
l pour le soutenir. Mine par la maladie, d'une effrayante maigreur,
elle s'tait teinte lamentablement, le 15 fvrier 1764. Jeanne Bcu,
une fille, marie au comte du Barry, avait t jete par un ignoble
beau-frre dans les bras du roi, lequel l'avait aperue, pour la
premire fois, chez son valet de chambre, Lebel. Le 22 avril 1769, Mme
de Barn avait prsent la nouvelle favorite au roi et  la famille
royale. Maupeou, le duc d'Aiguillon et surtout l'abb Terray, amis de la
du Barry, se signalrent par leur acharnement contre Choiseul, qui fut
exil  Chanteloup et ne put revoir Paris qu'aprs la mort de Louis XV
et grce  l'influence de Marie-Antoinette, laquelle lui savait gr de
l'alliance avec l'Autriche. Perdu de dettes, jusqu' la fin fastueux et
amoureux du plaisir, le duc de Choiseul mourut le 8 mai 1775.

C'est  son envoi comme ambassadeur  Vienne que s'arrtent ses
_Mmoires_ proprement dits; mais M. Fernand Calmettes les a fait suivre
d'opuscules du duc qui nous renseignent un peu sur ce qui lui advint
dans son ministre et aprs sa chute. Les intrigues de la cour de Louis
XV, intrigues de femmes et de courtisans, sont peintes, avec un esprit
infini, par le plus fin des diplomates et le plus au courant des choses.
Quels portraits dans ces pages, moins clatants peut-tre, mais aussi
vifs que ceux de Saint-Simon! Le roi, dans ses dbauches, mles de
terreurs religieuses, nous apparat  tout instant. Quel effroi  Metz,
quand il se croit mourant et chasse, pour la reprendre, la gurison
venue, Mme de Chteauroux! Egratign par le poignard de Damiens(5
janvier 1757), il s'enferme neuf jours dans son lit et refuse de voir
Mme de Pompadour, ce qui donne bon espoir aux ennemis de la marquise.
Choiseul excute en deux traits le portrait de M. Rouill, ministre des
affaires trangres, le prdcesseur de Bernis et le sien: Tout le
monde a connu son imbcillit. M. de Saint-Florentin joint au passif
des talents un grand actif de friponnerie, de mchancet basse et
sourde; il est peut-tre le seul homme dans le royaume qui,  la figure
prs, a le plus de ressemblance avec le roi. Ces _Mmoires_ de Choiseul
et les opuscules qui les compltent sont pleins de dlectation pour le
lettr qui connaissait dj l'esprit du duc en particulier par sa
correspondance avec Voltaire. En appendice, M. Fernand Calmettes a
encore ajout de nombreux documents  sa publication principale.

Souvenirs du comte de Plancy.

Ces souvenirs du comte de Plancy sont prcds d'une introduction par M.
Frdric Masson. Bien qu'il soit mort seulement en 1855,  l'ge de
soixante-dix-sept ans, M. de Plancy avait disparu compltement de la
politique depuis le second retour des Bourbons en 1815. Plus rien ne
l'intressait du monde des vivants; retir dans son chteau et dans ses
terres de Champagne, attaqu sans raison dans son honneur, il s'tait
prcipit du haut d'une de ses tourelles, le cou dchir par un rasoir,
mais sans trouver la mort, car des branches bienfaisantes avaient
attnu sa chute. Tout jeune il avait, aprs Brumaire, frquent Barras,
dans sa plaisante retraite de Grosbois, gaye par des intrigues
amoureuses et agite par des conspirations politiques. L il vit Thrse
Cabarrus ou Mme Tallien,--Tallita dans l'intimit. Rien n'galait sa
beaut lorsqu'elle apparaissait dans une simple robe de mousseline que
retenait ngligemment une ceinture. Aspasie ne devait pas tre plus
belle: son port, son ensemble et ses formes taient d'une desse.
Tallien, au contraire, l'homme de Thermidor, avait une contenance timide
et embarrasse. Le jeune comte de Plancy pousa la fille de Lebrun, le
troisime consul, plus tard architrsorier de l'Empire, homme prudent
entre tous. Prfet de la Doire en Pimont, M. de Plancy devait terminer
sa carrire publique dans la prfecture de Seine-et-Marne. On a vers
dans ce volume de souvenirs toute sa correspondance administrative. Nous
avons l, dans des documents prcieux, un tableau du gouvernement de la
province sous l'Empire et de tout ce qui regardait alors un prfet,
personnage presque universel. A la premire invasion, Seine-et-Marne
souffrit trangement. Quelles rquisitions I Quelles luttes avec les
soldats trangers! Les Bourbons maintinrent dans son poste M. de Plancy;
mais, aprs les Cent Jours, il n'chappa  la proscription que grce 
la protection de M. Decazes. Singulire poque! M. Decazes lui-mme,
juge  la Cour d'appel, avait condamn des gens pour avoir, sous
l'Empire, cri: Vive le roi! et sous la royaut: Vive l'empereur! A
Fontainebleau, M. de Plancy avait t embrass par Napolon; il avait,
peu de temps avant cette accolade, din dans le mme palais avec le
comte d'Artois. La masse de sa correspondance est avec M. de Montalivet,
ministre de l'empereur, et une partie avec l'abb de Montesquiou,
ministre de Louis XVIII. Anecdotes piquantes et surtout lettres et
matriaux pour l'histoire: voil ce que fournit le volume de M. de
Plancy.

