The Project Gutenberg EBook of Le Tlphone, le Microphone et le
Phonographe, by Thodore du Moncel

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Title: Le Tlphone, le Microphone et le Phonographe

Author: Thodore du Moncel

Illustrator: B. Bonnafoux

Release Date: December 20, 2008 [EBook #27574]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TELEPHONE, MICROPHONE, PHONOGRAPHE ***




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BIBLIOTHQUE DES MERVEILLES


LE TLPHONE

LE MICROPHONE

ET LE PHONOGRAPHE


PAR


LE COMTE TH. DU MONCEL

Membre de l'Institut




OUVRAGE ILLUSTR

DE 67 FIGURES DESSINES SUR BOIS

PAR B. BONNAFOUX




PARIS

LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

1878

Droits de proprit et de traduction rservs




BIBLIOTHQUE DES MERVEILLES

PUBLIE SOUS LA DIRECTION

DE M. DOUARD CHARTON


LE TLPHONE, LE MICROPHONE ET LE PHONOGRAPHE




  21571-78.--PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE
  Rue de Fleurus, 9




LE TLPHONE

LE MICROPHONE

ET LE PHONOGRAPHE


UN COUP D'OEIL HISTORIQUE.

 proprement parler, le tlphone n'est qu'un instrument apte 
transmettre les sons  distance, et l'ide de cette transmission est
aussi ancienne que le monde. Les Grecs employaient des moyens
susceptibles de la raliser, et il n'est pas douteux que ces moyens
n'aient t quelquefois mis  contribution dans les oracles du
paganisme. Seulement cette transmission des sons ne sortait pas de
certaines limites assez restreintes, ne dpassant pas sans doute
celles des porte-voix. Suivant M. Preece, le document le plus ancien
o cette transmission du son  distance soit formule d'une manire un
peu nette, remonte  l'anne 1667, comme il rsulte d'un crit d'un
certain Robert Hooke, qui dit  ce propos: Il n'est pas impossible
d'entendre un bruit  grande distance, car on y est dj parvenu, et
l'on pourrait mme dcupler cette distance sans qu'on puisse taxer la
chose d'impossible. Bien que certains auteurs estims aient affirm
qu'il tait impossible d'entendre  travers une plaque de verre
noircie mme trs-mince, je connais un moyen facile de faire entendre
la parole  travers un mur d'une grande paisseur. On n'a pas encore
examin  fond jusqu'o pouvaient atteindre les moyens acoustiques, ni
comment on pourrait impressionner l'oue par l'intermdiaire d'autres
milieux que l'air, et je puis affirmer _qu'en employant un fil tendu,
j'ai pu transmettre instantanment le son  une grande distance et
avec une vitesse sinon aussi rapide que celle de la lumire, du moins
incomparablement plus grande que celle du son dans l'air. Cette
transmission peut tre effectue non-seulement avec le fil tendu en
ligne droite, mais encore quand ce fil prsente plusieurs coudes._

Ce systme de transmission des sons, sur lequel sont bass les
tlphones  ficelle qui attirent l'attention depuis quelques annes,
est rest  l'tat de simple exprience jusqu'en 1819, poque 
laquelle M. Wheatstone l'appliqua  sa lyre magique. Dans cet
appareil, les sons taient transmis  travers une longue tige de sapin
dont l'extrmit tait adapte  une caisse sonore; de l  l'emploi
des membranes utilises dans les tlphones  ficelle, il n'y avait
qu'un pas. Quel est celui qui eut cette dernire ide?... il est assez
difficile de le dire, car beaucoup de ces vendeurs de tlphones se
l'attribuent sans se douter mme de la question. S'il faut en croire
certains voyageurs, ce systme serait depuis longtemps employ en
Espagne pour les correspondances amoureuses. Quoi qu'il en soit, les
cabinets de physique ne possdaient pas ces appareils il y a quelques
annes, et beaucoup de personnes croyaient mme que la ficelle tait
constitue par un tube acoustique de petit diamtre. Cet appareil,
quoique devenu un jouet d'enfant, est d'une grande importance
scientifique, car il montre que les vibrations capables de reproduire
la parole peuvent tre d'un ordre infiniment petit, puisqu'elles
peuvent tre transmises mcaniquement  des distances dpassant cent
mtres. Toutefois, au point de vue tlgraphique, le problme de la
propagation des sons  distance tait loin d'tre rsolu de cette
manire, et l'ide d'appliquer les effets lectriques  cette sorte de
transmission dut natre aussitt qu'on put tre tmoin des effets
merveilleux de la tlgraphie lectrique, ce qui nous reporte dj aux
poques qui suivirent l'anne 1839. Une dcouverte inattendue faite
par M. Page en 1837, en Amrique, et tudie depuis par MM. Wertheim,
de la Rive et autres, devait d'ailleurs y conduire naturellement; car
on avait reconnu qu'une tige magntique soumise  des aimantations et
 des dsaimantations trs-rapides, pouvait mettre des sons, et que
ces sons taient en rapport avec le nombre des missions de courants
qui les provoquaient.

D'un autre ct, les vibrateurs lectriques combins par MM.
Mac-Gauley, Wagner, Neef, etc., et disposs ds 1847 et 1852 par MM.
Froment et Ptrina pour la production de sons musicaux, prouvaient que
le problme de la transmission des sons  distance tait possible.
Toutefois, jusqu'en 1854, personne n'avait os admettre la possibilit
de transmettre lectriquement la parole  distance, et quand M.
Charles Bourseul publia  cette poque une note sur la transmission
lectrique de la parole, on regarda cette ide comme un rve
fantastique. Moi-mme, je dois l'avouer, je ne pouvais y croire, et
quand, dans la premire dition de mon expos des applications de
l'lectricit publie en 1854[1], je rapportai cette note, je crus
devoir l'accompagner de commentaires plus que dubitatifs. Cependant,
comme la note me paraissait bien raisonne, je n'hsitai pas  la
publier en la signant seulement des initiales Ch. B***. La suite
devait donner raison  cette ide hardie, et quoiqu'elle ne renfermt
pas en elle le principe physique qui seul pouvait conduire  la
reproduction des sons articuls, elle tait pourtant le germe de
l'invention fconde qui a illustr les noms de Graham Bell et d'Elisha
Gray. C'est  ce titre que nous allons reproduire encore ici la note
de M. Charles Bourseul.

         [Note 1: Voy. t. II, p. 225, et t. III, p. 110, de la 2e
         dition du mme ouvrage publie en 1857.]

Aprs les merveilleux tlgraphes qui peuvent reproduire  distance
l'criture de tel ou tel individu, et mme des dessins plus ou moins
compliqus, il semblerait impossible, dit M. B***, d'aller plus en
avant dans les rgions du merveilleux. Essayons cependant de faire
quelques pas de plus encore. Je me suis demand, par exemple, si la
parole elle-mme ne pourrait pas tre transmise par l'lectricit, en
un mot, si l'on ne pourrait pas parler  Vienne et se faire entendre
 Paris. La chose est praticable: voici comment:

Les sons, on le sait, sont forms par des vibrations et appropris 
l'oreille par ces mmes vibrations que reproduisent les milieux
intermdiaires.

Mais l'intensit de ces vibrations diminue trs rapidement avec la
distance; de sorte qu'il y a, mme en employant des porte-voix, des
tubes et des cornets acoustiques, des limites assez restreintes qu'on
ne peut dpasser. Imaginez que l'on parle prs d'une plaque mobile,
assez flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par la
voix, que cette plaque tablisse et interrompe successivement la
communication avec une pile: vous pourrez avoir  distance une autre
plaque qui excutera en mme temps les mmes vibrations.

Il est vrai que l'intensit des sons produits sera variable au point
de dpart, o la plaque vibre par la voix, et constante au point
d'arrive, o elle vibre par l'lectricit; mais il est dmontr que
cela ne peut altrer les sons.

Il est vident d'abord que les sons se reproduiraient avec la mme
hauteur dans la gamme.

L'tat actuel de la science acoustique ne permet pas de dire _a
priori_ s'il en sera tout  fait de mme des syllabes articules par
la voix humaine. On ne s'est pas encore suffisamment occup de la
manire dont ces syllabes sont produites. On a remarqu, il est vrai,
que les unes se prononcent des dents, les autres des lvres, etc.,
mais c'est l tout.

Quoi qu'il en soit, il faut bien songer que les syllabes ne
reproduisent,  l'audition, rien autre chose que des vibrations des
milieux intermdiaires; reproduisez exactement ces vibrations, et vous
reproduirez exactement aussi les syllabes.

En tout cas, il est impossible de dmontrer, dans l'tat actuel de la
science, que la transmission lectrique des sons soit impossible.
Toutes les probabilits, au contraire, sont pour la possibilit.

Quand on parla pour la premire fois d'appliquer l'lectro-magntisme
 la transmission des dpches, un homme haut plac dans la science
traita cette ide de sublime utopie, et cependant aujourd'hui on
communique directement de Londres  Vienne par un simple fil
mtallique.--Cela n'tait pas possible, disait-on, et cela est.

Il va sans dire que des applications sans nombre et de la plus haute
importance surgiraient immdiatement de la transmission de la parole
par l'lectricit.

 moins d'tre sourd et muet, qui que ce soit pourrait se servir de
ce mode de transmission qui n'exigerait aucune espce d'appareils. Une
pile lectrique, deux plaques vibrantes et un fil mtallique
suffiraient.

Dans une multitude de cas, dans de vastes tablissements, par
exemple, on pourrait, par ce moyen, transmettre  distance tel ou tel
avis, tandis qu'on renoncera  oprer cette transmission par
l'lectricit, ds lors qu'il faudra procder lettre par lettre et 
l'aide de tlgraphes exigeant un apprentissage et de l'habitude.

Quoi qu'il arrive, il est certain que dans un avenir plus ou moins
loign, la parole sera transmise  distance par l'lectricit. _J'ai
commenc des expriences  cet gard_: elles sont dlicates et exigent
du temps et de la patience, mais _les approximations obtenues_ font
entrevoir un rsultat favorable.

Il est certain que cette description n'est pas assez complte pour
qu'on puisse y dcouvrir la disposition qui pouvait conduire  la
solution du problme, et si les vibrations de la lame au poste de
rception devaient rsulter d'interruptions et de fermetures de
courant effectues au poste de transmission, sous l'influence des
vibrations dtermines par la voix, elles ne pouvaient fournir que des
sons musicaux et non des sons articuls. Nanmoins l'ide tait
_trs-belle_, comme le dit M. Preece, tout en regardant sa ralisation
comme impossible[2]. Il est du reste facile de voir que M. Bourseul
lui-mme ne se dissimulait pas les difficults du problme en ce qui
touchait les sons articuls, car il signale, comme on vient de le
voir, les diffrences qui existent entre les vibrations simples
produisant les sons musicaux et les vibrations complexes dterminant
les sons articuls; mais, comme il le disait fort justement:
_Reproduisez au poste de rception les vibrations de l'air dtermines
au poste de transmission, et vous aurez la transmission de la parole
quelque compliqu que soit le mcanisme au moyen duquel on l'obtient._
Nous verrons  l'instant comment a t rsolu ce problme, et il est
probable que certains essais avaient dj fait pressentir  M.
Bourseul la solution de la question; mais rien dans sa note ne peut
faire entrevoir quels taient les moyens auxquels il avait pens; de
sorte que l'on ne peut raisonnablement pas lui rapporter la dcouverte
de la transmission lectrique de la parole, et nous ne comprenons
gure qu'on ait pu nous faire un reproche de ne pas avoir apprci,
ds cette poque, l'importance de cette dcouverte qui pouvait bien
alors paratre un peu du domaine de la fantaisie.

         [Note 2: Voy. le _Journal de la Socit des Ingnieurs
         tlgraphistes de Londres_, t. VI, p. 417 et 419.]

Ce n'est qu'en 1876 que le problme de la transmission lectrique de
la parole a t dfinitivement rsolu, et cette dcouverte a soulev
dans ces derniers temps, entre MM. Elisha Gray, de Chicago, et Graham
Bell un dbat de priorit intressant sur lequel nous devons dire
quelques mots.

Ds l'anne 1874, M. Elisha Gray s'occupait d'un systme de tlphone
musical qu'il voulait appliquer aux transmissions tlgraphiques
multiples, et les recherches qu'il dut entreprendre pour tablir ce
systme dans les meilleures conditions possibles lui firent entrevoir
la possibilit de transmettre lectriquement les mots articuls. Tout
en exprimentant son systme tlgraphique, il combina, en effet, vers
le 15 janvier 1876, un systme de _tlphone parlant_ dont il dposa 
l'office des patentes amricaines, sous la forme de _caveat_ ou de
brevet provisoire, la description et les dessins. Ce dpt fut fait le
14 fvrier 1876: or ce mme jour M. Graham Bell dposait galement 
l'office des patentes amricaines une demande de brevet dans laquelle
il tait bien question d'un appareil du mme genre, mais qui
s'appliquait surtout  des transmissions tlgraphiques simultanes
au moyen d'appareils tlphoniques, et les quelques mots qui, dans ce
brevet, pouvaient se rapporter au tlphone  sons articuls,
s'appliquaient  un instrument qui, de l'aveu mme de M. Bell, n'a pu
fournir _aucuns rsultats satisfaisants_[3]. Dans le _caveat_ de M.
Gray, au contraire, l'application de l'appareil  la transmission
lectrique de la parole est uniquement indique, la description du
systme est complte, et les dessins qui l'accompagnent sont tellement
prcis qu'un tlphone excut d'aprs eux pouvait parfaitement
fonctionner; c'est du reste ce que M. Gray put constater lui-mme
quand, quelque temps aprs, il excuta son appareil qui ne diffrait
gure de celui  liquide dont parle M. Bell dans son mmoire.  ce
titre, M. Elisha Gray se serait trouv certainement mis en possession
du brevet, si une omission de formes de l'office des patentes
amricaines, qui, comme on le sait, prononce sur la priorit des
inventions dans ce pays, n'avait entran la dchance de son
_caveat_, et c'est  propos de cette omission qu'un procs a t
intent dernirement  M. Bell, devant la Cour suprme de l'office des
patentes amricaines, pour faire tomber son brevet. Si M. Gray ne
s'est pas occup plus tt de cette rclamation, c'est qu'il tait
alors entirement occup d'exprimenter son systme de tlphone
harmonique appliqu aux transmissions tlgraphiques qu'il jugeait
plus important au point de vue commercial, et que le temps lui avait
compltement manqu pour donner suite  cette affaire.

         [Note 3: Voy. le Mmoire de M. Bell dans le _Journal de
         la Socit des Ingnieurs tlgraphistes de Londres_, t. VI,
         p. 407.]

Quoi qu'il en soit, c'est seulement  partir de la prise de possession
de son brevet que M. Bell commena  s'occuper srieusement du
tlphone parlant, et ses efforts ne tardrent pas  tre couronns de
succs, car peu de mois aprs, il exposait  Philadelphie son
tlphone parlant qui excita, ds cette poque, l'attention publique
au plus haut degr, et qui, perfectionn encore au point de vue
pratique, nous arriva en Europe dans l'automne 1877 avec la forme que
nous lui connaissons.

Comme complment  cette histoire sommaire du tlphone, nous devons
dire que, depuis sa russite, bon nombre de rclamations de priorit
ont surgi comme par enchantement. Nous voyons d'abord qu'un certain M.
John Camack, Anglais d'origine, s'attribue l'invention du tlphone,
se basant sur ce qu'en 1865 il aurait non-seulement fait la
description de cet appareil, mais encore excut les dessins; il
ajoute mme que si les moyens ne lui avaient pas fait dfaut pour le
construire, le tlphone aurait t dcouvert ds cette poque. Une
prtention semblable a t galement mise par M. Dolbear, compatriote
de M. Bell, et nous verrons bientt ce qu'en dit ce dernier.

Il en est de mme d'un certain M. Manzetti, d'Aoste, qui prtend que
son invention tlphonique a t dcrite dans beaucoup de journaux de
1865, entre autres dans _le Petit Journal_, de Paris, du 22 novembre
1865, le _Diretto_, de Rome, du 10 juillet 1865, _l'cho d'Italie_, de
New-York, du 9 aot 1865, _l'Italie_, de Florence, du 10 aot 1865,
_la Commune d'Italie_, de Gnes, du 1er dcembre 1865, _la Vrit_, de
Novarre, du 4 janvier 1866, _le Commerce_, de Gnes, du 6 janvier
1866. Il est vrai qu'aucune description n'a t donne de ce systme,
et que les journaux en question n'ont fait qu'assurer que les
expriences qui avaient t faites avaient montr que la solution
pratique du problme de la transmission lectrique de la parole par ce
systme tait possible. Quoi qu'il en soit, M. Charles Bourseul aurait
encore la priorit de l'ide; mais suivant nous, on ne doit ajouter
qu'une mdiocre confiance  toutes ces revendications faites aprs
coup.

Avant de nous occuper du tlphone de Bell et des diverses
modifications qu'on lui a apportes, il nous a paru important, pour
bien familiariser le lecteur avec ces sortes d'appareils, d'tudier
les tlphones lectro-musicaux qui l'ont prcd, et en particulier
celui de M. Reiss, qui fut construit en 1860 et qui a t le point de
dpart de tous les autres. Nous verrons d'ailleurs que ces instruments
ont des applications trs-importantes, et la tlgraphie leur devra
probablement un jour de grands progrs.




TLPHONES MUSICAUX.


=Tlphone de M. Reiss.=--Le tlphone de M. Reiss est fond, quant 
la reproduction des sons, sur les effets dcouverts par M. Page en
1837 et, pour leur transmission lectrique, sur le systme  membrane
vibrante utilis ds 1855 par M. L. Scott dans son phonautographe. Cet
appareil se compose donc, comme les systmes tlgraphiques, de deux
parties distinctes, d'un transmetteur et d'un rcepteur, et nous les
reprsentons fig. 1.

Le transmetteur tait essentiellement constitu par une bote sonore
K, qui portait  sa partie suprieure une large ouverture circulaire 
travers laquelle tait tendue une membrane, et au centre de celle-ci
tait adapt un lger disque de platine _o_, au-dessus duquel tait
fixe une pointe mtallique _b_, qui constituait avec le disque
l'interrupteur. Sur une des faces de cette bote sonore K, se trouvait
une sorte de porte-voix T qui tait destin  recueillir les sons et 
les diriger  l'intrieur de la bote pour les faire ragir ensuite
sur la membrane. Une partie de la bote K est brise sur la figure
pour qu'on puisse distinguer les diffrentes parties qui la composent.

Les tiges _a_, _c_, qui portent la pointe de platine _b_, sont runies
mtalliquement avec une clef Morse _t_, place sur le ct de la bote
K, et avec un lectro-aimant A, qui appartient  un systme
tlgraphique destin  changer les signaux ncessaires  la mise en
action des deux appareils aux deux stations.

Le rcepteur est constitu par une caisse sonore B, portant deux
chevalets _d_, _d_, sur lesquels est soutenu un fil de fer _d d_ de la
grosseur d'une aiguille  tricoter. Une bobine lectro-magntique _g_
enveloppe ce fil et se trouve enferme par un couvercle D, qui
concentre les sons dj amplifis par la caisse sonore; cette caisse
est mme munie,  cet effet, de deux ouvertures pratiques au-dessous
de la bobine.

Le circuit de ligne est mis en rapport avec le fil de cette bobine par
les deux bornes d'attache 3 et 4, et une clef Morse _t_ se trouve
place sur le ct de la caisse B pour l'change des correspondances.

Pour faire fonctionner ce systme, il suffit de faire parler
l'instrument dont on veut transmettre les sons devant l'ouverture T,
et cet instrument peut tre une flte, un violon ou mme la voix
humaine. Les vibrations de l'air dtermines par ces instruments font
vibrer  l'unisson la membrane tlphonique, et celle-ci, en
approchant et loignant rapidement le disque de platine _o_ de la
pointe _b_, fournit une srie d'interruptions de courant qui se
trouvent rpercutes par le fil de fer _d d_ et transformes en
vibrations mtalliques, dont le nombre est gal  celui des sons
successivement produits.

D'aprs ce mode d'action, on comprend donc qu'il soit possible de
transmettre les sons avec leur valeur relative; mais l'on conoit
galement que ces sons ainsi transmis n'auront pas le timbre de ceux
qui leur donnent naissance, car le timbre est indpendant du nombre
des vibrations, et, il faut mme le dire ici, les sons produits par
l'appareil de M. Reiss avaient un timbre de flte  l'oignon qui
n'avait rien de sduisant; toutefois le problme de la transmission
lectrique des sons musicaux tait bien rellement rsolu, et l'on
pouvait dire en toute vrit qu'un air ou une mlodie pouvait tre
entendu  une distance aussi grande qu'on pouvait le dsirer.

L'invention de ce tlphone date, comme on l'a dj vu, de l'anne
1860, et le professeur Heisler en parle dans son trait de physique
technique, publi  Vienne en 1866; il prtend mme dans l'article
qu'il lui a consacr, que, quoique dans son enfance, cet appareil
tait susceptible de transmettre non-seulement des sons musicaux, mais
encore des mlodies chantes. Ce systme fut ensuite perfectionn par
M. Vander-Weyde, qui, aprs avoir lu la description publie par M.
Heisler, chercha  rendre la bote de transmission de l'appareil plus
sonore et les sons produits par le rcepteur plus forts. Voici ce
qu'il dit  ce sujet dans le _Scientific american Journal_:

Ayant fait construire en 1868 deux tlphones du genre de celui
dcrit prcdemment, je les montrai  la runion du club polytechnique
de l'Institut amricain. Les sons transmis taient produits 
l'extrmit la plus loigne du Cooper Institut, et tout  fait en
dehors de la salle o se trouvaient les auditeurs de l'association;
l'appareil rcepteur tait plac sur une table, dans la salle mme des
sances. Il reproduisait fidlement les airs chants, mais les sons
taient un peu faibles et un peu nasillards. Je songeai alors 
perfectionner cet appareil, et je cherchai d'abord  obtenir dans la
bote K des vibrations plus puissantes en les faisant rpercuter par
les cts de cette bote au moyen de parois creuses. Je renforai
ensuite les sons produits par le rcepteur, en introduisant dans la
bobine plusieurs fils de fer, au lieu d'un seul. Ces perfectionnements
ayant t soumis  la runion de l'Association amricaine pour
l'avancement des sciences qui eut lieu en 1869, on exprima l'opinion
que cette invention renfermait en elle le germe d'une nouvelle mthode
de transmission tlgraphique qui pourrait conduire  des rsultats
importants. Cette apprciation devait tre bientt justifie par la
dcouverte de Bell et d'Elisha Gray.


=Tlphone de MM. Ccil et Lonard Wray.=--Ce systme, que nous
reprsentons fig. 2 et 3, n'est qu'un simple perfectionnement de celui
de M. Reiss, imagin en vue de rendre les effets produits plus
nergiques. Ainsi le transmetteur est muni de deux membranes au lieu
d'une, et son rcepteur, au lieu d'tre constitu par un simple fil de
fer recouvert d'une bobine magntisante, se compose de deux bobines
distinctes, H, H', fig. 2, places dans le prolongement l'une de
l'autre, et  l'intrieur desquelles se trouvent deux tiges de fer.
Ces tiges sont fixes par une de leurs extrmits  deux lames de
cuivre A, B, maintenues elles-mmes dans une position fixe au moyen de
deux piliers  crous I, I', et les deux autres extrmits de ces
tiges, entre les bobines, sont disposes  une trs-petite distance
l'une devant l'autre, mais sans cependant se toucher. Le systme est
d'ailleurs mont sur une caisse sonore, munie d'un trou T dans
l'espace correspondant  l'intervalle sparant les bobines, et
celles-ci communiquent avec quatre boutons d'attache qui sont mis en
rapport avec le circuit de ligne de telle manire que les polarits
opposes des deux tiges soient de signes contraires, et ne forment
qu'un seul et mme aimant coup par le milieu. Il parat qu'avec cette
disposition les sons produits sont beaucoup plus accentus.

La forme du transmetteur est aussi un peu diffrente de celle que nous
avons dcrite prcdemment; la partie suprieure, au lieu d'tre
horizontale, est un peu incline, comme on le voit fig. 3, et
l'ouverture E par laquelle les sons doivent se communiquer  la
membrane vibrante, occupe une grande partie du ct le plus lev de
la caisse, qui,  cet effet, se prsente sous une certaine obliquit.
La seconde membrane G, qui est en caoutchouc, forme une sorte de
cloison qui divise en deux la caisse,  partir du bord suprieur de
l'ouverture, et, d'aprs l'inventeur, elle aurait pour effet, tout en
augmentant l'amplitude des vibrations produites par la membrane
extrieure D, comme dans un tambour, de protger celle-ci contre les
effets de la respiration et plusieurs autres causes nuisibles.
L'interrupteur lui-mme diffre aussi de celui de l'appareil de M.
Reiss. Ainsi le disque de platine _b_, appel  fournir les contacts,
n'est mis en rapport mtallique avec le circuit que par
l'intermdiaire de deux petits fils de platine ou d'acier qui plongent
dans deux petits godets _a_, _c_ remplis de mercure et relis  ce
circuit. Par ce moyen, la membrane D se trouve libre dans ses
mouvements et peut vibrer plus facilement.

L'interruption est d'ailleurs effectue par une petite pointe de
platine porte par un levier  ressort articul KH qui se trouve
au-dessus du disque, et dont l'extrmit, tant fixe au-dessous d'une
sorte de clef Morse MI, permet d'effectuer  la main les fermetures de
courant ncessaires  l'change des correspondances pour la mise en
train des appareils.


=Harmonica lectrique.=--Longtemps avant M. Reiss et  plus forte
raison longtemps avant M. Elisha Gray qui a imagin un tlphone du
mme genre, j'avais fait mention d'une sorte d'harmonica lectrique
qui a t dcrit de la manire suivante dans le tome I, p. 167, de la
premire dition de mon _Expos des applications de l'lectricit_
publi en 1853[4].

         [Note 4: Cette description n'tait que la rptition d'un
         article publi antrieurement dans le _Journal de
         l'Arrondissement de Valognes_.]

La facult que possde l'lectricit de mettre en mouvement des lames
mtalliques et de les faire vibrer, a pu tre utilise  la production
de sons distincts, susceptibles d'tre combins et harmoniss; mais,
en outre de cette application toute physique, l'lectro-magntisme a
pu venir en auxiliaire  certains instruments, tels que pianos,
orgues, etc., pour leur donner la facilit d'tre jous  distance.
Ainsi jusque dans les arts en apparence les moins susceptibles de
recevoir de l'lectricit quelque application, cet lment si
extraordinaire a pu tre d'un secours utile.

Nous avons dj parl de l'interrupteur de M. de la Rive. C'est,
comme on le sait, une lame de fer soude  un ressort d'acier et
maintenue dans une position fixe vis--vis un lectro-aimant, par un
autre ressort ou un butoir mtallique en connexion avec l'une des
branches du courant. Comme l'autre branche, aprs avoir pass dans le
fil de l'lectro-aimant aboutit  la lame de fer elle-mme,
l'lectro-aimant n'est actif qu'au moment o cette lame touche le
butoir ou le ressort d'arrt; mais aussitt qu'elle l'abandonne,
l'aimantation cesse, et la lame de fer revient en son point d'arrt,
puis l'abandonne ensuite. Il se dtermine donc une vibration d'autant
plus rapide que la longueur de la lame vibrante est plus courte, et
que la force est plus grande par suite du rapprochement de la lame de
l'lectro-aimant.

Pour rendre les sons de plus en plus aigus, il ne s'agit donc que
d'employer l'un ou l'autre des deux moyens. Le plus simple est d'avoir
une vis que l'on serre ou que l'on desserre  volont, et qui par cela
mme loigne plus ou moins la lame vibrante de l'lectro-aimant. Tel
est l'appareil de M. Froment au moyen duquel il a obtenu des sons
d'une acuit extraordinaire, bien qu'tant fort doux  l'oreille.

M. Froment n'a pas fait de cet appareil un instrument de musique;
mais on conoit que rien ne serait plus facile que d'en constituer un;
il ne s'agirait pour cela que de faire agir les touches d'un clavier
sur des leviers mtalliques, dont la longueur des bras serait en
rapport avec le rapprochement de la lame ncessit pour la vibration
des diffrentes notes. Ces diffrents leviers, en appuyant sur la
lame, joueraient le rle du butoir d'arrt, mais ce butoir varierait
de position suivant la touche.

Si le courant tait constant, un pareil instrument aurait
certainement beaucoup d'avantages sur les instruments  anches dont on
se sert, en ce sens qu'on aurait une vibration aussi prolonge qu'on
le voudrait pour chaque note, et que les sons seraient plus velouts;
malheureusement l'ingalit d'action de la pile en rend l'usage bien
difficile. Aussi ne s'est-on gure servi de ce genre d'appareils que
comme rgulateurs auditifs pour l'intensit des piles, rgulateurs
infiniment plus commodes que les rhomtres, puisqu'ils peuvent faire
apprcier les diffrentes variations d'une pile pendant une
exprience, sans qu'on soit oblig d'en dtourner son attention.

En 1856, M. Ptrina, de Prague, imagina un dispositif analogue auquel
il donna le nom d'_harmonica lectrique_, bien qu' proprement parler
il ne constitut pas dans sa pense un instrument de musique.

Voici ce que j'en disais dans le tome IV de la seconde dition de mon
expos des applications de l'lectricit publi en 1859.

Le principe de cet appareil est le mme que celui du rhotome de
Neef, au marteau duquel on a substitu une baguette dont les
vibrations transversales produisent un son. Quatre de ces baguettes,
diffrentes en longueur, sont places l'une  ct de l'autre, et
tant mises en mouvement au moyen de touches, puis arrtes par des
leviers, produisent des sons de combinaison dont il devient facile de
dmontrer l'origine.

Dans ce qui prcde je ne dis pas, il est vrai, que ces appareils
pouvaient tre jous  distance; mais cette ide tait toute
naturelle, et les journaux allemands prtendent que M. Ptrina l'avait
ralise mme avant 1856. Elle tait la consquence de ce que je
disais en dbutant: que l'lectro-magntisme pouvait venir en
auxiliaire  certains instruments tels que pianos, orgues, etc., _pour
leur donner la facilit d'tre jous  distance_, et j'indiquais plus
loin les moyens employs pour cela et mme pour les faire fonctionner
sous l'influence d'une petite bote  musique. Je n'y avais du reste
pas attach d'importance, et ce n'est que comme document historique
que je parle de ces systmes.


=Tlphone de M. Elisha Gray, de Chicago.=--Ce systme, imagin en
1874, n'est en ralit qu'un appareil du genre de ceux qui prcdent,
mais avec des combinaisons importantes qui ont permis de l'appliquer
utilement  la tlgraphie. Dans un premier modle il mettait 
contribution une bobine d'induction  deux hlices superposes, dont
l'interrupteur, qui tait  trembleur, tait multiple et dispos de
manire  produire des vibrations assez nombreuses pour mettre des
sons. Ces sons, comme on l'a vu, peuvent avec cette disposition tre
modifis suivant la manire dont l'appareil est rgl, et s'il existe
 ct les uns des autres un certain nombre d'interrupteurs de ce
genre, dont les lames vibrantes soient rgles de manire  fournir
les diffrentes notes de la gamme sur plusieurs octaves, on pourra, en
mettant en action tels ou tels d'entre eux, excuter sur cet
instrument d'un nouveau genre un morceau de musique dont les sons se
rapprocheront de ceux produits par les instruments  anches, tels que
harmoniums, accordons, etc. La mise en action de ces interrupteurs
pourra d'ailleurs tre effectue au moyen du courant primaire de la
bobine d'induction qui circulera  travers l'un ou l'autre des
lectro-aimants de ces interrupteurs, sous l'influence de
l'abaissement de l'une ou l'autre des touches d'un clavier
commutateur, et les courants secondaires qui natront dans la bobine
sous l'influence de ces courants primaires interrompus, pourront
transmettre des vibrations correspondantes  distance sur un
rcepteur. Celui-ci pourrait tre analogue  ceux dont nous avons
parl prcdemment pour les tlphones de Reiss, de Wray, etc., mais
M. Gray a d le modifier pour obtenir des effets plus amplifis.

Nous reprsentons (fig. 4) la disposition de ce premier systme. Les
vibrateurs sont en A et A', les touches du clavier en M et M', la
bobine d'induction en B, et le rcepteur en C. Ce rcepteur se
compose, comme on le voit, d'un simple lectro-aimant NN' au-dessus
des ples duquel est adapte une caisse cylindrique en mtal C dont le
fond est en fer et sert d'armature. Cette bote tant perce comme les
violons de deux trous en S, joue le rle de caisse sonore, et M.
Elisha Gray a reconnu que les mouvements molculaires dtermins au
sein du noyau magntique et de son armature, sous l'influence des
alternatives d'aimantation et de dsaimantation, taient suffisants
pour engendrer des vibrations en rapport avec la rapidit de ces
alternatives, et fournir des sons qui devenaient perceptibles par
suite de leur amplification par la bote sonore.

S'il faut en croire M. Elisha Gray, les vibrations transmises par des
courants secondaires seraient capables de faire rsonner  distance,
par l'intermdiaire du corps humain, des lames conductrices
susceptibles d'entrer facilement en vibration et disposes sur des
caisses sonores. Ainsi l'on pourrait faire produire des sons musicaux
 des cylindres de cuivre placs sur une table,  une plaque
mtallique applique sur une sorte de violon,  une feuille de
clinquant tendue sur un tambour ou  toute autre substance rsonnante,
en touchant d'une main ces diffrents corps et en prenant de l'autre
le bout du fil du circuit. Ces sons qui pourraient avoir un timbre
diffrent, suivant la nature de la substance touche, reproduiraient
la note transmise avec le nombre exact de vibrations qui lui
correspond[5].

         [Note 5: M. Gray dans un article insr dans le
         _Telegrapher_ du 7 octobre 1876, et dont on trouvera une
         traduction dans les _Annales tlgraphiques_ de mars-avril
         1877, p. 97-120, entre dans de longs dtails sur ce mode de
         transmission des sons par les tissus du corps humain, et
         voici, suivant lui, les conditions dans lesquelles il faut
         tre plac pour obtenir de bons rsultats:

         1 Les missions lectriques doivent avoir une tension
         considrable pour rendre l'effet perceptible  l'oreille;

         2 La substance employe pour toucher la plaque mtallique
         doit tre douce, flexible et conductrice jusqu'au point de
         contact; l, il faut interposer une rsistance trs-mince, ni
         trop grande ni trop petite;

         3 La plaque et la main ou autre tissu, ne doivent pas
         seulement tre en contact, il faut que ce contact rsulte
         d'un frottement ou d'un glissement;

         4 Les parties en contact doivent tre sches, afin de
         conserver le degr voulu de rsistance.]

On comprend aisment que les effets obtenus dans le systme reprsent
(fig. 4) pourraient tre reproduits, si au lieu d'interrupteurs ou de
rhotomes lectriques, on employait  la station de transmission des
interrupteurs mcaniques disposs de manire  fournir le nombre
d'interruptions de courants en rapport avec les vibrations des
diffrentes notes de la gamme. On pourrait encore, par ce moyen, se
dispenser de la bobine d'induction et faire ragir directement sur le
rcepteur le courant ainsi interrompu par l'interrupteur mcanique. M.
Elisha Gray a du reste combin une autre disposition de ce systme
tlphonique qu'il a applique  la tlgraphie pour les transmissions
lectriques simultanes, et dont nous parlerons plus tard.


=Tlphone de M. Varley.=--Ce tlphone n'est  proprement parler
qu'un tlphone musical dans le genre de celui de M. Gray, mais dont
le rcepteur prsente une disposition originale vraiment intressante.

Cette partie de l'appareil est essentiellement constitue par un
vritable tambour de grandes dimensions (3 ou 4 pieds de diamtre),
dans l'intrieur duquel est plac un condensateur form de quatre
feuilles de papier d'tain spares par des feuilles en matire
parfaitement isolante, et dont la surface reprsente  peu prs la
moiti de celle du tambour. Les lames de ce condensateur sont
disposes paralllement aux membranes du tambour et  une trs-petite
distance de leur surface.

Si une charge lectrique est communique  l'une des sries de plaques
conductrices de ce condensateur, celles qui leur correspondront se
trouveront attires, et si elles peuvent se mouvoir, elles pourront
communiquer aux couches d'air interposes un mouvement qui, en se
communiquant aux membranes du tambour, pourront, pour une srie de
charges trs-rapproches les unes des autres, faire vibrer ces
membranes et engendrer des sons; or ces sons seront en rapport avec le
nombre des charges et dcharges qui seront produites. Comme ces
charges et dcharges peuvent tre dtermines par la runion des deux
armatures du condensateur aux extrmits du circuit secondaire d'une
bobine d'induction dont le circuit primaire sera interrompu
convenablement, on voit immdiatement que, pour faire mettre par le
tambour un son donn, il suffira de faire fonctionner l'interrupteur
de la bobine d'induction de manire  produire le nombre de vibrations
que comporte ce son.

Le moyen employ par M. Varley pour produire ces interruptions est
celui qui a t dj mis en usage dans plusieurs applications
lectriques et notamment pour les chronographes; c'est un diapason
lectro-magntique rgl de manire  mettre le son qu'il s'agit de
transmettre. Ce diapason peut, en formant lui-mme interrupteur,
ragir sur le courant primaire de la bobine d'induction, et s'il y a
autant de ces diapasons que de notes musicales  transmettre, et que
les lectro-aimants qui les animent soient relis  un clavier de
piano, il sera possible de transmettre de cette manire une mlodie 
distance comme dans le systme de M. Elisha Gray.

La seule chose particulire dans ce systme est le fait de la
reproduction des sons par l'action d'un condensateur, et nous verrons
plus loin que cette ide, reprise par MM. Pollard et Garnier, a
conduit  des rsultats vraiment intressants.




TLPHONES PARLANTS.


Les tlphones que nous venons d'tudier ne peuvent transmettre, comme
on l'a vu, que des sons musicaux, puisqu'ils ne peuvent rpter que
des vibrations simples, en nombre plus ou moins grand, il est vrai,
mais non en combinaisons simultanes, telles que celles qui doivent
reproduire les sons articuls. Jusqu' l'poque de l'invention de M.
Bell, la transmission de la parole ne pouvait donc se faire que par
des tubes acoustiques ou par les tlphones  ficelle dont nous avons
dj parl. Bien que ces sortes d'appareils n'aient aucun rapport avec
ceux que nous nous proposons d'tudier dans cet ouvrage, nous avons
cru devoir en dire ici quelques mots, car ils peuvent quelquefois tre
combins avec les tlphones lectriques, et, d'ailleurs, ils
reprsentent la premire tape de l'invention.


=Tlphones  ficelle.=--Les tlphones  ficelle qui depuis plusieurs
annes inondent les boulevards et les rues des diffrentes villes
d'Europe, et dont l'invention remonte, comme on l'a vu,  l'anne
1667, sont des appareils trs-intressants par eux-mmes, et nous
sommes tonn qu'ils n'aient pas figur plutt dans les cabinets de
physique. Ils sont constitus par des tubes cylindro-coniques en mtal
ou en carton, dont un bout est ferm par une membrane tendue de
parchemin, au centre de laquelle est fixe par un noeud la ficelle ou
le cordon destin  les runir. Quand deux tubes de ce genre sont
ainsi runis et que le fil est bien tendu, comme on le voit fig. 5, il
suffit qu'une personne applique un de ces tubes contre l'oreille et
qu'une autre personne parle trs-prs de l'ouverture de l'autre tube,
pour que toutes les paroles prononces par cette dernire soient
immdiatement transmises  l'autre, et l'on peut mme converser de
cette manire  voix presque basse. Dans ces conditions, les
vibrations de la membrane impressionne par la voix se trouvent
transmises mcaniquement  l'autre membrane par le fil qui, comme
l'avait annonc le physicien de 1667, transmet les sons beaucoup mieux
que l'air. On a pu par ce moyen converser  une distance de cent
cinquante mtres, et il paratrait que la grosseur et la nature des
fils exercent une certaine influence. Suivant les vendeurs de ces
appareils, les fils de soie seraient ceux qui donneraient les
meilleurs rsultats et les ficelles de chanvre les moins bons. Ce sont
ordinairement des fils de coton tresss qui sont employs afin de
permettre de livrer  bon march ces appareils.

Dans certains modles on a dispos les tubes de manire  prsenter,
entre la membrane et l'embouchure, un diaphragme perc d'un trou, et
l'appareil ressemble alors  une espce de cloche dont le fond aurait
t perc et recouvert  quelques millimtres au-dessus de la membrane
de parchemin; mais je n'ai pas reconnu de supriorit bien marque 
ce modle.

On a galement prtendu que les cornets en mtal nickel taient
prfrables; je n'en suis pas davantage convaincu. Quoi qu'il en soit,
ces appareils ont donn des rsultats qu'on tait loin d'attendre, et
bien que leurs usages pratiques soient trs-restreints, ils
constituent des instruments scientifiques trs-intressants et des
jouets instructifs pour les enfants.

D'aprs M. Millar, de Glascow, l'intensit des effets produits dans
ces tlphones dpend beaucoup de la nature de la ficelle, de la
manire dont elle est attache et de la manire dont la membrane est
place sur l'embouchure.


=Perfectionnements apports aux tlphones  ficelle.=--Les effets
prodigieux des tlphones Bell ont dans ces derniers temps remis  la
mode les tlphones  ficelle qui taient rests jusque-l dans le
domaine des jouets d'enfant. La possibilit qu'ils ont donne de
transmettre  plusieurs personnes la parole reproduite sur un
tlphone lectrique a fait rechercher les moyens de les utiliser
concurremment avec ces derniers, et pour cela on a d d'abord examiner
le moyen le plus efficace de les faire parler sur un fil prsentant
plusieurs coudes; nous avons vu que, dans les conditions ordinaires,
ces appareils ne parlaient distinctement que quand le fil tait tendu
en ligne droite. Pour rsoudre ce problme, M. A. Brguet a eu l'ide
d'employer comme supports des espces de petits tambours de basque par
le centre desquels on fait passer le fil; le son port par la partie
du fil en rapport avec le cornet dans lequel on parle, fait alors
vibrer la membrane de ce tambour, et celle-ci communique ensuite la
vibration  la partie du fil qui suit. On peut de cette manire
obtenir autant de coudes que l'on veut et soutenir le fil sur toute la
longueur qui peut convenir  ces sortes de tlphones, laquelle ne
dpasse gure cent mtres.

M. A. Brguet a fait encore de ce systme des espces de relais pour
arriver au mme but, et pour cela il fait aboutir les fils  deux
membranes qui ferment les deux ouvertures d'un cylindre de laiton; les
sons reproduits par l'une des membranes ragissent sur l'autre, et
celle-ci vibre sous cette influence comme si elle tait impressionne
par la voix; le cylindre joue alors le rle d'un tube acoustique
ordinaire, et sa forme peut tre aussi varie qu'on peut le dsirer.

Il parat que M. A. Badet, ds le 1er fvrier 1878, tait parvenu 
faire fonctionner d'une manire analogue les tlphones  ficelle, et
il se servait pour cela de parchemins tendus sur des cadres qui
faisaient l'office de tables rsonnantes. Le fil tait fix au centre
de la membrane et faisait avec elle tel angle que l'on voulait.

Plusieurs savants, entre autres MM. Wheatstone, Cornu et Mercadier, se
sont occups il y a dj longtemps de ces sortes de transmissions par
les fils, et tout dernirement MM. Millar, Heaviside et Nixon ont fait
des expriences intressantes dont nous devons dire quelques mots.
Ainsi, M. Millar a reconnu qu'avec un fil tlgraphique tendu et reli
par deux fils de cuivre  deux disques susceptibles de vibrer, on
pouvait transporter les sons musicaux  cent cinquante mtres, et
qu'en tendant des fils  travers une maison, ces fils tant relis 
des embouchures et  des cornets auriculaires placs dans diffrentes
chambres, on pouvait correspondre avec toutes ces chambres de la
manire la plus facile.

Il a employ pour les disques vibrants, soit du bois, soit du mtal,
soit de la gutta-percha ayant la forme d'un tambour, et les fils
taient fixs au centre. L'intensit du son semblait augmenter avec la
grosseur du fil.

MM. Heaviside et Nixon, dans leurs expriences  New-Castle sur la
Tyne, ont reconnu que la grosseur du fil qui donnait les meilleurs
rsultats tait le fil n 4 de la jauge anglaise. Les disques qu'ils
avaient employs taient en bois de 1/8 de pouce d'paisseur, et ils
pouvaient tre placs en un point quelconque de la longueur du fil.
Avec un fil bien tendu et tranquille, la parole a pu tre entendue de
cette manire  une distance de deux cents mtres.


=Tlphone lectrique de M. Graham Bell.=--Tel tait l'tat des
appareils tlphoniques, lorsqu'en 1876 apparut  l'exposition de
Philadelphie le tlphone de Bell que sir W. Thomson n'a pas craint
d'appeler la _merveille des merveilles_, et sur lequel l'attention du
monde entier s'est trouve immdiatement porte, bien qu' vrai dire
son authenticit ait soulev dans l'origine bien des incrdulits. Ce
tlphone, en effet, reproduisait les mots articuls, et ce rsultat
dpassait tout ce que les physiciens avaient pu concevoir. Cette fois
ce n'tait plus une conception que l'on pouvait, jusqu' preuve
contraire, traiter de fantastique: l'appareil parlait, et mme parlait
assez haut pour n'avoir pas besoin d'tre plac contre l'oreille.
Voici ce qu'en disait sir W. Thomson  l'Association britannique pour
l'avancement des sciences lors de sa runion  Glascow en septembre
1876.

Au dpartement des tlgraphes des tats-Unis, j'ai vu et entendu le
tlphone lectrique de M. Elisha Gray, merveilleusement construit,
faire rsonner en mme temps quatre dpches en langage Morse, et avec
quelques amliorations de dtail, cet appareil serait videmment
susceptible d'un rendement quadruple.... Au dpartement du Canada,
j'ai entendu: _To be or not to be.--There's the rub_, articuls 
travers un fil tlgraphique, et la prononciation lectrique ne
faisait qu'accentuer encore l'expression railleuse des monosyllabes;
le fil m'a rcit aussi des extraits au hasard des journaux de
New-York... Tout cela, mes oreilles l'ont entendu articuler
trs-distinctement par le mince disque circulaire form par l'armature
d'un lectro-aimant. C'tait mon collgue du jury, le professeur
Watson, qui,  l'autre extrmit de la ligne, profrait ces paroles 
haute et intelligible voix, en appliquant sa bouche contre une
membrane tendue, munie d'une petite pice de fer doux, laquelle
excutait prs d'un lectro-aimant introduit dans le circuit de la
ligne, des mouvements proportionnels aux vibrations sonores de l'air.
Cette dcouverte, la merveille des merveilles du tlgraphe
lectrique, est due  un de nos jeunes compatriotes, M. Graham Bell,
originaire d'dimbourg et aujourd'hui naturalis citoyen des
tats-Unis.

On ne peut qu'admirer la hardiesse d'invention qui a permis de
raliser avec des moyens si simples, le problme si complexe de faire
reproduire par l'lectricit les intonations et les articulations si
dlicates de la voix et du langage, et pour obtenir ce rsultat, il
fallait trouver moyen de faire varier l'intensit du courant dans le
mme rapport que les inflexions des sons mis par la voix.

S'il faut en croire M. G. Bell, l'invention du tlphone n'aurait pas
t le rsultat d'une conception spontane et heureuse; elle aurait
t la consquence de longues et patientes tudes entreprises par lui
sur l'acoustique et les travaux des physiciens qui s'en taient
occups avant lui[6]. Dj son pre, M. Alexandre Melville Bell,
d'dimbourg, avait fait de cette science une tude approfondie, et
tait mme parvenu  reprsenter d'une manire excessivement
ingnieuse la disposition des organes vocaux pour mettre des sons. Il
devait naturellement inculquer  son fils le got de ses tudes
favorites, et ils firent ensemble de nombreuses recherches pour
dcouvrir les relations qui pouvaient exister entre les divers
lments de la parole dans les diffrentes langues et les relations
musicales existant entre les voyelles. Plusieurs de ces recherches
avaient, il est vrai, dj t entreprises par M. Helmholtz, et mme
dans de meilleures conditions; mais ces tudes lui furent d'une grande
utilit quand il s'occupa plus tard du tlphone, et les expriences
d'Helmholtz qu'il rpta avec un de ses amis, M. Hellis, de Londres,
sur la reproduction artificielle des voyelles au moyen de diapasons
lectriques, le lancrent dans l'tude de l'application des moyens
lectriques aux instruments d'acoustique. Il combina d'abord un
systme d'harmonica lectrique  clavier, dans lequel les diffrents
sons de la gamme taient reproduits par des diapasons lectriques de
diffrentes tailles, accords suivant les diffrentes notes, et qui
tant mis en action par suite de l'abaissement successif des touches
du clavier, pouvaient reproduire les sons correspondants aux touches
abaisses, comme cela a lieu dans les pianos ordinaires.

         [Note 6: Voici les noms des physiciens qu'il cite dans
         son _Mmoire sur l'lectric telephony_: MM. Page, Marrian,
         Beatson, Gassiot, De la Rive, Matteucci, Guillemin, Wertheim,
         Wartmann, Janniar, Joule, Laborde, Legat, Reiss, Poggendorff,
         du Moncel, Delezenne, Gore, etc. (Voy. le Mmoire de M. G.
         Bell, dans le _Journal de la Socit des Ingnieurs
         tlgraphistes de Londres_, t. VI, p. 590, 391.)]

Il s'occupa ensuite, dit-il, de tlgraphie et pensa  rendre les
tlgraphes Morse auditifs en faisant ragir l'organe lectro-magntique
sur des contacts sonores. Ce rsultat, il est vrai, tait dj obtenu
dans les parleurs usits en tlgraphie, mais il pensa qu'en appliquant
ce systme  son harmonica lectrique et en employant des appareils
renforceurs tels que le rsonnateur d'Helmholtz  la station de
rception, on pourrait obtenir  travers un seul fil des transmissions
simultanes, fondes sur l'emploi des moyens phontiques. Nous verrons
plus tard que cette ide s'est trouve ralise presque simultanment
par plusieurs inventeurs, entre autres par MM. Paul Lacour, de
Copenhague, Elisha Gray, de Chicago, Edison et Varley.

C'est  partir de ce moment que commencrent srieusement les
recherches de M. G. Bell sur les tlphones lectriques, et des
appareils compliqus il passa aux appareils simples, en faisant une
tude complte des diffrents modes de vibrations rsultant d'actions
lectriques diffrentes; voici ce qu'il dit  cet gard dans son
Mmoire lu  la Socit des ingnieurs tlgraphistes de Londres, le
31 octobre 1877:

Si l'on reprsente par les ordonnes d'une courbe les intensits d'un
courant lectrique, et les dures des fermetures de ce courant par les
abscisses, la courbe fournie pourra reprsenter des ondes en dessus ou
en dessous de la ligne des x, suivant que le courant sera positif ou
ngatif, et ces ondes pourront tre plus ou moins accentues suivant
que les courants transmis seront plus ou moins instantans.

Si les courants interrompus pour produire un son sont tout  fait
instantans dans leur manifestation, la courbe reprsente une srie de
dentelures isoles comme on le voit, fig. 6, et si les interruptions
sont faites de manire  ne provoquer que des diffrences
d'intensit, la courbe se prsente sous la forme de la figure 7. Enfin
si les missions de courant sont effectues de manire que les
intensits soient successivement croissantes ou dcroissantes, la
courbe prend l'aspect reprsent fig. 8. Or je donne aux premiers
courants le nom de _courants intermittents_, aux seconds le nom de
_courants d'impulsion_ et aux troisimes le nom de _courants
ondulatoires_.

Naturellement ces courants sont _positifs_ ou _ngatifs_, suivant
leur position au-dessus ou au-dessous de la ligne des _x_, et s'ils
sont alternativement renverss, les courbes se prsentent sous
l'aspect de la figure 9, courbes essentiellement diffrentes des
premires, non-seulement par le sens diffrent des dentelures, mais
surtout par la suppression du courant rsiduel qui existe toujours
avec les courants d'impulsion et les courants ondulatoires.

Les deux premiers systmes de courants ont t employs depuis
longtemps pour la transmission lectrique des sons musicaux, et le
tlphone de Reiss dont nous avons dj parl en a t une application
intressante. Mais les courants ondulatoires n'avaient pas t
employs avant moi[7], et ce sont eux qui ont permis de rsoudre le
problme de la transmission de la parole. Pour qu'on puisse se rendre
compte de l'importance de cette dcouverte, il suffit d'analyser les
effets produits avec ces diffrents systmes de courants, quand
plusieurs sons de hauteur diffrente doivent entrer en combinaison.

         [Note 7: Ceci n'est pas exact, car M. Elisha Gray en
         avait dj reconnu l'importance pour les transmissions des
         sons combins.]

La fig. 6 montre une combinaison dans laquelle les styles _a_ et _a'_
de deux instruments transmetteurs provoquent l'interruption du courant
d'une mme batterie B, de manire que les vibrations dtermines
soient entre elles dans le rapport d'une tierce majeure, c'est--dire
dans le rapport de quatre  cinq. Dans ces conditions, les courants
sont intermittents, et quatre fermetures de _a_ se produiront dans le
mme espace de temps que les cinq fermetures de _a'_, et les
intensits lectriques correspondantes seront reprsentes par les
dentelures que l'on voit en A^2 et en B^2; la combinaison de ces
intensits A^2 + B^2 donnera lieu aux dentelures ingalement espaces
que l'on distingue sur la troisime ligne. Or l'on voit que, bien que
le courant conserve une intensit uniforme, il est moins de temps
interrompu quand les styles interrupteurs ragissent ensemble que
quand ils ragissent isolment; de sorte que pour un grand nombre de
fermetures simultanes effectues par des styles anims de diffrentes
vitesses, les effets produits quivalent  celui d'un courant continu.
Toutefois le nombre maximum des effets distincts qui pourront tre
obtenus de cette manire dpendra beaucoup du rapport existant entre
les dures des fermetures et des interruptions du courant. Plus les
fermetures seront courtes et les interruptions longues, plus les
effets transmis sans confusion seront nombreux et vice vers.

Avec les courants d'impulsion, la transmission des sons musicaux
s'effectue comme l'indique la figure 7, et l'on voit que quand ils
sont produits simultanment, l'effet rsultant A^2 + B^2 est analogue
 celui qui serait produit par un courant continu d'intensit minima.

Avec les courants ondulatoires, les choses se passent autrement, mais
pour les produire il est ncessaire d'avoir recours aux effets
d'induction, et la fig. 8 indique la manire dont l'exprience doit
tre faite. Dans ce cas, les courants ragissant sur le rcepteur
musical R rsultent de renforcements et d'affaiblissements produits
par l'action d'armatures, M, M' vibrant devant des lectro-aimants
_e_, _e'_, placs dans le circuit de la batterie B, et comme ces
renforcements et affaiblissements successifs sont en rapport avec les
positions respectives des armatures par rapport aux ples magntiques,
les courants qui en rsultent peuvent avoir leur intensit
reprsente par des lignes ondules comme on le voit en A^2 et en B^2;
or ces ondulations, pour la tierce dont il a t question
prcdemment, seront telles qu'il s'en produira quatre en A^2, dans le
mme temps qu'il s'en produira cinq en B^2, et il rsultera de la
combinaison de ces deux effets une rsultante qui pourra tre
reprsente par la courbe A^2 + B^2, laquelle reprsente la somme
algbrique des courbes A^2 et B^2. Un effet analogue est produit quand
on emploie des courants ondulatoires alternativement renverss comme
on le voit fig. 9, et pour les obtenir, il suffit d'opposer aux
armatures de fer M, M' employes dans la prcdente exprience, des
aimants permanents et de supprimer la batterie voltaque B.

Pour peu qu'on tudie les fig. 8 et 9, continue M. G. Bell, on
reconnat aisment que la transmission simultane, par un mme fil, de
sons de diffrente force et de diffrente nature ne peut, dans le cas
qui nous occupe en ce moment, altrer le caractre des vibrations qui
les ont provoques, comme cela a lieu avec les courants intermittents
ou avec les courants d'impulsion; elle ne fait que changer la forme
des ondulations, et ce changement se produit de la mme manire que
dans le milieu ariforme qui transmet  l'oreille la combinaison des
sons mis. On peut donc de cette manire transmettre  travers un fil
tlgraphique le mme nombre de sons qu' travers l'air.

