The Project Gutenberg EBook of Du style gothique au dix-neuvime sicle, by 
Eugne-Emmanuel Viollet-le-Duc

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Du style gothique au dix-neuvime sicle

Author: Eugne-Emmanuel Viollet-le-Duc

Release Date: July 27, 2006 [EBook #18919]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU STYLE GOTHIQUE AU ***




Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
Proofreaders Europe team at http://dp.rastko.net









DU

STYLE GOTHIQUE

AU

DIX-NEUVIME SICLE

PAR

PAR E. VIOLLET-LEDUC, ARCHITECTE

PARIS

       *       *       *       *       *

LIBRAIRIE ARCHOLOGIQUE DE VICTOR DIDRON

PLACE SAINT-ANDR-DES-ARTS, 30

Juin 1846

       *       *       *       *       *

Pendant que, le mois dernier, nous poursuivions notre tche dans les
Annales Archologiques et que nous ajoutions quelques pages  nos
tudes sur les monuments religieux du XIIIme sicle, un orage
s'amoncelait dans le sein de l'Acadmie des Beaux-Arts, prt  fondre
sur nos ttes aux premiers jours du printemps. S'il faut en croire un
journal, pour lequel plusieurs membres de cette illustre assemble
daignent parfois prendre la plume, le Moniteur des Arts, les questions
suivantes auraient t poses il y a quelque temps en sance solennelle
par un architecte acadmicien:

     1 Est-il convenable,  notre poque, de construire une glise
     dans le style dit gothique, c'est--dire de copier ce qui, 
     l'poque du moyen ge, avait sa signification, et cela en raison
     des croyances et des ncessits de ces poques mmes?

Si c'est un membre de l'Acadmie qui a pos cette question (ce dont nous
doutons, je l'avoue), son amour pour Jupiter et Vnus lui aurait-il fait
compltement oublier que nous avons tous t baptiss, lui-mme aussi
probablement, et que nous sommes encore chrtiens, voire mme
catholiques? La _signification_ des glises tait au XIIIe sicle ce
qu'elle est en 1846. L'illustre membre ne peut pas ignorer cela.

     2 Peut-on copier une glise gothique avec quelques chances de
     succs?

Il y a de bonnes et de mauvaises copies, selon le talent de l'artiste;
il y a encore le choix de l'original, qui peut compter pour quelque
chose.

     3 Doit-on, par respect pour les difices du moyen ge (_sic_), en
     faire, de nos jours, des copies?

Nous rpondrons  cette question par une autre.--Est-on dans l'habitude
de copier autre chose que ce que l'on aime et respecte? La respect pour
un objet n'est-il pas une consquence de la perfection que l'on suppose
 cet objet, et n'est-ce pas un sentiment naturel  l'homme de chercher
 se rapprocher le plus possible de ce qu'il regarde comme la
perfection?

     4 S'il est videmment dmontr que cette impuissance et cette
     incapacit sont relles, dans ce cas mme, une poque ne doit-elle
     pas assez se respecter pour se montrer telle qu'elle est?

Voici maintenant une poque impuissante et incapable, qui doit se
respecter assez pour se montrer telle qu'elle est! C'est du respect fort
mal plac, nous le croyons, et nous ne voyons pas ce qu'il peut y avoir
de bon  montrer partout de si cruelles infirmits.

     5 Les poques qui ont prcd la ntre ont-elles donn le funeste
     exemple de copier les difices d'un autre temps?

Mais, oui! Les Hellnes ont commenc par copier les Plasges; les
Romains ont copi les trusques et les Grecs; les Italiens, les
Allemands, et les Gaulois ont copi les Romains; les Franais ont copi
une seconde fois les Romains,  l'poque de la Renaissance; et qu'a donc
fait l'Acadmie des Beaux-Arts depuis cinquante ans?

     6 Enfin, les glises du moyen ge, et particulirement celles de
     la priode comprise entre les XIIIe et XVIe sicles, peuvent-elles
     s'appliquer aujourd'hui  nos moeurs,  nos croyances,  nos
     usages?

Probablement mieux que les temples grecs ou romains. Nous serions
dcidment curieux de savoir quelles sont les croyances de l'illustre
membre; serait-il mahomtan ou appartiendrait-il  l'glise de l'abb
Chtel?

Nous avons cru (car nous voulons tre sincres) que ces questions, assez
mal en ordre, peu claires, formules en langage surprenant chez un
acadmicien, taient tronques ou corrompues par le journal qui les
rapportait; nous pensons mme qu'il en est ainsi... Nous les donnons
telles que nous les avons trouves et n'y attachons qu'une mdiocre
importance, puisque l'organe de l'Acadmie des Beaux-Arts, dans le
manifeste qu'il vient de fulminer contre nous, n'a pas cru devoir les
reproduire.

Voici ce manifeste:

INSTITUT ROYAL DE FRANCE.

ACADMIE ROYALE DES BEAUX-ARTS.

_Considrations sur la question de savoir s'il est convenable, au XIXe
sicle, de btir des glises en style gothique._

Une grave discussion s'est leve dans le sein de l'Acadmie sur un des
sujets les plus faits pour exciter tout son intrt; il s'agissait
d'examiner, d'aprs une srie de questions proposes par un de nos
honorables confrres, qui joint  sa profession d'architecte une
profonde connaissance de l'histoire de son art, d'examiner, disons-nous,
si,  l'poque o nous sommes, au XIXe sicle de l're chrtienne, il
convenait de btir des glises dans le style de l'architecture dite
gothique.

Cette question principale, rsolue ngativement par l'auteur de la
proposition, devait naturellement provoquer des explications de plus
d'un genre dans une runion d'artistes, o tout ce qui touche aux
intrts de l'art,  ses principes,  ses traditions, excite des
sympathies si puissantes et si claires. Ainsi pose devant l'Acadmie,
la question du gothique a donc t envisage sous toutes ses faces par
les honorables membres qui ont pris part  cette discussion, soit de
vive voix, soit par crit: et lorsqu' la suite de dbats si
intressants, l'opinion de l'Acadmie s'est prononce d'une manire si
imposante, il importe qu'il reste dans ses archives un tmoignage de
cette discussion, ne ft-ce que pour servir d'avertissement ou du
protestation, dans le cas possible d'une faute du pouvoir ou d'une
erreur de l'opinion.

L'intrt qu'excitent les beaux difices gothiques de notre pays ne
pouvait manquer de trouver dans l'Acadmie de nombreux et d'loquents
interprtes. Ces difices, dont les plus parfaits rappellent l'un des
plus grands sicles de notre histoire, celui de Philippe-Auguste et de
saint Louis, captivent au plus haut degr le sentiment religieux; ils
lvent,  l'aspect de leurs votes sublimes, la pense chrtienne vers
le ciel; ils plaisent  l'imagination; ils agissent mme sur les sens
par l'effet de leurs brillants vitraux, o tous les mystres de l'glise
se montrent tincelants de l'clat des plus vives couleurs, et ils
ralisent ainsi,  l'oeil et  l'esprit, l'image de cette Jrusalem
cleste vers laquelle aspire la foi du chrtien.  ne les juger que par
les impressions qu'elles produisent, impressions toutes de respect, de
recueillement et de pit, les glises gothiques charment et touchent
profondment; et c'est vainement que la froide et svre raison
s'efforce de dtruire un effet qui s'adresse au got et au sentiment.

Mais aussi n'est-il pas question ni de contester cet effet, ni de
combattre ce sentiment, en ce qui regarde les difices de ce style qui
couvrent notre pays, et qui sont les monuments sacrs de notre culte,
les tmoins respectables de notre histoire; loin de l: il s'agit de les
entourer de tous les soins que leur vieillesse exige, que leur caducit
rclame; il s'agit de les conserver, de les perptuer, s'il est
possible, aussi longtemps que les glorieux souvenirs qui les consacrent,
aussi longtemps que vivra la langue et le gnie de la France; et, pour
cela, l'tat dans lequel ils se trouvent aujourd'hui ne fournira
malheureusement que trop d'occasions de se signaler au zle patriotique,
pourvu de toutes les ressources d'une nation telle que la ntre. Que
l'on rpare donc les difices gothiques, sur lesquels s'est si
sensiblement appesanti le poids de huit sicles, joint  trois sicles
d'indiffrence et d'abandon; qu'on les rpare avec ce respect de l'art
qui est aussi une religion, c'est--dire avec cette profonde
intelligence de leur vrai caractre, qui n'y ajoute aucun lment
tranger, qui n'en altre aucune forme essentielle; c'est ce que demande
la raison, c'est ce que conseille le got, c'est ce que veut l'Acadmie.

La question se prsente tout autrement, si l'on propose de btir de
nouvelles glises dans le style gothique, c'est--dire de rtrograder de
plus de quatre sicles en arrire, et de donner, pour expression
monumentale  une socit qui a ses besoins, ses moeurs, ses habitudes
propres, une architecture ne des besoins, des moeurs, des habitudes de
la socit du XIIe sicle; en un mot, il s'agit de savoir si, au sein
d'une nation telle que la ntre, en prsence d'une civilisation qui n'a
plus rien de celle du moyen ge, il est convenable, je dirai mme s'il
est possible de construire des glises qui seraient une singularit, un
anachronisme, une bizarrerie; qui apparatraient comme un accident au
milieu de tout un systme de socit nouvelle, puisqu'elles ne
pourraient prtendre  passer pour une relique d'une socit dfunte;
qui formeraient un contraste choquant avec tout qui se btirait, avec
tout ce qui se ferait autour d'elles, et qui, par cette contradiction
seule, leve a la puissance d'un monument, blesseraient la raison, le
got, et surtout le sentiment religieux. Envisage sous ce point de vue,
la question a paru  l'Acadmie digne d'tre srieusement approfondie,
et tout ce qu'elle a entendu de considrations allgues de part et
d'autre sur ce sujet, n'a pu que la confirmer dans l'opinion qu'elle
s'tait faite.

