Project Gutenberg's Posies rotiques, by variste Dsir de Forges Parny

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Title: Posies rotiques

Author: variste Dsir de Forges Parny

Release Date: September 8, 2008 [EBook #26562]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POSIES ROTIQUES ***












POSIES ROTIQUES,

Par M. le Chevalier DE PARNY.


_A L'ISLE DE BOURBON._

M. DCC. LXXVIII.




POSIES ROTIQUES.



A LONORE.


    Aimer  treize ans, dites-vous,
    C'est trop tt: eh, qu'importe l'ge?
    Avez-vous besoin d'tre sage
    Pour goter le plaisir des fous?
    Ne prenez pas pour une affaire
    Ce qui n'est qu'un amusement;
    Lorsque vient la saison de plaire,
    Le coeur n'est pas long-tems enfant.

    Au bord d'une onde fugitive,
    Reine des buissons d'alentour,
    Une rose  demi-captive
    S'ouvroit aux rayons d'un beau jour.
    gar par un got volage,
    Dans ces lieux passe le zphir
    Il l'apperoit, et du plaisir
    Lui propose l'apprentissage;
    Mais en vain: son air ingnu
    Ne touche point la fleur cruelle.
    De grce, laissez-moi, dit-elle;
    A peine vous ai-je entrevu.
    Je ne fais encor que de natre;
    Revenez ce soir, et peut-tre
    Serez-vous un peu mieux reu.
    Zphir s'envole  tire-d'ales,
    Et va se consoler ailleurs;
    Ailleurs, car il en est des fleurs
    A-peu-prs comme de nos Belles.
    Tandis qu'il fuit, s'lve un vent
    Un peu plus fort que d'ordinaire,
    Qui de la Rose, en se jouant,
    Dtache une feuille lgre;
    La feuille tombe, et du courant
    Elle suit la pente rapide;
    Une autre feuille en fait autant,
    Puis trois, puis quatre; en un moment,
    L'effort de l'aquilon perfide
    Eut moissonn tous ces appas
    Faits pour des Dieux plus dlicats,
    Si la Rose eut t plus fine.
    Le zphir revint, mais hlas!
    Il ne restoit plus que l'pine.


LE LENDEMAIN.

    Tu l'as connu, ma chre lonore,
    Ce doux plaisir, ce pch si charmant
    Que tu craignois, mme en le dsirant;
    En le gotant, tu le craignois encore.
    Eh bien, dis-moi; qu'a-t-il donc d'effrayant?
    Que laisse-t-il aprs lui dans ton ame?
    Un lger trouble, un tendre souvenir,
    L'tonnement de sa nouvelle flme,
    Un doux regret, et sur-tout un dsir.
    Dj la rose aux lis de ton visage
        Mle ses brillantes couleurs;
    Dans tes beaux yeux,  la pudeur sauvage
        Succdent les molles langueurs,
        Qui de nos plaisirs enchanteurs
    Sont  la fois la suite et le prsage.

    Dj ton sein doucement agit,
        Avec moins de timidit,
        Repousse la gaze lgre
        Qu'arrangea la main d'une mre,
        Et que la main du tendre amour,
        Moins discrete et plus familire,
        Saura dranger  son tour.
        Une agrable rverie
        Remplace enfin cet enjoment,
        Cette piquante tourderie,
        Qui dsesproient ton Amant;
        Et ton ame plus attendrie
        S'abandonne nonchalamment
        Au dlicieux sentiment
        D'une douce mlancolie.
        Ah! laissons nos tristes censeurs
        Traiter de crime abominable
        Ce contrepoids de nos douleurs,
    Ce plaisir pur, dont un dieu favorable
        Mit le germe dans tous les coeurs.
        Ne crois pas  leur imposture;
        Leur zle barbare et jaloux
        Fait un outrage  la nature;
        Non, le crime n'est pas si doux.


A LONORE.

    Ds que la nuit sur nos demeures
    Planera plus obscurment;
    Ds que sur l'airain gmissant
    Le marteau frappera douze heures;
    Sur les pas du fidle Amour,
    Alors les plaisirs par centaine
    Voleront chez ma souveraine,
    Et les volupts tour--tour
    Dfileront devant leur Reine;
    Ils y resteront jusqu'au jour;
    Et si la matineuse aurore
    Oublioit d'ouvrir au soleil
    Ses larges portes de vermeil,
    Le soir ils y seroient encore.