Aprs avoir appliqu les principes prcdents  la construction d'un
systme tlgraphique  transmissions multiples[8], M. G. Bell ne
tarda pas  en tirer parti dans de nouvelles recherches qu'il fit
alors pour perfectionner l'ducation vocale des sourds et muets. Il
est bien connu, dit M. Bell, que les sourds et muets ne sont muets que
parce qu'ils sont sourds et qu'il n'y a dans leur systme vocal aucun
dfaut qui puisse les empcher de parler. Par consquent, si l'on
parvenait  rendre visible la parole et  dterminer les fonctions du
mcanisme vocal ncessaires pour produire tel ou tel son articul
reprsent, il deviendrait possible d'enseigner aux sourds et muets la
manire de se servir de leur voix pour parler. Le succs que j'obtins
de ce systme dans les expriences que je fis  l'cole de Boston
m'engagea  tudier d'une manire toute particulire les relations qui
pouvaient exister entre les sons produits et leur reprsentation
graphique, et j'employai,  cet effet, la capsule manomtrique de M.
Koenig et le phonautographe de M. Lon Scott auquel M. Maurey de
Boston avait appliqu un enregistreur assez sensible pour tre mis en
action par la voix. Cet enregistreur consistait d'ailleurs dans un
style de bois de un pied de longueur environ, qui tait fix
directement sur la membrane vibrante du phonautographe et qui pouvait
fournir sur une surface plane de verre noirci, des traces assez
amplifies pour tre d'une distinction facile. Quelques-unes de ces
traces sont reprsentes fig. 10. Je fus trs-frapp des rsultats
produits par cet instrument, et il me sembla qu'il y avait une grande
analogie entre lui et l'oreille humaine. Je cherchai alors 
construire un phonautographe model davantage sur le mcanisme de
l'oreille, et j'eus pour cela recours  un clbre mdecin spcialiste
de Boston, M. le docteur Clarence J. Blake. Il me proposa de me
servir de l'oreille humaine elle-mme comme de phonautographe plutt
que de chercher  l'imiter, et d'aprs cette ide, il construisit
l'appareil reprsent fig. 11, auquel fut adapt un style traant. En
enduisant la membrane du tympan et le pavillon circulaire avec un
mlange de glycrine et d'eau, on communiqua  ces organes une
souplesse suffisante pour que, en chantant dans la partie extrieure
de cette sorte de membrane artificielle, le style ft mis en
vibration, et l'on obtint ainsi des traces sur une plaque de verre
noircie, dispose au-dessous de ce style et soumise  un mouvement
d'entranement rapide. La disproportion considrable de masse et de
grandeur qui, dans cet appareil, existait entre la membrane et les
osselets mis en vibration par elle, attira particulirement mon
attention et me fit penser  substituer  la disposition complique
que j'avais employe pour mon tlphone  transmission de sons
multiples, une simple membrane  laquelle tait fixe une armature de
fer. Cet appareil fut alors dispos comme l'indique la fig. 12, et je
croyais obtenir par lui les courants ondulatoires qui m'taient
ncessaires[9]. En effet, en articulant  la branche sans bobine d'un
lectro-aimant boiteux une armature de fer doux A, relie par une tige
 une membrane en or battu _n_, je devais obtenir, par suite des
vibrations de celles-ci, une srie de courants induits ondulatoires
qui, ragissant sur l'lectro-aimant d'un appareil semblable plac 
distance, devaient faire reproduire  l'armature de celui-ci les
mouvements de la premire armature, et par consquent faire vibrer la
membrane correspondante, exactement comme celle ayant provoqu les
courants. Toutefois les rsultats que j'obtins de cet arrangement ne
furent pas satisfaisants, et il me fallut encore entreprendre bien des
essais qui m'amenrent  rduire autant que possible les dimensions et
le poids des armatures et mme  les constituer avec des ressorts de
pendule de la grandeur de l'ongle de mon pouce. Dans ces conditions,
au lieu d'articuler ces armatures, je les attachai au centre des
membranes, et mon appareil fut alors dispos comme l'indique la fig.
13[10]. Nous pmes alors, mon ami M. Thomas Watson et moi, obtenir des
transmissions tlphoniques qui nous montrrent que nous tions dans
la bonne voie. Je me souviens d'une exprience faite alors avec ce
tlphone qui me remplit de joie. Un des deux appareils tait plac 
Boston dans une des salles de confrences de l'universit, l'autre
dans le soubassement d'un btiment adjacent. Un de mes lves
observait ce dernier appareil, et je tenais l'autre. Aprs que j'eus
prononc ces mots: _Comprenez-vous ce que je dis?_, quelle a t ma
joie quand je pus entendre moi-mme cette rponse  travers
l'instrument: Oui, je vous comprends parfaitement. Certainement
l'articulation de la parole n'tait pas alors parfaite, et il fallait
l'extrme attention que je prtais, pour distinguer les mots de cette
rponse; cependant l'articulation de ces mots existait, et je pouvais
croire que leur manque de clart devait tre rapport uniquement 
l'imperfection de l'instrument. Sans entrer dans le dtail de tous les
essais que je dus entreprendre pour amliorer la construction de cet
appareil, je dirai qu'au bout de quelque temps je fus conduit 
employer comme tlphone de rception l'appareil reprsent fig. 14,
et c'est ce modle joint  celui de la fig. 13, combin comme
transmetteur, qui fut admis  l'exposition de Philadelphie.

         [Note 8: Ce systme, comme on le verra, est venu aprs
         celui de M. Elisha Gray.]

         [Note 9: C'est cette disposition qui est reprsente dans
         le brevet de M. Bell, de fvrier 1876.]

         [Note 10: Cet appareil tait constitu par un systme
         lectro-magntique compos d'un lectro-aimant M recouvert
         par une bobine d'induction et devant les ples duquel tait
         place la membrane avec son disque de fer. Cette membrane
         pouvait tre plus ou moins tendue au moyen des vis v, v, v
         adaptes  une sorte d'entonnoir E formant cornet acoustique,
         et servant d'embouchure: le systme lectro-magntique tait
         soutenu par une vis qui permettait de l'loigner plus ou
         moins de la membrane et, par consquent, du disque de fer qui
         servait d'armature.]

Dans ce nouveau modle de rcepteur, la membrane tait remplace par
une lame vibrante de fer L fixe sur l'enveloppe cylindrique d'un
lectro-aimant tubulaire C, et le systme tait mont sur un pont P
qui servait de caisse sonore. Les articulations produites par cet
appareil taient bien distinctes; mais son grand dfaut tait qu'il ne
pouvait servir d'appareil transmetteur; il tait donc ncessaire
d'avoir deux appareils  chaque station, l'un pour la transmission,
l'autre pour la rception.

Je cherchai alors  changer la disposition du tlphone transmetteur
en variant les conditions de ses lments constituants, tels que les
dimensions et la tension de la membrane, le diamtre et l'paisseur de
l'armature, la grandeur et la puissance de l'aimant et mme les
hlices de fil enroul sur ce dernier; j'ai pu en reconnatre
empiriquement les meilleures conditions d'organisation et combiner la
meilleure forme  donner  l'appareil. Ainsi j'avais reconnu, par
exemple, qu'en diminuant la longueur de la bobine du fil de l'hlice
magntisante et la surface de la lame de fer attache  la membrane,
j'augmentais non-seulement l'intensit des sons, mais encore leur
nettet d'articulation; ce qui me fit naturellement abandonner la
membrane en or battu pour n'employer qu'une simple plaque de fer, et
comme il m'tait dmontr depuis longtemps que l'intervention du
courant traversant la bobine de l'lectro-aimant n'tait utile que
pour magntiser celui-ci, je me dcidai  supprimer la pile et 
employer pour noyau magntique un aimant permanent. Toutefois, comme 
l'poque o ces instruments devaient tre exposs pour la premire
fois en public, les rsultats obtenus avec ce dernier systme taient
moins satisfaisants qu'avec celui qui mettait  contribution la
batterie voltaque, je ne voulus exposer que cette dernire
disposition d'instrument, ce qui donna l'occasion  certaines
personnes et, entre autres au professeur Dolbear du collge de Tufts,
de rclamer la priorit pour l'introduction des aimants permanents
dans le tlphone; mais j'en avais eu l'ide ds le commencement de
mes recherches et alors que je m'occupais des transmissions
simultanes des sons musicaux.

La fig. 15 reprsente le premier perfectionnement que j'ai apport 
l'appareil expos  Philadelphie, et la fig. 16 en reprsente un
autre qui a fourni des effets trs-puissants. Dans ce dernier,
l'aimant tait en fer  cheval et dispos  la manire de celui que M.
Hughes a employ pour son tlgraphe imprimeur. Avec cet appareil, les
sons pouvaient tre entendus (faiblement il est vrai) par une
nombreuse assemble; il fut expos le 12 fvrier 1877  l'institut
d'Essex,  Salem (Massachusetts), et y reproduisit devant un auditoire
de 600 personnes un discours prononc  Boston dans un appareil
semblable. Les intonations de la voix de celui qui parlait ont pu tre
distingues par l'auditoire. Toutefois l'articulation n'tait
distincte qu' une distance de 6 pieds de l'instrument. Il fut fait 
cette occasion un rapport qu'on transmit par l'appareil  Boston, et
qui fut reproduit le lendemain dans les journaux de cette ville.

Entre la forme de la fig. 13 et celle de l'appareil actuel,
reprsent fig. 17, il n'y a qu'une diffrence bien lgre, et cette
dernire forme n'a t combine que pour rendre l'appareil plus
portatif et d'un usage plus commode. Sous ce rapport, je dois exprimer
ma reconnaissance  plusieurs de mes amis, entre autres  MM. les
professeurs Peirce et Blake, le docteur Channing, M. Clarke et M.
Jones, pour l'aide qu'ils m'ont prt. Ainsi M. Peirce a t le
premier  dmontrer la possibilit de l'emploi dans les tlphones
d'aimants de trs-petites dimensions. C'est lui galement qui a donn
 l'embouchure recouvrant la plaque vibrante la forme que j'ai adopte
pour le modle dfinitif qui est reprsent fig. 17.

Outre le modle reprsent fig. 13, il se trouvait encore 
l'exposition de Philadelphie un autre systme de transmetteur
tlphonique qui est reproduit fig. 18 et qui tait fond sur l'action
directe des courants voltaques. Un fil de platine _p_ fix  une
membrane tendue LL compltait par son immersion dans de l'eau V le
circuit runissant les deux appareils en correspondance. En parlant en
E devant la membrane tendue, les vibrations communiques  la pointe
de platine modifiaient la rsistance du circuit dans des conditions
telles, que le courant ragissait sur le rcepteur par impulsions
ondulatoires tout  fait semblables  celles rsultant des courants
induits. Les sons produits devenaient plus forts quand le liquide
tait lgrement acidul ou sal, et l'on obtenait encore de bons
rsultats au moyen d'une pointe de plombagine immerge dans du
mercure, de l'eau acidule ou sale, ou dans une solution de
bichromate de potasse.

Bien que mes recherches eussent pour but final le perfectionnement de
la tlgraphie, je pus constater dans le cours de mes expriences
quelques effets intressants que je crois devoir rapporter ici. Ainsi
j'observai qu'un son musical tait produit par le seul fait du passage
d'un courant  travers un morceau de plombagine ou de charbon de
cornue. Des effets extrmement curieux rsultaient aussi du passage de
courants intermittents alternativement renverss  travers le corps
humain. Ainsi un rhotome tant plac dans le circuit primaire d'un
appareil d'induction et les deux bouts du fil du circuit secondaire
tant runis  deux lectrodes de cuivre dont une tait place prs de
l'oreille, on percevait des sons trs-distincts aussitt que l'on
touchait de la main l'autre lectrode. En touchant des deux mains les
deux lectrodes et plaant les doigts contre l'oreille, des
craquements se faisaient entendre et semblaient venir des doigts,
comme s'ils taient la rpercussion du tremblement musculaire
rsultant du passage des courants induits. Ces bruits pourtant
n'existaient que pour la personne sur laquelle l'exprience tait
faite. Quand deux personnes se tenant par la main taient interposes
dans le circuit au lieu d'une seule, un son se produisait au contact
des mains runies, mais il fallait pour cela que les mains ne fussent
pas humides. Ce phnomne se reproduisait, du reste, quand le contact
de ces deux personnes tait effectu sur une partie quelconque de leur
corps. Au contact des bras, le bruit tait assez intense pour tre
entendu  plusieurs pieds de distance, et il tait alors presque
toujours accompagn d'une lgre secousse. L'introduction d'une
feuille de papier entre les deux parties en contact n'interrompait pas
la production du son, mais elle supprimait l'effet dsagrable de la
secousse. Quand on faisait passer le courant intermittent de la bobine
de Ruhmkorff  travers le bras d'une personne, on pouvait, en y
appliquant l'oreille, entendre un son qui semblait provenir des
muscles de l'avant-bras et du biceps.

Du reste, des sons musicaux trs-nets se font entendre quand on fait
fonctionner l'interrupteur du circuit primaire de l'appareil de
Ruhmkorff, et s'il y a deux interrupteurs, on obtient deux sons
diffrents, ce qui montre que ces sons proviennent de l'tincelle.

Voici encore une exprience trs-intressante, faite par le
professeur Blake avec un tlphone dont le barreau aimant tait
remplac par une tige de fer doux de six pieds de longueur. Ce
tlphone tant runi lectriquement  un tlphone ordinaire du
modle de la fig. 17, reproduisait trs-bien les sons mis dans ce
dernier; mais leur intensit variait suivant la direction que l'on
donnait  la tige de fer, et le maximum correspondait  la position de
la tige dans le mridien magntique.

Quand on interpose un tlphone dans un circuit tlgraphique, on
entend des bruits d'un caractre trs-particulier dont l'origine me
parat encore assez complexe et souvent obscure. Il en est pourtant
qui doivent provenir de l'induction exerce par les fils voisins et
des drivations de courant qui se produisent toujours  travers les
supports des fils, car les signaux tlgraphiques changs  travers
ces fils voisins sont parfaitement perus dans le tlphone. Certains
bruits rsultent aussi des courants terrestres, des vibrations du fil
sous l'influence des courants d'air et mme des frictions produites
par des joints dfectueux. La sensibilit du tlphone est, du reste,
telle que les bruits rsultant des transmissions tlgraphiques
voisines peuvent tre perus quand on substitue au fil tlgraphique
du tlphone un rail de chemin de fer, et alors mme que les fils
tlgraphiques les plus voisins de ce rail sont loigns de quarante
pieds. D'un autre ct, M. Peirce a reconnu que des sons peuvent tre
produits dans un tlphone, quand le fil tlgraphique auquel cet
appareil est runi est impressionn par une aurore borale.
Quelquefois aussi, des airs chants ou jous sur un instrument de
musique se sont trouvs transmis par le tlphone sans qu'on ait pu
savoir leur provenance; mais ce qui montre le plus la merveilleuse
sensibilit de cet appareil, c'est la possibilit qu'il donne de
reproduire la parole  travers des corps que l'on pourrait croire 
peu prs non conducteurs. Ainsi la communication  la terre d'un
circuit tlphonique peut tre faite par l'intermdiaire du corps
humain malgr l'interposition des bas et des chaussures; et elle peut
mme tre effectue si, au lieu d'tre sur le sol, on est plac sur un
mur en briques. Il n'y a que la pierre de taille et le bois qui
constituent un obstacle assez grand pour couper la communication; mais
il suffit que le pied touche le terrain avoisinant, soit mme une
touffe de gazon, pour qu'aussitt les effets lectriques manifestent
leur prsence.

D'aprs ces rsultats, une question toute naturelle pouvait se poser
 l'esprit: quelle est la longueur maxima de circuit  laquelle les
transmissions tlphoniques peuvent atteindre?... Mais il est
difficile d'y rpondre en raison des conditions diffrentes dans
lesquelles peut tre place l'exprience. Dans les essais de
laboratoire on est parvenu  changer sans difficult des
correspondances sur des circuits de 60,000 ohms de rsistance, soit
6000 kilomtres de fil tlgraphique, et je suis parvenu  transmettre
sur un circuit dans lequel taient interposes 16 personnes se tenant
par la main, lequel circuit avait une rsistance d'environ 6400
kilomtres. Toutefois la plus grande longueur de circuit tlgraphique
sur laquelle j'ai pu obtenir une transmission nette de la parole, n'a
pas dpass 250 milles. Dans cette exprience, aucune difficult ne
survint, tant que les lignes tlgraphiques voisines n'taient pas en
activit; mais aussitt que les correspondances s'changrent 
travers ces lignes, les sons vocaux, quoique encore perceptibles,
taient bien diminus d'intensit, et l'on aurait cru entendre une
conversation change au milieu d'un orage. On a pu galement
transmettre la parole  travers les cbles sous-marins, et M. Preece
m'informe que des rsultats satisfaisants ont t obtenus  travers un
cble de 60 milles de longueur, immerg entre Dartmouth et l'le de
Guernesey, et cela avec des tlphones  main du modle ordinaire.


=Part de M. Elisha Gray dans l'invention du tlphone.=--Nous avons vu
(p. 8) que si M. Bell a t le premier  construire et  rendre
pratique le tlphone parlant, M. Elisha Gray avait le premier conu
le principe de cet instrument et l'avait combin en lectricien
consomm. Un travail trs-curieux qu'il vient de publier sur ses
diverses inventions en tlphonie montre que ds l'anne 1874 (en
juin), il avait combin un rcepteur  lame vibrante dont on peut se
faire une ide en supposant un lectro-aimant soutenu verticalement
devant le fond d'un plat mtallique vas, dont la partie plate,
c'est--dire le fond, serait trs-mince et loigne de quelques
diximes de millimtre seulement des ples de l'lectro-aimant.

Le transmetteur correspondant  ce rcepteur n'tait, il est vrai,
qu'une sorte de tuyau d'orgue dont l'anche agissait comme interrupteur
de courant, et par consquent il ne pouvait transmettre que des sons
musicaux. Mais en 1875, M. Gray pensa  disposer un transmetteur pour
les sons articuls, et le 15 fvrier 1876, il dposa, comme nous
l'avons vu,  l'office des patentes amricaines un _caveat_ dans
lequel tait expos un systme complet de tlphone parlant. Ce
systme ne fut pas, il est vrai, excut immdiatement, car M. Gray
croyait qu'un tlphone de ce genre n'avait qu'un intrt secondaire
au point de vue commercial et tlgraphique, et il attachait plus
d'importance  son systme de tlphone musical appliqu aux
transmissions multiples; mais sa description tait complte comme on
peut en juger par la fig. 19 qui reprsente l'ensemble du systme.

Dans ce systme, le transmetteur tait tout  fait semblable  celui 
liquide dont M. Bell parle dans son mmoire et que nous avons dcrit
p. 51[11], et le rcepteur ressemblait beaucoup  celui que nous avons
reprsent fig. 13. Pourtant, en principe, le systme de M. Gray
diffrait entirement de celui adopt dfinitivement par M. G. Bell.
Dans le premier, en effet, les variations d'intensit du courant
ncessaires pour la production des mots articuls, taient la
consquence de variations dans la rsistance du circuit, et ces
variations taient obtenues par l'intermdiaire d'un liquide au sein
duquel se mouvait, sous l'influence des vibrations d'une membrane
tendue adapte  un porte-voix, une pointe de platine mise en rapport
avec une pile. Du rapprochement plus ou moins grand de cette pointe
d'une lectrode mise en rapport avec l'appareil rcepteur, rsultaient
des diffrences de conductibilit du liquide proportionnelles aux
amplitudes et aux inflexions des vibrations de la membrane, et ces
diffrences d'intensit taient traduites sur le rcepteur par des
magntisations plus ou moins grandes d'un lectro-aimant actionnant un
disque de fer doux, fix au centre d'une membrane tendue sur une sorte
de rsonnateur ou de cornet acoustique. Ce systme appartenait donc 
la catgorie des tlphones  pile que M. Edison, comme nous allons le
voir  l'instant, a rendus si importants par la substitution au
liquide d'un conducteur secondaire en charbon, et qui devaient plus
tard donner naissance au _microphone_.

         [Note 11: S'il faut en croire M. Prescott, ce
         transmetteur, que M. Bell semble vouloir s'attribuer, tait
         l'appareil de Gray lui-mme.]

Le systme Bell, comme on l'a vu, bien que mettant dans l'origine 
contribution une pile, ne dterminait les affaiblissements et les
renforcements lectriques ncessaires  l'articulation des mots, qu'au
moyen de courants d'induction provoqus par les mouvements d'une
armature de fer doux, courants dont l'intensit tait, par consquent,
fonction de l'amplitude et des inflexions de ces mouvements. La pile
n'intervenait que pour communiquer  l'inducteur une forte
aimantation. Or cet emploi des courants induits dans les transmissions
tlphoniques tait dj d'une grande importance, car les diverses
expriences faites depuis ont montr leur supriorit sur les courants
voltaques dans cette application. Mais l'exprience lui montra
bientt que non-seulement il n'tait pas besoin pour faire agir cet
instrument d'un appareil d'induction puissant anim par une pile, mais
qu'un aimant permanent trs-faible et trs-petit pouvait  lui seul
fournir des courants suffisants. Cette dcouverte  laquelle avait
contribu M. Peirce, ainsi qu'on l'a vu, tait d'une extrme
importance, car elle permettait de rduire considrablement les
dimensions de l'appareil, elle le rendait portatif et susceptible de
se prter  la transmission et  la rception, et elle montrait que le
tlphone tait le plus sensible de tous les appareils rvlateurs de
l'action des courants. Si donc M. Bell n'a pas employ le premier les
moyens efficaces pour transmettre les mots articuls, on peut dire
qu'il a cherch comme M. Gray  rsoudre le problme par des _courants
ondulatoires_, et qu'il a obtenu ces courants au moyen des effets
d'induction, systme qui, tant perfectionn, devait conduire aux
rsultats importants que tout le monde connat. N'y et-il que la
connaissance qu'il a donne au monde tonn d'un instrument capable de
reproduire tlgraphiquement la parole, qu'une grande gloire lui
serait acquise, car ce problme avait t regard jusque-l comme
insoluble.

En rsum, les prtentions de M. Gray  l'invention du tlphone ont
t rsumes par lui de la manire suivante, dans un travail
trs-intressant intitul: _Experimental researches on electro-harmonic
telegraphy and telephony._

1 J'ai trouv le premier les moyens pratiques de transmettre 
travers un circuit ferm les sons composs et d'inflexions variables
par la superposition de deux ou de plusieurs ondes lectriques.

2 Je prtends avoir dcouvert et utilis le premier le moyen de
reproduire les vibrations par l'emploi d'un aimant rcepteur
constamment anim par une action lectrique.

3 Je prtends encore tre le premier  avoir construit un instrument
ayant un aimant avec un diaphragme circulaire en matire magntique,
soutenu par ses bords  une petite distance en face des ples de
l'aimant, et susceptible d'tre appliqu  la transmission et  la
rception des sons articuls.

4 Je soutiens avoir dcrit le premier le tlphone  sons articuls,
et cela d'une manire assez exacte et assez complte pour qu'un
tlphone excut d'aprs cette description ait pu transmettre et
reproduire fidlement la parole.




EXAMEN DES PRINCIPES FONDAMENTAUX SUR LESQUELS REPOSE LE TLPHONE DE
BELL.


Bien que l'historique qui prcde soit suffisant pour faire comprendre
aux personnes inities dans la science lectrique le principe du
tlphone de Bell, il pourrait bien ne pas en tre de mme pour la
plupart des personnes auxquelles notre livre s'adresse, et nous
croyons en consquence devoir entrer dans quelques dtails physiques
sur l'origine des courants lectriques qui sont en jeu dans les
transmissions tlphoniques. Ces dtails nous paraissent d'autant
plus ncessaires qu'il est beaucoup de personnes qui croient encore
que les tlphones de Bell ne sont pas lectriques, parce qu'ils ne
mettent pas une pile  contribution, et le plus souvent elles les
confondent avec les tlphones  ficelle, s'tonnant de la diffrence
de prix qui existe entre les appareils que l'on vend dans les rues et
ceux que l'on vend chez les constructeurs.

Sans dfinir ici ce que c'est qu'un courant lectrique, ce qui serait
par trop lmentaire, nous pourrons dire que les courants lectriques
peuvent provenir de beaucoup d'effets divers, et qu'en dehors de ceux
qui rsultent des piles, il en est d'aussi nergiques qui peuvent
provenir d'une action exerce par des aimants sur un circuit
conducteur convenablement combin. Ces courants sont alors appels
_courants d'induction_, et ce sont eux qui sont en jeu dans les
tlphones de Bell. Pour qu'on puisse comprendre comment ils se
dveloppent dans ces conditions, il sera ncessaire que nous
examinions d'abord ce qui arrive quand, devant un circuit ferm, on
avance ou l'on retire le ple d'un aimant, et pour cela nous
supposerons qu'un fil de cuivre sur lequel est interpos un
galvanomtre est enroul en cercle, et qu'on dirige vers le centre de
ce cercle l'un des ples d'un aimant permanent. Or voici ce que l'on
observera:

1 Au moment o l'on approchera l'aimant, un courant lectrique
prendra naissance et fera dvier le galvanomtre d'un certain ct.
Cette dviation sera d'autant plus grande que le mouvement accompli
sera plus tendu, et la tension de ce courant sera d'autant plus
grande que le mouvement sera plus brusquement effectu. Ce courant
toutefois ne sera jamais qu'instantan.

2 Au moment o l'on loignera l'aimant, un nouveau courant du mme
genre prendra naissance, mais il se manifestera en sens inverse du
premier. Il sera ce que l'on appelle un _courant direct_, parce qu'il
est de mme sens que le courant magntique de l'aimant qui lui donne
naissance, tandis que l'autre courant sera dit _inverse_.

3 Si au lieu d'avancer ou de retirer l'aimant par l'effet d'un seul
mouvement, on le fait avancer par saccades, on reconnat qu'il se
dtermine une succession de courants dans le mme sens dont la
prsence peut tre constate sur le galvanomtre quand les mouvements
sont suffisamment espacs, mais qui se confondent en se superposant
quand ces espacements sont trs-faibles, et comme des effets inverses
rsultent des mouvements de l'aimant effectus dans un sens contraire,
il arrive que l'aiguille du galvanomtre suit les mouvements de
l'aimant et les strotype en quelque sorte.

4 Naturellement si, au lieu de ragir sur un simple circuit ferm,
l'aimant exerce son action sur un nombre considrable de
circonvolutions de ce circuit, c'est--dire sur une bobine de fil
enroul, les effets seront considrablement augments, et ils le
seront encore plus si,  l'intrieur de cette bobine, se trouve un
noyau magntique, car l'action inductive s'effectuera alors de plus
prs et sur toutes les parties de la bobine. Comme le noyau magntique
en s'aimantant ou en se dsaimantant plus ou moins sous l'influence
du rapprochement ou de l'loignement de l'aimant inducteur subit le
contre-coup de tous les accidents qui peuvent se manifester pendant le
mouvement de cet aimant, les courants induits qui en rsultent les
accusent parfaitement.

5 Au lieu d'admettre que l'aimant inducteur est mobile, on peut le
supposer fixe au centre de la bobine, et l'on peut ds lors dterminer
les courants induits dont nous avons parl en modifiant son nergie.
Il suffit pour cela de ragir sur ses ples au moyen d'une armature de
fer. Quand cette armature est approche de l'un de ces ples ou de
tous les deux en mme temps, il acquiert de l'nergie et produit un
courant inverse, c'est--dire un courant dans le sens qui aurait
correspondu  un rapprochement de l'aimant du circuit ferm. Quand
elle s'loigne, l'effet inverse se produit; mais dans les deux cas,
les courants induits sont en rapport avec l'tendue et le sens des
mouvements accomplis par l'armature, et par consquent, ils peuvent
reproduire par leurs effets les mouvements de cette armature. Or si
cette armature est une lame de fer et que cette lame vibre sous
l'influence d'un son quelconque devant un systme lectro-magntique
dispos comme il vient d'tre dit plus haut, les alles et venues de
cette lame se traduiront par des courants induits, plus ou moins
forts, plus ou moins accidents, suivant l'amplitude et la complexit
des vibrations, mais qui seront _ondulatoires_, puisqu'ils rsulteront
toujours de mouvements successifs et continus et seront, par
consquent, dans les conditions voulues pour transmettre la parole
ainsi qu'on l'a vu prcdemment.

Quant  l'action dtermine sur le rcepteur, c'est--dire sur
l'appareil qui reproduit la parole, elle est assez complexe, et nous
aurons occasion de la discuter plus tard; mais, au premier abord, on
peut la concevoir si l'on considre que les effets produits par ces
courants induits d'intensit variable qui traversent la bobine du
systme lectro-magntique, doivent dterminer par les magntisations
et dmagntisations qui en rsultent, des vibrations plus ou moins
amplifies, plus ou moins accidentes de la lame armature, lesquelles
reprsentent exactement celles de la lame devant laquelle on a parl,
mais qui n'en peuvent tre qu'une rduction. Toutefois les effets sont
par le fait plus compliqus, quoique se produisant dans des conditions
analogues, et ce sont eux que nous discuterons plus tard quand nous en
serons aux expriences faites avec le tlphone. Nous ferons observer
nanmoins, ds maintenant, que pour ces reproductions de la parole, il
n'est pas ncessaire que le noyau magntique soit en fer doux, car les
effets vibratoires peuvent rsulter aussi bien d'aimantations
diffrentielles que d'aimantations directes.




DISPOSITION ORDINAIRE DES TLPHONES BELL.


La disposition la plus gnralement employe pour les tlphones est
celle que nous avons reprsente fig. 20. C'est une sorte de petite
bote circulaire en bois adapte  l'extrmit d'un manche M,
galement de bois, qui renferme dans son intrieur le barreau aimant
NS. Ce barreau est fix au moyen d'une vis _t_ et est dispos de
manire  pouvoir tre avanc ou recul quand on serre ou l'on
desserre la vis, condition ncessaire pour le rglage de l'appareil. 
l'extrmit libre du barreau est fixe la bobine magntique B qui,
d'aprs MM. Pollard et Garnier, doit, pour fournir le maximum d'effet,
tre construite avec du fil n. 42 et prsenter un grand nombre de
spires. Les bouts du fil de cette bobine aboutissent le plus
gnralement  l'extrmit infrieure du manche par deux tiges de
cuivre _f_, _f_, qui traversent celui-ci dans sa longueur et viennent
se relier  deux boutons d'attache I, I' o l'on fixe les fils C, C du
circuit. Cependant dans les appareils construits par M. Brguet il n'y
a pas de boutons d'attache, et c'est une petite torsade de deux fils
flexibles recouverts de gutta-percha et de soie qui est fixe aux deux
tiges; un capuchon en bois se visse alors  l'extrmit du manche, et
la torsade passe par un trou pratiqu dans ce capuchon; de sorte que
l'on n'est nullement gn dans la manipulation de l'appareil. Des
serre-fils adapts aux extrmits des fils de la torsade, permettent
d'ailleurs de les runir  ceux du circuit. La figure 21 reprsente
cet appareil.

Dans une autre disposition, les fils de la bobine aboutissent
directement  des boutons d'attache placs au-dessous de la bote de
bois; mais cette disposition est incommode.

Au-dessus de l'extrmit polaire du barreau aimant est place la lame
vibrante en fer LL qui est recouverte soit de vernis noir ou jaune,
soit d'tain, soit d'un oxyde bleu, mais qui doit toujours tre
trs-mince. Cette lame a la forme d'un disque, et c'est par les bords
de ce disque, appuys sur une bague en caoutchouc, qu'elle est fixe
fortement sur les bords circulaires de la bote de bois qui est  cet
effet compose de deux parties. Ces parties s'ajustent l'une sur
l'autre soit au moyen de vis, soit au moyen d'un pas de vis, mnag 
mi-paisseur de bois. Cette lame doit tre le plus rapproche possible
de l'extrmit polaire de l'aimant, mais pas assez pour que les
vibrations de la voix dterminent le contact de ces deux pices. Enfin
l'embouchure RR', fig. 20, par laquelle on parle et qui a la forme
d'un entonnoir trs-vas, termine la partie suprieure de la bote et
doit tre dispose de manire  laisser un certain vide entre la lame
et les bords du trou V qui est ouvert  son centre. La capacit
intrieure de la bote doit tre calcule de manire  pouvoir jouer
le rle de caisse sonore, sans cependant provoquer d'chos et
d'interfrences de sons.

Quand l'appareil est bien excut, il peut produire des effets
trs-accentus, et voici ce que m'crivait  ce sujet M. Pollard, qui
est un des premiers qui se soient occups en France de tlphone.

L'appareil que j'ai confectionn donne des rsultats rellement
tonnants: D'abord, au point de vue de la rsistance, 5 ou 6 personnes
introduites dans le circuit n'affaiblissent pas sensiblement
l'intensit des sons. Quand on met un appareil sur chaque oreille on a
absolument la mme sensation que si le correspondant parlait derrire
 quelques mtres. L'intensit, la nettet, la puret du timbre sont
irrprochables.

Je puis parler  mon collgue  voix compltement basse, avec le
souffle pour ainsi dire, et causer avec lui sans que des personnes
places  deux mtres de moi puissent saisir un seul mot de notre
conversation.

Au point de vue de la rception, lorsqu'on m'appelle en levant la
voix, j'entends cet appel de tous les points de mon bureau, du moins
quand le silence y rgne; dans tous les cas, lorsque je suis assis 
ma table et que l'instrument est  quelques mtres de moi, je
m'entends toujours appeler. Pour augmenter l'intensit des sons,
j'adapte  l'embouchure un cornet en cuivre de forme conique, et dans
ces conditions, on entend, au bout de la ligne, parler dans mon bureau
 2 ou 3 mtres de l'embouchure; de ma place,  1 mtre environ du
cornet, je puis entendre et parler sans effort  mon collgue.

Pour se servir du tlphone ordinaire de Bell, il faut parler
nettement devant l'embouchure du tlphone qu'on tient  la main,
pendant que l'auditeur plac  la station correspondante tient contre
son oreille l'embouchure du tlphone rcepteur. Ces deux appareils
composent un circuit ferm avec les deux fils qui les relient, mais un
seul suffit pour raliser compltement la transmission, si l'on a soin
de mettre en communication les deux appareils avec la terre qui, de
cette manire, tient lieu du second fil. M. Bourbouze prtend qu'en
employant ce moyen l'intensit des sons dans le tlphone est
grandement augmente; mais nous croyons que cette augmentation dpend
des conditions du circuit, quoiqu'il prtende qu'on puisse la
constater sur un circuit ne dpassant pas 70 mtres.

Dans la pratique, il convient d'avoir  sa disposition deux tlphones
 chaque station, afin d'en avoir un  l'oreille pendant qu'on parle
dans l'autre, comme on le voit fig. 22. On entend aussi beaucoup mieux
quand on applique un tlphone contre chaque oreille. On tient alors
les deux tlphones comme on le voit fig. 23. Afin d'viter la fatigue
des bras, on a dispos un modle qui les tient suspendus devant les
oreilles au moyen d'une sangle  ressort qui entoure la tte.

Il y a du reste des diffrences considrables dans le pouvoir de
transmission tlphonique des diffrentes voix. Suivant M. Preece,
crier ne sert  rien: il faut pour obtenir de bons rsultats, que
l'intonation soit claire, que l'articulation soit distincte, et que
les sons mis se rapprochent le plus possible des sons musicaux.

J'ai entendu, dit-il, M. Willmot, l'un des lectriciens de
l'administration des postes, sur des circuits  travers lesquels
aucunes autres voix n'auraient pu se faire entendre. Les sons des
voyelles viennent toujours le mieux, et parmi les autres lettres, _e_,
_g_, _j_, _k_, _q_ sont toujours les plus mal rptes. L'oreille
aussi demande  tre exerce, et les facults auditives varient d'une
manire surprenante suivant les personnes. Le chant est toujours
entendu avec une grande nettet ainsi que les sons des instruments 
vent et surtout ceux du cornet  piston qui, de Londres, pourraient
tre entendus par des milliers de personnes  la fois  travers le
large Corn Exchange de Basingstoke.

Suivant M. Rollo Russel, le circuit d'un tlphone n'aurait pas besoin
d'isolation sur une longueur relativement petite; ainsi avec un
circuit de 418 mtres on a pu employer un fil de cuivre nu dpos sur
un gazon sans que les transmissions tlphoniques rsultant d'une
petite bote  musique fussent annules, mais  la condition que les
deux fils ne fussent pas en contact. On a pu mme obtenir des
transmissions quand ce circuit tait enterr dans de la terre mouille
sur une longueur de 30 mtres, ou immerg dans un puits sur une
longueur de 40 mtres. La parole transmise dans ces conditions ne
semblait mme pas diffrente de ce qu'elle tait quand le circuit
tait isol.

Le tlphone peut se faire entendre simultanment  plusieurs
auditeurs, soit en prenant sur les deux fils runissant les deux
tlphones en correspondance (prs du tlphone rcepteur) des
drivations aboutissant  diffrents tlphones, qui peuvent
facilement tre au nombre de 5 ou 6, sur les courts circuits, soit au
moyen d'une petite caisse sonore ferme par deux membranes lgres
dont l'une est fixe sur la lame vibrante. En faisant aboutir  cette
caisse un certain nombre de tubes acoustiques, plusieurs personnes
pourraient, suivant M. Mc. Kendrick, entendre trs-distinctement.

On peut obtenir encore des auditions simultanes du tlphone en les
interposant dans un mme circuit, et les expriences faites  New-York
ont montr qu'on pouvait ainsi en faire parler cinq chelonns en
diffrents points d'une ligne tlgraphique. Dans des essais
tlphoniques faits sur les lignes des cluses du dpartement de
l'Yonne, on a constat que sur un fil de 12 kilomtres o l'on avait
plac  des distances diffrentes plusieurs tlphones, trois ou
quatre personnes ont pu causer entres elles  travers ces tlphones,
chacune entendant ce que disaient les autres. Les rponses et les
demandes tout en se croisant restaient perceptibles. On a pu mme, en
plaant un tlphone sur un second fil de dix kilomtres loign du
premier de cinquante centimtres, et le suivant sur une longueur de
deux kilomtres seulement, saisir la conversation change sur l'autre
fil. On pouvait mme distinguer trs-bien les timbres des voix des
deux interlocuteurs.

Depuis l'apparition du tlphone en Europe, beaucoup d'inventeurs
prtendent tre parvenus  faire parler un tlphone de manire qu'il
soit entendu des diffrents points d'une vaste salle. Nous avons vu
que M. Bell avait dj obtenu ce rsultat, et sous ce rapport nous ne
voyons pas que ceux qui ont perfectionn le tlphone soient arrivs 
des rsultats beaucoup plus importants. Mais ce qui est certain, c'est
qu'un tlphone ordinaire peut parfaitement mettre des sons musicaux
susceptibles d'tre entendus dans une pice assez grande et tout en
tant attach  la muraille. On doit se rappeler les rsultats obtenus
par MM. Pollard et Garnier lors des essais qu'ils firent  Cherbourg
pour relier la digue  la prfecture maritime de cette ville.

La digue de Cherbourg est, comme on le sait, une sorte d'le factice
cre de main d'homme devant cette ville pour constituer une rade. Les
forts tablis sur cette digue sont relis par des cbles sous-marins
au port militaire et  la prfecture maritime. Un jour qu'aprs des
expriences faites dans le cabinet du prfet sur l'un de ces cbles,
au moyen de tlphones, plusieurs des personnes prsentes causaient
ensemble dans la pice, elles furent trs-tonnes d'entendre le
clairon sonner la retraite, et les sons semblaient venir de l'un des
points de la pice. On cherche, et l'on reconnat bientt que c'est le
tlphone pendu  la muraille qui se livrait  cet exercice. On
s'informe et l'on apprend que c'tait un des exprimentateurs de la
station de la digue qui avait fait la plaisanterie de sonner du
clairon devant le tlphone de cette station. Or la digue est loigne
de Cherbourg de plus d'une lieue, et la prfecture maritime est au
milieu de la ville. Les tlphones taient pourtant construits
grossirement dans les ateliers du port de Cherbourg, ce qui prouve
une fois de plus combien ces appareils exigent peu de prcision pour
fonctionner.

Les tlphones du modle de Bell les plus varis dans leurs
dispositions se trouvent chez M. C. Roosevelt, reprsentant de M. Bell
 Paris, 1, rue de la Bourse. Ils sont gnralement construits par M.
Brguet, et les modles les plus recherchs sont, indpendamment de
celui que nous avons dcrit, le grand modle carr dont l'aimant est
en fer  cheval et qui est renferm dans une bote plate, portant sur
sa face antrieure un cornet qui sert en mme temps d'embouchure. Nous
reprsentons (fig. 24), ce systme, qui a du reste t construit tout
rcemment  Boston dans de meilleures conditions. Dans ce nouveau
modle, tabli par M. Gower, l'aimant est compos de plusieurs lames
termines par un noyau magntique en fer sur lequel est fixe la
bobine, et le tout est recouvert d'une paisse couche de paraffine.
Les sons reproduits sont alors beaucoup plus nets et plus forts. Il y
a aussi un modle en forme de tabatire dans lequel l'aimant est
contourn en spirale afin de conserver sa longueur sous une forme
ronde. Le ple qui occupe la partie centrale de cette spirale est
alors muni d'un noyau de fer sur lequel est fixe la bobine
d'induction, et le couvercle de la tabatire porte la lame vibrante
ainsi que l'embouchure; nous reprsentons ce modle fig. 25. Dans un
autre modle, dit _tlphone miroir_, le dispositif prcdent est
adapt sur un manche comme la glace d'un miroir portatif, et
l'embouchure se prsentant sur l'une des faces latrales, on parle
avec cet instrument comme si l'on parlait devant un cran de chemine.

On trouve d'un autre ct chez M. Bailey les divers modles de
tlphones  pile et  charbon d'Edison dont nous parlerons bientt
et qui ont donn les meilleurs rsultats sur les longues lignes, ainsi
que les tlphones de MM. Gray et Phelps.




DISPOSITIONS DIFFRENTES DES TLPHONES.


Les rsultats si prodigieux obtenus avec le tlphone Bell et dont
l'authenticit avait t mise en doute par la plupart des savants,
devaient naturellement, tant une fois dmontrs, provoquer une foule
de recherches de la part des inventeurs et mme de ceux qui avaient
t dans l'origine les plus incrdules. Il en est rsult une foule de
perfectionnements et de modifications qui ont videmment leur intrt,
et dont nous allons maintenant nous occuper.




TLPHONES  PILE.


=Tlphone de M. Edison.=--L'un des premiers et des plus intressants
perfectionnements apports au tlphone de Bell, est celui qui a t
combin dans la premire moiti de l'anne 1876 par M. Edison. Ce
systme est,  la vrit, plus compliqu que celui que nous avons
tudi prcdemment, car il met  contribution une pile, et l'appareil
transmetteur est diffrent de l'appareil rcepteur; mais il est moins
susceptible d'tre influenc par les causes extrieures et permet des
transmissions  plus grande distance.

Le tlphone de M. Edison, comme celui de M. Gray, dont nous avons
dj eu occasion de parler, est fond sur l'action de courants
ondulatoires dtermins par des variations de rsistance d'un mdiocre
conducteur interpos dans le circuit, et sur lequel ragissent les
vibrations d'un diaphragme devant lequel on parle. Seulement, au lieu
d'employer un conducteur liquide qui ne peut jamais tre utilis
pratiquement, M. Edison a cherch  mettre  contribution les corps
solides semi-conducteurs. Ceux qui lui offrirent le plus d'avantages,
 ce point de vue, furent le graphite et le charbon, surtout le
charbon rsultant du noir de fume comprim. Ces substances, en effet,
tant introduites dans un circuit entre deux lames conductrices dont
l'une est mobile, sont susceptibles de modifier la rsistance de ce
circuit dans le mme rapport  peu prs que la pression qui est
exerce sur elles par la lame mobile[12], et l'on conoit que pour
obtenir avec ce systme les courants ondulatoires ncessaires  la
reproduction des sons articuls, il suffisait d'introduire un disque
de plombagine ou de noir de fume entre la lame vibrante d'un
tlphone et une lame de platine mise en rapport avec la pile. La lame
du tlphone tant mise en communication avec le fil du circuit, il
devait rsulter des vibrations de cette lame devant le disque de
charbon, une srie de pressions croissantes et dcroissantes, donnant
lieu  des effets correspondants dans l'intensit du courant transmis,
et ces effets devaient ragir d'une manire analogue aux courants
ondulatoires dtermins par l'induction dans le systme de Bell.
Toutefois, pour obtenir de trs-bons rsultats, plusieurs dispositions
accessoires taient ncessaires, et nous reprsentons (fig. 26) l'une
des dispositions qui ont t donnes  cette partie du systme
tlphonique de M. Edison.

         [Note 12: Cette proprit tait connue depuis longtemps,
         mais non applique. Je l'avais indique ds 1856 dans le tome
         I de mon _Expos des applications de l'lectricit_, page 240
         (2e dition),  propos des interrupteurs de circuit. J'en ai
         parl encore dans un Mmoire sur les lectro-aimants  fil nu
         (publi en 1865 dans les _Annales tlgraphiques_) et dans
         plusieurs notes prsentes  l'Acadmie des sciences en 1872
         et 1875 sur la conductibilit des limailles et poussires
         conductrices. M. Clrac, de son ct, en 1865, la mettait 
         contribution pour obtenir des rsistances variables.]

Dans cette figure, l'appareil est vu en coupe, et il se rapproche
beaucoup, quant  la forme, du tlphone de Bell. L L est la lame
vibrante, O O, l'embouchure, M le trou de cette embouchure, N N N la
cage de l'appareil qui est construite ainsi que l'embouchure en
bonite et qui prsente au-dessous de la lame une cavit assez
spacieuse et un trou tubulaire qui est creus dans le manche.  sa
partie suprieure, ce tube est continu par un rebord cylindrique muni
d'un pas de vis sur lequel est visse une petite bague prsentant une
saillie intrieurement, et c'est  l'intrieur de ce tube que se
trouve dispos le systme rhostatique. Celui-ci se compose d'abord
d'un piston E, adapt  l'extrmit d'une longue vis E F, dont le
bouton F en tournant permet de faire avancer ou reculer le piston
d'une certaine quantit. Au-dessus de ce piston, se trouve adapte une
lame de platine trs mince A relie par une lamelle flexible et un fil
 un bouton d'attache P'. Une autre lame B, exactement semblable, est
relie avec le bouton d'attache P, et c'est entre ces deux lames
qu'est plac le disque de charbon C. Ce disque est constitu avec du
noir de fume de ptrole comprim, et sa rsistance est d'un _ohm_ ou
de 100 mtres de fil tlgraphique. Enfin un disque d'bonite est
appliqu sur la lame de platine suprieure B, et un tampon lastique
compos d'un morceau de tube de caoutchouc G et d'un disque de lige
H, est interpos entre la lame vibrante L L et le disque B, afin que
les vibrations de cette lame ne soient pas arrtes par l'obstacle
rigide constitu par l'ensemble du systme rhostatique. Quand ces
diffrentes pices sont en place, on rgle l'appareil au moyen de la
vis F, et ce rglage est facile puisqu'il suffit de la serrer ou de la
desserrer jusqu' ce que le tlphone rcepteur donne son maximum de
son.

Dans un nouveau modle reprsent (fig. 27), et qui a fourni les
meilleurs rsultats pour la nettet des transmissions, la lame
vibrante L L est maintenue et appuye contre les disques du conducteur
secondaire en charbon C, par l'intermdiaire d'un petit cylindre de
fer A au lieu d'un tampon en caoutchouc, et la pression est rgle par
une vis place au-dessous de _e_. L'embouchure E de l'appareil est
plus saillante, et le trou plus large. Enfin il n'y a plus de manche 
l'appareil dont l'enveloppe est en fonte nickele. Le disque rigide
_b_ qui appuie sur la premire lame de platine _p_ est, d'un autre
ct, en _aluminium_ au lieu d'tre en bonite.

Le tlphone rcepteur ressemble assez  celui de M. Bell. Il
prsente nanmoins quelques diffrences que l'on peut reconnatre par
l'inspection de la fig. 28. Ainsi l'aimant N S est recourb en fer 
cheval, et la bobine magntisante E recouvre seulement un des ples N;
ce ple occupe prcisment le centre de la lame vibrante L L, tandis
que le second ple est prs du bord de cette lame. Les dimensions
elles-mmes de la lame sont considrablement rduites; sa surface est
 peu prs celle d'une pice de cinq francs, et elle est enclave dans
une espce de rainure circulaire qui la maintient dans une position
parfaitement dtermine. En raison de cette disposition, le manche de
l'instrument est en bois plein, et l'espace vide o se trouve le
systme lectro-magntique est un peu plus dvelopp que dans le
modle de Bell; mais l'on s'est arrang de manire  viter les chos
et  en faire une sorte de caisse sonore apte  amplifier les sons. La
disposition du systme lectro-magntique par rapport  la lame
vibrante doit videmment augmenter aussi la sensibilit de
l'appareil, car le ple S tant en contact intime avec la lame L L,
celle-ci se trouve polarise et peut recevoir beaucoup plus
nergiquement les influences magntiques du second ple N, qui en est
distant de l'paisseur d'une forte feuille de papier. Dans les deux
appareils de M. Edison (rcepteur et transmetteur) la partie
suprieure CC correspondante  la lame vibrante, au lieu d'tre fixe
par des vis sur la partie attenante au manche, est visse sur cette
partie elle-mme, ce qui permet de dmonter beaucoup plus facilement
l'instrument.

M. Edison a, du reste, beaucoup vari la forme de ses appareils, et
aujourd'hui leur enveloppe est en mtal avec une embouchure d'bonite
en forme d'entonnoir.

Ayant constat, comme du reste l'avait fait avant lui M. Elisha Gray,
que les courants induits sont plus favorables aux transmissions
tlphoniques que les courants voltaques, M. Edison transforma les
courants de pile passant par son transmetteur en courants induits, et
cela en leur faisant traverser le circuit primaire d'une bobine
d'induction bien isole; le fil de ligne tait alors mis en
communication avec le fil secondaire de la bobine. Nous rapporterons
plus tard des expriences qui montreront les avantages de cette
combinaison; pour le moment, nous ne faisons que la signaler, car elle
fait aujourd'hui partie intgrante de presque tous les systmes de
tlphones  pile.


=Tlphone musical d'Edison.=--Les effets curieux et rellement
trs-avantageux que M. Edison avait obtenus avec son _lectro-motographe_,
lui donnrent l'ide, ds le commencement de l'anne 1877, d'appliquer
le principe de cet appareil au tlphone pour la reproduction des sons
transmis, et il a obtenu des rsultats tellement intressants que
l'auteur d'un article sur les tlphones, publi dans le _Telegraphic
Journal_ du 15 aot 1877, prsente cette invention comme l'une des plus
belles du dix-neuvime sicle. Ce qui est certain, c'est qu'elle semble
avoir donn naissance au phonographe qui, dans ces derniers temps, a
fait tant de bruit et a tant tonn les savants.

Pour qu'on puisse comprendre le principe de ce tlphone, nous devrons
entrer dans quelques dtails sur l'lectro-motographe de M. Edison,
dcouvert en 1872. Cet appareil est fond sur ce principe: que si une
feuille de papier, prpare avec une solution d'hydrate de potasse,
est applique sur une plaque mtallique runie au ple positif d'une
pile, et qu'une pointe de plomb ou de platine relie au ple ngatif
soit promene sur le papier, le frottement que cette pointe rencontre
cesse ds que le courant passe, et elle peut ds lors glisser comme
sur une glace jusqu' ce que le courant soit interrompu. Or, comme
cette raction peut tre effectue instantanment sous l'influence de
courants excessivement faibles, les effets mcaniques produits par ces
alternatives d'arrt et de glissement, peuvent, pour une disposition
convenable de l'appareil, dterminer des vibrations en rapport avec
les interruptions de courant produites par le transmetteur.

Dans ce systme, le rcepteur tlphonique se compose d'un rsonnateur
et d'un tambour mont sur un axe que fait tourner une manivelle. Une
bande de papier en provision sur un rouleau, passe sur le tambour dont
la surface est rugueuse, et sur cette bande appuie fortement une
pointe mousse de platine qui est adapte  l'extrmit d'un ressort
fix au centre du rsonnateur. Le courant de la pile dirig d'abord
sur le ressort, passe par la pointe de platine  travers le papier
chimique, et retourne par le tambour  la pile. Quand on tourne la
manivelle, le papier avance, et le frottement normal qui se produit
entre le papier et la pointe de platine, pousse en avant cette
dernire, en provoquant par l'intermdiaire du ressort une traction
sur un des cts du rsonnateur; mais au moment de chaque passage du
courant  travers le papier, tout frottement cessant, le ressort n'est
plus entran, et le rsonnateur revient  sa position normale. Or,
comme  chaque vibration effectue au transmetteur ce double effet se
manifeste, il en rsulte une srie de vibrations du rsonnateur qui
sont la rptition de celles du transmetteur et, par consquent, la
reproduction plus ou moins rduite des sons musicaux qui ont affect
le transmetteur. Suivant les journaux amricains, cet appareil aurait
fourni des rsultats surprenants; les courants les plus faibles, qui
n'exerceraient aucune action sur un lectro-aimant, produisent de
cette manire des effets complets. L'appareil peut mme reproduire,
avec une grande intensit, les notes les plus leves de la voix
humaine, notes que l'on peut  peine distinguer lorsque l'on emploie
des lectro-aimants.

Le transmetteur est  peu prs le mme que celui que nous avons
dcrit prcdemment; seulement, au lieu du disque de charbon, c'est
une pointe de platine qui est employe, et elle ne doit pas tre en
contact continuel avec la lame vibrante. Voici du reste comment il est
dcrit dans le _Telegraphic Journal_: Il consiste simplement dans un
long tube de deux pouces de diamtre, ayant un de ses bouts recouvert
d'un diaphragme constitu par une mince feuille de cuivre et maintenu
serr au moyen d'une bague lastique. Au centre du diaphragme de
cuivre se trouve riv un petit disque de platine, et devant ce disque,
est ajuste une pointe du mme mtal adapte  un support fixe. Quand
on chante devant le diaphragme, celui-ci en vibrant rencontre la
pointe de platine et lui fait produire le nombre de fermetures de
courant en rapport avec les vibrations des notes chantes.

D'aprs de nouvelles expriences faites en Amrique pour juger du
mrite des diffrents systmes de tlphones, ce serait celui de M.
Edison qui aurait fourni les meilleurs rsultats. Voici ce que nous
lisons, en effet, dans le _Telegraphic Journal_ du 1er mai 1878 (p.
187): Le 2 avril dernier, on exprimenta le tlphone  charbon de M.
Edison entre New-York et Philadelphie, sur une des lignes si
nombreuses de la compagnie de l'_Ouest Union_. La ligne avait une
longueur de cent six milles, et dans presque tout son parcours elle
longeait les autres fils. Or les effets d'induction dtermins par les
transmissions tlgraphiques  travers les fils voisins, et qui
taient suffisants pour empcher l'audition de la parole dans tous les
tlphones essays, furent sans influence quand on employa le
tlphone d'Edison avec deux lments de pile et une petite bobine
d'induction, et MM. Batchelor, Phelps et Edison purent changer
facilement une conversation. Le tlphone magntique de M. Phelps
regard comme le plus puissant de son espce, donna mme de moins bons
rsultats.

Dans des expriences faites entre le palais de l'Exposition de Paris
et Versailles, la commission du jury a pu constater les mmes
rsultats avantageux.


=Tlphones du colonel Navez.=--Le colonel d'artillerie belge Navez,
l'auteur du chronographe balistique bien connu, a cherch 
perfectionner le tlphone d'Edison en employant plusieurs disques de
charbon au lieu d'un seul. Suivant lui, les variations de rsistance
lectrique produites par les disques de charbon, sous l'influence de
pressions ingales, dpendent surtout de leur surface de contact, et
il croit en consquence que plus ces surfaces sont multiplies, plus
les diffrences en question sont considrables, comme cela a lieu
quand on polarise la lumire avec une pile de glaces. Les meilleurs
rsultats ont t obtenus par lui avec une pile de douze rondelles de
charbon. Ces rondelles, dit-il, agissent bien par leurs surfaces de
contact, car il suffit de les sparer par des rondelles d'tain
interposes, pour dtruire toute articulation de la parole
reproduite[13].

         [Note 13: J'ai pu, ds l'anne 1865, m'assurer de la
         vrit de cette observation, en provoquant le serrage des
         spires d'un lectro-aimant  fil nu. Plus le nombre des
         spires tait considrable dans le sens de la pression, plus
         les diffrences de rsistance de l'hlice magntisante
         taient accentues.]

Pour teindre les vibrations musicales nuisibles qui accompagnent les
transmissions tlphoniques, M. Navez emploie, comme lame vibrante du
transmetteur, une lame de cuivre recouverte d'argent, et pour lame
vibrante du rcepteur, une lame de fer double d'une plaque de laiton,
le tout soud ensemble. Il emploie d'ailleurs des tubes de caoutchouc
munis d'embouchures et de conduits auriculaires, pour la transmission
et la rception des sons, et les appareils sont disposs  plat, sur
une table.  cet effet, le barreau aimant du tlphone rcepteur est
alors remplac par deux aimants horizontaux agissant par un ple de
mme nom sur un petit noyau de fer qui porte la bobine et qui se
trouve plac verticalement entre les deux aimants. Il emploie
naturellement une petite bobine de Ruhmkorff, pour transformer
l'lectricit de la pile en lectricit d'induction.