Il importe d'carter d'abord de cette grave discussion un de ces
prjugs, ns d'un sentiment respectable, mais qui ne saurait rsister
au plus lger examen, l'ide que l'architecture gothique serait
l'expression propre du christianisme, qu'elle serait, comme on voudrait
l'appeler, l'art chrtien par excellence. Il suffit, pour rfuter cette
ide, de la plus simple connaissance de l'histoire de notre religion,
considre, comme le peuvent faire les artistes, dans les monuments de
son culte. S'il est un fait avr par les travaux de tant d'hommes
habiles, Franais, Allemands, Italiens, Anglais, qui ont tudi
l'architecture gothique dans toutes ses formes, qui en ont recherch
l'origine, qui en ont suivi, sur le terrain et dans le temps, les
dveloppements successifs et les phases diverses, c'est que cette
architecture s'est forme  la fin du XIIe sicle,  la suite d'une
lutte qui avait commenc, un sicle auparavant, entre l'arc cintr,
principal lment de l'architecture romaine, et l'arc ogive, conception
de toute une socit nouvelle, plutt qu'invention de tel peuple ou de
telle poque. S'il est aussi une notion familire aux artistes, tels que
ceux qui remplissent l'Acadmie, c'est que l'architecture gothique, 
quelques exceptions prs, absolument sans consquence, n'a jamais
pntr  Rome, dans le centre mme du catholicisme. Rome, la ville
chrtienne par excellence. Rome la grande ville, la ville ternelle,
possde des monuments de toutes les poques du christianisme, depuis
ceux des Catacombes, qui ont t son berceau, jusqu' ceux du Vatican,
qui offrent le plus haut degr de sa magnificence et de son gnie; elle
montre,  ct des premires basiliques leves par Constantin et ses
successeurs, une longue suite d'difices chrtiens, qui expriment chacun
la physionomie de chaque ge, et qui aboutissent  l'immense et superbe
basilique o s'est imprim le sicle de Jules II et de Lon X, par la
main de Bramante et de Michel-Ange, et Rome n'a rien de gothique. Cette
architecture, ne dans les sicles du moyen ge, par des causes qui ont
d produire alors leur effet et qui ont cess plus tard d'avoir leur
action, n'est donc, en ralit, ni une ancienne forme, ni un type
exclusivement propre de l'art chrtien; c'est l'expression d'une partie
de la socit chrtienne du moyen ge, trs-respectable sans doute  ce
titre, mais non pas au point de constituer  elle seule une rgle
absolue du gnie chrtien.

Il y a plus, et c'est sur ce point surtout qu'il importe de rfuter un
prjug qui ne repose sur aucune base historique. On ferait tort au
christianisme, on mconnatrait tout  fait son esprit, si l'on croyait
qu'il ait besoin d'une forme d'art particulire pour exprimer son culte.
Le christianisme, cette religion du genre humain, appartient  tous les
temps,  tous les pays,  toutes les socits; il ne se renferme pas
plus dans telle forme de socit, de politique et d'art, que dans telle
contre ou dans telle poque; immuable dans sa doctrine, il se modifie
dans les monuments extrieurs de son culte, suivant les besoins de
chaque ge et les convenances de chaque pays. S'il corrige, s'il adoucit
la barbarie, il provoque, il favorise la civilisation; et s'il s'est
rflchi dans le gothique du XIIIe sicle, il s'est imprim dans la
renaissance du XVIe. Ce qui est sensible, ce qui clate dans l'histoire
du christianisme, ce qui est le signe de sa divinit et le garant de sa
dure, c'est que partout il a march avec l'esprit humain: c'est qu'
toutes les poques il s'est servi de tous les matriaux qu'il avait  sa
porte; c'est qu'il a employ  son usage, en les marquant de son
empreinte, non-seulement des lments de l'architecture antique, des
colonnes, des chapiteaux, des entablements rests sans emploi sur le sol
paen, mais des difices antiques tout entiers, dans les deux glises
d'Orient et d'Occident,  Athnes aussi bien qu' Rome. Le christianisme
n'a donc jamais t exclusif, en fait d'art ni en rien de ce qui touche
au rgime des socits humaines; il s'accommode  tous les besoins, il
se prte  tout les progrs; et soutenir qu'il n'a que le gothique pour
expression de son culte, ce serait vouloir que l'esprit humain n'ait
d'autre socit possible que celle du XIIme sicle.

Si ces considrations sont fondes, et elles ont paru telles 
l'Acadmie, elles s'appliquent naturellement  l'abus, que l'on a
reproch  l'art moderne, de faire de l'architecture grecque et romaine
dans la construction de nos glises; car cet abus, s'il existe en effet,
n'est pas moins condamn par l'esprit du christianisme que par le
sentiment de l'art, et l'Acadmie n'est pas plus d'avis que l'on refasse
le _Parthnon_ que la _Sainte-Chapelle_. Les monuments, qui
appartiennent  tout un systme de croyance, de civilisation et d'art
qui a fourni sa carrire et accompli sa destine, doivent rester ce
qu'ils sont, l'expression d'une socit dtruite, un objet d'tude et de
respect, suivant ce qu'ils ont en eux-mmes de mrite propre ou
d'intrt national, et non en objet d'imitation servile et de
contrefaon impuissante. Ressusciter un art qui a cess d'exister, parce
qu'il n'avait plus sa raison d'tre dans les conditions sociales o il
se trouvait, c'est tenter un effort impossible, c'est lutter vainement
contre la force des choses, c'est mconnatre la nature de la socit,
qui tend sans cesse au progrs par le changement, c'est rsister au
dessein mme de la Providence, qui, en crant l'homme libre et
intelligent, n'a pas voulu que son gnie restt ternellement
stationnaire et captif dans une forme dtermine; et cette vrit
s'applique aussi bien au grec qu'au gothique; car il n'est pas plus
possible a l'esprit humain, dans le temps o nous sommes, de revenir au
sicle de Pricls ou d'Auguste, que de reculer  celui de saint Louis.

 l'appui de ces ides gnrales prsentes par plusieurs de nos
confrres, l'Acadmie a entendu des observations particulires dictes
pareillement  quelques autres de ses membres par la connaissance
profonde de l'art qu'ils exercent. Elle a pu se convaincre que, sous le
rapport de la solidit, les glises gothiques manquaient des conditions
qu'exigerait aujourd'hui la science de l'art de btir. Il est certain
que la hauteur de ces difices, se trouvant hors de proportion avec leur
largeur, il a fallu les tayer de tous cts, pour empcher, autant que
possible, l'cartement des votes. Ceux qui admirent  l'intrieur
l'effet de ces votes si leves et en apparence si lgres, et qui se
laissent aller, en les contemplant,  l'effet d'une rverie pieuse et
d'une disposition mystique, ne se donnent pas la peine de rflchir que
cet agrable effet est acquis  l'aide de ces nombreux arcs-boutants et
de ces puissants contreforts, qui masquent toute la face extrieure de
ces difices, et qui reprsentent rellement en pierre l'norme
chafaudage ncessaire pour les appuyer. Or, est-il possible de nier que
cet aspect extrieur des glises gothiques ne nuise essentiellement 
l'effet qu'elles produisent  l'intrieur, et qui n'est achet qu'aux
dpens de la solidit, premire condition de toute construction
publique!

Sous d'autres rapports, l'architecture gothique n'offre pas moins de ces
inconvnients qu'il semble impossible de justifier par les lois du got,
et de concilier avec l'tat de civilisation des socits modernes. Il
n'y rgne, dans la distribution des membres de l'architecture, aucun de
ces principes qui sont devenus la rgle de l'art que parce qu'ils
taient le produit de l'exprience. On n'y voit aucun systme de
proportions; les dtails n'y sont jamais en rapport avec les masses;
tout y est capricieux et arbitraire, dans l'invention comme dans
l'emploi des ornements; et la profusion de ces ornements  la faade de
ces glises, compare  leur absence complte  l'intrieur, est un
dfaut choquant et un contre-sens vritable. Mais que dire de la
disposition et du got des sculptures employes  la dcoration des
glises gothiques, et qui, aussi bien que les vitraux coloris, en sont
certainement un lment essentiel? Ces figures si longues, si maigres,
si roides,  cause du champ troit qu'elles occupent et qui tient 
l'emploi gnral des formes pyramidales; ces figures sculptes en dehors
de toutes les conditions de l'art, sans aucun gard  l'imitation de la
nature, et qui semblent toutes excutes d'aprs un type de convention,
peuvent bien offrir au sentiment religieux l'espce d'intrt qu'elles
reoivent de l'empreinte de la vtust, et qu'elles doivent  leur
imperfection mme, et  ce qui s'y trouve de naf, en mme temps que de
traditionnel. Mais, si on les comprend, si on les excuse,  raison de
l'ignorance des temps dont elles sont l'ouvrage, voudrait-on,
pourrait-on les reproduire aujourd'hui que nous sommes habitus 
traiter la sculpture autrement, aujourd'hui que la vrit est pour nous
la premire condition de l'imitation, et la nature le seul type de
l'art? O trouverait-on parmi nous des artistes capables de dsapprendre
assez tout ce qu'ils ont tudi, de se dtacher assez du modle vivant
qu'ils ont sous les yeux pour refaire des figures gothiques? Et si, dans
ces tentatives dsespres d'un art qui chercherait  se renier
lui-mme, il restait un peu de cette vrit imitative  laquelle l'oeil
et la main de nos artistes sont ncessairement accoutums: si l'on y
sentait quelque chose qui accust la nature, ne serait-on pas fond 
dire que ce n'est plus l de la sculpture gothique? et ne refuserait-on
pas avec raison  ces fruits avorts d'une contrefaon malheureuse,
l'estime et l'intrt qui ne sont dus qu' des oeuvres originales?

Il en serait certainement de mme de la peinture, qui aurait de plus 
lutter contre le jour faux produit par les vitraux coloris, et qui
verrait tout l'effet de ses tableaux dtruit par cette illumination
factice. Il faudrait donc renoncer  excuter des peintures dans nos
nouvelles glises gothiques; et ce serait l vritablement, avec la
perte de l'art, la condamnation de notre sicle. Dira-t-on que les
peintures, qui ne pourraient plus s'taler sur les murs de nos
basiliques, se montreraient dans des vitraux? Mais c'est encore l une
illusion  laquelle il est impossible de se prter. O trouverait-on,
dans une socit constitue comme la ntre, avec nos gots, nos moeurs,
nos habitudes, des peintres qui pussent modifier leur manire et
transformer leur talent au point de produire des verrires telles que
celles du XIIIe sicle, qui sont certainement, au point de vue gothique,
les plus parfaites, les plus en rapport avec ce systme d'architecture?
Et cette supposition mme est d'ailleurs dmentie par les faits. Qui ne
sait qu' mesure que l'art, entran, comme la socit, dans une voie
nouvelle, s'loignait de l'ignorance, pour ne pas dire de la barbarie du
moyen ge, la peinture sur verre, suivant cette tendance gnrale,
arrivait  produire au XVIe sicle, par la main des Bernard Palissy, des
Pinaigrier, des Jean Cousin, des vitraux qui rivalisaient avec les
fresques sous le rapport du got et de la science du dessin? Mais cette
perfection mme, acquise en dehors de toutes les conditions du gothique,
tait le signal de la chute de cet art; et les verrires du XVIe sicle,
produites sous l'influence de la renaissance, marquent effectivement la
dernire priode des arts du moyen ge arrivs au terme naturel de leur
existence et transforms au service d'une socit nouvelle.

