The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Scandinavie, by Various

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Title: Le Tour du Monde; Scandinavie
       Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: May 17, 2008 [EBook #25503]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; SCANDINAVIE ***




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                    LE TOUR DU MONDE




            IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
               Rue de Fleurus, 9,  Paris




                    LE TOUR DU MONDE

               NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

                PUBLI SOUS LA DIRECTION

                 DE M. DOUARD CHARTON

        ET ILLUSTR PAR NOS PLUS CLBRES ARTISTES




                         1860
                   DEUXIME SEMESTRE

            LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
         PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
          LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
              LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

                         1860




TABLE DES MATIRES.


UN MOIS EN SICILE (1843.--Indit.), par M. Flix BOURQUELOT.

  Arrive en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
    de Palerme. -- La cathdrale de Monreale. -- De Palerme 
    Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
    Sgeste. -- Trapani. -- La spulture du couvent des capucins. --
    Le mont ryx. -- De Trapani  Girgenti. -- La Lettica. --
    Castelvetrano. -- Ruines de Slinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
    (Agrigente). -- De Girgenti  Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
    -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlvement de
    Proserpine. -- De Castrogiovanni  Syracuse. -- Calatagirone. --
    Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse  Catane. -- Lentini. --
    Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
    Retour  Naples.                                                 1


VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins indits de M. Jules LAURENS.

  Arrive  Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
    Tchhar-Bgh. -- Le collge de la Mre du roi. -- La mosque du
    roi. -- Les quarante colonnes. -- Prsentations. -- Le pont du
    Zend--Roub. -- Un dner  Ispahan. -- La danse et la comdie. --
    Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan  Kaschan. -- Kaschan. --
    Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
    scorpions. -- Une lgende. -- Les bazars. -- Le collge. -- De
    Kaschan  la plaine de Thran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
    Le pont du Barbier. -- Le dsert de Khavr. -- Houz-Sultan. --
    La plaine de Thran. -- Thran. -- Notre entre dans la ville.
    -- Notre habitation.                                            16

  Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions 
    Thran. -- Temprature. -- Longvit. -- Les nomades. -- Deux
    plerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
    laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
    -- Les fianailles. -- Le divorce. -- La journe d'une Persane.
    -- La journe d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
    politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
    chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
    drames historiques. -- pilogue. -- Le Dmavend. -- L'enfant qui
    cherche un trsor.                                              34


VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins indits de M. A. de BRARD.

  L'le Saint-Thomas. -- La Jamaque: Kingston; Spanish-Town; les
    _rserves_; la vgtation. -- Les planteurs et les ngres. --
    Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des ngresses. --
    Avenir des multres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
    -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
    sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
    Sainte-Marthe. -- Carthagne. -- Le chemin de fer de Panama. --
    Costa Rica: San Jos; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
    Greytown.                                                       49


VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Tlmark et l'vch de Bergen.) (1858.--Indit.)

  LE TLMARK. -- Christiania. -- Dpart pour le Tlmark. -- Mode
    de voyager. -- Paysage. -- La valle et la ville de Drammen. --
    De Drammen  Kongsberg. -- Le cheval norvgien. -- Kongsberg et
    ses gisements mtallifres. -- Les montagnes du Tlmark. --
    Leurs habitants. -- Hospitalit des _gaards_ et des _sters_. --
    Une sorcire. -- Les lacs Tinn et Mjs. -- Le Westfjord. -- La
    chute du Rjukan. -- Lgende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
    livre des trangers. -- L'glise d'Hitterdal. -- L'ivresse en
    Norvge. -- Le chtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
    Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.                               65

  --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intrieure. --
    Retour  Christiania par Skien.                                 82

  L'VCH DE BERGEN. -- La presqu'le de Bergen. -- Lrdal. -- Le
    Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vringfoss. -- Le
    Hardangerfjord. -- De Vikor  Sammanger et  Bergen.           85


VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins indits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

  D'ALEXANDRIE  SOUAKIN. -- L'gypte. -- Le dsert. -- Le simoun.
    -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qossir. --
    Djambo. -- Djeddah.                                             97


VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Indit.)

  Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosques. --
    L'Albanais Rabottas. -- Prparatifs de dpart. -- Vasilika. --
    Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
    Gdon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
    Karis et la rpublique de l'Athos. -- Le vovode turc. -- Le
    peintre Anthims et le pappas Manuel. -- M. de Svastiannoff.  103

  Ermites indpendants. -- Le monastre de Koutloumousis. -- Les
    bibliothques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
    peintres modernes. -- Le monastre d'Iveron. -- Les carmes. --
    Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
    Vroukolakas. -- Les bibliothques. -- Les mulets. -- Philotheos.
    -- Les moines et la guerre de l'Indpendance. -- Karacallos. --
    L'union des deux glises. -- Les pnitences et les fautes.     114

  La lgende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
    Thodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'glise
    grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxs. -- Les monastres
    bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La lgende du peintre. --
    Beaut du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
    Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xnophon. -- La
    pche aux ponges. -- Retour  Karis. -- Xiropotamos, le couvent
    du Fleuve Sec. -- Dpart de Daphn. -- Marino le chanteur.     130


VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou les de coraux.--(1838).

  L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
    cratres. -- Aspect bizarre de la vgtation. -- L'le Chatam. --
    Colonie de l'le Charles. -- L'le James. -- Lac sal dans un
    cratre. -- Histoire naturelle de ce groupe d'les. --
    Mammifres; souris indigne. -- Ornithologie; familiarit des
    oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
    tortues de terre; leurs habitudes.                             139

  Encore les tortues de terre; lzard aquatique se nourrissant de
    plantes marines; lzard terrestre herbivore, se creusant un
    terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel o ils
    remplacent les mammifres. -- Diffrences entre les espces qui
    habitent les diverses les. -- Aspect gnral amricain.       146

  LES ATTOLES OU LES DE CORAUX. -- le Keeling. -- Aspect
    merveilleux. -- Flore exigu. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
    -- Insectes. -- Sources  flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
    -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportes par les
    racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
    Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
    Profondeur  laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
    parsems d'les de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
    Barrires. -- Franges de rcifs. -- Changement des franges en
    barrires et des barrires en attoles.                         151


BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet.                                          159


VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).

  Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
    paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pche. -- Si les
    poissons morts sont bons  manger. -- La sorcire Agrippine. --
    Mon premier voyage. -- Killm et ses environs. -- Malheurs. --
    Les Yakoutes. -- La chasse et la pche. -- Yakoutsk. -- Mon
    premier emploi. -- J'avance. -- Dernires recommandations de ma
    mre. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudsko. -- Mes bagages. --
    Campement. -- Le froid. -- La rivire Outchour. -- L'Aldan. --
    Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'gn. -- Un Tongouse
    qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
    Ascension du Diougdjour. -- Stratagme pour prendre un oiseau. --
    La ville d'Oudsko. -- La pche  l'embouchure du fleuve Ut. --
    Navigation pnible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
    Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour  Oudsko et 
    Yakoutsk.                                                      161

  Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois ptrifi. -- Le Sountar. --
    Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
    -- Population. -- Caractres. -- Aptitudes. -- Les femmes
    yakoutes.                                                      177


DE SYDNEY  ADLADE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulire (1860).

  Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
    des anciens matres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
    Frontires de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
    Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adlade.
    -- Culture et mines.                                           182


VOYAGES ET DCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).

  Henry Barth. -- But de l'expdition de Richardson. -- Dpart. --
    Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le dsert. -- Le palais des dmons. --
    Barth s'gare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
    Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
    Frontires de l'Asben. -- Extorsions. -- Dluge  une latitude o
    il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du dsert. -- Sombre valle
    de Taghist. -- Riante valle d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
    dcadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
    despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
    girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchna;
    Barth est prisonnier. -- Pnurie d'argent. -- Kano. -- Son
    aspect, son industrie, sa population. -- De Kano  Kouka. -- Mort
    de Richardson. -- Arrive  Kouka. -- Difficults croissantes. --
    L'nergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
    courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
    de la ville, son march, ses habitants. -- Le Dendal. --
    Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad.                       193

  Dpart. -- Aspect dsol du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
    mont Dlabda. -- Forgeron en plein vent. -- Dvastation. --
    Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
    Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
    force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bnou. --
    Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Oulad-Sliman.
    -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Nggimi
    ou Inggimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
    Razzia. -- Nouvelle expdition. -- Troisime dpart de Kouka. --
    Le chef de la police. -- Aspect de l'arme. -- Dikoua. -- Marche
    de l'arme. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beaut du
    pays. -- Chasse  l'homme. -- Erreur des Europens sur le centre
    de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
    Entre dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traverse du
    Chari. --  travers champs. -- Dfense d'aller plus loin. --
    Hospitalit de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrt. -- On lui met
    les fers aux pieds. -- Dlivr par Sadik. -- Masna. -- Un
    savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
    Cortge du sultan. -- Dpches de Londres.                     209

  De Katchna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
    remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route prilleuse.
    -- Activit des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
    force de trente heures. -- L'mir Aliyou. -- Vourno. --
    Situation du pays. -- Cortge nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
    d'une bote  musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
    d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Dsolation et fcondit.
    -- Zogirma. -- La valle de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
    Say. -- Rgion mystrieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
    Fin du rhamadan  Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
    partout. -- Barth dguis en schrif. -- Horreur des chiens. --
    Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
    Prires pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
    importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
    Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
    Irritation croissante. -- Sus au chrtien! -- Les Foullanes
    veulent assiger la ville. -- Dpart. -- Un preux chez les
    Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs dsesprantes. -- Gogo.
    -- Gando. -- Kano. -- Retour.                                  226


VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Indit).

  Arrive  San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Dpart
    pour les placers. -- Le claim. -- Premire dception. -- La
    solitude. -- Mineur et chasseur. -- Dpart pour l'intrieur. --
    L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivit. --
    Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
    -- Dlivrance.                                                 242


VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du gnie bengalais (1855).

  Dpart de Rangoun. -- Frontires anglaises et birmanes. -- Aspect
    du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magw. -- Musique,
    concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
    exploitation. -- Un monastre et ses habitants. -- La ville de
    Pagn. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrive 
    Amarapoura.                                                    258

  Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'lphant blanc. --
    Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
    roi. -- Prsents offerts et reus. -- Le prince hritier
    prsomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
    Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
    dames birmanes.                                                273

  Comment on dompte les lphants en Birmanie. -- Excursions autour
    d'Amarapoura. -- Gologie de la valle de l'Irawady. -- Les
    poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
    autres peuples indignes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
    Birmans et chez les Karens. -- Ftes birmanes. -- Audience de
    cong. -- Refus de signer un trait. -- Lettre royale. -- Dpart
    d'Amarapoura et retour  Rangoun. -- Coup d'oeil rtrospectif sur
    la Birmanie.                                                   280


VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).

  But de l'expdition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
    Aspect de la cte. -- Un village. -- Les Bloutchis. -- Ouamrima.
    -- Fertilit du sol. -- Dgot inspir par le pantalon. -- Valle
    de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
    l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidit. -- Zoungomro. --
    Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Mtis
    arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
    nes de selle et de bt. -- Chane de l'Ousagara. --
    Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
    Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisime
    rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
    L'Ougogi. -- pines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosit des
    indignes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrase. --
    Coup d'oeil sur la valle d'Ougogo. -- Aridit. -- Kraals. --
    Absence de combustible. -- Gologie. -- Climat. -- Printemps. --
    Indignes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Fort
    dangereuse.                                                    305

  Arrive  Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
    tablissements des Arabes. -- Leur manire de vivre. -- Le Temb.
    -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
    Une journe de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
    Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Sjour  Kazeh. -- Avidit des
    Bloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
    -- Jolies fumeuses. -- Le Msn. -- Orgies. -- Kajjanjri. --
    Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beaut de la
    Terre de la Lune. -- Soire de printemps. -- Orage. -- Faune. --
    Cynocphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
    Ouanyamouzi. -- Toilette. -- Naissances. -- ducation. --
    Funrailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
    Ordalie. -- Rgion insalubre et fconde. -- Aspect du Tanganyika.
    -- Ravissements. -- Kaoul.                                   321

    Tatouage. -- Cosmtiques. -- Manire originale de priser. --
    Caractre des Ouajiji; leur crmonial. -- Autres riverains du
    lac. -- Ouatata, vie nomade, conqutes, manire de se battre,
    hospitalit. -- Installation  Kaoul. -- Visite de Kannna. --
    Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
    pcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Cte inhospitalire.
    -- L'le d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
    Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempte. -- Retour.  337


FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855)                                               348


VOYAGE  L'LE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

  Dpart de New-York. -- Une nuit en mer. -- Premire vue de Cuba.
    -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
    -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'htel Le
    Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
    pauvre  la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms  la
    Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intrieur de
    l'le. -- La vgtation. -- Les champs de canne  sucre. -- Une
    plantation. -- Le caf. -- La vie dans une plantation de sucre.
    -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour  la Havane. -- La
    population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystres de
    l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.      353


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

  Le pic de Belledon. -- Le Dauphin. -- Les Goulets.              369

  Les gorges d'Omblze. -- Die. -- La valle de Roumeyer. -- La
    fort de Saou. -- Le col de la Cochette.                       385


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. lise RECLUS (1850-1860).

  La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
    Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Brarde. -- Le col
    de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
    des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
    habitants.                                                     402


LISTE DES GRAVURES.                                                417

LISTE DES CARTES.                                                  422

ERRATA.                                                            427




[Illustration: Costumes norvgiens d'Hitterdal.--Dessin de
Pelcoq d'aprs le peintre norvgien Tiedeman.]




VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES,

PAR M. PAUL RIANT.


I. LE TLMARK ET L'VCH DE BERGEN.

1858.--INDIT.


LE TLMARK.

     Christiania. -- Dpart pour le Tlmark. -- Mode de voyager. --
     Paysage. -- La valle et la ville de Drammen.

En 1736, la France envoya, sous les ordres de M. de Maupertuis, une
expdition scientifique au cercle polaire. L'abb Outhier, charg de
la relation du voyage, fait partir l'expdition _en carrosse de
voiture_. On djeune  Louvres, on soupe  Senlis, et le long du
chemin on ne perd pas une seule des curiosits de la Picardie et de
l'Artois.

En 1860, devant les affiches des chemins de fer qui vous mnent de
Paris  Copenhague en trente-six heures, il faut faire comme la vapeur
et rayer d'un trait de plume ces distances qui n'en sont plus. Bientt
mme la vieille terre des Goths et des Normands aura achev son rseau
de voies ferres: les solitudes Scandinaves,  peine troubles par le
shooting et le fishing britanniques, verront aux vacances
s'abattre par lgions les touristes du continent et il ne sera plus
permis d'crire sur le Nord d'autre livre que le _Guide du voyageur_.
Pour ceux qui aiment  trouver de l'imprvu,  dcouvrir des sites
ignors, il faut se hter: les vieilles ides qui assignaient pour
patrie aux ours la banlieue de Copenhague s'en vont peu  peu et le
canal de Gotha menace de devenir aussi banal que le Rhin ou la Loire.

Seuls, les _fjelds_ (monts, plateaux) norvgiens feront peut-tre
exception pendant quelques annes: l'pret particulire du sol, la
configuration gnrale des montagnes, la longueur des distances,
l'absence du confort le plus lmentaire, interdiront encore
longtemps, aux touristes presss, certaines excursions de longue
haleine  la recherche de sites fameux par leur loignement mme.

Les deux parties de la Norvge qui offrent  la fois le plus de
grandeur dans les paysages, le plus d'originalit dans les moeurs,
sont le Tlmark et l'vch de Bergen.

La Norvge, longue et troite bande de ctes qui treint la Sude
depuis le golfe de Varanger jusqu' Gothembourg, se renfle dans la
partie mridionale: c'est le centre de cette presqu'le secondaire
qu'occupe le Tlmark, avec ses grands lacs solitaires, ses montagnes
abruptes, ses chutes immenses, et son peuple aux costumes bariols.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

... Arrivs  Christiania dans les premiers jours de juin aprs un
voyage assez long  travers les immenses forts du Vermland et le long
de la noble valle de la Glommen, nous avions employ prs d'un mois 
parcourir les environs immdiats de la mtropole norvgienne,
admirablement assise au fond d'un des plus beaux _fjords_ (golfes) de
la cte, au pied de montagnes verdoyantes et  une heure des grands
lacs de l'intrieur, grce  quelques kilomtres de chemin de fer
qu'on pourra prolonger plus tard.

Christiania, comme Stockholm, comme presque toutes les villes bties
en panorama, devrait n'tre vue que de loin. Au bout de huit jours
passs dans ses rues dsertes, le long de ses bazars dgarnis, on a
hte de quitter cet immense village, aux monuments prtentieux, et on
se prend  en vouloir aux habitants du dsenchantement que l'on
prouve: ils ont presque gt la nature.

Huit jours pourtant ne sont pas de trop avant de partir pour le
Tlmark, surtout si l'on veut, tout en parcourant le pays, se livrer
aux divertissements favoris des Anglais, la chasse et la pche. Comme
on est sr d'avance de ne trouver le long du chemin que du lait caill
et de la farine, il est ncessaire de se pourvoir de tout ce qui doit
suppler  l'insuffisance de ce menu quotidien.

Une petite voiture nationale non-suspendue, nomme du nom dfigur de
karriol (et la seule que l'orgueil norvgien consente  raccommoder
en cas d'accident), doit contenir votre personne et vos bagages. Le
sige, en forme de sabot, repose sur une petite traverse en avant de
l'essieu; le cheval, attel d'une faon particulire, tire 
l'extrmit des brancards; une forte malle est attache  l'autre bout
sur une planche, le gamin (skydskarl), qui ramne le cheval de poste,
s'assied dessus. Entre ces deux points d'appui, le voyageur est mieux
suspendu que dans bien des voitures  ressorts et l'on finit par
s'habituer si bien  ce genre de locomotion qu'on arrive  faire des
journes de seize ou dix-huit heures sans excs de fatigue.

On voudrait d'ailleurs voyager autrement qu'on serait oblig forcment
d'y renoncer: les distances sont trop longues pour le voyage  pied;
les petits chevaux, habitus  tirer ces lgers vhicules, se refusent
au poids plus gnant du cavalier. Quant aux voitures civilises, les
routes en feraient bientt raison.

La poste, du reste, n'est pas d'une chert exorbitante et, n'taient
certains rglements parfaitement dfavorables aux voyageurs, on
n'aurait aucun droit de s'en plaindre[1].

