The Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en
tous genres, by Jean-Sbastien-Eugne Julia de Fontenelle

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Title: Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres

Author: Jean-Sbastien-Eugne Julia de Fontenelle

Release Date: July 11, 2006 [EBook #18806]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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                              MANUEL COMPLET
                               DES FABRICANS
                                DE CHAPEAUX
                              EN TOUS GENRES

     Tels que feutres divers, schakos, chapeaux de soie, de coton et
     autres toffes filamenteuses, chapeaux de plumes, de cuir, de
     paille, de bois, d'osier, etc., mis au niveau des progrs des arts
     chimiques, et enrichi de tous les brevets d'invention qui ont t
     pris sur la fabrication des chapeaux.

                      PAR MM. CLUZ. et F. FABRICANS,

                                   ET

                          M. JULIA DE FONTENELLE

                           PROFESSEUR DE CHIMIE,
                  MEMBRE DE LA SOCIT D'ENCOURAGEMENT
                    POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, ETC.



                                  PARIS,
                 A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPDIQUE DE RORET
             RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE LA RUE DU BATTOIR.
                                   1830.








                             A M. B. ANGLES,
                        SOUS-INTENDANT MILITAIRE.
           Chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et membre
             correspondant de la socit Linnenne de Paris.

                                SOUVENIR
                       D'UNE VIVE RECONNAISSANCE,
                                   ET
                  TMOIGNAGE  DE LA PLUS HAUTE ESTIME
                        ET D'UNE SINCRE AMITI.

                          JULIA DE FONTENELLE.






                              INTRODUCTION.


     La fabrication des chapeaux est une des branches de l'industrie qui
     exige le plus l'application des progrs de la chimie. Cette
     fabrication embrasse une foule d'oprations diverses dont quelques
     unes rclament de nombreuses amliorations, tant sous le rapport de
     l'art que sous celui de la sant des ouvriers. Nous nous bornerons
      parler de l'opration connue sous le nom de _scrtage_, qui se
     pratique au moyen du nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est
     un poison violent; aussi les vapeurs et les particules qui se
     dgagent des poils sont-elles trs nuisibles aux ouvriers. Les
     procds de teinture sont loin aussi de rpondre  ce qu'on devait
     attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques. Il est en
     effet dmontr qu'on obtient souvent des noirs qui, avec le temps,
     tournent au bronze, au brun, et mme au rougetre. On attribue
     gnralement ce grave inconvnient au sulfate de fer, auquel on a
     propos de substituer le tartrate, et mieux encore l'actate de ce
     mtal. La Socit d'encouragement pour l'industrie nationale, dont
     l'oeil vigilant se porte sur toutes les branches des arts
     chimiques, conomiques, mcaniques et industriels, qui rclament
     les bienfaits des sciences, n'a pas manqu de porter son attention
     sur les diverses oprations de la chapellerie, dont plusieurs ont
     dj fait l'objet des prix qu'elle a proposs. Si tous n'ont pas
     encore t compltement rsolus, ils ont donn lieu  des
     recherches et  des amliorations marques au coin de l'utilit, et
     qui probablement auront ouvert la voie  de nouvelles dcouvertes.

     Nous devons ajouter que plusieurs fabricans et divers
     technologistes franais et trangers se sont livrs de leur ct
     avec persvrance  de nombreux travaux pour amliorer leur art;
     nous nous bornerons  citer MM. Guichardire, Morel de Beaujolin,
     Robiquet, Lenormand, Williams, Malartre, Malard et Desfosss,
     Collin, Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc, Trousier,
     Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque et Drulhon, Achard et Audet,
     Gury, Loustau, Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent,
     Reins, Blouet, de Bernardire, Weber, Wels, Cobbet, Michon;
     mesdames Manceau, Reyne, Bernard, Cavillon. Nous aimons  convenir
     avec reconnaissance que non seulement nous avons profit de leurs
     travaux, mais que nous avons mme copi textuellement leurs plus
     utiles documens, afin de leur conserver cette couleur technique et
     pratique qu'il faut savoir prsenter aux ouvriers.

     Pour plus de clart, nous avons divis notre ouvrage en quatre
     parties; la premire contient la description de toutes les matires
     employes pour la fabrication des chapeaux.

     La seconde partie comprend les chapeaux feutrs divers, et toutes
     les oprations ncessaires  leur confection.

     La troisime a pour but les chapeaux de soie, de coton, d'toffes
     filamenteuses, etc.

     La quatrime embrasse tous les chapeaux de paille divers, ceux
     d'osier, de bois, etc.

     Nous avons expos fidlement les meilleurs modes de fabrication
     suivis tant en France que dans l'tranger pour ces divers genres de
     chapeaux; et nous avons rapport tous les brevets d'invention qui
     ont t pris sur les diverses branches de la chapellerie; nous
     avons cru que c'tait le meilleur moyen de faire connatre une
     grande partie des amliorations que cet art a prouves; enfin nous
     avons alli aux connaissances que nous avons acquises par notre
     pratique les meilleurs documens qu'offrent les technologistes
     franais et trangers.


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                           MANUEL COMPLET
                            DES FABRICANS
                             DE CHAPEAUX
                           EN TOUS GENRES.



                          PREMIRE PARTIE:

        DESCRIPTION DES MATIRES EMPLOYES POUR LA FABRICATION DES
                              CHAPEAUX.




     DES LAINES.

     Les laines furent, ds le principe, les seules matires premires
     qui furent employes pour la fabrication des chapeaux. Maintenant
     elles ne servent que pour ceux de qualit infrieure. Toutes les
     laines ne donnent pas un aussi beau feutrage ni une gale qualit
     de chapeaux; il est donc indispensable que nous entrions dans
     quelques dtails sur leur connaissance et leur choix.


     _Connaissance et choix des laines pour la chapellerie._

     On distingue deux sortes de laines: _les laines mortes_, ou
2    provenant des animaux morts, et coupes ou arraches de la peau, et
     les _laines de toison_ ou tondues sur l'animal vivant. Ces
     dernires mritent la prfrence tant pour la chapellerie que pour
     la draperie. On divise aussi les laines en _surge_ ou en _suint_ et
     en _laves_. Celles en suint se conservent plus long-temps. Quant 
     leur couleur, elles sont en gnral blanches et parfois noires,
     rousstres, etc.; ce ne sont que les premires qu'on soumet  la
     teinture. Quant  leur longueur, les plus courtes ont un pouce de
     longueur, et les plus longues (en Angleterre) ont jusqu' vingt et
     mme vingt-deux pouces[1].

     [Note 1: Cette longueur nous parat avoir t exagre, 
     moins qu'on ne laisse les brebis plus d'une anne sans les
     tondre. En effet, M. Tessier rapporte que dans une exprience
     qu'il a faite et rpte  Rambouillet, la laine des btes
     espagnoles, tenues trois ans sans tre tondues, avait
     dix-huit pouces de long.]

     Les laines diffrent entre elles par leur couleur, leur
     force, leur finesse, leur longueur, et ce qu'on appelle _leur
     nerf ou leur corps_; de l viennent leur division en:

     Laines superfines,
     Laines fines,
     Laines moyennes,
     Laines grosses,
     Laines grossires ou supergrosses.

     Pour qu'une laine soit rpute de trs bonne qualit, il faut
     qu'elle soit fine, douce, moelleuse, lastique et forte en mme
     temps.

     Pour reconnatre leur degr de force, qui fait, avec celui de leur
     finesse, leur premier mrite, on en tire des filamens par les deux
     bouts, et l'on juge, par leur rsistance  se casser, leur force ou
     leur faiblesse. Pour les juger comparativement on recourt  un
     procd plus rationnel. On en fait des fils d'gale grosseur et
3    longueur qu'on attache  un point fixe, et l'on place  l'autre
     extrmit de petits poids qu'on multiplie jusqu' ce que le fil
     casse. On estime, par le nombre de poids que chaque fil exige pour
     se casser, le degr de sa force. Outre la laine, l'animal porte sur
     quelques parties une sorte de poil ml avec de la laine qu'on
     nomme _jarre_, _poil mort_ ou _poil de chien_, qui ne sert qu' la
     confection des toffes trs grossires. Les laines des pattes et du
     dessous du ventre, brles pour ainsi dire par le fumier, sont
     aussi d'une moindre valeur.

     Les laines du nord de la France sont plus longues et plus grosses
     que celles du midi; ainsi celles des dpartement de l'Hrault, de
     l'Aude et surtout de tout le Roussillon, l'emportent de beaucoup
     sur celles de la Flandre, de la Picardie, de l'Ile-de-France et de
     la Champagne. Les laines du Midi, notamment celles de Narbonne et
     de la Salanque, sont courtes, frises et trs fines. Ces dernires
     se rapprochent de celles de l'Espagne.

     Nous devons cependant convenir que les laines des mrinos espagnols
     l'emportent en tous points sur les meilleures de la France. Aussi
     dans les dpartemens mridionaux et dans quelques uns du Nord les
     propritaires n'ont pas hsit  croiser leurs troupeaux au moyen
     des bliers espagnols levs dans les bergeries royales. La plupart
     des laines d'Italie sont galement trs fines. Celles d'Angleterre
     et de Nord-Hollande sont longues et plus fines que les laines
     communes, sans avoir cependant la finesse de celles qui proviennent
     des mrinos. Parmi celles d'Espagne, celles de _Lon_ et de
     _Sgovie_ tiennent le premier rang: encore mme les Espagnols en
     font quatre qualits.

     1 La premire qualit est celle qui existe depuis le cou jusqu'
     cinq  six pouces de la queue, en comprenant le tiers du corps;
     celle des paules et du dessous du ventre, prserve de l'action du
     fumier, est galement comprise dans celle classe. Cette qualit est
4    nomme _floreta_, ou fleur de la laine.

     2 La deuxime qualit est celle qui recouvre les flancs et s'tend
     depuis les paules jusqu'aux cuisses.

     3 La troisime est celle du cou et de la croupe.

     4 La quatrime est celle qui est depuis la partie du devant du cou
     jusqu'au bas des pieds, y compris une partie de celle des paules
     et les deux fesses, jusqu' l'extrmit des pieds. C'est cette
     laine que les Espagnols nomment _cayda_.

     Les personnes habitues au commerce ou  l'emploi des laines
     reconnaissent au coup d'oeil leur degr de finesse. Il en est qui
     s'en assurent en tendant les filamens sur une toffe noire et les
     regardant  la loupe. Mais Daubenton qui, comme on sait, s'est
     occup d'une manire spciale de l'ducation des btes  laine, a
     conseill aux manufacturiers de soumettre ces filamens de laine 
     un micromtre plac dans un microscope. Ce micromtre, dit M.
     Tessier, reprsentait un petit rseau ou un compos de mailles. Il
     n'y avait qu'un 10e de ligne entre les deux cts parallles des
     carrs du micromtre dont se servait M. Daubenton, et sa lentille
     grossissait quatorze fois. Ayant reconnu, par des observations
     soigneusement faites, que les gros filamens[2] de vingt-neuf
     chantillons de laine superfine, apports de diverses manufactures,
     occupaient rarement plus des deux carrs du micromtre, il a fix
     le dernier terme des laines superfines  celles dont les plus gros
     filamens remplissent par leur largeur un carr du micromtre, et
     dont le diamtre est la 70e partie d'une ligne. La largeur des plus
     gros filamens de la laine la plus grossire occupait jusqu' six
     carrs du micromtre, qui quivalent  la 23e partie d'une ligne.
5    Les plus gros filamens du jarre remplissaient jusqu' onze carrs
     du micromtre, qui font 1712 de ligne. Un pareil examen est presque
     impraticable par les bergers, dont l'oeil et l'habitude suffisent
     pour cette opration. Nous ajouterons que sans recourir au
     micromtre de Daubenton, on peut fort aisment s'assurer du degr
     de finesse des laines au moyen du microscope d'Amici ou d'Euler,
     perfectionn par MM. Vincent Chevalier et fils.

     [Note 2: Toutes les laines sont composes de fils trs fins, et de
     plus ou moins gros. Ces derniers, d'aprs l'observation de
     Daubenton, se trouvent au bout des mches.]

     L'tat de sant de l'animal et l'poque de la tonte influent
     singulirement sur la bont et la beaut des laines. Ainsi les
     animaux malades non seulement perdent une partie de leur laine,
     mais l'autre manquant de nourriture est sche et se dtache
     aisment de la peau. Il en est de mme de celle qu'on extrait de
     ces animaux qui ont succomb. Quant  celle provenant des peaux des
     moutons tus pour la boucherie, ces laines s'loignent d'autant
     plus de leur point de maturit que ces animaux ont t gorgs 
     une poque plus ou moins rapproche de celle de leur tonte. Il
     manque  ces laines ce moelleux que leur communique le suint et qui
     les nourrit; si l'on ajoute  cela la chaux ou les cendres qu'on
     emploie pour les dtacher de la peau, on se rendra compte de leur
     rudesse. Quant aux peaux  laine longue, les bouchers les font
     tondre en toison.

     Il est donc bien vident que l'poque la meilleure pour couper les
     laines est celle o elles sont en pleine maturit. On ne doit pas
     dpasser ce point parce qu'en France les animaux, surtout ceux qui
     sont faibles, en perdent une partie[3]. Si on les tond, au
6    contraire, avant cette maturit, les filamens semblent adhrer
     entre eux par leur base, et la laine est, comme on dit, _tendre_,
     c'est--dire qu'elle manque de _nerf_ ou de _force_.

     [Note 3: Il n'en est pas de mme des mrinos; ceux-ci, hors les cas
     de maladie, peuvent conserver leur laine jusqu' trois ans, presque
     sans en perdre. Tessier, _Nouveau Cours complet d'agriculture._]

     Dans le midi de la France on tond les laines de la mi-mai au 15
     juin; dans les autres dpartemens, dans tout ce dernier mois. Il
     est une raison qui doit engager les propritaires  ne pas dpasser
     cette poque, c'est qu'alors les chaleurs survenant, les toisons,
     outre leur poids, interceptent la transpiration, chauffent
     l'animal et permettent  la vermine de s'y fixer, etc.

     Le volume et le poids des toisons est relatif  la taille de
     l'animal,  son espce et au climat sous lequel il vit,
     indpendamment des soins et de la nourriture plus ou moins
     abondante qu'on lui donne. Nous allons faire connatre, par aperu,
     le poids de la plupart des laines connues, tel que M. Tessier l'a
     donn.

     1 La toison des moutons alenons, ardennois et de la Sologne, pse
     de deux  quatre livres. Cette dernire laine est entre-mle de
     poils roux et est impropre  la chapellerie. On en fait des
     couvertures.

     2 Celle des moutons briards, bourbonnais, champenois et de
     Langres, pse galement de deux  quatre livres; elle est employe
     pour la bonneterie, et trs peu propre  la chapellerie.

     3 Celle des moutons du Bar pse trois livres. La premire qualit
     sert pour la bonneterie et  faire des ratines.

     4 Celle des moutons de Faux, Valires ou Bocagers, pse de trois 
     quatre livres. La plus grande partie de ces laines est mle de
     blanc, de noir et de rouge, ce qu'en termes de bonneterie on nomme
     _beige_. On en fait de grosses toffes sans avoir besoin de les
     teindre.

     5 Celle des moutons du Cotentin pse trois livres.

     6 Celle des moutons de Cauchois, cinq livres. Elle est unie 
     quelques poils roux. On en fait des couvertures et des draps dits
     de Chteauroux.
7
     7 Celle des moutons cholets est de quatre livres. On en fait des
     couvertures.

     8 Celle des moutons du Vexin ou du Santerre pse de six  huit
     livres. La laine en est belle et employe pour la chane des pices
     de tricot.

     9 Celle des moutons d'Artois et de Gravelines est de neuf  dix
     livres. Elle sert pour des chanes d'toffes.

     10 Celle des moutons hollandais ou ligeois est de neuf  dix
     livres. Cette laine ne sert que pour l'habillement des troupes.

     11 Celle des moutons flamands pse dix  douze livres. Elle est
     forte et sert pour des chanes d'toffes.

     12 Celle des moutons allemands est de six  sept livres. Elle est
     souvent _beige_.

     13 Celle des moutons alsaciens, lorrains et suisses est forte et
     propre  tre peigne.

     14 Celle des mrinos varie suivant les localits, et que l'animal
     broute dans la plaine ou dans les montagnes. Dans le premier cas,
     elle est de huit  dix livres; dans l'autre, de sept  neuf.

     15 Les laines de l'arrondissement de Narbonne sont, aprs celles
     du Roussillon, les plus estimes du midi de la France, surtout
     celles des btes  laine qui broutent dans les montagnes des
     Corbires et de la Clape, dans les communes de Fitou, Lapalme,
     Sigean, Leucate, Portel, Armissan, Saint-Laurent, Thzan, Bize,
     Treilles, etc.

     D'aprs un relev que j'ai fait du produit approximatif de la tonte
     des laines de l'arrondissement de Narbonne, il s'levait en 1822:

     Laine mrinos     3,000 kil.
     Laine mtis      40,000
     Laine indigne  365,500
                      -------------
                      408,500 kil.

8    Les toisons de toutes les btes ayant t calcules, terme moyen,
     deux kilog. chacune. D'aprs une lettre adresse au ministre de
     l'intrieur, le 23 dcembre 1813, il y aurait dans l'arrondissement
     de Narbonne, en btes  laine, mrinos, mtis ou indignes,
     2,042,500; outre les 65,187 qui prirent en 1813, par suite de la
     scheresse et de la mauvaise qualit de l'herbe. Dans cet
     arrondissement de Narbonne, les toisons psent de quatre  dix
     livres, suivant que les btes  laine paissent dans les montagnes
     ou certaines plaines comme celles de Coursan. Il est certains
     troupeaux qui sont presque tous mtis, et qui sont remarquables par
     leur beaut et la finesse de leur laine. Nous nous bornerons 
     citer celui de mon honorable ami M. le chevalier Angles,  Sigean;
     de MM. Caunes,  Ginestas; Tapie Mengaud,  Celeyran; Caumettes, 
     Vires; Fournier,  Moujean, etc.

     16 Les laines de l'arrondissement de Carcassonne se rapprochent de
     celles de celui de Narbonne; mais en gnral elles leur sont
     infrieures en qualit. Elles sont employes pour les casimirs,
     draps superfins, les draps communs, cordelats et molletons[4].

     17 Les laines de l'arrondissement de Castelnaudary sont bien moins
     fines que celles de Carcassonne; elles servent  la fabrication des
     draps communs, cordelats et couvertures[5].

     18 Les laines de l'arrondissement de Limoux se rapprochent
     beaucoup de celles de Carcassonne; on en fait des draps fins et
     communs ainsi que des couvertures[6].

     [Note 4: On compte vingt-trois fabriques dans cet arrondissement.]

     [Note 5: Cet arrondissement compte treize fabriques.]

     [Note 6: Cet arrondissement qui comprend Chalabre, Limoux et
     Quillan, a soixante-neuf fabriques.]

9    Nous ajouterons  cela que la plupart des qualits de laine de
     l'arrondissement de Narbonne sont trs recherches par toutes les
     fabriques des dpartemens de l'Aude et de l'Hrault, principalement
     par celles de Bdarieux, Saint-Chinian, Saint-Pons, etc., et mme
     par un grand nombre d'autres localits.

     Dans ce dpartement, comme dans ceux de l'Hrault, des
     Pyrnes-Orientales, etc., on n'est pas dans l'usage de laver les
     laines sur les btes; loin de l, les bergers ont la mauvaise
     habitude de les faire coucher constamment sur le fumier sans
     litire, de les entasser dans des bergeries presque pas ares,
     afin que la laine, en s'imprgnant de la sueur de l'animal et de
     l'urine du fumier, augmente de poids. On sent tout ce qu'une
     semblable pratique a de vicieux. Aussi une partie de la laine des
     jambes et du dessous du ventre est le plus souvent presque brle
     par le fumier; de plus elle a une couleur jauntre qu'elle ne perd
     point par le lavage.

     18 Les laines de Roussillon sont suprieures mme  celles de
     Narbonne. Il n'y a que celles de Fitou, Leucate, Lapalme et
     quelques unes de Sigean, qui en approchent. Les propritaires
     roussillonnais ont galement amlior leurs races en les croisant
     avec les mrinos espagnols. Le poids de ces laines et leur qualit
     varient suivant que les troupeaux paissent dans les montagnes et
     les plaines, et suivant les localits. Ainsi du ct de Vingrau les
     toisons psent environ huit livres, tandis que dans la Sallanque
     leur poids est de dix  douze livres. Les laines du Roussillon sont
     trs estimes et recherches pour les fabriques des dpartemens de
     l'Aude, l'Hrault, etc.; on en fait des draps fins, des schalls,
     etc.


     _Laine des agneaux: dite_ agnelins, _et en patois mridional_,
     anisss.

10   La laine des agneaux est beaucoup plus estime, pour la fabrication
     des chapeaux, que celle des adultes; elle est aussi d'autant plus
     recherche qu'elle appartient  des troupeaux de race trs fine.
     Dans tout le midi de la France, on tond les agneaux en mme temps
     que les brebis et moutons, et les agnelins sont vendus le plus
     souvent sparment et toujours  un prix infrieur  celui de la
     laine. Dans d'autres localits on les tond plus tard, afin de
     donner  leur laine le temps de s'alonger. La premire pratique
     nous parait prfrable, parce que la nouvelle laine a plus le temps
     de crotre, et qu'elle est alors plus longue en automne pour
     prserver les agneaux de l'intemprie de l'air pendant le parcage.
     Ce que nous avons dit de la laine provenant de la peau des animaux
     morts de maladie ou gorgs  la boucherie, s'applique aussi aux
     agnelins.

     Nous devons ajouter qu'on donne aussi le nom d'agnelins  une
     _laine de Hambourg_ provenant de la tonte des agneaux vivans ou
     mort-ns, qu'on ramasse dans les pays septentrionaux de l'Europe.


     _Laines des Antenois._

     Les antenois sont les agneaux de la seconde anne; il est des
     propritaires qui ne tondent les agneaux que la seconde anne ou
     bien  l'tat d'antenois. Cette pratique est vicieuse, parce que
     cette laine est alors moins fine. L'exprience a, en effet,
     dmontr que la laine des antenois qui ont t tondus tant
     agneaux, est constamment plus fine que celle des agneaux mmes.


     _Laine de Vigogne._

     Cette laine appartient  une race de moutons de ce nom qui
     paraissent indignes du Prou. C'est du moins de ces contres
11   que ces belles laines nous taient transmises par l'Espagne. Cette
     laine est d'un brun qui tire sur le roux, surtout le dos; elle
     prend une couleur blonde en avanant vers les flancs et le ventre.


     _Laine de mouton cachemire._

     Le mouton de Cachemire, comme la chvre du Thibet, etc., a deux
     poils; l'un est long, gros et raide, et l'autre est une sorte de
     laine trs fine, courte et crpue. Sa raret et son prix lev
     s'opposent  ce qu'on en fasse usage pour la chapellerie.




                               DES POILS.


     _Poil de lapin._

     Le poil de lapin est d'un emploi gnral dans la chapellerie; non
     seulement il contribue essentiellement  faire feutrer cette sorte
     d'toffe, mais encore  lui donner de la fermet. Il entre dans la
     confection des chapeaux, terme moyen, pour un quart de leur poids.
     Il est bien vident que ces proportions augmentent suivant la
     beaut ou la finesse des chapeaux qu'on se propose de fabriquer. On
     calcule que la chapellerie de France achte seule annuellement pour
     quinze millions de peaux de lapin. Depuis la perte du Canada, le
     prix du poil de castor a tripl de prix, ce qui fait qu'on en
     emploie beaucoup moins, et par suite beaucoup plus de celui de
     lapin; aussi nos manufacturiers sont-ils obligs d'en faire venir
     de l'tranger.

     Dans la vente et l'achat des peaux de lapin, il y a une remarque
     importante  faire, c'est que pendant l'hiver elles se vendent de
     50  60 francs le cent, tandis qu'en t elles ne valent que de 25
      30 fr. Cette diffrence est due  ce que l'animal mue  cette
     dernire poque, et que, par consquent, la peau est bien moins
     riche en poil.
12
     Le poil de lapin varie en beaut suivant l'espce  laquelle il
     appartient. Ainsi la varit dite _lapin riche_, _cuniculus
     argenteus_, de Linn, qui a son poil en partie couleur d'ardoise
     plus ou moins fonce, et partie argente, l'emporte de beaucoup sur
     celui du lapin gris ordinaire; il est en effet plus doux, plus long
     et plus soyeux, aussi est-il employ en fourrure. En Sude et dans
     diverses parties de l'Allemagne, ces peaux valent le double du prix
     ordinaire; en Angleterre, elles valent jusqu' 25 francs la
     douzaine. Cette espce s'acclimate trs bien en France; on pourrait
     la multiplier aisment.


     _Poil de lapin angora._

     Le lapin angora, _cuniculus angorensis_, Lin., est dj assez
     commun en France o il russit trs bien. Son poil est long, touffu
     et soyeux. Lors de sa mue il en donne beaucoup, et on peut lui en
     arracher deux ou trois fois pendant l't, surtout le long du dos,
     du cou, des ctes et des cuisses, en laissant aux mres celui du
     ventre, qui est de qualit infrieure, et qui sert pour faire leur
     nid. Ce poil est excellent pour la chapellerie; on en fait aussi
     des gants, des bonnets, etc., dits d'angora.


     _Poil de lapin sauvage ou de garenne._

     Le poil de ceux-ci est plus court que celui de ceux de clapier;
     mais en revanche il est plus fin et donne un plus beau feutre.

     Les parties de la France qui produisent les meilleures peaux ou
     poils de lapin sont: Narbonne et ses environs, le Boulonnais,
     Meaux, Compigne, Chantilly, Dammartin, Pontoise, Rambouillet,
     Saint-Germain, Senlis, etc.
13

     _Observations sur le poil des peaux de lapin._

     Le poil du lapin diffre suivant la saison o l'on se trouve; nous
     allons l'examiner dans les quatre poques de l'anne.

     1 _En hiver._ C'est la saison la plus favorable pour la beaut du
     poil de lapin. C'est alors que le grain de la peau, ou, si l'on
     veut, le ct superpos sur le corps, est d'une couleur uniforme,
     sans tache ni rayure[7]; ajoutez  cela, 1 que le cuir est plus
     pais, que le poil est long, fin, touffu, et qu'en soufflant
     fortement dessus, la partie qui adhre  la peau est d'un gris bleu
     velout plus intense dans le lapin de garenne que dans celui de
     clapier, tandis que l'extrmit suprieure ou bien sa pointe, qui
     est d'un gris fonc, est surmonte d'un autre poil gris,  pointe
     noirtre et brillante, qui est trs gros, et qu'on nomme _jarre_ du
     lapin.

     [Note 7: Dans les lapins de clapier, ce ct est plus blanc que
     dans ceux de garenne.]

     2 _Au printemps._ Cette partie de l'anne est la saison des amours
     du lapin; son poil est alors plus terne et sa peau moins fourre;
     chez les mles,  cause des combats qu'ils se livrent; chez les
     femelles, par cause de la gestation. Ces peaux se vendent de 20 
     30 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.

     3 _En t._ Nous avons dj dit que c'tait l'poque de la mue du
     lapin. Les peaux sont alors dpouilles d'une grande partie du
     poil, ainsi que du jarre  pointe noire qui dpasse le poil fin;
     celui-ci est terne, et la peau est plus paisse et parseme, du
     ct de la chair, de taches et de raies noires; ces peaux sont
14   connues dans le commerce sous le nom de _peaux barres_. Enfin les
     peau d't valent de 50  75 pour cent de moins que celles d'hiver.

     4 _En automne._ Les peaux d'automne sont prfrables  ces
     dernires; le poil est renouvel, mais il n'a encore acquis ni le
     nerf, ni la longueur convenables, et le jarre ne le dpasse point;
     ce qui en rend la sparation non seulement trs difficile, mais
     encore incomplte. On les nomme _peaux foineuses_. Le jarre qui y
     reste uni rend ce poil trs commun; aussi ces peaux s'achtent de
     20  25 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.


     _Poil de livre._

     Malgr tous les rapports de conformation qui existent entre le
     lapin et le livre, malgr que celui-ci ait le poil trs fin et
     d'une lgret extrme, il est cependant bien moins susceptible de
     se feutrer que celui du lapin. Ce n'est qu' l'aide de quelques
     prparations qu'on lui fait subir qu'il devient propre au feutrage;
     mais grce  ces prparations il devient la matire feutrante la
     plus belle et la plus estime de notre sol.

     Quoique les livres soient multiplis sur tous les points de la
     France, cependant leurs peaux diffrent en qualit suivant les
     localits. Celles du Roussillon, de Saint-Chinian, Saint-Pons, de
     l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou, etc., sont prfres pour la
     beaut et la qualit du poil, et celles qui proviennent de l'Alsace
     sont recherches pour la grandeur de l'espce.


     _Observations._

     Ce que nous avons dit de l'influence des quatre saisons de l'anne
     sur les peaux de lapin, s'applique galement  celles du livre.
     Voici les moyens de les reconnatre.

     1 Les peaux d'hiver ont le cuir mince, et le ct qui s'applique
15   sur la chair a une couleur claire et unie, parseme de petits
     vaisseaux sanguins qui vont se runir  d'autres plus gros. Le poil
     en est fin, blanc, ayant la couleur et l'clat de la soie; sa
     pointe est d'une couleur noire veloute; le jarre la dpasse; il
     est jaune-rousstre dans toute sa longueur,  l'exception de son
     extrmit suprieure qui est noire et brillante.

     2 Les _peaux du printemps_ ont le cuir un peu plus pais et
     rougetre du ct de la chair; le poil est terne et moins touffu.

     3 Les _peaux d't_. Cuir pais et fort; couleur, du ct de la
     chair, rouge mais ingale; les gros vaisseaux sanguins sont seuls
     visibles. Comme  la peau de lapin, le poil de celui-ci est court,
     rare, d'un blanc sale et uni  du jarre long et court.

     4 Les _peaux d'automne_. Cuir un peu pais et tach. Poil
     renouvel, mais court et uni au jarre, qui est de la mme longueur
     et d'une sparation toujours incomplte.

     Il est bon de faire observer qu'il est une diffrence importante 
     faire sur le jarre du lapin et du livre; le jarre du premier tient
     moins au cuir que le poil, tandis que chez le second c'est tout le
     contraire. Aussi pendant la mue le livre perd-il la plus grande
     partie de son poil, et conserve-t-il presque tout son jarre, tandis
     que le lapin conserve beaucoup plus de poil fin que de jarre. Cette
     remarque est importante, tant pour la valeur respective de ces
     peaux que pour leur prparation, relativement aux saisons de
     l'anne auxquelles on en a dpouill l'animal.


     _Poil des castors._

     Le castor, _castor fiber_ de Linn, ordre des loirs, se distingue
     de tous les animaux rongeurs par une queue aplatie horizontalement,
16   de forme ovale, et couverte d'cailles. C'est ce caractre qui le
     classe parmi les amphibies. Il est assez commun dans le Canada, la
     Nouvelle-Angleterre, la Russie, la Sibrie, la Pologne,
     l'Allemagne, etc.; on en a mme trouv en France dans le Rhne. Le
     castor a quatre pieds; les deux de derrire sont plus
     particulirement destins  la natation; ils offrent cinq doigts
     lis par une membrane; il a dans les aines quatre poches
     membraneuses qui contiennent une liqueur d'une odeur trs forte qui
     s'paissit facilement  l'aide du calorique, et constitue une
     substance concrte, brune, onctueuse, d'une odeur trs forte, qu'on
     nomme _castoreum_. Nous ne dcrirons point ici les moeurs ni
     l'industrie des castors, nous renvoyons sur ce point  Buffon. Nous
     allons nous borner  parler de ce qui se rattache  la chapellerie.

     Le poil de castor est la matire la plus prcieuse pour la
     fabrication de chapeaux; il runit la finesse  la lgret et  la
     solidit, et c'est en mme temps le _feutrier par excellence_.
     Malheureusement le prix lev auquel il se trouve, en raison de sa
     raret, en rend l'emploi trs restreint. Du temps de
     l'tablissement de la compagnie des Indes franaises, les peaux de
     castor taient moins rares en France; maintenant nous n'en recevons
     que trs peu, encore mme du commerce anglais ou des tats-Unis.
     Dans le commerce on divisait les peaux de castor en _castor gras_
     et en _castor sec_.

     1 Les peaux dites de _castor sec_ taient sches au soleil sans
     aucune autre prparation.

     2 Les peaux dites de _castor gras_ taient celles qui avaient dj
     servi aux indignes, soit de vtement, soit de couche. Il est
     vident qu'ils faisaient choix pour cela des plus belles, ou, si
     l'on veut, des plus grandes et des plus fourres, qu'ils en
     enlevaient soigneusement les parties musculaires et membreuses, et
     qu'ils les faisaient scher  l'air et non au soleil, en ayant soin
17   de les frotter souvent entre les mains et de les enduire de la
     graisse de ces animaux afin de leur donner une souplesse
     convenable. Outre que ces peaux taient donc plus belles, par leur
     usage, elles taient empreintes du liquide scrt par la
     transpiration, de telle manire que leur poil tait d'un bien
     meilleur feutrage; aussi leur prix tait-il plus lev que celui du
     castor sec.


     _Observations._

     Les peaux de castor,  cause de leur chert et de leur raret, sont
     maintenant trs peu employes en France pour la confection des
     chapeaux. Leur fourrure, comme celle du livre et du lapin, est
     forme de deux sortes de poils: le poil fin et le jarre; comme chez
     ce dernier, le jarre du castor tient moins  la peau que le poil
     fin; aussi dans la mue ce dernier s'en dtache plus vite. Les
     contres d'o elles proviennent en plus grande quantit sont la
     baie d'Hudson, le Canada et la Louisiane.

     A. La peau du castor de la baie d'Hudson offre une fourrure qui a
     la mme beaut pendant tout le cours de l'anne; elle doit cet
     avantage aux froids qu'on y prouve presque en toutes les saisons.

     B. _Le Canada_ en fournit de grandes quantits; mais elles se
     ressentent, comme celles du lapin et du livre, de l'influence des
     saisons.

     C. _La Louisiane_ en produit assez, mais moins estimes que celles
     de la baie d'Hudson et du Canada. Comme cette contre a ses quatre
     saisons galement bien marques, les peaux de castor diffrent
     aussi en qualit suivant l'poque  laquelle l'animal a t
     dpouill.


     _Poil de loutre._

     Buffon dcrit la loutre, _mustela lutra_ de Linn, un animal
18   vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne quitte gure le
     bord des rivires ou des lacs, et qui dpeuple quelquefois les
     tangs; elle a plus de facilit pour nager mme que le castor.
     Celui-ci n'a des membranes qu'aux pieds de derrire, et il a les
     doigts spars dans les pieds de devant, tandis que la loutre a des
     membranes  tous les pieds; elle nage aussi vite qu'elle marche.
     Elle ne va point  la mer, comme le castor; mais elle parcourt les
     eaux douces, et remonte ou descend des rivires  des distances
     considrables. Souvent elle nage entre deux eaux et y demeure assez
     long-temps, et vient ensuite respirer  la surface de l'eau. Elle
     n'est point amphibie. Elle a les dents comme la fouine, mais plus
     grosses et plus fortes relativement au volume de son corps; elle ne
     craint pas plus le froid que l'humidit; sa tte est mal faite: les
     oreilles places bas, des yeux trop petits et couverts, l'air
     obscur, les mouvemens gauches, toute la figure ignoble, informe; un
     cri qui parat machinal: tel est le portrait qu'en trace le Pline
     franais. Nous ajoutons que le castor chasse la loutre et ne lui
     permet pas d'habiter sur les bords qu'il frquente.

     Le poil de la loutre ne mue gure; sa peau d'hiver est cependant
     plus brune et se vend plus cher que celle d't; son poil est doux
     et soyeux, d'un gris blanchtre, et le jarre brun et luisant. Cette
     espce est gnralement rpandue en Europe, depuis la Sude jusqu'
     Naples, et se retrouve dans l'Amrique septentrionale. On connat
     encore la _loutre du Canada_, _lutra Canadensis_ de Geoffroy.
     Celle-ci est plus grande que notre espce et plus noire; la _petite
     loutre de la Guiane_, _didelphis palmata_ de Geoffroy. D'aprs M.
     de Laborde, il y a  Cayenne trois espces de loutres: 1, la
     _noire_, qui peut peser de quarante  cinquante livres; 2 la
     _jauntre_, qui pse de vingt  vingt-cinq livres; 3 la
     _gristre_, qui ne pse que trois  quatre livres. Ces animaux sont
     trs communs  la Guiane, le long de toutes les rivires et des
19   marcages. D'aprs MM. Aublet et Olivier, on trouve  Cayenne et
     dans le pays d'Oyapok des loutres si grosses qu'elles psent
     jusqu' cent livres. Leur poil est trs doux, mais plus court que
     celui du castor, et leur couleur ordinaire est d'un brun minime.

     Il est encore plusieurs autres animaux d'espces voisines dont le
     poil pourrait tre appliqu  la chapellerie; nous nous bornerons 
     citer la Saricovienne, _lutra Brasiliensis_, la petite fouine de la
     Guiane, mustela Guianensis de Lacpde, etc.


     _Poil de chameau._

     Le poil du chameau nous arrive de l'Orient par Marseille; il varie
     par sa couleur, par sa finesse et par sa qualit, suivant le
     climat, l'ge, la nourriture et l'ducation de l'animal. Celui qui
     est blanchtre a sa consommation locale; on n'emploie gure dans
     nos fabriques que celui qui est d'un gris noirtre vers les
     extrmits infrieures du chameau. Nous ajouterons mme qu'il est
     maintenant peu employ dans la chapellerie.


     _Pelotes rouges et noires._

     Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
     boule qu'on lui donne dans les balles qui servent  ce transport;
     il est d  des chvres d'une espce particulire de la Turquie
     asiatique. Il existe une diffrence notable entre les pelotes
     rouges et noires. Ces dernires se feutrent plus aisment, mais en
     revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chvres du
     Thibet ont aussi un duvet trs fin, outre le jarre. On a constat
     que nos chvres ont aussi, au-dessous de leur long poil, une sorte
     de laine excellente pour la chapellerie.
20



          REMARQUES SUR L'EMPLOI DES FOURRURES POUR LA CHAPELLERIE.

     Nous avons pass sous silence une foule de fourrures, comme celles
     du chat, etc., qui sont doues d'une plus ou moins grande beaut,
     et qui sont trs propres  la confection des chapeaux; leur raret,
     leur application spciale  d'autres genres de fabrication ou 
     divers emplois, nous dispensent d'en faire l'numration, encore
     plus de les dcrire. Nous allons donc nous borner  prsenter ici
     quelques remarques gnrales qui se rattachent au mrite respectif
     des fourrures.

     Nous dirons d'abord que lorsque l'animal n'a pas atteint son
     entire croissance, ou mieux son dveloppement complet, le poil de
     sa fourrure est difficile  prparer et  mettre en oeuvre; ces
     peaux-l sont dfectueuses. Par une raison contraire, les peaux des
     vieux animaux donnent un poil plus rude et d'un emploi moins facile
     que celles des animaux d'un ge moyen.

     On donne le nom de _peaux battues_  celles des animaux qui ont t
     tus par une arme  feu qui avarie presque toujours la partie sur
     laquelle le coup a port. Ainsi celles des animaux pris dans des
     piges sont prfrables en ce qu'elles sont bien plus entires, et
     non avaries par le sang.

     La dnomination de _peaux vertes_ s'applique aux peaux dont on
     vient de dpouiller l'animal. En cet tat leur prparation est non
     seulement fort difficile, mais toujours incomplte; on y remdie
     aisment en laissant bien scher les peaux  l'air libre et sec, en
     les tendant sur des cordes.

     Les _peaux de recette_ ou de premire qualit sont celles qui
     n'offrent point d'imperfections, et qu'on a extraites de l'animal
     dans la saison la plus opportune.

21   Dans toute la France, on achte les peaux de livre et de lapin
     fraches ou sches  tant la pice. Quand leur dessiccation est
     complte, on les empaquette par cinquante-deux, ou par cent quatre,
     qu'on vend ensuite par centaines en en donnant quatre de plus pour
     cent. Dans certains dpartemens de l'Ouest, on vend les peaux qui
     sont trs petites au poids.

     Quant aux agnelins, on doit choisir de prfrence non ceux des
     agneaux mrinos, qui ne se feutrent pas bien, ni ceux des mtis,
     mais bien parmi les indignes ceux des troupeaux qui fournissant la
     plus belle laine, la plus soyeuse et la plus fine.




                      DE LA CHAPELLERIE EN FRANCE.

     M. le comte Chaptal, dans son bel ouvrage sur l'industrie
     franaise, a prsent quelques aperus sur la chapellerie qui vont
     nous servir de guide.

     Avant la rvolution, la chapellerie tait pour la France l'objet
     d'un commerce trs considrable avec l'tranger. Les fabriques du
     Midi, celles de Lyon et de Marseille surtout, travaillaient
     beaucoup pour l'Espagne, l'Italie et nos colonies. Cette
     exportation est maintenant presque nulle. Mais en revanche il s'est
     tabli des fabriques de chapeaux sur presque tous les points de la
     France. L'aisance des habitans des campagnes, les progrs du luxe,
     en ont considrablement augment la consommation quoique les prix
     des chapeaux aient presque doubl. Il est bon de faire observer
     qu'on fabrique beaucoup plus de chapeaux fins qu'on ne le faisait
     autrefois.

     _La chapellerie fine_ emploie les poils de livre, de lapin, de
     castor, d'ours marin et de raton d'gypte, qu'elle mlange avec
     art; _la chapellerie commune_ fait usage des _agnelins_ ou laine
     d'agneau, des poils de veau, de chameau, de chevreau, des tontures
     du drap, etc.
22
     On a reconnu, par les calculs les plus exacts, qu'un chapeau fin
     qui sort de chez le fabricant au prix de.. 15 fr.

     Cote en matires premires. . . 8 {
                 de main-d'oeuvre.....5 { ci.....15
     Bnfice.........................2 {
     Bnfice du marchand chapelier pour
     la coiffe, l'apprtage, etc..............    5 fr.

                  Cot du chapeau  la vente.    20 fr.

     Dans la chapellerie grossire, le bnfice du fabricant s'lve de
     5  12 sous par chapeau. Jadis on fabriquait des chapeaux au bas
     prix de 12 fr. la douzaine dans plusieurs localits,
     particulirement  Saint-Pierre-le-Motier.

     On compte en France environ mille cent quatre-vingts fabriques de
     chapeaux de feutre qui occupent prs de dix-huit mille ouvriers, et
     dont le produit s'lve  environ 20 millions; en ajoutant le quart
     en sus pour les marchands de chapeaux en dtail, ce commerce
     s'lve annuellement  25 millions.


     Rglemens concernant la fabrication des chapeaux en France.

     La chapellerie, dit M. le comte Chaptal, avait chapp au systme
     rglementaire, mais un arrt du 23 octobre 1699 vint l'atteindre 
     son tour, et n'autorisa que la fabrication de deux sortes de
     chapeaux: _castor_ et _laine_.

     Des rclamations s'levrent de toutes parts contre cet arrt;
     elles eussent t probablement infructueuses si elles n'avaient t
     appuyes par l'adjudication du domaine d'Occident et par les
     dputs du Canada: alors intervint un arrt du 10 aot 1700, qui
     autorisa la fabrication des quatre sortes de chapeaux suivans:
23
     A C. _Castor fin_, marqu de la lettre C.

     B C. _Demi-castor_, avec la laine de vigogne et le castor, marqu
     de la lettre D.

     C C. _Poil de lapin_, chameau, avec vigogne et castor, marqu de la
     lettre M. (Le poil de livre tant svrement prohib.)

     D C. De _laine fine_, marqu L.

     Ce mme arrt porte confiscation de toute autre espce de chapeaux,
     prescrit des visites et prononce 1,000 fr. d'amende.

     La libert entire des fabrications a t rendue  la chapellerie;
     depuis, non seulement on a fait entrer dans la composition des
     chapeaux, plusieurs produits non mentionns dans la liste de
     matires dont l'emploi tait autoris, mais encore on varie 
     l'infini ces mlanges. La fabrication des chapeaux de soie a ouvert
     la porte  une nouvelle branche d'industrie et diminu la
     consommation de ceux en feutre. Ces chapeaux de soie sont
     remarquables par leur lgret, la richesse de leur couleur, leur
     brillant, l'lgance de leur forme, et surtout par leur bas prix.
     M. Fonts, chapelier de Paris, non seulement est un de ceux qui ont
     le plus contribu  leur perfectionnement, mais encore il est un
     des premiers qui s'est livr en France  leur confection.




     SUBSTANCES EMPLOYES OU SUSCEPTIBLES DE L'TRE DANS LES APPRTS,
                  TEINTURES, ETC., DES CHAPEAUX, ETC.



     _Acides._


     _Acide actique (vinaigre)._

     Tel est le nom sous lequel les chimistes modernes dsignent le
24   vinaigre pur et concentr. Les auteurs de la nouvelle
     nomenclature chimique avaient donn le nom d'acide acteux au
     vinaigre, et celui d'acide actique  celui qui tait plus
     concentr, et que M. Berthollet croyait plus oxign que le
     premier. M. Prs fut le premier  attaquer cette thorie; il
     annona que l'acide acteux contenait plus de carbone que l'acide
     actique, ou, si l'on veut, que l'acide actique concentr n'tait
     que de l'acide acteux dpouill de la plus grande partie de son
     carbone. Depuis, les travaux de M. Adet, confirms par ceux de M.
     Darracq et d'une infinit de chimistes, ont dmontr que les acides
     _acteux_ et _actique_ sont identiques et qu'ils ne diffrent
     entre eux que par leur degr de concentration, ou, si l'on veut,
     par la quantit d'eau qu'ils contiennent. Nous allons maintenant
     examiner cet acide sous ces deux tats.

     _Vinaigre._ Il parat que la nature fit les premiers frais de la
     fabrication du vinaigre, et que sa dcouverte dut accompagner celle
     du vin. Les chimistes modernes ont dmontr que le vinaigre ou
     l'acide actique tait d  la transformation de l'alcool des
     liqueurs vineuses en un acide, par la perte d'une partie de son
     carbone. Cette transformation est le produit d'une fermentation
     nouvelle qu'prouvent les liqueurs alcooliques unies  un ferment,
     et qu'on nomme fermentation acide. Le vinaigre, que l'on obtient
     par la fermentation du vin, contient: 1 de l'acide actique
     d'autant plus fort ou plus concentr que le vin tait plus gnreux
     ou plus riche en esprit ou alcool; 2 une matire colorante; 3 un
     mucilage; 4 du sur-tartrate et du sulfate de potasse; 5 plus ou
     moins d'ther actique; 6 plus ou moins d'eau.

     En dpouillant le vinaigre de ces corps trangers, on le convertit
     en acide actique trs fort. La bonne fabrication du vinaigre
     repose donc sur quatre faits principaux:

     1 Une liqueur trs alcoolique;

     2 Suffisante quantit de ferment;

     3 Une temprature de 20  30;
25
     4 La liqueur prsentant une grande surface  l'air.

     On peut voir, dans mon _Manuel du Vinaigrier_, les divers procds
     qui ont t suivis pour la fabrication du vinaigre; on peut
     fabriquer cet acide par la fermentation de tous les corps sucrs ou
     alcooliques. Ainsi, dans mon ouvrage prcit, j'ai fait connatre
     ceux qu'on obtient avec l'eau-de-vie, le sucre, le miel, la bire,
     le cidre, l'amidon et le chiffon convertis en matire sucre, etc.
     J'y renvoie mes lecteurs. Mais il est encore une autre manire de
     fabriquer les vinaigres sans recourir  la fermentation; je vais
     l'indiquer.

     _Vinaigre de bois._ Les anciens chimistes avaient publi qu'en
     distillant du bois dans des vaisseaux ferms, on obtenait un acide
     semblable au vinaigre. Guid par ces donnes, J.-B. Mollerat
     prsenta, le 11 janvier 1808,  l'Institut, un Mmoire dans lequel
     il annona que dans un tablissement qu'il avait form avec ses
     frres  Pellerey, pour la carbonisation du bois dans des vaisseaux
     ferms, ils obtenaient pour produits:

     Du goudron;
     Du vinaigre;
     Du carbonate de soude cristallis;
     Des actates d'alumine;
     Des actates de cuivre;
     Des actates de soude; etc.

     Depuis, cette nouvelle branche d'industrie a pris beaucoup
     d'accroissement. On distille le bois dans des chaudires
     cylindriques en tle trs paisse et pouvant contenir une corde de
     bois; les vapeurs sont conduites par un tuyau en cuivre qui
     s'adapte  une sphre de cuivre place dans un tonneau rempli d'eau
     froide; de cette sphre part un tuyau semblable qui se joint  une
     autre sphre en cuivre galement dispose; enfin de cette dernire
     sphre part un dernier tuyau qui va plonger dans le foyer du
26   fourneau. Lorsque le feu est allum, en mme temps que la
     carbonisation du bois a lieu, les vapeurs se rendent dans la sphre
     du premier tonneau pour y tre condenses; celles qui ne le sont
     point sont liqufies dans la seconde, tandis que le gaz
     inflammable tant port dans le fourneau par le dernier tube, brle
     et sert  entretenir cette distillation. Les produits de cette
     opration sont:

     1 Dans la chaudire ou cornue, un trs beau charbon qui fait de 28
      30 centimes du bois employ, tandis que par la carbonisation 
     l'air libre on n'en obtient que 17  18;

     2 Du goudron dans les deux sphres;

     3 Dans la mme sphre, de l'acide pyroligneux, qui n'est autre
     chose que de l'acide actique ou vinaigre uni  du goudron.

     On l'en dbarrasse ou on le purifie en le distillant; on sature le
     produit de cette distillation par le carbonate calcaire en poudre
     (marbre); on fait bouillir; on dcompose ensuite par le sulfate de
     soude; il se prcipite un sulfate de chaux, et l'on vapore la
     liqueur; par la cristallisation, on a un actate de soude sali par
     le goudron; on fait prouver  ce sel la fusion igne, pour brler
     le goudron. On le dissout dans l'eau, on filtre et on fait vaporer
     pour obtenir un actate de soude presque pur qu'on dissout dans un
     peu d'eau, et on le dcompose par l'acide sulfurique qui,
     s'unissant  la soude, forme un sulfate de cet alcali, tandis que
     l'acide actique est mis  nu et dans un tat de concentration
     d'autant plus fort, qu'on a dissout l'actate de soude dans une
     moindre quantit d'eau. Le poids spcifique de celui des fabriques
     de Choisy est de 1,057; il sature environ 0,3 de sous-carbonate de
     soude; on le reoit dans des vases en argent.

     Les vinaigres de M. Mollerat prsents  l'Institut taient au
     degr suivant.

     _Vinaigre simple ou ordinaire_, 2 degrs  l'aromtre pour les
     sels  12 C.
27
     _Vinaigre fort_, 10 degrs 1/2.

     Les vinaigres de vin qu'on trouve dans le commerce marquent de 2 
     4. Il est bon de faire remarquer que ceux qu'on obtient par la
     carbonisation du bois sont trs purs et qu'ils sont de l'acide
     actique. Voyez dans mon _Manuel du Vinaigrier_ la description de
     ces diverses oprations, la quantit des produits obtenus, les
     frais d'exploitation et les bnfices qu'on en retire. Nous allons
     maintenant parler de l'acide actique ou vinaigre pur.

     _Acide actique._ Cet acide tait connu avant la nouvelle
     nomenclature chimique, sous le nom de _vinaigre radical_; il est
     liquide, incolore, trs clair, d'une odeur particulire qui est
     trs forte, d'une saveur trs acide et caustique; il rougit les
     couleurs bleues vgtales; il est inflammable, entre en bullition
     au-dessus de 100, attire l'humidit de l'air, se dissout dans
     l'eau et l'alcool, exerce une grande action dsorganisatrice sur
     les substances animales, dissout le camphre, les rsines, les
     gommes rsines et les huiles volatiles. L'acide actique le plus
     pur qu'on ait pu obtenir se prend en une masse cristalline
     reprsentant des tables rhombodales alonges,  la temprature de
     13 C. Une forte pression peut oprer le mme effet. Le poids
     spcifique de cet acide le plus concentr est de 1,063; dans cet
     tat, il contient 14,78 centimes d'eau qui sont ncessaires  son
     existence. L'acide actique que l'on obtient par la distillation du
     vinaigre ne contient que 0,15 d'acide. L'acide actique, tendu
     plus ou moins d'eau, donne un vinaigre plus ou moins fort.

