The Project Gutenberg EBook of ABC, by Jules Lematre

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Title: ABC
       Petits Contes

Author: Jules Lematre

Illustrator: Jacques Onfroy de  Brville (JOB)

Release Date: September 28, 2009 [EBook #30117]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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ABC
PETITS CONTES


PAR

JULES LEMATRE

DE

L'ACADMIE FRANAISE


Avec des images

DE

JOB


PROPRIT DES DITEURS


[Illustration: ABCDEFGHIJKLM NOPQRSTUVXYZ]

[Illustration: ABC]


TOURS
MAISON ALFRED MAME ET FILS




PRFACE


Jules Lematre a beaucoup aim les enfants. Il eut lui-mme, lorsqu'il
fut professeur  Grenoble, une petite fille, Madeleine, qui mourut au
bout d'un mois et dont il ne se consola jamais.

Plus tard il devint un parrain multiple et dlicieux. Tout le monde
connat les contes charmants crits pour ses filleules et ses
filleuls, comme les _Ides de Liette_, _les Amoureux de la Princesse
Lilli_, _Boum_, cette trange petite fille de Bagdad, et celui en
marge des Contes de Perrault, le _Lapin blanc et les Trfles  quatre
feuilles_.

A Paris, dans son grand atelier de la rue d'Artois, tapiss de l'or
pli des prcieuses reliures, Jules Lematre se plaisait  recevoir
des enfants, les comblait de gteaux et de sucreries et ouvrait pour
eux un bahut mystrieux de sa bibliothque, qui rpandait alors sur le
tapis les jouets les plus inattendus, collectionns avec presque
autant d'amour que les livres.

C'est ainsi qu'il fut amen  crire un _Alphabet_. Il le commena l't
de 1913,  Royan, o il fit un assez long sjour. Il en chercha les sujets
en se promenant  petits pas,--il tait dj trs essouffl,--entre les
pins et la mer, et le soir il racontait ses contes, pour les essayer,
 mes neveux africains, riant avec eux, ou disant, du quand ils
restaient indiffrents: C'est ironique et trop bref! Comme les peuples
primitifs, les enfants dtestent l'esprit et adorent les dtails;
amplifions avec simplicit!

Et le lendemain, il recommenait son conte.

Une de ses dernires joies, en mai 1914, alors que le mdecin lui
avait dfendu tout travail inventif, fut de recopier lui-mme, d'une
criture de plus en plus menue et immatrielle, les contes enfantins.

Il en reut les preuves  Tavers, fin juillet.

Dj la ccit verbale l'avait accabl. Il regarda, mlancolique, les
images, puis dit avec un navrant sourire: Je vais rapprendre  lire
dans mon propre alphabet!

Quelques jours plus tard la guerre survint, et Jules Lematre eut une
crise cardiaque qui devait l'emporter. Cependant il songea  me
recommander la correction des preuves, et, par un scrupule excessif,
me chargea d'indiquer que tous les contes n'taient pas entirement de
son imagination, mais qu'il s'tait inspir parfois d'Andersen, de
Florian et mme, comme pour le _Blier_, du chanoine Schmid.

La guerre suspendit la publication de l'_Alphabet_. Aujourd'hui,
seulement, la maison Mame offre aux enfants, illustr par Job, ce
dernier livre de leur grand ami, qui a su conserver jusqu' la fin son
me tendre et purile.

                                                         Myriam HARRY.

_Neuilly, le 8 mai 1919._

[Illustration: A B C D E F G H I J K L M]

[Illustration: N O P Q R S T U V X Y Z]




ANE


Il y avait, dans un village, une pauvre vieille femme qui n'avait pour
toute compagnie qu'un petit ne. Elle l'aimait beaucoup, car il tait
intelligent et bon, et il paraissait content de porter sur son dos les
lgumes du jardin au march de la ville.

[Illustration]

Mais de mchants garons se moquaient de la vieille femme et de son
petit ne quand ils la rencontraient.

[Illustration]

Un jour, ils crirent  la vieille femme:

Bonjour, la mre ne!

--Bonjour, mes fils! leur rpondit-elle.

L'ne eut l'air de se moquer d'eux  son tour en remuant ses oreilles,
et les mchants garons ne trouvrent plus rien  dire.




BLIER


Berthe tait une petite fille trs tourdie qui laissait toujours les
portes ouvertes.

Sa mre, qui tait une fermire, la grondait souvent: car, pendant
l'absence de Berthe, les chiens, les poules et mme les petits cochons
salissaient tout.

[Illustration]

Mais Berthe ne se corrigeait pas de son tourderie. Un jour que sa
mre tait au march, Berthe alla jouer dans le jardin en oubliant,
selon son habitude, de fermer la porte.

Le blier de la ferme s'chappa de la bergerie et entra tranquillement
dans la maison.

