Project Gutenberg's C'est la loi!, by Max du Veuzit and George Lomelar

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Title: C'est la loi!

Author: Max du Veuzit
        George Lomelar

Release Date: December 25, 2008 [EBook #27623]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Produced by Daniel Fromont









[Transcriber's note: Max du Veuzit (pseudonyme d'Alphonsine
Vavasseur-Acher Mme Franois Simonet) (1876-1952), _C'est la loi!_
(1912)]






Max du VEUZIT & George LOMELAR



C'EST LA LOI!




DRAME EN UN ACTE



Reprsent pour la premire fois au "Thtre du Montparnasse"




PARIS

C. JOUBERT, Editeur, 25 rue d'Hauteville



Rpertoire de la Socit Dramatique

Tous droits de traduction et de reprsentation rservs

Copyright By. Joubert 1912.





Extraits de presse:



"...Si les auteurs de C'est la loi! parviennent  convaincre nos
lgislateurs que cette loi est sinon mauvaise, du moins incomplte, et
que, dans beaucoup de cas, ce qu'on appelle les "faux-mnages"
constituent des situations de fait devant impliquer un srieux
rglement d'intrt, ils auront  leur actif une bonne oeuvre en mme
temps qu'une pice applaudie par les invits du thtre ultra-libre..."
(Camille LE SENNE, Petit Mridional).



"...la thse est trs soutenable. Il est incontestable, en effet, que
notre lgislation contient de grandes lacunes, au point de vue
strictement humain, qu'il est ncessaire que l'auteur dramatique ou le
sociologue attire frquemment l'attention des pouvoirs publics sur
toutes les lacunes navrantes qui s'y trouvent..." (Robert OUDOT,
Comoedia).



"Max du Veuzit commence par crire des nouvelles tires de choses vues
ou entendues (La Jeannette), mais aussi bientt des pices de thtre,
 la thse sociale prononce: une femme de mineur non marie qui ne
peut prtendre, pour elle et ses enfants,  l'indemnit prvue en cas
de grisou mortel, et qui finit par se suicider--crit d'ailleurs aprs
la catastrophe de Courires (C'est la loi! 1908); la jeune fille d'un
divorc, qui doit choisir entre son pre adoptif qui l'a leve, et son
pre biologique qui rapparat quand elle a seize ans (Paternit 1908;
L'aumne 1909); la trs jeune fille d'un ivrogne, que le froid et la
misre rejettent  son tour dans l'alcoolisme (Le Nol des petits gueux
1909, non reprsente); le contrat d'union libre (Le sentier 1908)."
(Daniel FROMONT, Max du Veuzit--biographie; bibliographie;
bibliographie critique, 2002)





C'est la Loi!



Drame social en un acte





PERSONNAGES:



DUPONT, 45 ans... M. SAVRY.

MORIN... M. DENISON.

LOUIS CHARBONNIER... M. DULOT.

HELENE, 28 ans... Mme DEMONS.

MADAME PREVOST... Mme MARIE LE GRAND.

LA CONCIERGE... Mme MARCHAND.

LE PETIT CHARLES, 6 ans.

(Ce dernier personnage n'est qu'un accessoire pouvant tre remplac par
un mannequin).



Appartement d'ouvriers modestes. Un buffet, une commode, une armoire,
une table, des chaises. Au mur, glace et batterie de cuisine. Dans la
chemine, un rchaud  charbon de bois, pincettes, soufflet. Sur la
commode, bibelots et photographies. Dans le fond, une alcve avec un
lit; des rideaux de cretonne sont tirs et cachent le lit.

Madame Prvost est assise prs de la table et coud. Dupont est debout
prs de la chemine. Hlne va et vient en rangeant; son rle est un
rle de douceur: elle doit apitoyer par sa faiblesse autant que par sa
navrante situation.



SCENE PREMIERE



DUPONT, HELENE, MADAME PREVOST



DUPONT, consultant sa montre

Trois heures dj!



MADAME PREVOST

Ca marche! Il faudra que j'aille tout  l'heure faire quelques
commissions.



DUPONT

Attendez que monsieur Morin soit arriv.



HELENE  Dupont

Il vous a bien dit qu'il viendrait cet aprs-midi?



DUPONT

Oui, oui! C'est entendu.



MADAME PREVOST

Mais s'il n'a pas pu voir les patrons?



DUPONT

Il les verra srement... C'est mardi, aujourd'hui, a tombe bien! Le
mardi, il parat que les patrons ne quittent pas l'usine.



MADAME PREVOST

Ah bon!



HELENE,  Dupont

Cela vous ennuie peut-tre, Dupont, de rester ,  attendre?



DUPONT

Mais non!... Je vais fumer une pipe, tenez...  moins que a vous
drange, madame Charbonnier?...



HELENE, protestant

Oh!



DUPONT

Parce que, moi, vous savez, c'est l'habitude: il faut que je fume quand
je ne travaille pas.



HELENE

C'est vrai! vous perdez encore votre aprs-midi pour moi.



DUPONT, bourrant tranquillement sa pipe

Ne vous inquitez pas, madame Charbonnier, c'est la morte-saison en ce
moment. A l'atelier, il n'y a pas d'ouvrage pour tous les jours de la
semaine; alors, chmer aujourd'hui ou bien chmer demain... quand
viendra samedi, a fera le mme compte.



MADAME PREVOST, avec un soupir

Ah! la morte-saison! Prvost en sait quelque chose, aussi: il n'a gagn
que dix-huit francs la semaine dernire.



DUPONT

Ce n'est pas lourd!



HELENE, pensivement

Avec Charbonnier, j'tais bien tranquille:  l'usine, il avait du
travail toute l'anne.



DUPONT

Oui, il gagnait un peu moins, mais c'tait rgulier.