         [Note 1: Le relais est une ferme tenue de loger les voyageurs
         et de leur fournir des chevaux pour un prix dtermin. Si la
         ferme reoit une subvention de l'tat, le fermier est oblig
         de fournir les chevaux sans faire attendre les voyageurs:
         c'est la station fixe. Mais le plus souvent la station est
         non fixe. La fourniture des chevaux est un impt; chaque
         fermier doit, dans chaque paroisse, le payer  son tour. Il
         faut donc aller  trois ou quatre lieues chercher le cheval
         qui vous arrive au bout de trois heures d'attente, dlai
         accord au fermier. L'animal est fatigu, souvent  peine
         dress ou vicieux; son matre fait le relais avec vous et le
         dfend contre le fouet avec une pret nave qui se traduit
         en apostrophes interminables.]

Aussi, le 27 juin  cinq heures du matin, notre itinraire tant
arrt pour huit jours, nos forbuds[2] tant envoys et nos sacs
chargs de la menue monnaie indispensable dans les montagnes, nous
roulions sur la route de Tlmark avec le projet d'aller le soir
coucher  Kongsberg, chef-lieu du dpartement de Bratsberg, l'un des
plus riches de la Norvge en mines et en bois. La route qui y mne,
admirablement perce en pleine montagne est,  quelques passages prs,
un chef-d'oeuvre, chose rare dans le Nord, o l'on passe subitement de
voies construites  grands frais  d'abominables traverses.

         [Note 2: Quand on veut avoir ses chevaux prts et faire un
         peu plus de trois relais par jour, il faut envoyer d'avance
         un courrier nomm forbudman, muni d'un certain nombre d'avis;
         il vous prcde d'une journe, et vous pouvez voyager  peu
         prs tranquillement. Mais gare  vous si vous changez quoi
         que ce soit  votre itinraire, si vous vous attardez 
         djeuner; les retards s'accumulent et se traduisent en
         indemnits dsagrables.]

La route que nous suivons longe la rive droite du fjord de
Christiania, dans un pays qui partout ailleurs serait un vritable
parc: de grandes prairies semes de bouquets de pins et de frnes
descendent jusqu' la mer;  droite des fermes rouges et blanches
s'tagent sur la montagne, perdues dans la nappe indfinie des sapins;
 gauche se dcoupent les mille bras du fjord. Chaque crique cache un
petit dbarcadre de bois avec quelque bateau  demi charg. Le ciel
est pur comme un ciel du midi, de grands glantiers couverts de fleurs
bordent le chemin et s'accrochent aux rochers.  chaque chaumire, au
bruit des chevaux, des marmots jambes nues accourent pour vous offrir
des fraises. On se croirait sur quelque cte fleurie de la
Mditerrane  deux pas de Nice ou d'Hyres, et l'on est en ralit
sous le soixante-unime degr de latitude.

[Illustration: Carte du HAUT TLMARK (Norwge mridionale) d'aprs Mr
Paul Riant. Grav chez Erhard. R. Bonaparte 42.]

 Sandviken, petit port en miniature avec huit ou dix petits vaisseaux
 l'ancre, la route quitte le fjord, qu'on n'aperoit plus que dans un
lointain bleutre, le paysage est toujours splendide, de longues files
de paysans nous croisent avec de grands seaux pleins de lait et des
charretes de lgumes. Ils saluent en passant, mais de cette faon
fire qui distingue les hommes libres des montagnes norvgiennes.

[Illustration: La valle de Boskesj.--Dessin de Dor d'aprs M.
Riant.]

C'est  trois lieues de Sandviken que commence la cte du Paradis,
Paradise Bakke, ainsi nomme de l'admirable vue dont on jouit  son
sommet; de l l'oeil embrasse  la fois le fjord et le lac Tiri unis
par la valle de Drammen, riche, cultive, anime par des scieries,
par des fermes opulentes.

[Illustration: Costumes du Tlmark.--Dessin de Pelcoq.]

Au fond est la ville de Drammen. Aprs une descente d'une demi-heure,
on en touche les faubourgs. Drammen, btie sur les deux rives d'un
large cours d'eau, est un des entrepts de bois les plus importants de
la Norvge. La ville consiste en deux longues rues parallles, bordes
pendant trois kilomtres de maisons neuves en bois peint et dcoup;
le feu a pass par l, et en Norvge c'est un bienfait. Presque toutes
les villes de Norvge payent  l'lment destructeur un tribut
priodique. Tout brle, mais tout est assur, immeuble et mobilier:
les compagnies anglaises payent les victimes en argent comptant,
denre rare en Norvge. Chacun rebtit sa demeure au got du jour, et
Troie renat de ses cendres, plus florissante que jamais. Le fait est
que Drammen a un aspect fort opulent. Bourse, quais, maisons aussi
vernies que les chalets d'Auteuil, vaisseaux au port, villas dans les
faubourgs, rien n'y manque ... que de quoi manger; c'est ce qui arrive
le plus souvent en Norvge, o l'oeil est toujours satisfait avant
l'estomac.  l'auberge, pniblement trouve aprs une heure de
recherche, une jeune et insolente pige nous refuse le pain et le sel
sous prtexte que l'heure du dner est passe.

 une raison aussi premptoire, il n'y a rien  rpondre. Le
Norvgien, tre flegmatique et intimement convaincu de sa propre
sagesse, ne connat point d'objection.


     De Drammen  Kongsberg. -- Le cheval norvgien. -- Kongsberg et
     ses gisements mtallifres.

Nous partons pour des lieux plus hospitaliers; d'immenses chantiers de
planches et de poutres bordent la route. Il semble qu'il y a l de
quoi approvisionner des villes entires: le bois s'lve en normes
monceaux; sans cesse de nouvelles poutres arrivent le long du fleuve,
sont reconnues, ranges, empiles ou dcoupes en planches, vendues,
embarques  bord de gros clippers _ad hoc_, et c'est ainsi que se
construisent les chemins de fer d'Espagne et les villas d'Alexandrie
et du Caire.

Au bout d'une lieue, la valle se rtrcit, et la route court plate et
poudreuse jusqu' Haugsund, gros bourg qui est comme la succursale de
Drammen. C'est l qu'aboutissent en hiver les tranages de bois, les
charrois de minerai, qui viennent des montagnes; en t, il y a moins
d'animation.

Haugsund, comme Drammen, est spar en deux parties qu'un pont de
pierre unit. Un _goestgiver_ plus hospitalier que le premier, nous
offre tout ce qu'il possde, mais, comme dans les posadas de la
Manche, ce tout se rduit  peu de chose: une queue de saumon.

Le saumon est dans le Nord le pain du peuple, qui le mange de toutes
les faons: cru, cuit, fum, sal; c'est la grande ressource du
voyageur, tant qu'il reste  quelques lieues de la mer.

 Haugsund apparaissent les premiers costumes tlmarkiens, les
corsages courts, les hautes jupes et les innombrables bijoux d'argent
qui sont le luxe de ces populations encore un peu barbares.

D'Haugsund  Kongsberg, il n'y a qu'un relais, mais il est long: deux
milles et demi, prs de douze lieues de France. On frmit en pensant
aux malheureux quadrupdes qui font au grand trot ces distances
normes. Le cheval norvgien est de la hauteur d'un ne, il est
presque toujours jauntre, except la queue et la crinire qui sont
noires; une raie de la mme couleur rgne le long du dos; l'habitude
locale est de tailler la crinire en brosse en ne laissant qu'une
grosse touffe qui passe entre les oreilles et retombe jusqu'aux yeux.
Cette crinire hrisse, cette petite tte, ce regard intelligent font
penser aux chevaux navement dessins des anciens bas-reliefs.

Si le cheval norvgien n'est pas d'une apparence satisfaisante au
point de vue hippique, il est dou de qualits solides et d'un certain
fond de gaiet patiente assez voisine du caractre de l'ne. Il rpond
plus  la parole qu'au fouet, s'arrte brusquement  ce son fortement
accentu: prrr, qui ferait fuir ses congnres d'Europe. Le long du
chemin, il se contente d'un peu de foin; l'avoine est inconnue ou sert
 l'alimentation de l'homme. Quand il a soif, il va de lui-mme  la
source qu'il sent de loin au bord de la route et ne se regimbe que si
vous le forcez  droger  ses habitudes. Arriv au relais, il
s'tend, se couche et se roule dans la poussire pour scher la sueur
du voyage. Son matre ne le brutalise jamais et a pour lui une
vritable affection. Malheur au voyageur qui surmne une bte dont le
propritaire est assis derrire la carriole. Il essuiera un feu
roulant de raisonnements de toutes sortes. Quelquefois mme le geste
suivra la parole, et le Norvgien a la main lourde.

La route avant Kongsberg traverse d'admirables forts, venues on ne
sait comment sur des roches normes. La mine a jou un grand rle dans
la construction du chemin, d'immenses quartiers rouges et noirs sont
entasss ple-mle sur les flancs de la montagne; d'normes arbres au
feuillage vigoureux sortent de ces amas monstrueux: c'est un vritable
chaos.

Peu  peu, la roche finit par l'emporter sur la vgtation; les pins
se rabougrissent, si bien qu'au sommet d'une interminable cte, il n'y
a plus que des broussailles et des mousses, mais on a atteint la
valle de la Laagen qui se droule  vos pieds comme un long ruban. Un
nuage noir, sem de reflets rougetres par le soleil couchant, se
balance au-dessus du fleuve. Plus bas encore apparaissent Kongsberg,
ses usines royales et la chute de Larbr, qui fournit  l'exploitation
minire son puissant moteur.

Kongsberg est la seconde ville minire de Norvge et le centre des
mines d'argent et de cobalt; c'est l que s'labore le minerai
recueilli  quelques lieues  la ronde.

Les mines d'argent forment une portion importante (un dixime) du
revenu de l'tat. Administres sagement et en prvision d'un
puisement possible, elles ne rendent qu'une somme fixe par an. Elles
ont t beaucoup plus riches, mais la premire veine cessa subitement
au sicle dernier, et ce ne fut qu'aprs un long intervalle qu'on
trouva la veine actuelle.

Les mines de cobalt situes  quatre milles de Kongsberg sont en
pleine exploitation.

La ville, groupe autour de l'glise, domine un peu la chute et les
scieries qu'elle alimente.

Le _Goestgivegaard_, dcor du nom franais d'Htel des Mines, est
tenu par un jeune homme fort complaisant, qui met  notre disposition
un phaton pour aller aux puits mme de la mine.

Ils sont  trois ou quatre lieues de Kongsberg, dans un pays strile,
plein de roches et de pins rabougris; la route,  peine faite,
serpente dans ce ddale de pierres et d'arbres.

On se demande comment les quipages  quatre chevaux de la cour de
Sude ont pu conduire par ces horribles sentiers le prince Napolon
qui, dans ses rapides voyages polaires, a visit les puits de
Kongsberg.

Nous dpassons cinq ou six tablissements mus par l'eau et destins
aux prparations successives du minerai avant son entre dans l'usine
de Kongsberg. Tout cela est fait avec ce luxe de charpente qu'on ne
peut trouver qu'en Norvge ou en Amrique: de gigantesques viaducs
amnent l'eau d'un ct et le minerai de l'autre. Bientt les rsidus
terreux s'amassent en monceaux normes et envahissent la charpente
primitive, un second difice se superpose alors au premier sans qu'on
s'inquite autrement ni de la matire ni de l'espace.  un dtour de
la route, nous reconnaissons enfin la triste maison de bois peinte en
brun et les hangars un peu dlabrs que MM. Giraud et Karl Girardet
ont potiss de leur crayon d'artiste dans le voyage du prince.

Pour le moment, les ouvriers soupent sous le hangar; un gentilhomme,
en chapeau noir, en bottes molles et en lunettes, fume  l'entre de
la mine une norme pipe allemande; il se montre poli et prvenant; la
conversation s'engage en anglais, mais au bout de quelque temps les
connaissances un peu superficielles de notre interlocuteur dans
l'idiome britannique nous forcent  parler norvgien. Il nous
introduit dans une salle basse et nue o trois ouvriers, munis chacun
d'une clef, ouvrent un grand coffre plein des chantillons les plus
remarquables d'argent natif, puis on nous invite  descendre dans les
mines.

 part quelques excavations immenses et partout clbres, rien ne
ressemble  une mine comme une autre mine; des chelles vermoulues, de
longues galeries noires dont le silence n'est troubl que par le
grondement des fleuves souterrains, un brouillard humide et noir, tout
un monde enterr vivant, rien de moins fait pour parler aux yeux et
mouvoir l'imagination; mais en Norvge ce serait humilier
profondment la gloire nationale que de ngliger les moindres dtails
des exploitations qui font la richesse du pays.

La mine de Kongsberg consciencieusement visite, nous retrouvmes avec
satisfaction _la terre d'en haut_.

Le Norvgien en bottes nous attendait pour nous faire entrer dans
l'habitation des mines et nous inscrire sur le registre des voyageurs:
un toast  la vieille Norvge complta la visite; en sortant, il nous
montra dans une salle une vitrine garnie des chantillons
minralogiques de la contre. L'argent se prsente sous deux formes
dans la mine:  l'tat natif, il sort en longs fils[3] d'une gangue
pierreuse, ou  l'tat de sulfure; dans ce dernier cas, une gangue
blanche feuillete renferme de gros noyaux cristallins noirs. Un
magnifique chantillon de ce genre dcorait la chemine. Nous voulions
nous procurer quelques-uns de ces chantillons, mais ce n'est qu'en
ville qu'on les achte. L un souper passable, prpar par l'hte,
nous attendait. Nous devions partir le lendemain de grand matin pour
les montagnes et, quoiqu'il ft dix heures du soir, nous envoyons nos
cartes au fonctionnaire prpos  la vente des prcieux cailloux; un
quart d'heure aprs, nous allons nous-mmes le trouver et, tout en
exprimant un dvouement sans bornes  la France, il nous vend fort
cher quatre petits morceaux d'argent.

         [Note 3: Les chantillons ressemblent  des chevelures; le
         plus long conserv  Copenhague a 1 mtre 50 centimtres de
         longueur et 50 centimtres de largeur.]

Nous le quittons et, aprs avoir admir de plus prs la splendeur de
Larbrfoss[4], nous revenons  l'htel, o nous trouvons toute
prpare une vaste chambre contigu  la salle de concert de la ville.
Dans le Nord, o la construction est toujours en bois et par
consquent peu coteuse, la poste-auberge, _goestgivegaard_, atteint
dans les petites villes des proportions respectables; au
rez-de-chausse, il y a cabaret pour le peuple, restaurant et table
d'hte pour les fonctionnaires; le premier est occup par une vaste
salle de concert destine aux solennits musicales ou chorgraphiques
de l'endroit, et flanque de deux ou trois vastes chambres au parquet
de sapin, sem de petites branches vertes.

         [Note 4: _Foss_ veut dire chute, cataracte.]


     Les montagnes du Tlmark. -- Leurs habitants. -- Hospitalit des
     _gaards_ et des _sters_. -- Une sorcire.

Kongsberg est la dernire tape de la civilisation de ce ct de la
Norvge.  quelques heures seulement de Christiania, elle participe au
mouvement de la capitale. Mais n'allez pas plus loin, si vous voulez
vivre autrement que de vos propres ressources. L commencent les pres
montagnes du Tlmark qui enlacent les lacs Tinn, Mjs, Totak et
Bandak et vont, s'entassant les unes sur les autres, former vers
l'ouest l'inaccessible barrire du Hardanger fjeld, vaste dsert de
neige, o l'indigne mme ne s'aventure pas sans horreur.

Pendant quelques milles encore on peut se servir de la carriole;
c'est--dire que l'on trouve un ou deux sentiers assez larges pour lui
livrer passage: frays ou non, peu importe, ds qu'elle entre, elle va
partout.

Le but principal d'une excursion en Tlmark est la clbre _chute
fumante_, Rjukandfoss[5], la plus grande de l'Europe, je dis la plus
grande et non la plus haute ni la plus forte; car la chute du Rhin 
Schaffhausen et les rapides de la Glommen  Kongsvinger l'emportent
sur le Rjukan en puissance d'eau, de mme que le filet d'eau qui, 
Gudvangen, dans l'vch de Bergen, tombe de 4000 pieds dans la mer,
l'emporte en hauteur; mais la clbrit du Rjukan vient  la fois de
la masse imposante de ses eaux et de la hauteur immense d'o elles
tombent, un lac prcipit dans un autre, de mille pieds de hauteur.

         [Note 5: _Rjukan_ est le vieux mot, presque islandais; le mot
         moderne est _Rygende_.]

Le lac Mjs, immense nappe  six branches, grossie des eaux qui
tombent du Hardanger fjeld, vient se dverser par le Maan Elv dans le
bassin du Tinn.

La valle du Maan Elv peut avoir douze lieues; c'est au tiers environ
qu'a lieu la dpression norme qui produit la chute. Pour aller de
Kongsberg au Rjukan, il faut passer de la valle de la Laagen dans
celle du lac Tinn et franchir une chane de montagnes assez abruptes;
en faisant un coude et les tournant au sud, on suit une route assez
bonne mais insignifiante. Nous devrons prendre le chemin le moins
fray et le plus pittoresque.

 quatre heures du matin, nous quittions Kongsberg et, aprs avoir
suivi pendant une heure la Laagen charge de bois flotts et borde de
grands sapins corcs, nous entrons dans la montagne ou plutt dans la
fort, car de tous cts ce ne sont que sapins et rochers, rochers et
sapins  perte de vue.

[Illustration: La valle de Vestfjordal.--Dessin de Dor d'aprs M.
Riant.]

Au bout d'une autre heure, les pentes s'adoucissent et l'on entre dans
une vaste prairie traverse par une petite rivire et borde de
hautes collines: c'est le _ster_ de Mon. Rien en gnral n'est
tranquille et potique comme un ster; c'est une petite ferme isole,
inhabite l'hiver. L, en t, une famille, quelquefois une jeune
fille seule, garde dans les pturages de la montagne des troupeaux de
moutons et de vaches. Le mot ster implique l'absence de culture; il
n'y a autour de la ferme que de verdoyantes prairies.

Les gens de Mon sont doux et n'ont point l'air heureux. Ils nous
vendent une de ces petites broches  pendeloques que, dans les longues
veilles d'hiver, les paysans faonnent avec le filigrane naturel des
mines de Kongsberg.