     On peut concentrer les vinaigres en leur enlevant une partie de
     l'eau qu'ils contiennent; on y parvient donc en les exposant 
     l'action du froid, et enlevant la glace qui se forme
     successivement; cette glace n'est presque que de l'eau pure. On y
     parvient aussi en les faisant bouillir, l'eau tant plus volatile
     se vaporise la premire; il en est de mme pour la distillation.
28

     _Analyse de l'acide actique_; il est compos tel qu'il existe dans
     les actates desschs, d'aprs:

     MM. Gay-Lussac et Thnard      D'aprs Berzelius
               Oxigne, 44,147        Oxigne, 46,82
               Carbone, 50,224        Carbone, 46,83
              Hydrogne, 5,629       Hydrogne, 6,35
                        ______                ______
                          100                   100


     _Puret et falsification des vinaigres._

     Il est des marchands qui pour donner plus de force ou d'activit au
     vinaigre faible y ajoutent des acides minraux. Voici la manire de
     reconnatre la nature de l'acide ajout. On verse dans de l'eau
     distille  laquelle on a ajout quelques gouttes de nitrate ou
     d'hydrochlorate de barite un peu de vinaigre; s'il se forme
     aussitt un prcipit blanc abondant, c'est une preuve qu'il
     contient de l'acide sulfurique; ce prcipit, qui est un sulfate de
     barite, l'indique. Il est rare qu'on y ajoute les acides nitrique
     ou hydrochlorique, parce qu'ils sont beaucoup plus chers; mais
     comme cela pourrait arriver, je vais donner les moyens propres 
     reconnatre cette fraude. On sature le vinaigre par le
     sous-carbonate de soude; on filtre, on fait vaporer et
     cristaliser. S'il y a addition d'acide hydrochlorique, on trouve,
     avec l'actate de soude, un sel d'une saveur trs sale et en
     cristaux cubique qui est un hydrochlorate de soude, galement nomm
     sel marin, sel de cuisine ou chlorure de sodium. Si cette
     sophistication est faite par l'acide nitrique, on obtient un
     nitrate de soude en prismes rhombodaux qui a une saveur frache,
     piquante et amre, et fuse sur le charbon comme le salptre. Au
     reste, on trouvera dans mon ouvrage prcit les divers moyens
     employs pour constater les falsifications du vinaigre, et
     reconnatre les quantits d'acides ajouts.
29

     _Acide citrique._

     Dcouvert par Schle dans le suc de citron. On l'obtient en
     saturant ce suc par le carbonate de chaux, on lave le prcipit, et
     on le dcompose par l'acide sulfurique en excs, qui s'empare de la
     chaux pour former un sulfate calcaire qui se prcipite; on filtre
     et on fait vaporer dans une bassine d'argent l'acide citrique, qui
     est en prismes rhombodaux; il est transparent, d'une saveur acide,
     presque caustique; il rougit l'infusion de tournesol, est
     inaltrable  l'air, soluble dans demi-partie de son poids d'eau
     bouillante; l'eau froide en prend les deux tiers. D'aprs
     Gay-Lussac et Thnard, il est compos de:

     Oxigne ..........59,8559
     Carbone ..........33,81
     Hydrogne .........6,330


     _Acide hydrochlorique._

     Cet acide est connu aussi sous le nom _d'esprit de sel_, _d'acide
     marin_ et _d'acide muriatique_. Il est de sa nature gazeux,
     incolore, d'une odeur vive et piquante, d'une saveur trs acide,
     rpandant des vapeurs blanches  l'air, rougissant le tournesol,
     teignant les corps en combustion d'un poids spcifique gal 
     1,247. Par une forte pression et une basse temprature il se
     liqufie;  celle de 50" M. Davy a liqufi le gaz acide
     hydrochlorique anhydre (dpouill d'eau). Ce gaz acide est
     tellement soluble dans l'eau, que ce liquide,  une temprature de
     20 C. et sous une pression de 76, en dissout plus de 469 fois son
     volume; dans ce cas celui de l'eau augmente d'un tiers. L'acide
     hydrochlorique liquide est incolore et rpand des vapeurs blanches:
     si celui du commerce a une couleur ambre, c'est qu'il n'est pas
30   bien pur. On le distingue de l'acide sulfurique en ce qu'il ne
     prcipite ni l'eau ni les sels de barite, et de l'acide nitrique,
     en ce qu'il prcipite le nitrate d'argent.

     On prpare cet acide en introduisant du sel marin bien sec dans une
     cornue, et y versant de l'acide sulfurique. Ce dernier s'unit  la
     soude du sel marin, tandis que l'esprit de sel ou acide
     hydrochlorique se dgage  l'tat de gaz et est condens dans des
     flacons pleins aux deux tiers d'eau et entours d'eau froide, cet
     acide est compos en poids, de:

     Chlore..........     36
     Hydrogne........     1


     _Acide nitrique (eau-forte, esprit de nitre, oxide de nitre, acide
     azotique, etc.)_

     L'azote, en se combinant avec l'oxigne donne lieu  deux acides
     qui sont: _l'acide nitreux_ et _l'acide nitrique_. Nous ne nous
     occuperons que de ce dernier.

     L'acide nitrique pur est incolore, liquide, transparent, trs
     acide, rpandant des vapeurs blanches, d'une odeur trs forte, qui
     a de l'analogie avec celle de la rouille; il brle et dsorganise
     les substances animales en leur imprimant une couleur jaune qui,
     faite sur la peau, ne passe qu'avec le renouvellement de
     l'piderme; il rougit fortement la teinture de tournesol; son poids
     spcifique, suivant M. Thnard, est 1,513. On n'a pu encore
     l'obtenir priv d'eau:  1,620, il retient celle qui est ncessaire
      son tat. L'acide nitrique se congle -50; il entre en
     bullition depuis le 35e jusqu'au 86e C, suivant son degr de
     concentration. Le gaz qui passe par la distillation de cet acide
     est soluble dans l'eau en toutes proportions, il est seulement un
     peu sali par un peu de gaz nitreux qui se forme. Cet acide vers
31   tout--coup sur les huiles de trbenthine et de girofle, les
     enflamme subitement; il faut faire cette exprience avec beaucoup
     de prcaution, afin de ne pas se brler.

     On prpare l'eau-forte en distillant dans de grandes cornues le
     nitrate de potasse (sel de nitre), avec l'acide sulfurique. Dans
     cette opration cet acide s'unit  la potasse du nitrate, et forme
     un sulfate, tandis que l'acide nitrique devenu libre se dgage 
     l'tat de gaz, et est condens dans des rcipiens. On le redistille
     pour le purifier.

     Pour que cet acide soit pur, il faut qu'il soit incolore et qu'il
     ne prcipite ni les sels de barite ni ceux d'argent. On le
     reconnat  son odeur de rouille et  la proprit qu'il a,
     lorsqu'on en verse une goutte sur un morceau de cuivre, de
     bouillonner, et d'y former aussitt une cume verte qui est due 
     l'oxidation du cuivre. Composition:

     Oxigne...    100             En volume....    2,5
     Azote....   35,40                                1

     Cet acide est trs employ dans les arts, tels que la teinture, la
     chapellerie, pour dissoudre les mtaux, etc.; en mdecine,  l'tat
     de concentration, pour ronger les verrues et les callosits; tendu
     d'eau, il est antiseptique, rafrachissant. Nous devons ajouter que
     l'eau-forte et les acides minraux concentrs sont de violens
     poisons.

     Le mlange des acides nitrique et hydrodorique,  diverses
     proportions, constitue cet acide qui tait connu sous le nom d'_eau
     rgale_, parce qu'il tait employ  la dissolution de l'or; on le
     nomme maintenant _acide hydrochloronitrique_.


     _Acide sulfurique (huile de vitriol, esprit de soufre.)_

32   Nous avons dit que le soufre, en s'unissant  l'oxigne, pouvait
     former quatre acides: nous ne traiterons ici que de celui qu'on
     trouve dans le commerce.

     L'acide sulfurique pur est incolore, inodore, trs acide et trs
     caustique, d'une consistance olagineuse; il se mle  l'eau en
     toutes proportions, mais avec un phnomne remarquable: c'est de
     rpandre beaucoup de calorique; ainsi, le mlange de parties gales
     d'eau et de cet acide concentr lve la temprature  105 C; si
     l'on prend de la glace au lieu d'eau, elle ne se porte qu' +50;
     et si l'on prend une partie d'acide sur quatre de glace, elle
     descend -20. L'acide sulfurique dsorganise la plupart des
     substances animales et vgtales; trs affaibli, il se congle
     difficilement; concentr, il prend une forme cristalline  10 ou
     12. Lorsqu'il est trs concentr, il bout  320; affaibli, il
     bout bien au-dessous de ce terme; soumis  la pile, il se
     dcompose, son oxigne passe au ple positif et le soufre au ple
     ngatif. Son poids spcifique est de 1,85, ce qui quivaut au 66
     de l'aromtre de Baum.

     On le prpare en grand en brlant dans de grandes chambres de plomb
     un mlange de dix parties de soufre sur une de nitrate de potasse.
     On n'emploie qu'un demi-kilogramme de soufre pour chaque cent pieds
     cubes de l'air qui remplit la chambre. Pour les dtails de cette
     fabrication, _voyez_ ma _Chimie mdicale_.

     Pour tre pur, cet acide doit tre incolore et dpouill d'acides
     sulfureux et hydrochlorique. Priv d'eau il est compos de:

     Soufre..................  100
     Oxigne................   146,43

     Trs employ dans les arts, pour la fabrication des soudes
     factices, la teinture, la prparation de plusieurs acides, le
     tannage, etc. En mdecine, et trs tendu d'eau, comme
     antiseptique, astringent, rafrachissant, etc.
33
     Il a pour caractre spcifique de prcipiter abondamment les sels
     de barite.


     _Acide tartrique (acide tartareux, acide artarique)._

     Dcouvert par Schle. On l'obtient en faisant bouillir dix parties
     de crme de tartre dans cent d'eau, et saturant son acide
     surabondant par le carbonate calcaire en poudre; on y ajoute
     ensuite de l'hydrochlorate calcaire qui prcipite la crme de
     tartre ou tartrate de potasse,  l'tat de tartrate de chaux; on
     lave le prcipit et on le fait chauffer avec soixante centimes
     d'acide sulfurique tendu d'eau; on filtre et l'on fait
     cristalliser l'acide. Les cristaux obtenus sont ou en prismes ou en
     lames comme lancoles. Cet acide rougit fortement le tournesol;
     quand il est pur il est incolore; il est inaltrable  l'air; il se
     fond et bout  120; par le rafrachissement il forme une masse
     blanchtre qui attire l'humidit de l'air; il est trs soluble dans
     l'eau; l'acide nitrique le convertit en acide oxalique. Il est
     compos de:

     Oxigne..............  69,321
     Carbonne............   24,500
     Hydrogne............   6,629

     Il est employ dans les arts pour la teinture; on en fait une
     limonade sche en l'incorporant avec le sucre.




                                 DES BOIS.


     _Bois de Campche ou d'Inde._

     Il provient de l'_hoematoxylum campechianum_. Lin. Decand. monogyn.
     fam. des lgumineuses. Cet arbre, qui est trs haut et pineux, est
     trs commun dans la baie d'Honduras  Yucatan, Guatemala, la
34   Jamaque, la Martinique  l'le de Sainte-Croix, etc. Ce bois est
     compacte, plus pesant que l'eau, trs dur, moins cependant que
     celui du Brsil; il est rouge,  odeur d'iris, et d'un got
     astringent et doucetre, susceptible de prendre un beau poli d'un
     rouge vif. On le trouve dans le commerce en grosses bches qui sont
     d'un rouge noirtre au dehors.

     La dcoction de campche est d'un rouge que les acides rendent plus
     vif; les alcalis, les oxides mtalliques et les sous-sels changent
     cette couleur en bleu-violet. La matire colorante de ce bois est
     galement soluble dans l'alcool. Elle est employe dans la teinture
     pour les noirs, les bleus et les violets; les bnistes tirent
     galement partie de ce bois  cause de sa duret et du beau poli
     qu'il est susceptible de prendre. M. Chevreul en a spar la
     matire colorante et lui a donn le nom d'hmatine. D'aprs ce
     chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise par
     le refroidissement. Cette dissolution bouillante est d'un
     rouge-orang; par le refroidissement elle devient jaune; les
     alcalis lui font acqurir une couleur pourpre ou violette; les
     acides lui donnent une couleur jaune qui passe au rouge.


     _Bois de fustet._

     _Rhu cotinus._ LIN. Pentand. trigyn. famille des trbenthinaces.
     C'est un grand arbrisseau qui s'lve jusqu' dix ou douze pieds de
     hauteur dans nos jardins. Ses rameaux sont grles; ses feuilles 
     long ptiole, entires, arrondies, lisses et d'un beau vert; de
     longs panicules forms par des divisions filamenteuses trs
     nombreuses, ressemblent  une espce de chevelure, et succdant aux
     fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux. Le
     bois de fustet est d'un jaune assez fonc, aussi est-il employ
     dans la teinture. On le multiplie par marcottes.
35

     _Bois jaune des teinturiers._

     Cet arbre, qui crot en Amrique et particulirement au Brsil, est
     le _morus tinctoria_ de Linn. Monoecie ttrandrie, fam. des
     urtices. Il est en gros tronons, lger, d'une couleur jaune avec
     des veines oranges. Ce bois est trs charg de matires
     colorantes. Sa dcoction est d'un jaune rougetre fonc que les
     alcalis rendent presque rouge; les acides troublent un peu cette
     dcoction et en affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'tain
     le prcipite en jaune.


     _Colle-forte, colle de Flandre._

     C'est ainsi qu'on nomme la glatine qu'on retire des oreilles et
     pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
     blanches de ces divers animaux. Cette colle est coule en tablettes
     sches, cassantes, brunes, jauntres, rougetres, transparentes ou
     demi-transparentes, suivant leur degr de puret et le soin qu'on a
     pris de la prparation. Ainsi plus la colle est transparente,
     dcolore et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est pure, et
     plus elle doit tre recherche. Celle qui est noirtre est trs
     impure; elle n'est gure propre qu' la grosse menuiserie.

         On extrait galement la glatine des os, en les traitant par
     l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate calcaire
     et laisse la glatine  nu. Ce procd est d  M. Darcet. On peut
     aussi extraire la glatine des os, en les soumettant  l'action de
     la vapeur de l'eau, sous une forte pression; par ce moyen on en
     dpouille entirement le phosphate calcaire. Nous en avons vu 
     l'exposition ainsi prpare, qui tait trs belle; mais en gnral
36   les diverses colles que nous y avons remarques contenaien plus ou
     moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en partie solubles
     dans l'eau froide. Ce savon tait d  un commencement de
     dcomposition de la glatine.


     _Colle de poisson (ichtyocolle)._

     Ce sont les vsicules ariennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
     LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
     On nettoie ces vsicules, on les roule sur elles-mmes, et on les
     fait scher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
     bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette. La
     colle de poisson du commerce est plus ou moins estime, suivant
     qu'elle a une des formes prcites; ainsi:

     1 La _colle de poisson en lyre_, connue aussi sous le nom de
     _petit cordon_, est la plus chre;

     2 La _colle de poisson en coeur_, dite _gros cordon_, vient aprs;

     3 La _colle de poisson en livrets_ est la moins recherche.

     Il serait bien difficile d'tablir sur quelle proprit est fonde
     cette prfrence, puisqu'il n'existe qu'une diffrence de forme, et
     que toutes donnent,  peu de chose prs, les mmes quantits
     d'excellente glatine.


     _Gomme arabique._

     Cette gomme est de mme nature que celle qui suinte des corces des
     abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
     gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
     saveur fade, transparente, incolore, quand elle est pure, jaune
     d'or, ou plus ou moins rougetre lorsqu'elle est unie  des corps
     trangers. Elle est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide;
     insoluble dans l'alcool, l'ther et les huiles; elle est
     inaltrable  l'air, incristallisable et blanchissant par le
37   contact prolong de la lumire. Lgrement torrfie, elle devient,
     suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la
     prcipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent mme qu'un
     millime.

     La gomme arabique du commerce se distingue suivant son degr de
     blancheur, en _premier_ et _second blanc_; celle en _sorte_ est un
     mlange des _gommes incolores_ et _colores_. On distingue
     plusieurs varits de gomme arabique:

     1 La _gomme de Bassora_. En morceaux irrguliers, le plus souvent
     d'un petit volume, et parfois de la grosseur du pouce. Elle est
     blanche ou jaune, inodore, moins transparente que la gomme du
     Sngal, et cependant moins opaque que la gomme adragant;

     2 _Gomme de France._ C'est celle qui suinte des abricotiers,
     cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou jauntre et
     rougetre; imparfaitement soluble dans l'eau, et formant avec ce
     liquide un mucilage qui se rapproche de celui de la gomme adragant;

     3 _Gomme du Sngal._ On en importe en France quatre varits: A.
     la _gomme transparente toute soluble_; celle-ci constitue presqu'en
     entier les gommes du Sngal et d'Arabie; elle est incolore ou
     diversement colore; elle est ride  l'extrieur, et sa solution
     rougit le tournesol; B. la _gomme blanche fendille_, nomme
     galement _gomme turique_, c'est un choix de la prcdente; C. la
     _gomme pellicule_, blanche et plus souvent bruntre, pellicule qui
     recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le tournesol; D.
     _Gomme verte_; sa couleur varie du jaune au vert d'meraude.


     _Indigo._

     Ce n'est que vers le milieu du 16e sicle que l'indigo a t
     apport de l'Inde en Europe. Cette matire colorante est fournie
38   par les feuilles de plusieurs plantes presque toutes ranges dans
     le genre auquel, en raison de cette proprit, on a donn le nom
     d'_indigotifera_. Les vgtaux d'o on le relire plus
     particulirement sont:

     1 L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espce en
     fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
     beau;

     2 L'_indigotifera tinctoria_, indigotier franais; c'est celle qui
     en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous;

     3 L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
     plus leve et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
     prcdent;

     4 L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
     d'oxidation.

     Ces plantes sont indignes des Indes et du Mexique, d'o on les a
     transportes dans les deux Amriques,  la Chine, au Japon, 
     Madagascar, en gypte, etc.; elles appartiennent  la Diadelphie
     Dcandrie Lin., fam. lgumineuses. Voici la manire dont on extrait
     l'indigo de ces feuilles:

     Quand elles sont au point de maturit, on les cueille, on les lave
     et on les coupe; on les met ensuite dans une cuve, et on les
     recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les empcher de flotter en
     les fixant au moyen de planches charges de pierres. La
     fermentation s'tablit bientt, la liqueur contracte une couleur
     verte et devient acide; elle offre  sa surface un grand nombre de
     bulles et des pellicules irises; en cet tat, on fait passer cette
     liqueur dans une cuve place plus bas, on la remue et on en spare
     l'indigo en y ajoutant une suffisante quantit d'eau de chaux. On
     lave le dpt  plusieurs eaux et on le fait scher  l'ombre.

     L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu violet,
     inaltrable  l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles,
39   insoluble dans l'eau et ther, trs peu soluble dans l'alcool
     bouillant et s'en prcipitant par le refroidissement; il est
     dcolor trs aisment par le chlore. Si on le chauffe dans une
     cornue, une partie se volatilise et se condense  la partie
     suprieure en aiguilles cuivres, tandis que l'autre se dcompose.
     Les acides faibles ne le dissolvent point,  l'exception de l'acide
     nitrique qui le change en un principe trs amer et jaune. L'acide
     sulfurique concentr le dissout trs facilement; l'acide
     hydrochlorique n'agit point sur l'indigo  la temprature
     atmosphrique; second par l'action du calorique, il acquiert une
     couleur jaune qui parat tre le rsultat de la dcomposition d'un
     peu d'indigo.

     On enlve la couleur bleue  l'indigo, et on lui en donne une
     jaune, en le dsoxignant par un contact prolong avec les matires
     dsoxignantes; on lui restitue cette couleur bleue en favorisant
     son oxignation par son exposition  l'air. L'indigo dsoxign est
     soluble dans l'eau, surtout au moyen des alcalis. On dsoxigne
     l'indigo, dissmin dans l'eau, par l'hydrogne sulfur,
     l'hydrosulfure d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose
     verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'tain, etc. Dans
     les teintures, on recourt plus ordinairement au procd suivant:

     Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties
     Chaux teinte.........                  2
     Indigo en poudre fine......             1
     Eau............                       150

          On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on expose 
     une temprature de 40  50 pendant quelques heures. Il rsulte de
     cette raction que la chaux s'unit  l'acide sulfurique pour former
     un sulfate insoluble, et le protoxide de fer prcipit dsoxigne
     l'indigo, etc. La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique
     est dsoxigne par la limaille de fer ou de zinc; elle acquier
40   une couleur d'un gris ple et repasse au bleu par le contact de
     l'air.

     L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir en cet tat,
     on le chauffe dans un creuset de platine bien ferm, qu'on soumet 
     l'action du calorique; l'indigo se sublime en cristaux.

     L'indigo a une cassure fine et unie; racl avec l'ongle, il prend
     une couleur cuivreuse; l'on donne mme la prfrence  celui dont
     cette couleur est plus clatante, et qui est plus lger et d'une
     couleur bleue-violette fonce.

     Les ngocians distinguent les indigos par les noms des contres
     d'o ils proviennent; ainsi:

     1 L'_indigo de l'Inde_ est appel du _Bengale_, de _Madras_, de
     _Coromandel_, etc.;

     2 L'_indigo de Guatimala_ est nomm _indigo Guatimolo_,
     _indigoflore_: c'est le plus estim de tous;

     3 L'_indigo de la Louisiane_, etc.

     On peut galement extraire l'indigo du _nerium tinctorium_, arbre
     qui est indigne de l'Inde.

     D'aprs M. Chevreul, l'indigo du commerce est un compos de:

     Un principe immdiat particulier (indigotine);

     Une rsine rouge, soluble dans l'alcool;

     Une substance rouge-verdtre, soluble dans l'eau;

     Du carbonate de chaux;

     De l'alumine, de la silice;

     De l'oxide de fer.

     D'aprs l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo pur est
     compos de:

     Carbone.    ....   73,26
     Azote......        13,75
     Hydrogne.......    2,83
     Oxigne.....       10,16

                       100,00
41

     _Noix de galle._

     On donne ce nom  une excroissance ronde produite sur les bourgeons
     du _quercus infectoria_ de Linne, par la piqre d'un insecte nomm
     par le mme naturaliste, _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
     _diplolepsis gall tinctori_. Ce chne est trs commun dans toute
     l'Asie mineure; on le trouve depuis les ctes de l'Archipel
     jusqu'aux frontires de la Perse, et des rives du Bosphore,
     jusqu'en Syrie, etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de
     hauteur; son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau
     vert,  ptioles courts, etc. Le _cynips_ est un petit insecte
     hymnoptre dont le corps est fauve, les antennes brunes; il pique
     les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en spirale, et y
     dpose ses oeufs. Cette piqre produit une irritation dans les
     vaisseaux sveux, qui est bientt suivie d'un gonflement qui, en
     deux trois jours, a produit ce qu'on appelle noix de galle. Les
     oeufs qui y sont dposs croissent avec la galle, et y
     entretiennent cet tat d'irritation. On doit rcolter les galles
     avant que les larves produites par les oeufs soient passes 
     l'tat de mouches, et se soient fait jour  travers la galle pour
     en sortir. La grosseur qu'acquirent les galles, est de cinq lignes
      un pouce de diamtre. Les naturels donnent le nom de _yerti_ aux
     premires galles qu'on cueille; dans le commerce on les nomme
     _galles vertes, galles bleues ou noires_. Les blanches sont celles
     qu'on cueille plus tard; elles sont plus lgres et piques. Voici
     les diverses espces de galles:

     _Galles vertes ou d'Alep._ Couleur brune ou verdtre  l'intrieur;
     compactes, dures, pesantes, hrisses de tubrosits; saveur amre
     trs astringente. Les plus estimes viennent d'Alep, de Smyrne, de
     l'intrieur de la Natolie, etc.

42   _Galles blanches._ Couleur jaune-bruntre; en gnral plus grosses,
     trs lgres, moins dures, piques et d'une saveur peu amre, et
     moins astringente.--Peu estimes.

     _Galles de chne._ Celles-ci croissent en France, sur les chnes
     verts. Elles sont rondes, unies et bruntres. Elles sont bien
     infrieures aux galles vertes, mais un peu suprieures aux
     blanches.

     Les noix de galles contiennent principalement beaucoup de tannin et
     d'acide gallique.




                          OXIDES MTALLIQUES.


     _Deutoxide d'arsnic (arsenic, arsnic blanc, mort-aux-rats,
     etc.)._

     Bien des chimistes regardent ce deutoxide comme un acide qu'ils
     nomment _acide arsnieux_. Voici ses proprits caractristiques.
     Il est blanc, lorsqu'il est rduit en poudre ou expos au contact
     de l'air; lorsqu'il est en masse, il est couvert d'une crote
     blanche, et l'intrieur est d'une transparence gale  celle des
     plus beaux cristaux. Il est souvent incolore, d'autres fois il a
     une nuance dore, avec des filets ou couches jauntres ou
     rougetres. Il est trs facile  pulvriser; jet sur les charbons
     ardens, il se volatilise en une fume blanche et rpand une odeur
     d'ail trs forte qui est propre  ce mtal; si l'on expose une
     plaque de cuivre  cette vapeur arsnicale, elle blanchit de suite.

     Le deutoxide d'arsenic  froid est inodore, il a une saveur trs
     acre qui laisse un arrire-got doucetre; il est rductible par la
     pile; inaltrable  l'air, soluble dans quinze parties d'eau
     bouillante, et quatre cents de froide; la premire solution donne,
     par le refroidissement, des cristaux ttradriques bien
     marqus.--C'est un poison violent.
43

     _Tritoxide de fer (colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse)._

     Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
     fusible que le fer, indcomposable par le calorique, non
     magntique, se rduisant par le fluide lectrique, insoluble dans
     l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, du brun rouge,
     etc.

     On le prpare en calcinant fortement le sulfate de fer. Si cette
     calcination n'est pas pousse bien avant, il y a une portion de ce
     sel qui chappe  la dcomposition; pour l'en dpouiller on le
     calcine de nouveau, ou bien on le lave, aprs l'avoir broy. Cet
     oxide est compos de:

     fer.......     100
     oxigne....     43,31

     On prpare aussi le rouge de prusse, en calcinant les argiles
     ocraces; mais il est vident que, dans ce cas, il est moins pur,
     puisqu'il contient de l'alumine, de la silice, etc.




                                  SELS.


     _Sous-actate de deutoxide de cuivre (verdet ou vert-de-gris)._

     En France, ce sel est fabriqu dans les dpartemens de l'Aude et de
     l'Hrault. On prend des plaques de cuivre mince, on les bat, et on
     les fait chauffer  environ cinquante degrs. On les trempe alors
     dans du vin chaud ou du vinaigre. On place sur le sol une couche de
     bon marc de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre,
     et successivement une couche de marc et une de cuivre. Au bout d'un
     mois ou d'un mois et demi, suivant le degr de spirituosit du
44   marc, les plaques sont couvertes d'une couche verdtre. On les
     enlve, et on les place l'une  ct de l'autre transversalement.
     On les arrose ensuite plusieurs fois avec de l'eau acidule par le
     vinaigre, et quelquefois avec de l'eau tide. Cette couche de sel
     se gonfle, et l'on voit se former une efflorescence blanchtre qui
     offre sur les bords de longues aiguilles, et qui se spare
     facilement de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le
     racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour
     reprendre ensuite cette opration. Il est bon de faire observer
     que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manire 
     entretenir la temprature  +20 C.

     Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains de douze
      vingt livres, tasss dans un sac de peau blanche; il doit tre
     vert, avec des efflorescences blanches, trs sec et dur; il est
     indcomposable par l'acide carbonique. Trait par l'eau, ce liquide
     dissout l'actate neutre, et l'oxide hydrat de cuivre reste pour
     rsidu. Par l'action du calorique, le mtal est rduit. D'aprs M.
     Proust, le vert-de-gris est compos de:

     actate de cuivre neutre. ...   43
     hydrate de cuivre.......        37,5
     eau..............               15,5

     Ce sel est un poison violent; malgr cela il entre dans la
     composition de quelques mdicamens externes; il est employ dans la
     peinture, etc.


     _Actate de cuivre (verdet cristallis, cristaux de Vnus)._

     On prpare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris dans le
     vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser.
     L'actate de cuivre a une saveur styptique et sucre; il est
     soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en rhombes trs
     rguliers. D'une belle couleur verte trs fonce qui tire sur le
45   noir. Le calorique le dcompose; il s'en dgage de l'acide
     actique color par un peu d'oxide qu'il entrane; et il se sublime
     en mme temps, suivant la remarque de Vogel, un peu de cet acide
     anhydre, qui est en cristal d'un blanc satin. Ce sel est compos
     de:

     acide actique           51, 29
     deutoxide de cuivre      39, 05
     eau                       9, 06

     Ce sel est employ dans la peinture pour le vert d'eau, pour le
     lavis des plans, pour prparer le vinaigre radical, etc. On le
     conseille en mdecine comme excitant; mais il est si vnneux que
     nous n'hsitons point  en proscrire l'emploi.

     La couche de cette substance verte qui se forme sur les vases de
     cuivre, et  laquelle on donne le nom de vert-de-gris, est un
     sous-carbonate de cuivre qui est mme plus dltre que le verdet
     du commerce.


     _Actate de fer._

     On peut obtenir trois actates de fer:

     1 Le proto-actate, en faisant bouillir la tournure de fer sans le
     contact de l'air, par l'acide actique concentr; dans ce cas,
     l'eau est dcompose, son oxigne se porte sur le fer et l'oxide,
     tandis que son hydrogne se dgage.

     2 Le deuto et tri-actate de fer, en dissolvant le deuto ou
     tritoxide de fer dans le mme acide.

     3 Le procd suivi dans les manufactures pour obtenir le
     tri-actate de fer, consiste  laver la limaille de fer,  la
     laisser expose  l'air pendant quelques jours, et  la faire
     bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-actique avec le
     contact de l'air. Dans ce cas l'oxigne de l'air et celui de l'eau
     concourent  l'oxidation du fer. Le tri-actate de fer est liquide,
     trs soluble et incristallisable. Sa solution vapore se convertit
46   en sous-actate insoluble, que l'eau convertit bientt en proxide
     de fer. Ce tri-actate est maintenant trs employ dans les
     manufactures de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et comme
     base des couleurs noires qui n'ont pas, comme celles o entre le
     sulfate de fer, l'inconvnient de tourner au brun.


     _Citrate de fer._

     Comme pour le sel prcdent, on lave bien la limaille de fer, on
     l'expose  l'air, on la mouille de temps en temps, et quand elle
     est convertie en sous-carbonate de fer (rouille), on la fait
     bouillir dans une chaudire en fer avec du suc de citron clarifi,
     jusqu' ce que cet acide en soit satur; on filtre alors et l'on
     fait vaporer convenablement. Le citrate de fer est soluble dans
     l'eau et susceptible de cristallisation. C'est peut-tre le
     meilleur sel ferrugineux qu'on puisse employer pour la teinture en
     noir, surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de
     l'acide citrique est trop lev pour pouvoir y recourir
     conomiquement.


     _Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse)._

     Dcouvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est d'un trs
     beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble dans l'eau et
     l'alcool, s'altrant par le contact de l'air, et prenant avec le
     temps une couleur verte. Par la distillation, il donne des acides
     hydrocyanique et carbonique, du carbonate ammoniacal, un gaz
     inflammable, etc. Le rsidu calcin est attirable  l'aimant.
     L'acide sulfurique le dcompose en le dcolorant. Ce caractre
     distingue le bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans
47   altrer sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le dcolorent et
     s'unissent  son acide en prcipitant presque tout l'oxide de fer.

     On prpare le bleu de Prusse en grand, en calcinant,  une chaleur
     rouge, un mlange,  parties gales, de potasse et de sang
     dessch, ou des dbris de cornes et de plusieurs autres substances
     animales.

     Ce sel est form par l'acide hydro-ferro-cyanique et l'oxide de
     fer. Il est employ dans les arts et pour la teinture du bleu
     Raymond.


     _Hydro-ferro-cyanate de potasse._

     Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en gros cristaux
     prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant  l'air,
     soluble dans l'eau et en conservant 0,13 dans ses cristaux. On
     l'obtient en faisant digrer le bleu de Prusse en poudre dans
     l'acide sulfurique, pour lui enlever l'alumine et les substances
     trangres qu'il contient souvent; on lave  plusieurs eaux le
     rsidu, et on le verse dans une solution bouillante de potasse
     jusqu' ce qu'elle cesse de dcolorer; on filtre et l'on obtient ce
     sel en cristaux par l'vaporation d'une partie de la liqueur.

     Ce sel est trs employ dans la teinture dite bleu Raymond, du nom
     du chimiste qui en a fait la premire application  cet art.


     _Nitrate de deutoxide de mercure._

     On prpare ce sel en faisant bouillir un excs d'acide nitrique sur
     du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur, ce nitrate
     cristallise en belles aiguilles blanches, solubles dans l'eau.
     Cette dissolution est trs corrosive; elle tache l'piderme en
     rouge et le dcompose mme; ces cristaux, broys et traits par
     l'eau, sont dcomposs. Il en rsulte un sous-sel insoluble qui est
48   blanc si l'on opre avec de l'eau froide, et jaune si c'est avec
     l'eau bouillante; ce dernier porte le nom de _turbith nitreux_. La
     liqueur tient en dissolution un sur-sel qui est trs acide.

     Le nitrate de mercure est employ pour le feutrage des poils de
     livre et de lapin.


     _Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose bleue, cuivre vitriol,
     vitriol bleu, vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)_

     Ce sel est inodore, d'une saveur cre et trs styptique, en
     cristaux bleus transparens, irrguliers, et quelquefois en
     octadres ou dcadres, jouissant de la double rfraction,
     lgrement efflorescens, et offrant alors une matire pulvrulente
     d'un blanc verdtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
     subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en prcipite l'oxide
     qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
     bleue. On dsigne cette prparation par le nom d'_eau cleste_.


     _Sulfate de fer (couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol
     martial, mars vitriol, etc.)_

     Rcemment cristallis, ce sel est en prismes rhombodaux, d'un beau
     vert d'meraude, transparent, et s'effleurissant  l'air en
     absorbant son oxigne; il se convertit alors en sulfate de
     tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
     prcits. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
     dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
     douze de ce sel. Ce sel expos  l'action d'une haute temprature,
     perd d'abord son eau de cristallisation, ensuite une plus grande
     partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum
49   d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de tritoxide
     de fer, nomm _colcotar_, qui est de couleur rouge.


     _Tartrate de fer._

     Ce sel se prpare comme le citrate de fer, avec la seule diffrence
     qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide citrique.
     Employ pour la teinture en noir, et suprieur au sulfate de fer,
     mais d'un prix bien plus lev.


     _Tournesol en pain._

     On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphin,
     etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
     orcina_ d'Achard. Le procd consiste  pulvriser les feuilles de
     ces lichens,  en faire une pte avec de l'urine et la moiti de
     leur poids de cendres graveles, en ayant soin d'ajouter de l'urine
      mesure qu'elle s'vapore. Au bout de quarante jours de
     putrfaction, ce mlange acquiert une couleur pourpre; on le met
     alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine: c'est
     alors que se dveloppe la couleur bleue. Alors on divise cette pte
     et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernire
     prparation, on fait entrer dans la composition de cette pte,
     ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
     consistance, et on la rduit en petits pains qu'on fait scher.
50




                           SECONDE PARTIE.




                          CHAPEAUX FEUTRS.


     On donne le nom de feutre  une toffe rsultant du croisement et
     entrelacement des poils de certains animaux qui est produit par le
     foulage. L'exprience a dmontr que les poils de certains animaux
     possdent exclusivement cette proprit et que, quelle que soit la
     finesse des fibres vgtales, elles ne se feutrent jamais,  moins
     qu'ayant dj subi une sorte de dcomposition et soumises 
     l'action continue du pilon ou du cylindre, on ne les rduise en
     une pte qui constitue le papier. Dans ce cas mme, cette espce de
     feutre diffre essentiellement de ceux dont nous avons  nous
     occuper.

     La thorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un de nos
     plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette proprit aux
     asprits que l'on remarque sur la surface des poils des animaux,
     lesquelles asprits se trouvent avoir toutes leur direction dans
     le mme sens. A l'appui de son opinion il citait 1 la facilit
     avec laquelle on peut parvenir  dnouer, au moyen de percussions
     lgres, un cheveu nou et plac dans le milieu de la main ferme,
     et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirige vers le sol; ce
     qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on lui a donn une
     direction contraire, on resserre le noeud de plus en plus; 2 le
     mouvement progressif qu'on peut imprimer  un cheveu quand on le
     frotte longitudinalement entre deux doigts. On remarque en effet,
     dit M. Robiquet[8], qu'il marche constamment dans ce cas du ct o
51   se trouve sa racine. Nous faisons observer  ce sujet que ces
     deux exemples ne sauraient nullement tre favorables  la thorie
     de M. Monge. Le cheveu est de forme cylindrique avec un petit
     renflement longitudinal comme le jonc. Cette sorte de cylindre,
     depuis le bulbe jusqu' son extrmit, devient de plus en plus fin;
     il dcrit, pour ainsi dire, un cne along dont la base est le
     bulbe; aussi est-il trs facile de reconnatre le gros bout ou
     mieux celui par lequel ce cheveu adhre  la peau. Il suffit de le
     tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il est 
     la partie suprieure, ou descendre s'il est  la partie infrieure.
     J'en ai examin plusieurs au microscope d'Amici, perfectionn par
     Vincent Chevalier et fils, et je me suis bien convaincu que les
     cheveux ne sont point recouverts d'une sorte de petites cailles
     comme on le croit vulgairement, mais qu'ils offrent un bulbe plus
     ou moins gros, de forme ovode, de couleur blanche, dont le
     prolongement produit le cheveu. Au milieu est un canal mdullaire
     qui a environ un cinquime de diamtre du cheveu, et qui lui
     transmet le liquide propre  sa nutrition. Le jarre se rapproche de
     cette structure.

     [Note 8: Dictionnaire technologique.]

     D'aprs ces donnes que le cheveu marche constamment du ct o se
     trouve sa racine, M. Monge en avait conclu que les poils droits ne
     pouvaient se feutrer sans prparation prliminaire, parce que
     d'aprs leur structure, et quelle que soit la direction qu'on
     puisse leur donner au moyen de l'aron, ils cheminent toujours
     directement dans le sens de leur bulbe et finiraient par s'chapper
     compltement[9]. C'est au moyen du scrtage que l'auteur pense
     qu'on remdie  cet inconvnient; il croit que par cette opration,
     on recourbe l'extrmit des poils, et qu'on facilite ainsi leur
     entrelacement ou feutrage. Cet entrelacement serait encore favoris
     par la temprature  laquelle l'ouvrier opre, et par le mouvement
52   qu'il communique tant au moyen de la main que par celui de la
     brosse.

     [Note 9: Robiquet, _loco citato_.]

     M. Malard, dans un Mmoire prsent  la Socit d'encouragement
     pour l'industrie nationale, a prsent une srie d'observations qui
     ne s'accordent nullement avec la thorie de M. Monge. Nous allons
     les faire connatre:

     1 Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins de
     garenne, quoique aussi droits que ceux de livre, de castor et
     d'autres animaux qui ne se feutrent qu'aprs l'opration du
     scrtage, sont susceptibles de feutrage sans pralablement les
     avoir soumis  aucune prparation;

     2 Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la France)
     se feutrent galement sans prparation, tandis qu'au contraire les
     laines d'Espagne et mme celles des mtis, qui sont tournes en
     spirale, sont peu propres au feutrage.

     D'aprs ces observations, il parat vident que si les asprits
     des poils ou leurs cailles favorisent leur feutrage, cependant
     elles n'en sont point la cause unique comme on vient de le voir.
     Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons du feutrage;
     nous nous bornerons  dire en ce moment que M. Guichardire avance
     que les poils qui ont des asprits se refusent au feutrage. Cette
     opinion ne parait pas conforme  l'observation, et quel que soit
     d'ailleurs le mrite de l'auteur et les services qu'il a rendus 
     la chapellerie, cette opinion, pour tre admise, aurait besoin
     d'tre appuye sur des faits nombreux et soigneusement constats.

     Il est peu de fabrications qui exigent des oprations si varies
     que celle des chapeaux. Nous allons les dcrire successivement.
53



                  PRPARATION DES POILS SUR LES PEAUX.

     Avant de procder au feutrage, on fait subir aux peaux quelques
     prparations prliminaires qui portent diffrens noms, et que nous
     allons faire connatre.


     _Dgalage._

     Le poil des peaux est souvent rempli de poussire et de corps
     trangers dont il importe de les dbarrasser: c'est ce qu'on nomme
     en termes de l'art, _dgaler_. On pratique cette opration au moyen
     d'une espce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
     L'ouvrier promne doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
     la peau avec une baguette du ct oppos; il continue ces deux
     oprations jusqu' ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
     sorte plus de poussire. En cet tat, on les soumet  l'opration
     suivante:


     _barbage ou jarrage._

     Nous avons dj dit que les poils de castor, de lapin, de livre,
     etc., taient composs de duvet et de jarre, et que celui-ci non
     seulement ne se feutrait point, prenait mal la teinture, mais qu'il
     diminuait la beaut et la qualit des chapeaux. Or, les fabricans
     ont employ divers moyens pour sparer ce jarre du duvet.

     Les mots barbage et jarrage semblent  peu prs synonymes;
     cependant il existe entre eux une petite diffrence. Nous avons
     dj dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhre
     moins  la peau que le duvet; c'est en raison de cette proprit et
     vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache  l'arracher;
     c'est ce qu'on nomme _jarrage_, tandis que l'_barbage_ s'y
     applique aussi, mais plus communment aux peaux de livre, dont le
     jarre est plus adhrent au cuir que le duvet. Je vais dcrire ces
     deux oprations.
54

     _jarrage des peaux de lapins._

     Cette opration est galement connue sous le nom d'arrachage; elle
     s'opre de la manire suivante: on tend pendant deux ou trois
     jours les peaux bien dgales dans une cave ou tout autre lieu bas
     et humide, en ayant soin de les retourner trois ou quatre fois par
     jour, afin qu'elles se ramollissent galement. On les porte ensuite
     par cinquantaines  l'atelier; on coupe les _pattons_, et l'on
     ouvre les peaux dans leur longueur avec une espce de couteau trs
     tranchant  lame large et mince que l'on nomme _tranchet_. On
     s'attache ensuite  les bien _dtirer_, c'est--dire  faire
     disparatre, au moyen des poignets, les plis que ces peaux ont
     contractes[10]. Au fur et  mesure que les peaux sont dtires, on
     les tasse les unes sur les autres, et on les surcharge d'une
     planche sur laquelle on place un corps trs pesant. Par ce moyen
     non seulement on prvient le prompt desschement des peaux, mais
     encore on finit d'effacer les plis et les rides. Aprs ces
     prliminaires, l'ouvrire pratique l'arrachage de la manire
     suivante: elle place la peau sur son genou droit de manire que le
     poil soit en dehors, la _cule_, ou ct de la queue, vers le haut,
     et celui de la tte plac entre ce mme genou et un tabli. Voici
     la manire de M. Morel[11]. L'ouvrire, arme d'un tranchet,
     suffisamment garni de linges pour viter qu'il ne la blesse, et
     qu'elle saisit d'abord des deux mains par ses deux extrmits, le
     fait mouvoir de telle sorte que la lame, appuye presque
     verticalement par son tranchant sur le poil, vient, par un
55   mouvement subit et gal des deux poignets,  la position
     horizontale, le tranchant tourn du ct de l'ouvrire. Ces deux
     mouvemens, excuts et renouvels avec toute la clrit dont les
     muscles sont susceptibles, et en avanant peu  peu de la tte vers
     la cule, font tout le mcanisme de cette opration, qui, d'un seul
     temps, saisit et enlve le jarre sans arracher le poil fin. Il est
     nanmoins rare que cette premire faon suffise pour enlever la
     totalit des jarres; c'est pourquoi l'arracheuse, aprs l'avoir
     excute, doit retourner sa peau bout pour bout; et, tandis qu'elle
     la tient de la main gauche, la droite retient seule le tranchet,
     entre la lame duquel, et le pouce revtu du _poucier_[12], elle
     saisit les jarres qui sont demeurs, et les tire  rebrousse-poil.
     Il est ais de voir que les ouvrires doivent joindre  beaucoup
     d'adresse une grande habitude de ce travail.

     [Note 10: Le dtirage est une opration prliminaire fort
     essentielle, en ce qu'elle rend l'arrachage et le coupage plus
     aiss.]

     [Note 11: Trait thorique et pratique de la fabrication des
     feutres.]

     [Note 12: C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert  le
     garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre
     ce mme tranchant avec ce doigt.]

     On pratique galement cette opration en plaant les peaux sur un
     chevalet en faisant agir une plane sur le jarre; ce procd est
     bien moins usit que le prcdent. Nous devons ajouter que
     l'jarrage ne s'applique qu'au poil du dos de l'animal, et qu'on
     doit bien faire attention  ne pas atteindre le bout du duvet, qui
     est la partie la plus soyeuse et la plus fine. Quant au poil de la
     gorge et du ventre, on est dans l'usage de le raccourcir de prs
     d'un tiers. Sans cette prcaution, on rendrait difficilement le
     feutre uni. Quand l'arrachage est termin, on bat les peaux  la
     baguette pour les dpouiller du jarre coup qui reste dans le
     duvet, et qu'on nomme gros. On les met ensuite deux  deux, cuir
     contre cuir, et par paquets de cent quatre qui sont visits par un
     nouvel ouvrier, lequel leur fait subir de semblables oprations
     pour les en dpouiller compltement.
56
     Quelle que soit l'adresse de l'ouvrire, il arrive parfois qu'elle
     arrache des parties de la peau. On doit jarrer les mmes parties,
     dites vidures, et les joindre aux peaux dont elles faisaient
     partie.


     _jarrage des peaux de castor._

     L'opration est la mme, avec cette diffrence que comme la peau du
     castor est plus grande et que son jarre est beaucoup plus fort, il
     est ncessaire de recourir  un outil bien plus gros, qu'alors un
     homme fait mouvoir; celui-ci place la peau sur un _chevalet_, l'y
     fixe au moyen d'un _tire-pied_, s'asseoit sur l'un des bouts du
     chevalet, et prenant la plane[13] par les deux manches, lui fait
     excuter sur la peau de castor les mmes mouvemens qu'on imprime au
     tranchet sur les peaux de lapins. Aprs cette opration, une
     ouvrire enlve au tranchet les parties du jarre qui ont pu
     chapper  l'action de la plane. C'est ce qu'on nomme repassage. On
     bat ensuite les peaux de castor  la baguette pour en sparer le
     gros.

     [Note 13: Cette plane est le plus souvent  deux tranchans.]


     _barbage de peaux de livre._

     Le jarre du livre adhre, comme nous l'avons dj dit, bien plus 
     la peau que le duvet. On est donc oblig de le couper aux ciseaux;
     c'est ce qu'on nomme _barber_. Pour cela, l'ouvrire, aprs avoir
     peign doucement le poil au moyen du _carrelet_, afin que tous les
     poils ou jarres se trouvent tous disposs dans leur situation
     naturelle, l'ouvrire, dis-je, coupe, avec de longs ciseaux bien
     tranchans, le jarre sur toute la surface de la peau et  la fleur
     du duvet, sans toucher aucunement  celui-ci. Ce travail demande
     beaucoup d'attention et d'adresse. Quand cette opration a t bien
     faite, et sur une des belles peaux, dites de _recette_, leur
57   surface offre sur le dos une couleur noire veloute, sans aucune
     apparence de jarre; cette couleur diminue d'intensit en descendant
     vers les flancs.

     Cette opration, ainsi que celle de l'arrachage, sont longues et
     coteuses. On a cherch de nos jours  la remplacer par des
     machines convenables. Nous allons faire connatre celle que nous
     avons pu dcouvrir.


     _Description d'une machine propre  nettoyer et  ouvrir la laine
     et  dbarrasser les poils de leur jarre_; par M. WILLIAMS.

     On connat en Angleterre une sorte de laine provenant de l'Amrique
     mridionale, qui est trs fine et d'excellente qualit, mais
     tellement agglomre et salie par des impurets de toute nature,
     qu'elle n'a presque aucune valeur dans le commerce. M. Williams a
     cherch  remdier  cet inconvnient en purgeant cette laine de
     ses matires htrognes, et c'est dans ce but qu'il a imagin la
     machine dont nous allons nous occuper. Quoique plusieurs parties en
     soient dj connues et aient beaucoup d'analogie avec le
     batteur-plucheur du coton, construit par M. Pitret, cependant
     l'ensemble prsente une combinaison qui n'est pas sans mrite.
     D'ailleurs la machine est susceptible d'tre applique 
     dbarrasser de leur jarre les poils employs dans la chapellerie,
     et surtout la laine de cachemire, qui arrive en Europe charge de
     bouchons et d'autres matires qu'on ne peut en sparer qu'avec
     beaucoup de difficult.

     La _fig._ 1re, _pl._ 377, est une lvation latrale de la machine,
     vue du ct droit.

     La _fig._ II, le plan ou la vue  vol d'oiseau.

     La _fig._ 3, coupe longitudinale, prise par le milieu de la
     machine. Les mmes lettres indiquent les mmes objets dans toutes
     les figures.
58
     La machine est monte sur un btis en bois, A A;  son extrmit
     postrieure est dispose une toile sans fin horizontale _a_, tendue
     sur deux rouleaux qui la font tourner: c'est sur cette toile que
     l'ouvrier tale avec soin et bien galement la laine ou les
     matires destines  tre soumises  l'action de la machine; B C,
     sont deux cylindres alimentaires, entre lesquels passe la nappe de
     laine tendue sur la toile _a_; ces cylindres, qui sont presss
     l'un sur l'autre par l'effet d'un levier en forme de romaine _u_,
     tir par un poids _z_, reoivent leur mouvement par un engrenage v,
     compos d'un pignon et de deux roues dentes: ce mme engrenage
     fait tourner la toile sans fin; _d_ est un tambour garni  sa
     circonfrence de douves e, e, e, sur lesquelles sont fixes, dans
     une position oblique, des dents en fer _f_, dont la forme est
     reprsente sur une plus grande chelle _fig._ 5; _g_ est une
     archure qui recouvre la partie suprieure, afin d'empcher que la
     laine ne soit jete au dehors par l'effet de la force centrifuge.

     Le mouvement est transmis au tambour par une poulie _h_, monte sur
     son axe et enveloppe par une courroie communiquant avec une
     machine  vapeur ou tout autre moteur. Le mme axe porte une autre
     poulie i, qui, par l'intermdiaire d'un ruban crois _j_, fait
     tourner une poulie _k_, monte sur l'axe du cylindre alimentaire C.
     Dans cette premire opration, la laine, en sortant de la toile
     sans fin, passe entre les cylindres B C; l, elle est saisie par
     les dents du tambour, qui en dtachent le jarre et les impurets,
     lesquels tombent sur la planche incline m, aprs avoir travers la
     grille _l_. La nappe de laine est ensuite entrane sur la toile
     sans fin _n_, qui la fait passer entre les cylindres _o_ _p_;
     au-dessus de cette toile est une grille _x_, qui donne passage  la
     poussire produite par la rotation du tambour. Celui-ci fait
     tourner les cylindres _o_ _p_, au moyen d'une courroie croise _q_,
     passant de la poulie _r_ sur celle _s_, fix sur l'axe du cylindre
59   _p_, le mouvement est transmis  la toile sans fin _n_ par un
     engrenage _t_, compos, comme le prcdent, d'un pignon et de deux
     roues dentes. Un levier en forme de romaine _y_, auquel est
     suspendu un poids _a_, presse les cylindres l'un sur l'autre.

     La laine, aprs avoir pass entre ces cylindres, subit l'action des
     peignes rotatifs _b_, monts dans une position oblique sur des
     douves assujetties  des croisillons c, d'un tambour plus petit que
     le prcdent. Ces peignes, dessins sur une plus grande chelle,
     _fig._ 4, tournent par l'effet d'une grande poulie f, enveloppe
     d'une courroie e, qui embrasse une poulie d, fixe sur l'axe des
     peignes. Comme ils ont une trs grande vitesse, les impurets qui
     auraient pu chapper aux dents du tambour d, sont dfinitivement
     dtaches et lances tant contre l'archure _g_ qui recouvre les
     peignes, que contre une planche en fer courbe h'; elles s'chappent
     ensuite par l'ouverture _i'_.

     Aprs cette opration, les brins de laine, parfaitement nettoys et
     ouverts, descendent, sous forme de nappe, sur la planche incline
     _k_'.

     M. Malartre s'est aussi occup avec succs de ce point important;
     nous allons transcrire le rapport qu'a fait  ce sujet M. Cadet
     Gassicourt,  la Socit d'encouragement pour l'industrie
     nationale.


     _Rapport fait par M. Cadet de Gassicourt au nom du comit des arts
     chimiques, sur un procd pour jarrer les peaux de livres,
     invent_ par M. MALARTRE, chapelier, rue du Temple, n 60,  Paris.

     Messieurs, pour vous mettre  porte d'apprcier les avantages du
     nouveau procd de chapellerie invent par M. Malartre, il est
     ncessaire que nous entrions dans quelques dtails sur la
     fabrication des chapeaux.
60
     Le poil des animaux employ par les chapeliers est compos de deux
     espces trs distinctes, l'une soyeuse, flexible, quelquefois
     cotonneuse, dont les parties ont naturellement beaucoup d'adhrence
     entre elles, et dont la principale fonction parait tre de
     conserver la chaleur de l'animal; on la nomme duvet; l'autre, plus
     raide, plus lastique, et n'ayant point d'adhrence entre ses
     parties, semble destine  garantir le duvet du frottement des
     corps extrieurs; on l'appelle jarre.

     L'exprience a prouv que parmi les substances propres  tre
     feutres, celles qui ont cette qualit au plus haut degr sont les
     plus dlies et les plus homognes, et que la prsence du jarre
     dans le feutre lui te sa souplesse et sa force en le rendant dur
     et cassant. Un prjug a pu faire croire, pendant quelque temps, 
     des chapeliers inexpriments que le jarre donnait de la solidit
     aux chapeaux; les hommes habiles n'ont point partag cette erreur,
     et ils ont cherch, par toutes sortes de moyens,  sparer le jarre
     du duvet; mais ils n'y sont parvenus qu'imparfaitement.

     Nous ne dcrirons pas la manire trs connue par laquelle les
     chapeliers ont coutume d'arracher le jarre, opration qui s'appelle
     barber. Cette opration est si inexacte, qu'ils ont besoin, quand
     le chapeau est termin, d'arracher avec des pinces les poils de
     jarre saillans  sa surface, et de dissimuler ainsi sa prsence, au
     risque d'corcher et de dgarnir le chapeau.