Comme il ne trouva personne en bas, il monta par l'escalier au premier
tage, o il y avait la belle chambre des parents de Berthe, avec une
armoire  glace.

Quand le blier vit son image dans cette glace, il crut que c'tait
un autre blier, et il le menaa de ses cornes; mais l'autre fit le
mme mouvement.

Furieux, il se dressa sur ses pattes; mais l'autre se dressa aussi.

Alors le blier se jeta de toutes ses forces contre la glace et il la
brisa en mille morceaux.

Puis il descendit l'escalier et quitta la maison, trs fier d'avoir
mis l'autre blier en fuite.

Le soir, Berthe fut svrement punie par sa mre, et je vous jure
qu'elle ne laisse plus les portes ouvertes.

[Illustration]




CANARD


Une cane couvait une douzaine d'oeufs qu'on avait mis sous elle.
Onze de ces oeufs ressemblaient  tous les oeufs de cane, mais le
douzime tait plus gros et d'une espce diffrente. La canne tait
trs fire de cet oeuf; elle le montrait  toutes les voisines qui
venaient la voir et elle disait:

Voyez comme il est gros! Je suis sre qu'il en sortira un superbe
caneton.

[Illustration]

Au bout de quelque temps, la mre cane entendit, dans l'intrieur des
onze oeufs ordinaires, de petits coups de bec, puis des ppiements;
puis elle vit sortir des coquilles onze petits canards charmants,
habills de duvet jaune. Mais le douzime oeuf tardait  clore. Et,
bien que cela inquitt un peu la mre, elle se disait: L'enfant n'en
sera que plus beau. Et patiemment elle se remit  couver.

[Illustration]

Mais, quand enfin l'oeuf clata, la pauvre mre fut pouvante. Ce
n'tait pas du tout un superbe caneton, mais un vilain petit animal,
avec un cou trop long, un corps trop gros, et qui marchait les pattes
en dedans, sans aucune lgance. Les onze frres et soeurs se
moquaient de lui, et la mre elle-mme, quand elle conduisait ses
enfants  la mare, avait honte de lui parce que tout le monde disait
sur son passage:

Oh! voyez donc ce vilain petit canard!

Personne ne voulait jouer avec lui, et le pauvre petit fut bien
malheureux. Il tendait son cou trop long vers le ciel comme pour dire:
Ah! pourquoi suis-je n? ou bien, le rabattant tristement le long de
son corps, il restait  rver dans un coin.

Un jour que les autres l'avaient houspill plus que de coutume, il
prit le parti de quitter sa famille. Il marcha longtemps devant lui et
arriva prs d'un lac o nageaient des cygnes.

Ah! dit le vilain petit canard, que ces oiseaux sont beaux! Pour sr
ils me chasseront, car je suis trop laid.

Et il se disposait  se retirer, lorsqu'une grand'mre cygne, qui se
reposait sur la rive, l'interpella:

Hep! mon enfant, d'o viens-tu et comment t'appelles-tu?

--Je viens de la basse-cour, madame, et je m'appelle canard. Je suis
parti parce que mes camarades me trouvent trop laid et ne veulent pas
jouer avec moi.

--Pauvre petit! dit la mre-grand. Le fait est que tu n'es pas bien
joli, mais cela vient de ce que tu es fatigu et triste. Attends un
peu que je t'examine. Tu me rappelles un petit-fils que j'ai perdu...
Oui, il n'y a aucun doute l-dessus, tu n'es pas du tout un petit
canard, tu es bien un cygne. C'est la fermire qui a d glisser un de
nos oeufs parmi les oeufs de cane; et celle que tu as prise pour
ta mre n'tait que ta couveuse. Pauvre petit orphelin, viens sur mon
coeur!

Puis la grand'mre appela tous les autres cygnes, et elle leur raconta
l'histoire du vilain petit canard.

Il n'est pas si vilain que a, dirent les cygnes.

Et un monsieur cygne, avec un magnifique plastron blanc et de beaux
pieds vernis, dclara:

Qu'il reste parmi nous, et dans trois mois je lui donne ma fille en
mariage.

[Illustration]




DEMOISELLE


Savez-vous ce que c'est qu'une demoiselle?

Une demoiselle est une longue et jolie mouche qui habite prs des
ruisseaux et des tangs sur une feuille de nnuphar.

[Illustration]

On l'appelle demoiselle parce qu'elle a la taille fine, un corselet de
satin vert, des ailes aussi dlicates que la mousseline de vos robes,
et parce qu'elle se pose souvent au bord de sa feuille pour se
regarder dans l'eau, comme les vraies demoiselles se regardent dans
leur miroir.




ESCARGOT

I


Il y avait une fois un monsieur et une madame Escargot qui vivaient
sur un chou.

Ils taient gros, gras et luisants, et ils auraient pu tre heureux.
Mais ils n'avaient pas d'enfant, et cela leur manquait beaucoup.