Aprs Mon, commence une longue monte sur un de ces plateaux tourbeux
o depuis des sicles les sapins meurent et renaissent de leurs
propres dbris. Dans ces dserts marcageux, la route dpasse tout ce
que l'imagination a jamais pu concevoir d'effrayant pour les voitures:
lacets brusques, rochers laisss en travers, ponts vermoulus, pentes 
pic, rien n'y manque.

Aprs une heure et demie de monte on arrive  Bolkesj. Bolkesj est
une ferme de montagne importante, fonde il y a cent ans et encore
tout empreinte du cachet original des vieux _gaards_ norvgiens.

[Illustration: Intrieur d'auberge  Bolkesj.--Dessin de Lancelot.]

Du haut de la montagne au versant de laquelle les dix ou douze
btiments de la ferme sont sems, on jouit d'une vue magnifique sur le
lac Fol qui occupe le fond de la valle et sur les plateaux boiss de
Hofvin, tandis que vers l'ouest se dcoupe la cime neigeuse du mont
Gausta.

 Bolkesj tout est encore vraiment norvgien. La chambre des htes,
peinte depuis le parquet jusqu'aux solives d'arabesques rouges et
noires aux tons brunis par le temps, est pare de deux vastes alcves
aux lits levs; le long des murs sont des bahuts chargs de vieux
pots danois  couvercle d'argent et de large vaisselle de cuivre et
d'argent; de vieilles chaises de bois peintes comme les solives et de
vnrables tables en racine de bouleau compltent la mise en scne.

C'est dans cet intrieur d'un haut style que le matre de la maison
nous sert une faon d'oeufs au lard. Toute l'argenterie de la famille
est exhibe dans cette occasion solennelle, et s'il est permis de
juger, par ce dploiement de luxe, de l'opulence relative de note
hte, il doit tre fort  son aise. Les paysans norvgiens, s'ils
vivent avec frugalit, aiment  manger dans l'argent le peu qu'ils
mangent: le contenant fait valoir le contenu. De l cette quantit de
pots, de cuillers, d'assiettes fabriques avec du mtal fortement
alli; le tout orn des dates les plus diverses et des formes les plus
capricieuses.

Aprs le djeuner continue la descente; la chaleur est toujours
trs-forte. La route n'en est plus une; c'est un casse-cou. La grande
nappe au lac Fol apparat  gauche, mais tout en bas,  deux ou trois
cents pieds au-dessous de soi. On croit  chaque instant qu'on y
roulera  pic, mais le chemin tourne brusquement et rentre dans la
fort.  droite, d'autres petits lacs tributaires du Fol brillent 
travers les arbres. Tous sont solitaires: pas une barque, pas une
maison au bord. Quelques roches seulement, quelques chevaux en libert
qui viennent s'abreuver  la rive. Ce silence nous tonne d'abord,
mais on s'y fait. Les routes peuvent tre troites, on ne croise
personne. En huit jours, nous ne trouverons pas une autre voiture que
les ntres.

Au bas de la montagne de Bolkesj et presque au niveau du Fol, nous
nous arrtons un instant  Vik o le pays recommence  devenir
cultiv. De larges prairies resplendissent au soleil et les cltures
reparaissent en travers des chemins. Dans un pays o il ne passe
personne,  quoi bon clturer les champs? Le long des routes, on se
borne  construire des haies de bois pour limiter les hritages. Ces
longues haies coupent en gnral les chemins. Une grande porte de bois
pivotant sur un poteau de sapin barre la route.  chaque clture, il
faut que le _skydskarl_ qui est assis derrire la carriole saute en
bas pour aller ouvrir. En gnral, c'est un gros gamin, blond, lent et
lourd. Il faut attendre qu'il ait vu la barrire, qu'il se soit laiss
tomber de la valise, qu'il ait ouvert, puis, referm la claie et enfin
(ce qui est plus long), qu'il se soit hiss de nouveau  son poste.
Pour peu qu'il y en ait une vingtaine par relai, on fait  peine deux
lieues  l'heure.

 Kopsland, une dernire barrire ouvre sur de magnifiques prairies,
arroses par le Maan Elv, le mme fleuve qui, aprs tre tomb de neuf
cents pieds au Rjukan, a travers le lac Tinn, puis va se jeter, 
Skien, dans la mer du Nord. Le Maan  cet endroit est fort large,
toujours rapide et blanc d'cume. D'normes sapins sont emports avec
une vitesse effrayante. Du reste, les bords du fleuve n'ont rien qui
participe de la nature svre et presque furieuse de ses eaux. Des
massifs d'aulnes et de frnes s'tagent sur les dernires pentes des
montagnes. Les prairies sont couvertes d'orchides et de graniums.
Des bestiaux errent dans ces riches solitudes, conduits par quelque
enfant  demi nu.

Deux petits chevaux commands par les forbuds du matin nous
attendaient dans le pr. Pendant qu'on les attelle, une misrable
vieille en haillons nous adresse en chantant quelques paroles aigus.
Une poigne de shillings a peine  l'loigner. Elle a l'oeil hagard et
l'on ne sait si les refrains qu'elle grince sont des maldictions ou
des souhaits.

Interrog sur cette apparition insolite, le skydskarl rpond que c'est
une sorcire. L'heure malheureusement ne prtait point au fantastique.
Le soleil brillait dans toute sa gloire; sans quoi, on et pu se
croire transport au temps des anciennes sagor et des vocations
nocturnes jetes aux quatre vents.

Aprs avoir ctoy quelque temps le Maan, la route le traverse. Les
carrioles descendent  pic sur une petite plage de sable.

Cinq ou six sapins bruts, lis en radeau par des cordes d'corce
attendent au rivage et deux vieux Tlmarkiens, coiffs d'un bonnet
rond, viennent prendre les carrioles. On en met une sur le radeau;
puis, l'un de l'aviron, l'autre du croc, dirigent tant bien que mal, 
travers les rapides et les bois flotts, l'difice chancelant de ce
bac improvis.

Vient ensuite le tour de la deuxime carriole, puis enfin celui des
voyageurs eux-mmes et des skydskarls. On vacille en route, on a les
pieds mouills par l'cume du torrent, mais on passe. (De l'autre ct
du fleuve est la blanche petite glise de Grandherred, coquettement
pose sur la rive.)

 l'autre bord, un coup de fouet au cheval: animal et voiture passent
par-dessus le petit banc des rameurs, tombent dans l'eau, se relvent,
partent, et tout est dit.


     Les lacs Tinn et Mjs. -- Le Westfjord. -- La chute de Rjukan. --
     Lgende de la belle Marie.

Aprs deux heures de trot sur une belle route le long du fleuve, on
arrive au lac Tinn o toute voie de communication cesse.  peine y
a-t-il au pied des hautes falaises du lac la place du petit gaard de
Tinoset et du jardin mal soign qui l'entoure. Un vieillard en
enfance, deux femmes d'une salet repoussante habitent la chaumire.
Leur faire entendre qu'on veut une barque pour traverser le lac et des
chevaux pour le surlendemain  quatre heures du matin est tout un
travail. Ils comprennent, mais font comme s'ils ne l'avaient point
compris, et, comme les bateaux ne viennent point, nous en sommes
rduits  nous coucher sur l'herbe,  l'ombre d'un magnifique pin, en
vue du lac.

 Tinoset, le Tinn se termine en pointe et se dcharge par une chute
dans la valle infrieure. Les bois que le courant trs-lent du lac a
amens  l'extrmit se forment d'eux-mmes en un immense cercle qui
occupe le fond du golfe sans toucher aux rives.

Au loin, on dirait sur l'eau une vaste tache d'huile. Peu  peu un
bois, puis un autre, s'en dtachent, d'autres les remplacent, mais le
cercle form par quelque tournant invisible reste le mme, toujours
parfait de rondeur.

Le proverbe: Tout vient  point  qui sait attendre, devrait tre
pris pour la devise du touriste en Norvge. Si vous brusquez le
paysan, il devient malhonnte, grossier, et vous tourne le dos.
Exposez gracieusement votre demande, et, sans vous assurer s'il a
compris, car en gnral sa pntration relle ne rpond pas  son
apparente lourdeur, attendez patiemment le rsultat de l'affaire; il
prendra son temps, consultera sa maisonne et finira par arriver  vos
fins. Ce ne sont certes pas les Normands, leurs pres, qui ont import
en Angleterre le dicton: _Time is money_.

Au bout d'une heure, nos bateliers arrivaient avec le bateau; ils
taient deux avec un plus jeune,  la figure sympathique. Ils
s'asseyent pour ramer  l'arrire. Un paquet de ramure de bouleau
occupe l'avant. C'est l-dessus que couvertures et sacs de voyage
forment un lit sinon moelleux, du moins assez supportable.

En Norvge, o le voyage en barque est si usuel qu' chaque relais de
terre (_landskyde_) correspond presque toujours un relais d'eau
(_vandskyde_), pour le lac, la rivire ou le golfe voisin, il n'y a
pas d'autre manire de s'arranger. Si vous voulez apporter de la
varit dans les diffrentes positions du corps et sortir d'une
horizontalit fastidieuse, les rameurs vous rappellent  l'ordre, sous
prtexte que la charge n'est plus quilibre.

[Illustration: glise d'Hitterdal (voy. p. 78).--Dessin de Wormser.]

Le lac Tinn inaugure agrablement ce genre de voyage; il a sa
physionomie spciale qui ne manque pas de grandeur. Enferm entre deux
murailles de granit de deux mille pieds de haut, sa nappe tranquille
claire par le ple soleil de dix heures du soir, se dore des tons
les plus fantastiques; quelques les de pins dtachent leurs sombres
silhouettes sur l'horizon tincelant; tandis que sur les bords
quelques petites maisons de pcheurs, accessibles seulement aux
barques, se cachent dans les recoins de la montagne. Nos rameurs
viennent aborder  une de ces cabanes; un homme et une femme en
sortent pour nous offrir des _hores_[6].

         [Note 6: Le hre est une sorte de saumon qui habite les lacs
         et ne va point  la mer.]

Cependant la nuit, ou ce qu'on est convenu d'appeler ainsi en Norvge,
commence  tomber sur le lac: le silence devient encore plus profond
et on n'entend plus que le choc des sapins flotts qui se rencontrent
 et l sur l'eau.  onze heures nous arrivons  Haakenoes, cap qui
spare le Tinn du Vestfjord, son bras occidental. Le matre de poste
voudrait bien nous retenir chez lui, mais la nuit est si belle que
nous prfrons poursuivre notre excursion. La barque traverse le
Vestfjord et  onze heures nous dbarquions au pied de la petite
glise de Moel: deux de nos bateliers prennent nos sacs sur leur dos,
le troisime reste pour garder la barque, et nous entrons dans la
valle de Vestfjordal, forme par la continuation des rives du
Westfjord et occupe par le cours imptueux du Maan.

Rien de calme et de lumineux comme les nuits d't dans ces montagnes:
le soleil, qui quitte  peine la cime neigeuse du Gausta, effleure en
ce moment la pente nord-ouest, et dans une heure il sera venu blanchir
le versant oriental. Tout le reste de la valle est noy dans l'ombre,
mais dans une ombre transparente qui laisse aux objets toute leur
forme et en potise les contours. Le fleuve gronde  droite derrire
les bouleaux, et ses vagues argentes semblent clairer la route de
blancs reflets ds qu'elle vient ctoyer les rives.

Nous voulions, la nuit mme, atteindre Dal, la ferme la plus
importante et comme le coeur du pays; de Moel  Dal il y a quatorze ou
quinze kilomtres:  une heure du matin, aprs une vritable promenade
dans cette magnifique valle, nous frappions  la porte d'un gaard, et
une grosse fille, veille en sursaut, nous ouvrait une chambre assez
grande, orne de deux lits antiques; et dans le Nord, o les auberges
des villes n'ont jamais que des canaps couverts d'une mince
couchette, les alcves peintes des paysans sont de vraies bonnes
fortunes.

Dal peut servir de centre  un grand nombre d'excursions: il se trouve
 porte des sites les plus clbres du haut Tlmark, et partant est
visit chaque anne par un certain nombre d'tudiants de Christiania
ou de touristes britanniques. M. Bayard Taylor, le spirituel voyageur
amricain, le seul homme qui ait consciencieusement parl du caractre
norvgien, y a pass en 1856. Il en fait une peinture charmante.

[Illustration: Le Rjukandfoss.--Dessin de Dor d'aprs M. Riant.]

Il faudrait, pour bien jouir de la beaut hors ligne du Vestfjordal,
se fixer  Dal trois ou quatre jours: on pourrait au bout de
vingt-quatre heures se procurer les chevaux[7] que nous n'avons pas eu
le temps d'attendre, et faire sans fatigue l'excursion du Rjukan. Au
retour on franchirait les fjeds du Gausta, clbre par la lgende de
la noce ptrifie, dont on montre toutes les victimes, y compris le
chien et le chat. Pour nous, tromps par des renseignements inexacts,
et forcs d'tre de retour le surlendemain  Tinoset sous peine de
manquer  nos forbuds, nous fmes dsagrablement surpris d'apprendre
que, faute de chevaux, il faudrait faire  pied l'excursion du Rjukan.

         [Note 7: En t les chevaux norvgiens errent en libert sur
         les fjelds dserts du plateau suprieur.]

En somme,  six heures du matin, aprs avoir pris pour guide un de nos
bateliers, otage salutaire de notre bateau rest  Moel, nous partions
pour le Rjukan, situ  vingt kilomtres de l en remontant la valle.

La route ombrage de bouleaux ctoie les prairies arroses par le
Maan.  deux kilomtres de Dal et de sa petite glise, nous avons la
bonne fortune de trouver un paysan qui nous promet un cheval pour
revenir le soir de Dal  Moel. La perspective de ne point refaire 
pied le chemin de la veille nous fait paratre moins long celui-ci. 
six kilomtres de Dal commence la cte d'Ingolfsland.

La valle se rtrcit; au fond le Maan, qu'on domine de plus de trois
cents pieds, n'est plus qu'un large ruban d'cume bondissant a et l
 travers les sapins qui couvrent les deux pentes opposes de la
montagne. Au sommet de la cte est le ster d'Ingolfsland, la route le
dpasse pour monter sur le fjeld et gagner la nappe suprieure du
Mjsvand.

Il faut s'arrter au ster pour jeter en arrire un coup d'oeil sur la
vue splendide del valle qu'on vient de remonter, avec les Fjelds du
Tinn pour horizon et le Gausta  droite en premier plan.

[Illustration: Un chalet  Bamble.--Dessin de Lancelot d'aprs M.
Riant.]

 gauche, se prcipitent du sommet mme du Fjeld et serpentent le long
de la montagne les longs bras d'une chute norme qui tombe de rochers
en rochers sans que l'oeil perde un instant son cours cumant. Le
torrent, passe sous un hardi pont de bois, et roule et court, avant de
grossir le Maan, faire mouvoir une scierie  peine termine.

Aprs le pont, jet sur la chute, commence le sentier spcial du
Rjukan, sorte d'escalier fort roide qui grimpe sur des roches
branlantes. On dit qu'en gnral les chevaux passent parla, ce qui
peut paratre paradoxal, mais ce qui n'a rien que d'ordinaire pour
quiconque a vu descendre  des btes de somme les dix-huit cents
marches de l'escalier de Vring foss dans le Hardanger.

Pour le moment, c'est  pied que nous escaladons les marches
naturelles qui, de roches en roches, nous mnent en trois quarts
d'heure en vue de la chute qu'on aperoit  travers les arbres.

Mais pour jouir de toute la grandeur du spectacle, il faut aller un
peu plus loin et suivre, le long de la paroi presque polie de la
montagne, une sorte de cran  peine accessible, vritable casse-cou,
clbre sous le nom de Maristien (passe de Marie).

Toute une lgende se rattache  ce lieu: au temps jadis, on dit que le
sentier fut dcouvert par la belle Marie de Vestfjordal: c'est par l
qu' l'insu des siens elle allait retrouver dans le fjeld, au bord du
Mjs, Ejstein Halfoordsen son amant; mais un jour tout fut dcouvert,
et Ejstein oblig de fuir la vengeance du pre de Marie.

Les annes s'coulrent, et le vieillard mourut. Dsormais libre,
Marie rappela l'exil, qui, pour abrger la distance, voulut descendre
dans la valle par le sentier de sa bien-aime, Marie l'attendait de
l'autre ct du Rjukan:  la vue de son amant, elle pousse un cri
joyeux; il veut s'lancer dans ses bras, le pied lui manque et le
Rjukan renferme sur lui son abme d'cume.

Marie devint folle; et depuis on la vit tous les jours errer le long
de la passe fatale; et l, penche sur le gouffre, elle semblait
entretenir avec son amant invisible une douce conversation. Ses
cheveux blanchirent: elle devint une vieille femme, et cependant
jusqu' sa mort elle ne cessa d'errer comme une ombre blanche sur les
rives du Rjukan.

Est-ce elle que, dans les ples et brumeuses journes d'hiver, les
paysans du Westfjordal voient encore se dcouper vaguement dans les
nuages de la chute? on ne sait: toujours est-il que Maristien est un
lieu clbre, et tout bon touriste doit accomplir le prilleux
plerinage, au risque de faire comme Ejstein. Du reste, au milieu du
sentier, un gros bouleau, fortement enlac par ses puissantes racines
aux roches environnantes, permet de faire halte et d'admirer la chute,
qu'on domine d'une hauteur norme.

Qu'on se figure une immense muraille de granit  parois presque
surplombantes, de dix-huit cents pieds de haut. C'est la fin de la
rive droite du Westfjordal. La rive gauche suit quelque temps,
quoiqu' une moindre hauteur, cette muraille immense, puis tout  coup
s'lve et en mme temps se creuse pour former comme deux puits
normes dont la section serait deux demi-cercles. Le premier sert
comme d'antichambre  la chute: il est vident que c'est elle qui
autrefois l'a creus, mais que, dvorant toujours la roche, elle a
fini par quitter cet espace vide pour se retirer en arrire et en
creuser un autre. Celui-ci, elle le remplit tout entier de la masse
norme de ses eaux, des nuages de vapeur d'cume qui remontent
jusqu'au niveau mme du fjeld, et aussi du tumulte des rapides, qui
s'lancent du gouffre pour former le large ruban d'cume qui sillonne
les sapins de la valle. J'ai dit tumulte, l'expression est inexacte;
ce n'est pas un vritable tumulte, mais plutt un bruit rgulier que
fait entendre le Rjukan. Il se produit six coups distincts suivi d'un
septime plus fort qui fait rebondir la chute tout entire jusqu'
mi-chemin de sa hauteur, comme si les eaux remplissaient quelque
caverne norme, et qu' un instant donn, comprimes  l'intrieur,
elles s'chappassent avec fracas.

