The Project Gutenberg EBook of Le positivisme anglais, by Hypolite Taine

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Le positivisme anglais
       Etude sur Stuart Mill

Author: Hypolite Taine

Release Date: February 9, 2006 [EBook #17734]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE POSITIVISME ANGLAIS ***




Produced by Marc D'Hooghe.




LE POSITIVISME ANGLAIS

TUDE SUR STUART MILL

par

HIPPOLYTE TAINE

1864


       *       *       *       *       *


PRFACE


Lorsque cette tude parut pour la premire fois, M. Stuart Mill me fit
l'honneur de m'crire qu'on ne pouvait donner en peu de pages une ide
plus exacte et plus complte du contenu de son livre, comme corps de
doctrine philosophique. Seulement, ajoutait-il, je crois que vous vous
trompez en regardant ce point de vue comme particulirement anglais. Il
le fut dans la premire moiti du XVIIIe sicle,  partir de Locke, et
jusqu' la raction contre Hume. Cette raction, commence en cosse, a
revtu depuis longtemps la forme germanique, et a fini par tout envahir.
Quand j'ai crit mon livre, j'tais  peu prs seul de mon opinion, et,
bien que ma manire de voir ait trouv un degr de sympathie auquel je
ne m'attendais nullement, on compte encore en Angleterre vingt
philosophes  priori et spiritualistes contre chaque partisan de la
doctrine de l'Exprience.

Cette remarque est fort juste; moi-mme j'avais pu la faire, ayant t
lev dans la philosophie cossaise et parmi les livres de Reid. Ma
seule rponse est qu'il y a des philosophes qui ne comptent pas, et que
tous ceux-l, Anglais ou non, spiritualistes ou non, on peut les
ngliger sans grand dommage. Tous les demi-sicles, et plus
ordinairement tous les sicles ou tous les deux sicles, parat un homme
qui _pense_: Bacon et Hume en Angleterre, Descartes et Condillac en
France, Kant et Hegel en Allemagne; le reste du temps la scne reste
vide, et des hommes ordinaires viennent la remplir, offrant au public ce
que le public dsire, sensualistes ou idalistes, selon la direction du
temps, suffisamment instruits et habiles pour tenir le premier rle,
capables de rajeunir les vieux airs, exercs dans le rpertoire, mais
dpourvus de l'invention vritable, simples excutants qui succdent aux
compositeurs. En ce moment, la scne est vide en Europe. Les Allemands
transcrivent ou transposent le vieux matrialisme franais; les
Franais, par habitude et dans une demi-somnolence, coutent avec un air
un peu ennuy et distrait les morceaux de bravoure, les belles phrases
loquentes que l'enseignement public leur rpte depuis trente ans. Dans
ce grand silence, et parmi ces comparses monotones, voici un matre qui
s'avance et qui parle. On n'a rien vu de semblable depuis Hegel.

Janvier 1804.




TUDE

SUR STUART MILL


I

J'tais  Oxford l'an dernier, pendant les sances de la _British
Association for the advancement of learning_, et j'y avais trouv, parmi
les rares tudiants qui restaient encore, un jeune Anglais, homme
d'esprit, avec qui j'avais mon franc-parler. Il me conduisait le soir au
nouveau musum, tout peupl de spcimens: on y professe de petits cours,
on met en jeu des instruments nouveaux: les dames y assistent et
s'intressent aux expriences; le dernier jour, pleines d'enthousiasme,
elles chantrent _God save the Queen_. J'admirais ce zle, cette
solidit d'esprit, cette organisation de la science, ces souscriptions
volontaires, cette aptitude  l'association et au travail, cette grande
machine pousse par tant de bras, et si bien construite pour accumuler,
contrler et classer les faits. Et pourtant dans cette abondance il y
avait un vide: quand je lisais les comptes rendus, je croyais assister 
un congrs de chefs d'usines; tous ces savants vrifiaient des dtails
et changeaient des recettes. Il me semblait entendre des contrematres
occups  se communiquer leurs procds pour le tannage du cuir ou la
teinture du coton: les ides gnrales taient absentes. Je m'en
plaignais  mon ami, et le soir, sous sa lampe, dans ce grand silence
qui enveloppe l-bas une ville universitaire, nous en cherchions tous
deux les raisons.



II

Un jour, je lui dis:--La philosophie vous manque, j'entends celle que
les Allemands appellent mtaphysique. Vous avez des savants, vous n'avez
pas de penseurs. Votre Dieu vous gne; il est la cause suprme, et vous
n'osez raisonner sur les causes par respect pour lui. Il est le
personnage le plus important de l'Angleterre, je le sais, et je vois
bien qu'il le mrite; car il fait partie de la constitution, il est le
gardien de la morale, il juge en dernier ressort dans toutes les
questions, il remplace avec avantage les prfets et les gendarmes dont
les peuples du continent sont encore encombrs. Nanmoins ce haut rang
a l'inconvnient de toutes les positions officielles; il produit un
jargon, des prjugs, une intolrance et des courtisans. Voici tout prs
de nous le pauvre M. Max Millier qui, pour acclimater ici les tudes
sanscrites, a t forc de dcouvrir dans les Vdas l'adoration d'un
dieu moral, c'est--dire la religion de Paley et d'Addison. Il y a
quinze jours,  Londres, je lisais une proclamation de la reine qui
dfend aux gens de jouer aux cartes, mme chez eux, le dimanche. Il
parat que, si j'tais vol, je ne pourrais appeler mon voleur en
justice sans prter le serment thologique pralable; sinon, on a vu le
juge renvoyer le plaignant, lui refuser justice et l'injurier par-dessus
le march. Chaque anne, quand nous lisons dans vos journaux le discours
de la couronne, nous y trouvons la mention oblige de la divine
Providence; cette mention arrive mcaniquement, comme l'apostrophe aux
dieux immortels  la quatrime page d'un discours de rhtorique, et vous
savez qu'un jour la priode pieuse ayant t omise, on fit tout exprs
une seconde communication au parlement pour l'insrer. Toutes ces
tracasseries et toutes ces pdanteries indiquent  mon gr une monarchie
cleste; naturellement celle-ci ressemble  toutes les autres: je veux
dire qu'elle s'appuie plus volontiers sur la tradition et sur l'habitude
que sur l'examen et la raison. Jamais monarchie n'invita les gens 
vrifier ses titres. Comme d'ailleurs la vtre est utile, voulue et
morale, elle ne vous rvolte pas; vous lui restez soumis sans
difficult, vous lui tes attachs de coeur; vous craindriez, en la
touchant, d'branler la constitution et la morale. Vous la laissez au
plus haut des cieux parmi les hommages publics; vous vous repliez, vous
vous rduisez aux questions de fait, aux dissections menues, aux
oprations de laboratoire. Vous allez cueillir des plantes et ramasser
des coquilles. La science se trouve dcapite; mais tout est pour le
mieux, car la vie pratique s'amliore, et le dogme reste intact.