Un jour, vint  passer prs de leur chou un pauvre petit escargot
maigre qui leur demanda l'aumne.

Ils le questionnrent et ils apprirent qu'il tait orphelin.

[Illustration]

Aussitt Mme Escargot, tout attendrie, dit  son mari:

Si nous l'adoptions?

--J'allais te le proposer, rpondit M. Escargot.

Et il sortit presque entirement de sa maison pour embrasser son
nouveau fils.

En peu de temps, le petit escargot devint gros, gras et luisant.

Alors la mre Escargot dit au pre Escargot:

Mon ami, il faut marier notre fils. Il faut lui chercher une jolie
fille de notre monde, afin que nous ayons de beaux petits-enfants.

--J'allais te le proposer, rpondit le mari. Mais  qui nous adresser
pour cela?

--De mon balcon vert, dit Mme Escargot, je vois le peuple des fourmis...

[Illustration]

[Illustration]




FOURMI

II


Le peuple des fourmis, dit Mme Escargot, est un peuple actif qui va
et vient sans cesse sur les routes de France et qui doit connatre
beaucoup de gens et tre au courant de beaucoup de choses. Nous allons
demander aux fourmis si elles ne connatraient pas une jeune fille
digne d'pouser notre escargoton.

[Illustration]

--J'allais te le proposer, dit le pre Escargot.

Et il descendit de son balcon avec sa femme pour interroger les
fourmis.

Les fourmis rpondirent:

Justement, nous avons ce qu'il vous faut. A quelques mtres d'ici,
dans le trou d'un vieux mur, vit une demoiselle Escargot de la plus
jolie coquille, dont on a dernirement fait cuire les parents. La
pauvrette est toute seule au monde.

--Elle ne restera pas seule longtemps, s'crirent ensemble M. et Mme
Escargot. Allez, je vous prie, la demander en mariage pour monsieur
notre fils.

Les fourmis se mirent en route et arrivrent prs du vieux mur o
l'orpheline pleurait ses parents qu'on avait fait cuire.

Elle fut si heureuse de la proposition, qu'elle accorda tout de suite
sa main, mme sans le connatre, au fils adoptif des vieux escargots,
et qu'elle se mit en marche, en bavant de joie tout le long du chemin.

Mais elle n'avanait pas vite. Alors les fourmis fabriqurent avec des
brins d'herbe une chaise  porteur qu'elles chargrent sur leurs
paules. Et c'est ainsi que la pauvre orpheline arriva, aprs
plusieurs jours, au chou de ses beaux-parents et dans les bras de son
fianc.

[Illustration]




GATEAU


On avait donn  deux enfants un gros gteau et un petit, en leur
disant:

Partagez!

Les deux enfants taient une petite fille de six ans et un petit
garon de quatre ans.

Tiens! dit la petite fille, prends ce joli petit gteau. Moi, je
mangerai ce vilain gros.

--J'aime mieux le vilain gros, dit le petit garon.

--Mais puisqu'il est vilain!

--Oui, mais il est gros!

[Illustration]




HIRONDELLE


Tout le monde sait que les hirondelles s'en vont l'hiver dans les pays
chauds et ne reviennent qu'au printemps.

[Illustration]

Pour faire ce long voyage, les mres hirondelles rassemblent leurs
petits autour d'elles. Mais une pauvre petite hirondelle, qui tait
tombe du nid un jour de grand vent, boitait encore un peu et ne put
pas s'envoler avec ses frres et soeurs.

[Illustration]

Elle resta tristement au bord du toit, d'o elle vit s'loigner sa
famille, et elle serait certainement morte de faim, de froid et de
chagrin, si les enfants de la maison ne l'avaient recueillie.

Ils la mirent dans une cage,  ct du pole; ils la nourrirent de
mouches et de vers, si bien que l'hirondelle tait en trs bonne sant
et ne boitait plus du tout au retour du printemps.

Et quand les parents de l'hirondelle revinrent des pays chauds, les
enfants ouvrirent la cage. La petite hirondelle reconnut sa mre et,
avec des cris de joie, elle se jeta dans ses ailes.

[Illustration]




IBIS


Dans la basse-cour d'un chteau se trouva, parmi toutes sortes de
volailles, un ibis rose.

Il avait t rapport d'gypte par le fils de la maison, qui tait
grand voyageur.

Au commencement, on eut beaucoup d'gards pour ce noble tranger.
Aussitt que l'ibis dployait ses ailes, les pigeons roucoulaient:

Oh! que c'est beau! On dirait des pchers en fleur!

[Illustration]

Les poules admiraient la courbe lgante de son bec. Les canards, qui
sont si bas sur pattes, regardaient avec envie les longues jambes de
l'ibis, qui semblaient peintes au ripolin rose.