A LA MME.

         la plus belle des matresses,
    Fuyons dans nos plaisirs la lumire et le bruit;
    Ne disons point au jour les secrets de la nuit;
    Aux regards inquiets drobons nos caresses.
        L'amour heureux se trahit aisment!
    Je crains pour toi les yeux d'une mre attentive;
    Je crains ce vieil argus, au coeur de diamant,
        Dont la vertu brusque et rtive
        Ne s'adoucit qu' prix d'argent.
      Durant le jour, tu n'es plus mon Amante.
    Si je m'offre  tes yeux, garde-toi de rougir;
    Dfends  ton amour le plus lger soupir;
    Affecte un air distrait; que ta voix sduisante
    vite de frapper mon oreille et mon coeur;
    Ne mets dans tes regards ni trouble, ni langueur.

    Hlas! de mes conseils je me repens d'avance.
    Ma chre lonore, au nom de nos amours,
    N'imite pas trop bien cet air d'indiffrence;
    Je dirois, c'est un jeu; mais je craindrois toujours.


A LA MME.

    Au sein d'un azile champtre
    O Damis trouvoit le repos,
    Le plus paisible des ruisseaux,
    Parmi les fleurs qu'il faisoit natre,
    Rouloit nonchalamment ses flots.
    Au campagnard il prit envie
    D'emprisonner dans son jardin
    Cette eau qui lui donnoit la vie.
    Il prpare un vaste bassin
    Qui reoit la source tonne.
    Qu'arrive-t-il? un noir limon
    Trouble bientt l'onde enchane:
    Cette onde se tourne en poison.
    La tendre fleur,  peine close,
    Sur ses bords penche tristement;
    Adieu l'oeillet, adieu la rose!
    Flore s'loigne en gmissant.

    Ce ruisseau, c'est l'amour volage;
    Ces fleurs vous peignent les plaisirs
    Qu'il fait natre sur son passage;
    Des regrets et des vains soupirs
    Ce limon perfide est l'image;
    Et pour ce malheureux bassin,
    L'on assure que c'est l'hymen.


A MA BOUTEILLE.

    Viens,  ma Bouteille chrie,
    Viens enivrer tous mes chagrins.
    Douce compagne, heureuse amie,
    Verse dans ma coupe largie
    L'oubli des dieux et des humains.
    Buvons, mais buvons  plein verre;
    Et lorsque la main du sommeil
    Fermera ma triste paupire,
     Dieux, reculez mon rveil!
    Qu' pas lents l'aurore s'avance
    Pour ouvrir les portes du jour:
    Esclaves, gardez le silence,
    Et laissez dormir mon amour.


A LONORE.

    T'en souviens-tu, mon aimable matresse,
    De cette nuit o nos brlans dsirs
    Et de nos gots la libertine adresse
    A chaque instant varioient nos plaisirs?
    De ces plaisirs le docile thtre
    Favorisoit nos rapides lans;
    Mais tout--coup les suppts chancelans
    Furent briss dans ce combat foltre,
    Et succombant  nos tendres bats,
    Sur le parquet tombrent en clats.
    Des volupts tu passas  la crainte;
    L'tonnement fit palpiter soudain
    Ton foible coeur press contre le mien;
    Tu murmurois, je riois de ta plainte;
    Je savois trop que le Dieu des Amans
    Sur nos plaisirs veilloit dans ces momens.
    Il vit tes pleurs; Morphe,  sa prire,
    Du vieil Argus que rveilloient nos jeux
    Ferma bientt et l'oreille et les yeux,
    Et de son ale enveloppa ta mre.
    L'aurore vint, plutt qu' l'ordinaire,
    De nos baisers interrompre le cours;
    Elle chassa les timides amours;
    Mais ton souris, peut-tre involontaire,
    Leur accorda le rendez-vous du soir.
    Ah! si les dieux me laissoient le pouvoir
    De dispenser la nuit et la lumire,
    Du jour naissant la jeune avant-courire
    Viendroit bien tard annoncer le soleil;
    Et celui-ci, dans sa course lgre,
    Ne feroit voir au haut de l'hmisphre
    Qu'une heure ou deux son visage vermeil.
    L'ombre des nuits dureroit davantage,
    Et les Amans auroient plus de loisir.
    De mes instans l'agrable partage
    Seroit toujours au profit des plaisirs.
    Dans un accord rgl par la sagesse,
    Au doux sommeil j'en donnerois un quart;
    Le Dieu du vin auroit semblable part;
    Et la moiti seroit pour ma matresse.


A LA MME.

