The Project Gutenberg EBook of Conversion des Sauvages qui ont  est
baptizs en la Nouvelle France, cette anne 1610, by Marc L'escarbot

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Title: Conversion des Sauvages qui ont  est baptizs en la Nouvelle France, cette anne 1610

Author: Marc L'escarbot

Release Date: April 27, 2007 [EBook #21221]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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                             CONVERSION
                            DES SAUVAGES
                        QUI ONT EST BAPTISS
                        EN LA NOUVELLE FRANCE,
                          cette anne 1610.

                        _AVEC UN BREF RECIT
                         du voyage du Sieur_
                           DE POUTRINCOURT.

[Illustration]

                               A PARIS

              Chez Jean Millot, tenant sa boutique sur
               les degrez de la grand'Salle du Palais.
               _______________________________________

                       _Avec Privilege du Roy._

[Illustration]

                             A LA ROYNE

_MADAME,

Dieu m'ayant fait naitre amateur de ma nation & zelateur de sa gloire,
je ne puis moins, que de luy faire part de ce qui la touche, & qui sans
doute l'poinonnera quand elle entendra que le nom de Jesus-Christ est
annonc s terres d'outre mer qui portent le nom de France. Mais
particulierement cela regarde vtre Majest, laquelle sur ces nouvelles
a eu un temoignage du grand contentement qu'elle en avoit. La chrtient
doit ceci au courage &  la piet du Sieur de Poutrincourt, qui ne peut
vivre oisif parmi la tranquillit en laquelle nous vivons par le
benefice du feu Roy vtre Epoux. Mais (Madame) si vous desirez bien-tot
voir cet oeuvre avanc, il faut que vous y mettiez la main. Donnez luy
des ailes pour voler sur les eaux, & penetrer si avant dans les terres
de del, que jusques  l'extremit o l'Occident se joint  l'Orient,
tout lieu retentisse du nom de la France. Je say qu'il ne manque de
volont & fidelit au service du Roy et de vtre Majest, pour faire
(apres ce qui est de Dieu) que vous soys obei par tout le monde. Et
pour mon regard en tout ce que j'ay jamais travaill, je me suis efforc
de bien meriter du Roy & du public, ausquels j'ai dedi mes labeurs.
S'il m'en arrive quelque fruit, je le dedieray volontiers, & tout ce que
Dieu m'a donn d'industrie,  l'accroissement de cette entreprise &  ce
qui regardera le bien de vtre service. Cependant ayez (MADAME) agreable
ce petit discours evangelique (c'est  dire portant bonnes nouvelles)
que publie  la France souz vtre bon plaisir,_

MADAME,

_De vtre Majest_

Le tres-humble, tres-obissant,
& tres-fidele serviteur & sujet
MARC LESCARBOT.



                  _Extraict du Privilege du Roy._
                  _______________________________

PAR grace & privilege du Roy, il est permis  Jean Millot Marchant
Libraire en la ville de Paris, d'imprimer, ou faire imprimer, vendre &
distribuer par tout nostre Royaume tant de fois qu'il luy plaira, en
telle forme ou caractere que bon luy semblera, un livre intitul LA
CONVERSION DES SAUVAGES compos par MARC LESCARBOT Advocat en la Cour de
Parlement. Et ce jusques au temps & terme de six ans finis & accomplis,
 compter du jour que le dit livre sera achev d'imprimer. Pendant
lequel temps defences sont faictes  tous Imprimeurs, Libraires, &
autres de quelque estat, qualit, ou conditions qu'ils soient, de non
imprimer, vendre, contrefaire, ou alterer le dit livre, ou aucune partie
d'iceluy, sur peine de confiscation des exemplaires, & de quinze cens
livres d'amende appliquable moiti  nous, & moiti aux pauvres de
l'hotel Dieu de cette ville de Paris,& despens dommages, & interests
dudit exposant: Nonobstant toute clameur de Haro, Charte, Normande,
Privileges, Lettres ou autres appellations & oppositions formes  ce
contraire faictes ou  faire. Donn  Paris le neufiesme jour de
Septembre l'an de grace 1610. Et de nostre regne le premier.

Par le Roy en son Conseil.

Sign, BRIGARD.

[Illustration]




                         _LA CONVERSION DES
                   Sauvages qui ont est baptisez
                    en la Nouvelle-France, cette
                             anne 1610._