[Illustration]

Flatt, l'ibis marchait de long en large. Il leur parlait de sa patrie
l'gypte, du Nil, des autruches, des pyramides et des minarets du
Caire.

D'abord on l'avait cout avec respect; mais peu  peu on trouva qu'il
racontait toujours la mme chose.

Le dindon disait avec colre:

Quel rabcheur!

[Illustration]

La pintade se moquait de son nez d'ivrogne, et un caneton poussa
l'impertinence jusqu' lui demander combien les baguettes qui lui
servaient de jambes lui avaient cot le centimtre.

[Illustration]

Alors le pauvre ibis rose se retira dans un coin. Et il se tenait tout
raide sur une patte, rvant de son pays, du Nil, des pyramides et des
minarets.




JOUETS


[Illustration]

[Illustration]

Un petit garon de la ville, Robert, avait des jouets  mcanique,
trs chers, qu'il fallait toujours remonter, qui se cassaient trs
souvent et qui ne l'amusaient pas du tout.

[Illustration]

Un jour, il rencontra un petit garon de la campagne, Mathieu,  qui
ses parents ne donnaient pas de jouets, mais qui fabriquait lui-mme
des sifflets, des canons ou des pompes avec du sureau, des noyaux
d'abricots et des pailles.

[Illustration]

Oh! que c'est joli et amusant! dit Robert. Apprends-moi comment tu
fais.

Mathieu le lui apprit. Robert vendit  une vieille marchande de
bric--brac ses jouets mcaniques devenus inutiles, et, avec les sous
qu'il en retira, il acheta des gteaux, que les deux enfants mangrent
de grand apptit.

[Illustration]




KANGOUROU


[Illustration]

Du temps o les kangourous vivaient dans le paradis terrestre, leurs
pattes de devant taient aussi longues que celles de derrire.

[Illustration]

Mais,  cause de cette longueur de leurs pattes, les kangourous
taient devenus extrmement voleurs. Ils n'avaient qu' tendre le
bras pour attraper les branches et cueillir les plus beaux fruits,
qu'ils enfouissaient ensuite dans la grande poche qu'ils portent sur
le ventre.

Ainsi ils dpouillaient les arbres du paradis.

[Illustration]

Les autres btes, qui ne pouvaient pas en faire autant, se plaignirent
au bon Dieu.

Le bon Dieu fit venir devant lui les kangourous et, pour qu'il leur
ft plus difficile de voler les fruits, il leur raccourcit les pattes
de devant.

Depuis ce temps-l, les kangourous ont ces moignons que vous voyez sur
l'image, et la poche de leur ventre ne leur sert plus que pour y
cacher leurs petits.

[Illustration]




LOUP


Quand le loup eut mang les six petits biquets, il se sentit le ventre
si lourd, qu'il alla faire un somme derrire le puits.

[Illustration]

Il avait oubli de manger le septime petit biquet, qui s'tait cach
sous le lit. Aussi, quand la mre chvre revint du march avec un
panier au bras, ce fut ce petit biquet qui lui apprit que le loup
avait mang ses six petits frres.

Ah! mes enfants! mes chers enfants! chevrotait la chvre en essuyant
ses yeux avec un coin de son tablier.

Mais, retrouvant son courage, elle prit son dernier-n par la main et
se mit  la recherche du loup. Elle ne fut pas longtemps  le trouver
qui dormait sur ses deux oreilles derrire le puits et qui ronflait de
toutes ses forces.

[Illustration]

Attends, brigand! dit la mre chvre; tu vas voir!

Et, tirant de son panier un couteau de cuisine, d'un seul coup elle
fend le ventre du loup dans toute sa longueur, et les six petits
biquets sautent au cou de leur mre. Car le loup les avait avals si
goulment, qu'il n'avait pas pris le temps de les mcher et qu'ils
taient encore en vie.

La chvre et les biquets rirent et pleurrent ensemble un instant;
puis la mre dit:

Ce n'est pas tout! Allez vite me chercher six grosses pierres. Je
vais les mettre  votre place dans le ventre du loup, et je lui
recoudrai la peau. Comme cela, il ne s'apercevra de rien  son
rveil.

Quand tout fut termin, la mre et les enfants allrent se cacher,
pour voir ce que ferait le loup.

Au bout d'un moment, il se rveilla, se frotta les paupires, puis se
tta le ventre.

Comme il est dur! grogna-t-il. Sans doute je n'ai pas bien digr.
Ah! je sais, j'ai oubli de boire.

Et, se levant, il alla vers le puits. Dans son ventre, les six pierres
faisaient un bruit trange.

Je ne sais vraiment pas ce qui cogne comme cela dans mon ventre! dit
le loup.

Et il se pencha pour boire.