    Oui, j'en atteste la nuit sombre
    Confidente de nos plaisirs,
    Et qui verra toujours son ombre
    Disparotre avant mes dsirs;
    J'atteste l'toile amoureuse
    Qui pour voler au rendez-vous
    Me prte sa clart douteuse;
    Je prends  tmoin ce verroux
    Qui souvent rveilla ta mre,
    Et cette parure trangre
    Qui trompe les regards jaloux;
    Enfin, j'en jure par toi-mme,
    Je veux dire par tous mes Dieux,
    T'aimer est le bonheur suprme,
    Il n'en est point d'autre  mes yeux.
    Viens donc,  ma belle matresse,
    Perdre tes soupons dans mes bras.
    Viens t'assurer de ma tendresse,
    Et du pouvoir de tes appas.
    Cherchons des volupts nouvelles;
    Inventons de plus doux dsirs;
    L'amour cachera sous ses ales
    Notre fureur et nos plaisirs.
    Aimons, ma chre lonore:
    Aimons au moment du rveil;
    Aimons au lever de l'aurore;
    Aimons au coucher du soleil;
    Durant la nuit aimons encore.


A LA MME.

    Dans ce moment les politesses,
    Les souhaits vingt fois rpts,
    Et les ennuyeuses caresses,
    Pleuvent sans doute  tes cts.
    Aprs ces complimens sans nombre,
    L'amour fidle aura son tour:
    Car ds qu'il verra la nuit sombre
    Remplacer la clart du jour,
    Il s'en ira, sans autre escorte
    Que le plaisir tendre et discret,
    Frappant doucement  ta porte,
    T'offrir ses voeux et son bouquet.
    Quand l'ge aura blanchi ma tte,
    Rduit tristement  glaner,
    J'irai te souhaiter ta fte,
    Ne pouvant plus te la donner.


A UN HOMME BIENFAISANT.

    Cesse de chercher sur la terre
    Des coeurs sensibles aux bienfaits;
    L'homme ne pardonne jamais
    Le bien que l'on ose lui faire.
    N'importe, ne te lasse pas;
    Ne suis la vertu que pour elle;
    L'humanit seroit moins belle,
    Si l'on ne trouvoit point d'ingrats.


SOUVENIR.

    Dj la nuit s'avance, et du sombre Orient
    Ses voiles par dgrs dans les airs se dploient.
    Sommeil, doux abandon, image du nant,
    Des maux de l'existence heureux dlassement,
    Tranquille oubli des soins o les hommes se noient;
    Et vous, qui nous rendez  nos plaisirs passs,
    Touchante illusion, Desse des mensonges,
    Venez dans mon azile, et sur mes yeux lasss
    Secouez les pavots et les aimables songes.
    Voici l'heure o trompant les surveillans jaloux,
    Je pressois dans mes bras ma matresse timide.
    Voici l'alcove sombre o d'une ale rapide
    L'essain des volupts voloit au rendez-vous.
    Voici le lit commode o l'heureuse licence
    Remplaoit par dgrs la mourante pudeur.
    Importune vertu, fable de notre enfance,
    Et toi, vain prjug, phantme de l'honneur,
    Combien peu votre voix se fait entendre au coeur!
    La nature aisment vous rduit au silence;
    Et vous vous dissipez au flambeau de l'amour
    Comme un lger brouillard aux premiers feux du jour.

    Momens dlicieux, o nos baisers de flme,
    Mollement gars, se cherchent pour s'unir!
    O de douces fureurs s'emparant de notre ame
    Laissent un libre cours au bizarre dsir!
    Momens plus enchanteurs, mais prompts  disparotre,
    O l'esprit chauff, les sens, et tout notre tre
    Semblent se concentrer pour hter le plaisir!
    Vous portez avec vous trop de fougue et d'ivresse;
    Vous fatiguez mon coeur qui ne peut vous saisir,
    Et vous fuyez sur-tout avec trop de vtesse;
    Hlas! on vous regrette, avant de vous sentir!
    Mais, non; l'instant qui suit est bien plus doux encore.
    Un long calme succde au tumulte des sens;
    Le feu qui nous brloit par dgrs s'vapore;
    La volupt survit aux pnibles lans;
    Sur sa flicit l'ame appuie en silence;
    Et la rflexion, fixant la jouissance,
    S'amuse  lui prter un charme plus flatteur.
    Amour,  ces plaisirs l'effort de ta puissance
    Ne sauroit ajouter qu'un peu plus de lenteur.


AU GAZON FOUL PAR LONORE.

    Trne de fleurs, lit de verdure,
    Gazon plant par les amours,
    Recevez l'onde frache et pure
    Que ma main vous doit tous les jours.
    Couronnez-vous d'herbes nouvelles;
    Croissez, gazon voluptueux.
    Qu' midi, Zphyre amoureux
    Vous porte le frais sur ses ales.
    Que ces lilas entrelacs
    Dont la fleur s'arrondit en vote,
    Sur vous mollement renverss,
    Laissent chapper goutte  goutte
    Les pleurs que l'aurore a verss.
    Sous les appas de ma matresse
    Ployez toujours avec souplesse,
    Mais sur le champ relevez-vous;
    De notre amoureux badinage
    Ne gardez point le tmoignage;
    Vous me feriez trop de jaloux.