MADAME PREVOST

Et c'tait sr!



HELENE

Ah, certes!... Je n'avais pas d'inquitude, il ne frquentait pas le
cabaret... Tous les quinze jours, il m'apportait sa paye sans un sou de
moins... (La voix mouille). Il tait si content de rentrer chez
nous... et moi, de le voir revenir.



Elle pleure. Mme Prvost et Dupont changent un signe apitoy[.]



MADAME PREVOST, allant  Hlne

Voyons, voyons... soyez raisonnable...



HELENE,  travers ses larmes

Oh, mon pauvre homme!



MADAME PREVOST

Allons, pleurez pas comme a... C'est point des pleurs qui le feront
revenir, le malheureux!



HELENE, mme jeu

Nous tions si heureux ensemble.



DUPONT, gauchement

Faut vous faire une raison... Songez  votre petit Charles, ce pauvre
gosse qui n'a plus que vous... Quand vous vous feriez du mal...



HELENE

C'est plus fort que moi... Quand je pense qu'on l'enterrait hier et
qu'il tait encore ici, en bonne sant, samedi matin... Tenez, il
s'tait assis l, au bout de la table pour manger sa soupe avant de
partir. Il tait gai en me quittant: il chantait dans l'escalier...
(Avec un sanglot). Et  onze heures, on venait m'apprendre qu'il tait
mort... tu dans un accident de machine... Ah! ah! quel coup!



Elle continue de pleurer.



DUPONT

Oui, c'est dur; a cause une rude motion!... (un temps) Ah! ces
sacres machines qui suppriment un homme en moins de temps qu'il n'en
faut pour souffler une chandelle!... C'est la fatalit, justement
lui!... (Un temps. A Mme Prvost). C'est Morin qu'on avait envoy pour
la prvenir?



MADAME PREVOST

Le contrematre, oui... avec deux camarades  Charbonnier. Je les ai
rencontrs en bas,  la porte, quand ils sortaient... Lorsqu'ils m'ont
eu racont l'accident, ah! bon sang! j'en tais toute bouleverse. Ce
n'tait qu'un voisin, mais a fait quelque chose tout de mme!



DUPONT

Je crois bien.



MADAME PREVOST

J'ai lch les commissions et je suis monte tout de suite auprs
d'elle... Ah Dieu! Elle tait dans un tat.



DUPONT

Pauvre femme!



MADAME PREVOST

De quoi en devenir folle.



DUPONT

La malheureuse!



MADAME PREVOST

Elle ne savait plus ce qu'elle faisait... Pas moyen de lui faire rien
entendre. Elle parlait de se tuer pour aller le rejoindre... Quand j'ai
vu a, j'ai envoy ma gamine vous chercher.



Hlne s'essuie les yeux et les coute.



DUPONT

Vous avez bien fait... D'abord ce n'tait pas  elle de s'occuper de
tout le tremblement... Il y avait un tas de formalits  remplir! Des
courses  faire!



HELENE

Et c'est vous, Dupont, qui vous tes charg de tout... le commissaire,
le mdecin, la mairie, l'enterrement... vous avez t partout. Comment
vous remercier de tout ce mal?



DUPONT

Parlons pas de a... Vous tiez toute seule, toute dsempare! C'est
pas une femme qui pouvait... surtout aprs un coup pareil... C'tait
pas comme une mort aprs une maladie...



HELENE

Aussi, je vous en suis bien reconnaissante.



DUPONT

Mais non! pourquoi? C'tait naturel, voyons! Charbonnier tait un
ami... on avait travaill ensemble, autrefois, avant qu'il entre 
l'usine et depuis, on avait toujours t camarades. En cette
circonstance, le moins que je pouvais faire c'tait de me rendre utile
 vous et  votre petit garon.



HELENE

Vous avez agi avec nous comme un vritable parent.



DUPONT

Bah! il me semble que c'est un peu a. Je vous connais tant!... Je vous
ai vue vous mettre en mnage avec Charbonnier, il y a sept ans. Votre
petit Charles, c'est ma femme qui l'a reu  sa naissance (A Mme
Prvost). Et tenez, c'est moi qui suis all le dclarer  la mairie.



MADAME PREVOST, tonne

Vous?



DUPONT

Oui! parce que... il faut que je vous explique: Charbonnier n'tait pas
l. Il faisait ses vingt-huit jours.



MADAME PREVOST

Ah bon!



DUPONT

Alors, c'est moi  sa place, n'est-ce pas?... (A Hlne). Mme que
Charbonnier a t un peu ngligent; il devait toujours aller le
reconnatre, son petit garon, et il oubliait...



MADAME PREVOST

Comment! Charles n'a pas t reconnu?



DUPONT

Non, puisque le pre tait absent et que la mre n'tait pas marie!
Seulement,  son retour, Charbonnier aurait d s'en occuper.



HELENE

Il n'y a plus pens! D'abord, il n'a pas pu tout de suite. A peine si
ses vingt-huit jours taient finis que ses patrons l'ont envoy dans le
Midi pour une usine qu'ils montaient l-bas. (A Dupont) Vous vous
rappelez.



DUPONT, approuvant de la tte

Il y est rest plus d'un mois.



HELENE

Alors ensuite, il voulait bien, mais... quand il se disposait  aller 
la mairie, il y avait toujours un empchement... il remettait au
lendemain... les jours ont pass... On n'y pensait plus  la fin. (Avec
force) Seulement, a ne l'empchait pas de l'aimer son petit garon.



MADAME PREVOST

Ah sr! il l'aimait! Le gamin tait toujours fourr dans ses jambes.



HELENE

Et il l'levait bien. (Les larmes aux yeux) Le petit n'a jamais manqu
de rien.



DUPONT

Oh, non!