     On n'avait pas encore observ qu'il y avait sur les peaux de
     livres deux espces de jarres; l'un que l'animal apporte en
     naissant et qui devient trs long: il est ordinairement de deux
     couleurs; l'autre, presque aussi court que le duvet, est destin,
     sans doute,  remplacer le long quand l'animal est dans sa mue. Or,
     par le procd employ jusqu'ici, on enlve une grande partie du
     jarre long, mais le court reste dans le duvet.

61   M. Malartre s'est propos le problme suivant: trouver un procd
     pour enlever le jarre dans tous les poils employs dans la
     fabrication des chapeaux, procd tout  la fois simple, facile,
     prompt et conomique, qui extrait le jarre jusqu' sa racine,
     jusqu' son dernier brin, et laisse le duvet dans l'tat de pure
     nature, sans la moindre altration.

     Nous croyons, messieurs, que M. Malartre a compltement rsolu le
     problme, en ne jugeant que les produits qu'il obtient; car les
     substances et les manipulations qu'il emploie tant et devant
     rester secrtes, nous ne pouvons prononcer sur l'conomie du
     procd.

     M. Malartre a bien voulu, sur notre demande, nous fournir des peaux
     de livres de Russie et de France scrtes et jarres par
     l'ancienne et la nouvelle mthode: il a mis sous nos yeux du duvet
     purifi par lui et du duvet non purifi. Nous avons examin  la
     loupe ces diffrens produits; nous avons compar des feutres qu'il
     a composs de pur duvet avec les feutres les plus fins du commerce,
     et nous avons reconnu une supriorit incontestable dans les
     feutres de M. Malartre. D'habiles chapeliers, auxquels nous avons
     prsent ces produits, ont t de l'avis de votre comit.

     Quels sont maintenant, messieurs, les avantages du nouveau procd?
     Ici nous laisserons parler M. Malartre lui-mme, parce qu'il ne
     s'loigne pas de la vrit, et que nous ne pourrions nous expliquer
     plus clairement que lui.

     Si l'on compare, dit-il, les chapeaux ou le jarre avec les
     chapeaux faits avec le moyen du seul duvet, l'exprience et le
     raisonnement prouvent galement que ces derniers sont d'un feutre
     plus gal et plus adhrent, puisqu'ils sont composs d'une matire
     plus dlie et plus homogne; qu'ils sont plus solides, plus
     souples et d'un meilleur usage, qu'ils flattent davantage l'oeil
     par leur aspect soyeux, ondul, brillant, et la main par le
62   moelleux de leur substance; enfin, qu'ils sont susceptibles de
     prendre de plus belles couleurs, puisque la teinture se fixe mieux
     sur une matire fine et divise.

     Des matires communes rputes jusqu'ici mauvaises et peu propres
      la chapellerie, donnent, en tant le jarre, des chapeaux d'une
     beaut et d'une solidit gales  celles des chapeaux les plus fins
     que l'on fabrique actuellement; et, lorsqu'on emploie des matires
     de choix, les chapeaux de pur duvet peuvent rivaliser avec les
     chapeaux de castor. Ceux-ci ne sont que dors  la surface
     extrieure: le corps du chapeau est compos de matires trangres
     au castor. Le castor lui-mme n'est point priv de jarre, et si
     l'on ajoute que les chapeaux de castor perdent leur couleur et
     rougissent en trs peu de temps, tandis que la couleur est fixe sur
     les chapeaux de duvet, peut-tre trouvera-t-on que ces derniers,
     sans tre infrieurs aux chapeaux de castor dans aucune de leurs
     parties, ont au contraire quelques parties dans lesquelles ils leur
     sont suprieurs.

     Nous ne ferons sur cet expos qu'une seule observation; on prtend
     que les chapeaux de castor et autres, qui rougissaient quand on les
     teignait en noir par le sulfate de fer, ne rougissent point quand
     on les teint par le pyrolignite, ou, comme en Angleterre, par le
     nitrate de fer.

     Il rsulte encore d'autres avantages du procd de M. Malartre. En
     employant le pur duvet, deux ouvriers font, dans l'opration de la
     foule, l'ouvrage de trois. Dans l'appropriage, compos de trois
     oprations, du dressage et de deux passages, le premier des
     passages est inutile; car il n'a pour but ordinairement que de
     coucher le duvet et de faire redresser le jarre, afin de pouvoir le
     saisir avec des pinces. Or ici point de jarre. Dans l'aronnage, il
     y a moins de poussire avec le pur duvet, moins de poils qui
     voltigent, et qui, respirs par l'ouvrier, nuisent  sa sant.
     Ainsi, la dcouverte de M. Malartre amliore et simplifie les
     autres procds de la chapellerie.
63
     Nous sommes entrs dans tous ces dtails, messieurs, parce que nous
     regardons ce perfectionnement comme trs important. Il fait faire
     un trs grand pas  l'art de la chapellerie, et si le procd de M.
     Malartre pouvait devenir le secret des fabriques de France, cette
     branche de commerce rendrait bientt les trangers tributaires; car
     nous ferions exclusivement les chapeaux les plus beaux, les plus
     solides et les plus lgers, avec les poils fournis par les animaux
     de notre sol, et mme par ceux dont les peaux taient ddaignes,
     comme contenant plus de jarre que de duvet, ou un jarre trop court
     pour pouvoir tre spar.

     Votre comit des arts chimiques me charge, messieurs, de vous
     demander, pour M. Malartre, une mdaille dont il nous parat que la
     matire ne peut tre dtermine que dans six mois, parce que, si
     les esprances que M. Malartre fait concevoir se ralisent, la
     socit jugera sans doute que la mdaille d'or doit tre la juste
     rcompense de cette invention.

     En attendant, nous avons l'honneur de vous demander l'annonce de ce
     procd dans le bulletin de la Socit, avec les loges que M.
     Malartre a mrits[14].--Adopt en sance, le 11 mars 1818.

     [Note 14: Les chapeaux sans jarre, de M. Malartre, se vendent au
     mme prix que les chapeaux ordinaires, en livre et en lapin.]

     _Moyens propres  extraire le jarre du duvet des peaux destines 
     la fabrication des chapeaux_, par M. MALARTRE, chapelier. (Brevet
     d'invention de 15 ans.)

     Il a t accord  ce procd, qui date du 30 mars 1818, un brevet
     de quinze ans, dchu par ordonnance du 4 mai 1823. Voici en quoi il
     consiste:
64
     On commence par imprgner les peaux d'une eau de chaux lgre, qui
     ne puisse pntrer dans la peau, c'est--dire dont l'effet ne
     puisse se faire sentir au-del de la racine du duvet. Cette
     opration se fait en passant une brosse trempe dans l'eau de
     chaux, sur les deux cts de la peau jusqu' ce qu'elle soit
     entirement amollie. En cet tat, le jarre n'a que peu d'adhrence
     avec les peaux, et on l'en arrache aisment en le pinant entre le
     pouce et une espce de couteau peu tranchant. Le jarre qui reste
     aprs cette opration est coup avec des ciseaux. On arrache alors
     le duvet des peaux, qui vient trs facilement sans entraner le
     jarre qui pourrait rester et qui a rsist  l'arrachage, parce que
     ses racines, tant plus profondes que celles du duvet, n'ont pas
     t atteintes par la liqueur dont l'action s'est borne  la
     surface de la peau.

     Il est bon de faire observer qu'il faut laisser scher les peaux
     que l'on a imprgnes d'eau de chaux, et qu'on doit les battre
     ensuite avec une petite baguette avant d'en arracher le jarre.

     Le procd de M. Malartre ne se trouvant point dcrit dans le
     bulletin de la Socit d'encouragement, nous avons appris que
     l'auteur avait pris pour cela un brevet d'invention. En consquence
     nous nous sommes procurs la copie de son brevet, et nous venons de
     le publier tel que l'auteur l'a dpos au ministre de l'intrieur.


     _Classement des peaux._

     Aussitt que les peaux ont t barbes ou jarres, le fabricant
     en fait plusieurs triages pour les assortir suivant leur beaut et
     leur qualit.

     1 Dans chaque espce de peau et dans chaque sorte, l'on commence
     par mettre de ct les peaux qui doivent tre coupes de suite, et
65   qu'on nomme _en veule_, en les sparant ainsi des autres qui
     doivent tre soumises au scrtage;

     2 Les peaux des lapins de clapier sont galement spares de
     celles des lapins de garenne;

     3 On fait des paquets spars des premires de ces peaux d'aprs
     leurs couleurs;

     4 Les peaux des castors gras sont aussi spares de celles du
     castor sec;

     5 Enfin, s'il en est qui ne soient pas bien jarres ou barbes,
     on les renvoie  l'ouvrire. Aprs ces prliminaires on procde 
     l'opration suivante.


     _Scrtage._

     Le scrtage est une opration qu'on fait subir aux poils pour
     augmenter leur proprit feutrante. Ds le principe on employait en
     France  cet effet, mais avec un faible succs, une dcoction de
     racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
     1730 qu'un ouvrier chapelier, nomm Mathieu, porta d'Angleterre le
     procd du scrtage des peaux au moyen du nitrate de mercure. La
     prparation si importante de ce sel parat n'tre pas la mme dans
     toutes les fabriques; elle varie par les proportions des
     constituans; ainsi M. Morel indique:

     acide nitrique (eau forte) ........   1 livre.
     mercure.............                  de 3  4 onces.

     On fait dissoudre  une douce chaleur, et l'on ajoute:

     eau de pluie ou de rivire ....       de cinq  six fois
     son volume, c'est--dire de cinq  six livres. M. Robiquet dit que
     la liqueur mercurielle gnralement adopte se compose de:

     acide nitrique .......  500 grammes (1 livre.)
     mercure. ......         32          (1 once.)
     eau ... de moiti  deux tiers suivant la concentration
     de l'acide.
66
     M. Guichardire assure qu'il a obtenu de meilleurs rsultats de la
     combinaison de l'ancien procd avec le nouveau. En consquence il
     conseille les proportions et le mode suivant:

     cide nitrique  34.......    1 livre.
     mercure pur..........         6 onces.

     Aprs la dissolution il ajoute:

     dcoction de guimauve et de grande consoude..    16 parties.

     Voici maintenant la manire de faire cette opration:

     On tend soigneusement sur une table ou un chevalet les peaux dj
     barbes ou jarres; on trempe alors une brosse de sanglier dans
     la dissolution mercurielle et on la promne avec force sur toute la
     surface du poil, tant dans sa direction naturelle qu'
     rebrousse-poil; on immerge de nouveau la brosse dans la liqueur, on
     la passe sur le poil, et l'on continue jusqu' ce que celle-ci soit
     mouille dans environ les deux tiers de sa longueur; si le poil est
     un peu rude, on imbibe le poil encore plus profondment. Il est bon
     de faire observer que, chaque fois qu'on plonge le poil de la
     brosse dans la liqueur, on doit, aprs l'avoir sortie, lui imprimer
     une secousse afin qu'elle ne soit pas trop charge de liquide.
     L'ouvrier doit tre plac dans un endroit ar, afin de se
     prserver des exhalaisons mercurielles[15]. Enfin, pour rendre le
     mouillage ou le scrtage plus gal, on runit les peaux de deux en
     deux et poil contre poil; on les porte ensuite  l'tuve qui doit
     tre assez fortement chauffe pour que la dessication soit prompte.
     La temprature de l'tuve devra tre d'autant plus leve que la
     dissolution du nitrate de mercure aura t plus tendue d'eau. Il
     est d'autant plus ncessaire que la dessication s'opre promptement
67   que c'est la concentration du sel qui doit produire l'effet dsir;
     car, si cette dessication est lente et successive, l'exprience a
     dmontr qu'alors la contraction du poil ne parvient point au degr
     ncessaire.

     [Note 15: Les ouvriers fabricans de chapeaux prouvent souvent des
     accidens trs graves, dus  ce sel mercuriel.]

     La solution de nitrate acide de mercure exerce une action chimique
     trs forte sur les poils qui contractent une couleur jaune dore
     plus ou moins intense, suivant les parties de la peau. Vainement
     a-t-on cherch  connatre le mode d'action que l'acide nitrique et
     le sel mercuriel exercent sur le poil; nous n'avons encore, sur ce
     point, que des hypothses; le problme reste encore  rsoudre.
     Cette solution serait cependant d'autant plus importante pour cet
     art, qu'elle conduirait les exprimentateurs  lui substituer
     quelque autre sel ou quelque autre substance inoffensive, ou moins
     dangereuse que le nitrate acide de mercure. L'art du chapelier
     repose en grande partie sur l'opration du feutrage; aussi
     plusieurs fabricans ont-ils tent plusieurs essais pour en exclure
     le sel mercuriel. En 1817, M. Guichardire prsenta  la Socit
     d'encouragement, des chapeaux d'ours marin, de loutre indigne et
     de raton du Mexique, scrts sans mercure, ainsi qu'un chapeau
     sans scrtage, foul par l'acide sulfurique. Nous n'avons pas
     connaissance qu'il ait donn suite  ces essais.

     M. Morel a tent quelques essais infructueux avec les acides
     affaiblis, et les alcalis. Tous les procds auxquels il donna
     quelqu'un de ces agens pour base, furent nuls ou fcheux; les uns
     en dtruisant la substance mme des poils, les autres en
     l'attaquant de manire  altrer sensiblement leur solidit.
     L'auteur croit cependant avoir dcouvert un mode de scrtage trs
     avantageux pour les peaux de lapin; il se borne  les exposer
     suspendues aux solives d'une table, et  les y laisser plusieurs
     semaines. Le poil tait devenu alors plus gras, et se feutrait
     aussi facilement que s'il et t scrt par le nitrate de
68   mercure. Il n'en tait pas de mme du poil de livre. M. Morel
     pense qu'il et d y rester plus long-temps expos que celui de
     lapin. Mais ses expriences, sur ce dernier point, n'offrent rien
     de positif.

     La Socit d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue
     des effets nuisibles du nitrate du mercure sur la sant des
     ouvriers, proposa, en 1815, un prix relatif au scrtage sans
     prparation mercurielle. Ce prix n'ayant point t dcern en 1816,
     il fut remis au concours en 1817. MM. Malard et Desfosss entrrent
     en lice, et la Socit arrta que le concours serait ferm, et que
     le pris serait adjug  ces deux auteurs, dans le cas o de
     nouvelles expriences, faites plus en grand et continues pendant
     un temps suffisant, confirmeraient non seulement les rsultats
     obtenus, mais donneraient encore une garantie absolue de la bont
     du procd. Il parat que ce procd, quoique trs bon, ne rpondit
     pas tout--fait aux esprances qu'il avait fait concevoir, puisque
     la Socit, en retirant ce prix, se borna  dcerner une mdaille
     d'encouragement de 200 francs  MM. Malard et Desfosss. Nous
     faisons connatre le rapport qui fut fait  ce sujet  cette
     Socit par M. Brant.

     Comme nous n'avons trouv nulle part le procd de scrtage de MM.
     Malard et Desfosss, nous avons lieu de croire que c'est celui pour
     lequel ils avaient dj pris un brevet d'invention. Nous allons le
     transcrire ici.


     _Nouveau procd de scrtage pour le feutrage des poils destins 
     la fabrication des chapeaux_, par MM. MALARD et DESFOSSS. (Brevet
     d'invention de 1817.)


     _Composition de la liqueur._

69   Ajoutez  deux cent cinquante grammes de soude brute dite
     d'Alicante, qu'on appelle _barille_ mlange, en usage dans les
     savonneries et dans les ateliers de teinture en coton, cent
     vingt-cinq grammes de chaux vive, que vous teignez en la plongeant
     dans l'eau avant d'oprer le mlange, et que vous filtrez aprs
     avoir mis assez d'eau pour que la liqueur filtre marque dix degrs
      l'aromtre d'Assier-Prica: la liqueur qu'on obtient donne
     dix-neuf  vingt degrs  l'alcalimtre de M. Descroizilles.

     Imprgnez de cette liqueur les poils de peaux  scrter,  l'aide
     d'une brosse de soie de porc, comme cela se pratique ordinairement
     pour les dissolutions de sels mercuriels.

     Ce mode de scrtage convient galement pour les chapeaux jockey et
     pour les chapeaux grande taille.

     Les chapeaux ainsi scrts sont mis  l'tuve.

     Le chapeau jockey est compos de quatre onces de poils, dont trois
     parties de poils scrts et une partie de poils veules. Le poil,
     soit scrt, soit veule, est form de six parties de poil de
     livre pour une partie de poil de lapin.

     Le chapeau grande taille est fait avec neuf onces de mme mlange;
     le poil veule s'y trouve dans les mmes proportions.

     Voici maintenant le rapport qui a t fait  la Socit
     d'encouragement sur ce procd.

     _Rapport fait par M. Brant sur les travaux relatifs au scrtage
     des poils sans emploi de sels mercuriels_, par MM. MALARD et
     DESFOSSS.

     Messieurs, l'anne dernire, d'aprs le rapport de votre comit des
     arts chimiques, sur le prix relatif au scrtage sans prparation
     mercurielle, vous arrttes que le concours serait ferm, et que le
70   prix serait adjug  MM. Malard et Desfosss, dans le cas o de
     nouvelles expriences, faites plus en grand et continues pendant
     un temps suffisant, confirmeraient les rsultats obtenus, et
     donneraient une garantie absolue de la bont du procd.

     En consquence de cette dtermination, votre comit fit prparer,
     au printemps dernier, par MM. Desfosss et Malard, la liqueur
     qu'ils ont substitue au nitrate de mercure, et il fit scrter une
     quantit de peaux suffisante pour les expriences.

     Les poils coups furent ensuite distribus  divers chapeliers, en
     laissant  chacun la facult de faire les mlanges comme il le
     jugerait convenable.

     Les premires expriences nous donnrent des rsultats opposs; les
     chapeaux prpars par un des fabricans  qui nous nous tions
     adresss, furent trouvs par lui de mdiocre qualit, tandis que
     ceux prpars par un autre furent estims d'une qualit
     suffisamment bonne. Surpris de cette diffrence, surpris aussi que
     les meilleurs de ces chapeaux fussent infrieurs  ceux prpars
     sous les yeux de vos commissaires, dans l'atelier de M. Malard,
     votre comit a d penser que le succs tenait  quelques
     circonstances particulires, soit dans l'opration du secrtage,
     soit dans la fabrication des chapeaux. Il rsolut, en consquence,
     de faire rpter l'opration, en la confiant de prfrence au
     chapelier qui avait le mieux russi; et comme il y avait lieu de
     croire que le scrtage n'avait pas t fait, d'autant que les
     peaux, places dans une trs petite tuve, avaient d prouver une
     trop forte chaleur, le comit fit recommencer l'exprience avec un
     soin particulier, et il a eu  s'applaudir de cette prcaution, que
     l'impartialit lui prescrivait, puisqu'il en est rsult des
     feutres aussi bons que ceux scrts au mercure, et que ces
     feutres, fouls dans la lie de vin, comme les chapeaux ordinaires,
     n'ont pas exig plus de temps.
71
     Plac entre deux rapports contradictoires, ne pouvant lever de
     doute contre l'exactitude d'aucun des deux, votre comit a d
     rechercher la cause de ces diffrences, et il l'a trouve, non dans
     la bonne volont plus ou moins grande de ceux qui ont concouru aux
     expriences, mais dans la diffrence des matriaux qu'ils ont
     employs, et dans leurs mthodes particulires.

     Les objections faites contre le nouveau scrtage, portent sur les
     points suivans:

     1 Les poils sont humides, et cependant,  l'aronnage, ils
     produisent de la poussire.

     2 Le btissage se fait plus lestement.

     3 A la foule ils rentrent moins vite, et au point qu'il a fallu
     six heures pour un grand chapeau.

     4 Les poils ne sont pas assez adhrens, puisqu'on les enlve avec
     une brosse.

     5 Enfin, ils ne prennent pas un beau noir.

     A cela, votre comit rpond que la poussire a d rsulter du
     dfaut de prcaution apport dans la premire opration du
     scrtage. Cet inconvnient ne fut pas observ l'anne dernire, et
     avec une trs lgre modification dans le procd on y remdierait
     aisment.

     Il ne peut non plus attribuer la lenteur du btissage, observ par
     un des fabricans qui ont travaill aux expriences, qu' la mme
     cause qui a produit de la poussire; car l'anne dernire cette
     opration se fit trs bien, et s'est galement bien faite dans les
     derniers essais qui ont eu lieu.

     La premire opration du scrtage n'ayant pas t bien conduite,
     il n'est pas tonnant que les rsultats obtenus  la foule n'aient
     pas t aussi satisfaisans que ceux de l'anne prcdente. Ils ont
     t les mmes aussitt qu'on a employ le procd avec plus de
     soin.

     Quant  l'effet de ces chapeaux  la teinture, il n'est pas
72   tonnant qu'ils n'aient pas pris un aussi beau noir. Le scrtage
     influe ncessairement sur le mordant, et le bain doit tre modifi
     en raison des substances employes pour le scrtage; mais rien
     n'est plus facile que de prparer un bain de teinture, dans lequel
     ils prendront un noir aussi parfait que celui qu'on obtient avec
     les poils scrts au mercure.

     Aprs avoir compar attentivement les rsultats contradictoires des
     expriences qu'il a fait rpter plusieurs fois, votre comit est
     demeur convaincu:

     1 Que par le procd de MM. Desfosss et Malard, on parvient 
     scrter les poils au point de les rendre propres  faire
     d'excellens feutres; mais que ce procd ne communique pas aux
     poils toute l'nergie feutrante que leur donne le nitrate de
     mercure.

     2 Que le succs de ce procd tient  des circonstances tellement
     dlicates, qu'il est difficile de pouvoir en rpondre constamment.

     Ainsi, on ne peut nier que l'emploi du nitrate de mercure n'ait un
     avantage marqu, puisqu'il ne manque jamais de remplir son effet.

     D'aprs cet expos, messieurs, votre comit doit dclarer que les
     conditions du programme ne lui paraissent pas remplies, et que le
     prix n'est pas gagn; mais il serait injuste s'il ne reconnaissait
     pas que ceux qui ont autant approch du but mritent un
     encouragement des plus honorables.

     En le leur accordant, vous les dterminerez  faire de nouveaux
     efforts pour ajouter  leur procd ce qui lui manque pour russir
     constamment dans les mains de tous les fabricans. Eux seuls peuvent
     y parvenir, parce qu'ils sont les inventeurs, qu'ils ont intrt 
     perfectionner leur dcouverte, et que la runion de leurs
     connaissances et de leurs talens leur offre tous les moyens de
     succs.

     Votre comit vous propose, en consquence, de dcerner,  titre
73   d'encouragement, une mdaille d'or au procd de scrtage prsent
     par MM. Desfosss et Malard.

     Des informations prises auprs de plusieurs fabricans ont fait
     connatre que le tremblement mercuriel est maintenant rare parmi
     les ouvriers chapeliers, sans doute parce que l'on emploie
     aujourd'hui une moindre quantit de mercure; mais si les ouvriers
     chapeliers ne sont plus autant exposs  cette maladie, elle
     attaque ceux qui scrtent les peaux, et quoique le nombre de ces
     prparateurs de poil soit trs peu considrable, il ne faut pas
     ngliger les moyens de les prserver d'une cruelle maladie.

     Votre comit ne pense pas toutefois qu'on doive remettre au
     concours le problme du scrtage; il se charge d'en chercher la
     solution dans le cas o, contre son esprance, MM. Desfosss et
     Malard renonceraient  faire de nouvelles tentatives. Les
     conclusions de ce rapport ont t adoptes: en consquence M. le
     prsident a remis  MM. Malard et Desfosss une mdaille
     d'encouragement de la valeur de 200 fr.


     _Tonte ou coupe de poils._

     L'ouvrire commence par couper toutes les ingalits et cornes des
     peaux, ainsi que la queue et les pattes, c'est ce qu'on appelle
     _border la peau_; les parties retranches sont nommes
     _chiquettes_: elles sont mises  part. On prend alors les peaux, on
     les humecte du ct de la chair avec une ponge imbibe d'eau ou,
     bien mieux, trempe dans de l'eau de chaux affaiblie, et l'on
     accole les peaux de deux en deux du ct mouill[16], par
     cinquantaines; on les charge de planches surcharges d'une grosse
     pierre, et on les laisse en cet tat de douze  vingt-quatre
     heures, afin que le cuir soit plus souple, et que le poil puisse en
74   tre extrait plus aisment. Pour cela on recourt  deux moyens; on
     l'arrache ou bien on le coupe. M. Guichardire donne la prfrence
     au premier moyen, pour la fabrication des chapeaux velus. Il assure
     que si le feutrage des poils arrachs est plus difficile, en
     revanche le feutre qui en provient est plus solide, et ne dprit
     point sous la main de l'ouvrier. D'ailleurs, ajoute-t-il, par cette
     mthode on a l'avantage de tirer parti du poil commun du ventre du
     livre, qui n'a dans les circonstances ordinaires que fort peu de
     valeur. La plupart des fabricans ne partagent pas l'opinion de M.
     Guichardire; ils donnent la prfrence  la coupe des poils,
     d'aprs la conviction qu'ils ont acquise par l'exprience que le
     bulbe de ces poils tait trs nuisible au feutrage.

     [Note 16: L'on doit avoir grand soin que le poil ne soit nullement
     mouill.]

     Dans toutes les fabriques, on procde au coupage, pour les poils de
     lapin, de castor, et  _l'arrachage_ ou tirage pour ceux de livre.
     Voici la manire de faire ces deux oprations.


     _Coupage de poils de[17] lapins._

     On commence par dbrouiller lgrement le poil au moyen d'une
     carde, c'est ce qu'on nomme _dcatir_; aprs cela, les
     _dcoupeuses_ tendent et fixent la peau en travers sur une table
     ou une planche bien unie, le poil en dehors et couch de droite 
     gauche. Alors, elles prennent de la main gauche une plaque de
     fer-blanc qui a sept  huit pouces de longueur sur quatre ou cinq
     de largeur, et dont un des grands cts est repli et arrondi pour
     prserver la main des coupures; avec cette main ainsi arme elles
     dcouvrent dans toute la largeur de la peau, le pied d'une range
     gale de poils. Alors, elles prennent de la main droite une sorte
75   de couteau aigu et trs tranchant, qui est emmanch verticalement
     et entour de peau ou de toile dans une partie de sa longueur. Avec
     ce couteau, la dcoupeuse tranche les poils dans toute cette
     longueur par deux mouvemens: le premier qui pousse le couteau vers
     le bord de la peau oppos  l'ouvrire; le second qui le ramne au
     bord d'o il est parti. Ce dernier mouvement est aussitt suivi de
     celui de la main gauche, qui ramne la plaque sur les poils coups
     pour les faire passer derrire et dcouvrir une nouvelle range de
     poils, qui sont tranchs comme les premiers et ramasss par la
     plaque, on continu ainsi depuis le derrire des oreilles jusqu'
     l'extrmit de la cule. Nous devons ajouter qu' chacun de ces
     deux mouvemens principaux qui poussent et ramnent le couteau, se
     joint un petit mouvement d'oscillation du poignet qui, en empchant
     le couteau de demeurer dans la mme trace, en rgle la marche vers
     la cule, par une suite d'angles trs aigus[18]. Nous allons
     continuer  laisser parler M. Morel. La perfection de la coupe
     consiste  donner le coup de tranchant _dru-et-menu_, pour rendre
     le cuir trs net, ne point _hacher_ le poil, et l'obtenir dans
     toute sa longueur. Le couteau de la coupeuse tant parvenu 
     l'extrmit postrieure de la peau, la dcoupeuse met de ct le
     cuir, aprs l'avoir nettoy en le frottant avec la main humecte;
     elle droule ensuite le poil qui, d'abord ramass par la plaque,
     s'est ensuite roul sur lui-mme de manire  former une petite
     toison, qui a reu le nom de _parure_. Cette toison est alors
     tendue sur une table, et l'ouvrire spare 1 les diffrentes
     qualits de poils, ainsi elle met  part le poil du ventre nomm
     _poil commun_; 2 celui des flancs, et de la gorge ou _poil moyen_;
     3 celui du milieu du dos, dans la largeur de trois  quatre
     doigts: celui-ci, qui est le plus fin, porte le nom de l'_arte_.

     [Note 17: Nous empruntons en partie cette description  M. Morel.]

     [Note 18: La dcoupeuse doit avoir soin d'aiguiser le couteau, ds
     qu'elle s'aperoit que le tranchant commence  s'mousser.]
76

     _Coupage des poils de castor._

     Le procd est,  peu de chose prs, le mme que le prcdent, avec
     cette diffrence que la peau du castor est trop large pour que la
     dcoupeuse puisse couper le poil dans toute la largeur de cette
     mme peau. C'est  cause de cela qu'il se coupe en plusieurs
     bandes, qui ont environ la largeur de la plaque. On spare trois
     qualits de poils de la toison du castor: 1 l'_arte_ ou le
     _noir_; 2 l'_entre-deux_ ou le poil des flancs et de la gorge; 3
     le _blanc_ ou le poil de la tte et du ventre.

     Quant au livre, dit l'auteur prcit, on n'enlve de cette manire
     que l'arte des peaux non scrtes, destines  faire ce qu'on
     nomme de la _plume_ ou _dorure_.

     _Arrachage ou tirage du poil du livre._

     Dans cette opration, les dcoupeuses pincent le duvet entre le
     pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
     elles, le duvet est emport, et presque tout le jarre reste sur la
     peau. Cet arrachage complte l'jarrage. La toison du livre offre
     quatre qualits de poils qu'on spare et met de ct; ces poils
     sont:

          1 l'arte,                3 le roux,
          2 les -cts,            4 le commun.

     Quand le coupage des poils est termin, on procde  celui des
     _chiquettes_, que l'ouvrire divise et classe par qualits suivant
     la partie de la peau  laquelle elles appartiennent.

     Les peaux dpouilles de leurs poils sont vendues pour les
     fabrications d'une qualit de colle trs employe dans les
     arts[19].

     [Note 19: Quant aux laines, il convient aux fabricans de les
     acheter en lav; ou dans le cas contraire, d'en sparer  la main
     toutes les parties dfectueuses et toutes les ordures, avant de
     procder au lavage.]

77   Le coupage des poils  la main tait une opration trs longue et
     trs coteuse; aussi a-t-elle fix l'attention de la socit
     d'encouragement pour l'industrie nationale qui en a fait un de ses
     sujets de prix, qui a t remport en 1829, par M. Coffin.

     Nous allons faire connatre la machine qu'il a invente  ce sujet,
     ainsi que le rapport qui en a t fait  cette socit par M.
     Molard.

     _Description d'une machine propre  couper le poil des peaux
     employes dans la chapellerie, invente par_ M. COFFIN, _ingnieur
     mcanicien  Boston, aux tats-Unis d'Amrique._

     Cette machine, qui a obtenu le prix de 1,000 fr., propos par les
     socits d'encouragement pour l'industrie nationale, est compose
     d'un btis en bois ou en fer, A A' A", _fig._ 6, portant sur sa
     traverse suprieure A' un arbre horizontal en fer 1, entour de
     lames tranchantes hlicodes en acier J, lesquelles tournent
     rapidement contre un couteau vertical fixe K, aussi en acier et
     bien tranchant. Les lames hlicodes sont disposes de manire 
     prsenter au couteau une face oblique qui favorise l'effet de leur
     tranchant.

     La peau, engage entre deux tiges cylindriques en fer q, rtablies
     en avant du couteau k, est amene successivement contre le
     tranchant des lames hlicodes par la rotation de ces tiges, opre
     au moyen d'un engrenage n' o p, _fig._ 9, qui communique avec une
     poulie motrice L, tournant sur l'arbre I', en dehors du btis. Les
     tiges cylindriques ont un mouvement indpendant l'une de l'autre,
78   afin de pouvoir employer diverses paisseurs de peaux sans
     occasioner le dgrenage des roues dentes.

     Le mouvement de l'arbre  lames hlicodes est produit de chaque
     ct de la machine par une poulie G, enveloppe d'une courroie H,
     passant sur la priphrie d'une grande roue en fonte E, laquelle
     reoit son impulsion d'un axe coud _D_, que l'ouvrier fait agir au
     moyen d'une pdale _B_. Il appuie en mme temps sur un chssis 
     bascule S, qui serre l'une contre l'autre les tiges cylindriques Q,
     R, entre lesquelles la peau est engage, le poil en dessous.
     L'ouvrier guide cette peau avec la main, afin qu'elle reste bien
     tendue et se prsente carrment aux lames hlicodes. Ces lames, en
     rasant contre et derrire le couteau k, divisent la peau en fines
     rognures, tandis que le poil est coup par le bord tranchant et
     bien aiguis du couteau. Par cette manoeuvre, le poil tombe
     successivement sous forme de nappe dans une auge en fer-blanc _U_,
     place au-dessous des cylindres alimentaires, pendant que les
     rognures des peaux tombent dans un coffre en bois V, au-dessous de
     l'arbre  lames hlicodes.

     Un couvercle Z, qu'on abat pendant le travail, empche que les
     rognures de peau dtaches soient lances au dehors par la force
     centrifuge des lames.

     Cette machine, conduite par un seul ouvrier, coupe la mme quantit
     de poil que trois ouvriers par le procd ordinaire.

     _Explication des figures._

     _Fig._ 6. lvation latrale de la machine  couper le poil, monte
     de toutes ses pices.

     _Fig._ 7. Plan de la mme, montrant la disposition des lames
     hlicodes.

     _Fig._ 8. Coupe de la machine sur la ligne A B du plan.

     _Fig._ 9. Engrenages des cylindres alimentaires vus de face.
79
     _Fig._ 10. Coupe des poulies motrices de l'arbre  lames hlicodes
     et des cylindres alimentaires.

     _Fig._ 11. Coupe et plan du couteau fixe.

     _Fig._ 12. Arbres  manivelles, vu sparment et en coupe.

     Les mmes lettres indiquent les mmes objets dans toutes les
     figures.

     A. A. Bti en bois portant le mcanisme de la machine; on peut le
     construire aussi en fer.

     A' A" Traverses suprieure et infrieure du bti.

     B. Pdale que l'ouvrier plac devant la machine fait agir avec le
     pied.

     C. C. Petites bielles attaches  la pdale et accroches, par leur
     extrmit suprieure, aux coudes d'un arbre horizontal D. Qui
     tourne sur des coussinets fixs sur la traverse A' du bti.

     E. E. Grandes roues en fonte montes sur l'arbre _D_.

     F. Petites poulies fixes sur le mme arbre.

     G. G. Poulies bombes en bois, enfiles sur la partie carre de
     l'arbre l, et qui lui transmettent le mouvement qu'elles reoivent
     des grandes roues E. E. par l'intermdiaire des courroies H. H.
     dont elles sont enveloppes.

     J. Arbre portant les lames tranchantes hlicodes J.

     K. Couteau fixe, dont la lame est bien affile, et qui est plac en
     avant et au niveau des lames hlicodes.

     L. L'. Poulies  gorge, tournant librement sur l'arbre _I_.

     M. M. Cordes croises passant sur les poulies F et L, et
     transmettant  cette dernire le mouvement qu'elles reoivent de
     l'arbre coud D.

     N. N'. Pignons faisant corps avec la poulie _L_, dont l'un commande
     la roue dente O, fixe sur le cylindre alimentaire infrieur, et
     l'autre mne la roue P, monte sur le cylindre suprieur.

     Q. Cylindre alimentaire infrieur tournant dans des collets qui
     reposent sur la traverse A' du bti.

80   R. Cylindre alimentaire suprieur fix avec sa roue dente P au
     chssis  bascule S. Ce cylindre est arm d'asprits, pour saisir
     et conduire la peau  son passage par-dessus le couteau fixe vers
     les lames hlicodes. Il y a une rotation inverse de celle du
     cylindre _Q_.

     S. Chssis  bascule portant le cylindre alimentaire suprieur, et
     que l'ouvrier relve dans la position indique par les lignes
     ponctues, _fig._ 8, lorsqu'il veut introduire la peau, et qu'il
     baisse en suite en guidant la peau avec la main, et faisant en mme
     temps agir la pdale.

     T. T'. Centre de mouvement du chssis  bascule S.

     U. Auge en fer-blanc plac au-dessous des cylindres alimentaires,
     et dans laquelle tombe le poil coup sous forme de nappe.

     V. Bote en bois qui reoit les rognures de peau dtaches par les
     lames hlicodes.

     X. X'. Poulies pleines en fonte, servant de volans.

     Y. Ressort qui presse le couteau K contre les lames hlicodes.

     Z. Couvercle en fer-blanc qui recouvre les lames hlicodes et
     empche les rognures de peau lances par la force centrifuge de se
     mler avec la nappe de poil.

     _Rapport sur le prix propos pour la construction d'une machine
     propre  raser les poils des peaux employes dans la chapellerie_;
     par M. MOLARD.

     Parmi les prix proposs pour tre dcerns cette anne, il en est
     un d'un trs grand intrt, celui qui a pour objet la construction
     d'une machine propre  raser les poils des peaux employes dans la
     chapellerie.

     Votre programme, publi  ce sujet, aprs avoir numr les divers
     inconvniens, rsultant du procd manuel employ jusqu' ce jour,
     pour raser les poils des peaux, et fait connatre la longueur du
81   travail, ainsi que la dpense qu'il occasionne, annonce que,
     considrant que les moyens mcaniques employs dans ces derniers
     temps ne sont pas d'un usage gnral, et qu'il n'est pas  la
     connaissance de la socit qu'ils soient mme  la porte du plus
     grand nombre des fabricans, vous avez jug ncessaire de promettre
     un prix de la valeur de mille francs,  l'auteur d'une machine
     simple dans sa construction, d'un service prompt et facile, peu
     dispendieuse, et  l'aide de laquelle on puisse raser ou tondre
     toutes sortes de peaux propres  la chapellerie, aprs que les
     poils en ont t scrts. Vous avez exig en mme temps que la
     machine procurt douze livres de poils par jour, et qu'elle tnt
     les peaux bien tendues, pour faciliter l'enlvement des poils, 
     cause que la dissolution mercurielle les fait souvent se crisper.

     On sait qu'une ouvrire employe  raser les peaux par le procd
     ordinaire, reoit 70 centimes, terme moyen, par chaque livre de
     poil, et qu'elle en coupe une livre et demie par jour; d'o il
     rsulte que les douze livres que devrait produire la machine,
     suivant le programme, coteraient 8 francs 40 centimes par le
     procd usit.

     Une seule machine, de grandeur naturelle, a t envoye  ce
     concours.

     Nous n'entrerons point ici dans tous les dtails de sa composition:
     nous dirons seulement qu'elle est tablie sur un principe  la fois
     simple et ingnieux. La peau est prsente  l'action de la
     machine, par une paire de cylindres alimentaires, le poil en
     dessous, o il est coup par le bord tranchant et bien affil d'une
     lame fixe de champ sur son dos, et servant de contre-couteau 
     deux lames hlicodes, montes sur un mme arbre, lesquelles, en
     tournant, dcoupent la peau par lanires trs troites; et comme
     l'action de ces lames exerce une certaine pression successive sur
     la peau, en la dcoupant, il en rsulte que le poil, soutenu
     immdiatement par le tranchant du contre-couteau, est coup en mme
82   temps que la peau est divise en rubans fort troits. La fourrure
     tombe successivement en forme de nappe dans un rcipient au-dessous
     des rouleaux alimentaires, tandis que les rognures de la peau
     tombent au-dessous de l'arbre  couteaux hlicodes,  mesure
     qu'elles sont dtaches.

     Les expriences que votre comit des arts mcaniques a faites avec
     cette machine, ont prouv que, par son moyen, on peut sparer en
     une minute et demie le poil d'une peau de lapin scrte, dont le
     produit en poil a t d'une once et demie; ce qui prouve qu'en dix
     heures de travail on obtiendra 40 livres 10 onces de poils.

     Cette quantit de poils obtenue en dix heures reprsente environ
     quatre cents fortes peaux clapiers dbardes, c'est--dire
     prpares pour tre soumises  l'action de la machine.

     La machine dont il s'agit peut tre desservie par quatre femmes;
     deux doivent suffire  la prparation des peaux, la troisime pour
     les passer  la machine, et la quatrime pour sparer les diverses
     qualits de poils obtenus de la peau, et mettre les poils en
     paquets.

     La journe de chacune d'elles peut tre value  1 fr. 25
     centimes................. 5 fr.

     Intrt par jour, des frais d'acquisition
     sur 400 francs, prix de la
     machine............................   5
       Frais d'entretien aussi par jour.   2       7 c.
                                            ____________
      40 livres 10 onces auraient donc          
     cot de manutention............           5   7 c.

     Ce qui portait la livre de poils  environ douze centimes et demi,
     tandis que les quarante livres dix onces de poils, extraites par le
     procd actuel, auraient cot 28 francs 60 centimes de
     manutention, et l'emploi de vingt-cinq ouvrires par jour.

     Enfin, les peaux peuvent tre passes ou non  la dissolution
     mercurielle, pour tre rases  la machine.
83
     D'aprs ces rsultats avantageux et incontestables, le comit,
     convaincu que la machine prsente remplit toutes les conditions
     voulues par le programme, a l'honneur de vous proposer de dcerner
     le prix de 1,000 francs  M. Coffin, mcanicien  Boston, aux
     tats-Unis d'Amrique, inventeur de la machine prsente au
     concours.

     Avant de terminer ce rapport, nous croyons devoir, messieurs, vous
     proposer d'adresser des remerciemens  M. Malard, pour les utiles
     renseignemens que cet habile fabricant de chapeaux s'est empress
     de fournir sur l'tat actuel de son art, et comme apprciateur
     clair des nouveaux moyens que la socit vient d'acqurir pour le
     perfectionner.

     Approuv en sance gnrale, le 16 dcembre 1829. Sign, Molard,
     rapporteur.


     _Mlange des matires._

     La beaut et la qualit des chapeaux dpend de la nature, de la
     beaut et des proportions des poils employs scrts, et de celui
     qui ne l'est pas, et qu'on nomme veule. Ainsi, dans la composition
     de mlange des matires premires, le fabricant les rgle, 1
     suivant le degr de finesse qu'il se propose de donner aux
     chapeaux; dans ce cas il recherche les bonnes espces et les belles
     qualits de poils; 2 suivant le temps qu'on doit employer  leur
     travail; ce temps est relatif aux proportions de poil scrt et de
     veule[20]; 3 suivant le degr de liaison exig par les feutres. Ce
     cas se rgle sur l'usage auquel on les destine et leur dimension
     quand ils sont fabriqus. On le leur communique par l'addition des
     matires en laine qu'on nomme charge, et dont les proportions
84   varient entre un neuvime au moins et un quart au plus du poids
     du mlange. Il est bien essentiel d'employer une qualit de laine
     dont la beaut soit relative  celle des autres matires employes,
     ou, si l'on veut,  leur finesse. Ainsi, 1 quand il entre dans le
     mlange beaucoup de poil commun, on emploiera la laine grossire ou
     les pelotes; 2 on prendra le poil de chameau pour charge des
     mlanges plus fins; 3 pour ceux qui contiennent le poil le plus
     fin de chaque espce, c'est la plus belle laine _vigogne rouge_
     bien pluche qui devra former la chane; 4 enfin, pour les plus
     fins, quand on n'emploie pas de castor, c'est toujours le poil de
     l'arte de livre qu'on prend; on y ajoute environ un quart d'once
     de belle vigogne rouge, pour en former la chane. Les mlanges des
     matires diffrent donc suivant la qualit des chapeaux. Nous
     pouvons ajouter que chaque fabricant a les siens, qu'il croit
     toujours les meilleurs. Rgle gnrale, on doit, sur ce point,
     tenir note de tous les essais que l'on fait sur un registre
     particulier, et suivant les formules suivantes indiques par M.
     Morel.

     [Note 20: Rgle gnrale, les mlanges communs doivent tre moins
     travaills que les mlanges fins.]


_Mlange de poils flamands._


ANNE
MOIS      MATIRES EMPLOYES       VALEUR.                        OBSERVATIONS
ET JOUR
                                                          f.  c.
1er juin  Livre scrt, arte. 5 liv.  24 fr........120    L'once de ce m-
1830.     Id.  cts........... 2 liv.  16 fr........ 32    lange revient  en-
          Livre veule, arte... 2 liv.  30 fr........ 60    viron 1 fr. 50 c.
          Vigogne rouge.......   1 liv.  16 fr........ 16  

                                10 liv., ci........... 228    Ce mlange est
                                                               propre  toutes sor-
                Dchet ......        4 onces cardage..   2    tes d'ouvrages, soit
                                                               lgers, soit toffs,
                Reste .......    9 liv. 12 onces, ci... 230   prix moyen, 23 fr.
                                                               60 c. la livre

85

_Mlange du n 1, premire qualit._


ANNE
MOIS       MATIRES EMPLOYES.         VALEUR.                     OBSERVATIONS.
ET JOUR.
                                                           f. c.
10      Clapier scrt, arte.  5 liv.  8 fr. ......... 40    Ce mlange est
juillet Garenne veule, id....    2 liv. 8 onces  8 fr... 20    compos de manire
1930    Livre scrt,  cts. 1 liv.  16 fr. .......  16     pouvoir
        Id.... id..... roux...   2 liv.   9 fr. .......  18    supporter un
        Chameau beau .......     1 liv. 1/2  8 fr. ..... 12    cinquime de dorure.

                                                                 Il ferait de trs
                                 12 livres, ci. ........  106   beaux fonds pour
                      Dchet.      cardages. .......        4   des oursons premire
                                                                 qualit.
                      Reste.     11. liv. 10 onces, ci... 110   Ce mlange revient
                                                                  9 fr. 47 c.
                                                                 la livre.


_Mlange du n + croix._

                                                          f. c.
1er   Garenne scrt, arte.   1 liv.  8 fr. ........   8    Ce mlange  est
aot  Id. ... id. .... veule.   1 liv.  8 fr. ........   8    destin  faire les
1830  Castor scrt blanc et                                   plus beaux feutres
      moyen............         3 liv.  90 fr. ....... 270    et les ouvrages les
      Id. veule. arte.......   1 liv. 4 onc.  110 fr. 137 50  plus lgers; il re-
      Vigogne rouge                                             vient  64 fr. 32 c.
      pluche..............   12 onces.  1 fr. 50 c.   16 15  la livre, ou 4 fr.
                                                                2 c. l'once.

            Poids total...      7 liv. Prix total...... 439 65
               Dchet......       2 cardages .........    2 35

                                 6 liv. 14 onc., ci.....442 

     _Du cardage._

     L'opration du cardage est presque entirement supprime; elle n'a
     lieu que lorsqu'il se trouve un paquet de mlange, pour des
     chapeaux communs ou fonds de poil et oursons. Les poils propres 
     la fabrication des chapeaux, faon flamande, sont seulement passs
     au violon, afin de les mlanger de manire  ce que la qualit soit
86   bien gale. Cependant, afin de rendre notre ouvrage plus complet,
     nous allons dcrire le travail du cardeur.

     L'on commence par bien tirer la charge et lui donner ensuite un ou
     deux _tours de cardes_, afin qu'tant bien divise ou ouverte, elle
     puisse se distribuer plus aisment dans le mlange; on bat ensuite
      la baguette et sparment chaque espce de poil. Aprs cela on
     runit toutes les matires. L'on y mle bien les cardes de charge,
     et l'on bat le tout  la baguette. C'est un commencement de
     mlange, que l'on rend plus parfait au moyen du _violon_. Cette
     opration a t fort bien dcrite par M. Morel; nous allons la lui
     emprunter en grande partie.

     Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize  dix-huit
     cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
     retenues par leurs extrmits dans deux tasseaux percs d'un nombre
     suffisant de trous distant de deux  trois pouces les uns des
     autres. Les cordes ainsi disposes fouettent aisment quand l'un
     des tasseaux tant fix au plancher, le cardeur frappe  coups
     redoubls devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
     d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
     de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
     le mlange s'opre galement; il continue  fouetter jusqu' ce que
     les diverses matires soient bien mlanges, ce qu'en termes de
     l'art on nomme _effaces_. Pour les mlanges les plus fins, le
     travail du cardeur est souvent termin l; mais quand ils doivent
     ensuite tre cards, il runit le mlange, qui porte alors le nom
     d'toffe, en un tas; brise l'toffe  la carde et la repasse
     ensuite sur la carde doucement, afin de peigner les poils et les
     tendre sans les rompre. Il continue cette opration s'il
     s'aperoit qu'il existe encore de petites agglomrations ou pelotes
     de poil connues sous le nom de bourgeons. L'toffe est alors porte
     dans une salle nomme _pesage_, pour de l tre soumise
87   immdiatement  l'opration de l'_aron_. Dans le cas qu'on veuille
     la garder quelque temps, on doit, pour la garantir de l'humidit,
     de la poussire, de la fermentation et des teignes, enfermer les
     poils, soit spars, soit mlangs dans des tonneaux bien ferms
     sans les tasser ou presser. Ceux qui sont scrts portent leur
     prservatif contre les teignes; mais ils sont disposs  se
     bourgeonner ou _peloter_, de mme que la garenne et le castor
     veules.

     Dans l'intrt du fabricant, il convient donc de laisser couler le
     moins de temps possible entre le mlange des matires premires et
     leur feutrage.


     _De l'aron._

     Le contre-matre distribue au fouleur, dit compagnon, le poids
     ncessaire pour le genre de feutre qu'il lui demande, et dont il
     lui indique en mme temps les dimensions. Celui-ci divise l'toffe
     en deux ou quatre parties, suivant que le feutre qu'il doit
     confectionner doit tre compos de deux  quatre pieds, et qu'il
     doit tre de forme rgulire ou irrgulire. Jadis on faisait
     quatre pices pour les chapeaux jockeys. Il est plus commode de
     n'en faire que deux; c'est une imitation flamande. Mais lorsqu'on
     fabrique des chapeaux  cornes, il vaut mieux; nous dirons mme
     qu'il est ncessaire de faire quatre pices,  cause de la grande
     quantit de matires et de la petitesse de la table de l'aron. Il
     est aussi important de former de quatre pices le feutre qui doit
     avoir quelque paisseur, enfin on doit ne se borner  deux que pour
     ceux qui sont dous de beaucoup de lgret. Voici maintenant la
     manire dont M. Robiquet dcrit l'opration de l'aronnage. Loin de
     chercher  nous approprier les travaux d'autrui, en torturant leurs
     phrases pour nous rendre propres leurs penses, nous prfrons les
     transcrire en indiquant les sources o nous avons puis.

     L'aron est une espce d'archet d'une grande dimension, qu'on
88   suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
     toutes les directions possibles. Cet archet est situ au-dessus
     d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serre
     pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
     claie; on fait entrer la corde de l'aron dans le tas, et, sans
     qu'elle en sorte, on la met en jeu  l'aide d'une _coche_, sorte de
     fuseau en bois dur, termin  chaque extrmit par un bouton en
     forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce bouton,
     et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
     qu'elle entre en vibrations d'autant plus acclres, que le
     mouvement de l'aronneur a t plus brusque. L'ouvrier a soin
     d'lever ou d'abaisser l'aron, de le porter en avant et en
     arrire, suivant qu'il le juge ncessaire; il continue ainsi
     jusqu' ce que le mlange soit intime et qu'on ne puisse y
     distinguer aucune nuance. On termine cette manipulation par ce
     qu'on nomme _voguer l'toffe_, c'est--dire par l'aronner de
     manire que ses moindres parties, pinces successivement par la
     corde, soient enleves et transportes de gauche  droite, en
     faisant en l'air un trajet de plus de deux pieds. Le duvet retombe
     trs lgrement et finit par former un tas d'une rarfaction telle,
     que le moindre souffle pourrait tout dissiper en un instant.
     L'ouvrier,  l'aide d'un clayon, repousse le tas vers sa gauche et
     donne une seconde vogue, mais avec une telle dextrit, qu'il le
     fait tomber dans un espace d'une figure dtermine, et de manire 
     ce que les couches varient d'paisseur en telles ou telles parties
     suivant le besoin. Arriv  ce point, on enlve la claie, on
     nettoie la table, puis on la mouille, afin de faciliter l'adhrence
     des poils; c'est alors qu'on passe au premier degr de feutrage,
     dit bastissage.

     L'aronnage est bien loin d'tre parvenu au point de perfection
     auquel il est susceptible d'atteindre: il faudrait en effet qu'on
     pt tirer les pices d'un seul trait sans que, lorsque le _voguage_
89   est commenc, l'action de la corde prouvt la moindre
     interruption. On pourrait alors esprer obtenir une liaison gale
     de toutes les parties d'une pice et un entrecroisement complet de
     toutes les matires. On ne peut se dissimuler qu'il faut beaucoup
     d'adresse de la part de l'ouvrier et un coup d'oeil le plus exerc
     pour former sur la claie, d'un seul trait et seulement au moyen du
     jeu bien dirig de l'aron, une figure projete ou mieux donne.
     L'ouvrier, quelle que soit son adresse, n'y parvient
     qu'approximativement; il a un autre obstacle qui s'y oppose, c'est
     l'interruption du _voguage_, tant pour battre et rouvrir de temps
     en temps l'toffe non vogue, qui s'affaisse sous le poids de la
     perche de l'aron, que pour enlever les ordures qui passent[21].

     [Note 21: Morel, _loco citato_.]