[Illustration]

Mais ce mouvement prcipita les pierres l'une sur l'autre dans
l'estomac du loup, leur poids l'entrana en avant, et le vieux brigand
tomba la tte en bas dans le fond du puits.

Alors la chvre et ses sept petits dansrent autour du puits une ronde
joyeuse.




MOINEAU


[Illustration]

Dans un champ de millet, les moineaux venaient picorer les pis. Le
chat du meunier les guettait depuis longtemps, sans russir  les
attraper; car, aussitt qu'il s'approchait, les oiseaux s'envolaient.

[Illustration]

Je vous prendrai quand mme, petits nigauds, dit le chat en mditant
une ruse.

Il alla tremper une de ses pattes de devant dans le ruisseau, puis il
courut au moulin la plonger dans un tas de millet en grain, de faon
que les grains restrent colls autour de sa patte mouille.

Ainsi, se dit-il, ma patte ressemblera  un gros pi de millet, et
les oiseaux s'y laisseront prendre.

A cloche-pied, il gagne le champ de millet, s'y couche sur le dos et
lve la patte en l'air.

Les oiseaux la prirent pour un pi et se mirent  en picorer les
grains. Alors vite, avec l'autre patte, le chat les attrapa.

[Illustration]

Bientt les moineaux s'aperurent du pige, et ils cherchrent un
autre champ. Mais l'un d'eux, qui avait failli tre mang, en garda
une telle frayeur, qu'il prit dsormais chaque pi pour une patte de
chat, et jura de ne plus manger que des fruits pendus aux branches des
arbres.




NEIGE


Quatre petites filles regardaient par la fentre la neige tomber.
Elles taient nes en Orient, o il ne fait jamais trs froid, et
c'tait la premire fois qu'elles voyaient de la neige.

[Illustration]

Qu'est-ce que cela peut bien tre? dit Lila, la plus petite.

--Je sais, rpondit Cora. On fait le mnage au ciel, et c'est la
Sainte Vierge qui bat son lit de plumes.

--Pas du tout, dclara Myriam; ce ne sont pas des plumes, mais des
petits bouts de papier, et ce sont les anges qui vident les corbeilles
o le petit Jsus a jet les lettres que les enfants lui crivent 
Nol. Oui, oui, j'en suis sre, je reconnais mon papier.

--Moi, dit Sphora la gourmande, je crois que c'est du sucre. Si
seulement on pouvait goter!

Mais Daniel, leur grand frre, qui avait tout entendu, se mit  rire:

Ni sucre, ni lettres dchires, ni plumes! C'est de la neige, de la
neige comme il y en a tous les ans en Europe, de la neige avec
laquelle on fait des boules de neige et un bonhomme de neige. Nous en
ferons un demain, si vous tes sages.

--Quel dommage que ce ne soit pas du sucre! soupira Sphora en
passant sa langue sur la vitre.




OREILLE


[Illustration]

Quand No eut rassembl les animaux devant l'arche, il se dit:

Toutes ces btes vont srement se disputer et se mordre les oreilles.
Il serait donc prudent de leur enlever les oreilles avant leur entre
dans l'arche. On les leur rendra  la sortie.

Il fit installer un vestiaire et donna l'ordre  ses fils d'y ranger
les oreilles,  mesure que les btes se prsenteraient.

Le premier fut le chameau; puis vint le cheval, puis la vache, puis le
chien, le mouton, le cochon, le chat, l'lphant, le lapin, et enfin
l'ne. Et tous, comme No l'avait command, trent leurs oreilles, et
tous reurent en change un numro de vestiaire, attach  un cordon
qu'ils passrent autour de leur cou.

Grce  ces prcautions, la paix rgna dans l'arche pendant les
quarante jours que dura le dluge.

Le quarante et unime jour, No dit aux animaux:

Voil le beau temps revenu. Je vais vous rendre vos oreilles, et vous
pourrez retourner chez vous.

Alors, l'une aprs l'autre, toutes les btes passrent au vestiaire,
et elles reurent leurs oreilles en change du numro.

Le chameau arriva l'avant-dernier. Il ne restait plus que deux paires
d'oreilles: les siennes, trs grandes, et celles de l'ne, toutes
petites.

Mais avant que le bon chameau pt montrer son numro, l'ne lui passa
entre les jambes et se mit  brailler:

[Illustration]

Monsieur No! monsieur No! donnez-moi mes oreilles. C'est cette
grande paire-l. Je suis trs press!

[Illustration]

Le pre No tait si fatigu, qu'il ne fit pas attention au faux
numro que lui remit l'ne sournois.

Tu me casses la tte! Tiens, voil ton bien, dcampe!

Et No donna les superbes oreilles du chameau  l'ne, qui s'enfuit en
ptaradant de joie.

Quand le chameau ouvrit enfin ses babines pour rclamer son d, il n'y
avait plus dans le vestiaire que les oreilles de l'ne, dont il dut se
contenter.