En somme, le Rjukand, la reine des chutes du Nord, n'est point
au-dessous de sa rputation. Le volume de ses eaux, un lac tout
entier, la hauteur d'o elles se prcipitent, neuf cents pieds, et
surtout le site trange qui l'encadrent, offrent un de ces spectacles
qu'il est impossible de dpeindre et qu'on n'oublie jamais.

Du bouleau o nous tions accrochs, aprs une vaine tentative pour
pousser plus loin, nous redescendons vers un rocher infrieur qui
surplombe la chute et d'o l'on est cens voir le gouffre.  gauche,
un petit sentier, fray par les chvres, mne on ne sait o,  la
mort dit notre guide. Le mieux pour des gens que le sort d'Ejstein ne
tente point est de revenir sur ses pas. Le retour du Rjukan est plus
agrable que l'aller; l'esprance du gte, la fracheur de la soire
et la sensation agrable de la descente, abrgent le chemin.


     Dal. -- Le livre des trangers. -- L'glise d'Hitterdal. --
     L'ivresse en Norvge. -- Le chtelain aubergiste. -- Les lacs
     Sillegjord et Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.

 Dal, Ole Torgensen et la charmante Aasta, sa fille, nous
attendaient. Pendant qu'on prpare le dner, fort passable pour un
dner de Norvge, nous engageons avec le matre de cans une
conversation en norvgien; le livre des trangers en fait les frais;
mille et un insulaires y ont inscrit leurs rflexions en prose et en
vers; dans un espace de trente ans nous ne voyons que deux noms
franais, M. le comte de R. et M. C., de Cherbourg. Tous les voyageurs
n'ont qu'une voix sur la fille du logis, type tlmarkien des plus
gracieux, visage avenant, toujours prt  rire, costume reluisant des
mille bijoux montagnards, longues tresses emprisonnes dans le petit
chle roul qui fait la coiffure du pays, et, pour complter la
description, pipe en racine de bouleau fume le plus naturellement du
monde. Elle nous vend quelques ceintures charges de cuivre, puis nous
apporte un coffret de bois d'o elle tire une cinquantaine de bijoux
d'argent d'un travail rare. C'est l'hiver que les paysans dcoupent
ces jolies choses dans l'argent de Kongsberg. Chacun, mme le
mendiant, a sa broche et ses boutons de filigrane. Les bijoux d'Aasta
nous tentent: Combien en voulez-vous?--Je ne veux pas te les vendre,
monsieur.--Seulement ces boutons.--Ce sont des boutons de femme, ils
ne t'iraient pas, monsieur, et puis c'est ma parure de fiance, je la
mets le dimanche pour aller  Moelkirke, je ne voudrais pas m'en
priver, c'est si long  faire.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Cependant le gigh et le cheval attendaient  la porte. Nous quittons
Dal aprs de vigoureuses poignes de main  Ole Torgensen et  sa
charmante fille. Vers minuit nous tions  Moel; nos lits de feuillage
de bouleau nous attendaient dans la barque, et par une nuit magnifique
nous traversions le Tinn.

 quatre heures du matin un choc violent nous rveille; c'est la
barque qui donne contre un sapin  Tinoset. Nos carrioles taient l,
et aprs une toilette sommaire dans l'eau du lac, nous roulions sur la
route d'Hitterdal.

Arrivs  Bamble nous devions faire une pointe sur l'glise
d'Hitterdal, un des rares monuments de bois du treizime sicle qui
subsistent encore en Norvge. Hitterdalkirke est  deux ou trois
lieues de Bamble.

Un peu plus loin est Lysthuus, affreuse posada o l'eau mme est
inconnue et o l'on nous fait payer 3 francs, quatre oeufs, seul
comestible de l'endroit. Une note adresse au bailli (qui tous les
huit jours visite le livre de poste) est la seule punition que
l'tranger puisse infliger  ce chantage indigne. En repassant devant
l'glise d'Hitterdal nous nous arrtons pour la visiter (voy. p. 75).
C'est une sorte de pyramide de bois  cinq ou six toits superposs
comme ceux d'une pagode. Les murs sont revtus de tuiles de bois en
forme d'cailles de poisson, et les toits couverts de petites planches
sculptes. Une galerie couverte rgne tout autour de l'glise pour
abriter le peuple. Un porche sculpt est  l'entre du cimetire, et
de l'autre ct de la route le clocher en bois  jour se dtache sur
les arbres du _proestegjeld_[8]. L'intrieur de l'glise vient d'tre
sottement restaur  la luthrienne. Un vernis uniforme a remplac la
fresque nave et de bons bancs confortables ont t substitus aux
anciennes boiseries sculptes; seule la croix byzantine de l'autel en
argent dor et la chaire du cur orne des signes du zodiaque ont
chapp au vandalisme local.

         [Note 8: Presbytre.]

Mais l'extrieur est parfaitement conserv et surprend par son
tranget. En somme, c'est avec la fameuse crypte de Sanct Mikal, sur
le Nordfjord, prs de Skien, le monument le plus ancien de
l'architecture catholique dans ces pays.

De retour  Bamble, o nous faisons reposer les chevaux, un vieil
ivrogne endimanch vient nous prononcer un discours interminable. Rien
de triste comme l'ivresse en Norvge, ivresse due  la bire et au
brandevin. Aprs une surexcitation d'un moment, elle rend les gens
presque idiots: et l, loin d'exciter le dgot, les gens ivres ont
l'air d'tre les bienvenus. Les enfants vont les agacer et jouer avec
eux; les bonnes gens sourient aux refrains grivois qu'ils fredonnent,
et n'tait la loi qui depuis quelques annes punit de _peines
corporelles_ cet odieux vice, on verrait se reproduire en Norvge les
tristes scnes du dimanche en Sude.

Le paysan est lourd et inintelligent. On pourrait lui appliquer un
dicton propre aux habitants d'une certaine province de France: Habit
de velours, ventre de son. Rien en effet n'est curieux comme le
contraste de ces habits brods, soutachs, couverts d'oripeaux, et
cette nourriture grossire qui a fait donner au Tlmark le surnom de
_Pays du lait caill_.

La route qui passe  Bamble et  Hitterdal est presque une grande
route. Elle vient de Kongsberg et, traversant tout le Tlmark, ne
s'arrte qu' Gugaard, au pied de l'infranchissable barrire du
Hardanger fjeld.

Nous allons la suivre jusqu' Sundbo pour tourner vers le sud dans les
valles plus riantes du Bandak.

Nous sommes au pied du Lid fjeld et nous traversons les valles de
Hitterdal, de Laurdal et d'Hjertdal, arroses par l'Hitter Elv.

 Saunland, encore une glise antique rserve au marteau des
dmolisseurs. Une belle grange neuve, bien peinte va la remplacer, 
la plus grande satisfaction du premier magistrat de l'endroit. Cette
valle d'Hjertdal est assez anime. Les usines n'y manquent point. De
plus, c'est le temps de l'exercice annuel, et les soldats campent le
long de la route. Ils ont du pain (quel pain!): nous l'achetons avec
bonheur; c'est une raret en Tlmark.

Aprs Hjertdal, on monte assez longtemps pour gagner la crte dont le
versant oppos descend  Sillegjord. L'oeil,  droite, enfile la
fertile valle d'Aamotdal. Mais la route tourne  angle droit et
descend  pic en face du mont Scorve, vers le lac Flaa. Rien n'gale
la vue qui se droule pendant cette descente d'une heure.

De beaux frnes ombragent le chemin. Entre les arbres apparat la
crte neigeuse du Scorve. Tout au fond de la valle brille la nappe
tranquille du Flaa.  droite, s'tale la croupe en ventail du Thors
Nutten;  gauche, l'oeil peut suivre  vingt lieues les sinuosits du
lac Sillegjord, presque noy dans la brume du soir.

 Sundbo, au bout du lac Flaa, on quitte la grande route du Hardanger
pour entrer dans le canton de Sillegjord, tout parsem de fermes
opulentes, tout maill de prairies. C'est avec un plaisir assez
naturel  la suite de trois jours de fatigues que nous entrons dans le
village de Sillegjord.

Le gaard est infime. O logerons-nous? Il y a l le presbytre, la
maison du landsman, deux ou trois fermes de bonne apparence. Nos
postillons jettent leur dvolu sur une sorte de chteau de bois dont
l'avenue aboutit perpendiculairement  la route. Un portique 
colonnes en dcore la faade. De vastes communs prcdent une manire
de parc anglais dont les pelouses descendent jusqu'au lac.

Nous n'avons que de vagues notions sur la nature du fonctionnaire qui
occupe ce palais. Mais l'aplomb de nos skydskarls nous rassure et nos
carrioles s'arrtent au perron. Une servante nous reoit et nous
introduit dans un vaste salon orn d'un piano  queue et de deux
normes lauriers-roses en pleine fleur. De seigneur, point. Au bout de
trois quarts d'heure, la mme servante nous fait monter dans les
mansardes, o deux lits et du th nous attendent. La fatigue nous fait
profiter sans rflexion de cette silencieuse hospitalit. Le
lendemain, nous nous hasardons  parler de rtribution. On accepte, on
demande mme davantage. De seigneur, toujours point. Nous allons aux
remises, nous faisons atteler.

C'tait  croire ce castel inhabit, lorsque, tout  coup, au moment
o nous prenions les guides, le piano de la veille rompt le silence et
la Marseillaise, excute par des doigts novices, nous rvle
l'existence de quelque princesse, hritire invisible du domaine.

Telle est l'hospitalit norvgienne. Autrefois gratuite, elle se fait
payer (grce aux Anglais) mme chez les gens qui pourraient l'exercer
autrement. Est-ce un excs de fiert qui fait fuir ces htes que le
voyageur aimerait  voir? Je ne sais. En tout cas, si ce rcit vient 
tomber sous les yeux de la dame du logis, qu'elle y voie un regret
plutt qu'un reproche.

Nous voulions, de Sillegjord, gagner le Bandak avec l'intention de
passer deux ou trois jours au milieu de ces sites romantiques qui sont
en mme temps le premier pays de chasse et de pche de la Norvge. De
Sillegjord au Bandak il y a quatre ou cinq lieues. La route d'abord
plate et monotone monte bientt sur un fjeld tout entour de roches 
pic. De ce cirque naturel o l'on entre par une vaste brche,
s'chappe une belle chute qui forme un lac. On monte encore, puis on
tourne brusquement pour redescendre dans la valle du Bandak. Mme vue
immense, mme paysage splendide qu' Sundbo. De tous cts des
prairies prtes  tre fauches, des pentes fleuries d'glantiers, des
fermes bien bties et,  l'horizon, la nappe longue et sinueuse des
Bandaks.

La route aboutit dans la cour d'un gaard de la plus belle apparence.
Un monsieur en lunettes fume sa pipe sur le perron; c'est le matre de
poste, et de jeunes lgants arrivent en phaton pour dner  Mon.

Le matre de poste est un gentleman fort complaisant. Il nous fait
renoncer  nos projets de sjour qui ne s'accordent point avec la
bizarrerie des dparts au _Saint-Olaf_, petit vapeur qui fait le
service du Bandak. Nous convenons de laisser nos carrioles  la poste.
Nos irons en barque jusqu'au bout du lac,  Dalen, o le _Saint-Olaf_
est  l'ancre. Le lendemain nous reviendrons avec lui, et il prendra 
bord nos carrioles qui se trouvent conduites au petit port
d'embarquement. Nous djeunons, et par une pluie d'orage, nous nous
embarquons sur le lac.

L'orage dure deux heures. Le lac, enferm entre deux hautes chanes de
montagnes, rsonne des coups multiplis du tonnerre. La pluie tombe 
flots; mais la petite barque glisse sur l'eau et, deux heures aprs,
aborde  Laurdal.

Rien de ravissant comme ce coin solitaire. Quelque riche bourgeois l'a
choisi pour s'y btir une demeure confortable, au milieu d'un grand
parc de sapins.  ct, une chute fait aller quelques scieries. En
face, s'ouvre une valle fertile; c'est un paradis en miniature.

[Illustration: Vue du lac Bandak.--Dessin de Dor d'aprs Riant.]

Vers cinq heures du soir, nos bateliers nous dposaient dans une
prairie inonde o finit le lac et o commence la valle de Bandak.

Un groupe de cinq ou six maisons y forment le hameau de Dalen. _Le
Saint-Olaf_ est  l'ancre en rade. Nous faisons porter nos sacs  une
maison de bois que nos bateliers dcorent du nom de restaurant  la
carte (_spise-korter_). En ralit, c'est une maison de paysan, et la
carte se compose de l'hre classique et des pommes de terre qui
constituent en Norvge un repas de premire classe. En attendant qu'on
le prpare, nous partons  pied pour le fameux Ravnedjupet, _Ravin des
corbeaux_, qui se trouve dans la valle,  deux lieues de Dalen.

Le Ravnedjupet est clbre dans les contes du Tlmark; la tradition
prtend que ce gouffre rejette sur ses bords, par la seule force du
vent qui y tourbillonne, tout ce qu'on y jette.

En ralit Ravnedjupet n'est qu'un site horriblement sauvage, surtout
alors qu'il n'est clair que par les lueurs tremblotantes du
crpuscule norvgien.

                                   Paul RIANT.

(_La fin  la prochaine livraison._)




[Illustration: VOYAGES DANS LES TATS SCANDINAVES.--Valle du Flatdal
(voy. p. 79).--Dessin de Dor d'aprs M. Riant.]




VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES,

PAR M. RIANT.

LE TLMARK ET L'VCH DE BERGEN.

1858.--INDIT.


LE TLMARK (SUITE[9].)

         [Note 9: Suite et fin.--Voy. page 65.]

     _Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intrieure. --
     Retour  Christiania par Skien.

C'est aprs une monte de deux heures le long d'Eidsborgskleven et au
sortir d'un bois sombre que l'on arrive sur l'arte troite du
prcipice bant. Un petit garde-fou naturel permet d'en sonder
l'norme profondeur. Au fond de la fissure gronde le torrent, et les
roches sont disposes de faon que, si le vent d'ouest souffle, il
forme, repouss par la paroi de la montagne, un tourbillon effroyable.
Le nom de Ravnedjupet vient-il de ce que les corbeaux accourent aprs
la tempte se repatre des victimes qu'a dvores l'ouragan, ou bien
tait-ce quelque lieu de supplice analogue au Ravnagja de Thingvellir
en Islande? on ne sait; toujours est-il que Ravnedjupet comme le
Rjukandfos est un site exceptionnellement pittoresque et qui
rcompense amplement des fatigues de l'excursion. De retour  Dalen o
nous attendaient le souper et les soins obsquieux de l'htesse, toute
fire des quelques mots d'anglais qu'elle corchait horriblement, nous
prenons quatre heures de repos, et  cinq heures du matin, insensibles
aux prires de la bonne femme qui et voulu nous garder huit jours,
nous allons  bord du _Saint-Olaf_, souverain solitaire du
Bandaksvand. _Le Saint-Olaf_ est un de ces paquebots-omnibus qui
desservent depuis deux ou trois ans les principaux lacs de
l'intrieur. C'est presque toujours quelque vieille coque avarie qui
ne peut plus tenir la mer et qu'un bonhomme de capitaine, fumant,
prisant et chiquant, conduit de village en village; l'avant est rempli
de marchandises et de paysans. Quelques fonctionnaires, un ou deux
bourgeois, un touriste gar sont assis  l'arrire; point de cabines;
une petite pice de six pieds sur toutes les dimensions en tient lieu;
au centre tranent sur une table les numros suranns du journal de la
province, deux ou trois vieux officiers commentent, le verre en main,
les tlgrammes de Palestro et de Magenta, et portent un toast 
Napolon III en fredonnant _la Marseillaise_.

Ces Dampskib  volont n'ont rien de rgulier dans leur route; ils
vont d'escale en escale et font le tour du lac pour regagner le
dimanche leur point de dpart.

Pour revenir au _Saint-Olaf_, nous passons dessus quatre ou cinq
heures  admirer les sites toujours varis du lac. Vu le matin et en
sens contraire, il affecte des aspects tout diffrents de ceux de la
veille. De temps en temps, un nuage blanc rase l'eau, un rayon de
soleil le traverse en passant obliquement derrire un promontoire; on
dirait une bande d'argent releve d'or; tantt la nappe s'largit
entre des prairies fertiles, tantt les montagnes s'lvent, et le
coup de canon dont _le Saint-Olaf_ les salue, rsonne mille fois d'une
paroi  l'autre.  chaque instant on craint que le navire ne puisse
passer entre ces murailles formidables. Nous arrivons au petit quai de
bois o nos carrioles doivent nous attendre; elles n'y sont point,
mais, grce  la complaisance du capitaine et aussi  la lenteur d'un
troupeau de vaches qui se refusent  venir  bord, notre matre de
poste a le temps d'arriver au petit trot avec les dames de la veille
et les voitures attendues; on hisse le tout  bord et la conversation
s'engage avec les Norvgiennes.

Le paysan norvgien, longtemps annihil par le Danois, revient peu 
peu, depuis qu'il a recouvr son indpendance,  sa dignit
d'autrefois. Rien de frquent comme les familles o le grand-pre,
encore affubl du costume national, voyage avec ses petits-fils,
parfaits gentlemen levs en Angleterre et familiariss avec tous les
raffinements de la civilisation. M. B., qui sert de cavalier  ces
dames, est du nombre: c'est un chasseur dtermin qui regrette le
sjour forc que ses fonctions l'obligent  faire  Christiania, o il
va retourner. Il nous parle d'ours et nous offre des lettres pour des
montagnards d'Hgland, fameux chasseurs qui habitent  six ou sept
lieues de la pointe orientale du Bandak sur les bords du Langvand.

 midi nous arrivons  Strengnen au bout du lac, et si nous voulions,
nous serions  Christiania le lendemain dans la journe; car une fois
par semaine tous les petits steamers du Tlmark se correspondent, et
de lac en lac, de fjord en fjord, on arrive assez vite  destination.
Il ne faut pas croire cependant que cette facilit de communication
ait beaucoup civilis les contres qui en jouissent. Le pays est si
abrupte, si sauvage, que ces lacs sont de vraies impasses sans route
qui les longent ou les unissent. Quittez les stations intermdiaires 
peine dignes du nom de villages, et vous retombez dans la barbarie
traduite par l'absence du pain et la prsence du lait caill.