MADAME PREVOST

Ce que je ne comprends pas, c'est que vous ne vous soyez jamais maris,
Charbonnier et vous... vous aimant surtout comme vous vous aimiez tous
les deux.



HELENE

Voil, justement, c'est a... on s'aimait, on tait tranquille, on
vivait heureux... nous ne demandions pas autre chose.



DUPONT

Qu'est-ce que a leur aurait donn de plus d'aller dire "oui" devant un
beau monsieur qui aurait eu une charpe rouge sur le ventre et des
boniments sur les lvres.



HELENE

C'est ce que me disait Charbonnier, au commencement... Puis il s'tait
ravis...



DUPONT

Moi, je me suis mari parce que la bourgeoise y tenait... a m'tait
indiffrent et a y faisait plaisir! mais c'est pas le passage  la
mairie qui m'aurait empch de la plaquer si je n'avais pas t heureux
avec elle...



MADAME PREVOST

Oh!



DUPONT

Mais parfaitement!... Au fond, le mariage, c'est une invention pour
dpenser de l'argent: on se marie avec l'ide de la noce, de la petite
fte du premier jour; tous les parents et tous les amis vous y
poussent; chacun voit l une journe de rigolade!... Puis, il y a le
sacr prjug... Mais le reste... (il crache dans la chemine) eh bien,
le reste, tout le monde s'en fiche!



HELENE, pensive

C'est gal, nous avions senti tous les deux que a valait mieux d'tre
maris. Certes, on ne pouvait s'aimer davantage... mais pour Charlot,
pour son avenir, c'et t plus sage.



DUPONT

Oui,  cause du gosse.



MADAME PREVOST

A cause aussi de l'accident.



HELENE

De l'accident?



MADAME PREVOST

Oui... de l'indemnit qu'on vous doit.



DUPONT

Comment cela?



MADAME PREVOST,  Dupont

Dame!... il me semble... si elle avait t marie, elle aurait
peut-tre touch davantage... tandis que...



DUPONT, se levant brusquement

En voil une ide! En quoi le fait de ne pas tre marie diminue-t-elle
le prjudice que lui cause la mort de son homme? Elle est atteinte
moralement et matriellement cette femme-l autant que le serait une
pouse lgitime. Voyons, c'est-y pas vrai?



MADAME PREVOST, mal convaincue

Oui, certainement.



DUPONT

Alors, o il y a prjudice, il y a aussi rparation et
dommages-intrts... C'est l'habitude! Tout le monde sait a... Quand
on cause, mme indirectement, la perte de l'outil qui fait vivre une
famille, on doit bien une compensation!



MADAME PREVOST

En effet!



DUPONT

Il en est des gens comme des choses, je pense!... Ce pauvre Charbonnier
s'est trouv tu  l'usine: les patrons doivent payer chaque fois qu'un
accident comme celui-l est arriv chez eux. Charbonnier en valait un
autre, quoi. N'tait-il pas le gagne-pain de cette famille?



MADAME PREVOST

C'est juste! Vous avez raison.



DUPONT

Je le disais encore ce midi,  Morin, avant qu'il aille trouver les
patrons pour...



HELENE, interrompant

Chut!... Ecoutez... On monte l'escalier.



DUPONT

C'est peut-tre lui qui en revient, justement.



On frappe.



MADAME PREVOST

Oui, on frappe.



Elle va ouvrir. Morin entre.





SCENE II



LES MEMES, MORIN



MORIN, entrant

Bonjour. (A Hlne qui vient vers lui) Bonjour, madame.



HELENE

Bonjour, monsieur Morin. (Un peu embarrasse) Je vous remercie d'avoir
bien voulu vous charger de cette dmarche auprs des patrons de mon
pauvre mari. J'tais capable de rien. Je suis encore si bouleverse...



MORIN

Je comprends...



HELENE

Mais vous avez bien dit  ces Messieurs que je ne comptais pas tirer
profit de l'accident arriv  mon homme. Si je demande quelque chose,
ce n'est pas pour vivre de ce malheur mais parce que je suis sans
ressource... J'ai notre petit  lever et je n'ai pas d'ouvrage: il
faut que j'en trouve... jusqu'alors je ne travaillais pas au dehors...
le pre vivait!... Vous leur avez bien expliqu tout a, n'est-ce pas?
Et ils ont compris?... Ils savent bien, eux qui ont de l'instruction!



MORIN, gn

Oui, je leur ai dit tout a.



HELENE

Qu'est-ce qu'ils ont rpondu?... (Morin se tait, embarrass. Sans s'en
apercevoir, trs simplement:) Vous ont-ils charg de me remettre une
petite somme provisoire pour que je puisse me tirer d'affaire en
attendant que tout soit en rgle et que j'aie trouv du travail.



MORIN

Non... Je n'ai rien  vous remettre.



DUPONT

Quelle misre! Encore des formalits par l! Ils n'attendent pas pour
manger, eux!



MORIN,  Dupont

Ce n'est pas a... Tout aurait t rgl de suite si les circonstances
l'avaient permis... mais voil... ( Hlne) J'ai parl pour vous, ma
pauvre femme, j'ai bien expliqu quelle tait votre situation: malgr
toute ma bonne volont, je n'ai pu rien obtenir...



HELENE, surprise

Parce que?



MORIN

Parce que vous n'tiez pas marie avec Charbonnier.



HELENE, trs bas

Oh!



DUPONT

Qu'est-ce que a fait? Elle tait sa femme tout de mme.



MORIN

Il parat que a a une grande importance.



HELENE

Parce que je ne suis pas marie?



MORIN

Oui... lgalement, vous ne comptez pas et les patrons n'ont pas  vous
connatre. Ils disent que dans ce malheureux accident, vous n'tes
rien, vous!



DUPONT

Ah, les bandits!