Et voil pourquoi le chameau, qui est une bte de grande taille, a des
oreilles si courtes, tandis que l'ne, qui est beaucoup plus petit, en
a de si longues.




POIS


Il y avait une fois un prince qui voulait se marier.

[Illustration]

Il voulait pouser une princesse, mais aucune de celles qu'on lui
prsenta ne lui parut assez princesse.

Or, un jour d'orage, on sonna  la grille du chteau.

Le roi alla ouvrir lui-mme, et il trouva devant la grille une jeune
fille dont les vtements taient tremps, les cheveux dfaits et les
souliers couverts de boue.

Elle avait presque l'air d'une mendiante. Mais, quand le roi lui
demanda qui elle tait, elle rpondit qu'elle tait une princesse.

Le roi la fit entrer au chteau.

Nous allons bien voir si c'est une princesse, pensa la reine.

Elle ordonna aux servantes de prparer un lit pour la jeune fille,
mais de mettre un pois sous les vingt matelas qui composaient ce lit.

Le lendemain, la reine demanda  la jeune fille comment elle avait
dormi.

Trs mal, rpondit-elle. Il y avait je ne sais quoi de dur et de rond
dans mon lit; j'en ai des bleus sur tout le corps.

--Quel bonheur! pensa le prince, qui avait cout derrire la porte.
Pour avoir la peau si fine, il faut bien que ce soit une vritable
princesse.

Et tout de suite il lui demanda sa main.

[Illustration]




QUEUE


Une famille de rats habitait dans une cave remplie de marchandises.

Les rats s'y trouvaient fort bien, car il y avait beaucoup de choses
bonnes  manger, surtout du savon et de la chandelle.

Il y avait aussi des tonneaux et des barils. On ne savait pas ce
qu'ils contenaient. Mais un jour la mre Rat dcouvrit un tonneau dont
la bonde tait partie. Elle flaira, puis elle plongea sa queue dans le
trou et la retira pour goter.

Quelle chance! s'cria-t-elle, c'est du sirop de groseille. Vite, mes
petits, venez vous rgaler!

[Illustration]

Mais les ratons glissaient sur le ventre du tonneau et ne pouvaient
arriver au sommet. Rests en bas, ils pleuraient de dpit et de
gourmandise.

Alors la mre Rat eut une ide. Elle alla de nouveau plonger sa queue
dans le trou; puis, quand sa queue fut bien imbibe de sirop, elle
courut au bord du tonneau et, se retournant, elle la laissa pendre.

Les ratons, en se haussant sur les pattes de derrire, purent
l'atteindre, et chacun  son tour lcha le bout de la queue, comme si
c'tait un sucre d'orge.

Vingt fois, cent fois, la mre Rat alla de la bonde au bord du
tonneau. En quelques jours il fut  moiti vide, et la queue de la
mre Rat n'tait plus assez longue pour tremper dans ce qui restait de
sirop.

Mais un peu plus loin il y avait un autre baril qui tait  moiti
dfonc.

Ce sera encore plus commode, se dit la mre Rat.

Et, sans prendre la prcaution de flairer, elle plongea sa queue au
fond du tonneau.

Mais, quand elle voulut la retirer, elle poussa un cri de douleur. Sa
queue ne venait pas, sa queue tait colle, sa queue s'tait enfonce
dans un tonneau de glu.

[Illustration]




ROSSIGNOL


L'empereur de Chine avait dans son jardin un rossignol qui s'appelait
Bulbul et qui tait son ami.

Bulbul venait manger dans sa main, et, la nuit, quand l'empereur ne
pouvait pas dormir, Bulbul chantait si bien, que l'empereur oubliait
tous les soucis de son mtier.

Mais un jour son ministre lui dit:

Je connais un rossignol qui chante aussi le jour et qui a un bien
beau plumage.

[Illustration]

Et il apporta  l'empereur un oiseau peint de brillantes couleurs et
que l'on remontait avec une clef pour le faire chanter.

Et l'empereur trouva le nouveau rossignol si joli, et il coutait si
souvent sa chanson, qu'il oublia son Bulbul. Et Bulbul serait mort de
faim si la petite fille de la cuisinire ne l'avait adopt.

Mais,  force de remonter le rossignol mcanique, la clef cassa, et
l'oiseau cessa de chanter.

Personne ne put le raccommoder, et l'empereur devint si triste, qu'il
tomba gravement malade.

Mais, une nuit qu'il tait prs de mourir, il entendit soudain  ct
de son lit une voix si mlodieuse, qu'il se sentit revenir  la vie.

C'tait Bulbul qui chantait. Et Bulbul chanta jusqu' ce que
l'empereur ft compltement guri.

Oh! Bulbul, dit l'empereur, ton plumage est moins joli, et tu ne
chantes pas tout le temps comme l'autre; mais tu es un ami, et tu
viens quand on a besoin de toi.