 Strengnen commencent  disparatre ces costumes tlmarkiens 
formes antiques, les hautes culottes des hommes, les jupes rayes des
femmes et ces petits chles enrouls en turban sur le front et
descendant en pointe sur les paules pour cacher les longues
chevelures blondes des paysannes.

[Illustration: Carte de la presqu'le de BERGEN d'aprs Mr Paul Riant.
_Dresse par A. Vuillemin._ Grave chez Erhard et Bonaparte.]

Nous entrons dans une baraque o un jeune couple affair nous sert
dans un salon de bois brut un dner passable. Mme B. cherche  tirer
d'un piano antique quelques sons harmonieux; puis nous nous sparons
de nos compagnons d'un jour, qui retournent  Christiania aprs nous
avoir dcids  partir pour la montagne.

Une chasse  l'ours n'a d'intrt pour le lecteur que par les dangers
mmes qu'ont pu courir les chasseurs; mais la vrit oblige  dclarer
que sans chien et au mois de juin une expdition de ce genre est
toujours compltement infructueuse.

Deux ou trois jours passs  Hgland sur le Langvand, dans une famille
de chasseurs d'ours, de longues excursions pdestres sur les pentes du
Bfjeld et jusqu' Drangedal, les explorations minutieuses des hautes
cavernes o dorment en hiver les normes plantigrades n'eurent donc
d'autre rsultat que la dcouverte des traces fraches d'une mre
ourse et de ses petits, et les balles explosibles ne purent mme
trouver dans ces solitudes quelque lan gar sur qui s'exercer.
Malgr l'insuccs de la chasse, il est impossible de ne point garder
un bon souvenir de ces montagnards au caractre ouvert et franc, de
ces vigoureux jeunes hommes souvent balafrs dans leurs luttes avec
les terribles btes, de leurs rcits nafs, de leur indomptable
duret  la fatigue.

Le dimanche soir nous quittions Hgland, et aprs un mille dans la
plus sauvage des forts de pins, nous dbouchions sur la valle du
Nordsj; au loin brillaient d'un clat singulier des toits
resplendissants; nous approchons: c'taient les toits de grandes
serres; un peu plus loin un chteau du meilleur style, des pelouses et
des corbeilles de roses, de grands tilleuls et toute une colonie de
femmes lgantes assises sous une vranda ...  trois lieues d'un pays
 ours. Ces contrastes sont perptuels en Norvge; les propritaires
d'usine, gens fort riches, condamns  passer toute l'anne dans ces
dserts, s'y installent avec luxe et presque toujours avec got. Ainsi
Ulefoss, petit village, plein de scieries alimentes par une puissante
chute, a deux de ces habitations princires.

[Illustration: Fjord du Gudvangen (voy. p. 89).--Dessin de Dor
d'aprs M. Riant.]

Il est onze heures du soir;  deux heures du matin, aprs avoir ctoy
le lac, nous entrons  Skien qui dort du plus profond sommeil, quoique
le soleil soit dj haut sur l'horizon.

Cette ville, place entre la mer et le lac Nordfsj, est l'entrept de
tous les bois du Tlmark. Le mouvement y est plus grand encore qu'
Drammen. Au pied d'une falaise  pic s'tendent de longs docks de
bois, encombrs de marchandises; de tous cts les chevaux tranent
des poutres qu'ils ont retires du fleuve pour les porter aux
scieries. La ville n'a d'autre pav que la sciure de bois, amasse l
par les annes; aussi est-il dfendu d'y fumer sous les peines les
plus svres, un cigare oubli dvorerait des millions.




L'VCH DE BERGEN.

Quand on a vu le Tlmark, la valle de Gudbrandsdal, les villes
commerantes du sud, et qu'on a fait le plerinage moiti historique,
moiti industriel de Frederikstad-Sarpborg, on peut sans regret
quitter Christiania et chercher sous de plus hautes latitudes des
paysages plus admirables encore: la cte ouest de Norvge, depuis
Stavanger jusqu' Throndjem, offrirait  elle seule un dveloppement
gal  celui des ctes franaises de Bayonne  Dunkerque, si la mer
suivait, comme chez nous, des falaises presque rectilignes, au lieu
d'enfoncer, comme elle le fait l-bas, ses mille bras dans un ddale
de montagnes et de valles, d'les et de rcifs.

[Illustration: glise de Bakke (voy. p. 89).--Dessin de Dor d'aprs
M. Riant.]

Quand on quitte la grande mer pour entrer dans le golfe de Hardanger,
 Rvr, il faut faire prs de cent cinquante kilomtres avant
d'atteindre Odde ou Eidfjord, l'une des extrmits du fjord.

Si l'on ajoute au caractre tout particulier de la cte occidentale,
la hauteur norme des falaises ou des pics qui bordent ces golfes
innombrables, on comprendra pourquoi, dans son orgueil national, le
Norvgien met son pays bien au-dessus des sites les plus vants de la
Suisse; c'est la mer qui anime toutes ces montagnes; c'est la mer qui
vient baigner le pied de tous ces glaciers; c'est la mer dont les
temptes viennent s'engouffrer dans ces formidables gorges et ajouter
 leur sublime horreur.

Bergen occupe le centre de ce rseau de fjords; btie  l'extrmit
d'une presqu'le montagneuse, elle ne peut communiquer que par mer
avec le reste du pays. Tous les efforts de l'art n'ont pu jusqu' ce
jour arriver  crer, dans le massif rocheux qui relie au continent la
presqu'le de Bergen, une route carrossable. Comment suspendre un
chemin au flanc de falaises de quatre mille pieds de haut? comment
descendre des pentes o les plus hardis pitons ne s'aventurent qu'en
tremblant?

De la nature toute particulire de ces contres est rsult un systme
de voyage qui n'a pas son pareil en Europe: chaque le, chaque isthme
a son tronon de route et ses relais de poste; au bord de la mer la
mme station fournit, ou des chevaux, ou des bateaux, suivant qu'on
arrive ou qu'on dbarque; les carrioles se dmontent et sont
abandonnes sur ces esquifs  des temptes, comme ou n'en voit que
dans les fjords. Quant au voyageur, on n'en parle point. Pour se
promener dans l'vch de Bergen et courir la poste d'eau
(Vand-Skyds), il faut avoir la confiance la plus entire dans
l'_lment perfide_ et dans le rameur norvgien, son _dominateur_; de
plus ces excursions sont trs-longues, tant  cause des distances en
elles-mmes que des dtours normes imposs  chaque pas par l'pret
des lieux et la navet des communications. Aussi est-il impossible en
une saison (l't est si court en Norvge) de parcourir depuis
Stavanger jusqu' Bergen et Namsos tous les fjords de la cte; du
reste, les plus vastes et ceux dont le pittoresque est le plus voisin
du sublime se touchent presque; ce sont eux qui treignent, l'un au
nord, l'autre au sud, la presqu'le de Bergen: le premier est le
Sognefjord, le second le Hardangerfjord. Quiconque les a parcourus
jusque dans leurs dernires profondeurs n'a point  regretter la
fatigue et les privations du voyage. Si l'on voulait faire plus
compltement les excursions ctires, il faudrait disposer d'un yacht
de plaisance, et, partant du Lysefjord, clbre par un phnomne de
rflexion solaire, aller de golfe en golfe jusqu'aux Lofoden.

Pour le touriste qui arrive de Christiania par terre, soit qu'il ait
pris la route du Hallingdal, soit qu'il ait remont la valle de la
Bgna ou Beina et ait pass le Fille fjeld, par le col de Nystuen, il
arrive invitablement au fond du Sognefjord, le plus septentrional des
deux grands fjords.

Des sommets neigeux du Fille fjeld,  deux pas de Galdhpiggen et du
Jkul, les pics les plus levs du massif des Horunger, il descendra
par une pente trs-rapide dans la valle de Lrdal, gigantesque
impasse o vient se perdre le dernier flot du Sognefjord.


     La presqu'le de Bergen. -- Lrdal. -- Le Sognefjord.

....  Tune commencent les vrais costumes du district de Lrdal: les
hommes ont des culottes de peau jaune; les femmes, un corsage de gros
drap bleu, pliss aux paules, garni de velours noir au collet, et
ferm par un rang de boutons d'argent; une jupe courte  carreaux et
un large bonnet blanc, pliss par derrire en ventail, compltent le
costume; les jeunes filles, au lieu du bonnet, portent dans leurs
cheveux blonds une couronne forme d'un foulard rouge roul: rien de
gai comme cette coiffure, dont la couleur vive tranche avec
l'austrit du corsage. D'ailleurs les Lrdaliennes sont en gnral
fort jolies et portent admirablement ces habits aux formes antiques.

 Qvien commencent d'normes travaux faits pour endiguer deux torrents
imptueux, puis l'on monte pendant trois heures avant d'atteindre
Nystuen, sorte d'hospice bti de temps immmorial au milieu des neiges
ternelles, pour la plus grande sret du voyageur qui y trouve, sinon
du pain, du moins un abri chaud et des lits immenses.

Sur la route de Christiania  Throndjem, au col du Dovre, il y a aussi
un de ces hospices remontant au treizime sicle; mais il est plus
vaste et rappelle mieux encore, par l'empressement silencieux des
htes, par le confort de l'intrieur, par la vnrable antiquit du
mobilier, certains hospices des Alpes.

 Nystuen, une tempte, qui, depuis deux jours, grondait vers la mer,
et dont nous avions  peine, de l'autre ct du Fille fjeld, ressenti
le contre-coup, nous rveille ds le matin par le bruit lugubre des
rafales qui envoyaient contre les vitres des torrents d'eau mle de
neige; aussi je ne sais comment nous faisons les deux milles qui
sparent Nystuen de Maristuen, plac un peu plus bas vers la mer, dans
un bois de bouleaux nains.

 Maristuen, la pluie cesse pour faire place  une bourrasque qui
durera toute la journe. Depuis deux ou trois relais, de petits
chiens, dresss en temps de neige  aller chercher du secours aux
relais, courent devant les carrioles, arrtant les chevaux par leurs
aboiements quand le vent, trop violent aux tournants, pourrait tre
dangereux.

Il y a vingt ans, toute cette route, depuis Nystuen jusqu' la mer,
n'tait qu'un casse-cou pouvantable, fameux par de lugubres
accidents.  force d'art, de patience et d'argent, le gnie norvgien
a russi  rendre  peu prs sre la moiti de la descente; la route,
supporte par d'immenses massifs de maonnerie, perce  la mine 
travers les roches surplombantes du prcipice, est presque partout
borde de barrires en fer; par deux fois elle traverse la valle sur
des viaducs tablis  grands frais, et ce n'est point sans un
sentiment de lgitime reconnaissance pour les officiers de l'arme
norvgienne, qu'on contemple, de l'autre ct des prcipices, l'troit
sentier sans garde-fous et les ponts pourris que suivait l'ancienne
voie.

Rien ne saurait peindre la grandeur du paysage:  chaque instant
d'normes chutes roulant sur les flancs gristres du fjeld vont
grossir le torrent qui cume  quinze cents pieds plus bas dans le lit
qu'il s'est creus lui-mme; dans les gorges troites le vent
s'engouffre avec plus de force encore qu' Ravnedjupet, et grossit de
ses mugissements la voix tonnante des rapides. Un peu avant Hoegg, on
rejoint la route qui vient d'Hallingdal;  la bifurcation, de longues
files de charrettes dteles attendent, pour monter au fjeld, que
l'ouragan soit pass.

Plus on descend vers la mer, plus la valle se creuse et, comme le
plateau suprieur garde le mme niveau, les montagnes semblent
grandir. Les deux rives se rapprochent et l'on se trouve au fond d'une
sorte d'entonnoir qui semble sans issue; c'est l que, sur le vert
resplendissant d'une prairie en fleurs, se dtache la silhouette noire
de l'glise, j'allais dire de la _pagode_ de Borgund. Je ne sais si M.
Holmboe, qui a fait sur les traces du bouddhisme en Norvge une
trs-savante tude, a tabli un rapprochement entre cette vnrable
construction de bois et les temples de l'extrme Orient. Le fait est
que les toits pointus, les gouttires sculptes, les ornements
bizarres de Borgund-Kirke, ont une physionomie tout  fait chinoise.
Plus petite que l'glise d'Hitterdal, elle doit tre aussi plus
ancienne; tout autour rgne une galerie couverte aux piliers noircis
par le temps. Les portes sont couvertes de ciselures naves, de lions
et de chiens entours d'arabesques en relief; l'glise tant presque
abandonne, l'intrieur a chapp aux sottes restaurations qui
dshonorent celle d'Hitterdal, et l'oeil suit avec plaisir les
peintures un peu effaces qui couvrent les murs et les formes bizarres
des tribunes et du comble tout  jour; a et l le chiffre de la
Vierge (S. M.), enlac comme un rbus, ressort du milieu d'arabesques
rouges et bleues; de grandes lampes d'argent, dues au ciseau de
quelque orfvre hollandais, pendent du haut de la vote; tout respire
ce parfum vnrable d'un temps qui n'est plus, et dont chaque jour les
traces vont disparaissant.

On dit qu'un souverain du continent a achet une de ces rares glises
de bois, et l'a transporte pice  pice dans un parc pour la
soustraire au marteau de l'dilit locale.  voir l'abandon o est
laiss Borgund, on se prend  souhaiter que la mme fantaisie prenne 
quelque autre royal amateur, qui la sauverait du sort d'Hitterdal.

Quand on sort de la porte sculpte qui ferme le cimetire de Borgund,
on voit la route grimper perpendiculairement jusqu'au bord mme de
l'entonnoir montagneux qui ferme la valle;  droite, au fond, le
torrent passe dans une haute et troite fissure et disparat aprs un
coude.

Au sommet du fjeld s'ouvre vers la mer une longue et troite valle.
Pour y descendre, il faut regagner le lit du torrent. La route,
chef-d'oeuvre de hardiesse, suit, sans presque les toucher, les parois
de la montagne. On dirait une vis leve en l'air. La pente est assez
douce, mais on a bientt le vertige, aprs avoir dcrit au grand galop
des chevaux quelques tours de l'_Hlice de Vindhellen_.

Les Norvgiens sont fiers, et  juste titre, de ce beau travail. Un
tunnel et t plus court, peut-tre moins coteux. En tout cas, on
et perdu un paysage splendide.

Au bas de la cte, un lourd carrosse, tran par deux des petits
chevaux du pays s'arrte au relais, tant le vent est fort. Le soleil,
du reste, brille de tout son clat. Le vent soufflant avec violence
sur les chutes qui tombent du plateau, les soulve  mi-chemin en
gerbes tincelantes que le soleil irise en les traversant.

Aprs trois ou quatre heures de chemin dans la valle, dj plus
fertile, nous arrivions  Lrdal. Lrdal n'est pas encore une ville et
n'est plus un village. Si j'osais, je la comparerais  tretat; mais
ici la grandeur du site jure un peu avec la petitesse de ce qu'y a
bti l'homme. Tte de la grande route de Christiania  Bergen, Lrdal
deviendra important quand on lui aura creus un port. Pour le moment,
c'est une longue rue borde de maisons blanches, alternant avec des
masures. Au bout, est la mer, large d'un kilomtre  peine. C'est ici
qu'on quitte la terre ferme pour prendre, soit le steamer
hebdomadaire, soit la barque de poste qui vous mne  Bergen.

Le steamer ne part que le lendemain, et la tempte interdit toute
espce d'excursion nautique. En un jour on aie temps de voir Lrdal,
d'explorer les hautes montagnes qui s'y baignent dans la mer, et mme
d'assister  la revue que, dans une sorte de champ de Mars, voisin de
la ville, passe le contingent du canton. Les htels sont pleins
d'officiers, et les rues de soldats qui jouent, chantent et grignotent
ces biscuits enfils, aliment ordinaire des robustes charpentes du
Nord.

Un bon bourgeois de la ville, quelque chose comme le maire ou le
sous-prfet, avait consenti  nous donner l'hospitalit, vu
l'encombrement des auberges. Le caf le matin, du saumon  midi et du
th le soir, le tout sans pain: voil le menu des repas de la famille
pendant une journe entire. Il sera facile, d'aprs cela, de juger de
la frugalit du peuple.

L'honorable fonctionnaire qui nous traitait ainsi de son mieux,
moyennant une lgitime rtribution, ne se doutait point que l'estomac
d'un touriste a besoin d'une alimentation plus solide. Le fait est que
matresse et servante furent grandement scandalises de nous voir
exhiber les provisions de la route tout comme dans un gaard de paysan.
Durdrekke surtout se livrait aux plus judicieuses rflexions.

Aprs avoir laiss aux Lrdaliennes une triste ide de la voracit
franaise, nous regagnmes  minuit le steamer _Framns_ qui venait
d'arriver en rade. _Le Framns_, bateau tout frais sorti des chantiers
de Liverpool, tincelant de dorures et de glaces, fait depuis l'an
dernier un service rgulier entre Bergen et Lrdal. De Lrdal, o il
prend les touristes venus de Christiania, il s'en va faire, de golfe
en golfe, le tour du Sogn entier. Au fond de chacun de ces fjords
secondaires, il s'arrte quelques heures.

Le long de la route dfilent devant vos yeux les paysages les plus
splendides, les coins les plus sauvages et les plus retirs du Sogn.
Autrefois, pour faire le chemin qu'il vous fait parcourir en deux
jours, il et fallu toute une semaine.  chaque station o il
s'arrte, des familles de paysans du Sogn, dans leurs habits de fte,
montent  bord; chevaux et vaches suivent sans plus d'embarras.
L'tonnement de ces bonnes gens,  la vue des splendeurs du paquebot
que beaucoup voient pour la premire fois, est indescriptible.

[Illustration: Route de Stalheim.--Dessin de Dor d'aprs M. Riant.]

Le fait est qu'un ethnographe rudit pourrait faire sur les paysans du
Sogn de curieuses tudes. Il est impossible de ne pas tre frapp de
la ressemblance qui existe entre les plus beaux types anglais et
normands et les types si purs du Sogn. Je dis anglais, je me trompe;
je ne devrais parler que des familles anglaises o l'aristocratie a
conserv la puret de la race conqurante; plus d'une paysanne du Sogn
porte la tte haute et fire comme les pairesses d'outre-Manche. Yeux
d'un bleu profond, profils olympiens, tailles imposantes, rien ne
manque  la ressemblance. Tous ces gens-l sont,  un degr antique,
cousins[10] des membres de la haute chambre.... et ils le savent. Ils
parlent de leur Ganger Rolf (Rollon de Normandie) comme s'il
s'agissait d'un personnage d'hier; les pirateries de ses collgues
deviennent de splendides conqutes, et tout cela est racont dans les
veilles, clbr dans les chansons comme le sige de Troie chez les
Grecs. On s'explique alors la fiert de ces laboureurs, de ces
pcheurs, qui n'ont pas voulu de nobles dans leur jeune constitution,
par ce qu'tant tous de la mme race, ils remontaient tous aux mmes
hros,  ces contemporains d'Odin, grands guerriers, grands tueurs,
peut-tre grands mangeurs de chair humaine.