     La perfection de l'aronnage, dit M. Morel, dpend de l'observation
     des cinq rgles fondamentales suivantes:

     1 Ne voguer l'toffe qu'aprs qu'elle a t parfaitement battue et
     ouverte dans toutes ses partie:

     2 Ne pincer que trs peu d'toffe  la fois, en voguant, et ne
     point faire _peloter_ ni repasser la corde de l'aron sur ce qui
     est dj vogu;

     3 Composer les pices suivant la figure et la dimension qu'elles
     doivent avoir, et en combiner les divers degrs d'paisseur;

     4 Nettoyer l'toffe, soit en l'aronnant, soit en la marchant, et
     la purger des galles, chiquettes, pointes et autres ordures;

     5 Enfin, s'opposer autant qu'on le peut au dchet, en soignant son
     toffe, empchant qu'elle ne tombe  terre, etc.

     Les pices aprs le voguage, n'ont, bien s'en faut, ni la
     consistance, ni la fermet ncessaire; elles acquirent en partie
     l'une et l'autre par l'opration suivante:
90

     _Du bassin et du btissage_.

     Cette opration est une des principales de la chapellerie; elle
     doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
     continue point  tre expos aux exhalaisons produites pendant
     l'aronnage. Avant de la dcrire nous dirons qu'on donne le nom de
     _bassin_  un tabli en bois dur et bien uni; et celui de
     _feutrire_,  une forte toile d'Alenon, qui a environ une aune de
     largeur sur une aune et demie de longueur, et dont une moiti est
     tendue sur le bassin, et l'autre reste pendante. On mouille alors
     la feutrire soit avec une brosse, soit avec une poigne de brin
     d'osier, de bruyre ou bien avec un petit balai de riz; quand elle
     est suffisamment humide, on y place quelques carrs de papier pais
     et souples, on les recouvre de la partie pendante, et on roule le
     tout afin que la moiteur se distribue galement. En cet tat,
     l'ouvrier droule la feutrire, et, aprs en avoir tir les
     papiers, il l'arrange, comme nous l'avons dj dit, c'est--dire
     une moiti sur le bassin, et l'autre pendante sur le devant. Tout
     tant ainsi prpar, l'ouvrier tend sur la feutrire les pices
     les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien tendre,
     et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pice,
     et, aprs l'avoir lgrement arrose, il place une feuille du
     papier prcit; enfin la dernire pice est couverte par la moiti
     de la feutrire reste pendante.

     Les poils ncessaires pour l'toffe sont, comme on voit, diviss en
     plusieurs lots dits _capades_. M. Guichardire recommande de n'en
     faire que deux. Ainsi, la feutrire ne contiendrait que deux
     capades entre lesquelles serait interpose une feuille de papier
     pais;  cette poque de l'opration, l'ouvrier plie et replie, ou,
     en termes de l'art, marche et remarche en tous sens, en continuant
     d'arroser de temps en temps, et trs lgrement, afin que les
     capades ne contractent point d'adhrence avec la feutrire. On
91   continue le travail jusqu' ce qu'on reconnaisse 1 qu'elles sont
     devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point s'ouvrir
     ou s'tendre; 2 qu'elles sont en mme temps assez molles pour que,
     lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de manire 
     ne plus former qu'un seul et mme feutre. C'est ce qu'on nomme
     _btir un feutre_. Voici comme M. Morel dcrit cette opration:
     l'ouvrier tend sur la feutrire, le plus exactement possible, une
     pice ou capade; sur le milieu de cette pice, il place le
     _lambeau_[22], et replie sur lui les _ailes_ de la pice, sur
     laquelle il en met une seconde qui adhre avec les bords replis de
     la premire. Il est bon de faire observer que l'ouvrier doit
     mnager l'ouverture d'un des grands cts pour retirer le lambeau
     qui se trouve plac entre les deux pices. Cela fait, il retourne
     le feutre de manire que la seconde pice se trouve dessous; il
     prend alors les ailes de celle-ci, et les replie sur celle de
     dessus en ayant bien soin de bien tendre et bien unir les capades
     l'une sur l'autre, afin qu'il n'y ait ni plis, ni rides, ni air
     interpos. Aprs cela, il recouvre de la partie de la feutrire
     pendante, forme les plis ncessaires pour maintenir et arrter les
     pices dans leur position. Ensuite, par d'autres plis faits sur un
     mme sens, il rduit le tout en un paquet long et troit, et marche
     sur toute la longueur, en portant ses mains alternativement sur le
     milieu et  chacune des extrmits; il change de nouveau tous les
     plis pour les former successivement sur tous les sens, et marcher
     galement. On appelle une _croise_ (ou bassin), l'ensemble de tous
92   les plis et de tous les mouvemens que l'ouvrier est oblig de faire
     chaque fois qu'il marche en bastissant. Aprs la premire croise,
     l'ouvrier dplie, retire le lambeau qui se trouve entre les deux
     pices, et _dcroise_, c'est--dire qu'il donne d'autres plis 
     l'assemblage des deux premires pices, lequel est toujours double
     par l'effet de l'interposition du lambeau. Celui-ci est replac,
     aprs qu'on a fait disparatre les traces des anciens plis, et
     c'est alors qu'on applique les travers, si l'ouvrage en comporte,
     et qu'on double ce premier assemblage avec les deux autres pices,
     si la composition du feutre en exige quatre. La manire de procder
     relativement  ces deux dernires est la mme que pour les autres,
     avec cette diffrence que, comme elles doivent s'appliquer sur les
     premires, et faire corps avec elles, on ne doit point interposer
     de papier ou lambeau entre elles. Nous devons ajouter avec l'auteur
     prcit, que pour la plus grande perfection des feutres  quatre
     pices, on mettra en contact les surfaces des pices qui 
     l'aronnage se trouvaient immdiatement sur la table de l'aron ou
     sur la claie. Aussitt que toutes les pices ont t runies ou
     assembles, on les place dans la feutrire humide, et l'ouvrier
     donne une autre croise laquelle est suivie de deux ou trois
     autres.

     [Note 22: Le lambeau est un modle en papier, reprsentant la
     figure que doit avoir le btissage; le lambeau est moins grand que
     la pice ou capade; et les parties de la pice qui le dpassent
     sont nommes _ailes_ de la pice; elles doivent tre moins paisses
     que les autres parties de la capade.]

     Si le feutre offre quelques endroits plus faibles ou plus minces
     qu'ils ne devraient l'tre, on y applique des morceaux d'une autre
     capade, mise  part pour cet effet, et qu'on nomme _pice
     d'toupage_, et l'on y incorpore et lie ces morceaux par ces trois
     dernires croises, et en marchant fortement sur ces parties.
     Enfin, quand l'toffe est bien toupe, ou que les poils sont bien
     tissus, et adhrens entre eux, il ne reste plus qu' rendre le
     btissage assez feutr pour pouvoir brasser le plus tt possible 
     la foule. Lorsqu'on est parvenu  ce point, l'ouvrier _simousse_ le
     btissage, le retourne pour mettre le dehors en dedans, et le plie
     pour le descendre  la foule[23].

     [Note 23: Dans un feutre uni, c'est cette mme surface qui se
     trouve  l'extrieur, quand on le porte  la foule, qui doit en
     former le dessus quand il est achev. Morel, _loco citato_.]
93
     Pour la manire actuelle, on compose ordinairement le chapeau trs
     grand, troit et haut en mme temps; l'assiette et le flanc doivent
     tre de forme mince, et la carre passablement forte, ainsi que le
     lien, mais on a soin de tenir l'arte un peu dlie.

     M. Morel donne de trs judicieux conseils pour oprer un trs bon
     btissage; nous allons le rapporter. Il y a deux vices principaux 
     viter en btissant: l'un de faire _bourser_ l'toffe, l'autre de
     la rompre ou de la faire _carter_. Le premier de ces dfauts a
     lieu quand les secondes pices qu'on a fait prendre sur les
     premires, ou, dans les feutres  deux pices, lorsque les ailes
     replies n'adhrent pas dans toute leur tendue, et qu'il y a des
     places o elles forment des poches ou _bourses_. Cela vient, le
     plus souvent, ou d'avoir trop march les pices avant de les
     assembler, ou de les avoir trop mouilles ainsi que la feutrire.
     Ceux qui btissent  deux pices seulement, des feutres pais et
     toffs, sont sujets  cet accident, parce que les ailes des pices
     ayant trop d'paisseur, ne peuvent prendre aisment pour peu
     qu'elles aient t trop marches, ou qu'il se soit introduit de
     l'air entre les deux surfaces destines  s'unir.

     2 Le second dfaut est quand l'toffe se veine et se coupe en
     plusieurs endroits, et notamment aux plis des croises; ce qui a
     lieu quand la feutrire est trop sche, ou que l'ouvrier marche
     trop long-temps sur le mme pli.

     Nous devons ajouter, d'aprs le mme auteur, 1 que les feutres qui
     contiennent plus de charge qu'il ne faut sont plus susceptibles de
     se bourser que les autres; 2 que lorsqu'il y a trop de lapin
     scrt, surtout de celui de garenne, elle est sujette  se couper
94   aux plis des croises; 3 enfin, si elle est trop veule, elle a
     de la disposition  s'carter.

     C. Mackensie[24] a vu deux btissages faits  la mcanique que l'on
     apportait des tats-Unis; mais, ne connaissant pas la machine qu'on
     emploie, il n'a pu donner aucune notion sur ce travail.

     [Note 24: _One thousand experiments in chemistry._]


     _De la foule._

     Le feutre, aprs l'opration du btissage, est bien loin d'avoir la
     consistance, la force et la solidit convenables pour lui assurer
     quelque dure; on lui donne ces qualits au moyen de la _foule_,
     qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mmes et resserre
     ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
     ou, en termes de l'art, plus toff. Les poils, en prenant ce
     nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
     l'toffe se rtrcit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
     du btissage, doit avoir un tiers ou double de l'tendue qu'il aura
     aprs la foule. Ce nouveau feutrage s'opre toujours  chaud au
     moyen de quelques agens qui augmentent la qualit feutrante des
     matires sans qu'on ait encore dtermin chimiquement ce nouveau
     mode d'action. Pour cela on prpare un bain qui contient par chaque
     muid d'eau environ soixante-douze livres de lie de vin presse.
     L'eau est d'abord porte  l'bullition; arrive  ce point on y
     dlaie la lie au moyen d'un balai, et l'on enlve les cumes qui se
     forment. On entretient la liqueur  une temprature voisine de
     l'bullition. Alors, dit M. Robiquet, les ouvriers apportent leur
     btissage, et se placent autour de la chaudire ayant un banc
95   inclin devant eux, dit _banc de foule_[25]; chacun trempe son
     btissage tout ploy dans le bain, le dploie ensuite pour
     s'assurer s'il est bien imbib; dans le cas contraire, il y supple
     par la _lustre_ ou brosse; alors il l'tend sur le banc de foule,
     l'exprime au moyen du roulet[26], y jette un peu d'eau froide, et
     foule  la main[27] en le reprenant successivement sur tous les
     sens; il le visite frquemment, pour s'assurer s'il rentre bien
     galement, et il travaille davantage les parties qui l'exigent.
     Cette premire croise doit tre lgre. Quand le feutre est bien
     form, on recourt  la pression de la brosse, en ayant soin de bien
     nettoyer auparavant le chapeau en le frottant avec la main nue. A
     cette poque le feutre est encore assez tendre pour cder
     facilement les jarres qui s'y trouvent contenus. Il est bon de
     faire observer que lorsqu'on commence  faire usage de la brosse,
96   il faut que la pression qu'on exerce par son moyen ne soit pas
     forte. On commence d'abord par la tte, on passe ensuite au bord,
     et l'on continue cette opration pendant cinq  six croises; les
     roulemens des feutres se font en sens opposs. Ainsi, si le
     roulement n 1 est fait d'un ct, le n 2 se fera de l'autre, et,
     par suite, tous les numros impairs seront dans le mme sens du n
     1, et tous les pairs dans celui du n 2. Nous devons ajouter
     qu'avant de faire un nouveau roulement on doit retourner le feutre
     sens dessus dessous. M. Morel, pour plus de clart, joint  son
     expos des figures qui le rendent plus clair. Dans la figure 13, le
     roulement n 1 est bien directement oppos au roulement n 2, mais
     il ne lui est pas inverse; c'est la figure 14 qui nous reprsente
     deux roulemens n 1 et n 2  la fois opposs et inverses entre
     eux. Or, on voit, par ce dernier exemple, qu'avant de procder au
     roulement n 2, il faut au pralable, le roulement n 1 tant de
     fait, retourner le feutre bout  bout et sens dessus dessous.

     [Note 25: Ce commencement de foulage exige de grandes prcautions,
     si l'on ne veut courir risque de faire ouvrir le feutre, on doit
     donc fouler d'abord avec beaucoup de mnagement, et amener
     insensiblement l'toffe, convenablement dispose par la chaleur,
     l'humidit et le tartre,  se mieux lier,  bien rentrer et 
     acqurir une bonne consistance. Robiquet, _loco citato._]

     [Note 26: C'est un rouleau bien uni en bois de frne de dix-huit
     pouces de long, ayant un pouce de diamtre dans son milieu et
     dcroissant graduellement en avanant vers les extrmits qui sont
     arrondies.]

     [Note 27: Fouler un feutre, c'est, aprs l'avoir roul sur
     lui-mme, dfaire et refaire alternativement le rouleau en le
     faisant tour  tour descendre et remonter  plusieurs reprises sous
     les mains, suivant l'inclinaison du banc de foule; une _croise 
     la foule_ est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est oblig de
     faire pour rouler le feutre successivement sur tous les cts que
     prsente sa figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.
     Ainsi, en supposant la figure du btissage un carr long, la
     croise se composera de quatre roulemens, dont deux sur la longueur
     et deux sur la largeur. Avant de passer d'une croise  l'autre, on
     dcroise, comme au bassin, mais de peu  la fois pour que le
     travail soit plus gal. Morel, _l. c._]

     En terme de l'art on nomme _avancer  la main_, ou _marcher  la
     foule_, les deux ou trois premires croises. La premire
     dnomination vient de ce que la majeure partie de ce travail se
     fait avec les mains nues. Le fouleur doit avoir l'attention de ne
     mouiller le feutre dans le bain qu' chaque roulement qu'il va
     oprer. Dans les premires croises ce roulement ne doit pas tre
     serr, il convient mme qu'il soit un peu lche et qu'on foule
     lgrement, afin de ne produire aucune dchirure dans le feutre qui
     n'a pas encore acquis toute la consistance dsire. C'est  cette
     poque de la foule que la surface du feutre prend un aspect
     raboteux que les ouvriers nomment la _grigne_, et qui annonce que
     le feutrage se resserre. Plus cette apparence grenue est gale et
     apparente, dit M. Morel, mieux on doit augurer de la rentre du
     feutre, et se tenir prt  la ralentir, s'il est ncessaire, en
     menant  l'eau de bonne heure et frquemment.
97
     Quand le feutrage est avanc, on foule aux _manicles_[28], sorte
     d'instrument compos de semelles de cuir, au moyen duquel il
     plonge, sans se brler, les feutres drouls dans la chaudire 
     chaque roulement, et mme les feutres dont le roulement est
     termin; le feutre est alors trs chaud. Il faut alors que
     l'ouvrier pince, comme on dit vulgairement, de plus en plus le
     premier tour qu'il donne aux roulemens, et cela au fur et  mesure
     qu'il voit que le tissu en se feutrant davantage, devient plus
     consistant, plus ferme et plus serr. C'est cette partie de travail
     du btissage, la foule, qu'on nomme _rouler clos_ et _tremper
     chaud_. La pression que l'ouvrier doit exercer sur les tours de ces
     roulemens ne doit point tre cependant forte, parce qu'il ne faut
     point en exprimer ainsi la liqueur du bain interpose entre les
     interstices du feutre, laquelle contribue puissamment  activer et,
     comme on dit,  nourrir le feutrage. Il est une autre opration
     qu'on excute en mme temps, c'est celle de l'_bourrage_. Elle
98   s'opre en frottant doucement la surface externe du feutre au moyen
     de la partie plane de l'instrument nomm _manicle_, afin d'en
     dtacher et enlever le jarre, qui tant rest ml au poil,
     paratrait au dehors; ces derniers travaux durent ordinairement
     deux heures: s'ils ont t excuts avec soin et intelligence, et
     si rien n'a drang l'opration, le feutre se trouve dans un tat
     voisin du _corps_ et des qualits qu'il doit avoir. Pour l'y porter
     tout--fait, on lui donne quelques nouvelles croises qu'on nomme
     _serrer_, parce qu'on foule alors fortement et qu'on serre autant
     que possible les roulemens. On emploie pour cela le roulet autour
     duquel on roule avec force afin de serrer le tissu, de l'craser en
     quelque sorte et de le rendre moins pais. Par ce nouveau travail
     l'toffe se rtrcit encore, et on le continue jusqu' ce qu'elle
     soit rduite au point dsir. C'est l'poque du travail de la foule
     le plus pnible pour les ouvriers,  cause de la plus grande force
     qu'ils sont obligs d'employer. Ce travail est moins difficile et
     donne des rsultats plus certains, si l'toffe est constamment
     tenue  la plus haute temprature; il est inutile de dire que le
     bain doit tre alors le plus chaud possible.

     [Note 28: M. Guichardire, auquel la chapellerie doit des travaux
     si importans, suit une autre mthode plus pnible, il est vrai,
     mais qui donne des produits bien suprieurs; la voici. Aprs les
     cinq ou six premires croises, on tend le chapeau  la planche:
     on le retourne et on le frotte encore  la main pour extraire les
     jarres qui pourraient y tre rests. Ensuite, on emploie la brosse
     seulement du ct du Bord, pour rentrer, feutrer et dvelopper le
     duvet, pendant cinq  six croises: on l'tend de nouveau  la
     planche, on le retourne, et l'on emploie une plus forte pression, 
     mesure que le feutre prend de la consistance: on tourne, et on
     brosse jusqu' ce que le chapeau soit assez petit pour aller sur la
     forme. S'il arrivait que le feutre ne ft pas gal, dit M.
     Robiquet, il faudrait brosser davantage les places minces pour les
     galiser. Enfin, pour avoir du brillant il faut tremper souvent,
     bien chaud et fouler pendant trois ou quatre heures. Nous
     consacrerons un article spcial aux procds de M. Guichardire.]

     On reconnat que le foulage est parfait quand les asprits dont
     nous avons parl, sous le nom de grigne, ont disparu; alors on
     _goutte_ le feutre en promenant le roulet sur le feutre tendu
     avec pression afin d'en exprimer l'eau de foulage qu'il contient.
     Il est encore un autre moyen de se convaincre de la bont de cette
     opration, c'est lorsque le feutre goutt a les dimension dsires
     et qu'il n'est plus susceptible d'aucun nouveau retrait par un
     autre foulage; en termes de l'art, on dit qu'alors le feutre a la
     _taille prescrite_ et qu'il est _atteint de foule_.

     Il arrive parfois que par suite de mlanges peu rationnels des
     matires premires, ou par ngligence ou inexprience des ouvriers,
     les feutres obtenus offrent quelques imperfections; les principales
     sont la _grigne_ et l'_caille._
99

     _Feutres grigneux._

     Nous avons dj fait connatre ce qu'on doit entendre par grigne;
     nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, aprs
     avoir t couls et presss entre les doigts, en les faisant
     glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
     asprits et ce grain qui constituent la grigne. Ce dfaut
     reconnat pour cause: 1 un btissage trop court donn au feutre
     par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement  la
     dimension dsire; 2 un vice du mlange qui a produit une toffe
     trop tendre pour tre btie plus grand.


     _Feutres caills._

     Ces feutres, aprs leur confection, et presss entre les doigts
     comme ci-dessus, offrent des points o l'toffe a si peu de
     consistance qu'elle est sur le point de se _dfeutrer_, ou, si l'on
     veut, de voir cesser l'adhrence et l'entrecroisement du duvet qui
     est le rsultat du btissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
     dfaut provient de ce que le feutre ayant t bti trop grand, et
     se trouvant atteint de foule avant que d'tre rduit aux dimensions
     demandes, l'ouvrier a continu de les fouler dans l'espoir de l'y
     rduire; ou bien, lorsqu'ayant t bti dans de justes proportions,
     l'toffe trop veule s'est carte au bassin et caille vers la fin
     du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est port 
     l'excs, il occasionne des gerures et des trous. On dit alors que
     l'toffe a lch.

     On n'a point encore tudi ni reconnu l'action chimique qu'exerce
     la lie de vin sur les poils pour activer leur adhrence; on sait
     seulement que c'est la crme de tartre (sur-tartrate de potasse)
     qui produit cet effet. On a cherch divers moyens pour la
     remplacer. On avait mme fait usage de l'acide sulfurique au lieu
     de ce sel; mais ce mode a t abandonn, et l'on est revenu  la
100  lie de vin parce qu'il a t constat que cet acide donnait une
     plus grande activit au mercure de nitrate de ce mtal employ pour
     le scrtage, et que les ouvriers en taient plus grivement
     affects. M. Guichardire, qui a port ses investigations sur
     toutes les branches qui se rattachent  la fabrication des
     chapeaux, a conseill d'ajouter au bain avec la lie de vin une
     certaine quantit de tan. Cette addition facilite, suivant lui, le
     feutrage, et dispose, par ses principes, le poil  acqurir un plus
     beau noir.

     Les prceptes et la marche que nous venons d'exposer sont
     principalement applicables  la fabrication des chapeaux fins. Pour
     celle des chapeaux de seconde qualit, on prouve de bien plus
     grandes difficults parce que les poils qu'on y destine se feutrent
     encore plus difficilement. Ces poils sont pour l'ordinaire ceux des
     cts et les plus beaux des gorges auxquels on ajoute environ un
     gros de vigogne rouge. En outre on _dore_ le chapeau au bassin,
     avec une once un quart de poil du dos scrt[29]. Cette addition
     fait rentrer plus nergiquement le fond, et lui donne de la
     solidit et de la beaut en mme temps.

     [Note 29: En termes de chapellerie, _dorer_ c'est recouvrir le
     feutre d'un poil qui a de la longueur, du brillant, et qu'on
     n'incorpore que vers sa base, et du tiers tout au plus de sa
     longueur.

     _Dorer au bassin_, c'est faire cette opration sur le btissage qui
     s'excute quelquefois sur une plaque lgrement chauffe, qu'on
     nomme _bassin_. La dorure avec le poil scrt et arrach rend la
     foule trs pnible, parce que cette sorte de poil reste long-temps
     crisp. Pour rendre lisse cette qualit de feutre, il faut tremper
     chaud et souvent, brosser avec forte pression, et btir moins grand
     que pour celui de premire qualit.

     Robiquet, _loco citato_.]

     Quant  la troisime qualit des chapeaux, on emploie le plus
101  mauvais poil de gorge, le poil commun du ventre, et un quart
     d'once de vigogne rouge. On dore avec une once un quart du poil du
     dos scrt. Mme opration du bassin et de la foule; mais
     aronnage et btissage plus courts que pour la deuxime qualit, 
     cause que plus les poils sont grossiers, moins bien ils se
     feutrent, et que pour y parvenir il faut les fouler trs fortement
     et commencer ce foulage par un roulement clos avec les _conserves_,
     et le finir par quatre ou cinq croises au roulet.

     Les chapeaux qu'on nomme _velus_ (faon flamande) ne se foulent
     presque plus au roulement clos. On emploie seulement la pression de
     la brosse, surtout lorsque les poils sont arrachs. Le chapeau en
     est plus beau, plus solide et plus soyeux. Anciennement, lorsqu'on
     faisait des poils et des oursons, on foulait  chaud dans un
     chapeau commun;  prsent l'on se sert de _bache_, espce
     d'emballage dans lequel vient le coton du Levant.


     _Dressage des chapeaux._

     Dresser un chapeau, c'est le mettre en forme, afin de lui donner la
     figure convenue. Pour cela, lorsque le foulage est termin, et que
     l'toffe sort de l'tuve et a t _mise en coquille_, on la trempe
     dans l'eau chaude, soit au pouce et au poing, soit au _poussoir_,
     en pressant du centre  la circonfrence; l'on crase la pointe et
     assez de plis suivans pour placer une forme en bois, qu'on y fait
     entrer d'envers, et sur laquelle on l'applique exactement.
     L'ouvrier prend alors une ficelle double avec laquelle il lie le
     milieu de la forme, et fait descendre ensuite ce tour de ficelle
     jusqu'au bas de la forme, au moyen du _choc_ ou de l'_avaloire_.
     Alors il trempe  plusieurs reprises le chapeau dans l'eau chaude,
     il le tire pour bien en effacer les plis. Le point o se trouve le
     tour de ficelle spare la tte des bords. On relve ceux-ci, ce
     qu'en termes de l'art on nomme abattre; on trempe de nouveau, on
     dlire ces bords en long et en large, tenant d'une main et tirant
102  de l'autre de toute sa force, sur la longueur et un peu sur la
     largeur, de manire  arranger et  tenir le tout en place[30].

     [Note 30: Robiquet, _loco citato_. Dans quelques fabriques on
     trempe au dressage, dans le bain de lie. Il vaut beaucoup mieux
     n'employer que le bain d'eau pure, afin de rendre ensuite le
     _dgorgeage_ plus ais, le poil plus net, plus clatant et plus
     facile  teindre.]

     Quand l'ouvrier a dress son chapeau et qu'il est sec, il prend une
     pierre-ponce qu'il passe sur sa surface, jusqu' ce que tout le
     velu soit coup et que le feutre soit bien uni; il lui substitue
     ensuite la _robe_ (morceau de peau de chien de mer), qu'il passe
     lgrement sur le chapeau. Cette opration sert  produire un velu
     fin, convenable au chapeau ras. On a maintenant remplac la
     pierre-ponce et la robe par le _carrelet_ qui sert  dvelopper le
     duvet qui convient aux chapeaux velus qui sont  prsent de mode.
     Ce velu s'est dj dvelopp en foulant, par la pression de la
     brosse. L'ouvrier ne doit se servir que d'un carrelet trs doux, et
     n'employer qu'une pression trs lgre; car un carrelet fort et une
     pression galement forte dcomposeraient le feutre au lieu d'en
     mettre  jour tout le velu. Il est digne de remarque que les
     feutres faits avec des poils arrachs sont plus forts et moins
     faciles  se dcomposer, que ceux qui sont confectionns avec des
     poils coups. Le dressage est un travail pnible et difficile,
     surtout quand les formes sont brises en cinq ou sept parties, afin
     de pouvoir les introduire pice  pice dans la calotte du chapeau,
     principalement quand le diamtre du sommet est plus large que celui
     de l'entre de la tte. Mais quand la forme est cylindrique ou
     conique, le dressage est bien plus ais. Le chapeau une fois
     dress, on le regarnit, c'est--dire on le rapprte en tte.

103  Le passage du dressage ne sert qu' affaisser le duvet, et  faire
     relever les jarres, afin que l'jarreuse puisse plus facilement les
     saisir avec des pinces[31] et les extraire, sans les casser, autant
     que possible. Pour que cette opration se ft avec facilit, il
     faudrait ne rapprter la tte qu'aprs l'jarrage. Le rapprtage
     de tte consolide les jarres, et on les casse en voulant les
     extraire[32]. Quand les chapeaux ont rest quelque temps en
     magasin, les jarres repoussent  la surface et dtruisent la
     douceur du chapeau. On doit alors les jarrer et les brosser.

     [Note 31: Avant la fabrication des chapeaux velus, on se servait
     rarement de pinces, mais bien de la pierre-ponce et du rasoir.]

     [Note 32: Mackensie, _loco citato_.]

     Les marques auxquelles on reconnat qu'un feutre est bien
     confectionn, et que toutes les proportions ont t bien observes,
     sont: 1 quand il est exempt de grignes et qu'il est lisse partout;
     2 qu'il est de moyenne force en tte; 3 trs fort dans le lien;
     4 que son paisseur va en diminuant jusqu' l'arte, qui doit tre
     fine et bien ronde.


     _Des feutres divers._

     Les feutres ne sont pas tous semblables aux feutres dits unis dont
     nous venons de dcrire la manipulation. Cependant leur confection
     ne diffre de celle de ceux-ci, que par quelques diffrences dans
     les procds; nous allons en donner une ide, en suivant la
     division tablie en:

     1 Feutres unis,
     2 Poils flamands,
     3 Feutres dors,
     4 Feutres  plume.


     _1 Feutres unis._

     Nous venons de les faire connatre.


     _2 Feutres dits poils flamands._

104  Cette dnomination vient de ce que primitivement ce mode de
     prparation a t import des fabriques de Flandre. Ce feutre est
     le plus souvent fait avec du poil de livre pur et est bross avec
     le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dgage un poil trs
     long et uni, qui en constitue la qualit et en fait la principale
     beaut. On doit cependant ne commencer  brosser ainsi que lorsque
     la consistance qu'a acquise le feutre est assez grande, ou si l'on
     veut, quand le feutrage est assez fort pour n'avoir pas  craindre
     la moindre altration du tissu par l'action du frottoir. Sur ce
     point, comme le fait observer fort judicieusement M. Morel, les
     fabricans franais l'emportent sur les fabricans flamands. Ceux-ci
     ds les premires croises, frottent et planchient si fortement
     les feutres, qu'ils les altrent avant mme de les avoir
     confectionns. A l'opration de la foule, les poils flamands se
     gouvernent presque comme les feutres unis; il n'y a d'autre
     diffrence que celle de les entretenir continuellement abreuvs et
     de ne pas s'arrter aussi long-temps sur chaque roulement. Aprs
     que ces feutres sont secs, on les brosse doucement, on les tire au
     carrelet et on les baguette, sans jamais les poncer.

     Voici de quelle manire M. Morel dcrit cette opration: l'ouvrier
     muni du carrelet, gratte toute la surface extrieure du feutr, ce
     qui fait sortir de celui-ci un velu plus ou moins long et fort
     touffu. Cette opration est analogue  celle du _lainage_ qu'on
     excute au moyen du chardon  foulon, dans les manufactures de
     drap. On doit faire passer le carrelet d'abord trs lgrement, en
     appuyant un peu plus, et par degrs, sur chaque partie du feutre.


     _3 Feutres dors._

     On donne le nom de _feutres dors_  ceux d'une qualit ordinaire
     ou infrieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
105  mince de matire ou poils plus fins. Nous ne devons nous occuper
     ici que des feutres mlangs dont la _dorure_ se fait toujours avec
     le poil de livre ou bien avec celui de castor. Cette dorure est
     prpare  l'aron, comme les pices, et on ne la marche jamais
     qu' la quarte. La dorure se distingue en _dorure au bassin_ et
     _dorure  la foule_, suivant les diffrentes poques de l'opration
     auxquelles on l'excute. Nous en avons dj dit un mot aux pages
     prcdentes; nous allons y ajouter de nouveaux dveloppemens. 1
     _La dorure au bassin_ s'opre aprs que le btissage est garanti.
     L'ouvrier la _fait prendre_ en donnant deux ou plusieurs croises
     dans la feutrire.

     2 La _dorure  la foule_ est celle qu'on ne pratique que lorsque
     le _feutre est march  la foule_. Celui-ci a moins d'tendue et
     plus d'paisseur que la prcdente, ce qui rend son incorporation
     au feutre bien plus difficile. Voici le procd qu'on suit pour
     cette opration[33]. On prend une de ces toiles bourrues servant 
     emballer les marchandises du Levant, et qu'on nomme _couverte_; on
     la plonge dans la chaudire et on l'tend ensuite sur le banc de
     foule; on y pose dessus le feutre qu'on a eu soin de bien bourrer
     auparavant. On couvre ensuite successivement les deux surfaces du
     feutre avec les pices de la dorure, en ayant l'attention de n'y
     laisser former aucun pli; on fixe ensuite la dorure au moyen d'un
     peu d'eau chaude qu'on y projette au moyen d'une brosse  longues
     soies dite _frappante_, parce qu'elle sert aprs cette projection 
     frapper bien d'aplomb  coups redoubls sur la dorure pour la
     _faire prendre_ au feutre. Aprs cela, pour rendre cette
     incorporation plus complte, l'ouvrier donne quelques croises en
     roulant le feutre et la couverte l'un dans l'autre, de faon que
     chacune des surfaces du feutre qui vient de recevoir la dorure, se
     trouve en contact avec la couverte. A chaque nouveau roulement
106  qu'il fait, il dcroise et frappe le feutre avec la brosse afin de
     faire disparatre les petites soufflures qui se forment, surtout
     aux plis des croises. Pour faciliter l'opration, il enlve de
     temps en temps le feutre de dessus la couverte, et plonge celle-ci
     dans la chaudire, et ds qu'il l'a retire il y replace aussitt
     le feutre qui se trouve ainsi rchauff. Aussitt qu'il s'aperoit
     que la grigne est gale et serre, c'est une preuve que la dorure
     est bien adhrente au feutre; ds lors il retourne celui-ci pour le
     mettre en dedans; il foule ainsi une ou deux croises aux manicles;
     mais il retourne bientt aprs le feutre et en finit la foulure en
     tenant la dorure en dehors, afin que celle-ci s'jarre et ne
     s'entremle point avec le poil qui constitue le fond du feutre; sur
     la fin de l'opration, il donne mme quelques coups de frottoir
     afin d'en bien dtacher les poils de dorure.

     [Note 33: Morel, _loco citato_.]

     Les chapeaux, ou mieux, les feutres dors  la foule, ds qu'ils
     ont t schs  l'tuve, doivent tre brosss doucement, tirs au
     carrelet, et soumis  l'action de la baguette.


     _4 Feutre  plume._

     Les feutres dits  _plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
     on fait usage du plus beau poil de livre[34] et de celui de
     castor. En gnral, on n'applique cette dorure que lorsque le
     feutre a t foul, avec cette diffrence du procd des feutres
     dors, que pour ceux  plume on applique plusieurs couches de poil
     ou dorure. Ce nombre de couches tablit deux divisions dans ce
     genre de feutre, qui sont:

     1 Les chapeaux _mi-poils_.
     2 Les chapeaux dits _oursons_.

     [Note 34: M. Morel pense que malgr qu'on emploie en plume toutes
     sortes de livres de France, et mme celui de Barbarie, nous n'en
     possdons qu'une sorte qui russisse trs bien: c'est le livre de
     Bretagne. Il ajoute qu'en gnral le livre tranger n'est point
     propre  cet usage.]
107

     _Chapeaux mi-poils._

     Le mot _demi-poil_ annonce que cette dorure est suprieure  celle
     des feutres dors ordinaires et infrieure  celle des oursons.
     Cette qualit tient donc un juste milieu entre les deux prcites.
     Les deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes
     de l'art: _premire_ et _seconde pose_. La premire se donne
     lorsqu'il ne reste au feutre que deux ou trois travers de doigt 
     rentrer. Ds que celle-ci est bien adhrente on applique la seconde
     pose, et aprs la prise de chacune de ces poses on foule  chaud
     pendant environ trois quarts d'heure pour chaque pose, c'est--dire
     que l'ouvrier suit pendant ce temps ses croises en roulant le
     feutre dans la couverte et le foulant  grande eau et trs
     lgrement pour l'entretenir dans une grande chaleur[35]. Aprs le
     foulage complet de la dernire pose, on sort le feutre de la
     couverte pour le fouler  nu en lui donnant avec beaucoup de
     prcaution, pour ne pas lui enlever la plume, deux ou trois
     croises qui finissent par achever de faire rentrer le feutre qu'on
     fait goutter ensuite et scher. Aprs cela, on fait ressortir la
     plume en la dgageant du feutre au moyen du carrelet. Quant aux
     noeuds[36] qui peuvent s'y trouver, on les extrait au moyen d'un
     peigne doux.

     [Note 35: M. Morel, _loco citato_. Cette opration a pour but
     d'incorporer la plume avec le fond, sans que celui-ci se dtriore
     ou qu'il rentre d'une manire sensible, _ibidem_.]

     [Note 36: On donne le nom de noeuds  de petits pelotons de poils
     provenans de la dorure, lesquels sont feutrs ensemble  la surface
     de la dorure sans adhrer au feutre.]


     _Chapeaux oursons ou  poil._

108  Ce qui constitue la diffrence qui existe entre la formation des
     _mi-poils_ et des _oursons_, c'est, 1 que les premires ne
     reoivent que deux poses, et jamais au-del de trois, tandis qu'on
     en applique aux derniers cinq, et que ces poses ne sont donnes que
     lorsque le fond se trouve compltement foul; 2 qu'aprs que la
     dernire pose a t foule  chaud, on _sansouille_ le chapeau
     pendant environ une demi-heure, c'est--dire qu'on le plonge en
     entier dans la chaudire et qu'on le promne vivement dans l'eau en
     sens contraire. Cette rapide agitation dans l'eau opre un si bon
     effet sur la plume qu'elle en dgage tous les poils, qui ds lors,
     n'adhrant au feutre que par leur base, y sont implants comme les
     cheveux des perruques sur le tissu qui leur sert le fond, on, si
     l'on veut, comme sur la peau de l'animal.

     Aprs cette opration, et aprs que l'ourson est goutt, dress et
     sch, on le peigne pour en sparer les noeuds ou pelotons de poil
     qui peuvent s'y trouver[37].

     [Note 37: Nous ajouterons ici une remarque intressante de M.
     Morel. Les chapeaux  plume, dit-il, de quelque genre qu'ils
     soient, sont _flambs_ avant de recevoir la premire pose. Pour
     cela, quand l'ouvrier a rduit le fond  la taille o il doit tre
     _pos_, il l'goutte le plus possible  l'aide du roulet, et fait
     passer au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
     lesquelles les poses doivent tre appliques, afin de les
     dbarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient 
     l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne aprs ce
     flambage un lger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
     surfaces.]

     Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bords_, etc., ne
     diffrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
     d'un ct ou seulement sur les bords, etc.; comme le procd ne
     diffre en rien de celui que nous venons d'exposer, nous nous
     abstiendrons de toute rptition.

109  Nous passerons galement sous silence la fabrication des chapeaux
     qui varient par leur force, leur lgret, leur grandeur et leur
     forme: les premiers sont relatifs  la quantit et  la qualit des
     matires qu'on emploie au feutrage, les autres sont relatifs aux
     modes qui se succdent si rapidement. Ainsi, outre les chapeaux 
     forme basse et haute carre, on en fait de cylindriques, de
     coniques, etc.; on fabrique aussi des _bonnets de chasse_, des
     _casquettes_, _toques_, _schakos_, _etc._ Le mode de fabrication
     est constamment le mme, ainsi que pour les toffes carres en
     feutre qui ont reu de nos jours de nombreuses applications tant
     pour la toilette que pour les ameublemens. La forme  leur donner
     varie suivant l'emploi qu'on veut en faire; c'est principalement au
     btissage qu'on leur donne celle qu'on dsire. Nous n'entrerons
     point dans d'autres dtails  ce sujet: ce serait nous carter de
     notre but: nous nous bornerons  dire que les plus grandes pices
     en feutre qu'on ait encore pu fabriquer ne dpassent pas cinq pieds
     carrs.


     _Teinture des chapeaux._

     Chaque fabricant de chapeaux a ses procds de teinture dont il
     fait un secret. Malgr cela nous ne craignons pas de dire que cette
     partie de l'art est encore bien loin d'avoir atteint le degr de
     perfectionnement ncessaire, et auquel l'oeil investigateur du
     chimiste peut le porter. Ceux qui se sont occups avec succs de la
     teinture spciale des chapeaux, n'ont pas assez tenu compte des
     procds particuliers auxquels ont t soumis les poils et matires
     employs, principalement de l'opration du feutrage qui exerce une
     telle action ou mme altration des poils, qu'outre leur couleur
     qui change, leur proprit feutrante s'accrot considrablement.
     Les diverses oprations du feutrage doivent donc rendre ces toffes
     moins aptes  recevoir la teinture, malgr qu'on les dgorge bien
     en apparence. Ajoutons  cela que pour les bains de teinture,
110  indpendamment des substances insolubles et par consquent nulles
     qu'on ajoute aux autres ingrdiens, et qui ne font que compliquer
     l'opration, le sulfate de fer ragit  la longue sur le tissu par
     son acide, tandis qu'une partie de l'oxide se proxidant, par
     l'absorption de l'oxigne de l'air, prend une couleur rougetre, et
     fait passer le noir du chapeau au noir bruntre. C'est ce qui a
     port les bons fabricans  remplacer le sulfate de fer (couperose
     verte) par un autre sel de fer dont l'acide n'exert aucune action
     sur le tissu. Ainsi l'on emploie maintenant avec quelque succs
     l'actate de fer, et mieux,  l'instar des Anglais, le citrate de
     ce mtal; malheureusement il est trop cher. La Socit
     d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue de la
     dfectuosit des procds de teinture des chapeaux, en a fait un de
     ses sujets de prix. Nous croyons devoir en rapporter le programme
     en entier  cause des vues intressantes qu'il renferme.


     _Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux._

     Les matires colorantes sont ou simples ou composes, c'est--dire
     que tantt ce sont des substances _sui generis_ qu'on ne fait
     qu'extraire des corps qui les contiennent, et d'autres fois elles
     rsultent de la runion de plusieurs lmens, qui constituent entre
     eux une vritable combinaison insoluble  proportions dtermines
     et qui affecte une couleur assez prononce pour qu'on en puisse
     tirer parti en teinture. La couleur simple se fixe au moyen d'un
     mordant; l'autre se produit dans le bain de teinture, et se
     prcipite sur le tissu, ou bien on en dtermine la formation sur le
     tissu lui-mme en l'imprgnant successivement des diverses matires
     qui entrent dans cette composition. Nous ne citerons point ici les
     nombreux exemples connus de ces deux espces de teinture; nous nous
111  occuperons seulement de la composition qui produit le noir. En
     gnral cette couleur n'est autre, comme on sait, que la runion de
     l'acide gallique avec l'oxide de fer, et cette multitude
     d'ingrdiens qu'on ajoute  ces deux principes ne sert, selon toute
     apparence, qu' nourrir ou  lustrer la teinte. Considrant donc
     les choses dans leur plus grand tat de simplicit, nous voyons
     que, pour teindre en noir, il ne s'agit que de produire du gallate
     de fer, et de le combiner avec la matire organique qu'on veut
     revtir de cette couleur. Or, toute combinaison, pour tre intime,
     ncessite un contact immdiat; il faut donc que les surfaces qui
     doivent tre runies soient d'une grande nettet, et c'est en effet
     un principe reu en teinture qu'une couleur sera d'autant plus
     belle et plus pure que la surface des fibres aura t mieux
     dbarrasse de toute substance trangre, mieux dcape, si on peut
     se servir de cette expression. Une autre consquence de ce mme
     principe, c'est qu'on doit viter de rien interposer entre les
     surfaces  teindre et les molcules teignantes, et c'est l trs
     probablement un des graves inconvniens dans lesquels tombent
     constamment les teinturiers en chapeaux. Ils composent leur bain
     d'une foule d'ingrdiens qui contiennent une grande quantit de
     substances insolubles: c'est au milieu de l'espce de magma ou de
     boue qui en rsulte que la teinture doit s'oprer. On conoit ds
     lors que la couleur se trouvera ncessairement sale et nuance par
     tous ces corps trangers qui viennent s'y intercaler; et de l la
     ncessit de surcharger en matire colorante pour masquer ces
     dfauts; et la fibre, ainsi enveloppe, perd tout son lustre et sa
     souplesse.

     En s'appuyant sur ces donnes thoriques, la marche qui semblerait
     la plus rationnelle consisterait donc:

     1 A n'employer que les substances rigoureusement ncessaires pour
     la production du noir;
112
     2 A n'agir, pour les corps solubles, que sur des dissolutions
     filtres ou tires  clair;

     3 A porter le fer  son mdium d'oxidation, soit en calcinant la
     couperose ordinaire, soit en faisant bouillir sa dissolution avec
     un peu d'acide nitrique, soit enfin en traitant la rouille de fer
     par l'acide actique ou autre acide susceptible de dissoudre cet
     oxide.

     En teinture on a gnralement observ, relativement  ce dernier
     point, que l'acide sulfurique du sulfate de fer exerait sur les
     fibres une influence prjudiciable, et plusieurs praticiens ont
     propos avec raison de lui substituer l'acide actique. On obtient,
     en effet, par ce moyen des rsultats beaucoup plus favorables; et
     si le succs n'a pas toujours t complet, cela ne tient, sans
     aucun doute, qu' la mauvaise confection de ce produit, qui se
     livre rarement fabriqu convenablement. Le plus ordinairement on
     sert, pour cet objet, de l'acide pyroligneux brut, ou qui n'a subi
     tout au plus qu'une simple rectification; dans cet tat, il
     contient encore une grande quantit de goudron, qui se dpose  et
     l sur l'toffe, et empche que l'engallage et par consquent la
     teinture ne prennent galement. C'est donc de l'acide provenant de
     la dcomposition de l'actate de soude par l'acide sulfurique qu'il
     faut se servir, et non de l'acide brut ou ayant subi une seule
     distillation; l'emploi du pyrolignite bien prpar offre le double
     avantage de ne dterminer aucune altration de la fibre organique,
     et de faciliter en outre sa combinaison avec l'oxide de fer. Cet
     acide volatil abandonne avec tant de facilit les bases qui lui
     sont combines, qu'il mrite en ce sens la prfrence sur tous les
     autres.

     Tel est l'ensemble des observations que l'tat actuel de la science
     permet d'indiquer; mais il se pourrait qu'ici, comme dans beaucoup
     d'autres circonstances, la thorie ne marcht pas d'accord avec la
     pratique. Nous avons blm, par exemple, et tout semble y
113  autoriser, l'emploi de ces bains bourbeux, dans lesquels les
     molcules teignantes se trouvent tellement dissmines, que leur
     rapprochement ne peut s'effectuer qu'avec les plus grandes
     difficults; mais ne serait-il pas possible que ces entraves
     fussent plus favorables que nuisibles, en ne permettant, comme dans
     le tannage, qu'une combinaison lente et successive, et par cela
     mme plus complte? Ce n'est donc qu'avec beaucoup de rserve que
     nous prsentons les vues prcdentes, et on doit les considrer
     plutt comme un sujet d'expriences et d'observations que comme un
     rsultat dfinitif et absolu.

     La Socit d'encouragement, voulant favoriser autant qu'il est en
     elle l'amlioration qu'elle rclame dans l'intrt commun, propose
     un prix de trois mille francs pour celui qui indiquera un procd
     de teinture en noir pour chapeaux, tel que la couleur soit
     susceptible de rsister  l'action prolonge des rayons solaires
     sans que le lustre ou la souplesse des poils en soit sensiblement
     altr.

     Les conditions essentielles  remplir par les concurrens sont les
     suivantes:

     1 Les mmoires seront remis avant le 1er juillet 1830;

     2 Les procds y seront dcrits d'une manire claire et prcise,
     et les doses de chaque ingrdient y seront indiques en poids
     connus;

     3 Chaque mmoire sera accompagn d'chantillons teints par les
     procds proposs.

     Le prix sera dcern, s'il y a lieu, dans la sance gnrale du
     second semestre 1830.

     Nous allons maintenant faire connatre les procds gnralement
     suivis pour la teinture des chapeaux; nous ajouterons ensuite les
     amliorations diverses qui ont t proposes.
114

     _Prparation des chapeaux pour la teinture._

     Aprs que les chapeaux ont t soigneusement vrifis par le
     fabricant, et marqus dans l'intrieur de la forme avec un fer
     chaud pour en indiquer la qualit, on leur fait subir les quatre
     oprations suivantes:

     1 _Le robage_. On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et
     ceux  plume; quant aux chapeaux  poil ordinaire, on les _robe_,
     c'est--dire qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau
     de peau de chien de mer, afin de produire un poil court, pais et
     fin.

     2 _L'assortiment_. Assortir un chapeau, c'est le placer, aprs
     l'opration prcdente, dans une forme semblable  celle qu'il doit
     avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu plus haute que
     celle du dressage  la foule, afin que la ficelle n'occupe pas le
     mme point que celui o elle se trouvait  la foule, et d'viter
     ainsi les compressions du feutre qui produisent des espces
     d'tranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on nomme _baisser le
     lien_.

     3 _L'enficelage_. Aprs avoir fait entrer en partie les chapeaux
     sur les formes convenables et les avoir arrts avec une ficelle,
     on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les dgorger
     et extraire la crme de tartre que le poil peut contenir; aprs les
     avoir tenus quelques instans dans la chaudire couverte, on les
     retire et on les pose sur des plateaux semblables  ceux de la
     foule, et ayant  leur extrmit infrieure un rebord qui porte
     l'eau qui s'coule des feutres hors de la chaudire. C'est alors
     qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu' ce qu'il y soit bien
     appliqu et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de
     ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant
     qu'on serre mdiocrement. On chauffe ensuite le feutre  la
     chaudire, et l'on enfonce la ficelle jusqu' la base de la forme.
115  On plonge le chapeau dans la PAGE 115 chaudire, et l'on finit de
     bien tendre le feutre sur la forme en le _billottant_,
     c'est--dire en frappant le plat de la forme sur un billot, et
     faisant suivre le mouvement  la ficelle qui se trouve arrte un
     peu au-dessus du premier lien du dressage, attendu, comme nous
     l'avons dj dit, que la forme pour la teinture est plus forte que
     celle de la foule; par ce moyen on vite que le chapeau ne se coupe
     en cet endroit. Quand ce nouveau dressage est complet, on plonge de
     nouveau le chapeau dans l'eau bouillante, on le remet  plat sur le
     plateau ou le banc, on l'goutte avec la pice, et on le retire au
     carrelet pour faire revenir le poil; on procde ensuite  la
     teinture de la manire suivante.


     _Bain de teinture._

     Nous avons dj dit que la composition de la teinture tait trs
     variable; il nous serait impossible de rapporter toutes celles qui
     sont connues. Nous allons nous borner  prsenter une des plus
     gnralement suivies, celle qui a t dcrite par M. Robiquet; la
     voici:

     _Teinture pour trois cents chapeaux, de M. Robiquet._

     Bois de campche hach.                100 livres.
     Noix de galles concasses.              16
     Gomme du pays, _idem._                   6
     Sulfate de fer.                         12
     Vert-de-gris (sous-actate de cuivre).   7
     Eau pure.                                4 muids 1/2

     On fait bouillir, pendant environ deux heures et demie, le bois de
     campche, la noix de galles et la gomme dans l'eau, en remuant
     souvent le mlange; on laisse tomber le bouillon et l'on ajoute le
     vert-de-gris et le sulfate de fer. Au bout de quelques instans, on
116  peut mettre en teinture. Voici comment on y procde d'aprs M.
     Robiquet[38]. On couvre le bain des chapeaux poss sur tte; sur
     cette premire couche on en place une seconde, forme sur forme; la
     troisime se dispose comme la premire, et la quatrime comme la
     seconde, ainsi de suite jusqu' ce que la moiti des chapeaux (cent
     cinquante) soit place. On couvre de planches ce dernier lit, et on
     le charge de poids afin que tous les chapeaux puissent plonger
     galement, et que le bain ait une chaleur plus uniforme. On laisse
     ainsi environ une heure et demie, puis on relve, on laisse
     goutter quelques instans sur les bords de la chaudire, et l'on
     place les chapeaux sur des tablettes. Aprs cela, on verse trois ou
     quatre seaux d'eau froide dans la chaudire, on fait bouillir, et
     l'on y plonge ensuite les autres cent cinquante chapeaux de la mme
     manire que ci-dessus. Pendant ce temps, les chapeaux du premier
     bain restent exposs  l'air; par cette exposition, _vent_ en
     temps de l'art, la couleur noire prend plus d'intensit  mesure
     que l'oxide du gallate de fer, en en absorbant l'oxigne, passe au
     _summum_ d'oxidation. On donne alternativement une _chaude_, ou
     immersion, et un _vent_; mais comme dans chaque chaude le feutre
     absorbe une partie de la matire colorante, il est bon d'ajouter de
     nouvelles proportions des principales matires employes. Ainsi M.
     Robiquet prescrit d'ajouter:

     [Note 38: _Loco citato._]

     1 Pour la premire chaude de la seconde partie des chapeaux:

     Vert-de-gris en poudre.      3 livres.
     Sulfate de fer.              4 _id._

     On ritre cette addition avant la cinquime et la sixime chaude,
     et l'on rpte les chaudes et les vens jusqu' trois ou quatre
     fois pour chaque moiti de chapeaux, et quelquefois au-del. Nous
117  conseillons d'ajouter auparavant deux livres de noix de galles
     concasses. Il est des teinturiers qui emploient des proportions
     plus grandes de ces ingrdiens, mais nous les croyons inutiles.

     On abrge beaucoup cette opration, dit le chimiste prcit, en
     employant le sulfate de fer en solution dans l'eau, laquelle a t
     long-temps expose  l'air pour en suroxider le fer, ou bien en la
     faisant bouillir avec un peu d'acide nitrique. On peut aussi
     desscher et mme calciner un peu le sulfate de fer; par ce moyen
     on obtient plus promptement un noir plus beau, et que certains
     fabricans croient mme plus solide. A cette mthode on vient d'en
     substituer une plus avantageuse et plus expditive; c'est, au lieu
     du sulfate de fer, l'emploi du pyro-actate ou de l'actate de fer.
     Ce dernier sel est prfrable,  moins que le premier ne soit bien
     dpouill du goudron que l'acide pyro-actique (pyroligneux)
     contient, et qui, rendant les poils glutineux, en rend la
     dessication difficile. Les Anglais emploient avec beaucoup
     d'avantage le citrate de fer.

     Le bain de teinture doit tre tenu  une haute temprature; car,
     d'aprs un ancien adage des teinturiers, _qui bout bien teint
     bien_. Aprs chaque opration, les teinturiers plongent
     ordinairement les chapeaux dans un bain d'eau bouillante, et les
     gouttent  la _pice_[39], afin d'en chasser toutes les impurets,
     et de rendre le feutre plus apte  prendre la nouvelle teinture.

     [Note 39: La _pice_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour
     faire sortir le liquide et les impurets que peut contenir le
     feutre.]