III

--Vous tes bien Franais, me dit-il; vous enjambez les faits, et vous
voil de prime saut install dans une thorie. Sachez qu'il y a chez
nous des penseurs, et pas bien loin d'ici,  Christ-Church par exemple.
L'un d'eux, professeur de grec, a parl si profondment de
l'inspiration, de la cration et des causes finales, qu'on l'a
disgraci. Regardez ce petit recueil tout nouveau, _Essays and Reviews_;
vos liberts philosophiques du dernier sicle, les conclusions rcentes
de la gologie et de la cosmogonie, les hardiesses de l'exgse
allemande y sont en raccourci. Plusieurs choses y manquent, entre
autres les polissonneries de Voltaire, le jargon nbuleux d'outre-Rhin
et la grossiret prosaque de M. Comte;  mon gr, la perle est petite.
Attendez vingt ans, vous trouverez  Londres les ides de Paris et de
Berlin.--Mais ce seront les ides de Paris et de Berlin. Qu'avez-vous
d'original?--Stuart Mill.--Qu'est-ce que Stuart Mill?--Un politique. Son
petit crit _On liberty_; est aussi bon que le _Contrat social_ de votre
Rousseau est mauvais.--C'est beaucoup dire.--Non, car Mill conclut aussi
fortement  l'indpendance de l'individu que Rousseau au despotisme de
l'tat.--Soit, mais il n'y a pas l de quoi faire un philosophe.
Qu'est-ce encore que votre Stuart Mill?--Un conomiste qui va au del de
sa science et qui subordonne la production  l'homme, au lieu de
subordonner l'homme  la production.--Soit, mais il n'y a pas l non
plus de quoi faire un philosophe. Y a-t-il encore autre chose dans votre
Stuart Mill?--Un logicien.--Bien; mais de quelle cole?--De la sienne.
Je vous ai dit qu'il est original.--Est-il hglien?--Oh! pas du tout;
il aime trop les faits et les preuves.--Suit-il Port-Royal?--Encore
moins; lisait trop bien les sciences modernes.--Imite--t--il Condillac?
--Non certes: Condillac n'enseigne qu' bien crire.--Alors quels sont
ses amis?--Locke et M. Comte au premier rang, ensuite Hume et
Newton.--Est-ce un systmatique, un rformateur spculatif?--Il a trop
d'esprit pour cela: il ne fait qu'ordonner les meilleures thories et
expliquer les meilleures pratiques. Il ne se pose pas majestueusement en
restaurateur de la science; il ne dclare pas, comme vos Allemands, que
son livre va ouvrir une nouvelle re au genre humain. Il marche pas 
pas, un peu lentement, et souvent terre  terre,  travers une multitude
d'exemples. Il excelle  prciser une ide,  dmler un principe,  le
retrouver sous une foule de cas diffrents,  rfuter,  distinguer, 
argumenter. Il a la finesse, la patience, la mthode et la sagacit d'un
lgiste.--Trs-bien, voil que vous me donnez raison d'avance: lgiste,
parent de Locke, de Newton, de Comte et de Hume, nous n'avons l que de
la philosophie anglaise; mais il n'importe. A-t-il atteint une grande
conception d'ensemble?--Oui.--A-t-il une ide personnelle et complte de
la nature et de l'esprit?--Oui.--A-t-il rassembl les oprations et les
dcouvertes de l'intelligence sous un principe unique qui leur donne 
toutes un tour nouveau?--Oui; seulement il faut dmler ce
principe.--C'est votre affaire, et j'espre bien que vous allez vous en
charger.--Mais je vais tomber dans les abstractions.--Il n'y a pas de
mal.--Mais tout ce raisonnement serr sera comme une haie
d'pines.--Nous nous piquerons les doigts.--Mais les trois quarts des
gens jetteraient l ces spculations comme oiseuses.--Tant pis pour eux.
Pourquoi vit une nation ou un sicle, sinon pour les former? On n'est
compltement homme que par l. Si quelque habitant d'une autre plante
descendait ici pour nous demander o en est notre espce, il faudrait
lui montrer les cinq ou six grandes ides que nous avons sur l'esprit et
le monde. Cela seul lui donnerait la mesure de notre intelligence.
Exposez-moi votre thorie; je m'en retournerai plus instruit qu'aprs
avoir vu les las de briques que vous appelez Londres et Manchester.


       *       *       *       *       *


 I. L'EXPRIENCE


I

Alors, nous allons prendre les choses en logiciens, par le commencement.
Stuart Mill a crit une logique. Qu'est-ce que la logique? C'est une
science. Quel est son objet? Ce sont les sciences: car supposez que vous
ayez parcouru l'univers et que vous le connaissiez tout entier, astres,
terre, soleil, chaleur, pesanteur, affinits, espces minrales,
rvolutions gologiques, plantes, animaux, vnements humains, et tout
ce qu'expliquent ou embrassent les classifications et les thories; il
vous restera encore  connatre ces classifications et ces thories.
Non-seulement il y a l'ordre des tres, mais il y a encore l'ordre des
penses qui les reprsentent; non-seulement il y a des plantes et des
animaux, mais encore il y a une botanique et une zoologie; non-seulement
il y a des lignes, des surfaces, des volumes et des nombres, mais encore
il y a une gomtrie et une arithmtique. Les sciences sont donc des
choses relles comme les faits eux-mmes: elles peuvent donc tre, comme
les faits, un sujet d'tude. On peut les analyser comme on analyse les
faits, rechercher leurs lments, leur composition, leur ordre, leurs
rapports et leur fin. Il y a donc une science des sciences: c'est cette
science qu'on appelle logique, et qui est l'objet du livre de Stuart
Mill. Ou n'y dcompose point les oprations de l'esprit en elles-mmes,
la mmoire, l'association des ides, la perception extrieure: ceci est
une affaire de psychologie. On n'y discute pas la valeur de ces
oprations, la vracit de notre intelligence, la certitude absolue de
nos connaissances lmentaires; ceci est une affaire de mtaphysique.
On y suppose nos facults en exercice, et l'on y admet leurs dcouvertes
originelles. On prend l'instrument tel que la nature nous le fournit, et
l'on se fie  son exactitude. On laisse  d'autres le soin de dmonter
son mcanisme et la curiosit de contrler ses rsultats. On part de ses
oprations primitives; on recherche comment elles s'ajoutent les unes
aux autres, comment elles se combinent les unes avec les autres, comment
elles se transforment les unes les autres; comment,  force d'additions,
de combinaisons et de transformations, elles finissent par composer un
systme de vrits lies et croissantes. On fait la thorie de la
science comme d'autres font la thorie de la vgtation, de l'esprit,
des nombres. Voil l'ide de la logique, et il est clair qu'elle a, au
mme titre que les autres sciences, sa matire relle, son domaine
distinct, son importance visible, sa mthode propre et son avenir
certain.



II

Ceci pos, remarquez que toutes ces sciences, objet de la logique, ne
sont que des amas de _propositions_, et que toute proposition ne fait
que lier ou sparer un sujet et un attribut, c'est--dire un nom et un
autre nom, une qualit et une substance, c'est--dire une chose et une
autre chose. Cherchons donc ce que nous entendons par une chose, ce que
nous dsignons par un nom; en d'autres termes, ce que nous connaissons
dans les objets, ce que nous lions et sparons, ce qui est la matire de
toutes nos propositions et de toutes nos sciences. Il y a un point par
lequel se ressemblent toutes nos connaissances. Il y a un lment commun
qui, perptuellement rpt, compose toutes nos ides. Il y a un petit
cristal primitif qui, indfiniment et diversement ajout  lui-mme,
engendre la masse totale, et qui, une fois connu, nous enseigne d'avance
les lois et la composition des corps complexes qu'il a forms.