Maintenant que l'architecture gothique est morte au sein mme de la
civilisation qui l'avait produite, avec la sculpture, avec la peinture,
qui taient ses acolytes ncessaires, ses auxiliaires indispensables,
entreprendra-t-on de faire revivre de nos jours ce qui a cess d'exister
depuis quatre sicles? Mais o sont, encore une fois, les lments d'une
rsurrection pareille, inoue jusqu'ici dans les fastes de l'art? O en
est la raison, o en est la ncessit, dans les conditions de la socit
actuelle? O est la main puissante qui peut soulever une nation entire,
au point de la faire rtrograder de quatre sicles en arrire? O est
l'exemple de tout un peuple qui ait rompu avec son prsent et avec son
avenir pour revenir  son pass? L'Acadmie ne peut croire  ces
prodiges d'une volont humaine qui s'opreraient contre la nature des
choses, en faisant violence  tous les gots,  tous les instincts, 
toutes les habitudes d'une socit. Elle admet bien qu'on puisse faire,
par caprice ou par amusement, une glise ou un chteau gothique, bien
que ce puisse tre quelque chose d'assez prilleux qu'une fantaisie
administrative de cette espce. Mais elle est convaincue que cette
tentative de retour  des types suranns resterait sans effet, parce
qu'elle serait sans raison: elle croit que ce nouveau gothique qu'on
voudrait faire, en l'purant, en le corrigeant autant que possible, en
l'accommodant au got du jour, n'aurait pas le succs de l'ancien; elle
croit qu'en prsence de ce gothique de plagiat, de contrefaon, les
populations qui se sentent mues devant le vieux, devant le vrai
gothique, resteraient froides et indiffrentes; elle croit que la
conviction du chrtien n'irait pas o aurait manqu la conviction de
l'artiste; et c'est parce qu'elle aime, parce qu'elle comprend, parce
qu'elle respecte les difices religieux du moyen ge, qu'elle ne veut
pas d'une imitation malheureuse qui ferait perdre  ces monuments sacrs
du culte de nos pres l'intrt qu'ils inspirent en les faisant
apparatre, sous cette forme nouvelle, dpouills du caractre auguste
que la vtust leur imprime, et privs du sceau de la foi qui les leva.

En rsum, il n'y a, pour les arts, comme pour les socits, qu'un moyen
naturel et lgitime de se produire; c'est d'tre de leur temps, c'est de
vivre des ides de leur sicle; c'est de s'approprier tous les lments
de la civilisation qui se trouvent  leur porte; c'est de crer des
oeuvres qui leur soient propres, en recueillant dans le pass, en
choisissant dans le prsent tout ce qui peut servir  leur usage. C'est,
avons-nous dit, ce que fit le christianisme  toutes les poques, et
c'est ce qu'il doit faire aussi dans la ntre, dont il faut que l'on
dise qu'elle a eu son art chrtien du XIXe sicle, au lieu de dire
qu'elle n'a su que reproduire l'art chrtien du XIIIe. Serait-ce donc,
au milieu de ce progrs gnral dont on se vante, surtout au sein de ce
retour sincre aux ides chrtiennes dont on se flatte, que notre
socit se dclarerait ainsi impuissante  rien inventer, et que l'on
dsesprerait du talent des artistes et de la foi des peuples, au point
de n'en rien attendre, que de refaire ce qui a t fait! Mais
n'avons-nous pas l'exemple de la renaissance pour nous apprendre comment
on peut tre original, en employant des lments, en appliquant des
rgles que l'ignorance avait longtemps mconnus; comment on peut tre
chrtien, sans tre gothique, en puisant dans les modles antiques tout
ce qui peut se convertir a des besoins nouveaux! Ces grands architectes
des XVme et XVIme sicles, les Lon-Baptiste Alberti, les
Brunelleschi, les Bramante, les San Gallo, les Peruzzi, les Palladjo,
les Vignolo, qui construisirent tant d'glises chrtiennes sur la terre
classique de l'antiquit et du catholicisme, n'ont-ils pas su imprimer 
leurs monuments le caractre qui leur convenait, en s'assimilant, si
l'on peut dire, tout ce qu'ils empruntaient  l'art antique! N'est-ce
pas  la mme cole que s'taient forms ces illustres artistes de notre
pays, les Jean Bullant, les Philibert Delorme, les Pierre Lescot, sous
la main desquels l'architecture antique prit une physionomie franaise!
Et qui empche nos architectes modernes de faire de mme en levant,
avec toutes les ressources de notre ge, des monuments qui rpondent 
tous les besoins de notre culte, et qui soient  la fois marqus du
sceau du christianisme et du gnie de notre socit! C'est videmment l
ce que la raison conseille; c'est ce que demande l'intrt de l'art,
c'est ce que rclame l'honneur mme de notre poque; et c'est aussi ce
que pense l'Acadmie. S'il devait en tre autrement, il faudrait effacer
de l'esprit et de la langue des peuples modernes le mot de renaissance
et l'ide qui s'y attache; il faudrait dclarer non avenus tous
les progrs accomplis et tous ceux qui restent encore  s'oprer;
il faudrait immobiliser le prsent et jusqu' l'avenir dans les
traditions du pass; il faudrait, en restaurant _Notre-Dame_ et la
_Saint-Chapelle_, ce que demande le patriotisme, d'accord avec la
religion, laisser tomber le _Val-de-Grce_ et le _Dme des Invalides_,
ce que dfend l'honneur national, non moins que l'intrt de l'art; il
faudrait enfin condamner tous nos monuments de quatre sicles pour
refaire quelques tristes imitations de ceux du moyen ge, et fermer
toutes nos coles o l'on enseigne, non pas a copier les Grecs et les
Romains, mais  les imiter, en prenant, comme eux, dans l'art et dans la
nature, tout ce qui se prte aux convenances de toutes les socits et
aux besoins de tous les temps.

Le secrtaire perptuel

RAOUL-ROCHETTE.

L'Acadmie a dcid qu'il serait donn  M. le ministre de l'intrieur
communication de ce travail, qui rsume son opinion sur les questions
dbattues dans son sein au sujet de l'architecture gothique.

_Certifi conforme,_

Le secrtaire perptuel,

RAOUL-ROCHETTE.


RPONSE

_Aux considrations de l'Acadmie des Beaux-Arts, sur la question de
savoir s'il est convenable, au XIXme sicle, de btir des glises en
style gothique._

Nous avions cru longtemps que l'Acadmie des Beaux-Arts, qui trne si
fort au-dessus de la sphre o nous nous dbattons depuis dj bien des
annes, n'entendait pas ces clameurs, ces discussions leves pour
reconqurir notre art national; qu'elle ne se sentait pas branle par
ces luttes qui divisent aujourd'hui l'cole d'architecture. Nous
pensions que, cachs dans les hauteurs de leur olympe, entours des
lauriers sur lesquels nous osions  peine jeter un regard ambitieux,
heureux du calme officiel qui leur est donn aprs de longs et
respectables travaux, les illustres ne daignaient mme pas tre
spectateurs de nos combats et de nos luttes. Nous nous trompions!
L'Acadmie a tout su: nos vicissitudes, nos revers et nos succs.
L'Acadmie s'est mue, et, par la voix de son secrtaire perptuel,
l'Acadmie nous foudroie:

Etenim sagitt tu transeunt: vox tonitrus tui in rota.

L'Acadmie nous renvoie ddaigneusement  l'cole, l'Acadmie avertit le
pouvoir, l'Acadmie rectifie l'opinion; il tait temps!... Grce  elle,
les combattants vont laisser tomber leurs armes; silencieux et
attentifs, ils couteront cette voix imposante qui nous trace en
quelques pages la roule  suivre,  nous qui la cherchions  ttons
depuis plus de vingt ans. Que n'est-elle apparue plus tt, cette vive
lumire qui nous montre le but, et le moyen d'y arriver? Hlas! oui, la
tche tait belle, elle tait immense; mais malheureusement l'Acadmie
des Beaux-Arts n'a de commun avec ces dieux passs qu'elle aime tant,
que d'tre enveloppe de nuages: cela l'empche de voir, et voil tout!
Un membre de l' Institut nous disait l'autre jour, aprs avoir lu ce
_factum_:--Ces messieurs, qui dfendent des dieux que personne n'adore
plus, ressemblent aux paens du temps de Constantin. Mot vrai, et qui
peint la situation des choses mieux que tout ce que nous pourrons dire.
Cependant nos lecteurs, dans l'intrt des principes qu'ils soutiennent
comme nous, voudront bien nous permettre d'examiner en dtail le
manifeste en question, ne ft-ce que pour prouver  messieurs de
l'Acadmie que nous avons quelques bonnes raisons pour marcher plus
droit que jamais dans la voie que nous avons choisie aprs mre
dlibration.

Que devrons-nous penser de la stabilit des opinions de l'Acadmie en
matire d'art? Ne serait-ce pas le cas de dire, avec la Rochefoucauld:
Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de
nous-mmes, que de voir que nous dsapprouvons dans un temps ce que nous
approuvions dans un autre. Si M. Raoul-Rochette fait une seconde
dition des Considrations, il pourra prendre cette maxime comme
pigraphe. M. Quatremre de Quincy disait, il n'y a pas encore bien
longtemps, dans son Dictionnaire historique d'Architecture: Il serait
inutile de chercher ce qu'il faut appeler un systme de proportion dans
l'architecture gothique, qui, en fait d'ordonnance, de formes, de
dtails et d'ornement, ne fit qu'une compilation incohrente de tout ce
que lui avait pu transmettre le got dgnr du Bas-Empire[1]. Et plus
loin: Or voil ce que nous prsente, avec surcrot de dsordre et
d'_insignifiance_, l'architecture gothique, hritire de tous les abus,
de tous les mlanges oprs dans les ges de dcadence... Ce qui
_parat_ avoir exig des architectes gothiques le plus de science, je
veux parler des votes, ne comporte, comme on le montrera tout 
l'heure, qu'une _intelligente_ fort ordinaire[2]. Voici maintenant M.
Raoul Rochette qui vient, au commencement des Considrations, nous
faire un loge potique de ces difices qui charment et touchent
profondment, et qui ralisent  l'oeil et  l'esprit l'image de cette
Jrusalem cleste vers laquelle aspire la foi du chrtien. Et cependant
M. R. Rochette lui-mme, dans sa notice sur la Villa Pia de Rome[3],
s'lve contre le got aride et la triste nudit des glises gothiques.
Que dis-je (car il faut croire que le fauteuil acadmique permet de voir
les mmes objets sous des aspects bien varis)? tournez quelques pages
du manifeste, et vous verrez que ces monuments qui ralisent l'image de
la Jrusalem cleste, et que l'Acadmie voudrait voir perptuer, s'il
est possible, aussi longtemps que les glorieux souvenirs qui les
consacrent, aussi longtemps que vivra la langue et le gnie de la
France, ne deviennent plus que des productions qu'il est impossible de
justifier par les lois du got, etc., etc. Qui faut-il croire de M.
Quatremre ou de M. R. Rochette, de M. Rochette  la Villa Pia, ou de
M. R. Rochette au commencement ou  la fin du manifeste acadmique?