Les figures 29 et 30 reprsentent les deux parties de ce systme
tlphonique. La pile de charbon est en C, fig. 29; la lame vibrante
en LL, et l'embouchure E, adapte  un tube en caoutchouc TE,
correspond par le dessous  la lame vibrante. La pile de charbons est
runie mtalliquement au circuit par une tige de platine EC, et la
lame vibrante communique galement au circuit par l'intermdiaire d'un
bouton d'attache. Dans le tlphone rcepteur, fig. 30, la partie
suprieure est dispose  peu prs comme dans les tlphones
ordinaires; seulement, au lieu d'une embouchure, on a adapt 
l'appareil un conduit auriculaire TO. Les deux aimants qui
communiquent une polarit uniforme au noyau de fer N portant la bobine
d'induction B, sont en A, A' et ont la forme de fers  cheval; on en
voit un en coupe en D du ct droit, et l'autre ne montre en C que la
courbe du fer  cheval. Les deux boutons d'attache de ce rcepteur
correspondent aux deux extrmits du fil induit de la bobine
d'induction supplmentaire, et les deux boutons d'attache du
transmetteur correspondent aux deux bouts du fil primaire de cette
bobine et  la pile qui est interpose dans le circuit prs de cet
appareil.


=Tlphones de MM. Pollard et Garnier.=--Le tlphone  pile construit
par MM. Pollard et Garnier est diffrent de ceux qui prcdent, en ce
qu'il met simplement  contribution deux pointes de mine de plomb
portes par des porte-crayons mtalliques, et que ces pointes sont
appliques directement contre la lame vibrante avec une pression qui
doit tre rgle. La fig. 31 reprsente la disposition qu'ils ont
adopte, et qui du reste peut tre varie d'une infinit de manires.

LL est la lame vibrante en fer-blanc au-dessus de laquelle se trouve
l'embouchure E, et P, P' sont les deux pointes de graphite munies de
leur porte-crayons. Ces porte-crayons portent  leur partie infrieure
un pas de vis qui, tant engag dans un trou filet pratiqu dans une
plaque mtallique CC, permet de serrer plus ou moins les crayons
contre la lame LL. Cette plaque mtallique CC est compose de deux
parties juxtaposes qui, tant isoles l'une de l'autre, peuvent tre
mises en rapport avec un commutateur cylindrique au moyen duquel on
peut disposer le circuit de diverses manires. Ce commutateur tant
pourvu de cinq lames, permet de passer presque instantanment d'une
combinaison  l'autre, et ces combinaisons sont les suivantes:

1 Le courant entre par le crayon P, passe dans la plaque et de l
dans la ligne;

2 Le courant arrive par le crayon P', passe dans la plaque et de l
dans la ligne;

3 Le courant arrive  la fois par les crayons P et P', se rend dans
la plaque et de l  la ligne;

4 Le courant arrive par le crayon P, va de l  la plaque, puis dans
le crayon P', et de l  la ligne.

On a donc de cette manire deux lments de combinaison que l'on peut
utiliser sparment ou en les associant en tension ou en quantit.

Lorsque les crayons sont bien rgls et donnent une transmission bien
rgulire et de mme intensit, on peut tudier facilement les effets
produits quand on passe de l'une des combinaisons  l'autre, et l'on
constate: 1 que pour un circuit court, il n'y a pas de changement
apprciable, quelle que soit la combinaison employe; 2 que quand le
circuit est long ou prsente une grande rsistance, c'est la
combinaison en tension qui a l'avantage, et cela d'autant plus que la
ligne est plus longue.

Ce systme tlphonique, comme du reste les deux prcdents, met 
contribution une machine d'induction pour transformer les courants
voltaques en courants induits; nous parlerons plus tard de cet
accessoire important de ces sortes d'appareils.

Quant au tlphone rcepteur, la disposition adopte par MM. Pollard
et Garnier est  peu prs celle de Bell. Seulement ils emploient des
lames de fer-blanc et des hlices beaucoup plus rsistantes. Cette
rsistance est, en effet, de cent cinquante  deux cents kilomtres.
Nous avons toujours reconnu, disent ces messieurs, que quelle que
soit la rsistance du circuit extrieur, on a avantage  augmenter le
nombre des tours de spires, mme en faisant usage du fil n 42, qui
est celui que nous avons employ de prfrence.


=Tlphone  raction de M. Hellesen.=--M. Hellesen pensant que les
vibrations produites par la voix sur un transmetteur tlphonique 
charbon, devaient se trouver amplifies si la pice mobile du rhotome
tait soumise  une action lectro-magntique rsultant de ces
vibrations elles-mmes, a combin un transmetteur fond sur ce
principe que nous reprsentons fig. 32, et qui a l'avantage de
constituer lui-mme l'appareil d'induction destin  transformer les
courants voltaques employs. Cet appareil se compose d'un tube de fer
vertical appuy sur une masse magntique NS et entour d'une bobine
magntisante BB au-dessus de laquelle est adapte une hlice
d'induction en fil fin II, mise en communication avec le circuit. 
l'intrieur du tube, se trouve un crayon de plombagine C, dispos dans
un porte-crayon qui peut tre lev ou abaiss au moyen d'une vis de
rappel V adapte au dessous de la masse magntique. Enfin, au-dessus
de ce crayon, est fixe une lame vibrante en fer LL, qui est munie 
son centre d'un contact de platine communiquant  la pile; le circuit
local est alors mis en rapport avec le crayon par l'intermdiaire de
l'hlice magntisante B, dont un bout est  cet effet soud sur le
tube de fer.

Il rsulte de cette disposition que les vibrations de la lame LL, au
moment de leur plus grande amplitude du ct du crayon, tendent 
s'amplifier par suite de l'action attractive exerce sur la plaque,
et la pression sur le graphite devenant plus forte, accrot les
diffrences de rsistance qui en rsultent et, par suite, dtermine
des variations plus grandes dans l'intensit des courants transmis.


=Tlphone  raction de MM. Thomson et Houston.=--La disposition
tlphonique que nous venons de dcrire a t reprise dernirement par
MM. Elihu Thomson et Edwin. J. Houston qui, dans l'_English mechanic
and World of science_ du 21 juin 1878, c'est--dire deux mois aprs
que M. Hellesen m'a indiqu son systme[14], ont publi un article sur
un appareil  peu prs semblable au prcdent.

         [Note 14: M. Hellesen m'a communiqu le dessin de son
         appareil le 3 mai 1878. Or les expriences faites 
         Copenhague dataient de plus de six semaines.]

Dans cet appareil, en effet, le courant qui passe  travers le corps
mdiocrement conducteur, anime un lectro-aimant muni d'une bobine
d'induction, et cet lectro-aimant ragit sur le diaphragme pour
augmenter l'amplitude de ses vibrations et crer en mme temps deux
actions lectriques agissant dans le mme sens; seulement la
disposition du contact du mauvais conducteur avec la lame vibrante est
un peu diffrente. Au lieu d'un simple contact par pression effectu
entre cette lame et un crayon de charbon, c'est un petit fragment de
cette matire, taill en pointe, qui est fix sur la lame vibrante et
qui plonge dans une gouttelette de mercure verse au fond d'une cavit
pratique  l'extrmit suprieure du fer de l'lectro-aimant. La
disposition de l'appareil est d'ailleurs la mme que celle d'un
tlphone ordinaire, et c'est la tige de fer de l'lectro-aimant qui
reprsente le barreau aimant du tlphone Bell. Suivant les auteurs,
cet appareil peut tre employ comme transmetteur et comme rcepteur,
et voici comment les effets se produisent dans les deux cas.

Quand l'appareil transmet, le fragment de charbon plonge plus ou moins
dans le mercure, et par suite des diffrences qui se produisent dans
les surfaces de contact suivant l'amplitude des vibrations de la lame,
le courant subit des variations d'intensit en rapport avec ces
amplitudes, et de ces variations rsultent, dans la bobine
d'induction, des courants induits, qui ragissent sur le tlphone
rcepteur comme dans l'appareil Bell, et qui sont encore renforcs de
ceux qui sont produits magnto-lectriquement par le mouvement du
diaphragme devant la bobine d'induction et le fer de l'lectro-aimant.

Quand l'appareil est employ comme rcepteur, les effets ordinaires se
manifestent, car le fer de l'lectro-aimant tant aimant par le
courant, se trouve exactement dans les conditions des tlphones Bell
ordinaires, et les courants induits lui arrivent de la mme manire,
seulement plus intenses. MM. Thomson et Houston prtendent que ce
systme a fourni des rsultats excellents et que le son de la voix y
est beaucoup moins altr que dans les autres tlphones.


=Tlphones  piles et  transmetteurs liquides.=--On a vu que M.
Gray, ds l'anne 1876, avait imagin un systme tlphonique bas
sur les variations de rsistance qu'prouve un circuit complt par un
liquide, lorsque la couche liquide interpose entre les lectrodes
varie d'paisseur sous l'influence des vibrations de la lame
tlphonique mise en rapport avec l'une de ces lectrodes. Ce systme
a t tudi depuis par plusieurs inventeurs, entre autres par MM.
Richemond et Salet, et voici les quelques renseignements qui ont t
publis relativement  leurs recherches.

Un autre tlphone reproduisant les sons articuls, et appel par M.
Richemond _lectro-hydro-tlphone_, a t brevet rcemment aux
tats-Unis. Il est sous certains rapports semblable  celui de M.
Edison, mais au lieu de mettre  contribution des disques de charbon
pour modifier la rsistance du circuit, c'est l'eau qui est employe,
et cette eau est mise en rapport avec le circuit et la pile par
l'intermdiaire de deux pointes de platine, dont une est fixe sur le
diaphragme mtallique qui vibre sous l'influence de la voix. Les
vibrations de ce diaphragme en transportant la pointe qui lui est
adhrente en des points diffrents de la couche liquide interpolaire,
diminuent ou augmentent la rsistance lectrique de cette couche, et
dterminent des variations correspondantes dans l'intensit du courant
traversant le circuit. Le tlphone rcepteur a d'ailleurs la
disposition ordinaire. (Voir le _Telegraphic Journal_ du 15 sept.
1877, p. 222).

Il m'a paru intressant, dit M. Salet, de construire un tlphone
dans lequel le mouvement de deux membranes soient absolument
solidaires, et pour cela j'ai mis  profit la grande rsistance des
liquides. M. Bell avait dj obtenu quelques rsultats en attachant 
la membrane vibrante un fil de platine communiquant avec une pile, et
plongeant plus ou moins dans de l'eau acidule contenue dans un vase
mtallique reli lui-mme par la ligne au tlphone receveur. J'ai
substitu au fil de platine un petit levier d'aluminium portant une
lame de platine;  une trs-faible distance de celle-ci s'en trouvait
une seconde en relation avec la ligne. Les vibrations de la membrane,
triples ou quadruples dans leur amplitude, ne sont pas altres dans
leurs formes, grce  la petitesse et  la lgret du levier; elles
dterminent dans l'paisseur de la couche liquide traverse par le
courant, et par suite dans l'intensit de celui-ci, des variations,
lesquelles en occasionnent de semblables dans la force attractive de
l'lectro-aimant rcepteur. Sous son influence, la membrane recevante
excute des mouvements solidaires de ceux de la membrane expditrice.
Le son transmis est trs-net et, rsultat auquel on pouvait
s'attendre, le timbre est parfaitement conserv. Les consonnes
cependant n'ont pas tout le mordant de celles transmises par
l'instrument de M. Bell. C'est un inconvnient qui apparat surtout
quand le levier est un peu lourd; on pourrait facilement le faire
disparatre. L'lectrolyse produit en outre un bruissement continu qui
ne nuit gure  la nettet du son.

Comme dans ce systme on ne demande pas  la voix de _produire_, mais
seulement de _diriger_ le courant lectrique engendr par une pile, on
peut thoriquement augmenter  volont l'intensit du son reu. En
ralit j'ai pu faire rendre au rcepteur des sons trs-forts, et il
me semble que cet avantage compense largement la ncessit d'employer
une pile et un appareil expditeur assez dlicat. Malheureusement la
transmission ne peut se faire  des distances un peu considrables.
Supposons qu'un certain dplacement de la membrane expditrice
dtermine dans la rsistance le mme accroissement que cinq  six
cents mtres de fil: si la ligne a cinq cents mtres, l'intensit du
courant se trouvera rduite de moiti et la membrane recevante prendra
une nouvelle position notablement diffrente de la premire; mais si
la ligne a cinq cents kilomtres, l'intensit du courant ne sera
modifie que de un millime. Il faudrait donc employer une pile norme
pour que cette variation se traduist par un changement sensible dans
la position de la membrane recevante.

(Voir _Comptes rendus de l'Acadmie des sciences_ du 18 fvrier 1878,
p. 471.)

M. J. Luvini, dans un article insr dans _les Mondes_, du 7 mars
1878, a indiqu un systme de rhotome de courant pour les tlphones
 pile qui, malgr sa complication, pourrait peut-tre prsenter
quelques avantages, en ce sens qu'il fournirait des courants
alternativement _renverss_. Dans ce systme, la lame vibrante
transmettrice qui doit tre place verticalement, ragit sur un fil
mobile horizontal repli rectangulairement et portant sur chacune de
ses branches deux pointes de platine plongeant dans deux godets
remplis d'un liquide mdiocrement conducteur; les deux branches de ce
fil, isoles l'une de l'autre, sont mises en rapport avec les deux
ples de la pile, et les quatre godets dans lesquels plongent les
fils de platine, communiquent d'une manire inverse  la ligne et  la
terre par l'intermdiaire de fils de platine immobiles fixs dans les
godets. Il rsulte de cette disposition que, pour un rglage
convenable des distances entre les fils fixes et mobiles, deux
courants gaux se trouveront opposs  travers le circuit de la ligne
quand le diaphragme sera immobile; mais aussitt que celui-ci vibrera,
les distances respectives des fils varieront, et il en rsultera, un
courant diffrentiel dont l'intensit sera en rapport avec l'tendue
du dplacement du systme ou l'amplitude de la vibration, et dont le
sens variera pour les mouvements en dessus et en dessous de la ligne
des noeuds de vibration. On aurait donc de cette manire les effets
avantageux des courants induits.


=Tlphones  pile et  arcs voltaques.=--Pour obtenir des variations
de rsistance encore plus sensibles qu'avec les liquides et les corps
pulvrulents, on a eu l'ide d'avoir recours aux conducteurs gazeux
chauffs, et on a combin plusieurs dispositifs de tlphones  pile
dans lesquels le circuit tait complt par une couche d'air sparant
la lame vibrante d'une pointe de platine servant d'excitateur  une
dcharge lectrique de haute tension. Dans ces conditions, cette
couche d'air devient conductrice, et l'intensit du courant qui la
traverse est en rapport avec son paisseur. Ce problme a t rsolu
soit au moyen de courants voltaques d'une grande tension, soit au
moyen d'une bobine de Ruhmkorff.

Le premier systme a t combin par M. Trouv, et voici ce qu'il en
dit dans le journal _la Nature_ du 6 avril 1878. Une membrane
mtallique vibrante constitue l'un des ples d'une pile  haute
tension; l'autre ple est assujetti devant la plaque par une vis
micromtrique qui permet de faire varier, suivant la tension de la
pile, la distance  la plaque, sans pourtant jamais tre en contact
avec elle. Cette distance, toutefois, ne doit pas dpasser celle que
pourrait franchir la dcharge de la pile. Dans ces conditions, la
membrane vibrant sous l'influence des ondes sonores a pour effet de
modifier constamment la distance entre les deux ples et de faire
ainsi varier sans cesse l'intensit du courant; par consquent
l'appareil rcepteur (tlphone Bell ou  lectro-aimant) subit des
variations magntiques en rapport avec les variations du courant qui
l'influence, ce qui a pour effet de faire vibrer synchroniquement la
membrane rceptrice. C'est donc sur la possibilit de faire varier
entre des limites trs-tendues la rsistance du circuit extrieur
d'une pile ou batterie  haute tension dont les ples ne sont pas en
contact, que repose le nouvel appareil tlphonique. On pourra aussi,
pour faire varier les conditions de cette rsistance, faire intervenir
une vapeur quelconque ou bien des milieux diffrents, tels que l'air
ou les gaz plus ou moins rarfis.

M. Trouv pense obtenir de bons rsultats avec sa pile  rondelles
humectes de sulfate de cuivre et de sulfate de zinc, en en disposant
les lments, au nombre de quatre ou cinq cents, dans des tubes de
verre de petit diamtre. Pour obtenir des courants de tension, il
n'est pas besoin, comme on le sait, que ces lments soient de grandes
dimensions.

M. de Lalagade a propos un moyen analogue en employant, pour la
formation de l'arc, un courant dont la tension est augmente par
l'interposition dans le circuit d'un fort lectro-aimant. Cet
lectro-aimant ragit d'ailleurs sur un lectro-aimant Hughes pour lui
faire fournir des courants d'induction susceptibles de faire
fonctionner le rcepteur. Suivant M. de Lalagade, une pile de Bunsen
ou  bichromate de potasse de 6 lments, suffirait pour obtenir un
arc voltaque continu entre la lame vibrante d'un tlphone et une
pointe de platine loigne suffisamment pour ne donner lieu  aucun
contact. Il faudrait cependant en dterminer un en commenant, pour
provoquer la formation de cet arc. Dans le systme de M. de Lalagade,
la lame vibrante doit tre munie  son centre d'une petite lame de
platine pour viter les effets d'oxydation de l'tincelle. Suivant
l'auteur, les sons ainsi transmis et reproduits dans un tlphone dont
le systme lectro-magntique serait mont sur une caisse sonore,
auraient une intensit plus grande qu'avec les tlphones ordinaires,
et il semblerait qu'on vous parlerait dans l'oreille.


=Tlphones  mercure.=--Ces systmes sont fonds sur ce phnomne
physique dcouvert par M. Lippmann, que si une couche d'eau acidule
est superpose  du mercure et runie au moyen d'une lectrode et d'un
fil avec celui-ci, de manire  constituer un circuit, toute action
mcanique qui aura pour effet de presser sur la surface du mercure et
de faire varier la forme de son mnisque, dterminera une raction
lectrique capable de donner lieu  un courant dont la force sera en
rapport avec l'action mcanique exerce. Par rciproque, toute action
lectrique qui sera produite sur le circuit d'un pareil systme,
donnera lieu  une dformation du mnisque et par suite  un mouvement
de celui-ci, qui sera d'autant plus caractris que le tube o se
trouve le mercure sera plus petit et l'action lectrique plus grande.
Cette action lectrique pourra d'ailleurs rsulter d'une diffrence de
potentiel dans l'tat lectrique des deux extrmits du circuit mis en
rapport avec la source lectrique employe ou d'un gnrateur
lectrique quelconque[15].

         [Note 15: M. J. M. Page avait dj reconnu que si un
         tlphone est plac dans le circuit de l'hlice primaire
         d'une bobine d'induction alors que l'hlice secondaire de cet
         appareil est place dans le circuit d'un lectromtre
         capillaire de M. Lippmann, il se produit  chaque mot
         prononc dans le tlphone un mouvement de la colonne
         mercurielle de l'lectromtre, lequel mouvement s'effectue
         vers le bout capillaire du tube et quelle que soit la
         direction du courant envoy par le tlphone. On reconnut que
         cet effet tait d  ce que le mercure tend toujours  se
         mouvoir plus rapidement du ct du bout capillaire que du
         ct oppos.]

On comprend facilement, d'aprs ces effets, que si on plonge dans deux
vases VV{1} (fig. 33), remplis d'eau acidule et de mercure, deux
tubes TT{1}  bout effil contenant du mercure M, et qu'on runisse
entre elles, par des fils mtalliques PP{1}, QQ{1} d'abord, les deux
colonnes de mercure remplissant les tubes et, en second lieu, les
couches de mercure qui occuperont le fond des deux vases, on aura, si
on a soin de placer les tubes  une certaine distance de la surface du
mercure dans les vases, un circuit mtallique complt par deux
lectrolytes, dont l'un pourra accuser les effets mcaniques ou
lectriques produits au sein de l'autre. Si donc on adapte au-dessus
des tubes deux lames vibrantes B, B{1}, et qu'on fasse vibrer l'une
d'elles, l'autre devra reproduire ces vibrations sous l'influence des
mouvements vibratoires communiqus par la colonne de mercure
correspondante. Ces vibrations seront en rapport elles-mmes avec les
missions lectriques rsultant des mouvements de la colonne de
mercure du premier tube, et qui sont dtermins mcaniquement. Si un
gnrateur lectrique est introduit dans le circuit, l'effet que nous
venons d'analyser s'effectuera sous l'influence des modifications dans
le potentiel de ce gnrateur sous l'influence des effets
lectro-capillaires. Mais si on n'emploie aucun gnrateur, l'action
rsultera des courants lectriques dtermins par l'action
lectro-capillaire elle-mme. Dans ce dernier cas, cependant,
l'appareil doit tre construit d'une manire un peu plus dlicate,
pour obtenir des ractions lectriques plus sensibles, et voici
comment M. A. Brguet dcrit son appareil.

L'appareil consiste dans un tube de verre fin, de quelques
centimtres de longueur, contenant des gouttes alternes de mercure et
d'eau acidule, de faon  constituer autant d'lments
lectro-capillaires associs en tension. Les deux extrmits du tube
sont fermes  la lampe, mais laissent pourtant un fil de platine
prendre contact de chaque ct sur la goutte de mercure la plus
voisine. Une rondelle de sapin mince est fixe normalement au tube par
son centre, et permet ainsi d'avoir une surface de quelque tendue 
s'appliquer sur la coquille de l'oreille quand l'appareil est
rcepteur, et de fournir au tube une plus grande quantit de mouvement
sous l'influence de la voix, quand l'appareil est transmetteur. Voici
les avantages que prsentent ces sortes d'appareils:

1 Ils ne ncessitent l'usage d'aucune pile;

2 L'influence perturbatrice de la rsistance d'une longue ligne est
presque nulle pour ces instruments alors qu'elle est encore
apprciable avec le tlphone Bell;

3 Deux appareils  mercure accoupls comme il a t dit plus haut,
sont absolument corrlatifs, en ce sens que, mme des positions
_diffrentes_ d'quilibre de la surface du mercure dans l'un d'eux,
produisent des positions diffrentes d'quilibre dans l'appareil
oppos. On peut donc reproduire  distance, sans pile, non-seulement
des indications fidles de mouvements pendulaires, comme le fait le
tlphone de Bell, mais encore l'image exacte des mouvements les plus
gnraux.

Nous croyons devoir faire toutefois nos rserves  l'gard de cette
assertion: que la rsistance du circuit serait sans influence sur ces
tlphones. Nous ne le pensons pas et voici pourquoi.

Si j'ai bien compris l'ide de M. A. Brguet, cette indpendance
tiendrait  ce que les effets produits ne sont seulement fonction que
des diffrences de potentiel dtermines dans les conditions
d'quilibre lectrique du systme. Si l'on considre que les courants
rsultant de l'action lectrique de l'eau acidule sur le mercure, se
trouvent annuls  travers le circuit par l'opposition des deux
systmes l'un  l'autre, on comprend aisment que les forces
lectro-motrices dveloppes se trouvent maintenues sur les deux
appareils  peu prs dans les mmes conditions que sur les ples de
deux lments de pile runis par leurs ples de mme nom, et pour
qu'un courant se manifeste il suffit que la tension lectrique de
l'une des sources soit affaiblie ou augmente; mais alors le courant
diffrentiel qui en rsulte et qui est seul  agir, est soumis 
toutes les lois qui rgissent la transmission des courants sur les
circuits et, par consquent, doit tre aussi bien affect par la
rsistance du circuit que tout autre courant.




MODIFICATIONS APPORTES  LA CONSTRUCTION DES TLPHONES BELL.


Les modifications que nous avons tudies prcdemment se rapportent
au principe mme de l'appareil; celles qui nous restent  tudier ne
sont que des modifications dans la forme et la disposition des
diffrents organes qui constituent le tlphone Bell lui-mme, et qui
ont t combines en vue d'augmenter l'intensit et la nettet des
sons produits.


=Tlphones  diaphragmes multiples.=--Si l'on considre que les
courants induits dtermins dans un tlphone, rsultent des
mouvements vibratoires du diaphragme, et que ceux-ci sont provoqus
par les vibrations de la couche d'air interpose entre ce diaphragme
et l'organe vocal, on en dduit naturellement que si ces vibrations de
la couche d'air ragissaient sur plusieurs diaphragmes accompagns
isolment de leur organe lectro-magntique, on pourrait dterminer
simultanment plusieurs courants induits qui, tant associs
convenablement, pourraient fournir des effets d'autant plus intenses
sur le rcepteur, que les sons qui seraient engendrs rsulteraient de
plusieurs sources sonores combines. Plusieurs inventeurs, en partant
de ce raisonnement, ont combin des appareils plus ou moins ingnieux
que nous allons maintenant passer en revue, sans pouvoir cependant
indiquer celui qui le premier a ralis cette ide. Elle est, en
effet, tellement simple, qu'elle est venue vraisemblablement 
l'esprit de plusieurs inventeurs au mme moment, et nous voyons que
tandis que M. Trouv indiquait en France, au mois de novembre 1877, ce
perfectionnement, on le mettait en essai en Amrique et on le
discutait en Angleterre, et mme on ne le regardait pas, dans ce
dernier pays, comme appel  donner des rsultats favorables; voici,
en effet, ce que dit M. Preece  cet gard, dans un mmoire publi par
lui le 4 avril 1878, et intitul: _On some physical points connected
with the telephone._ Tous ceux qui se sont occups de perfectionner
le tlphone n'ont prouv que des dsappointements et des insuccs
dsesprants. Un des premiers essais de ce genre fut entrepris par M.
Willmot qui pensait obtenir un bon rsultat en augmentant le nombre
des diaphragmes, des hlices et des aimants, en runissant les hlices
en sries et en les faisant agir simultanment afin d'augmenter
l'nergie des courants dvelopps sous l'influence de la voix; mais
l'exprience montra que quand l'appareil agissait directement, l'effet
vibratoire de chacun des diaphragmes dcroissait proportionnellement 
leur nombre, et l'effet gnral restait le mme qu'avec un seul
diaphragme. L'instrument de M. Willmot a t construit au commencement
d'octobre 1877, et celui de M. Trouv n'en est qu'une drivation.

D'un autre ct, nous voyons que si, en Angleterre, les tlphones 
membranes multiples n'ont pas produit de bons rsultats, il n'en a pas
t de mme en Amrique, car les tlphones aujourd'hui les plus en
usage dans ce pays sont prcisment ceux de MM. Elisha Gray et Phelps,
qui sont  plusieurs diaphragmes. Il y a videmment dans la
disposition de ces appareils des dtails de construction qui peuvent
paratre insignifiants, thoriquement, et qui ont pourtant une grande
importance au point de vue pratique, et nous croyons que c'est surtout
 cette circonstance que les appareils de ce genre doivent leur
russite ou leur non russite. Ainsi, par exemple, il parat que les
vibrations de l'air, dtermines dans l'embouchure, doivent tre
diriges sur les diaphragmes normalement  leur surface et par
l'intermdiaire de canaux distincts; il faut que les espaces vides
autour des diaphragmes, soient assez troits afin d'viter les chos
et les interfrences,  moins que la caisse ne soit assez grande pour
que ces effets ne soient pas  craindre. Il faut surtout que les
matires employes pour la fixation des organes ne soient pas
susceptibles de jouer, et c'est pour cela qu'on emploie de prfrence
le fer ou l'bonite. Ce qui parat certain, c'est que quand l'appareil
est bien construit, il donne des effets suprieurs aux tlphones
Bell, et, s'il faut croire le _Telegraphic Journal_, un appareil de ce
genre expriment devant la Socit royale de Londres le 1er mai 1878,
aurait dtermin des effets d'une intensit proportionnelle au nombre
des diaphragmes. Cet appareil avait t combin par M. Cox Walker de
New-York, et possdait huit diaphragmes. C'est d'aprs lui, la
disposition qui donne les meilleurs rsultats.


_Systme de M. Elisha Gray._--Le dernier systme de M. Elisha Gray,
que nous reprsentons fig. 34, est un de ceux qui ont donn les
meilleurs effets. Il est constitu, comme on le voit, par deux
tlphones juxtaposs auxquels correspondent deux tuyaux V, issus
d'une embouchure commune E. L'un de ces tlphones est vu en coupe sur
la figure, l'autre en lvation, et ils correspondent aux deux
branches d'un aimant en fer  cheval nickelis NUS, qui peut servir
d'anneau pour le suspendre. Dans le ct de la figure qui montre la
coupe, on peut voir en B la bobine d'induction et en A le noyau
magntique qui est en fer doux et viss sur l'extrmit polaire S de
l'aimant; la lame vibrante est en LL, et, comme on le voit, le tuyau
de l'embouchure y aboutit normalement  sa surface.

Dans un autre modle, il existe quatre tlphones juxtaposs au lieu
de deux, et il donne des effets encore plus marqus.


_Systme de M. Phelps._--Ce systme n'est qu'une drivation du
prcdent, mais il y a deux modles; dans le grand, qui permet
d'entendre comme si la personne avec laquelle vous entrez en
correspondance parlait  haute voix et de trs-prs, les deux
tlphones sont placs paralllement l'un devant l'autre et de manire
 prsenter verticalement leur diaphragme. L'intervalle compris entre
ces deux lames est occup par un tuyau vertical termin infrieurement
par un tuyau horizontal correspondant aux centres des deux
diaphragmes, et c'est sur ce tuyau qu'est adapte l'embouchure qui
ressort extrieurement de la bote carre o est renferm l'appareil.
Les bobines d'induction et les noyaux magntiques qui les traversent
sont placs suivant l'axe du systme, et semblent constituer une sorte
d'axe de roue qui se trouve polaris par les ples d'un aimant en fer
 cheval dont on peut rgler la position par rapport  la surface des
diaphragmes au moyen d'crous mobiles. On dirait en voyant l'appareil,
une sorte de tore de gyroscope soutenu par un axe horizontal sur deux
piliers issus d'un aimant en fer  cheval aplati.

Au-dessus de ce systme, se trouve l'appareil magnto-lectrique de la
sonnerie d'appel, qui n'a d'ailleurs rien de particulier et qui se
rapproche des avertisseurs allemands dont nous parlerons  la fin de
cette notice. Cet appareil est remarquable par la force et la nettet
de ses sons et surtout par l'absence de cette voix de polichinelle si
dsagrable dans les autres tlphones.

Le petit modle de M. Phelps a la forme d'une tabatire oblongue ou en
ellipse dont les deux centres sont occups par deux systmes
tlphoniques actionns par un mme aimant. Celui-ci est plac
horizontalement au-dessous de la tabatire, et ses ples correspondent
aux noyaux magntiques des bobines. Ces noyaux sont constitus par des
tubes de fer fendus longitudinalement pour faire disparatre les
ractions d'induction insolites, et les diaphragmes de fer sont
appuys sur cinq ressorts  boudin qui tendent  les soulever
au-dessus du systme magntique. Du ct oppos, ces diaphragmes sont
munis de bagues en matire demi-lastique, qui empchent les
vibrations centrales des lames de se compliquer de celles des bords.
Sur ces lames est ensuite appliqu le couvercle qui est creus de
cavits trs-vases et peu profondes, avec couloirs de communication
qui constituent la caisse sonore. L'embouchure correspond  l'une des
cavits, et l'autre est ferme par un petit bouchon mtallique que
l'on retire pour rgler l'appareil quand besoin en est. Les vibrations
de l'air se trouvant transmises par les couloirs aux deux cavits, les
deux tlphones fonctionnent simultanment quoique,  premire vue, un
seul des tlphones semble tre appel  produire l'effet.

Suivant M. Pope, la perfection de cet appareil tient  la
simultanit des effets produits sur les deux appareils,  la petite
bague semi-lastique qui circonscrit les contours de chaque lame
vibrante et qui joue le rle du marteau de l'oreille, c'est--dire
celui d'touffoir, aux fentes longitudinales du noyau tubulaire
magntique et  la petitesse des cavits laisses au-dessus des lames
vibrantes. L'appareil est d'ailleurs en bonite et stri sur sa
surface pour lui donner plus de fixit dans la main.


_Systme de M. Cox Walker._--Ce systme, dont nous avons dit
prcdemment quelques mots, a exactement la disposition de celui de M.
Elisha Gray. Les aimants qui agissent sur les diaphragmes sont en fer
 cheval, et des conduits spars, issus d'une embouchure commune,
dirigent les vibrations de l'air sur les diaphragmes. Ceux-ci, par
exemple, ne sont que des parties circonscrites d'un mme diaphragme,
limites circulairement par des embouchures correspondantes aux
conduits d'air, et qui sont assez comprimes sur leurs bords pour
limiter le champ de la vibration.


_Systme de M. Trouv._--M. Trouv a rendu trs-simple la disposition
des tlphones  double diaphragme en combinant son appareil de
manire  faire ragir sur plusieurs lames l'aimant droit de Bell par
ses deux ples  la fois.  cet effet, il emploie un aimant tubulaire
et enroule l'hlice sur toute sa longueur, comme on le voit fig. 35.
Cet aimant est maintenu dans une position fixe au centre d'une petite
bote cylindrique dont les bases sont tailles de manire  former
lgrement entonnoir, et ce sont elles qui servent d'embouchure et de
cornet acoustique. Elles sont en consquence perces d'un trou central
plus large en _a_, du ct o l'on parle, que du ct oppos _b_.
Entre ces bases et les ples de l'aimant sont disposes deux lames
vibrantes en fer M, M' dont l'une, M, est perce d'un trou _a_, de
mme diamtre que la partie creuse de l'aimant et plus petit par
consquent que celui de l'embouchure. Enfin entre ces deux lames se
trouve chelonne une srie d'autres lames _n_, _n_, _n_ disposes
paralllement de manire  laisser passer, au travers, l'aimant et son
hlice.

Quand on parle devant l'embouchure _a_, les ondes sonores, en
rencontrant les bords de la lame M, la mettent en vibration, et
continuant leur route dans l'intrieur du tube aimant, viennent faire
vibrer la lame pleine M' qui vibre alors synchroniquement avec la lame
M. Il en rsulte sur l'aimant tubulaire une double action inductrice
qui se traduit par des courants induits dvelopps dans l'hlice, et
qui sont d'autant plus nergiques, que chacune des lames renforce les
effets magntiques produits au ple oppos  celui qu'elles
actionnent, comme cela a toujours lieu avec les aimants droits dont le
ple inactif est garni d'une armature. Cet avantage peut mme tre
constat avec les tlphones ordinaires quand on met seulement en
contact la vis qui tient l'aimant avec une masse de fer doux.

Avec la disposition de M. Trouv, les courants induits dtermins sont
donc plus nergiques; mais suivant l'auteur, les sons reproduits
seraient aussi plus forts par la multiplicit des effets vibratoires
et par l'amplification des effets magntiques rsultant de la
disposition plus avantageuse des pices magntiques.

L'oreille place en _a_, dit M. Trouv, peroit directement les sons
produits par la premire lame M, et ceux de la seconde lui arrivent
par l'intrieur du tube aimant. Cette nouvelle disposition est des
plus heureuses pour comparer exprimentalement les rsultats fournis
par un tlphone  membrane unique (tlphone Bell), et ceux fournis
par un tlphone  membranes multiples. En effet, il suffit d'couter
alternativement aux deux faces de ce tlphone, pour s'apercevoir
immdiatement de la diffrence d'intensit des sons perus. Ceux
recueillis en _a_, du ct de la membrane perce, paraissent
sensiblement doubles en intensit de ceux recueillis en _b_ du ct de
la membrane pleine qui constitue le tlphone ordinaire.

La diffrence est encore plus frappante si, en transmettant ou
recevant un son invariable d'intensit  travers un tlphone
multiple, on empche  plusieurs reprises la membrane pleine M' de
vibrer.

Avant cette disposition, M. Trouv en avait imagin une autre qu'il
prsenta  l'Acadmie des sciences, le 26 novembre 1877 et qui est
celle  laquelle nous avons fait allusion au commencement de ce
chapitre. Il la dcrit en ces termes:

Pour augmenter l'intensit des effets produits dans le tlphone
Bell, j'ai substitu  la membrane unique de ce tlphone, une chambre
cubique dont chaque face,  l'exception d'une, est constitue par une
membrane vibrante. Chacune de ces membranes, mise en vibration par le
mme son, influence un aimant fixe galement muni d'un circuit
lectrique. De cette sorte, en associant tous les courants engendrs
par ces aimants, on obtient une intensit unique qui crot
proportionnellement au nombre des aimants influencs. On peut
remplacer le cube par un polydre dont les faces seraient formes d'un
nombre indfini de membranes vibrantes afin d'obtenir l'intensit
voulue.


_Systme de M. Demoget._--Plusieurs autres systmes de tlphones 
membranes multiples ont encore t proposs:

L'un d'eux, imagin par M. Demoget, consiste  placer en avant et  un
millimtre de la plaque vibrante du tlphone ordinaire de Bell, une
ou deux plaques vibrantes semblables, en ayant soin de percer dans la
premire et au centre, un orifice circulaire d'un diamtre gal 
celui du barreau aimant, et dans la seconde un orifice d'un diamtre
plus grand.

Suivant l'auteur, on augmente ainsi non-seulement l'intensit des sons
transmis, mais encore leur nettet.

Par cette disposition, dit M. Demoget, la masse vibrante magntique
en regard de l'aimant tant plus grande, la force lectro-motrice des
courants engendrs est augmente, et par consquent les vibrations des
plaques du deuxime tlphone sont plus perceptibles.


=Modifications dans la disposition des organes tlphoniques.=--Les
formes que l'on a donnes au tlphone Bell ont t, comme on l'a dj
vu, trs-diversifies, mais celles que l'on a adoptes pour ses
organes constituants l'ont t encore plus, sans amener de notables
amliorations. Voici ce que dit  cet gard M. Preece dans le travail
intressant dont nous avons parl plus haut: En augmentant ou en
variant les dimensions et la force des aimants, on n'a obtenu que peu
ou point d'amliorations, et le plus grand effet obtenu a t ralis
par l'emploi d'aimants en fer  cheval disposs comme l'a indiqu Bell
lui-mme. Le tlphone a certainement t introduit en Europe avec sa
disposition thorique la plus parfaite, quoique Bell travaille encore
 l'amliorer. Cet avis est aussi celui de M. Hellesen qui a fait
comme M. Preece beaucoup d'expriences  cet gard, ce qui n'empche
pas beaucoup de personnes d'annoncer qu'ils ont dcouvert le moyen de
faire parler un tlphone devant toute une assemble. De ce nombre
nous citerons M. Righi de Milan, qui prtend avoir obtenu de
merveilleux rsultats; mais nous avons vu que M. Bell y tait
galement parvenu. Si ce n'est le microphone de M. Hughes, nous ne
voyons pas de progrs bien marqus raliss dans ces nouvelles
inventions.

Nanmoins nous croyons utile d'indiquer les dispositions nouvelles qui
ont t proposes, et parmi elles nous en citerons une dans laquelle,
au lieu d'un aimant droit, on emploie un aimant en fer  cheval, entre
les ples duquel est place la lame vibrante. Ces ples sont,  cet
effet, munis de semelles de fer, et l'une d'elles est perce d'un
trou, qui correspond  l'embouchure de l'appareil. Les deux branches
de l'aimant sont d'ailleurs munies d'hlices magntisantes. Quand on
parle  travers le trou, la lame en vibrant dtermine dans les deux
hlices des courants induits qui seraient de sens contraire si les
deux ples taient de mme nom, mais qui se trouvent tre de mme
sens, en raison de la nature contraire des ples magntiques. La lame
vibrante joue alors le mme rle que les deux lames de l'appareil de
M. Trouv, que nous avons dcrit prcdemment.

D'un autre ct, un inventeur anonyme, dans une petite note insre
dans les _Mondes_, du 7 fvrier 1878, crit ce qui suit: L'intensit
des courants produits dans le tlphone, tant proportionnelle  la
masse de fer doux qui vibre devant le ple de l'aimant, et d'autre
part, la plaque tant d'autant plus sensible qu'elle est plus mince,
j'emploie, au lieu de la plaque ordinaire, une plaque rduite par
l'acide azotique  la plus faible paisseur, et je la fixe  un cercle
de fer doux qui la tient tendue et fait corps avec elle. Ce cercle se
trouve log dans une ouverture circulaire mnage  l'intrieur du
pavillon. Pour un mme tlphone, l'intensit est trs-sensiblement
augmente quand on ajuste un systme semblable  la place de la plaque
ordinaire, ne fut-ce qu' une des extrmits de la ligne.

Afin de permettre d'employer des lames vibrantes d'une paisseur
extrmement faible, M. E. Duchemin a imagin de mettre  contribution
des lames de mica trs-minces, saupoudres de fer porphyris qu'il
fixe au moyen d'une couche de silicate de potasse. On pourrait,
d'aprs l'auteur, correspondre  voix basse avec ce systme, mais on
aurait l'inconvnient de crever la lame en parlant trop haut.

M. le professeur Jorgensen, de Copenhague, a construit aussi un
tlphone Bell produisant des sons trs-intenses et qui lui a permis
de constater des effets trs-curieux. Dans cet appareil, l'aimant est
constitu d'une manire analogue aux lectro-aimants tubulaires de
Nickls. C'est d'abord un aimant cylindrique muni  sa partie
suprieure d'un noyau de fer doux sur lequel est adapte la bobine;
puis un tube aimant constitu par une bague d'acier qui enveloppe le
premier systme magntique et qui est reli avec celui-ci par une
culasse de fer. Enfin, au-dessus des extrmits polaires de ce
systme, se trouve la lame vibrante qui est dispose comme dans les
tlphones ordinaires, et qui prsente une grande surface. Quand cette
lame n'avait qu'un millimtre d'paisseur, on pouvait entendre la
parole dans toute une chambre; mais quand on mettait l'oreille prs de
la lame vibrante, les sons n'avaient plus aucune nettet; la parole
tait confuse et semblait rpercute comme quand on parle dans un
espace trop sonore et sujet  produire beaucoup d'chos; on tait en
un mot tourdi par les sons produits. En prenant une plaque plus
paisse de 3 ou 4 millimtres, par exemple, le tlphone ne produisait
plus que les effets des tlphones ordinaires, et il fallait mettre
l'oreille contre l'instrument.

M. Marin Maillet, de Lyon, a de son ct imagin, pour augmenter les
sons reproduits par le tlphone, de les faire rflchir par un
certain nombre de rflecteurs qui, en les concentrant  leur foyer sur
un rsonnateur pouvaient les amplifier considrablement. Cette ide
n'ayant pas t accompagne d'expriences ne prsente  la vrit rien
de srieux.




EXPRIENCES RELATIVES AU TLPHONE.


Depuis les expriences de M. Bell rapportes dans la premire partie
de ce travail, bien des essais ont t entrepris par divers savants et
divers inventeurs pour tudier les effets produits dans ce curieux
instrument, en bien prciser la thorie et en dduire des
perfectionnements pour sa construction. Nous allons passer
successivement en revue ces diffrentes recherches.


=Expriences sur les effets produits par les courants voltaques et
les courants induits.=--L'une des premires et des plus importantes a
t l'tude comparative des effets produits dans le tlphone par les
courants voltaques et les courants induits. Ds l'anne 1873, M.
Elisha Gray avait, comme on l'a vu, transform les courants voltaques
qu'il employait pour faire vibrer les lames de son transmetteur, en
courants induits, par l'intermdiaire d'une bobine d'induction
analogue  celle de Ruhmkorff. Les courants voltaques traversaient
alors l'hlice primaire de la bobine, et c'taient les courants
induits qui ragissaient sur l'appareil rcepteur en dterminant sur
les systmes lectro-magntiques qui le composaient les vibrations
provoques au poste de transmission. Quand M. Edison combina son
systme de tlphone  pile, il eut recours au mme moyen pour
actionner son tlphone rcepteur, parce qu'il avait reconnu lui-mme
que les courants induits taient plus avantageux que les courants
voltaques. Mais cette particularit du dispositif de M. Edison
n'avait pas t bien comprise d'aprs les descriptions parvenues en
Europe; de sorte que plusieurs personnes ont cru avoir imagin cette
disposition avantageuse, et parmi elles nous citerons le colonel Navez
et MM. Pollard et Garnier.

Le colonel Navez, dans une note intressante sur un systme nouveau de
tlphone prsent  l'Acadmie royale de Belgique le 2 fvrier 1878,
ne fait qu'indiquer cette disposition comme moyen de reproduire la
parole  de longues distances; mais il ne cite aucune exprience qui
montre nettement les avantages de cette combinaison. MM. Pollard et
Garnier vingt jours aprs M. Navez, et sans avoir eu connaissance du
travail de ce dernier, m'ont envoy les rsultats qu'ils avaient
obtenus par un moyen semblable, et ces rsultats m'ont paru si
intressants que j'en ai fait l'objet d'une communication 
l'Acadmie des sciences, le 25 fvrier 1878. Pour qu'on puisse tre
bien fix sur l'importance de ces rsultats, je vais rapporter
textuellement ce qu'en dit M. Pollard dans la lettre qu'il m'a crite
le 20 fvrier 1878.

Dans le but d'accrotre les variations de l'intensit lectrique dans
le systme d'Edison, nous faisons passer le courant dans le circuit
inducteur d'une petite bobine de Ruhmkorff, et nous adaptons le
tlphone rcepteur aux extrmits du fil induit. Le courant reu a
alors pour intensit la drive de celle du courant inducteur, et par
suite, les variations produites dans le courant actionnant le
tlphone ont beaucoup plus d'amplitude. L'intensit des sons transmis
est fortement augmente, et la valeur de cette augmentation dpend du
rapport entre les nombres des tours de spires des circuits inducteurs
et induits. Les essais que nous faisons pour dterminer les meilleures
proportions sont pnibles, puisqu'il faut faire autant de bobines que
d'expriences; jusqu'ici nous avons obtenu d'excellents rsultats avec
une petite bobine de Ruhmkorff rduite  sa plus simple expression,
c'est--dire sans condensateur ni interrupteur. Le fil inducteur est
du n 16 et forme 5 couches; le fil induit est du n 32 et forme 20
couches. La longueur de la bobine est de 10 centimtres.

L'exprience la plus remarquable et la plus saisissante est la
suivante: en faisant fonctionner le transmetteur avec un seul lment
Daniell, on n'obtient rien d'apprciable  la rception, du moins dans
le tlphone que j'ai construit, quand il est adapt directement au
circuit. En intercalant la petite bobine d'induction, on peroit alors
les sons avec une grande nettet et une intensit gale  celle des
bons tlphones ordinaires. L'amplification est alors considrable et
trs nettement accuse. Comme le courant de pile est alors peu
intense, les pointes de plombagine ne s'usent pas, et le rglage
persiste longtemps. En employant une pile plus nergique, six lments
au bichromate de potasse (en tension) ou douze lments Leclanch, on
obtient, par l'action directe, une intensit suffisante pour percevoir
les sons un peu plus faiblement qu'avec les tlphones ordinaires;
mais en intercalant la bobine d'induction, on a alors des sons bien
plus intenses et qui peuvent tre entendus  50 ou 60 centimtres de
l'embouchure. Des chants peuvent, dans ces mmes circonstances, tre
entendus  plusieurs mtres; mais le rapport d'amplification ne parat
pas jusqu'ici tre aussi grand que pour le cas d'un seul lment
Daniell.

D'un autre ct, on voit dans les _Mondes_ du 7 mars 1878, la
description d'une srie d'expriences faites par M. Luvini, professeur
de physique  l'acadmie militaire de Turin qui montrent que
l'introduction d'lectro-aimants dans le circuit runissant deux
tlphones augmente assez sensiblement l'intensit du son. En en
plaant un prs du tlphone transmetteur, l'autre prs du tlphone
rcepteur, on obtient le maximum d'effet, et l'introduction d'un plus
grand nombre de ces organes ne produit rien d'utile. Le fil inducteur
d'une bobine de Ruhmkorff introduit dans le circuit dont il vient
d'tre question, n'a provoqu aucun effet d'induction sensible dans le
circuit induit, et par consquent n'a pu faire fonctionner le
tlphone correspondant  ce circuit. En revanche, le courant d'une
machine de Clarke dtermine des sons prononcs qui ressemblent assez 
des coups de caisse et sont assourdissants quand l'oreille est
applique contre l'instrument; mais ils deviennent trs-faibles  un
mtre de distance. Les courants d'une machine de Ruhmkorff donnent des
effets encore plus nergiques: le son remplit toute une chambre. En
modifiant la position du marteau de la bobine, le son passe par des
tons diffrents qui sont toujours  l'unisson des interruptions du
courant, du moins jusqu' une certaine hauteur de ton.

Cette proprit des courants induits de la bobine de Ruhmkorff a
permis  M. Gaiffe d'obtenir, par leur intermdiaire, un moyen
trs-facile de rglage pour les tlphones afin de les placer dans
leurs conditions de maximum de sensibilit. Il met pour cela 
contribution un de ses appareils d'induction  hlices mobiles et 
intensits gradues dans le circuit duquel il interpose le tlphone 
rgler. Les sons rsultant du vibrateur se trouvent alors rpercuts
par le tlphone, et s'entendant  distance de l'instrument, on peut
au moyen d'un tournevis, ragir sur la vis  laquelle est fixe
l'extrmit libre du barreau aimant de l'appareil. En la serrant ou
en la desserrant, on rapproche ou on loigne l'autre extrmit de ce
barreau de la lame vibrante du tlphone, et on rpte ces essais
jusqu' ce qu'on soit arriv  obtenir le maximum de l'intensit du
son.

D'un autre ct, comme les sons rendus par les deux tlphones en
correspondance sont d'autant plus intenses que les vibrations produites
par eux se rapprochent plus de l'unisson, il est ncessaire de les
choisir de manire  mettre les mmes sons pour une mme note donne,
et le moyen indiqu prcdemment peut tre trs-avantageusement employ;
car il suffit de noter ceux de ces appareils qui, pour un mme rglage
de la machine d'induction, donnent la mme note dans les conditions de
maximum de sensibilit. Un bon accouplement des deux tlphones en
correspondance est non-seulement trs-important au point de vue de la
nettet des transmissions, mais il doit tre encore considr par
rapport  la hauteur de la voix de ceux qui sont destins  en faire
usage. Plus cette hauteur est en rapport avec celle des sons produits
par les appareils, mieux les sons sont perus; c'est pourquoi il est des
tlphones qui rsonnent beaucoup mieux avec la voix des enfants et des
femmes qu'avec la voix des hommes, tandis que l'inverse a lieu pour
d'autres.

Les vibrations des tlphones sont trs-diffrentes d'un appareil 
l'autre, et les moyens que nous venons d'indiquer permettent
facilement de s'en rendre compte.

Si on place dans le circuit induit d'une bobine d'induction relie 
un tlphone, un condensateur de grande surface et que l'on loigne
assez le contact de plombagine de la lame vibrante pour ne la toucher
que momentanment  chaque vibration, on ne reoit plus naturellement
les articulations des sons, mais seulement les notes d'un air que l'on
chante devant la plaque du transmetteur; seulement le courant
inducteur ayant des interruptions brusques, engendre des courants
induits trs-intenses, et suivant MM. Pollard et Garnier, on entend
dans tout un appartement l'air chant, mais avec un timbre particulier
qui dpend de la construction du tlphone et du condensateur.

Les avantages des courants induits dans les transmissions
tlphoniques se comprennent aisment, si l'on rflchit que les
variations de rsistance du circuit qui rsultent de la plus ou moins
grande amplitude des vibrations de la lame transmettrice tant des
valeurs constantes, ne peuvent manifester distinctement leurs effets
que sur des circuits courts; par consquent les articulations des sons
qui en rsultent, doivent ne plus tre trs-apprciables sur des
circuits trs-rsistants. Toutefois, si on considre que d'aprs les
expriences de M. Warren de la Rue (voir le _Telegraphic journal_ du
1er mars 1878, p. 97), les courants produits par les vibrations de la
voix dans un tlphone ordinaire, reprsentent en intensit ceux d'un
lment Daniell traversant 100 megohms de rsistance (soit 10000000
de kilomtres de fil tlgraphique), on peut comprendre qu'il y a
autre chose  considrer dans les effets avantageux des courants
induits que la simple question d'intensit plus ou moins grande des
courants agissant sur le tlphone rcepteur. Avec une pile nergique,
il est vident, en effet, que les courants diffrentiels qui agiront
seront toujours plus intenses que les courants induits dtermins par
le jeu de l'instrument. Je ne serais pas, quant  moi, loign de
croire que c'est surtout  leurs inversions successives et  leur
faible dure, que les courants induits doivent les avantages qu'ils
prsentent. Ces courants en effet dont la dure ne dpasse gure,
suivant M. Blaserna, 1/200 de seconde, se prtent beaucoup mieux que
les courants voltaques aux vibrations multiplies qui sont le propre
des vibrations phontiques, et cela d'autant mieux que les inversions
successives qui se produisent, dchargent la ligne, renversent les
effets magntiques et contribuent  rendre les actions plus nettes et
plus promptes. On ne doit donc pas s'tonner si les courants induits
de la bobine d'induction, qui peuvent se produire dans des conditions
excellentes au poste de transmission, puisque le circuit du courant
voltaque est alors trs-court, soient capables de fournir des
rsultats non-seulement plus avantageux que les courants voltaques
qui leur donnent naissance, mais mme que les courants induits
rsultant du jeu des tlphones Bell, puisqu'ils sont infiniment plus
nergiques.

Quant aux effets relativement considrables produits par les courants
si minimes des tlphones Bell, ils s'expliquent facilement par cette
considration que, prenant naissance sous l'influence mme des
vibrations de la lame tlphonique, leurs variations d'intensit
conservent toujours le mme rapport, quelle que soit la rsistance du
circuit, et ne sont pas, en consquence, effaces par la distance
sparant les deux tlphones.


=Expriences sur le rle des diffrents organes d'un tlphone dans la
transmission de la parole.=--Pour pouvoir apporter au tlphone tous
les perfectionnements dont il est susceptible, le point important
tait d'tre bien fix sur la nature des effets dtermins dans les
diffrentes parties qui le composent et sur le rle jou par les
diffrents organes qui s'y trouvent mis en jeu. C'est pour tre fix 
cet gard qu'un certain nombre de savants et de constructeurs ont
entrepris une srie d'expriences qui ont fourni de trs-intressantes
indications.

L'un des points les plus intressants  lucider tait celui de savoir
si la lame vibrante dont MM. Bell et Gray ont muni leur rcepteur
tlphonique, dtermine  elle seule les vibrations complexes qui
reproduisent la parole, ou bien si les diffrentes parties du systme
lectro-magntique de l'appareil concourent toutes  cet effet. Les
expriences faites ds l'anne 1837 par M. Page sur les sons produits
par les tiges lectro-magntiques rsonnantes, et les recherches
entreprises en 1846 par MM. de la Rive, Wertheim, Matteucci, etc. sur
ce phnomne curieux, permettaient certainement de poser la question,
et nous verrons  l'instant qu'elle est beaucoup plus complexe qu'on
ne pourrait le croire  premire vue.

Pour avoir un point de dpart fixe, il fallait avant tout reconnatre
si un tlphone dpourvu de lame vibrante peut reproduire la parole.
Les expriences faites ds le mois de novembre 1877 par M. Edison[16]
avec des tlphones munis d'un diaphragme en cuivre, tlphones qui
avaient pu cependant fournir des sons, pouvaient le faire croire, et
ces expriences confirmes par M. Preece et surtout par M. Blyth,
donnaient plus de poids  cette hypothse; mais, quand M. Spottiswoode
eut assur, (voir le _Telegraphic-Journal_ du 1er mars 1878, p. 95)
que l'on pouvait supprimer entirement la lame vibrante d'un tlphone
sans empcher la transmission de la parole, pourvu que l'extrmit
polaire de l'aimant ft place trs-prs de l'oreille, le doute ne fut
plus permis, et c'est alors que je prsentai  l'Acadmie des sciences
ma note sur la thorie du tlphone qui provoqua bientt de la part de
MM. Navez et Luvini une discussion intressante dont je parlerai 
l'instant. On voulut d'abord nier l'authenticit de ces rsultats,
puis on chercha  expliquer les sons entendus par M. Spottiswoode par
une transmission mcanique des vibrations effectue de la mme manire
que dans les tlphones  ficelle; mais de nombreuses expriences
entreprises depuis par MM. Warwich, Rossetti, Hughes et beaucoup
d'autres ont montr qu'il n'en tait pas ainsi, et qu'un tlphone
sans diaphragme pouvait transmettre lectriquement la parole.

         [Note 16: Voici un extrait d'une lettre de M. Edison
         relative  ces expriences et qui est date du 25 novembre
         1877.