LA parole immuable de ntre Sauveur Jesus-Christ nous temoigne par
l'orne de sainct Matthieu que _L'Evangile du royaume des cieux sera
annonc par tout le monde, pour estre en temoignage  toutes nations,
avant que la consommation vienne._ Nous savons par les histoires que la
voix des Aptres eclat par tout le monde de dea ds il y a plusieurs
siecles passez, quoy qu'aujourd'hui les royaumes Chrtiens en soient la
moindre partie. Mais quant au nouveau monde decouvert depuis environ
six-vingts ans, nous n'avons aucun vestige que la parole de Dieu y ait
onques est annonce avant ces derniers temps, si ce n'est que nous
voulions adjouter quelque foy  ce que Jehan de Leri rapporte, que comme
il racontoit un jour aux Bresiliens les grandes merveilles de Dieu en la
creation du monde, & mysteres de ntre redemption, un vieillart lui dit
qu'il avoit oui dire  son grand pere qu'autrefois un homme barbu (or
les Bresiliens ne le sont point) estoit venu vers eux, & leur avoit dit
choses semblables: mais qu'on ne le voulut point couter, & depuis
s'estoient entre-tuez & mangez les uns les autres. Quant aux autres
nations dela quelques uns ont bien quelque sourde nouvelle du deluge, &
de l'immortalit des ames, ensemble de la beatitude des bien-vivans
apres cette vie, mais ils peuvent avoir retenu cette obscure doctrine de
main en main par tradition depuis le cataclisme universel qui avint au
temps de No. Reste donc  dplorer la miserable condition de ces
peuples qui occupent une terre si grande, que le monde de dea ne vient
en comparaison avec elle, si nous comprenons la terre qui est outre le
dtroit de Magellan dite, _Terra del fugo_, tant en son tendu vers la
Chine, & le Japan, que vers la Nouvelle Guine: comme aussi celle qui
est outre la grande riviere de Canada, qui s'estend vers l'Orient & est
baigne de la grande mer Occidentale. Toutes lesquelles contres sont en
une miserable ignorance, & n'y a point d'apparence qu'elles aient onques
eu le vent de l'Evangile, sinon qu'en ce dernier siecle l'Hespagnol
parmi la cruaut & l'avarice y a apport quelque lumiere de la religion
Chrtienne. Mais cela est su peu de chose, qu'on n'en peut pas faire si
grand estat qu'il pourroit sembler, d'autant que par la confession mme
de ceux qui en ont crit les histoires ils ont preque tu tous les
naturels du pas, & en fait nombre un certain historien, de plus de
vingt millions, ds il y a soixante ans. L'Anglois depuis vingt-cinq ans
a pris pi en une terre qui git entre la Floride, & le pas des
Armouchiquois, laquelle terre a est appele Virginie, en l'honneur de
la dfuncte Royne d'Angleterre. Mais cette nation fait ses affaires si
secretement, que peu de gens en savent de nouvelles certaines. Peu
apres que j'eu publi mon Histoire de la Nouvelle France on fit un
embarquement de huit cens hommes pour y envoyer. Il n'est point mention
qu'ils se soient lav les mains au sang de ces peuples. En quoy ils ne
sont ni  louer, ni  blamer: car il n'y a aucune loy, ni aucun
pretexte, qui permette de tuer qui que ce soit, & mme ceux des biens
desquelz nous nous emparons. Mais ils sont  priser s'ils montrent  ces
pauvres ignorans le chemin de salut par la vraye & non farde doctrine
Evangelique. Quant  nos Franois je me suis allez plaint en madite
Histoire de la poltronnerie du temps d'aujourd'huy,& du peu de zele que
nous avons soit  redresser ces pauvres errans, soit  faire que le nom
de Dieu soit coneu exalt & glorifi en ces terres d'outre-mer, o
jamais il ne le fut. Et toutefois nous voulons que cela porte le nom de
France,nom tant auguste et venerable, que nous ne pouvons sans honte
nous glorifier d'une France que n'est point Chrtienne. Je say qu'il ne
manque pas de gens de bonne volont pour y aller. Mais pourquoy
l'Eglise, qui possede tant de biens; mais pourquoy les Grands, qui font
tant de depenses superflues,ne financent-ilz quelque chose pour
l'execution d'un si sainct oeuvre? Deux Gentils-hommes pleins de courage
en ces derniers temps se sont trouvez zels  ceci. Les Sieurs de Monts,
& de Poutrincourt, lesquels  leurs dpens se sont enervs, & ont fait
plus que leurs forces ne pouvoient porter. L'un et l'autre ont continu
jusques  prsent leurs voyages. Mais l'un a est deceu par deux fois, &
est tomb en grand interest pour s'estre rendu trop credule aux paroles
de quelques uns. Or d'autant que les dernieres nouvelles que nous avons
de ntre Nouvelle-France viennent de la part du Sieur de Poutrincourt,
nous dirons ici ce qui est de son fait: & avois juste sujet d'exalter
son courage, entant que ne pouvant vivre parmi la tourbe des hommes
oisifs, dont nous nous n'abondons que trop; & voyant ntre France comme
languir au repos d'un calme ennuieux aux hommes de travail: apres avoir
en mille occasion fait preuve de sa valeur depuis vingt quatre ans en
a; il a voulu coroner ses labeurs vrayement Herculens par la cause de
Dieu, pour laquelle il employe ses moyens & ses forces, & va hazardant
sa vie pour accroitre le nombre des citoyens des cieux, & amener  la
bergerie de Jesus-Christ ntre souverain Pasteur, les brebis egares,
lesquelles il seroit bien-seant aux Prelats de l'Eglise d'aller
recuillir (du moins contribuer  cet effect) puis qu'ils en ont le
moyen. Mais avec combien de travaux s'est-il employ jusques ici  cela?
Voici la troisieme fois qu'il passe le grand Ocean pour parvenir  ce
but. La premiere anne se passa avec le sieur de Monts  chercher une
demeure propre & un port asseur pour la retraite des vaisseaux & des
hommes. Ce qui ne succeda pas bien. La seconde anne fut employe  la
mesme chose; & lors il estoit en France. En la troisieme nous fimes
epreuve de la terre, laquelle nous rendit abondamment le fruict de ntre
culture: Cette anne icy voyant par une mauvaise experience que les
hommes sont trompeurs, il ne s'est plus voulu attendre  autre qu'
luy-mme, & s'est mis en mer le 26 Fvrier, ayant eu temps fort
contraire en sa navigation, laquelle a est plus longue dont j'aye
jamais ou parler. Certes la ntre nous fut fort ennuieuse il y a trois
ans, ayant est vagabons l'espace de deux mois & demi sur la mer avant
qu'arriver au Port Royal. Mais en cette-ci ils ont est trois mois
entiers. De sorte qu'un indiscret se seroit mutin jusques  faire de
mauvaises conspirations: toutesfois la benignit du dit Sieur de
Poutrincourt & le respect du lieu o il demeuroit,  Paris, lui ont