Or, quand nous regardons attentivement l'ide que nous nous faisons
d'une chose, qu'y trouvons-nous? Prenez d'abord les substances,
c'est--dire les corps et les esprits[1]. Cette table est brune,
longue, large et haute de trois pieds  l'oeil: cela signifie qu'elle
fait une petite tache dans le champ de la vision, en d'autres termes
qu'elle produit une certaine sensation dans le nerf optique. Elle pse
dix livres: cela signifie qu'il faudra pour la soulever un effort
moindre que pour un poids de onze livres, et plus grand que pour un
poids de neuf livres, en d'autres termes qu'elle produit une certaine
sensation musculaire. Elle est dure et carre: cela signifie encore
qu'tant pousse, puis parcourue par la main, elle y suscitera deux
espces distinctes de sensations musculaires. Et ainsi de suite. Quand
j'examine de prs ce que je sais d'elle, je trouve que je ne sais rien
d'autre que les impressions qu'elle fait sur moi. Notre ide d'un corps
ne comprend pas autre chose: nous ne connaissons de lui que les
sensations qu'il excite en nous; nous le dterminons par l'espce, le
nombre et l'ordre de ces sensations; nous ne savons rien de sa nature
intime, ou s'il en a une; nous affirmons simplement qu'il est la cause
inconnue de ces sensations. Quand nous disons qu'en l'absence de nos
sensations il a dur, nous voulons dire simplement que si, pendant ce
temps-l, nous nous tions trouvs  sa porte, nous aurions eu les
sensations que nous n'avons pas eues. Nous ne le dfinissons jamais que
par nos impressions prsentes ou passes, futures ou possibles,
complexes ou simples. Cela est si vrai, que des philosophes comme
Berkeley ont soutenu avec vraisemblance que la matire est un tre
imaginaire, et que tout l'univers sensible se rduit  un ordre de
sensations. A tout le moins, il est tel pour notre connaissance, et les
jugements qui composent nos sciences ne portent que sur les impressions
par lesquelles il se manifeste  nous.

Il en est de mme pour l'esprit. Nous pouvons bien admettre qu'il y a en
nous une me, un moi, un sujet ou rcipient des sensations et de nos
autres faons d'tre, distinct de ces sensations et de nos autres faons
d'tre; mais nous n'en connaissons rien. Tout ce que nous apercevons en
nous-mmes, dit Mill,[2] c'est une certaine trame d tats intrieurs,
une srie d'impressions[3], sensations, penses, motions et volonts.
Nous n'avons pas plus d'ide de l'esprit que de la matire; nous ne
pouvons rien dire de plus sur lui que sur la matire. Ainsi les
substances, quelles qu'elles soient, corps ou esprit, en nous ou hors de
nous, ne sont jamais pour nous que des tissus plus ou moins compliqus,
plus ou moins rguliers, dont nos impressions ou manires d'tre forment
tous les fils.

Et cela est encore bien plus visible pour les attributs que pour les
substances. Quand je dis que la neige est blanche, je veux dire par l
que, lorsque la neige est prsente  ma vue, j'ai la sensation de
blancheur. Quand je dis que le feu est chaud, je veux dire par l que,
lorsque le feu est  porte de mon corps, j'ai la sensation de chaleur.
Quand nous disons d'un esprit qu'il est dvot ou superstitieux, ou
mditatif, ou gai, nous voulons dire simplement que les ides, les
motions, les volonts dsignes par ces mots reviennent frquemment
dans la srie de ses manires d'tre[4]. Quand nous disons que les
corps sont pesants, divisibles, mobiles, nous voulons dire simplement
qu'abandonns  eux-mmes, ils tomberont; que, tranchs, ils se
spareront; que, pousss, ils se mettront en mouvement; c'est--dire
qu'en telle et telle circonstance ils produiront telle ou telle
sensation sur nos muscles ou sur notre vue. Toujours un attribut dsigne
une de nos manires d'tre ou une srie de nos manires d'tre. En vain
nous les dguisons en les groupant, en les cachant sous des mots
abstraits, en les divisant, en les transformant de telle sorte que
souvent nous avons peine  les reconnatre: toutes les fois que nous
regardons au fond de nos mots et de nos ides, nous les y trouvons, et
nous n'y trouvons pas autre chose. Dcomposez, dit Mill, une
proposition abstraite; par exemple: Une personne gnreuse est digne
d'honneur[5].--Le mot _gnreux_ dsigne certains tats habituels
d'esprit et certaines particularits habituelles de conduite,
c'est--dire des manires d'tre intrieures et des faits extrieurs
sensibles. Le mot _honneur_ exprime un sentiment d'approbation et
d'admiration suivi  l'occasion par les actes extrieurs
correspondants. Le mot _digne_ indique que nous approuvons l'action
d'honorer. Toutes ces choses sont des phnomnes ou tats d'esprit
suivis ou accompagns de faits sensibles. Ainsi nous avons beau nous
tourner de tous cts, nous restons dans le mme cercle. Que l'objet
soit un attribut ou une substance, qu'il soit complexe ou abstrait,
compos ou simple, son toffe pour nous est la mme: nous n'y mettons
que nos manires d'tre. Notre esprit est dans la nature comme un
thermomtre est dans une chaudire: nous dfinissons les proprits de
la nature par les impressions de notre esprit, comme nous dsignons les
tats de la chaudire par les variations du thermomtre. Nous ne savons
de l'un et de l'autre que des tats et des changements; nous ne
composons l'un et l'autre que de donnes isoles et transitoires: une
chose n'est pour nous qu'un amas de phnomnes. Ce sont l les seuls
lments de notre science: partant, tout l'effort de notre science sera
d'ajouter des faits l'un  l'autre, ou de lier un fait  un fait.



III

Cette petite phrase est l'abrg de tout le systme; pntrez-vous en.
Elle explique toutes les thories de Mill. C'est  ce point de vue qu'il
a tout dfini. C'est d'aprs ce point de vue qu'il a partout innov. Il
n'a reconnu dans toutes les formes et  tous les degrs de la
connaissance que la connaissance des faits et de leurs rapports.

Or, vous savez que la logique a deux pierres angulaires, la thorie de
la _dfinition_ et la thorie de la _preuve_. Depuis Aristote, les
logiciens ont pass leur temps  les polir. On n'osait y toucher que
respectueusement. Elles taient saintes. Tout au plus, de temps en
temps, quelque novateur osait les retourner avec prcaution pour les
mettre en un meilleur jour. Mill les taille, les tranche, les renverse
et les remplace toutes les deux, de la mme manire et du mme effort.



IV

Je sais bien qu'aujourd'hui on se moque des gens qui raisonnent sur la
dfinition; j'espre pour vous que vous ne commettez pas cette sottise.
Il n'y a pas de thorie plus fconde en consquences universelles et
capitales; elle est la racine par laquelle tout l'arbre de la science
humaine vgte et se soutient. Car dfinir les choses, c'est marquer
leur nature. Apporter une ide neuve de la dfinition, c'est apporter
une ide neuve de la nature des choses; c'est dire ce que sont les
tres, de quoi ils se composent, en quels lments ils se rduisent.
Voil le mrite de ces spculations si sches; le philosophe a l'air
d'aligner des formules; la vrit est qu'il y renferme l'univers.

Prenez, disent les logiciens, un animal, une plante, un sentiment, une
figure de gomtrie, un objet ou un groupe d'objets quelconques. Sans
doute l'objet a ses proprits, mais il a aussi son essence. Il se
manifeste au dehors par une multitude indfinie d'effets et de qualits,
mais toutes ces manires d'tre sont les suites ou les oeuvres de sa
nature intime. Il y a en lui un certain fonds cach, seul primitif, seul
important, sans lequel il ne peut ni exister ni tre conu, et qui
constitue son tre et sa notion[6]. Ils appellent dfinitions les
propositions qui la dsignent, et dcident que le meilleur de notre
science consiste en ces sortes de propositions.