         J'ai construit, dit-il, un couple de tlphones fonctionnant
         avec des diaphragmes de cuivre et qui est bas sur les effets
         du magntisme de rotation d'Arago. J'ai reconnu qu'un
         diaphragme de cuivre peut remplacer la lame de fer, dans
         l'appareil de Bell, si le cuivre a seulement 1/32 de pouce
         d'paisseur. L'effet produit est trs-petit quand le
         diaphragme de cuivre existe dans les deux appareils en
         correspondance, mais quand l'un de ces appareils, le
         rcepteur, conserve la disposition ordinaire et que le
         tlphone transmetteur seul est muni de la lame de cuivre, on
         peut parler des deux cts avec facilit.

         M. Preece a rpt ces expriences, mais il n'a obtenu que
         des effets extrmement faibles et  peine distincts; il
         croit, en consquence, qu'ils ne peuvent tre d'aucune
         utilit pour la pratique, mais qu'ils sont trs-intressants
         au point de vue thorique.]

M. Navez lui-mme qui, dans l'origine, avait ni le fait, convient
aujourd'hui qu'un tlphone sans diaphragme peut mettre des sons, et,
mme dans certaines conditions exceptionnelles de phonation et
d'audition tlphonique, reproduire la voix humaine; mais il croit
toujours que l'on ne peut reconnatre s'il y a ou non articulation des
mots.

Cette incertitude dans les rsultats obtenus par les diffrents
physiciens qui se sont occups de cette question prouve, toutefois,
que les sons ainsi reproduits ne sont pas trs-accentus et que, dans
des phnomnes physiques apprciables seulement  nos sens, la
constatation d'un effet peu accentu dpend surtout de la perfection
de nos organes. Nous verrons  l'instant comment cet effet si faible
peut se dvelopper dans de grandes proportions par suite de la
disposition adopte par MM. Bell et Gray.

Un second point tait encore  claircir. Il s'agissait de savoir si
le diaphragme d'un tlphone vibre rellement, ou du moins si ses
vibrations peuvent entraner son dplacement, comme cela a lieu dans
un trembleur lectrique ou un instrument  anches que l'on fait vibrer
par un courant d'air. M. Antoine Brguet a fait  cet gard des
expriences intressantes qui ont montr que ce mouvement n'tait pas
admissible, car il a pu faire parler trs-distinctement des tlphones
avec des lames vibrantes de toutes les paisseurs, et il a pouss les
expriences jusqu' employer des lames de 15 centimtres d'paisseur.
La superposition sur ces lames paisses de morceaux de bois, de
caoutchouc et en gnral de substances quelconques n'empchait pas
l'effet de se produire. Or on ne peut admettre dans ce cas que les
lames puissent tre animes d'un mouvement de va-et-vient. J'ai
d'ailleurs constat en superposant une couche d'eau ou de mercure sur
ces lames et mme sur des diaphragmes minces, qu'aucun mouvement
sensible ne les animait, du moins en n'employant, comme source
lectrique, que les courants induits dtermins par l'action de la
parole. Aucunes rides ne se distinguaient  la surface de la couche
liquide, mme quand pour les apercevoir on employait des appareils 
rflexion lumineuse. Comment d'ailleurs pourrait-on admettre qu'un
courant qui n'est pas plus intense que celui d'un lment de Daniell
ayant travers dix millions de kilomtres de fil tlgraphique,
courant qui ne peut fournir de dviation que sur un galvanomtre
Thomson, et encore en admettant que le courant a t provoqu en
appuyant le doigt sur le diaphragme, ait une nergie suffisante pour
faire vibrer mcaniquement par attraction une lame de fer aussi tendue
que l'est celle d'un tlphone!!!

Il rsulte toutefois d'expriences photographiques trs-prcises, que
des vibrations sont produites par le diaphragme d'un tlphone
rcepteur; elles sont infiniment petites, si l'on veut, mais elles
sont, suivant M. Blake, suffisantes pour qu'un index trs-lger, port
par ce diaphragme, puisse fournir quelques petites inflexions sur une
ligne dcrite par lui sur un enregistreur. Toutefois, de ce qu'un
petit mouvement de vibration existe sur ce diaphragme, il ne s'ensuit
pas qu'il doive tre rapport  un effet d'attraction, car il peut
rsulter d'une vibration dtermine par l'action mme de la
magntisation au sein du diaphragme[17].

         [Note 17: Suivant M. J. Bosscha, qui a publi dans les
         _Archives nerlandaises_, T. XIII, un mmoire
         trs-intressant sur l'intensit des courants lectriques du
         tlphone, l'intensit minima de courant ncessaire pour
         fournir un son dans un tlphone par la vibration de son
         diaphragme, pourrait tre au-dessous de un cent millime de
         celle d'un lment Daniell, et le dplacement du centre du
         diaphragme pourrait tre alors invisible, car il ne serait
         gure que de 2,5 millionimes de millimtre pour une
         intensit de courant n'tant que un dix-millime de
         l'intensit du mme lment Daniell. Quant  l'amplitude des
         mouvements produits par le diaphragme sous l'influence de la
         voix, il n'a pu la mesurer exactement, mais il la croit
         infrieure  un millime de millimtre, et il en rsulterait
         que, pour un son de 880 vibrations, l'intensit des courants
         induits dvelopps serait 0,0000792 de l'unit d'intensit
         lectro-magntique.]

Voici, du reste, une exprience trs-intressante de M. Hughes,
rpte d'ailleurs dans d'autres conditions par M. Millar, qui prouve
bien en faveur de notre opinion.

Si l'aimant d'un tlphone rcepteur est constitu par deux barreaux
aimants parfaitement gaux, spars l'un de l'autre par un isolant
magntique, et qu'on les place dans la bobine de manire  prsenter
en face du diaphragme tantt des ples de mme nom, tantt des ples
contraires, on reconnat que le tlphone reproduit mieux la parole
dans ce dernier cas que dans le premier. Or, si les effets taient
attractifs il n'en serait pas ainsi, car les actions sont en
discordance quand des ples de noms contraires sont soumis  une mme
action lectrique, tandis qu'elles sont conspirantes dans un mme sens
quand ces ples sont de mme nom.

D'un autre ct, on reconnat que si on emploie plusieurs lames de
fer superposes pour constituer le diaphragme d'un tlphone
rcepteur, la transmission des sons est beaucoup plus forte que quand
le diaphragme est simple, et pourtant l'attraction, si tant est
qu'elle pt se faire, ne pourrait se produire que sur l'un des
diaphragmes.

Une exprience trs-intressante de M. A. Brguet a montr encore que
les diffrentes parties constituantes d'un tlphone, aussi bien le
manche, les bornes de cuivre, la coquille que la plaque et le barreau
aimant, peuvent transmettre les sons; et pour arriver  constater ce
rsultat, M. Brguet a employ des tlphones  ficelle dont il
attachait le fil en diffrents points du tlphone expriment. Il a
pu de cette manire non-seulement tablir une correspondance entre une
personne faisant agir le tlphone lectrique et une autre coutant
dans le tlphone  ficelle, mais encore faire parler plusieurs
tlphones  ficelle, relis en plusieurs points du tlphone
lectrique.

Ces deux sries d'expriences montrent que des sons peuvent tre
obtenus des diverses parties d'un tlphone sans mouvements
vibratoires trs-apprciables; mais M. J. Luvini a voulu s'en assurer
d'une manire plus nette encore, en examinant si dfinitivement
l'aimantation d'un corps magntique suivie de sa dsaimantation
entranerait une variation dans la forme et les dimensions de ce
corps. Il a en consquence fait construire un grand lectro-aimant
tubulaire qu'il remplissait d'une assez grande quantit d'eau pour
que, ses deux extrmits tant bouches, le liquide pt apparatre
dans un tube capillaire adapt  l'un des bouchons. De cette manire,
les plus petites variations dans la capacit de la partie creuse de
l'lectro-aimant taient accuses par une ascension ou une descente de
la colonne liquide. Or, en faisant traverser l'lectro-aimant par un
courant lectrique de diffrente intensit, il n'a jamais observ
aucun changement dans le niveau de l'eau dans le tube. Avec cette
disposition il pouvait mesurer pourtant un changement de volume de
1/30 de millimtre cube. Donc, il rsulte de ces effets, que les
vibrations produites dans un corps magntique sous l'influence
d'aimantations et de dsaimantations successives, sont _tout  fait
molculaires_. Nous examinerons  l'instant comment ces diffrentes
dductions peuvent tre interprtes pour que l'on puisse comprendre
la vritable thorie du tlphone; mais avant d'entamer cette tude
nous devrons indiquer encore quelques autres expriences qui ont aussi
leur intrt.

Nous avons vu que MM. Edison, Blyth et Preece avaient fait des
expriences qui ont montr que des sons pouvaient tre reproduits par
un tlphone dont le diaphragme tait constitu avec une matire non
magntique, mais ils ont fait voir aussi, chose plus curieuse encore,
que ces sons pouvaient tre transmis sous l'influence de courants
induits provoqus par ces diaphragmes mis en vibration devant
l'aimant. Dj MM. Edison et Blyth avaient avanc ce fait, mais M.
B.-W. Warwich, dans un article publi dans l'_English-mecanic_ (voir
les _Mondes_ du 2 mai 1878), l'a confirm malgr l'incrdulit qui
avait accueilli cette nouvelle; Il semblerait, dit-il, que pour agir
sur l'aimant de manire  produire des courants induits, quelque chose
doit d'abord vibrer d'une manire quelconque et tre en possession de
plus de force vive qu'un gaz; mais il n'est pas ncessaire que la
substance soit magntique, car les corps diamagntiques agissent
trs-bien[18]. M. Preece en avait recherch la cause dans les
courants induits dvelopps dans un corps conducteur quelconque quand
on fait mouvoir devant lui un aimant, courants qui donnent lieu au
phnomne dcouvert par Arago et connu sous le nom de _magntisme de
rotation_. Ces faits toutefois ne nous paraissent pas encore assez
bien tablis pour qu'on puisse s'occuper srieusement de leur thorie,
et il pourrait se faire que les effets observs fussent la consquence
de simples transmissions mcaniques.

         [Note 18: Voici comment ces expriences sont dcrites par
         l'auteur: les aimants employs avaient  peu prs les
         dimensions ordinaires, 1 pouce 1/2 de diamtre, et une
         longueur environ huit fois aussi grande. On s'est servi
         d'abord de plaques de fer; mais elles n'taient nullement
         ncessaires. Mettant de ct ces plaques, j'ai essay
         naturellement un certain nombre de substances: d'abord une
         plaque mince d'tain qui convenait parfaitement et pour
         transmetteur et pour rcepteur. Une plaque de tle de 1/10
         d'paisseur environ n'oprait pas aussi bien, mais tout ce
         qu'on disait tait parfaitement compris. En faisant les
         expriences avec ces plaques, on les mettait simplement au
         haut de l'instrument sans qu'elles y fussent fixes en aucune
         manire; le pavillon en bois du sommet et la cavit conique a
         t aussi mis de ct, parce que la transmission et la
         rception se faisaient galement sans elles. Cette partie de
         l'instrument semble superflue, car le son, lorsque la simple
         plaque est appuye  plat contre l'oreille, parat plus fort
          cause de sa plus grande proximit. Maintenant, les plaques
         de fer ne paraissent pas tre absolument ncessaires, quoique
         le fer agisse mieux qu'aucune autre chose, et que les
         substances diamagntiques agissent aussi trs-bien. Dsirant
         que mon assistant qui tait  une certaine distance et ne
         pouvait en aucune manire percevoir un son direct, continut
         de compter pendant quelque temps, j'ai enlev la plaque de
         fer et mis en travers de l'instrument un large barreau de
         fer, de 1/1 de pouce d'paisseur. En plaant mon oreille
         contre lui, j'ai entendu chaque nombre distinctement, mais un
         peu affaibli. Un morceau carr de cuivre, de 3/3 de pouce, a
         t mis en place; le son quoique distinct, n'tait pas aussi
         fort que prcdemment. Des morceaux pais de plomb, de zinc
         et d'acier ont t tour  tour essays. L'acier agit  peu
         prs comme le fer, et, comme dans les autres cas, chaque mot
         prononc tait faiblement et distinctement entendu.
         Quelques-uns de ces mtaux taient diamagntiques, et
         cependant l'action se produisait. Des substances non
         mtalliques ont t ensuite essayes; d'abord un morceau de
         verre de vitre; il oprait vraiment trs-bien. Avec du bois,
         un morceau d'une bote  allumettes, l'action tait faible;
         mais en plaant des morceaux d'une paisseur graduellement
         croissante, le son augmentait sensiblement, et avec un
         morceau grossier de bois de 1 pouce 1/2 d'paisseur, le son
         tait parfaitement distinct. J'ai mis ensuite en place une
         bote vide en bois; elle agissait trs-bien. Un morceau de
         lige pais de 1/2 pouce agissait, mais un peu faiblement. Un
         bloc de pierre  rasoir, pais de 2 pouces, a t plac sur
         l'instrument, et en appliquant l'oreille contre lui, on
         pouvait suivre facilement celui qui parlait. Alors j'ai
         essay sans qu'il y et rien d'interpos, et j'ai plac mon
         oreille tout contre l'aimant et la bobine, et, ce qui est
         vraiment trs-curieux, sans aucune plaque vibrante, j'ai pu
         entendre faiblement, et en coutant attentivement j'ai pu
         comprendre tout ce qu'on disait. La chose a t rpte
         plusieurs fois: la transmission mcanique du son tait
         impossible, car beaucoup de mtres de fil taient couchs sur
         le sol, et cependant sans qu'il y et rien d'interpos
         (except de l'air) entre mon oreille et l'extrmit de
         l'aimant, j'ai pu comprendre ce qui tait dit. Dans toutes
         ces expriences, les sons ont t perus, mais les sons
         transmis ou essays agissaient un peu diffremment. Un
         diapason, qu'on faisait sonner et qu'on plaait sur la plaque
         mme de fer ou sur le bois de l'instrument tait entendu
         clairement; pour la parole, les plaques minces de fer
         agissaient mieux. Avec d'autres corps, la pierre, le bois
         pais, le verre, le zinc, etc., le son du diapason tait
         entendu, soit qu'il repost sur eux, soit qu'on tnt sur eux
         la branche vibrante. Ces corps pais ne convenaient pas pour
         transmettre le son de la voix. Tous ont t mis de ct, et
         l'instrument sonore a t tenu directement sur le ple de
         l'aimant; le son a t clairement entendu, quoiqu'il n'y et
         rien d'interpos, except l'air, entre le diapason et
         l'extrmit de l'aimant. L'intensit du son n'tait peut-tre
         pas aussi grande quand le diapason posait directement sur le
         ple que quand il tait tenu sur l'extrmit de l'aimant.
         J'ai ensuite essay si ma voix serait entendue avec cet
         arrangement. Le rsultat a t un peu douteux, mais je pense
         que quelque action a d se produire, car le diapason tait
         entendu lorsqu'il vibrait simplement dans le voisinage du
         ple; l'effet produit par la voix doit avoir diffr
         seulement par le degr d'intensit; il tait trop faible pour
         tre entendu  l'autre extrmit. J'ai rpt ces rsultats,
         je les ai rendus tout  fait certains, et j'ai russi 
         transmettre les sons trs-distinctement sans plaque sur le
         ple, et j'ai entendu en retour distinctement tout ce qui
         tait dit en plaant mon oreille contre l'instrument, sans
         qu'il y et aucune plaque.]

S'il faut en croire M. Preece, il paratrait qu'on pourrait
transmettre avec un tlphone dont on remplacerait l'aimant par un
simple noyau de fer doux, et il attribue ce rsultat au magntisme
rmanent du fer et  l'action magntique exerce sur ce barreau par le
magntisme terrestre. M. Blake de Boston a constat aussi le mme
phnomne, mais il ne l'observait d'une manire marque que quand le
noyau de fer doux tait plac dans une direction incline par rapport
 la terre.

Suivant M. Navez, l'intensit du son reproduit dans un tlphone
dpend, non-seulement de l'amplitude des vibrations, mais aussi de la
surface vibrante par suite de l'action qu'elle exerce sur la couche
d'air qui doit transmettre les sons. (Voir le mmoire de M. Navez dans
le _Bulletin de l'Acadmie de Belgique_, du 7 juillet 1878).


=Expriences sur les effets rsultant de chocs mcaniques communiqus
 diffrentes parties d'un tlphone.=--Si dans un tlphone ordinaire
on adapte une pice de fer contre la vis qui tient l'aimant, on
reconnat que les sons transmis sont un peu plus accentus, ce qui
tient au renforcement du ple actif de l'aimant; mais on entend au
moment o l'on applique la pice de fer contre la vis, un bruit assez
prononc qui semble tre d aux vibrations mcaniques dtermines dans
le barreau au moment du choc. M. le lieutenant de vaisseau des Portes
a fait dernirement sur ce genre de phnomnes des expriences
intressantes. Ainsi il a reconnu que, si sur un circuit tlphonique
de 100 mtres complt par le sol, le tlphone transmetteur est
rduit au simple aimant muni de sa bobine qui constitue son organe
lectro-magntique, et que cet aimant soit suspendu verticalement par
un fil de soie, la bobine en haut, un coup frapp sur cet aimant, soit
au moyen d'un morceau de bois, soit au moyen d'une tige de cuivre,
pourra dterminer dans le tlphone rcepteur, des sons distincts qui
augmenteront d'autant plus d'intensit que le coup sera frapp plus
prs de la bobine, et qui deviendront plus forts encore, mais moins
nets, quand on mettra en contact avec le ple suprieur de l'aimant
une lame vibrante de fer doux.

Quand le corps avec lequel on frappe est en fer, les sons dont il
vient d'tre question sont plus accentus qu'avec le morceau de bois,
et quand l'aimant est muni de sa lame vibrante applique sur son ple
actif, on saisit en mme temps que le bruit du choc une vibration de
la plaque.

Si le corps percuteur est un aimant, les bruits produits sont
semblables  ceux que l'on obtient avec un percuteur en fer, quand
l'effet est produit entre ples de mme nom, mais si ce sont des ples
de noms contraires, on entend aprs chaque coup un second bruit
produit par l'arrachement de l'aimant et qui parat tre un coup
frapp beaucoup moins fort. Naturellement ces bruits augmentent si
l'aimant est muni de sa lame vibrante.

Si on parle sur la plaque vibrante du tlphone transmetteur quand
elle est applique sur le ple de l'aimant, on entend sur le tlphone
rcepteur des sons varis assez semblables  ceux produits par les
vibrations d'une corde  violon, et le bruit que fait la plaque quand
on la retire du contact de l'aimant est parfaitement entendu au
rcepteur.

Quand on parle au rcepteur, la personne qui a l'oreille applique sur
la plaque vibrante du transmetteur, dispos comme ci-dessus, entend
trs-bien, mais ne distingue pas les paroles, ce qui tient sans doute
au magntisme condens au point de contact de l'aimant et de la lame
vibrante, et qui rend les variations magntiques plus lentes et plus
difficiles  s'effectuer.

Pour percevoir les coups frapps sur l'aimant avec une tige de fer
doux, la prsence de la bobine n'est pas ncessaire. En enroulant
trois tours seulement du fil conducteur dnud, servant de fil de
ligne, sur une extrmit de l'aimant, on peut percevoir les sons, et
ces sons cessent, comme dans les autres expriences, quand le circuit
est interrompu, ce qui montre bien qu'on ne peut les attribuer  une
transmission mcanique. Mais ce qui est le plus curieux, c'est que si
l'aimant est interpos dans le circuit de manire  en faire partie
intgrante, et que les deux extrmits du fil conducteur soient
enroules autour des bouts de l'aimant, les coups frapps sur celui-ci
avec le fer doux, sont perus dans le tlphone aussitt que l'un des
ples de l'aimant est muni de la plaque vibrante.

J'ai rpt moi-mme les expriences de M. des Portes en frappant
simplement sur la vis qui, dans les tlphones ordinaires fixe
l'aimant  l'appareil, et j'ai constat que, toutes les fois que le
circuit tait complet, les coups frapps avec un couteau d'ivoire
taient rpts par le tlphone; ils taient trs-faibles, il est
vrai, quand la lame vibrante tait enleve, mais trs-marqus avec
l'addition de cette lame. Au contraire, toutes les fois que le circuit
tait interrompu, aucun bruit n'tait peru. Ces bruits taient du
reste plus forts quand les coups taient frapps sur la vis que quand
ils taient frapps sur le ple mme de l'aimant au-dessus de la
bobine, ce qui tenait  ce que, dans le premier cas, le barreau
pouvait vibrer librement, tandis que dans le second, les vibrations se
trouvaient touffes par suite de la fixation du barreau.

On pourrait, jusqu' un certain point, expliquer ces effets en disant
que les vibrations dtermines sur l'aimant par le choc, ont pour
rsultat de dterminer _des dplacements ondulatoires des particules
magntiques_ dans toute l'tendue du barreau, et que de ces
dplacements doivent rsulter, dans l'hlice, d'aprs la loi de Lenz,
des courants induits dont la force augmente quand la puissance de
l'aimant est surexcite par la raction de son diaphragme, lequel joue
le rle d'armature, et par celle du corps percuteur quand il est
magntique. Toutefois, les dernires expriences de M. des Portes sont
plus difficiles  expliquer, et il pourrait bien y avoir autre chose
que des courants induits ordinaires.

Ces expriences ne sont pas les seules qui montrent les effets
dtermins sous l'influence d'branlements molculaires de diverses
natures.--Ainsi, M. Thomson de Bristol a reconnu que si on introduit
dans le circuit d'un tlphone ordinaire, une pice de fer et une tige
de laiton place perpendiculairement sur le fer, il suffira de donner
un coup sur la tige de laiton pour dterminer un son nergique dans le
tlphone. D'un autre ct, il a montr aussi que si on entoure les
deux extrmits polaires d'un aimant droit de deux bobines
d'induction, mises en rapport avec le circuit d'un tlphone, et qu'on
promne au-dessous de l'aimant, dans l'intervalle sparant les deux
bobines, la flamme d'une lampe  alcool, on entend un bruit
trs-marqu aussitt que la flamme exerce son action sur le barreau
aimant. Cet effet provient sans doute de l'affaiblissement du
magntisme du barreau dtermin par l'effet calorifique alors produit.
Enfin j'ai reconnu moi-mme que des grattements effectus sur l'un des
fils qui runissent deux tlphones entre eux, sont perus dans ces
tlphones, quel que soit d'ailleurs le point du circuit o ces
grattements sont produits. Les sons ainsi provoqus sont,  la vrit,
trs-faibles, mais ils se distinguent nettement, et acquirent une
plus grande intensit quand le grattement est effectu sur les bornes
d'attache des fils des tlphones. Tous ces sons, d'ailleurs, ne
peuvent pas tre la consquence d'une transmission mcanique de
vibrations, car quand le circuit est interrompu, on ne peut en
percevoir aucun. D'aprs ces expriences, on pourrait croire que
certains bruits que l'on constate dans les tlphones expriments sur
les lignes tlgraphiques, pourraient bien provenir des frictions des
fils sur les supports, frictions qui donnent lieu  ces sons souvent
trs-intenses que l'on entend quelquefois sur certaines lignes
tlgraphiques.


=Thorie du tlphone.=--Il semblerait rsulter des diverses
expriences que nous avons rapportes prcdemment, que l'explication
qu'on donne gnralement des effets produits dans le tlphone, serait
trs-incomplte, et que la transmission de la parole, au lieu de
rsulter de la rptition par la membrane du tlphone rcepteur (sous
l'influence des effets lectro-magntiques produits) des vibrations
dtermines par la voix sur la membrane du tlphone transmetteur,
devrait provenir des vibrations molculaires dtermines dans le
systme lectro-magntique tout entier et particulirement sur le
noyau magntique envelopp par l'hlice. Ces vibrations seraient ds
lors de la mme nature que celles qui ont t tudies dans les tiges
lectro-magntiques rsonnantes par MM. Page, de la Rive, Wertheim,
Matteucci, etc., et ce sont elles qui ont t mises  contribution
dans les tlphones de Reiss, de Ccil et Lonard Wray, et de
Vander-Weyde. Dans cette hypothse, la lame vibrante aurait pour
principal rle  remplir, de ragir pour la production des courants
induits quand elle serait mise en vibration par la voix, et de
renforcer par sa raction sur l'extrmit polaire du barreau aimant,
les effets magntiques dtermins au sein de celui-ci, quand elle
vibrerait sous l'influence lectro-magntique, ou du moins, quand elle
serait actionne par l'aimant. Or comme ces vibrations sont d'autant
plus amplifies pour une mme note, que la lame est plus flexible, et
comme, d'un autre ct, les variations dans l'tat magntique d'une
lame s'effectuent d'autant plus rapidement qu'elle prsente moins de
masse, on comprend immdiatement pourquoi il convient d'employer des
lames vibrantes trs-minces et relativement petites, comme l'a fait M.
Edison. Dans le cas de la transmission, la plus grande amplitude des
vibrations augmente l'intensit des courants induits transmis. Dans le
cas de la rception, les variations d'aimantation dterminant les
sons, sont rendues plus accentues et plus nettes, aussi bien dans la
membrane armature que dans le barreau aimant; il y a donc avantage
dans les deux cas. Cette hypothse n'exclut d'ailleurs en rien l'effet
phontique des vibrations mcaniques et physiques qui pourraient se
produire dans la lame armature sous l'influence des magntisations et
dmagntisations qu'elle subit, et qui viendraient ajouter leur action
 celle des noyaux magntiques.

Quelle est la nature des vibrations transmises dans le tlphone
rcepteur? C'est une question encore obscure, et ceux qui s'en sont
occups sont loin d'tre d'accord; elle a mme t l'objet d'une
discussion intressante en 1846 entre MM. Wertheim et De la Rive, et
les dcouvertes nouvelles la rendent encore plus complique. Suivant
M. Wertheim, ces vibrations seraient  la fois longitudinales et
transversales et proviendraient d'attractions changes entre les
spires de l'hlice magntisante et les particules magntiques du
noyau; suivant M. De la Rive elles seraient, dans le cas qui nous
occupe, uniquement longitudinales et rsulteraient de contractions et
dilatations molculaires dtermines par des arrangements diffrents
pris par les molcules magntiques, sous l'influence des aimantations
et des dsaimantations. C'est cette explication qui nous parat la
plus rationnelle, et une exprience faite en 1846 par M. Guillemin
semblerait la confirmer. M. Guillemin avait en effet reconnu que si
une tige flexible de fer entoure d'une hlice magntisante est pince
dans un tau  l'une de ses extrmits et recourbe sous l'influence
d'un poids adapt  l'autre extrmit, on peut la faire redresser
instantanment par le passage d'un courant  travers l'hlice
magntisante. Or ce redressement ne peut, dans ce cas, provenir que de
la contraction dtermine par les molcules magntiques qui, sous
l'influence de leur aimantation, tendent  provoquer des attractions
intermolculaires et  modifier les conditions d'lasticit du mtal.
On sait en effet que du fer ainsi aimant acquiert la duret de
l'acier et qu'il ne peut plus tre attaqu par la lime.

Quoi qu'il en soit, il est impossible de ne pas admettre que des sons
soient produits dans le noyau magntique aussi bien que dans
l'armature, sous l'influence d'effets lectriques intermittents. Ces
sons pourront d'ailleurs tre musicaux ou articuls; car du moment o
le transmetteur aura provoqu l'action lectrique convenable, nous ne
voyons pas de raison pour que des vibrations effectues
transversalement ou longitudinalement transmettent les uns plutt que
les autres. Ces vibrations, du reste, sont, comme on l'a vu, pour
ainsi dire microscopiques[19].

         [Note 19: Voir les Mmoires de MM. de la Rive et
         Guillemin aux _Comptes rendus de l'Acadmie des sciences_, t.
         XXII.]

M. J. Luvini, qui partage nos ides sur la thorie qui prcde, croit
cependant qu'elle ne peut satisfaire compltement l'esprit, que si
l'on fait entrer en ligne de compte la raction dtermine par le
barreau magntique sur l'hlice qui l'entoure. Il ne peut y avoir,
dit-il, _action_ sans _raction_, et en consquence les changements
molculaires dtermins dans le barreau doivent provoquer des
variations correspondantes dans l'hlice, et les deux effets doivent
contribuer  la production des sons. Il cite  l'appui de son dire
l'exprience suivante du professeur Rossetti, qui est rellement
curieuse.

Dans une suite de recherches qu'il avait entreprises sur les
tlphones sans lame vibrante, ce savant avait employ sans le savoir
un tlphone dont la bobine n'tait pas bien fixe sur le noyau
magntique, et il remarqua  son grand tonnement que cette bobine
oscillait le long du noyau magntique, au passage des courants
discontinus, et qu'elle produisait des sons. Or ce mouvement tait une
raction dtermine par les effets magntiques produits.

La difficult d'expliquer la production des sons dans un organe
lectro-magntique dpourvu d'armature, avait fait nier dans l'origine
l'authenticit des expriences que nous avons rapportes prcdemment,
et M. Navez avait entam avec nous une discussion qui ne sera pas sans
doute termine de sitt; mais il est rsult de cette discussion, que
ce savant a t oblig de convenir que _le son de la voix humaine
pouvait tre reproduit par un rcepteur tlphonique priv de sa
plaque_. Toutefois, il croit encore que cette reproduction est trop
faible pour qu'on puisse reconnatre s'il y a ou s'il n'y a pas
articulation, et soutient toujours que les vibrations transversales de
la plaque rsultant d'effets attractifs, sont les seules qui
reproduisent la parole articule avec une intensit suffisante pour
tre utile.

Il est certain que l'articulation de la parole exige une certaine
puissance de vibration qu'un tlphone sans diaphragme ne peut pas
facilement fournir, car il faut considrer que, dans un appareil ainsi
dispos, les effets magntiques sont rduits dans un rapport
considrable qui est celui de la force magntique dveloppe dans le
barreau  cette force multiplie par elle-mme, et qu'une action,
aussi faible que l'est celle accuse dans un tlphone, devient pour
ainsi dire nulle, quand par suite de la suppression de l'armature,
elle n'est plus reprsente que par la racine carre de la force qui
l'a dtermine. Il peut donc se faire que des sons  peine
perceptibles dans un tlphone sans diaphragme, le deviennent quand,
par suite de la prsence de ce diaphragme, la cause qui les provoque
est multiplie par elle-mme et qu'il s'y ajoute encore les vibrations
dtermines au sein de l'armature elle-mme sous l'influence des
magntisations et dmagntisations qu'elle subit.

Pour montrer que l'action du diaphragme n'est pas aussi indispensable
que M. Navez semble le supposer, et que les vibrations de ce
diaphragme ne sont pas le rsultat d'attractions lectro-magntiques,
il suffit de se reporter aux expriences de M. Hughes que nous avons
exposes p. 129. Il est certain que si cet effet tait en jeu, on
entendrait mieux quand les deux barreaux aimants prsenteraient des
ples de mme nom devant le diaphragme, que quand ils prsenteraient
des ples de noms contraires, puisque toutes les actions seraient
alors conspirantes dans le mme sens. D'un autre ct les plus grands
effets que l'on obtient avec des diaphragmes multiples juxtaposs
loignent compltement cette hypothse. Nanmoins, il pourrait se
faire que dans les tlphones lectro-magntiques, le diaphragme de
fer, en raison des variations faciles de son tat magntique, pt
contribuer beaucoup  rendre les sons articuls plus nets et plus
distincts; il pourrait alors ragir  la manire de la langue; mais
nous croyons que c'est surtout  l'amplitude des vibrations
dtermines sur le transmetteur, qu'on doit rapporter la plus ou moins
grande nettet des sons articuls. Ainsi M. Hughes a dmontr que les
charbons de bois mtalliss employs dans ses parleurs microphoniques
taient prfrables aux charbons de cornue pour transmettre la parole,
prcisment parce que, tant moins conducteurs, les diffrences de
rsistance qui rsultent des diffrences de pression, sont plus
accentues et permettent par consquent de mieux faire saisir les
diffrentes nuances des sons vocaux qui constituent l'articulation de
la parole.

Mais il ne s'agit plus aujourd'hui d'une discussion d'effets
magntiques; la science a march depuis que M. Navez a ouvert la
discussion, et nous lui demanderons maintenant comment, avec sa
thorie des mouvements attractifs du diaphragme des tlphones, il
peut expliquer la reproduction de la parole par un microphone
rcepteur _dpourvu de tout organe lectro-magntique_, et je puis lui
certifier que dans les expriences que j'ai faites, la transmission
des vibrations ne pouvait se faire mcaniquement, car quand le circuit
tait coup ou la pile retire du circuit, aucun son n'tait entendu.
Il faut dcidment que M. Navez compte avec les _vibrations
molculaires_. Certainement, c'est un terrain nouveau  tudier; mais
c'est parce que nous nous acharnons en Europe  vouloir rester dans
les limites de thories incompltes que nous avons laiss aux
amricains, qui ne s'en inquitent gure, la gloire de faire les
grandes dcouvertes qui nous tonnent depuis quelques mois. Que M.
Navez lise avec soin les notes de MM. Luvini, des Portes, Trve,
Hughes, Rossetti, et nous sommes certain que ses ides se modifieront.

En rsum, la thorie du tlphone et du microphone considrs comme
organes reproducteurs de la parole est encore loin d'tre lucide
compltement, et dans des questions aussi neuves, il serait imprudent
d'tre trop affirmatif.

La transmission lectrique des sons, dans les tlphones
magnto-lectriques, ne laisse pas que de prsenter quelques
complications thoriques. On a vu en effet qu'on pouvait les obtenir
avec des diaphragmes en matire non magntique et mme par l'effet de
simples vibrations mcaniques dtermines par des chocs. Est-ce  des
ractions d'induction de l'aimant sur la lame vibrante mise en action
qu'il faut les attribuer dans le premier cas, et aux mouvements des
particules magntiques devant les spires de l'hlice qu'il faut les
rapporter dans le second?.... la question est encore bien obscure;
nanmoins on peut concevoir que les modifications de l'action
inductrice de l'aimant sur le diaphragme mis en vibration puissent
entraner des variations de l'intensit magntique, de mme qu'on peut
admettre une action de la mme nature par suite de l'loignement, et
du rapprochement des particules magntiques des spires de l'hlice;
toutefois M. Trve croit, dans ce dernier cas,  une action
particulire qu'il a dj eu occasion d'tudier dans d'autres
circonstances, et voit dans le courant ainsi produit l'effet d'une
transformation du travail mcanique dtermin au sein des molcules
magntiques. Ce qui complique encore la question, c'est que souvent
ces effets sont produits par des transmissions simplement mcaniques.

Il tait encore un point intressant  tudier et sur lequel M. Navez
a donn quelques indications intressantes; c'tait de savoir si les
effets taient plus nergiques, pour la rception, avec des aimants
permanents, qu'avec des aimants temporaires. Dans le premier modle de
tlphone expos  Philadelphie par M. Bell, le rcepteur tait, comme
on l'a vu, constitu par un lectro-aimant tubulaire dont le ple
cylindrique tait muni de la lame vibrante; mais M. Bell n'a pas
maintenu cette disposition, et s'il faut en croire ce qu'il dit  cet
gard dans son mmoire, ce serait afin de rendre son appareil  la
fois rcepteur et transmetteur[20]. Toutefois M. Navez prtend que le
rle de l'aimant est plus important, et mme qu'il est indispensable
dans les conditions actuelles de sa construction. On peut, dit-il,
dans certaines circonstances, et en construisant l'instrument d'une
manire spciale, faire parler un Bell rcepteur sans aimant
permanent; cependant, l'instrument tel qu'il est construit
gnralement, _reste muet_ si on retire l'aimant pour le remplacer par
un cylindre de fer doux fix dans la bobine. Nanmoins il suffit
d'approcher le ple d'un aimant permanent d'un cylindre en fer doux,
pour rendre la voix au tlphone: il rsulte de nos expriences que
pour qu'un tlphone Bell fonctionne bien, il est indispensable que la
plaque soit soumise  une _tension magntique initiale_, obtenue au
moyen d'un aimant permanent. Cette assertion est d'ailleurs facile 
dduire de considrations thoriques.

         [Note 20: Voici ses propres paroles: The articulation
         produced from the instrument (le rcepteur  lectro-aimant
         tubulaire) was remarkably distinct, but its great defect
         consisted in the fact that it could not be used as a
         transmitting instrument, and thus two telephones were
         required at each station, one for transmitting and one for
         receiving spoken messages.]

Quant  l'action des courants envoys  travers l'hlice d'un
tlphone, elle s'explique aisment. Quelles que soient les conditions
magntiques du barreau, les courants induits de diffrente intensit
qui agissent sur lui, provoquent des modifications dans son tat
magntique, d'o rsultent des vibrations molculaires par contraction
et dilatation. Ces vibrations se produisant galement dans l'armature
sous l'influence des aimantations et dsaimantations qui y sont
dtermines par l'action magntique du noyau, renforcent celles de ce
noyau, en mme temps que les modifications dans l'tat magntique du
systme se trouvent amplifies par suite de la raction des deux
pices magntiques l'une sur l'autre. Quand le barreau est en fer
doux, les courants induits agissent en crant des aimantations plus ou
moins nergiques auxquelles succdent des dsaimantations qui sont
d'autant plus promptes que des courants inverses succdent toujours 
ceux qui ont t actifs, ce qui rend les alternatives d'aimantation et
de dsaimantation plus nettes et plus rapides. Quand le barreau est
aimant, l'action est diffrentielle, et peut s'exercer dans un sens
ou dans un autre, suivant que les courants induits correspondant aux
vibrations effectives, passent  travers la bobine rceptrice dans le
mme sens ou en sens contraire du courant magntique du barreau. Si
ces courants sont de mme sens, l'action est renforante, et les
modifications sont effectues comme si c'tait une aimantation qui
tait dtermine. Si ces courants sont de sens contraire, l'effet
inverse se produit; mais quels que soient ces effets, les vibrations
molculaires conservent les mmes rapports rciproques et la mme
hauteur dans l'chelle des sons musicaux. Si on tudie la question au
point de vue mathmatique, on trouve la prsence d'une constante en
rapport avec l'intensit du courant qui n'existe pas dans les
vibrations mcaniques et d'o rsulterait peut-tre le timbre
particulier que prsente la parole reproduite dans le tlphone,
timbre qui l'a fait comparer  la voix de polichinelle. M. Dubois
Raymond a du reste publi sur cette thorie un mmoire intressant
qui est rapport dans les _Mondes_ du 21 fvrier 1878 (p. 314), mais
que nous ne reproduisons pas ici, parce que les considrations qu'il
met sont trop scientifiques pour les lecteurs auxquels s'adresse
notre ouvrage. Nous ajouterons seulement que d'aprs M. C. W.
Cuningham, les vibrations produites dans un tlphone ne peuvent se
manifester exactement dans les mmes conditions que celles qui
affectent le tympan de l'oreille, parce que celui-ci a une forme
particulire en entonnoir qui exclut toute note fondamentale qui lui
soit spcialement propre, tandis qu'il n'en est pas de mme pour les
barreaux et lames magntiques qui possdent des notes fondamentales
capables de masquer beaucoup des demi-tons de la voix. C'est suivant
lui  ces notes fondamentales qu'il faut attribuer l'altration de la
voix observe dans le tlphone.




EXPRIENCES DIVERSES FAITES AVEC LE TLPHONE.


Nous allons nous occuper maintenant d'une srie d'expriences qui,
tout en faisant ressortir les merveilleuses proprits du tlphone
peuvent encore donner quelques indications sur l'importance des
actions qui sont susceptibles de l'affecter.


=Expriences de M. d'Arsonval.=--On a vu que le tlphone tait un
instrument d'une extrme sensibilit, mais cette sensibilit n'avait
pu tre apprcie d'une manire bien nette par les moyens ordinaires.
Pour la mesurer en quelque sorte, M. d'Arsonval a eu l'ide de la
comparer  celle du nerf d'une grenouille, appareil qui, comme on le
sait, avait t regard jusqu'ici comme le plus parfait de tous les
galvanoscopes, et le rsultat de ses expriences a t que le
tlphone est deux cents fois plus sensible que ce nerf. Voici du
reste comment M. d'Arsonval rend compte de ses recherches  cet gard
dans les comptes rendus de l'Acadmie des sciences du 1er avril 1878.

Je prpare une grenouille  la manire de Galvani. Je prends
l'appareil d'induction de Siemens usit en physiologie sous le nom
d'_appareil  chariot_; j'excite avec la pince ordinaire le nerf
sciatique, et j'loigne la bobine induite jusqu' ce que le nerf ne
rponde plus  l'excitation lectrique. Je remplace alors le nerf par
le tlphone, et le courant induit qui n'excitait plus le nerf fait
vibrer avec force cet appareil. J'loigne la bobine induite et le
tlphone vibre toujours.

Dans le silence de la nuit, j'ai pu entendre vibrer le tlphone en
loignant la bobine induite  une distance quinze fois plus grande que
celle du minimum d'excitation du nerf; par consquent, si l'on admet
pour l'induction comme pour les actions  distance la loi des carrs
inverses, on voit que, dans cette circonstance, le tlphone est au
moins deux cents fois plus sensible que le nerf.

Nous possdons dans le tlphone un instrument d'une sensibilit
exquise. Il est, comme on le voit, beaucoup plus sensible que la patte
galvanoscopique, et j'ai song  en faire un galvanoscope. On n'tudie
que trs-difficilement les courants musculaires et nerveux avec un
galvanomtre de 30000 tours, parce que l'appareil manque
d'instantanit et que l'aiguille,  cause de son inertie, ne peut
manifester de variations lectriques se succdant rapidement, comme
celles qui ont lieu par exemple dans le muscle lorsqu'on le ttanise.
Cet inconvnient n'existe plus avec le tlphone qui rpond toujours
par une vibration  un changement lectrique, quelque rapide qu'il
soit. C'est donc un excellent instrument pour tudier le ttanos
lectrique du muscle. On peut tre sr d'avance que le courant
musculaire excitera le tlphone puisque ce courant excite le nerf qui
est moins sensible que cet appareil. L'instrument ncessite pour cela
quelques dispositions spciales.

Le tlphone ne peut servir qu' constater les variations d'un
courant lectrique, quelque faibles qu'elles soient, il est vrai; mais
j'ai trouv le moyen par son intermdiaire de constater la prsence
d'un courant continu, quelque faible qu'il puisse tre. J'y ai russi
en employant un artifice trs-simple. Je lance dans le tlphone le
courant suppos, et, pour obtenir des variations, j'interromps
mcaniquement ce courant par le diapason. Si aucun courant ne traverse
le tlphone, l'instrument reste muet. Si, au contraire, le plus
faible courant existe, le tlphone vibre  l'unisson du diapason.

M. le professeur Eick, de Wurtzbourg, a aussi employ le tlphone
pour des recherches physiologiques, mais en suivant une voie
prcisment contraire  celle explore par M. d'Arsonval. Il a reconnu
qu'en mettant les nerfs d'une grenouille en rapport avec un
tlphone, on les contractait d'une manire nergique aussitt qu'on
parlait dans l'appareil, et l'nergie des contractions dpendait
surtout de la nature des mots prononcs; ainsi, il a constat que les
voyelles _a_, _e_, _i_ ne produisaient presque pas d'effet, tandis que
l'_o_ et surtout l'_u_ en dterminaient un trs-nergique. Les mots
_liege-still_ prononcs  haute voix ne produisent qu'une trs-faible
action, tandis que le mot _tucker_, mme prononc  voix basse,
agitait fortement la grenouille. Ces expriences, qui rappellent
celles de Galvani, taient naturellement bases sur les effets
produits par les courants induits dvelopps dans le tlphone, et
prouvent que si cet instrument est un galvanoscope plus sensible que
le nerf d'une grenouille, celui-ci est plus impressionnable que nos
galvanomtres les plus perfectionns.


=Expriences de M. Demoget.=--Pour comparer l'intensit des sons
transmis par le tlphone avec l'intensit du son primitif, M. Demoget
a dispos dans une plaine dcouverte deux tlphones. Il tenait 
l'oreille le premier, tandis qu'un aide s'loignait de lui, en
rptant sans cesse la mme syllabe avec la mme intensit de voix
dans le deuxime instrument. Il entendait d'abord le son transmis par
le tlphone, puis ensuite le son qui arrivait directement, en sorte
que rien n'tait plus facile que de comparer. Or, voici les rsultats
qu'il a obtenus.

 quatre-vingt-dix mtres, les intensits perues taient gales, la
plaque vibrante tant loigne du tympan d'environ cinq centimtres. 
ce moment, le rapport des intensits tait donc de 25  81.000.000.
En d'autres termes, le son transmis par le tlphone n'tait que
1/3.000.000 du son mis. Mais comme les stations dans lesquelles on
oprait ne pouvaient tre considres comme deux points vibrant
librement dans l'espace, il y avait lieu, dit M. Demoget, de rduire
ce rapport de moiti,  cause de l'influence du sol, et d'admettre que
le son transmis par le tlphone tait 1.500.000 fois plus faible que
celui mis par la voix.

Comme, d'autre part, on sait que l'intensit de deux sons est
proportionnelle au carr de l'amplitude des vibrations, on peut en
conclure que les vibrations des deux plaques des tlphones taient
directement proportionnelles aux distances, c'est--dire, comme 5 est
 9.000, ou que les vibrations du tlphone transmetteur taient
dix-huit cents fois plus grandes que celles du tlphone rcepteur. On
peut donc comparer celles-ci  des vibrations molculaires, car celles
du tlphone transmetteur ont dj une amplitude trs-petite.

Sans diminuer en rien le mrite de la remarquable invention de Bell,
continue M. Demoget, on peut conclure de ce qui prcde que le
tlphone, au point de vue du rendement, est une machine qui laisse
bien  dsirer, puisqu'elle ne transmet que la dix-huit centime
partie du travail primitif, et que si cet instrument a donn des
rsultats si inattendus, cela tient bien plus  la perfection de
l'organe de l'oue qu' la perfection de l'instrument lui-mme.

M. Demoget attribue cette dperdition du travail produit dans le
tlphone, surtout aux huit transformations successives que subit le
son avant d'arriver  l'oreille, sans parler de celle qui est due  la
rsistance lectrique de la ligne et qui,  elle seule, peut absorber
toute l'nergie.

Pour se rendre compte de la force des courants induits qui actionnent
un tlphone, M. Demoget a cherch  les comparer  des courants d'une
intensit connue, produisant des vibrations de mme nature et de mme
force, et pour cela il a mis  contribution deux tlphones A et B en
communication au moyen d'une ligne de 20 mtres de longueur. Prs de
la plaque vibrante du tlphone A, il a appuy lgrement une petite
lime sur laquelle on frottait avec une lame mtallique; le bruit ainsi
produit, tait naturellement transmis par le tlphone B avec une
certaine intensit qu'on pouvait apprcier. Il a ensuite remplac le
tlphone A par une pile, et la lime tait introduite dans le circuit
en la reliant  l'un des ples. Le courant ne pouvait tre ferm qu'en
frottant la lime au moyen de la lame de ressort mise en communication
avec l'autre extrmit du circuit. Mais on pouvait obtenir ainsi des
courants interrompus qui, en faisant vibrer le tlphone B,
produisaient un bruit dont l'intensit variait avec la force du
courant de la pile. En cherchant l'intensit lectrique capable de
fournir de cette manire un son quivalant  celui produit par le
tlphone A, M. Demoget a reconnu qu'elle correspondait  celle que
fournit une petite pile thermo-lectrique constitue par un fil de fer
et un fil de cuivre de deux millimtres de diamtre, aplatis  leur
extrmit et souds  l'tain; le faible courant rsultant de cette
pile ne faisait dvier que de deux degrs un galvanomtre  fil court.

Cette estimation ne nous parat pas toutefois runir assez de
conditions d'exactitude pour qu'on puisse en dduire le degr de
sensibilit du tlphone, sensibilit qui, d'aprs les expriences de
MM. Warren de la Rue, Brough, Peirce, est infiniment plus grande. M.
Warren de la Rue, en effet, comme on l'a dj vu, a reconnu au moyen
du galvanomtre de Thomson, et en ramenant  la dviation fournie sur
l'chelle de ce galvanomtre celle dtermine par un lment Daniell
traversant un circuit complt par un Rhostat, que les courants mis
par un tlphone ordinaire de Bell sont quivalents  celui d'un
lment Daniell traversant 100 megohms de rsistance, c'est--dire dix
millions de kilomtres de fil tlgraphique. Suivant M. Brough, le
directeur des tlgraphes de l'Inde, le plus fort courant qui,  un
moment donn, fait fonctionner le tlphone Bell, n'excde pas
1/1.000.000.000 de l'unit de courant, c'est--dire, de un Weber, et
le courant qui fait agir les relais dans l'Inde a 400 000 fois cette
force. Enfin, le professeur Peirce, de Boston, compare les effets du
courant tlphonique  ceux qui seraient produits par une source
lectrique dont la force lectro-motrice serait la 1/200.000 partie
d'un volt, ou de celle d'un lment Daniell. Du reste, comme l'observe
M. Peirce, il est difficile de fixer un chiffre exact pour estimer la
valeur relle de ces sortes de courants, car elle est essentiellement
variable suivant l'intensit des sons produits sur le tlphone
transmetteur; mais on peut affirmer qu'elle est moindre que la
1/1.000.000 partie du courant employ ordinairement pour faire
fonctionner les appareils tlgraphiques sur les lignes.


=Expriences de M. Hellesen, de Copenhague.=--Pour se rendre compte
des effets rciproques produits par les diffrentes parties d'un
tlphone, M. Hellesen a construit des tlphones de mmes dimensions
avec trois dispositions diffrentes et inverses les unes des autres.
Il en a d'abord tabli une dans les conditions ordinaires, puis une
autre dans les conditions du premier systme de Bell, c'est--dire, en
employant pour lame vibrante une membrane portant  son centre une
petite armature de fer, et enfin la troisime disposition mettait 
contribution un aimant cylindrique creux,  l'un des ples duquel
tait fixe la lame vibrante, laquelle pouvait se mouvoir devant une
spirale plate en limaon, prsentant le mme nombre de spires que les
deux autres hlices. Dans cette dernire disposition, les courants
induits rsultant des vibrations de la voix pouvaient tre assimils 
ceux qui seraient la consquence du rapprochement et de l'loignement
de deux spirales parallles, dont une serait parcourue par un courant.
Or, de ces trois dispositions, c'est celle qui a t adopte par Bell,
qui a fourni les meilleurs effets, et c'est un rsultat rellement
bien rare dans l'histoire des dcouvertes, qu'un inventeur soit arriv
du premier coup  la meilleure disposition  donner  son instrument.


=Expriences de M. Zetzche.= Il est toujours un certain noyau
d'esprits de travers qui veulent nier l'vidence, le plus souvent pour
faire acte de contradiction, et qui croient ainsi diminuer
l'importance d'une dcouverte dont le retentissement les exaspre. Le
tlphone et le phonographe ont t l'objet de ces critiques de
mauvais aloi. Ne s'est-on pas avis de dire que l'action lectrique
n'entrait pour rien dans les effets produits par le tlphone, et
qu'il fonctionnait toujours sous l'influence de vibrations mcaniques
transmises par le fil conducteur, absolument comme cela a lieu dans
les tlphones  ficelle!!.. On a eu beau dmontrer  ces esprits
aviss que quand l'un des fils du circuit tait interrompu, aucun son
n'tait produit, cette dmonstration ne leur a pas suffi, et pour
dtruire toute objection de leur part, M. Zetzche a fait des
expriences dans lesquelles il a dmontr, par le mode mme de la
propagation du son, que l'ide d'attribuer le son produit dans un
tlphone  une vibration mcanique est tout simplement absurde. Voici
en effet ce qu'il dit  cet gard dans un article insr dans le
_Journal tlgraphique_ de Berne du 25 janvier 1878.

La correspondance par tlphone entre Leipzig et Dresde a fourni une
nouvelle preuve que c'est bien par les courants lectriques et non par
la propagation purement mcanique des sons que se reproduisent les
mots  la station de rception. La vitesse de propagation du son dans
le fer (pour les ondulations longitudinales), pouvant tre value  5
kilomtres par seconde, le son devrait parcourir la distance de
Leipzig  Dresde en 115/5 c'est--dire en 23 secondes. Jusqu'
l'arrive de la rponse il devrait s'couler au moins autant de
secondes. Par consquent, dans chaque changement de direction de la
correspondance, il devrait donc intervenir un intervalle de plus de
3/4 de minute, ce qui n'est point du tout le cas.


=Exprience que tout le monde peut faire.=--Nous terminerons ce
chapitre consacr  l'expos des diverses expriences faites avec le
tlphone, par l'indication d'une exprience curieuse qui, bien que
trs-facile  rpter, n'a t signale qu'il y a quelques mois par
les journaux de Pennsylvanie. Il s'agit de la transmission de la
parole par un tlphone simplement appliqu sur l'une des parties du
corps humain voisines de la poitrine. On a mme prtendu que toutes
les parties du corps pouvaient produire ce rsultat; mais dans les
expriences que j'ai faites je n'ai pu russir que quand le tlphone
tait fortement appliqu sur ma poitrine. Dans ces conditions, et 
travers mme mes vtements, j'ai pu me faire entendre, mais en parlant
 voix trs-haute, ce qui ferait supposer que le corps de l'homme
participe tout entier aux vibrations provoques par la voix. Dans ce
cas, les vibrations sont transmises mcaniquement au diaphragme du
tlphone transmetteur, non plus par l'air mais par le corps lui-mme
agissant sur la coque du tlphone.




LE MICROPHONE.


Le microphone n'est en ralit qu'un transmetteur de tlphone  pile,
mais avec des caractres tellement particuliers qu'il constitue par le
fait une invention originale qui mritait bien d'tre dsigne sous un
nom particulier. Dans ces derniers temps il s'est lev,  l'occasion
de cette invention, entre M. Hughes, son auteur, et M. Edison,
l'inventeur du tlphone  charbon et du phonographe, une contestation
regrettable que les journaux ont envenime et qui n'avait pas
rellement sa raison d'tre; car, en dfinitive si le principe
physique du microphone peut paratre le mme que celui du transmetteur
tlphonique  charbon de M. Edison, sa disposition est tout  fait
diffrente, la manire d'agir sur lui n'est pas la mme, et les effets
qu'on lui demande gnralement sont d'une toute autre nature. C'est
plus qu'il n'en faut pour constituer une invention nouvelle.
D'ailleurs si on voulait bien examiner  fond le principe mme de
l'instrument, on pourrait s'tonner des prtentions que M. Edison a
leves. En effet M. Edison ne peut pas rclamer comme lui appartenant
la dcouverte de la proprit que possdent certains corps
mdiocrement conducteurs d'avoir leur conductibilit modifie par la
pression. J'ai fait ds l'anne 1856 et  diverses autres poques, par
exemple en 1864, 1872, 1875, de nombreuses expriences  cet gard,
qui sont consignes dans le tome I de la seconde dition de mon expos
des applications de l'lectricit, p. 246[21] et dans plusieurs notes
prsentes  l'Acadmie des sciences et insres aux comptes rendus.
D'un autre ct, M. Clrac s'tait servi en 1865 d'un tube muni de
plombagine avec une lectrode mobile pour produire des rsistances
variables dans un circuit tlgraphique. D'ailleurs, dans le
transmetteur tlphonique de M. Edison, le disque de charbon doit
tre, comme on l'a vu, soumis  une certaine pression initiale afin
que le courant ne soit pas interrompu par suite des vibrations de la
lame contre laquelle il appuie, et il en rsulte que les modifications
de rsistance du circuit qui donnent lieu aux sons articuls, ne sont
produites que par des augmentations ou des diminutions plus ou moins
grandes de pression, c'est--dire par des actions diffrentielles. Or
nous allons voir  l'instant qu'il n'en est pas de mme pour le
microphone. D'abord, dans ce dernier appareil, le contact du charbon
s'effectue sur d'autres charbons et non avec des disques de platine,
et ces contacts sont multiples; en second lieu, la pression exerce
sur tous les points de contact est excessivement lgre, ce qui fait
qu'on peut faire varier les rsistances dans un rapport infiniment
plus grand que dans le systme de M. Edison, et c'est prcisment ce
qui permet d'amplifier les sons; en troisime lieu on peut employer
d'autres corps que le charbon pour constituer un microphone; enfin
pour faire agir le microphone, il n'est pas besoin de lame vibrante;
le simple intermdiaire de l'air suffit, et c'est ce qui permet de
faire fonctionner cet appareil  une distance assez grande de lui.
Nous ne voyons donc pas de raisons qui aient pu motiver la rclamation
de M. Edison et surtout les termes dont il s'est servi  l'gard de
MM. Preece et Hughes qui sont des hommes considrables dans la science
et trs-respectables sous tous les rapports. Nous regrettons, je le
rpte encore, cette triste sortie de M. Edison qui ne peut que lui
faire du tort, et qui n'est pas digne d'un inventeur de sa taille. Si
maintenant envisageant la question sous un autre aspect, nous
demandions  M. Edison pourquoi, puisqu'il a invent le microphone,
n'en a-t-il pas fait connatre les proprits et les rsultats?...
Quelle rponse pourrait-il faire? Il fallait pourtant que ces
rsultats fussent bien saisissants puisque le microphone est devenu en
peu de jours l'objet de la proccupation du monde entier; or il est
vident pour nous qu'avec le gnie perspicace du clbre inventeur
Amricain il aurait fait valoir cette dcouverte s'il l'et faite
rellement, et il en aurait videmment tir parti. Ce qui peut
justifier la rclamation de M. Edison, c'est que, n'tant pas au
courant des dcouvertes purement scientifiques faites en Europe, il a
cru que son invention rsidait toute entire dans le principe sur
lequel elle repose et qu'il croyait avoir dcouvert.

