The Project Gutenberg EBook of L'Illustration, Samedi le 22 Aout 1914, 72e
Anne, No. 3730, by Various

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Title: L'Illustration, Samedi le 22 Aout 1914, 72e Anne, No. 3730

Author: Various

Release Date: August 27, 2007 [EBook #22416]

Language: French

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L'ILLUSTRATION

_Prix du Numro: 75 Centimes._

SAMEDI 22 AOUT 1914

_72e Anne.--N 3730._


[Illustration: CORRESPONDANCE MILITAIRE
_... Nous venons de...; nous allons ... (il ne faut pas dire o); ni
malade, ni bless; tout va trs bien...._
                                        _Dessin de GEORGES SCOTT_]



COURRIER DE PARIS


LES GRANDES HEURES


_Le drapeau de la fentre._--Ds le premier jour de la mobilisation,
Paris s'est pavois. Il l'a fait avec un tact et un culte de la nuance
infiniment dlicats. Ce pavois est sage, raisonnable, sans rien de
fanfaron. Il affirme une croyance et traduit un espoir, mais ne dploie
aucune vantardise. Loin de vouloir anticiper, il se rserve, il ne donne
pas son plein, et l'on sent bien que son seul but est d'inviter la
victoire en se gardant de l'afficher la veille. Un, deux, trois
drapeaux, placs  et l  un balcon, font comprendre,  ne pas s'y
tromper, qu'ils ne sauraient reprsenter tout l'effectif de la maison...
Le regret avec lequel ils s'espacent parle de lui-mme... Ce sont des
drapeaux d'avant-garde, tout simplement... A mesure que s'engageront
les batailles, que s'affronteront les armes, que grandiront les luttes
et se dcidera la gloire... un par un, puis par tas, par gerbes, par
bouquets, les _autres_ qui sont  l'arrire, dans les chambres,
sortiront par les fentres pour apparatre, faire feu de toutes leurs
couleurs et se drouler le long du _front_. Il y en a ainsi des milliers
de franais, de belges, d'anglais, de russes, qui n'attendent que le
moment prochain de fleurir et d'enrubanner nos murailles.

Pour l'instant, le drapeau est le plus souvent isol. Sentinelle de la
terrasse, vigie de la mansarde, factionnaire de la porte d'entre, il se
recueille et ne s'abandonne pas encore  l'expansion. Mais il accentue
chaque jour davantage sa personnalit, il s'impose  nous, se mle 
notre vie, entre dans nos yeux et nos penses dont il devient une chre
habitude.

Peu d'occasions, jusqu'ici, s'offraient  nous de le frquenter. Nous
n'avions avec lui que de rares et courts entretiens. Une ou deux fois
l'an,  une fte nationale, ou en l'honneur de Jeanne d'Arc, ou pour une
visite de souverain, nous le tirions du rduit o il s'attristait dans
l'ombre et la poussire, pour l'arer pendant quelques heures... Il
jouait ainsi son rle officiel et puis il rentrait dans l'obscurit. Il
menait une existence intermittente et sans esprit de suite. Depuis le 2
aot 1914, il s'est secou. Le voil au premier rang. C'est le
personnage principal de la nation, du monde entier. Le drapeau domine
actuellement l'Europe et l'univers. Il flotte au-dessus de tous les
partis et de tous les sommets. Il survole vingt peuples.

Mais, sans le regarder aussi haut, sans le voir de si loin,
considrons-le, chacun, de tout prs puisqu'il ne nous quitte pas, qu'il
est,  poste fixe, attach  la croise o il fait la campagne pour des
mois, pour un temps dont nous ne pouvons estimer ni limiter la dure...
Il vaut la peine que nous l'tudiions. Sous son apparente galit
d'humeur, jamais il n'est le mme. Pendant que j'cris, j'en ai
justement un,  trois pas de ma table, et qui, dehors, bouge et vit,
comme quelqu'un de pench et d'accoud sur la rampe. S'il m'arrive de
l'oublier... le mouvement qu'il fait tout  coup me trouble... et puis
je me rassure: Je sais... c'est le drapeau. Il tend sur mon papier
des ombres de nuage, de branche et d'oiseau, des lueurs de pourpre et
d'azur. Il enfourche et chevauche comme un bon cavalier la moindre
brise. Il se balance comme un hamac, se gonfle et s'arrondit comme une
voile. Il prend des fierts, de courtes impatiences, soeurs des miennes,
il se dresse et pique par instants ses trois couleurs, et l'on dirait
qu'il veut, par-dessus les toits, hler un pavillon vers l'Est. Ou bien
il va et vient,  peine, dans un rythme paisible, rgulier, qui ferait
jurer qu'il respire. Il semble aussi, par instants, bercer dans le creux
de ses plis un petit enfant invisible... Ou alors il pend, inerte
d'aspect mais lourd de penses, perch sur sa hampe comme un oiseau de
grand espace qui dort sur une patte. Et il songe, il songe... il parat
sculpt, il forme un bloc troit et solide o l'on ne distingue plus, au
bord de ses ailes cargues, qu'un lisr des trois couleurs... et mme
immobile il inspire, au repos, la crainte et le respect. Son
engourdissement est formidable de rsolution. C'est un drapeau de
Damocls.

Et il ne se montre pas moins mouvant quand, inond, pesant de pluie, il
a ses toffes qui collent et qu'il forme un linge pais, humide et
solennel, tout spongieux de pleurs, comme fatigu d'avoir essuy trop de
joues maternelles.

A maintes reprises je vais prs de lui. Je le comprends. Je le trouve
beau, j'entends son clair bruissement et je dcouvre ses desseins. Quand
il s'accroche ou s'emptre aux volets, je le dgage pour qu'il flotte 
l'aise et claque avec plaisir. En sortant de chez moi, je ne puis
m'empcher de me retourner et de lever vers lui la tte, et il me fait
signe comme avec un mouchoir teint de sang. Du bout de la rue, quand je
rentre, je le distingue entre tous. C'est le mien, et lui aussi me
reconnat. Il garde la maison.

Cher drapeau _d'ici_, qui ne vas pas au feu, pacifique drapeau du bazar,
qui ne pars pas, qui ne risques rien, tu nous mets pourtant au coeur une
ample joie, un hrosme rsign. Tu nous prches la patience. Tu fais
comme nous, tu attends. Tu es l'ami de notre anxit, tu nous tiens
compagnie du matin au soir, tu es l'insigne militaire de notre inaction,
tu protges notre sommeil comme le rideau de notre lit.

Aussi nous ne t'oublierons pas. Quand il faudra plus tard, _aprs la
guerre_,... te retirer... quelle tristesse et quel dchirement nous
aurons!... Je les sens dj. Le pourrons-nous? Quand, au prix de mille
inquitudes, de mille joies, mille douleurs,  travers toutes les
gradations de la bataille et les secousses de la victoire, tu nous seras
devenu indispensable, ncessaire... comment ferons-nous pour te perdre
et renoncer  toi, pour te _ranger_, ainsi qu'un meuble dsormais
inutile et n'ayant plus de raison d'tre? Te remettrons-nous au sixime,
dans la chambre de dbarras, avec les malles et les vieux cartons? Quel
sacrilge! Non, tu resteras dans l'appartement,  porte de notre pieuse
caresse, en une place discrte et privilgie, prs des portraits de nos
parents dfunts et des reliques de famille... Et nous te sortirons
souvent, car grce  Dieu les _autres_ drapeaux, ceux des champs de
bataille, nous auront fait d'ici l des quantits de splendides
anniversaires que tu seras, toi, l'humble et le _civil_ de la fentre,
charg de clbrer, avec tes couleurs toujours pimpantes et fraches de
fte publique...

[Illustration: deco.]

_La Pologne..._ Jusqu' ce matin l'on n'avait qu' toucher ce mot,  le
heurter, pour produire de la tristesse... La Pologne...! J'ai encore l,
au fond de l'esprit, comme en un livre reli en chagrin noir, toute la
longue suite d'images que depuis ma petite enfance voquait d'abord ce
nom dsolant et dsol, images saisissantes et rudes  la faon des
gravures sur bois d'un pome pique et populaire, tableaux d'pre
hrosme et de sombres douleurs, de rvoltes acharnes, de souffrances
qui s'tendaient  perte de vue... dans les steppes mornes et profondes
du pass... L'histoire et le roman de la Pologne, sa lgende et sa
vrit, ses fresques, ses galops fous, sa posie, ses chants de guerre
et ses complaintes d'esclavage, tout cela aussi, pendant des annes,
m'avait pass, repass par la tte comme sur le sol d'un pays cent fois
battu... Bruits des perons et des chanes, clairs des sabres et des
faux, chocs des cymbales, nerveuse splendeur des paules d'o s'ploie
comme une aile en velours la flottante pelisse, cuir pourpre de la
botte, orgueil du bonnet de fourrure, choeur des exils, parades sous
les plumets et les aigrettes, magnificences dans l'air froid... Ah! que
vous m'tiez choses familires, prtes sans cesse  vous lever, 
briller,  rsonner,  vous pavaner pour mon spectacle au premier
signal...! Vous faisiez aussitt cortge aux morts illustres qui vous
suscitaient; vous rpondiez en cliquetis  leur appel. Le nom de
Sobieski suffisait  vous rallier des quatre coins comme des escadrons.