servi de bouclier pour luy garantir la vie. La premiere cte o territ
iceluy Sieur de Poutrincourt fut au port au Mouton. De l parmi les
brouillars qui sont fort frequens le long de l'Et en cette mer, il se
trouva en quelques perils, principalement vers le Cap de Sable, o son
vaisseau pensa toucher sur les brisans. Depuis voulant gaigner le Port
Royal, il fut port par la violence des vents quarante lieus par-dela,
c'est  savoir  la riviere de Norombega tant celebre & fabuleusement
dcrite par les Geographes & Historiens, ainsi que j'ay monstr en
madite Histoire, l o se pourra voir cette navigation par la Table
geographique que j'y ai mise. De-l il vint  la riviere sainct Jehan
qui est vis  vis du Port Royal pardela la Bay Franoise, o il trouva
un navire de S. Malo, qui troquoit avec les Sauvages du pas. Et l il
eut plainte d'un Capitaine Sauvage qu'un dudit navire lui avoit ravi sa
femme, & en abusoit dont ledit Sieur fut informer, & print celui l
prisonnier, & le navire aussi. Mais il laissa aller ledit navire & les
matelots se contentant de garder la malfaiteur: lequel neantmoins
s'evada dans une chaloupe & se retira avec les Sauvages, les detournant
de l'amiti des Franois, comme nous dirons ci-apres. En fin arrivs
audit Port Royal il ne se peut dire avec combien de joye ces pauvres
peuples receurent ledit Sieur & sa compagnie. Et de verit le sujet de
cette joye estoit d'autant plus grand qu'ils n'avoient plus d'esperance
de voir les Franois habiter aupres d'eux, desquels ils avaient ressenti
les courtoisies lors que nous y estions, dont se voyans privs, aussi
pleuroient-ils  chaudes larmes quand nous partimes de l il y a trois
ans. En ce Port Royal est la demeure dudict sieur de Poutrincourt, le
plus beau sejour que Dieu ait form sur la terre, rempar d'un rang de
12 ou 15 lieus de montagnes du ct du Nort, sur lesquelles bat le
Soleil tout le jour: & de cotaux au ct du Su, ou Midi: lequel au reste
peut contenir vingt mille vaisseaux en asseurance, ayant vingt brasses
de profond  son entre, une lieu & demi de large, & quatre de long
jusques  une ile qui a une lieu Franoise de circuit: dans lequel j'ay
veu quelquefois  l'aise noer une moyenne Baleine, qui venoit avec le
flot  huict heures au matin par chacun jour. Au reste dans ce port se
peche en la saison grande quantit de harens, d'eplans (ou eperlans)
sardines, bars, morus, loups-marins, & autres poissons: & quant aux
coquillages on y recueille force houmars, crappes, palourdes, coques,
moules, escargots & chataignes de mer. Mais qui voudra aller au dessus
du flot de la mer il pechera en la riviere force esturgeons & saumons, 
la deffaicte desquels il y a un singulier plaisir. Or pour reprendre
ntre fil, le Sieur de Poutrincourt arriv l a trouv ses batimens tout
entiers sans que les Sauvages (ainsi a-on appell ces peuples l jusques
 maintenant) y eussent touch en aucune faon, ny mme aux meubles
qu'on y avoit laiss. Et soucieux de leurs vieux amis ils demandoient
comme un chacun d'eux se portoit, les nommant particulierement par leurs
noms communs, & demandans pourquoy tels & tels n'y estoient retournez.
Ceci demontre une grande debonnairet en ce peuple, lequel aussi ayant
en nous reconnu toute humanit, ne nous fuit point, comme il fait
l'Hespagnol en tout ce grand monde nouveau. Et consequemment par une
douceur & courtoisie, qui leur est aussi familiere qu' nous, il est
ais de les faire plier  tout ce que l'ou voudra, & particulierement
pour ce qui touche le point de la Religion, de laquelle nous leur avions
baill de bonnes impressions lors que nous estions aupres d'eux, & ne
desiroient pas mieux que de se ranger souz la banniere de Jesus-Christ:
 quoy ils eussent est receuz ds lors, si nous eussions eu un pi
ferme en la terre. Mais comme nous pensions continuer, avint que le
sieur de Monts ne pouvant plus fournir  la depense, & le Roy ne
l'assistant point, il fut contraint de revoquer tous ceux qui estoient
pardel, lesquels n'avoient port les choses necessaires  une plus
longue demeure. Ainsi c'eust est temerit & folie de conferer le
baptme  ceux qu'il eust fallu par apres abandonner, & leur donner
sujet de retourner  leur vomissement. Mais maintenant que c'est  bon
escient, & que ledit sieur de Poutrincourt fait pardel sa demeure
actuelle, il est loisible de leur imprimer le charactere Chrtien sur le
front & en l'ame, apres les avoir instruit s principaux articles de
ntre Foy. Ce qu'a eu soin de faire ledit Sieur, sachant ce que dit
l'Aptre, que _celuy qui s'approche de Dieu doibt croire que Dieu est:_
& apres cette croyance, peu  peu on vient aux choses qui sont plus
eloignes du sens commun, comme de croire que d'un rien Dieu ait fait
toutes choses, qu'il se soit fait homme, qu'il soit nay d'une Vierge,
qu'il ait voulu mourir pour l'homme, &c. Et d'autant que les hommes
Ecclesiastics qui ont est ports pardel ne sont encore instruits en la
langue de ces peuples, le dit Sieur a pris la peine de les instruire &
les faire instruire par l'organe de son fils ain jeune Gentilhomme qui
entend & parle fort bien ladite langue, & qui semble estre n pour leur
ouvrir le chemin des cieux. Les hommes qui sont au Port Royal, & terres
adjacentes tirant vers la Terre-neuve, s'appellent Souriquois, & ont
leur langue propre. Mais passe le Baye Franoise, qui a environ 40
lieus de profond dans les terres, & 10 ou 12 lieus de large, les
hommes de l'autre part s'appellent Etechemins, & plus loin sont les
Armouchiquois peuple distingu de langage de ceux-ci, & lequel est
heureux en quantit de belles vignes & gros raisins, s'il savoit
conoitre l'utilit de ce fruit, lequel (ainsi que nos vieux Gaullois) il
pense estre poison. Il a aussi de la chanve excellente que la nature lui
donne, laquelle en beaut & bont passe de beaucoup la ntre: & outre ce
le Sassafras, force chenes, noyers, pruniers, chataigniers, & autres
fruits qui ne sont venus  notre conoissance. Quant au Port Royal je
veux confesser qu'il n'y a pas tant de fruits: & neantmoins la terre y
est plantureuse pour y esperer tout ce que la France Gaulloise nous
produit. Tous ces peuples se gouvernent par Capitaines qu'ils appellent
Sagamos, mot qui est pris s Indes Orientales en mme signification,
ainsi que j'ay leu en l'histoire de Maffeus,& lequel j'estime venir du