         [Note 21: Voici textuellement ce que j'en dis dans cet
         ouvrage: Une chose curieuse  constater et qui parat tre,
         au premier abord, en contradiction avec la thorie que l'on
         s'est faite de l'lectricit, c'est que la plus ou moins
         grande pression exerce entre les pices de contact des
         interrupteurs influe considrablement sur l'intensit des
         courants qui les traverse. Cela tient souvent  ce que les
         mtaux ne sont pas toujours dans un tat parfait de dcapage
         au point de contact, mais peut-tre aussi  une cause
         physique encore mal apprcie. Ce qui est certain, c'est que
         dans les interrupteurs o la pice mobile de contact est
         sollicite par une force extrmement minime, le courant
         prouve souvent des affaiblissements assez notables pour
         faire manquer la raction lectrique qu'on attend d'eux.]

Dans l'appareil de M. Hughes, que nous tudions en ce moment, les
sons, au lieu d'arriver trs-affaiblis  la station de rception,
comme cela a lieu avec les tlphones ordinaires, mme avec celui de
M. Edison, y sont comme je l'ai dj dit, le plus souvent reproduits
avec une amplification notable, et de l le nom de _microphone_ que M.
Hughes a donn  ce systme tlphonique; on peut par consquent
l'employer  rvler des sons trs-faibles. Cependant nous devons le
dire ds  prsent, cette amplification n'existe rellement que quand
ces sons rsultent de vibrations transmises mcaniquement  l'appareil
transmetteur par des corps solides. Les sons propags par l'air sont
sans doute un peu plus intenses qu'avec le systme ordinaire, mais ils
le sont moins que ceux qui leur donnent naissance, et, en consquence,
on ne peut pas dire dans ce cas que le microphone agit par rapport aux
sons comme le microscope le fait par rapport aux objets clairs par
la lumire. Il est vrai qu'avec ce systme on peut parler de loin dans
l'appareil, et j'ai pu mme transmettre de cette manire une
conversation  voix leve tant plac  huit mtres du microphone.
J'ai pu encore parler  voix basse prs de ce dernier et me faire
entendre parfaitement dans l'appareil rcepteur, et mme faire arriver
les sons  une distance de dix  quinze centimtres de l'embouchure du
tlphone rcepteur, en levant un peu la voix; mais l'amplification
du son n'est rellement bien manifeste que quand celui-ci rsulte
d'une action mcanique transmise au support de l'appareil. Ainsi les
pas d'une mouche marchant sur ce support s'entendent parfaitement et
vous donnent la sensation du pitinement d'un cheval, le cri mme de
la mouche, surtout son cri de mort devient, suivant M. Hughes,
perceptible; le frlement d'une barbe de plume ou d'une toffe sur la
planche de l'appareil, bruits compltement imperceptibles  l'audition
directe, s'entendent d'une manire marque dans le tlphone. Il en
est de mme des battements d'une montre pose sur le support de
l'appareil, que l'on entend mme  dix ou quinze centimtres du
rcepteur. Une petite bote  musique place sur l'instrument donne
des sons tellement forts par suite des trpidations qui l'agitent,
qu'il est impossible de distinguer les sons, et pour les percevoir, il
faut disposer la bote prs de l'appareil sans qu'elle soit en contact
avec aucune de ses parties constituantes. C'est alors par les
vibrations de l'air que l'appareil est impressionn, et les sons
transmis sont plus faibles que ceux que l'on entend prs de la bote.
En revanche les vibrations dtermines par le balancier d'une pendule
mise en communication par une tige mtallique avec le support de
l'appareil, s'entendent admirablement, et on peut mme les distinguer
quand cette liaison est effectue par l'intermdiaire d'un fil de
cuivre. Un courant d'air projet sur le systme donne la sensation
d'un coulement liquide peru dans le lointain. Enfin les trpidations
causes par le passage d'une voiture dans la rue se traduisent par des
bruits crpitants trs-intenses qui se combinent  ceux d'une montre
que l'on coute et qui souvent prdominent.


=Diffrents systmes de microphones.=--Le microphone a t combin de
plusieurs manires, mais la disposition qui a donn  l'instrument le
plus de sensibilit est celle que nous reprsentons fig. 36. Dans ce
systme, on adapte l'un au-dessus de l'autre sur un prisme vertical de
bois M, deux petits cubes de charbon A, B, dans lesquels sont percs
deux trous servant de crapaudines  un crayon de charbon C en forme de
fuse, c'est--dire avec des pointes mousses par les deux bouts, et
d'une longueur d'environ quatre centimtres; il ne faut pas qu'il soit
trop grand afin d'avoir peu d'inertie. Ce crayon appuie par une de ses
extrmits dans le trou du charbon infrieur et doit ballotter dans le
trou suprieur qui ne fait que le maintenir dans une position plus ou
moins rapproche de celle de l'quilibre instable, c'est--dire de la
verticale. En imprgnant ces charbons de mercure par leur immersion 
la temprature rouge dans un bain de mercure, les effets, suivant M.
Hughes, sont meilleurs, mais ils peuvent trs-bien se produire sans
cela. Les deux cubes de charbon sont d'ailleurs munis de contacts
mtalliques qui permettent de les mettre en rapport avec le circuit
d'un tlphone ordinaire, dans lequel est interpose une pile
Leclanch de 1 ou 2 lments ou mieux de 3 lments Daniell avec une
rsistance additionnelle intercale dans le circuit.

Pour faire usage de l'appareil, on le place avec la planche qui lui
sert de support sur une table en ayant soin d'interposer entre cette
planche et la table, pour amortir les vibrations trangres, plusieurs
doubles d'toffe disposs de manire  former coussin ou, ce qui est
mieux, une bande de ouate ou deux tubes de caoutchouc; alors il suffit
de parler devant le systme, pour qu'aussitt la parole soit
reproduite dans le tlphone, et si l'on place sur la planche support
la montre dont il a t question ou une bote dans laquelle est
renferme une mouche, tous ses mouvements sont entendus. L'appareil
est si sensible que c'est  voix peu leve que la parole s'entend le
mieux, et on peut, comme je l'ai dj dit, l'entendre en parlant 
une distance de huit mtres du microphone. Toutefois, quelques
prcautions doivent tre prises pour obtenir les meilleurs rsultats
avec ce systme, et, en outre des coussins que l'on place sous
l'appareil, pour le soustraire aux vibrations trangres qui
pourraient rsulter de mouvements insolites communiqus  la table, il
faut encore rgler la position du crayon de charbon. Celui-ci doit en
effet toujours appuyer en un point du rebord du trou suprieur, mais
comme le contact peut tre plus ou moins bon, l'exprience seule peut
indiquer la meilleure position  lui donner, et pour la trouver on
peut employer avantageusement le moyen de la montre. On met alors le
tlphone  l'oreille et on place le crayon dans diverses positions
jusqu' ce qu'on ait trouv celle donnant les effets maxima. Pour
viter ce rglage, qui, avec la disposition prcdente, doit tre
souvent rpt, MM. Chardin et Berjot, qui construisent habilement ce
modle de tlphone, lui ont ajout une petite lame de ressort dont la
pression peut tre rgle et qui appuie contre le charbon vertical
lui-mme. Ce systme est trs-bon.

M. Gaiffe de son ct a donn une forme plus lgante  l'appareil en
le construisant comme un appareil de physique. La figure 37 reprsente
l'un des deux modles qu'il a combins. Dans ce modle, les cubes ou
ds de charbon A et B sont soutenus par des porte-charbons
mtalliques, dont l'un, E, le suprieur, est mobile sur une colonne de
cuivre G et peut tre plac dans telle position qu'il convient 
l'aide d'une vis de pression V. On peut de cette manire incliner plus
ou moins le crayon de charbon et augmenter  volont la pression
qu'il exerce sur le charbon suprieur. Quand le crayon est vertical,
l'appareil transmet difficilement les sons articuls, en raison de
l'instabilit du point de contact, et des bruissements de toute nature
se font entendre; quand il est trop inclin, les sons sont plus purs
et plus distincts, mais l'appareil est moins sensible. Il est un degr
d'inclinaison qui doit tre recherch, et l'exprience l'indique
facilement. Dans un autre modle, M. Gaiffe substitue au crayon de
charbon une lame carre et trs-mince de la mme matire, taille en
biseau sur ses cts infrieur et suprieur et pivotant dans une
rainure pratique dans le charbon infrieur. Cette lame ne fait
qu'appuyer contre le charbon suprieur sous une lgre inclinaison, et
dans ces conditions il transmet beaucoup plus fortement et plus
distinctement la parole.

Je dois encore parler d'une autre disposition combine par le
capitaine du gnie Carette qui a donn pour les sons non articuls
d'excellents rsultats. Le charbon vertical a alors la forme d'une
poire et repose par son bout le plus gros dans un large trou fait dans
le charbon infrieur; son bout suprieur qui est pointu, vient
s'engager dans un petit trou pratiqu dans le charbon suprieur, mais
de manire  ne le toucher qu' peine, et une vis de rglage permet de
rapprocher plus ou moins ces deux charbons. Dans ces conditions, les
contacts sont si instables qu'un rien peut les supprimer, et alors les
variations dans l'intensit du courant transmis sont si fortes que
les sons produits par le tlphone peuvent s'entendre  plusieurs
mtres.

La figure 38 reprsente une autre disposition combine par M.
Ducretet. Les deux ds de charbon sont en D, D', le charbon mobile en
C, le tlphone en T et les boutons d'attache du circuit en B, B'. Un
dtail du dispositif des charbons se voit  gauche de l'appareil. Le
bras qui porte le charbon suprieur D est adapt  une tige munie d'un
plateau P'  surface rugueuse, et une petite cage C' en toile
mtallique que l'on pose sur ce plateau permet d'tudier les
mouvements d'insectes vivants.

Quand il s'agit de transmettre la parole assez fortement pour qu'un
tlphone puisse se faire entendre dans toute une salle, le microphone
doit avoir une disposition particulire, et la figure 39 reprsente
celle qui a donn  M. Hughes les meilleurs rsultats; il donne alors
 l'appareil le nom de _parleur_.

Sous cette nouvelle forme le charbon mobile appel  produire les
contacts variables est adapt en C,  l'extrmit d'une bascule
horizontale BA pivotant en son point milieu et convenablement
quilibre. Le support sur lequel cette bascule oscille est adapt 
l'extrmit d'une lame de ressort pour rendre l'appareil plus
susceptible de vibrer, et le charbon infrieur est plac en D
au-dessous du premier. Il est constitu par deux fragments superposs
afin d'augmenter la sensibilit de l'appareil, et nous avons
reprsent en E le fragment suprieur qui est soulev pour montrer
qu'on peut employer  volont un seul des deux charbons. Ce charbon E,
se trouve,  cet effet coll  une petite lame de papier fixe  la
planchette et qui sert d'articulation. Un ressort antagoniste R, dont
on peut rgler la tension au moyen d'une vis _t_, permet de rgler la
pression des deux charbons. M. Hughes recommande l'emploi de charbons
en sapin mtallis[22]. Le tout est ensuite recouvert d'une enveloppe
semi-cylindrique HIG en bois blanc, dont les parois sont trs-minces
surtout les deux bases, et on fixe le systme accompagn d'un autre
semblable dans une bote plate MJLI qui prsente du ct MI une
ouverture devant laquelle on parle, en ayant soin de placer la lvre
infrieure  deux centimtre du fond de la bote. Si les deux
microphones sont runis en quantit et si la pile employe se compose
de deux lments  bichromate de potasse, on agit assez fortement sur
le courant, pour que, passant  travers une bobine d'induction de six
centimtres seulement de longueur, il puisse faire parler un tlphone
du modle carr de Bell, de manire  tre entendu de tous les points
d'une salle. Il faut par exemple lui adapter un porte-voix de prs
d'un mtre de longueur. M. Hughes prtend que les sons produits dans
ces conditions sont  peu prs aussi levs que ceux du phonographe,
et M. W. Thomson m'a confirm ce fait.

         [Note 22: On obtient ces charbons en chauffant pendant 20
         minutes  une temprature qu'on lve successivement jusqu'au
         rouge blanc, des fragments de bois de sapin  fibres serres
         que l'on enferme dans une bote ou un tube de fer
         hermtiquement ferme.]

Le microphone peut tre aussi constitu par des fragments de charbon
entasss dans une bote entre deux lectrodes mtalliques, ou enferms
dans un tube avec deux lectrodes reprsentes par deux fragments de
charbon allongs. Dans ce dernier cas, les charbons doivent autant que
possible tre cylindriques, et ceux que construit M. Carr pour les
bougies Jablochkoff sont trs-bons pour cela. Nous reprsentons fig.
40 un appareil de ce genre que j'ai fait disposer en instrument par M.
Gaiffe, et qui peut, comme nous le verrons  l'instant, servir de
thermoscope. Cet instrument est reprsent fig. 41 et se compose d'un
tuyau de plume rempli de fragments de charbon, dont ceux qui occupent
les deux bouts sont monts dans des garnitures mtalliques. L'une de
ces garnitures se termine par une vis  large tte qui permet, au
moyen des supports A, B, de pousser plus ou moins les charbons dans le
tube et, par consquent, d'tablir un contact plus ou moins intime
entre les divers fragments de charbon. Quand cet appareil est
convenablement rgl, il suffit de parler au-dessus du tube pour que
la parole soit reproduite. C'est donc un microphone aussi bien qu'un
thermoscope. Une chose rellement curieuse que M. Hughes a remarque,
c'est que si on prononce sparment les diffrentes lettres de
l'alphabet devant cette sorte de microphone, on constate qu'il en est
qui se font beaucoup mieux entendre que d'autres, et ce sont
prcisment celles qui correspondent aux aspirations de la voix.

On peut encore obtenir un microphone de ce genre en remplaant les
fragments de charbon par des poussires plus ou moins conductrices,
des limailles mtalliques mme. J'ai dmontr, en effet, dans mon
mmoire sur la conductibilit des corps mdiocrement conducteurs, que
le pouvoir conducteur de ces poussires varie d'une manire
considrable avec la pression et avec la temprature, et comme le
microphone est fond sur les diffrences de conductibilit rsultant
des diffrences de pression, on comprend facilement que ce moyen
puisse tre employ comme organe de transmission tlphonique. Dans
une disposition rcente de ce systme, M. Hughes a agglomr ces
poussires avec une sorte de gomme, et il en a form un crayon
cylindrique qui, tant reli  deux lectrodes bonnes conductrices, a
pu fournir des effets analogues  ceux dont nous avons parl
prcdemment. Comme on l'a vu, toutes les limailles mtalliques
peuvent tre employes, mais M. Hughes donne la prfrence  la
poussire de charbon.

D'aprs M. Blyth, une bote plate d'environ quinze pouces sur neuf,
remplie de ces charbons chapps  la combustion que l'on appelle en
Angleterre _cinders gas_, et aux deux extrmits de laquelle sont
fixes deux lectrodes de fer-blanc, est une des meilleures
dispositions de microphones. Suivant lui, trois de ces appareils
suspendus comme des tableaux contre les murs d'une chambre auraient
suffi, sous l'influence d'un seul lment Leclanch, pour faire
entendre dans le tlphone tous les bruits produits dans la chambre,
et surtout les airs chants. M. Blyth prtend mme qu'on peut
construire un microphone capable de transmettre la parole avec un
simple charbon reli au fil du circuit par ses deux bouts, mais il
faut que ce charbon soit un cinder gas; un charbon de cornue pourvu de
pinces d'attache  ses deux extrmits, ne pourrait produire cet
effet.

L'un des effets les plus intressants de ces sortes de microphones,
c'est qu'ils peuvent fonctionner sans pile, du moins, si on les
dispose de manire  former eux-mmes l'lment voltaque, et pour
cela, il suffit de verser de l'eau sur les charbons. M. Blyth qui a
parl le premier de ce systme, n'indique pas nettement sa
disposition, et on peut supposer que son appareil n'tait autre que
celui que nous avons dcrit prcdemment, auquel il aurait ajout de
l'eau. J'ai rpt cette exprience en employant des lectrodes _zinc_
et _cuivre_ et des fragments un peu gros de charbon de cornue, et j'ai
parfaitement russi. J'ai, en effet, pu transmettre de cette manire,
non-seulement tous les sons de la montre et de la bote  musique,
mais encore la parole qui se trouvait mme souvent plus nettement
exprime qu'avec un microphone ordinaire, car on n'entendait pas les
crachements qui accompagnent souvent les transmissions tlphoniques
de ce dernier. M. Blyth prtend aussi que l'on peut obtenir de cette
manire la transmission des sons sans que l'appareil soit pourvu
d'eau; mais il croit que c'est  l'humidit de l'haleine de celui qui
parle qu'il faut attribuer ce rsultat. Il est certain qu'il ne faut
pas beaucoup d'humidit pour mettre en action un couple voltaque,
surtout quand on a pour appareil rvlateur un tlphone. Du reste le
microphone ordinaire peut tre lui-mme employ sans pile, si le
circuit dans lequel il est interpos est en communication avec le sol
par l'intermdiaire de plaques de terre; les courants telluriques qui
traversent alors le circuit sont suffisants pour que les battements
d'une montre pose sur le microphone soient parfaitement perceptibles.
M. Cauderay, de Lausanne, dans une note envoye  l'Acadmie des
sciences, le 8 juillet 1878, annonce qu'il a fait cette exprience sur
un fil tlgraphique runissant l'htel des Alpes  Montreux,  un
chalet situ  500 mtres de l, sur la colline.


=Le microphone employ comme organe parlant.=--Le microphone peut
non-seulement transmettre la parole, mais il peut encore dans
certaines conditions la reproduire et tre substitu par consquent au
tlphone rcepteur. Cette fois c'est  n'y rien comprendre, car c'est
seulement dans des variations d'intensit de courant qu'il faut
chercher une cause du mouvement vibratoire produit dans l'une des
parties du circuit lui-mme, et il n'y a plus alors  invoquer des
effets d'attraction et d'aimantation. Est-ce aux rpulsions
qu'exercent entre eux les lments contigus d'un mme courant qu'il
faut rapporter cette action? Ou bien faut-il la considrer comme tant
de la mme nature que celle qui fait mettre des sons  un fil de fer
lorsqu'il est travers par un courant interrompu? un courant
lectrique est-il lui-mme un mouvement vibratoire, comme l'admet M.
Hughes? Voil des questions auxquelles il est bien difficile de
rpondre dans l'tat actuel de la science; toujours est-il que le fait
existe, et ce sont MM. Hughes, Blyth et Robert, H. Courtenay et mme
M. Edison, qui, chacun de leur ct, viennent de le faire connatre;
moi-mme j'ai pu le vrifier dans les conditions exprimentales
indiques par M. Hughes, mais je n'ai pas t aussi heureux quand j'ai
voulu rpter les expriences de M. Blyth. Suivant ce savant il
suffirait, pour entendre la parole dans le microphone, d'employer le
modle  fragments de charbon dont nous avons parl prcdemment, d'y
joindre comme appareil transmetteur un second microphone du mme
genre, et d'introduire dans le circuit une pile de deux lments de
Grove. Alors si on parle au-dessus des charbons de l'un des
microphones, on devrait entendre distinctement la parole en approchant
l'oreille du second, et l'importance des sons ainsi reproduits serait
en rapport avec l'intensit de la source lectrique employe.
Toutefois, comme je le disais, je n'ai pu, en m'y prenant de cette
manire, entendre aucun son et encore moins la parole, et si d'autres
expriences ne m'avaient pas convaincu, j'aurais dout de
l'authenticit du fait annonc. Mais cette exprience ngative ne
prouve en dfinitif rien, car il est possible que je me sois plac
dans de mauvaises conditions, et que les _escarbilles_ que j'employais
ne fussent pas dans les mmes conditions que les _cinders gas_ de M.
Blyth.

Quant aux expriences de M. Hughes, je les ai rptes avec le
microphone de MM. Chardin et Berjot, reli avec celui de M. Gaiffe
employ comme transmetteur, et j'ai reconnu qu'avec une pile de quatre
lments Leclanch, seulement, tous les grattements effectus sur le
microphone de M. Gaiffe et mme les trpidations et les airs rsultant
du jeu d'une petite bote  musique place sur cet appareil, taient
reproduits, trs-faiblement il est vrai, dans le second microphone;
pour les percevoir il suffisait de coller l'oreille contre la
planchette verticale. La parole n'tait pas reproduite il est vrai,
mais M. Hughes m'en avait prvenu; l'appareil ainsi dispos n'tait
pas videmment assez sensible.

Pour reproduire la parole par ce systme et pour la transmettre, il
faut une autre disposition du microphone, et celle qui a donn les
meilleurs rsultats  M. Hughes est reprsente, vue en coupe, figure
42. C'est un peu le microphone parleur de M. Hughes, dispos
verticalement et dont le charbon fixe est coll au centre de la
membrane tendue d'un tlphone  ficelle. Le cornet de ce tlphone
est reprsent en A, la membrane en DD, et le charbon en question en
C; ce charbon est en sapin carbonis et mtallis ainsi que le double
charbon E qui est en contact avec lui et qui est adapt  l'extrmit
suprieure de la bascule GI. Le tout est renferm dans une petite
bote, et on rgle la pression exerce au contact des deux charbons au
moyen d'un ressort antagoniste R et d'une vis H. C'est alors le cornet
du tlphone qui sert de cornet acoustique, et c'est le parleur de M.
Hughes dcrit page 169 qui sert de transmetteur pour entendre. Inutile
de dire que deux appareils de ce genre sont placs aux deux bouts du
circuit, que les charbons sont relis aux deux ples d'une pile de
deux lments  bichromate de potasse ou de Bunsen ou de six lments
de Leclanch, et que les deux appareils sont relis par le fil de
ligne.

Dans ces conditions, une conversation peut tre change, mais les
sons sont toujours beaucoup moins accentus que dans le tlphone.

J'ai pu constater ce fait avec un appareil grossier apport
d'Angleterre par M. Hughes. MM. Berjot, Chardin et de Mritens qui
taient prsents aux expriences, ont pu comme moi parfaitement
entendre la parole, et j'ai depuis rpt moi-mme l'exprience avec
succs; mais elle ne russit pas toujours et, dans ses conditions
actuelles, l'appareil ne prsente d'importance qu'au point de vue
scientifique. On le construit chez MM. Chardin et Berjot.

On comprend facilement que l'appareil peut se passer de support, et la
petite bote forme alors le manche de l'instrument; les deux boutons
d'attache sont disposs dans ce cas au bout de ce manche, comme dans
un tlphone.

Les effets du microphone rcepteur expliquent les sons souvent
trs-intenses dtermins par les bougies Jablochkoff quand elles sont
actionnes par des machines magnto-lectriques. Ces sons vibrent
toujours  l'unisson de ceux mis par la machine elle-mme, et ceux-ci
proviennent, comme je l'ai dj dmontr, des aimantations et des
dsaimantations rapides des organes magntiques qui sont mis en jeu
par cette machine. Ces effets, remarqus par M. Marcel Deprez,
taient particulirement caractriss avec les premires machines de
M. de Mritens.


=Autres dispositions de microphones.=--Une disposition du genre de
celle que nous venons de dcrire a t employe par M. Carette pour
constituer un parleur microphone extrmement nergique; seulement au
lieu d'une membrane tendue, il emploie une plaque mtallique mince; il
colle l'un des charbons au centre de cette plaque et adapte devant lui
l'autre charbon qui est taill en pointe et port par un systme de
porte-charbon  vis de rglage au moyen duquel on peut rgler comme on
le veut la pression exerce entre les deux charbons. Avec cette
disposition, la parole peut tre entendue  distance du tlphone
rcepteur. Elle est, du reste, analogue  celle du transmetteur
tlphonique de M. Edison.

En excutant dans de grandes dimensions le systme reprsent, fig.
42, et formant le cornet AB avec un grand entonnoir en zinc de prs de
un mtre de longueur, M. de Mritens a pu parvenir  amplifier assez
les sons de la parole pour qu'une conversation faite  voix basse 
trois ou quatre mtres de cet instrument, ait t reproduite dans un
tlphone d'une manire plus sonore et plus distincte. L'appareil
tait plac sur le plancher de l'appartement, l'ouverture de
l'entonnoir en haut, et le tlphone tait dans les caves de la
maison.

On a du reste vari de mille manires la forme du microphone suivant
les applications auxquelles on veut l'appliquer. C'est ainsi que nous
voyons dans l'_English Mechanic and World of Science_, du 28 juin
1878, les dessins de plusieurs dispositions dont l'une est
spcialement applicable  l'audition des pas d'une mouche; c'est une
bote  la partie suprieure de laquelle est tendue une feuille de
papier vgtal; deux charbons spars par un petit morceau de bois et
mis en rapport avec les deux fils du circuit y sont colls, et un
troisime charbon allong, plac en croix sur les deux autres, se
trouve maintenu dans cette position par une rainure pratique dans
ceux-ci. Une pile trs-faible suffit pour faire fonctionner cet
appareil, et la mouche se promenant sur la feuille de papier dtermine
des vibrations assez fortes pour faire ragir nergiquement un
tlphone ordinaire. Il faut alors recouvrir l'appareil d'un globe de
verre. En plaant une montre sur la membrane et en ayant soin
d'appuyer son bouton sur le morceau de bois sparant les deux
charbons, le bruit de ses battements peut tre entendu dans toute une
salle. On peut encore, au lieu de l'arrangement de charbons dcrit
plus haut, employer deux cubes de charbon juxtaposs et spars
seulement par une carte  jouer. Une cavit semi-sphrique pratique 
la partie suprieure de cette masse entre les deux charbons et dans
laquelle on place quelques petites boules de charbon d'une grosseur
intermdiaire entre celle d'un pois et celle d'une graine de moutarde,
permet d'obtenir des contacts multiples excessivement mobiles et
minemment propres  des transmissions tlphoniques. Ces dispositions
ont t combines par M. T. Cuttriss.

Il est encore beaucoup d'autres dispositions de microphones imagines
par diffrents constructeurs et inventeurs qui donnent des rsultats
plus ou moins satisfaisants, telles sont celles de MM. Varey, Trouv,
Vercker, de Combettes, Loiseau, etc., etc., mais comme elles se
rapprochent plus ou moins des types que nous avons dj dcrits, nous
n'en parlerons pas davantage.


=Expriences faites avec le microphone.=--Il me reste maintenant 
indiquer les expriences intressantes qui ont conduit M. Hughes 
l'instrument remarquable dont nous venons de parler, et celles qui ont
t entreprises par d'autres savants, soit au point de vue
scientifique, soit au point de vue pratique.

Considrant que la lumire et la chaleur peuvent modifier la
conductibilit lectrique des corps, M. Hughes s'est demand si des
vibrations sonores transmises  un conducteur travers par un courant
ne modifieraient pas aussi cette conductibilit en provoquant des
contractions et des dilatations des molcules conductrices, qui
quivaudraient  des raccourcissements ou  des allongements du
conducteur ainsi impressionn. Si cette proprit existait rellement,
elle devrait permettre de transmettre les sons  distance, car de ces
variations de conductibilit devaient rsulter des variations
proportionnelles de l'intensit d'un courant agissant sur un
tlphone. L'exprience qu'il fit sur un fil mtallique tendu n'a pas
rpondu toutefois  son attente, et ce n'est que quand le fil dut
vibrer assez fortement pour se rompre, qu'il entendit un son au
moment de la rupture. En rejoignant les deux bouts du fil, un son se
produisit encore, et il reconnut bientt que pour en obtenir, il
suffisait d'un contact imparfait entre les deux bouts disjoints du
fil. Il devint ds lors manifeste, pour M. Hughes, que les effets
qu'il prvoyait ne pouvaient se produire qu'avec un conducteur divis,
et par suite de contacts imparfaits.

Il rechercha alors quel tait le degr de pression le plus convenable
 exercer entre les deux bouts rapprochs du fil pour obtenir le
maximum d'effet, et pour cela il effectua cette pression  l'aide de
poids. Il reconnut que, quand elle tait lgre et qu'elle ne
dpassait pas celle d'une once par pouce carr, au point de jonction,
les sons taient reproduits distinctement, mais d'une manire un peu
imparfaite; en modifiant les conditions de l'exprience, il put
s'assurer bientt qu'il n'tait pas ncessaire, pour obtenir ce
rsultat, que les fils fussent runis bout  bout, et qu'ils pouvaient
tre placs cte  cte sur une planche ou mme spars (mais avec
addition d'un conducteur pos en croix sur eux), pourvu que les mtaux
en contact fussent du fer et qu'une pression lgre et constante pt
les runir mtalliquement. L'exprience fut faite avec trois pointes
de Paris disposes comme on le voit fig. 43, et elle a t rpte
depuis, dans de meilleures conditions par M. Willoughby-Smith, avec
trois limes dites queues-de-rat qui permirent de transmettre le bruit
d'une faible respiration[23].

         [Note 23: M. Willoughby-Smith a vari encore cette
         exprience en plaant sur les bouts disjoints du circuit
         qu'il disposait angulairement l'un par rapport  l'autre, un
         paquet de fils de soie cuivrs. Dans ces conditions,
         l'appareil devenait tellement sensible, que le courant d'air
         rsultant d'une lampe place au-dessous du systme,
         dterminait un crpitement trs-accentu dans le tlphone.]

Il essaya ensuite diffrentes combinaisons de ce genre prsentant
plusieurs solutions de continuit, et une chane d'acier lui fournit
d'assez bons rsultats; mais les lgres inflexions, c'est--dire le
timbre de la voix, manquaient, et il dut chercher d'autres
dispositions. Il essaya d'abord d'introduire aux points de contacts
des poudres mtalliques; la poudre de zinc et d'tain connue dans le
commerce sous le nom de _bronze blanc_, amliora beaucoup les effets
obtenus; mais ils n'taient pas stables  cause de l'oxydation des
contacts, et c'est en essayant de rsoudre cette difficult, ainsi
qu'en cherchant la disposition la plus simple pour obtenir une
pression lgre et constante sur ces contacts, que M. Hughes fut
conduit  la disposition des charbons mercuriss dcrite
prcdemment[24], laquelle donna les effets maxima.

         [Note 24: Voici ce que dit M. Hughes, relativement 
         cette disposition: Le charbon, en raison de son
         inoxydabilit, est un corps prcieux pour ce genre
         d'applications. En y alliant le mercure, les effets sont
         beaucoup meilleurs. Je prends pour cela le charbon employ
         par les artistes pour leurs dessins, je le chauffe
         graduellement au blanc, et le plongeant ensuite tout d'un
         coup dans le mercure, ce mtal s'introduit instantanment en
         globules dans les pores du charbon et le mtallise pour ainsi
         dire. J'ai essay aussi du charbon recouvert d'un dpt de
         platine ou imprgn de chlorure de platine, mais je n'ai pas
         eu un effet suprieur  celui que j'obtenais par le moyen
         prcdent. Le charbon de sapin chauff  blanc dans un tube
         de fer contenant de l'tain et du zinc ou tout autre mtal
         s'vaporant facilement, se trouve galement mtallis, et il
         est dans de bonnes conditions si le mtal est  l'tat de
         grande division dans les pores de ce corps, ou s'il n'entre
         pas en combinaison avec lui. Le fer, introduit de cette
         manire dans le charbon, est un des mtaux qui m'a donn les
         meilleurs effets. Le charbon de sapin, quoique mauvais
         conducteur, acquiert de cette manire un grand pouvoir
         conducteur.]

L'importance de l'effet obtenu dans le microphone dpend du reste,
d'aprs M. Hughes, du nombre et de la perfection des contacts, et
c'est sans doute pour cela que certaines positions du crayon, dans
l'appareil qui a t dcrit plus haut, sont plus favorables que
d'autres.

Pour concilier les rsultats de ses expriences avec les ides qu'il
s'tait faites, M. Hughes pensa que si les diffrences de rsistance
provenant des vibrations du conducteur n'taient pas produites quand
ce conducteur tait entier, c'est que les mouvements molculaires se
trouvaient arrts par des rsistances latrales gales et contraires,
mais qu'il suffisait qu'une de ces rsistances n'existt pas pour que
le mouvement molculaire put se dvelopper librement. Or un mauvais
contact quivalait, selon lui,  la suppression de l'une de ces
rsistances, et du moment o ce mouvement pouvait se produire, les
dilatations et contractions molculaires qui taient la consquence
des vibrations, devaient correspondre  des accroissements ou  des
affaiblissements de rsistance du circuit. Nous ne suivrons pas
davantage M. Hughes dans cette thorie, qui serait assez longue 
dvelopper, et nous allons continuer notre examen des diffrentes
proprits du microphone[25].

         [Note 25: Suivant M. Hughes, les vibrations qui affectent
         le microphone, mme quand on parle  distance de
         l'instrument, ne proviendraient pas de l'action directe des
         ondes sonores sur les contacts du microphone, mais des
         vibrations molculaires dtermines par elles sur la planche
         servant de support  l'appareil; il montre, en effet, que
         plus cette planche prsente de surface, plus les sons
         produits par le microphone sont intenses, et qu'en enfermant
         le microphone de son parleur dans une enveloppe cylindrique,
         il ne diminue pas beaucoup la sensibilit, si la bote qui
         renferme le tout prsente une certaine surface. C'est pour
         augmenter encore,  ce point de vue, la sensibilit de ses
         appareils, qu'il adapte la monture sur laquelle pivote la
         pice mobile du parleur et du rcepteur microphonique sur une
         lame de ressort.]

Le charbon, comme nous l'avons dj dit, n'est pas la seule substance
qu'on peut employer  composer l'organe sensible de ce systme de
transmetteur, M. Hughes a essay d'autres substances et mme des corps
trs-conducteurs, tels que les mtaux. Le fer lui a donn d'assez bons
rsultats, et l'effet produit par des surfaces de platine dans un
grand tat de division a t gal, sinon suprieur,  celui fourni par
le charbon mercuris. Toutefois, comme avec ce mtal on rencontre plus
de difficults dans la construction des appareils, il donne la
prfrence au charbon qui, comme lui, jouit de l'avantage de
l'inoxydabilit.

Nous avons dit en commenant que le microphone pouvait tre employ
comme thermoscope: mais il doit avoir alors la disposition
particulire que nous avons reprsente fig. 40. Dans ces conditions,
la chaleur, en ragissant sur la conductibilit de ces contacts, peut
faire varier dans de si grandes proportions la rsistance du circuit,
qu'en approchant la main du tube, on peut annuler le courant de trois
lments Daniell. Il suffit, pour apprcier l'intensit relative de
diffrentes sources de chaleur, exposes devant l'appareil,
d'introduire dans le circuit des deux lectrodes A et B, fig. 40, une
pile P de un ou deux lments Daniell et un galvanomtre un peu
sensible G. Un galvanomtre de cent vingt tours est suffisant pour
cela. Quand la dviation diminue, c'est que la source calorifique est
suprieure  la temprature ambiante; quand elle augmente c'est
qu'elle est infrieure. Les effets rsultant de l'intervention du
soleil et de l'ombre se traduisent sur cet appareil, dit M. Hughes,
par des variations considrables dans les dviations du galvanomtre.
Il est mme impossible de le tenir en repos, tant il est sensible aux
moindres variations de la temprature.

J'ai rpt avec un seul lment Leclanch, les expriences de M.
Hughes et j'ai pour cela, employ un tuyau de plume rempli de cinq
fragments de charbon, provenant d'un des charbons cylindriques de
petit diamtre que fabrique M. Carr pour la lumire lectrique. J'ai
bien obtenu les rsultats qu'il indique; mais je dois dire que
l'exprience est assez dlicate. En effet, quand les fragments de
charbon sont trop serrs les uns contre les autres, le courant passe
avec trop de force pour que les effets calorifiques puissent faire
varier la dviation galvanomtrique; quand ils sont trop peu serrs,
le courant ne passe pas. Il est donc un degr moyen de serrage qui
doit tre effectu pour que les expriences russissent, et quand il
est obtenu, on observe en approchant la main du tube, qu'une dviation
qui tait de 90 diminue au bout de quelques secondes et semble tre
en rapport avec le rapprochement plus ou moins grand de la main. Mais
c'est l'haleine qui produit les effets les plus marqus, et je ne
serais pas loign de croire que les dviations plus ou moins grandes
que provoquent les missions des sons articuls quand on prononce
sparment les diffrentes lettres de l'alphabet, proviendraient d'une
mission plus ou moins grande et plus ou moins directe des gaz
chauffs sortant de la poitrine. Ce qui est certain, c'est que ce
sont les lettres qui provoquent les sons les plus accentus telles
que, A, F, H, I, K, L, M, N, O, P, R, S, W, Y, Z, qui dterminent les
plus fortes dviations de l'aiguille galvanomtrique.

Dans mon mmoire sur la conductibilit des corps mdiocrement
conducteurs, j'avais dj signal cet effet de la chaleur sur les
corps diviss, et j'avais de plus montr que, aprs une certaine
dviation rtrograde qui se produisait toujours au premier moment, il
se manifestait un mouvement en sens inverse de l'aiguille
galvanomtrique qui accusait, au bout de quelques instants de
chauffage, une dviation bien suprieure  celle indique
primitivement.

Dans une note publie dans le _Scientific American_ du 22 juin 1878,
M. Edison donne quelques dtails intressants sur l'application de
son systme de transmetteur tlphonique  la mesure des pressions,
des dilatations et autres forces capables de faire varier la
rsistance du disque de charbon de cet appareil par suite d'une
compression plus ou moins forte. Comme les expriences qu'il fit  ce
sujet remontent au mois de dcembre 1877, il en conclut encore qu'il a
la priorit de l'invention du microphone employ comme thermoscope;
mais nous devons lui faire observer que, d'aprs la manire dont M.
Hughes a dispos son appareil, l'effet produit par la chaleur est
prcisment inverse de celui qu'il signale. En effet, dans le
dispositif adopt par M. Edison, la chaleur agit par une augmentation
de conductibilit qu'acquiert le charbon sous l'influence d'une
augmentation de pression dtermine par la dilatation d'un corps
sensible  la chaleur; dans le systme de M. Hughes, la chaleur
provoque un effet diamtralement oppos, parce qu'elle n'agit alors
que sur des contacts et non par effet de pression. Aussi la rsistance
du microphone thermoscope se trouve augmente sous l'influence de la
chaleur au lieu d'tre diminue. Cet effet diffrent tient  la
division du corps mdiocrement conducteur, et j'ai dmontr que, dans
ces conditions, ces corps, quand ils ne sont chauffs que faiblement,
dterminent toujours un affaiblissement dans l'intensit du courant
qu'ils transmettent. Je crois du reste, que la disposition de M.
Edison est meilleure comme appareil thermoscopique et permet de
mesurer des sources calorifiques beaucoup moins intenses. S'il faut
l'en croire, on pourrait avec son appareil non-seulement mesurer la
chaleur du rayonnement lumineux des toiles, de la lune et du soleil,
mais encore les variations de l'humidit de l'air et de la pression
baromtrique.

Cet appareil, que nous reprsentons figure 44 avec ses diffrents
dtails et la disposition rhostatique employe pour les mesures, se
compose d'une pice mtallique A fixe sur une planchette C et sur
l'un des cts de laquelle est adapt le systme de disques de platine
et de charbon D dcrit page 77. Une pice rigide G munie d'une
crapaudine soutient extrieurement ce systme, et on introduit dans
cette crapaudine l'une des extrmits effiles d'un corps susceptible
d'tre impressionn par la chaleur, l'humidit ou la pression
baromtrique. L'autre extrmit est soutenue par une seconde
crapaudine I adapte  un crou H susceptible d'tre plus ou moins
serr par une vis de rglage. Si on introduit ce systme dans un
circuit galvanomtrique _a_ _b_ _c_ _i_ _g_ muni de tous les
instruments de mesure lectrique, les variations de longueur du corps
interpos se traduisent par des dviations de l'aiguille
galvanomtrique plus ou moins grandes, qui sont la consquence des
diffrences de pression rsultant de l'allongement ou du
raccourcissement du corps dilatable interpos dans le circuit sur
l'appareil.

Les expriences du microphone faites  la sance de la Socit des
ingnieurs tlgraphistes de Londres, le 23 mai dernier, ont
admirablement russi et ont t l'occasion d'un article intressant
dans l'_Engineering_ du 31 mai, dans lequel on constate que toute
l'assemble a pu entendre parler le tlphone, dont la voix se
rapprochait beaucoup de celle du phonographe. Quand on annona que ces
paroles avaient t prononces  une distance assez grande du
microphone, le duc d'Argyle, prsent  la sance, tout en admirant
l'importance de la dcouverte, ne put s'empcher de s'crier que
cette invention pourrait avoir des consquences terribles, ainsi, par
exemple, dit-il, nous sommes  Downing-street, et je ne puis
m'empcher de penser que si un des appareils du professeur Hughes
tait plac dans la pice o les ministres de Sa Majest sont en
confrence, nous pourrions entendre d'ici tous les secrets de cabinet.
Si un de ces petits appareils pouvait tre mis dans la poche de mon
ami Schouvaloff ou bien dans celle de lord Salisbury, nous serions
tout  coup en possession de ces grands secrets que tout ce pays et
toute l'Europe attendent avec une si grande anxit. Si l'assurance
qu'on donne que ces appareils sont susceptibles de rpter toutes les
conversations qui peuvent se faire dans une pice o ils sont placs,
cela pourrait constituer un vritable danger, et je pense que le
professeur Hughes qui a invent ce magnifique et en mme temps si
dangereux instrument, devrait rechercher maintenant un antidote  sa
dcouverte. D'un autre ct, le docteur Lyon-Playfair pense que le
microphone devrait tre appliqu  l'arophone, pour qu'en plaant ces
instruments dans les deux chambres du parlement, les discours des
grands orateurs puissent tre entendus par toute une population sur
une tendue de quatre  cinq milles carrs.

Les essais du microphone faits rcemment  Harlifax et qui ont t
rapports dans les journaux anglais, montrent que les prvisions du
duc d'Argyle taient parfaitement justifies. Il paratrait en effet
qu'un dimanche un microphone ayant t plac sur la devanture de la
chaire d'un prdicateur  l'glise d'Harlifax, et cet instrument tant
reli par un fil de 3 kilomtres  un tlphone plac prs du lit
d'un malade, habitant un chteau voisin, ce malade a pu entendre
toutes les prires, les cantiques et le sermon. M. Hughes, qui m'avait
communiqu cette nouvelle, m'assurait qu'elle lui avait t donne par
des personnes dignes de foi, et nous apprenons maintenant qu'il y a
sept abonns pour jouir de l'avantage d'couter les offices
d'Harlifax, sans se dranger.

Le microphone a t aussi appliqu dernirement  la rptition 
distance d'un opra tout entier, et voici ce que dit  cet gard le
_Journal tlgraphique_ de Berne du 25 juillet:

     Le 19 juin dernier a eu lieu  Billenzona (Suisse) une curieuse
     exprience micro-tlphonique. Une troupe italienne de passage
     devait donner ce jour-l, au thtre de cette ville, l'opra de
     Donizetti, _Don Pasquale_. M. Patocchi, inspecteur-adjoint du VIe
     arrondissement tlgraphique de la Suisse, a eu l'ide de
     profiter de cette occasion, pour exprimenter les effets combins
     du microphone  charbon de Hughes comme appareil transmetteur et
     du tlphone de Bell comme appareil rcepteur.  cet effet, il
     installa dans une loge de premier rang,  ct du proscenium, un
     microphone Hughes qu'il relia au moyen de deux fils de 1.1/2
     millimtres de diamtre  quatre rcepteurs Bell disposs dans
     une salle de billard, au-dessus du vestibule du thtre mme,
     salle o ne parvient aucun des bruits de l'intrieur du thtre.
     Dans le circuit, et prs du microphone de Hughes, tait
     intercale une petite pile de deux lments du modle ordinaire
     de l'administration suisse.

     Les rsultats ont t aussi heureux et aussi complets que
     possible. Les tlphones reproduisaient exactement, avec une
     clart et une nettet merveilleuse, aussi bien les sons de
     l'orchestre que le chant des artistes. Plusieurs spectateurs ont
     constat, avec M. Patocchi, que l'on ne perdait pas une note des
     instruments ou des voix, qu'on distinguait parfaitement les mots
     prononcs, que les airs taient reproduits dans leur ton naturel,
     avec toutes leurs nuances, les _piano_ comme les _forte_, les
     motifs doux comme les passage de force, et plusieurs _dilettanti_
     amateurs ont mme assur  M. Patocchi que, par cette seule
     audition au moyen des tlphones, l'on pouvait apprcier les
     beauts musicales, les qualits des voix des artistes et
     gnralement juger de la pice elle-mme, comme pouvaient le
     faire les spectateurs  l'intrieur du thtre.

     Les rsultats ont t les mmes en introduisant dans le circuit
     des rsistances jusqu' 10 kilomtres sans augmenter le nombre
     des lments de la pile. C'est, croyons-nous la premire
     exprience de ce genre qui ait t faite, en Europe du moins,
     dans un thtre et sur un opra complet; et ceux qui connaissent
     toute la lgret et la grce des mlodies de _Don Pasquale_,
     apprcieront  quelle sensibilit doit atteindre la combinaison
     du microphone de Hughes et du tlphone de Bell, pour ne rien
     laisser perdre des dlicatesses de cette musique.

Les expriences avec le microphone, quoique  leur dbut, ont t
cependant trs-varies, et nous voyons dans les journaux anglais,
entre autres expriences curieuses, qu'on a voulu tablir sur le mme
principe un appareil sensible tlphoniquement aux variations d'une
source lumineuse. On sait que certains corps et particulirement le
slnium sont impressionnables lectriquement  la lumire,
c'est--dire que leur conductibilit peut varier dans d'assez grandes
proportions suivant la quantit plus ou moins grande de lumire qui
les claire. Or si on fait passer brusquement un circuit dans lequel
est interpos un corps de cette nature, de l'obscurit  un
clairement un peu intense, il doit rsulter de l'augmentation subite
de rsistance qui en est la consquence, un son nergique dans un
tlphone interpos dans le circuit. C'est en effet ce que
l'exprience a dmontr, et M. Willoughby-Smith en tire la consquence
que, conformment  ce que nous avons dit plus haut, les effets
produits dans le microphone sont la consquence de variations de
rsistance dans le circuit par suite de contacts plus ou moins intimes
entre conducteurs imparfaits.

Pour obtenir l'effet prcdent dans ses meilleures conditions, M.
Siemens emploie deux lectrodes composes par des rseaux de fils de
platine trs-fins enchevtrs les uns dans les autres,  la manire de
deux fourchettes dont les dents seraient intercales dans leurs
intervalles rciproques. Ces lectrodes sont introduites entre deux
lames de verre, et une goutte de slnium verse au centre de ces
rseaux, les runit sur une surface circulaire assez tendue pour
tablir une conductibilit suffisante dans le circuit. Or c'est sur
cette goutte ainsi tendue qu'on doit projeter le rayon de lumire.

Une jolie exprience que l'on peut faire encore avec le microphone est
celle-ci: vous placez sur une planche en bois un peu grande, une
planchette  dessin par exemple, un microphone  charbon vertical dont
les extrmits sont bien pointues et qui est plac tout  fait
verticalement. On dispose dans le circuit un ou plusieurs tlphones,
et si on les renverse sur la planche de manire que leur membrane soit
en regard de celle-ci, on entend un roulement continu qui ressemble
tantt  un son musical, tantt au bruissement de l'eau bouillant dans
une chaudire, et ce bruit qui peut tre entendu  distance, dure
indfiniment tant que la source lectrique est en activit. M. Hughes
explique ce phnomne de la manire suivante.

La moindre secousse qui mettra le microphone en action, aura pour
effet d'envoyer des courants plus ou moins interrompus  travers les
tlphones qui les transformeront en vibrations sonores, et celles-ci
tant transmises mcaniquement par la planche au microphone,
entretiendront son mouvement qui sera mme amplifi et provoquera de
nouvelles vibrations sur les tlphones; d'o il rsultera une
nouvelle action sur le microphone et ainsi de suite indfiniment. D'un
autre ct, en plaant sur la mme planche un second microphone
correspondant  un autre circuit tlphonique, on peut en faire un
appareil ragissant comme _un relais tlgraphique_, c'est--dire
rptant  distance les bruits transmis  la planche, et ces bruits
rpts peuvent constituer soit un appel, soit les lments d'une
dpche dans le langage Morse, si l'on place dans le circuit du
premier microphone un manipulateur Morse. J'ai fait, dit M. Hughes,
avec cette disposition d'appareils, plusieurs expriences qui ont
produit beaucoup d'effet, quoique n'ayant employ qu'une pile de
Daniell de six lments sans bobine d'induction. En adaptant au
tlphone rcepteur un cornet en carton de 40 centimtres de longueur,
on a pu entendre dans toute une grande salle le bruit continu du
relais, les battements d'une pendule et le bruit fait par la plume en
crivant. Je n'ai pas essay de transmettre la parole parce que, dans
ces conditions, elle n'aurait pas t reproduite avec nettet.

L'ide d'employer le microphone comme relais tait, du reste, venue 
l'esprit de plusieurs personnes et entre autres de M. Latimer-Clark
qui proposait pour cela de faire ragir l'armature d'un lectro-aimant
introduit dans le circuit du microphone, sur un tube dispos comme on
l'a vu fig. 40 et ragissant lui-mme sur le second circuit,
c'est--dire sur le circuit du tlphone. MM. Houston et Thomson en
ont fait galement un dernirement.

D'un autre ct lord Lindsay a imagin d'adapter au microphone une
membrane rsonnante, et il a obtenu par ce moyen une reproduction
excellente des sons musicaux produits par un piano; mais lorsque les
vibrations de cet instrument concordaient avec les vibrations
fondamentales de la membrane, un bruit trs-fort se faisait entendre
dans le tlphone, et dans ce bruit, on distinguait non-seulement la
note fondamentale de cette membrane, mais encore toutes les vibrations
sympathiques dtermines par les cordes du piano ragissant les unes
sur les autres.

En raison de son extrme sensibilit, cet appareil pourrait permettre de
constater les bruits produits  l'intrieur du corps humain et servir
par consquent de _stthoscope_ pour l'auscultation des poumons et des
battements du coeur. Le Dr Richardson en Angleterre, conjointement avec
M. Hughes, s'occupe en ce moment de rendre pratique cette importante
application; mais jusqu' prsent les rsultats obtenus n'ont pas t
trs-satisfaisants. On espre toutefois y parvenir. En attendant M.
Ducretet a construit un microphone stthoscopique que nous reprsentons
fig. 45 et qui est d'une extrme sensibilit. C'est un microphone 
charbon CP,  simple contact, dont le charbon infrieur P est adapt 
un tambour  membrane vibrante de M. Marais T. Ce tambour est reli par
un tube de caoutchouc CC'  un autre tambour T' qui est destin  tre
appliqu sur les diffrentes parties du corps  ausculter, et que l'on
appelle en consquence _tambour explorateur_; la sensibilit de
l'appareil est rgle au moyen d'un contrepoids PO, qui se visse sur le
bras d'un levier bascule LL, auquel est fix le second charbon C. Tout
le monde connat la grande sensibilit des tambours de M. Marais pour la
transmission des vibrations, et cette sensibilit tant encore augmente
par le microphone, l'appareil acquiert une impressionnabilit extrme,
peut-tre mme une trop grande, car il rvle tout espce de bruits
qu'il est trs-difficile de distinguer les uns des autres. Du reste, cet
appareil ne peut donner de bons rsultats que confi  des mains
exprimentes, et il faudra videmment une ducation auditive
particulire pour qu'on puisse en tirer parti.

Comme application de ce genre, la plus importante est celle que vient
d'en faire, conjointement avec M. Hughes, M. Henry Thompson clbre
chirurgien anglais, pour l'exploration de la vessie dans la maladie de
la pierre. Au moyen de cet appareil, on peut en effet constater la
prsence et prciser le sige des calculs pierreux qui peuvent s'y
trouver, quelques petits qu'ils soient d'ailleurs. On emploie pour
cela une sonde exploratrice compose d'une tige de Maillechort un peu
recourbe par le bout et qui est mise en communication avec un
microphone sensible  charbon. Quand, en promenant cette sonde dans la
vessie, la tige en question rencontre des particules pierreuses,
fussent-elles de la grosseur d'une tte d'pingle, le frottement qui
en rsulte dtermine des vibrations qui se distinguent parfaitement,
dans le tlphone, de celles qui se produisent par la simple friction
de la tige sur les tissus mous des parois de la vessie. Toutefois, M.
Thompson prtend que pour obtenir de bons rsultats de cette mthode,
il faut prendre certaines prcautions. Il faut que l'instrument ne
soit pas trop sensible afin que la nature des bruits soit bien
distincte, la pile ne doit pas tre trop forte, pour viter les sons
qui pourraient rsulter des bruits extrieurs. L'appareil est du reste
dispos comme on le voit fig. 46. Le microphone est plac dans le
manche qui porte la sonde et n'est autre que celui que nous avons
reprsent fig. 39, mais avec de plus petites dimensions, et les deux
fils conducteurs _e_ allant au tlphone, ressortent du manche par le
bout _a_ oppos  celui _bb_ o la sonde _dd_ est visse. Comme cet
appareil n'est pas destin  reproduire la parole, on emploie des
charbons de cornue au lieu de charbons de bois.

On a pu encore par un moyen bas sur le principe du microphone, faire
entendre certains sourds dont l'oreille n'tait pas encore tout  fait
insensibilise. Pour obtenir ce rsultat, on adapte devant les deux
oreilles du malade deux tlphones, relis entre eux par une couronne
mtallique appuye sur l'os frontal, et on met les deux tlphones en
rapport avec un microphone muni de sa pile, lequel pend  l'extrmit
d'un double fil conducteur. Le malade conserve dans sa poche ce
microphone, et il le prsente comme un cornet acoustique  son
interlocuteur quand il veut converser avec lui. Le microphone est
alors constitu par le parleur de M. Hughes reprsent fig. 39.

Le microphone peut avoir encore beaucoup d'autres applications, et
voici ce que nous lisons  cet gard dans l'_English Mechanic_ du 21
Juin 1878: Au moyen de cet instrument, les ingnieurs pourront
apprcier les effets des vibrations occasionnes sur les difices
anciens et nouveaux par le passage de lourdes charges; un soldat
pourra reconnatre l'approche de l'ennemi  plusieurs milles de
distance et distinguer mme s'il aura affaire avec de l'artillerie ou
de la cavalerie; la marche des navires dans le voisinage des torpilles
pourra mme tre annonce  la cte, et on pourra ds lors,  coup
sr, en dterminer l'explosion.

On a aussi propos d'appliquer le microphone comme un avertisseur des
fuites de gaz dans les mines  charbon. Le gaz s'chappant des
crevasses de charbon, produit un son sifflant qui par le moyen du
microphone et du tlphone pourrait tre entendu au haut des puits.
D'un autre ct, on a eu l'ide que le microphone pourrait tre
utilement employ comme Sismographe pour signaler les bruits
souterrains qui prcdent gnralement les tremblements de terre et
les ruptions volcaniques, et qui se trouveraient de cette manire
notablement amplifis. Cet appareil pourrait mme tre d'un usage
utile  M. Palmieri pour ses tudes  l'observatoire du Vsuve.

Comme on devait s'y attendre, des rclamations de priorit devaient
tre la consquence de la grande faveur qui a accueilli l'invention de
M. Hughes, et mme en dehors de la rclamation de M. Edison sur
laquelle nous avons exprim notre opinion[26], nous en trouvons
plusieurs autres qui montrent que, si quelques effets du microphone
ont t dcouverts  diffrentes poques avant M. Hughes, on n'y avait
prt qu'une trs-mdiocre attention puisqu'ils n'ont mme pas t
publis. De ce nombre sont celles de M. Wentwork Lacelles-Scott
enregistres dans l'_Electrician_ du 25 mai 1878, et celle de M.
Weyher prsente  la Socit de Physique de Paris au mois de juin
dernier; mais elles n'ont gure d'importance, attendu que les dates
auxquelles remontent les expriences de ces savants sont encore
postrieures  celles des premires expriences de M. Hughes;
celles-ci datent, en effet, du commencement de dcembre 1877, et ont
mme t montres en janvier 1878 aux fonctionnaires de la _Submarine
Telegraph Company_, ainsi que le publie M. Preece dans une lettre
adresse aux diffrents savants.