Et Pologne tait un mot qui, aprs avoir eu des sonorits prolonges de
gloire, avait fini peu  peu par se rfugier dans l'expression du
malheur. Il tintait comme un glas. Rien qu'en le dtachant on le faisait
tomber en cendres. C'tait un mot d'abattement, de dsespoir et de
spulcre, un mot qui glaait le coeur et tranchait la gaiet. Jamais
personne n'a pu rire en disant: la Pologne... On devenait grave et
rflchi  son accent, en sa prsence, comme devant un moribond qui ne
peut pas mourir. Il y avait enfin au-dessus des mille sentiments
qu'agitait l'ide de Pologne, et, les dominant tous, une gne affreuse,
une peine secrte, la conscience d'une injustice accablant  la fois
ceux qui en taient les victimes innocentes et ceux qui en taient les
excuteurs pensifs et apitoys...

En un instant tout a chang. Ces impressions centenaires ne sont plus
qu'un mauvais rve vanoui sur les eaux de la Vistule... Une aube se
lve, comme un baptme de clart... La Pologne, tout  coup, tressaille
et se sent revivre. Ses flancs endoloris se raniment comme pour un
enfantement qu'ils n'espraient plus. Le tsar magnanime a tourn vers
elle son sceptre librateur et les paroles du grand-duc Nicolas
retentissent, montent, se frappent dans le ciel comme des inscriptions
miraculeuses, prennent le large  travers les immenses plaines,
soufflent ainsi qu'un divin coup de vent sur les pturages, les
interminables rives, sur les forts de Lithuanie, sur les arbres et les
fronts courbs qui se redressent pour recevoir la proclamation des
espaces...--_Polonais...! l'heure a sonn o le rve sacr de vos
pres..._ Ah! le vaste langage! La souveraine lvation de voix...! Le
verbe d'ivresse! Quoi de plus exaltant, de plus beau que le lancement de
ces assurances magnifiques fait par le gnralissime,  cheval, debout
sur ses triers, au seuil mme du royaume d'infortune et de courage,
avant d'entrer  plein poitrail dans les bls de la gloire!

Enfin ces promesses prennent toute leur solennit grandiose et gnreuse
 l'heure auguste,  la minute choisie o elles tombent... et c'est une
pe, l'pe tire et tendue pour la bataille, qui prend l'engagement,
qui tient lieu de plume, qui signe, qui apporte  la Pologne la paix, la
fraternit... Ce sont des bras arms, arms pour la plus sainte et
universelle cause, qui s'ouvrent  la soeur meurtrie. Il n'y a pas de
condition meilleure pour un embrassement.

Ressuscite donc, Pologne, au passage des chevaux russes! Ton nom n'est
plus triste aujourd'hui. Oublie tes vieilles luttes... Ne pense qu'
demain. Les morts immortels sont joyeux. Leurs os remuent. Kosciusko
court et bat des mains aux champs de Cracovie... Tout ruisselant sous le
schapska, Poniatowski, marchal de France  Leipzig, ressort en nageant
 larges brasses, le soir, des flots de l'Ellster... et je suis sr
d'avoir entendu cette nuit, par le clair de lune, chanter au piano l'me
en pleurs de Chopin.

[Illustration: deco.]

_17 aot._--Je viens de voir un autre drapeau de fentre, le premier
pris  l'ennemi... expos rue Saint-Dominique, au ministre de la
Guerre.

Ds que l'on arrive  la porte d'entre, on l'aperoit et il occupe
tout. C'est lui. Il est  la croise d'honneur du milieu, tendu, tir
de ct par un fil afin qu'il s'tale en grande largeur dans toute sa
dtresse, qu'il n'essaie pas de se cacher, que l'on n'en perde rien...
Avec ses quatre branches de croix, rouge framboise et borde de noir,
sur fond blanc, et ses ors attnus dj, comme amortis par la honte, il
offre une beaut funbre. Il a l'aspect des tendards d'autrefois, et
deux pais glands d'argent sont attachs  des tresses, en haut de sa
hampe, comme les embrasses d'un lourd rideau.

Mais ce qui frappe, et ne peut s'exprimer, c'est son air d'abattement et
de chute. Malgr qu'il soit en montre  la plus marquante place, pour le
bonheur d'un peuple qui se prcipite  le dcouvrir, son _exposition_
l'humilie, le rabaisse. En se rjouissant, on ne peut s'empcher de le
plaindre de finir ainsi, aux barreaux o il donne l'impression d'tre
vraiment _pendu_, comme une loque humaine de Montfaucon, comme un gibier
prt  se dcomposer lentement aux vers et  la poussire des ges, sous
la vote destine  devenir son tombeau. Il est extnu, rompu, rendu,
ne voit plus, ne sent plus, corps vide, inanim... qui a tout perdu,
jusqu' l'honneur... Et sa dgradation renforce notre orgueil.

Nous nous le reprsentons tel qu'il tait hier, port au-dessus des
ttes prussiennes et paraissant sr de lui mme, se croyant bien tenu
par les deux robustes pattes teutonnes auxquelles on l'avait confi,...
puis tout  coup, branl, se courbant sous l'attaque, allant de droite
et de gauche, ramant, oscillant, plongeant dans la mle, tombant et
puis se relevant, lch, pris, repris aprs une rue atroce, ou bien
quitt au premier sang, abandonn tout de suite aux bras et  la
victorieuse convoitise de nos chasseurs... A prsent il est une chose,
un morceau de butin, il ne jouera plus jamais  faire l'cusson sur le
ciel allemand. Il est pris. Et il ira demain se fixer au mur de la
chapelle royale, ainsi qu'un grand papillon diapr, le corps perc par
une pingle.

[Illustration: LE THTRE DES OPRATIONS EN ALSACE ET EN LORRAINE
Cette carte complte celle du thtre des oprations en Belgique publie
dans le dernier numro (page 125).--Le signe [symbole: sabres croiss]
indique les points o des combats se sont livrs.--Les noms souligns
sont ceux des villes et villages qu'avaient atteints les troupes
franaises en Alsace-Lorraine, au commencement de cette semaine.]

Je suis rest, songeant de longues minutes, dans la cour o ce
malheureux endurait l'horrible honneur du pilori. Sur le trottoir la
foule, accourue de partout, le voyait, riait, laissait clater et monter
 son front toutes les manires de sa joie... Et par moments, des
officiers, des gnraux, trs dignes, traversaient l'espace vide,
montaient l'escalier de pierre, comme pour aller  une importante
visite... et s'arrtaient en haut, sur le palier, prs du captif inerte
et rsign. Ils le regardaient, l'enveloppaient de toute leur pense,
prenaient un de ses bords entre leurs doigts comme pour tter de quelle
toffe tait faite l'me ennemie... Et quand ils l'avaient ainsi tois,
sans mot dire, ils redescendaient, le coeur et les yeux pleins de
rcompense.

HENRI LAVEDAN.


[Illustration: deco.]


LA GUERRE

LES FAITS DE LA SEMAINE


_Mercredi, 12 aot_ (suite).--Sir Edward Grey, ministre des Affaires
trangres de la Grande-Bretagne, remet  l'ambassadeur
d'Autriche-Hongrie, tant au nom du gouvernement franais (l'ambassadeur
de Franois-Joseph ayant quitt Paris) que du gouvernement britannique,
la dclaration de guerre  partir de minuit.

Un combat, commenc la veille, mardi 11, sur l'Othain,  la frontire
nord du dpartement de la Meuse, se termine brillamment pour nos
troupes. Les Allemands ont laiss sur le terrain, le premier jour, de
nombreux morts, et, entre nos mains, 1.000 prisonniers, une batterie
d'artillerie (6 pices), trois mitrailleuses. Dans la journe du 12, une
batterie franaise surprend le 21e dragons allemand pied  terre et
l'anantit.

Les premiers prisonniers allemands traversent la rgion de Paris,
dirigs vers l'Ouest.

BELGIQUE.--Importante victoire des Belges sur les Allemands  Haelen,
dans la province de Limbourg. (Nous en donnons d'autre part le compte
rendu, illustr d'impressionnantes photographies.)


_Jeudi, 13 aot._--A Chambrey (premire station en Lorraine annexe de
la ligne de Nancy  Chteau-Salins), nos troupes surprennent deux
compagnies d'infanterie bavaroise et les refoulent avec de srieuses
pertes.

Par contre, un chec: deux bataillons franais qui s'taient empars du
village de La Garde (Alsace) en sont chasss par une contre-attaque et
se retirent  Xures.

Une srie d'engagements a rendu nos troupes matresses de la crte des
Vosges, o depuis cinq jours elles se maintiennent malgr les
contre-attaques. Aux cols du Bonhomme, de Sainte-Marie-aux-Mines, de
Saales, tous las efforts ennemis sont repousss.

Le gnral Joffre dcerne la croix au lieutenant de dragons Bruyant qui,
 la tte de sept cavaliers, a attaqu une patrouille d'une trentaine de
uhlans, a tu de sa main leur officier et mis en droute le peloton en
le dcimant: c'est le premier officier dcor de la campagne. La
premire mdaille militaire est dcerne au brigadier de dragons
Escoffier.

Un avion allemand, arborant le pavillon franais, jette trois bombes sur
Vesoul, deux sur Lure.

BELGIQUE.--Trs chaude action  Eghze,  16 kilomtres au nord de
Namur, o les Allemands sont repousss vers Huy avec de grosses pertes.
Escarmouches  Tongres, Hasselt, etc.

RUSSIE.--Hostilits aux frontires allemande et hongroise. (Nous en
donnons le dtail page 158.)