FRAGMENT D'ALCE, POTE GREC.

    Quel est donc ce devoir, cette fte nouvelle,
    Qui pour dix jours entiers t'loignent de mes yeux?
    Qu'importe  nos plaisirs l'Olympe et tous les Dieux,
    Et qu'est-il de commun entre nous et Cyble?
    De quel droit m'ose-t-on arracher de tes bras?
    Se peut-il que du Ciel la bont paternelle
    Ait choisi pour encens les malheurs d'ici-bas?
    Reviens de ton erreur, crdule lonore.
    Si tous deux gars dans l'paisseur du bois,
    Au doux bruit des ruisseaux mlant nos douces voix,
    Nous nous disions sans fin, je t'aime, je t'adore;
    Quel mal feroit aux Dieux notre innocente ardeur?
    Sur le gazon fleuri, si prs de moi couche,
    Tu remplissois tes yeux d'une molle langueur;
    Si ta bouche brlante  la mienne attache
    Jettoit dans tous mes sens une vive chaleur;
    Si mourant sous l'excs d'un bonheur sans mesure
    Nous renaissions encor, pour encor expirer;
    Quel mal feroit aux dieux cette volupt pure?
    La voix du sentiment ne peut nous garer,
    Et l'on n'est point coupable en suivant la nature.

    Ce Jupiter qu'on peint si fier et si cruel,
    Plong dans les douceurs d'un repos ternel,
    De ce que nous faisons ne s'embarrasse gure.
    Ses regards dploys sur la nature entire
    Ne se fixent jamais sur un foible mortel.
    Va, crois-moi, le plaisir est toujours lgitime;
    L'amour est un devoir, l'ennui seul est un crime.

    Laissons la vanit riche dans ses projets
    Se crer sans effort une seconde vie;
    Laissons-la promener ses regards satisfaits
    Sur l'immortalit; rions de sa folie.
    Cet abyme sans fond o la mort nous conduit
    Garde ternellement tout ce qu'il engloutit.
    Tandis que nous vivons, faisons notre lyse;
    L'autre n'est qu'un beau rve invent par les Rois,
    Pour ranger leurs sujets sous la verge des loix;
    Et cet pouvantail de la foule abuse,
    Ce tartare, ces fouets, cette urne, ces serpens,
    Font moins de mal aux morts que de peur aux vivans.


DLIRE.

    Rions, buvons,  mes amis!
    Occupons-nous  ne rien faire.
    Laissons murmurer le vulgaire,
    Le plaisir est toujours permis.
    Que notre existence lgre
    S'vanouisse dans les jeux.
    Vivons pour nous, soyons heureux,
    N'importe de quelle manire.
    Un jour il faudra nous courber
    Sous la main du tems qui nous presse
    Mais jouissons dans la jeunesse:
    Et drobons  la vieillesse
    Tout ce qu'on peut lui drober.


MADRIGAL.

    Sur cette fougre o nous sommes,
    Six fois, durant le mme jour,
    Je fus le plus heureux des hommes.
    Nous tions seuls avec l'amour.
    Sur les lvres de mon amie
    S'chappoit mon dernier soupir;
    Un baiser me faisoit mourir;
    Un autre me rendoit la vie.


LA RECHUTE.

        C'en est fait, j'ai bris mes chanes,
        Amis, je reviens dans vos bras;
        Les Belles ne vous valent pas,
        Leurs faveurs cotent trop de peines;
        Je leur dis adieu pour toujours.
        Bouteille long-tems nglige
        Remplace chez moi les amours,
        Et distrais mon ame afflige.
        Buvons,  mes amis, buvons.
        C'est le seul plaisir sans mlange;
        Il est de toutes les saisons;
        Lui seul nous console et nous venge
        Des matresses que nous perdons.

    Que dis-je, malheureux! ah! qu'il est difficile
    De feindre la gat dans le sein des douleurs!
    La bouche sourit mal quand les yeux sont en pleurs.
    Repoussons loin de nous ce nectar inutile.
    Et toi, tendre amiti, plaisir pur et divin,
    Non, tu ne suffis plus  mon ame gare.
    Au cri des passions qui couvent dans mon sein,
    En vain tu veux mler ta voix douce et sacre.
    Tu gmis de mes maux qu'il falloit prvenir;
    Tu m'offres ton appui lorsque la chte est faite,
    Et tu sondes ma plaie au lieu de la gurir.
    Va, ne m'apporte plus ta prudence inquite;
    Laisse-moi m'tourdir sur la ralit;
    Laisse-moi m'enfoncer dans le sein des chimres,
    Tout courb sous les fers chanter la libert,
    Saisir avec transport des ombres passagres,
        Et parler de flicit,
        En versant des larmes amres.