         [Note 26: Nous reproduisons ci-dessous une lettre que sir
         William Thomson a publie au sujet de cette discussion:

         Monsieur,

         Au plaisir que le public a prouv en prenant connaissance
         de ces magnifiques dcouvertes qui, sous le nom de tlphone,
         de microphone et de phonographe, ont tant tonn le monde
         savant, est venu se mler dernirement, trs-inutilement,
         j'ai besoin de le dire, un des incidents les plus
         regrettables qui puissent se produire. Il s'agit d'une
         rclamation de priorit accompagne d'accusation de mauvaise
         foi, qui a t lance par M. Edison contre une personne dont
         le nom et la rputation sont depuis longtemps respects dans
         l'opinion publique.

         Avant de faire intervenir le public dans une semblable
         affaire, M. Edison aurait d videmment discuter sa
         rclamation avec M. Preece qui tait, depuis l'origine de
         toutes ses inventions, en correspondance avec lui; ou bien
         encore, il aurait pu, en s'adressant directement aux journaux
         publics, tablir sa rclamation, en montrant avec calme la
         grande similitude qui pouvait exister entre son tlphone 
         charbon et le microphone de M. Hughes qui l'avait suivi. Le
         monde scientifique aurait alors pu juger le dbat avec calme,
         il aurait pu s'y intresser et examiner sainement ce qu'il
         pouvait y avoir de commun entre les deux inventions. Mais,
         par son attaque violente dans les journaux contre MM. Preece
         et Hughes, et en les accusant de _piraterie_, de _plagiat_ et
         d'_abus de confiance_, il a t tout crdit  sa rclamation
         aux yeux des personnes comptentes. Rien d'ailleurs n'tait
         moins fond que ces accusations. M. Preece fit lui-mme la
         description dtaille du tlphone  charbon de M. Edison 
         la runion de l'Association britannique qui eut lieu 
         Plymouth, en aot dernier; il en fit ressortir le mrite, et
         les journaux publics en rendirent compte d'aprs sa
         communication. Les magnifiques rsultats prsents, au
         commencement de l'anne, par M. Hughes avec son microphone,
         ont t dcrits par lui-mme sous une forme telle, qu'il est
         impossible de mettre en doute qu'il n'ait travaill sur son
         propre fonds et en dehors de toutes les recherches de M.
         Edison qu'il n'avait pas le plus petit intrt 
         s'approprier.

         Il est vrai que le principe physique appliqu par M. Edison
         dans son tlphone  charbon et par M. Hughes dans son
         microphone est le mme; mais il est galement le mme que
         celui employ par M. Clrac, fonctionnaire de
         l'administration des lignes tlgraphiques franaises, dans
         son tube  rsistance variable qu'il avait donn  M. Hughes
         et  d'autres en 1866 pour des usages pratiques importants,
         appareil qui, du reste drive entirement de ce fait signal
         il y a longtemps par M. du Moncel, que _l'augmentation de
         pression entre deux conducteurs en contact produit une
         diminution dans leur rsistance lectrique_.]

Avant de terminer avec le microphone, je crois devoir rappeler ici
deux expriences intressantes de M. Hughes, qui tout en montrant que
l'attraction magntique n'entre pour rien dans la reproduction de la
parole, prouve que les effets lectro-magntiques peuvent se combiner
aux effets microphoniques.

1 Si une armature de fer doux est applique sur les ples d'un
lectro-aimant  deux branches solidement fix sur une planche, et
qu'on interpose entre cette armature et les ples magntiques des
morceaux de papier afin d'viter les effets de magntisme condens, on
peut, en reliant cet lectro-aimant  un microphone parleur du modle
de la fig. 39, entendre sur la planche servant de support 
l'lectro-aimant les mots prononcs dans le parleur.

2 Si on oppose par leurs ples de noms contraires deux
lectro-aimants mis en rapport avec un microphone, en ayant soin de
sparer ces ples par des morceaux de papier, on obtiendra clairement
la reproduction de la parole, sans qu'il y ait besoin d'armature ni de
diaphragme. Ces deux faits peuvent encore tre opposs  la thorie
soutenue par M. Navez.

3 Si au lieu de faire passer le courant actionn par un microphone 
travers l'hlice d'un tlphone servant de rcepteur, on lui fait
traverser directement le barreau aimant de ce tlphone dans le sens
de son axe, c'est--dire d'un ple  l'autre, on peut entendre
distinctement les paroles prononces dans le microphone. Cette
exprience, qui est de M. Paul Roy, indiquerait, si elle est exacte,
que les ondulations lectriques qui parcoureraient longitudinalement
un aimant, en modifieraient l'intensit magntique. Cette exprience
est toutefois  vrifier.




EFFETS DES ACTIONS EXTRIEURES SUR LES TRANSMISSIONS TLPHONIQUES.


Les obstacles qu'on rencontre dans les transmissions tlphoniques
proviennent de trois causes; 1 de l'affaiblissement des sons par
suite des pertes de courant sur les lignes, pertes beaucoup plus
grandes avec les courants d'induction qu'avec les courants de pile; 2
des mlanges produits par les drivations des courants voisins; 3 de
l'induction des fils les uns sur les autres. Cette dernire influence
est beaucoup plus grande qu'on ne se le figure ordinairement. Placez
cte  cte deux fils parfaitement isols, l'un en correspondance avec
un circuit de sonnerie trembleuse, l'autre avec un circuit de
tlphone: ce dernier rptera les bruits de la sonnerie avec une
intensit souvent assez grande pour fournir lui-mme un appel sans
qu'on ait l'appareil  l'oreille. MM. Pollard et Garnier, dans leurs
intressantes expriences avec les courants induits de la bobine de
Ruhmkorff, ont reconnu qu'on pouvait obtenir de cette manire,
non-seulement les sons en rapport avec les courants induits rsultant
de l'action du courant traversant l'hlice primaire, mais encore ceux
qui rsultent de l'action des courants secondaires sur d'autres
hlices et qu'on a dsigns sous le nom de courants de second ordre.
Ce sont ces diffrentes ractions qui font que les transmissions
tlphoniques faites sur les lignes tlgraphiques se trouvent souvent
troubles par des bruits insolites qui viennent des transmissions
lectriques sur les fils voisins; mais elles paraissent subir ces
influences sans s'teindre, et il arrive que l'on peut entendre  la
fois une conversation parle en langage ordinaire et une dpche
transmise dans le langage Morse.

 l'cole d'artillerie de Clermont, on a tabli  titre d'expriences
une communication tlphonique entre cette cole et le champ de tir
qui est  une distance de 14 kilomtres. Une autre communication du
mme genre est tablie entre l'Observatoire de Clermont et celui du
Puy-de-Dme  15 kilomtres de distance. Ces deux lignes sont portes
par les mmes poteaux sur un parcours de 10 kilomtres, et dans ce
trajet sur ces poteaux, se trouve un fil tlgraphique ordinaire;
enfin dans cet espace, les poteaux pendant 300 mtres portent aussi
sept autres fils tlgraphiques. Les deux fils tlphoniques sont
d'ailleurs loigns de 0m,85 l'un de l'autre. Dans ces conditions on a
constat:

1 Que le tlphone de l'cole lit trs-bien, par le son, les dpches
Morse qui passent dans le tlgraphe sur les deux fils qui
l'avoisinent, mais que le tic-tac de l'appareil ne gne en rien le
passage ni l'audition de la communication verbale du tlphone;

2 Que les deux lignes tlphoniques voisines, quoique ne se touchant
pas, et sans communication entre elles, mlangent cependant leurs
dpches, et il est arriv qu'on a pu entendre  l'cole par le fil
venant du champ de tir, des dpches du Puy-de-Dme, et qu'on a pu y
rpondre, sans que nulle part la distance entre les fils des deux
lignes fut moindre que 85 centimtres.

On a pu remdier un peu  ces inconvnients en interposant dans le
circuit de fortes rsistances, ou en tablissant des drivations  la
terre  une certaine distance des postes tlphoniques.

Suivant M. Izarn, professeur de physique au lyce de Clermont, les
courants lectriques tlphoniques pourraient trs-bien se driver par
la terre, surtout quand ils rencontreraient sur leur passage des
conducteurs mtalliques comme des conduites d'eau ou de gaz. Voici ce
qu'il dit dans une note adresse  l'acadmie des sciences le 13 mai
1878. J'ai install au lyce de Clermont un tlphone sur un fil
unique d'une cinquantaine de mtres, qui, traversant la grande cour
du lyce, va du laboratoire de physique o il s'accroche  un bec de
gaz,  une pice place prs de la loge du concierge o il s'accroche
 un autre bec de gaz. En appliquant l'oreille au tlphone, j'entends
trs-nettement les signaux tlgraphiques Morse ou autres qui
proviennent soit du bureau tlgraphique de Clermont, soit du bureau
tlphonique fonctionnant entre l'cole d'artillerie de Clermont et le
polygone de tir, tabli  14 kilomtres de la ville au pied du
Puy-de-Dme. J'entends mme des paroles et surtout des commandements
militaires mis dans le tlphone du polygone et destins  tre
entendus  l'cole. Or mon fil est absolument indpendant de ceux o
circulent ces signaux; il en est mme trs-loign; mais comme les
prises de terre du bureau tlgraphique et de l'cole d'artillerie se
font  une petite distance des tuyaux de gaz, il n'est pas douteux que
le phnomne ne soit d  une drivation du courant produite  travers
mon fil par l'intermdiaire du sol et du rseau mtallique des
tuyaux.

Cette remarque avait t dj faite par M. Preece dans sa notice: _Sur
quelques points physiques en rapport avec le tlphone._ D'un autre
ct, nous lisons dans le _Telegraphic journal_ du 15 juin 1878, que
dans un concert tlphonique, transmis de Buffalo  New-York, les
chanteurs de Buffalo ont t entendus dans un bureau particulier plac
en dehors du circuit tlgraphique sur lequel s'oprait la
transmission. Aprs informations, on reconnut que le fil  travers
lequel la transmission tlphonique s'effectuait dans ce bureau, se
rapprochait en un point de son parcours de celui qui transmettait
directement les sons musicaux; mais la distance entre les deux fils
n'tait pas moindre de dix pieds.

Avec les circuits entirement mtalliques, les effets des mlanges
sont beaucoup moins  craindre, et suivant M. Zetzche, on n'entend que
trs-peu et seulement par instants, les sons provenant d'autres fils;
on entend donc beaucoup mieux et plus aisment avec cette disposition
qu'avec la disposition ordinaire. Ce ne sont pas d'ailleurs, dit-il,
les rsistances des fils, mais bien plutt les drivations de courant
prs des poteaux qui prsentent des obstacles pour les correspondances
tlphoniques changes sur de longues lignes ariennes. J'ai pu en
avoir la preuve dans les expriences suivantes: Ayant reli la ligne
tlgraphique de Dresde  Chemnitz  l'une des lignes de Chemnitz 
Leipzig (87 kil.), ce qui fournissait un circuit de 167 kilomtres
communiquant  la terre  ses deux extrmits, Dresde et Leipzig n'ont
pu s'entretenir, tandis que Dresde et Chemnitz le pouvaient trs-bien
malgr la plus grande tendue de la ligne. Ayant fait supprimer la
communication  la terre, d'abord  Leipzig, puis  Leipzig et 
Dresde simultanment, j'ai constat les effets suivants: Avec
l'isolation effectue  Leipzig seulement, les stations de Dresde, de
Riesa, Wurzen purent bien s'entendre au moyen du tlphone; mais avec
l'isolation de la ligne aux deux extrmits, les deux dernires
stations communiqurent bien entre elles, mais la station
intermdiaire fit remarquer qu'elle entendait mieux les mots prononcs
 Wurzen que l'on n'entendait  Wurzen les paroles dites  Riesa.
Dans les deux cas, le tlphone reproduisait distinctement les
signaux tlgraphiques mis sur les fils parallles  celui de la
ligne d'essai. Or, comme Wurzen, n'est qu' 26,6 kilomtres de
Leipzig, tandis que Riesa se trouve  une distance de 49 kilomtres de
Dresde, et qu'il y a, par consquent, sur ce dernier parcours  peu
prs une fois autant de poteaux offrant aux courants des drivations 
la terre, j'ai cru pouvoir en conclure que c'tait par les drivations
qu'on pouvait expliquer la possibilit de correspondre sur une ligne
isole et la perception plus distincte des sons  la station de Riesa,
laquelle provenait de la plus grande intensit de courant restant
encore sur la ligne.

Il est aussi certaines vibrations rsultant de l'action des courants
d'air sur les fils tlgraphiques et qui leur font mettre ces
bourdonnements bien connus sur certaines lignes, qui peuvent encore
ragir sur le tlphone; mais elles sont alors le plus souvent
propages mcaniquement, et on peut les distinguer des autres, quand
les sons qui en rsultent sont entendus aprs qu'on a exclu le
tlphone du circuit par une fermeture  court circuit, et aprs avoir
supprim la communication  la terre tablie en arrire du tlphone.

Les ractions d'induction exerces par les fils de ligne les uns sur
les autres ne sont pas les seules qui puissent tre accuses sur un
circuit tlphonique: toute manifestation lectrique produite dans le
voisinage d'un tlphone peut dterminer des sons plus ou moins forts.
Nous en avons dj eu la preuve dans les expriences de M. d'Arsonval,
et voici quelques expriences de M. Demoget qui le dmontrent de la
manire la plus notoire. En effet si devant l'un des tlphones d'un
circuit tlphonique, on place un petit lectro-aimant droit muni d'un
trembleur, et que, pour carter l'influence du son produit par le
trembleur, on enlve la lame vibrante du tlphone, on entend
parfaitement sur le second tlphone du circuit le bourdonnement du
trembleur, qui atteint son maximum quand les deux extrmits de
l'lectro-aimant sont le plus rapproches possible du tlphone sans
diaphragme, et son minimum quand cet lectro-aimant lui est prsent
suivant sa ligne neutre. D'aprs M. Demoget, l'action exerce dans
cette circonstance pourrait tre considre comme celle d'un aimant
exerant deux actions inductrices opposes et symtriques, dont le
champ serait limit par un double parabolode, ayant pour grand axe,
dans ses expriences, 0m,55 de longueur au del du noyau magntique,
et pour grand diamtre perpendiculaire, 60 centimtres. Il croit que
par ce moyen on pourrait aisment tlgraphier dans le systme Morse,
et qu'il suffirait pour cela d'adapter une clef  l'lectro-aimant
inducteur.

Pour surmonter les difficults que prsentent les ractions
d'induction des fils les uns sur les autres dans les transmissions
tlphoniques, M. Preece indique trois moyens:

1 Augmenter l'intensit des courants transmis de manire  les faire
prdominer notablement sur les courants induits, et rduire la
sensibilit du tlphone de rception;

2 Mettre le fil tlphonique  l'abri de l'induction.

3 Neutraliser les effets d'induction.

Le premier moyen peut tre ralis par le systme  pile d'Edison, et
nous avons vu qu'il a fourni des rsultats avantageux.

Pour mettre  excution le second moyen, M. Preece considre qu'il y a
lieu de se proccuper des deux sortes d'inductions qui se dveloppent
sur les lignes tlgraphiques: de l'induction lectro-statique,
analogue  celle qui se produit sur les cbles immergs, et en second
lieu de l'induction lectro-dynamique rsultant de l'lectricit en
mouvement. Dans le premier cas, M. Preece propose d'interposer entre
le fil tlphonique et les autres fils, un corps conducteur en
communication avec la terre, et susceptible de former cran 
l'induction en absorbant lui-mme les effets lectro-statiques
produits. Ce problme pourrait tre rsolu, suivant lui, en entourant
les fils tlgraphiques avoisinant le fil tlphonique, d'une
enveloppe mtallique, ou en les immergeant dans l'eau. Bien que par
ce dernier moyen, dit-il, on n'limine pas compltement les effets
d'induction statique, en raison de la mauvaise conductibilit de ce
corps, on peut les rduire considrablement, ainsi que mes expriences
entre Dublin, Holyhead, Manchester et Liverpool l'ont dmontr. Dans
le second cas, M. Preece admet qu'une enveloppe de fer est susceptible
de paralyser les effets lectro-dynamiques dtermins, en les
absorbant; de sorte qu'en employant des fils isols recouverts d'une
garniture de fer mise en communication avec le sol, on annulerait les
deux ractions d'induction. Nous ne suivrons pas M. Preece dans la
thorie qu'il donne de ces effets, thorie qui nous parat tout au
moins discutable, et nous nous contenterons de l'indication du moyen
d'attnuation qu'il propose.

Pour mettre  excution le troisime moyen, on pourrait croire qu'il
suffirait de supprimer les communications avec la terre et d'employer
un fil de retour, car dans ces conditions, les courants d'induction
dtermins sur l'un des fils devraient se trouver neutraliss par ceux
qui rsulteraient de la mme induction sur le second fil, et qui se
trouveraient alors agir dans un sens oppos; mais ce moyen ne peut
tre efficace qu'autant que la distance entre les deux fils
tlphoniques est trs-petite et que leur loignement des autres fils
est considrable. Quand il n'en est pas ainsi et qu'ils se trouvent
tous trs-rapprochs, comme cela a lieu dans les cbles sous-marins ou
souterrains  plusieurs fils, ce moyen est tout  fait insuffisant. En
prenant comme ligne arienne un petit cble renfermant deux
conducteurs isols avec de la gutta-percha, on peut obtenir de
trs-bons rsultats.

L'emploi de deux conducteurs a encore l'avantage d'viter les
inconvnients des drivations sur la ligne et  travers le sol qui,
quand les communications  la terre ne sont pas parfaites, permettent
au courant d'une ligne de passer plus ou moins facilement  travers la
ligne tlphonique.

En outre des causes de perturbation que nous venons d'numrer, il en
est d'autres qui sont galement trs-apprciables dans les
transmissions tlphoniques, et, parmi elles, nous devrons citer les
courants accidentels qui se produisent constamment sur les lignes
tlgraphiques. Ces courants peuvent provenir de bien des causes,
tantt de l'lectricit atmosphrique, tantt du magntisme terrestre,
tantt d'effets thermo-lectriques produits sur les lignes, tantt de
ractions hydro-lectriques dtermines sur les fils et les plaques de
communication avec le sol. Ces courants sont toujours trs-instables,
et ils doivent, par consquent, en ragissant sur les courants
transmis, les altrer plus ou moins et dterminer par cela mme des
sons sur le tlphone. Suivant M. Preece, le bruit provenant des
courants telluriques se rapproche un peu de celui d'une cascade. Les
dcharges d'lectricit atmosphrique, mme quand l'orage est loign,
dterminent un son plus ou moins sec suivant la nature de la dcharge.
Quand elle est diffuse et qu'elle clate  peu de distance, le bruit
produit ressemble, d'aprs le docteur Channing de La Providence, 
celui que produit une goutte de mtal en fusion quand elle tombe dans
de l'eau, ou bien encore  celui d'une fuse volante tire  distance;
dans ce cas, il paratrait que le son serait peru avant l'apparition
de l'clair, ce qui dmontre bien que les dcharges lectriques
atmosphriques ne se produisent qu' la suite d'un mouvement
lectrique dtermin dans l'air. Quelquefois, dit M. Preece, on
entend un son lamentable, un son que l'on a compar au cri d'un oiseau
naissant, et qui doit provenir des courants induits que le magntisme
terrestre doit dterminer dans les fils tlgraphiques quand ils sont
mis en mouvement vibratoire par les courants d'air.

Dernirement M. Gressier, dans une communication faite  l'Acadmie
des sciences le 6 mai 1878, a mentionn quelques-uns de ces bruits,
mais il s'est tout  fait tromp sur l'origine qu'il leur a suppose.

Indpendamment du grsillement d aux appareils tlgraphiques mis en
action sur les lignes voisines, dit-il, il se produit dans le
tlphone un bruissement trs-confus, un froissement assez intense
parfois pour faire croire que la plaque vibrante va se dchirer. C'est
plutt le soir que le jour qu'on entend ce bruissement qui devient
mme insupportable et empche de se comprendre au tlphone, alors
qu'on n'est plus troubl par le travail des bureaux. On entend ce
bruit quand on ne fait usage que d'un seul tlphone. Un bon
galvanomtre interpos dans le circuit a montr la prsence de
courants assez sensibles, tantt dans un sens, tantt dans un autre.

Ces courants que j'ai tudis pendant longtemps avec le galvanomtre
et qui ont t l'objet de quatre mmoires prsents par moi 
l'acadmie des sciences en 1872, n'ont gnralement aucun rapport avec
l'lectricit atmosphrique, comme le croit M. Gressier, et
proviennent soit d'actions thermo-lectriques, soit d'actions
hydro-lectriques. Ils se manifestent toujours et en tous temps sur
les lignes tlgraphiques, qu'elles soient isoles  l'une de leurs
extrmits ou en contact avec la terre par les deux bouts. Dans le
premier cas, les lectrodes polaires du couple sont constitues par le
fil tlgraphique et la plaque de terre, ordinairement de la mme
nature, et le milieu conducteur intermdiaire est reprsent par les
poteaux souteneurs du fil et le sol qui compltent le circuit. Dans le
second cas, le couple est constitu  peu prs de la mme manire,
mais la diffrence de composition chimique des terrains aux deux
points o les plaques de terre sont enterres, et souvent leur
diffrence de temprature, exercent un effet prdominant. Si l'on ne
considre que le premier cas, il arrive le plus souvent, par les beaux
jours de l't, que les courants produits pendant la journe sont
inverses de ceux qui sont produits pendant la nuit, et varient avec la
temprature ambiante dans l'un et l'autre sens. La prsence ou
l'absence du soleil, le passage des nuages, les courants d'air,
entranent mme des variations trs-brusques et trs-caractrises que
l'on peut suivre facilement sur le galvanomtre et qui engendrent des
sons plus ou moins accentus dans le tlphone.

Pendant le jour, ces courants sont dirigs de la ligne tlgraphique 
la plaque de terre, parce que le fil est plus chauff que la plaque,
et _ces courants sont alors thermo-lectriques_. Pendant la nuit, le
contraire a lieu parce que le serein, en tombant, provoque sur le fil
un refroidissement et y dtermine une oxydation plus grande que celle
qui est effectue sur la plaque de terre, et _les courants sont alors
surtout hydro-lectriques_.

J'ai insist un peu sur ces courants parce que, par suite d'une fausse
interprtation de leur origine, on a cru que le tlphone pourrait
servir  l'tude des variations de l'lectricit atmosphrique
rpandue normalement dans l'air; or, cette application du tlphone
serait dans ces conditions, non-seulement inutile, mais encore
pourrait garer les observateurs en leur faisant faire des recherches
sur des phnomnes trs-compliqus, dont l'tude ne conduirait  rien
de plus que ce que j'ai dit dans mes diffrents mmoires sur cette
question.

Il est aussi certaines actions locales qui peuvent dterminer des sons
sur le tlphone. Ainsi la distension du diaphragme sous l'influence
de la chaleur humide de la respiration, quand on porte l'appareil
devant la bouche pour parler, dtermine un bruissement qui est facile
 percevoir.

En raison des ractions lectro-statiques si nergiques dtermines
sur les cbles sous-marins par suite des transmissions lectriques, on
pouvait craindre que l'on ne pt correspondre facilement  travers ces
sortes de conducteurs au moyen du tlphone, et pour s'en assurer, on
fit une exprience entre Guernesey et Darmouth  travers un cble de
soixante milles de longueur. On reconnut avec surprise et satisfaction
que les articulations de la parole taient parfaitement effectues,
seulement un peu voiles. D'autres expriences entreprises par MM.
Preece et Willmot sur un cble sous-marin artificiel plac dans des
conditions analogues  celui des tats-Unis, dmontrrent que sur une
longueur de cent milles, on pouvait facilement entretenir une
correspondance tlphonique, bien que les effets d'induction fussent
manifestes. Sur une longueur de cent cinquante milles, il devint assez
difficile de s'entendre, et les sons taient considrablement
affaiblis; il semblait qu'on parlait  travers une paisse cloison.
Les sons diminurent rapidement jusqu' deux cents milles, et  partir
de l, la parole devint compltement indistincte, quoique le chant pt
tre encore peru. On put mme l'entendre sur toute la longueur du
cble, c'est--dire sur une longueur de trois mille milles; mais cela
tenait, suivant M. Preece,  l'induction du condensateur sur lui-mme;
nanmoins M. Preece croit que le chant peut tre entendu  une bien
plus grande distance que la parole, en raison de la plus grande
rgularit dans la succession des ondes lectriques.

J'ai expriment aussi, dit M. Preece, des cbles souterrains entre
Manchester et Liverpool sur une longueur de trente milles, et je n'ai
rencontr aucune difficult dans la correspondance que j'ai change;
il en a t de mme sur le cble de Dublin  Holyhead ayant
soixante-sept milles de longueur. Celui-ci avait 7 fils conducteurs,
et quand le tlphone tait runi  l'un des fils, on pouvait entendre
la rptition des sons  travers tous les autres, mais  un degr plus
faible. Quand les fils fonctionnaient avec les courants des appareils
tlgraphiques, l'induction tait manifeste, mais elle ne suffisait
pas pour empcher les communications tlphoniques.




INSTALLATION D'UN POSTE-TLPHONIQUE.


Bien que le systme tlgraphique par le tlphone soit trs-simple,
il exige pourtant, pour le service qu'on peut demander  cet
instrument, certaines dispositions accessoires qui sont
indispensables. Ainsi, par exemple, il est ncessaire que l'on soit
appel au moyen d'un appareil d'alarme pour qu'on puisse savoir quand
l'change des correspondances doit avoir lieu, et il faut galement
que l'on soit prvenu si l'appel a t entendu. Une sonnerie
lectrique est donc le complment indispensable du tlphone, et comme
le mme circuit peut tre employ pour les deux systmes d'appareils 
la condition de se servir d'un commutateur, on dut, pour conserver au
systme sa simplicit de manipulation qui en faisait le principal
mrite, rechercher un moyen de faire ragir ce commutateur
automatiquement et, pour ainsi dire,  l'insu de ceux appels  faire
usage de l'appareil.


=Systme de MM. Pollard et Garnier.=--Ds le mois de mars dernier, MM.
Pollard et Garnier avaient imagin dans ce but un dispositif qui leur
a parfaitement russi et qui utilisait le poids de l'instrument comme
moyen d'action sur le commutateur.

 cet effet, ils suspendaient l'instrument  l'extrmit d'une lame de
ressort fixe entre les deux contacts du commutateur. Le fil du
circuit correspondait  cette lame, et les deux contacts
correspondaient l'un avec le tlphone, l'autre avec la sonnerie.
Quand le tlphone pendait au-dessous du ressort-support, c'est--dire
quand il n'tait pas mis en action, son poids faisait abaisser la lame
de ressort sur le contact infrieur, et la communication de la ligne
avec la sonnerie tait tablie; quand, au contraire, le tlphone
tait soulev pour s'en servir, la lame de ressort venait toucher le
contact suprieur, et la communication tait tablie entre la ligne et
le tlphone. Pour faire fonctionner la sonnerie, il ne s'agissait
donc que d'tablir sur le fil de liaison de la ligne avec le contact
de sonnerie du commutateur, un interrupteur de courant  la fois
conjoncteur et disjoncteur, mis en rapport d'un ct avec le contact
de sonnerie, de l'autre avec la pile de cette sonnerie. Un simple
bouton de sonnerie lectrique ordinaire pouvait suffire pour cela en y
adaptant un second contact; mais MM. Pollard et Garnier ont prfr
que cette action se ft aussi automatiquement, et ils ont en
consquence combin le dispositif que nous reprsentons fig. 47.

Dans ce systme, comme du reste dans ceux qui ont t combins depuis,
on met  contribution deux tlphones: l'un que l'on applique
constamment contre l'oreille, l'autre que l'on tient devant la bouche
pour tre en mesure de parler tout en coutant. Ces tlphones sont
soutenus par trois fils dont deux contiennent des conducteurs
souples; le troisime ne joue d'autre rle que celui de soutien.

Des quatre fils des deux tlphones, deux sont runis l'un  l'autre,
et les deux autres sont relis  deux boutons d'attache du commutateur
_t_, _t'_; les cordons sans conducteurs sont suspendus aux extrmits
des deux lames flexibles _l_, _l'_ qui correspondent  la terre et 
la ligne.

Au repos, le poids des tlphones fait appuyer les deux lames _l_,
_l'_ sur les contacts infrieurs S, S'; mais lorsqu'on prend  la main
ces appareils, ces lames appuient contre les contacts suprieurs.

Les deux fils de la sonnerie aboutissent aux contacts infrieurs, ceux
des tlphones aux contacts suprieurs, et les ples de la pile sont
relis, l'un au contact infrieur de gauche S', l'autre au contact
suprieur de droite T.

Au repos, le systme est sur sonnerie, et le courant envoy de la
station oppose, suivrait le circuit L_l_SS'S'_l'_T'; on pourrait donc
tre appel; mais si on prend les deux tlphones  la main, le
circuit est coup  travers la sonnerie et tabli  travers les
tlphones; de sorte que le courant suit le trajet L_l_T_tt'_T'_l'_T.
Si on ne soulve qu'un tlphone  la fois, le courant est envoy  la
sonnerie du poste oppos, et suit la route +P_t_LT_tl'_S'P-. On fait
donc ainsi, sans s'en douter, les trois manoeuvres ncessaires pour
appeler, correspondre et mettre l'appareil en position de fournir un
appel.


=Systme de MM. Brguet et Roosevelt.=--Dans le systme tabli par la
compagnie Bell  Paris, le dispositif est  peu prs semblable au
prcdent, seulement il n'y a qu'un commutateur  ressort, et c'est
avec un bouton de sonnerie ordinaire qu'on provoque les appels. Sur
une planchette d'acajou suspendue  la muraille, sont disposes
d'abord une sonnerie trembleuse ordinaire au-dessous de laquelle est
fix un bouton transmetteur, et en second lieu deux fourches servant
de support aux deux tlphones et dont une est adapte  la bascule
d'un commutateur dispos comme une clef de Morse. Les deux tlphones
sont relis, par deux fils conducteurs disposs de manire  tre
extensibles,  quatre boutons d'attache dont deux sont relis
directement l'un  l'autre et les deux autres  la ligne,  la terre
et  la pile par l'intermdiaire du commutateur, du bouton
transmetteur et de la sonnerie. La figure 48 montre ce dispositif.

Le commutateur A se compose d'une bascule mtallique ac portant
au-dessus de son point d'articulation, la fourche de suspension F' de
l'un des tlphones; elle se termine par deux taquets _a_ et _c_
au-dessous desquels sont fixs les deux contacts du commutateur, et un
ressort presse le bras infrieur de la bascule de manire  faire
appuyer constamment l'autre bras contre le contact suprieur. Pour
plus de sret, une languette d'acier _ab_ adapte  l'extrmit
infrieure de la bascule, frotte contre une colonnette _b_ munie de
deux contacts isols qui correspondent  ceux de la planchette. La
bascule est en communication avec le fil de ligne par l'intermdiaire
du bouton d'appel, et les deux contacts dont nous venons de parler,
correspondent l'un, le suprieur, avec l'un des fils des tlphones
qui sont intercals dans le mme circuit, l'autre avec la sonnerie S,
qui elle-mme communique  la terre. Il rsulte de cette disposition,
que quand le tlphone de droite appuie de tout son poids sur son
support, la bascule du commutateur est incline sur le contact
infrieur, et, par consquent, la ligne est mise directement en
rapport avec la sonnerie, ce qui permet d'appeler la station. Quand,
au contraire, le tlphone est enlev de son support, la bascule est
sur le contact suprieur, et les tlphones sont relis  la ligne.

Pour appeler la station en correspondance, il suffit d'appuyer sur le
bouton transmetteur; alors la liaison de la ligne avec les tlphones
est brise et tablie avec la pile du poste, laquelle envoie un
courant  travers la sonnerie du poste correspondant. Pour obtenir ce
double effet, le ressort de contact du bouton transmetteur appuie en
temps ordinaire contre un contact adapt  une querre qui l'enveloppe
par sa partie antrieure, et, au-dessous de ce ressort, se trouve un
second contact qui communique avec le ple positif de la pile du
poste. L'autre contact correspond au fil de ligne, et une liaison est
tablie entre le fil de terre et le ple ngatif de la pile du poste,
ce qui fait que ce fil de terre est commun  trois circuits:

  1 Au circuit des tlphones;
  2 Au circuit de la sonnerie;
  3 Au circuit de la pile locale.

La seconde fourche qui sert de support au tlphone de droite est
fixe sur la planchette et n'a aucun rle lectrique  remplir.

Il est facile de comprendre que ce dispositif peut tre vari de
mille faons diffrentes, mais nous nous bornerons au modle que nous
venons de dcrire qui est le plus pratique.


=Systme de M. Edison.=--Avec les tlphones  pile, le problme est
plus complexe,  cause de l'emploi d'une pile qui doit tre commune 
deux systmes d'appareils, et de la bobine d'induction qui doit tre
intercale dans deux circuits distincts. La figure 49 reprsente le
modle qui a t adopt pour le tlphone de M. Edison. Dans ce
dispositif, la planchette d'acajou porte au milieu une petite tagre
C pour y poser les deux tlphones par leur partie plate. La sonnerie
S est mise en action par un parleur lectro-magntique P qui peut
servir, par l'adjonction d'une clef Morse M au systme,  l'change
d'une correspondance en langage Morse, si les tlphones faisaient
dfaut, ou pour l'organisation de ces tlphones eux-mmes.

Au-dessous de ce parleur, est dispos un commutateur  bouchon D pour
mettre la ligne en transmission ou en rception, avec ou sans
sonnerie, et enfin au-dessous de la planchette tagre C, est
dispose, dans une petite bote ferme E, la bobine d'induction
destine  transformer les courants voltaques en courants induits.

Quand le commutateur est plac sur rception, la ligne correspond
directement soit au parleur, soit au tlphone rcepteur, suivant le
trou dans lequel le bouchon est introduit; quand, au contraire, il est
plac sur transmission, la ligne correspond au circuit secondaire de
la bobine d'induction. Dans ces conditions, la manoeuvre ne peut plus
tre automatique; mais comme ce genre de tlphone ne peut tre
appliqu avec avantage que pour la tlgraphie et que ce sont alors
des personnes habitues aux appareils lectriques qui en font usage,
cette complication ne peut prsenter d'inconvnients.




SONNERIES D'APPEL ET AVERTISSEURS.


Les sonneries d'appel appliques aux services tlphoniques ont t
combines de diverses manires. Quand on emploie les sonneries
trembleuses, comme dans les cas dont il a t question prcdemment,
il devient ncessaire d'employer une pile, et le grand avantage que
prsente le tlphone  courants induits se trouve ainsi notablement
amoindri. On a donc cherch  se passer de pile et on a imagin
d'employer des sonneries magnto-lectriques.

Ce sont gnralement deux timbres entre lesquels oscille un marteau,
dont le support est constitu par l'armature polarise d'un
lectro-aimant. Au-dessous de ce systme, est dispos l'appareil
magnto-lectrique qui, tant tourn  l'aide d'une manivelle, envoie
les courants alternativement renverss, ncessaires pour communiquer
au marteau un mouvement vibratoire, et ce mouvement est suffisant pour
faire carillonner les deux timbres. Au-dessous de la manivelle de ce
systme magnto-lectrique, se trouve un commutateur  deux contacts
qui dispose l'appareil pour la rception ou la transmission.

Dans un autre systme imagin en Allemagne, on utilise le tlphone
lui-mme pour l'avertissement, et voici comment.

 l'tat de repos, le tlphone transmetteur est remplac par un
systme semblable qui est termin par un cornet allong en forme de
porte-voix. Au poste oppos se trouve un timbre en acier de 12
centimtres environ de diamtre, qui peut tre frapp aisment par un
marteau en bois dur mont sur un ressort. Perpendiculairement  la
direction du choc et un peu au-dessous du timbre, est plac, en face
de son ouverture, un barreau aimant qui est en communication avec la
ligne tlphonique par des bobines d'induction. Lorsque le timbre
frapp par le marteau entre en vibration en rendant un son strident,
le barreau aimant est influenc, et transmet  l'autre station ce son
qui a une intensit beaucoup plus grande que la voix humaine, et le
pavillon du porte-voix concentrant les vibrations ariennes
rsultantes, fait entendre ce son dans toute l'tendue de
l'appartement o est l'exprimentateur; on est ainsi dispens de
l'emploi de la sonnerie lectrique et de sa pile qui sont trangres
au tlphone.

La Compagnie du tlphone Bell  Paris a dispos encore un petit
systme d'appel, qui est bien suffisant et qui a l'avantage de servir
de tlphone eu mme temps. C'est un modle analogue  celui que nous
avons dsign sous le nom de tlphone  tabatire, et qui possde un
commutateur  bouton au moyen duquel la ligne est mise en rapport avec
le systme lectro-magntique de l'appareil, ou avec une pile capable
de faire vibrer assez nergiquement ce genre de tlphone. Quand on
appelle, on presse le bouton, et le courant de la pile est envoy 
travers l'appareil correspondant qui se met  vibrer sous l'influence
d'un cri que l'on met, et quand on est prvenu que le signal est
reu, on abandonne le bouton, ce qui permet de parler et de recevoir
comme avec des tlphones ordinaires.


=Systme de M. de Weinhold.=--M. Zetzche parle avec loge d'un
avertisseur, combin par le professeur A. de Weinhold qui est, du
reste, analogue  celui de M. Lorenz que nous reprsentons fig. 50, et
dont l'organe sonore est un timbre d'acier T de 13  14 centimtres
de diamtre accord  environ 420 doubles vibrations par seconde. Ce
diamtre et cet accordement, dit-il, ne semblent pas sans quelque
importance, et l'on ne peut s'en loigner beaucoup sans nuire 
l'effet. Le timbre a son orifice tourn en bas, et est fix par son
milieu sur un support. Ce dernier est travers par une barre aimante
recourbe lgrement, pourvue  ses deux extrmits d'appendices en
fer entours de bobines d'induction N, S. Le barreau aimant du
tlphone se termine galement par un appendice en fer renferm dans
une bobine. Dans les deux cas, les changements qui se produisent dans
l'tat magntique, paraissent tre plus intenses que dans les aimants
dpourvus d'appendices. La barre aimante est place  l'intrieur de
la cloche dans le sens d'un de ses diamtres, de sorte que les
appendices en touchent presque la paroi.

Lors donc que le timbre vient  tre frapp  un endroit distant
d'environ 90 de ce diamtre, au moyen d'un battant en bois M, mu par
un ressort et que la main ramne en arrire en tendant le ressort
(comme avec les timbres de table) pour le relcher ensuite, les
vibrations qui lui sont communiques envoient des courants dans les
bobines, et ces courants produisent dans la plaque de fer du tlphone
des vibrations identiques, qu'un rsonnateur conique adapt au
tlphone renforce suffisamment, pour qu'on puisse encore les entendre
facilement  quelques pas de distance. Pour les usages ordinaires, la
bobine du timbre est ferme  court circuit au moyen d'un ressort
mtallique R, et par consquent, lorsqu'on frappe le timbre, ce
ressort doit tre baiss pour faire cesser cette fermeture  court
circuit. Un appareil du mme genre a encore t combin par M. W. E.
Fein  Stuttgart.


=Systme de MM. Dutertre et Gouhault.=--Une des plus jolies solutions
du problme de l'avertissement tlphonique, est celle qu'ont
prsente rcemment MM. Dutertre et Gouhault et que nous reprsentons
fig. 51 et 52, l'appareil tant vu sur ses deux faces opposes. C'est
une sorte de tlphone en tabatire analogue  celui que nous avons
reprsent fig. 25 et qui est dispos de manire  transmettre ou 
recevoir l'avertissement, suivant la manire dont il est pos sur son
support, lequel n'est autre qu'une petite console ordinaire pendue 
la muraille. Quand il est pos sur cette console de manire 
prsenter extrieurement l'embouchure tlphonique, il est dans la
position de rception, et alors il peut fournir l'appel. Quand, au
contraire, il est renvers sur son support de bas en haut, il fournit
l'appel  l'autre station en dterminant, sous l'influence d'une
pile, les vibrations d'un trembleur, et ces vibrations se trouvent
assez fortement rpercutes dans l'appareil en correspondance pour
fournir l'appel. En appuyant alors le doigt sur un petit bouton 
ressort, et en le prenant  la main, on peut s'en servir comme d'un
tlphone ordinaire.

Dans cet appareil, l'aimant NS, fig. 51, est dispos en forme de
limaon, comme ceux dont il a dj t question, mais le noyau de fer
doux S sur lequel est adapte la bobine E peut dterminer  ses deux
extrmits deux effets diffrents. D'un ct, il ragit sur la lame
vibrante LL de l'appareil tlphonique, comme dans les appareils
ordinaires, de l'autre, il ragit sur une petite armature adapte 
l'extrmit d'une lame vibrante C, fig. 52, qui, tant tendue contre
un contact fix au pont B, constitue un trembleur lectro-magntique.
 cet effet, ce pont communique mtalliquement avec le fil de la
bobine dont l'autre bout correspond au fil de ligne, et le ressort C
est mont sur une pice A qui porte en mme temps un autre ressort DG
agissant sur deux contacts, l'un situ en G et qui correspond au fil
de terre, l'autre situ en H et qui est runi au ple positif de la
pile. Un petit bouton mobile qui dpasse le couvercle de la bote en
passant  travers un trou, est fix en G, et toute cette partie de
l'appareil fait face au fond de la bote. La lame vibrante et son
embouchure constituent la partie suprieure, de sorte que tout les
mcanismes que nous venons de dcrire sont monts sur une cloison
intermdiaire entre les deux fonds de la bote.

Quand cette bote est appuye sur son fond, du ct de la fig. 52, le
petit bouton adapt en G appuie sur le ressort DG et en le soulevant
rompt la communication avec la pile; la bobine de l'appareil est alors
simplement runie au circuit, et elle peut en consquence recevoir les
courants transmis qui suivent le chemin suivant: le fil de ligne,
bobine E, pont B, ressort C, ressort DG, contact de terre. Si ces
courants sont transmis par un trembleur, ils sont assez forts pour
dterminer un bruit capable d'tre entendu de tous les points d'une
pice, et en consquence l'avertissement peut tre donn de cette
manire. Si ces courants rsultent d'une transmission tlphonique, on
place l'appareil  l'oreille en ayant soin de pousser avec le doigt le
bouton en G, et l'change des correspondances se fait comme avec les
appareils ordinaires; mais il est plus simple d'avoir pour cet usage
un second tlphone intercal dans le circuit et qui est plus
maniable. Quand la bote est renverse sur son embouchure, le bouton G
ne pressant plus le ressort DG, le courant de la pile ragit sur le
trembleur de l'appareil et transmet l'appel  la station
correspondante en suivant la route: I D A C B E, ligne, terre et pile,
et cet appel subsiste jusqu' ce que le correspondant ait coup le
courant en prenant lui-mme son appareil, ce qui prvient l'autre
qu'on est prt  entendre.


=Systme de M. Puluj.=--Voici encore un systme avertisseur propos
par le docteur Puluj. Il se compose de deux tlphones sans
embouchure, relis entre eux et dont les bobines sont places en face
des branches de deux diapasons, accords le plus exactement possible
sur le mme ton. Une sonnette en mtal est adapte  la face oppose
de chacun des diapasons, et un fil suspendu  leur porte, est munie
d'une petite boule en contact avec leurs branches. Ds que,  la
station de dpart on fait vibrer le diapason en le frappant avec un
marteau de fer recouvert de peau, le diapason de l'autre station se
trouve mis en vibration, et sa boule fait retentir la sonnette. Ds
que la premire station a reu le mme signal de la seconde, on adapte
aux tlphones des embouchures  membranes de fer, et l'on entame la
correspondance. On peut, parat-il, en se servant d'un rsonnateur,
renforcer le son parvenu  la station de rception au point de le
rendre perceptible dans une grande salle, et le signal par la sonnerie
peut tre entendu dans une pice attenante, mme  travers une porte
ferme.




APPLICATIONS DU TLPHONE.


Les applications du tlphone sont beaucoup plus nombreuses qu'on
l'aurait pens  premire vue. Au point de vue du service
tlgraphique, son usage ne peut tre videmment qu'assez restreint,
puisqu'il ne laisse pas de traces des dpches transmises, et que sa
vitesse de transmission est moins grande que celle des tlgraphes
perfectionns; mais il est une foule de cas o son emploi peut tre
prcieux, mme comme systme tlgraphique, car pour le faire
fonctionner il n'est pas besoin d'une ducation tlgraphique
spciale. Le premier venu peut transmettre et recevoir avec le
tlphone, ce qu'on ne pourrait certainement pas faire avec les
appareils tlgraphiques, mme les plus simples. Aussi ce systme
est-il employ maintenant pour le service des tablissements publics
et industriels, pour les services des mines, pour les travaux
sous-marins, pour la marine militaire, surtout lorsque plusieurs
vaisseaux marchent de conserve dans les mmes eaux et  la remorque
les uns des autres, enfin, pour les oprations militaires, soit pour
les transmissions d'ordres  divers corps d'arme, soit pour les
correspondances  changer dans les coles de tir. En Amrique, le
service des tlgraphes municipaux et des tlgraphes privs 
l'intrieur des villes est effectu de cette manire, et il est
probable que ce systme sera prochainement adopt en Europe. Dj en
Allemagne un service de cette nature est tabli depuis l'automne
dernier aux bureaux tlgraphiques de certaines villes, et le
Post-office de Londres s'occupe en ce moment de l'tablir en
Angleterre. Il est  supposer que le rseau municipal de notre
administration franaise sera un jour ou l'autre desservi ainsi. Mais
indpendamment des services qu'il peut rendre comme appareil de
correspondance, le tlphone peut tre d'un grand secours aux services
tlgraphiques eux-mmes en fournissant un moyen des plus simples
d'obtenir un grand nombre de transmissions tlgraphiques simultanes
 travers un mme fil et mme d'tre associs en _Duplex_ avec des
tlgraphes Morse. Ses applications sous la forme de microphone sont
incalculables, et le proverbe qui dit que _les murs ont des oreilles_
pourra devenir de cette manire matriellement vrai. On est effray
des consquences que pourrait avoir un organe aussi indiscret. MM. les
diplomates devront videmment redoubler de rserve, et les tendres
confidences ne pourront plus se faire avec le mme abandon. Y
gagnera-t-on? nous n'osons le croire, mais en revanche le mdecin
pourra vraisemblablement un jour en tirer parti pour tudier avec une
plus grande facilit tout ce qui se passe dans notre corps.




APPLICATION DU TLPHONE AUX TRANSMISSIONS TLGRAPHIQUES SIMULTANES.


L'une des plus curieuses et des plus importantes applications du
tlphone est celle qu'on peut en faire aux appareils tlgraphiques
pour transmettre simultanment plusieurs dpches  travers le mme
fil, et nous avons vu que c'tait cette application qui avait conduit
MM. Gray et Bell  leurs tlphones parlants que nous admirons tant
aujourd'hui, et qui ont fait perdre un peu de vue les conceptions
primitives, bien qu'elles aient peut-tre une plus grande importance
pratique. Ce sont de ces systmes dont nous allons maintenant nous
occuper.

Pour obtenir la transmission simultane, il n'est pas besoin d'un
tlphone articulant; les tlphones musicaux imagins par MM.
Ptrina, Elisha Gray, Froment, etc., peuvent parfaitement suffire, et
pour qu'on puisse le comprendre, il me suffira d'en exposer
brivement le principe: Qu'on imagine aux deux stations en
correspondance sept vibrateurs lectro-magntiques accords sur les
diffrentes notes de la gamme et d'aprs un mme diapason, et
admettons qu'une touche analogue  une clef de tlgraphe Morse
permette, par son abaissement, de faire ragir lectriquement chaque
vibrateur; on comprendra aisment que ces vibrateurs pourront faire
ragir par le mme moyen les vibrateurs correspondants de la station
oppose, mais il faudra qu'ils soient accords sur la mme note, et la
dure des sons mis sera en rapport avec la dure de l'abaissement des
touches. On pourra donc, au moyen d'un abaissement court ou prolong,
obtenir des sons longs et brefs qui pourront constituer les lments
du langage tlgraphique usit dans le systme Morse, et, par
consquent, se prter  une transmission tlgraphique auditive.
Admettons maintenant que, devant chacun des vibrateurs dont nous avons
parl, soit plac un employ tlgraphiste faonn  ce genre de
transmission, et que ces employs transmettent en mme temps par ce
moyen des dpches diffrentes: le fil tlgraphique se trouvera
instantanment travers par sept courants interrompus et superposs
qui,  la station d'arrive, sembleraient ne devoir fournir sur tous
les vibrateurs qu'un mlange de bruits confus, mais qui, en raison de
l'accord existant entre les vibrateurs en correspondance,
n'influenceront d'une manire sensible que ceux de ces vibrateurs
auxquels ils sont destins. La prdominance des sons ainsi reproduits,
pourra d'ailleurs tre accentue davantage en adaptant  chaque
vibrateur un _rsonnateur d'Helmholtz_[27], c'est--dire un appareil
acoustique susceptible de ne vibrer que sous l'influence d'une seule
note sur laquelle il aura t accord. Par ce moyen, il deviendra donc
possible de _trier_ les sons transmis et de ne faire arriver aux
oreilles de chaque employ que les sons qui lui sont destins.
Consquemment, que les sons soient mls ou non sur les vibrateurs
d'arrive, l'employ du _do_ ne recevra que des _do_, l'employ du
_sol_ ne recevra que des _sol_, etc., de sorte que tous les employs
pourront correspondre entre eux comme s'ils avaient chacun un fil
spcial.

         [Note 27: Le rsonnateur d'Helmholtz repose sur ce
         principe qu'un volume d'air contenu dans un vase ouvert met
         une certaine noie quand il est mis en vibration, et que la
         hauteur de cette note dpend de la dimension du vase et de
         celle de l'ouverture dcouverte. La forme employe par
         Helmholtz est celle d'un globe, avec ouverture large sur un
         ct et petite sur l'autre; c'est cette dernire qu'on
         approche de l'oreille. S'il y a dans l'air une srie de sons
         musicaux, c'est celui qui est d'accord avec la note
         fondamentale du globe qui est renforc et qui est peru parmi
         tous les autres. C'est du reste le mme effet qui se produit
         quand en chantant dans un piano, on entend certaines cordes
         qui vibrent plus fortement que les autres. Ce sont
         prcisment celles qui vibrent  l'unisson des sons mis. On
         a donn aux rsonnateurs des formes bien diffrentes; les
         plus employes sont des caisses plus ou moins longues qui
         servent en mme temps de botes sonores.]

Tel qu'il vient d'tre expos, ce systme tlgraphique ne permettrait
que des transmissions auditives, et l'on ne pourrait pas, par
consquent, obtenir aucune trace des dpches envoyes. Pour obvier 
cet inconvnient, on a imagin de faire ragir les vibrateurs du poste
de rception sur des enregistreurs, en disposant ceux-ci de manire
que leur organe lectrique prsentt assez d'inertie magntique pour
que, tant mis en action sous l'influence des vibrations sonores, il
put maintenir l'effet produit tout le temps de la vibration.
L'exprience a montr qu'un rcepteur Morse, anim par le courant
d'une pile locale, suffisait parfaitement pour cela; de sorte qu'en
faisant ragir le vibrateur musical comme relais, c'est--dire sur un
contact en rapport avec la pile locale et le rcepteur, on pouvait
obtenir sur celui-ci les traces longues et courtes qui sont les
lments constituants du langage Morse.

D'aprs ces principes, et en considrant les espaces musicaux sparant
les diffrentes notes de la gamme comme suffisants pour tre
facilement distingus par le rsonnateur, on pourrait donc obtenir
sept transmissions simultanes  travers le mme fil; mais
l'exprience a montr qu'il fallait se contenter d'un moins grand
nombre. Toutefois, comme on peut appliquer  ce systme les moyens de
transmission en sens contraire, on peut doubler ce nombre facilement.

Suivant M. G. Bell, l'ide de l'application du tlphone aux
transmissions lectriques multiples serait venue simultanment  MM.
Paul Lacour de Copenhague,  M. Elisha Gray de Chicago,  M. C. Varley
de Londres et  M. Edison de New-Marck; mais nous croyons qu'il a fait
confusion, car nous voyons dj, les brevets en mains, que le systme
de M. Varley date de 1870, que celui de M. Paul Lacour date de
septembre 1874, que celui de M. Elisha Gray date de fvrier 1875, et
que ceux de MM. Bell et Edison sont postrieurs; mais si on se reporte
aux caveats de M. Elisha Gray, on voit que c'est lui qui, le premier,
a conu et excut des appareils de ce genre. En effet, dans un caveat
rdig le 6 aot 1874, il exposait nettement le systme que nous
avons dcrit prcdemment et qui fut la base de ceux dont nous
parlerons plus loin. Ce caveat n'tait d'ailleurs lui-mme qu'un
complment de deux autres remplis en avril et en juin 1874. Quant au
systme de M. Varley, il ne se rapportait que trs-indirectement 
celui que nous avons expos. Du reste, M. Bell lui-mme semble avoir
abandonn maintenant toute prtention  cette invention. Voici,
toutefois, ce qu'il disait  cet gard dans son mmoire lu  la
Socit des ingnieurs tlgraphistes de Londres:

Ayant t frapp de l'ide que la dure plus ou moins grande d'un son
musical pouvait reprsenter le point et la barre de l'alphabet
tlgraphique, je pensai qu'au moyen d'un clavier de diapasons
(analogue  celui d'Helmholtz) adapt  l'une des extrmits d'une
ligne tlgraphique et dispos de manire  ragir lectriquement 
l'autre bout de la ligne sur des appareils lectro-magntiques
frappant sur des cordes de piano, on pourrait obtenir, par des
combinaisons convenables de sons longs et courts, des transmissions
tlgraphiques simultanes, dont le nombre ne pourrait tre limit que
par la dlicatesse de l'oue. Il ne s'agissait pour cela que
d'affecter au service de la transmission un employ pour chaque touche
du clavier, et de faire en sorte que son correspondant ne put
distinguer, au milieu de tous les sons transmis, que celui qui lui
tait propre. Cette ide envahit tellement mon esprit que je ne
m'occupai plus que de rsoudre le problme ainsi pos, et c'est ce qui
m'a conduit  mes recherches sur la tlphonie.

Pendant plusieurs annes, je cherchai le meilleur moyen de
reproduire,  distance, les sons musicaux au moyen de Rhotomes 
trembleur; celui qui m'a donn les meilleurs rsultats tait une lame
d'acier vibrant entre deux contacts et dont les vibrations taient
provoques et entretenues lectriquement au moyen d'un lectro-aimant
et d'une batterie locale. Par suite de sa vibration, les deux contacts
se trouvaient alternativement touchs, et il en rsultait des
fermetures alternatives de deux circuits, l'un local qui entretenait
le mouvement de la lame, l'autre en rapport avec la ligne, et qui
ragissait  distance sur le rcepteur de manire  lui faire
accomplir des vibrations isochrones. Une clef Morse tait adapte dans
ce dernier circuit prs de l'appareil transmetteur, et quand elle
tait abaisse, les vibrations taient transmises  travers la ligne;
quand elle tait releve, ces vibrations cessaient, et l'on comprend
aisment qu'en abaissant plus ou moins longtemps la clef, on pouvait
obtenir les sons brefs et longs ncessaires aux diffrentes
combinaisons du langage tlgraphique. De plus, si la lame vibrante de
l'appareil rcepteur avait t rgle de manire  vibrer  l'unisson
de celle de l'appareil transmetteur correspondant, elle devait vibrer
beaucoup mieux avec ce transmetteur qu'avec un autre qui n'aurait pas
eu sa lame ainsi accorde.

Il est facile de comprendre, d'aprs cette disposition
d'interrupteur, comment on peut obtenir avec plusieurs lames de sons
diffrents des transmissions simultanes, et comment, au poste de
rception, il est possible de distinguer les sons qui sont destins 
chaque employ, puisque c'est celui qui se rapporte au son
fondamental de chaque lame vibrante qui est reproduit le plus
fortement par cette lame. Consquemment, les sons provoqus par la
lame vibrante du _do_, par exemple, ne seront bien perceptibles  la
station d'arrive que sur l'appareil dont la lame aura t accorde
sur le _do_, et il en sera de mme pour les autres lames; de sorte que
les sons arriveront  destination, sinon sans confusion, du moins
suffisamment clairement pour tre distingus par les employs.

Sans entrer dans les dtails de cette disposition, je dirai seulement
qu'il existait dans ce systme plusieurs dfauts qui peuvent se
rsumer ainsi:

1 L'employ qui devait recevoir les dpches devait avoir une bonne
oreille musicale afin de bien distinguer la valeur des sons.

2 Les signaux ne pouvant tre produits qu'autant que les courants
transmis sont dans la mme direction, il fallait employer deux fils
pour changer les dpches dans les deux directions.