[Note 1: T. II, p. 320.]

[Note 2: (T. II, p. 675.) M. Quatremre de Quincy tait secrtaire
perptuel de l'Acadmie avant M. Raoul Rochette. Il ne faudrait pas
juger tout le Dictionnaire d'Architecture sur les citations que nous
venons de faire; tout le monde est d'accord pour rendre  cet ouvrage,
sur beaucoup de points, toute la justice qui lui est due.]

[Note 3: Voir les pages 133 et suivantes des _Annales
Archologiques_, t. I; septembre 1844.]

Suivons maintenant l'Acadmie, autant que possible, dans tous les
dtours de son manifeste. La tche est difficile, car les
Considrations sont le rsultat d'opinions tellement diverses, que M.
le secrtaire perptuel, malgr toute la souplesse de son talent, n'a pu
viter les nigmes et les contradictions.

Ces messieurs, toutefois, ont compris la position: il fallait faire la
part de l'opinion, ne pas choquer ds l'abord un public prvenu; il
fallait mnager mme certaines susceptibilits qui s'levaient dans le
sein de l'illustre corps. Aussi voyons-nous le manifeste commencer par
un paragraphe attendrissant sur l'intrt que MM. les membres de
l'Acadmie des Beaux-Arts prennent  l'architecture franaise des XIIme
et XIIIme sicles.

Aujourd'hui, (cela est bien heureux!) la raison demande, le got
conseille, et l'Acadmie veut que l'on rpare les glises gothiques,
avec ce respect de l'art qui est aussi une religion, ces difices sur
lesquels s'est si sensiblement appesanti le poids de huit sicles,
_joint  trois sicles d'indiffrence et d'abandon..._ Voil qui nous
semble hardi, TROIS SICLES D'INDIFFRENCE ET D'ABANDON! Eh!
messieurs, qui comptez bientt deux sicles d'existence, ne pouviez-vous
vouloir plus tt; ne sigez-vous pas pour protger les arts et les
monuments de votre pays; ne craignez-vous pas que les malveillants (il y
en a partout) ne pensent qu'il n'a pas tenu  vous que le quatrime
sicle d'abandon ne comment? Grce  Dieu, tout est sauv, l'Acadmie
veut qu'on rpare nos monuments gothiques!

    Allons, monsieur, suivez l'ordre que j'ai prescrit,
    Et faites le contrat ainsi que je l'ai dit.

Mais nous arrivons  l'endroit dlicat: Est-il convenable, est-il
possible de construire des glises qui seraient une singularit, un
anachronisme, une bizarrerie... des glises gothiques enfin?--Il faut
croire que ce mot gothique, que nous n'aimons gure, dont nous ne nous
servons que parce qu'il est consacr par l'usage, et que nous
abandonnerions volontiers si cela pouvait tre agrable  l'Acadmie,
cause des spasmes, des blouissements  l'illustre assemble. Aprs le
bel loge que nous avons lu, M. le secrtaire perptuel nous conduit 
Rome, pour nous dmontrer comme quoi l'architecture gothique n'est pas
une consquence du christianisme, puisque la grande mtropole chrtienne
ne l'a jamais admise sur son territoire; comme quoi Saint-Pierre est
une immense et superbe basilique, et enfin que l'architecture franaise
des XIIme et XIIIme sicles ne constitue pas  elle seule une rgle
absolue du gnie chrtien. Mais quel est l'homme srieux qui ait jamais
prtendu que le gothique rsumt  lui seul l'art chrtien? Ce que nous
demandons  tous, messieurs, c'est le retour  un art n dans notre
pays. Nous gommes par le 48 degr de latitude; est-ce pour nous qu'ont
t faites les basiliques de Rome ou d'Orient? Laissons  Rome ce qui
est  Rome,  Athnes ce qui est  Athnes. Rome, la reine du monde
chrtien, a eu le bon sens de garder son architecture. Rome n'a pas
voulu (peut-tre seule en Europe) de notre gothique, et elle a bien
fait; car, lorsqu'on a le bonheur de possder une architecture
nationale, le mieux est de la garder. Voil, messieurs, un exemple
qu'elle nous donne, cette Rome que vous vantez  bon droit, et cet
exemple en vaut bien un autre. Le christianisme n'a jamais t exclusif,
dites-vous; cela est vrai, le culte catholique est l'expression d'une
religion assez grande et assez belle, pour dire imposant partout. Mais
est-ce a dire pour cela qu'il doive s'accommoder de tout; qu'il soit
dispos  prendre pour temples, dans un mme diocse, des salles de
thermes et des basiliques antiques, des rotondes et des glises
byzantines, des croix grecques et des croix latines? Faut-il, parce que
ce culte a pu tre exerc dans des carrires et dans des ruines
antiques, le soumettre aujourd'hui  toutes les fantaisies qu'il plat
et qu'il plairait encore aux inventeurs d'architecture de lui imposer?
Quand nous avons chez nous, dans toutes nos villes, un art complet,
applicable, n sur notre sol, envi par toute l'Europe, un art qui vous
cause  vous-mmes des motions si vives, comment se fait-il que ce soit
prcisment celui-l dont vous ne vouliez pas? Serait-ce parce que ceux
qui, aprs tant d'efforts, ont su l'amener  sa perfection n'talent pas
de l'Acadmie des Beaux-Arts?... Vous nous permettez de le dpecer, cet
art, de prendre des bribes par-ci par-l, d'y mler d'autres lments
trangers, et d'en faire quelque chose pour notre usage. Mais cela
est-il possible? L'_unit_, messieurs, cette grande loi que les anciens
ont si bien su nous enseigner dans leurs crits, par leurs monuments, et
que vous-mmes vous avez prche, qu'en faites-vous? vous? C'est de la
conception d'un monument que dpend cette unit d'intention et de vues
qui doit devenir le lien commun de toutes les parties. Aussi faut-il
qu'un monument mane d'une seule intelligence, qui en combine
l'ensemble, de telle manire qu'on ne puisse, sans en altrer l'accord,
ni en _rien retrancher_, ni _rien y ajouter_, ni _rien y changer_[4].
Ce n'est pas moi qui parle, messieurs; c'est M. Quatremre de Quincy.
coutez encore ceci: On appelle ainsi (l'unit de systme et de
principes) celle qui consiste  ne point confondre dans le mme difice
certaines diversits qui sont le produit, chez diffrentes nations, d'un
principe originaire particulier, et de types forms sur des modles sans
rapports entre eux. Toujours M. Quatremre.

[Note 4: _Dictionnaire historique d'Architecture_, t. II, p. 636.]

Vous vous tiez faits paens, messieurs; aujourd'hui, serrs de prs par
l'opinion des gens qui ont tudi l'art national, vous vous faites
clectiques, et vous feriez, s'il le fallait, d'autres concessions 
nos principes pour viter d'tre franchement de votre pays. Vous jetez
votre plus prcieux bagage  la mer,  l'heure qu'il est; vous renoncez
 l'unit, pour sauver le vaisseau de l'Acadmie. Nous craignons que
vous ne sauviez rien, et que vous ne dtruisiez l'cole. Lorsque
l'Acadmie des Beaux-Arts installait franchement l'antiquit chez nous,
avec toutes ses consquences, il y avait au moins unit, harmonie dans
l'enseignement, dans les exemples et dans les rsultats. C'tait un art
dont la forme tait en dsaccord avec nos moeurs et notre climat; mais
c'tait un art admirable, sur lequel il tait ais de fonder un
enseignement. Aujourd'hui vous prchez l'anarchie, l'clectisme,
messieurs! Mais vous mettez le feu aux quatre coins de l'cole! Comment?
vous allez dire  vos lves (je vous cite): Recueillez dans le pass,
choisissez dans le prsent... Mais que choisir? vous rpondra-t-on.
L'Acadmie croit qu'avec cela nous aurons une architecture de notre
poque; nous aurons ce que nous avons depuis vingt ans, du dsordre.
Pour nous, le dsordre nous fatigue; nous n'en voulons plus, et, autant
qu'il dpendra de nous, nous le combattrons, qu'il vienne d'en haut ou
d'en bas. J'en appelle aux architectes qui font partie de l'Acadmie des
Beaux-Arts,  ceux qui ont construit toutefois; est-ce  l'aide de
thories aussi vagues que l'on lve un difice, est-ce avec des phrases
bien tournes que vous donnerez, ds le sol, un aspect d'_unit_  votre
monument? Une fois le crayon  la main, le papier devant vous, et les
ouvriers prts  excuter vos ordres, chercherez-vous cette pierre
philosophale introuvable, une architecture recueillie dans le pass...
choisie dans le prsent... qui ait une physionomie toute franaise...;
qui, avec toutes les ressources de notre ge, rponde  tous les besoins
de notre culte, et qui soit  la fois marque du sceau du christianisme
et du gnie de notre socit?  l'oeuvre! car c'est videmment l ce
que la raison conseille; c'est ce que demande l'intrt de
l'art.--C'est incontestable, messieurs! mais c'est ce que la plume peut
dire, et ce que le crayon ne peut faire. Pour lever quoi que ce soit,
ne ft-ce qu'une gurite, il nous faut un art arrt, coordonn par un
systme qui soit soumis  des principes et  des rgles
infranchissables. C'est pour avoir mconnu un instant ces rgles et ces
principes, en voulant mler l'architecture antique aux traditions du
moyen ge, que la Renaissance n'a produit que des oeuvres quelquefois
attrayantes, mais toujours btardes, et qui, de chute en chute, nous ont
conduits  l'anarchie, d'o vous ne nous aidez gure  sortir. Pour
Dieu, messieurs, reprenez l'antiquit pure si vous voulez, mais
n'appelez pas le dsordre pour nous combattre. En suivant les principes
mis dans le manifeste,  savoir, qu'il ne faut pas plus imiter le
sicle de Pricls que celui de saint Louis, qu'il est bon de prendre
partout dans le pass et le prsent pour crer un art comme si l'on
crait un art! l'Acadmie, pour tre consquente, aura donc demain, 
l'cole des Beaux-Arts, des professeurs d'architecture grecque, romaine,
gothique, de la renaissance, qui se critiqueront les uns les autres, qui
dtruiront leurs systmes rciproquement. On enseignera le mme jour, 
une heure de distance, la construction grecque et la construction
gothique; on dmontrera aux mmes lves comme quoi la plate-bande
l'emporte sur l'arc, et l'arc sur la plate-bande; et ce sera l crer un
art!--Misricorde! Si nos fils se font architectes, que deviendront-ils
dans cette tour de Babel? Voil o la terreur du gothique vous a
conduits, messieurs!... Est-ce  nous de vous rappeler  vos
convictions,  vos doctrines d'autrefois? Diviss en autant de sectes
qu'il y a de membres  l'Acadmie, un point seul vous trouve sinon
unanimes, du moins en majorit; c'est le mpris de la seule architecture
vraiment nationale; car, permettez-nous de vous le rpter, messieurs,
nous ne pouvons regarder comme bien sincre l'loge que vous en faites
au commencement de vos Considrations, puisque vous avez eu le soin
d'en diminuer toute la valeur quelques pages plus loin...