HELENE, suffoque

Rien! Je ne suis rien, moi!... On ne se connat pas!... Ah!



MADAME PREVOST

Eh bien, en voil du nouveau!



HELENE, outre puis s'chauffant

On ne me connat pas! Mais depuis sept ans, qu'est-ce qui le soignait
mon homme? Qu'est-ce qui lui tenait sa maison, lui prparait ses repas,
lui raccommodait ses effets, veillait  tout pour qu'il n'et aucun
souci quand il tait  son ouvrage?... Ses patrons disent qu'ils n'ont
pas  me connatre! Mais s'il partait vaillant au travail, n'est-ce
donc pas parce qu'il tait tranquille et heureux avec moi?... Sa force
et sa bonne volont leur servaient  ces gens-l et c'est moi qui les
lui donnais par mes soins et mes encouragements... (En se frappant la
poitrine). Devant la tche souvent accablante du travail journalier,
c'est nous, les femmes d'ouvriers, qui sommes leur joie, leur vigueur
et leur soutien! Autant que nos hommes, nous travaillons pour les
patrons.



MADAME PREVOST

Ca, c'est vrai! Elle a raison!



HELENE

Hier, encore, au cimetire, dans leurs discours, ils vantaient sa bonne
conduite et sa rgularit au travail, mais n'tait-ce pas moi qui
l'empchais de frquenter les cabarets en sachant l'attirer et le
retenir  la maison?... Marie lgalement ou non, j'ai rempli mes
devoirs envers lui, envers son travail, et pendant sept ans, il a vcu
heureux entre son fils et moi! (S'attendrissant) Oh, mon petit Charlot,
comme on tait content de faire de toi un bon ouvrier comme ton pre!
Les patrons auraient t heureux de te trouver plus tard, d'utiliser
les qualits que je t'aurais donnes tout petit, et ils viennent dire
que je ne suis rien!... Ah! malheur!! (Elle tombe assise, prs de la
table et s'accoude la tte dans ses mains).



DUPONT

Si c'est point une honte!



MADAME PREVOST,  part,  Dupont

Je m'absente, mais je vais revenir dans un moment.



DUPONT

Bon!



Elle sort.



HELENE, les yeux fixes

Ils disent que je ne suis rien! que je ne compte pas!... Ah, les
sans-coeur!!



MORIN, s'avanant vers elle, trs doux

Ma pauvre femme!... je suis vraiment dsol... mais coutez-moi. Votre
douleur vous gare! Il ne faut pas en vouloir aux patrons et les
accuser de mauvaise volont. Ils ont bien compris que vous tiez
quasiment la femme  ce pauvre Charbonnier... ils en ont parl
longtemps ensemble et votre sort les apitoyait bien... mme ils ont
dcid de payer de leur poche, votre compte chez le boulanger et chez
la fruitire...



DUPONT

La belle affaire! On ne leur demande pas l'aumne mais son d.



MORIN,  Dupont

Ils ne peuvent pas faire plus! Tous les autres ont donn leur livret de
mariage... leurs femmes ou leurs ayants droit sont assurs contre les
suites d'un accident possible et en cas de malheur, ils toucheraient
sans difficults. (Il montre Hlne) C'est pas la mme chose, c'est
malheureux! mais elle n'a pas droit, elle!



DUPONT, levant la voix

Eh bien, et le petit?... le petit Charlot?



MORIN

Hlas!



DUPONT, croisant les bras

Il n'est rien non plus, lui, alors?



MORIN a un geste d'impuissance. Aprs un silence

Ce pauvre Charbonnier n'y a pas pens pour aprs lui... excusez-moi...
pour personne c'est son fils. La loi ne le veut pas. Sans cela les
patrons... mais ils ne savent pas, eux! Ils ne peuvent pas savoir que
c'est  lui, ce pauvre gosse. Qu'est-ce qui le prouve?



DUPONT, violemment

Ils ne veulent pas savoir mais ils savent bien! Ca les embte de sortir
l'argent de leur poche! Pourtant ils gagnent assez pour soutenir la
veuve et l'orphelin de l'ouvrier.



MORIN

La veuve et l'orphelin! mais tout est l! Lgalement, Charbonnier n'a
laiss ni veuve, ni orphelin... C'est la Loi, vous le savez bien!



DUPONT

Il n'y a pas de loi dans la misre! il n'y a que des malheureux et
quand la loi est incomplte, quand elle augmente la misre, les hommes
doivent abolir la loi ou la complter!... Est-ce qu' ct du droit
lgal  une indemnit ne devrait pas s'ajouter le droit moral?... Voici
sept ans qu'ils sont ensemble: c'est pas un mariage a?... Quand des
gens maris se sont quitts pendant trois ans, la loi les divorce de
plein droit et quand deux braves gens ont vcu heureux l'un par
l'autre, pendant sept ans, la loi ne pourrait pas en principe les
marier?--lgaliser leur union?



MORIN

Mais pourquoi aussi Charbonnier n'a-t-il pas rgularis sa situation et
reconnu son enfant?



DUPONT

Bah! il tait heureux, puis il y a pens trop tard: c'est bien
excusable. Si la loi tait faite pour tout le monde avec humanit, elle
devrait prvoir ces ngligences-l et garantir les malheureux qui ont
pu se tromper. Le devoir de la socit est de protger tous ses membres
sans en excepter aucun. Elle doit compter avec les ignorants et les
ngligents de faon  les empcher de devenir leur propre victime.
Est-ce qu'il devrait tre possible que des gens s'abritent derrire la
loi pour escamoter leurs responsabilits!



MORIN

Hlas!... Dans bien des circonstances, la loi est peu juste et ne
protge pas l'individu. L'organisation actuelle de la socit n'offre
pas  chacun la mme scurit et trs souvent, ce sont les plus
malheureux qui sont sacrifis aux principes sur lesquels elle s'appuie.