         [Note 10: Beaucoup de familles norvgiennes tombes en
         paysannerie ont encore leurs cussons et leurs gnalogies
         intactes. Un savant professeur de Copenhague, qui possde
         parfaitement l'histoire de notre Normandie, fut tonn de
         retrouver une conformit entire d'armes entre quatre
         familles rpondant au nom latin de Sylvius Skog en Norvge,
         du Bois en Normandie, Boice en Angleterre, et Boyis en Sude
         (branche migre d'cosse au seizime sicle).]

Les temps et les hommes se sont adoucis, mais la race sous
l'administration danoise, a chang et d'allures et de but; de son
glorieux pass, il ne lui reste plus que ses _saga_ (traditions), sa
fiert, qui fait du peuple norvgien la dmocratie la plus
aristocratique du monde, et certains gots de vagabondage maritime qui
portent les petits clippers du Sogn  caboter plutt dans la
Mditerrane ou en Amrique que dans la mer du Nord.

Le matin nous avions pntr au fond d'Aardalsfjord: des chutes
immenses, de petites cabanes perdues dans les crevasses des falaises,
une mer verte comme l'meraude, de longues valles termines par des
pentes neigeuses, que faut-il de plus pour faire trouver le temps trop
court mme sur le pont d'un bateau  vapeur?  midi nous tions au
pied des glaciers du Justedal, devant la coquette glise de Lyster.
C'est l qu'aboutit un sentier presque fameux, qui vient de Lom et de
Lourdal en Gudbrandsdal; les excursions annuelles de messieurs les
tudiants de l'Universit de Christiania l'ont illustr; les princes
de Sude mme en ont fait le but de plus d'une excursion. Pour venir
de Lom  pied, il faut traverser des plateaux neigeux de quarante
lieues de large, sans une habitation, sans un arbre; le vent souffle,
les guides perdent leur chemin et croient voir a et l les traces des
gnies courroucs du fjeld; il faut aller de marais en marais; de
prcipices en prcipices; enfin l'on arrive (car les nuits sont
courtes et le _flatbrod_ (pain plat, galette) national soutient les
estomacs des jeunes Norvgiens), mais on arrive puis, mouill et
crott de la tte aux pieds, comme les deux intressantes casquettes 
gland qui montent en ce moment sur le pont du _Framns_. Lyster n'est
pas la seule glise de ce fjord.  ct est celle d'Urns, qu'une
savante publication allemande a juge digne d'tre compare aux
glises de Hitterdal et de Borgund; le fait est que l'intrieur de
l'glise d'Urns a encore t respect et ne serait point sans intrt
pour l'archologue et pour le peintre; mais l'extrieur n'a pas eu
pour architecte l'homme de got ignor, le paysan de gnie qui a
dessin les clochetons d'Hitterdal et les sculptures de Borgund.

Au retour, nous touchons de nouveau  Lrdal; nos carrioles, hisses 
bord, seront confies  l'honntet des passagers; une lettre envoye
d'avance  Bergen prviendra l'aubergiste de leur arrive solitaire;
nous les retrouverons dans la remise sans que rien manque  nos
provisions, abandonnes  la bonne foi publique. Quel est le pays o
l'on pourrait en faire autant.

[Illustration: Le Vringfoss.--Dessin de Dor d'aprs M. Riant.]

Pour nous, lgers de bagage, nous laisserons le _Framns_ retrouver
Bergen par mer, pour nous enfoncer de nouveau dans les montagnes  la
recherche des sites du Hardanger et de la cataracte du Vring.

Le steamer, qui a intrt  emmener avec soi tous les passagers, se
garde bien de les conduire  l'entre de la route qui mne par terre
du Sogn au Hardanger; il laisse le voyageur au fond d'un fjord voisin,
 Underdal, misrable hameau, o nous trouvons au bout d'une heure une
barque et deux rameurs. Une famille norvgienne, qui se promne dans
le Sogn, navigue de conserve dans une autre barque. La mer est devenue
calme, l'eau est de ce beau vert meraude qu'on ne trouve que dans le
Nord. Le long des falaises gantes du fjord roulent des chutes sans
nom qui seraient clbres ailleurs. Tout au haut du fjeld, si haut que
l'oeil a peine  y arriver, apparaissent quelques sters (chalets)
suspendus  quatre mille pieds au-dessus de la mer. On dit qu'en hiver
de terribles avalanches roulent le long de ces pentes abruptes pour se
perdre en sifflant dans les profondeurs du fjord et que plus d'une
barque a t victime de leur norme chute.

Le Nrfjord est de tous les bras du Sogn le plus troit et celui o
les falaises atteignent le plus de hauteur. La barque lgre qui file
entre ces murailles de granit doit faire du haut des nuages l'effet
d'une fourmi parcourant le fond d'une tranche de drainage. Le site
sauvage au milieu duquel est assise l'glise de Bakke et les portes de
Gudvangen,  l'extrmit mme du fjord, atteignent mme ce caractre
de sublime que le crayon rend mieux que toutes les descriptions.

 Gudvangen mme la mer n'est pas large comme la Seine. Sur un des
bords sont bties une douzaine de maisons qui forment le village; en
face, le long de la montagne, se prcipite la plus haute chute
d'Europe, celle de Keel, qui d'un seul jet tombe du plateau suprieur
(1000 mtres) sur un rocher d'o elle s'parpille en cumant dans la
mer.

Gudvangen tait encombre de voyageurs. La madame[11] qui dirigeait
leur installation, ahurie par cette affluence inaccoutume, ne savait
auquel entendre; vers le soir elle finit par nous octroyer une tasse
de th, un matelas et un rduit quelconque pour retendre.

         [Note 11: En Norvge on dcore de ce titre tout franais les
         femmes de la classe moyenne.]

Le lendemain, deux stolekjrre (charrettes  sige) nous attendaient 
la porte. Quand on n'a plus de carrioles, le matre de poste est tenu
de vous fournir avec le cheval une lourde machine, compose d'une
charrette  deux roues, avec un sige troit suspendu par un ressort
en bois sur le cadre mme du vhicule. Le fond est destin  vos
bagages, le sige  votre propre personne qui y occupe la position du
monde la plus triste et la plus resserre.  chaque relai, on change
de stolekjrre; ce n'est qu'une diversion au supplice; quelquefois une
aristocratique courroie remplace le ressort de bois; on jouit alors de
la dernire expression du confortable.

En sortant de Gudvangen nous roulions dans la valle de Nrdal,
arrose par un large torrent d'un vert limpide;  l'extrmit de la
valle, qui n'a pas deux lieues de long, les falaises se rapprochent.
Le torrent de Nrdal est form par deux normes chutes qu'on ne voit
point encore, caches qu'elles sont dans les replis symtriques de la
montagne; une pente abrupte, une sorte de dos d'ne escarp les
spare. C'est l-dessus que la route monte en lacet et de telle sorte
qu' chaque tournant on domine ou la chute de droite ou la chute de
gauche, enfermes dans le puits naturel au fond duquel elles tombent
d'une hauteur immense (voy. p. 88).

 chaque tournant, les ingnieurs qui ont fait en maonnerie cet
admirable travail, ont pos des bancs de bois. C'est la dernire
recherche de la civilisation dans le site le plus sauvage et le plus
dsert qu'il soit possible d'imaginer. Ce travail (Stalheimskleven)
est analogue  l'hlice de Vindhellen, moins saisissant de hardiesse,
plus pittoresque peut-tre  cause des deux chutes qui attirent 
chaque instant le regard et qu'on finit, au haut de la monte, par
embrasser d'un mme coup d'oeil avec la valle entire qui fuit
jusqu' la mer.


     Vosse-Vangen. -- Le Vringfoss. -- Le Hardangerfjord.

Une fois hors du bassin du Sogn, l'aspect du paysage et des gens
eux-mmes change. Le pays, ds qu'on, a dpass le lac Vinje et ses
maisons aux toits empanachs d'arbustes, parat plus fertile;
d'immenses fermes se succdent; on fait les foins dans des prairies
qui s'tendent  perte de vue vers le sud.  droite et  gauche les
montagnes ne sont plus que des croupes boises, sillonnes d'normes
torrents. Quant aux costumes, ils changent aussi. Nous sommes dans la
paroisse de Vangen et dans le district de Hardanger.

Vers midi nous arrivons  Vosse-Vangen; encore une petite ville toute
neuve, btie, chose rare, au pied de son glise (et non pas  deux ou
trois kilomtres plus loin, comme c'est le plus frquent). Vosse, au
bord d'un lac, dans un pays fertile,  porte des excursions les plus
vantes de l'vch, est un sjour de prdilection pour les touristes;
un htel, un vrai htel, y tale son enseigne. Vosse est propre; nous
croisons une noce et nous profitons de la circonstance pour voir
l'glise, ancienne, assez curieuse, et assister aux apprts de la
crmonie. La marie, ruisselante de bijoux et d'ornements, est toute
jeune; les gens de la noce sont endimanchs  qui mieux mieux. Du
reste, l, comme partout, les vieux usages, les vieilles chansons,
toutes les crmonies graves ou burlesques qui entouraient de temps
immmorial l'union des poux, tendent  disparatre, et j'ai peur que
bientt la prsentation anglicane au ministre ne remplace les rites
joyeux contemporains d'Odin.

J'oubliais d'ajouter  l'loge de Vosse, que la pche y est
trs-abondante, et plus facile peut-tre que dans les district du
Nordland, o l'autorit locale abuse de la loi pour pressurer les
trangers.

C'est de Vosse qu'il est le plus facile d'atteindre le Hardanger,
cette immense artre qui pntre de cent cinquante kilomtres dans les
terres et n'est desservie par aucun steamer; pas une route, pas un
chemin de traverse n'y aboutit; c'est en barque qu'il faut y voyager
si l'on veut ou y entrer ou en sortir, et encore pour cela il faut
gagner Bergen et arriver au fjord par son embouchure.

Mais si Ton veut visiter les fonds mmes du Hardanger, les chutes
d'Odde, le Vringfoss, les glaciers de Justedal, force est de passer 
cheval les montagnes qui bordent la cte septentrionale du Hardanger.

En consquence, aprs deux heures passes  Vosse nous tournions le
dos  la grande route pour prendre une sorte de traverse qui unit le
lac Vangen au lac Graven. Au bout de deux milles, franchis en pleine
fort, on dbouche sur une valle fertile; une ferme considrable est
btie au bord d'un torrent endigu sur ses deux rives; des scieries,
des moulins sont joints aux btiments du Gaard; c'est tout un village;
un quart d'heure aprs, par un de ces contrastes si frquents en
Norvge, le site devient sauvage, une valle aride, encombre d'un
chaos de rochers, s'ouvre  l'ouest avec des vues lointaines sur le
Hardanger, la route descend  pic au fond du prcipice et traverse le
torrent sur un pont de pierre, jet en face d'une chute norme
(Haltingfoss). Le paysage vaudrait  lui seul l'excursion. Du reste,
une lieue plus loin, apparat la maison blanche de Vasenden au bord du
Gravensvand, petit bassin d'une lieue de large, entour de collines
verdoyantes; l'glise de Graven et une sorte de maison bourgeoise,
entoure d'un parc d'tables, sont de l'autre ct; une barque nous y
dpose et nous attendons deux heures qu'on ait amen les chevaux de
selle et le cheval de bagage (_klvhest_), qui doivent nous conduire
jusqu' Ulvig sur le Hardanger.

En Norvge les excursions questres sont toujours  redouter; les
chevaux, petits, fort gros, ont l'allure incommode et lente; ils ne
vont qu'au pas, pour cette bonne raison, que les guides suivent  pied
sans vouloir hter leur allure tout  fait placide. Je ne parle point
des selles qui ne tiennent qu' grand renfort de ficelles et de bouts
de cuir. Quant au _klvhest_, il porte deux espces de bts en corde
d'corce de bouleau, on met dessus les menus paquets et les
couvertures de voyage, puis d'autres cordes viennent ficeler le tout
et l'on pousse la bte, qui va toute seule, passant les torrents, se
tirant des marais comme elle peut, n'ayant pour toute aide que son
instinct et la sret extrme de son pied.

Enfin nous quittons Graven en songeant  l'histoire d'Halgrim et
d'Hildegunda, qui, au temps de la peste noire, se trouvrent seuls au
monde dans ce petit coin de montagnes; le flau n'avait pargn
qu'eux. Halgrim, venant d'Ulvik, trouva Hildegunda folle de frayeur au
milieu des cadavres des siens. Ils se crurent le dernier homme et la
dernire femme, dit la lgende, s'pousrent devant l'autel de Graven,
et d'eux descendent tous les gens de par l.

Le trajet de Graven  Ulvik prend quatre ou cinq heures  cheval;
quand on a gravi la montagne et travers un fjeld assez long, on
descend vers le Hardanger au milieu d'un pays fertile, coup de
prairies et de grands massifs de chnes, de frnes et de pins.

Au bord de la mer, des fermes entoures de vergers en plein rapport,
de grandes pommeraies, des prairies d'un vert luxuriant, indiquent un
sol beaucoup plus riche que celui du Sogn. En gnral, le Hardanger,
qui tend ses troits replis jusque sous les montagnes du mme nom,
n'a point le mme caractre que le Sogn; entour de falaises moins
hautes, il offre une foule de petits ports perdus dans les arbres, de
maisons de pcheurs caches au fond des criques.

Mais si la nature mme de ses rives est parfois moins sublime que
celle du Sogn, les valles qui y aboutissent sont plus larges et
reclent,  deux ou trois milles dans les terres, les sites les plus
tranges, les paysages les plus grandioses. C'est sur les bords du
Hardanger que s'ouvrent l'abrupte valle de l'Heimdal, qui mne au
Vringfoss, puis les pentes d'Odde, dernier contre-fort du
Hardangerfjeld, et enfin les pres dchirures du glacier de
Folgefonden, immense amas de glace, d'o sortent des milliers de
chutes, et au pied duquel se cachent les plus fertiles coins de la
Norvge, la ferme de Bondhuus, et l'antique baronnie de Rosendal,
patrimoine des Rosenkrone.

Mais c'tait au Vringfoss (chute tourbillonnante), que nous voulions
juger de la grandeur des scnes du Hardanger. De Ulvik  Eidfjord,
petit port  l'entre de la valle d'Heimdal, il n'y a que dix lieues;
quand le temps est calme et la nuit sereine, c'est une promenade sans
rivale;  chaque instant derrire une pointe boise s'ouvre quelque
long fjord, dont l'oeil, dans la brume bleutre, peut  peine
distinguer le fond. Les larges torrents qui courent le long des bois
solitaires troublent seuls le silence du soir, et l'on arrive 
Eidfjord en regrettant presque que le chemin ait t si court. Il est
onze heures du soir: la grande maison qui sert de relais d'eau est
ferme; on rveille les gens, qui nous donnent une vaste chambre o
nous aurions dormi le mieux du monde, sans le voisinage de deux
tudiants norvgiens en humeur de chanter, et de chanter _la
Marseillaise_, avec des voix altres par le brandevin.

Le lendemain, de bonne heure, un guide, que nous avait procur l'hte,
nous attendait, le bton  la main, et nous partions  pied pour aller
faire le plerinage du Vringfoss.

 ceux qui s'tonneraient qu'on fasse de si longues excursions, de
vritables voyages, pour aller voir une seule chute, nous dirions que
les deux ou trois cataractes renommes en Norvge sont places dans
des sites exceptionnellement sauvages et retirs, auprs desquels on
passerait sans mme les souponner, et que, de plus, c'est seulement
au coeur des montagnes, loin des grandes routes, que l'on trouve
encore les costumes et les moeurs norvgiens dans leur antique
originalit. Enfin les chutes du Vringfoss dans le Bergenstift, comme
le Rjukanfos en Tlmark, sont tellement imposantes et surpassent de
si haut ce qu'on peut en dire, qu' elles seules elles valent le
voyage, rcompensant amplement de tous les ennuis, de tous les dangers
de la route.

Pour arriver au Vringfoss il y a environ cinquante kilomtres  faire
en pleine montagne par des sentiers pierreux; il faut ajouter  cette
distance l'ascension d'un escalier de mille sept cent cinquante
marches,  l'aide de blocs normes le long d'une pente presque  pic.

 une lieue et demie d'Eidfjord, au bout d'une large valle, on trouve
un petit lac, l'Eidfjordvand, tranquille miroir d'un vert limpide,
enferm dans de hautes montagnes. Il y a deux bateaux  la rive, l'un
d'eux appartient au propritaire d'une cabane btie  quelques pas de
l; nous montons dedans, et une heure aprs nous voyons les gros
tilleuls et l'glise rouge de Sbo:  droite et  gauche, s'ouvrent
d'normes valles, dont les torrents se prcipitent dans le lac, du
haut du contre-fort qui domine Sbo, c'est celle de gauche qui mne au
Vringfoss. On traverse une petite plaine cultive, puis le sentier
escalade le remblai et vient ctoyer le torrent, qui court sur les
roches et serpente  travers les bouleaux; le site est plus sauvage
encore qu'avant le lac; les blocs de granit sont entasss par amas
immenses: la valle entire est une moraine. Au bout de sept  huit
kilomtres sur un terrain presque plat, on passe la rivire sur un
frle pont de sapins, et sur la rive troite on ne trouve plus pour
sentier qu'une trace blanche laisse par les btes de somme sur de
grandes roches polies. L le torrent se prcipite d'une centaine de
pieds.

Un norme amas de pierres a combl la valle. On l'escalade en passant
sous des roches surplombantes, et, au-dessus, on se retrouve dans le
mme site qu'en bas. On a mis une heure  monter une marche de cet
amphithtre gigantesque, et c'est  peine si d'en haut on aperoit la
dpression.