SERBIE.--Les troupes autrichiennes, impuissantes devant Belgrade,
auraient franchi, dans la nuit, la Save  Chavatz et la Drina prs de
Loznitza.

Les troupes montngrines ont fait leur jonction avec les troupes serbes
et pntr avec elles en Bosnie. L'Herzgovine entire est aux mains des
allis.

SUR MER.--On fait connatre que, le 9, des sous-marins allemands ont
attaqu la flotte anglaise. L'un d'eux, l'_U. 15_, a t coul par le
croiseur _Birmingham_.


_Vendredi, 14 aot._--Les troupes franaises, qui avaient, la veille,
pris le plateau voisin de Saales, occupent la ville de Saales et le col
du mme nom, qui commande la valle de la Bruche. Succs pour notre
artillerie appuyant l'attaque d'infanterie.

L'important massif du Donon, dominant toute la valle de la Bruche est
galement occup par nos soldats qui font plus de 500 prisonniers.

Les troupes d'Afrique ont rejoint le front.

D'importantes forces franaises sont entres en Belgique pour cooprer
avec les armes anglaise et belge.

Les Allemands bombardent pour la seconde fois Pont--Mousson, lanant
plus de 200 obus de gros calibre. Une fillette est tue. L'hpital est
fort endommag.


_Samedi, 15 aot._--Dans la rgion de Blamont, Cirey, Avricourt, nos
forces se sont portes, repoussant les Allemands, jusqu' la hauteur de
Lorquin,  8 kilomtres en avant de l'ancienne frontire, en enlevant le
convoi d'une division de cavalerie allemande, soit 19 camions
automobiles. Le corps d'arme bavarois qui nous tait oppos se replie
vers Sarrebourg.

Dans la Haute-Alsace, Thann est pris. Le drapeau du 132e rgiment
d'infanterie allemande est enlev  Sainte-Blaise, dans la valle de la
Bruche, par un bataillon de chasseurs  pied. Les prisonniers faits 
Thann assurent que le gnral von Deimling, qui commandait le 15e corps
et avait son quartier gnral  Thann mme, a t bless  Sainte-Blaise
galement.

Deux avions franais pilots par le lieutenant Cesari et le caporal
Prudhommeau survolent Metz et jettent des bombes sur le hangar des
zeppelins,  Frascati.

Un srieux engagement a lieu sur les bords de la Meuse, prs de Dinant,
entre Franais et Allemands. Le combat dure douze grandes heures,
caractris par des heurts de cavalerie et d'infanterie, puis par un
duel d'artillerie du haut des collines dominant la ville. Les Allemands
qui avaient pass sur la rive gauche de la Meuse sont repousss avec des
pertes notables sur Rochefort.

RUSSIE.--Une proclamation du tsar Nicolas II annonce aux Polonais de
Russie, d'Autriche et d'Allemagne qu'il leur donne l'autonomie et
l'intgrit territoriale. La Pologne est ressuscite! Le grand-duc
Nicolas, commandant en chef de l'arme impriale, adresse un appel aux
Polonais, les conviant  s'unifier sous le sceptre du tsar russe,
libres dans leur religion, dans leur langue et dans leur autonomie.

[Illustration: LE PREMIER PRISONNIER
Sous-officier de hussards allemand amen  un tat-major d'arme  la
frontire.]

JAPON.--Le Japon fait remettre au gouvernement allemand, par son
ambassadeur  Berlin, un ultimatum dans lequel il exige: 1 que
l'Allemagne rappelle ou dsarme tous ses btiments de guerre prsents
dans les eaux japonaises et chinoises; 2 qu'elle vacue dans le dlai
d'un mois le territoire qu'elle occupe  bail  Kiao-Tchou (Chine) qui
sera ventuellement restitu  la Chine. Le Japon demande une rponse
sous huitaine.


_Dimanche, 16 aot._--Le mouvement en avant de nos troupes se dveloppe
sur tout le front de Rchicourt jusqu' Sainte-Marie-aux-Mines. Cette
ville est enleve et occupe.

Les troupes qui ont occup le Donon dans la journe du 14 continuent de
progresser dans la valle de Schirmeck, en capturant un millier de
prisonniers, 12 canons de campagne avec leurs caissons de munitions et 8
mitrailleuses.

ALLEMAGNE.--Guillaume II quitte le matin Potsdam pour Mayence, o il
rejoint le grand quartier gnral.

SERBIE.--Les Serbes, aprs un effort de deux jours, chassent de Chabatz
(rive droite du Danube) les Autrichiens qui s'en taient empars; les
fuyards abandonnent 14 canons, des mitrailleuses, des
approvisionnements, du matriel.

SUR MER.--On confirme que le _Kronprinz-Wilhelm_, un des plus beaux
paquebots allemands, arm en croiseur auxiliaire, a t captur par le
croiseur anglais _Essex_.


_Lundi, 17 aot._--La progression en avant continue. Nos troupes
occupent les hauteurs au nord de la frontire. Leur ligne de front passe
par Abrechwiller, Lorquin, Azoudange et Marsal, ayant gagn de 6  8
kilomtres en Lorraine annexe.

Dans la rgion du Donon, nous occupons Schirmeck. Notre cavalerie a
pouss jusqu' Lutzelhausen et Muhlbach, sur la route de Molsheim.

Au sud, nous avons occup Vill, Sainte-Croix-aux-Mines. De l'artillerie
lourde allemande a t prise.

En Alsace, nous demeurons fortement appuys sur la ligne Thann, Cernay
et Dannemarie. Les forces allemandes se retirent en grand dsordre vers
le nord et vers l'est.

Le colonel Serret, ancien attach militaire  Berlin, apporte au
ministre de la Guerre le drapeau du 132e rgiment d'infanterie
allemand, pris  Sainte-Blaise par le 1er bataillon de chasseurs.

RUSSIE.--Le tsar et la famille impriale arrivent  Moscou, pour les
prires solennelles.

SUR MER.--Le ministre de la Guerre fait connatre au Conseil de la
Dfense nationale que la flotte commande par l'amiral Bou de Lapeyrre
a coul, devant Antivari, un croiseur autrichien, le _Zenta_, de 2.300
tonnes qui tenait le blocus de ce port.

Un monoplan allemand, arborant les couleurs franaises, laisse tomber
trois bombes sur Lunville. Dgts purement matriels et insignifiants.


_Mardi, 18 aot._--Dpche du gnral Joffre prcisant la situation 
cette date: nous avons conquis la majeure partie des valles des Vosges
sur le versant d'Alsace;--au sud de Sarrebourg, l'ennemi, qui avait
organis une position fortifie dfendue par de l'artillerie lourde,
s'est repli, et notre cavalerie le poursuit;--nous avons occup toute
la rgion des tangs jusqu'au sud de Fenestrange;--nos troupes
dbouchent de la Seille, dont une partie des passages ont t vacus
par les Allemands, et notre cavalerie est  Chteau-Salins. Notre
artillerie a des effets dmoralisants et foudroyants pour l'adversaire.
D'une faon gnrale, nous avons obtenu, au cours des journes
prcdentes, des succs importants...

BELGIQUE.--On confirme le bruit qui courait depuis quelques jours, de la
mort du gnral von Emmich, qui commandait l'arme allemande devant
Lige. Suivant une version, il aurait succomb  des blessures; selon
une autre, il se serait suicid, dsespr de son chec.

Le kronprinz serait bless.

RUSSIE.--A Moscou, crmonie religieuse au Kremlin; procession impriale
 la cathdrale Ouspensky, et rception  la salle Saint-Georges, o le
tsar atteste, solennellement, que c'est contre ses intentions que la
tempte militaire s'est abattue sur son peuple pacifique.


_Mercredi, 19 aot._--Un communiqu officiel du ministre de la Guerre
dclare qu'il est tabli, d'aprs les documents saisis sur les blesss,
les morts et les prisonniers, que toute la responsabilit des atrocits
commises en Alsace-Lorraine par les troupes allemandes, doit retomber
sur le commandement. Elles ont t mthodiquement ordonnes.

Nous continuons  progresser dans la Haute-Alsace. Nos troupes
dbouchent sur la Seille, occupant tour  tour Chteau-Salins et Dieuze,
puis,  la fin de la journe, Delme et Morhange. Enfin Mulhouse est
repris.

A Florenville (Belgique), on signale une rencontre de cavalerie heureuse
pour les ntres.

BELGIQUE.--La reine des Belges et ses enfants, ainsi que le gouvernement
et le corps diplomatique, quittent Bruxelles pour Anvers, considre
comme imprenable. Bruxelles demeure bien dfendue.

Des forces allemandes trs importantes franchissent la Meuse entre Lige
et Namur.


[Illustration: deco.]

LA LETTRE DU TAMBOUR

(_Voir notre gravure de premire page._)


L'tape a t dure. On marche vers le front. On a hte d'y tre. On y
sera tout  l'heure... En attendant, on se repose. On bavarde gaiement,
ou l'on sommeille  ct des faisceaux. Le tambour, lui, s'est dit qu'il
avait mieux  faire que de bavarder ou de dormir, et que, puisqu'il est
un des rares hommes de la compagnie qui ait une table  crire  sa
disposition, c'est bien le moins qu'il en profite. Et il s'est assis
devant sa table  crire... C'est la caisse qui n'a jamais battu que
des rassemblements et des marches, et qui, dans quelques heures
peut-tre, battra la charge heureuse, la victorieuse course  l'ennemi.