DUPONT

Mais la socit est coupable qui permet a. Si les lois sont mal
faites, qu'on les refasse! Qu'elles deviennent justes et quitables!
qu'elles protgent au moins les petits contre la voracit des grands!
Au lieu de la permettre, qu'elles empchent l'injustice qui se commet
aujourd'hui!... Je ne suis qu'un pauvre ouvrier sans instruction, mais
il me semble qu'avec du bon sens, du raisonnement et du coeur, tous ces
beaux messieurs qui nous dirigent pourraient faire de meilleures lois!



(Tremblant d'indignation, il donne un grand coup de poing sur la table,
Hlne se dresse en sursaut. Elle parle d'une voix triste dont la
douceur doit contraster avec la violence des rpliques prcdentes).



HELENE

Calmez-vous, Dupont, je vous en prie. Tout ce que vous pourrez dire ne
servira de rien...



DUPONT, plus calme

Malheureusement!



(Madame Prvost rentre quelques provisions dans les bras, notamment un
grand paquet de charbon de bois. En silence elle allume le rchaud et
prpare du caf).



HELENE

Je comprends, maintenant, quoique a me rvolte encore... La loi est la
loi!... Parce que pour aimer un homme, pour le rendre heureux, pour
avoir voulu carter de lui tous les soucis, j'ai nglig de passer par
la mairie, cette loi se dresse, aujourd'hui, implacable et sans piti
devant moi... Elle ne pardonne mme pas  mon petit gosse, la
ngligence de son pauvre pre. Tous les deux, elle nous condamne sans
indulgence et d'autant plus durement qu'on n'a aucun recours contre
elle. (Un temps) Mais a ne m'empchera pas de faire mon devoir de
mre... Je travaillerai. Je chercherai du travail: le monde sera
peut-tre moins mchant que la loi et moins injuste que les patrons...
( Dupont) Vous m'aiderez, n'est-ce pas, mon brave Dupont,  trouver de
l'ouvrage.



DUPONT, mu

Oui srement, madame Charbonnier, vous pouvez compter sur moi... On
n'est pas riches nous autres, mais on a du coeur.



HELENE, allant  Morin

Et vous, monsieur Morin, je vous remercie encore du mal que vous vous
tes donn... Je vous demande pardon de ma colre de tout  l'heure:
dans mon indignation, j'ai peut-tre bien dit des choses que je
n'aurais pas d dire.



MORIN, galement mu

Ne vous excusez pas, madame. Votre surprise tait toute naturelle... Au
fond, je pense comme vous. Vous aviez, tout autant qu'une femme
lgitime, des droits  une indemnit (Il a un geste d'impuissance).
Enfin... (aprs un temps) Je vais vous quitter maintenant.



DUPONT

Vous retournez  l'usine, Morin?



MORIN

Oui, je n'ai pas termin ma journe.



DUPONT

Je vais vous accompagner un petit bout de chemin, alors.



MORIN

Volontiers!



DUPONT,  Hlne

Je reviens tout de suite Madame Charbonnier.



HELENE

Au revoir, monsieur Morin.



MORIN

Au revoir, (saluant Mme Prvost) Madame Prvost...



Ils sortent. Pendant quelques instant, Hlne garde une attitude
accable. Mme Prvost, en travaillant, la regarde avec piti.





SCENE III



HELENE, MADAME PREVOST



HELENE ( mi-voix)

Rien!... Je ne suis rien!... Le pass ne me donne aucun droit! Mon
dvouement, mon amour, ma fidlit, mon orgueil de mnagre, n'auront
servi  rien... Tout s'effondre pour une formalit... (plus haut) Hier,
j'tais encore une femme aime dans ma maison, une femme respecte par
tous, au dehors; aujourd'hui, la socit me met au mme rang que les
filles... Au lieu de me protger, elle me laisse aux prises avec la
misre, au risque que, comme tant d'autres, hlas, j'aille chercher mon
pain, le pain de mon enfant dans... Quelle perspective!



MADAME PREVOST

Pourquoi, aussi, n'avez-vous pas pris vos prcautions? Une femme doit
toujours penser au mariage.



HELENE

Certes! J'aurais bien d y penser puisque j'tais la premire
intresse, mais je ne voulais pas ennuyer Lon de toutes ces
dmarches... puis nous tions retenus, aussi, par la crainte de faire
connatre l'irrgularit de notre union...



MADAME PREVOST

Vous avez eu tort, ma pauvre madame Charbonnier, vous auriez d penser
un peu  vous et  votre enfant.



HELENE

Mon pauvre petit Charles!



MADAME PREVOST

Supposez que tout le monde fasse comme vous? Ce serait bien si le monde
n'tait que de braves gens comme vous et votre pauvre dfunt! Mais il y
a tant d'hommes sans scrupules qui abuseraient davantage des femmes et
tant de femmes de rien qui profiteraient de ce dsordre!



HELENE

C'est vrai!



MADAME PREVOST

On blague le mariage, mais pour la femme c'est encore la meilleure des
garanties.



HELENE

C'est justement l qu'il est injuste et ridicule le mariage: c'est
qu'il garantit indistinctement, les femmes honntes comme les autres...
La vritable justice serait de garantir toutes les femmes honntes
qu'elles soient maries ou qu'elles ne le soient pas.



MADAME PREVOST

Mais comment distinguer les honntes femmes des autres? Pour faire la
diffrence, la loi a dit aux premires: Mariez-vous et vous trouverez
ainsi toutes les garanties auxquelles vous avez droit.