        Ils viendront ces paisibles jours,
    Ces momens du rveil, o la raison svre
    Dans la nuit des erreurs fait briller sa lumire,
    Et dissipe  nos yeux le songe des amours.
        Le tems qui d'une ale lgre
    Emporte, en se jouant, nos gots et nos penchans,
    Mettra bientt le terme  mes garemens.
     mes amis! Alors chapp de ses chanes,
    Mon coeur dans votre sein dposera ses peines;
    Ce coeur qui vous trahit revolera vers vous.
    Sur votre exprience appuyant ma foiblesse,
    Peut-tre je pourrai d'une folle tendresse
        Prvenir les retours jaloux.
        Sur les plaisirs de mon aurore
    Vous me verrez tourner des yeux mouills de pleurs,
    Soupirer malgr moi, rougir de mes erreurs,
    Et mme en rougissant, les regretter encore.


A M. DE F.

    Abjurant ma douce paresse,
    J'allois voyager avec toi;
    Mais mon coeur reprend sa foiblesse;
    Adieu, tu partiras sans moi.
    Les baisers de ma jeune Amante
    Ont drang tous mes projets.
    Ses yeux sont plus beaux que jamais;
    Sa douleur la rend plus touchante.
    Elle me serre entre ses bras,
    Des Dieux implore la puissance,
    Pleure dj mon inconstance,
    Gmit, et ne m'coute pas.
    Viens, dit-elle; un autre rivage
    Nous attend au dclin du jour;
    Nous ferons ensemble un voyage,
    Mais c'est au temple de l'Amour.


MA RETRAITE.

        Solitude heureuse et champtre,
        Sjour du repos le plus doux,
        Le printems me ramne  vous;
        Recevez enfin votre matre.
        La jeune Amante du Zphyr
        A ranim vos tristes plaines;
        chapp de mes lourdes chanes,
        Comme elles, je vais rajeunir.
    Vous donnez  mes sens une nouvelle vie;
        Mon ame trop long-tems fltrie,
        Aux rayons naissans du plaisir,
        Dj commence  s'entrouvrir.

         matresse toujours plus chre!
        De ces lieux tu fais l'ornement.
        Dans ces lieux tu fais sans mystre
        Le bonheur du plus tendre amant.

    La simplicit seule orna mon hermitage.
    On ne voit point chez moi ces superbes tapis
    Que la Perse,  grands frais, teignit pour notre usage.
    Je ne repose point sous un dais de rubis;
        Mon lit n'est qu'un simple feuillage.
    Eh qu'importe? le somme est-il moins consolant?
    Les rves qu'il nous donne en sont-ils moins aimables?
    Le baiser d'une Amante en est-il moins brlant,
        Et les volupts moins durables?
        Pendant la nuit, lorsque je peux
        Entendre dgoutter la pluie,
        Et les fiers enfans d'Orythie
        branler mon toit dans leurs jeux;
        Alors si mes bras amoureux
        Entourent ma craintive amie,
        Puis-je encor former d'autres voeux?
        Qu'irois-je demander aux dieux
        A qui mon bonheur fait envie?

        Je suis au port, et je me ris
        De ces cueils o l'homme choue.
        Je regarde avec un souris
        Cette fortune qui se joue
        En tourmentant ses favoris;
        Et j'abaisse un oeil de mpris
        Sur l'inconstance de sa roue.
    Gmisse qui voudra sur le sort des humains;
        Trop foibles pour tre coupables,
        Ou trop mchans pour tre plaints,
        Ils ne valent pas les chagrins
    Que laisse dans mon coeur l'aspect des misrables.
        L'humanit n'est qu'un abus;
        La haine est triste et trop pnible;
        Une indiffrence paisible
        Est la plus sage des vertus.


VERS GRAVS SUR UN MYRTE.

    Myrte heureux, dont la vote paisse
    Servit de voile  nos amours,
    Reois et conserve toujours
    Ces vers enfans de ma tendresse;
    Et dis  ceux qu'un doux loisir
    Amnera dans ce bocage,
    Que si l'on mouroit de plaisir,
    Je serois mort sous ton ombrage.