[Illustration: Valle de l'Heimdal.--Dessin de Dor d'aprs M. Riant]

Au fond, du ct du Vringfoss, la valle est compltement ferme: une
pente abrupte part du torrent et monte au fjeld, se creusant en une
sorte de puits norme;  gauche d'une fissure perpendiculaire, qui
semble la trace d'un glaive gant dans ces murailles immuables, sort
le torrent; c'est par l,  quelques pas, qu'est le Vringfoss.

Nous voudrions y pntrer, mais notre guide s'y refuse, prtendant
qu'il n'y a point de chemin[12].

         [Note 12: Mme aventure est arrive  M. Bayard Taylor. Il
         est vident qu' peu de frais on pourrait faire une route
         pour arriver par l au Vringfoss, et que, dans l'tat actuel
         du passage, des guides plus hardis que les lourds paysans du
         Hardanger frayeraient en quelques heures un sentier
         dangereux, mais praticable.]

[Illustration: Femme du Sogn (voy. p. 88).--Dessin de Pelcoq d'aprs
une photographie.]

L'habitude du pays tant de monter sur le plateau suprieur pour aller
voir la chute d'en haut, il faut en passer par l et gravir cet
escalier monstrueux form d'un lacet  tournants brusques.  mi-chemin
de la hauteur se balancent de gros nuages; il faut les atteindre et
les dpasser. La seule distraction en pareil cas, quand on a forcment
le visage tourn vers l'intrieur du puits d'o l'on cherche  sortir,
est de compter les marches et de vrifier les assertions locales, tout
compte fait, il y en a mille sept cent cinquante. En deux heures d'une
vigoureuse ascension on arrive au haut. Eh bien! ce qu'il y a de plus
tonnant, c'est qu'on fait faire aux chevaux du pays, et, qui pis est,
leur changement sur le dos, cette monte ou cette descente horrible.
Au haut du fjeld nous avisons un bonhomme avec son cheval charg de
foin; la malheureuse bte, qui connat de quel supplice va tre pour
elle la descente, quitte  chaque instant le sentier pour remonter
d'un bond au fjeld; le bonhomme la reprend patiemment par la bride et
finit par l'entraner assez bas pour qu'elle ne puisse remonter, elle
ne proteste plus alors que par de petits hennissements douloureux.

Il ne faut pas croire qu'aprs avoir escalad l'escalier, on soit
arriv au Vringfoss; devant vous s'tend une plaine immense borde 
l'horizon par les hauts fjelds du Jkul; plus prs on voit serpenter
le fleuve qui se prcipitera de neuf cents pieds au moins dans
l'Heimdal.

Quant  la chute elle-mme, un gros nuage, qui,  deux lieues de l,
se balance au flanc d'une montagne, en indique la place prcise. Des
dtritus sculaires de brimbelles, de rubus, de bouleaux nains, ont
form sur les roches du plateau une sorte de terre noirtre, toute
couverte de petites plantes: le _linnea borealis_, les _rubus
arcticus_ et _paludosus_, et des fleurs charmantes du _Krokeboeer_.
Les eaux, en entranant de larges morceaux de ce sol spongieux, ont
mis  nu les roches, qui apparaissent  et l par larges taches
blanches. Dans les fonds se sont formes de vritables tourbires, o
la marche est  chaque instant retarde. Aussi n'est-ce qu'au bout de
deux heures qu'on arrive en vue du torrent; quant  la chute, on
l'entend, on en voit la _fume_, mais il faut toute l'exprience du
guide pour vous amener, dans le ddale des bouleaux nains qui couvrent
les rives,  une pierre surplombante, _seul_ endroit d'o l'on puisse
voir la chute. Le torrent, qui jusque-l coule sur le plateau, trouve
tout  coup la fissure perpendiculaire qui s'ouvre en bas sur le fond
de l'Heimdal, et s'y prcipite d'un seul bond. La rive gauche du
prcipice est au niveau du fjeld; la rive droite, qui fait face au
spectateur, est de cinq cents pieds plus haute. De l roule une chute
d'un moindre volume, qui, arrive au niveau d'o s'lance le
Vringfoss, y est absorbe. La vitesse commune semble s'acclrer
encore aprs leur runion.

Le Vringfoss est peut-tre plus puissant que le Rjukandfoss, mais
l'oeil et l'esprit sont moins satisfaits: on ne peut pas contempler
celui-l pleinement comme on fait de celui-ci. Je dirai pourtant que
le Vringfoss, est entour d'un cadre plus imposant que le
Rjukandfoss. Le paysage, empreint d'une grandeur plus sauvage, produit
sur l'esprit une impression singulire. La subite disparition de cet
norme volume d'eau, qui ne laisse de son passage d'autre trace qu'un
nuage lger, a quelque chose qui parle  l'imagination et qu'on ne
saurait oublier[13].

         [Note 13:  l'exposition des beaux-arts de Copenhague, en
         1859, un peintre danois avait expos une vue admirable du
         fjeld du Vringfoss. Dsesprant de rendre la chute dans
         toute sa puissance, il avait peint seulement la dsolation du
         fjeld, les petits lacs sombres bords de bouleaux, et
         l'horizon blanchtre du dsert, tandis qu' gauche il
         laissait deviner l'norme abme du Vringfoss au-dessus
         duquel planait un grand aigle de lac d'un effet saisissant.]

Le Vringfoss  aussi sa lgende comme le Rjukandfoss, mais une
lgende toute moderne. L'histoire n'est vieille que de deux ans. Un
Anglais, que je ne nommerai point, ennuy de ne pouvoir contempler 
son aise le Vringfoss, se fit descendre dans le gouffre avec un
bateau de caoutchouc, une grande brosse et un pot de cruse. Arriv au
fond du prcipice, il chercha un remou en aval, traversa le torrent,
et sur l'autre rive, escaladant une centaine de pieds de roches, il
vint, sur une magnifique paroi de granit, peindre son nom en lettres
de deux mtres de haut; puis, heureux d'tre le seul qui jusqu'alors
et joui du spectacle dans toute sa grandeur, il se fit remonter et
retourna  Eidfjord comme il tait venu, laissant ses guides
merveiller les pcheurs du rcit de cette quipe.

Les mille sept cent cinquante marches sont plus pnibles  descendre
qu' monter, et c'est avec un plaisir infini qu'on arrive au pont jet
au pied de la fissure sur l'Heim-Elf; ce pont que nous avions franchi
en venant est d'une hardiesse et d'une solidit surprenantes. Sur les
deux bords du torrent on a jet un amas de roches; dans chacune de ces
piles naturelles on a plant deux forts sapins inclins vers le lit du
fleuve, et au-dessus de l'angle laiss entre eux et la rive on a jet
deux demi-tabliers en bois brut fortement assujettis au rivage par des
roches normes. Restait  finir l'arche. Un troisime plancher form
de quatre longs sapins relis ensemble par des cordes d'corces est
pos sur les deux premiers, et, pour consolider le tout, des pierres
plates y forment une sorte de pavement gnral. C'est sur ces sortes
de ponts qu'hommes, chevaux et souvent carrioles, passent le mieux du
monde, si le vent n'est point trop fort dans la valle.

 quatre heures du soir, aprs douze heures et plus de marche, nous
tions revenus  Eidfjord-Vik, o du poisson frais et des pommes de
terre nous rcompensaient du jene de la journe.

Comme je l'ai dit plus haut, le Hardanger est une impasse. On y entre
plus facilement qu'on n'en sort. Le mauvais temps insolite, prmatur,
pressant notre dpart pour le cercle polaire, il nous fallait, sous
peine d'un long retard, atteindre en mme temps que le paquebot de
Hambourg l'extrmit du fjord,  soixante lieues d'Eidfjord,  Bergen.
Nous avions vingt-quatre heures pour faire le trajet; quatre vigoureux
rameurs se chargrent de nous y mener.

C'est alors que nous pmes reconnatre combien la poste d'eau
norvgienne est un moyen barbare de locomotion. Le patient, oblig 
une position horizontale et en tout cas  une immobilit presque
complte, reoit  plaisir la pluie et la vague. Provisions,
couvertures et voyageurs, tout n'est bientt plus qu'un triste amas de
choses mouilles. Le brouillard nous ayant pris au sortir d'Eidfjord,
nous ne pmes traverser le Hardanger, et il fallut ctoyer sa rive
gauche, contre laquelle toute la force de nos rameurs empchait 
peine les vagues de nous jeter. Le vent, la pluie, les rafales
subites, rien ne manqua  notre odysse; aprs douze heures d'efforts
nous avions  peine fait six lieues, et nous abordions ruisselants 
la petite le d'Heransholm, au pied du Folge jeld.

Ce lieu doit tre enchanteur quand le soleil claire ses hauts sapins
et son quai de pierres grises, ombrag de sorbiers. Aujourd'hui nous
avons hte d'entrer dans la maison o un vieux marin et sa femme nous
aident  nous scher. L'insuccs de notre tentative maritime nous fait
renoncer  aller plus loin dans le fjord; nous le traverserons en
droite ligne et nous gagnerons Bergen par les montagnes, comme faire
se pourra.


     De Vikor  Sammanger et  Bergen.

Plusieurs voyageurs anglais parlent avec enthousiasme de l'hospitalit
que le prtre de Vikor leur a largement offerte. J'aime  croire,
pour l'honneur de la vracit britannique, que le fonctionnaire qui
occupait la cure en 1847 a t chang. Le fait est que nos marins
dposent nos paquets sous le porche d'une maison de bonne apparence
qui parat tre la station. La pluie tombe  torrents; nous demandons
du feu pour nous scher; les servantes se concertent, nous font
attendre une heure, puis enfin ramnent une sorte de bourgeois orn
d'une norme pipe: Que voulez-vous?--Du feu pour nous scher; nous
venons d'essuyer treize heures de gros temps; nous irons ensuite 
Bergen par terre.--Ce n'est pas ici la station (et il nous montre une
maison de l'autre ct de la baie  une lieue de l). Je suis le
prtre et je ne reois pas de voyageurs.--Nous ne demandons qu'
attendre une heure  couvert que la pluie diminue.--Non, non; allez 
la station, ce sera bien mieux.

En effet, aprs deux heures passes de nouveau sur le fjord et sous la
pluie, nous dbarquions  Sandmon, transpercs, rompus et affams.
Voil comment certains membres du clerg norvgien, clerg bien dot,
bien pay et confortablement log, entendent les devoirs de
l'hospitalit. Il est heureux pour les voyageurs que le paysan n'imite
point son cur, car je ne sais comment on pourrait traverser certains
districts du pays.

 Sandmon, tout en maudissant le prtre de Vikor, nous nous schions
au grand pole du gjoestgifveren, qui mettait  noire disposition tout
ce qu'il avait, pas grand chose il est vrai, car, dans ces valles si
fertiles dont le climat est celui d'Angleterre, et dont les
productions sont les mmes que celles de la Normandie, il n'y a pas
mme de pain.

Notre hte cherche  nous dtourner d'aller  Bergen par terre; il
nous parle de vingt-quatre heures de chemin. Je mesure la distance sur
la carte, je trouve six milles; j'insiste, il finit par se dcider et
nous trouver trois chevaux, deux guides et un chien.  neuf heures du
matin, nous le quittions, comparant sa complaisance et sa franchise
honnte avec l'aigreur du prtre de Vikor, et nous disions adieu au
Hardanger,  ses temptes et aussi  ses jolis ports pleins de petits
schooners  l'ancre,  ses glises caches dans les arbres, aux
valles verdoyantes qui viennent dboucher sur ses rives.

 Sandmon vont aussi cesser les costumes bariols du Hardanger, les
tailles courtes et les jupons rouges des femmes; de l'autre ct des
montagnes, vers Bergen, nous trouverons d'autres types moins lourds,
plus gracieux, mais aussi nous ne retrouverons nulle part en Norvge
d'aussi solides gaillards, des charpentes aussi robustes que nos
guides du Vring et nos rameurs d'Eidfjord.

La valle de Sandmon est fort belle; elle contient en outre une
admirable chute, Ostudfoss, derrire laquelle on peut se glisser par
un troit sentier. Rien d'imposant comme le mugissement des eaux qui
tombent du sommet de l'troite caverne d'o on les contemple. C'est 
une lieue de Sandmon, de l'autre ct du fleuve, qu'on passe  gu,
que se trouve Ostudfoss.

Un peu aprs se dresse au fond de la valle une norme croupe en forme
de tour, toute couverte de bouquets de bouleaux et de pins pars sur
une prairie d'un vert tendre. L'ascension de la montagne prend une
heure sous les arbres et par un sentier praticable; au sommet commence
un fjeld interminable qui, pour le moment, est compltement noy; des
voles de bcassines partent des marais (changs en lacs) qui sont
leur demeure habituelle. Les ruisseaux sont devenus des torrents et
les torrents des fleuves imptueux.

Les chevaux norvgiens traversent tout cela comme ils peuvent,
portant, outre le cavalier, le guide en croupe. Quelquefois l'eau les
emporte, mais ils reprennent pied et touchent la rive sans autre
accident que des bains un peu trop prolongs.

La traverse du fjeld dura quatre heures, et je crois que, sans leurs
chiens, jamais nos guides n'eussent retrouv le chemin dans les
fouillis de bouleaux nains qui couvraient les roches; de temps en
temps on s'arrtait sous des abris tablis l pour les traneaux qui
l'hiver font en quelques heures cette route interminable en t.

En face de nous s'ouvrent trois valles larges, solitaires, couvertes
de grands bois et sillonnes de chutes nombreuses; au-dessus la neige
des fjelds plus levs se dcoupe en taches blanchtres sur le gris
uniforme du ciel. De chemin, plus de traces. Un ster est perch tout
en haut d'une roche; on y grimpe, et, vrification faite, c'est dans
un marais qu'il faut s'engager, puis ctoyer un lac dbord, puis
traverser une rivire galement sortie de son lit, tant et si bien
qu'on arrive  un gaard d'assez pauvre apparence et rpondant au nom
d'Ekeland; les gens qui l'habitent parlent patois; au bout d'un quart
d'heure on finit par se comprendre; il s'agit de changer de chevaux;
les ntres vont s'en retourner; en aurons-nous de nouveaux? Un vieux
bonhomme, qui lit la Bible dans un coin, se mle  la conversation; il
veut nous prouver que le chemin est long, le temps dtestable, et
qu'il vaut mieux coucher sous son toit (une baraque mal jointe
encombre de dix enfants en bas ge). Voyant que l'on ne se rend pas 
ses raisons, il finit par dire qu'il a deux chevaux, mais que nos
couvertures mouilles tant trop lourdes, il ne faut pas les prendre
en croupe et qu'il nous faut rester ici: Eh bien! fais-moi un bton,
j'irai  pied; le cheval portera le bagage.... Un des hommes de la
maison, voyant que la ruse nave ne russit point, consent  prendre
le bagage sur son dos pourvu qu'on le paye comme un cheval, et nous
partons heureux de n'avoir point  passer la nuit dans cet intrieur
par trop norvgien.

Le site aux environs d'Ekeland commence  tre fort beau, et n'tait
l'inondation gnrale qui nous force  monter sur les roches pour
viter les prairies submerges, nous n'aurions pas  regretter d'tre
venus l. Nous traversons une troisime rivire d'une largeur fort
respectable, et nous commenons  descendre une sorte d'escalier qui
aboutit au fond d'un vaste cirque sur le versant oppos des montagnes.

Rien de svre comme l'aspect de ce coin ignor o nos guides mme ont
peine  trouver un chemin: au fond du cirque une chute d'un volume
norme, Braten foss, se prcipite d'une hauteur d'au moins cinq cents
pieds pour former une petit lac cumant, puis une large rivire que
nous traversons un instant aprs. Pendant deux ou trois lieues le
chemin est encore problmatique; c'est dans l'eau que nous marchons,
mais la valle se resserre et devient plus profonde; le torrent grossi
se contente de mugir au fond, et, sur sa rive gauche, que nous
atteignons par une passerelle de bois, court un troit chemin couvert
de roches et suspendu sur l'abme. Les splendides horreurs de
l'Heimdal sont dpasses. Cette troite et profonde valle,  peine
nomme et toujours dserte, gigantesque fissure cre par l'effort des
eaux, atteint les limites du sublime.

 l'extrmit elle vient se runir  une autre arrose galement par
un torrent cumeux; les deux masses se runissent et forment en
tombant la chute de Maar Kolum. Sur la rive gauche de la nouvelle
valle serpente un sentier que nous suivons pendant deux heures, et
vers le soir nous arrivons dans des lieux plus civiliss. Un petit
bonhomme tout de neuf habill s'en va gaiement, jambes nues, ses
souliers dans la main, et de grosses filles rieuses reviennent des
foins; plus loin est un vrai gaard au bord d'un lac sombre et
solitaire.

Il faut encore en ctoyer les rives; mais la pluie a cess, et le
paysage est si beau, qu'on peut oublier les fatigues de la journe. Le
chemin suit une chausse de roche presque partout recouverte par
l'eau; de temps en temps il faudrait pouvoir rester  cheval, les
jambes dans les mains, les brides aux dents, pour n'tre point
mouill; mais l'important est d'arriver. Aussi, vers deux heures du
matin, nous saluions avec bonheur la pauvre petite maison de Tosse,
juche au haut de la falaise qui borde la rive mridionale de
Sammanger-fjord.

Les gens de Tosse sont pauvres, leur cabane est un galetas; cinq ou
six tres humains y dorment. Rveills en sursaut, l'un allume une
longue chandelle, et tous d'ouvrir leurs oreilles au rcit anim que
les trois guides font tout  la fois de leur traverse par le fjeld,
des rivires grossies, du chien qui s'est noy, et de ces Franais qui
ont perdu la tte, venant on ne sait d'o, allant on ne sait vers quel
ple; de feu, point. Les discours termins, une vieille en haillons
nous montre le chemin d'un grenier fait de planches disjointes; deux
bottes de paille, dans un cadre de bois, y attendent les rares htes
de ces lieux; nous y dormons d'un profond sommeil,  ct de saumons
en train de scher et de morues dj sches.

[Illustration: Une noce en Norvge.--Dessin de Pelcoq, d'aprs le
peintre norvgien Tiedeman.]

Presque parallle au Hardanger, le fjord de Sammanger s'tend de la
paroisse de Sammanger jusqu' celle de Oos. Deux milles  peine
sparent Sammanger de Bergen; un ballon les traverserait en quelques
minutes. L'absence de ce moyen perfectionn de locomotion amne
invitablement le voyageur  rentrer dans le canot national,
c'est--dire entre deux eaux.