Et l'empereur reconnaissant commanda pour Bulbul une cage d'or et une
petite couronne de diamants.

[Illustration]




SAPIN


[Illustration]

Il y avait un petit sapin qui rvait d'tre mt de navire afin de
voyager et de voir le monde.

Quand il fut grand, on l'abattit, on le dpouilla de son corce, et il
devint, selon son voeu, grand mt sur une frgate.

Mais il s'ennuyait  cause de la longueur et de la monotonie des
traverses.

Ah! disait-il, comme il faisait bon dans ma fort natale! J'avais de
la mousse  mes pieds et quelquefois des nids dans mes branches; et
les petits enfants ramassaient mes aiguilles, et souvent ils dansaient
des rondes en chantant autour de mon tronc. Et maintenant je suis tout
sec, tout nu et tout seul. Ah! si j'avais su! Si seulement j'avais pu
tre mt de cocagne!

Et il soupira si fort, que tous les cordages en craqurent.

Mais  ce moment un vol d'hirondelles passa au-dessus de la mer.

Elles venaient des pays du Nord et s'en allaient en gypte.

Elles descendirent sur le navire et se posrent sur le mt, qu'elles
couvrirent presque entirement de leurs ailes. Le mt entendit mme
leurs petits coeurs battre, et leurs plumes qui le frlaient
faisaient comme un bruissement de feuilles.

Il coutait ce qu'elles disaient entre elles. Elles parlaient
justement de son pays, d'o elles venaient. Et le pauvre sapin se
sentit si heureux, qu'il s'endormit en se figurant qu'on l'avait
ramen dans sa fort.

[Illustration]




TORTUE


Jean, Pierre et Paul taient alls aux courses avec leurs parents. Ils
avaient vu courir des chevaux, et cela les avait beaucoup amuss.

Rentrs  la maison, Jean dit  ses frres:

Si nous faisions courir, nous aussi?

--Mais nous n'avons pas de chevaux, rpondit Pierre.

--Qu'est-ce que cela fait? Nous avons chacun une tortue, et des
tortues peuvent tout aussi bien courir que des chevaux; plus
lentement, voil tout.

[Illustration]

Chaque enfant alla donc chercher sa tortue. Puis ils choisirent trois
beaux escargots, qui seraient les jockeys.

Jean apporta sa bote  couleurs, et il peignit  chaque escargot une
casaque diffrente, une jaune, une rouge, une verte.

Il voulut aussi leur fabriquer des casquettes. Mais les escargots
dirent: Non, merci, et rentrrent leurs cornes.

Les trois enfants prparrent une piste dans le jardin, avec des
poteaux au bout, et une tribune avec des roses et des oeillets, qui
figuraient les dames lgantes.

Puis ils alignrent leurs trois tortues montes par les trois
escargots, et Jean donna le signal du dpart.

Mais, hlas! aucune des trois tortues ne bougea.

Alors Pierre courut chercher son tambour, et Paul chatouilla la queue
des tortues avec des brindilles.

Les tortues se dcidrent enfin  partir. Mais, au lieu d'aller droit
devant elles, elles allaient  droite ou  gauche, et la tortue de
Paul revint mme en arrire.

Alors Jean eut une ide:

Si nous mettions des salades au lieu de poteaux!

Et vite, au bout de la piste, les enfants plantrent trois belles
salades.

Quand les tortues virent cette apptissante verdure, elles se mirent
en marche toutes seules, et celle de Jean avana si rapidement que son
jockey, je veux dire son escargot, roula  terre.

Elle arriva la premire au but; et, pour sa rcompense, on lui donna 
manger les poteaux, je veux dire les salades, et mme les roses et les
oeillets de la tribune, qui figuraient les dames lgantes.

[Illustration]

[Illustration]




UNIVERS


C'est un bien grand mot et une bien grande chose aussi; car cela veut
dire le monde entier.

Mais cela peut signifier aussi l'endroit o l'on vit, o l'on a ses
habitudes et o l'on est heureux.

Ainsi, la salle  manger est l'univers de la mouche.

L'tang est l'univers du poisson.

La prairie est l'univers de la vache.

La fort est l'univers du lapin.

Le village ou la ville est votre univers  vous, mes enfants; et,
quand vous serez grands, ce sera la France entire, avec ses mers, ses
les, ses colonies, et tout ce que vous saurez voir, et tout ce que
vous saurez comprendre.

[Illustration]




VIOLETTES


[Illustration]

Vous savez, mes enfants, que les violettes sont l'emblme de la
modestie. Car elles poussent dans les bois obscurs,  l'ombre d'autres
plantes; et mme elles cachent leur visage dlicat derrire leurs
grandes feuilles vertes, comme font les jeunes filles timides derrire
leur ventail.