A LONORE.

     toi qui fus mon colire
    En musique, et mme en amour,
    Viens dans mon paisible sjour
    Exercer ton talent de plaire.
    Viens voir ce qu'il m'en cote  moi
    Pour avoir t trop bon matre.
    Je serois mieux portant peut-tre,
    Si moins assidu prs de toi,
    Si moins empress, moins fidle,
    Et moins tendre dans mes chansons,
    J'avois mnag des leons
    O mon coeur mettoit trop de zle.
    Ah! viens du moins, viens appaiser
    Les maux que tu m'as faits, cruelle!
    Ranime ma langueur mortelle;
    Viens me plaindre; et qu'un seul baiser
    Me rende une sant nouvelle.
    Fidle  mon premier penchant,
    Amour, je te fais le serment
    De la perdre encore avec elle.


A LA MME, SUR SON REFROIDISSEMENT.

    Ils ne sont plus, ces jours dlicieux
    O mon amour respectueux et tendre
    A votre coeur savoit se faire entendre;
    O vous m'aimiez, o nous tions heureux!
    Vous adorer, vous le dire et vous plaire,
    Sur vos dsirs rgler tous mes dsirs,
    C'toit mon sort, j'y bornois mes plaisirs;
    Aim de vous, quels voeux pouvois-je faire?
    Tout est chang; quand je suis prs de vous,
    Triste et sans voix, vous n'avez rien  dire;
    Si quelquefois je tombe  vos genoux,
    Vous m'arrtez avec un froid sourire,
    Et dans vos yeux s'allume le courroux.
    Il fut un tems, vous l'oubliez peut-tre!
    O j'y trouvois cette molle langueur,
    Ce tendre feu que le dsir fait natre,
    Et qui survit au moment du bonheur.
    Tout est chang, tout, except mon coeur!


A UN MYRTE.

    Bel arbre, je viens effacer
    Ces noms gravs sur ton corce,
    Qui par un amoureux divorce
    Se reprennent pour se laisser.
    Ne parle plus d'lonore;
    Rejette ces chiffres menteurs;
    Le tems a dsuni les coeurs
    Que ton corce unit encore.


A M. DE F.

    Corrig par tes beaux discours
    J'avois rsolu d'tre sage,
    Et dans un accs de courage
    Je congdiois les amours
    Et les chimres du bel ge.
    La nuit vint; un profond sommeil
    Ferma mes paupires tranquilles;
    Tous mes songes toient faciles;
    Je ne craignois point le rveil.
    Mais quand l'aurore impatiente,
    Blanchissant l'ombre de la nuit,
    A la nature renaissante
    Annona le jour qui la suit:
    L'amour vint s'offrir  ma vue;
    Le sourire le plus charmant
    Erroit sur sa bouche ingnue;
    Je le reconnus aisment.
    Il s'approcha de mon oreille.
    Tu dors, me dit-il doucement,
    Et tandis que ton coeur sommeille,
    L'heure s'coule incessament.
    Ici bas tout se renouvelle,
    L'homme seul vieillit sans retour;
    Son existence n'est qu'un jour
    Suivi d'une nuit ternelle,
    Mais encor trop long sans amour.

    A ces mots j'ouvris la paupire;
    Adieu sagesse, adieu projets;
    Revenez, enfans de Cythre,
    Je suis plus foible que jamais.


DEMAIN, A EUPHROSINE.

    Vous m'amusez par des caresses,
    Vous promettez incessamment,
    Et le Zphir, en se jouant,
    Emporte vos vaines promesses.
    _Demain_, dites-vous tous les jours;
    Je suis chez vous avant l'aurore;
    Mais volant  votre secours
    La pudeur chasse les amours;
    _demain_, rptez-vous encore.

    Rendez grce au Dieux bienfaisant
    Qui vous donna jusqu' prsent
    L'art d'tre tous les jours nouvelle;
    Mais le tems, du bout de son ale,
    Touchera vos traits en passant;
    Ds _Demain_ vous serez moins belle;
    Et moi peut-tre moins pressant.


A UN AMI TRAHI PAR SA MATRESSE.

    Quoi, Tu gmis d'une inconstance;
    Tu pleures, nouveau Cladon?
    Ah! le trouble de ta raison
    Fait honte  ton exprience.
    Es-tu donc assez imprudent
    Pour vouloir fixer une femme?
    Trop simple et trop crdule Amant,
    Quelle erreur aveugle ton ame?
    Tu fixerois plus aisment
    Le soufle du Zphyr volage,
    Les flots agits par l'orage,
    Et l'or ondoyant des moissons,
    Quand les rapides aquilons,
    Glissant du sommet des montagnes
    Sur les richesses des vallons,
    Siflent en rasant les campagnes.