mot Hebrieu _Sagan_, qui signifie Grand Prince, selon Rabbi David, &
quelquefois celui qui tient le second lieu apres le souverain Pontife.
En la version ordinaire de la Bible il est pris pour le Magistrat &
neantmoins l mme les interpretes Hebrieux le tournent Prince. Et de
fait nous lisons dans Berose que No fut appell Saga tant pour ce qu'il
estoit grand Prince que pour ce qu'il avoit enseign la Theologie, & les
ceremonies du service divin avec beaucoup de secrets des choses
natureles, aux Scytes Armeniens, que les anciens Cosmographes
appellerent Sages du nom de No. Et paraventure pour cette mme
consideration ont est appells nos Tectosages, qui sont les Tolosains.
Car ce bon pere restaurateur du monde vint en Italie, & envoya repeupler
les Gaulles apres le Deluge, donnant son nom de Gaullois (car Xenophon
dit qu'il fut aussi appell de ce nom)  ceux qu'il y envoya, par ce
qu'il avoit est echapp des eaux. Et n'est pas inconvenient que
lui-mme n'ait impos le nom aux Tectosages. Revenons  ntre mot de
Sagamos lequel est le tiltre d'honneur des Capitaines en ces Terres
neuves dont nous parlons. Au port Royal le Capitaine, ou Sagamos dudit
lieu s'appelle en son nom Membertou. Il est g de cent ans pour le
moins, & peut naturellement vivre encore plus de cinquante. Il a sous
soy plusieurs familles, ausquelles il commande, non point avec tant
d'authorit que fait ntre Roy sur ses sujets, mais pour haranguer,
donner conseil, marcher  la guerre, faire raison  celui qui reoit
quelque injure, & choses semblables. Il ne met point d'impost sur le
peuple. Mais s'il y a de la chasse il en a la part sans qu'il soit tenu
d'y aller. Vray est qu'on lui fait quelquefois des presens de peaux de
Castors, ou autre chose, quand il est employ pour la guerison de
quelque malade, ou pour interroger son dmon (qu'il appelle _Aoutem_)
afin d'avoir nouvelle de quelque chose future, ou absente: car chaque
village, ou compagnie de Sauvages, ayant un _Aoutmoin_, c'est  dire
Devin, qui fait cet office, Membertou est celui qui de grande anciennet
 prattiqu cela entre ceux parmi lesquels il a convers. Si bien qu'il
est en credit pardessus tous les autres Sagamos du pas, aiant ds sa
jeunesse est grand Capitaine, & parmi cela exerc l'office de Devin &
de Medecin, qui sont les trois choses plus efficaces  obliger les
hommes, &  se rendre necessaire en ceste vie humaine. Or ce Membertou
aujourd'huy par la grace de Dieu est Chrtien avec toute sa famille,
aiant est baptiz, & vingt autres apres lui, le jour sainct Jehan
dernier 24 Juin. J'en ay lettres dudit Sieur de Poutrincourt en datte du
unzieme jour de Juillet ensuivant. Ledit Membertou a est nomm du nom
de ntre feu bon Roy HENRY IIII & son fils ain du nom de Monseigneur le
Dauphin aujourd'huy ntre Roy LOUIS XIII que Dieu benie. Et ainsi
consequemment la femme de Membertou a est nomme MARIE du nom de la
Royne Regente, &  sa fille a est impos le nom de la Royne MARGUERITE.
Le second fils de Membertou dit Auctaudin fut nomm PAUL du nom de ntre
sainct Pere le Pape de Rome. La fille du susdict Louis eut nom CHRISTINE
en l'honneur de Madame la soeur aine du Roy. Et consequemment  chacun
fut impos le nom de quelque illustre, ou notable personnage de del.
Plusieurs autres Sauvages estoient lors allez cabanner ailleurs (comme
c'est leur coutume de se disperser par bendes quand l'est est venu)
lors de ces solennitez de regeneration Chrtienne, lesquels nous
estimons estre aujourd'huy enrolls en la famille de Dieu par le mme
lavement du sainct bapteme. Mais le diable, qui jamais ne dort, en ceste
occurence ici a tmoign la jalousie qu'il avoit du salut annonc  ce
peuple, & de voir que le nom de Dieu fust glorifi en cette terre: ayant
suscit un mauvais Franois, non Franois, mais Turc: non Turc, mais
Athe, pour detourner du sentier du salut plusieurs Sauvages, qui
estoient Chrtiens en leur ame & de volont ds il y a trois ans: entre
autres un Sagamos nomm Chkoudun homme de grand credit, duquel j'ay fait
honorable mention en mon Histoire de La Nouvelle-France, par ce que je
j'ay veu sur tous autres aymer les Franois, & qu'il admiroit nos
inventions au pris de leur ignorance: mmes que s'estant quelquefois
trouv aux remontrances Chrtiennes qui se faisoient par-del  noz
Franois par chacun Dimanche, il s'y rendoit attentif, encores qu'il n'y
entendist rien: & davantage avoit pendu devant sa poitrine le signe de
la Croix, lequel il faisoit aussi porter  ses domestics & avoit  ntre
imitation plant une grande Croix en la place de son village dit
_Oigoudi_, sur le port de la riviere sainct Jehan,  dix lieus du port
Royal. Or cet homme avec les autres, a est dtourn d'estre Chrtien
par l'avarice maudite de ce mauvais Franois que j'ay touch ci dessus,
lequel je ne veux nommer pour cette heure pour l'amour & reverence que
je porte  son pere mais avec protestation de l'eterniser s'il ne
s'amende. Celui-l di-je, pour arracher quelques Castors de ce Sagamos
Chkoudun, l'alla en Juin dernier suborner, pares s'estre evad des mains
dudit Sieur de Poutrincourt, disant que tout ce qu'icelui Poutrincourt
leur disoit de Dieu n'estoit rien qui vaille, qu'il ne le falloit point
croire, & que c'estoit un abuseur, & qu'il les feroit mourir pour avoir
leurs Castors. Je laisse beaucoup de mechans discours qu'il peut avoir
adjout  cela. S'il estoit de la Religion de ceux qui se disent
Reformez je l'excuserait aucunement: mais il montre bien qu'il n'est ni
de l'une, ni de l'autre. Ce Sagamos pouvoit estant Chrtien en rendre
bon nombre semblables  lui,  son imitation. Mais je veux esperer, ou
plustot croire pour certain qu'il ne demeurera plus gueres long temps en
cet erreur, & que ledit Sieur aura trouv moyen de l'attirer (avec
beaucoup d'autres) pres de soy, pour luy imprimer derechef les vives
persuasions dont il lui avoit autrefois touch l'ame en ma presence. Car
l'esprit de Dieu est puissant pour faire tomber sur ce champ une
nouvelle rouse, qui fera regermer ce que la grele a dessech & abattu.
Dieu vueille par sa grace conduire le tout en sorte que la chose
ressisse  sa gloire &  l'edification de ce peuple, pour lequel tous
Chrtiens doivent faire continuelles prieres  sa divine bont,  ce
qu'il lui plaise confirmer & avancer l'oeuvre qu'il lui a pleu susciter
en ce temps pour l'exaltation de son nom, & le salut de ses creatures.