HELENE, railleusement

Oui et c'est pour a qu'on voit tant de femmes maries se conduire mal
et tromper leurs maris... Elles sont cependant considres comme
d'honntes femmes, celles-l. Elles sont maries! a permet tout, ce
mot-l! Tandis que moi, qui pendant sept ans, suis reste fidlement
attache  mon homme, je ne suis qu'une concubine--comme ils
disent--Parce que je n'ai pas pass par la mairie, je suis une fille...
une femme  tout le monde! (Elle a un rire nerveux qui finit dans un
sanglot) Ah! ah! ah!



MADAME PREVOST

Allons, ne vous faites point de mal, ma pauvre madame Charbonnier. Dans
le quartier, on sait bien que vous tes une brave femme et une bonne
mre de famille.



HELENE

Heureusement! Si les patrons avaient fait une enqute, ils auraient
bien vu...



Mme Prvost a achev son caf et mis deux tasses sur la table.



MADAME PREVOST

Tenez. Je vous ai fait une tasse de caf pour vous remonter un peu le
moral (Elle remplit les tasses). Buvez; a va vous faire du bien.


HELENE

Merci, comme vous tes gentille. (Elle remue son caf pensivement).



MADAME PREVOST, cherchant  la distraire

En descendant vous chercher du charbon de bois, j'ai vu votre petite
Charles. Il jouait avec ma gamine.



HELENE

Est-ce qu'il tait bien gai?



MADAME PREVOST

Ah! il riait comme un petit dmon.



HELENE

Le chri!



MADAME PREVOST

Les enfants ne se font point de bile, vous savez bien.



HELENE

Tant mieux!



MADAME PREVOST

En ce moment il est parti avec mon ane chercher de la confection.



HELENE

Ca va le promener, vous avez bien fait.



MADAME PREVOST

Ah! voici Dupont.



Dupont rentre.





SCENE IV



LES MEMES, DUPONT.



DUPONT

J'ai reconduit Morin, histoire d'y causer... de voir un peu. Je cherche
 manigancer quelque chose pour vous, madame Charbonnier. Ca me rvolte
tellement le refus de ces crapules-l!

Il rprime un mouvement de colre puis s'assoit prs de la table.



HELENE

Il n'y a rien  faire, allez! Ils ont refus, c'est bien fini.



DUPONT

Aussi c'est pas sur eux que je compte. Non! C'est sur les camarades...



MADAME PREVOST,  Dupont

Vous prendrez bien une tasse de caf pour vous rchauffer, hein?


DUPONT

Je veux bien (Mme Prvost lui en verse).



HELENE

Comme la nuit vient vite, on n'y voit dj plus (Elle allume la lampe).



DUPONT

Six heures.



MADAME PREVOST

Je vais vous quitter. Il est temps que j'aille tremper la soupe pour
mon homme, c'est qu'il crie quand le dner n'est pas sur la table.



HELENE

Alors, faites vite pour qu'il soit content.



MADAME PREVOST

C'est a! (Elle va vers la porte. A Hlne) Ah, dites donc, votre petit
Charles va souper avec nous. Comme a vous n'aurez pas  vous en
occuper.



HELENE

Mais voici quatre jours que vous le gardez  manger.



MADAME PREVOST

Bah! vous n'aviez pas la tte  faire beaucoup de cuisine... Je me
sauve! Bonsoir Dupont!



DUPONT

Au revoir!



Mme Prvost ouvre la porte et voit la concierge.



MADAME PREVOST

Ah! la concierge! (A Hlne) Voil de la visite pour vous, madame
Charbonnier.



La concierge entre. Mme Prvost sort. Louis Charbonnier reste sur le
seuil.



SCENE V



HELENE, DUPONT, LOUIS CHARBONNIER, LA CONCIERGE



HELENE,  la concierge, sans voir Louis

Qu'est-ce que c'est?



LA CONCIERGE

C'est un jeune homme qui... Je sais pas trop ce qu'il me raconte! Il
prtend qu'il est le neveu de monsieur Charbonnier.



HELENE

Le neveu de Lon? (Elle va vers la porte).



LOUIS, se montrant

Bonsoir la compagnie!



HELENE, le reconnaissant

Ah! c'est vous!



LOUIS

C'est moi! ( la concierge) Vous voyez bien, la petite mre, que je ne
blaguais pas: on me connat ici.



LA CONCIERGE

Je ne savais pas, moi! Vous me dites un tas d'histoires.



LOUIS

C'est bon! vous frappez pas!



La concierge sort.



HELENE,  Louis

Qu'est-ce que vous voulez?



LOUIS

Ce que je veux?... Vous vous en doutez bien!



HELENE

Du tout.



LOUIS, ricanant

Vraiment! Alors, il parat que vous ne m'attendiez pas... Vous ne
pensiez plus  moi... C'est pour a, sans doute, que vous ne m'avez pas
prvenu de la mort de mon oncle?



HELENE

En effet! Je vous avais compltement oubli... au milieu de ce malheur,
n'est-ce pas. Et puis, je ne vous ai vu qu'une fois seulement, il y a
trois ans. Vous savez bien que mon pauvre dfunt ne voulait pas vous
voir.



LOUIS, railleur

Oui, il n'avait pas le sentiment de la famille trs dvelopp.



HELENE

C'est--dire que votre conduite...



LOUIS

Ma conduite! Il aurait fallu pour lui faire plaisir que je serve
d'exemple aux fils  papa! C'tait pas dans mon temprament. Chacun sa
vocation, pas vrai!



DUPONT, haussant les paules

La vtre tait de ne rien faire, je crois!



LOUIS, s'en s'mouvoir

Ah! Monsieur me connat?



DUPONT

Et pas brillamment encore!



LOUIS

Tout le monde ne peut pas gagner le prix Montyon.



HELENE

Enfin, tout a ne me dit pas qu'est-ce que vous venez faire chez moi?



LOUIS

Pardon, chez mon oncle.



HELENE

Vous dites?