     Si les chapeaux  teindre sont d'une mme qualit, on ne doit pas
118  ngliger,  chaque _chaude_[40], de les placer alternativement au
     fond de la chaudire. Quand au contraire, les chapeaux sont de
     diverses qualits, on doit mettre les plus fins au fond de la
     chaudire, et les autres au-dessus, attendu que les matires les
     plus fines sont celles qui s'unissent  plus de matire colorante.
     Les chapeaux fins, faon flamande, pur poil de dos de livre
     d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf _chaudes_; il en
     est de mme des mi-poil, oursons et dors; mais on doit oprer 
     une temprature plus basse, et en employant moins de sulfate de
     fer. Dans tous les cas, on doit ranger les feutres dans la
     chaudire de manire  ce qu'ils ne puissent subir aucune
     altration.

     [Note 40: La _chaude_ est galement connue sous le nom de plonge
     ou de feu; sa dure est de une heure et demie  deux heures.]

     Pour obtenir un noir intense et solide, il faut prparer un bain de
     teinture riche en couleur, et ne point se servir du vieux bain
     puis pour l'engallage des feutres. Ce procd, dit M.
     Mackensie[41], est trs vicieux, et s'oppose  ce que la couleur
     neuve puisse se fixer sur les poils qui se trouvent dj imprgns
     de la boue qui nage dans l'eau du vieux bain et empche la couleur
     de les atteindre. Le bain neuf et limpide rend le duvet brillant,
     tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend terne. M.
     Mackensie a raison. Cependant, nous croyons qu'on ne doit point
     laisser perdre le vieux bain. Il vaudrait peut-tre mieux le
     dcanter de dessus les boues, le filtrer et remplacer une grande
     partie de l'eau du nouveau bain par cette teinture puise, mais
     encore assez charge de principes colorans. Comme l'conomie est
     l'me des fabriques, celle-ci nous parait mriter quelque
     considration.

     [Note 41: Loco citato.]

     _Bain de teinture pour 200 chapeaux, de M. Morel._

     Bois d'Inde, bois campche, hach menu.      100   liv.
     Noix de galles noires d'Alep, concasses.      6
     Gomme de cerisier.                             5
     Vert-de-gris de Montpellier[42].               4
     Sulfate de fer.                                5
119
     [Note 42: M. Mackensie donne, avec juste raison, la prfrence au
     vert-de-gris de M. Mollerat, qui est beaucoup plus pur que celui de
     Montpellier.]

     On prpare ce bain comme nous l'avons dit ci-dessus. Quant aux
     additions  faire avant les troisime, septime, neuvime et
     douzime chaudes, il conseille pour chacune, les mmes proportions
     de sulfate de fer, de vert-de-gris, et de noix de galles, que pour
     le bain primitif; les chapeaux, d'aprs sa mthode, doivent passer
     tous huit fois dans la chaudire, c'est--dire recevoir huit
     chaudes et huit vens.

     Ds que la teinture ou la _brunissure_ est termine, on s'empresse
     de dpouiller le feutre de toutes les impurets et de la matire
     colorante non combine qu'il contient. On y parvient par de
     nombreux lavages, dans la chaudire de dgorgeage contenant de
     l'eau pure chauffe  environ cinquante degrs; on les brosse 
     plusieurs eaux, et on les plonge ensuite dans l'eau bouillante pour
     les bien dgorger[43]; on les porte ensuite  la rivire, et on les
     _sansouille_ jusqu' ce que l'eau sorte claire du feutre. Cette
     opration a le triple avantage de laver le velu, de dgorger le
     feutre, et de fixer la couleur en mme temps. Les chapeaux tant
     bien goutts, on les plonge dans l'eau bouillante, on les remet
     sur forme, et l'on prend soin de les bien laver en les frottant, 
     la _brosse demi-lustre_, jusqu' ce que le velu soit clair et
     brillant. On les goutte ensuite soigneusement, et on les fait
     scher  l'tuve, chauffe  environ trente-cinq degrs, et non au
     soleil qui en altre le noir, et fait quelquefois passer au bronze.

     [Note 43: Il est des fabricans qui ne les plongent point dans l'eau
     bouillante; ils se contentent de l'immersion dans la chaudire 
     cinquante degrs.]

120  Le mme fabricant rapporte la recette suivante, de son pre M.
     Morel-Beaujolin, pour 200 chapeaux. En admettant que la quantit
     d'eau qu'on a d verser  la manire usite soit de vingt-cinq
     voies, et que celle qui se perd  chaque chaude soit de trois
     seaux, ce qui fait vingt-trois voies de perdues ou vapores pour
     la totalit, on doit mettre d'aprs son procd quarante-huit voies
     d'eau, dans laquelle on fait bouillir pendant huit  neuf heures,
     les mmes proportions d'ingrdiens; c'est--dire, d'abord:

     Bois  d'Inde.                100    liv.
     Noix de galles d'Alep.        24   _id_.
     Gomme de cerisier.             5   _id_.

     Aprs cette bullition, on retire une quantit de dcoction gale 
     l'excs d'eau qu'on y a ajout, environ vingt-trois voies, et on
     verse en quatre parties gales dans quatre cuviers ou tonneaux
     placs prs de la chaudire, au fond de chacun desquels on a mis:

     Sulfate de fer.                            5   liv.
     Sous-actate de cuivre,(vert-de-gris).     3

     On jette ensuite dans la chaudire:

     Sulfate de fer.                            5    liv.
     Vert-de-gris.                              4

     Ces proportions sont les mmes que celles qu'on prend
     ordinairement; mais leur emploi est diffrent. On brasse bien le
     bain, et demi-heure aprs la mise des dernires drogues, on y met
     la premire moiti des chapeaux. On opre ensuite comme par les
     autres mthodes, avec cette diffrence que l'vaporation de l'eau
     est remplace  chaque chaude par la liqueur dpose dans chaque
     baquet et tonneau, et que l'on agite bien, avant de la verser dans
     la chaudire.

     Quel que soit le mrite de M. Morel-Beaujolin, nous ne croyons pas
     que ce mode soit jamais adopt par les fabricans, puisqu'il n'offre
     que des changemens qui nous ont paru alonger l'opration, et la
     compliquer, au lieu de la simplifier.
121
     Voil les modes qui taient les plus suivis pour la teinture. Nous
     allons maintenant faire connatre les procds nouveaux qui ont t
     proposs; nous commencerons par celui de M. Guichardire, qui a t
     copi en trs grande partie par M. Mackensie, ainsi qu'on pourra
     s'en convaincre en les comparant.


     _Description des procds  suivre pour la teinture des chapeaux,
     et observations sur les perfectionnemens obtenus dans l'art de la
     chapellerie;_ par M. GUICHARDIRE. (Ann. de l'indust. nat. et
     trang., mai 1824, p.131.)

     Pour obtenir un noir intense et solide, il faut, d'aprs l'auteur,
     composer un bain riche en couleur, et ne jamais se servir, comme le
     font presque tous les teinturiers, du vieux bain puis pour
     l'engallage des feutres. Le bain neuf et limpide rend le duvet
     brillant, tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend
     terne. On doit se servir du verdet en poudre de M. Mollerat, qui
     est beaucoup plus pur que celui qui vient en pains de Montpellier,
     et de couperose calcine (colcotar des anciens, tritoxide de fer
     rouge des modernes); par ce procd on brunit beaucoup plus vite,
     et le noir est bien plus beau, pourvu que la temprature soit bien
     rgle, et  la hauteur convenable pour que le feutre ne soit pas
     altr. L'auteur entend dire par l que la temprature la plus
     haute est celle qui fixe le mieux la couleur. Aprs chaque
     opration, il est indispensable de bien dgorger les chapeaux dans
     un bain d'eau  l'bullition, et ensuite les bien goutter  la
     _pice_[44], afin de chasser tous les corps trangers.

     [Note 44: La pice est un outil en cuivre dont le chapelier se sert
     pour faire sortir le liquide et les salets que contient le
     feutre.]

122  Lorsque le bain est prpar, si les objets  teindre sont d'une
     seule qualit, il faut avoir soin, dans les divers feux ou plonges
     qu'ils subissent, de les faire aller au fond de la chaudire
     alternativement; sans cette prcaution on manquerait le but qu'on
     se propose.

     Lorsqu'on a plusieurs qualits de chapeaux  teindre dans le mme
     bain, on doit placer les plus fins au fond de la chaudire, et les
     moins fins au-dessus, attendu que les atomes colorans se
     prcipitent toujours, et que les matires les plus fines en
     absorbent une plus grande quantit. Les chapeaux fins, faon
     flamande, pur poil de dos de livre d'hiver, peuvent recevoir sans
     danger huit ou neuf plonges[45]; ceux qu'on nomme mi-poil, oursons
     et dors peuvent en recevoir autant, mais  une temprature
     beaucoup plus basse, et l'on doit employer moins de sulfate de fer
     (couperose verte.)

     [Note 45: On appelle plonge ou chaude, en chapellerie, ce que les
     teinturiers ordinaires appellent feu. La dure de chaque plonge ou
     feu est d'une heure et demie  deux heures.]

     Aussitt que la bruiture est termine, on doit dbarrasser le
     feutre de toute la crasse qu'il peut contenir, et qui est produite
     par les rsidus des ingrdiens employs pour la composition du
     bain. Pour cela, aussitt que les feutres sortent de la chaudire,
     on les porte  la rivire o on les lave et on les tord jusqu' ce
     que l'eau en sorte claire. Cette opration a le triple avantage de
     laver le velu, de dgorger le feutre, et de fixer la couleur en
     mme temps. Il faut ensuite plonger les chapeaux dans l'eau
     bouillante, les remettre sur forme, et avoir soin de les bien laver
     en les frottant  la brosse demi-lustre jusqu' ce que le velu soit
     clair et brillant. On les goutte autant qu'il est possible,
123  ensuite on les fait scher dans une tuve modrment chauffe par
     un pole, afin d'viter le bronze produit par l'oxigne qui se
     combine  la surface,  une haute temprature. Lorsque les chapeaux
     sont secs, il faut les baguetter avec le plus grand soin jusqu' ce
     qu'il n'en sorte plus de poussire; ensuite on les lustre avec
     l'eau de rivire, on les fait scher et on les baguette fortement
     de nouveau.

     Depuis deux ou trois ans la teinture a fait quelques progrs, et
     plusieurs fabriques fournissent des noirs assez beaux; aussi leurs
     produits sont trs recherchs, tant il est vrai que c'est
     l'intensit de la couleur, plutt que la bont du feutre qui fait
     vendre les chapeaux. Il est important de remarquer que les Anglais
     ne font de beau noir que depuis qu'ils ont substitu le citrate de
     fer au sulfate du mme mtal; l'auteur pense que le tartrate, le
     gallate et l'actate de fer pourraient produire les mmes effets;
     il se propose de faire une suite d'expriences sur tous ces sels,
     et d'en publier les rsultats aussitt qu'elles seront termines.
     Il indique ensuite, tels qu'on les lui a communiqus, les procds
     employs  Naples et  Trieste pour teindre les chapeaux. Nous nous
     dispenserons de les citer, les ayant trouvs dcrits dans l'ouvrage
     de Mackensie d'o nous les avons dj extraits.


     _Procd pour teindre les chapeaux;_ par M. BUFFUM.

     Les chapeaux destins  tre teints sont placs sur les chevilles
     d'une roue verticale tournant sur un axe dans la cuve. A mesure que
     cette roue tourne, le chapeau plonge dans la teinture et en sort.
     On peut faire tourner cette roue d'un mouvement trs lent, par un
     engrenage qui fait communiquer son axe  un moteur quelconque, ou
     bien on peut lui faire faire seulement une demi-rvolution,  des
     intervalles d'environ dix minutes. Par ce procd, les chapeaux
124  placs sur les chevilles seront alternativement plongs pendant dix
     minutes dans la teinture, et ensuite ils seront exposs pendant le
     mme temps  l'air atmosphrique. L'auteur pense que cette manire
     de teindre les chapeaux est trs avantageuse, parce qu'en passant
     successivement du bain de teinture dans l'air, et de l'air dans le
     bain de teinture, l'oxignation par l'air atmosphrique fixera plus
     solidement et plus promptement la matire colorante dans le tissu
     du chapeau, que par une immersion prolonge pendant un temps
     beaucoup plus long. (Lond. Journ. of arts, septembre 1828.)


     _Perfectionnement dans la teinture des chapeaux;_ par M. PICHARD.

     L'auteur indique divers perfectionnemens dont la teinture des
     chapeaux est susceptible. Il propose: 1 de mettre en teinture avec
     des formes d'osier, afin d'viter de casser les artes et
     d'arracher les bords; 2 de substituer aux chaudires rondes des
     chaudires longues; 3 de mettre les chapeaux dans une roue perce
      jour, dont une moiti baignerait dans la cuve, tandis que l'autre
     moiti serait expose  un courant d'air, de manire  ce que
     moiti des chapeaux pt s'venter pendant un temps donn, tandis
     que l'autre moiti se teindrait, et vice versa. Par ce procd, les
     chapeaux ne seraient plus en contact avec le fond de la cuve, on
     pourrait les agiter dans le bain et  l'air en mme temps, en
     imprimant un mouvement  la roue; on aurait une grande conomie de
     temps, et on obtiendrait un plus beau noir, car les chapeaux,
     suspendus et agits dans l'air, prendraient beaucoup plus d'oxigne
     que sur le pav, o on les jette ordinairement.

     Pour teindre cent chapeaux fins, l'auteur emploie la prparation
     suivante: on fait bouillir, pendant deux heure, dans une chaudire
     de cuivre charge d'une quantit d'eau suffisante, six livres de
125  noix de galles concasses et cinquante livres de bois de campche.
     Lorsque ce bain, qu'on dsignera par le n 1, sera prpar, on en
     mettra la moiti dans une chaudire; aprs y avoir ajout vingt
     livres de sulfate de cuivre, on y passera les chapeaux pendant un
     quart d'heure, on relvera pendant une demi-heure.

     On verse dans la chaudire un tiers de ce qui reste du n 1, trente
     livres de pyrolignite de fer; on conserve le feu, on remet en
     chaudire, on passe pendant un quart d'heure, on abat pendant une
     heure et demie, on relve, on vente une demi-heure.

     On rafrachit de nouveau avec le deuxime tiers restant du bain n
     1; on chauffe  75, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer,
     on met les chapeaux pendant une demi-heure, on vente une
     demi-heure.

     On remet en chaudire pendant une heure, on vente une demi-heure;
     on refroidit de nouveau avec le restant du bain n 1; on fait
     chauffer  75, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer; on
     met les chapeaux pendant une heure, on vente.

     On remet en chaudire pendant une heure et demie, on relve pour
     laver  l'eau courante; on sche  l'tuve, on met sur forme et on
     lustre. (Industriel, dcembre, 1828.)


     _Procds que les Triestains emploient pour teindre les chapeaux en
     cinq ou six plonges, de deux heures chacune et autant d'vent._

     Pour teindre vingt chapeaux en cloche, avec formillons, les
     Triestains emploient:

     8 livres de bon bois d'Inde;
     7 onces de noix de galle noire;
     8 onces de bois jaune;
     2 livres de couperose verte;
     7  onces de vert-de-gris;
     8  onces de vitriol de Chypre calcin;
     20 petites pierres de tournesol;
     2 onces de belle gomme arabique pulvrise;
     16 onces 3/4 de graines de lin.
126
     _Nota_. Je donne ici la dnomination ancienne, afin qu'elle soit
     mieux entendu des ouvriers.

     Pour prparer le bain, il faut 1 faire tremper le bois d'Inde
     l'espace de quatre jours, et le faire cuire ensuite pendant six
     heures;

     2 Faire macrer sparment la couperose, le verdet et le tournesol
     dans l'urine humaine pendant quatre jours, et les faire ensuite
     bouillir pendant quelques minutes;

     3 Composition du bain. On met dans la dcoction du bois d'Inde la
     moiti du verdet, la gomme arabique, trois quarts d'once de graines
     de lin et dix-huit onces de couperose. On laisse bien dissoudre ces
     substances.

     Premire plonge. On plonge les vingt chapeaux; on lve la
     temprature  75; on les laisse pendant deux heures; on les relve
     et l'on donne deux heures d'vent.

     Deuxime plonge. On ajoute au bain la moiti du verdet non employ
     et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant d'vent.

     Troisime plonge. On ajoute au bain la moiti du verdet non
     employ et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant
     d'vent.

     Quatrime plonge. On ajoute au bain la moiti de la dcoction de
     la noix de galle, la moiti du tournesol, toute la dcoction du
     bois jaune et deux onces de couperose.

     Cinquime plonge. On ajoute six onces de cendres graveles; cet
     alcali est, en termes de l'art, pour laver le cuivre, c'est--dire
     pour empcher l'effet du bronze qui se forme ordinairement  la
     surface; les huit onces de couperose qui restent et le restant de
127  la dcoction de noix de galle. Il faut avoir soin, pour viter le
     bronze, de bien tourner avec un bton les chapeaux dans le bain.

     Sixime opration. Afin que le noir des chapeaux soit clatant, on
     les plonge dans un bain d'eau bouillante dans laquelle on a jet
     une livre de farine de graine de lin passe au tamis, en ayant soin
     de bien goutter les chapeaux afin de les purger du principe
     olagineux.

     Observation. Les effets que la haute temprature des tuves produit
     sur la couleur des chapeaux mritent d'tre tudis avec soin. Je
     pense qu'il serait extrmement important pour les progrs de notre
     industrie de dterminer autant que possible l'action qu'exerce la
     chaleur des tuves sur la couleur noire des chapeaux; car il est
     certain que les feutres qu'on y fait scher sont d'un noir plus
     intense et plus brillant que ceux qu'on laisse scher  l'air
     libre. L'oxigne ne jouerait-il pas ici le principal rle, et la
     temprature de l'tuve ne favoriserait-elle pas sa combinaison avec
     les substances qui forment la teinture? Je laisse  d'autres, plus
     savans que moi, le soin de rsoudre ce problme important, et de
     trouver la cause du fait que je signale.


     _Procd des Napolitains pour teindre les chapeaux en deux
     plonges._

     Les Napolitains teignent en deux plonges seulement de trois heures
128  chacune et une demi-heure d'vent[46]. Ce qui facilite beaucoup
     cette opration et la rend plus courte, c'est qu'ils ne teignent
     jamais les chapeaux en formes; ils ne se servent que de
     formillons[47]. En effet, la forme dont nous remplissons nos
     chapeaux empche le bain de pntrer avec facilit du dehors au
     dedans; la couleur ne peut se communiquer que par l'extrieur, il
     faut par consquent beaucoup plus de temps et un plus grand nombre
     de plonges pour que le bain communique du dehors au dedans en
     traversant toute l'paisseur du feutre. A l'aide du formillon, tout
     l'intrieur du chapeau est vide et le bain entre librement par les
     deux surfaces, et pntre plus facilement le feutre. Je regarde
     cette ide comme extrmement heureuse.

     [Note 46: Jusque l on avait pens qu'il n'tait possible d'obtenir
     une belle teinture que par le concours de l'air. Par cette raison
     on donnait un vent d'une aussi longue dure que la plonge. Les
     Napolitains, entre leurs deux feux, ne donnent qu'une demi-heure
     d'vent, temps ncessaire pour prparer la seconde plonge ou
     chaude. Cette pratique semblerait prouver que l'vent est inutile:
     je m'en assurerai par l'exprience.]

     [Note 47: On nomme formillon une rondelle de bois d'un pouce
     d'paisseur qu'on engage dans le fond de la tte du chapeau, afin
     de la tenir tendue et l'empcher de reprendre la forme conique.]

     Le premier bain se compose d'une forte dcoction de bois d'Inde,
     dans laquelle on ajoute une dose convenable de verdet pour le faire
     virer au noir, et une certaine quantit d'indigo en liqueur (je
     pense que c'est de l'indigo dissous dans l'acide sulfurique, ou
     sulfate d'indigo; cette composition est connue). Aussitt que ce
     bain est prpar, on y plonge les chapeaux, on les y laisse trois
     heures un quart  la temprature de l'bullition. Pendant ce temps,
     les chapeaux s'imprgnent d'un beau noir, mais qui n'a aucune
     solidit. Ils laissent venter pendant une demi-heure, temps
     suffisant pour prparer le deuxime bain.

     Le deuxime bain se prpare comme le premier; mais on y ajoute la
     couperose calcine, c'est--dire le fer oxid au maximum, le
     colcotar dont j'ai parl (car jusqu'ici on n'a pas trouv le moyen
     de produire du noir sans oxide de fer); on y plonge de suite les
129  chapeaux pendant le mme espace de temps qu' la premire chaude,
     mais  une temprature plus basse, 75  78 Raumur. Ce second feu
     n'est destin qu' fixer la couleur.

     Trois heures un quart aprs qu'on a plong les chapeaux pour la
     seconde fois, on les retire, on les lave avec soin dans de l'eau de
     puits froide, on brosse le velu, on les tord jusqu' ce que les
     pores du feutre soient entirement dbarrasss des parties
     crasseuses. On les plonge ensuite dans une chaudire pleine d'eau
     bouillante pour achever de les dgorger des parties sales qu'ils
     pourraient encore contenir, et les mettre sur forme. Ils font
     scher leurs chapeaux dans une tuve dont la temprature est trs
     douce: aprs le schage, ils les baguettent et les lustrent comme
     nous.

     Les Napolitains connaissent que leur teinture est bonne, lorsqu'ils
     s'aperoivent que leur bain est tout--fait puis.

     Je pense que cette manire de teindre est prfrable  la ntre,
     attendu que nos chapeaux restent  la temprature de 72 degrs,
     sous l'influence de l'oxide de fer, pendant seize, dix-huit et
     souvent vingt heures, ce qui altre et corrode les feutres; tandis
     que les leurs n'y restent que pendant trois heures un quart; de
     sorte que les ntres y restent au moins six fois plus de temps.
     C'est la raison pour laquelle leurs chapeaux sont plus moelleux et
     d'un noir plus intense que les ntres.


     _Apprt des chapeaux._

     On donne le nom d'_apprt des chapeaux_  l'introduction d'une
     colle qui, tout en laissant  l'toffe sa flexibilit, en agglutine
     les parties feutres, la rend plus consistante, plus ferme, et plus
     susceptible de conserver la forme qu'on lui donne; enfin, les rend
     impntrables  l'eau. La liqueur pour l'apprt se fait
     ordinairement avec une solution de gomme et de colle-forte.
     Quelques fabricans emploient le fiel de boeuf, le vinaigre et
130  quelques autres substances; la gomme et la colle sont prfrables.
     Parmi le grand nombre de recettes connues, nous nous bornerons 
     citer celle que M. Morel a publie; la voici:


     _Bain d'apprt._

     Gomme de pays, suivant sa puret, de 12  30 liv.
     Colle-forte, s. q.
     Eau.                              de 5  6 voies.

     Sans suivre pas  pas M. Morel, nous dirons qu'on doit nettoyer la
     gomme autant que possible, la rduire en poudre grossire, la
     projeter ensuite peu  peu dans l'eau bouillante, en remuant avec
     une large spatule de bois; quand la gomme est dissoute, il faut
     passer la liqueur  travers une toile pour en sparer les
     impurets. On vite ainsi de faire bouillir pendant douze ou quinze
     heures, comme le recommande M. Morel; cette bullition est inutile;
     elle n'est que longue, dispendieuse et sans aucun rsultat. Il
     suffit de la faire bouillir un quart d'heure et de l'cumer; on
     verse alors cette solution de gomme dans un tonneau.

     L'ouvrier prend alors la colle ncessaire, et en met la moiti
     tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures, et l'autre moiti
     dans de la solution de gomme. On fait dissoudre sparment chacune
     de ces colles dans ces liquides; la solution de colle dans l'eau de
     gomme prend le nom d'_apprt de la tte_. Celle qui a t fondue
     dans l'eau est unie ordinairement  parties gales avec l'eau de
     gomme, et d'autres fois dans des proportions diffrentes, suivant
     que le feutre doit tre plus ou moins ferme et consistant. C'est
     cette liqueur qu'on nomme, en termes de l'art, _apprt du bord_.
     Voici la manire de donner l'apprt au chapeau:


     _Application de l'apprt._

131  On commence par faire chauffer et entretenir  environ 50 ou 60 C,
     l'_apprt de tte_; ensuite, au moyen d'un gros pinceau, on en
     enduit soigneusement et bien uni l'intrieur des chapeaux qu'on a
     auparavant disposs sur une forte table, dite bloc, dans laquelle
     sont mnags de grands trous pour recevoir la forme des chapeaux.
     Les chapeaux en cet tat sont nomms _apprts de la tte_; on les
     fait scher  l'tuve, et on les replace de la mme manire sur le
     bloc. Alors on fait chauffer l'_apprt de bord_ jusqu' 60 et 65
     C., et l'apprteur enduit le bord de dessous du chapeau, qui
     prsente alors la surface suprieure, au moyen d'un gros pinceau,
     d'une couche d'apprt du bord, et frappe doucement du plat de la
     main sur les parties du chapeau ainsi enduites, en faisant tourner
     peu  peu le chapeau dans le bloc. Aprs cela, il donne une seconde
     couche d'apprt, qu'il fait rentrer avec la main, comme nous venons
     de le faire connatre, et s'il est tomb un peu d'apprt dans
     l'intrieur de la tte, on y passe lgrement le pinceau pour le
     rendre uni.

     M. Robiquet dcrit cette opration d'une manire qui nous a paru
     plus rationnelle; nous allons le laisser parler. On place  ct du
     bain d'apprt un bassin en fer poli, muni de son fourneau, et
     recouvert sur son fond d'une toile mouille; l'apprteur renverse
     le chapeau sur le bloc, trempe la brosse dans l'apprt, et en
     imprgne le bord intrieur du chapeau, en ayant soin de ne pas
     atteindre jusqu'au tour; il asperge fortement la toile du bassin
     pour dvelopper beaucoup de vapeur; il y applique le chapeau du
     ct de l'apprt, qui s'introduit  mesure que la vapeur pntre.
     On retire aprs deux ou trois minutes, puis on replace le chapeau
     dans le bloc, et l'on reconnat, en passant le plat de la main, si
     la surface n'est plus gluante; ce qui supposerait que l'apprt n'a
     pas pntr assez avant; alors il faudrait l'exposer  la vapeur.
     L'excs contraire doit tre vit soigneusement; car, si l'apprt
132  arrive jusqu' l'autre surface, le chapeau devient galeux, et l'on
     est oblig de le dgorger au savon chaud, et de recommencer
     l'opration. Lorsque l'apprt du bord est termin, on apprte le
     chapeau en tte, en appliquant au pinceau, vers le milieu du fond,
     une rosette de colle-forte, qu'on recouvre sur-le-champ de deux
     couches d'apprt, plus pais et moins chaud que celui qui a servi
     pour le bord, et qu'on tend sur tout le dedans du chapeau sans le
     faire rentrer attendu que l'intrieur de la tte est couvert par la
     coiffe. Ce procd est plus expditif que le prcdent, qui
     ncessite d'ailleurs l'opration suivante pour son complment.


     _Bassin de l'apprt et du relavage._

     Ce procd consiste  placer une plaque circulaire et convexe de
     fonte sur un fourneau, dont elle recouvre exactement le foyer. Quand
     cette plaque est bien chaude, on y place une couche de paille
     mouille et bien froisse, qu'on y fixe au moyen d'une triple toile
     d'emballage excessivement claire; on arrose alors cette toile avec
     un arrosoir trs fin ou une brosse, on place le chapeau sur cette
     toile, et on le recouvre d'une sorte de cloche en cuivre, qui est
     enleve et descendue au moyen d'une poulie. Pendant cette
     opration, la chaleur du fourneau continue  chauffer la plaque,
     et celle-ci transmettant son calorique  l'eau, la rduit en
     vapeurs qui remplissent la cloche et font rentrer l'apprt; on
     passe ainsi successivement tous les chapeaux  l'apprt, en
     arrosant la toile chaque fois qu'on y place un nouveau chapeau. Au
     fur et  mesure que les chapeaux sortent du bassin, on s'empresse
     de les essuyer doucement avec un morceau de toile rude bien sche;
     on en dgage ensuite le poil au moyen du carrelet; on les porte
     alors  l'tuve pour les soumettre  l'opration du relavage. Cette
     opration a pour but de dbarrasser la surface des feutres de
     l'excs d'apprt qui s'y trouve et qui tient les poils colls entre
133  eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas t soumis au
     bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
     faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'goutte
     ensuite, on l'essuie, on en dgage le poil, et on le fait scher 
     l'tuve pour le soumettre  l'appropriage.

     L'opration de l'apprt exige beaucoup de soins; car un chapeau mal
     apprt non seulement perd de sa valeur, mais il est encore mis au
     rebut. La colle dite glatine mrite la prfrence sur la colle
     ordinaire, parce qu'on a reconnu qu'elle est plus lastique, plus
     forte, moins soluble et moins hygromtrique. De nos jours, le
     bassin de relavage est presque entirement inusit; cependant il
     n'est pas sans utilit pour les chapeaux  grands bords, dits
     _chapeaux  cornes_: cette opration du relavage ne date que de la
     suppression des chapeaux ras dont l'apprt se bornait  de l'eau
     gomme. Mais pour les chapeaux faon flamande, comme le feutre est
     moins serr, il a fallu ncessairement un apprt plus _cors_; on a
     donc combin l'eau gomme avec la solution de glatine. En
     Angleterre, lorsque le chapeau est apprt, pour enlever l'excs
     d'apprt qui reste  sa surface, on fait bouillir de l'eau
     contenant une solution de savon noir, et l'on y plonge les chapeaux
     jusqu'au milieu de la tte, jusqu' ce que cet excs d'apprt soit
     dissous. On opre ensuite comme nous l'avons dj fait connatre.


     _Appropriage des chapeaux._

     Les chapeaux parvenus au point de fabrication que nous avons fait
     connatre, n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en
     constituent la beaut. Ce sont ces qualits qu'on leur donne par
     l'_appropriage_. Quant aux feutres destins  la coiffure, on se
     borne  les passer au fer ou  les mettre en presse afin de les
     _catir_, comme les tissus de laine.
134

     Nous allons transcrire les divers temps de cette opration:

     Ce dressage est une opration pnible et difficile en mme temps,
     vu que les formes sont brises en six ou sept morceaux, et qu'il
     faut les introduire pice  pice dans la tte. Avant cela on met
     les chapeaux  la cave pendant un ou deux jours afin de bien
     ramollir le feutre; on achve ce ramollissement en le _fumant_,
     comme on dit, au _sabot_. Cette opration se fait en plaant, sur
     le fer chaud de l'approprieur, une toile mouille, qu'on nomme
     _fumerette_, et recouvrant le tout avec le chapeau qui fait
     l'office d'une cloche. La vapeur d'eau qui se dgage rend le feutre
     plus lastique. En cet tat on le met aussitt en forme, et on le
     tire bien soigneusement et de toutes parts, pour qu'il s'adapte
     bien sur toute la forme, et en conserve tous les contours; il est
     bon de faire observer qu'on doit assujettir le chapeau sur sa
     forme, au moyen d'une ficelle place  sa base, comme dans le
     foulage. Lorsque ce travail est termin, et que les bords sont bien
     disposs, on serre le chapeau, c'est--dire que l'approprieur sche
     le chapeau au moyen du fer chaud. Ordinairement, il emploie deux
     chaleurs de fer pour la tte, et une au moins pour le bord, en
     ayant soin de mouiller de temps en temps le chapeau avec la _brosse
     lustre_; car sans cela le feutre serait creux et terne, et l'apprt
     ingal, tandis qu'il doit tre serr, d'un apprt gal et brillant.
     Lors qu'on reconnat qu'il reparat encore quelques jarres, on les
     fait arracher. Quand le chapeau est ainsi bien sec au dehors, on le
     sort de la forme, et on le porte dans un local sec pour que
     l'intrieur se sche galement. En cet tat, on fait subir aux
     chapeaux un nouveau ou second _serrage_, qu'on appelle _passer en
     second_. Cette opration tend  donner au poil tout le brillant, le
     lustre et le velout possible. On passe donc alternativement au fer
135  et  la brosse lustre, et sur la fin, pour donner plus de brillant
     au poil, on promne dessus un morceau de panne rembourr, qui porte
     le nom de _pelote_. Il est des fabricans qui, pour obtenir un plus
     beau lustre, trempent leur brosse lustre dans quelque liquide
     appropri au lieu d'eau. J'ai analys quelques compositions
     semblables, et dans un grand nombre j'ai trouv de la solution
     d'indigo, et un peu de gomme arabique dans des proportions
     indtermines, mais que nous croyons pouvoir tablir dans les
     proportions suivantes:

     _Eau de lustrage._

     Eau pure.                                           25 kilog.
     Gomme arabique dissoute dans l'eau.                  4 onces.
     Dissolution neutre d'indigo dans l'acide sulfurique. 1 once.

     Les chapeaux qui ont subi ce second serrage, sont ports en
     magasin; mais s'ils y restent long-temps invendus, pour leur
     redonner de l'clat, on les _serre_ une troisime fois. Dans ces
     diverses oprations, l'ouvrier doit bien faire attention  ce que
     le fer ne soit pas trop chaud, pour ne point brler le poil du
     feutre, ou, comme on dit, _raser le feutre_; ils doivent viter
     aussi de _faire des gouttires_, ce qui a lieu quand le feutre a
     t trop mouill, et qu'il a t pass ensuite au fer peu chaud et
     lentement, ou avec un fer chaud trop vite. Dans ce cas, toute l'eau
     n'tant pas vaporise, celle qui reste dtrempe l'apprt et _fait
     des gouttires_. Pour les faire disparatre, il faut enlever
     totalement l'apprt qui forme les gouttires, au moyen de l'eau
     savonneuse bouillante, et y appliquer ensuite un nouvel apprt. On
     pourrait aussi soumettre ces parties  la vapeur d'eau, qui ferait
     rentrer cet apprt.


     _Du cartonnage des chapeaux._

     Cette opration consiste  coller au fond du chapeau du papier
136  fort, et un autre plus lger autour de la forme. Elle est
     ncessaire, surtout quand les formes sont d'un grand diamtre; le
     cartonnage sert  faire conserver au chapeau sa forme, et  le
     rendre plus solide; on le pratique ordinairement avant le dressage.
     Nous devons faire observer aussi qu'il est beaucoup de ces chapeaux
     qui ne sont point cartonns. Les marchands se bornent  y mettre un
     fond et un tour en papier fin.


     _Garniture des chapeaux._

     Ce travail n'est nullement du ressort du fabricant de chapeaux, il
     est le partage du _marchand chapelier_, qui leur donne la tournure
     et la coupe convenables, les borde et y applique la coiffe, le
     tour, etc. Nous nous bornerons donc  dire,  ce sujet,
     qu'autrefois on traversait le feutre avec l'aiguille, pour y coudre
     le tour en cuir. Il en rsultait que si le chapeau avait t
     atteint en teinture et que le poil ft dru ou non, il prissait par
     cette couture, attendu que le point coupait le feutre de deux tiers
     de sa circonfrence. A prsent, on fait un petit bti sur lequel on
     coud le cuir. En Angleterre, on a invent une espce de couteau,
     qui non seulement coupe le cuir, mais encore trace tous les points
     de l'aiguille, ce qui rend ce travail plus court et bien moins
     pnible. Quelques chapeliers, en France, l'ont dj adopt.

     Telles sont les diverses oprations qu'on pratique pour les
     confections des chapeaux feutre. Nous allons maintenant faire
     connatre la plupart des amliorations qui ont t proposes. Nous
     commencerons par donner un extrait du mmoire de M. Guichardire,
     qui se trouve consign dans les Annales de l'industrie nationale et
     trangre, 1824.
137

     _Mmoire sur de nouveaux procds pour fabriquer des chapeaux de
     feutre_; par M. GUICHARDIRE, _fabricant de chapeaux  Paris_.

     Dans ce mmoire, M. Guichardire tablit que, pour fabriquer des
     chapeaux  l'instar des Italiens, on peut employer les poils de
     livre de tous les pays, mais que celui de la France est prfrable
     ainsi que ceux de la Savoie, de la Suisse, du Tyrol, de la
     Carinthie, de la Carniole, de la Styrie, etc., attendu que le duvet
     de ces peaux feutre plus nergiquement que ceux du nord. Ce travail
     est divis en plusieurs paragraphes, et l'on y trouve la mthode
     suivie dans ce nouveau genre de fabrication.

     Le premier paragraphe contient la prparation et le nettoyage qu'on
     fait subir aux peaux avant de les barber. Cette prparation
     consiste  gratter les poils  plusieurs reprises et  les
     baguetter alternativement jusqu' ce que le duvet et le jarre
     soient libres, et qu'il n'en sorte plus de poussire. Cette
     opration sert  dbarrasser le poil du sang qui salissait la peau.

     _barbage_.--C'est l'opration par laquelle on coupe avec les
     ciseaux le jarre  la hauteur du duvet. Cette prcaution ncessite
     une main lgre pour ne couper que le jarre sans atteindre le
     duvet. Sans cette prparation on aurait de la peine  avoir un
     feutre lisse ou uni.

     _Scrtage_.--Le scrtage se fait en touchant les poils avec une
     dissolution de six onces de mercure dans une livre d'acide nitrique
     pur, tendu de seize parties de dcoction de guimauve et de
     consoude, la dcoction des plantes donnant au feutre de la douceur
     et aidant au feutrage. La dissolution prpare, il faut plonger la
     brosse dans la liqueur, et frotter les poils, par une lgre
     pression jusqu' ce qu'ils soient tombs des deux tiers de leur
138  longueur, et plus s'il est possible. Il faut ensuite les faire
     scher  l'tuve  une temprature trs leve; l'acide tant
     affaibli, le poil ne peut tre brl.

     _Manire d'humecter les peaux pour les disposer  lcher leur
     duvet_.--Cette opration se fait au moyen d'une prparation d'eau
     alcaline, contenant un vingtime d'eau de chaux, avec laquelle on
     imbibe le cuir. On doit avoir le soin de les joindre deux  deux
     pour viter que le poil ne se mouille; on les met en tas de
     cinquante, on les couvre ensuite d'une planche sur laquelle on met
     un poids trs lourd pour les passer et amollir le cuir, ce qui peut
     se faire en vingt-quatre heures.

     _Arrachage_.--Pour le nouveau systme de fabrication, il faut
     arracher les poils, ce qu'on fait en les pinant entre la lame d'un
     couteau et le pouce, et par une forte pression on en fait
     l'extraction. On arrache le poil jusqu' ce qu'il n'en reste plus
     sur le cuir, en ayant soin de sparer les diverses qualits, les
     poils du dos, des cts, de la gorge et du ventre.

     _Observation sur la diffrence qui existe entre les poils arrachs
     et les poils coups_.--Les poils arrachs, tant obtus du ct de
     la racine, et privs de leurs jarres, ont plus de difficult 
     produire le feutre; leur action doit tre plus lente que celle des
     poils coups, mais ils produisent des chapeaux brillans et solides.
     Beaucoup d'oprations primitives pour le systme de prparation des
     chapeaux par ce nouveau moyen, sont plus pnibles, mais on a
     l'avantage d'utiliser le poil commun du ventre de livre, qui est
     de trs peu de valeur. De plus, par ce procd, jamais un chapeau
     ne dprit sous la main de l'ouvrier; plus il le travaille, plus il
     a de brillant, et plus il est semblable dans toutes ses parties.

     _Aronnage et btissage de la premire qualit_.--Sous ce nom on
     comprend les oprations de peser le poil ncessaire suivant la
     force que l'on veut lui donner, puis  mler  ce poil un gros de
139  belle vigogne rouge. On met le tout sur la claie, et on mle avec
     l'aron jusqu' ce que le mlange soit d'une mme nuance, et que
     tous les corps trangers et ordures soient spars.

     Les choses ainsi arranges, on te la claie, on nettoie la table,
     et on la mouille pour aider  l'adhrence des poils. On divise la
     matire en deux parties gales pour former deux pices; on les
     aronne, et on a le soin de les tendre le plus possible, et de les
     faire trs hautes. Avant de les commencer il faut ouvrir l'toffe,
     bien diviser les poils, extraire toutes les petites ordures qui
     auraient pu chapper aux premires oprations, les rendre plus
     maniables, afin d'avoir plus de facilit  les tendre dans la
     toile feutrire; et lorsque ces mmes parties sont marches par une
     forte pression au bassin, il faut faire un chapeau trs grand,
     troit et haut en mme temps; l'assiette et le flanc de forme
     mince, la carre passablement forte, de mme que le lien et l'arte
     dlie. Lorsque le chapeau est galement toup, il faut avoir soin
     de rendre les poils bien adhrens, c'est--dire qu'il faut que le
     btissage soit assez feutr pour pouvoir brosser le plus tt
     possible  la foule.

     _Foulage_.--Le foulage du chapeau se fait dans un bain trs acidul
     au moyen de la crme de tartre, et de la dcoction d'corce de
     chne. On y trempe le chapeau, quand il est  l'bullition; on a
     soin qu'il soit bien imbib partout; si quelque partie ne l'tait
     pas, on y supplerait par la brosse; on foule deux ou trois
     croises sans conserves,  roulement clos, sans tremper beaucoup,
     et, lorsque le feutre est bien form, on emploie la pression de la
     brosse; mais, avant, il faut bien nettoyer son chapeau en frottant
     avec la main nue; le feutre tant encore tendre, les jarres
     s'chappent plus facilement que lorsqu'il est plus form. On
     continue le foulage de manire  rendre le chapeau assez petit pour
     pouvoir le mettre sur la forme.

140  La deuxime qualit se fabrique avec plus de peine que la
     premires; elle se fait avec les poils de ct, et les plus beaux
     de ceux des gorges, qui ont moins d'action feutrante que les poils
     du dos. On y ajoute un gros de belle vigogne, et on dore le chapeau
     au bassin, d'une once et un quart de poil du dos scrt. Cette
     addition donne de la solidit et de la beaut en mme temps. La
     foule en est pnible, attendu que la dorure du poil scrt et
     arrach, ride trs long-temps.

     La troisime qualit, analogue  la prcdente, se fait avec le
     poil commun du ventre et deux gros de vigogne, et on dore avec une
     once et un quart de poil du dos scrt. Ces chapeaux ont besoin
     d'tre vigoureusement fouls, car il est difficile de faire passer
     la ride.

     _Dressage_.--Pour cette opration, le travail est le mme que pour
     celui des autres chapeaux. On doit toujours former le chapeau 
     l'eau chaude et claire. Cette prcaution force le chapeau  tirer
     sa couleur, et facilite son clat.

     _Le tirage_ doit tre fait avec attention. On doit se servir d'un
     carrelet trs doux, et employer une lgre pression, pour ne pas
     dcomposer le feutre et faire un rebut.

     _Teinture_.--Les chapeaux ainsi prpars sont plus faciles 
     teindre que ceux fabriqus par le moyen ordinaire, attendu que la
     lie du vin presse contient deux principes, l'un acide, l'autre
     alcalin. Le premier sert  faire feutrer, et le second facilite les
     poils  donner du brillant; ce qui fait que le chapeau a plus
     d'aptitude  tirer sa couleur. Le plus fin est toujours le plus
     noir, et le plus grossier l'est moins. Il faut, selon M.
     Guichardire, avoir soin que les sels employs  la teinture ne
     soient pas avec excs de fer, l'excs de fer nuisant  la beaut de
     la couleur, ce qui n'a pas lieu par un excs d'acide. Il faut, pour
     tourner le bain, une temprature douce, et donner huit  dix feux.
     Sans cette prcaution on altrerait la deuxime qualit, et l'on
141  brlerait la troisime. Il faut avoir de l'eau bouillante pour
     dgorger les chapeaux; sans cette prcaution les chapeaux sont
     ternes et pleins de poussire. Il faut les faire scher au moyen
     d'une chaleur douce, dans une tuve, o l'on ne place les chapeaux
     qu'aprs la combustion.

     _L'appropriage_ du chapeau est moins facile  dresser, attendu que
     le feutre est plus nerveux; mais en rcompense on a moins de peine
      l'jarrage, puisqu'il y a beaucoup moins de jarre  extraire que
     dans les chapeaux fabriqus par le procd ordinaire. M.
     Guichardire a galement fait connatre dans le mme journal (anne
     1825), la mthode suivie par des Anglais en France, la voici:


     _Onzime notice sur un nouveau genre de chapeaux en feutre tabli
     en France par des fabricans anglais_; par M. GUICHARDIRE. (Annal.
     de l'indust. nation, et trang., aot 1825, page 207.)

     Depuis trois ou quatre ans environ, les Anglais ont tabli  Caen
     (Calvados) une fabrique de chapeaux conomiques, tels qu'on en
     fabrique en Angleterre, et aux tats-Unis. Tous les ouvriers
     employs dans cette fabrique sont Anglais, aucun Franais n'y est
     admis. Voici quelle est  peu prs leur manire d'oprer.

     _Premire opration_.--Ils emploient les laines d'agneaux de tous
     les pays, mais prfrablement celles de Sologne. Ils donnent  ces
     laines une prparation prliminaire, en les laissant macrer soit
     dans l'urine putrfie, soit dans une dcoction riche en tannin;
     c'est--dire, dans toutes les dcoctions qui ont la proprit de
     donner aux laines une action rentrante et feutrante. Le fond, qui
     doit former la base du chapeau, est tout laine, matire trs
     grossire  la vrit, mais qui a l'avantage de produire un chapeau
142  solide en raison de sa force. Lorsque le fond est bti, ils le
     foulent dans une dissolution de gravelle (ou tartre brut), qui a le
     double avantage de faire rentrer et feutrer en mme temps, en
     raison de son principe astringent. Avant de porter les chapeaux 
     la foule, ils ont soin de les faire bouillir dans une des
     dcoctions ou dissolutions cites plus haut, et aprs les avoir
     fouls ils les font bouillir de nouveau dans des bains astringens,
     pour que les pores du feutre soient aussi serrs que possible.
     Aprs cette opration ils les flambent et les nettoient avec la
     brosse, de manire qu'il ne reste au fond ni ordures, ni poils
     brls.

     _Deuxime opration_.--Pour produire le velu qui convient  la
     surface de ces fonds, ils emploient le poil de lapin de garenne, et
     de prfrence celui de Bretagne. Avant de l'employer, ils le font
     barber et couper comme le poil de livre, et ils le rendent
     adhrent par le mme moyen que nous employons pour le livre et
     pour le castor, sur des fonds composs avec des matires plus
     fines, avec cette diffrence cependant, que, lorsque la dorure est
     adhrente, ils ont soin de la couvrir d'une couche ou dorure de
     coton qui force la premire dorure  adhrer au fond, mais qui ne
     s'adhre pas elle-mme, puisqu'il est vrai qu' l'opration du
     foulage, elle s'est en partie dtache, et  celle du sansouillage
     elle se spare tout--fait  mesure que la vraie dorure se
     dveloppe. Aprs cette opration qui ouvre les pores du feutre, et
     donne une grande facilit  mettre le chapeau sur la forme, la plus
     grande difficult dans ce nouveau genre de fabrication, est de
     trouver un moyen de bien tendre le chapeau. Le fond peut,  la
     vrit, rsister  la haute temprature du bain, mais la dorure n'y
     rsiste pas. Il y a une diffrence totale entre ces chapeaux et les
     chapeaux mi-poils dont le fond est compos avec des matires
     communes en livres et lapins. Le fond de ces derniers est garanti
     par la dorure, tandis que dans les autres, la dorure est garantie
143  par le fond. Pour obvier  l'inconvnient de la teinture, l'auteur
     pense qu'il serait plus  propos d'employer le fer dissous par le
     vinaigre (ou l'actate de fer), moins corrodant que le mme mtal,
     dissous par l'huile de vitriol (le sulfate de fer); il faut
     employer le cuivre prfrablement au fer, c'est--dire, qu'il faut
     viter, ou n'employer qu'avec modration, tout ce qui peut nuire 
     la matire. L'auteur fait observer que ce genre de fabrication
     convient parfaitement pour la pacotille, et qu'il serait en outre
     trs utile pour la consommation de notre poil de lapin.


     _Nouveaux moyens de fabriquer les chapeaux ronds_; par PERRIN.
     (Brevet d'invention de cinq ans.)

     Jusqu' prsent les chapeliers ont t dans l'usage de faire les
     chapeaux sur des formes rondes, quoique la tte prsente un ovale
     plus ou moins rgulier. Cette figure a le dsagrment de blesser,
     tant que la tte n'a pas donn sa forme  l'entre du chapeau.

     Les bords des chapeaux ordinaires ont encore le dsavantage de se
     trouver sur un mme plan, ce qui gne ceux qui les portent; on se
     contente seulement de les courber un peu par un coup de fer; mais
     bientt aprs ils prennent leur forme plane.

     Pour remdier  ces deux inconvniens, je dresse les chapeaux sur
     une forme ovale, et je donne une forme arque  la partie qui en
     fait le bord. Par ce moyen la tte n'est pas gne dans le chapeau,
     et les oreilles sont libres et dgages.

     _Explication des figures_.

     _Fig. 14_. Chapeau teint, apprt et ramolli  la vapeur de l'eau
144  chaude, qui doit tre fabriqu avec deux lippes A, opposes,
     destines  former le prolongement de la forme devant et derrire.

     _Fig. 15_. Forme  ballon brise, vue de face; elle est ronde par
     le haut, et se termine en ovale par sa base. C'est sur cette forme
     que l'on place le chapeau apprt, _fig. 14_.

     _Fig. 16_. La mme forme vue de profil.

     _Fig. 17_. Selle vue de profil; elle est dispose pour recevoir la
     forme _fig. 15_.

     _Fig. 18_. La forme  ballon monte sur sa selle et vue de profil.

     _Fig. 19_. La mme forme vue de face.

     _Fig. 20_. Le chapeau mont sur sa forme  ballon aprs qu'il a t
     choqu, que les bosses sont dtruites et le lien form; il est
     ajout sur une seconde selle courbe B, vue de face, sur laquelle on
     abat et on tend  plat le bord du chapeau. La forme est fixe sur
     la selle au moyen de deux chevilles.

     _Fig. 21_. La figure prcdente vue de face.

     _Fig. 22_ et _23_. Elvation et coupe horizontale de la presse.

     C. Pice de bois qui forme la presse, et qui fait pression, au
     moyen de la vis D, sur le chapeau E plac dans le chssis.

     F. chssis ouvert pour introduire le chapeau.

     _Fig. 24_. Fer  repasser le bord du chapeau sur le chssis de la
     presse.

     _Fig. 25_. Moule en cuivre, vu de profil; il sert  relever le bord
     du chapeau.

     _Fig. 26_. La figure prcdente vue de face.
145

     _Fabrication des chapeaux, perfectionne_ par BORRADAILLE. (_London
     journal of arts; juillet 1826, page 353_.)

     Le corps des chapeaux d'hommes dont le dehors est recouvert de
     poils de castor ou autres, est ordinairement compos de laine
     carde, et enlace  la main sous la forme d'un bonnet conique,
     susceptible de prendre diffrentes autres formes selon la mode et 
     l'aide de moules prpars  cet effet.

     L'auteur a eu pour but de prparer  la mcanique les corps des
     chapeaux: pour cela, il a imagin deux cnes tronqus, appliqus,
     base  base et tournant ensemble. Deux autres cnes tronqus de la
     mme hauteur, mais dont la base est plus petite, tournent chacun
     sur son axe et entranent dans leur mouvement, le double cne sur
     lequel ils appuient lgrement. Une mche de laine sortant d'une
     machine  carder est tale, et passe entre le grand double cne et
     les petits; elle s'enroule autour du premier, et un petit mouvement
     de va-et-vient imprim  celui-ci croise les filamens et fait une
     sorte de feutrage. Lorsque l'paisseur est suffisante, un
     instrument tranchant coupe l'toffe  la jonction des bases du
     double cne, et on obtient ainsi deux bonnets coniques prts 
     former des chapeaux.


     _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux_. Patente  Th.
     CHAMING Moore. (_London Journ. of arts, avril 1829, p. 26_.)

     Ce perfectionnement consiste dans la construction et l'emploi de
     machines  l'aide desquelles une srie de filamens de laine ou
     autre matire convenable, est prise d'une carde et enveloppe 
     l'entour d'un moule pour confectionner la coque ou la forme de deux
146  chapeaux ou bonnets en une seule opration. La forme de ce moule
     est cylindrique, d'environ quinze pouces de long, et douze pouces
     de diamtre; ses extrmits coniques sont arrondies  leur sommet,
     et font une saillie d'environ dix pouces  chaque bout du cylindre.
     Ce moule, dispos pour tourner sur son axe, est port sur un
     chariot qui a un mouvement de va-et-vient en tte du cylindre
     tireur de la machine  carder. Lorsqu'il a t recouvert d'une
     suffisante quantit de filamens de laine ou autre matire, on coupe
     ce tissu circulairement vers le milieu du cylindre, et on le fait
     glisser vers chacune de ses extrmits; on obtient par ce moyen
     deux chapeaux ou bonnets, qui, travaills suivant les procds
     connus, sont susceptibles de prendre la forme que l'on donne aux
     chapeaux ordinaires. Le moule doit tre aussi lger que possible,
     afin qu'il puisse tourner facilement; l'auteur conseille,  cet
     effet, de le faire creux et en bois lger.


     _Mthode pour vernir les chapeaux de manire  les rendre
     impermables  l'eau._

     957. MM. Ritchard et Francs ont pris dernirement une patente pour
     la mthode suivante de rendre les chapeaux impermables  l'eau.
     Les ingrdiens employs sont si nombreux qu'ils ne prsentent pas
     d'conomie. Nous dsignerons par des italiques ceux que cette
     composition renferme d'utiles, en faisant observer que la quantit
     d'alcool doit tre en proportion.