Il y a pardela des hommes d'Eglise de bon savoir que le seul zele de la
Religion y a port, lesquels ne manqueront de faire tout ce que la piet
requerra en ce regard. Or quant  present il n'est pas besoin de ces
Docteurs sublimes qui peuvent estre plus utiles pardea  combattre les
vices & les heresies. Joint qu'il y a certaine sorte de gens desquels on
ne se peut pas bien asseurer faisans mtier de censurer tout ce qui ne
vient  leurs maximes, & voulans commander par tout. Il suffit d'estre
veill au dehors sans avoir de ces epilogueurs qui considerent tous les
mouvemens de vtre corps & de vtre coeur pour en faire registres,
desquels les plus grands Roys mme ne se peuvent defendre. Et puis, que
serviroient pardela tant de grans de cette sorte, quant  present, si ce
n'est qu'ils voulussent s'addonner  la culture de la terre? Car ce
n'est pas tout que d'aller l. Il faut considerer ce que l'on y fera y
estant arriv. Pour ce qui est de la demeure du Sieur de Poutrincourt,
il s'est fourni au depart de ce qui lui estoit necessaire. Mais s'il
prenoit envie  quelques gens de bien d'y avancer l'Evangile, je seroy
d'avis qu'ils fissent cinq ou six bendes, avec chacun un navire bien
equipp, & qu'ils allassent planter des colonies en diverses places de
ces quartiers l, comme  Tadoussac, Gachep, Campseau, La Hve,
Ougoudi, Saincte Croix, Pemptegoet, Kinibeki, & autres endroits o sont
les assembles de Sauvages, lesquels il faut que le temps ameine  la
Religion Chrtienne si ce n'est qu'un grand Pere de famille tel que le
Roy en vueille avoir la gloire totale, & face habiter ces lieux. Car d'y
penser vivre  leur mode j'estime cela estre hors de ntre pouvoir. Et
pour le montrer, leur faon de vivre est telle, que depuis la premiere
terre (qui est la Terre-neuve) jusques aux Armouchiquois, qui sont pres
de trois cens lieus, les hommes vivent vagabons, sans labourage,
n'estans jamais plus de cinq ou six semaines en un lieu. Pline a fait
mention de certains peuples dits Ichtyophages, c'est  dire Mangeurs de
poissons, vivans de cela. Ceux ci sont tout de mme les trois parts de
l'anne. Car venant le Printemps ils se divisent par troupes sur les
rives de mer jusques  l'Hiver, lequel venant, par ce que le poisson se
retire au fond des grandes eaux sales, ilz cherchent les lacs & ombres
des bois, o ilz pechent les Castors, dont ilz vivent, & d'autres
chasses, comme Ellan, Caribous, Cerfs, & autres animaux moindres que
ceux-l. Et neantmoins quelquefois en et mme ilz ne saissent point de
chasser; & d'ailleurs ont infinie quantit d'oyseaux en certaines iles
s mois de May, Juin, Juillet & Aoust. Quant  leur coucher, une peau
etendue sur la terre leur sert de matelas. Et en cela n'avons dequoy
nous mocquer d'eux, par ce que noz vieuz peres Gaullois en faisoient de
mme. & dinoient aussi sur des peaux de chiens & de loups, si Diodore &
Strabon disent vray. Mais quant au pas des Armouchiquois & Iroquois, il
y a plus grande moisson  faire pour ceux qui sont poussez d'un zele
religieux, par ce que le peuple y est beaucoup plus frequent, & cultive
la terre, de laquelle il retire un grand soulagement de vie. Vray est
qu'il n'entendent pas bien la faon de faire le pain, n'ayant les
inventions des moulins, ni du levain, ni des fours; ains broye son bl
en certaine faon de mortiers' & l'empte au mieux qu'il peut pour le
faire cuire entre deux pierres echauffes au feu: ou bien rotit ledit
bl en epic sur la braise, ainsi que faisoient les vieux Romains, au
dire de Pline. Depuis on trouva le moyen de faire des gateaux souz la
cendre: & depuis encore les boulengers trouverent la faon des fours. Or
ces peuples cultivans la terre sont arrets, ce que les autres ne sont
point, n'ayans rien de propre, tels qu'estoient les Allemens au temps de
Tacite, lequel a dcrit leurs anciennes faons de vivre. Plus avant dans
les terres au dessus des Armouchiquois sont les Iroquois peuples aussi
arrets, par ce qu'ilz cultivent la terre, d'o ils recueillent du bl
mahis (ou Sarazin) ds fves, des bonnes racines, & bref tout ce que
nous avons dit du pays desdits Armouchiquois, voire encore plus, car par
necessit ilz vivent de la terre, estans loin de la mer. Neantmoins ils
ont un grand lac d'etendue merveilleuse, comme d'environ 60 lieus, 
lentour duquel ils sont cabanns. Dans ledit lac il y a des iles belles
& grandes, habites desdits Iroquois, qui sont un grand peuple, & plus
on va avant dans les terres plus on les trouve habites: si bien que
(s'il faut croire les Hespagnols) au pays dit le Nouveau Mexique bien
loin pardela lesdits Iroquois, en tirant au Surost, il y a des villes
baties, & des maisons  trois & quatre etages: mme du bestial priv:
d'o ils ont appell une certaine riviere _Rio d las vaccas_, la riviere
des Vaches, pour y avoir veu en grand nombre paturer le long de la
riviere. Et est ce pays directement au Nort  plus de cinq cens lieus
du vieil Mexique, avoisinant, comme je croy, l'extremit du grand lac de
la riviere de Canada, lequel (selon le rapport des Sauvages) a trente
journes de long. Je croiroy que des hommes robustes & bien composs
pourroient vivre parmi ces peuples l, & faire grand fruit 
l'avancement de la Religion Chrtienne. Mais quant aux Souriquois, &
Etechemins, qui sont vagabons & diviss, il les faut assembler par la
culture de la terre, & obliger par ce moyen  demeurer en un lieu. Car
quiconque a pris la peine de cultiver une terre il ne la quitte point
aisement. Il combat pour la conserver de tout son courage. Mais je
trouve ce dessein de longue execution si nous n'y allons d'autre zele, &
si un Roy ou riche Prince ne prent cette cause en main, laquelle certes
est digne d'un royaume tres-Chrtien.