Oserons-nous exprimer un doute qui nous vient? Avez-vous eu le loisir
d'tudier cette architecture que vous proscrivez, d'en suivre tous les
dveloppements, d'en examiner les ressources? Je dois vous avouer que
les Considrations de l'Acadmie des Beaux-Arts ont mis quelque
incertitude dans notre esprit  cet gard. L'Acadmie (dites-vous),
aprs avoir entendu les observations particulires dictes 
quelques-uns de ses membres par la _connaissance profonde_ de l'art
qu'ils exercent, a pu se convaincre que, sous le rapport de la solidit,
les glises gothiques manquaient des conditions qu'exigerait aujourd'hui
la science de l'art de btir.

Nous ne voudrions pas faire de rapprochements fcheux, quoique
certainement la tentation soit forte; cependant la vrit est une si
belle chose que la dguiser dans certains cas est une honte. D'un ct,
voici des monuments qui durent depuis six ou sept cents ans, malgr un
climat destructeur, malgr trois sicles d'abandon, malgr des
restaurations souvent plus funestes que l'abandon mme, malgr les
incendies et les rvolutions; des monuments qui sont encore d'un usage
journalier, qui sont commodes, et ne demandent souvent que des
restaurations qui quivalent  un simple entretien.--Ces monuments-l ne
sont pas solides, ils manquent des conditions qu'exige aujourd'hui la
science de l'art de btir!--D'un autre ct, nous voyons des difices,
vritables carrires de pierre, qui ne sont levs qu'avec des moyens
factices, qui, lorsqu'on les examine avec soin, ne prsentent que des
armatures en fer, qu'une dcoration n'indiquant ni la nature, ni la
dimension des matriaux, qu'un assemblage monstrueux d'arcs portant des
plates-bandes suspendues  des chanes, de chapiteaux ou de corniches
composs de quatre ou cinq assises, de soffites forms de claveaux, de
contreforts dissimuls par l'paisseur uniforme et inutile des murs, de
votes sphriques masques sous des combles de basiliques, de clochers
portant  faux, de toits plats qu'il faut balayer par les temps de
neige...--Sont-ce l des monuments solides, parce qu'ils rsument la
science de l'art de btir aujourd'hui?--Je ne suis pas bien vieux, et
cependant il m'a sembl dj voir quelques-uns de ces monuments modernes
(entretenus du reste avec un soin tout particulier), chafauds pendant
des mois entiers,  l'effet de remplacer des dizaines de mtres de ces
grosses corniches dont la saillie exagre semble folie pour arrter les
eaux au lieu de les dverser. J'ai cru voir souvent quelques-unes de ces
colonnes, composes de centaines de rondelles, que des maons taient
occups  rejointoyer, frotter, huiler. Il m'a sembl parfois rencontrer
des conduites engorges dans l'paisseur des murs, et bon nombre de
plates-bandes appareilles billant sur la tte des passants. J'avais
cru de bonne foi que la science de l'art de btir aujourd'hui ne
valait pas celle d'autrefois; je me serai tromp, et j'en demande
humblement pardon aux membres de l'Acadmie, dont la connaissance
profonde de l'art de btir est trop peu contestable pour ne pas faire
loi en cette matire.

Mais poursuivons. L'Acadmie nous fait part d'une dcouverte curieuse.
Ceux (dit M. le secrtaire perptuel) qui admirent  l'intrieur
l'effet de ces votes si leves et en apparence si lgres (elles le
sont rellement, monsieur Raoul-Rochette), et qui se laissent aller, en
les contemplant,  l'effet d'une rverie pieuse et d'une disposition
mystique, ne se donnent pus la peine de rflchir que cet _agrable_
effet est acquis  l'aide de ces nombreux arcs-boutants et de ces
puissants contreforts...

Effectivement, nous qui admirons  l'intrieur l'effet de ces votes du
XIIIme sicle, nous n'aurions jamais rflchi que derrire ces
votes se trouvent des arcs-boutants, et nous remercions l'Acadmie
d'avoir attir notre attention sur ce phnomne. Un service en vaut un
autre, et nous sommes heureux de pouvoir faire part  M. Raoul-Rochette
d'une dcouverte non moins intressante que celle qu'il veut bien nous
signaler: c'est que toutes les plates-bandes des temples de Karnac sont
d'un seul morceau[5].

[Note 5: Nous ne voulons pas fatiguer nos lecteurs, en revenant sur
les trois ou quatre articles que nous avons dj publis dans les
Annales Archologiques sur les constructions des XIIme et XIIIme
sicles, et notamment sur arcs-boutants. L'Acadmie ne lit pas les
Annales; elle a bien pu croire de bonne foi avoir remarqu que les
arcs-boutants taient ncessaires  la stabilit des votes gothiques.]

L'Acadmie glisse d'ailleurs assez lgrement sur les prtendus vices de
construction des glises du XIIIme sicle. Ce n'est pas sur ce point
que l'attaque est la plus vive; puis il faudrait entrer dans des dtails
techniques, et l'on a pu voir que l'Acadmie, sur ce chapitre important,
a ses opinions arrtes d'avance... Ce n'est pas solide, parce que ce
n'est pas solide; la connaissance profonde de messieurs les
Acadmiciens nous tiendra lieu de preuve.

L'Acadmie des Beaux-Arts ne doit pas manquer, dans ses archives, de
procs-verbaux de dmolitions d'glises gothiques, elle doit donc savoir
mieux que nous si ces difices sont solides ou non.

Mais si l'Acadmie passe lgrement sur la construction gothique, il
n'en est pas de mme au sujet du got. Sur ce point (M. le secrtaire
perptuel ne prendra qu'en bonne part ce que nous allons dire, nous en
sommes convaincus) M. Quatremre de Quincy s'exprima plus hardiment que
le manifeste; il est vrai qu'il n'avait pas  mnager un sentiment
rpandu partout aujourd'hui, le retour vers notre art national. Aussi
l'Acadmie nous permettra-t-elle de le citer ici: Le genre de btisse
(dit-il) auquel on donne le nom de gothique, naquit de tant d'lments
htrognes, et prit naissance dans des temps d'une telle confusion,
d'une telle ignorance, que l'extrme diversit de formes, inspires par
le seul caprice, empcha tout vrai systme de proportion de s'introduire
dans une architecture qui n'exprime rellement  l'esprit, par le
mlange d'lments qui la constituent, que l'ide du dsordre[6].
L'Acadmie ne juge pas, dans ses Considrations le gothique d'une
manire aussi svre; cependant, si nous l'en croyons, l'architecture du
XIIIme sicle est un art qu'il est impossible de justifier par les
lois du GOT; qui ne prsente  l'oeil aucun systme de proportion. Tout
y est capricieux et arbitraire dans l'invention comme dans l'emploi des
ornements, et la profusion de ces ornements  la faade de ces glises,
compare  leur absence complte  l'intrieur, est un dfaut choquant
et un contre-sens vritable. Nous l'avons dj dit, il est difficile
rellement d'accorder l'Acadmie avec elle-mme. Comment supposer que
des difices qui produisent des impressions si vives de recueillement
et de pit, qui charment et touchent profondment, au point que la
froide raison ne peut dtruire un effet qui s'adresse au GOT et au
sentiment, comment supposer que ces difices puissent manquer  la fois
de proportions, de GOT et d'ordre? Ou les proportions, le got et
l'ordre sont des qualits que l'Acadmie seule a la facult de saisir,
ou ces qualits sont tellement conventionnelles qu'elles deviennent
inutiles, puisqu'on peut produire tant d'effet sans elles. Enfin,
qu'est-ce donc qu'un art qu'il est impossible de justifier par les lois
du GOT, et qui charme en produisant un effet qui s'adresse au GOT?

[Note 6: _Dictionnaire hist. d'Archit._, t. II, p. 475.]

Nous supplions l'Acadmie de nous rsoudre ce problme, qui est
au-dessus de notre intelligence. Ce n'est pas tout, M. le secrtaire
perptuel prtend que tout est capricieux et arbitraire dans
l'invention comme dans l'emploi des ornements gothiques du XIIIme
sicle. Or, arbitraire veut dire, si je ne me trompe, qui se fait
sans loi; sans systme. Eh bien! si nous examinons quelques instants une
glise du XIIIme sicle, nous verrons d'abord que toute la construction
est soumise  un systme invariable. Nous verrons l'ogive adopte pour
tous les arcs, pour toutes les votes; toutes les forces et les pousses
rejetes  l'extrieur; une disposition laissant  l'intrieur les plus
grands vides possibles. Nous verrons que les murs ne sont que de simples
remplissages, de vritables cloisons qui ne portent rien; que les
perons, les arcs-boutants et les contreforts, chargs seuls de soutenir
l'difice, ont toujours un aspect de rsistance, de force et de
stabilit qui rassure l'oeil et l'esprit; que les votes lgres,
construites en petits matriaux faciles  monter et  poser  une grande
hauteur, sont combines de faon  reporter la _totalit_ de leur poids
sur les piles; que les moyens les plus simples sont toujours prfrs;
que les _arcs ogives_ et _arcs doubleaux_, tracs sans exception avec
des arcs de cercle, n'exigent ni dchet de pierre, ni pures
compliques, ni _coupes_ difficiles; que tous les membres de ces
constructions, indpendants les uns des outres, quoique relis entre
eux, prsentent un ensemble d'une lasticit et d'une lgret bien
ncessaires dans des difices d'une aussi grande dimension. Si nous en
venons  nous occuper des proportions, nous verrons, n'en dplaise 
l'Acadmie des Beaux-Arts, qu'il y a toujours, dans chaque monument, un
rapport relatif entre la largeur et la hauteur des bas-cts, entre la
hauteur de ces bas-cts et celle de la galerie, entre la hauteur de la
galerie et celle des fentres suprieures; que les rapports de hauteur
et de largeur sont les mmes pour la nef et les bas-cts. Nous verrons
encore (et ceci appartient exclusivement  cette architecture) que la
proportion humaine y devient une loi fixe. Notre ami et collaborateur,
M. Lassus, disait dans les Annales Archologiques (avril 1845): Que
le monument soit grand, qu'il soit petit, toujours et partout vous
retrouverez la consquence du mme principe (la proportion humaine). Au
XIIIme sicle, les bases, les chapiteaux, les colonnettes, les meneaux,
les nervures, enfin tous les dtails sont exactement les mmes, dans la
grande cathdrale, comme dans la simple glise de campagne, et cela
parce que dans tous ces monuments l'homme seul sert toujours d'unit, et
que l'homme ne peut se grandir ni ne diminuer. Vraiment il faut tre
aveugle pour ne pas tre frapp de ce principe si vrai, si juste, qui
fait que nos cathdrales paraissent grandes parce qu'elles sont grandes,
que nos chapelles paraissent petites lors qu'elles sont petites, enfin
que tous nos monuments donnent rigoureusement, mathmatiquement, l'ide
de ce qu'ils sont rellement. Nous le demandons, n'y a-t-il pas l un
systme de construction et de proportion? Et si nous en venons aux
ornements des monuments du XIIIme sicle, ne les verrons-nous pas
soumis  deux lois fixes: la premire, qui est l'imitation de la
vgtation locale; la seconde qui restreint invariablement la dimension
de ces ornements aux dimensions des matriaux de notre pays. O est
donc, en tout ceci, le caprice et l'arbitraire? Nos lecteurs nous
pardonneront de revenir ici sur des sujets que nous avons dj traits
longuement, et avec lesquels ils sont familiers; mais l'Acadmie n'a
probablement pas eu l'occasion d'observer tous ces faits, et c'est
pourquoi nous avons cru devoir insister sur ce point.