Pour l'instant, ce ne sont pas les baguettes d'bne qu'y promne la
main du petit soldat; mais un bout de crayon, qui va faire aussi, lui,
d'utile besogne, puisqu'il aura port un instant de rconfort et de joie
aux coeurs de ceux qui sont rests, et qui pleurent.

La lettre du tambour, pourtant, n'en dira pas long, car la consigne,
n'est-ce pas, est d'en raconter le moins possible... Il ne faut pas dire
o on va. Il ne faut pas dire d'o l'on vient; ni ce qu'on fait; ni en
quel lieu l'on s'est arrt... Et c'est l'orgueil du petit troupier qui
va se battre de penser qu'il y a l un secret sacr que la patrie lui
confie, et que chacun doit garder pour soi.

Alors quoi dire?... Des choses vagues. Tout va bien. Ni malade ni
bless. Nous sommes contents... Puis, des compliments  ceux-ci, un bon
baiser  ceux-l... Et ici s'voquent des images trs douces. Ces tres
chers vers lesquels va sa pense, le petit tambour les _voit_. Pendant
un instant son jeune visage est devenu grave. Un peu d'moi fait hsiter
sa main... Et -Dieu-va! Dans cinq minutes, le billet au crayon, sans
timbre d'origine, prendra le chemin du pays, et c'est _en avant_ que
s'lancera la pense, redevenue joyeuse, du petit tambour!

LE PREMIER TROPHE


Lundi matin,  9 h. 45, le colonel Serret, ancien attach militaire de
France  Berlin, se prsentait au ministre de la Guerre, en automobile,
accompagn d'un officier de l'arme active et de deux sous-officiers de
gendarmerie: il venait remettre au gouvernement le premier drapeau pris
aux Allemands, le drapeau du 132e d'infanterie, enlev--au prix de
quels prodiges de vaillance!--par les soldats du 1er bataillon de
chasseurs  pied,  l'affaire de Sainte-Blaise, Alsace.

Quelques instants aprs, ce trophe guerrier flottait  une fentre de
l'htel du ministre de la Guerre, au-dessous du drapeau tricolore. Et,
la nouvelle de son arrive se rpandant comme une trane de poudre, la
foule accourait, d'heure en heure plus dense, pour le contempler.

Il est, comme tous les drapeaux d'infanterie de l'arme allemande, d'un
fond blanc, sur lequel se dtache, de la couleur des paulettes et
parements du rgiment dont il tait l'enseigne--ici, en rouge framboise
cern d'troites bandes noires--la Croix de Fer, la dcoration militaire
fonde en 1813 pour rcompenser ceux qui avaient servi contre la France,
et rforme en 1870, aprs notre dfaite encore. Au centre de cette
croix, dans un champ circulaire que surmonte la couronne impriale, un
aigle au vol, brandissant dans ses serres la foudre et le glaive,
surmont d'une banderole avec cette devise: _Pro Gloria et Patria_. Aux
quatre angles, le chiffre couronn de Wilhelm II. Et la soie de cet
tendard est lourde et superbe, et les broderies en sont opulentes. Des
franges d'or scintillent aux trois bords libres, et le chiffre de
l'Empereur encore surmonte la hampe.

Tout le jour, des curieux bien sages, presque recueillis, dfilrent, en
rangs presss, devant cette enseigne captive. Le soir elle fut prsente
au prsident de la Rpublique, et passa la nuit  l'Elyse dans la
chambre de l'officier de service. Le lendemain matin elle tait conduite
aux Invalides, o elle ne sera qu'un trophe de plus, perdu dans la
masse de ceux qui flottent autour du dme glorieux. Une compagnie de la
garde rpublicains lui faisait escorte.

Dans la cour d'honneur du noble htel de Mansart, le gnral Niox
attendait, le drapeau du 132e allemand. Le sous-officier qui l'avait
apport le remit au doyen des dix invalides encore hospitaliss, Pierre
Dumont, un ancien combattant de Crime, d'Italie, et aussi de
1870-1871,--trange retour de fortune, pour ce vaincu d'autrefois dont
l'motion dut tre intense quand, firement dress sur son unique jambe,
il prsenta le drapeau ennemi qui fut courtoisement salu par tous les
assistants.

La musique joua la _Marseillaise_. Le public clairsem qui assistait 
cette crmonie cria: Vive l'arme! Vive la France! Puis, sur un geste
du gouverneur des Invalides, le cortge se remit en route vers la
Chapelle,  la suite du trophe, qui fut plac dans la galerie, devant
le grand orgue. Et les officiers et soldats prsents dfilrent devant
lui.

[Illustration: Le drapeau du 132e rgiment d'infanterie allemande, pris
par notre 1er bataillon de chasseurs  pied  Sainte-Blaise, est expos
 une fentre du ministre de la Guerre, rue Saint-Dominique.--_Phot. G.
S._]

[Illustration: Le doyen des Invalides a pris possession du trophe.]

[Illustration: L'entre dans la chapelle garde par les derniers
invalides.]

[Illustration: Le premier drapeau pris en Alsace  l'arme allemande est
reu aux Invalides, le 18 aot, avec un sobre crmonial militaire.
_Photographies J. Duvau._]

[Illustration: DEVANT LE CHATEAU DE VERSAILLES.--Le dpart d'une
batterie d'artillerie, canons et caissons pars de fleurs et de drapeaux.]

[Illustration: A BOULOGNE-SUR-MER.--Le gnral French et son tat-major
avant leur dbarquement.]

[Illustration: Le gnral en chef de l'arme britannique dbarque du
Sentinel, qui l'a amen  Boulogne.]

_Phot. Stevenan._

L'ARRIVE EN FRANCE ET LA VISITE A PARIS DU GNRAL FRENCH.

[Illustration: A PARIS.--Le gnral French, aprs avoir t reu par le
ministre de l'Intrieur, quitte la gare du Nord en automobile, acclam
par la foule.
_Phot. L. Gimpel_]

[Illustration: LES PRISONNIERS
_Dessin de GEORGES SCOTT._]

[Illustration: ]

[Illustration: Vue extrieure d'un autobus transform en voiture
militaire  viande: les glaces de la voiture sont remplaces par de la
toile mtallique.]




OU SONT LES AUTOBUS

LEUR MILITARISATION POUR LE RAVITAILLEMENT DES TROUPES EN VIANDE FRAICHE


La disparition des autobus, qui a t une des premires consquences de
la mobilisation gnrale, a quelque peu dsorient la population
parisienne; on s'aperoit aujourd'hui du rle norme qu'ils jouaient
dans la capitale.

Les Parisiens ne sauraient cependant se plaindre de cette disparition,
car les autobus que nous devons  la maison Schneider et  son ingnieur
M. Brilli vont jouer dans notre arme, pendant la guerre qui vient de
commencer, un rle de premier ordre. Ce n'est point qu'ils soient
destins  transporter du personnel, tout au moins d'une faon
habituelle; leur emploi ne prsenterait en effet dans ce cas qu'une
importance assez faible, car les 1.000 autobus de la Compagnie Gnrale
des Omnibus ne peuvent contenir que 35.000 voyageurs, soit au maximum
30.000 hommes arms et quips. Leur rle est bien autrement important.
Ils sont destins  assurer jusqu'au front la ravitaillement en viande
frache de tous les corps de troupe.

[Illustration: deco.]

La voiture  viande existait bien avant que l'on pt songer  utiliser
les autobus. Le modle rglementaire comporte une carrosserie o la
viande peut rester suspendue  des crochets comme dans un magasin de
boucher et o elle se trouve convenablement are grce  des ouvertures
munies de toiles mtalliques, le tout constituant une sorte de
_garde-manger_. Mais ces voitures prsentaient une contenance assez
faible et ne pouvaient se dplacer qu'assez lentement au trot d'un
attelage de deux chevaux. Il leur fallait aller chercher fort loin la
viande qui y sjournait alors pendant de longues heures et dont la
conservation se trouvait assez souvent compromise malgr toutes les
prcautions.

On ne savait d'autre part comment faire pour transporter la viande dans
de bonnes conditions depuis les centres d'abatage jusqu'aux points de
distribution aux corps de troupe. L'emploi oblig de la traction animale
limitait  25 ou 30 kilomtres la distance qui pouvait sparer ces
divers points et il fallait par suite dplacer _tous les jours_ le
centre d'abatage et le troupeau pour les maintenir  porte des corps.
La besogne devenait extrmement pnible: le personnel, devant chaque
jour accomplir une tape avant de se mettre au travail, n'tait bientt
plus en tat de remplir sa tche; quant au troupeau qui devait lui aussi
faire son tape journalire, il dprissait rapidement et ne fournissait
qu'une viande mdiocre. Enfin, le renouvellement mme du troupeau, qui
se fait en gnral sur place en utilisant les ressources locales,
devenait trs difficile pour le service des subsistances qui passait la
majeure partie de son temps  se dplacer pour suivre les troupes.

Pour toutes ces raisons on songea, ds les dbuts de l'automobile, 
assurer le transport de la viande frache au moyen de la traction
mcanique. On ne pouvait gure songer  constituer dans les magasins un
approvisionnement de voitures  viande automobiles qui, tout en tant
d'un prix fort lev, se seraient bientt dtriores en magasin. On se
contenta d'exprimenter quelques modles d'essai, pour se rendre compte
des conditions  raliser et l'on chercha un moyen d'utiliser les
vhicules existant dans l'industrie. Les premires expriences ayant
donn des rsultats trs satisfaisants, on eut l'ide de recourir  la
Compagnie Gnrale des Omnibus qui venait de construire ses premires
voitures automobiles (autobus  impriale).