On a jadis fait tant de depenses & pertes d'hommes  la reconqueste de
la Palestine,  quoy on a peu proufit: & aujourd'hui  peu de frais on
pourroit faire des merveilles, & acquerir infinis peuples  Dieu sans
coup ferir: & nous sommes touchs d'une se ne say quelle lethargie en
ce qui est du zele religieux qui bruloit nos peres anciennement. Si on
n'esperoit aucun fruit temporel en ceci je pardonnerois  l'imbecillit
humaine. Mais Il y a de si certaines esperances d'une bonne usure,
qu'elles ferment la bouche  tous les ennemis de ce pays l, lesquels la
decrient afin de ne perdre la traite des Castors & autres pelleteries
dont il vivent, et sans cela mourroyent de faim, ou ne sauroient  quoy
s'employer. Que s'il plaisoit au Roy, &  la Royne Regente sa mere, en
laquelle Dieu a allum un brasier de piet, prendre goust  ceci (comme
certes elle a faict au rapport de la Conversion des Sauvages baptizs
par le soin du Sieur de Poutrincourt) & laisser quelque memoire d'elle,
ou plustot s'asseurer de la beatitude des cieux par cette action qui est
toute de Dieu, on ne peut dire quelle gloire  l'avenir ce lui seroit
d'estre la premiere qui auroit plant l'Evangile en de si grandes
terres, qui (par maniere de dire) n'ont point de bornes. Si Helene mere
de l'Empereur Constantin eust trouv tant de sujet de bien-faire, elle
eust beaucoup mieux aym edifier  Dieu des temples vivans que tant
d'edifices de marbre dont elle a rempli la terre saincte. Et au bout
l'esperance de la remuneration temporelle n'en est point vaine. Car d'un
part le Sieur de Poutrincourt demeure toujours serviteur du Roy en la
terre que sa Majest luy a octroye: en laquelle il feroit le
rendez-vous & support de tant de vaisseaux qui vont tous les ans aux
Terres neuves, o ilz recoivent mille incommodits, & en perit grand
nombre, comme nous avons veu & oui dire. D'ailleurs penetrant dans les
terres, nous pourrions nous rendre familier le chemin de la Chine & des
Molucques par un climat & parallele tempr, en faisant quelques
stations ou demeures au Sud de la grande riviere de Canada, puis aux
lacs qui sont plus outre, le dernier desquels n'est pas loin de la
grande mer Occidentale, par laquelle les Hespagnols vont aujourd'hui en
l'orient. Ou bien on pouroit faire la mme entreprise par la riviere de
Saguenay, outre laquelle les Sauvages rapportent qu'il y a une mer dont
ilz n'ont vu le bout, qui est sans doute ce passage par le Nort, lequel
en vain l'on a tant recherch. De sorte que nous aurions des pices, &
autres drogues sans les mendier desdits Hespagnols, & demeureroit s
mains du Roy le proufit qu'il tire de nous sur ces denres: Laissant 
part l'utilit des cuirs, paturages, pecheries, & autres biens. Mais il
faut semer avant que recuillir. Par ces exercices on occuperoit beaucoup
de jeunesse Franoise, dont une partie languit ou de pauvret, ou
d'oisivet: ou vont aux provinces trangeres enseigner les metiers qui
nous estoient jadis propres et particuliers, au moyen dequoy la France
estoit remplie de biens, ou lieu qu'aujourd'hui une longue paix ne l'a
encore peu remettre en son premier lustre, tant pour la raison que
dessus, que pour le nombre de gens oisifs, & mendians valides &
volontaires que le public nourrit. Entre lesquelles incommodits on
pourroit mettre encore le mal de la chiquanerie qui mange nostre nation,
dont elle a est blame de tout temps. A quoy seroit aucunement obvi
par les frequentes navigations: estant ainsi qu'une partie de ceux qui
plaident auroient plustot fait de conquester nouvelle terre, demeurans
en l'obeissance du Roy que de poursuivre ce qu'ilz debattent avec tant
de ruines, longueurs, solicitudes & travaus. Et en ce je repute heureux
tous ces pauvres peuples que je deplore ici. Car la blafarde Envie ne
les amaigrit point ilz ne ressentent point les inhumanits d'un qui sert
Dieu en torticoli, pour souz cette couleur tourmenter les hommes, ilz ne
sont point sujets au calcul de ceux qui manquans de vertu & de bont
s'affublent d'un faux pretexte de piet pour nourrir leur ambition.
S'ilz ne connoissent point Dieu, au moins ne le blasphement ilz point,
comme font la plupart des Chrtiens. Ilz ne savent que c'est
d'empoisonner, ni de corrompre la chastet par artifice diabolique. Il
n'y a point de pauvres, ny de mendians entre eux. Tous sont riches,
entant que tous travaillent & vivent. Mais entre nous il va bien
autrement. Car il y en a plus de la moiti qui vit du labeur d'autrui,
ne faisant aucun metier qui soit necessaire  la vie humaine. Que si ce
pas l estoit etabli, tel y a qui n'ose faire icy ce qu'il feroit l.
Il n'ose point ici estre bucheron, laboureur, vigneron, etc. par ce que
son pere est chiquaneur, barbier, apothicaire &c. Et l il oublieroit
toutes ces aprehensions de reproche & prendroit plaisir  cultiver la
terre, ayant beaucoup de compagnons d'aussi bonne maison que lui. Et
cultiver la terre c'est le metier le plus innocent, & plus certain,
exercice de ceux de qui nous sommes tous descendus, & de ces braves
Capitaines Romains qui savoient domter & ne point estre domts. Mais
depuis que la pompe & la malice se sont introduits parmi les hommes, ce
qui estoit vertu a tourn en reproche, & les fainans sont venus en
estime. Or laissons ces gens l, & revenons au Sieur de Poutrincourt,
ains plustot  vous,  Royne Tres Chrtienne, la plus grande et la plus
chrie des cieux que l'oeil du monde voye en la ronde qu'il fait chaque
jour alentour de cet univers. Vous qui avs le maniement du plus noble
Empire d'ici bas. Quoy souffirrez vous de voir un Gentil-homme de si
bonne volont sans l'employer & sans le secourir? Voulez vous qu'il
emporte la premiere gloire du monde par dessus vous, & que le triomphe
de cet affaire luy demeure sans que vous y participis? Non, non,
Madame, il faut que le tout vous en soit rapport, & que comme les
toiles empruntent leur lumiere du soleil, aussi que du Roy & de vous
qui nous l'avs donn toutes les belles actions des Franois dependent.
Il faut donc prevenir cette gloire, & ne la cder  autre, tandis que
vous avs un Poutrincourt bon Franois, & qui a servi le feu-Roy de
regretable memoire vtre Epoux (que Dieu absolve) en des affaires
d'estat dont les histoires ne font mention. En haine dequoy sa maison &
ses biens ont pass par l'examen du feu. Il ne passe point l'Ocean pour
voir le pas, comme ont fait prque tous les autres qui ont entrepris de
semblables navigations aux dpens de noz Roys. Mais il montre par
effectz quelle est son intention, si bien qu'on n'en peut point douter,
& ne hazarderez rien maintenant quand vtre Majest l'employera  bon
escient  l'amplification de la religion Chrtienne s terres
Occidentales d'outre mer. Vous reconoissez son zele, le vtre est
incomparable, mais il faut aviser o se pourra mieux faire vtre
emploit. Je lou les Princesses & Dames qui depuis quinze ans ont donn
de leurs biens pour le repos de ceux ou celles qui se veulent sequestrer
du monde. Mais j'estime (sauf correction) que leur piet seroit plus
illustre si elle se montroit envers ces pauvres peuples, Occidentaux qui
gemissent, & dont le defaut d'instruction crie vengeance  Dieu contre
ceux que les peuvent ayder  estre Chrtiens, & ne le font pas. Une
Royne de Castille a est cause que la religion Chrtienne a est porte
s terres que tient l'Hespagnol en Occident: faites  lumiere des Roynes
du monde, que par vous bientot ce monde nouveau o il n'est point encore
conneu. Or reprenant le fil de mon Histoire, puisque nous avons parl du
voyage dudit Sieur de Poutrincourt, il ne sera point hors de propos si
apres avoir touch les incommodits & longueurs de sa navigation, qui
l'ont recul d'un an, nous disons un mot du retour de son vaisseau. Ce
que sera bref, d'autant qu'ordinairement sont brves les navigations qui
se font des terres Occidentales en dea hors le Tropique du Cancer. J'ay
rendu la raison de cela en mon Histoire de la Nouvelle-France, o je