    Elle t'aimoit de bonne foi,
    Mais pouvoit-elle aimer sans cesse?
    Un rival obtient sa tendresse;
    Un autre l'avoit avant toi;
    Et ds demain, je le parie,
    Un troisime plus insens
    Remplacera dans sa folie
    L'imprudent qui t'a remplac.

    Il faut dans les jeux de Cythre
    A fripon, fripon et demi.
    Trahis pour n'tre point trahi;
    Prviens mme la plus lgre;
    Que ta tendresse passagre
    S'arrte o commence l'ennui;
    Donne tes sens, retiens ton ame.
    Tout s'use, tout finit un jour;
    L'amour doit finir  son tour,
    Et sur-tout un amour de femme.


A AGLA.

    Tu me promets d'tre constante,
    Et tu veux qu'aux pieds des autels
    Nous formions des noeuds solemnels!
    Agla, ta flme est prudente.
    Eh bien! d'un ternel amour
    Je fais le serment redoutable,
    Si tu veux jurer  ton tour
    D'tre  mes yeux toujours aimable.


MA MORT.

    De mes pensers confidente chrie,
    Toi, dont les chants faciles et flatteurs
    Viennent par fois suspendre les douleurs
    Dont les amours ont parsem ma vie,
    Lyre fidelle, o mes doigts paresseux
    Trouvent sans art des sons mlodieux,
    Prends aujourd'hui ta voix la plus touchante,
    Et parle-moi de ma matresse absente.

    Belle Agla, pourvu que dans tes bras
    De mes accords j'amuse ton oreille,
    Et qu'anim par le jus de la treille,
    En les chantant, je baise tes appas;
    Si tes regards, dans un tendre dlire,
    Sur ton ami tombent languissamment;
    A mes accens si tu daignes sourire;
    Si tu fais plus, et si mon humble Lyre
    Sur tes genoux repose mollement;
    Qu'importe  moi le reste de la terre?
    Des beaux esprits qu'importe la rumeur,
    Et du Public la sentence svre?
    Je suis Amant, et ne suis point Auteur.
    Je ne veux point d'une gloire pnible;
    Trop de clart fait peur au doux plaisir:
    Je ne suis rien, et ma muse paisible
    Brave, en riant, son sicle et l'avenir.
    Je n'irai pas sacrifier ma vie
    Au fol espoir de vivre aprs ma mort.
    Belle Agla, lorsque la main du sort
    Viendra fermer ma paupire affoiblie;
    Lorsque tes bras entourant ton ami
    Soulageront sa tte languissante,
    Et que ses yeux soulevs  demi
    Seront remplis d'une flme mourante;
    Lorsque mes mains tcheront d'essuyer
    Tes yeux fixs sur ma paisible couche,
    Et que mon coeur s'chappant sur ma bouche
    De tes baisers recevra le dernier;
    Je ne veux point qu'une pompe indiscrte
    Vienne trahir ma douce obscurit,
    Ni qu'un airain  grand bruit agit
    Annonce  tous le convoi qui s'apprte.
    Dans mon azile, heureux et mconnu,
    Indiffrent au reste de la terre,
    De mes plaisirs je lui fais un mystre;
    Je veux mourir comme j'aurai vcu.
    Peut-tre alors tu rpandras des larmes;
    Oui, tes beaux yeux se rempliront de pleurs;
    Je te connois; et malgr tes rigueurs,
    Dans mon amour tu trouves quelques charmes.
    Peut-tre hlas! vous gmirez aussi,
    Belle Euphrosine; et toi que j'aime encore
    Plus que jamais, ingrate lonore,
    Premier objet que mon coeur a choisi!
    Lorsque la mort aura coup la trame
    De ces momens qu'elle rendit heureux;
    Lorsqu'un tombeau triste et silencieux
    Renfermera ma douleur et ma flme;
     mes amis, vous que j'aurai perdus,
    Allez trouver cette Beaut cruelle,
    Et dites-lui: _c'en est fait; il n'est plus!_
    Bientt du ciel la justice ternelle
    Me vengera.... Mais, non, Dieu des amours!
    Je lui pardonne; ajoutez  ses jours
    Les jours heureux que m'ta l'infidelle.


AUX INFIDELLES.