La transformation de ces autobus en voitures  viande tait relativement
facile. Le ciel de la voiture tant extrmement solide et la voiture
formant un long couloir, on n'avait qu' suspendre la viande  des
crochets attachs  des barres de fer disposes  peu prs comme
l'taient les mains courantes des omnibus.

[Illustration: Vue intrieure: tout l'amnagement a t remplac par de
fortes tringles pour l'accrochage des quartiers de viande.]

Il suffisait de fixer solidement ces barres de fer, en tayant au besoin
le ciel de la voiture, en raison de la longue porte des barres, de
dmonter les siges pour dgager l'intrieur de la voiture, d'installer
une porte munie d'un grillage mtallique, de remplacer galement par du
grillage mtallique les glaces mobiles d'aration, enfin de doubler
intrieurement la carrosserie avec des feuilles de zinc jusqu' une
certaine hauteur pour rendre facile l'entretien de la voiture.

Un certain nombre d'autobus ainsi transforms figurrent aux grandes
manoeuvres  plusieurs reprises. Ces essais donnrent les meilleurs
rsultats et eurent pour consquence l'adoption du systme expriment.

L'autobus sans impriale, qui a remplac l'autobus  impriale, a un
plafond plus lger; d'autre part, son compartimentage intrieur est
assez compliqu. La transformation est moins facile, mais elle permet
d'arriver au mme rsultat. Cette transformation a t excute par les
soins de la Compagnie Gnrale des Omnibus qui avait pass avec l'Etat
un trait l'obligeant  conserver en magasin, en temps de paix, toutes
les matires premires ncessaires. Les travaux de transformation ont
t termins en temps utile pour tous les corps d'arme mobiliss.

L'autobus tant amnag comme nous l'avons indiqu plus haut,
l'utilisation devient trs simple.

La viande en quartiers est suspendue  des crocs fixs au ciel de la
voiture, comme dans un tal de boucher, sans que les quartiers se
touchent. Dans ces conditions un autobus ne peut gure transporter plus
de 1.800 kilogrammes de viande abattue, alors que le mme vhicule
transportait prcdemment trente-cinq voyageurs, plus le chauffeur et le
conducteur, soit au total environ 2.600 kilogrammes de Parisiens sur...
pied (37 personnes de 70 kilogrammes).

Ce chiffre de 1.800 kilogrammes reprsente 3.600 rations de viande
frache,  raison de 500 grammes par ration. Un autobus transform
renferme ainsi un peu plus que la viande ncessaire chaque jour  un
rgiment d'infanterie comprenant normalement 3 bataillons de 1.000
hommes.

Il suffirait donc,  la rigueur, d'une douzaine d'autobus par corps
d'arme et, avec 250 autobus, nos vingt corps de premire ligne se
trouveraient suffisamment pourvus. Mais le service des petites units
serait mal assur, les trains rgimentaires auraient  accomplir des
parcours exagrs et enfin on ne pourrait point parer aux accidents
imprvus. Aussi a-t-on  peu prs doubl les effectifs prcdents, tout
en conservant un certain nombre d'autobus pour le transport des blesss
et peut-tre pour certains transports rapides de personnel combattant.

Le centre d'abatage du troupeau est en principe install  une station
tte d'tapes (terminus de la voie ferre). On y abat la viande 
loisir, on l'y laisse ressuer et on l'expdie ensuite par autobus en des
points de rendez-vous fixs par le commandement. De l les officiers
d'tat-major, dsigns  cet effet, dirigent les autobus sur les points
de _distribution_ o la viande est dlivre aux officiers
d'approvisionnement qui l'emportent dans les voitures  viande
rglementaires  traction animale, dont nous avons parl plus haut, ou
dans de simples fourgons. Un autobus pouvant facilement faire 100  120
kilomtres par jour, soit un parcours correspondant  six tapes, peut
s'loigner du centre d'abatage de 50  60 kilomtres, ce qui correspond
 deux ou trois tapes. Le centre d'abatage n'a donc besoin de se
dplacer que tous les deux ou trois jours au maximum quand les troupes
marchent tous les jours dans la mme direction.

Ajoutons que l o le rseau de routes est en bon tat les autobus
peuvent apporter la viande jusque dans les cantonnements, ce qui vite
aux trains rgimentaires des fatigues excessives et pargne  la viande
des transbordements fcheux.

[Illustration: deco.]

Les autobus vont donc contribuer grandement  la dfense du pays. Il ne
faut pas oublier, en effet, qu' la guerre il est trois choses que l'on
doit faire _tous les jours_: marcher, manger et se reposer; parvenir 
faire ces trois choses dans de bonnes conditions est souvent plus
difficile que de faire la quatrime qui est de se battre et, de plus, on
ne se bat pas tous les jours.

Quand les Parisiens reverront leurs autobus, comme les carrosseries en
seront hors de service, ils auront alors le plaisir de les voir
remplacer par des carrosseries plus larges et plus confortables que la
Compagnie Gnrale des Omnibus a adoptes en principe il y a quelques
semaines. A quelque chose malheur est bon.

SAUVEROCHE.

[Illustration: La transformation des autobus en voitures  viande: les
stores, banquettes, etc.--_Phot. R. Millaud._]

[Illustration: LES TOMBES D'ALSACE _Dessin de L. SABATTIER_]

La terre d'Alsace n'est qu'un vaste champ funbre, o sont couchs les
vaillants dont le courage, vainement, se dpensa pour la dfendre et la
conserver  la patrie chre  son coeur. La plaine y est jonche de
spultures  profusion: ici, un tumulus o dorment ple-mle des
phalanges de hros inconnus; l, quelque stle dresse au chevet d'un
tertre verdoyant; plus loin, une dalle o la mousse efface lentement un
nom; des croix de bois dans chaque guret... Or, depuis quarante-quatre
ans ces pauvres morts vaincus dormaient d'un sommeil trouble. Les
lourdes bottes du conqurant barbare martelaient la terre o ils
reposent; des trompettes hostiles sonnaient au-dessus de leurs ttes
comme dans un cauchemar. Et voici que le rve infiniment doux commence.
Des pas plus alertes se pressent, loin encore, mais se rapprochent, sur
la route et dans les glbes; des fanfares plus allgres ont dchir
l'air estival, veillant dans les profondeurs des tombeaux de longs
chos; et sur leurs couches ont tressailli  ces appels belliqueux tous
ceux qui tombrent dans l'inoubliable et fatale guerre, autour du
drapeau tricolore. Tous ceux fauchs  Woerth,  Froeschwiller, 
Morsbronn, fantassins, cavaliers, cuirassiers piques, frmissants
d'espoir, sont prts  se dresser  l'appel des clairons de France,
ainsi qu'on voit, dans la _Revue nocturne_ de Raffet, les grenadiers et
les dragons de l'autre pope, afin de se mler,  l'heure du dfil
triomphal, aux librateurs de leurs tombes, aux vainqueurs de demain!

[Illustration: DU 3 AU 6 AOUT.--Les Allemands envahissent la Belgique,
incendiant les villages en conqurants  qui rien ne doit rsister.
_Phot. prise  Mouland, prs de Vis.--Vereenigde fotobureaux,
Amsterdam._]

[Illustration: Des officiers allemands s'attablent en plein air,  Vis,
et boivent force bouteilles cachetes, qu'ils ont rquisitionnes.]

[Illustration: APRS LE 10 AOUT.--Des milliers de soldats allemands sont
arrivs jusqu' Bruges, mais comme prisonniers de guerre; ils
remplissent les cours des casernes o ils sont interns: quelques-uns
jouent aux cartes.--_Phot. prise  la caserne Apostoline,  Bruges._]

LES VICISSITUDES DE LA GUERRE.

[Illustration: PREMIRES IMAGES DE GUERRE.--L'entre du village de
Haelen, bombard par les Allemands.
_Photographies Meurisse._]

LA BATAILLE DE HAELEN

Le sol de la vaillante Belgique, sur lequel s'est produite la premire
attaque allemande, la premire entreprise contre une place forte, Lige,
aura eu aussi l'honneur de voir se drouler un des premiers combats
srieux en rase campagne. Il s'est livr le mercredi 12 aot, entre
Diest et Haelen, et a mis en prsence une quinzaine de milliers
d'hommes.

C'est sur ce champ de bataille que furent prises, au lendemain de la
sanglante rencontre, les photographies que nous donnons ici,--les
premires photographies de la grande guerre.

M. Paul Erio a envoy de Belgique au _Journal_ un trs vivant rcit de
la bataille de Haelen,--ou de Diest. C'est  lui que nous emprunterons
les lments principaux de ce bref commentaire.

Nos amis belges avaient en face d'eux les cavaliers qui viennent de
dragonner si sauvagement, pillant et massacrant tour  tour, dans le
Limbourg et le Brabant, autour de Jodoigne, Tirlemont, Hasselt, Louvain,
et, parmi eux, les funbres hussards de la Mort, de Dantzig, que
commanda nagure le kronprinz: leurs exactions sont maintenant chties.

Mercredi matin, les Allemands quittaient Hasselt, dclarant aller tout
droit  Bruxelles. Malheureusement pour eux, il y avait sur la route ce
quelqu'un d'inattendu dont parle le pote.