Or, un jour, un pote se promena dans une fort o il y avait beaucoup
de violettes qui embaumaient l'air dlicieusement.

Gris par ce parfum, il fit des vers en l'honneur de l'humble fleur
des bois, et il les rcita tout haut.

A ses pieds, une violette l'entendit. Elle crut qu'il ne parlait que
pour elle, et de se savoir ainsi chante par un pote, cela lui fit
oublier toute modestie.

Elle allongea son cou derrire ses feuilles, tourna vaniteusement sa
tte  gauche et  droite, et se mira avec complaisance dans une
grosse goutte de rose qui tait reste pendue  un brin d'herbe.

Ah! disait-elle, que je suis jolie et que je sens bon! Je dois tre
plus jolie que les autres fleurs, et mon parfum doit tre plus
agrable que tous les autres parfums de la fort, puisque c'est sur
moi seule que le pote a fait des vers.

Mais  ce moment passa la vieille fe des bois qui est la surveillante
des fleurs.

Avec sa baguette, elle donna une tape sur la joue de la violette.

Petite impudente! dit-elle, rentrez sous votre feuille, et pour vous
punir de votre vanit, je vous enlve votre parfum.

Violette fut dsole. Elle pleura tant, qu'une jeune fe, qui venait
en promenade de ce ct, eut piti d'elle.

Pauvre petite, dit-elle, je ne peux plus te rendre ton parfum; mais,
puisque tu as tant de chagrin, je fais de tes larmes des ptales plus
clairs, des ptales mauves; et du moins, si tu n'es pas odorante, tu
seras plus jolie.

Et, ayant dit, la fe changea la violette des bois en une violette de
Parme.

Et voil pourquoi les violettes de Parme n'ont pas de parfum.

[Illustration]




XAVIER


Le petit Xavier dit  ses petits camarades, Maurice et Jean:

Jouons! Je serai le cocher, Maurice sera le cheval, et Jean sera le
chien qui aboie aprs la voiture.

Maurice fit trs bien le cheval. Il hennissait, levait les pieds trs
haut et paraissait s'amuser beaucoup.

Alors Xavier dit:

Je voudrais tre le cheval.

--Comme tu voudras, dit le petit Maurice.

Le petit Jean, qui faisait toujours le chien, aboyait de toutes ses
forces, courait  droite et  gauche, et semblait trs content.

Alors Xavier dit:

Je voudrais tre le chien.

[Illustration]

Mais sa mre, qui regardait jouer les trois enfants, dit  Xavier:

Je crois bien que tu voudrais tre  la fois le cocher, le cheval et
le chien.

--Oh! oui, dit Xavier.

--Mais on ne peut pas tre tout. Il faut choisir.

--C'est bien ennuyeux.




YVONNE


Yvonne tait une petite fille qui ne pouvait pas se tenir tranquille 
table. Elle gigotait, elle se penchait  droite,  gauche, en avant,
en arrire; elle descendait de sa chaise pour jouer avec le chien
Mdor, ou elle prenait la chatte Minouche sur ses genoux.

Sa mre la grondait, son pre la punissait, mais Yvonne ne se
corrigeait pas.

Un jour, c'tait un dimanche, il y avait un trs bon djeuner, une
crme au chocolat et beaucoup de gteaux.

Yvonne avait promis d'tre sage, parce qu'elle ne voulait pas tre
prive de dessert.

Au commencement, tout alla bien. Mais peu  peu la petite fille fut
reprise par sa mauvaise habitude: elle se balana sur sa chaise, en
avant et en arrire, tandis que le chien Mdor et la chatte Minouche
la regardaient avec un air de dire:

Prends garde! prends garde! Nous connaissons quelqu'un qui va
tomber.

Et en effet, tout  coup, elle perdit l'quilibre. Elle voulut se
retenir  la table; elle se cramponna  la nappe, et patatras! Tout
se renversa sur elle et sur sa chaise, tout, les plats, les bouteilles,
les verres, les fourchettes et la crme. Elle eut mal aux bras et aux
jambes, et on dut l'emporter dans son lit.

Mdor et Minouche se lamentrent d'abord, puis ils se consolrent en
mangeant sous la table la crme et les gteaux.

[Illustration]




ZRO


Dans la vie, quand on n'est bon  rien, les autres vous appellent un
zro.

Appliquez-vous donc  bien apprendre votre alphabet et  lire ces
contes, et je vous jure qu'on ne dira jamais de vous:

La petite Marie? Le petit Jean? Oh! c'est un zro.

[Illustration]


40840.--TOURS, IMPRIMERIE MAME

       *       *       *       *       *

Au lecteur:

Cette version lectronique reprend l'intgralit du texte de la
version papier.

Concernant l'orthographe, un mot a t corrig:

page 30: "Attend" remplac par "Attends" (Attends, brigand!)





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