Que M. le secrtaire perptuel ne nous lise pas, cela est trop naturel;
mais il y a plus d'un an que l'un des collgues de M. Raoul-Rochette, 
l'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, M. Vitet, dans sa Notice
sur la cathdrale de Noyon, disait: L'ornementation du XIIIme sicle
se distingue de celle des XIVme et XVme sicles, au moyen
d'indications plus prcises que celles qui servent  classer
chronologiquement la dcoration des difices antiques... Pour nous, loin
d'tre un plagiat et une oeuvre de draison, l'ornementation du XIIIme
sicle est une des crations les plus originales, les plus spontanes,
les plus imprvues de l'esprit humain, en mme temps qu'une de ses
oeuvres les plus raisonnables et les plus mthodiques... L'art du
XIIIme sicle n'imite presque exclusivement que des vgtaux: plus
d'oves, plus de perles, plus de rais-de-coeur;... l'ornementation
devient essentiellement vgtale. Ce n'est pas tout; au lieu d'idaliser
les vgtaux, comme on l'avait fait jusque-l, au lieu de leur prter
une forme conventionnelle, en harmonie avec le caractre des monuments
antiques, on les copie purement et simplement, on les calque d'aprs
nature;... ce n'est plus en Grce ou en Italie que l'on cherche des
modles, mais dans nos forts et dans nos champs... Jamais ces vgtaux
modestes n'avaient reu tant d'honneur...

Nous ajouterons ici que bien que les ornements du XIIIme sicle soient
imits de la vgtation de nos forts et de nos champs, ils n'en sont
pas moins soumis  certaines conventions architectoniques,  certaines
lois de got et de style, qui les font distinguer  la premire vue des
ornements des XIVme et XVme sicles. Il en est de mme des moulures,
des profils, et de tout ce qui contribue  la dcoration des difices de
ces poques. Ces monuments sont si peu abandonns dans leur ensemble,
comme dans leurs dtails, au caprice et  l'arbitraire, que, pour
celui qui les a tudis, il ne peut y avoir d'incertitudes dans leur
classement chronologique. Les faits perlent d'eux-mmes; les monuments
sont l, et nous voudrions que l'Acadmie des Beaux-Arts ft plus
d'attention aux faits lorsqu'ils ont cette importance. Il nous faut
faire remarquer encore, quoi qu'il nous en cote, que le manifeste de
l'Acadmie confond tous les styles.  propos du gothique du XIIIme
sicle, on nous a jet  la tte l'ornementation luxuriante du XVme
sicle; voici maintenant que l'Acadmie fait le procs aux statues du
XIIme, ces figures, si longues, si maigres, si roides,  cause du
champ troit qu'elles occupent et qui tient  l'emploi gnral des
formes pyramidales!

Je ne sais si nos lecteurs prouvent le mme sentiment que moi; mais,
par moments, le dcouragement me prend. Aprs tous les efforts tents
depuis vingt ans pour faire, je ne dirai pus reproduire, mais tudier,
regarder la statuaire du XIIIme sicle; aprs tant d'ouvrages publis 
grands frais, soit par le gouvernement, soit par des particuliers,
songer qu'il est un corps enseignant,  la tte des arts en France, qui
n'a rien vu, rien tudi, mlant tous les styles et tous les ges, oui,
cela parfois dcourage les gens les plus convaincus, les plus dcids 
lutter. Que diriez-vous, messieurs, si l'un de nous prtendait ne juger
la statuaire grecque que sur les bas-reliefs de Slinonte, ou sur ceux
du Bas-Empire? si, passant sous silence l'poque de Phidias, nous nous
laissions aller  nous gayer sur les figures immobiles et souriantes
des mtopes des temples siciliens, ou  tonner contre la sculpture molle
et lche des sarcophages du IVme sicle? Vous vous soulveriez contre
notre ignorance, ou vous nous accuseriez peut-tre de mauvaise fol; et
vous auriez raison. La statuaire ne s'apprcie pas comme la construction
d'un difice, laquelle peut se dmontrer mathmatiquement; il est, dans
bien des cas, difficile de prouver qu'une statue est belle; car une
statue peut, tout en reproduisant fidlement la nature, n'tre cependant
qu'une oeuvre misrable; elle peut aussi reprsenter irrgulirement la
forme humaine, et n'en tre pas moins empreinte de ce parfum d'art et de
got que l'on est convenu d'appeler _styl_. Lorsque la statuaire runit
 une imitation, non pas minutieuse, mais large et choisie de la nature,
cette posie  laquelle tout le monde est sensible, il nous parat alors
que son oeuvre est belle. Dire qu'aujourd'hui la vrit est la premire
condition de l'imitation, et la nature le seul type de l'art, cela nous
parat une thorie trange dans la bouche d'un acadmicien, qui n'a
pas encore admis parmi les statuaires M. Curtius, l'auteur des plus
fidles imitations de la nature. Tel n'est cependant pas le but de
la sculpture, qui serait ainsi borne  ne faire aujourd'hui que des
messieurs en frac. Les Grecs n'ont imit la nature que jusqu' un
certain point de vrit qu'ils n'ont jamais dpass; donc nos artistes
dsapprendraient, suivant l'Acadmie, s'ils faisaient de la sculpture
comme les Grecs. Il faut tre logique, tout acadmicien qu'on soit. Que
l'on prfre un moulage sur nature  un buste de Phidias, un
daguerrotype  un portrait de Raphal, cela se comprend de la part d'un
ignorant; mais il faut d'autres principes pour apprcier une oeuvre
d'art. Nous ne sommes pas extravagants au point de prtendre que le
tympan de la porte de la Vierge, au portail de Notre-Dame de Paris, soit
prfrable aux bas-reliefs du Parthnon; mais certainement, pour qui
sait voir, il y a dans ces deux oeuvres, si diffrentes de caractres et
de pense, une origine pareille qui conduit  un rsultat analogue;
l'imitation de la nature, soumise  un rhythme,  un style enfin. Que
nos artistes actuels ne puissent en venir l, hlas! qui le sait mieux
que nous? mais il n'y a pas lieu de s'en vanter. Que vous prtendiez,
messieurs, que personne aujourd'hui ne parle en vers alexandrins, nous
en conviendrons; mais si vous ajoutez que nos littrateurs seraient
forcs de dsapprendre ce qu'ils ont tudi, de se dtacher du modle
vivant, pour arriver  parler comme Corneille, vous nous laisserez
dsirer que ces hommes de lettres en question en sachent un peu moins.
Pour faire croire aujourd'hui, messieurs, que l'on ne sent rien dans la
statuaire gothique qui accuse la nature, il faudrait avoir dtruit tous
les manuscrits du XIIIme sicle; et il en reste encore assez pour que
nous engagions l'Acadmie tout entire  se transporter  Chartres, ou 
Amiens, ou  la cathdrale de Paris, ou mme  la Sainte-Chapelle, qui
se trouve plus rapproche de l' Institut. Dans ces quatre monuments (et
j'en passe), l'Acadmie pourrait se faire indiquer, de peur de mprise,
quelques milliers de figures du XIIIme sicle, qui ne sont ni maigres,
ni longues, ni roides; qui n'occupent pas de champ troit, et ne sont
nullement soumises aux formes _pyramidales_. Les chefs-d'oeuvre sont
rares dans tous les temps, et nous ne prtendons pas donner toutes les
figures du XIIIme sicle comme des productions irrprochables; mais,
certes, s'il est une poque, aprs celle des Grecs, qui ait possd une
cole puissante et vraiment digne de ce nom, c'est bien le XIIIme et le
XIVme sicles: vous trouverez des figures plus ou moins bien excutes,
plus ou moins rgulires, jamais insignifiantes, ni comme pense, ni
comme style, et souvent, trs-souvent d'admirables chefs-d'oeuvre qui
pourraient enseigner beaucoup de choses  nos statuaires, si nos
statuaires voulaient prendre la peine de les regarder.

Cette longue digression,  propos de la sculpture gothique, me ramne 
cette phrase du manifeste de l'acadmie; Tout y est capricieux et
arbitraire, dans l'invention comme dans l'emploi des ornements.
Comment! ces grands portails, si bien disposs pour accueillir et
laisser couler la foule, sont orns capricieusement? Cette porte
centrale avec le Dieu-Homme au centre, les douze aptres et les
attributs des quatre vanglistes autour de lui, les vierges sages et
les vierges folles  droite et  gauche, le dragon sous ses pieds, le
Jugement dernier sur sa tte; plus haut le Christ encore, mais
ressuscit, assis sur le monde, entour d'anges qui portent les
instruments de la passion; sa mre divine et saint Jean qui l'adorent;
dans ces voussures, des myriades d'anges d'abord, l'enfer  la gauche du
Rdempteur; puis les martyrs, les prophtes; tout cet abrg des
mystres de la religion catholique se trouve tre un pur effet du
hasard, un caprice! Vous plaisantez, messieurs, je le suppose, et
rependant cela ne prte gure  la plaisanterie. Quant  la nudit que
vous reprochez  l'intrieur de nos glises, si nos glises avaient une
voix, messieurs, voici ce qu'elles rpondraient; Qui donc nous a
dpouilles, badigeonnes, racles? Qui donc,  Notre-Dame de Paris, a
bris l'admirable clture du choeur, dont quelques fragments nous
restent comme tmoins accusateurs? Qui donc a enlev cet autel entour
de ses reliquaires, ces stalles du XIVme sicle, et ces tombeaux, et
ces monuments votifs, et ces tables de bronze sous lesquelles les
anciens vques de Paris espraient laisser leurs cendres tant que le
monument serait debout? Qui donc a dtruit toutes nos verrires? 
Chartres, qui donc a jet bas, pour en faire des dalles, le beau jub du
XIIIme sicle? qui donc a pltr tout le choeur avec des bas-reliefs en
stuc? Qu'a-t-on fait de nos retables, de nos piscines, de nos crdences,
de nos autels?... L-dessus, messieurs, n'invoquez pas les souvenirs;
je crois qu'un de mes amis vous l'a dj dit, on n'insulte pas ceux
qu'on a tus[7].