Au contraire, dit Mill, ces sortes de propositions n'apprennent rien;
elles enseignent le sens d'un mot, et sont purement verbales[7].
Qu'est-ce que j'apprends quand vous me dites que l'homme est un animal
raisonnable, ou que le triangle est un espace compris entre trois
lignes? La premire partie de votre phrase m'exprime par un mot
abrviatif ce que la seconde partie m'exprime par une locution
dveloppe. Vous me dites deux fois la mme chose; vous mettez le mme
fait sous deux termes diffrents: vous n'ajoutez pas un fait  un fait,
vous allez du mme au mme. Votre proposition n'est pas instructive.
Vous pourriez en amasser un million de semblables, mon esprit resterait
aussi vide; j'aurais lu un dictionnaire, je n'aurais pas acquis une
connaissance. Au lieu de dire que les propositions qui concernent
l'essence sont importantes, et que les propositions qui concernent les
qualits sont accessoires, il faut dire que les propositions qui
concernent l'essence sont accessoires, et que les propositions qui
concernent les qualits sont importantes. Je n'apprends rien quand on me
dit qu'un cercle est la figure forme par la rvolution d'une droite
autour d'un de ses points pris comme centre; j'apprends quelque chose
lorsqu'on me dit que les cordes qui sous-tendent dans le cercle des arcs
gaux sont gales, ou que trois points suffisent pour dterminer la
circonfrence. Ce qu'on appelle la nature d'un tre est le rseau des
faits qui constituent cet tre. La nature d'un mammifre carnassier
consiste en ce que la proprit d'allaiter, avec toutes les
particularits de structure qui l'amnent, se trouve jointe  la
possession des dents  ciseaux ainsi qu'aux instincts chasseurs et aux
facults correspondantes. Voil les lments qui composent sa nature. Ce
sont des faits lis l'un  l'autre comme une maille  une maille. Nous
en apercevons quelques-unes, et nous savons qu'au del de notre science
prsente et de notre exprience future, le filet tend  l'infini ses
fils entrecroiss et multiplis. L'essence ou nature d'un tre est la
somme indfinie de ses proprits. Nulle dfinition, dit Mill,
n'exprime cette nature tout entire, et toute proposition exprime
quelque partie de cette nature[8] . Quittez donc la vaine esprance de
dmler sous les proprits quelque tre primitif et mystrieux, source
et abrg du reste; laissez les entits  Duns Scott; ne croyez pas
qu'en sondant vos ides comme les Allemands, en classant les objets
d'aprs le genre et l'espce comme les scolastiques, en renouvelant la
science nominale du moyen ge, ou les jeux d'esprit de la mtaphysique
hglienne, vous puissiez suppler  l'exprience. 11 n'y a pas de
dfinitions de choses; s'il y a des dfinitions, ce ne sont que des
dfinitions de noms. Nulle phrase ne me dira ce que c'est qu'un cheval,
mais il y a des phrases qui me diront ce qu'on entend par ces cinq
lettres. Nulle phrase n'puisera la totalit inpuisable des qualits
qui font un tre, mais plusieurs phrases pourront dsigner les faits qui
correspondent  un mot. Dans ce cas, la dfinition peut se faire, parce
qu'on peut toujours faire une analyse. Du terme abstrait et sommaire
elle nous fait remonter aux attributs qu'il reprsente, et de ces
attributs aux expriences intrieures ou sensibles qui leur servent de
fondement. Du terme _chien_ elle nous fait remonter aux attributs
mammifre, carnassier et autres qu'il reprsente, et de ces attributs
aux expriences de vue, de toucher, de scalpel, qui leur servent de
fondement. Elle rduit le compos au simple, le driv au primitif. Elle
ramne notre connaissance  ses origines. Elle transforme les mots en
faits. S'il y a des dfinitions, comme celles de la gomtrie, qui
semblent capables d'engendrer de longues suites de vrits neuves[9],
c'est qu'outre l'explication d'un mot, elles contiennent l'affirmation
d'une chose. Dans la dfinition du triangle, il y a deux propositions
distinctes, l'une disant qu'il peut y avoir une figure termine par
trois lignes droites, l'autre disant qu'une telle figure s'appelle un
triangle. La premire est un postulat, la seconde est une dfinition. La
premire est cache, la seconde est visible; la premire est susceptible
de vrit ou d'erreur, la seconde n'est susceptible ni de l'une ni de
l'autre. La premire est la source de tous les thormes qu'on peut
faire sur les triangles, la seconde ne fait que rsumer eu un mot les
faits contenus dans l'autre. La premire est une vrit, la seconde une
commodit; la premire est une partie de la science, la seconde un
expdient du langage. La premire exprime une relation possible entre
trois lignes droites, la seconde donne le nom de cette relation. La
premire seule est fructueuse, parce que seule, conformment  l'office
de toute proposition fructueuse, elle lie deux faits. Comprenons donc
exactement la nature de notre connaissance: elle s'applique ou aux mots,
ou aux tres, ou  tous les deux  la fois. S'il s'agit de mots, comme
dans les dfinitions de noms, tout son effort est de ramener les mots
aux expriences primitives, c'est--dire aux faits qui leur servent
d'lments. S'il s'agit d'tres, comme dans les propositions de choses,
tout son effort est de joindre un fait  un fait, pour rapprocher la
somme finie des proprits connues de la somme infinie des proprits 
connatre. S'il s'agit des deux, comme dans les dfinitions de nom qui
cachent une proposition de chose, tout son effort est de faire l'un et
l'autre. Partout l'opration est la mme. Il ne s'agit partout que de
s'entendre, c'est--dire de revenir aux faits, ou d'apprendre,
c'est--dire de joindre des faits.



V

Voil un premier rempart dtruit; je suppose que vous attendez mon
philosophe derrire le second, la thorie de la _preuve_. Celle-ci,
depuis deux mille ans, passe pour une vrit acquise, dfinitive,
inattaquable. Plusieurs l'ont juge inutile, mais personne n'a os la
dire fausse. Chacun l'a considre comme un thorme tabli. Eh bien,
regardons-la. Qu'est-ce qu'une preuve? Selon les logiciens, c'est un
syllogisme. Et qu'est-ce qu'un syllogisme? C'est un groupe de trois
propositions comme celui-ci: Tous les hommes sont mortels; le prince
Albert est un homme; donc le prince Albert est mortel. Voil le modle
de la preuve, et toute preuve complte se ramne  celle-l. Or, selon
les logiciens, qu'y a-t-il dans cette preuve? Une proposition gnrale
concernant tous les hommes qui aboutit  une proposition particulire
concernant un certain homme. De la premire on passe  la seconde, parce
que la seconde est contenue dans la premire. Du gnral on passe au
particulier, parce que le particulier est contenu dans le gnral. La
seconde n'est qu'un cas de la premire; sa vrit est enferme par
avance dans celle de la premire, et c'est pour cela qu'elle est une
vrit. En effet, sitt que la conclusion n'est plus contenue dans les
prmisses, le raisonnement est faux, et toutes les rgles compliques du
moyen ge ont t rduites par Port-Royal  cette seule rgle, que la
conclusion doit tre contenue dans les prmisses. Ainsi toute la marche
de l'esprit humain, quand il raisonne, consiste  reconnatre dans les
individus ce qu'il a connu de la classe,  affirmer en dtail ce qu'il a
tabli pour l'ensemble,  poser une seconde fois et pice  pice ce
qu'il a pos tout d'un coup une premire fois.