Ils partirent sans mme s'clairer, tellement ils taient srs d'eux, 
travers une contre pourtant accidente. Ils arrivrent ainsi jusqu'
Haelen. Mais  peine le premier peloton de uhlans pntrait-il dans ce
village, qu'il y tait accueilli par un feu intense. Le peloton entier
fut fauch: les cyclistes arms de la mitrailleuse portative Hotchkiss
venaient de se rvler, et le premier coup qu'ils portaient tait
terrible, prouvant que leur corps tait aussi redoutable
qu'ingnieusement organis: Un seul chargeur suffit  balayer la
route, disait le lendemain le capitaine de la compagnie. Le combat
commenait.

[Illustration: Dbris de harnachements de cavalerie allemande, ramasss
dans un champ,  Diest, et gards par une sentinelle belge.]

[Illustration: LES ALLEMANDS ONT PASS LA.--Une ferme incendie prs de
Haelen.]

Les cyclistes rsistrent magnifiquement. Leurs officiers les
commandaient avec le mme calme que s'ils eussent t  l'exercice. Le
flegme belge n'a rien  envier au flegme britannique, cette lgante
possession de soi-mme et ce ddain superbe des contingences.

Les Allemands s'taient vite rendu compte que ceux qui se dressaient
devant eux taient peu nombreux. Ils lancrent leur cavalerie en trombe:
On nous envoya au feu comme  la manoeuvre, comme s'il n'y avait pas de
balles dans les fusils, devait dclarer plus tard un de leurs officiers
blesss. Le vieux marchal de Haeseler, qui commandait autrefois  Metz,
fit  Guillaume II lui-mme, un jour que le kaiser s'tait senti
d'humeur  jouer  la guerre, la mme observation.

Les deux mitrailleuses de la compagnie cycliste entrrent en action; les
imptueux cavaliers aussitt se replirent. Alors, l'agresseur fit
donner le canon. Une pluie de mitraille crasa le petit bourg, criblant
les rues, les maisons, l'glise. Bien abrits, habilement dissimuls,
les cyclistes tinrent bon, jusqu'au moment o ils se virent prs d'tre
dbords par le nombre:  200, ils avaient maintenu en respect 6.000
ennemis. Ils se replirent,--non sans que deux d'entre eux fussent
alls, sous le feu, faire sauter le pont de Haelen. Ils avaient
admirablement rempli leur rle.

[Illustration: Un bless de l'hroque arme belge, amen par une
infirmire  la gare de Tirlemont.]

[Illustration: Bless allemand ramass sur le champ de bataille de
Haelen et gard dans une cour d'cole.]

Les troupes belges masses en arrire se dmasqurent alors. Ce fut, de
part et d'autre, une canonnade terrible. Mais on fit une constatation
intressante, et que les communiqus de notre ministre de la Guerre ont
signale dj, dans les escarmouches qu'ont eues nos propres troupes,
c'est que l'effet des obus allemands tait presque nul. Aurait-on donc
calomni la maison Krupp, quand on l'accusa d'avoir vendu aux pauvres
Turcs des projectiles pour l'exportation?

[Illustration: Aprs la charge des dragons allemands sur la chausse de
Haelen: un cheval tu, abandonn avec son harnachement et l'tui 
carabine de son cavalier.]

[Illustration: Les fils tlgraphiques de la gare de Diest aprs le
passage des Allemands.]

Le tir des Belges tait, au contraire, d'une prcision merveilleuse: on
en eut la preuve  l'heure de la retraite, o un seul canon ennemi
continuait de tirer, les autres tant sans doute en mauvais point.

L'avantage se manifesta bientt nettement du ct des Belges. Quelque
flottement se fit sentir chez les Allemands, dont la cavalerie, tenue
sous le feu des canons de nos allis, tait immobilise; ce fut surtout
un duel d'artillerie.

Pourtant,  un moment, des dragons de Mecklembourg se lancrent, comme
dans un suprme effort, de Haelen sur la route de Diest, une belle alle
droite, borde d'arbres, telle qu'on en voit dans les tableaux des vieux
matres flamands. Ils n'allrent pas loin:  l'entre de Zelck-Haelen,
une barricade se dressait en travers de la route. Des mitrailleurs
cyclistes taient embusqus derrire, d'autres dans les greniers des
premires maisons du village, d'autres dans le clocher de l'glise. Ils
attendaient, tranquilles. Et quand les cavaliers aux flammes jaunes et
noires ne furent plus qu' 200 mtres, le crpitement des armes
automatiques clata en grle. L'escadron fut fauch comme une gerbe.
Seuls, deux pauvres chevaux emballs franchirent la barricade.

[Illustration: Un coin du champ de bataille de Haelen: les blesss ont
t recueillis, les morts emports, et il ne reste que des cadavres de
chevaux.]

[Illustration: VISIONS DE GUERRE.--La chausse pave, entre Diest et
Haelen, jonche de chevaux morts, aprs l'chec de la cavalerie
allemande.
_Photographies Meurisse_.]

[Illustration: Quelques-uns des hros belges de la bataille de Haelen:
cyclistes arms de mitrailleuses portatives Hotchkiss.--]

C'tait, pour les Allemands, la partie perdue. L'artillerie
graduellement se taisait. La retraite se dessina vers Saint-Trond. A la
nuit, il ne resta plus sur le terrain de la lutte qu'un amas de morts et
de blesss, des armes abandonnes, lances, fusils, des accessoires
d'quipement. L'ennemi avait laiss l plus de 3.000 hommes.

Ce fut, pendant plusieurs jours, une vision infernale, un vrai charnier
o les cadavres des chevaux se mlaient  ceux des hommes. Les paysans
n'arrivaient qu'avec peine  enterrer les uns et les autres. On pensa un
moment tre obligs de les brler, ne pouvant suffire  la besogne.

Quant aux blesss, on avait fait diligence pour les enlever, les
adversaires confondus, Belges et Allemands traits avec les mmes soins.
Et ces derniers n'en revenaient pas de se voir couchs dans les lits
blancs de l'hospice civil de Diest. Car, afin de les mieux exciter au
combat, leurs officiers n'avaient cess de leur rpter que nos
amis--comme nous!--ne manqueraient pas de les achever s'ils tombaient
frapps d'un coup. Quelques-uns, d'ailleurs, avaient reu de leurs
propres chirurgiens, avant la dbcle, les premiers soins ou du moins,
avaient t examins. Beaucoup portaient au cou une pancarte avec leur
nom, le numro de leur rgiment, l'indication de leurs blessures et un
avis mdical conseillant les soins qu'il fallait leur donner.

Parmi les trophes de victoire que cette magnifique journe rapportait
aux Belges se trouvait l'tendard des hussards de la Mort, le macabre
tendard auquel, il y a quelques mois, le kronprinz, abandonnant ce
rgiment pour venir  Berlin, au grand tat-major, prparer la guerre,
adressait un si belliqueux au revoir!... Depuis le lendemain de la rude
bataille, il est  l'htel de ville de Diest, triste, sous ses couleurs
sombres, autant qu'un plumet de catafalque.

[Illustration: La ligne de chemin de fer de Landen  Saint-Trond, que
les Belges ont rendue inutilisable--_Phot. Meurisse._]

[Illustration: LES VAINQUEURS DE HAELEN.--Peloton de cyclistes ayant mis
en batterie leurs mitrailleuses portatives, dont le tir a arrt l'lan
de la cavalerie allemande.--_Phot. Montigny._]

[Illustration: S. S. PIE X qui vient de mourir sans avoir pu conjurer la
guerre gnrale qui va ensanglanter toute la chrtient. _Phot.
Histed._]

Au moment mme o nous achevons ce numro, arrive une nouvelle qui
ajoute une motion profonde  toutes celles que nous prouvons depuis
quelques jours: le pape Pie X est mort jeudi matin,  une heure et
demie.

Depuis plus d'un an dj, la sant du Saint-Pre tait chancelante. Son
grand ge--il tait bientt octognaire, ce qu'on n'imaginerait jamais 
voir ses plus rcentes photographies--faisait  tout instant redouter la
fatale catastrophe. En quelques jours, un catarrhe pulmonaire vient
d'achever de terrasser l'auguste vieillard.

A quelle heure sombre il disparat! Il avait fait les plus nobles et les
plus pressants efforts pour conjurer l'orage. Il avait eu la superbe
illusion de pouvoir exercer quelque ascendant sur le vieil empereur
Franois-Joseph, Majest Apostolique, comme lui au terme d'une longue
vie, et que l'adversit acharne et d rendre sage. Il avait espr le
dterminer  la dmarche, au geste qui et assur la paix. Un autre
esprit dmoniaque contrebalanait sa bienveillante influence. Il fut
vaincu. Et il n'est pas tmraire de penser que le spectacle douloureux
que lui offrit,  ses dernires heures la chrtient tout entire aux
prises dans une lutte farouche et sans merci, ait abrg peut-tre les
heures du Pontife, du pasteur des peuples catholiques.

[Illustration: LA FRANCE ENTIRE PASSE!
Un arrt, dans une gare, d'un train de tirailleurs indignes, dbarqus
d'Algrie, et en route pour le front.]