LOUIS, appuyant

Je dis chez mon oncle!



DUPONT, bourru

Ici, vous tes chez Madame Charbonnier.



LOUIS

A savoir, mon petit!... Le propritaire m'a encore affirm tantt que
le loyer tait au nom de mon oncle. (A Hlne) C'est-y vrai?



HELENE

Eh bien, oui il est  son nom! Mais qu'est-ce que a peut vous faire.



LOUIS

Qu'est-ce que a peut me faire? (riant) Ah! Ah! elle est bien bonne,
celle-l?



HELENE

Enfin je ne comprends pas...



LOUIS

On va vous expliquer a en douceur, ma petite dame... Dites-moi
seulement, me reconnaissez-vous bien pour tre le neveu de Lon
Charbonnier qui a t tu samedi  l'usine?



HELENE

Mais...



LOUIS

Rpondez? Oui ou non, c'est-y bien moi?



HELENE

Oui, sans doute!



LOUIS, triomphant

Alorss...



HELENE

Alors?



LOUIS

Mon oncle est mort et  moi seul, je reprsente toute sa famille...
c'est clair, hein?



DUPONT, qui commence  comprendre

Ah a!



HELENE, s'inquitant, mais prte  la dfensive

O voulez-vous en venir?



LOUIS

A ceci tout simplement: je suis le plus proche parent de Lon
Charbonnier et en cette qualit j'hrite de lui. Tout ce qui est ici
m'appartient.



HELENE, haussant la voix

Comment a vous appartient?



DUPONT

Par exemple!



LOUIS

Oui: m'appartient! Je suis chez moi, ici.



HELENE

Eh bien, et moi?



LOUIS

Vous? J'ai pas besoin de vous connatre.



HELENE

Et mon petit Charles, alors?



LOUIS

Connais pas non plus, le mme!



DUPONT

Mais vous tes fou, mon pauvre garon.



LOUIS

Pas tant que a! Je connais mes droits.



HELENE

Vos droits!



LOUIS

Oui, mes droits! Ca vous chiffonne un peu de voir que j'hrite. Je
comprends a! C'est toujours embtant de restituer ce qu'on a pris
l'habitude de considrer comme tant  soi.


HELENE

Tout est  moi et  mon fils ici!



LOUIS

Allez dire a aux hommes de justice ou au commissaire de police, ils se
ficheront de vous... Tenez, j'en viens de chez le commissaire de police
et savez-vous ce qu'il m'a dit?



DUPONT

Je sus bien sr qu'il ne vous a pas donn raison.



LOIUS

Que si donc! Il m'a mme dit que si Madame refusait de laisser la place
libre, je pouvais appeler les agents.



HELENE

C'est impossible!



DUPONT

Ce serait une infamie!



LOUIS

Mais non! il n'y a pas d'infamie, c'est la loi tout bonnement.



DUPONT

La loi! C'en est trop! La loi ne peut pas autoriser une pareille
injustice? Ce n'est donc pas suffisant que la socit permette aux
patrons de ne donner aucun secours aux compagnes des ouvriers qui
meurent  leur travail, il faudrait encore qu'elle autorise un parent
loign, presqu'un inconnu,  venir voler les pauvres meubles, tout
l'avoir d'une femme restant sans ressources et sans dfense.



HELENE

Non! Non! La loi ne peut pas dire que quelque chose, ici, appartient 
cet homme.



LOUIS

Mais si, elle le dit, parce qu'elle dit que vous n'tes pas mme
considre comme une servante  qui on doit des gages et une indemnit.
Je connais mon affaire!



HELENE, avec un sanglot

C'est injuste! C'est monstrueux!



DUPONT

Oui, c'est monstrueux! Ceux qui font les lois et ceux qui les
interprtent sont donc btes et mchants! On ne trouvera donc jamais
des hommes d'assez grand coeur pour distinguer dans la loi, ce qu'il y
a de bon ou de mauvais suivant les cas! Pour juger un assassin et le
condamner, on exige un jury, et pour reconnatre les droits d'une mre
malheureuse et d'un enfant irresponsable, avant de les jeter dans la
misre, dans le ruisseau, on ne fera pas mme une enqute, on ne
demandera l'avis de personne! Derrire ce mot "la Loi" qu'on lui jette
 la figure, sans explication, on se cache sans scrupule pour commettre
le plus lche des abandons et le plus coupable des vols.



HELENE, lamentablement, touchant ou indiquant chaque meuble

Mais, enfin, cette commode... cette horloge, on les a achets 
l'anniversaire de la naissance du petit... Cette table... cette table,
Charbonnier me l'a offerte pour ma fte... le buffet, nous avons
conomis pendant un an pour pouvoir le payer... le linge qui est dans
l'armoire c'est moi-mme qui l'ai cousu de mes mains... Et on vient
dire aujourd'hui que tout a n'est pas  moi.



Elle pleure la tte dans ses mains.



DUPONT

Au nom de la loi, voler une femme sans soutien et un enfant sans
dfense, quelle honte pour la socit!



LOUIS

Eh bien, vous en faites rien du chichi!



DUPONT

Taisez-vous, malheureux, vous devriez rougir. Un homme de votre ge, en
pleine force, qui vient dpouiller une malheureuse et son enfant!



LOUIS, s'chauffant

Ah, a!  la fin, vous m'embtez, vous! Je ne rclame que ce qui
m'appartient. Si vous trouvez que la loi est mal faite, allez vous en
plaindre  ceux qui la font.



DUPONT

Oh, si la souffrance des faibles pouvait tre entendue, comme on la
changerait bien vite, cette loi!



LOUIS

En attendant ne vous en prenez pas  moi... Je ne la connais pas, moi,
cette femme-l. Je ne cherche pas plus  la dpouiller qu' lui faire
un cadeau. Je ne demande que mon d!... Je n'ai pas un si mauvais coeur
que a! Elle peut bien emporter ce qui est  elle.