Point du tout, rpond Mill, car si cela est, le raisonnement ne sert 
rien. Il n'est point un progrs, mais une rptition. Quand j'ai affirm
que tous les hommes sont mortels, j'ai affirm par cela mme que le
prince Albert est mortel. En parlant de la classe entire, c'est--dire
de tous les individus, j'ai parl de chaque individu, et notamment du
prince Albert, qui est l'un d'eux. Je ne dis donc rien de nouveau
maintenant que j'en parle. Ma conclusion ne m'apprend rien; elle
n'ajoute rien  ma connaissance positive; elle ne fait que mettre sous
une autre forme une connaissance que j'avais dj. Elle n'est point
fructueuse, elle est purement verbale. Donc, si le raisonnement est ce
que disent les logiciens, le raisonnement n'est point instructif. J'en
sais autant en le commenant qu'aprs l'avoir fini. J'ai transform des
mots en d'autres mots; j'ai pitin sur place. Or cela ne peut tre,
puisqu'en fait le raisonnement nous apprend des vrits neuves.
J'apprends une vrit neuve quand je dcouvre que le prince Albert est
mortel, et je la dcouvre par la vertu du raisonnement, puisque le
prince Albert tant encore en vie, je n'ai pu l'apprendre par
l'observation directe. Ainsi les logiciens se trompent, et par del la
thorie toute scolastique du syllogisme qui rduit le raisonnement  des
substitutions de mots, il faut chercher une thorie de la preuve, toute
positive, qui dmle dans le raisonnement des dcouvertes de faits.

Pour cela, il suffit de remarquer que la proposition gnrale n'est
point la vritable preuve de la proposition particulire. Elle le
parat, elle ne l'est pas. Ce n'est pas de la mortalit de tous les
hommes que je conclus la mortalit du prince Albert; les prmisses sont
ailleurs, et par derrire. La proposition gnrale n'est qu'un mmento,
une sorte de registre abrviatif, o j'ai consign le fruit de mes
expriences. Tous pouvez considrer ce mmento comme un livre de notes
o vous vous reportez quand vous voulez rafrachir votre mmoire; mais
ce n'est point du livre que vous tirez voire science: vous la tirez des
objets que vous avez vus. Mon mmento n'a de valeur que par les
expriences qu'il rappelle. Ma proposition gnrale n'a de valeur que
par les faits particuliers qu'elle rsume. La mortalit de Jean, Thomas
et compagnie[10] est aprs tout la seule preuve que nous ayons de la
mortalit du prince Albert.--La vraie raison qui nous fait croire que
le prince Albert mourra, c'est que ses anctres, et nos anctres, et
toutes les autres personnes qui leur taient contemporaines, sont morts.
Ces faits sont les vraies prmisses du raisonnement. C'est d'eux que
nous avons tir la proposition gnrale; ce sont eux qui lui
communiquent sa porte et la vrit; elle se borne  les mentionner sous
une forme plus courte; elle reoit d'eux toute sa substance; ils
agissent par elle et  travers elle pour amener la conclusion qu'elle
semble engendrer. Elle n'est que leur reprsentant, et  l'occasion ils
se passent d'elle. Les enfants, les ignorants, les animaux savent que le
soleil se lvera, que l'eau les noiera, que le feules brlera, sans
employer l'intermdiaire de cette proposition. Ils raisonnent et nous
raisonnons aussi, non du gnral au particulier, mais du particulier au
particulier. L'esprit ne va jamais que des cas observs aux cas non
observs, avec ou sans formules commmoratives. Nous ne nous en servons
que pour la commodit[11].--Si nous avions une mmoire assez ample et
la facult de maintenir l'ordre dans une grosse masse de dtails, nous
pourrions raisonner sans employer une seule proposition gnrale[12].
Ici, comme plus haut, les logiciens se sont mpris: ils ont donn le
premier rang aux oprations verbales; ils ont laiss sur l'arrire-plan
les oprations fructueuses. Ils ont donn la prfrence aux mots sur les
faits. Ils ont continu la science nominale du moyen ge. Ils ont pris
l'explication des noms pour la nature des choses, et la transformation
des ides pour le progrs de l'esprit. C'est  nous de renverser cet
ordre en logique, puisque nous l'avons renvers dans les sciences, de
relever les expriences particulires et instructives, et de leur rendre
dans nos thories la primaut et l'importance que notre pratique leur
confre depuis trois cents ans.



VI

Reste une sorte de forteresse philosophique o se rfugient les
idalistes. A l'origine de toutes les preuves il y a la source de toutes
les preuves, j'entends les axiomes. Deux lignes droites ne peuvent
enclore un espace; deux quantits gales  une troisime sont gales
entre elles; si l'on ajoute des quantits gales  des quantits gales,
les sommes ainsi formes sont encore gales: voil des propositions
instructives, car elles expriment non des sens de mots, mais des
rapports de choses; et de plus, ce sont des propositions fcondes, car
toute l'arithmtique, l'algbre et la gomtrie sont des suites de leur
vrit. D'autre part, cependant, elles ne sont point l'oeuvre de
l'exprience, car nous n'avons pas besoin de voir effectivement et avec
nos yeux deux lignes droites pour savoir qu'elles ne peuvent enclore un
espace; il nous suffit de consulter la conception intrieure que nous en
avons: le tmoignage de nos sens  cet gard est inutile; notre croyance
nat tout entire, et avec toute sa force, de la simple comparaison de
nos ides. De plus, l'exprience ne suit ces deux lignes que jusqu' une
distance borne, dix, cent, mille pieds, et l'axiome est vrai pour
mille, cent mille, un million de lieues, et  l'infini; donc,  partir
de l'endroit o l'exprience cesse, ce n'est plus elle qui tablit
l'axiome. Enfin l'axiome est ncessaire, c'est--dire que le contraire
est inconcevable. Nous ne pouvons imaginer un espace enclos par deux
lignes droites; sitt que nous imaginons l'espace comme enclos, les deux
lignes cessent d'tre droites; sitt que nous imaginons les deux lignes
comme droites, l'espace cesse d'tre enclos. Dans l'affirmation des
axiomes, les ides constitutives s'attirent invinciblement. Dans la
ngation des axiomes, les ides constitutives se repoussent
invinciblement. Or cela n'a pas lieu dans ces propositions d'exprience;
elles constatent un rapport accidentel, et non un rapport ncessaire;
elles posent que deux faits sont lis, et non que les deux faits doivent
tre lis; elles tablissent que les corps sont pesants, et non que les
corps doivent tre pesants. Ainsi les axiomes ne sont pas et ne peuvent
pas tre les produits de l'exprience. Ils ne le sont pas, puis-qu'on
peut les former de tte et sans exprience. Ils ne peuvent pas l'tre
puisqu'ils dpassent, par la nature et la porte de leurs vrits, les
vrits de l'exprience. Ils ont une autre source et une source plus
profonde. Ils vont plus loin et ils viennent d'ailleurs.