Histoire de la France contemporaine.

M. Hanotaux n'crit rien qui n'intresse vivement le public. Sa valeur
personnelle, la haute situation qu'il a occupe donnent  tout ce qui
sort de sa plume un attrait singulier. Aprs avoir narr la vie du
cardinal de Richelieu, il s'est attach  _l'Histoire de la France
contemporaine_, dont le tome deuxime vient de paratre. Nous avions
dj une _Histoire contemporaine_, fort documente, de M. Samuel Denis,
conduite jusqu' l'chec de restauration monarchique de 1873 et jusqu'
l'tablissement du Septennat. Comme dans son premier volume, M.
Hanotaux, dans le second, ctoie un peu l'oeuvre de son prdcesseur. Le
livre commence  la chute de M. Thiers. (24 mai 1873) et  l'lection 
la prsidence de la Rpublique du marchal de Mac Mahon avec M. le duc
de Broglie vice-prsident du conseil et chef rel du gouvernement. Que
voulait la droite? Que voulaient ceux qui avaient renvers M. Thiers?
Prparer la restauration de la monarchie. On sait comment le dessein
choua. Le comte de Chambord, dans une premire lettre du 5 juillet
1873, affirma sa rsolution de ne pas se sparer du drapeau blanc.
Malgr cette manifestation, le comte de Paris se rendit en aot 
Frohsdorf, o s'opra non la fusion, mais la rconciliation familiale.
Les groupes de droite nommrent un comit de neuf membres, charg de
prparer le retour; et, plein de confiance, M. Chesnelong se rendit
auprs du comte de Chambord, persuad qu'il le ferait revenir sur sa
dtermination.

Sous les paroles polies, le messager ne saisit pas tout ce que le prince
cachait d'inflexibilit: il rentra triomphant... la monarchie tait
faite. Dj les carrosses du roi taient commands chez Binder, quand le
30 octobre 1873, par une parole nette et clatante, le comte de Chambord
rduisit  nant toutes les esprances. Dans sa subtilit le duc de
Broglie imagina de proroger pour sept ans les pouvoirs du marchal. Le
Septennat, en attendant de meilleurs jours, offrait dans sa pense, non
pas une demeure permanente, mais un abri provisoire. Il fut vot le 19
novembre 1873. Que le comte de Chambord ait voulu, par sa persistance 
maintenir le drapeau blanc, se soustraire au fardeau de la royaut, nous
ne le pensons pas. Il avait,  un degr trop marqu, le sentiment de sa
prdestination. Aussi vint il _incognito_  Versailles et demanda-t-il
au marchal une visite que celui-ci n'accorda pas. Voil quels
vnements constituent le fond principal du tome II de M. Hanotaux.
Chemin faisant, l'historien s'exerce aux portraits,  celui du duc de
Broglie, de Lon Gambetta, du duc Decazes qui fit partie du second
ministre de Broglie (26 novembre 1873). Le tableau de la prosprit
industrielle et agricole de la France et de son panouissement
littraire, scientifique et artistique, est trac largement.

Peut-tre des esprits mal faits reprocheront-ils  M. Hanotaux certaines
erreurs fort lgres: il nous montre, par exemple, Gambetta, avide de
savoir, le cherchant partout, coutant  Notre-Dame le pre Gratry. Le
pre Gratry,  la voix faible, ne se produisait que dans de petites
chapelles. M. Renan, nous dit-il avait jou sa conception religieuse...
sur l'authenticit d'un palimpseste. Je ne vois pas trop ce que les
palimpsestes, manuscrits  deux critures superposes, viennent faire
ici.