Rien ne repose des impressions dsagrables causes par une
surabondance d'eau de pluie et d'eau de mer, comme un bon feu, des
visages souriants, un gai rayon de soleil par la fentre, et aussi la
bonne grosse figure du gjoestgifveren de Hatwiken, qui vous assure
que, dans une heure, chevaux et charrette vont tre prts, et que le
soir vous serez  Bergen.

Je doute que le tronon de grande route qui court de Oos  Bergen soit
trs-frquent des touristes; c'est pourtant un beau pays, et le
chemin, qui domine de haut les mille replis des fjords, les myriades
d'les dont la cte est ceinte, et au loin la ligne bleue de la grande
mer, est certainement un des plus pittoresques de Norvge.

De fort loin on voit Bergen, baigne par les eaux de deux fjords,
appuye sur deux fjelds, Bergen, aprs Drontheim, la cit classique
des rois de la mer, vieille comme les antiques Sagas, riche comme la
Hanse dont elle fit partie.

Plus prs de la ville, des maisons de campagne, ceintes de grands
parcs, arross par les torrents qui bondissent du fjeld, montrent, par
leur lgance presque somptueuse, que les ngociants de Bergen courent
parfois le monde et rapportent, qui de France, qui d'Angleterre,
toutes sortes d'ides heureuses et d'inspirations artistiques. N'en
dplaise  Christiania, Bergen, qui n'a ni palais grec, ni glise
pseudo-byzantine, Bergen, vue des hauteurs du sud, a presque l'air
d'une capitale, et c'est avec un certain sentiment de respect pour
l'antique mtropole commerante du Nord qu'on pntre dans l'avenue de
frnes qui lui fait une entre quasi-royale.

                                   Paul RIANT.




GRAVURES.

                                                      Dessinateurs.
  Chapelle de Sainte-Rosalie (prs Palerme)              Rouargue      1
  Types et costumes siciliens                            Rouargue      4
  Ruines  Girgenti (Agrigente)                          Rouargue      5
  Vue de Syracuse                                        Rouargue      8
  Taormine et l'Etna                                     Rouargue      9
  La Marine  Messine                                    Rouargue     12
  Rocher de Scylla                                       Rouargue     13
  Stromboli                                              Rouargue     16
  Pigeonnier prs d'Ispahan                         Jules Laurens     17
  Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend--Roud,
     Ispahan                                       Jules Laurens     21
  Collge de la Mre du roi,  Ispahan              Jules Laurens     24
  Une peinture indienne dans le palais des
    Quarante-Colonnes,  Ispahan                    Jules Laurens     25
  Entre de Kaschan                                 Jules Laurens     28
  Une caravane persane au repos                     Jules Laurens     29
  Types persans                                     Jules Laurens     32
  Faubourg de Thran                               Jules Laurens     33
  La porte de Schah-Abdoulazim                      Jules Laurens     36
  Dans une cour,  Thran                          Jules Laurens     37
  Types et portraits persans                        Jules Laurens     40
  Groupe de Persans                                 Jules Laurens     41
  Dans l'Enderoun (appartement intrieur
    -- Costumes d'intrieur et de sortie)           Jules Laurens     44
  Choix d'armes, d'instruments et objets divers
    persans                                         Jules Laurens     45
  Le Dmavend                                       Jules Laurens     48
  Vue de l'le Saint-Thomas                             de Brard     49
  Saint-Pierre,  la Martinique                         de Brard     52
  Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise)              de Brard     53
  Une sucrerie  la Guadeloupe                          de Brard     56
  La Pointe--Ptre,  la Guadeloupe                    de Brard     57
  Le port d'Espagne,  la Trinidad                      de Brard     60
  La baie de Panama                                     de Brard     61
  Vue des Bermudes                                      de Brard     64
  Costumes norvgiens d'Hitterdal                          Pelcoq     65
  La valle de Bolkesj                                      Dor     68
  Costumes du Tlmark                                     Pelcoq     69
  La valle de Vestfjordal                                   Dor     72
  Intrieur d'auberge  Bolkesj                         Lancelot     73
  glise d'Hitterdal                                      Wormser     75
  Le Rjukandfoss                                             Dor     76
  Un chalet  Bamble                                     Lancelot     77
  Vue du lac Bandak                                          Dor     80
  Le lac Flatdal                                             Dor     81
  Fjord de Gudvangen                                         Dor     84
  glise de Bakke                                            Dor     85
  Route de Stalheim                                          Dor     88
  Le Vringfoss                                              Dor     89
  Valle de l'Heimdal                                        Dor     92
  Femme du Sogn                                            Pelcoq     93
  Une noce en Norvge                                      Pelcoq     96
  Le march aux grains (Suez)                       Karl Girardet     97
  Port de Suez                                      Karl Girardet    100
  Cimetire europen  Suez                         Karl Girardet    100
  Qossir                                           Karl Girardet    101
  Djeddah                                           Karl Girardet    101
  Port de Souakin                                   Karl Girardet    101
  Mosque de Salonique                              Karl Girardet    104
  Femmes albanaises, prs d'un arabas,
     Vasilika                                       Villevieille    105
  Un Juif de Salonique                                       Bida    108
  Une Juive de Salonique                                     Bida    109
  Sceau du monastre de Karis                                       111
  Vue gnrale de mont Athos                         Villevieille    112
  Le Conseil des pistates au mont Athos                Boulanger    113
  Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
    Catholicon de Karis)                                  Pelcoq    116
  Monastre d'Iveron                                Karl Girardet    117
  L'higoumne d'Iveron                                     Pelcoq    120
  La Phiale ou le Baptistre du couvent de Lavra         Lancelot    121
  Croix sculpte en bois dans le trsor de Karis         Thrond    124
  Coffret dans le trsor de Karis                        Thrond    125
  Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches  Thrond    128
  La confession                                              Bida    129
  Bas-relief du couvent de Vatopdi                     A. Proust    130
  Albanais, soldat de la garde des pistates         Villevieille    132
  Vue du couvent d'Esphigmenou                      Karl Girardet    133
  Intrieur de la cour principale du couvent slave
    de Kiliandari                                        Lancelot    136
  La rcolte des noisettes au mont Athos             Villevieille    137
  L'le Chatam, dans l'archipel Galapagos            E. de Brard    140
  Baie de la Poste, dans l'le Floriana
    (archipel Galapagos)                             E. de Brard    140
  L'le Charles, dans l'archipel Galapagos           E. de Brard    141
  Aiguade de l'le Charles (archipel Galapagos)      E. de Brard    144
  Oiseaux et reptile (archipel Galapagos)                  Rouyer    145
  Ctes de l'le Albermale, dans l'archipel
    Galapagos                                        E. de Brard    148
  Oeno, dans l'archipel Pomotou (les  coraux)      E. de Brard    149
  Village de Vanou, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    149
  Baie de Manevai, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    152
  Rcifs et piton de l'le de Borabora
    (les  coraux)                                  E. de Brard    153
  Rade et pic de l'le de Borabora (les  coraux)   E. de Brard    156
  le de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
    (les  coraux)                                  E. de Brard    157
  Brun-Rollet                                                Fath    160
  Traneau yakoute                                    Victor Adam    161
  Une sorcire tongouse                               Victor Adam    164
  Port d'Okhotsk                                      Victor Adam    165
  Bazar de Nertchinsk                                 Victor Adam    168
  Colonie ou village yakoute                          Victor Adam    169
  Voyageur russe en Sibrie                           Victor Adam    172
  Argali (mouton sauvage)                             Victor Adam    173
  Campement de Tongouses                              Victor Adam    176
  Chamans yakoutes                                    Victor Adam    177
  Femme yakoute                                       Victor Adam    180
  Poteaux des frontires du pays des Yakoutes et
    de la Chine                                       Victor Adam    181
  Types indignes (Australie du Sud)                      G. Fath    184
  Spultures australiennes dans les bois                 Lancelot    185
  Spulture australienne au dsert                           Dor    189
  Restes d'un voyageur retrouvs par ses compagnons
    dans les dserts du lac Torrens                          Dor    192
  Oasis d'deri (Fezzan)                                 Rouargue    193
  Mourzouk (capitale du Fezzan)                          Rouargue    196
  Gorge d'Agueri                                         Lancelot    197
  Valle d'Auderaz                                       Rouargue    200
  Vue d'Agadez                                           Lancelot    201
  Vue de Kano (entrept du Soudan central)               Lancelot    204
  Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou)      Lancelot    205
  Vue du lac Tchad                                       Rouargue    208
  Village marghi                                         Rouargue    209
  Halte dans une fort du Marghi                         Rouargue    212
  Village mosgou                                         Rouargue    213
  Chef mosgovien                                         Rouargue    216
  Intrieur d'une habitation mosgovienne                 Rouargue    217
  Chef kanembou                                          Rouargue    220
  Entre du sultan de Baghirmi dans Masna
    (sa capitale)                                        Rouargue    221
  Une razzia  Barea (Mosgou)                            Rouargue    224
  Vue du march de Sokoto                                Hadamard    225
  Bac sur le Niger,  Say                                Rouargue    228
  Vue des monts Homboris                                 Lancelot    229
  Village sonray                                         Lancelot    232
  Vue de Kabra (port de Tembouctou)                      Rouargue    233
  Camp touareg                                           Lancelot    236
  Arrive  Tembouctou                                   Lancelot    237
  Vue gnrale de Tembouctou                             Lancelot    240
  Portrait en pied du baron de Wogan en costume
    de voyage                                           J. Pelcoq    241
  Grass-Valley                                          J. Pelcoq    244
  Un claim ou atelier de mineur                         J. Pelcoq    245
  Fort de _taxodium giganteum_ ou pins gants           Lancelot    248
  Un caon ou passage de la Sierra-Wah                   Lancelot    249
  La case du jugement                                   J. Pelcoq    252
  Le poteau de la guerre                                J. Pelcoq    253
  Types d'Indiennes du Rio-Colorado                     J. Pelcoq    256
  Grande pagode de Rangoun                               Franais    257
  Bateau  voile sur l'Irawady                     Clich anglais    258
  Canot de parade                                  Clich anglais    259
  Bateau de commerce                               Clich anglais    259
  Birmans dans une fort                                J. Pelcoq    261
  Pattshaing ou tambour-harmonica                  Clich anglais    262
  Pattshaing  baguettes                           Clich anglais    262
  Harpe birmane                                    Clich anglais    263
  Harmonica birman                                 Clich anglais    263
  Pagode  Pagn                                   Clich anglais    264
  Reprsentation thtrale dans le royaume d'Ava         Hadamard    265
  Dagobah ou pagode en forme de cloche             Clich anglais    266
  Intrieur d'une pagode                           Clich anglais    267
  Maison de l'ambassade  Amarapoura               Clich anglais    268
  Valle des puits de bitume                        Karl Girardet    269
  Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
    birmans                                                 Morin    272
  Le palais du roi et l'lphant blanc                     Navlet    273
  Sculptures comiques dans le monastre royal 
    Amarapoura                                           Lancelot    276
  Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastre royal 
    Amarapoura)                                          Lancelot    277
  Dtails intrieurs du Maha-comiye-peima  Amarapoura     Navlet    281
  Une porte  Amarapoura                           Clich anglais    284
  Canon birman                                     Clich anglais    284
  Danse des lphants                              Clich anglais    284
  Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava         Clich anglais    285
  Jeunes dames birmanes                                     Morin    288
  Le temple du Dragon                                    Lancelot    289
  Rives de l'Irawady (prs des mines de rubis)     Clich anglais    292
  Petite pagode  Mengoun                          Clich anglais    292
  Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
    de terre de 1839)                               Karl Girardet    293
  Valle de l'Irawady au confluent du Myit-Nge          Paul Huet    297
  Temple ruin  Pagn                                   Lancelot    300
  Salces ou volcans de boue  Membo                Clich anglais    301
  Cnes volcaniques dans la plaine de Membo        Clich anglais    301
  Paysans birmans en voyage                        Clich anglais    302
  Statue gigantesque de Bouddha  Amarapoura             Lancelot    304
  Zanzibar vue de la mer                             E. de Brard    305
  Portrait de feu l'iman de Zanzibar                 E. de Brard    308
  Pont de la ville de Zanzibar                       E. de Brard    309
  Un village de la Mrima                                Lavieille    312
  Jihou la Mkoa ou la roche ronde                 Clich anglais    313
  La fontaine qui bout (source thermale dans le
    Khoutou)                                       Clich anglais    313
  Sycomore africain                                Clich anglais    314
  L'Ougogo                                         Clich anglais    315
  Burton et ses compagnons en marche                    Lavieille    316
  Chane ctire de l'Afrique occidentale               Lavieille    317
  Passe dans l'Ousagara                                 Lavieille    320
  Paysage dans l'Ounyamouzi                            Lavieille    321
  Noirs de l'Ousumboua                               G. Boulanger    324
  Huttes  Msn                                        Lavieille    325
  Ngres porteurs                                    G. Boulanger    328
  Noir de l'Ouganda                                  G. Boulanger    329
  Habitation de Snay ben Amir  Kazeh                   Lavieille    332
  Jeunes dames  Kazeh                               G. Boulanger    333
  Coiffures des indignes de l'Ounyanyemb         Clich anglais    334
  Coiffures des indignes de l'Oujiji              Clich anglais    335
  Maison des trangers  Kaoul                        Lavieille    336
  Navigation sur le lac Tanganyika                      Lavieille    337
  Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika             Lavieille    339
  Habitation au bord du lac Tanganyika                  Lavieille    340
  Le bassin du Maroro                                   Lavieille    341
  Instruments et ustensiles des Ouajiji            Clich anglais    342
  Riverains du Tanganyika (ct ouest)             Clich anglais    343
  Riverains du Tanganyika (ct sud)               Clich anglais    343
  Le bassin du Kisanga                                  Lavieille    344
  Vgtation de l'Ougogi                                Lavieille    345
  Passe de l'Ouzagara                              Clich anglais    346
  Rocher de l'lphant prs du cap Gardafui        Clich anglais    347
  Dernier tablissement gyptien dans le Fazogl          Lancelot    348
  Contre des Shelouks sur le Saubat                     Lancelot    349
  Blnia (village bari sur le fleuve Blanc)             Lancelot    352
  Habitants de la Havane                                    Potin    353
  Coolies chinois  Cuba                                   Pelcoq    356
  Vue gnrale de la Havane (capitale de Cuba)           Lancelot    357
  Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba   E. de Brard    360
  Cathdrale de la Havane                                  Navlet    361
  La volante (voiture de la Havane)                   Victor Adam    363
  Vue de Matanzas                                        Lancelot    364
  Paysage dans l'le de Cuba: Loma (coteau)
    de Candela                                          Paul Huet    365
  Paysage dans l'le de Cuba (Loma de la Givora)        Paul Huet    368
  Grenoble et les Alpes dauphinoises                Karl Girardet    369
  Les Grands Goulets                                Karl Girardet    372
  Pont-en-Royans                                             Dor    373
  Sainte-Croix et les ruines du chteau de Quint    Karl Girardet    376
  Die et la valle de Roumeyer (vue prise des
    hauteurs de Saint-Justin)                            Franais    377
  Le Mont-Aiguille (vu de Clelles)                       Daubigny    380
  Pontaix                                           Karl Girardet    381
  Roumeyer et le mont Glandaz                            Franais    384
  Entre de la valle de Roumeyer                   Karl Girardet    385
  La valle de Loncel                              Karl Girardet    388
  La valle de la Voure et de la plaine du Rhne
    (vue prise des hauteurs de la Vacherie)         Karl Girardet    389
  Beaufort                                               Franais    392
  La fort de Saou                                       Sabatier    394
  Pot-Cellard                                      Karl Girardet    395
  Bourdeaux                                         Karl Girardet    396
  Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
    du Rudoux)                                     Karl Girardet    397
  Cascade de la Druse                              Karl Girardet    398
  La gorge de Trente-Pas                            Karl Girardet    400
  Le mont Viso                                           Sabatier    401
  Le pont du Diable                                      Sabatier    405
  Le lac de l'chauda                                    Sabatier    408
  Le Pelvoux                                             Sabatier    409
  Le mont Aurouze                                        Franais    412
  Les montagnes du Devoluy                          Karl Girardet    413
  Ruines de la Chartreuse de Durbon                 Karl Girardet    416




CARTES ET PLANS.


  Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin.                             3
  Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin.                             19
  Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin.         51
  Carte du haut Tlmark (Norvge mridionale), d'aprs
    M. Paul Riant.                                                    67
  Carte de la presqu'le de Bergen, d'aprs M. Paul Riant.            83
  Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin.                      115
  Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff.                167
  Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin.                         187
  Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
    orientale) d'aprs M. de Lanoye.                                 195
  Voyage du docteur Barth (Itinraire de Sokoto  Tembouctou),
    par M. A. Vuillemin.                                             234
  Carte du cours infrieur de l'Irawady comprenant les possessions
    britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'aprs le
    capitaine H. Yule.                                               260
  Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'aprs les relevs du
    major Grant Allan.                                               280
  Carte du cours suprieur de l'Irawady et partie nord du royaume
    d'Ava, d'aprs le cap. Yule.                                     296
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (Itinraire de Zanzibar  Kazeh).                      307
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (2e partie).                                           338
  Carte de l'le de Cuba, par M. A. Vuillemin.                       355
  Carte du Dauphin (partie occidentale: Isre et Drme),
    par M. A. Vuillemin.                                             371
  Carte du Dauphin (partie orientale: Isre et Hautes-Alpes),
    par M. A. Vuillemin.                                             404




ERRATA.


I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprim: (1858.--INDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu' la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a t publi en anglais.


II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplac par celui
d'OCCIDENTALE.


III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'aprs M. A. Proust.


IV. On a galement omis de donner,  la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos reprsents
sur la page 145. Nous rparons cette omission:

1 _Tanagra Darwinii_, varit du genre des
_Tanagras_ trs-nombreux en Amrique. Ces oiseaux ne diffrent de
nos moineaux, dont ils ont  peu prs les habitudes, que par la
brillante diversit des couleurs et par les chancrures de la
mandibule suprieure de leur bec.

2 _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, o l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulirement  l'le
Saint-Charles. Des treize espces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affecte 
une le en particulier.

3 _Pyrocephalus nanus_, trs-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mle de cette varit a une tte de feu. Il hante  la fois les
bois humides des plus hautes parties des les _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.

4 _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux les Galapagos.

5 Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveauts rapportes par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-tre que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.

Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est dcrit dans le texte, page 147.

[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des les Galapagos.]

       *       *       *       *       *

IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9,  Paris.

       *       *       *       *       *





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Foundation as set forth in Section 3 below.

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public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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