Point du tout, rpond Mill. Ici, comme tout  l'heure, vous raisonnez en
scolastique; vous oubliez les faits cachs derrire les conceptions:
car regardez d'abord votre premier argument. Sans doute vous pouvez
dcouvrir, sans employer vos yeux et par une pure contemplation mentale,
que deux lignes ne sauraient enclore un espace; mais cette contemplation
n'est que l'exprience dplace. Les lignes imaginaires remplacent ici
les lignes relles; vous reportez les figures en vous-mme, au lieu de
les reporter sur le papier: votre imagination fait le mme office qu'un
tableau; vous vous fiez  l'une comme vous vous fiez  l'autre, et une
substitution vaut l'autre, car en fait de figures et de lignes
l'imagination reproduit exactement la sensation. Ce que vous avez vu les
yeux ouverts, vous le voyez exactement de mme une minute aprs, les
yeux ferms, et vous tudiez les proprits gomtriques transplantes
dans le champ de la vision intrieure aussi srement que vous les
tudieriez maintenues dans le champ de la vision extrieure. Il y a donc
une exprience de tte comme il y en a une des yeux, et c'est justement
d'aprs une exprience pareille que vous refusez aux deux lignes
droites, mme prolonges  l'infini, le pouvoir d'enclore un espace.
Vous n'avez pas besoin pour cela de les suivre  l'infini, vous n'avez
qu' vous transporter par l'imagination  l'endroit o elles convergent,
et vous avez  cet endroit l'impression d'une ligne qui se courbe,
c'est--dire qui cesse d'tre droite[13]. Cette prsence imaginaire
tient lieu d'une prsence relle; vous affirmez par l'une ce que vous
affirmeriez par l'autre, et du mme droit. La premire n'est que la
seconde plus maniable, ayant plus de mobilit et de porte. C'est un
tlescope au lieu d'un oeil. Or les tmoignages du tlescope sont des
propositions d'exprience, donc les tmoignages de l'imagination en sont
aussi. Quant  l'argument qui distingue les axiomes et les propositions
d'exprience, sous prtexte que le contraire des unes est concevable et
le contraire des autres inconcevable, il est nul, car cette distinction
n'existe pas. Rien n'empche que le contraire de certaines propositions
d'exprience soit concevable, et le contraire de certaines autres
inconcevable. Cela dpend de la structure de notre esprit. Il se peut
qu'en certains cas il puisse dmentir son exprience, et qu'en certains
autres il ne le puisse pas. Il se peut qu'en certains cas la conception
diffre de la perception, et qu'en certains autres elle n'en diffre
pas. Il se peut qu'en certains cas la vue extrieure s'oppose  la vue
intrieure, et qu'en certains autres elle ne s'y oppose pas. Or on a
dj vu qu'en matire de figures, la vue intrieure reproduit exactement
la vue extrieure. Donc, dans les axiomes de figure, la vue intrieure
ne pourra s'opposer  la vue extrieure; l'imagination ne pourra
contredire la sensation. En d'autres termes, le contraire des axiomes
sera inconcevable. Ainsi les axiomes, quoique leur contraire soit
inconcevable, sont des expriences d'une certaine classe, et c'est parce
qu'ils sont des expriences d'une certaine classe que leur contraire est
inconcevable. De toutes parts surnage cette conclusion, qui est l'abrg
du systme: toute proposition instructive ou fconde vient d'une
exprience, et n'est qu'une liaison de faits.



VII

Il suit de l que l'induction est la seule clef de la nature. Cette
thorie est le chef d'oeuvre de Mill. Il n'y avait qu'un partisan aussi
dvou de l'exprience qui pt faire la thorie de l'induction.

Qu'est-ce que l'induction? C'est l'opration qui dcouvre et prouve des
propositions gnrales. C'est le procd par lequel nous concluons que
ce qui est vrai de certains individus d'une classe est vrai de toute la
classe, ou que ce qui est vrai en certains temps, sera vrai en tout
temps, les circonstances tant pareilles.[14] C'est le raisonnement par
lequel, ayant remarqu que Pierre, Jean et un nombre plus ou moins grand
d'hommes sont morts, nous concluons que tout homme mourra. Bref,
l'induction lie la mortalit et la qualit d'homme, c'est--dire deux
faits gnraux ordinairement successifs, et dclare que le premier est
la _cause_ du second.

Cela revient  dire que le cours de la nature est uniforme. Mais
l'induction ne part pas de cet axiome, elle y conduit; nous ne la
trouvons pas au commencement, mais  la fin de nos recherches.[15] Au
fond l'exprience ne prsuppose rien hors d'elle-mme. Nul principe 
priori ne vient l'autoriser ni la guider. Nous remarquons que cette
pierre est tombe, que ce charbon rouge nous a brls, que cet homme est
mort, et nous n'avons d'autre ressource pour induire que l'addition et
la comparaison de ces petits faits isols et momentans. Nous apprenons
par la simple pratique que le soleil claire, que les corps tombent, que
l'eau apaise la soif, et nous n'avons d'autre ressource pour tendre ou
contrler ces inductions que d'autres inductions semblables. Chaque
remarque, comme chaque induction, tire sa valeur d'elle-mme et de ses
voisines. C'est toujours l'exprience qui juge l'exprience, et
l'induction qui juge l'induction.

Le corps de nos vrits n'a point une me diffrente de lui-mme, qui
lui communique la vie; il subsiste par l'harmonie de toutes ses parties
prises ensemble et par la vitalit de chacune de ses parties prises 
part. Vous refuseriez de croire un voyageur qui vous dirait qu'il y a
des hommes dont la tte est au-dessous des paules. Vous ne refuseriez
pas de croire un voyageur qui vous dirait qu'il y a des cygnes noirs. Et
cependant votre exprience de la chose est la mme dans les deux cas;
vous n'avez jamais vu que des cygnes blancs, comme vous n'avez jamais vu
que des hommes ayant la tte au-dessus des paules. D'o vient donc que
le second tmoignage vous parat plus croyable que le premier?
Apparemment, parce qu'il y a moins de constance dans la couleur des
animaux que dans la structure gnrale de leurs parties anatomiques.
Mais comment savez-vous cela? videmment par l'exprience.[16] Il est
donc vrai que nous avons besoin de l'exprience pour nous apprendre 
quel degr, dans quels cas, dans quelles sortes de cas, nous pouvons
nous fier  l'exprience. L'exprience doit tre consulte pour
apprendre d'elle dans quelles circonstances les arguments qu'on tire
d'elle sont solides. Nous n'avons point une seconde pierre de touche
d'aprs laquelle nous puissions vrifier l'exprience; nous faisons de
l'exprience la pierre de touche de l'exprience. Il n'y a qu'elle et
elle est partout.

Considrons donc comment sans autre secours que le sien nous pouvons
former des propositions gnrales, particulirement les plus nombreuses
et les plus importantes de toutes, celles qui joignent deux vnements
successifs en disant que le premier est la cause du second.

Il y a l un grand mot, celui de cause. Pesez-le. Il porte dans son sein
toute une philosophie. De l'ide que vous y attachez, dpend toute votre
ide de la nature. Renouveler la notion de cause, c'est transformer la
pense humaine; et vous allez voir comment Mill, avec Hume et M. Comte,
mais mieux que Hume et M. Comte, a transform cette notion.

Qu'est-ce qu'une cause? Quand Mill dit que le contact du fer et de l'air
humide produit la rouille, ou que la chaleur dilate les corps, il ne
parle pas du lien mystrieux par lequel les mtaphysiciens attachent la
cause  l'effet. Il ne s'occupe pas de la force intime et de la vertu
gnratrice que certaines philosophies insrent entre le producteur et
le produit. La seule notion, dit-il[17], dont l'induction ait besoin 
cet gard peut tre donne par l'exprience. Nous apprenons par
l'exprience qu'il y a dans la nature un ordre de succession invariable,
et que chaque fait y est toujours prcd par un autre fait. Nous
appelons cause l'_antcdent invariable_, effet le _consquent
invariable_.[18] Au fond, nous ne mettons rien d'autre sous ces deux
mots. Nous voulons dire simplement que toujours, partout, le contact du
fer et de l'air humide sera suivi par l'apparition de la rouille,
l'application de la chaleur par la dilatation du corps. La cause relle
est la srie des conditions, l'ensemble des antcdents sans lesquels
l'effet ne serait pas arriv....[19] Il n'y a pas de fondement
scientifique dans la distinction que l'on fait entre la cause d'un
phnomne et ses conditions.... La distinction que l'on tablit entre le
patient et l'agent est purement verbale.... La cause est la somme des
conditions ngatives et positives prises ensemble, la totalit des
circonstances et contingences de toute espce, lesquelles, une fois
donnes, sont invariablement suivies du consquent.[20] On fait grand
bruit du mot ncessaire. Ce qui est ncessaire, ce qui ne peut pas ne
pas tre, est ce qui arrivera, quelles que soient les suppositions que
nous puissions faire  propos de toutes les autres choses.[21] Voil
tout ce que l'on veut dire quand on prtend que la notion de cause
enferme la notion de ncessit. On veut dire que l'antcdent est
suffisant et complet, qu'il n'y a pas besoin d'en supposer un autre que
lui, qu'il contient toutes les conditions requises, que nulle autre
condition n'est exige. Succder sans condition, voil toute la notion
d'effet et de cause. Nous n'en avons pas d'autre. Les philosophes se
mprennent quand ils dcouvrent dans notre volont un type diffrent de
la cause, et dclarent que nous y voyons la force efficiente en acte et
en exercice. Nous n'y voyons rien de semblable. Nous n'apercevons l
comme ailleurs que des successions constantes. Nous ne voyons pas un
fait qui en engendre un autre, mais un fait qui en accompagne un autre.
Notre volont, dit Mill, produit nos actions corporelles, comme le
froid produit la glace, ou comme une tincelle produit une explosion de
poudre  canon. Il y a l un antcdent comme ailleurs, la rsolution
ou tat de l'esprit, et un consquent comme ailleurs, l'effort ou
sensation physique. L'exprience les lie et nous fait prvoir que
l'effort suivra la rsolution, comme elle nous fait prvoir que
l'explosion de la poudre suivra le contact de l'tincelle. Laissons donc
ces illusions psychologiques, et cherchons simplement, sous le nom
d'effet et de cause, les phnomnes qui _forment des couples sans
exception ni condition_.