Je surmontai la premire difficult en adaptant au rcepteur un
appareil auquel je donnai le nom d'interrupteur de circuit vibratoire
et qui permettait d'enregistrer automatiquement les sons produits. Cet
interrupteur tait dispos dans le circuit d'une pile locale qui
pouvait actionner un appareil Morse sous certaines conditions. Quand
les sons mis par l'appareil ne correspondaient pas  ceux pour
lesquels il avait t accord, l'interrupteur restait sans action sur
l'appareil tlgraphique; au contraire il agissait sur lui quand les
sons mis taient ceux qui devaient tre interprts, et naturellement
cette action durait plus ou moins, suivant que ces sons taient brefs
ou longs. Ds lors, on obtenait sur l'appareil tlgraphique les
points et les traits qui correspondaient aux signaux transmis.

M. Bell dit encore qu'il a appliqu ce systme aux tlgraphes
lectro-chimiques, mais nous n'insisterons pas davantage sur cette
partie de l'invention, puisque, ainsi que nous l'avons dit, il semble
l'avoir abandonne.


=Systme de M. Paul Lacour de Copenhague.=--Le systme de M. Paul
Lacour a t brevet le 2 septembre 1874, mais les premires
expriences ont t faites ds le 5 juin de la mme anne.  cette
poque, comme M. Lacour craignait que les vibrations ne fussent pas
perceptibles sur de longues lignes, les essais ne furent entrepris que
sur une ligne assez courte; mais au mois de novembre 1874, de
nouvelles expriences furent entreprises entre Frdriccia et
Copenhague, sur une ligne dont la longueur tait de 390 kilomtres, et
on put constater que les effets vibratoires pouvaient tre transmis
facilement, mme sous l'influence d'une pile assez faible.

Dans le systme de M. P. Lacour, l'appareil transmetteur est un simple
diapason soutenu horizontalement et dont l'un des bras ragit sur un
interrupteur de courant qui peut produire  travers la ligne un nombre
d'missions de courants exactement gal  celui des vibrations du
diapason. Si un manipulateur Morse est interpos dans le circuit, on
comprend aisment qu'en le manoeuvrant de manire  produire les
traits et les points de l'alphabet Morse, on pourra reproduire ces
sortes de signaux  la station oppose, et ces signaux s'y
manifesteront par des sons longs et courts, si un rcepteur
lectro-magntique est dispos en consquence. Ce transmetteur est
indiqu fig. 53.

La fig. 54 reprsente le rcepteur de M. Lacour. C'est un diapason F non
plus en acier comme le diapason transmetteur, mais en fer doux et dont
chacune des branches est introduite dans le tube d'une bobine
lectro-magntique CC; deux lectro-aimants particuliers M, M ragissent
trs-prs de l'extrmit antrieure de ces branches et de telle manire
que les polarits dveloppes sur ces branches sous l'influence des
bobines CC, se trouvent tre de noms contraires  celles des
lectro-aimants M, M. Si ce double systme lectro-magntique est
interpos dans un circuit de ligne, il arrivera que, pour chaque
mission de courant qui sera transmise, il se produira une attraction
correspondante des branches du diapason, d'o natra une vibration, et
par suite un son si ces missions sont nombreuses. Ce son sera
naturellement bref ou long, suivant la dure d'action du transmetteur,
et il sera le mme que celui du diapason de cet appareil. De plus, si
l'une des branches du diapason ragit sur un contact P introduit dans le
circuit d'une pile locale correspondant  un rcepteur Morse, il pourra
se produire sur ce rcepteur des traces qui seront longues ou courtes
suivant la dure des sons reproduits, car l'lectro-aimant du Morse se
trouvera, si promptement actionn par ces fermetures successives de
courant, qu'il ne changera pas de place pendant toute la dure de chaque
vibration. Je n'ai pu encore, dit M. Lacour,  l'Acadmie des sciences
de Danemark, en 1875, calculer le temps ncessaire pour produire dans le
diapason du rcepteur des vibrations d'un ordre dtermin. Ce temps est
fonction de divers facteurs, mais l'exprience a montr que le temps qui
s'coule avant la fermeture du circuit local est une fraction de
seconde si petite, qu'elle est presque inapprciable, mme quand le
courant est trs-faible.

Comme les courants intermittents n'agissent sur un diapason qu' la
condition que ce diapason vibre  l'unisson de celui qui produit ces
courants, il en rsulte que, si on dispose  l'une des extrmits d'un
circuit une srie de diapasons transmetteurs accords sur diffrentes
notes de l'chelle musicale, et que l'on dispose  l'autre extrmit
une srie semblable de diapasons lectro-magntiques accords
exactement sur les autres, les courants intermittents qui seront
transmis par les diapasons transmetteurs, se superposeront sans se
confondre, et chacun des diapasons rcepteurs lectro-magntiques ne
sera impressionnable qu'aux courants lancs par le diapason vibrant 
son unisson. De cette faon, les combinaisons de signaux lmentaires
reprsentant un mot, pourront tre tlgraphies au mme instant.

M. Lacour numre de la manire suivante les applications que l'on
peut faire de ce systme: si les clefs relies aux diapasons
transmetteurs sont places les unes  ct des autres et abaisses
successivement ou simultanment en nombre plus ou moins grand, il
suffira de jouer de ces clefs comme on joue de celles d'un instrument
de musique pour jouer un air  distance, ou bien encore les signaux
transmis simultanment pourront appartenir chacun  une dpche
diffrente. Ce systme permettra donc  la station extrme d'une ligne
de communiquer avec une ou plusieurs stations intermdiaires et
vice-vers, sans troubler en rien l'installation des autres postes.
Ainsi deux des stations pourront s'envoyer des signaux sans que les
autres s'en aperoivent. Cette facult de transmettre beaucoup de
signaux  la fois donne un moyen avantageux de perfectionner le
tlgraphe autographique. Dans les appareils qui existent
actuellement, tels que ceux de Caselli, de d'Arlincourt et autres, il
n'y a qu'un seul style traceur, et, pour obtenir la copie d'un
tlgramme, il faut que ce style passe sur toute sa surface; mais avec
le tlphone, on peut placer un certain nombre de styles  ct les
uns des autres de manire  figurer un peigne, et il suffit de tirer
ce peigne dans un sens pour qu'il parcoure la surface du tlgramme.
On obtiendra ainsi en moins de temps une copie plus fidle.

M. Lacour fait remarquer galement que son systme offre cet avantage
dj signal par M. Varley, que ses appareils laissent passer les
courants ordinaires sans en accuser la prsence, d'o il rsulterait
que les courants accidentels qui troublent gnralement les
transmissions tlgraphiques, seraient sans action sur les systmes
tlgraphiques dont il vient d'tre question.

Dans l'origine, M. Lacour n'avait pas adapt au transmetteur de son
appareil un systme lectro-magntique pour entretenir le mouvement du
diapason; mais il n'a pas tard  reconnatre que cet accessoire tait
indispensable, et il a d faire de ses diapasons des lectro-diapasons.
D'un autre ct, il a pens  transformer les courants transmis en
courants ondulatoires en interposant dans le circuit, comme l'avait fait
du reste M. Elisha Gray, une bobine d'induction. Enfin, pour obtenir la
mise en action immdiate des diapasons et la cessation galement
immdiate de leur action, il les construisit de manire  rendre leur
inertie aussi petite que possible. Le moyen qui lui a le mieux russi a
t d'introduire d'abord les deux branches du diapason dans une mme
bobine, et de prolonger en arrire le pied du diapason de manire
qu'aprs s'tre recourb, il passt  travers une seconde bobine, se
divisant en deux branches et embrassant sans les toucher les deux
branches vibrantes. Lorsqu'un courant traverse les deux bobines, il
produit dans ces deux systmes qui constituent une sorte
d'lectro-aimant en fer  cheval, des polarits contraires qui
provoquent une double raction sur les branches vibrantes, raction par
rpulsion exerce par ces deux branches en raison de leur mme polarit,
raction par attraction par les deux autres branches en raison de leurs
polarits contraires, et cette action est renouvele par le jeu d'un
interrupteur de courant adapt  l'une des branches vibrantes du
diapason.


=Systme de M. Elisha Gray.=--Dans le systme brevet primitivement,
chacun des transmetteurs dont nous reprsentons fig. 55 la
disposition, se compose d'un lectro-aimant M M soutenu au-dessous
d'une petite tablette de cuivre BS, de manire que ses ples
traversant cette tablette viennent affleurer la surface suprieure de
celle-ci. Au dessus de ces ples se trouve fixe une lame d'acier AS
qui peut tre tendue plus ou moins au moyen d'une vis S, et contre
laquelle vient appuyer une autre vis _c_, mise en rapport lectrique
avec une pile locale R' par l'intermdiaire d'une clef Morse.
Au-dessous de cette lame AS se trouve un contact _d_ reli au fil de
ligne L, lequel contact, tant rencontr par la lame au moment de son
attraction par l'lectro-aimant, forme le courant d'une pile de ligne
P qui agit sur le rcepteur de la station oppose. Enfin des
communications lectriques tablies entre la pile locale R' et
l'lectro-aimant, comme on le voit sur la figure, permettent de
dterminer  chaque abaissement de la clef, et  la manire des
trembleurs ordinaires, des vibrations de la part de la lame d'acier
AS, vibrations qui, par une tension convenable de cette lame et une
intensit donne de la pile R', peuvent fournir une note musicale
dtermine. De plus, comme  chaque vibration, cette lame AS rencontre
le contact _d_, des missions du courant de ligne sont produites 
travers la ligne L et peuvent ragir sur l'appareil rcepteur en lui
faisant reproduire exactement les mmes vibrations que sur l'appareil
transmetteur.

L'appareil rcepteur que nous reprsentons fig. 56 est exactement
semblable  celui que nous venons de dcrire, seulement le contact _d_
manque au-dessous de la lame vibrante AS, et le contact _c_, au lieu
de correspondre au fil de ligne, est reli lectriquement  un
enregistreur E et  une pile locale P. Or il rsulte de cette
disposition que quand la lame AS vibre sous l'influence des courants
interrompus traversant l'lectro-aimant MM, des vibrations semblables
sont transmises  travers l'enregistreur; mais si l'organe
lectro-magntique de cet enregistreur est convenablement rgl, ces
vibrations ne pourront produire que l'effet d'un courant continu, et
ds lors les traces laisses sur l'appareil seront plus ou moins
longues suivant la dure des sons produits; on aura donc de cette
manire l'enregistration des traits et des points qui composent les
signaux du vocabulaire Morse.

Si l'on considre maintenant que la lame AS peut vibrer d'autant plus
facilement, sous l'influence des attractions lectro-magntiques, que
le nombre de ces attractions se rapproche davantage de celui des
vibrations correspondantes au son fondamental qu'elle peut mettre,
on comprend immdiatement qu'en accordant cette lame sur celle de
l'appareil transmetteur correspondant de manire  lui faire produire
le mme son, elle deviendra particulirement impressionnable aux
vibrations transmises par le transmetteur, et les autres vibrations
qui pourraient l'affecter n'agiront que faiblement. De plus, un
rsonnateur plac au-dessus de cette lame pourra encore augmenter dans
une grande proportion cette prdisposition; de sorte que si plusieurs
systmes de ce genre, accords sur des tons diffrents, fournissent
des transmissions simultanes, les sons en rapport avec les
diffrentes vibrations transmises, se trouveront en quelque sorte
tris et distribus, malgr leur mlange, sur les rcepteurs qui leur
sont spcialement appropris, et chacun d'eux pourra conserver les
traces des sons mis, par l'adjonction de l'enregistreur qui pourra
tre d'ailleurs un rcepteur Morse ordinaire convenablement dispos.
Suivant M. Elisha Gray, il peut y avoir autant d'appareils
transmetteurs et de circuits locaux indpendants qu'il y a de tons et
de demi-tons dans deux octaves, ou plus, pourvu que chaque lame
vibrante soit accorde sur une note diffrente de l'chelle musicale.
Les instruments pourront tre placs les uns  ct des autres, et
leurs clefs locales respectives, disposes comme les touches d'un
piano, permettront de jouer facilement un air compos de notes et
d'accords; on pourra encore espacer les appareils et mme les loigner
assez les uns des autres pour que chaque employ ne soit pas importun
par des sons autres que ceux qui sont propres  l'appareil dont il
est charg.

Dans une nouvelle disposition qui a figur  l'Exposition universelle
de 1878, M. Elisha Gray a modifi assez notablement le mode de
fonctionnement des divers organes lectro-magntiques que nous venons
de dcrire; cette fois les lames sont constitues par de vritables
diapasons  une branche qui vibrent continuellement aux deux stations,
et les signaux ne sont perus que par des renforcements dans
l'intensit des sons produits. Cette disposition a t la consquence
de la ncessit dans laquelle on se trouve, pour des transmissions
multiples de ce genre, de maintenir le circuit de ligne toujours
ferm, afin de ragir avec des courants ondulatoires, les seuls qui,
ainsi qu'on l'a vu page 39, peuvent conserver  plusieurs sons
transmis simultanment leur caractre individuel.

Dans ces conditions, le transmetteur se compose, comme on le voit fig.
57, d'une branche de diapason _a_ munie d'une rainure dans laquelle
peut courir un curseur pesant afin d'accorder le diapason sur la note
voulue, et qui oscille entre deux lectro-aimants _e_ et _f_ et deux
contacts I et G. Ces lectro-aimants ont une rsistance
trs-diffrente; celle de l'un _f_ est de 3 kilomtres de fil
tlgraphique, et celle de l'autre ne dpasse pas 400 mtres. Les
communications lectriques tant tablies ainsi qu'on le voit sur la
figure, voici ce qui se passe: le courant de la pile locale BL tant
ferm  travers les deux lectro-aimants _e_ et _f_ par le contact de
repos de la clef Morse H, la lame _a_ se trouve sollicite par deux
actions contraires; mais comme l'lectro-aimant _f_ a plus de spires
que l'lectro-aimant _e_, son action est prpondrante, et la lame _a_
se trouve attire du ct de _f_, dterminant avec le ressort G un
contact qui ouvre une issue moins rsistante au courant; celui-ci
passant alors presqu'entirement par G, _b_, 1, 2, B, permet 
l'lectro-aimant _e_ d'exercer  son tour son action; la lame _a_ se
trouve alors attire vers _e_ et, dterminant un contact sur le
ressort I, peut transmettre  travers la ligne tlgraphique le
courant de ligne BP, si la clef H est en ce moment abaisse sur le
contact de transmission; si elle ne l'est pas, aucun effet n'a lieu
de ce ct, mais comme la lame _a_ a abandonn le ressort G, le
premier effet attractif de l'lectro-aimant _f_ se renouvelle et tend
 attirer de nouveau la lame vers _f_, et les choses se renouvelant
ainsi indfiniment, la vibration de la lame _a_ se trouve entretenue,
dterminant des missions de courants de ligne en rapport avec ces
vibrations, toutes les fois que la clef H se trouve abaisse. Ces
vibrations sont d'ailleurs facilites par l'lasticit de la lame qui
doit d'ailleurs tre mise en vibration mcaniquement au dbut.

Le rcepteur que nous reprsentons fig. 58, consiste dans un
lectro-aimant M, mont sur une caisse sonore C et dont l'armature est
constitue par une lame de diapason LL solidement fixe sur la caisse
avec arqueboutement par une traverse T. Cette armature porte un
curseur P, mobile dans une rainure, qui permet d'accorder ses
vibrations propres sur la note fondamentale de la caisse sonore C,
laquelle doit vibrer  l'unisson avec elle et est dispose en
consquence. Par consquent, quand la lame LL vibre, l'intensit de la
note fondamentale est amplifie suivant les lois bien connues des
rsonnateurs, et un son ne pourra tre reproduit par elle qu' la
condition de vibrer  l'unisson avec elle. Dans ces conditions, la
caisse aussi bien que le diapason agira donc comme un analyseur des
vibrations transmises par les courants, et pourra faire fonctionner
l'enregistreur en ragissant elle-mme sur un interrupteur de courant
local. Pour obtenir ce rsultat, il suffit de tendre devant
l'ouverture de la caisse une membrane de baudruche ou de parchemin et
d'y adapter un contact de platine dispos de manire  rencontrer,
quand la membrane entre en vibration, un ressort mtallique reli  un
enregistreur quelconque, soit un appareil Morse. Toutefois, comme en
Amrique les dpches sont gnralement reues au son, on n'emploie
pas ce complment du systme.

On rgle l'appareil non-seulement au moyen du curseur P mais encore
d'une vis de rglage V qui permet de placer l'lectro-aimant M dans
une position convenable; ce rglage est assur au moyen de la petite
vis _v_, et l'appareil est reli  la ligne par le bouton d'attache B.
Ce double dispositif est naturellement tabli pour chacun des systmes
de transmission.

Comme je le disais, on pourrait  la rigueur transmettre simultanment
de cette manire sept dpches diffrentes  la fois, mais jusqu'
prsent M. Elisha Gray n'a dispos ses appareils que pour quatre; il
leur a appliqu toutefois la combinaison en _duplex_, ce qui lui a
permis de doubler le nombre des transmissions; de sorte que huit
dpches peuvent tre transmises en mme temps, quatre dans le mme
sens, quatre en sens contraire.

D'aprs l'_Engineering_ et du reste d'aprs ce que m'a affirm M.
Haskins, ce systme aurait fonctionn avec le succs le plus complet
sur les lignes de la Western-Union Telegraph Company, de Boston 
New-York et de Chicago  Milwaukee. Mais depuis ces expriences, de
nouveaux perfectionnements ont permis de transmettre un beaucoup plus
grand nombre de dpches.

M. Elisha Gray a combin encore, conjointement avec M. Haskins, un
systme dans lequel il peut effectuer des transmissions tlphoniques
sur un fil dj desservi par des appareils Morse. C'est un problme
qu'avait rsolu avant lui M. Varley; mais le systme de M. Elisha Gray
parat avoir fourni des rsultats trs-importants, et  ce titre il
mrite de fixer l'attention. Nous ne le dcrirons pas toutefois ici,
car nous sortirions du cadre que nous nous sommes trac, et nous nous
rservons d'en parler dans les appendices que nous ajouterons  notre
expos des applications de l'lectricit. En attendant, ceux que cette
question pourra intresser trouveront tous les dtails ncessaires
dans un travail insr dans le journal de la Socit des ingnieurs
tlgraphistes de Londres, tome VI, p. 506.


=Systme de M. Varley.=--Ce systme est videmment le premier en date,
puisqu'il a t brevet en 1870 et que ce brevet indique en principe
la plupart des dispositifs adopts depuis par MM. Paul Lacour, Elisha
Gray et G. Bell. Il est bas sur l'emploi du tlphone musical du mme
auteur que nous avons dcrit p. 25 et dont il a, du reste, vari la
disposition de plusieurs manires qu'il indique, en le rapportant plus
ou moins au systme de Reiss.

En fait, le but que s'tait propos M. Varley tait de faire
fonctionner son appareil tlphonique concurremment avec des
instruments  courants ordinaires, par la superposition d'ondes
lectriques rapides, incapables d'altrer pratiquement le pouvoir
mcanique ou chimique des courants formant les signaux ordinaires,
mais susceptibles de produire des signaux distincts perceptibles 
l'oreille et mme  l'oeil. Un lectro-aimant, dit-il, offre au
premier moment une grande rsistance au passage d'un courant
lectrique, et, par suite, peut tre regard comme un corps
partiellement opaque eu gard  la transmission de courants inverses
trs-rapides ou d'ondes lectriques. En consquence, si on place  la
station de transmission un diapason ou un instrument  lame vibrante
accord sur une note dtermine et dispos de manire  avoir son
mouvement sans cesse entretenu par des moyens lectriques, on pourra,
en faisant passer le courant qui l'anime  travers deux hlices
superposes constituant l'hlice primaire d'une bobine d'induction,
obtenir dans deux circuits distincts deux sries de courants
rapidement interrompus qui correspondront aux deux sens de la
vibration du diapason, et l'on aura encore les courants induits
dtermins dans l'hlice secondaire par ces courants, qui pourront
animer un troisime circuit. Ce troisime circuit pourra d'ailleurs
tre mis en rapport avec une ligne tlgraphique dj desservie par un
systme tlgraphique ordinaire, si on y adapte un condensateur, et
l'on pourra obtenir deux transmissions simultanes diffrentes[28].

         [Note 28: J'avais dcrit dans le tome III de mon expos
         des applications de l'lectricit, p. 466, un systme de ce
         genre, que M. Varley avait expriment au moment de la pose
         du cble transatlantique franais.]

La figure 59 reprsente le dispositif de ce systme, D est la lame
vibrante du diapason appele  fournir les contacts lectriques pour
l'entretien de son mouvement. Ces contacts sont en S et S', et les
lectro-aimants qui l'actionnent sont en M et M'; la bobine
d'induction est en I, et les trois hlices qui la composent sont
indiques par les lignes circulaires qui l'entourent. En A se trouve
un manipulateur Morse; un autre est en A', et en P et P' se trouvent
les deux piles destines  animer le systme. Le condensateur est en
C et le tlphone T  l'extrmit de la ligne L.

Quand la vibration de la lame D se porte  droite et que le contact
lectrique est effectu en S', le courant de la pile P', aprs avoir
travers la premire hlice, arrive aux lectro-aimants M, M' qui
l'actionnent en lui donnant une impulsion en sens contraire. Quand au
contraire elle se porte vers la gauche, le courant est envoy 
travers le second circuit primaire qui sera quilibr avec le premier.
Il en rsultera donc dans le circuit induit correspondant  la clef
A', une srie de courants renverss qui chargeront et dchargeront
alternativement le condensateur C, envoyant ainsi sur la ligne une
srie correspondante d'ondulations lectriques qui ragiront sur
l'appareil tlphonique plac  l'extrmit de la ligne, et comme ces
courants peuvent tre transmis avec des dures plus ou moins longues
suivant le temps d'abaissement de la clef A', on pourra obtenir sur
cet appareil tlphonique une correspondance en langage Morse en mme
temps qu'une autre correspondance sera change avec la clef A et les
rcepteurs Morse ordinaires.

Pour rendre sensibles  la vue les signaux vibratoires, M. Varley
propose d'employer, pour la reproduction des vibrations, un fil
d'acier fin, tendu  travers une hlice, en regard d'une fente
trs-troite. On place derrire la fente une lumire qui est
intercepte par le fil. Mais aussitt qu'un courant passe, le fil
vibre et une lumire apparat. Une lentille place en avant projette
une image agrandie de la fente lumineuse sur un cran blanc tant que
le fil est en vibration.




APPLICATIONS DIVERSES DU TLPHONE.


=Applications aux usages domestiques.=--Nous avons vu que le tlphone
pouvait tre employ avec beaucoup d'avantages aux services des
tablissements publics et privs; ils sont en effet d'une installation
beaucoup moins dispendieuse que les tubes acoustiques, et peuvent
s'appliquer dans des cas o ceux-ci ne pourraient jamais tre
employs. Grce aux avertisseurs dont nous avons parl, ils prsentent
les mmes avantages, et la liaison des appareils entre eux peut tre
beaucoup mieux dissimule. La diffrence du prix d'installation est
d'ailleurs environ dans le rapport de 1  7.

Pour ce genre d'application, les tlphones magnto-lectriques sont
videmment ceux auxquels on doit donner la prfrence, car ils ne
ncessitent pas de pile, et sont toujours prts  fonctionner. On les
emploie dj dans la plupart des bureaux des ministres, et il est
probable que d'ici  peu de temps, ils seront l'accompagnement des
sonneries lectriques pour le service des htels et des grands
tablissement publics et privs; on pourra mme les employer dans les
maisons particulires pour donner des ordres aux domestiques loigns
ou aux concierges qui, par leur intermdiaire, pourront viter aux
visiteurs la fatigue de monter inutilement plusieurs tages. Dans ce
cas, ces appareils devront tre accompagns de commutateurs et de
boutons d'appel dont la disposition se devine du reste aisment.

Dans les tablissements industriels, les tlphones remplaceront
videmment prochainement les systmes tlgraphiques dj installs
dans beaucoup d'entre eux. Ils pourront alors servir non-seulement 
la transmission des ordres ordinaires, mais encore aux services de
secours en cas d'incendie, et ils feront partie intgrante des divers
systmes dj tablis dans ce but.

Dans les pays qui ont la libert de communication tlgraphique, le
tlphone a dj remplac en grande partie les appareils de
tlgraphie prive jusque-l en usage, et si nous jouissons un jour de
ce privilge, il est vident qu'on n'emploiera pas d'autre moyen de
correspondance. Esprons que d'ici  peu de temps ce desiderata
exprim depuis si longtemps aux divers gouvernements qui se sont
succd, sera enfin accompli, et le tlphone sera venu juste  point
pour inaugurer cette re nouvelle.


=Application aux services tlgraphiques.=--Les avantages que le
tlphone peut rendre aux services tlgraphiques est assez restreint,
car au point de vue de la clrit de la transmission des dpches, il
aurait videmment une moindre valeur que beaucoup de nos appareils
tlgraphiques actuellement en usage, et les dpches qu'ils
fourniraient ne seraient pas susceptibles d'tre contrles. Nanmoins
dans les bureaux municipaux peu chargs de dpches, ils pourraient
prsenter des avantages en ce sens que l'on n'aurait pas besoin de
former des employs. Mais sur les lignes un peu longues, leur emploi
serait videmment moins avantageux. Le _Journal tlgraphique_ de
Berne a publi  cet gard des considrations d'un grand intrt sur
lesquelles nous appellerons l'attention du lecteur et qu'il rsume
ainsi:

     1 Pour transmettre une dpche avec tous les avantages que
     comporte le systme, il faudrait que l'expditeur pt parler
     directement au destinataire sans l'intermdiaire d'employs. Et
     tous ceux qui connaissent l'organisation des rseaux savent que
     cela n'est pas possible, qu'il faut ncessairement des bureaux
     intermdiaires de dpt, et que le public ne peut tre admis dans
     les bureaux de transmission et de rception; par consquent
     l'expditeur devra remettre sa dpche crite.

     2 L'employ une fois charg de ce soin, l'appareil a dj perdu
     un de ses principaux avantages, car cet employ va lire la
     dpche et devra la prononcer  son correspondant; mais si cette
     dpche est crite dans une langue trangre, cela devient
     videmment impossible.

     3 Enfin, aujourd'hui les administrations possdent des
     instruments qui permettent d'expdier les dpches avec une
     vitesse plus grande que celle qu'on obtiendrait en les expdiant
     par la voix.

Cependant on a install en Allemagne dans diffrents bureaux
tlgraphiques un service tlphonique, et pour qu'on puisse
comprendre les avantages qu'on peut y trouver, il suffira de se
reporter  la circulaire administrative qui a cr l'tablissement de
ces services. Voici cette circulaire:

     Les bureaux qui seront ouverts au public pour le service des
     dpches tlphoniques en Allemagne, seront considrs comme des
     tablissements indpendants; mais ils seront en mme temps
     rattachs aux bureaux tlgraphiques ordinaires, lesquels se
     chargeront de la transmission, sur leurs fils, des tlgrammes
     envoys au moyen du tlphone.

     La transmission aura lieu de la manire suivante: le bureau qui
     aura un tlgramme  expdier invitera le bureau de destination 
     mettre l'appareil en place. Ds que les cornets auront t
     ajusts, le bureau de transmission donnera le signal de l'envoi
     de la dpche verbale.

     L'expditeur devra parler lentement d'une manire claire et sans
     forcer la voix; les syllabes seules seront nettement spares
     dans la prononciation, on aura soin surtout de bien articuler les
     syllabes finales et d'observer une pause aprs chaque mot, afin
     de donner  l'employ rcepteur le temps ncessaire  la
     transcription.

     Lorsque le tlgramme a t reu et transmis, l'employ du
     bureau de destination vrifie le nombre de mots envoys; puis il
     rpte,  l'aide du tlphone, le tlgramme entier rapidement et
     sans pause, afin de constater qu'aucune erreur n'a t commise.

     Pour assurer le secret des correspondances, les instruments
     tlphoniques sont installs dans des locaux particuliers, o les
     personnes trangres au service ne peuvent entendre celui qui
     envoie la dpche verbale, et il est interdit aux employs de
     communiquer  qui que ce soit le nom de l'expditeur ou celui du
     destinataire.

     Les taxes  percevoir pour les dpches tlphoniques sont
     calcules  tant par mot, comme sur les lignes tlgraphiques
     ordinaires.


=Application aux arts militaires.=--Depuis la dcouverte du tlphone,
de nombreuses expriences ont t entreprises dans les diffrents
pays, pour reconnatre les avantages que pourrait fournir son emploi 
l'arme pour les oprations militaires. Jusqu' prsent ces
expriences n'ont t que mdiocrement satisfaisantes  cause des
bruits qui existent toujours dans une arme et qui empchent le plus
souvent d'entendre; et on recherche avec empressement tous les moyens
de rendre les bruits du tlphone plus accentus. Au moment de la
dcouverte du microphone, on avait cru un instant le problme rsolu,
et plusieurs coles militaires m'avaient demand des renseignements 
cet gard; mais je ne vois pas jusqu'ici que la question ait bien
avanc sous ce rapport. Quoi qu'il en soit, le tlphone a t un
instrument excessivement utile dans les coles de tir et sur les
polygones d'artillerie. Avec la grande porte qu'ont aujourd'hui les
armes  feu, il devenait ncessaire pour juger de la justesse du tir
d'tre prvenu tlgraphiquement de la position des points frapps des
cibles, et on avait mme imagin pour cela, des cibles tlgraphiques;
mais le tlphone est bien prfrable, et on l'emploie aujourd'hui
avec un grand succs.

Si le tlphone prsente des inconvnients pour le service de la
tlgraphie volante en campagne, en revanche il peut tre d'un grand
secours pour la dfense des places, pour la transmission des ordres du
commandant aux diffrentes batteries et mme pour l'change des
correspondances avec des ballons captifs lancs au-dessus des champs
de bataille.

Malgr les difficults de son emploi  l'arme, des essais ont t
tents par les Russes  la dernire guerre; le cble des fils de
communication tait assez lger pour tre pos par un seul homme et
avait de quatre cents  cinq cents mtres. Le mauvais temps, dit le
_Telegraphic Journal_ du 15 mars 1878, ne troubla pas le
fonctionnement des appareils, mais le bruit empchait d'entendre, et
on tait oblig de se couvrir la tte avec le capuchon d'un grand
manteau pour intercepter les sons extrieurs. Les rsultats n'ont
donc pas t trs-satisfaisants. Toutefois le tlphone peut rendre 
l'arme de grands services, en permettant d'intercepter au passage les
dpches de l'ennemi; ainsi un homme rsolu muni d'un tlphone de
poche pourra, en se plaant dans un endroit cart, tablir des
drivations entre le fil tlgraphique de l'ennemi et son tlphone et
saisir parfaitement, ainsi qu'on l'a vu, toutes les dpches
transmises. Il pourra mme obtenir ce rsultat en prenant ses
drivations  la terre ou sur un rail de chemin de fer. Bien des
recherches sont du reste encore  tenter dans cet ordre d'ides et il
est probable que l'on arrivera quelque jour  des combinaisons tout 
fait pratiques.


=Applications  la marine.=--L'un des plus grands avantages du
tlphone est celui qu'il peut rendre  la marine pour le service des
lectro-smaphores, des forts en mer, et des navires mouills en rade.
Les essais faits entre la prfecture maritime de Cherbourg, les
smaphores et les forts de la digue, dit M. Pollard, ont fait
ressortir les avantages qu'il y aurait  munir ces postes de
tlphones, ce qui assurerait une communication facile entre les
btiments d'une escadre et la terre ou entre ces navires eux-mmes. En
mouillant de petits cbles qui viendraient  la surface de la mer le
long des chanes des corps-morts et aboutiraient aux boues ou coffres
disposs en permanence dans la rade, les navires de guerre en
s'amarrant se mettraient de cette manire en relation avec la
prfecture maritime, et en mouillant temporairement des cbles lgers
d'un btiment  l'autre, l'amiral entrerait en communication intime
avec les btiments de son escadre.

On a essay l'application du tlphone  bord des navires pour la
transmission des ordres, mais le bruit qui existe toujours sur un
btiment empche d'entendre, et les rsultats ont t ngatifs.

C'est surtout pour les torpilles sous-marines que l'usage du tlphone
peut tre utile. Nous avons dj vu le genre de service qu'il peut
rendre quand il est accompagn d'un microphone. Mais il peut encore
tre trs-utile pour la mise  feu des torpilles, lorsqu'il s'agit de
connatre la position exacte du navire ennemi d'aprs deux vises
faites en deux points diffrents de la cte.

D'un autre ct, M. Trve a montr qu'on pouvait encore employer avec
avantage le tlphone pour relier tlgraphiquement des navires
marchant  la remorque l'un de l'autre, et M. des Portes en a fait une
trs-heureuse application pour les recherches que l'on est souvent
appel  faire au fond de la mer  l'aide du scaphandre. Dans ce cas,
on remplace une glace du casque par une plaque en cuivre dans laquelle
est enchss le tlphone, ce qui fait que le scaphandrier n'a qu'un
lger mouvement de tte  faire soit pour recevoir des communications
de l'extrieur, soit pour en adresser. Avec ce systme, on peut
visiter les carnes des navires et rendre compte de tout ce que l'on
voit, sans qu'il soit besoin de ramener les scaphandriers hors de
l'eau, comme on tait oblig de le faire jusque-l.


=Applications industrielles.=--L'une des premires et des plus
importantes applications qui ont t faites du tlphone est celle qui
a t tente des l'automne de 1877 en Angleterre et en Amrique pour
le service des mines. Les galeries de mines sont, comme on le sait,
souvent bien longues, et les transmissions des ordres de services
avaient dj ncessit l'emploi de tlgraphes lectriques; mais les
mineurs sont loin d'tre exercs  la manoeuvre de ces appareils, et
ce service laissait beaucoup  dsirer. Grce au tlphone qui permet
au premier venu de transmettre et de recevoir, rien ne s'oppose plus
maintenant  un change facile de communications entre les galeries et
le dehors.

On a pu aussi  l'aide du tlphone surveiller la ventilation dans les
mines. Un tlphone tant plac prs d'une roue mise en mouvement par
l'air servant  la ventilation et tant reli  un autre tlphone
plac dans le bureau de l'ingnieur, celui-ci pourra constater par le
bruit qu'il entendra, si la ventilation se fait dans les conditions
convenables et si la machine fonctionne rgulirement.


=Application aux recherches scientifiques.=--Les expriences de M.
d'Arsonval que nous avons rapportes p. 149, nous ont montr qu'on
pouvait employer le tlphone comme un galvanoscope des plus
sensibles; mais comme cet appareil ne peut fournir des sons que sous
l'influence de courants interrompus, il faut que le circuit sur lequel
on exprimente soit coup  des intervalles plus ou moins rapprochs.
Il n'est mme pas ncessaire, comme on l'a vu, que le tlphone soit
interpos dans le circuit; il peut tre impressionn  distance, soit
directement, soit par l'induction du courant interrompu sur un autre
circuit plac paralllement  ct du premier, et on peut augmenter la
puissance de ces effets par la raction d'un noyau de fer autour
duquel on enroule le circuit inducteur. L'inconvnient de ce systme
est que l'on n'obtient pas le sens du courant et qu'il ne peut tre
employ comme instrument mesureur; mais, en revanche, il est tellement
sensible, tellement facile  installer et si peu coteux, qu'employ
comme galvanoscope, il peut rendre les plus grands services.

Lors des essais que l'on a faits du tlphone entre Calais et
Boulogne, on a constat un rsultat qui semblerait indiquer une
application avantageuse de cet appareil  l'tude de la balistique. En
effet, des expriences de tir tant faites sur la plage de Boulogne,
on a plac prs de la pice de canon un tlphone, et l'on a peru la
dtonation  trois kilomtres (point de chute). En mesurant le temps
coul entre la sortie du projectile et sa chute, on a pu calculer sa
vitesse. Cette apprciation se fait ordinairement par l'observation
visuelle de la flamme qui accompagne la sortie du projectile; mais
dans certaines circonstances telles que le brouillard ou le tir 
longue porte, le tlphone remplacerait peut-tre l'observation
visuelle. Sur le champ de bataille, un observateur muni d'un tlphone
et plac sur une minence, pourrait,  distance, rectifier le tir de
sa batterie tablie gnralement dans un endroit abrit et moins
lev.




LE PHONOGRAPHE


Le phonographe de M. Edison qui a tant proccup les esprits depuis
quelques mois, est un appareil qui, non-seulement enregistre les
diverses vibrations dtermines par la parole sur une lame vibrante,
mais qui reproduit encore la parole d'aprs les traces enregistres.
La premire fonction de cet appareil n'est pas le rsultat d'une
dcouverte nouvelle. Depuis bien longtemps les physiciens avaient
cherch  rsoudre le problme de l'enregistration de la parole, et,
en 1856, M. Lon Scott avait combin un instrument bien connu des
physiciens sous le nom de _phonautographe_ qui rsolvait parfaitement
la question; cet appareil est dcrit dans tous les traits de physique
un peu complets; mais la seconde fonction de l'appareil d'Edison
n'avait pas t ralise ni mme pose par M. L. Scott, et nous nous
tonnons que cet intelligent inventeur ait vu dans l'invention de M.
Edison un acte de spoliation commis  son prjudice. Nous regrettons
surtout pour lui,  qui, quoiqu'il en dise, tout le monde a rendu
justice, qu'il ait  cette occasion publi, en termes amers, une sorte
de pamphlet qui ne prouve absolument rien, et qui n'apprend que ce que
tous les physiciens savent dj. Si quelqu'un pouvait lever des
prtentions  l'gard de l'invention du phonographe, du moins dans ce
qu'il a de plus curieux, c'est--dire la reproduction de la parole, ce
serait bien certainement M. Ch. Cros; car dans un pli cachet dpos 
l'Acadmie des sciences, le 30 avril 1877, il indiquait en principe un
instrument au moyen duquel on pouvait obtenir la reproduction de la
parole d'aprs les traces fournies par un enregistreur du genre du
phonautographe[29]. Le brevet de M. Edison dans lequel le principe du
phonographe est indiqu pour la premire fois, ne date en effet que du
31 juillet 1877, et encore ne s'appliquait-il qu' la rptition des
signaux Morse. Dans ce brevet, M. Edison ne fait que dcrire un moyen
d'enregistrer ces signaux par des dentelures effectues par un style
traceur sur une feuille de papier enveloppant un cylindre, et ce
cylindre tait creus sur sa surface d'une rainure en spirale. Les
dentelures ou gaufrages ainsi produits devaient tre utiliss, d'aprs
le brevet, pour transmettre automatiquement la mme dpche, en
repassant sous un style capable de ragir sur un interrupteur de
courant. Il n'est donc dans ce brevet nullement question de
l'enregistration de la parole ni de sa reproduction; mais, comme le
fait observer le _Telegraphic journal_ du 1er mai 1878, l'invention
prcdente lui donnait les moyens de rsoudre ce double problme
aussitt que l'ide lui en serait venue. S'il faut en croire les
journaux amricains, cette ide ne tarda pas  se faire jour, et elle
aurait t le rsultat d'un accident. Pendant des expriences qu'il
faisait un jour avec le tlphone, un style attach au diaphragme lui
piqua le doigt au moment o le diaphragme entrait en vibration sous
l'influence de la voix, et cette piqre avait t assez forte pour que
le sang en jaillit; il pensa alors que, puisque les vibrations de ce
diaphragme taient assez fortes pour percer la peau, elles pourraient
bien produire sur une surface flexible des gaufrages assez
caractriss pour reprsenter toutes les inflexions des ondes
provoques par la parole, et il put croire que ces gaufrages
pourraient mme reproduire mcaniquement les vibrations qui les
avaient provoques, en ragissant sur une lame capable de vibrer  la
manire de celle qu'il avait dj employe pour la reproduction des
signaux Morse. Ds lors le phonographe tait dcouvert, car de cette
ide  sa ralisation, il n'y avait qu'un pas, et, en moins de deux
jours, l'appareil tait excut et expriment.

         [Note 29: Voici le texte du pli cachet de M. Cros,
         ouvert sur sa demande  l'Acadmie des sciences le 3 dcembre
         1877. (Voir comptes rendus, tome 85, p. 1082). En gnral,
         mon procd consiste  obtenir le trac de va et vient d'une
         membrane vibrante et  se servir de ce trac pour reproduire
         le mme va et vient, avec ses relations intrinsques de
         dures et d'intensits, sur la mme membrane ou sur une autre
         approprie  rendre les sons et bruits qui rsultent de cette
         srie de mouvements.

         Il s'agit donc de transformer un trac extrmement dlicat,
         tel que celui qu'on obtient avec des index lgers frlant des
         surfaces noircies  la flamme, de transformer, dis-je, ces
         tracs en relief ou creux rsistants capables de conduire un
         mobile qui transmettra ses mouvements  la membrane sonore.

         Un index lger est solidaire du centre de figure d'une
         membrane vibrante; il se termine par une pointe (fil
         mtallique, barbe de plume, etc.), qui repose sur une surface
         noircie  la flamme. Cette surface fait corps avec un disque
         anim d'un double mouvement de rotation et de progression
         rectiligne. Si la membrane est en repos, la pointe tracera
         une spirale simple; si la membrane vibre, la spirale trace
         sera ondule et ses ondulations prsenteront exactement tous
         les va et vient de la membrane en leur temps et en leurs
         intensits.

         On traduit, au moyen de procds photographiques
         actuellement bien connus, cette spirale ondule et trace en
         transparence par une ligne de semblables dimensions, trace
         en creux ou en relief dans une matire rsistante (acier
         tremp, par exemple).

         Cela fait, on met cette surface rsistante dans un appareil
         moteur qui la fait tourner et progresser d'une vitesse et
         d'un mouvement pareils  ceux dont avait t anime la
         surface d'enregistrement. Une pointe mtallique, si le trac
         est en creux, ou un doigt  encoche, s'il est en relief, est
         tenue par un ressort sur ce trac, et, d'autre part, l'index
         qui supporte cette pointe est solidaire du centre de figure
         de la membrane propre  produire des sons. Dans ces
         conditions, cette membrane sera anime, non plus par l'air
         vibrant, mais par le trac commandant l'index  pointe,
         d'impulsions exactement pareilles en dures et en intensits,
          celles que la membrane d'enregistrement avait subies.

         Le trac spiral reprsente des temps successifs gaux par
         des longueurs croissantes ou dcroissantes. Cela n'a pas
         d'inconvnients si l'on n'utilise que la portion priphrique
         du cercle tournant, les tours de spires tant
         trs-rapprochs; mais alors on perd la surface centrale.

         Dans tous les cas, le trac de l'hlice sur un cylindre est
         trs-prfrable et je m'occupe actuellement d'en trouver la
         ralisation pratique.]

Cette petite histoire est assez ingnieuse et fait bien dans le
tableau, mais nous aimons  croire que cette dcouverte a t faite un
peu plus srieusement. En effet, un inventeur comme M. Edison, qui
avait dcouvert l'_lectro-motographe_, et qui l'avait appliqu au
tlphone, se trouvait par cette application mme sur la voie du
phonographe, et nous estimons trop M. Edison pour ajouter foi au petit
roman amricain. D'ailleurs le phonautographe de M. L. Scott tait
parfaitement connu de M. Edison.

Ce n'est qu'au mois de janvier 1877, que le phonographe de M. Edison
a t brevet. Par consquent, au point de vue du principe de
l'invention, M. Ch. Cros parat avoir une priorit incontestable; mais
son systme tel qu'il est dcrit dans son pli cachet et tel qu'il a
t publi dans la _Semaine du clerg_ du 10 octobre 1877, aurait-il
t susceptible de reproduire la parole?... Nous en doutons fort, et
notre doute pourrait tre lgitim par les essais infructueux tents
par M. l'abb Leblanc qui avait voulu raliser l'ide de M. Cros.
Quand il s'agit de vibrations aussi accidentes, aussi complexes que
celles qui sont exiges pour la reproduction des mots articuls, il
faut que leur clichage soit en quelque sorte moul par elles-mmes, et
leur reproduction artificielle doit forcment laisser chapper les
nuances qui distinguent les fines liaisons du langage; d'ailleurs, les
mouvements dtermins par une pointe engage dans une rainure suivant
une _courbe sinusode_, ne peuvent s'effectuer avec toute la libert
ncessaire au dveloppement des sons, et les frottements exercs sur
les deux bords opposs de la rainure, seraient d'ailleurs souvent de
nature  les touffer. Un membre distingu de la Socit de physique
disait avec raison, quand j'ai prsent le phonographe  cette
Socit, que toute l'invention de M. Edison rsidait dans la feuille
mtallique mince sur laquelle les vibrations se trouvent inscrites, et
effectivement, c'est grce  cette feuille qui a permis de clicher
directement les vibrations d'une lame vibrante, que le problme a pu
tre rsolu; mais il fallait penser  ce moyen, et c'est M. Edison qui
l'a trouv; c'est donc lui qui est bien l'inventeur du phonographe.

Aprs M. Ch. Cros, et encore avant M. Edison, MM. Napoli et Marcel
Deprez avaient cherch  construire un phonographe; mais leurs essais
avaient t si infructueux qu'ils avaient cru un moment le problme
insoluble, et quand on annona  la Socit de physique l'invention de
M. Edison, ils la mirent en doute. Depuis, ils ont repris leurs
travaux et nous font esprer qu'un jour ils pourront nous prsenter un
phonographe encore plus perfectionn que celui de M. Edison; c'est ce
que la suite nous dira.

En dfinitive, c'est M. Edison qui le premier a reproduit,
mcaniquement la parole, et a ralis par ce fait, une des plus
curieuses et des plus importantes dcouvertes de notre poque; car
elle a pu nous montrer que cette reproduction est beaucoup moins
complique qu'on pouvait le supposer. Cependant il ne faut pas
s'exagrer les consquences thoriques de cette dcouverte qui n'a pas
du tout dmontr, suivant moi, que nos thories sur la voix fussent
inexactes. Il faut, en effet, tablir une grande diffrence entre la
reproduction d'un son mis et la manire de dterminer ce son. La
reproduction pourra tre effectue d'une manire trs-simple, comme le
disait M. Bourseul, du moment o l'on aura trouv un moyen de
transmettre les vibrations de l'air, quelque compliques qu'elles
puissent tre; mais pour produire par la voix les vibrations
compliques de la parole, il faudra la mise en action de plusieurs
organes particuliers, d'abord des cordes du larynx, en second lieu, de
la langue, des lvres, du nez, des dents mmes, et c'est pourquoi une
machine rellement parlante est forcment trs-complique.

On s'est tonn que la machine parlante qui nous est venue, il y a
deux ans d'Allemagne, et qui a t exhibe au Grand-Htel, fut d'une
extrme complication, alors que le phonographe rsolvait le problme
d'une manire si simple: c'est que l'une de ces machines ne faisait
que reproduire la parole, tandis que l'autre l'mettait, et
l'inventeur de cette dernire machine avait d, dans son mcanisme,
mettre  contribution tous les organes qui dans notre organisme
concourent  la production de la parole. Le problme tait infiniment
plus complexe, et on n'a pas accord  cette invention tout l'intrt
qu'elle mritait.

Il est temps de dcrire le phonographe et les diverses applications
qu'on en a faites et qu'on pourra en faire dans l'avenir.


=Description du phonographe.--Manire de s'en servir.=--Le premier
modle de cet appareil, celui qui est le plus connu et que nous
reprsentons fig. 60, se compose simplement d'un cylindre enregistreur
R, mis en mouvement au moyen d'une manivelle M tourne  la main, et
devant lequel est fixe une lame vibrante munie antrieurement d'une
embouchure de tlphone E et, sur sa face postrieure, d'une pointe
traante; cette pointe traante que l'on voit en _s_ dans la fig. 62
qui reprsente la coupe de l'appareil, n'est pas fixe directement sur
la lame; elle est porte par un ressort _r_, et entre elle et la lame
vibrante est adapt un tampon de caoutchouc _c_, constitu par un bout
de tube, lequel a pour mission de transmettre  la pointe s les
vibrations de la lame sans les touffer; un autre tampon _r_, plac
entre la lame LL et le support rigide de la pointe, tend  attnuer un
peu ces vibrations qui seraient presque toujours trop fortes sans
cette prcaution.

Le cylindre, dont l'axe AA, fig. 60, est muni d'un pas de vis pour lui
faire accomplir un mouvement de translation horizontal  mesure que
s'effectue son mouvement de rotation sur lui-mme, prsente  sa
surface une petite rainure hlicodale dont le pas est exactement
celui de la vis qui le fait avancer, et la pointe traante s'y
trouvant une fois engage, peut la parcourir sur une plus ou moins
grande partie de sa longueur, suivant le temps plus ou moins long
qu'on tourne le cylindre. Une feuille de papier d'tain ou de cuivre
trs-mince est applique exactement sur cette surface cylindrique, et
doit y tre un peu dprime afin d'y marquer lgrement la trace de la
rainure et de placer convenablement la pointe de la lame vibrante.
Celle-ci, d'ailleurs, appuie sur cette feuille sous une pression qui
doit tre rgle, et, c'est  cet effet, aussi bien que pour dgager
le cylindre quand on doit placer ou retirer la feuille d'tain, qu'a
t adapt le systme articul SN qui soutient le support S de la lame
vibrante. Ce systme, comme on le voit, se compose d'un levier
articul qui porte une rainure dans laquelle s'engage la vis R. Un
manche N qui termine ce levier, permet, quand la vis R est desserre,
de faire pivoter le systme traant. Consquemment, pour rgler la
pression de la pointe traante sur la feuille de papier d'tain, il
suffit d'engager plus ou moins la vis R dans la rainure, et de la
serrer fortement quand le degr convenable de pression est obtenu.

Telle est la planche sur laquelle la parole viendra tout  l'heure se
graver en caractres durables, et voici comment fonctionne ce systme
si peu compliqu.

On parle dans l'embouchure E de l'appareil, comme on le fait dans un
tlphone ou dans un tube acoustique, mais avec une voix forte et
accentue et les lvres appuyes contre les parois de l'embouchure,
comme on le voit fig. 61; on tourne en mme temps le cylindre qui,
pour avoir un mouvement rgulier, est muni d'un lourd volant, V. fig.
60. Sous l'influence de la voix, la lame LL entre en vibration et fait
manoeuvrer la pointe traante, qui,  chaque vibration, dprime la
feuille d'tain et dtermine un gaufrage plus ou moins creux, plus ou
moins accident, suivant l'amplitude de la vibration et ses
inflexions. Le cylindre qui marche pendant ce temps, prsente
successivement  la pointe traante les diffrents points de la
rainure dont il a t question plus haut; de sorte que, quand on est
arriv au bout de la phrase prononce, le dessin pointill, compos de
creux et de reliefs successifs que l'on a obtenus, reprsente
l'enregistration de la phrase elle-mme. En ce qui concerne
l'enregistrement, l'opration est donc termine, et en dtachant la
feuille de l'appareil, la parole pourrait tre mise en portefeuille.
Voyons maintenant comment l'appareil arrive  rpter ce qu'il a si
facilement inscrit.

Pour cela, il s'agit de recommencer tout simplement la mme
manoeuvre, et le mme effet se reproduit identiquement en sens
inverse. On replace le style traant  l'extrmit de la rainure qu'il
a dj parcourue, et on remet le cylindre en marche; les traces
gaufres en repassant sous la pointe tendent  la soulever et  lui
communiquer un mouvement qui ne peut tre que la rptition de celui
qui les avait primitivement provoques, et la lame vibrante obissant
 ce mouvement, entre en vibration, reproduisant ainsi les mmes sons
et par suite les mmes paroles; toutefois, comme il y a ncessairement
perte de force dans cette double transformation des effets
mcaniques, on est oblig, pour obtenir des sons plus forts, d'adapter
 l'embouchure E le cornet C qui est une sorte de porte-voix. Dans ces
conditions, la parole reproduite par l'appareil peut tre entendue de
tous les points d'une salle, et rien n'est plus saisissant que
d'entendre cette voix, un peu grle il est vrai, qui semble venir
d'outre-tombe pour formuler ses sentences. Si cette invention et t
faite au moyen ge, on en aurait bien certainement fait
l'accompagnement des fantmes, et elle aurait donn beau jeu aux
faiseurs de miracles.

Comme la hauteur des sons dans l'chelle musicale dpend du nombre des
vibrations effectues par un corps vibrant dans un temps donn, la
parole peut tre reproduite par le phonographe sur un ton plus ou
moins lev suivant la vitesse de rotation que l'on donne au cylindre
qui porte la feuille impressionne. Si cette vitesse est la mme que
celle qui a servi  l'enregistration, le ton des paroles reproduites
est le mme que celui des paroles prononces. Si elle est plus grande,
le ton est plus lev, et si elle est moins grande, le ton est plus
bas; mais on reconnat toujours l'accent de celui qui a parl; cette
particularit fait qu'avec les appareils tourns  la main, la
reproduction des chants est le plus souvent dfectueuse, et l'appareil
chante faux; il n'en est plus de mme quand l'appareil se meut sous
l'influence d'un mouvement d'horlogerie parfaitement rgularis, et
l'on a pu obtenir de cette manire des reproductions satisfaisantes de
duos chants.

La parole, enregistre sur une feuille d'tain, peut se reproduire
plusieurs fois; mais  chaque fois les sons deviennent plus faibles et
moins distincts, parce que les reliefs s'affaissent de plus en plus.
Avec une lame de cuivre, ces reproductions sont meilleures, mais pour
les obtenir indfiniment, il faut faire clicher ces lames, et dans ce
cas, la disposition de l'appareil doit tre diffrente.

On a essay de faire parler le phonographe en prenant les
enregistrations  rebours de leur vritable sens; on a obtenu
naturellement des sons n'ayant aucune ressemblance avec les mots mis;
cependant MM. Fleeming Jenkin et Ewing ont remarqu que non seulement
les voyelles ne sont pas altres par cette action inverse, mais
encore que les consonnes, les syllabes et des mots tout entiers
peuvent tre reproduits avec l'accentuation que leur donnerait leur
lecture si elle tait faite  rebours.

Les sons produits par le phonographe, quoique plus faibles que ceux de
la voix qui a dtermin les traces enregistres, sont nanmoins assez
forts pour ragir sur des tlphones  ficelle et mme sur des
tlphones Bell, et comme dans ce cas les sons sont teints sur
l'appareil et qu'il n'y a que celui qui est en rapport avec le
tlphone qui les peroit, on peut tre assur qu'aucune supercherie
n'a pu tre employe pour les produire.

Quand je prsentai le 11 mars 1878 le phonographe  l'Acadmie des
Sciences de la part de M. Edison, et que M. Puskas, son reprsentant,
et fait parler ce merveilleux instrument, un murmure d'admiration se
fit entendre de tous les points de la salle, et ce murmure se changea
bientt en applaudissements rpts. Jamais, crivait  un journal
une des personnes prsentes  la sance, on n'avait vu la docte
Acadmie, ordinairement si froide, se livrer  un panchement si
enthousiaste. Pourtant quelques membres incrdules par nature, au lieu
d'examiner le fait physique, voulurent le dduire de considrations
morales et d'analogies, et bientt on entendit dans la salle une
rumeur qui semblait accuser l'Acadmie de s'tre laisse mystifier par
un habile _ventriloque_. Dcidment l'esprit gaulois se retrouve
toujours chez les Franais et mme chez les acadmiciens. Les sons
mis par l'instrument sont exactement ceux des ventriloques, disait
l'un. Avez-vous remarqu les mouvements des lvres et de la figure de
M. Puskas quand il tourne l'appareil?... disait l'autre; ne sont-ce
pas les grimaces des ventriloques?... Il peut se faire que l'appareil
mette des sons, disait encore un autre, mais l'appareil est
considrablement aid par celui qui le manoeuvre! Bref, le bureau de
l'Acadmie demanda  M. du Moncel de faire lui-mme l'exprience, et
comme il n'avait pas l'habitude de parler dans cet appareil,
l'exprience fut ngative,  la grande joie des incrdules. Toutefois,
quelques acadmiciens dsirant fixer leurs ides sur ce qu'il y avait
de vrai dans ces effets, prirent M. Puskas de rpter devant eux les
expriences dans le cabinet du secrtaire perptuel et dans les
conditions qu'ils lui indiqueraient. M. Puskas se prta  ce dsir, et
ils revinrent de l parfaitement convaincus. Nanmoins, les incrdules
ne se tinrent pas pour battus, et il fallut qu'ils fssent eux-mmes
les expriences pour accepter dfinitivement ce fait, que la parole
pouvait tre reproduite dans des conditions excessivement simples.

Cette petite anecdote que je viens de raconter ne peut certes pas tre
interprte en dfaveur de l'Acadmie des Sciences; car son rle est
avant tout de conserver intactes les vrais principes de la Science et
de n'accueillir les faits qui peuvent provoquer l'tonnement, qu'aprs
un examen scrupuleux. C'est grce  cette attitude qu'elle a pu donner
un crdit absolu  tout ce qui mane d'elle, et nous ne saurions trop
l'approuver de se maintenir ainsi sur la rserve et en dehors d'un
premier moment d'enthousiasme et d'engouement.