    A vous qui savez tre belles,
    Favorites du Dieu d'amour,
    A vous, matresses infidelles,
    Qu'on cherche et qu'on fuit tour--tour;
    Salut, tendre hommage, heureux jour,
    Et sur-tout volupts nouvelles!
    coutez. Chacun  l'envi
    Vous craint, vous adore et vous gronde;
    Pour moi, je vous dis grand merci.
    Vous seules de ce triste monde
    Avez l'art d'gayer l'ennui;
    Vous seules variez la scne
    De nos gots et de nos erreurs;
    Vous piquez au jeu les acteurs;
    Vous agacez les spectateurs
    Que la nouveaut vous amne.
    Le tourbillon qui vous entrane
    Vous prte des appas plus doux;
    Le lendemain d'un rendez-vous,
    L'Amant vous reconnot  peine;
    Tous les yeux sont fixs sur vous,
    Et n'apperoivent que vos grces;
    Vous ne donnez pas aux dgots
    Le tems de natre sur vos traces.
    On est heureux par vos rigueurs,
    Plus heureux par la jouissance;
    Chacun poursuit votre inconstance;
    Et s'il n'obtient pas vos faveurs,
    Il en a du moins l'esprance.


L'HEURE DU BERGER.

    Hier Lisette
    Toute seulette
    Au bois filant,
    Alloit chantant
    La chansonnette.
    Elle s'assit
    Au bord de l'onde
    Claire et profonde:
    Deux fois s'y vit
    Jeune et mignonne,
    Et la friponne
    Deux fois sourit;
    Puis avec grce
    Ses pieds penchoient
    Et se jouoient
    Sur la surface.

    Discret tmoin,
    Son chien fidle
    toit prs d'elle;
    Tandis qu'au loin
    Dans la prairie
    L'agneau naissant
    Alloit paissant
    L'herbe fleurie.

    Le long du bois
    Je fais silence,
    Et je m'avance
    En tapinois;
    Puis en cachette
    Me rapprochant,
    Et la tirant
    Tout doucement
    Par la manchette:
    Salut  vous,
    Bonjour, ma Reine!
    N'ayez courroux
    Qu'on vous surprenne.
    A vos chansons
    Nous vous prenons
    Pour Philomle.
    Aussi bien qu'elle
    Vous cadenciez,
    Ma toute Belle;
    Mais mieux feriez
    Si vous aimiez
    Aussi bien qu'elle.
    Plaire, charmer,
    Sur-tout aimer,
    C'est le partage,
    C'est le savoir
    Et le devoir
    Du premier ge.

    J'ai quatorze ans,
    Rpond Lisette;
    Suis trop jeunette,
    Et je n'entends
    Propos d'amans.
    Une Fillette
    Ne trouve rien
    En amourette
    Que du chagrin.
    On a beau faire;
    Tous les Galans
    Sont inconstans,
    Me dit ma mre.

    Lors un soupir
    Vint la trahir,
    Et du plaisir
    Fut le prsage.
    Le lieu, le tems,
    L'pais feuillage,
    Gazons naissans
    A notre usage,
    Tout me servoit
    Contre Lisette;
    A sa dfaite
    Tout conspiroit.
    Elle s'offense,
    Menace, fuit,
    Puis s'adoucit,
    Puis recommence,
    Pleure, gmit,
    Se tait, succombe,
    Chancelle et tombe...

    En rougissant
    Elle se lve,
    Sur moi soulve
    Son oeil mourant,
    Et me serrant
    Avec tendresse,
    Dit: cher Amant!
    Aimons sans cesse!
    Que nos amours
    Ne s'affoiblissent
    Et ne finissent
    Qu'avec nos jours!


A M. BERTIN.

    Crois-moi; la brillante couronne
    Dont tu flattes ma vanit,
    C'est l'amiti qui me la donne,
    Sans l'aveu de la vrit.
    Fruits lgers de ma foible veine,
    Cet honneur n'est point fait pour vous
    Modestes et connus  peine
    Vous me ferez peu de jaloux.
    Il est vrai qu' la noble envie
    D'tre clbre aprs ma mort
    Je ne me sens pas assez fort
    Pour sacrifier cette vie.
    Dans les sentiers d'Anacron
    garant ma jeunesse obscure,
    Je n'ai point la dmangaison
    D'entremler une chanson
    Aux crits pompeux du Mercure,
    Et je renonce sans murmure
    A la trompeuse ambition
    D'une clbrit future.
    j'irai tout entier aux enfers.
    En vain ta voix douce et propice
    Promet plus de gloire  mes vers;
    Ma nullit se rend justice.
    Nos neveux, moins polis que toi,
    Fltriront bientt ma couronne;
    Peu jaloux de vivre aprs moi,
    Je les approuve et leur pardonne.


_FIN_








End of the Project Gutenberg EBook of Posies rotiques, by 
variste Dsir de Forges Parny

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POSIES ROTIQUES ***

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Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
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outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
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Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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