Or, pour tablir ces liaisons exprimentales, Mill dcouvre quatre
mthodes, et quatre mthodes seulement: celle des concordances[22],
celle des diffrences[23], celle des rsidus[24], celle des variations
concomitantes[25]. Elles sont les seules voies par lesquelles nous
puissions pntrer dans la nature. Il n'y a qu'elles, et elles sont
partout. Et elles emploient toutes le mme artifice. Cet artifice est
l'_limination_; et en effet l'induction n'est pas autre chose. Vous
avez deux groupes, l'un d'antcdents, l'autre de consquents, chacun
d'eux contenant plus ou moins d'lments: dix, par exemple. A quel
antcdent chaque consquent est-il joint? Le premier consquent est-il
joint au premier antcdent, ou bien au troisime, ou bien au sixime?
Toute la difficult et toute la dcouverte sont l. Pour rsoudre la
difficult et pour oprer la dcouverte, il faut liminer, c'est--dire
exclure les antcdents qui ne sont point lis au consquent que l'on
considre[26]. Mais comme effectivement on ne peut les exclure, et que,
dans la nature, toujours le couple est entour de circonstances, on
assemble divers cas qui, par leur diversit, permettent  l'esprit de
retrancher ces circonstances, et de voir le couple  nu. En dfinitive,
on n'induit qu'en formant des couples; on ne les forme qu'en les
isolant; on ne les isole que par des comparaisons.



VIII

Ce sont l des formules, un fait sera plus clair. En voici un: vous
allez voir les mthodes en exercice; il y a un exemple qui les rassemble
presque toutes. Il s'agit de la thorie de la rose du docteur Well. Je
cite les propres paroles de Mill; elles sont si nettes, qu'il faut vous
donner le plaisir de les mditer.

Il faut d'abord distinguer la rose de la pluie aussi bien que des
brouillards, et la dfinir en disant qu' elle est l'apparition
spontane d'une moiteur sur des corps exposs en plein air, quand il ne
tombe point de pluie ni d'humidit visible.[27] La rose ainsi dfinie,
quelle en est la cause, et comment l'a-t-on trouve?

D'abord, nous avons des phnomnes analogues dans la moiteur qui couvre
un mtal froid ou une pierre lorsque nous soufflons dessus, qui apparat
en t sur les parois d'un verre d'eau frache qui sort du puits, qui se
montre  l'intrieur des vitres quand la grle ou une pluie soudaine
refroidit l'air extrieur, qui coule sur nos murs lorsqu'aprs un long
froid arrive un dgel tide et humide.--Comparant tous ces cas, nous
trouvons qu'ils contiennent tous le phnomne en question. Or, tous ces
cas s'accordent en un point,  savoir, que l'objet qui se couvre de
rose est plus froid que l'air qui le touche. Cela arrive-t-il aussi
dans le cas de la rose nocturne? Est-ce un fait que l'objet baign de
rose est plus froid que l'air? Nous sommes tents de rpondre que non,
car qui est-ce qui le rendrait plus froid? Mais l'exprience est aise:
nous n'avons qu' mettre un thermomtre en contact avec la substance
couverte de rose, et en suspendre un autre un peu au-dessus, hors de la
porte de son influence. L'exprience a t faite, la question a t
pose, et toujours la rponse s'est trouve affirmative. Toutes les fois
qu'un objet se recouvre de rose, il est plus froid que l'air.[28]

Voil une application complte de la _mthode de concordance_: elle
tablit une liaison invariable entre l'apparition de la rose sur une
surface et la froideur de cette surface compare  l'air extrieur. Mais
laquelle des deux est cause, et laquelle effet? ou bien sont-elles
toutes les deux les effets de quelque chose d'autre? Sur ce point, la
mthode de concordance ne nous fournit aucune lumire. Nous devons avoir
recours  une mthode plus puissante: nous devons varier les
circonstances, nous devons noter les cas o la rose manque; car une des
conditions ncessaires pour appliquer la _mthode de diffrence,_ c'est
de comparer des cas o le phnomne se rencontre avec d'autres o il ne
se rencontre pas.[29]

Or la rose ne se dpose pas sur la surface des mtaux polis, tandis
qu'elle se dpose trs-abondamment sur le verre. Voil un cas o l'effet
se produit, et un autre o il ne se produit point.... Mais, comme les
diffrences qu'il y a entre le verre et les mtaux polis sont
nombreuses, la seule chose dont nous puissions encore tre srs, c'est
que la cause de la rose se trouvera parmi les circonstances qui
distinguent le verre des mtaux polis[30].... Cherchons donc  dmler
cette circonstance, et pour cela employons la seule mthode possible,
celle des _variations concomitantes_. Dans le cas des mtaux polis et du
verre poli, le contraste montre videmment que la _substance_ a une
grande influence sur le phnomne. C'est pourquoi faisons varier autant
que possible la substance seule, en exposant  l'air les surfaces
polies de diffrentes sortes. Cela fait, on voit tout de suite paratre
une chelle d'intensit. Les substances polies qui conduisent le plus
mal la chaleur sont celles qui s'imprgnent le plus de rose; celles qui
conduisent le mieux la chaleur sont celles qui s'en humectent le
moins[31]: d'o l'on conclut que l'apparition de la rose est lie au
pouvoir que possde le corps de rsister au passage de la chaleur.

 Mais si nous exposons  l'air des surfaces rudes au lieu de surfaces
polies, nous trouvons quelquefois cette loi renverse. Ainsi le fer
rude, particulirement s'il est peint ou noirci, se mouille de rose
plus vite que le papier verni. L'_espce de surface_ a donc beaucoup
d'influence. C'est pourquoi exposons la mme substance en faisant varier
le plus possible l'tat de sa surface (ce qui est un nouvel emploi de la
mthode des variations concomitantes), et une nouvelle chelle
d'intensit se montrera. Les surfaces qui perdent leur chaleur le plus
aisment par le rayonnement sont celles qui se mouillent le plus
abondamment de rose.[32] On en conclut que l'apparition de la rose
est lie  la capacit de perdre la chaleur par voie de rayonnement.