Le peu de russite de l'exprience que j'avais tente  l'Acadmie
provenait uniquement de ce que je n'avais pas parl assez prs de la
lame vibrante et que mes lvres ne touchaient pas les parois de
l'embouchure. Quelques jours aprs, sur l'invitation de plusieurs de
mes confrres, je fis des expriences rptes avec l'appareil, et je
parvins bientt  le faire parler aussi bien que celui qu'on accusait
de ventriloquie; mais je reconnus en mme temps qu'il fallait une
certaine habitude pour tre sr des rsultats produits. Il y a aussi
des mots qui sont reproduits beaucoup mieux que d'autres. Ceux qui
renferment beaucoup de voyelles et beaucoup d'R viennent bien mieux
que ceux o les consonnes dominent et surtout que ceux o il y a
beaucoup d'S. On ne doit donc pas s'tonner, comme l'ont fait
plusieurs personnes, que mme avec la grande habitude que possde le
reprsentant de M. Edison, certaines phrases prononces par lui
s'entendaient mieux que d'autres.

Un des rsultats les plus tonnants que le phonographe a produits a
t la rptition simultane de plusieurs phrases en langues
diffrentes dont l'enregistration avait t superpose. On a pu
obtenir jusqu' trois de ces phrases; mais pour pouvoir les distinguer
au milieu du bruit confus rsultant de leur superposition, il fallait
que des personnes diffrentes, en faisant une attention spciale 
chacune des phrases inscrites, pussent les sparer et en comprendre le
sens. On a pu mme superposer des airs chants aux phrases prononces,
et la sparation devenait mme dans ce cas plus facile.

Il y a plusieurs modles de phonographes. Celui que nous avons
reprsent fig. 60, est le modle qui a servi pour les expriences
publiques; mais il est un modle plus petit que l'on vend
principalement aux amateurs, et dans lequel le cylindre, beaucoup
moins long, sert  la fois d'enregistreur et de volant. Cet appareil
donne de trs-bons rsultats, mais il ne peut enregistrer que des
phrases courtes. Dans ce modle, comme du reste dans l'autre, on peut
rendre l'enregistration de la parole beaucoup plus facile en adaptant
dans l'embouchure un petit cornet en forme de porte-voix allong; les
vibrations de l'air sont alors plus concentres sur la lame vibrante
et agissent plus vigoureusement. Il parat aussi que l'appareil gagne
 avoir une lame vibrante un peu paisse, et on a reconnu qu'on
pouvait adapter directement la pointe traante sur la lame.

Je ne parlerai pas d'une manire spciale du phonographe  mouvement
d'horlogerie. C'est un appareil exactement semblable  celui de la
fig. 60, seulement il est mont sur une table spciale un peu haute de
pieds pour donner au poids du mouvement d'horlogerie une course
suffisante; le mcanisme est adapt directement sur l'axe du cylindre
au lieu et place de la manivelle, et il est rgularis par un volant 
ailettes. Celui qu'on a adopt est un volant d'un systme anglais;
mais nous croyons que le rgulateur  ailettes de M. Villarceau serait
prfrable.

Comme le raccordement des feuilles d'tain sur un cylindre est
toujours dlicat  effectuer, M. Edison a cherch  obtenir les traces
de la feuille d'tain sur une surface plane, et il a obtenu ce
rsultat de la manire la plus heureuse, au moyen de la disposition
que nous reprsentons fig. 63. Dans ce nouveau modle, la plaque sur
laquelle doit tre applique la feuille d'tain ou de cuivre est
creuse d'une rainure hlicodale en limaon, dont un bout correspond
au centre de la plaque et l'autre bout aux cts extrieurs, et cette
plaque est mise en mouvement par un fort mcanisme d'horlogerie dont
la vitesse est rgularise proportionnellement  l'allongement des
spires de l'hlice. Au-dessus de cette plaque est place la lame
vibrante qui est d'ailleurs dispose comme dans le premier appareil,
et dont la pointe traante peut, par suite d'un mouvement de
translation communiqu au systme, suivre la rainure en limaon depuis
le centre de la plaque jusqu' sa circonfrence. Enfin quatre points
de repre permettent dplacer toujours et sans ttonnements la feuille
d'tain dans la vritable position qu'elle doit avoir. La figure 64
montre comment cette feuille peut tre retire de l'appareil.

Il ne faudrait pas croire que toutes les feuilles d'tain employes
pour les enregistrations phonographiques soient galement bonnes, il
faut que ces feuilles contiennent une certaine quantit de plomb et
prsentent une certaine paisseur. Les feuilles d'tain qui
enveloppent le chocolat, et mme toutes celles que l'on trouve en
France, sont trop riches en tain et trop minces pour donner de bons
rsultats, et M. Puskas a t oblig d'en faire venir d'Amrique pour
continuer  Paris ses expriences. Jusqu'ici les proportions de plomb
et d'tain n'ont pas encore t bien dfinies, et c'est l'exprience
qui permet de dcider le choix des feuilles; mais quand le phonographe
sera plus rpandu, il faudra videmment que ce travail soit effectu,
et cela sera facile en analysant la composition des feuilles qui
auront fourni les meilleurs rsultats.

La disposition de la pointe traante est aussi une question
trs-importante pour le bon fonctionnement d'un phonographe. Elle doit
tre trs-tenue et trs-courte (un millimtre de longueur tout au
plus), afin qu'elle puisse enregistrer nettement les vibrations les
plus minimes de la lame vibrante sans se courber et vibrer dans un
autre sens que le sens normal au cylindre, ce qui pourrait arriver si
elle tait longue, en raison des frottements ingaux exercs sur la
feuille d'tain. Il a fallu aussi la construire avec un mtal ne
pouvant facilement provoquer des dchirures sur la feuille mtallique.
Le fer a paru runir le mieux les conditions voulues.

Le phonographe n'est du reste qu' son dbut, et il est probable que
d'ici  peu de temps, il pourra tre dans des conditions convenables
pour enregistrer la parole sans qu'on ait besoin de parler dans une
embouchure. S'il faut en croire les journaux, M. Edison aurait dj
trouv le moyen de recueillir sans le secours d'un tuyau acoustique,
les sons mis  une distance de 3  4 pieds de l'appareil et de les
imprimer sur une feuille mtallique. De l  inscrire sur l'appareil
un discours prononc dans une grande salle,  une distance quelconque
du phonographe, il n'y a qu'un pas, et si ce pas est fait, ce qui est
probable, la phonographie pourra avantageusement remplacer la
stnographie.

Nous publions dans la note ci-dessous les instructions que M.
Roosevelt le vendeur de ces machines, donne aux acqureurs pour les
initier  la manoeuvre de l'appareil[30].

         [Note 30: Ne jamais tablir le contact entre le stylet et
         le cylindre avant que celui-ci soit recouvert de la feuille
         d'tain.

         Ne commencer  tourner le cylindre qu'aprs s'tre assur que
         tout est en place. Avoir toujours soin, en faisant revenir le
         stylet au point de dpart, de ramener l'embouchure en avant.

         Laisser toujours une marge de 5  10 millimtres  la gauche
         et au commencement de la feuille d'tain, car si le stylet
         dcrivait la courbe sur le bord extrme du cylindre, il
         pourrait dchirer le papier ou sortir de la rainure.

         Avoir soin de ne pas dtacher le ressort du coussin en
         caoutchouc.

         Pour placer la feuille d'tain sur le cylindre, enduire
         l'extrmit de la feuille avec du vernis au moyen d'un
         pinceau, prendre cette extrmit entre le pouce et l'index de
         la main gauche, le ct gomm vers le cylindre, la relever
         avec la main droite et la tendre fortement en l'appliquant
         contre le cylindre de faon  bien lisser le papier,
         appliquer alors le bout gomm sur l'autre extrmit et les
         runir fortement.

         Pour ajuster le stylet et le placer au centre de la rainure,
         ramener le cylindre vers la droite afin de mettre le stylet
         en face de l'extrmit gauche de la feuille de mtal, faire
         avancer doucement et peu  peu le cylindre jusqu' ce que le
         stylet touche la feuille d'tain avec assez de force pour y
         laisser une trace.

         Observer si cette trace est bien au centre de la rainure
         (pour cela avec l'ongle rayer en travers le cylindre), si non
         ajuster le stylet  gauche ou  droite au moyen de la petite
         vis place au haut de l'embouchure.

         La meilleure profondeur  donner  la trace du stylet est de
         1/3 de millimtre, c'est--dire juste assez pour que le
         stylet, quelle que soit l'ampleur des vibrations de la
         plaque, laisse toujours une lgre trace sur la feuille.

         Pour reproduire les mots, faire en sorte de tourner la
         manivelle avec la mme vitesse que lors de l'inscription; la
         vitesse moyenne doit tre de 80 tours par minute.

         Pour parler dans l'appareil, appuyer la bouche contre
         l'embouchure; les sons gutturaux ou la voix de poitrine se
         gravent mieux que la voix de fausset.

         Pour reproduire les sons, desserrer la vis de pression et
         ramener en avant l'embouchure; faire revenir le cylindre au
         point de dpart, rtablir le contact entre la pointe du
         stylet et la feuille, faire tourner de nouveau le cylindre
         dans le mme sens que lorsque la phrase a t prononce.

         Pour augmenter le volume de son restitu: appliquer sur
         l'embouchure un cornet en carton, en bois ou en corne, de
         forme conique dont l'extrmit infrieure sera un peu plus
         large que l'ouverture place devant la plaque vibrante.

         Le stylet est fait d'une aiguille n 9 un peu aplatie sur les
         deux cts par frottement sur une pierre huile: il est
         facile de construire un stylet, d'ailleurs la maison en a de
         rechange  la disposition de ses clients.

         Le coussin de caoutchouc qui runit la plaque au ressort sert
          attnuer les vibrations de la plaque.

         Dans le cas o ce coussin viendrait  se dtacher: chauffer
         la tte d'un petit clou, l'appuyer sur la cire qui colle le
         coussin  la plaque ou au ressort jusqu' ce que cette cire
         soit amollie, et alors aprs avoir retir le clou, presser
         lgrement le caoutchouc sur la partie dcolle jusqu' ce
         que, tant refroidie, la cire fasse adhrer le coussin  la
         plaque ou au ressort.

         Avoir soin de renouveler de temps  autre ces coussins qui,
         par l'usage, perdent de leur lasticit.

         En les remplaant: faire attention  ne pas abmer la plaque
         vibrante, soit par une pression trop forte, soit par une
         raflure avec l'instrument qui servira  maintenir le
         coussin.

         Commencer les expriences par des mots isols ou par des
         phrases trs-courtes: les augmenter au fur et  mesure que
         l'oreille s'habitue au timbre particulier de l'appareil.

         Varier les intonations et faire reproduire les phrases ou les
         airs sur des tons diffrents en acclrant ou en ralentissant
         le mouvement de rotation du cylindre.

         Imiter les cris d'animaux (coq, poule, chien, chat, etc.)

         Faire jouer dans l'embouchure devant laquelle on aura au
         pralable plac un cornet en carton, des instruments en
         cuivre.

         Autant que possible jouer des airs sur mesure rapide, leur
         reproduction parfaite, sans mouvement d'horlogerie, tant
         plus facile  obtenir que celle des airs lents.]


=Considrations thoriques.=--Bien que les explications que nous avons
donnes prcdemment soient suffisantes pour faire comprendre les
effets du phonographe, il est une question curieuse qui ne laisse pas
que d'tonner beaucoup les physiciens, c'est celle-ci: Comment se
fait-il que des gaufrages effectus sur une surface aussi peu
rsistante que l'tain, puissent en repassant sous la pointe traante
qui prsente une rigidit relativement grande, dterminer de sa part
un mouvement vibratoire sans se trouver compltement crass?  cela
nous rpondrons qu'en raison de l'extrme rapidit du passage de ces
traces devant la pointe, il se dveloppe des effets de force vive qui
n'agissent que localement, et que, dans ces conditions, les corps mous
peuvent exercer des effets mcaniques aussi nergiques que les corps
durs. Qui ne se rappelle cette curieuse exprience relate tant de
fois dans les traits de physique, d'une planche perce par une
chandelle servant de balle  un fusil. Qui ne se rappelle les
accidents produits  diverses reprises par des bourres de papier
projetes par les armes  feu? Dans ces conditions, le mouvement
communiqu aux molcules qui reoivent le choc n'ayant pas le temps
d'tre transmis  toute la masse du corps auquel elles appartiennent,
elles sont obliges de s'en sparer ou tout au moins de dterminer,
quand le corps est susceptible de vibrer, un centre de vibration qui,
propageant ensuite des ondes sur toute sa surface, dtermine les sons.

Plusieurs savants, entre autres MM. Preece et Mayer ont cherch 
tudier avec soin la forme des gaufrages laisss par la voix sur la
lame d'tain du phonographe, et ont reconnu que ces formes
ressemblaient beaucoup  celles des flammes chantantes si bien
dessines avec les appareils de M. Koenig. Voici ce que dit  cet
gard M. Mayer dans le _Popular Science Monthly_ d'avril 1878.

Par la mthode suivante, j'ai pu parvenir  reproduire sur du verre
enfum, de magnifiques traces montrant le profil des vibrations
sonores enregistres sur la feuille d'tain avec leurs diffrentes
sinuosits. J'adapte pour cela au ressort supportant la pointe
traante du phonographe, une tige longue et lgre termine par une
pointe qui appuie de ct sur la lame de verre enfume, et qui peut,
par suite de la position verticale de celle-ci et d'un mouvement qui
lui est communiqu, dterminer des traces sinusodes. Par cette
disposition, on obtient donc simultanment, quand le phonographe est
mis en action, deux systmes de traces dont les unes sont le profil
des autres.

L'instrument a t en ma possession pendant si peu de temps, que je
n'ai pu faire autant d'expriences que je l'aurais voulu; mais j'ai
nanmoins pu tudier quelques-unes de ces courbes, et il m'a sembl
que les contours enregistrs avaient, pour un mme son, une grande
ressemblance avec ceux des flammes chantantes de Koenig.

La fig. 65 reprsente les traces correspondantes au son de la lettre
A prononc _bat_ dans les trois systmes d'enregistration. Celles qui
correspondent  la ligne A sont la reproduction agrandie des traces
laisses sur la feuille d'tain; celles qui correspondent  la ligne
B, en reprsentent les profils sur la feuille de verre noirci. Enfin
celles qui correspondent  la ligne C montrent les contours des
flammes chantantes de Koenig, quand le mme son est produit
_trs-prs_ de la membrane de l'enregistreur. Je dis _trs-prs_ avec
intention, car la forme des traces produites par une pointe attache 
une membrane vibrante sous l'influence de sons composs, dpend de la
distance sparant la membrane de la source du son, et l'on peut
obtenir une infinit de traces de forme diffrente en variant cette
distance. Il arrive, en effet, qu'en augmentant cette distance, les
ondes sonores rsultant de sons composs ragissent sur la membrane 
diffrentes poques de leur mission. Par exemple, si le son compos
est form de six harmoniques, le dplacement de la source des
vibrations de 1/4 de longueur d'onde de la premire harmonique,
loignera la seconde, la troisime, la quatrime, la cinquime et la
sixime harmonique de 1/2, 3/4, 1, 1-1/4, 1-1/2 de longueur d'onde, et
par consquent les contours rsultant de la combinaison de ces ondes,
ne pourront plus tre les mmes qu'avant le dplacement de la source
sonore, quoique la sensation des sons reste le mme, dans les deux
cas. Ce principe a t parfaitement dmontr au moyen de l'appareil de
Koenig, en allongeant et en raccourcissant un tube extensible
interpos entre le rsonnateur et la membrane vibrante place prs de
la flamme, et il explique le dsaccord qui s'est produit entre
diffrents physiciens sur la composition des sons vocaux, quand ils
les ont analyss au moyen des flammes chantantes.

Ces faits nous dmontrent d'un autre ct, qu'il n'y a pas lieu
d'esprer que l'on puisse _lire_ les impressions et les traces du
phonographe, car ces traces varient non-seulement avec la nature des
voix, mais encore avec les moments diffrents d'mission des
harmoniques de ces voix et avec les diffrences relatives des
intensits de ces harmoniques.

Nous reproduisons nanmoins, fig. 66, des traces extrmement curieuses
que nous a communiques M. Blake, et qui reprsentent les vibrations
dtermines par les mots: _Brown university; how do you do._ Elles ont
t photographies sous l'influence d'un index adapt  une lame
vibrante et illumin par un pinceau de lumire. Le mot how est surtout
remarquable par les formes combines des inflexions des vibrations.

Des expriences rcentes semblent montrer que plus la membrane
vibrante d'un phonographe se rapproche comme construction de celle de
l'oreille humaine, et mieux elle rpte et enregistre les vibrations
sonores; elle devrait, en quelque sorte, tre tendue  la manire de
la membrane tympanique par l'os du marteau et surtout en avoir la
forme, car les vibrations ariennes s'effectueraient alors beaucoup
mieux.

Suivant M. Edison, la grandeur du trou de l'embouchure influe beaucoup
sur la nettet de l'articulation de la parole. Quand les mots sont
prononcs devant toute la surface du diaphragme, le sifflement de
certains sons est perdu. Au contraire, il est renforc quand les sons
n'arrivent  ce diaphragme qu' travers un orifice troit et dont les
bords sont aigus. Si ce trou est pourvu de dentelures sur ses bords
aplatis, les consonnes sifflantes sont rendues plus clairement. La
meilleure reproduction de la parole est obtenue quand l'embouchure est
recouverte avec des enveloppes plus ou moins paisses disposes de
manire  teindre les sons provenant de la friction de la pointe
traante sur l'tain.

M. Hardy a, du reste, rendu l'enregistration des traces du phonographe
plus facile en adaptant dans le trou de l'embouchure de l'appareil un
petit cornet d'bonite formant comme une embouchure d'instrument 
vent.




APPLICATIONS DU PHONOGRAPHE ET SON AVENIR.


M. Edison vient de publier dans le _North American Review_, de
mai-juin 1878, un article trs-intressant sur l'avenir du
phonographe, dans lequel il discute lui-mme les diffrentes
applications qui pourront tre faites de cet instrument et dont nous
allons reproduire ici les conclusions.

Afin de fournir au lecteur une base sur laquelle il puisse asseoir son
jugement, il commence par poser sous forme de questions auxquelles il
rpond, les diffrents principes de son invention. Voici ces
questions:

1 Une plaque ou un disque vibrant peut-il recevoir un mouvement
complexe qui reprsentera exactement les proprits particulires de
chaque vibration et de toutes les ondes sonores rsultant des
missions des sons complexes si varis de la voix?

R. Le tlphone rpond affirmativement  cette question.

2 Un mouvement si complexe peut-il tre transmis  une pointe adapte
 une plaque de cette nature, de manire  lui faire imprimer sur une
matire plastique des traces gaufres capables de le reprsenter
exactement dans toutes ses conditions? et si cela est, cette pointe
traante pourra-t-elle, en repassant  travers ces traces, les suivre
assez fidlement pour transmettre de nouveau au disque les mouvements
complexes dont il avait t primitivement anim lorsqu'il avait
produit ces traces, lesquels mouvements doivent ncessairement
reproduire  l'oreille les sons vocaux aussi bien que tout les autres
bruits qui auraient pu les accompagner?

R. Les expriences faites avec le phonographe, quand il est plac dans
de bonnes conditions d'excution et d'exprimentation, rpondent
affirmativement  cette question, et les effets obtenus sont
aujourd'hui si parfaits, qu'avec un peu d'habitude on peut mme, en
quelque sorte, lire les sons enregistrs, sans en connatre
l'origine[31].

         [Note 31: M. Edison dit que son prparateur a pu lire,
         sans en perdre un mot, plusieurs colonnes d'un article de
         journal qui lui tait inconnu et qui avait t enregistr sur
         l'appareil en son absence. La seule chose qu'il ne put pas
         distinguer fut la nature de la prononciation de celui qui
         avait provoqu cette enregistration, et suivant M. Edison, ce
         ne serait pas un dfaut, car souvent la prononciation de
         l'instrument est meilleure que celle de certains individus
         qui, par suite d'un dfaut de langue ou de lvres, ne parlent
         pas distinctement. Le mcanisme du phonographe, dit M.
         Edison, diminue ou supprime ce dfaut. Nous devons toutefois
         avouer que nous avons peine  croire  cette vertu du
         phonographe qui nous a toujours fait entendre une voix de
         polichinelle enrou dont nous l'aurions dispens avec
         plaisir.]

3 La feuille trace peut-elle tre enleve de l'appareil sur lequel
elle a t impressionne, et replace sur un autre sans annuler ou
amoindrir son pouvoir reproducteur de la parole?

R. Ceci est question de prcision de mcanisme et d'ajustement qui ne
prsente pas plus de difficults que la disposition de l'appareil
lui-mme, et le problme est certainement moins difficile  rsoudre
que celui de l'ajustement des diffrentes pices d'une montre.

4 Une feuille contenant ainsi l'enregistration de la parole peut-elle
tre facilement dplace et expdie par la poste?

R. Dix ou quinze secondes suffisent pour placer ou dplacer la feuille
enregistre, mais comme il faut pour son expdition une enveloppe
spciale, le poids de la dpche pourra dpasser un peu celui de la
taxe postale; mais l'augmentation ne sera que trs-minime.

5 Quelle est la dure d'une dpche ainsi reproduite?

R. Des expriences rptes ont prouv que les gaufrages ont un grand
pouvoir de rsistance, mme quand la reproduction a t effectue par
une plaque vibrante relativement rigide; mais on pense pouvoir
substituer aux lames d'tain des lames d'un mtal plus dur et
extrmement mince, sur lesquelles ragiraient des pointes trs-dures,
telles que des pointes de diamant ou de saphir, et alors ces feuilles
pourraient rpter les dpches cinquante ou cent fois.

6 Peut-on avoir un duplicata d'une feuille enregistre, et quelle
serait sa dure?

R. Un grand nombre d'expriences ont t entreprises avec plus ou
moins de succs dans le but d'obtenir des enregistrations
lectrotypiques, et d'aprs les renseignements qui ont t donns, il
paratrait qu'on aurait pu obtenir ce rsultat d'une manire
satisfaisante. Il ne parat pas, du reste, que la solution du problme
prsente de difficult srieuse, pas plus que celle d'obtenir des
preuves inaltrables.

7 Quelle peut tre la force des ondes sonores et la distance 
laquelle elles doivent agir sur le diaphragme pour produire une bonne
enregistration?

R. Ceci dpend essentiellement de l'intensit des sons que l'on
demande  l'instrument pour leur reproduction. Si cette reproduction
doit tre faite de manire  tre entendue d'une assistance nombreuse,
les ondes sonores qui doivent fournir l'enregistration doivent tre
dtermines d'une manire trs-nergique; mais si on se contente d'une
reproduction  l'oreille, la parole prononce  voix ordinaire ou mme
 voix presque basse est susceptible d'tre entendue. Dans les deux
cas, les paroles doivent tre prononces devant l'embouchure de
l'instrument. Cependant on a pu, dans certaines conditions, obtenir
une reproduction de la parole en parlant  voix trs-haute  deux ou
trois pieds de l'instrument. L'application  l'appareil d'un tube
ouvert ou d'un entonnoir pour concentrer les ondes sonores, le bon
tablissement d'un diaphragme dlicat et d'une pointe traante bien
tablie, taient les conditions ncessaires pour obtenir ce rsultat.
Il ne peut y avoir, du reste, de grande difficult pratique  runir
et  faire converger les ondes sonores  partir d'une source de
vibration place dans un rayon de trois pieds, rayon qui est assez
tendu pour ne pas embarrasser une personne qui parle ou qui chante.
Les diffrents essais tents dans cette voie ont dmontr du reste que
l'on peut obtenir de cette manire:

1 L'emmagasinement, d'une manire permanente, de toutes les espces
d'ondes sonores regardes comme _fugitives_.

2 Leur reproduction avec tous leurs caractres primitifs, que la
source de la vibration soit ou non prsente, et quelque soit le laps
de temps coul entre le moment de l'enregistration et celui de la
reproduction.

3 Le moyen de transmettre matriellement la parole ainsi emmagasine
par les voies ordinaires ouvertes aux transactions commerciales, et de
pouvoir remplacer ainsi une dpche crite.

4 La multiplication indfinie de ces sortes de dpches et leur
conservation, sans avoir  se proccuper de la source primitive.

5 Le moyen d'enregistrer la parole ou les chants avec ou sans le
consentement de la personne qui les a mis, et mme  son insu.

M. Edison entame ensuite le chapitre des applications du phonographe
qu'il numre de la manire suivante:

Parmi les plus importantes applications du phonographe on peut citer,
dit-il, son application  l'criture des lettres,  l'ducation,  la
lecture,  la musique, aux enregistrations de famille, aux
compositions lectrotypiques pour les botes  musique, les joujoux,
les horloges, les appareils avertisseurs ou les appareils  signaux,
la stnographie des discours, etc.


=criture des lettres.=--L'appareil tant perfectionn au point de
vue des dtails mcaniques de sa construction, pourrait tre employ
pour tous les usages domestiques (except ceux qui exigent une
disposition particulire) qui demanderont la rptition indfinie d'un
mme ordre ou d'un mme avis; mais, comme le principal rle du
phonographe est d'enregistrer la parole et des sons, sa disposition a
d tre combine en consquence.

La disposition la plus gnrale consiste dans une plaque plate ou un
disque  la surface duquel est vide une rainure fine en spirale et 
pas serr qui peut fournir par son dveloppement une grande longueur.
Cette plaque est mise en mouvement par un mcanisme d'horlogerie plac
au-dessous, et la rainure est combine de manire  permettre
l'enregistration de 40000 mots. Le dbit de l'appareil peut tre
effectu dans des conditions telles, que sur une surface d'tain de
10 pouces carrs, on peut enregistrer 100 mots. Reste  savoir si un
dbit moins grand par pouce carr ne serait pas d'un meilleur effet.
Il est certain que pour les lettres cela vaudrait mieux, mais comme on
ne peut pas multiplier indfiniment les types de machines, et que les
messages tendus sont enregistrs plus conomiquement sur une seule
feuille que sur deux, il vaut mieux que l'appareil puisse fournir le
plus de travail possible sur la surface la moins grande possible.
Cette question devra, du reste, tre tudie avant de crer le type
dfinitif.

Le fonctionnement du phonographe ainsi dispos pour l'application que
nous traitons en ce moment, est trs-simple. On place la feuille
d'tain sur le phonographe et on met en action le mcanisme
d'horlogerie; on parle devant l'embouchure comme si l'on dictait sa
lettre  un secrtaire, et, quand on a termin, on te la feuille de
l'appareil, on la met dans une enveloppe, et on l'expdie par la voie
ordinaire  celui auquel elle est destine. Celui-ci la place alors
sur son phonographe, met en action l'appareil et entend bientt la
parole de son correspondant comme s'il lui parlait rellement; il peut
mme lui faire rpter sa missive s'il ne l'a pas bien comprise. On
comprend quel avantage un pareil systme peut prsenter pour les
relations qui peuvent exister entre les aveugles. Comme deux feuilles
d'tain peuvent tre aussi facilement marques par la pointe traante
de l'appareil qu'une seule, on peut expdier un message en double, ou
bien en garder un comme copie ou contrle de la lettre envoye. De
cette manire les commerants peuvent faire leur correspondance en
secret et sans qu'elles passent par des tiers.

Comme au moyen de la parole on peut transmettre et entendre avec une
vitesse de 150  200 mots par minute, l'expdition des dpches pourra
tre effectue beaucoup plus promptement que par les moyens
ordinaires, et quand on en prendra connaissance, on pourra continuer
ses occupations, en accompagnant mme l'audition de la dpche de
commentaires, d'exclamations et de rflexions, comme cela a lieu dans
une conversation change directement entre deux personnes.

Le phonographe permet encore  une personne ne sachant ni lire ni
crire de correspondre avec une autre place dans le mme cas, ou mme
avec les autres personnes qui ne pourront pas, de cette manire,
s'apercevoir de son ignorance.

Les avantages de ce nouveau systme de correspondance sont si
nombreux qu'il est inutile de les faire ressortir davantage; ils
viennent d'ailleurs immdiatement  l'esprit quand on considre la
lenteur qu'entrane l'inscription de la parole avec les procds
ordinaires.


=Dictes.=--Il est aussi facile de faire dicter la parole  un
phonographe que de la dicter soi-mme au phonographe en parlant devant
son embouchure, et souvent cette dicte pourra tre faite dans des
conditions avantageuses. Ainsi, par exemple, si un imprimeur possdait
un appareil de ce genre, il lui serait plus facile de composer en
entendant directement les mots sortir de l'appareil, que de les lire
sur des manuscrits souvent illisibles et de dtourner ses yeux de son
travail manuel. Il serait mme bon qu'il pt, pour la vrification et
le contrle, parler directement dans l'instrument.

Mais l'application la plus importante du phonographe au point de vue
qui nous occupe en ce moment, est celle qui pourra en tre faite, en
justice, pour l'enregistration des dpositions des tmoins, des
plaidoiries des avocats, et des paroles des juges, et dans d'autres
cas,  la reproduction des discours publics des orateurs. Il est vrai
que le phonographe, dans son tat actuel, ne peut pas encore rsoudre
ce problme; mais il sera bientt assez perfectionn pour atteindre ce
rsultat.


=Livres.=--La lecture des livres tant effectue dans de bonnes
conditions par des personnes dont c'est la profession, on pourra en
reproduire l'enregistrement phonographique, et en composer des
recueils qui pourront tre lus par le phonographe aux aveugles, aux
malades ou aux personnes qui voudraient pendant ce temps occuper leurs
yeux et leurs doigts  faire autre chose. Comme les feuilles
enregistres auraient t le rsultat d'une bonne lecture, les
auditeurs du phonographe auraient l'avantage d'entendre un bon
lecteur, ce qui n'est pas toujours possible d'obtenir. Le prix d'un
livre, dont la lecture pourrait tre rpte 50 ou 100 fois et mme
plus, serait sans doute plus lev qu'un livre ordinaire, mais cette
lvation de prix serait bien compense par les avantages qu'on
aurait de n'tre plus oblig de lire le livre  haute voix.


=Besoins de l'ducation.=--Comme professeur d'locution ou comme
premier matre de lecture pour les enfants, le phonographe pourrait
tre d'un grand secours. Par son intermdiaire les passages difficiles
pourraient tre rendus correctement par l'lve, et celui-ci n'aurait
plus qu' avoir recours  son phonographe pour continuer 
s'instruire. L'enfant pourrait ainsi s'exercer  peler et  apprendre
par coeur une leon rcite par le phonographe.


=Musique.=--Le phonographe, nous n'en doutons pas, pourra tre
appliqu avec avantage  la musique, car on pourra arriver, je le
crois,  reproduire par son action un chant avec une grande force et
une grande clart. Un ami pourra donc nous envoyer avec son bonjour du
matin un chant qui fera le soir le bonheur d'une runion entire. On
pourra mme employer le phonographe comme matre de musique, car il
pourra vous seriner un air et apprendre  l'enfant son premier chant.
Il pourra mme, comme une nourrice, endormir celui-ci dans une
chanson.


=Impressions de famille.=--Les dernires paroles prononces par un
mourant  son lit de mort sont pour sa famille des souvenirs sacrs
qu'on voudrait conserver, et ces souvenirs acquirent une valeur plus
grande encore quand ce mourant est un grand homme. Le phonographe
permet de satisfaire  ce dsir, et la rptition de ses paroles
devient alors d'autant plus motionnante, qu'elles sont empreintes de
cet accent solennel que la voix acquiert au moment suprme. C'est en
quelque sorte la photographie de la parole, et comme par les procds
lectrotypiques on peut multiplier les reproductions des paroles ainsi
enregistres, tous les membres d'une famille peuvent avoir un spcimen
des dernires volonts et des dernires paroles d'un membre qui lui
est cher.


=Livres phonographiques.=--Le peu de place que ncessite
l'inscription de la parole par les moyens phonographiques permettrait
d'obtenir sous un petit volume des livres phonographiques qui, entre
autres avantages qu'ils pourraient prsenter, auraient celui
trs-important de conserver aux gnrations futures l'intonation et la
prononciation des diffrents mots de notre langage. Si on avait eu
dans l'antiquit le phonographe, nous saurions aujourd'hui comment les
Grecs et les Romains prononaient les diffrentes lettres de leur
alphabet, et nous pourrions avoir une ide du ton dclamatoire des
Dmosthnes et des Cicron dans leurs discours. D'un autre ct, une
lecture faite d'une manire aussi facile rendrait les ouvrages plus
populaires, et beaucoup d'entre eux qui ne sont pas lus le seraient
quand il ne s'agirait plus que d'couter.


=Botes  musique, joujoux, etc.=--La seule difficult qu'on ait
jusqu'ici rencontre dans la reproduction du chant par le phonographe,
difficult qui, du reste, pourra tre aplanie un jour, ce sont les
sons trangers et nasillards qui accompagnent cette reproduction et
qui font qu'il est en ce moment impossible d'obtenir avec toute leur
puret et toute leur suavit les sons mis par la voix d'un habile
chanteur. Si on pouvait se donner  volont la reproduction d'un
concert de la clbre Adelina Patti, combien le phonographe
deviendrait-il un instrument prcieux!! Dans tous les cas, on pourra
toujours obtenir de cette manire des effets bien suprieurs  ceux
des botes  musique, puisqu'on pourra alors reproduire le chant de la
voix humaine.

Les poupes pourront maintenant parler, chanter, rire et crier, et les
animaux eux-mmes, reproduits en joujoux, pourront pousser les cris
qui leur sont propres; il n'est pas jusqu' un modle de locomotive
qui ne puisse faire entendre les bruits qui accompagnent sa marche.
Dans certains cabinets de curiosits, les figures de cire reprsentant
les grands hommes de l'poque, pourront non-seulement donner une image
fidle de leurs traits, mais encore les faire parler, et l'illusion
sera complte. D'un autre ct, une horloge phonographique au lieu de
sonner ses coups monotones, vous dira poliment l'heure qu'il est; elle
vous invitera au lunch et vous indiquera l'heure du rveil ou l'heure
du coucher, l'heure d'une affaire ou l'heure du plaisir.


=Applications  la tlgraphie.=--Le phonographe perfectionnera le
tlphone et rvolutionnera le systme actuel de la tlgraphie. En ce
moment, le tlphone a ncessairement un rle restreint parce que les
messages changs, n'tant pas enregistrs, se rduisent  une simple
conversation qui ne prsente pas les garanties voulues; mais du jour
o les appareils seront assez perfectionns pour enregistrer les
messages, la question changera compltement d'aspect, et ce mode
d'enregistration sera bien prfrable  l'criture ordinaire. En
effet, lorsque nous inscrivons nos conventions commerciales, nous
rsumons brivement notre pense, et nous pouvons employer des
expressions qui peuvent laisser certains doutes dans l'esprit; or, ces
doutes peuvent donner lieu  des discussions, souvent mme  des
malentendus regrettables. Avec le tlphone combin au phonographe, il
n'en serait pas de mme, car les discussions prliminaires des
affaires se trouveraient enregistres, et l'on aurait la reproduction
textuelle de tout ce qui aurait t convenu. Chaque mot pourrait alors
clairer la discussion en cas de contestation, et dans ces conditions,
on pourrait avoir avantage  traiter les affaires  distance plutt
que verbalement, car on ne pourrait pas alors chercher une forme de
langage capable d'embrouiller les questions et de crer des sujets de
chicane. S'il en est dj ainsi pour des personnes habitant un mme
lieu, il devra,  plus forte raison, en tre de mme pour les
personnes loignes les unes des autres, et surtout pour celles qui
usent frquemment du tlgraphe et de la poste.

Comment est-il possible d'arriver  un pareil rsultat?... telle est
la question qui doit naturellement nous tre faite, et pour y rpondre
il suffira de dire que, puisque le tlphone et le phonographe mettent
tous les deux  contribution une lame vibrante impressionnable aux
ondes sonores de l'air, on peut disposer cette lame de faon 
fonctionner  la fois comme tlphone et comme phonographe, et de
cette manire, celui qui parle enregistre lui-mme la parole, il la
conserve, et comme son correspondant peut en faire autant, on a ainsi
tous les lments d'une discussion srieuse. On conomise donc de
cette manire beaucoup de temps et mme souvent beaucoup d'argent.

Pour obtenir la solution de ce problme, il suffit de disposer
l'appareil de manire  le rendre trs-sensible  l'enregistration, et
ce rsultat peut tre produit en augmentant l'amplitude des vibrations
sur le tlphone transmetteur. Dj le tlphone  charbon que j'ai
imagin peut tre employ dans ce but, car il peut, tel qu'il est
dj, fournir quelques indications sur le phonographe, et comme je
travaille toujours  le perfectionner  ce point de vue, on peut ds
maintenant considrer cette application comme  peu prs certaine.

Dans l'avenir, les Compagnies tlgraphiques ne seront donc que des
administrations possdant des rseaux de fils tlgraphiques, des
stations centrales et des stations de second ordre, dont les employs
n'auront d'autres fonctions  remplir que de surveiller les lignes et
les maintenir en bon tat, de fournir les communications de fils
ncessaires pour mettre en rapport tel abonn avec tel autre, et de
noter le temps employ par chacun d'eux pour sa correspondance.

Les difficults que peut prsenter ce mode d'organisation
tlgraphiques aux yeux des personnes habitues aux anciens usages,
sont trs-minimes, et disparatront fatalement devant les besoins
croissants de l'humanit; car il n'est rien de tel pour faire
disparatre les prjugs ou les partis pris, que les exigences du
public. Or ces exigences natront du moment o l'on saura que, par un
nouveau systme de correspondance tlgraphique, les intresss
peuvent tre mis directement en prsence et avoir leur correspondance
enregistre d'une manire infiniment plus exacte qu'avec le meilleure
secrtaire possible.

Ici se termine le mmoire de M. Edison; mais depuis l'poque o il a
paru, c'est--dire depuis le mois de juin 1878, plusieurs autres
applications ont t encore combines par lui, et parmi elles nous
citerons celle qu'il en a faite  l'enregistration de la force des
sons produits sur les chemins de fer, et notamment sur le chemin de
fer mtropolitain et arien de New-York. L'appareil qu'il a construit
dans ce but est d'ailleurs tout--fait analogue  celui de M. Lon
Scott, et il lui adonn le mme nom. Il est dcrit et reprsent d'une
manire complte dans le _Daily Graphic_, du 19 juillet 1878, ainsi
que l'arophone, le mgaphone et le micro-tasimtre dispos pour les
observations astronomiques. Nous sortirions du cadre que nous nous
sommes trac dans ce volume, si nous entrions dans de plus grands
dtails sur ces inventions; mais peut-tre qu'un jour nous publierons
un second volume dans lequel nous pourrons donner  ce sujet tous les
dveloppements qu'il comporte.

Dernirement, M. Lambrigot, fonctionnaire de l'administration des
lignes tlgraphiques, l'auteur de divers perfectionnements apports
au tlgraphe Caselli, m'a montr un systme de phonographe combin
par lui et qui a t rduit  sa plus simple expression[32].

         [Note 32: Voici la description du procd de M. Lambrigot
         telle qu'il vient de me l'envoyer:

         L'appareil se compose d'un plateau de bois dress
         verticalement sur un socle et fix solidement. Au milieu de
         ce plateau se trouve une ouverture ronde recouverte d'une
         feuille de parchemin bien tendue, sur laquelle appuie un
         couteau d'acier qui doit, comme la pointe du phonographe,
         tracer les vibrations. Un btis solide s'lve depuis le
         socle jusqu'au milieu du plateau, et supporte une glissire
         qui permet  un chariot de circuler devant ce plateau. Sur ce
         chariot se trouve une baguette de verre dont l'une des faces
         est recouverte de starine. En rapprochant le chariot et en
         le faisant aller et venir, la starine se trouve en contact
         avec le couteau, et prend rgulirement sa forme qui est
         hmi-cylindrique sur toute sa longueur.

         Lorsqu'un bruit se fait entendre, la feuille de parchemin se
         met en vibration et communique son mouvement au couteau, qui
         pntre dans la starine et trace des stries varies.

         La reproduction ainsi obtenue sur la baguette de verre est
         soumise aux procds ordinaires de mtallisation. Par la
         galvanisation, on obtient un dpt de cuivre qui reproduit
         les stries en sens inverse. Lorsqu'on veut faire parler la
         lame mtallique, il suffit de passer lgrement sur les
         signaux une pointe de bois, d'ivoire ou de corne, et en la
         promenant plus ou moins vite, on peut faire entendre des
         intonations diverses sans altrer la prononciation.

         En raison de la duret du cuivre par rapport au plomb, la
         lame de cuivre qui contient les traces des vibrations, peut
         donner sur ce dernier mtal un nombre illimit de
         reproductions. Pour obtenir ce rsultat, il suffit
         d'appliquer sur la lame en question un fil de plomb, et
         d'oprer sur ce fil une pression convenable. Le fil s'aplatit
         et prend l'empreinte de toutes les traces qui apparaissent
         alors en relief. En passant  travers ces traces la tranche
         d'une carte  jouer, on provoque les mmes sons que ceux que
         l'on obtient avec la lame de cuivre.

         Suivant M. Lambrigot, les lames parlantes peuvent tre
         utilises dans bien des cas; pour l'tude des langues
         trangres, par exemple, elles permettront d'apprendre
         facilement la prononciation, car on pourra, en les runissant
         en assez grand nombre, en former une sorte de vocabulaire qui
         donnera l'intonation des mots les plus usits dans telle ou
         telle langue.]

Il a trouv moyen, par un procd extrmement simple, d'imprimer
fortement,  l'intrieur d'une petite rigole de cuivre, les vibrations
dtermines par la voix, et elles sont assez nettement graves pour
qu'en passant au travers la pointe mousse d'une allumette, on puisse
entendre des phrases entires. Il est vrai que cette reproduction de
la parole est encore trs-imparfaite, et qu'on ne distingue les mots
que parce qu'on les connat d'avance, mais il est possible qu'on
puisse obtenir de meilleurs rsultats en perfectionnant le systme;
toujours est-il que cette impression si nette des vibrations de la
voix sur un mtal dur est une invention rellement intressante.




APPENDICES


Pour terminer, nous devons encore mentionner quelques travaux rcents
qui nous ont t communiqus trop tard pour occuper la place qui leur
conviendrait.

Le plus important est de M. A. Righi et se rapporte  un systme de
tlphone qui permet d'entendre  plusieurs mtres de l'instrument.
Pour obtenir ce rsultat, on emploie un transmetteur  pile et un
rcepteur Bell  membrane de parchemin trs-analogue au modle que
nous avons reprsent (fig. 13). Seulement  l'lectro-aimant  deux
branches de ce dernier modle, est substitu le systme ordinaire 
barreau droit qui est beaucoup plus dvelopp. Le transmetteur est 
peu prs le mme que celui de la figure 18, sauf qu'au lieu de
liquide, M. Righi emploie de la plombagine mle  de la poudre
argente, et que l'aiguille de platine est remplace par un disque. Le
rcipient o est la poudre tasse est port par un ressort que peut
pousser plus ou moins une vis de rglage. Enfin on emploie comme
gnrateur lectrique le courant de deux lments de Bunsen.

Quand la distance sparant les deux instruments est grande, on
introduit dans le circuit,  chaque station, une bobine d'induction
dont le fil primaire est travers par le courant de la pile locale,
ainsi que le transmetteur, et qui est reli d'autre part avec le
rcepteur par un commutateur. Le circuit secondaire de ces bobines est
ensuite complt par la terre et le fil de ligne. Il rsulte de cette
disposition que le courant induit qui actionne le rcepteur en
correspondance, ne produit son effet qu'aprs une seconde induction
dtermine sur le fil primaire de la bobine locale, et il parat que
cet effet est bien suffisant; mais l'on a l'avantage, avec cette
disposition, de pouvoir transmettre et recevoir sans autre manoeuvre 
faire que celle du commutateur.

Un autre travail intressant nous a t aussi communiqu par MM. Ed.
Houston et El. Thomson sur un relais tlphonique bas sur l'emploi du
microphone. Ds le mois de fvrier 1878, j'avais song  ce problme,
et voici ce que je disais dans ma communication  l'Acadmie du 25
fvrier: Si les vibrations de la lame du tlphone rcepteur taient
semblables  celles du tlphone transmetteur, il est facile de
concevoir qu'en substituant au tlphone rcepteur un tlphone  la
fois rcepteur et transmetteur ayant sa pile locale, ce dernier
pourrait ragir comme un relais, grce  l'intermdiaire de la bobine
d'induction, et pourrait ainsi non-seulement amplifier les sons, mais
encore les transmettre  toute distance; mais il n'est pas prouv que
les vibrations des deux lames en correspondance soient de la mme
nature, et si les sons rsultent de rtractions et dilatations
molculaires, le problme serait beaucoup plus difficile  rsoudre.
Ce sont des expriences  tenter. Eh bien! ces expriences ont t
tentes avec succs par M. Hughes, qui, ainsi qu'on l'a vu page 194,
est parvenu, grce  la combinaison du microphone au tlphone, 
faire un relais tlphonique. Le relais de MM. Houston et Thomson ne
diffre de celui de M. Hughes qu'en ce que le microphone, au lieu
d'tre plac sur une planche de bois  ct du tlphone, est fix sur
le diaphragme lui-mme du tlphone et se compose de trois microphones
 charbons verticaux que l'on peut associer en tension ou en quantit,
suivant les conditions de l'application. Le modle de cet appareil est
reproduit dans la _Telegraphic Journal_ du 15 aot 1878, et nous y
renvoyons le lecteur qui voudrait avoir plus de renseignements  ce
sujet.

D'un autre ct M. Hughes est parvenu  obtenir un relais tlphonique
par l'intermdiaire de deux microphones  charbon vertical. En plaant
sur une planchette deux microphones de ce genre, et reliant l'un de
ces microphones  un troisime servant de transmetteur, alors que le
second est mis en rapport avec un tlphone et une seconde pile, on
entend dans le tlphone les paroles prononces devant le microphone
transmetteur sans que le relais tlphonique mette  contribution
aucun organe lectro-magntique.

On peut encore obtenir la reproduction de la parole au moyen d'un
microphone, en fixant sur la mme planche que ce microphone un aimant en
fer  cheval entre les ples duquel est adapt un noyau de fer doux
recouvert de la bobine magntisante. C'est encore un systme de _relais
tlphonique_ qui fonctionne sans diaphragme lectro-magntique.

Enfin, on peut faire parler distinctement un tlphone sans noyau
magntique. Une simple lame de fer et un tube de cuivre vas sur
lequel est enroule la bobine, tels sont les lments constituants de
ce nouvel instrument qui, suivant l'auteur, _parlerait plus
distinctement qu'un Bell ordinaire_ sous l'influence d'un microphone
transmetteur et d'une pile de six lments Leclanch.

M. Ader, de son ct, vient d'excuter un modle de tlphone qui a
aussi son mrite. Le rcepteur n'est autre chose qu'un lectro-aimant
ordinaire  deux branches, dont l'armature est soutenue  deux
millimtres environ de ses ples, par une lame de verre  laquelle
elle est colle, et qui elle-mme est fixe  deux supports rigides.
Pour entendre, il suffit de l'appliquer contre l'oreille. Le
transmetteur est une tige mobile de fer ou de charbon qui appuie sur
un morceau de charbon fixe, sans autre pression que son poids, et qui
porte une plaque concave devant laquelle on parle. Ces deux pices
sont disposes de manire  se mouvoir horizontalement, de sorte que,
quand l'appareil est suspendu, le circuit est forcment disjoint par
ce seul fait, alors qu'il se trouve ferm au moment o on prend
l'appareil pour parler. La parole est trs-bien reproduite avec ce
systme qui, excut dans de plus grandes dimensions, peut transmettre
la parole  une certaine distance.

En fait de microphones, nous devons encore signaler de nouveaux
modles combins par M. Trouv, dont un est reprsent fig. 67. Ils
sont d'une simplicit rellement remarquable et peuvent se prter 
beaucoup d'expriences diffrentes; ils se composent gnralement
d'une petite bote cylindrique verticale, dont les deux bases sont
constitues par deux disques de charbon dont les centres sont runis
soit par une tige de charbon, soit par une tige mtallique. Ces botes
peuvent s'ouvrir, et servent en mme temps de caisse pour renfermer
des insectes dont on veut tudier les bruits; elles peuvent tre
suspendues  une potence par les deux fils de communication pour
viter les coussins, et en s'appliquant sur le cadran d'une montre,
elles en rvlent les battements avec une certaine intensit.

Au moment o nous terminons l'impression de notre volume, nous
recevons de M. Edison la communication suivante, signe de MM. Edison,
Batchelor et J. Adams, qui semblerait indiquer que le rcepteur
tlphonique sans organe lectro-magntique aurait t dcouvert par
lui ds le 24 septembre 1877. Cette communication est une copie
extraite du registre d'expriences de M. Edison et qui est ainsi
conue:

                                             Sept. 24 1877.

     Tlgraphe parlant.

     Ce soir, en essayant des parleurs, nous avons remarqu que les
     sons ordinaires taient reproduits trs-haut. Quand j'ai fait
     loigner le receveur de M. Batchelor, celui-ci remarqua ou crut
     entendre M. Adams parler dans le transmetteur. Cherchant  se
     rendre compte de cet effet, il rpta l'exprience et reconnut
     qu'il ne s'tait pas tromp, et il continua la conversation avec
     M. Adams pendant plusieurs minutes, _en n'employant que deux
     transmetteurs_. La pile se composait de 12 lments, et le
     circuit tait de 1200 Ohms (120 kilomtres de fil tlgraphique);
     mais avec 100, on pouvait fonctionner sur une ligne. Toutefois,
     comme les sons transmis taient un peu bas, les sons reproduits
     l'taient galement, et mme n'taient pas toujours entendus. Je
     me propose d'entreprendre une srie d'expriences avec un
     rcepteur bas sur le principe de l'expansion et avec diffrentes
     compositions.

                          MM. A. EDISON, MAC. BATCHELOR, JAMES ADAMS.

Une seconde communication de M. Edison, qu'il m'a galement envoye,
se rapporte  un appareil auquel il a donn le nom de _gouverneur
lectrique_. C'est un lectro-aimant dont l'armature, souleve par un
ressort antagoniste, appuie contre un disque de charbon plac
au-dessus d'elle et du ct oppos au ple lectro-magntique. Le
courant qui passe  travers l'lectro-aimant continue sa marche 
travers le disque de charbon, et suivant que la pression exerce par
l'armature sur le charbon est plus ou moins grande, son intensit est
plus ou moins marque. Or cette pression dpend de l'excs de force du
ressort antagoniste sur l'attraction lectro-magntique. Quand
celle-ci s'affaiblit, la pression sur le charbon augmente, et
l'intensit du courant, devenant plus forte, fait ragir
l'lectro-aimant plus fortement. Quand, au contraire, celui-ci agit
trop fortement, la pression sur le charbon diminuant, affaiblit le
courant et, par suite, l'action lectro-magntique se trouve force de
rester constante entre les limites qui ont t rgles. On comprend
qu'en ajoutant au-dessus du charbon dont il vient d'tre question un
second charbon isol du premier, on pourrait faire ragir l'appareil
sur un second circuit qui se trouverait rgularis en mme temps.

Un rgulateur d'une disposition analogue, mais fond sur un autre
principe, avait t dj appliqu par MM. Lacassagne et Thiers pour un
rgulateur de lumire lectrique.




TABLE DES MATIRES


  Un coup d'oeil historique......................................... 1


TLPHONES MUSICAUX.

  Tlphone de M. Reiss............................................ 11

  Tlphone de MM. Ccil et Lonard Wray........................... 15

  Harmonica lectrique............................................. 18

  Tlphone de M. Elisha Gray...................................... 21

  Tlphone de M. Varley........................................... 25


TLPHONES PARLANTS.

  Tlphones  ficelle............................................. 27

  Perfectionnements apports aux tlphones  ficelle.............. 29

  Tlphone lectrique de M. Graham Bell........................... 32

  Part de M. Elisha Gray dans l'invention du tlphone............. 56


EXAMEN DES PRINCIPES FONDAMENTAUX SUR LESQUELS REPOSE LE TLPHONE BELL.

  Exposition de ces principes...................................... 60


DISPOSITION ORDINAIRE DES TLPHONES BELL.

  Description et tude............................................. 64


DISPOSITIONS DIFFRENTES DES TLPHONES.

  Expos de la question............................................ 75


TLPHONES  PILE.

  Tlphone de M. Edison........................................... 76

  Tlphone musical d'Edison....................................... 81

  Tlphones du colonel Navez...................................... 85

  Tlphones de MM. Pollard et Garnier............................. 88

  Tlphone  raction de M. Hellesen.............................. 90

  Tlphone  raction de MM. Thomson et Houston................... 92

  Tlphones  piles et  transmetteurs liquides................... 93

  Tlphones  pile et  arcs voltaques........................... 97

  Tlphones  mercure............................................. 99


MODIFICATIONS APPORTES  LA CONSTRUCTION DES TLPHONES BELL.

  Tlphones  diaphragmes multiples.............................. 104

  Systme de M. Elisha Gray....................................... 106

  Systme de M. Phelps............................................ 108

  Systme de M. Cox-Walker........................................ 110

  Systmes de M. Trouv........................................... 110

  Systme de M. Demoget........................................... 113

  Modifications dans la disposition des organes tlphoniques..... 114


EXPRIENCES RELATIVES AU TLPHONE.

  Expriences sur les effets produits par les courants voltaques
  et les courants induits......................................... 117

  Expriences sur le rle des diffrents organes d'un tlphone
  dans la transmission de la parole............................... 124

  Expriences sur les effets rsultant de chocs mcaniques
  communiqus  diffrentes parties d'un tlphone................ 134

  Thorie du tlphone............................................ 139


EXPRIENCES DIVERSES FAITES AVEC LE TLPHONE.

  Expriences de M. d'Arsonval.................................... 149

  Expriences de M. Demoget....................................... 152

  Expriences de M. Hellesen...................................... 156

  Expriences de M. Zetzche....................................... 157

  Expriences que tout le monde peut faire........................ 158


LE MICROPHONE.

  Historique de la question....................................... 159

  Diffrents systmes de microphones.............................. 164

  Le microphone employ comme organe parlant...................... 175

  Autres dispositions de microphones.............................. 179

  Expriences faites avec le microphone........................... 181


EFFETS DES ACTIONS EXTRIEURES SUR LES TRANSMISSIONS TLPHONIQUES.

  Expos de la question........................................... 203


INSTALLATION D'UN POSTE TLPHONIQUE.

  Systme de MM. Pollard et Garnier............................... 216

  Systme de MM. Brguet et Roosevelt............................. 219

  Systme de M. Edison............................................ 223


SONNERIES D'APPEL ET AVERTISSEURS.

  Expos de la question........................................... 225

  Systme de M. de Weinhold....................................... 227

  Systme de MM. Dutertre et Gouhault............................. 229

  Systme de M. Puluj............................................. 231


APPLICATIONS DU TLPHONE.

  Expos gnral.................................................. 232


APPLICATIONS DU TLPHONE AUX TRANSMISSIONS TLGRAPHIQUES SIMULTANES.

  Historique de la question....................................... 234

  Systme de Bell................................................. 237

  Systme de M. Paul Lacour....................................... 241

  Systme de M. Elisha Gray....................................... 246

  Systme de M. Varley............................................ 255


APPLICATIONS DIVERSES DU TLPHONE.

  Application aux usages domestiques.............................. 258

  Application aux services tlgraphiques......................... 259

  Application aux arts militaires................................. 261

  Application  la marine......................................... 263

  Applications industrielles...................................... 265

  Application aux recherches scientifiques........................ 265


LE PHONOGRAPHE.

  Historique de cette dcouverte.................................. 267

  Description du phonographe et manire de s'en servir............ 273

  Considrations thoriques....................................... 287


APPLICATIONS DU PHONOGRAPHE ET SON AVENIR.

  Mmoire de M. Edison sur cette question......................... 293

  criture des lettres............................................ 298

  Dictes......................................................... 300

  Livres.......................................................... 301

  Besoins de l'ducation.......................................... 302

  Musique......................................................... 302

  Impressions de famille.......................................... 302

  Livres phonographiques.......................................... 303

  Botes  musique, joujoux, etc.................................. 303

  Applications  la tlgraphie................................... 304

  Phonautographe.................................................. 307

  Disposition de M. Lambrigot..................................... 307

  Appendices...................................................... 310

  Table des matires.............................................. 317


FIN.


21 651.--Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9,  Paris





End of the Project Gutenberg EBook of Le Tlphone, le Microphone et le
Phonographe, by Thodore du Moncel

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TELEPHONE, MICROPHONE, PHONOGRAPHE ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

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