renvoye le Lecteur: comme aussi pour savoir la raison pourquoy en Et
la mer y est remplie de brumes en telle sorte que pour un jour serein il
y en a deux de brouillars: & deux fois m'y suis trouv parmi des brumes
de huict jours entiers. Ceci a est cause que ledit Sieur de
Poutrincourt renvoyant son fils en France pour faire nouvelle charge, il
a demeur aussi long temps  gaigner le grand Banc aux Morus depuis le
Port Royal, comme  gaigner la France depuis ledit Banc: & toutefois
depuis icelui Banc jusques  la terre de France il y a huit cens bonnes
lieus: & de l mme jusques audit Port Royal il n'y a gueres plus de
trois cens. C'est sur ledit Banc qu'on trouve ordinairement tout l'Et
force navires qui font la Pecherie des Morus qu'on apporte pardea,
lesquelles on appelle Morus de Terre-neuve. Ainsi le fils dudit Sieur
de Poutrincourt (dit le Baron de Sainct Just) arrivant audit Banc fit
provision de viande freche, & pecherie de poisson. En quoy faisant il
eut en rencontre un navire Rochelois & un autre du Havre de Grace, d'o
il eut nouvelles de la mort lamentable de ntre defunct bon Roy, sans
savoir par qui, ni comment. Mais apres eu en rencontre un autre navire
Anglois, d'o il entendit la mme chose, accusans du parricide des gens
que je ne veux ici nommer: car ils le disoient par haine & envie,
n'ayans plus grans adversaires qu'eux. En quinze jours donc ledit Sieur
de Sainct Just fut rendu dudit Banc en France ayant toujours eu vent en
poupe: navigation certes beaucoup plus agreable, que celle du
vingt-sixieme de Fvrier mentionne ci-dessus. Les gens du Sieur de
Monts partirent du Havre de Grace neuf ou dix jours apres le dit 26
Fvrier pour aller  Kebec, 40 lieus pardela la riviere de Saguenay, o
icelui Sieur de Monts s'est fortifi. Mais ilz furent contraints de
relacher pour les mauvais vents. Et l dessus courut un bruit que le
Sieur de Poutrincourt estoit peri en mer, & tout son equipage. A quoy je
n'adjoutay onques foy, croyant pour certain que Dieu l'aidera, & le fera
passer par-dessus toutes difficultez. Nous n'avons encore nouvelles
dudit Kebec, & en attendons bientot. Mais je puis dire pour la verit
que si jamais quelque chose de bon ressit de la Nouvelle France la
posterit ne aura de l'obligation audit Sieur de Monts autheur de ces
choses, auquel si on n'eust point ot le privilege qui lui avoit est
baill pour la traite des Castors & autres pelleteries, aujourd'hui nous
aurions force bestiaux, arbres fruictiers, peuples & batimens en la dite
province. Car il a desir ardamment de voir pardela les affaires
etablies  l'honneur de Dieu & de la France. Et jaoit qu'on lui ait ot
le sujet de continuer, si ne s'est il point decourag jusques  present
de faire ce qu'il a peu, ayant fait batir un Fort audit Kebec, avec des
logemens fort beaux & commodes. En ce lieu de Kebec cette grande &
immense riviere de Canada est reduite  l'troit, & n'a que la porte
d'un fauconneau de large, abondante en poissons autant que riviere du
monde. Pour le pays il est beau  merveilles, & abondant en chasse. Mais
estant en pays plus froid que le port Royal, assavoir quatre vingtz
lieus plus au Nort, aussi la pelleterie y est-elle beaucoup plus belle.
Car (entre autres) les Renars y sont noirs, & d'un poil si beau, qu'il
semble faire honte  la Martre. Les Sauvages du Port Royal y peuvent
aller en dix ou douze jours par le moyen des rivieres sur lesquelles ils
navigent prque jusques  la source, & de l portans leurs petits canots
d'corce par quelque espace dans les bois, ils gaignent un autre riviere
qui va tomber dans ledit fleuve de Canada: & ainsi expedient bien-tot de
longs voyages: ce que de nous-mmes ne saurions faire en l'etat qu'est
le pas. Et par mer audit Kebec il y a dudit Port Royal plus de quatre
cens lieus en allant par le Cap Breton. Ledit Sieur de Monts y avoit
envoy des vaches ds il y a deux ans & demi, mais faute de quelque
femme de village qui entendist le le gouvernement d'icelles, on en a
laiss mourir la pluspart en se dechargeant de leurs veaux. En quoy se
reconoit comme une femme est necessaire en une maison, laquelle je ne
say pourquoy tant de gens rejettent, & ne s'en peuvent passer. Quant 
moy je seray toujours d'avis qu'en quelque habitation que ce soit on ne
fera jamais fruit sans la compagnie des femmes. Sans elles la vie est
triste, les maladies vienent, & meurt-on sans secours. C'est pourquoy je
me mocque de ces mysogames qui leur ont voulu tant de mal, &
particulierement j'en veux  ce fol qu'on a mis au nombre des sept
Sages, lequel disoit que la femme est un mal necessaire, veu qu'il n'y a
bien au monde comparable  elle. Aussi Dieu l'a il baille _pour
compagne  l'homme, afin de l'aider & consoler:_ et le Sage dit que
_Malheureux est l'homme qui est seul, car il n'a personne que
l'echauffe, & s'il tombe en la fosse il n'a personne pour le relever._
Que s'il y a des femmes folles, il faut estimer que les hommes ne sont
poins sans faute. De ce defaut de vaches plusieurs se sont ressentis,
car estant tombs malades ilz n'ont pas eu toutes les douceurs
qu'autrement ils eussent eus, & s'en sont allez promener aux champs
Elises. Un autre qui avoit est de ntre voyage, n'eut point la
patience d'attendre cela' & voulut gaigner le ciel par escalade ds le
commencement de son arrive, par une conspiration contre le sieur
Champlein son Capitaine. Les complices furent condemns aux galeres, &
ramens en France. L'Et venu assavoir il y a un an, ledit Champlein
desireux de voir le pas des Iroquois, afin qu'en son absence les
Sauvages ne se saisissent point de son Fort, il leur persuada d'aller l
faire la guerre, & partirent avec lui & deux autres Franois, en nombre
de quatre-vingts ou cent, jusques au lac desdits Iroquois,  deux cens
lieus loin dudit Kebec. De tout temps il y a eu guerre entre ces deux
nations, comme entre les Souriquois & Armouchiquois: & se sont
quelquefois elevs les Iroquois jusques au nombre de huit mille hommes,
pour guerroyer & exterminer tous ceux qui habitoient la grande riviere
de Canada: comme il est  croire qu'ils ont fait, d'autant que l n'est
plus aujourd'hui le langage qui s'y parloit au temps de Jacques
Quartier, qui y fit, il y a quatre-vingts ans. Ledit Champlein avec ses
troupes arriv l, ilz ne se peurent si bien cacher qu'ilz ne fussent
apperceuz de ces peuples, qui ont toujours des sentinelles sur les
avenes de leurs ennemis: & s'estans les uns & les autres bien rempars,
il fut convenu entre eux de ne point combattre pour ce jour l, mais de
remettre l'affaire au lendemain. Le temps lors estoit serein: si bien
que l'Aurore n'eut point plutot chass les ombres de la nuit, que la
rumeur s'emet par tout le camp. Quelque enfant perdu des Iroquois ayant
voulu sortir de ses rampars, fut transperc non d'un trait d'Apollon, ou
de l'Archerot aux yeux bends, mais d'un vray trait materiel & bien
poignant qui le mit  la renverse. L dessus, la colere monte au front
des offenss & chacun se met en ordre pour attaque & se defendre. Comme
la troupe des Iroquois s'avanoit, Champlein qui avoit charg son
mousquet  deux balles, voyant deux Iroquois marcher devant avec ds
panaches sur la tte, se douta que c'estoient deux Capitaines, & voulut
s'avancer pour les mirer. Mais les Sauvages de Kebec l'empecherent,
disans: Il n'est pas bon qu'ilz te voyent, car incontinent, n'ayans
point accoutum de voir telles gens, ilz s'en fuiront. Mais retire toy
derriere le premier rang des ntres, & puis quand nos serons prets, tu
devanceras. Ce qu'il fit: & par ce moyen furent les deux Capitaines tout
ensemble emports d'un coup de mousquet. Lors victoire gaigne. Car
chacun se debende, & ne restoit qu' poursuivre. Ce qui fut fait avec
peu de resistance, & emporterent environ cinquante ttes de leurs
ennemis, dont au retour ilz firent de merveilleuse ftes en Tabagies,
danses, & chansons continuelles selon leur coutume.