     On prpare l'extrieur du chapeau avec les matires ordinaires, on
     le teint, et on le forme. Lorsqu'il est parfaitement sec, on le
     traite  la surface intrieure avec la composition suivante:

     Une livre de _gomme kino_, huit onces de gomme lmi, trois livres
     de _gomme oliban_, trois livres de gomme copal, deux livres de
147  _gomme de genivre_, une livre de _gomme ladanum_, une livre de
     gomme mastic, dix livres de laque et huit onces d'encens. On broie
     toutes ces matires, et on les mle ensemble; ensuite on les dlaie
     dans un vase de terre o l'on a mis quatre litres environ d'alcool,
     et on agite frquemment.

     Lorsque tous ces ingrdiens sont bien dissous, on ajoute au mlange
     une pinte d'ammoniaque liquide et une once d'huile de lavande, avec
     une livre de _gomme myrrhe_, et de gomme opopanax, _que l'on a fait
     dissoudre dans trois pintes d'esprit-de-vin_.

     Toutes ces matires parfaitement incorpores et bien dissoutes,
     constituent le _mlange  preuve_, avec lequel on traite
     l'intrieur du chapeau.

     Lorsque l'extrieur est teint, form et parfaitement sec, on vernit
     par le moyen d'une brosse sa surface intrieure, et le ct
     infrieur du bord, avec cette composition. On met ensuite le
     chapeau dans un schoir, on rpte plusieurs fois cette opration,
     en prenant soin que le vernis ne pntre pas la pice, de manire 
     paratre de l'autre ct. On donne issue  la transpiration de la
     tte au moyen de petits trous pratiqus dans la couronne du
     chapeau: le poil de castor, etc., est dispos  la manire
     ordinaire, et le vernis de copal est appliqu sur le ct oppos.




          CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHVRES DU CACHEMIRE.

     _Rapport fait_ par M. de LASTEYRIE, _au nom du comit des arts
     conomiques, sur le duvet de chvres des Hautes-Alpes._

     M. Serres, sous-prfet  Embrun, dpartement des Hautes-Alpes, a
     adress  la socit d'encouragement un chapeau, deux chantillons
148  de feutre, et un petit chantillon de tricot, le tout fabriqu avec
     le duvet de chvres indignes.

     Le chapeau est parfaitement confectionn, le feutrage en est gal,
     solide, ferme et lastique: la teinture est d'un beau noir et
     parat tre solide, mais elle n'a pas le brillant que l'on trouve
     dans les chapeaux de poil de lapin. Le chapelier de Lyon qui l'a
     fabriqu croit que la teinture dtruit le moelleux et le brillant
     du poil. On voit, en effet, pour les deux chantillons de feutre
     pris sur le mme morceau, que celui qui a pass  la teinture est
     dur et raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opration est
     beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau manque
     aussi du beau brillant que donne le poil de castor ou celui de
     lapin, mais il serait facile d'obtenir cette qualit, par le
     mlange de l'un de ces poils avec le duvet de chvre. Il est encore
      remarquer qu' dimensions gales, le poids d'un chapeau de duvet
     de chvres est moindre d'un huitime, compar  celui d'un chapeau
     fait avec du poil de livre. Au reste, il parait que l'emploi du
     duvet de chvre dans la chapellerie est connue depuis long-temps
     sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a t reconnu qu'il fortifie
     beaucoup le feutre.

     Il rsulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens
     chapeaux avec le duvet de nos chvres indignes, et tout porte 
     croire qu'ils auront autant de solidit et de dure que les
     chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication est  peu prs le mme.

     La matire qui entre dans celui qui vous a t envoy
     est estime par le chapelier de Lyon           6 fr. 90 c.
     Le feutrage                                    3     30
     La teinture, apprt et garniture,              5      

     Total                                          15 fr. 20 c.

     En valuant les bnfices de fabrication  environ un quart, on
     aura des chapeaux qui reviendront  20 ou 21 fr.
149
     M. Serres a aussi envoy un petit chantillon de tricot, dont la
     finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont trs
     recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui mrite
     l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer aux autres
     parties de la bonneterie; enfin l'exprience lui a appris que l'on
     peut, en avisant les races indignes avec les chvres d'Asie,
     obtenir des produits aussi fins et aussi abondans que ceux qu'on
     retire de ces dernires.

     Nous pensons que la socit d'encouragement doit remercier M. le
     sous-prfet d'Embrun, pour le zle actif qu'il a montr en
     cherchant  donner une nouvelle impulsion  notre industrie, et le
     prier de vous faire connatre, ainsi qu'il le propose, la mthode
     qu'il emploie pour extraire le duvet des chvres.

     Sign DE LASTEYRIE, rapporteur. Adopt en sance, le 9 mai 1822.


     _Faon de fabriquer les chapeaux de poil de loutre, par_ M.
     TROUSIER.

     Pour prparer les peaux, on commence par faire arracher le jarre de
     dessus la peau; c'est un poil commun qui n'est bon  rien, ensuite
     on frotte la peau avec de l'eau-forte apprte avec du mercure; on
     la prpare en mlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de
     mercure par livre d'eau-forte: on le fait digrer au bain-marie
     pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de rivire
     par chaque livre d'eau-forte apprte, et on en frotte ladite peau.

     On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la mettre scher
     aux tuves, on a soin de la couvrir avec une toile sur laquelle on
     met quelque chose de pesant, pour qu'elle soit bien imbibe, et que
     le secret ne s'vapore point.

     On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse et qu'on
     puisse en couper le poil.
150
     Le poil tant coup, on met trois onces de ce poil de loutre
     scrt, et deux onces de poil veule naturel, une demi-once de
     castor scrt, et une demi-once de vigogne fine rouge; on carde le
     tout ensemble, ce qui fait six onces d'toffe pour faire un
     chapeau.

     On partage les six onces d'toffe en quatre parties gales que l'on
     aronne l'une aprs l'autre; les quatre capades tant faites, il
     reste environ une demi-once d'toffe qui sert  ce que l'on appelle
     travers, qui se met en deux parties pour former le lien du chapeau;
     il faut que l'aronnage donne une toffe trs unie pour en former
     les quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble,
     attendu que cela ferait un dfaut dans le chapeau.

     On commence par prendre deux capades, entre lesquelles on met du
     papier pour qu'il n'y ait que la tte et les cts qui tiennent
     ensemble.

     Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrire, dans
     laquelle on commence  faire feutrer; ensuite on dveloppe la
     feutrire, ce qui fait le commencement du chapeau.

     On y ajoute le travers pour donner de la force; aprs cela on
     arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces deux dernires
     capades, et on enveloppe le tout dans la feutrire pour que le tout
     se trouve feutr ensemble.

     On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau d'eau froide,
     attendu que l'eau chaude le ferait feutrer trop vivement, et on le
     met  la foule, on verse dans une chaudire trois seaux d'eau dans
     laquelle on met un demi-seau de lie de vin presse; on fait
     bouillir cette eau, dans laquelle on foule le chapeau environ
     quatre heures.

     Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau pour
     l'puiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque le chapeau a
     assez de travail, on le dresse sur une forme  l'ordinaire, sur
     laquelle on le fait scher.
151

     _Composition d'une seconde qualit de chapeaux._

     Deux onces et demie de castor scrt, une demi-once de loutre
     scrte, deux onces et demie de loutre veule, une demi-once de
     vigogne fine.

     Les chapeaux de trois quarts castor sont composs de trois onces de
     livre scrt, une demi-once castor scrt, une demi-once de
     vigogne fine.

     Pour la dorure, une once et demie de castor veule.


     _Mlange des demi-castors._

     Deux onces et demie de livre scrt, une once et demie de lapin
     veule, une once de lapin scrt, deux gros de vigogne fine.

     Pour la dorure, une once de castor veule.

     Pour scrter le castor, le livre et le lapin, je mets deux livres
     d'eau de rivire et une livre d'eau forte apprte avec la mme
     quantit de mercure, comme j'ai marqu ci-dessus.

     Ma nouvelle faon de fabriquer mes chapeaux castor, trois quarts
     castor, demi-castor et autres, donne beaucoup plus de solidit et
     de finesse aux chapeaux, parce que je mets ma dorure entre mes
     capades en baissant mon chapeau, et par ce moyen le castor se
     trouve bien incorpor et bien pntr, et que la ponce ni la robe
     ne peuvent point l'endommager; cela fait que le castor parat
     dessus et dessous galement; que les chapeaux sont aussi beaux,
     aprs les avoir repasss et retourns, qu'tant neufs, et ne sont
     point sujets  prendre l'eau, ce qui est une chose essentielle pour
     le public. La diffrence est, que tous les fabricans de chapeaux ne
     mettent leurs dorures que quand le chapeau est avanc de travail 
     la foule; par ce moyen la dorure ne reste que d'un ct, et ne peut
152  pas pntrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se trouve 
     moiti coupe par la ponce et emporte par la robe, et, quand on
     retourne le chapeau, il se trouve beaucoup plus commun et de bien
     moins d'usage.


     _Mthode de fabriquer des chapeaux mls de soie_; par M. MIRAGLIO
     de Paris.


     _Manipulation._

     On prend le cocon de semence qui n'a pas t touff dans le four,
     et on le carde, ce qui produit un poil que l'on coupe au sortir de
     la carde sans aucun autre apprt, de la longueur de dix-huit
     lignes; on mlange deux onces quatre gros de ce poil ainsi coup,
     avec une once six gros de lapin scrt, six gros de plume de
     livre sans secret, et six gros de roux de livre; on carde le tout
     ensemble; on aronne; on runit le poil en la forme de chapeau de
     la grandeur que l'on dsire; on serre le chapeau  l'aron, et on
     le foule  la manire ordinaire.

     Le chapeau fabriqu passe  la teinture, o il prend un beau noir;
     enfin on lui fait subir l'apprt ordinaire, qui se fait avec
     beaucoup plus de succs.

     Par ce procd, on obtient un chapeau beaucoup plus lger, plus
     beau, trs moelleux, plus durable et moins sujet  prendre l'eau. A
     la vrit, on est oblig de mlanger, soit avec du poil de castor,
     de livre ou de tout autre animal, mais par moiti seulement.

     Le poil de cocon se manipule trs bien avec le poil des animaux, il
     a mme l'avantage de donner plus de force et plus de lustre. Comme
     il est beaucoup plus long, on est dispens de le passer au
     scrtage du mercure et de l'eau-forte; opration pernicieuse pour
     les ouvriers.

     M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire
     technologique, sur l'art du chapelier, avait annonc que M.
     Guichardire tait parvenu  faire un feutre excessivement lger et
153  fin, avec le poil de la loutre marine. Ce fabricant lui a crit
     depuis pour lui dire qu'il avait commis une erreur, et qu'il avait
     seulement recouvert les chapeaux avec ce poil, ce qui est
     diffrent. M. Robiquet croit tre certain de ne pas s'tre tromp.
     En preuve, il cite le passage du Mmoire de M. Guichardire, insr
     dans les Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce
     ce fait en ces termes: _Qu'il tait parvenu  feutrer des poils
     d'ours marin_, etc. S'il a voulu rpudier sa dcouverte, M.
     Trousier a bien fait de s'en emparer et de la porter plus loin.

     Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement de cinq
     ans, pour des chapeaux composs d'une matire filamenteuse
     quelconque, revtue d'un apprt de gomme et de colle-forte, et
     recouverte d'un tissu imitant le castor, sur lequel est appliqu un
     enduit compos d'huile de lin, de cruse et de litharge.




     FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN PLUMES DE
     VOLAILLES; PAR M. MASNIAC. (Par brevet d'invention du 14 aot 1824)


     _Description du procd._

     On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques plumes, que
     l'on serre entre deux fils  l'aide d'un noeud qui ne peut se
     desserrer. On commence par huit ou dix fils attachs  un petit
     morceau de cuir rond; on les double  proportion que l'ouvrage
     grandit: ce cuir tourne verticalement devant l'ouvrier pour faire
     le fond et le bord, et se meut horizontalement pour former le corps
     du chapeau; on place des plumes  chaque noeud, qui doit serrer les
     tuyaux.

     On obtient, de cette manire, des chapeaux plus chauds que ceux
     dont on se sert ordinairement, qui ne psent que quatre onces et
     qui, outre l'avantage d'tre impermables, ont encore celui de ne
154  pas se dformer, de ne pas perdre leur lustre, et de durer bien
     plus long-temps que les autres.


     _Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le mcanisme
     suivant, propre  la confection des chapeaux en plumes de
     volaille._

     Ce mcanisme est form d'un cadre en fer, reprsentant la forme du
     chapeau, et que l'on peut rendre plus grande plus petit, suivant la
     grandeur des chapeaux. Du ct o se fait le travail, sont deux
     cylindres qui servent de montant et qui sont rapprochs de manire
      ce qu'il ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier
     fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une aiguille
     et du fil, les plumes les unes contre les autres, en ayant soin,
     avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet en dehors.
     L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les deux cylindres, qui
     donnent l'uni et la forme demande. On peut faire usage de tous les
     points demands dans la couture pour la confection d'un chapeau de
     plumes; on se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvnient
     de rendre l'ouvrage plus pesant.

     Les chapeaux de plumes de volailles peuvent tre appropris de la
     mme manire que ceux de feutre, et avec de l'eau gomme, que l'on
     applique dessus pour lier le duvet, sur lequel on passe ensuite le
     fer; on leur donne l'uni et le luisant du verre.


     _Deuxime brevet de perfectionnement et d'addition, du 7 avril
     1826._

     La plume destine  la confection des chapeaux doit tre teinte, 
     moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur naturelle. On prend les
     plumes les unes aprs les autres, on colle la pointe jusqu'au
     duvet; on met cette pointe colle sur une autre pointe, que l'on
     enfonce dans une petite rainure qui se trouve en dedans d'un
155  cercle, soit en bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette
     prparation de la plume renferme de l'apprt dans le corps de
     l'ouvrage, et tourne le duvet du mme ct. Pour confectionner le
     bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur les autres, sans
     rainure, et le duvet reste des deux cts, ce qui fait poil en
     dessus et en dessous du bord. La plume ainsi prpare et colle,
     forme des rubans de la longueur voulue, que l'on peut aussi obtenir
     avec du fil fin. L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur
     les autres, en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau,
     et pour le bord il le laisse des deux cts. On peut encore
     prparer les plumes de bien des manires, en les collant sur de la
     paille qu'on a enveloppe de duvet, soit sur de l'osier, de la
     baleine, du cordonnet; soit sur toute autre espce de corps solide
     et lger. On peut mme, avec les rubans de plumes, faits  la colle
     ou avec du fil, obtenir des tissus avec une trame d'une matire
     filamenteuse quelconque; l'toffe qu'on se procurera de cette
     manire pourra tre employe avantageusement pour coiffure ou
     autres objets quelconques, suivant les gots et les modes. On peut
     aussi tisser de la plume dont a arrach le duvet qui tient  une
     pluole, et qui, mise avec attention dans une trame, produit encore
     une belle toffe. L'auteur ajoute que le mcanisme qu'il a dcrit
     dans son premier brevet de perfectionnement, n'a pas donn tous les
     rsultats qu'il en esprait.


     _Troisime brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre 1826._

     La grande solidit qu'ont les chapeaux de plumes de volaille, fait
     que les procds par lesquels on les obtient peuvent s'appliquer
     avec avantage  la chaussure et autres objets d'utilit. Le duvet
     de plume peut tre dchir et tiss avec une trame, pour obtenir
     une toffe qui, applique sur papier impermable, carton ou
156  tresses, produit des chapeaux lgers, impermables, dgags des
     ctes et tuyaux de la plume. Le duvet coup contre la cte, ml
     avec du poil de toute espce et scrt, se feutre et donne de
     jolis chapeaux. Toute espce de fil, de quelque matire qu'il soit,
     imbib de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans du duvet, qui
     s'attache et se tortille autour par un mouvement de rotation, qu'on
     passe ensuite dans un tuyau d'une grosseur convenable, plus troit
     du ct o l'on tire le fil, qui se trouve totalement envelopp de
     duvet, et qu'on tisse ensuite avec une trame de matire
     filamenteuse quelconque, donne une toffe qui peut tre employe 
     une infinit de choses utiles. Les chapeaux se confectionnent alors
     comme ceux de soie et de peluche. On colle cette toffe sur papier,
     toile, et l'on coud les bords et le fond.

     On peut,  l'aide d'un mtier fait exprs, tisser en rond le duvet
     prpar comme on vient de le dire; dans ce cas le chapeau se trouve
     sans couture.
157




                             TROISIME PARTIE.

               CHAPEAUX DE SOIE OU MIEUX DE PELUCHE DE SOIE.




     Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles couleurs,
     leur luisant, leur lgance et leur beaut. Les noirs surtout
     offrent un brillant qui nous parat bien suprieur  celui des
     chapeaux  feutre. Comme  ces derniers, on leur donne aisment
     toutes les formes qu'on dsire; mais ils ont par-dessus les feutres
     le prcieux avantage d'tre plus lgers, d'une aussi longue dure,
     d'un aspect plus agrable[48], et d'un prix bien infrieur. Les
     chapeaux de soie taient usits depuis bien du temps en Espagne
     avant d'tre connus en France. Ce n'est gure que depuis le
     commencement du dix-neuvime sicle que nous avons commenc  en
     adopter graduellement l'usage: rigoureusement parlant, l'on peut
     dire mme que cet usage n'est devenu gnral que depuis
     l'exposition de 1823. Les chapeaux de soie espagnols sembleraient
     attester encore l'enfance de cet art; mais grce aux heureuses
     tentatives de quelques industriels franais, ce genre de
     fabrication a acquis un tel degr de perfectionnement, et une si
     grande importance qu'en t le rentier et le fashionable ont
     gnralement adopt les plus belles qualits, et que les
     secondaires sont maintenant vendues  toutes les classes de la
     socit.

     [Note 48: Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par leur
     beaut sur tous les chapeaux de feutre,  l'exception des premires
     qualits qu'on paie ouvrs de 30  35 francs, tandis que les plus
     beaux chapeaux de soie ne cotent pas au-del de 12  18 francs,
     tant noirs que gris ou de diverses autres couleurs de fantaisie.]
158
     Parmi les fabricans franais qui ont puissamment contribu au
     perfectionnement de ce genre d'industrie, nous aimons  citer un
     des plus habiles chapeliers de Paris, M. Fonts, rue de la Harpe,
     dont les chapeaux de soie impermables le disputent par leur
     beaut, leur lgance et leur pris  tous ceux des autres fabricans
     de la capitale, comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en
     1827; un de ses chapeaux entre autres tait plong devant les
     spectateurs dans un baquet plein d'eau sans tre en pntr. M.
     Fonts n'a jamais pris de brevet d'invention; cette modestie de sa
     part est cause que bien des gens se sont empars d'une partie de
     ses procds, car nous devons ajouter que M. Fonts est trs
     communicatif.

     Les chapeaux de peluche de soie exigent deux oprations. On fait
     d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit en toile trs
     forte de chanvre ou de coton, et ensuite de diverses couches de
     vernis. Cependant c'est presque toujours en carton qu'on les fait
     d'abord et sur lequel on colle (avec une colle rendue impermable)
     une toile qu'on recouvre de plusieurs couches de vernis galement
     impermable. Quand la carcasse du chapeau est ainsi prpare, on y
     colle ensuite la couverture en peluche, aprs l'avoir
     convenablement dispose et cousue. Le chapeau tant ainsi prpar
     on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on le passe au fer
     comme les chapeaux de feutre.

     Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis
     impermable particulier, et son mode de prparation de la carcasse,
     qu'il croit bien suprieur  celui de ses confrres; mais nous qui
     ne sommes mus par aucun motif d'intrt, nous devons assurer, dans
     l'intrt de l'art, que tous ces vernis ou enduits impermables
     doivent cette proprit  la cire,  des solutions rsineuses dans
     l'alcool ou l'essence de trbenthine, incorpores dans la colle
     d'amidon, de gomme arabique, de glatine, etc. Sans entrer dans de
159  plus grands dtails, nous croyons ne pouvoir mieux faire connatre
     les procds suivis par les meilleurs fabricans qu'en dcrivant ici
     les brevets d'invention obtenus  ce sujet.


     _Nouveaux procds pour la fabrication des chapeaux de soie_; par
     M. JOHN WILCOX. (Par brevet d'invention.)

     Le corps ou le feutre de mes chapeaux est compos de deux toffes
     d'une force suffisante, l'une en toile de coton et l'autre en gros
     velours, connu sous le nom de panne ou peluche.

     Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur de six pouces
     environ, suivant que je veux donner plus ou moins d'lvation  mon
     chapeau et d'une longueur relative. Je runis les deux bouts de ces
     bandes, par une couture juste et serre, et je fais ajuster dans la
     partie suprieure un morceau de la mme toile, d'un diamtre gal 
     celui de mes formes.

     Je fais des formes de peluche de la mme manire, ayant soin de
     former les coutures du ct du tissu, plac en dedans.

     Mes formes ainsi disposes, j'enduis extrieurement celle de coton
     et intrieurement celle de peluche, c'est--dire du ct du tissu,
     d'une colle compose moiti de colle ordinaire et moiti de colle
     de Flandre. Je prends alors une forme de toile de coton et une
     forme de peluche; j'habille la premire avec la seconde, les
     disposant de manire que les fonds des deux formes se correspondent
     parfaitement. J'introduis ensuite dans ces deux formes runies un
     mandrin en bois compos de quatre pices et un coin, tels que ceux
     employs par les chapeliers sous le nom de formes brises.
     J'enfonce le coin autant qu'il est ncessaire pour m'assurer qu'il
     ne reste aucun pli, et que l'adhrence des surfaces des deux formes
     est parfaite.
160
     Arriv  ce point, je les laisse scher pendant trois ou quatre
     jours, mme plus, suivant la saison et le degr de temprature de
     l'atmosphre.

     Les bords du chapeau se font des mmes toffes et  peu prs de la
     mme manire, avec cette diffrence seulement que la toile de coton
     est recouverte des deux cts de panne qu'on y fixe fortement par
     l'encollage et au moyen d'une presse: on ne les attache  la forme
     que quand tout est sec, et par une couture proprement faite.

     Pour faire des chapeaux trs lgers, j'emploie, au lieu de toile de
     coton, un tissu form de filamens dlis de bois de saule.

     On voit que, d'aprs mes procds, les soies qui garnissent le
     chapeau ne peuvent tre que solidement attaches et galement
     rparties sur toute sa surface, puisqu'elles font partie du tissu
     mme qui compose le corps du chapeau.


     _Procd de fabrication de chapeaux d'hommes et de femmes, en soie
     feutre impermable._ (Brevet d'invention et de perfectionnement de
     cinq ans accord, le 31 dcembre 1821, aux sieurs MIERQUE (Jacques
     Franois), propritaire, et DRULHON, ngociant, tous deux  Anduze,
     dpartement du Gard.)

     Le feutre qui compose ces chapeaux est form de bonne laine
     d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme comme 
     l'ordinaire. Le chapeau ainsi prpar, on l'enveloppe d'un papier
     imbib d'une prparation gommo-rsineuse dont on va voir la
     recette; on applique aussitt aprs une seconde enveloppe
     parfaitement juste d'un velours crois, de soie organsin  long
     poil, fabriqu pour cet objet, et que l'on colle avec force au
161  moyen de la gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours  la
     naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achve de recouvrir
     le reste du feutre de la mme manire. On soumet ensuite le chapeau
      l'action du fer  moiti chaud, ayant encore soin toutes les fois
     qu'on le pose sur le chapeau de le tremper dans l'eau froide, 
     moins de courir le risque de brler le poil, qui se frise aussitt
     et tombe ensuite ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop
     d'attention  cette opration, car c'est elle qui conserve,
     lorsqu'elle est bien faite, au chapeau son noir et son luisant.

     Recette pour la composition de la colle impermable  l'eau, pour
     quinze chapeaux:

     Quatre gros de gomme arabique;
     Un demi-gros de cire vierge;
     Deux gros d'huile d'amande;
     Quatorze onces de colophane.

     On pulvrise la gomme, on la met  chauffer  petit feu dans
     l'huile, on remue continuellement avec une spatule, jusqu'
     rduction en une pte molle: c'est alors qu'on ajoute la cire,
     coupe nue, en continuant d'appliquer une douce chaleur: la
     composition est complte lorsque le tout est fondu et bien ml.

     Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre  part la
     colophane,  laquelle on ajoute, aprs la fusion, la composition
     ci-dessus; on obtient de cette manire un vernis que l'on tend 
     chaud sur le papier fin, qu'on applique sur le feutre.

     Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun fluide ne
     peut passer au travers, et fait que le chapeau conserve toujours sa
162  forme primitive.


     _Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche, soie ou coton, monts
     sur des carcasses faites en carton, cuir et toile_ impermables _ou
     non_ impermables, _et pour ceux monts seulement sur toile et
     papier_ impermables _ou non_ impermables; par MM. ACHARD et AUDET
     de Lyon. (Brevet d'importation et de perfectionnement.)

     Aprs avoir laiss tremper, pendant quelque temps, le carton dans
     une eau fortement imprgne d'alun, on le retire et on le fait
     scher: on en forme ensuite le tour des carcasses; on pose sur ce
     tour le dessus de ce mme carton, que l'on recouvre d'une toile de
     carton pour plus de solidit; on fait dborder d'environ six lignes
     le pourtour du haut de la forme du chapeau; aprs quoi on y adapte
     le bord de la manire suivante.

     On forme, avec une lanire de peau, un cercle divis en deux
     parties, dont l'une est destine  joindre le bord  la forme du
     chapeau, et l'autre  recevoir le carton qui doit donner la
     consistance ncessaire au bord ou aile du chapeau. Ce carton, ainsi
     adapt sur cette partie de la peau, est ensuite recouvert dessus et
     dessous d'une toile de coton qui vient dborder sur la partie du
     cercle de peau destine  joindre le bord du chapeau. Le bord,
     arriv  cet tat, est fix  la forme du chapeau par la premire
     partie du cercle de peau. Celle opration termine, on enduit la
     carcasse d'un vernis fait avec:

     Alcool.                     2 litres.
     Gomme laque.                1/2 kilogramme.
     Colle de poisson.           2 hectogrammes.
     Gomme lmi.                15 grammes.
     Craie de Brianon.          20 grammes.
     Le suc de six gousses d'ail.
     Sirop de mlasse.           20 grammes.
163
     On fait fondre la gomme laque dans l'alcool  la chaleur du bain de
     sable; on y joint la gomme lmi, ensuite le suc d'ail, on remue et
     l'on y ajoute le sirop de mlasse; d'autre part on fait fondre la
     colle  une douce chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y
     dlaie la craie de Brianon en poudre impalpable, et l'on mle bien
     les deux compositions.

     Ce vernis a non seulement la proprit de rendre le carton
     impermable  l'eau, mais encore de lui donner une souplesse, que
     l'on peut augmenter  volont, suivant le degr de densit que l'on
     donne au vernis. Les carcasses enduites de ce vernis sont
     recouvertes ensuite de peluche de soie noire ou diversement
     colore; lorsque les coutures sont acheves, on fixe la peluche
     comme on va le voir.

     On couvre d'un linge imbib d'esprit de vin la partie de la peluche
     que l'on veut rendre adhrente  la carcasse, et on passe un fer
     chaud sur le linge. La vapeur de l'esprit de vin, pntrant la
     peluche, ramollit le vernis, qui s'incorpore dans le tissu de la
     peluche et la rend adhrente  la carcasse; ce qui empche
     l'humidit de traverser le tissu de la peluche, et par consquent
     de ramollir la carcasse qui est vraiment impermable. Les chapeaux
     monts sur toile ou papier sont plus lgers que les prcdens, tout
     tant galement impermables.


     _Fabrication des chapeaux en tissu de coton et en toutes sortes
     d'toffes filamenteuses._ (Brevet d'invention de cinq ans accord,
     le 7 juin 1816, au sieur GURY,  Paris.)

     La garniture intrieure formant la bote du chapeau est en carton
     liss et verni.

     Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par un cercle en
     bois mince.

164  La couverture est en tissu d'une couleur quelconque.

     Le tour est en fil de fer, et se prte trs bien  la forme cintre
     ou non cintre qu'on veut lui donner.

     Ces chapeaux ne se graissent pas; ils rsistent  toutes les
     injures des saisons sans prouver d'altration, parce qu'ils n'ont
     pas besoin, comme les chapeaux de feutre, d'une prparation qui a
     l'inconvnient de se dtriorer par l'humidit et de se casser par
     la scheresse; ils sont aussi beaucoup plus lgers et cotent moins
     que les chapeaux de feutre.


     _Certificat d'additions dlivr au sieur_ LOUSTAU, _cessionnaire du
     sieur_ GURY.

     Ces additions ont pour objet de faire disparatre les diffrences
     qui existaient entre les chapeaux en tissu du sieur Gury et les
     chapeaux de feutre.

     Le tissu qui recouvrait le fond des chapeaux du sieur Gury n'tait
     point fix, et les bords n'offraient ni rondeur ni fermet.

     Maintenant le tissu est fix  l'extrieur du fond du chapeau par
     le moyen d'une colle soigneusement prpare, et par des points de
     couture imperceptibles, de manire  prsenter toute la solidit
     ncessaire.

     On obtient la fermet et la rondeur parfaite du retroussis des
     bords, par l'emploi d'un cuir battu, qui, quoique trs mince et
     trs lger, est cependant d'une force gale  celle du feutre: ce
     cuir est recouvert des deux cts par le tissu, qui est appliqu
     avec la colle; trois ranges de points de couture le consolident de
     manire  ce qu'il ne puisse tre altr ni par l'humidit ni par
     la scheresse.
165
     _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux de soie,_
     patente  W. Mathew et W. White. _(Lond. journ. of arts, janvier
     1826, page 388.)_

     Les patents font observer que l'on a fait deux objections 
     l'emploi des chapeaux de soie: c'est que la rudesse du corps sur
     lequel est attache la soie, blesse frquemment la tte, et que les
     bords de la forme tant plus exposs aux chocs, la soie est sujette
      s'enlever et met  nu le tissu de coton de dessous, qui tant une
     matire vgtale n'est pas susceptible de recevoir une aussi belle
     teinture que la soie, et alors le chapeau s'use promptement.

     Pour remdier  ces dfauts, le corps du chapeau doit tre fait de
     soie comme  l'ordinaire, et pour corriger la duret du bord
     intrieur, on le couvre de castor qui le rend mou et susceptible de
     se plier; on teint ensuite le chapeau en une belle couleur noire en
     dedans et en dehors, et aprs l'avoir suffisamment gomm, on le
     couvre de soie, et au lieu d'employer pour la fixer du coton qui
     prend mal la couleur, on compose la couverture de soie seulement,
     de sorte que le chapeau conserve sa couleur dans toutes ses
     parties.


     _Procd de fabrication de chapeaux de peaux de mouton tannes._
     (Brevet d'invention de cinq ans accord, le 14 juin 1816, au sieur
     Ch. Pebrec,  Brest.)


     _Procd._

     Faites tremper  l'eau tide une peau de mouton tanne de la force
     ncessaire  l'objet; pilez cette peau dans un mortier pendant huit
166   dix minute; dressez-la sur une forme en tle dispose  cet
     effet; passez dessus une couche d'huile de lin rendue siccative,
     dans laquelle on a fait dissoudre du copal,  raison d'une once par
     pinte; faites boire cette quantit d'apprt  une chaleur modre
     dans une tuve: rptez trois fois cette opration, et aprs
     chacune, poncez  sec votre chapeau, que vous peignez ensuite avec
     deux couches d'une couleur noire, compose de l'apprt d'huile de
     lin ci-dessus et de noir d'ivoire; ces disposions faites, poncez
     tout autour le chapeau avec la ponce pile, tamise et mouille, et
     appliquez deux couches de vernis, ayant soin de poncer la premire
     couche.


     DES SCHAKOS.

     Le schako est une coiffure particulire aux troupes et qui prend
     diverses formes cylindriques, tantt dcroissant lgrement  la
     partie suprieure, et tantt au contraire s'largissant beaucoup.
     Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
     ils peuvent l'tre aussi avec la peluche de soie, le coton, le
     crin, le cuir, et gnralement de la mme manire que les divers
     chapeaux que nous avons numrs. A proprement parler les schakos
     sont des chapeaux d'une forme particulire, sans rebord, ayant la
     calotte en cuir et munis souvent d'une visire en cuir verni. Comme
     ce mode de fabrication ne diffre en rien de celle des chapeaux,
     nous le passerons sous silence; mais fidles  notre systme de
     faire connatre les progrs des genres de fabrication dont nous
     nous occupons, nous allons faire connatre les brevets d'invention
     qui ont t obtenus  ce sujet.

     _Schakos  deux feutres._ (Brevet d'invention de cinq ans accord,
     le 8 mai 1820, au sieur DELPONT,  Paris.)

167  Ces schakos sont composs de deux feutres: l'un, qui est intrieur,
     est sans teinture et enduit d'un apprt dont on va voir la
     composition; l'autre, qui est extrieur, est sans colle et sans
     aucun apprt; il est assez fort pour ne pouvoir tre dchir, et il
     ne peut ni rougir ni devenir galeux; enfin, la pluie et l'humidit
     ne peuvent le dtriorer; il sche comme un drap.

     Ces deux feutres sont en pure laine de France.

     _Apprt pour le feutre intrieur._

     Gomme de cerisier      4 parties.
     Colle-forte de Paris   8
     Rsine                 4


     _Fabrication des schakos en cuir poli, destins particulirement 
     l'infanterie lgre_; par M. BERCY jeune. (Par brevet d'invention.)

     C'est avec des peaux de vache pesant quinze  dix-huit livres,
     qu'on confectionne ces schakos.

     On commence par bien racler les deux surfaces de la peau, pour la
     rendre spongieuse et la disposer  recevoir les apprts.

     Lorsqu'on a cousu le schako, on le plonge dans de l'eau chauffe
     au point qu'on puisse y tenir la main. Il s'y ramollit et devient
     susceptible de prendre toutes les formes qu'on veut lui donner. On
     le met alors sur une forme en cuivre  huit clefs, dont le fond
     isol est galement en cuivre. On place ensuite le tout sous une
     presse  balancier, o on fait prendre forme au schako par une
     forte pression.

     On le retire de la presse et de la forme pour le mettre sur une
     autre forme en bois,  cinq clefs seulement, mais dont le calibre
     est le mme. Cette forme est surmonte d'un tampon galement en
168  bois, lequel est destin  former le fond concave du schako, dont
     la profondeur est de 15 lignes sur 8 pouces 3 lignes de diamtre.

     La forme et le tampon sont presss et maintenus l'un contre l'autre
     par quatre brides en fer qui, en descendant extrieurement le long
     du schako, vont se fixer avec autant de vis sur le contour du
     plateau de fer du mme calibre que le schako sur lequel pose la
     forme. C'est dans cet tat qu'on le laisse scher, sans qu'il
     puisse se voiler dans aucune de ses parties.

     Le schako se trouve ainsi prpar  recevoir les deux apprts
     suivans:

     Le premier apprt se compose d'une livre de bonne colle dissoute
     dans quatre pintes d'eau que l'on fait rduire par l'bullition 
     deux pintes et demie. On a soin d'enlever l'cume  mesure qu'elle
     se forme. On laisse refroidir cette colle jusqu' ce qu'elle ne
     soit plus que tide, et on en verse dans le schako une quantit
     suffisante pour l'enduire. On laisse scher  demi; on substitue la
     forme de bois bien savonne et ses brides  la forme en cuivre; on
     la laisse encore scher dans cet tat.

     Pour le deuxime apprt, on fait fondre ensemble et au bain-marie,
     trois livres de cire jaune brute avec une livre et demie de brai
     sec. On retire la chaudire du feu, et on ajoute une livre de noir
     d'ivoire en poudre, pass au tamis de soie; on remue ce mlange
     jusqu' ce qu'il soit baiss, attendu que le noir d'ivoire le fait
     d'abord monter.

     Le schako tant toujours sur la forme de bois et bien sec, les
     brides de fer tant d'ailleurs retires, vous enduisez au pinceau
     l'extrieur du schako d'une couche de cette composition. Aprs cela
     vous vissez, sur la clef du milieu, dans un trou dispos  cet
     effet, un manche de fer avec lequel vous prsentez ce schako
     au-dessus d'un feu doux, afin de faire pntrer la composition dans
     les pores de la peau. Aussitt que la couche commence 
169  disparatre, on le retire du feu et on le brosse fortement pour
     tendre galement ce qui en peut rester  la surface.

     Pendant qu'il est chaud, vous le remettez encore sous la presse,
     o, en refroidissant, il reprend sa premire forme. Aprs quoi on
     le place sur le nez d'un tour en l'air avec sa forme en bois; et
     avec un morceau de bois taill convenablement on donne le poli
     qu'on dsire.

     _Fig. 27_. Chaudire monte sur son fourneau, dans laquelle on fait
     ramollir le cuir pour le rendre propre au travail.

     _Fig. 28_. Forme en cuivre  huit clefs.

     _Fig. 29_. Ds en cuivre pour former le fond du schako.

     _Fig. 30_. Presse  vis et  balancier. On suppose que la forme en
     cuivre garnie d'un schako est sous presse.

     _Fig. 31_. Forme en bois  cinq clefs.

     _Fig. 32_. Tampon en bois qui forme le fond du schako.

     _Fig. 33_. Quatre brides en fer, servant  maintenir le tampon et
     la forme l'un contre l'autre.

     _Fig. 34_. Plateau en fer plac sous la forme et contre lequel sont
     fixes avec des brides les quatre vis ci-dessus.

     _Fig. 35_. Chaudire avec son fourneau, dans laquelle on prpare
     les premiers apprts: on n'en voit que le tuyau, parce que cet
     appareil est semblable au suivant.

     _Fig. 36_. Chaudire sur son fourneau, pour le deuxime
     apprt.

     _Fig. 37_. Schako sur la forme de bois prsent au feu.

     _Fig. 38_. Manche de fer viss sur la forme.

     _Fig. 39_. Chemine, dite  la prussienne, en tle de fer.

     _Fig. 40_. Brosse dure pour tendre l'apprt.

     _Fig. 41_. Tour en l'air pour polir les schakos.

     _Fig. 42_. Morceau de bois  polir.

     _Fig. 43_. Schako termin et garni de sa visire.

     _Fig. 44_. Deux anneaux concentriques qui servent  saisir le
     cercle suprieur du schako pour le polir.
170
     _Fig. 45_. Chssis en fer, mont  charnire sur une planche, qui
     sert  rgler et  runir ensemble les diverses pices de laiton
     qui composent les jugulaires.

     _Fig. 46_. Schako compltement garni et pos sur la tte d'un
     voltigeur.

     _Procd pour reteindre les schakos en tissu de coton dont la
     couleur s'est altre._

     Ce procd consiste  faire bouillir un quart de bois d'Inde ou de
     campche, coup en morceaux dans trois litres d'eau, ce qui suffit
     pour teindre vingt schakos.

     On tend cette liqueur avec une brosse molle bien garnie, dans le
     sens du poil, ayant soin de ne pas endommager le galon, et de
     manire que le poil soit imbib. Quand le schako est sec, on le
     brosse avec une autre brosse molle et sche, pour dcatir et lisser
     le poil. (_Ann. mar. et col._, janvier et fvrier 1824, page 47.)
171





                           QUATRIEME PARTIE.

                    CHAPEAUX EN PAILLE ET EN BOIS.




     _Chapeaux de paille._

     L'Italie a t long-temps en possession de fournir  l'Europe ces
     beaux chapeaux de paille qui sont si recherchs par les dames, et
     dont le prix s'lve encore jusqu' 1200 fr. pour les belles
     qualits fabriques aux environs de Florence. Depuis que
     l'industrie a pris un si grand essor en France, on s'est attach 
     ce genre de fabrication, afin de nous affranchir de ce tribut que
     le luxe paye  l'Italie. Dj en 1819 on vit figurer  l'exposition
     des produits de l'industrie franaise des chapeaux de paille dus 
     nos fabriques, dont la beaut tait remarquable. Parmi ces
     fabricans on distingue:

     1 M. Clairvaux,  Troyes (Aube), pour de trs jolis chantillons
     de tissus de paille pour chapeaux, imitant assez bien les chapeaux
     d'Italie.

     2 M. Thibault, du mme lieu, pour ses chapeaux de paille jaune et
     blanche, de toute qualit, trs bien confectionns.

     3 M. N.,  Saint-Loup (Haute-Sane), pour des chapeaux de paille 
     la fabrication desquels il employait environ 350 enfans.

     4 M. N.,  Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis chantillons de
     chapeaux de paille excuts par de jeunes filles.

     L'exposition de 1823 donna des rsultats encore plus satisfaisans;
     enfin celle de 1827 a ralis en grande partie les esprances que
     celle de 1823 avait fait concevoir. En effet, les dpartemens de
172  l'Ain et de l'Isre semblent avoir rivalis d'efforts pour
     l'importation de ce genre d'industrie que des essais, en gnral
     peu satisfaisans, tendaient  faire regarder comme n'tant pas
     susceptible de prosprer en France.

     MM. Hricart de Thury et Migneron, dans leur rapport sur les
     produits de l'industrie franaise de 1827, prsent au nom du jury
     central au ministre du commerce et des manufactures, et M. Ad.
     Blanqui dans son histoire des produits de l'exposition de 1827, ont
     signal les fabricans de ces chapeaux qui ont obtenu les plus
     heureux rsultats. Les voici:

     M. Dupr,  Lagnieux (Ain), qui fut mentionn honorablement en
     1823, a obtenu une _mdaille d'argent_. Il a expos une suite de
     chapeaux de paille, faon d'Italie, dans des qualits trs
     diverses: les plus communs sont de 2 fr. chacun et les plus fins de
     200 fr. Chaque sorte a un degr de finesse et de moelleux
     correspondant  son prix, et toutes sont remarquables par une
     confection soigne. Ce fabricant occupait, en 1827, quinze cents
     ouvriers, au lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa
     fabrication, qui n'tait que de huit  dix mille chapeaux, a t
     porte de cinquante  soixante mille. On peut juger par l du
     dveloppement et des progrs de son industrie.

     M. Dupr a expos aussi des chantillons de la paille qu'il emploie
     pour en obtenir la quantit ncessaire pour le _maximum_ de
     fabrication indiqu ci-dessus; il a fallu semer treize cent
     soixante boisseaux de bl, ce qui revient  deux boisseaux un
     dixime pour chaque cent de chapeaux.

     MM. Pecherand, Dubois et Cie,  Moirans (Isre), ont obtenu une
     _mdaille de bronze_. C'est  Moirans, prs de Grenoble, qu'ils ont
     naturalis la fabrication des chapeaux de paille d'Italie. Ceux
     qu'ils ont exposs au Louvre n'ont reu aucun apprt; ils sortent
     des mains de l'ouvrire, et peuvent soutenir la comparaison avec ce
     que l'Italie nous envoie de plus beau.
173
     Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres  la
     fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus fines, les plus
     souples, les plus longues, c'est--dire les noeuds les plus carts
     les uns des autres, et qui ne sont ni taches ni rouilles, sont
     les plus propres  celle fabrication; celles de seigle, du moins
     les plus belles de cette crale, sont employes pour la
     fabrication de certaines qualits de chapeaux. Pour les beaux
     chapeaux d'Italie, on emploie une qualit de froment qui est une
     varit d'peautre, _triticum spelta_, dite bl de mars, _marzola_
     ou _marzolo_, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy et
     Harisson ont obtenu  Londres une patente pour un procd y
     relatif, qui consiste  arracher le bl avec la racine, ds que les
     pis sont forms,  le runir en gerbes d'environ cent cinquante
     brins, et  faire desscher celles-ci avec beaucoup de soin, au
     soleil, en vitant par des abris les roses et les pluies. La
     paille acquiert ainsi une belle couleur jaune et trs propre  la
     fabrication des chapeaux tresss. On fait aussi des chapeaux avec
     la paille prpare d'ivraie, de riz et de seigle. Indpendamment de
     ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres soins  donner
     aux pailles: on doit semer le bl qui doit les produire dans des
     sols qui ne soient point exposs aux brouillards ou aux pluies du
     printemps, parce que les pailles de ces localits sont parsemes de
     taches indlbiles. Cette crale peut tre cultive dans les
     terrains montagneux; on doit donc visiter le champ et ne choisir
     que les plus belles pailles. Aprs en avoir spar les feuilles,
     dans plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et
     au-dessous de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que
     l'extrmit des pailles: on classe alors ces tuyaux d'aprs leur
     longueur dans des botes  compartimens; les plus beaux ont de 15 
     20 centimtres de longueur; les plus estims sont ceux qui sont
     minces, non tachs, et qui sont de la grosseur d'une plume  crire
174  ordinaire. Il est de ces tuyaux qui n'ont que 5  6 centimtres de
     longueur: on en trouve l'emploi. Avant cette opration, on blanchit
     ordinairement les pailles de la manire suivante.


     _Blanchiment de la paille._

     Si toutes les pailles offraient la mme nuance de couleur, cette
     opration deviendrait inutile; mais comme il n'en est pas ainsi, on
     est oblig d'y recourir, surtout quand on veut les teindre et leur
     donner des couleurs dlicates. Pour leur faire acqurir un beau
     blanc, on les plonge dans la chlorure de chaux liquide.

     Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication des
     chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique de la manire
     suivante: On prend un tonneau d'environ 4  5 pieds de hauteur et
     dfonc des deux bouts, sur les parois internes duquel on colle du
     papier, afin de boucher soigneusement toutes les issues qui
     pourraient livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse sur
     l'une de ses extrmits, et  15 ou 16 centimtres de la partie
     suprieure on fixe quatre taquets destins  soutenir un cercle sur
     lequel est tendu un filet en fil dont les mailles ont une dimension
     de 3 centimtres, et sur lequel on arrange les pailles par petites
     poignes en croisant les couches; on ferme hermtiquement ce
     tonneau au moyen d'un couvercle entour de lisires; enfin l'on
     recouvre d'une couverture de laine. Tout tant ainsi dispos, on
     introduit dans le tonneau un rchaud rempli de charbons allums sur
     lequel on place un vase en tle contenant du soufre en poudre,
     tendu dans ce vase en une couche trs mince pour viter qu'il
     s'agglomre; car dans ce cas le soufre brle avec trop de flamme et
     noircit la paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la
     combustion du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacit,
     agit sur la partie colorante de la paille qui est dtruite en
175  grande partie dans environ dix  douze heures. On arrange alors la
     paille blanchie entre des toiles mouilles pour la rendre plus
     souple, et on l'en retire dans trois ou quatre heures. C'est aprs
     que la paille est blanchie qu'ordinairement on en coupe les noeuds
     et qu'on en divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons.


     _Teinture de la paille._

     _Prparation prliminaire._

     L'exprience a dmontr qu'on ne peut donner certaines couleurs 
     la paille, si on ne l'a pralablement ouverte. Pour y parvenir il
     ne faut point qu'elle soit dans un tat de siccit parfaite, parce
     qu'alors elle se brise; il faut donc la laisser toute une nuit dans
     un lieu bas et un peu humide; il est alors facile de l'inciser,
     l'aplatir et la dresser. Pour cela on employait jadis une espce de
     fuseau en bois A, _fig. 47_; on tenait le tuyau de paille de la
     main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des bouts, et en
     l'inclinant et le poussant dans la direction de la fente on
     prolongeait celle-ci jusqu' l'autre bout: aprs cela la paille
     tait tendue sur le fuseau, en la frottant avec le polissoir,
     _fig. 48_. Pour finir de l'aplatir on la frottait galement sur son
     poli avec une planche paisse trs unie de noyer ou de pommier. Le
     polissoir est vu de profil en B et de face en C. Cette opration,
     qui tait d'autant plus longue qu'on tait oblig de la renouveler
     pour chaque tuyau, a t abrge et perfectionne par M. L. Voici
     le procd qu'il a invent et dcrit dans le Dictionnaire
     technologique; nous allons lui emprunter cette description.

     La _fig. 49_ reprsente le laminoir  fendre, ouvrir et lisser la
     paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier A, de 20 sur
     15 centimtres, on assemble  tenons et mortaises deux fortes
     jumelles B B, recouvertes par une traverse suprieure C, ajuste 
176  fourche sur l'extrmit des jumelles; c'est entre les jumelles que
     sont placs les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans
     la _fig. 50_ qui montre le laminoir par-derrire. La _fig. 51_
     montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue la
     saillie _a_, sur laquelle repose la traverse _b_, sur laquelle est
     fixe, par deux vis, la pice importante qui sert  ouvrir la
     paille et  la diriger entre les cylindres du laminoir. Cette
     traverse est place par ses deux extrmits sur les saillies des
     deux jumelles, et y est fixe par deux vis en bois, comme on le
     voit en B, _fig. 49_. On voit dans les jumelles, _fig. 51_, une
     entaille _c_ longitudinale qui reoit les deux tourillons des
     cylindres, dont l'infrieur repose sur une entaille arrondie, et
     est surmont par un coussinet _d_, qui est press par la vis _f_,
     afin que le cylindre suprieur comprime suffisamment la paille pour
     l'tendre. On voit ces deux vis dans la _fig. 49_.

     La traverse _b_ porte dans son milieu une pice _g_, qui lui est
     fixe par deux vis  bois, et qui porte le bec de bcasse saillant
     _h_, que l'on voit sur ses deux faces, _fig. 52_ et _53_. La _fig.
     52_ le montre par-dessus, tel que le prsente la _fig. 49_; la
     _fig. 53_ le montre par-dessous, afin qu'on en puisse concevoir la
     construction. Le bec _h_ saillant est tranchant par-dessus, il est
     arrondi par-dessous, et va toujours en s'largissant, afin de
     diriger la paille au fur et  mesure qu'elle s'aplatit, afin de la
     mettre en prise, tout tendue, entre les cylindres. Voici la
     manire d'oprer. On prend la paille moite de la main gauche, on
     fait entrer le _bec de bcasse_ dans le tuyau et l'on pousse; la
     paille se fend, et l'on continue  pousser jusqu' ce qu'en faisant
     tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre les
     cylindres: on lche alors la paille; on continue de tourner la
     manivelle jusqu' ce qu'elle soit tout--fait passe; elle tombe
     alors tout ouverte et plate par-derrire le laminoir. On prpare
     ainsi dix mille pailles dans un jour, tandis que par l'ancien
     procd on n'en prparait que cent. Ces pailles sont ainsi
     disposes pour la teinture.
177

     _Teinture de la paille en bleu._

     Indigo guatimala en poudre
     premire qualit.                  30 gram. (1 once).

     Acide sulfurique  66 (huile de
     vitriol).                          60       (2 onces).

     Potasse premire qualit.          15       (1/2 once).

     On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit matras ou
     une fiole  mdecine qu'on fait chauffer au bain de sable; ds
     qu'on s'aperoit qu'il n'existe plus d'effervescence, on y ajoute
     la potasse, et on laisse digrer pendant un jour et une nuit. La
     solution d'indigo ainsi prpare, on fait bouillir dans une bassine
     de l'eau en quantit suffisante pour que les pailles puissent y
     prendre un bain; on y ajoute alors peu  peu de sulfate d'indigo
     avec une cuillre de bois  trs long manche jusqu' ce qu'on ait
     la couleur qu'on dsire. On retire alors la bassine du feu, on
     immerge dans la liqueur les pailles non ouvertes, et quand elles
     ont contract la couleur que l'on dsire, on les lave  l'eau
     frache et pure, et on les fait scher  l'abri de la poussire.

     Pour le _bleu de ciel_ ou _azur_ on met beaucoup moins de sulfate
     d'indigo, et les pailles doivent tre ouvertes.


     _Couleur jaune._

     On fait bouillir du curcuma en poudre (_terra merita_) en plus ou
     moins grande quantit, suivant la nuance jaune qu'on veut obtenir;
     on passe  travers une toile, on remet la liqueur sur le feu, on y
     plonge les pailles non ouvertes, et l'on fait bouillir jusqu' ce
     qu'elles aient acquis la couleur voulue; alors on les retire, on
     les lave et on les fait scher. La teinture de curcuma n'est point
     puise aprs cette opration; on en fait usage pour obtenir des
     couleurs jaunes plus faibles.


     _Couleur noire._

178  Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord par les
     engaller, c'est--dire  les immerger dans une dcoction de noix de
     galle; de l on plonge dans un bain de pyrolignite de fer, et en
     dfinitive dans une dcoction ou bain de bois de campche. On lave
     et l'on fait scher.

     Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose, verte, brune,
     etc., attendu que jusqu' prsent on ne fait point usage de
     chapeaux de cette couleur.

     Il est bon de faire observer que les pailles, quoique immerges
     dans le mme bain, n'ont pas toutes la mme nuance de couleur; il
     faut donc les trier et les assortir. Aprs cela, soit qu'elles
     soient de couleur naturelle, soufres, blanchies ou teintes, on
     doit les rgler, les lisser et les soumettre  la presse dans du
     papier plac entre deux planchettes, afin que les brins se
     rduisent en rubans plus ou moins fins.

     Nous avons dj dit qu'aprs avoir coup les noeuds de la paille on
     incise les tuyaux longitudinalement en deux ou quatre rubans,
     suivant le degr de finesse du chapeau: on se sert pour cela d'un
     petit bistouri ou canif  lame  pointe courbe. Tous ces brins sont
     ensuite rassembls et placs par couches entre des toiles mouilles
     pendant environ trois heures, pour les rendre plus souples et
     propres  tre tresss: sans cette opration ils se briseraient 
     chaque instant.


     _Tressage des pailles._

     Les pailles destines  la fabrication des chapeaux doivent tre
     tresses, et la grosseur de ces tresses est relative  la grosseur
     des brins des pailles, suivant la qualit des chapeaux, qu'on
     divise en deux classes:

     1 Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des tresses ou
     nattes dont quatorze et au-del mme, cousues ensemble, n'offrent
     qu'un dcimtre (47 lignes) de longueur.