DUPONT

Tout, est  elle, ici! Venir le lui prendre, c'est voler.



LOUIS

Oh, a!



DUPONT

Oui! tout est  elle et vous n'aurez rien. Moi, Dupont, je vous dfends
de toucher  quoi que ce soit! Cette femme et son enfant resteront ici
tant qu'ils pourront payer le loyer.



LOUIS

Elle n'a pas le droit de rester malgr moi. La loi...



DUPONT, l'interrompant

La loi, a m'est gal! Je ne connais que la justice.



LOUIS

Nous verrons bien si...



DUPONT, s'avanant vers lui menaant

Et vous, je vous engage  partir si vous ne voulez pas avoir affaire 
moi.



LOUIS, reculant

Mais...



DUPONT

Allez-vous-en, misrable, j'y vois plus!



LOUIS

Je pars mais...



DUPONT

Vas-tu fiche le camp!



LOUIS

... je reviendrai demain matin.



DUPONT

Mais fous le camp, donc!



LOUIS, menaant

Ah, nous verrons bien! (sur le seuil) A demain!!



Il sort.



SCENE VI



HELENE, DUPONT, PUIS MADAME PREVOST



DUPONT

La colre m'aveuglait! S'il tait rest une minute de plus, je lui
aurais rentr les mots dans la gorge. Bandit! vaurien!! Canaille,
va!!!... (Un temps, il regarde Hlne) La pauvre femme, la
malheureuse!... renie, vole, chasse!... Non, mais quelle honte.
C'est  ne pas croire ces choses-l!... (Un temps, il s'approche
d'Hlne qui pleure doucement) Madame Charbonnier, ne pleurez pas comme
a... vous me faites de la peine.



HELENE

Mon brave Dupont!



DUPONT

Oui, je suis l. Je vous dfendrai, moi!



HELENE

Mais vous ne pouvez rien faire... Il va revenir demain matin... pour me
chasser avec mon pauvre petit!



DUPONT

Ah a! Jamais! Il me passerait plutt sur le corps!



HELENE

Si c'est son droit, il faudra bien que je parte.



DUPONT

Bons sens de bon sens! Et je serai l impuissant! Je ne pourrai pas les
en empcher... Ah, a ne peut pas tre, il faut que je cherche... que
je trouve quelque chose...



HELENE

Vous ne trouverez rien, hlas!



DUPONT

Je vais essayer...



Mme Prvost entre, le petit garon endormi dans les bras. Toutes les
rpliques suivantes se disent  voix basse.



MADAME PREVOST

Chut! Le petit dort.



DUPONT, soudain calm

Pauvre gosse...



HELENE

Mettez-le, sur le lit, tenez...



MADAME PREVOST

C'est a!... (Elles couchent l'enfant dlicatement) L!...



HELENE

Je le dshabillerai tout  l'heure.



MADAME PREVOST

Il s'est endormi justement comme nous finissions de manger...
maintenant il en a pour jusqu' de main matin.



DUPONT

Moi, je vais m'en aller... ( Hlne) Je vais vous quitter, madame
Charbonnier.



HELENE

Oui, voici la nuit qui avance.



DUPONT, tendant la main

Au revoir.



HELENE

Au revoir, Dupont.



DUPONT

Je serai l demain  la premire heure.



HELENE, soudain angoisse

Oh, oui! ne me laissez pas seule demain?



DUPONT

Comptez sur moi.



MADAME PREVOST

Bonsoir!



HELENE

Bonsoir! (vivement) Merci bien, madame Prvost.



MADAME PREVOST

Oh, il n'y a pas de quoi...



Ils sortent.



HELENE, aprs un temps d'immobilit

Demain!... (elle range machinalement, puis elle s'arrte et clate en
sanglots) Oh, c'est affreux!... (Elle pleure, puis va vers le lit et
regarde l'enfant) Mon pauvre petit! demain, on sera dans la rue, tous
les deux!... (elle continue de pleurer. Son dsespoir doit aller
croissant de minutes en minutes. Elle va, vient, s'assoit, se lve,
prononce des mots inintelligibles au milieu de ses larmes. Elle prend
sur la commode, la photographie du dfunt) Oh, mon pauvre vieux! on
tait si heureux!... et maintenant c'est fini... J'ai pu rien!...
J'suis toute seule!... (Elle pose la photographie et reprend sa marche.
Elle fait tomber les pincettes, les ramasse, puis fixe trangement le
rchaud de charbon de bois). Oh!... (Elle ne pleure plus, mais son
visage exprime une secrte terreur) Non! non!... (Elle recule vers
l'autre extrmit de la pice sans quitter des yeux le fourneau) Non!
j'peux pas!... pour mon p'tit, j'peux pas. (Il y a lutte en elle. Elle
examine autour d'elle, les yeux agrandis de terreur. Soudain, elle se
dcide). Si, si, il le faut! (Ses gestes sont d'un automate. Elle
remplit de charbon le rchaud et le porte au milieu de la pice. Elle
prend des draps dans l'armoire, les pend devant la porte et la fentre,
puis, aprs un dernier recul, elle s'allonge en sanglotant, prs de
l'enfant, sur le lit) Oh, mon p'tit! mon p'tit! mon p'tit! (Ces
derniers mots doivent tre une sorte de clameur farouche o l'instinct
lutte encore contre l'horreur et la dsesprance. C'est le hurlement
d'agonie de la bte humaine).



RIDEAU





Grande Imp du Centre -- Herbin, Montluon.







End of Project Gutenberg's C'est la loi!, by Max du Veuzit and George Lomelar

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK C'EST LA LOI! ***

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809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