Dans ce pays en bullition, o vibrent, confondues dans un mme
belliqueux enthousiasme, les races de toutes les provinces, o la nation
arme tout entire se rue d'un seul lan vers les frontires, quels
convois divers n'auront pas vu passer, stupfaits, ceux qui demeurent au
foyer, soit que leur fentre s'ouvrit au bord de quelqu'une des grandes
artres ferres qui mnent aux lieux de la dcisive lutte, ou que leur
curiosit, mle de regrets, les portt, chaque jour, vers la gare
prochaine, vers le passage  niveau voisin! Ainsi des paysans qui n'ont
jamais quitt leur chaumire, on encore, comme disait Coppe, des
Parisiens rveurs qui n'ont pas voyag, des banlieusards surtout,
auront pu, ces jours derniers, saluer au passage des combattants qui
viennent du plus loin o s'tend le sceptre paternel de la France, et
les combler de fleurs, et leur verser  boire: les turcos, comme on
les appelait autrefois, qui, dans la prcdente guerre franco-allemande,
avaient si fort dconcert nos adversaires en maintes rencontres,--les
tirailleurs indignes, dans les rangs desquels marchent coude  coude de
blonds fils de la mtropole que l'amour des aventures poussa  quelque
engagement sensationnel, des Berbres au teint presque aussi clair, des
Arabes au nez aquilin, et jusqu' des noirs du plus bel bne, enfants
du torride Soudan.

[Illustration: Le salon rserv de l'ambassadeur.]

[Illustration: Le lit o il a paisiblement dormi.]

[Illustration: Le wagon-salon qui a reconduit confortablement  Berlin
M. de Schoen, ambassadeur d'Allemagne  Paris.]

DOCUMENTS et INFORMATIONS


LE CONFORT DE M. DE SCHOEN.

Tandis que l'ambassadeur de France  Berlin tait renvoy  la frontire
hollandaise, un peu comme un malfaiteur qu'on extrade, le reprsentant
du kaiser  Paris, M. de Schoen, tait reconduit jusqu' Berlin dans un
train franais spcial o il trouvait, en mme temps que le plus parfait
confort moderne, tous les gards que les peuples bien levs ont coutume
de tmoigner aux ambassadeurs des puissances amies.

M. Cambon, sous peine de se voir retenu prisonnier, dut payer en or
les trois mille et quelques francs auxquels fut tax le prix de son
voyage; la France ne rclama rien  M. de Schoen.

La mentalit allemande interprta sans doute ces procds courtois comme
une marque de faiblesse. Le train franais, comprenant deux
voitures-salon, deux wagons de premire classe et deux fourgons, fut
tout d'abord retenu comme prise de guerre; on arrta mme un moment les
deux convoyeurs, qui avaient assur la scurit et le confort de
l'ambassadeur allemand, des personnages et des petits chiens de sa
suite.

Nos compatriotes eurent  subir les plus stupides vexations. Aprs les
avoir autoriss enfin  repartir avec notre train, on les arrta 
nouveau  Regensburg, puis  Constance, d'o ils furent enfin dirigs
sur le rseau suisse.

Le train franais tait arriv  Berlin dans la soire du 4 aot; c'est
seulement dix jours plus tard qu'on le revit  Paris,  la gare de Lyon.


DES MTHODES DE LA CHIRURGIE FRANAISE  LA GUERRE.

Nombre de personnes ayant des parents ou des amis sous les drapeaux se
demandent, sinon avec inquitude, du moins avec une anxit fort
comprhensible, quel est l'esprit gnral de nos chirurgiens militaires.
Le docteur Rebreyend, qui fit avec les Bulgares toute la campagne des
Balkans, va nous rassurer  cet gard:

... Alors que dans certaines ambulances la rumeur publique accusait
tels chirurgiens d'avoir l'amputation dplorablement facile, chez nous,
au contraire, on connut ds le dbut notre tendance rsolument
conservatrice.

Cela commena par un pouce qui vraiment ne tenait plus gure et que je
refusai nanmoins d'amputer. Avec quel lumineux sourire ce grand garon
agitait tous les matins sa main reste complte! Ce fut de lui que data
l'axiome: Chez les autres on coupe, chez les Franais on recolle. Et
de fait, contrairement  certaines lgendes, celle-ci fut vraie. Pendant
cette campagne, nous ne fmes, et bien  contre-coeur, que trois
amputations: un bras, une jambe et une cuisse.

Il advint mme, pendant notre dernier mois d'exercice, un incident trs
flatteur. Un sous-officier, le bras cass par une balle, languissait
dans une ambulance trangre, le bras oedmateux, avec une forte fivre
tous les soirs. Tant et si bien qu'on dclara l'amputation ncessaire.
Il protesta, fit un tel tapage, rpta si obstinment qu'il voulait
aller chez les Franais, o l'on ne coupait pas les membres, qu'un beau
matin on prit le parti de l'envoyer au diable, c'est--dire o il
voudrait. Il vint chez nous. Aprs vingt-quatre heures d'observation, on
le mit dans un Hennequin bien classique, d'o il sortit trente jours
aprs, consolid.

A nous comparer aux chirurgiens trangers, avec qui nous voisinions,
nous avons conu quelque fiert de nos mthodes franaises. Toujours, 
la base de tout, se retrouvait la valeur de notre enseignement clinique.
Poser l'indication opratoire; poser celle, souvent plus dlicate, de
l'abstention; ne pas considrer tout comme fini avec l'opration
termine; rester, dans la direction quotidienne du traitement ultrieur
des chirurgiens, aussi mdecins que possible: voil qui est purement,
exclusivement franais. Au total, nous pratiqumes environ soixante-dix
grandes oprations. Puis, par petits paquets, par trois, par six, par
dix, on vacua peu  peu les guris de l'ambulance. Il vint un jour o
Mikhalowski, toujours l'ami dvou de nos dbuts, prit  l'ambulance de
la reine nos onze derniers convalescents. Un gros chagrin pesa sur nos
coeurs, avec le silence des btiments muets. Sur le seuil de la salle
qu'elle retrouvait vide, une de nos infirmires pleura... (_Les
Franais aux armes de Bulgarie_. Mame, diteur.)

D'autre part, M. Delorme, mdecin inspecteur gnral de l'arme, a lu, 
une des dernires sances de l'Acadmie des sciences une note trs
complte sur le traitement des blessures de guerre, o,  ct de
dtails trop techniques pour tre rapports, nous trouvons les
indications suivantes:

A l'heure actuelle, la chirurgie de guerre doit tre conservatrice dans
la grande majorit des cas, dans la presque totalit des blessures par
les balles.

L'troitesse des plaies faites par des balles modernes, l'abstention de
la recherche systmatique des corps trangers, les pratiques de
l'antisepsie et de l'asepsie, ont eu pour consquences de transformer le
pronostic du plus grand nombre de blessures de guerre, d'en carter les
complications, de rduire les pertes, d'amliorer les rsultats.

La vie du bless n'tant plus aussi souvent en jeu qu'autrefois, grce
 l'asepsie et  l'antisepsie, l'activit du chirurgien doit tendre 
obtenir la gurison avec le minimum de tares conscutives.

Les pratiques de la chirurgie de guerre dans les lignes de l'avant
diffrent de celles de la chirurgie commune parce qu'elles sont
commandes par les conditions de milieu, de circonstances et de
fonctionnement chirurgical. Dans les hpitaux de l'arrire, elles
tendent  se confondre avec celles de la chirurgie journalire.


LES PERTES EN HOMMES DANS LES GUERRES MODERNES.

Beaucoup de personnes s'imaginent que la perfection des armes modernes
entrane fatalement des pertes effroyables  la guerre. D'autres
soutiennent le contraire; ds 1868, le colonel Ardant du Picq, du 10e
de ligne (tu  l'ennemi, sous Metz, le 15 aot 1870), crivait:
Combattre de loin est naturel  l'homme; du premier jour, toute son
industrie n'a tendu qu' obtenir ce rsultat, et il continue...
L'invention des armes  feu a diminu les pertes des vaincus dans les
combats; leur perfectionnement l'a diminu et le diminue chaque jour...

Ces deux opinions paraissent beaucoup trop absolues, mais la statistique
est plutt rassurante.

En 1859,  Magenta, 48.000 Franco-Sardes perdent 8 %; 62.620 Autrichiens
9,2 %. A Solfrino, 151.000 Franco-Sardes perdent 8,9 %; 133.000
Autrichiens, 10,3 %. Pendant cette campagne, on employa pour la premire
fois le canon ray de 4.

En 1866,  Koeniggraetz, les Prussiens (220.982) ont le fusil  aiguille
et une artillerie mdiocre; les Autrichiens (215.134) possdent des
canons excellents, mais sont encore arms de fusil  piston. Les
Prussiens perdent 4 %; les Autrichiens 11 %.

En 1870, les pertes furent parfois plus leves. A cette poque, il
existe une diffrence d'armement entre les deux adversaires. Les
Allemands ont encore le fusil  aiguille, mais leur canon se chargeant
par la culasse est trs suprieur  notre matriel, qui date de 1859. Il
est vrai que notre chassepot vaut mieux que le fusil prussien.

A Froeschwiller, _de 8 h. 30 du matin  4 heures du soir_, les Allemands
(71.500 engags) ont eu 9.270 tus ou blesss, soit 13 %, les Franais
(36.860), 8.000, soit 21 %.

A Rezonville, de _11 heures du matin  9 heures du soir_, les pertes des
Allemands (63.000) sont de 15.800 hommes, soit 25 %; les ntres
(113.000) de 11.460, soit 10 %.