[Note 7: _Annales archologiques_, vol. I, p. 433.]

On serait tent de croire que M. le secrtaire perptuel n'a jamais vu
de vitraux que dans les kiosques et les chalets des environs de Paris;
que l'on en juge; Il en serait de mme de la peinture, qui aurait de
plus  lutter contre le jour faux produit par les vitraux _coloris_, et
qui verrait tout l'effet de ses tableaux dtruit par cette _illumination
factice_. Lorsque messieurs les membres de l'Acadmie voudront nous
faire l'honneur de visiter la Sainte Chapelle, ils pourront s'assurer
que les vitraux ne produisent pas de jour faux, et qu'ils ne nuisent en
rien  la peinture, je veux dire  la peinture monumentale, car je ne
parle pas des tableaux accrochs; quant  ceux-ci, nous prfrerons
toujours, de toute manire, les rencontrer dans une galerie que pendus
gauchement dans une glise o on ne les voit jamais, grce au luisant du
vernis et  bien d'autres causes qu'il n'est pas ncessaire de signaler
ici.

Voici venir la proraison; Maintenant que l'architecture gothique est
morte au sein mme de la civilisation qui l'avait produite,
entreprendra-t-on de faire revivre de nos jours ce qui a cess d'exister
depuis quatre sicles? Mais o sont, encore une fois, les lments d'une
rsurrection pareille, inoue jusqu'ici dans les fastes de l'art? (Et
la Renaissance, messieurs, qu'en faites-vous?) O en est la raison, o
en est la ncessit, dans les conditions de la socit actuelle?--Il
est vrai, Messieurs, que nous avons un art tellement arrt, une cole
dirige avec tant d'unit, une architecture, que dis-je une! dix
architectures si conformes  nos besoins! nous sommes tous tellement
d'accord sur les principes! qu' votre avis, il est inutile de chercher
 rentrer dans un systme appropri  nos matriaux et  notre climat, 
nos moeurs et  notre religion. Nos glises modernes, dont les unes
ressemblent tant bien que mal  des basiliques antiques, les autres 
des salles de thermes, nos monuments  toits plats,  portiques ouverts
 tous vents,  plates-bandes enfiles dans des barres de fer; ces
glises qui n'osent montrer leurs fentres  l'extrieur, de peur de ne
pas ressembler assez  un monument antique, sont-elles donc assez
conformes  notre climat,  nos matriaux,  nos usages, pour qu'il n'y
ait pas ncessit de rentrer dans une voie plus vraie? Il ne faut
cependant, dites-vous, refaire ni le Parthnon, ni la Sainte-Chapelle...
Ceci devient plus embarrassant; qu'allons-nous donc faire? Que
serons-nous donc, puisque le grec et le franais nous sont interdits? M.
le secrtaire perptuel rpond: Il faut tre _original_, en puisant
dans les modles _antiques_ tout ce qui peut se convertir  des besoins
nouveaux. Voil ce qu'ont fait les Jean Bullant, les Philibert Delorme,
etc., sous la main desquels l'architecture prit une physionomie
franaise. Ainsi, il faut tre original en interprtant l'antique, de
la mme faon que l'ont fait les Jean Bullant... etc. Mais, messieurs,
puisque les Philibert Delorme, les Pierre Lescot ont dj fait une
imitation de l'antique, il devient d'autant plus difficile d'en faire
une seconde, maintenant que la place est prise; puis l'antique est bien
loin de nous; puis l'originalit des architectes de la Renaissance
pourrait tre conteste; pourquoi donc n'essaierions-nous pas d'tre
_originaux_ en nous assimilant, si l'on peut ainsi dire, tout ce que
nous emprunterions  l'art franais du XIIIme sicle? Quand nous
laisserions dormir la Renaissance que vous invoquez, il n'y aurait pas
grand mal. La Renaissance, avec ses anarchiques et splendides
dviations, comme le dit si heureusement M. Victor Hugo, ne nous
parat pas le meilleur exemple  suivre. Le gothique tant perverti, la
Renaissance s'est servie de l'antique. Aujourd'hui la Renaissance est
use  son tour; eh bien, nous voulons nous servir du gothique. Qu'y
a-t-il l d'inou? n'est-ce pas au contraire conforme  la marche
ordinaire des choses de ce monde? n'est-ce pas une consquence naturelle
de ce retour sincre aux ides chrtiennes DONT ON SE FLATTE?

D'ailleurs, messieurs, vous l'avez dit, une architecture que l'on
respecte comme une oeuvre d'art _impossible_  reproduire, ne doit tre
ni copie, ni imite; et pour nous l'architecture antique est dans ce
cas. S'il est un art _impossible_  reproduire aujourd'hui, c'est bien
celui qui est n sous un autre climat, sous l'influence de moeurs
particulires, et d'une religion diffrente de la ntre; aussi
permettez-nous de vous renvoyer la phrase qui prcde votre conclusion,
si conclusion il y a. C'est parce que nous aimons, c'est parce que nous
comprenons les difices (antiques), que nous ne voulons pas d'une
IMITATION MALHEUREUSE, qui ferait perdre  ces monuments sacrs du culte
(des anciens) l'intrt qu'ils inspirent, en les faisant apparatre,
sous cette forme nouvelle, dpouills du caractre auguste que la
vtust leur imprime, et privs du sceau de la foi qui les leva. Nos
lecteurs sont pris de remarquer que ce passage est reproduit
textuellement, si ce n'est que M. le secrtaire perptuel l'applique,
non point aux difices antiques, ainsi que j'ai cru devoir le faire,
mais bien aux monuments catholiques. Il rsulte de l que l'Acadmie ne
peut pas supposer un instant que les populations qui font aujourd'hui
lever des glises, puissent _sceller_ ces monuments de leur _foi_,
prives du sceau de la foi qui les leva. Parlez pour vous, messieurs,
s'il vous plat; et respectez la foi des autres. Un critique, un pote,
un historien, peuvent porter un jugement sur ces matires; cela n'a
nulle importance, un autre rectifiera le lendemain la pense du premier.
Mais un corps enseignant au milieu de l'tat, en France, qui pense
qu'_on se flatte_ de revenir sincrement aux ides chrtiennes; que
des villes qui btissent des glises ne peuvent plus les sceller de
leur foi, voil qui est trange... Au reste, ne prenons pas la chose au
srieux; car,  la fin de votre conclusion, nous trouvons cette phrase:
Et qui empche, dites-vous, nos architectes modernes de faire de mme
que ceux de la Renaissance, en levant, avec toutes les ressources de
notre ge, des monuments qui rpondent  tous les besoins de notre
culte, et qui soient  la fois marqus du sceau du christianisme et du
gnie de notre socit? Voil le sceau retrouv, et nous sommes tous du
mme avis. Prenons pour modles les artistes de la Renaissance;
seulement, comme il ne faut pas toujours aller puiser  la mme source,
nous allons non pas copier, mais imiter les arts du XIIIme sicle,
d'autant qu'il n'y a pas grand effort  faire pour concilier les
monuments de cette poque avec tous les besoins de notre culte; car le
culte n'a pas chang, et ces difices sont tous marqus du sceau du
christianisme, qui n'a pas chang non plus, que je sache, depuis le
XIIIme sicle.

Nos lecteurs, dj au fait de toutes ces questions, trouveront peut-tre
que nous dfendons une cause gagne, et que nous nous escrimons dans le
vide. Cependant il y a en tout ceci une chose utile, c'est que la vrit
se fait jour, et qu'il n'y aura que les gens intresss  ne pas la voir
qui chercheront  l'touffer. Les hommes de bonne foi finiront par
s'entendre, et alors disparatront les petites susceptibilits d'cole
qui les sparent encore. L'Acadmie nous demande o est la main
puissante qui peut soulever une nation entire au point de la faire
rtrograder de quatre sicles en arrire. Cette main, c'est celle de la
vrit; cette force, c'est celle du bon sens. Et que l'Acadmie des
Beaux-Arts ne croie pas que cela pourrait arriver; cela est, et nous
nous en flicitons, car ce n'est pas rtrograder que d'abandonner ces
constructions qui ne sont ni antiques ni modernes, en dsaccord avec
notre climat, nos habitudes et notre caractre national, avec notre
religion et nos moeurs. Ce qui soulve et soulvera une nation entire,
messieurs, c'est votre long ddain pour ces monuments que vous louez
aujourd'hui du bout des lvres, et comme pour faire la part de
l'opinion; c'est votre mpris superbe pour ces difices vraiment
nationaux, que ni l'engouement de la Renaissance pour l'antique, ni
l'orgueil de Louis XIV qui repoussait tout ce qu'il n'avait pas lev,
ni l'indiffrence du sicle dernier, n'ont pu anantir ou sur notre sol,
ou dans les souvenirs du peuple. Vous aurez beau faire, ce peuple se
croira toujours mieux baptis, mieux mari dans une glise gothique que
dans une basilique romaine. Non, messieurs, vous ne l'arrterez pas ce
flot de l'opinion qui monte toujours; cette digue, que vous tentez de
lui opposer, le fera dborder plus violent, plus rapide et plus
envahissant. Nous verrons longtemps encore faire de tristes et fcheuses
tentatives; nous le savons, nous nous y attendons. Mais nous
poursuivrons notre route, parce que nous sommes convaincus; parce que,
si le gnie ne nous accompagne pas (c'est un compagnon difficile 
rencontrer), du moins nous marchons cte  cte avec le bon sens. Nous
levons et nous lverons des glises franaises du XIIIme sicle,
parce que nous sommes indigns de voir plier le culte, en France,  des
dispositions monumentales pilles  l'antiquit ou  l'Italie du moyen
ge[8]; parce que nous sommes fatigus de voir tant de fcheuses copies
qui ont failli loigner les architectes de l'tude si ncessaire de
l'antique; parce qu'enfin nous sommes dgots de fouiller vainement
parmi des thories tantt absolues, tantt rationnelles, et d'tre
ballotts du Romain  la Renaissance, et du Grec au Bas-Empire. Vous
n'avez pas pris la chose au srieux, messieurs; vous nous avez regards
comme des enfants qui jouent  la poupe, et qui, par caprice ou par
_amusement_, veulent btir des chteaux ou des glises gothiques. Non,
messieurs, donnez-nous un ART logique, beau de forme, on laissez-nous
reprendre le seul qui ait runi au plus haut degr ces deux qualits,
chez nous, sur notre sol, quand il n'a pas t mutil par l'ignorance
ou la barbarie. Ce ne sont pas des thories vagues qu'il nous faut;
c'est un art _adulte_. Mais o est-il?--La Renaissance vous le fournira,
direz-vous.--Que de dtours, mon Dieu, pour ne pas revenir nettement et
franchement  notre vieil art franais! Dans votre pense, messieurs,
vous comparez toujours le XVme sicle au XVIme, et vous dites alors:
La Renaissance est un progrs! Donc la marche adopte par les artistes
de cette poque est celle qui doit tre suivie. Certes, s'il fallait
absolument choisir entre ces deux arts, celui du XVme sicle ou celui
du XVIme, peut-tre donnerions-nous la prfrence au dernier. L'art
gothique, corrompu  la fin du XVme sicle, n'tait plus viable.
L'_ignorance_, rsultat de longues luttes et de commotions violentes,
avait fait perdre  notre art national sa raison, son systme. Ce
n'tait plus alors qu'une tradition expirante; le principe de cet art
tait touff sous l'enveloppe la plus complique sans motifs, la plus
surcharge de dtails sans signification. Il fallait en revenir  ce
principe, ou chercher de nouvelles inspirations dans un autre art;
l'antiquit fut adopte avec plus d'enthousiasme que de rflexion. Il y
avait  choisir entre trois partis: le retour  l'art national dans sa
puret, l'adoption d'une forme antrieure (l'art romain), enfin
l'clectisme. Il n'y avait alors que ces trois routes ouvertes aux
architectes, et il n'y en a pas plus aujourd'hui. Des hommes comme
Philibert Delorme avaient trop de bon sens, taient trop praticiens pour
prcher l'clectisme; les dfauts qui les avaient frapps dans la
dcadence de l'art gothique les empchaient de remonter au principe de
cet art, et d'ailleurs, il n'est pas dans la nature de l'esprit humain
de revenir  un systme, quelque bon qu'il soit, quand on a vu les
rsultais de sa corruption. Ces grands artistes prirent franchement
l'antique pour modle; ils l'tudirent, et crurent sincrement faire de
l'architecture romaine. Il n'y a qu' lire ce qu'ont crit les
architectes de ce temps pour s'en assurer.