Pour M. Hanotaux, Taine--laborieux,  la phrase travaille,--est un
esprit spontan. Mais pourquoi relever ces menus dtails dans cette
histoire entranante, rapide, raconte d'autant mieux que son auteur a
fait lui-mme de l'histoire? Aimable, envers tous, M. Hanotaux possde,
parmi beaucoup d'autres, la premire qualit de l'historien, qui est la
sereine impartialit.

E. Ledrain.

[Illustration: Une reprise:  gauche, M. Breittmayer;  droite, M.
Lusciez. Les amateurs  la porte de l'tablissement Chri-Halbronn.]




LE NOUVEL AMBASSADEUR DES TATS-UNIS Le gnral Horace Porter, qui
reprsentait les Etats-Unis auprs de la Rpublique franaise depuis
1897 et dont la physionomie tait si sympathique aux Parisiens, va
quitter son poste le 4 mars prochain. Il doit tre remplac par M.
George von Lengerke-Meyer, actuellement ambassadeur  Rome.

[Illustration: M. G. von Lengerke-Meyer.]

N  Boston, la ville intellectuelle des Etats-Unis, M. George von
Lengerke-Meyer appartient  une excellente famille d'origine germanique.
Il compte parmi les brillants lves de la fameuse universit de
Harvard. Ancien membre de la lgislature de l'Etat de Massachusetts,
c'est l'un des plus jeunes membres du corps diplomatique amricain.
Directeur de plusieurs compagnies financires et industrielles, il
possde une immense fortune. Il a la rputation d'un sportsman
passionn.

PIERRE MAEL

M. Charles Causse, le romancier connu sous le nom de Pierre Mal, vient
de mourir  l'ge de quarante-cinq ans, emport, malgr sa vigueur peu
commune, par une attaque de grippe infectieuse. Il s'tait destin  la
marine; mais,  la suite d'une chute grave qu'il fit tant aspirant et
qui lui laissa une claudication irrmdiable, il avait t rform.
Aprs avoir rdig pendant quelque temps le courrier parlementaire  la
_Gazette de France_, il abandonna le journalisme pour la carrire
littraire.

[Illustration: M. Charles Causse (Pierre Mal).--_Phot. E. Pirou_.]

Une de ses premires oeuvres, le _Torpilleur 29_, marqua le commencement
de sa rputation. Il devait conserver la faveur du public en produisant
rgulirement de nombreux romans, o  une imagination trs vive
s'allient la facult descriptive et des qualits d'observateur.

Il est juste de constater que, sous le pseudonyme de Pierre Mal, M.
Causse a crit la plupart de ses ouvrages en collaboration avec M.
Charles Vincent, lequel, par trait en bonne et due forme, hrite en
toute proprit de cette signature sociale. Ainsi, Pierre Mal survit 
lui-mme et, chose plus curieuse encore, il peut vivre ternellement,
rien n'empchant une srie indfinie d'crivains de se lguer entre eux
sa personnalit littraire et ses droits jusqu' la consommation des
sicles.

LE CARDINAL LANGNIEUX

Le cardinal Langnieux, archevque de Reims, a succomb le 1er janvier,
dans son palais archipiscopal,  la maladie de coeur dont il souffrait
depuis longtemps et qui s'tait aggrave au cours d'un voyage rcent 
Rome. Il tait g de quatre-vingts ans.

[Illustration: Le cardinal Langnieux.--_Phot. Fron_.]

N  Villefranche-sur-Sane (Rhne) en 1824, ordonn prtre 
Saint-Sulpice en 1850, il fut vicaire  Saint-Roch, devint cur de
Saint-Ambroise en 1863 et de Saint-Augustin en 1867. Aprs avoir t
quelque temps vicaire gnral de l'archevch de Paris, il tait appel
 l'vch de Tarbes en 1873 et, deux ans plus tard,  l'archevch de
Reims; il reut la pourpre cardinalice en 1886.

Durant sa longue carrire, Mgr Langnieux montra de remarquables
qualits d'administrateur, auxquelles il joignait une parfaite urbanit;
c'tait un de nos prlats les plus en vue et les plus dvous au
Saint-Sige, toujours prt  protester contre les actes du pouvoir
civil, comme il le fit nagure lors de l'expulsion des congrgations. Il
pratiquait en outre brillamment l'loquence de la chaire.




LE DUEL BREITTMAYER-LUSCIEZ

Voici encore un duel sensationnel, en ce qu'il mettait aux prises deux
escrimeurs renomms: MM. Georges Breittmayer et Lusciez. Provoqu par
des attaques diriges dans la presse contre M. Breittmayer, il devait
tre plus extraordinaire encore, puisque celui-ci devait se rencontrer
aussi, avec un second adversaire, M. Willy Sulzbacher, non moins fameux
dans le petit monde des armes.