A Saint-Privat, la lutte est mene _de 11 h. 45 du matin  9 heures du
soir_, par 190.000 Allemands, contre 110 000 Franais; elle cote aux
premiers 20.130 hommes hors de combat, soit 10 %, et  nous 12.270, soit
11,5 %. Encore faut-il ajouter que ce jour-l, dans l'espace de trente 
trente-cinq minutes, de 5 heures un quart du soir  6 heures moins un
quart, la garde prussienne a perdu 309 officiers et 7.923 hommes.

Pendant la guerre russo-turque,  la bataille de Plewna (11 dcembre
1877), les Russo-Roumains (120.000) ne perdent que 1,6 %; les Turcs
(36.000), environ 15 %.

En Mandchourie,  Liao-Yang, _dans une lutte qui a dur dix jours_, les
Japonais ont mis en ligne 220.000 hommes et 750 canons; les Russes leur
ont oppos 150.000 hommes et 600 pices. Les premiers y ont perdu 30.000
hommes; leurs adversaires, 13.500, soit respectivement 13 % et 9 %. Ces
pertes, rparties sur dix jours, sont peu de chose, compares  celles
des armes de 1870. De ces divers chiffres il semble permis de conclure
tout au plus que, malgr le perfectionnement des armes modernes, la
proportion des pertes n'augmente pas sensiblement avec l'importance des
effectifs en prsence.

Pendant les guerres rcentes des Balkans, les pertes des diffrents
adversaires n'ont jamais dpass 10% de l'effectif des combattants
_engags_.

Ajoutons que les progrs accomplis au double point de vue de la
chirurgie et de l'hygine permettent de sauver trois et mme quatre fois
plus de blesss qu'autrefois.


LA RATION DES SOLDATS.

Aux indications que nous avons donnes dans le prcdent numro sur la
ration du soldat des diverses armes actuellement en campagne, ajoutons
ce qui concerne les troupes russes et les troupes austro-hongroises.

Le soldat du tsar reoit:

Viande sur pied: 820 gr. (ce qui correspond  400 gr. environ de viande
consommable); pain biscuit, 820 gr.; gruau, 205 gr.; farine, 17 gr.;
pois secs, 140 gr.; sel, 35 gr.

Le soldat des armes austro-hongroises a une ration mdiocre:

Conserves de viande et de lgumes, 200 gr.; pain comprim, 400 gr.;
caf, 20 gr.; sucre, 25 gr.; sel, 25 gr.

En rsum, les troupes franaises sont beaucoup mieux nourries que
celles qu'elles ont  combattre.


UNE GUERRE FERTILE EN CONTRASTES.

Cette guerre, qui a dbut par une lutte  mort entre l'une des plus
grandes et l'une des plus petites puissances du monde, aura compt parmi
ses premires victimes l'un des plus modestes potentats d'Europe, le
prince Georg de Schaumburg-Lippe, tomb devant le fort de Flmalle, prs
Lige.

Au dernier recensement, la principaut de Schaumburg-Lippe tait peuple
de 44.992 habitants, dont 785 catholiques et 257 juifs. Quant  la
capitale, Buckeburg, elle comptait en 1905 un peu moins de 6.000 mes,
soit la moiti de la population de San-Marin.

Il est donc probable qu'on ne saurait lui contester le titre de la plus
petite capitale du monde.


MAGNIFIQUE EXPLOIT DE NOS AVIATEURS.

Tandis que la majorit de nos aviateurs se livrent  des reconnaissances
qui rendent les plus grands services  notre tat-major, d'autres
entreprennent des raids offensifs d'une audace encore plus
impressionnante.

C'est ainsi que le lieutenant Cesari et le caporal Prudhommeau sont
partis de Verdun, le vendredi 14 aot  17 h. 30, chacun dans son avion,
avec mission de reconnatre, de dtruire si possible, le hangar 
dirigeables de Frascati  Metz.

Les deux vaillants soldats sont arrivs prs de la ligne des forts, le
lieutenant  2.700 mtres et le caporal  2.200. Malgr une canonnade
ininterrompue, ils ont maintenu leur direction.

Un peu avant d'arriver au-dessus du champ de manoeuvres, le moteur du
lieutenant a cess de fonctionner. L'aviateur, ne voulant pas tomber
sans avoir rempli sa mission, se mit en vol plan, et c'est en vol plan
qu'il jeta sa bombe, avec un merveilleux sang-froid. Peu aprs le moteur
reprit sa marche rgulire.

[Illustration: Le lieutenant aviateur Cesari.]

Le caporal, de son ct, avait lanc son projectile. Pas plus que le
lieutenant, il ne put observer exactement,  travers la fume des
projectiles ennemis, le point de chute, mais il croit avoir atteint le
but.

Les deux hros, rentrs sains et saufs  leur quartier, ont t,  juste
titre, cits  l'ordre du jour de l'arme.

[Illustration: Le territoire de l'ancienne Pologne,  laquelle le tsar
promet l'autonomie]

[Illustration: Les frontires russo-germaniques]

CE QUE FONT LES RUSSES

AUX FRONTIRES D'ALLEMAGNE ET D'AUTRICHE-HONGRIE


La lutte entre la Russie et ses adversaires germaniques s'est borne
jusqu'ici  des escarmouches d'avant-garde. Mais les nouvelles qui nous
arrivent du thtre de la guerre montrent, comme il fallait s'y
attendre, que les belligrants cherchent  occuper les ttes de lignes
des chemins de fer stratgiques.

Il est vident que la Russie vise la route de Berlin. Son offensive
s'est, en effet, porte tout d'abord du ct de la Prusse orientale:
elle a pris Evdtkuhnen, l'importante gare-frontire allemande de la
ligne Berlin-Ptersbourg, o elle a pu se fortifier, malgr les
contre-attaques allemandes.

Nos amis ont ensuite occup successivement: Lyck, gare-frontire de la
ligne de Koenigsberg; Marggrabova, sur la ligne de Lyck  Insterburg;
enfin, Tilsitt, o ils se sont galement fortifis. Ce dernier point
commande la route de Memel, port extrme-nord de l'Allemagne.

Pendant ce temps, on voit des avions allemands s'aventurer
jusqu'au-dessus de Kovno, o doivent passer ncessairement les troupes
russes venant des deux grands points de concentration Saint-Ptersbourg
et Vilna.

En Pologne, les Russes se sont tenus d'abord sur la dfensive, et les
Allemands ont occup Kalisch, tte de la ligne Varsovie-Moscou; puis,
sur la ligne Vienne-Varsovie, Bendzin, chef-lieu du district o sont
tablies les grandes industries franaises comme Sosnowice, Dombrowa,
Huta, etc. Ils se sont avancs, sur cette voie, jusqu' Czestochova.

Dans la mme rgion, les Autrichiens ont, de leur ct, pris Olkulsz,
Andreiw et ont pouss jusqu' Kielce s'acheminant ainsi vers Ivangorod,
grande place fortifie sur la route de Brest-Litowsky, principal point
de concentration contre l'Autriche.

Le danger de cette marche n'a pas chapp aux troupes russes qui ont
repris Kielce et poursuivi l'ennemi jusqu' Andreiw.

[Illustration: Embarquement  Oran de troupes d'Afrique
_Phot. Trotin._]

L'offensive autrichienne s'est alors porte  l'ouest, dans la rgion de
Lemberg; elle a essay de prendre Radzivilof, sur la ligne de Rovno. Les
Russes ont ripost en s'avanant jusqu' Brody, station autrichienne de
cette mme ligne, puis ils se sont empars de Sokal o ils commandent la
valle de Bug. Ainsi arrts au nord-est de la frontire
russo-galicienne les Autrichien ont d reculer galement  Volotchysk,
situ plus bas. Ils ont, il est vrai, russi  pntrer dans la valle
du Dniester, en occupant Khotin. Y sont-ils encore?  l'heure o nous
crivons, on mande de Saint-Ptersbourg que l'avant-garde russe,
compose de plusieurs divisions, est entre dans la Bukovine et s'avance
vers sa capitale, Czernowitz.

Cette seconde srie de mouvements de l'arme russe semble indiquer
qu'elle vise Lemberg, capitale de la Galicie, et par consquent,
Budapest.

Le manifeste de Nicolas II sur la rsurrection de la Pologne semble
devoir aider puissamment la marche russe sur la Pologne allemande.
Aura-t-il le mme effet en Galicie o l'Autriche a accord  la
population de grandes prrogatives et des liberts politiques: on peut
le supposer, eu gard  l'intrt qu'ont les Polonais  se voir runis.




LE TRANSPORT DES TROUPES D'ALGRIE


Grce  la matrise de notre flotte dans la Mditerrane, le transport
en France du corps d'arme d'Algrie s'est effectu sans le moindre
incident et avec une rapidit inespre. Et combien nous semble dj
lointaine la dmonstration des deux croiseurs allemands _Goeben_ et
_Breslau_: quelques bombes lances en passant, sans sommation pralable,
sur les maisons de Bne et de Philippeville, qui ont prouv des
dommages insignifiants. Et tandis que turcos, zouaves, spahis sont 
leur poste de combat sur le front des Vosges ou dans la valle de la
Meuse, le kaiser vend au gouvernement ottoman les deux bateaux qui l'ont
si mal servi.

[Illustration: Les insignifiants dgts causs  Bne par les obus du
_Breslau_ dans les murs de quelques maisons et dans la coque du
_Saint-Thomas_, ancr dans le port. _Phot. M. Felip._]





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1914, 72e Anne, No. 3730, by Various

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809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