179  2 Les _chapeaux grossiers_ ou _communs_ sont ceux dont les nattes,
     dans une largeur d'un dcimtre, sont composes de moins de
     quatorze tresses; de ce nombre sont ceux de paille de riz,
     d'ivraie, ou de froment entire.

     Quant  ceux de sparterie ou d'corce, cette mme largeur se
     compose de moins de dix tresses;  cela prs, mme mode de
     fabrication.

     Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de paille trs
     fins, la division du tuyau en deux ou quatre brins au moyen du
     canif est insuffisante, et que, comme cette division doit tre bien
     plus grande, on ne saurait y parvenir au moyen du canif; aussi
     emploie-t-on un moyen plus convenable. Il consiste  fixer des
     aiguilles  broder la mousseline  gale distance les unes des
     autres et sur une mme ligne; pour cela on implante les ttes dans
     de la rsine; ces aiguilles ainsi disposes forment une espce de
     peigne sur lequel on place l'extrmit du brin de paille, humide et
     pralablement fendu dans sa longueur; il est vident qu'en tirant
     ensuite ce ruban de paille jusqu' l'autre extrmit on le divise
     en autant de petits rubans qu'il y a d'pingles. On assortit ces
     brins de paille, suivant leur longueur et largeur, et on les
     emploie suivant les divers degrs de beaut des chapeaux.

     Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les pailles
     ainsi prpares et humides. Nonobstant cela, elles doivent avoir
     toujours les doigts un peu mouills, afin de conserver  la paille
     sa flexibilit en s'opposant  son desschement. Il est bien
     vident qu'on doit avoir des ouvrires intelligentes pour bien
     recorder les brins de paille et surtout pour les tresser d'une
     manire gale et serre de manire  ce que les tresses soient
     unies et point bosseles sur les cts. Ds qu'on a fabriqu une
     suffisante quantit de ces tresses et qu'on leur a donn la largeur
     et la longueur relative  la qualit des chapeaux  la fabrication
     desquels elles sont destines, elles passent dans un autre atelier.
180  L, d'autres femmes les cousent d'une manire presque imperceptible
     en les roulant  plat en spirale sur elles-mmes, soit bord  bord
     dans le mme plan, soit  recouvrement. Mais pour la beaut de
     l'ouvrage, il est essentiel que cette couture ne soit point
     apparente. C'est en cet tat, ou mme  celui de tresse, qu'on
     livre les chapeaux de paille aux marchands qui les faonnent ou
     mieux leur donnent la forme  la mode[49] et l'apprt convenable.

     [Note 49: Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes propos que de
     dcrire la fabrication premire des chapeaux; pour leur prparation
     secondaire, nous renvoyons aux Manuels des demoiselles, des dames,
     etc.]


     _Apprt des chapeaux de paille._

     Quelle que soit l'habilet des ouvrires, la beaut et l'uniformit
     des brins de paille; quel que soit le soin et l'adresse avec
     laquelle les tresses ont t faites, il faut pour que cette toffe
     en paille soit bien unie, et ait de la consistance et du brillant,
     qu'elle reoive un apprt au moyen de la presse ou du repassage.
     Voici comme on pratique ces deux moyens.

     1 _Apprt par la pression_. On commence d'abord par bien mouiller
     les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon ou de gomme arabique;
     ds qu'ils sont secs, on les entasse les uns sur les autres, en
     plaant entre chacun des plateaux de bois bien chauffs; en cet
     tat, on les soumet pendant vingt-quatre heures  l'action d'une
     forte pression d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le
     dessus des calottes.

     2 _Apprt par le repassage_. Ce moyen a fait abandonner en grande
     partie le prcdent, depuis que M. Mgni a imagin et construit
     deux machines qui facilitent singulirement ce repassage. Ce sont,
181  dit M. E. M.[50], des espces de tours en l'air, dont une est
     destine au repassage des rebords, et l'autre du contour et du
     dessus des calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbib du
     mme apprt que pour le procd de la presse, est plac dans une
     forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant sur
     elle-mme lentement,  l'aide d'un engrenage d'angle que l'ouvrier
     chapelier met lui mme en action, l'entrane dans son mouvement de
     rotation, et lui fait prsenter successivement tous les points de
     sa surface extrieure  l'action du fer chaud et immobile,
     fortement press par-dessus par un levier dispos convenablement 
     cet effet. Ce procd, qui ne laisse rien  dsirer pour la
     perfection du travail, l'a tellement abrg, qu'un ouvrier repasse
     dans sa journe cent vingt chapeaux, au lieu de vingt-quatre qu'il
     avait de la peine  repasser en faisant agir le fer  la main sur
     le chapeau immobile. Nous ajouterons  cela que le poli et le
     luisant que prennent les chapeaux ainsi lisss est bien suprieur 
     celui qu'ils acquirent par la pression. Nous avons reprsent,
     _fig. 54_, la presse dont on fait usage, et _fig. 55_, _56_ et
     _57_, d'autres instrumens pour fendre les pailles.

     [Note 50: Dict. technolog.]

     Nous allons maintenant exposer quelques procds mis en usage par
     plusieurs fabricans franais ou trangers; ils contiennent
     certaines notions que, pour viter les rptitions, nous avons cru
     devoir passer sous silence. En Angleterre on se livre aussi avec
     succs  ce genre de fabrication, si l'on en juge du moins par
     l'article suivant du _Galignani's Messenger_[51].

     [Note 51: En Angleterre on emploie principalement  cette
     fabrication la paille de l'orge  deux rangs, dit paumelle,
     _hordeum distycum_.]

     La Socit royale de Dublin adjugea dernirement, pour cette
     branche d'industrie, quatre prix de 20, 15, 10 et 5 livres. Un
182  rapport lu  cette occasion contient les dispositions suivantes:
     Les progrs extraordinaires qui ont eu lieu depuis trois ans dans
     ce genre d'industrie, et le degr de perfectionnement auquel il est
     aujourd'hui parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication,
     si elle est pousse avec toute la persvrance et l'activit
     convenables, mettra bientt l'Irlande compltement en tat de
     rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands de Dublin,
     qui font ce genre de commerce, invits  donner leur avis sur la
     qualit des six chapeaux de paille qui ont obtenu le premier prix,
     ont dclar que si les chapeaux mmes de Livourne de la premire
     qualit, tels que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, taient
     mls avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui
     pt faire une distinction entre les uns et les autres. Ces
     marchands ont dclar, en outre,  l'gard d'un autre chapeau qui
     n'avait remport que le troisime prix, qu'un tel chapeau ne
     rendrait  Londres, suivant le cours actuel, pas moins de cinq
     guines. Le comit fit de plus observer que le _cynosurus
     cristatus_ n'est pas la meilleure des matires premires propres 
     cette espce de fabrication, attendu que cette substance est de sa
     nature trop dure et trop fibreuse, et en gnral d'une couleur
     ingale. Dans l'opinion du comit, la paille de seigle (_secale
     cereale_) est de beaucoup prfrable; et il ajouta que l'un des
     chapeaux qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe
     printanire odorante (_anthoxanthum odoratum_) paraissait d'une
     qualit suprieure  celle de tous les autres faisant partie du
     mme concours. (_Dublin, correspondant_.)
183

     _Fabrication des chapeaux de paille  la manire italienne_; par M.
     WEBER. (_Verhandl. des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl. in
     Preussen_; janv. et fv. 1826. p. 45[52].)

     [Note 52: La Socit d'encouragement de Berlin a propos un prix
     pour cette fabrication.]

     Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides sont
     fabriqus en Italie. On en distingue deux sortes: 1 Les chapeaux
     de Florence, qui runissent au plus haut degr la solidit  la
     perfection du travail, mais qui sont aussi les plus chers; 2 Ceux
     de Venise, qui ne sont pas tout--fait aussi fins et aussi solides
     que les premiers, mais qui sont proportionnellement moins chers.

     Les nattes et les chapeaux de paille les plus renomms se
     fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (_Sette Communi_). Ce
     travail est l'industrie principale et la premire ressource de
     cette petite contre, dont l'tendue est  peu prs de quatre
     lieues carres d'Allemagne, et la population de dix mille mes.

     Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le prix de la
     paille, s'lve  trois millions de livres vnitiennes. C'est dans
     les communes de Lusiana et de Giacomo que cette industrie a le plus
     d'importance; c'est aussi l que crot surtout l'espce de froment
     propre  ce genre de travail. La paille est rcolte et assortie
     avec soin, et les chalumeaux, coups  gales longueurs, sont
     runis et vendus par bottes aux fabricans de nattes,  raison de 8
     fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent leurs nattes aux
     fabricans de chapeaux.

     Des prix ont t dcerns pour cet objet par la socit
     d'encouragement de Londres  M. Wells, de Weatherfield, et  M.
     Cobbet, qui se sont occups avec succs de cette fabrication.
184
     La gramine employe par madame Wells est le _poa pratensis_, qui
     crot partout en Allemagne dans les pturages et les prairies
     basses. Quant  M. Cobbet, il a fait des essais, non seulement sur
     ce mme _poa pratensis_, mais encore sur plusieurs autres gramines
     indignes de l'Angleterre, telles sont: la _melica crulea_,
     l'_agrostis stolonifera_, le _solium perenne_, l'_avena
     flavescens_, le _cynosurus cristatus_, l'_anthoxanthum odoratum_,
     et l'_agrostis canina_. Toutes ces plantes lui ont fourni des
     nattes susceptibles d'tre employes.

     Leurs procds pour prparer la paille varient. Madame Wells fait
     la rcolte de la plante depuis l'poque de la floraison jusqu'aux
     approches de la maturit de la graine: elle n'emploie que la partie
     qui se trouve entre le noeud suprieur et le sommet; elle verse
     dessus de l'eau bouillante, et fait ensuite scher au soleil; elle
     ritre cette opration une ou deux fois, ou jusqu' ce que les
     feuilles, qui entourent la tige sous forme de gaine, se dtachent.
     Alors elle blanchit de la manire suivante: elle commence par
     prparer une eau de savon,  laquelle elle ajoute de la potasse
     perlasse jusqu' ce que celle-ci domine; elle humecte la plante
     avec cette solution, et la place toute droite dans une caisse; elle
     y brle du soufre, et elle couvre la caisse de linges pour y
     renfermer la vapeur sulfureuse; elle continue de brler ainsi du
     soufre jusqu' ce que la plante humecte par l'eau de savon soit
     sche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette opration le
     soufre est renouvel une ou deux fois. La plante est alors propre 
     tre tresse. Cette prparation est, comme on le voit, trs simple;
     elle n'exige pas d'instrumens spciaux, et toutes les paysannes
     peuvent la faire elles-mmes sans difficult.

     M. Cobbet excute autrement le blanchiment. Il place les tiges de
     la plante, runies en bottes, dans une petite cuve, et il les
     submerge d'eau bouillante; il les y laisse pendant dix minutes,
185  puis il les retire, et les tend sur du gazon bien ras. Au bout de
     sept jours, le blanchiment est termin. Le mois de juin est celui
     qui convient le mieux pour la rcolte et la prparation de la
     plante.

     Aid par les travaux des trangers, je me suis occup de cette
     fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais comparatifs,
     dont voici les rsultats:

     1 Le _poa pratensis_ est trs propre  la confection des chapeaux
     de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi fins que ceux
     d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides.

     2 Les gramines sauvages de la Prusse peuvent tre employes au
     mme usage.

     3 La couleur de la paille dpend du mode de blanchiment; on doit
     surtout faire cette opration par un beau temps et avec un grand
     soleil. Aussi le procd de M. Cobbet est-il bien prfrable 
     celui de madame Wells.

     4 La paille ainsi prpare se laisse trs bien tresser et coudre.

     Sur la demande de M. Weber, la Socit d'encouragement, pour la
     culture des jardins, s'est charge de multiplier les gramines
     indignes qui peuvent servir  la fabrication des chapeaux de
     paille, et de faire venir d'Italie assez de semences de la plante
     qui y est employe pour chercher  la propager en Prusse. Cette
     plante, d'aprs l'opinion des membres les plus instruits de cette
     Socit, est le _tricticum stivum_, qui, sem dans un terrain
     maigre et non fum, fournit un chaume mince. Il est vraisemblable
     que, dans le cours de l't prochain, les fabricans qui voudront
     faire des chapeaux de paille  la manire italienne auront  leur
     disposition de la paille d'Italie et de la paille des gramines
     indignes, et pourront employer comparativement ces deux matires
     premires  la confection des chapeaux.
186

     _Chapeaux fabriqus avec des pailles indignes, imitant ceux de
     paille d'Italie_, par M. de BERNARDIRE,  Paris. (Brevet
     d'invention de cinq ans.)

     Les pailles employes  la confection de ces chapeaux indignes
     sont tires du Cotentin et des environs de Paris; les plus fines se
     trouvent plus gnralement dans les prairies que partout ailleurs.
     D'autres pailles, d'une moins belle qualit, se trouvent plutt
     dans des seigles sems lgrement que dans tout autre endroit.

     L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une prparation pour
     devenir de la couleur de la paille d'Italie. Cette prparation
     consiste  mettre le plus promptement possible, aprs les avoir
     rcolts, les ftus non encore mrs dans l'eau froide, que l'on
     fait arriver peu  peu  l'tat d'bullition; aprs quoi, on les
     retire et les expose  la chaleur du soleil pour les faire scher,
     ayant soin de les arroser jusqu' ce que la paille devienne d'un
     jaune convenable et trs liante, sans quoi elle casse, et ne vaut
     rien pour tresser et encore moins pour tre cousue.

     La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la coudre on
     dispose les tresses l'une dans l'autre avec un fil pass dans
     l'intrieur de la maille, et de telle faon que, pour arriver 
     faire un chapeau entier, il doit parcourir toutes les mailles d'une
     extrmit  l'autre.


     _Chapeaux de paille de la fort Noire._

     Autrefois on ne faisait dans la fort Noire que des tresses de
     paille trs grossires; les chapeaux qu'on en fabriquait n'taient
     ports que par les habitans de la campagne, et se vendaient presque
     tous en France. Le gouvernement franais voulant encourager cette
     branche d'industrie dans les Vosges, doubla les droits d'entre des
     chapeaux de paille, en les fixant  8 francs la douzaine[53]. Cette
187  augmentation d'impt fit cesser ce trafic lucratif avec la France.
     M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance des procds
     employs par les Italiens pour la fabrication des chapeaux de
     paille fins, engagea ses concitoyens  donner plus de finesse 
     leurs tissus, qui taient encore trs grossiers. En 1804, il fit
     fabriquer des instrumens au moyen desquels on pouvait diviser en
     dix parties le brin de paille le plus fin; il fit couper la paille
     avant la parfaite maturit, la fit blanchir et distribuer parmi les
     ouvriers les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on tait dj
     parvenu  donner aux chapeaux de paille un tel degr de finesse et
     de perfection, et un si bel apprt, qu'ils sont gnralement
     recherchs non seulement dans le pays, mais encore en France, en
     Hollande, en Belgique, et mme en Russie, o il s'en fait de
     grandes expditions. Dans le seul bailliage de Triberg, quinze
     cents personnes s'occupent de cette branche d'industrie et
     fabriquent annuellement cent vingt mille de tissus de paille.

     [Note 53: Bulletin de la Socit d'encouragement, anne 1819.]


     _Chapeaux de paille double, tissus  l'envers sur baguettes
     d'osier, de baleine, de roseau et autres substances flexibles
     analogues_, par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de paille  la
     maison centrale du mont Saint-Michel, dpartement de la Manche.
     (Brevet d'invention.)

     _Procds de fabrication._

     Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une rgle en
     bois, en la raclant sur ses deux faces avec un couteau: cette
     opration lui enlve une partie du tissu spongieux qui revt
     l'intrieur du tube et la rend ainsi beaucoup plus flexible et
     moins cassante; on la fend ensuite avec un nouvel outil appel
     filire, consistant tout simplement en plusieurs aiguilles fixes
188  sur un manche et cartes l'une de l'autre suivant la largeur que
     l'on se propose de donner aux petites lames de paille. En appuyant
     ces aiguilles ainsi disposes sur l'une des extrmits de la paille
     aplatie, et en tirant  soi cette extrmit, la pointe de chaque
     aiguille fend cette paille et la rduit en autant de morceaux gaux
     qu'il y a d'intervalles.

     C'est avec la paille ainsi prpare que se fabriquent les nouveaux
     chapeaux; on la contourne sur des baguettes d'osier extrmement
     minces et auxquelles on runit quelques fines lames de baleine pour
     en augmenter la solidit.

     La paille prive des soutiens spongieux par l'opration du raclage
     dont on vient de parler, se trouvant trs amincie, on la double
     pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen d'obtenir un tissu trs
     serr et en mme temps trs gal, attendu que l'ouvrage ne prsente
     pas alors ces petites asprits et imperfections qui sont
     invitables quand on n'emploie qu'une seule paille pour former le
     point du tissu; les deux pailles donnent la facilit de rajuster
     d'une manire imperceptible celles qui viennent  casser. Les
     chapeaux ainsi prpars sont teints par les procds ordinaires.


     _Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes de paille, osier et
     baleine, sans couture_, par M. MICHON fils an. (Brevet
     d'invention de cinq ans.)

     Ces chapeaux sont forms d'un tissu dont la chane est en baleine,
     amincie au moyen d'une espce de rabot, compos d'un morceau de
     bois de trois pouces de longueur sur deux pouces de largeur, dans
     lequel est log un fer tranchant.

     La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier est fendu
     suivant la forme que l'on veut donner au tissu et se prpare de la
     mme manire que la baleine. Quant  la paille, on la fend au moyen
     d'un outil ou couteau en ivoire ou en acier.
189
     Les chapeaux sont faonns  la main sur des formes en bois, et
     lorsqu'ils sont termins, ceux qui sont destins pour hommes sont
     teints en noir ou en gris, et ceux qui sont pour femmes restent en
     cru. Les chapeaux de femme sont le plus ordinairement remplis avec
     de la paille ou des bouts d'pis.

     On peut employer le mme procd pour confectionner les schakos 
     l'usage de la troupe.


     _Brevet de perfectionnement et d'addition dlivr, le 28 dcembre
     1822_, au sieur ACHILLE DE BERNARDIRE, _cessionnaire du brevet du
     sieur_ MICHON.

     Ces perfectionnemens consistent  introduire dans le mode de
     fabrication prcdent le moyen de tisser l'osier en clisses
     plates, de confectionner les chapeaux en trame d'clisses de bois
     de peuplier, de saule et gnralement toute espce de bois vert ou
     sec; enfin dans l'application de ces divers tissus  la confection
     des schakos et autres coiffures tant pour le civil que pour le
     militaire

     Quant  la prparation des diverses matires premires, elle est
     absolument la mme que celle indique dans le brevet du sieur
     Michon.


     _Chapeaux de paille cousue, etc_.

     Ces chapeaux sont infrieurs pour la qualit  ceux que nous avons
     dcrits; on voit les tresses cousues l'une un peu sur les bords de
     l'autre et de manire que lorsqu'on coupe la paille avec les
     ciseaux, elles se dcousent aisment. On en fait aussi avec des
     pailles plates plus ou moins larges colles sur un fond ou cousues
     par bandes; quelquefois on entremle celles-ci de tresses plus ou
     moins fines. Tous ces chapeaux qu'on varie  l'infini sont d'un
     prix infrieur  ceux  tresses fines.
190
     Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites nattes de
     paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent par le milieu
     de la calotte; on forme un bouton, et tournant la paille sur
     elle-mme on la conduit ainsi jusqu' ce que l'on ait fait un rond
     assez grand pour faire une calotte ordinaire. Les grandeurs varient
     selon celles des ttes que l'on veut faire.

     Lorsque l'ouvrire est arrive  ce point, elle plie deux ranges
     de cette paille de manire  commencer ce que l'on appelle la
     baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille toujours en
     tournant, en faisant attention  la conduire galement,
     c'est--dire  ne pas faire _boire_ plus dans un endroit que dans
     l'autre, ce qui formerait des bosses qui s'effacent difficilement
     au cylindrage et reparaissent  la plus lgre humidit.

     La calotte acheve, c'est--dire arrive  la hauteur que l'on veut
     lui donner, on la plie en quatre: le devant, le derrire, et chaque
     ct des oreilles, o il faut commencer la passe; on prend la
     paille, on lui donne une lgre cambrure, et l'on commence  partir
     du pli indiquant l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli
     indiquant l'oreille gauche o l'on s'arrte, et l'on coupe sa
     paille, ayant soin en la cousant de la faire lgrement boire afin
     de forcer la passe  se lever. L'ouvrire doit avoir soin de
     rayonner sa paille aux oreilles, c'est--dire la couvrir presque
     entirement de manire  n'en laisser passer qu'une trs petite
     partie afin de donner la place  tous les bouts de paille qui
     doivent composer sa passe; elle doit encore observer en commenant
     quelle est la longueur qu'elle veut donner  la passe de son
     chapeau, car, si elle veut faire un chapeau presque rond, alors
     elle ne rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit
     avoir dix pouces d'avance et quatre de derrire, alors elle coupera
     ses pailles et rayonnera jusqu' ce qu'elle ait six pouces
191  d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille comme elle l'a fait
     jusqu' ce moment, elle continuera  la coudre en tournant tout
     autour de la calotte de faon  ce qu'elle soit arrive  dix
     pouces d'avance; le derrire devra ncessairement en avoir quatre.

     Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est--dire que la forme
     tant acheve, sans quitter sa paille, on la fait boire fortement,
     ce qui la force  se relever et ainsi  commencer l'avance que l'on
     continue ensuite en tournant toujours jusqu' ce que l'on juge que
     le chapeau soit assez grand. Lorsque les six premiers tours de la
     passe sont achevs, l'ouvrire doit poser frquemment son chapeau
     sur une table afin de voir si son avance est bien plate, car si la
     paille est trop pousse l'avance godera, chose qu'il faut viter;
     si au contraire elle ne l'est pas assez, elle tombera sur les yeux
     comme un abat-jour. Chaque pice de paille n'ayant que douze aunes
     de long, on est forc de faire de frquentes rentrures. Plusieurs
     personnes coupent la paille en biais, et laissent un brin de la
     tresse  chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans
     l'autre. Cette manire est trs propre, mais peu solide. Je
     conseillerais plutt de croiser sa paille l'une sur l'autre, la
     longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir les deux
     bouts par un point l'un en haut l'autre en bas; la petite bosse
     forme par cette jonction s'aplatit au cylindre, et ne risque
     jamais  se dfaire lorsque le cylindreur force la forme du chapeau
     pour lui donner une plus grande dimension que celle pour laquelle
     il a t fait.


     _De l'nuenchage._

     La paille, quelque gale que l'on puisse la choisir, conserve
     quelquefois des parties plus brunes qui ne se voient que lorsque le
     chapeau est termin; l'ouvrire doit alors couper toutes les
     nuances et les remplacer par d'autre paille dont la teinte se marie
     parfaitement avec le chapeau; elle russit  cacher cette espce de
192  raccommodage en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer
     plus haut.

     L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue de
     petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de douze aunes,
     et dont le prix varie selon la finesse ou le blanc.

     Les plus estimes sont celles qui nous viennent de Fribourg. Les
     paquets, plis sur un quart de longueur, sont serrs et arrts des
     deux bouts: cette paille est d'un grain arrondi, fort, et se
     blanchit trs bien.

     L'Argovie au contraire se vend en paquets plis sur une demi-aune
     de longueur, arrts d'un seul bout; son grain est lche, plat, et
     la paille, quoique blanche lorsqu'elle est neuve, jaunit au soleil
     et se blanchit mal; elle peut se coudre indistinctement des deux
     cts; le Fribourg au contraire a un envers, on le connat aux
     petits piquans que forment les brins de paille lorsque l'on fait la
     tresse;  l'endroit ils sont placs tous de haut en bas, et 
     l'envers de bas en haut. Si le chapeau est fait  l'envers, il est
     hriss d'une foule de petits bouts que le cylindre mme ne peut
     abaisser et qui forment une espce de peluche qui nuit  l'effet et
     gte entirement un chapeau.

     J'ai indiqu plus haut la manire de cylindrer ces chapeaux. L'on
     se sert aussi de paille lisse appele paille franaise; la
     fabrication du chapeau est la mme; la mode varie les formes ainsi
     que les pailles dont on se sert pour les chapeaux cousus.

     Cette note nous a t communique par une dame que sa modestie ne
     nous permet pas de nommer.




                            CHAPEAUX DE BOIS.

     Les chapeaux en bois se font de deux manires: par la premire on
     opre avec des tresses faites avec des brins de bois plus ou moins
     fins, et  l'instar de ceux de paille: une qualit de ces chapeaux
193  est connue sous le nom de _paille de riz_; la seconde se pratique
     au moyen d'un tissage trs fin, comme pour les paniers et les
     chapeaux grossiers de sparterie. On emploie  cette fabrication les
     bois blancs, sans noeuds, trs lians et trs souples, au moment o
     ils viennent d'tre coups. On donne la prfrence aux bois
     d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc. Le procd
     consiste  les diviser en lames trs minces  l'instar des balais
     de saule qui nous sont annuellement ports par les Alsaciennes. On
     connat plusieurs procds, celui qui nous a paru le plus simple et
     le meilleur consiste en une sorte de varlope  deux fers, dont l'un
     est  dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci est suivi
     de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition le copeau
     que celui-ci enlve est divis en autant de lames ou filets, plus
     un, que le premier a de dents. Il est bon d'ajouter qu'afin que
     chaque dent repasse toujours au mme endroit, la varlope doit
     constamment glisser entre deux guides.

     On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le procd ne
     diffre en rien. Si l'on veut les obtenir blancs, on trempe ces
     brins ou les chapeaux faits dans une eau de savon froide, contenant
     un peu de solution d'indigo, et on les tend pendant quelques jours
     dans une prairie, en ayant soin ds qu'ils commencent  se scher
     de les arroser avec de l'eau pure.


     _Chapeaux d'osier._

     On cultive trois espces principales d'osier en France:

     1 L'osier rouge, _salix purpurea_. LIN.
     2 L'osier jaune, _salix vitellina_.
     3 L'osier blanc, _salix viminalis_.

     L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux autres,
     mais il acquiert moins de longueur et de grosseur; le jaune est un
     peu moins liant, mais ses rameaux sont un peu plus longs et plus
194  gros; enfin le blanc est encore plus gros, plus long et moins
     liant. Il paratrait d'aprs cela que l'osier rouge mriterait la
     prfrence pour la confection des chapeaux.


     _Chapeaux de bois de_ BERNARDIRE.

     M. Achille de Bernardire, par suite de ses tudes particulires,
     est parvenu  fabriquer de trs beaux chapeaux et schakos en osier
     teint. Pour la division des brins d'osier, il fait usage de la
     machine que les Anglais emploient pour celle des brins de paille,
     et qu'ils nomment _bric--brac_. Cette machine ou instrument[54]
     est un cylindre en ivoire, en fer ou en acier, de 5  6 millimtres
     de diamtre, de 55  60 de longueur, qui se trouve surmont d'un
     cne de 5 millimtres de hauteur. Lorsqu'on se propose de tirer
     douze brins d'une paille, on divise la base du cne en douze
     parties gales, et au moyen d'une lime triangulaire on enfonce la
     division jusqu' ce qu'on soit arriv  la pointe du cne, mais
     sans la dpasser est vident que le cne doit prsenter douze
     artes gales et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on
     prsente la pointe du cne dans son tuyau, et l'on pousse
     l'instrument qui tranche la paille en douze brins gaux. Les
     _bric--brac_ ont depuis trois jusqu' quarante divisions, suivant
     la finesse qu'on veut donner aux brins de paille et la grosseur de
     celle-ci.

     [Note 54: Voyez Dictionnaire technologique.]

     M. de Bernardire, au moyen d'un instrument qui diffre peu du
     _bric--brac_, rduit l'osier en lames trs minces, qu'il rend bien
     plus minces et plus troites encore en les faisant passer dans des
     sortes de filires tranchantes et si serres que ces lanires
     d'osier ont  peine un demi-millimtre de largeur; c'est ce qui
     constitue, pour ainsi dire, la trame de l'toffe. La chane ou
195  charpente, ajoute M. L., est partie en osier, partie en baleine;
     c'est--dire alternativement deux brins d'osier et un brin de
     baleine, appropri  cet effet comme l'osier.

     Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille; ils ne
     doivent pas tre confondus avec les suivans. Nous allons joindre
     ici le rapport qui a t fait  ce sujet par M. Bouriat  la
     Socit d'encouragement pour l'industrie nationale.


     _Rapport fait_ par M. BOURIAT, _au nom du comit des arts
     conomiques, sur les chapeaux d'osier de _M. de BERNARDIRE.

     Le conseil a charg son comit des arts conomiques de visiter la
     manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardire, situe dans
     la maison de correction de Poissy, et de lui rendre compte des
     produits de cette manufacture. Le comit, ne pouvant point se
     transporter en masse  cette distance, m'a charg d'aller prendre
     tous les renseignemens qu'il dsirait, et de lui en faire part
     avant de vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre
     d'industrie. J'ai visit cet atelier et plusieurs autres qui
     existent dans la mme maison. J'aurai l'honneur de vous en donner
     un aperu, aprs avoir parl de celui de M. de Bernardire, qui
     fait l'objet principal de ce rapport.

     J'ai suivi dans les moindres dtails les travaux qui s'y excutent;
     j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient prparer l'osier
     qui sert  la confection des chapeaux. D'abord cet osier, fendu en
     cinq ou six, suivant la grosseur du brin, est aminci par des
     espces de filires tranchantes  travers lesquelles on le fait
     passer, et qui sont gradues de manire  ce que l'ouverture de la
     dernire ne peut plus laisser passer qu'une lanire trs mince et
     troite. Ce sont ces lanires qui, suivant leur degr d'paisseur,
196  forment la trame ou la chane, car on peut se passer de baleine
     effile pour soutenir le corps du chapeau, dont le tissu est fait
     par des mains plus habiles que les premires. Ces chapeaux,
     confectionns, sont ports  la teinture pour recevoir diverses
     couleurs, suivant le got du marchand qui les achte. Ce n'est pas
     sans difficult qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette
     partie de la fabrique mrite-t-elle encore quelques recherches de
     la part de M. de Bernardire et des teinturiers.

     La solidit de ces chapeaux est bien suprieure  ceux faits avec
     la paille; aussi M. de Bernardire a-t-il eu l'intention de
     fabriquer pour les troupes lgres, et en temps de paix, des
     schakos d'osier, beaucoup plus lgers que ceux de feutre. Je remets
     sur le bureau un chantillon de ces schakos, teint en noir, et
     revtu d'une plaque pour dsigner le rgiment.

     Le prix de ces chapeaux, quoique infrieur  ceux de feutre, n'a
     pas paru  votre comit dans les proportions qu'on pouvait dsirer;
     aussi a-t-il conseill  M. de Bernardire d'employer des moyens
     mcaniques pour amincir l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas,
     il peut parvenir  se passer de bras pour cette prparation, la
     plus longue et la plus dispendieuse, il pourra diminuer
     sensiblement le prix de ses chapeaux.

     Votre comit a vu, dans ce genre d'industrie, un objet assez
     intressant, puisqu'il tend  diminuer considrablement l'emploi du
     poil de livre qu'on tire de l'tranger, pour faire les lgers
     chapeaux de feutre que les personnes riches portent pendant l't.
     Dj M. de Bernardire a fabriqu cette anne une grande quantit
     de chapeaux d'osier; mais il n'a pu, malgr son zle, fournir qu'
     une partie des commandes qui lui ont t faites. Il va travailler
     sans relche cet hiver pour tre  mme de satisfaire l't
     prochain tous les demandeurs.

     Aprs vous avoir fait connatre la fabrique de M. de Bernardire,
197  vous n'apprendrez peut-tre pas sans intrt l'activit qui rgne
     dans la maison de correction de Poissy, et les avantages qu'en
     retirent la maison et les ouvriers. Chaque dtenu y trouve un genre
     d'occupation suivant ses facults morales et physiques: l'enfant
     comme le vieillard se livrent  un travail doux et facile. Pour
     cela, on a tabli des ateliers de diverses espces; on y compte
     ceux de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'bniste, de
     fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin une filature
     de colon et la fabrique de chapeaux dont je viens de vous
     entretenir. C'est avec de pareilles occupations qu'on est souvent
     parvenu  changer ou modifier le penchant de plusieurs criminels
     qui auraient peut-tre pass le temps de leur dtention  mditer
     les projets les plus sinistres s'ils fussent demeurs dans
     l'oisivet.

     Ces rsultats sont dus au zle et  la capacit de M. Poizel,
     directeur de l'tablissement, qui a trouv un excellent auxiliaire
     dans M. Picard, entrepreneur des travaux de la maison.

     Le tarif des prix  accorder aux dtenus est arrt chaque anne
     par M. le Prfet du dpartement de Seine-et-Oise. Ce salaire se
     divise en trois parties: l'une pour l'entretien de la maison,
     l'autre distribue aux ouvriers tous les samedis, et la troisime
     est mise en rserve pour leur tre donne  leur sortie. Il en est
     dj beaucoup qui ont reu 300 fr. au moment de leur libration,
     malgr le peu de temps que ce rgime est tabli, car il ne l'a t
     qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionns
     pendant les douze premiers mois a t de 48,000 fr., et cette
     anne, comme le nombre des dtenus a augment, M. le directeur
     pense qu'il ne sera pas au-dessous de 80,000 fr.

     Je reviens maintenant  la fabrique de M. de Bernardire, sur
     laquelle votre comit a pris tous les renseignemens convenables. Il
     vous propose, par mon organe, de remercier ce fabricant de la
198  communication qu'il vous a faite de son nouveau genre d'industrie,
     et de tous les procds qu'il emploie dans sa manufacture, digne
     d'tre connue du public par la voie du Bulletin.

     Adopt en sance, le 21 aot 1822.

     _Sign_ BOURIAT, _rapporteur_.

     A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur les
     chapeaux de madame veuve Reyne.


     _Rapport fait_ par M. SILVESTRE, _au nom des comits d'agriculture
     et des arts mcaniques runis, sur la manufacture de chapeaux de
     paille et l'instar de ceux d'Italie, tabli_ par madame veuve
     REYNE,  Valence, dpartement de la Drme.

     Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comits des arts mcaniques
     et d'agriculture runis ont obtenu votre approbation pour un
     rapport provisoire qu'ils ont eu l'honneur de vous prsenter,
     concernant les demandes que madame veuve Reyne vous avait
     adresses,  l'occasion de sa fabrique de chapeaux de paille
     d'Italie, tablie en ce moment  Valence, dpartement de la Drme.

     Vos commissaires ont ds lors rendu justice au zle de madame
     Reyne, qui, aprs avoir tudi avec soin, en Italie, les procds
     de production des matires premires et ceux de leur fabrication,
     avait import en France un genre d'industrie qui n'avait pu y tre
     encore naturalis avant elle; ils avaient aussi exprim le regret
     que le dfaut de plusieurs documens essentiels les empcht
     d'metttre une opinion dfinitive sur le succs d'une semblable
     entreprise; ils espraient obtenir de nouveaux renseignemens
     importans, et de la correspondance ds long-temps suivie au
     ministre de l'intrieur,  ce sujet, et de celle qui pourrait
     ultrieurement tre entretenue avec madame Reyne elle-mme.
199
     Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui concerne cette
     affaire. Madame Reyne a rpondu  plusieurs de vos demandes, elle
     exprime surtout le dsir que le rapport vous soit promptement
     soumis; en consquence nous allons mettre sous vos yeux les
     rsultats des principaux documens que nous avons recueillis.

     Mais avant de nous occuper de cet expos, et pour ne plus ensuite
     dtourner votre attention de ce qui concerne spcialement madame
     Reyne, nous croyons devoir placer ici quelques considrations
     gnrales sur l'importance et sur la difficult d'une semblable
     entreprise; sur sa nouveaut et sur la probabilit du succs.

     L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille d'Italie est
     assez notable pour notre commerce; elle aurait pour objet de nous
     affranchir de l'exportation annuelle de la valeur d'un million et
     demi environ, que nous donnons  la seule Italie pour l'acquisition
     des objets de ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opre pas
     en numraire. En change des chapeaux de paille et des autres
     objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des draps, des
     vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine, des livres, des
     modes, etc., etc., etc.; et il est  remarquer que les tableaux
     dresss officiellement pour la balance du commerce tablissent, en
     notre faveur, un bnfice annuel de plus de huit millions sur les
     changes rciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas
     immuables, l'industrie trangre cherche toujours  se les rendre
     plus favorables, et nous devons sans doute accueillir avec intrt
     tout ce qui peut tendre; soit  consolider nos avantages, soit 
     trouver chez nous-mmes ce que notre sol et notre industrie peuvent
     fournir ( prix gal  ceux de l'tranger) aux consommateurs.

     Cette dernire considration nous ramne  la fabrique de madame
     Reyne et aux circonstances qui ont prcd son entreprise; la
200  correspondance du ministre de l'intrieur nous fournit  cet gard
     d'utiles documens. Il parat que des tentatives pareilles  la
     sienne ont t faites; que des brevets d'invention semblables au
     sien ont t dlivrs. Vous connaissez trop bien, messieurs, le
     principe de ces brevets pour tre tonns de notre assertion: le
     brevet ne prouve nullement que le possesseur ait invent ou qu'il
     ait import, mais il prouve seulement qu' une poque dtermine il
     a dclar qu'il avait invent ou import, sauf  lui  prouver s'il
     y a lieu, et devant qui de droit, la ralit de ses assertions ou
     l'antriorit de sa demande.

     Quelques essais ont donc t faits avant madame Reyne pour
     fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie; il est  la
     connaissance des marchands d'objets de ce genre,  Paris, que
     plusieurs de ces essais ont t infructueux. En 1814, un brevet
     d'importation a t gratuitement dlivr  M. Bastier, qui se
     proposait d'lever une fabrique du mme genre que celle de madame
     Reyne.

     Vers 1815, M. Pierre Couyre a tabli  Sainte-Melaine, dpartement
     du Calvados, une fabrique de chapeaux de paille  l'instar de ceux
     d'Italie, avec des tiges de gramines indignes. Il parat que
     c'est le _phleum pratense_ qu'il employait  cet usage. Il a obtenu
     en 1819 un brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une
     fabrique de couture et d'apprt tablie  Paris par son frre et
     qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr. par anne. Ds
     1808, M. de Bernardire avait aussi obtenu un brevet de cinq ans
     pour la fabrication de chapeaux semblables  ceux d'Italie, avec
     les tiges des crales indignes; il parait que c'tait aussi le
     _phleum pratense_ qu'il employait le plus ordinairement.

     Mais une entreprise plus semblable encore  celle de madame Reyne a
     lieu depuis trois ans dans le dpartement de la Haute-Garonne, et
     par les soins des directeurs des hospices de Toulouse; on y emploie
     la paille du mme bl qui sert  cet usage en Toscane, et qui est
201  cultiv avec succs aux environs de Toulouse. La fabrique y a un
     avantage d'autant plus assur, que son excellence le ministre de
     l'intrieur a bien voulu envoyer aux hospices une des machines 
     apprter inventes par M. Meign et mentionnes dans le n CXCIX,
     page 6, de vos Bulletins 1821. Cette machine sert  donner, sans
     inconvnient pour la sant des ouvriers, l'apprt convenable  cent
     vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui faisaient ce
     travail pnible  la main ne pouvaient en apprter que dix-huit.

     On peut ajouter que tous les dtails sur la culture du bl qui
     fournit la paille propre  ce travail et les procds qui
     concernent l'art de prparer cette paille et de fabriquer les
     chapeaux, ont t dcrits avec dtail en vers italiens, par M.
     Lastri, Toscan. Enfin, ds 1805, M. le comte de Lasteyrie avait
     rapport d'Italie la graine de bl qui sert  y fabriquer les
     chapeaux de paille: cette graine a depuis t cultive tous les ans
     au Jardin du roi par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi,
     en 1812, rapport d'Italie des graines de cette crale, et les
     avait cultives avec succs. On connaissait donc depuis long-temps
     la substance premire et tous les moyens de la mettre en oeuvre;
     mais un obstacle, qui tient  la nature de ce travail, s'est
     toujours oppos  de bien grands succs. Cet obstacle se prsente
     de mme pour tous les travaux qui ne sont pas susceptibles de
     l'emploi des machines, et qu'on doit faire  bras dans les pays o
     la main-d'oeuvre est plus leve que dans les lieux o la fabrique
     est originaire. C'est sur les moyens d'galiser ce prix du premier
     travail manuel que nous aurions dsir avoir plus de renseignemens
     positifs pour pouvoir apprcier la probabilit des succs dont
     madame Reyne conoit l'esprance.

     Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de Florence;
     pendant les trois annes de sjour qu'elle avait fait dans cette
202  ville, elle y avait form le projet d'tablir en France une
     fabrique de chapeaux de paille d'Italie; elle avait tudi avec
     soin tous les procds de culture du bl qui fournit la paille
     propre  ce travail, et ceux de sa prparation et de son emploi
     dans cette fabrication.

     Elle s'tablit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andol,
     dpartement de l'Ardche; alors elle avait encore son mari qui la
     secondait dans son travail: ils s'adressrent pour la premire fois
     au ministre de l'intrieur, en fvrier 1818; ils annonaient alors
     avoir dans leurs ateliers trente jeunes personnes qui s'occupaient
      confectionner des chapeaux de paille, gaux en qualit  ceux
     d'Italie. Ils exposaient qu'ils avaient sem en France des grains
     de bl dit marzole, qu'ils avaient rapports d'Italie; que ces
     grains y avaient bien russi, et que d'ailleurs ils avaient trouv
     en France mme des crales dont la tige avait la mme proprit.
     Ils espraient pouvoir fournir, sous peu de temps, la quantit de
     chapeaux ncessaire pour la consommation du royaume, et ils
     demandaient la dlivrance gratuite d'un brevet d'importation: le
     prfet de l'Ardche appuyait leur ptition. Le ministre demanda des
     renseignemens et des chantillons qui lui furent adresss; alors il
     consulta le comit consultatif des arts et manufactures, ce comit
     fut d'avis que M. et madame Reyne mriteraient d'tre encourags,
     lorsqu'il aurait t constat que leur manufacture fournissait au
     commerce des chapeaux de paille de mme qualit et finesse que ceux
     d'Italie. Il ajournait  cette poque le jugement  porter sur le
     degr d'intrt que le gouvernement devait prendre  leurs travaux.
     En consquence le ministre refusa d'accorder gratuitement le brevet
     demand; mais il laissa l'esprance qu'il pourrait encourager les
     efforts de ces manufacturiers, lorsqu'il serait constant qu'ils
     auraient fourni au commerce des chapeaux de paille de mme qualit
     que ceux d'Italie.

     Il se passa environ quinze mois entre cette dcision et les
203  nouvelles demandes qui furent faites. En fvrier 1820, madame Reyne
     crivit au ministre qu'elle avait perdu son mari, et transport sa
     manufacture  Valence, dpartement de la Drme; elle annonait
     alors que sa fabrique fournissait au commerce, et en assez grande
     quantit, des chapeaux de paille de mme qualit et finesse que
     ceux qui viennent d'Italie. Cette ptition tait appuye par le
     maire de Valence, qui regrettait de n'avoir pu donner qu'un faible
     encouragement, et par le prfet de la Drme, qui sollicitait des
     secours pour madame Reyne. Le ministre accorda 600 francs, et
     demanda au prfet des renseignemens sur l'activit de
     l'tablissement, le nombre des ouvrires employes, la quantit de
     chapeaux livrs annuellement au commerce, et leur prix compar avec
     celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle serait
     la somme ncessaire pour donner aux travaux toute l'extension
     convenable. Le prfet rpondit  ces questions que la fabrique
     occupait soixante-dix ouvrires, qu'elle pouvait fournir
     annuellement huit cents  mille chapeaux, que le prix de ces
     chapeaux tait  peu prs le mme que ceux d'Italie, qu'ils
     galaient en qualit; il annonait aussi que ces prix baisseraient
     d'un sixime si madame Reyne avait des fonds suffisans pour monter
     son tablissement; il demandait pour elle une somme de 12,000 fr.
     Le 12 avril 1820, le ministre consentit  accorder 2,400 fr. pour
     tre employs  donner plus d'tendue aux travaux de madame Reyne.
     Il parat qu'en effet une partie de cette somme a servi 
     l'acquisition d'une presse pour l'apprtage des chapeaux de paille.

     Mais bientt aprs madame Reyne prouva de nouveaux besoins; elle
     s'adressa  vous, messieurs, par une lettre qui tait appuye par
     le prfet de la Drme et par le maire de Valence, et qui, renvoye
      l'examen de vos comits des arts mcaniques et d'agriculture, a
     t l'objet du rapport provisoire qui vous a t prsent le 28
204  novembre dernier, et d'aprs lequel, suivant vos intentions, vos
     comits ont d s'occuper de recherches et de vrifications
     nouvelles.

     Deux ordres de renseignemens principaux nous sont parvenus depuis
     cette poque. Les uns ont t puiss dans un dossier volumineux,
     relatif  cette affaire, qui vous a t communiqu par son
     excellence le ministre de l'intrieur et dont nous venons de vous
     prsenter l'analyse; les autres proviennent de la correspondance
     directe que nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son
     commettant  Paris. Nous ne pouvons prsenter ces derniers que
     comme de simples assertions, le mmoire principal qui en fait
     partie n'ayant t vu que par le maire de Valence, comme certifiant
     que la fabrication des chapeaux envoys avait eu lieu dans ladite
     ville, et vu par le prfet pour la lgalisation de la signature du
     maire.

     Quoi qu'il en soit, il rsulte de cette correspondance, 1 que le
     chapeau dont vous avez distingu la confection est bien de la
     fabrique de madame Reyne; 2 que cette dame et son commettant
     dclarent qu'elle continue  se servir de la paille de l'espce de
     bl qu'elle a rapport d'Italie, et dont la culture russit
     parfaitement bien dans les environs de Valence; que le bnfice des
     ouvrires qu'elle emploie dpend de leur habilet; que ce sont
     ordinairement des enfans qui tressent; que le n 30, pris pour
     exemple, cote 15 centimes l'aune  coudre et  tresser; qu'une
     tresseuse fait par jour sept  huit aunes, et une couturire en
     coud toujours le double. La main-d'oeuvre d'un chapeau de ce numro
     revient  8 francs; savoir, 6 francs 75 centimes pour tressage et
     couture, 75 centimes pour la paille et 50 centimes pour l'apprt.
     Les numros suprieurs deviennent plus chers, savoir: le n 40  16
     fr. 70 cent.; le 50  27 fr. 50 cent., enfin le n 60 qui est  peu
     prs pareil  celui qui est expos sous vos yeux, revient  52
     francs.

205  Quant au nombre de chapeaux fabriqus annuellement, madame Reyne
     fait observer que cette fabrication n'a de limites qu' raison du
     peu de capitaux qu'elle peut y consacrer: elle cite plusieurs
     villes du midi et surtout la foire de Baucaire, comme ses
     principaux dbouchs.

     Elle n'a pu rpondre  la demande d'envoi de chapeaux de paille
     suprieure  celui qu'elle avait prcdemment adress  la socit;
     elle a seulement envoy quelques chapeaux d'hommes, dont la qualit
     est insignifiante pour prouver la supriorit de sa fabrication;
     elle fait remarquer que sa situation actuelle, dans une ville peu
     populeuse et qui fournit trop peu d'ouvrires  bas prix, n'est pas
     trs favorable; elle se propose de changer encore de domicile; elle
     voudrait qu' dfaut de la Socit d'encouragement mme, le
     gouvernement ou des capitalistes la missent  mme de donner tout
     l'essor dsirable  sa manufacture.

     Aprs vous avoir expos l'tat actuel des choses, votre commission
     ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est trouve embarrasse
     de vous prsenter des conclusions dans l'affaire de madame Reyne.
     Sa fabrication est bonne et intressante; ses produits sont trs
     remarquables dans les parties les plus importantes et les plus
     difficiles de ce genre de travail; elle trouvera les
     perfectionnemens  faire  sa manutention ici mme, o l'on sait,
     aussi bien et mme mieux qu'en Italie, runir les tresses bout 
     bout, blanchir la paille et apprter les chapeaux; ainsi on ne fait
     aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite la perfection
     en ce genre. Nous ne doutons pas non plus que des capitaux plus
     considrables que ceux qu'elle a pu se procurer jusqu' ce jour, ne
     soient trs ncessaires pour donner une impulsion convenable  sa
     fabrique; mais vos rglemens ne vous permettent pas de consacrer
     des fonds  vivifier des manufactures particulires. D'une autre
     part, le ministre de l'intrieur, en donnant 3,000 fr.  madame
206  Reyne, a sagement exprim qu'il n'entendait pas monter sa
     manufacture, mais seulement lui fournir quelques encouragemens.

     Ruine, ainsi qu'elle l'expose, par diffrentes circonstances qui
     lui sont trangres, elle ne peut attendre des moyens suffisans
     d'actions que des capitalistes qui pourraient prendre intrt  son
     travail.

     Vous ne pouvez donner  madame Reyne que des conseils et des
     tmoignages d'estime.

     Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander de soigner
     particulirement la runion de ses tresses bout  bout, le
     blanchiment et l'apprt de ses chapeaux; vous pouvez l'inviter 
     placer s'il est possible son tablissement dans un hospice
     d'orphelins ou dans une maison de dtention, dans un lieu enfin o
     la main-d'oeuvre soit au plus bas prix possible.

     Sous le second rapport, et considrant que madame Reyne parat tre
     la premire qui ait introduit, en grand, la culture de la plante
     qui sert  fabriquer les chapeaux de paille en Italie; considrant
     que ce qui manque  son travail s'excute d'ailleurs ici avec une
     grande perfection et peut facilement tre introduit dans sa propre
     fabrique, nous avons l'honneur de vous proposer de lui dcerner une
     mdaille d'argent dans votre prochaine sance publique.

     _Sign_ SILVESTRE, rapporteur.
     Adopt en sance, le 20 fvrier 1822.

     Cette proposition fut adopte, et dans sa sance publique, M.
     Charbonnel, fond de pouvoir de cette dame, reut la mdaille
     d'argent qui lui tait destine.


     _Chapeaux en bois de_ M. BERNARD.

     Ces chapeaux-ci diffrent des prcdens en ce que ce n'est que la
     carcasse qui est forme en bois lger, coup en lames minces et
207  troites par des procds mcaniques qu'il a invents. Ces lames
     sont colles  ct l'une de l'autre sur un tissu qui runit la
     solidit  la lgret; le dessus et le bord du chapeau sont
     prpars de la mme manire; et quand il a donn  ces trois pices
     la forme convenable et qu'il les a runies, il couvre le tout d'un
     vernis impermable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert
     d'une toffe de soie peluche, qui imite trs bien les poils qu'on
     nomme dorure dans les chapeaux de feutre ordinaire; enfin l'auteur
     passe sur la peluche une espce de vernis qui entoure chaque brin
     de soie, ne retient pas la poussire et empche l'eau de pntrer.
     Ces chapeaux ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et
     de ne se dformer jamais. Pour plus de dtails, nous renvoyons aux
     Annales de l'industrie nationale et trangre, aot 1825.


     _Chapeaux de sparterie._

     Tous les gents peuvent servir  la fabrication des chapeaux
     communs, dits de sparterie; mais c'est principalement le gent
     d'Espagne, _spartium junceum_, qui sert  cette fabrication. On
     emploie pour cela les joncs les plus fins pour en faire des tissus,
     non en tresses distinctes. On connat trois sortes de ces chapeaux:
     _blancs_, _couleur de paille_, _mlangs de diverses couleurs_. Le
     tissu de sparterie se vend en pices carres, dont chacune suffit
     pour faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu' 10 fr. la
     pice, suivant leur beaut.


     _Chapeaux de copeaux._

     Cette invention patente de chapeaux d't, faits de copeaux
     tissus, peints en noir et vernis, est due  Joseph Lantenhammer de
     Vienne. (_Archiv. fur gesch, stat, liter, und kunst_, juillet 1824,
     n 89 et 90.)

208  Ces chapeaux, dit le rdacteur du journal cit, se recommandent par
     leur forme, leur grande lgret, et mme par la dure qu'on peut
     esprer de leur service. Ils mritent surtout, ajoute-t-il, la
     prfrence sur les chapeaux de paille, auxquels le public a eu le
     bon esprit de n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec rserve.


     _Chapeaux de tresses autres que celles de paille._

     Nous allons consacrer cet article  la fabrication des chapeaux
     forms avec des tresses de soie, de coton, de lin et de crin. Les
     premiers sont parvenus  un tel degr de supriorit, qu'ils
     semblent le disputer aux plus beaux chapeaux de paille d'Italie.


     _Chapeaux tresss en soie._

     Les premiers chapeaux en tresses de soie ont t fabriqus 
     Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris, sont parvenues 
     porter ce genre de fabrication  un tel degr de perfectionnement
     que leurs chapeaux tresses de soie imitent les plus beaux chapeaux
     de paille d'Italie, en produisant une illusion complte par la
     nuance, ainsi que par la finesse et la confection du tissu. Dj en
     1823, mesdames Manceau avaient obtenu  l'exposition des produits
     de l'industrie franaise une mdaille d'argent qui a t confirme
      celle de 1827. Elles emploient  cette fabrication la soie de
     premire qualit, en trame et tresse suivant le degr de finesse
     qu'on dsire obtenir. La rgularit des tresses exige le plus grand
     soin; elles se font au moyen de mcaniques qui mettent les matires
     en mouvement; elles sont ensuite apprtes, assembles en forme de
     chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux runissent  la
     lgret la solidit et sont trs facile  nettoyer; ajoutez  cela
     qu'ils sont deux fois moins chers que ceux de paille d'Italie,
     comme on va le voir ci-aprs.