[Illustration.]




[Illustration.]

                         EXTRAIT DU REGISTRE
                      DE BAPTEME DE L'EGLISE DU
                      Port Royal en la Nouvelle
                               France

                       _LE JOUR SAINCT JEHAN
                       Baptiste 24 de Juin._

1. MEMBERTOU grand Sagamos g de plus de cent ans a est baptiz par
Messire Jess Fleche Pretre, & nomm HENRY par Monsieur de Poutrincourt
au nom du Roy.

2. MEMBERTOUCOICHIS (dit Judas) fils ain de Membertou g de plus de 60
ans, aussi baptiz, & nomm LOUIS par Monsieur de Biencour au nom de
Monsieur le Dauphin.

3. Le fils ain de Membertoucoichis dit  present Lous Membertou, g de
cinq ans, baptiz & tenu par Monsieur de Poutrincourt, qui l'a nomm
JEHAN de son nom.

4. La fille aine dudit Luis ge de treze ans aussi baptize, & nomme
CHRISTINE par ledit Sieur de Poutrincourt au nom de Madame la fille
aine de France.

5. La seconde fille dudit Louis ge d'onze ans aussi baptize, & nomme
ELIZABETH par ledit Sieur de Poutrincourt au nom de Madame la fille
puisne de France.

6. La troisieme fille dudit Lous tenu: par ledit Sieur de Poutrincourt
au nom de Madame sa femme aussi baptize, nomme CLAUDE.

7. La 4e fille dudit Lous tenu par Monsieur de Coullogne pour
Madamoiselle sa mere, a eu nom CATHERINE.

8. La 5e fille dudit Lous a eu nom JEHANNE ainsi nomme par ledit Sieur
de Poutrincourt au nom d'une de ses filles.

9. L 6e fille dudit Lous tenu par Ren Maheu a est nomme CHARLOTTE
du nom de sa mere.

10. ACTAUDINECH' troisieme fils dudit Henri Membertou a est nomm PAUL
par ledit Sieur de Poutrincourt au nom du Pape Paul.

11. La femme dudit Paul a est nomme RENE du nom de Madame
d'Ardanville.

12 La femme dudit Henri a est tenu par le dit Sieur de Poutrincourt au
nom de la Royne, & nomme MARIE de son nom.

13. La fille dudit Henri tenu par ledit Sieur de Poutrincourt & nomme
MARGUERITE au nom de la Royne Marguerite.

14. L'une des femmes dudit Lous tenu par Monsieur de Jou pour Madame
de Sigogne, nomme de son nom.

15. L'autre femme dudit Lous tenu par le dit Sieur de Poutrincourt au
nom de Madame de Dampierre.

16. ARNESY cousin dudit Henri a est tenu par ledit Sieur de
Poutrincourt au nom de Monsieur le Nonce, & nomm ROBERT de son nom.

17 AGOUDIGOUEN aussi cousin dudit Henri a est nomm NICOLAS par ledit
Sieur de Poutrincourt au nom de Monsieur des Noyers Advocat au Parlement
de Paris.

18. La femme du dit Nicolas tenu par ledit Sieur de Poutrincourt au nom
de Monsieur son neveu, a eu nom PHILIPPE.

19. La fille aine d'iceluy Nicolas tenu par le dit Sieur pour Madame
de Belloy sa niepce, & nomme LOUISE de son nom.

20. La puisne dudit Nicolas tenu par le dit Sieur pour Jacques de
Salazar son fils, a est nomme JACQUELINE.

21. Une niepce dudit Henri tenu par Monsieur de Coullogne au nom de
Madamoiselle de Grandmare, & nomme ANNE de son nom.


                            _LOU SOIT DIEU._































































End of the Project Gutenberg EBook of Conversion des Sauvages qui ont  est
baptizs en la Nouvelle France, cette anne 1610, by Marc L'escarbot

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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