[Note 8: Nous ne comprenons pas pourquoi l'Acadmie des Beaux-Arts,
qui s'est fait si peu de scrupules de ne tenir aucun compte des besoins
du culte catholique, dans les glises bties depuis une centaine
d'annes, est aujourd'hui si susceptible  l'endroit des minimes
diffrences qui existent entre le culte du XIIIme sicle et le ntre.]

Il se prsentait alors peu d'glises  construire; la dformation tait
imminente. D'ailleurs le sol tait couvert d'difices religieux des
XIIme, XIIIme et XIVme sicles. Et cependant veuillez bien observer,
messieurs, que les architectes de la Renaissance et du XVIIme sicle,
lorsqu'ils ont lev des glises, ont toujours suivi le plan et la
structure des glises franaises du XIIIme sicle. Saint-Eustache est
un monument du XIIIme sicle mal construit, et choquant par son manque
d'unit. Ces bas-cts d'une lvation inutile, ces piles formes d'un
amalgame de pilastres et de colonnes qui s'enchevtrent sans raison, ces
votes  nervures croises dans tous les sens et qui n'indiquent plus la
vritable construction, ces clefs pendantes accroches  la charpente,
ces fentres d'une proportion dsagrable et qui semblent avoir de la
peine  trouver leur place au-dessus de ce petit triforium que l'on
prendrait plutt pour une balustrade que pour une galerie, ces meneaux
dont les formes molles n'indiquent ni une construction de pierre, ni une
construction de bois, ces arcs-boutants concaves  l'extrados, toutes
ces combinaisons sans motifs, et qui (c'est ici le cas de le dire)
paraissent tre bien plutt le produit du caprice que celui de la
rflexion, sont-elles un progrs? L'lment antique ajoute-t-il, dans ce
cas, quelque chose  la belle disposition du plan qui est du XIIIme ou
du XIVme sicle? Nous ne le croyons pas. Saint-Sulpice, cette glise
mme, n'est-elle pas encore un difice tout gothique comme plan et comme
disposition gnrale, mais grossirement construit, sans nulle
connaissance de la force et de l'emploi des matriaux? L'lment antique
ne joue-t-il pas l un misrable rle? Mais au moins cet difice, sauf
la grosseur immodre de ses piles intrieures, est-il encore commode,
appropri au culte; et pourquoi? si ce n'est parce qu'il a conserv la
forme ancienne des glises franaises, et qu'il n'est ni une salle de
thermes, ni une basilique romaine, ni une glise orientale. Laissez-nous
donc revenir  notre art, messieurs, plutt que de vouloir nous
replonger dans le dsordre et l'anarchie, au moment o nous tchons d'en
sortir. N'embarrassez pas le pouvoir, qui n'est pas artiste, ne
rectifiez pas l'opinion par une profession de foi qui ne constata que
votre impuissance; mais donnez-nous un art logique et complet, qui
remplisse surtout les conditions d'unit que demande la socit
d'aujourd'hui. Si vous ne le pouvez pas, si vous ne vous guidez que par
des thories striles, ne trouvez pas mauvais que, lorsqu'il s'agit
d'lever des difices durables, nous prenions pour modles des types
consacrs par un long usage et qui sont admirables, de votre propre
aveu, plutt que de nous mettre  la recherche d'un art nouveau, ou de
continuer  copier pniblement des monuments antiques que repoussent
notre climat, nos matriaux, notre religion et nos usages modernes. Pour
former un art nouveau, il faut une civilisation nouvelle, et nous ne
sommes pas dans ce cas. L'architecture est de tous les arts celui qui
procde le plus par transition, et cela est tout simple; mais quand il a
corrompu les types, et qu'il les a laisss perdre, il faut qu'il
retourne en arrire, qu'il revienne  sa source. Cela est fcheux,
personne de nous ne le conteste; mais il n'y a pas d'autre moyen de
sortir du dsordre, rsultat de l'oubli de toutes les traditions. Nous
nous contentons des essais que nos prdcesseurs ont faits depuis
bientt cent ans; trop modestes pour croire que nous serions plus
habiles, ou plus heureux, nous regardons comme plus sens de revenir
franchement  un art qui nous parat tre le seul encore applicable 
nos usages, le seul conforme  nos moeurs. Ce n'est pas dire que nous
voulions immobiliser l'art de l'architecture en France; ce serait
folie que d'y songer. Non, messieurs, ne nous prtez pas des ides
extravagantes, pour vous donner le plaisir de les rfuter
victorieusement. Nous demandons que notre architecture du XIIIme sicle
soit d'abord tudie par nos artistes, mais tudie comme on doit
tudier sa langue, c'est--dire de faon  en connatre non-seulement
les mots, mais la grammaire, et l'esprit. Nous demandons que
l'enseignement officiel entre dans cette voie; que l'tude de
l'antiquit ne devienne que ce qu'elle aurait toujours d tre,
l'_archologie_, et l'tude de l'architecture franaise au XIIIme
sicle, l'_art_. Nous ne poserons pas des bornes pour cela (nul pouvoir
humain ne le pourrait); mais, partant d'un art dont les principes sont
simples et applicables dans notre pays, dont la forme est belle et
rationnelle  la fois, nos architectes auront assez de talent pour
apporter  cet art les modifications ncessites par des besoins
rcents, par des coutumes nouvelles. Le principe une fois enseign, mais
sans restrictions, laissez faire  chacun; dans notre pays, au milieu de
l'activit et de l'industrie moderne, cet art national ne tardera pas 
progresser. Vous commencerez par avoir des copies; cela est invitable,
cela est ncessaire mme pour connatre toutes les ressources de
l'architecture gothique. Nous dirons plus, vous aurez probablement de
mauvaises copies (nous ne sommes pas  cela prs d'un mchant monument
de plus ou de moins); mais le principe tant bon, l'art type inpuisable
d'enseignement, les artistes en auront bientt saisi le sens; leurs
copies alors deviendront intelligentes, raisonnes, et enfin
l'architecture nationale, tout en conservant son unit, sa _racine_
toute franaise, pourra se perfectionner aussi bien que la langue l'a
dj fait. Quel est le rle de l'Acadmie franaise, messieurs? Ce n'est
pas de nous faire savoir si le latin l'emporte sur la franais, ou le
sanscrit sur le grec. Elle conseille, elle encourage l'tude des langues
trangres; mais son rle c'est de garder le dpt de la langue. C'est
l ce qui lui donne une immense importance, non-seulement en France,
mais en Europe. Nous ne parlons plus comme au XIIIme sicle, mais
cependant ne nous servons-nous pas toujours de la mme langue?

Nous n'en sommes pas encore  savoir quelles sont les modifications que
le gnie moderne apporterait  notre art national; il faudrait d'abord
que nous fussions pntrs de cet art, et c'est  ce but que tendent
tous nos efforts. Un jour, nous l'esprons, l'Acadmie des Beaux-Arts
deviendra aussi la gardienne du vieil art franais, et saura empcher
que le principe n'en soit corrompu, sans pour cela laisser tomber les
monuments btards qui ont t construits en France depuis trois cents
ans. Elle dira, en parlant du _Val-de-Grce_ et du _Dme des Invalides_,
que l'on rpare donc ces difices, qu'on les rpare avec ce respect de
l'art qui est aussi une religion, c'est ce que demande la raison, c'est
ce que veut l'Acadmie... Si le XIIIme sicle eut fond l'Acadmie,
notre art national ne se serait pas perdu. Gardienne svre des types
anciens, l'Acadmie n'et pas laiss altrer cette belle architecture de
saint Louis; elle n'et pas permis  l'archologie antique d'empiter
sur l'art moderne. S'il est une chose que nous puissions reprocher  ce
grand sicle, qui a tant produit, c'est ce funeste oubli.






End of the Project Gutenberg EBook of Du style gothique au dix-neuvime
sicle, by Eugne-Emmanuel Viollet-le-Duc

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU STYLE GOTHIQUE AU ***

***** This file should be named 18919-8.txt or 18919-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/1/8/9/1/18919/

Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
Proofreaders Europe team at http://dp.rastko.net


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

*** END: FULL LICENSE ***