209  1 Ceux du numro 70, portant soixante-dix pailles de bord, peuvent
     tre vendus  200 francs, tandis que ceux de Florence coteraient
     plus de 2,000 francs.

     2 Les qualits ordinaires depuis le numro 34 jusqu' celui de 50
     varient entre 28 et 56 francs.

     Afin de mieux faire connatre le mode de fabrication employ par
     les dames Manceau, nous allons rapporter le brevet d'invention que
     l'une d'elles a pris  ce sujet.


     _Procd propre  faire avec la soie crue des chapeaux imitant
     les chapeaux de paille d'Italie_, par mademoiselle Julie MANCEAU, 
     Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)

     On fait d'abord des tissus forms de soie crue de la plus belle
     qualit et du meilleur choix possible, que l'on dpose dans la
     teinture; le teinturier apprte ces tissus de manire  ce qu'ils
     conservent une certaine raideur qui les rapproche de l'tat de
     consistance de la paille ou de l'corce; puis, au moyen d'une
     mcanique  tresser, on convertit les soies en tresses plus ou
     moins fines et plus ou moins serres, suivant la finesse des
     chapeaux que l'on veut faire; les bandes tresses sont
     soigneusement vrifies dans toute leur longueur, afin d'laguer
     les parties qui seraient dfectueuses et qui nuiraient  l'identit
     du tissu.

     Ces tresses prpares sont aunes, mises en pelotes en quantit
     convenable, et donnes aux ouvrires charges de l'assemblage;
     cette opration s'excute  l'aiguille avec du cordonnet en soie 
     trois brins retors de la nuance du tissu.

     La couture perdue s'obtient en engageant la partie gauche de la
     tresse avec la partie droite de celle  laquelle elle doit
     s'assembler, de manire que la couture, prenant en zigzag autant
210  d'un ct que de l'autre, se trouve cache  tous les points de
     contact. Ces chapeaux se construisent en deux pices, la calotte et
     le devant.

     On commence la premire pice par son centre, les points
     d'assemblage sont combins de manire qu' mesure que les
     circonfrences s'agrandissent, la spirale que forme la couture a la
     facilit de se dvelopper et de s'assembler sans gripper; celle
     calotte doit tre faite d'une bande d'une seule pice.

     Le devant du chapeau s'excute d'aprs les mmes procds, le coup
     d'oeil et l'habitude de la couture dterminent dans ce travail les
     formes et la grce des contours. Cette pice galement faite d'un
     seul morceau est assemble  la calotte pour tre ensuite apprte
     et former l'ensemble du chapeau.

     Cet apprt consiste en dix parties de gomme adragant, une partie
     d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matires tant arrives 
     l'tat de mlange par l'action du calorique, on y plonge le tissu
     jusqu' saturation, et on le laisse ensuite, non pas entirement
     scher, mais perdre l'excdant de son humidit, pour pouvoir tre
     mis  la presse et repass  chaud.

     On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on veut donner 
     la calotte, un cylindre ou tout autre solide en bois, compos de
     plusieurs morceaux percs ensemble dans le centre d'un trou destin
      recevoir un morceau de bois conique. Ce cylindre tant plac dans
     l'intrieur de la coiffe, la pression sur le morceau conique,
     passant par le centre de la forme, dtermine la tension du tissu,
     qui ds lors est repass avec un fer chaud, dont la grosseur et la
     forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer.

     Si, au lieu d'employer des soies crues, on voulait se servir de
     cheveux, les chapeaux se confectionneraient de la mme manire.

211  Ces nouveaux chapeaux sont plus lgers que ceux de paille d'Italie,
     on peut les laver et les reteindre,  volont, en diverses
     couleurs.


     _Certificat d'additions._

     Les matires premires qui taient de soie crue ordinaire, sont
     remplaces par le poil d'als, qui a l'avantage de rendre le tissu
     plus fin, de ne pas produire d'ingalits, et de donner aux nuances
     des teintes plus agrables.

     Les chapeaux qui taient forms de deux pices, sont maintenant
     d'un seul morceau par la continuit d'une seule tresse.

     Le premier apprt avait l'inconvnient de laisser des taches en
     schant, ce qu'on vite en employant la gomme adragant prpare,
     et, pour second apprt, un vernis compos de mastic en larmes, afin
     de les rendre impermables.

     On cylindre au moyen d'une presse mcanique, qui, en mme temps
     qu'elle presse les chapeaux, leur donne une fracheur qu'ils ne
     pouvaient obtenir avec le fer.

     On fait des chapeaux d'homme par le mme procd.

     Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823, une mention
     honorable pour des chapeaux dits impermables, tresss en soie et
     en lin, de diverses couleurs. La mme distinction lui a t
     accorde  l'exposition de 1827. Ces chapeaux sont d'un tissu trs
     fin, lgers, lastiques, et peuvent aisment tre mis  neuf quand
     ils ont t dforms ou tachs. Nous allons faire connatre le
     brevet d'invention que madame Milcent a pris pour cette
     fabrication, on y verra la recette du vernis impermable qu'elle
     emploie  cet effet.
212

     _Fabrication de chapeaux forms de ganses de coton, de fil et de
     soie_, par madame MILCENT-SCHERCKENBICK,  Rouen. (Brevet
     d'invention de cinq ans.)

     Les ganses de coton, de fil et de soie, se font  l'aide de
     mcaniques composes de neuf  treize fuseaux ou bobines de quatre
      huit fils chaque et mme plus, selon la finesse. Ces ganses
     s'ajoutent ensemble  l'aiguille comme un tricot; on leur fait
     prendre la figure de chapeaux sur une forme en bois,  mesure qu'on
     les tricote.

     Les chapeaux forms sont apprts avec la composition suivante,
     suffisante pour une douzaine de chapeaux:

     Quatre onces, colle de poisson;
     Deux onces, gomme arabique;
     Quatre onces d'amidon de pomme de terre;
     Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot d'eau.

     Pour rendre ces chapeaux impermables, on applique dessus, avec un
     pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux blancs, et du vernis
      la gomme copal pour ceux de couleur.

     Le vernis appliqu sur les chapeaux, ils sont passs au cylindre
     chaud.

     Madame Milcent a galement pris un autre brevet d'invention pour la
     confection de diverses sortes de chapeaux en tresses de diffrens
213  tissus: le voici.


     _Diverses sortes de chapeaux  l'usage des hommes et des femmes, et
     confectionns en tresses de diffrens tissus_. (Brevet d'invention
     de cinq ans accord, le 26 aot 1820,  madame
     MILCENT-SCHERCKENBICK,  Paris.)

     Les chapeaux de femmes se font en tresses et mme en tricot de
     cachemire, en tresses ou bien en tricot de mrinos, en tresses ou
     en tricot de laine, et enfin en tresses ou en tricot de poil de
     chameau ou de chvre.

     Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent  l'aiguille
     comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en tricot, tant faits
     comme de coutume, sont tirs  poil par le moyen du chardon et de
     la carde. On les apprte ensuite avec de la colle de poisson
     dissoute dans l'esprit de vin, que l'on mle avec une dissolution
     de gomme arabique, gomme de Sngal et d'amidon: aprs cette
     opration on les cylindre au fer chaud.

     Tous ces chapeaux qui sont trs solides se nettoient et se teignent
     en toutes sortes de couleurs.

     D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffr ou press, ou en
     toutes espces d'toffes de soie, de laine, de coton, etc., de
     toutes couleurs et de divers dessins.

     On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de bois; on colle
     l'toffe avec la composition ci-dessus, et on soumet cette planche
      l'action d'une forte presse pour obtenir le dessin.

     Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie forme de
     soie crue couleur paille, de soie et coton, de coton blanc, de fil
     blanc, et de fil et coton.

     Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matires files dans
     la dissolution indique plus haut; on laisse scher ces fils, et on
     tisse au mtier, comme on le fait pour toute autre toffe, ensuite
     on cylindre  chaud.
214
     Les dames Manceau confectionnent galement des chapeaux en tresses
     de coton, qui par leur blancheur imitent parfaitement la paille de
     riz.

     L'on fabrique galement des chapeaux en tresses de crin. Nous
     allons en faire connatre les procds, d'aprs les brevets
     d'invention mmes pris par leurs auteurs.


     _Fabrication de chapeaux de crin_, par J. REINS. (Brevet
     d'invention et de perfectionnement de cinq ans.)

     Ce procd consiste  tresser les crins par trois ou cinq mches,
     et  les coudre en observant d'augmenter ou diminuer, suivant les
     diverses formes ou grandeurs qu'on veut donner aux chapeaux; on
     applique ensuite un apprt qui rsiste  l'humidit et  la pluie,
     et qui fait prendre aux chapeaux la forme convenable tout en leur
     donnant plus de consistance.

     On a appliqu aussi ce mode de fabrication aux bonnets  l'usage
     des troupes; voici le procd de M. Cavillon, d'aprs son brevet
     d'invention.


     _Fabrication de bonnets en crin tiss,  l'usage des troupes, et
     destins  remplacer ceux en peaux d'ours_, par M. CAVILLON,
     fourreur  Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)

     Jusqu' prsent on a fabriqu ces bonnets avec des peaux d'ours de
     la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve, de la Virginie et du
     Canada, et non de Russie, comme bien des personnes le pensent. Les
     ours de Russie ne sont pas propres  cet emploi, en ce qu'ils ont
     le cuir et le poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui
215  deviendrait quatre fois plus cher encore que ceux du Canada; c'est
     donc de ces derniers que l'on emploie pour la coiffure des troupes.

     On peut compter que les Anglais font passer en France vingt mille
     peaux d'ours par an, qui,  quarante cinq fr., forment une somme de
     neuf cent mille francs; si  ce compte on ajoute celles qui passent
     sur le continent, cela s'lvera environ  quatre millions dont
     nous leur sommes tributaires. Mes nouveaux procds fourniront  la
     France les moyens de s'affranchir de ce tribut.

     Ces procds consistent  former une carcasse en vache renforce
     sur sa forme, arcanonne et refondue sur le derrire, pour adapter
     une boucle  deux ardillons, maintenue par une enchapure en mouton
     noir, et son contre-sanglon, aussi en mouton, pour resserrer le
     bonnet  volont.

     Cette carcasse est revtue d'une forte toile noire en fil de Laval,
     pose trs juste, et ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps
     ensemble.

     _Manire de faire le tissu._

     Prenez du crin de collire ou de queue  brin le plus fin,
     commencez par le bien peigner et triller pour faire sortir le
     suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir dans de l'eau,
     le retirer et le laisser scher; aprs quoi, vous le coupez de
     quatre pouces et demi de haut, ensuite vous le faites tresser sur
     trois forts fils de soie,  la hauteur de trois pouces: les
     dix-huit lignes qui restent sont pour garnir la tresse. Vous posez
     ensuite votre premire tresse en bas, en tournant et en observant
     trois lignes de distance de l'un  l'autre. De cette manire, vous
     couvrez toute la toile, en laissant  dcouvert les parties du
     bonnet destines  recevoir des plaques ou autres ornemens.

     Lorsque le bonnet est mont, on le passe  l'eau de graine de lin
216  pour le bien nettoyer; ensuite on pose la coiffe en basane
     surmonte de sa toile, et l'on met la coulisse.

     Madame Celnart, dans son intressant ouvrage[55], a consacr un
     article  la fabrication des chapeaux  ganse de coton ou de soie,
     imitant la paille d'Italie. Nous allons le transcrire.

     [Note 55: _Manuel des demoiselles_, faisant partie de la collection
     encyclopdique de M. Roret, 3e dit.]

     En suivant le procd indiqu pour faire de la ganse plate, on
     prpare de petites pices en coton et en soie qu'on monte en forme
     de chapeau de la manire suivante:

     L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que la ganse se
     resserre par le blanchissage et le travail: ce patron ou modle se
     compose de la passe et de la forme du chapeau; il faut qu'il soit
     en paille ou en coton. On commence par le milieu du fond; l'on
     attache le bout de la ganse au centre, et on la tourne sur
     elle-mme en dcrivant successivement un cercle plus grand. On
     btit ces cercles les uns aux autres,  mesure que l'on en a une
     certaine quantit, et aprs qu'on les a attachs avec des pingles;
     mais ds que ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les
     btir de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore les
     baguer aprs le modle. On environne ainsi circulairement toute la
     forme du modle; puis enfilant une aiguille de colon fin et blanc
     si la ganse est de coton, et de soie couleur de paille si la ganse
     est en soie[56], vous coudrez les ganses ensemble  points de
     surjet couchs, en prenant ces points dans les petites mailles du
     bord de la ganse. Cette opration termine, on te l'ouvrage de
     dessus la forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la
217  passe  peu prs de la mme manire, sauf la diffrence commande
     par le modle: on mesure la passe  la moiti, et c'est d'aprs
     cette moiti qu'on fait partir la ganse  droite et  gauche sur le
     bord de la passe, afin de voir  quel endroit il faut la couper sur
     le ct pour obtenir la rondeur de la passe. On mesure, avant de
     baguer chaque range de ganse sur la passe, afin de ne point en
     trop perdre en rognant sur les bords, ou n'avoir pas  recommencer
     si, par hasard, un morceau se trouvait trop court.

     [Note 56: Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employe
      coudre les ganses soit bien assortie  celle des ganses, afin que
     l'oeil ne puisse point dcouvrir cette couture.]

     On pose ainsi une vingtaine de ranges  peu prs, en les baguant
     bien aprs la passe, et les btissant ensuite les unes aprs les
     autres. Arriv  ce point, il faut faire des _trcissures_,
     c'est--dire couper la ganse avant la fin du rang, et faire perdre
     le bout de cette ganse entre la ganse de la range prcdente et
     celle de la range suivante, de manire qu'elle ne forme pas de
     pli. On y parvient en mordant sur les deux lisires un peu
     fortement. Comme on travaille  l'envers, les parties excdantes ne
     paraissent pas quand les chapeaux sont retourns. Il est impossible
     d'indiquer le nombre de ces trcissures; elles dpendent de la
     forme du chapeau. On doit coudre la passe comme la forme, et les
     joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau de coton ainsi fabriqu
     est blanchi et apprt, il a l'apparence d'un chapeau de bois
     blanc, dit _paille de riz_; si la ganse est de soie, le chapeau a
     l'aspect de ceux de paille d'Italie. Il est bon de faire observer
     que le surjet des ganses doit tre fait prs aprs, de peur
     qu'elles ne s'cartent et se dcousent au blanchissage. On peut
     donner  ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour
     obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille, des
     chapeaux noirs, gris, etc.

     Il est bien vident que par le mme procd, c'est--dire avec des
     ganses faites avec du lin, chanvre et autres matires
     filamenteuses, on peut confectionner de semblables chapeaux; comme
     le mode d'opration est le mme, nous ne croyons pas devoir y
     revenir.
218

     _Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la chane est en baleine et
     la trame en soie, coton, ou toute autre matire filamenteuse
     retorse_. (Brevet d'invention de cinq ans accord, le 27 septembre
     1822, au sieur de BERNARDIRE (Achille),  Paris.)

     Ces chapeaux se font  l'aide d'une forme en bois; la chane est en
     baleine et la trame en soie, coton ou toute autre matire
     filamenteuse retorse; la trame se tourne autour de la chane, qui
     se trouve fixe sur la forme par le simple secours des doigts de la
     main.

     Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi, teint et
     apprt.

     Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient point des
     chapeaux  tresses ou  ganses, cependant, comme ils ne sont ni
     feutrs ni recouverts d'aucune toffe, nous avons cru devoir les
     ranger  la suite de ceux-ci.


     _Rcompenses accordes depuis 1798 jusqu'en 1827, lors des
     expositions des produits de l'industrie franaise,  la fabrication
     des chapeaux._

     L'exposition des produits de l'industrie franaise est une des plus
     belles conceptions humaines; elle peut tre considre comme un
     gnie vivificateur des sciences et des arts chimiques et
     industriels, au perfectionnement desquels elle prside, et comme un
     moyen certain de connatre toutes nos ressources et tous les
     progrs de l'industrie nationale. En parcourant les magnifiques
     produits qui sont exposs dans les galeries du Louvre, on croit
     tre transport dans ces palais enchants dus  l'imagination, des
219  potes, et dont on trouve de si brillantes descriptions dans les
     contes orientaux:  l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres,
     l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste plong dans une
     sorte d'extase de laquelle il ne sort que pour payer un culte
     d'estime et de reconnaissance  ces hommes laborieux, qui, par
     leurs talens, honorent et leur patrie et le sicle qui les vt
     natre; c'est dans ce sanctuaire des sciences et de l'industrie
     qu'on est vraiment fier d'tre Franais, et qu'aux yeux de l'Europe
     savante, le gentilltre ignorant est forc de courber avec respect
     son front humili devant le gnie des arts.

     On ne doit point oublier que c'est  l'un des hommes les plus
     illustres de nos jours, M. le comte Franois de Neufchteau, alors
     ministre de l'intrieur, que cette institution est due.

     Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit  excution en l'an
     VI (1798), au moment mme o les Anglais nous fermaient les mers.
     M. Franois de Neufchteau, par cette exposition, fit connatre 
     l'Europe entire toutes les ressources de notre belle France, et
     ralluma le flambeau de notre industrie que l'Angleterre cherchait 
     teindre. Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme
     clbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministre, comme
     ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte, fera toujours poque
     dans leurs annales.

     La premire exposition eut lieu au Champ-de-Mars; elle ne dura que
     trois jours.

     La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans la cour du
     Louvre, o, sous cent quatre portiques qui y furent levs, on
     plaa deux cent vingt-neuf exposans: sa dure fut de huit jours.

     La troisime eut lieu en l'an X (1802), sous le ministre de M. le
     comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante exposans.

     La quatrime, en 1806, sous le ministre de M. de Champagny: trois
220  mille quatre cent vingt-deux exposans furent placs sous cent
     vingt-quatre portiques qui furent construits sur la place des
     Invalides, et dans onze salles des ponts-et-chausses. Il fut
     distribu vingt-sept mdailles d'or, soixante-trois d'argent, et
     cinquante-trois de bronze.

     La cinquime eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante: on y vit
     avec tonnement les perfectionnemens immenses que la chimie avait
     produits sur presque toutes les branches de l'industrie; et l'on
     n'a point oubli le tmoignage flatteur que M. le comte Berthollet,
     d'illustre mmoire, et M. le comte Chaptal, reurent de Louis
     XVIII, pour la part qu'ils avaient prise  ces progrs. A cette
     exposition le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six
     mdailles en or furent distribues, ainsi que cent quarante-huit en
     argent, et cent quatorze en bronze.

     La sixime s'opra en 1823, et elle fut remarquable tant par la
     varit des produits que par le grand nombre d'exposans; il faut
     cependant avouer que la facilit avec laquelle on avait admis tant
     de futilits, de ces jolis riens, fruits du charlatanisme et de la
     cupidit, avait converti cette belle institution en une espce de
     bazar ou le rendez-vous des marchands qui venaient y distribuer
     leurs adresses. C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage
     d'attaquer; esprons qu'on finira par le draciner compltement.
     L'exposition de 1823 fut clbre par les produits de nos filatures
     en coton. C'est encore  cette exposition qu'on vit briller les
     arts chimiques, qui ont plac la France  la tte de toutes les
     nations.

     Enfin la septime exposition a eu lieu, depuis le 1er aot, sous
     des salles en bois, places dans la cour du Louvre et dans une
     partie de celles de ce superbe difice. Un concours immense
     d'trangers s'est empress d'y venir admirer la progression,
     toujours croissante, qui s'est opre, non seulement dans la
     quantit des produits, mais encore dans l'amlioration des procds
221  et les nombreuses applications qu'on a faites aux arts d'un grand
     nombre de dcouvertes; aussi voit-on avec transport des ouvrages
     qui semblent avoir dpass les bornes de l'esprit humain. Il faut
     tre tmoin de la beaut de ceux qui sont soumis  cette savante
     preuve, pour pouvoir juger de leur mrite. Toutefois, nous sommes
     forcs de convenir que cette exposition n'a t ni aussi nombreuse
     ni aussi varie que celle de 1823, puisqu'elle n'a compt
     qu'environ mille six cent cinquante exposans, dont plus de huit
     cents de Paris. Devons-nous attribuer ce dcouragement aux malheurs
     du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils que
     le jury ne les juge point avec impartialit? Qu'ils se rassurent:
     le talent et la loyaut de MM. Arago, Darcet, Gay-Lussac, Biot,
     Thnard, Malard, Brongniart, Hron de Villefosse, Oberkampf,
     Grard, Camille, Beauvais, etc., dont la rputation est europenne,
     doivent pleinement les rassurer.

     Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait dur que trois
     jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au lieu des mdailles
     qui furent dcernes dans les autres expositions, on n'accorda 
     celle-ci que des distinctions du _premier_, _second_ et _troisime_
     ordre.

     En 1801, on a dcern des mdailles d'or, d'argent et de bronze,
     ainsi que des mentions honorables. Le jury dclara en mme temps
     que les distinctions de _premier_ et de _second_ ordre de 1798
     quivalaient  des mdailles d'or et d'argent; il accorda ces
     rcompenses aux exposans de la premire exposition, qui
     rexposrent en 1801 leurs produits perfectionns.

     En 1802, les rcompenses furent les mmes. On dcida aussi que les
     fabricans qui, dans cette exposition, prsenteraient les produits
     des expositions prcdentes, dans le mme tat de perfectionnement,
     n'auraient pas une nouvelle mdaille, mais qu'un rappel de la
     dernire leur serait accord.
222
     En 1806,  ces quatre rcompenses, on en ajouta une cinquime sous
     le nom de _citation_; celle-ci vient aprs la _mention_. Un fait
     digne de remarque, c'est que, par une lsinerie bien mal entendue,
     on n'accorda qu'une mdaille  plusieurs fabricans qui furent
     obligs de la tirer au sort; mais on a regard tous les autres
     comme l'ayant eue, puisqu'il a t reconnu qu'ils l'avaient
     mrite.

     En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des dcorations
     et des titres de baron et des rcompenses pcuniaires.

     Ainsi les rcompenses sont ainsi gradues:

     _Citation_: c'est la plus infrieure;
     _Mention honorable_;
     _Mdaille en bronze_;
     _Mdaille en argent_;
     _Mdaille en or_;
     _Dcorations_;
     _Titres honorifiques_.

     On accorde aussi quelquefois des rcompenses pcuniaires. Quant aux
     fabricans dont les progrs se sont soutenus, sans s'tre accrus, on
     leur dcerne la mme mdaille, sous le titre de _Retour de la
     mdaille obtenue_.

     Nous allons maintenant faire connatre les fabricans qui ont obtenu
     des rcompenses depuis 1798 jusqu' nos jours. En jetant un coup
     d'oeil sur le tableau que nous allons prsenter, il sera ais de
     juger de l'influence que les expositions ont exerce sur cette
     branche de l'industrie franaise.


     _Exposans depuis 1798 jusqu' l'exposition de 1827._

     _Exposition de 1798._

     Aucun fabricant de chapeaux ne se prsenta  cette exposition.
223
     _Exposition de 1801._

     Il en fut de mme  celle-ci.

     _Exposition de 1802._

     C'est  dater de cette exposition que la chapellerie a commenc de
     figurer parmi les produits de l'industrie franaise. Les fabricans
     qui ont t les premiers  rpondre  ce noble appel sont:

     MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux;
     Bellegarde (Joseph), de Gaillac, _id._;
     Brouilland fils, _id._;
     Viot, de Marseille, _id._;
     Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.

     Aucune rcompense ne fut dcerne  la chapellerie.


     _Exposition de 1806_.

     Un grand nombre de fabricans suivirent cette anne l'impulsion dj
     donne, et cette exposition, si elle n'a pas t pour la
     chapellerie la plus brillante, a t du moins la plus nombreuse. On
     y vit figurer:

     MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux;
     Bernard an, de Moulins, _id._;
     Berthier (Franois), d'Issoudun, _id._;
     Beylard an, de Marmande, _id._;
     Boulanger, de Rennes, _id._;
     Bourdachon, d'Issoudun, _id._;
     Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, _id._
     Florentin, Couyre et Cie, pour les chapeaux de paille;
     Guiffray et Cie, de Lyon, _id._;
     Juhel, de Sens, _id._;
     Lamaique, d'Oleron, _id._;
     MM. Lamorte, pour les chapeaux;
     Meissonnier, id._;
     Monnereau, de Niort, id._;
     Pascal (Pierre), de Marseille, id._;
     Patoors, id._;
     Ribolet, de Lyon, id._;
     Roulis, d'Agen, id._;
     Sade, d'Anduze, id._;
     Sandrot (veuve), de Grenoble, id._
224

     De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent une mention
     honorable. Cet insuccs refroidit tellement le zle de ces
     fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions suivantes.


     _Exposition de 1819._

     Cette exposition fut moins nombreuse que la prcdente; on n'y vit
     figurer que:

     MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux:
     Brouilland fils, _id._;
     Chenard an, pre et fils, _id._
     Couyre, chapeaux en saule;
     Delouchant, _id._;
     Dormois et Cie, _id._;
     Guichardire, de Paris, _id._;
     Lamorte, _id._;
     Lauche (Antoine), _id._;
     Lantier an, _id._;
     Masclet, _id._;
     Maurisier, _id._;
     Poujal, _id._
     Thibault, pour chapeaux de paille;
     Vian-de-Mourche, de Marseille, _id._

     Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de mme de M.
     Guichardire, qui depuis a publi de fort bons mmoires sur la
225  fabrication des chapeaux. Il est  regretter que des encouragemens
     plus grands[57] n'aient pas t accords  la fabrique de madame
     veuve Reyne,  Valence, dpartement de la Drme, qui, en 1822,
     reut une mdaille d'argent de la Socit d'encouragemens pour
     l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruine fut force
     d'abandonner cette exploitation. Nous avons fait connatre le
     rapport que fit  ce sujet M. Sylvestre.

     [Note 57: Madame Reyne avait demand au gouvernement une somme de
     12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accorde par le ministre de
     l'intrieur, le 12 avril 1820.]


     _Exposition de 1823._

     Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens exacts sur le
     nombre des exposans de cette anne; nous n'avons pu connatre que
     ceux qui reurent quelques rcompenses. Ce furent:

     Mesdames _Manceaux_, qui obtinrent une mdaille d'argent pour des
     chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; et pour d'autres
     chapeaux en tresses de coton, imitant la _paille de riz_.

     M. Dupr, de Lagnieux, fut mentionn honorablement pour ses
     chapeaux de paille faon d'Italie.

     Madame _Milcent-Scherckenbick_, mention honorable pour des
     chapeaux, dits impermables, tresss en soie et en lin de diverses
     couleurs.


     _Exposition de 1827._

     La mdaille d'argent accorde aux dames Manceaux parat avoir t
     un puissant stimulant pour les autres fabricans; aussi l'exposition
     de 1827 ayant t la plus brillante pour la chapellerie, le jury
     a-t-il eu un bien plus grand nombre de rcompenses  dcerner. Nous
     allons les prsenter en commenant par les plus fortes, et
     descendant graduellement aux plus faibles.
226
     _Mdailles d'argent._

     Mesdames Manceaux qui l'avaient galement obtenue en 1823.
     M. Dupr, pour chapeaux de paille faon d'Italie.

     _Mdailles de bronze._

     MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux de paille, imitant
     ceux de Florence.

     _Mentions honorables._

     La maison centrale de Bictre de Paris, pour des chapeaux de paille.
     M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en poil de veau.
     M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre.
     M. Lenoir (piphane), pour des chapeaux en laine, bien fabriqus et
              bas prix.
     Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux impermables en soie
             et en lin.

     _Citations._

     MM. Davilla et Dabb, pour des chapeaux impermables.
     M. Dulong-Miergue, _id._
     M. Wansbroug, _id._
     M. Savornin, pour des chapeaux lastiques.


     [Illustration: outillage de chapellerie.]



     [Illustration; outillage de chapellerie.]

227



                              VOCABULAIRE

     DES PRINCIPALES OPRATIONS ET INSTRUMENS EMPLOYS DANS LA
     FABRICATION DES CHAPEAUX.

     _Acides._

     Substances composes qui ont gnralement une saveur acide,
     rougissent la teinture de tournesol et la plupart des couleurs
     bleues vgtales, et forment une classe de corps connus sous le nom
     de sels, en s'unissant avec les bases salifiables. Ils sont le
     rsultat de l'union de certains corps avec l'oxigne, et alors ils
     sont appels _oxacides_, ou bien avec l'hydrogne, et alors ils
     sont connus sous le nom d'_hydracides_; enfin, ils peuvent tre le
     rsultat de la combinaison de certains corps entre eux sans oxigne
     ni hydrogne, tels que le _chlore_ avec le _bore_; acide
     _chloro-borique_, etc. Nous allons indiquer les acides qui sont
     employs dans la chapellerie.

     _Acide actique_. C'est le vinaigre  l'tat de puret.

     _Acide citrique_. C'est l'acide des citrons.

     _Acide muriatique_ ou _hydro-chlorique_, form par le chlore et
     l'hydrogne. Cet acide donne lieu aux sels muriats ou
     hydro-chlorates.

     _Acide nitrique_ ou _eau forte_. Acide extrait du nitrate de
     potasse (sel de nitre). Il est compos d'azote et d'oxigne.

     _Acide sulfurique_ (huile de vitriol). Obtenu par la combustion du
     soufre dans de grandes chambres de plomb. Il est compos d'oxigne
     et de soufre.

     _Acide tartrique_. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue le
     sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule de potasse (crme
     de tartre).

     _Alcalis._

     _Alcali._ Substances qui verdissent la plupart des couleurs bleues
     vgtales, ont une saveur cre et urineuse, saturent les acides et
     forment avec eux des sels.

     _Air atmosphrique_. Fluide lastique qui, abstraction faite de
     toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, enveloppe
     de toute part le globe terrestre, s'lve  une hauteur inconnue,
     pntre dans les abmes les plus profonds, fait partie de tous les
     corps, et adhre  leur surface. Il est compos de 0,79 azote et
     0,21 oxigne; plus 0,01 d'acide carbonique.

     _Actate de cuivre (sous-)_. Vert-de-gris. Sel compos d'acide
     actique avec excs d'oxide de cuivre.

     _Actate de cuivre_. Sel compos d'acide actique et d'oxide de
     cuivre dans un tat de neutralisation.

     _Actate de fer_. Sel compos d'acide actique et d'oxide de fer.

     _Apprt de chapeaux._

     Introduction d'une colle qui, tout en laissant  l'toffe sa
     flexibilit, en agglutine les parties feutres, la rend plus
     consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver la forme
     qu'on lui donne.

     _Appropriage des chapeaux._

     Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, n'ont ni
     ce brillant, ni cette douceur qui en constituent la beaut. Ce sont
     ces qualits qu'on leur donne par l'_appropriage_. Quant aux
     feutres destins  la coiffure, on se borne  les passer au fer ou
      les mettre en presse afin de les _catir_, comme les tissus de
     laine.

     _Aron (de l')._

     L'aron est une espce d'archet d'une grande dimension, qu'on
     suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
     toutes les directions possibles. Cet archet est situ au-dessus
     d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serre
     pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
     claie; on fait entrer la corde de l'aron dans le tas, et, sans
     qu'elle en sorte, on la met en jeu  l'aide d'une _coche_, sorte de
     fuseau en bois dur, termin  chaque extrmit par un bouton en
     forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce boulon,
     et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
     qu'elle entre en vibrations d'autant plus acclres, que le
     mouvement de l'aronneur a t plus brusque. L'ouvrier a soin
     d'lever ou d'abaisser l'aron.

     _Agnelins._

     Laine provenant des agneaux.

     _Arrachage ou tirage du poil du livre._

     Dans cette opration, les dcoupeuses pincent le duvet entre le
     pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
     elles, le duvet est emport, et presque tout le jarre reste sur la
     peau. Cet arrachage complte l'jarrage.

     _Assortiment._

     Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme semblable 
     celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu
     plus haute que celle du dressage  la foule, afin que la ficelle
     n'occupe pas le mme point que celui o elle se trouvait  la
     foule, et d'viter ainsi les compressions du feutre qui produisent
     des espces d'tranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on
     appelle baisser le lien.

     _Avancer  la main._

     Synonyme de marcher  la foule; cette dnomination vient de ce que
     la majeure partie de ce travail se fait avec les mains nues.

     _Atteint de foule._

     C'est lorsque le feutre a atteint la _taille prescrite_, et qu'il
     n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre foulage.

     _Bassin et du btissage (du)._

     Cette opration est une des principales de la chapellerie; elle
     doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
     continue point  tre expos aux exhalaisons produites pendant
     l'aronnage. On donne le nom de _bassin_  un tabli en bois dur et
     bien uni; et celui de _feutrire_,  une forte toile d'Alenon. On
     mouille alors la feutrire soit avec une brosse, soit avec une
     poigne de brin d'osier, de bruyre ou bien avec un petit balai de
     riz; quand elle est suffisamment humide, on y place quelques carrs
     de papier pais et souple, on les recouvre de la partie pendante,
     et on roule le tout afin que la moiteur se distribue galement. En
     cet tat, l'ouvrier droule la feutrire, et, aprs en avoir tir
     les papiers, il l'arrange, comme nous l'avons dj dit,
     c'est--dire une moiti sur le bassin, et l'autre pendante sur le
     devant. Tout tant ainsi prpar, l'ouvrier tend sur la feutrire
     les pices les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien
     tendre, et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque
     pice, et, aprs l'avoir lgrement arrose, il place une feuille
     du papier prcit; enfin la dernire pice est couverte par la
     moiti de la feutrire reste pendante.

     On travaille les pices jusqu' ce qu'on reconnaisse 1 qu'elles
     sont devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point
     s'ouvrir ou s'tendre; 2 qu'elles sont en mme temps assez molles
     pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de
     manire  ne plus former qu'un seul et mme feutre. C'est ce qu'on
     nomme _btir un feutre_.

     _Bassin de l'apprt._

     Cette opration a pour but de dbarrasser la surface des feutres de
     l'excs d'apprt qui s'y trouve et qui tient les poils colls entre
     eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas t soumis au
     bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
     faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'goutte
     ensuite, on l'essuie, on en dgage le poil et on le fait scher 
     l'tuve pour le soumettre  l'appropriage.

     _Banc de foule._

     Banc inclin, plac autour de la chaudire, sur lequel les ouvriers
     oprent le foulage des feutres.

     _Border la peau._

     C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.

     _Bourser l'toffe._

     C'est lui faire faire des poches quand le btissage n'est pas bien
     conduit.

     _Brunissure._

     Synonyme de teinture.

     _Cartonnage (du)._

     Cette opration consiste  coller au fond du chapeau du papier
     fort, et un autre plus lger autour de la forme.

     _Carrelet._

     Espce de petite carde en fer qui sert  dvelopper le duvet des
     chapeaux.

     _Chapeaux mi-poils._

     Le mot demi-poil annonce que cette dorure est suprieure  celle
     des feutres dors ordinaires et infrieure  celle des oursons.
     Cette qualit tient donc un juste milieu entre les deux autres. Les
     deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes de
     l'art, _premire_ et _seconde pose_.

     _Chapeaux oursons._

     Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. Le mot
     ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le velu, sont compars 
     la peau de l'ours, quoiqu'il s'en faille de beaucoup que leur poil
     soit aussi long.

     _Chapeaux plumets._

     Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bords_, etc., ne
     diffrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
     d'un ct ou seulement sur les bords, etc.

     _Chaude._

     La _chaude_ est galement connue sous le nom de _plonge_ ou de
     _feu_; sa dure est de une heure et demie  deux heures.

     _Chiquettes,_

     Parties retranches de la peau.

     _Citrate de fer._

     Sel compos d'acide citrique et d'oxide de fer.

     _Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse (tritoxide de fer)._

     Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
     fusible que le fer, indcomposable par le calorique non magntique,
     se rduisant par le fluide lectrique, insoluble dans l'eau. Il est
     le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, etc.

     _Colle de poisson (ichtyocolle)._

     Ce sont les vsicules ariennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
     LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
     On nettoie ces vsicules, on les roule sur elles-mmes, et on les
     fait scher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
     bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette.

     _Colle-forte, colle de Flandre._

     C'est ainsi qu'on nomme la glatine qu'on retire des oreilles et
     pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
     blanches de ces divers animaux. Cette colle est coule en tablettes
     sches, cassantes, brunes, jauntres, rougetres, transparentes ou
     demi-transparentes, suivant leur degr de puret et le soin qu'on a
     pris de la prparation.

     Cristaux de Vnus. _Voyez_ actate de cuivre.

     _Couperose bleue, cuivre vitriol, vitriol bleu, vitriol de cuivre,
     vitriol de Chypre, etc. (sulfate de deutoxide de cuivre)._

     Ce sel est inodore, d'une saveur cre et trs styptique, en
     cristaux bleus transparens, irrguliers, et quelquefois en
     octadres et dcadres, jouissant de la double rfraction,
     lgrement efflorescens, et offrant alors une matire pulvrulente
     d'un blanc verdtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
     subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en prcipite l'oxide
     qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
     bleue. On dsigne cette prparation par le nom d'_eau cleste_. Il
     est compos d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.

     _Couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol martial, mars
     vitriol, etc. (Sulfate de fer)._

     Rcemment cristallis, ce sel est en prismes rhombodaux, d'un beau
     vert d'meraude, transparent, et s'effleurissant  l'air en
     absorbant son oxigne; il se convertit alors en sulfate de
     tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
     prcits. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
     dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
     douze de ce sel. Il est compos d'acide sulfurique et de fer.

     _Croise  la foule_

     Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est oblig de faire pour
     rouler le feutre successivement sur tous les cts que prsente sa
     figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.

     _Dcatir._

     C'est dbrouiller le poil au moyen d'une carde.

     _Dgalage._

     Le poil des peaux est souvent rempli de poussire et de corps
     trangers dont il importe de le dbarrasser: c'est ce qu'on nomme
     en termes de l'art, _dgaler_. On pratique cette opration au moyen
     d'une espce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
     L'ouvrier promne doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
     la peau avec une baguette du ct oppos; il continue ces deux
     oprations jusqu' ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
     sorte plus de poussire.

     _Dorure._

     C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface des
     feutres.

     _Dressage._

     C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner la
     forme convenable.

     _barbage ou jarrage._

     Les poils de castor, de lapin, de livre, etc., sont composs de
     duvet et de jarre. Les fabricans ont employ divers moyens pour
     sparer ce jarre du duvet.

     Les mots barbage et jarrage semblent  peu prs synonymes;
     cependant il existe entre eux une petite diffrence. Nous avons
     dj dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhre
     moins  la peau que le duvet; c'est en raison de cette proprit et
     vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache  l'arracher;
     c'est ce qu'on nomme _jarrage_, tandis que l'_barbage_ s'y
     applique aussi, mais plus communment aux peaux de livre dont le
     jarre est plus adhrent au cuir que le duvet.

     _Enficelage (l')._

     Aprs avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les formes
     convenables et les avoir arrts avec une ficelle, on les plonge
     dans un bain d'eau bouillante pure pour les dgorger et extraire la
     crme de tartre que le poil peut contenir; aprs les avoir tenus
     quelques instans dans la chaudire couverte, on les relire et on
     les pose sur des plateaux semblables  ceux de la foule, et ayant 
     leur extrmit infrieure un rebord qui porte l'eau qui s'coule
     des feutres hors de la chaumire. C'est alors qu'on tire le feutre
     sur la forme, jusqu' ce qu'il y soit bien appliqu et qu'il
     n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle vers le
     milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant qu'on serre
     mdiocrement.

     _jarrage._

     Cette opration est galement connue sous le nom d'arrachage.

     _Feutres._

     Matires employes pour la fabrication des chapeaux qui ont t
     converties par le btissage en une sorte d'toffe qu'on nomme
     feutre.

     _Feutres dits poils flamands._

     Cette dnomination leur vient de ce que primitivement ce mode de
     prparation a t import des fabriques de Flandre. Ce feutre est
     le plus souvent fait avec du poil de livre pur et est bross avec
     le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dgage un poil trs
     long et uni, qui en constitue la qualit et en fait la principale
     beaut.

     _Feutres dors._

     On donne le nom de _feutres dors_  ceux d'une qualit ordinaire
     ou infrieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
     mince de matire ou poils plus fins.

     _Feutres grigneux._

     Nous avons dj fait connatre ce qu'on doit entendre par grigne;
     nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, aprs
     avoir t couls et presss entre les doigts, en les faisant
     glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
     asprits et ce grain qui constituent la grigne. Ce dfaut
     reconnat pour cause: 1 un btissage trop court donn au feutre
     par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement  la
     dimension dsire; 2 un vice du mlange qui a produit une toffe
     trop tendre pour tre btie plus grand.

     _Feutres caills._

     Ces feutres, aprs leur confection, et presss entre les doigts
     comme ci-dessus, offrent des points o l'toffe a si peu de
     consistance qu'elle est sur le point de se _dfeutrer_ ou, si l'on
     veut, de voir cesser l'adhrence et l'entrecroisement du duvet qui
     est le rsultat du btissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
     dfaut provient de ce que le feutre ayant t bti trop grand, et
     se trouvant atteint de foule avant que d'tre rduit aux dimensions
     demandes, l'ouvrier a continu de les fouler dans l'espoir de l'y
     rduire; ou bien, lorsqu'ayant t bti dans de justes proportions,
     l'toffe trop veule s'est carte au bassin et caille vers la fin
     du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est port 
     l'excs, il occasionne des gerures et des trous. On dit alors que
     l'toffe a lch.

     _Feutre  plume._

     Les feutres dits _ plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
     on fait usage du plus beau poil de livre et de celui de castor. En
     gnral, on n'applique cette dorure que lorsque le feutre a t
     foul, avec cette diffrence du procd des feutres dors, que pour
     ceux  plume on applique plusieurs couches de poil ou dorure.

     _Foule (de la)._

     Le feutre, aprs l'opration du btissage, est bien loin d'avoir la
     consistance, la force et la solidit convenables pour lui assurer
     quelque dure; on lui donne ces qualits au moyen de la _foule_,
     qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mmes et resserre
     ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
     ou, en termes de l'art, plus toff. Les poils, en prenant ce
     nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
     l'toffe se rtrcit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
     du btissage, doit avoir un tiers ou double de l'tendue qu'il aura
     aprs la foule. Ce nouveau feutrage s'opre toujours  chaud au
     moyen de quelques agens qui augmentent la qualit feutrante des
     matires sans qu'on ait encore dtermin chimiquement ce nouveau
     mode d'action.

     _Flambage._

     Les chapeaux  plume, de quelque genre qu'ils soient, sont
     _flambs_ avant de recevoir la premire pose. Pour cela, quand
     l'ouvrier a rduit le fond  la taille o il doit doit tre _pos_,
     il l'goutte le plus possible  l'aide du roulet, et fait passer
     au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
     lesquelles les poses doivent tre appliques, afin de les
     dbarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient 
     l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne aprs ce
     flambage, un lger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
     surfaces.

     _Fumerette._

     Toile mouille qu'on met sur le feutre pour le ramollir.

     _Gomme arabique._

     Cette gomme est de mme nature que celle qui suinte des corces des
     abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
     gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
     saveur fade, transparente, incolore, quand elle pure, jaune d'or,
     ou plus ou moins rougetre lorsqu'elle est unie  des corps
     trangers.

     _Grigne._

     Asprits qu'on aperoit sur les feutres quand ils ne sont pas bien
     tirs.

     _Indigo._

     Cette matire colorante est fournie par les feuilles de plusieurs
     plantes presque toutes ranges dans le genre auquel, en raison de
     cette proprit, on a donn le nom d'indigotifera. Les vgtaux
     d'o on le retire plus particulirement sont:

     1 L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espce en
     fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
     beau.

     2 L'_indigotifera tinctoria_, indigotier franais; c'est celle qui
     en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous.

     3 L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
     plus leve et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
     prcdent.

     4 L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
     d'oxidation.

     Ces plantes sont indignes des Indes et du Mexique, d'o on les a
     transportes dans les deux Amriques,  la Chine, au Japon, 
     Madagascar, en gypte, etc.

     _Jarre._

     Poil noirtre et brillant qui est trs gros, qui ne se feutre
     point.

     _La lustre._

     Brosse-lustre employe pour le lustrage des chapeaux; il y a aussi
     des brosses demi-lustre.

     _Manicles._

     Sorte d'instrument compos de semelles de cuir, au moyen duquel
     l'ouvrier plonge, sans se brler, les feutres drouls dans la
     chaudire  chaque roulement, et mme les feutres dont le roulement
     est termin; le feutre est alors trs chaud.

     _Noix de Galles._

     On donne ce nom  une excroissance ronde produite sur les bourgeons
     du _quercus infectoria_ de Linne, par la piqre d'un insecte nomm
     par le mme naturaliste _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
     _diplolepsis gallae tinctoria_. Ce chne est trs commun dans toute
     l'Asie mineure; on le trouve depuis les ctes de l'Archipel
     jusqu'aux frontires de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en
     Syrie, etc.

     _Oxigne._

     Gaz qui entre pour vingt-un centimes dans la composition de l'air
     atmosphrique, et qui, en s'unissant aux substances mtalliques,
     les fait passer  l'tat d'oxides ou rouilles.

     _Pelotes rouges et noires._

     Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
     boule qu'on lui donne dans les balles qui servent  ce transport;
     il est d  des chvres d'une espce particulire de la Turquie
     asiatique. Il existe une diffrence notable entre les pelotes
     rouges et noires. Ces dernires se feutrent plus aisment, mais en
     revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chvres du
     Thibet ont aussi un duvet trs fin, outre le jarre. On a constat
     que nos chvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte de laine
     excellente pour la chapellerie.

     _Pelote._

     Morceau de panne rembourre qu'on passe sur les feutres.

     _Pice._

     La _pice_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour faire
     sortir le liquide et les impurets que peut contenir le feutre.

     _Plonge._

     On appelle plonge ou chaude, en chapellerie, ce que les
     teinturiers ordinaires appellent feu. La dure de chaque plonge ou
     feu est d'une heure et demie  deux heures.

     _Poucier._

     C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert  le garantir du
     tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre ce mme
     tranchant avec ce doigt.

     _Robage (le)_

     On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux  plume;
     quant aux chapeaux  poil ordinaire, on les robe, c'est--dire
     qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau de peau de
     chien de mer, afin de produire un poil court, pais et fin.

     _Schakos._

     Le schako est une coiffure particulire aux troupes et qui prend
     diverses formes cylindriques, tantt dcroissant lgrement  la
     partie suprieure, et tantt au contraire s'largissant beaucoup.
     Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
     ils peuvent l'tre aussi avec la peluche de soie, le coton, le
     crin, le cuir, et gnralement de la mme manire que les divers
     chapeaux que nous avons numrs. A proprement parler les schakos
     sont des chapeaux d'une forme particulire, sans rebord, ayant la
     calotte en cuir et munis souvent d'une visire en cuir verni.

     _Scrtage._

     Le scrtage est une opration qu'on fait subir aux poils pour
     augmenter leur proprit feutrante. Ds le principe on employait en
     France  cet effet, mais avec un faible succs, une dcoction de
     racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
     1730 qu'un ouvrier chapelier, nomm Mathieu, porta d'Angleterre le
     procd du scrtage des peaux au moyen du nitrate de mercure.

     _Tournesol en pain._

     On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphin,
     etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
     orcina_ d'Achard. Le procd consiste  pulvriser les feuilles de
     ces lichens,  en faire une pte avec de l'urine et la moiti de
     leur poids de cendres graveles, en ayant soin d'ajouter de l'urine
      mesure qu'elle s'vapore. Au bout de quarante jours de
     putrfaction, ce mlange acquiert une couleur pourpre; on le met
     alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine; c'est
     alors que se dveloppe la couleur bleue. Alors on divise cette pte
     et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernire
     prparation, on fait entrer dans la composition de cette pte,
     ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
     consistance, et on la rduit en petits pains qu'on fait scher.

     _Violon._

     Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize  dix-huit
     cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
     retenues par leurs extrmits dans deux tasseaux percs d'un nombre
     suffisant de trous distans de deux  trois pouces les uns aux
     autres. Les cordes ainsi disposes fouettent aisment quand l'un
     des tasseaux tant fix au plancher, le cardeur frappe  coups
     redoubls devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
     d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
     de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
     le mlange s'opre galement; il continue  fouetter jusqu' ce que
     les diverses matires soient bien mlanges, ce qu'en termes de
     l'art on nomme _effaces_.


     FIN.




                          TABLE DES MATIRES.


Agnelins                                                            9
Acide actique                                                     23
--    citrique                                                     25
--    hydrochlorique                                               29
--    nitrique (eau forte)                                         30
--    sulfurique (huile de vitriol)                                31
--    tartrique                                                    33
Actate de cuivre (sous-)                                          43
--    de cuivre                                                    44
--    de fer                                                       45
Arrachage ou tirage du poil de livre                              76
Aron (de l')                                                      87
Assortiment de chapeaux                                           114
Apprt de chapeaux                                                129
--     (application de l')                                        130
--     (bain d')                                                  130
--     (bassin de l')                                             132
Appropriage                                                       133
Apprt de paille                                                  180
Bois de campche ou d'Inde                                         33
--   de fustet                                                     34
--   jaune                                                         35
Bleu de Prusse                                                     46
Bassin et btissage (du)                                           90
Blanchiment de la paille                                          174
De la chapellerie en France                                        21
Colle forte et de Flandre                                          35
--   de poisson                                                    36
Colcotar                                                           43
Cristaux de Vnus                                                  44
Citrate de fer                                                     46
Couperose verte                                                    48
--        bleue                                                    48
Chapeaux feutrs                                                   51
Coupage des poils de lapin                                         74
--         --     de castor                                        76
Classement des peaux                                               64
Cardage                                                            85
Chapeaux oursons ou  poils                                       107
--       (perfectionns par M. Borradailles)                      145
--       (perfectionns par M. Chaming Moore)                     145
--       avec le duvet des chvres de Cachemires                  147
--       de poil de loutre                                        149
--       mls de soie                                            152
Chapeaux de soie                                                  157
--       perfectionns par M. John Wilcox                         159
--       en soie feutre impermables de Mierque et Drulhon        160
--       en peluche, soie ou coton                                162
--       en tissu de coton et en toutes sortes d'toffes
                                              filamenteuses       163
--       perfectionns par M. Mayhew et White                     165
--       de paille                                                171
--       en baleine de A. de Bernardire                          218
Cartonnage          135
Description des matires employes pour la fabrication des
                                                      chapeaux.     1
Dgalage                                                           53
Dressage des chapeaux                                             101
barbage ou jarrage                                               53
--      des peaux de lapin                                         54
--            --  de castor                                        56
--            --  de livre                                        57
--      (rapport fait au comit des arts chimiques, sur l')
                de M. Malartre, par M. Cadet de Gassicourt
Enficelage                                                        114
Eau de lustrage                                                   135
Exposition des chapeaux                                           223
Foule (de la)                                                      94
Feutres grigneux                                                   99
--      caills                                                   99
--      divers                                                    103
--      unis                                                      103
--      dits poils flamands                                       103
--      dors                                                     104
--       la plume                                                106
Gomme arabique                                                     36
--    de Bassora                                                   37
--    du Sngal                                                   37
Garniture des chapeaux                                            136
Hydro-ferro-cyanate de fer                                         46
--              --  de potasse                                     47
Indigo                                                             37
Laines (des)                                                        1
connaissance et choix pour la chapellerie
Laine des agneaux                                                   9
--    des antenois                                                 10
--    de vigogne                                                   10
--    de mouton cachemire                                          11
Machine propre  ouvrir et nettoyer la laine                       57
--    couper le poil des peaux, par M. Collin                     77
Mlange des matires feutrantes                                    83
--   des poils flamands                                            84
Moyens propres  extraire le jarre du duvet des
peaux, par M. Malartre                                             63
Mthode pour vernir les chapeaux impermables                     146
Noix de Galles                                                     41
Nitrate de mercure                                                 47
Nouveaux procds de M. Guichardire                              137
--             --    par M. Perrin                                143
Observations sur le poil des peaux de lapin                        23
Oxide d'arsenic                                                    42
--    de fer, ou colcotar                                          43
Poil de lapin                                                      11
--   de lapin angora                                               12
--   de lapin sauvage ou de garenne                                12
--   de livre                                                     14
--   de castor                                                     16
--   de loutre                                                     17
--   de chameau                                                    19
Pelotes rouges et noires                                           19
Puret et falsification des vinaigres                              28
Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux         110
Remarques sur l'emploi des fourrures pour la chapellerie           20
Rcompenses accordes aux fabricans de chapeaux aux expositions   218
Rglement concernant la fabrication des chapeaux en France         22
Rouge d'Angleterre                                                 43
Robage                                                            114
Sulfate de cuivre                                                  48
--       de fer                                                    48
Scrtage                                                          65
--       (nouveau procd de), par MM. Malard et Desfosss         68
--       (rapport sur ce procd)                                  69
Schakos                                                           166
--       en cuir poli                                             167
--       (procd pour les reteindre)                             170
Tartrate de fer                                                    45
Tournesol                                                          49
Tonte des poils                                                    73
Teinture de la paille                                             175
--       en bleu                                                  177
--       en jaune                                                 177
--       en noir                                                  177
--       des chapeaux                                             109
Tressage des pailles                                              178
Teinture pour 300 chapeaux                                        115
--       pour 200 chapeaux, de Morel                              118
--       (par Guichardire)                                       121
--       (par Buffum)                                             123
--       par Pinard                                               124
--       (procds de) de Trieste                                 125
--       (_idem_) des Napolitains                                 127
Vert-de-gris                                                       43
Vocabulaire.                                                      227


                             FIN DE LA TABLE.


____________________________
IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIRE,
RUE DU COLOMBIER, N 30.











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chapeaux en tous genres, by Jean-Sbastien-Eugne Julia de Fontenelle

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Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
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array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
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Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
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