C'est l'tablissement Chri,  Neuilly, qui avait t choisi comme lieu
de la rencontre le 31 dcembre. Les curieux, naturellement, avaient
devanc les combattants, afin de ne rien perdre du spectacle. Et c'est
en vain que MM. Breittmayer, Lusciez et Sulzbacher avaient stipul, dans
les procs-verbaux prliminaires de la rencontre, qu'aucun spectateur ne
serait admis. On a d transiger: la galerie a abandonn le terrain mme
du duel, le ring. Mais on l'a loge dans des appartements voisins; les
plus intrpides se sont juchs sur le toit, sur le sige de leurs
voitures.

Ils ont assist  de belles passes d'armes. M. Breittmayer, d'abord
atteint lgrement  l'angle interne de l'oeil gauche, puis 
l'avant-bras, demandait  continuer le combat et blessa  son tour M.
Lusciez  l'aisselle droite. Le combat reprit de nouveau jusqu'au moment
o M. Lusciez, pris d'une crampe, fut imprieusement contraint de
s'arrter.

Les quatre tmoins et l'arbitre M. Chevillard, considrant le caractre
particulirement acharn de la rencontre et rendant hommage  la
bravoure et  la correction des deux adversaires, intervinrent alors
auprs d'eux pour les rconcilier. M. Lusciez et M. Breittmayer se
rconcilirent et M. Sulzbacher suivit galamment cet exemple et serra 
son tour la main de M. Breittmayer.




Mme LARDIN DE MUSSET

Mme Lardin de Musset vient de s'teindre  Paris,  l'ge de
quatre-vingt-cinq ans.

Soeur du pote clbre, pour qui elle prouvait une trs vive affection,
elle avait vcu auprs de lui; aussi tait-elle mieux que personne
renseigne sur les faits se rattachant  la biographie intime de son
frre. Sa mmoire, demeure fidle jusqu' l'extrme vieillesse,
abondait en souvenirs qu'elle aimait  voquer devant les visiteurs
amis, sduits par le charme de sa conversation. Elle possdait en outre
des papiers fort intressants dont la communication faite de la
meilleure grce du monde  des crivains contemporains, notamment 
notre excellent confrre Adolphe Brisson, leur fut une prcieuse
contribution pour des tudes anecdotiques et littraires.

Parmi les reliques qu'elle gardait pieusement, il faut signaler un
portrait d'Alfred de Musset, copie de l'original par Laurelle, et des
albums de caricatures paysannes que l'auteur des _Nuits_ s'amusait 
croquer, lorsqu'il allait visiter sa soeur en Touraine.

Mme Lardin de Musset tait la mre du prfet actuel d'Indre-et-Loire.

[Illustration: Mme Lardin de Musset.--_Phot. Otto_.]

L'ILLUSTRATION THATRALE Nous publierons avec nos prochains numros: ILE
BERCAIL... pice en trois actes, de M. Henry Bernstein, le grand succs
du thtre du Gymnase; LA CONVERSION D'ALCESTE, de Georges Courteline,
que va jouer la Comdie-Franaise; L'INSTINCT, de M. Henry
Kistemaeekers, en rptition au thtre Molire; LA MASSIRE, de M.
Jules Lematre, dont la premire reprsentation est imminente au thtre
de la Renaissance.




LA PNTRATION PACIFIQUE, par Henriot.

[Illustration:
Le Maroc a des vellits d'indpendance. Le sultan nous fait un pied de
nez. Nous avons des devoirs, allons-nous les remplir?

Oui. Mais, un instant. Envoyer cinquante mille hommes l-bas, pour
recommencer la conqute de l'Algrie? Jamais de la vie...

Faire tuer un tas de braves soldats tout heureux de ne faire qu'un
service de deux ans, n'y pensons pas.

Voici mon plan: Etant donne notre entente pacifique avec l'Angleterre,
j'envoie une douzaine d'ingnieurs chargs de construire un tunnel entre
Gibraltar et Ceuta.

L'inverse de Suez: nous recollons l'Afrique  l'Europe. Le tunnel
s'enfonce dans la mer et met en communication les deux continents.

Il dbouche  Ceuta et des rapides continuent sur Tanger et l'intrieur
du Maroc.

Aussitt la communication tablie, nous expdions au Maroc tous les
produits de notre civilisation: le trop plein de nos fonctionnaires;
tous les arrivistes, les ronds-de-cuir, les apaches, les politiciens,
les vieilles demoiselles, etc., etc., sans compter le suffrage
universel, l'impt sur le revenu, etc. Les Marocains fuiront rapidement
vers les palmiers du Sud et le Maroc sera  nous.]







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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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