A prsent l'influence que nous venons de reconnatre  la _substance_
et  la _surface_ nous conduit  considrer celle de la _texture_, et l
nous rencontrons une troisime chelle d'intensit, qui nous montre les
substances d'une texture ferme et serre, par exemple les pierres et les
mtaux, comme dfavorables  l'apparition de la rose, et au contraire
les substances d'une texture lche, par exemple le drap, le velours, la
laine, le duvet, comme minemment favorables  la production de la
rose. La texture lche est donc une des circonstances qui la
provoquent. Mais cette troisime cause se ramne  la premire, qui est
le pouvoir de rsister au passage de la chaleur, car les substances de
texture lche sont prcisment celles qui fournissent les meilleurs
vtements, en empchant la chaleur de passer de la peau  l'air, ce
qu'elles font en maintenant leur surface intrieure trs-chaude,
pendant que leur surface extrieure est trs-froide[33].

Ainsi les cas trs-varis dans lesquels beaucoup de rose se dpose
s'accordent en ceci, et, autant que nous pouvons l'observer, en ceci
seulement, qu'ils conduisent lentement la chaleur ou la rayonnent
rapidement,--deux qualits qui ne s'accordent qu'en un seul point, qui
est qu'en vertu de l'une et de l'autre le corps tend  perdre sa chaleur
par sa surface plus rapidement qu'elle ne peut lui tre restitue par le
dedans. Au contraire, les cas trs-varis dans lesquels la rose manque
ou est trs-peu abondante s'accordent en ceci, et, autant que nous
pouvons l'observer, en ceci seulement, qu'ils n'ont pas cette proprit.
Nous pouvons maintenant rpondre  la question primitive et savoir
lequel des deux, du froid et de la rose, est la cause de l'autre. Nous
venons de trouver que la substance sur laquelle la rose se dpose doit,
par ses seules proprits, devenir plus froide que l'air. Nous pouvons
donc rendre compte de sa froideur, abstraction faite de la rose, et,
comme il y a une liaison entre les deux, c'est la rose qui dpend de
la froideur; en d'autres termes, la froideur est la cause de la
rose.[34]

Maintenant cette loi si amplement tablie peut se confirmer de trois
manires diffrentes. Premirement, par dduction, en partant des lois
connues que suit la vapeur aqueuse lorsqu'elle est diffuse dans l'air ou
dans tout autre gaz. On sait par l'exprience directe que la quantit
d'eau qui peut rester suspendue dans l'air  l'tat de vapeur est
limite pour chaque degr de temprature, et que ce maximum devient
moindre  mesure que la temprature diminue. Il suit de l dductivement
que, s'il y a dj autant de vapeur suspendue dans l'air que peut en
contenir sa temprature prsente, tout abaissement de cette temprature
portera une portion de la vapeur  se condenser et  se changer en eau.
Mais, de plus, nous savons dductivement, d'aprs les lois de la
chaleur, que le contact de l'air avec un corps plus froid que lui-mme
abaissera ncessairement la temprature de la couche d'air immdiatement
applique  sa surface, et par consquent la forcera d'abandonner une
portion de son eau, laquelle, d'aprs les lois ordinaires de la
gravitation ou cohsion, s'attachera  la surface du corps, ce qui
constituera la rose.... Cette preuve dductive a l'avantage de rendre
compte des exceptions, c'est--dire des cas o, ce corps tant plus
froid que l'air, il ne se dpose pourtant point de rose: car elle
montre qu'il en sera ncessairement ainsi, lorsque l'air sera si peu
fourni de vapeur aqueuse, comparativement  sa temprature, que mme,
tant un peu refroidi par le contact d'un corps plus froid, il sera
encore capable de tenir en suspension toute la vapeur qui s'y trouvait
d'abord suspendue. Ainsi, dans un t trs-sec, il n'y a pas de rose,
ni dans un hiver trs-sec de geles blanches.[35]

La seconde confirmation de la thorie se tire de l'exprience directe
pratique selon la mthode de diffrence. Nous pouvons, en refroidissant
la surface de n'importe quel corps, atteindre en tous les cas une
temprature  laquelle la rose commence  se dposer. Nous ne pouvons,
 la vrit, faire cela que sur une petite chelle; mais nous avons
d'amples raisons pour conclure que la mme opration, si elle tait
conduite dans le grand laboratoire de la nature, aboutirait au mme
effet.

Et finalement nous sommes capables de vrifier le rsultat, mme sur
cette grande chelle. Le cas est un de ces cas rares o la nature fait
l'exprience pour nous de la mme manire que nous la ferions
nous-mmes, c'est--dire en introduisant dans l'tat antrieur des
choses une circonstance nouvelle, unique et parfaitement dfinie, et en
manifestant l'effet si rapidement, que le temps manquerait pour tout
autre changement considrable dans les circonstances antrieures. On a
observ que la rose ne se dpose jamais abondamment dans des endroits
fort abrits contre le ciel ouvert, et point du tout dans les nuits
nuageuses; mais que, si les nuages s'cartent, ft-ce pour quelques
minutes seulement, de faon  laisser une ouverture, la rose commence 
se dposer, et va en augmentant. Ici il est compltement prouv que la
prsence ou l'absence d'une communication non interrompue avec le ciel
cause la prsence ou l'absence de la rose; mais puisqu'un ciel clair
n'est que l'absence des nuages, et que les nuages, comme tous les corps
entre lesquels et un objet donn il n'y a rien qu'un fluide lastique,
ont cette proprit connue, qu'ils tendent  lever ou  maintenir la
temprature de la surface de l'objet en rayonnant vers lui de la
chaleur, nous voyons  l'instant que la retraite des nuages refroidira
la surface. Ainsi, dans ce cas, la nature ayant produit un changement
dans l'antcdent par des moyens connus et dfinis, le consquent suit
et doit suivre: exprience naturelle conforme aux rgles de la mthode
de diffrence.[36]



IX

Ce ne sont pas l tous les procds des sciences, mais ceux-ci mnent
aux autres. Vous allez voir comme chez Mill tout s'enchane. Il n'y a
pas d'esprit plus rigoureux. Sans doute ces procds d'isolement en
beaucoup de cas sont impuissants, et ces cas sont ceux o l'effet, tant
produit par un concours de causes, ne peut tre divis en ses lments.
Les mthodes d'isolement sont alors impraticables. Nous ne pouvons plus
liminer, et par consquent nous ne pouvons plus induire. Et cette
difficult si grave se rencontre dans presque tous les cas du mouvement,
car presque tout mouvement est l'effet d'un concours de forces, et les
effets respectifs des diverses forces se trouvent en lui mls  un tel
point qu'on ne peut les sparer sans le dtruire, en sorte qu'il semble
impossible de savoir quelle part chaque force a dans la production de ce
mouvement. Prenez un corps sollicit par deux forces dont les directions
font un angle, il se meut suivant la diagonale; chaque partie, chaque
moment, chaque position, chaque lment de son mouvement est l'effet
combin des deux forces sollicitantes. Les deux effets se pntrent
tellement qu'on n'en peut isoler aucun et le rapporter  sa source. Pour
apercevoir sparment chaque effet, il faudrait considrer des
mouvements diffrents, c'est--dire supprimer le mouvement donn et le
remplacer par d'autres. Ni la mthode de concordance ou de diffrence,
ni la mthode des rsidus ou des variations concomitantes, qui sont
toutes dcomposantes et liminatives, ne peuvent servir contre un
phnomne qui par nature exclut toute limination et toute
dcomposition. Il faut donc tourner l'obstacle, et c'est ici qu'apparat
la dernire clef de la nature, la mthode de dduction. Nous quittons le
phnomne, nous nous reportons  ct de lui, nous en tudions d'autres
plus simples, nous tablissons leurs lois, et nous lions chacun d'eux 
sa cause par les procds de l'induction ordinaire; puis, supposant le
concours de deux ou plusieurs de ces causes, nous concluons d'aprs
leurs lois connues quel devra tre leur effet total. Nous vrifions
ensuite si le mouvement donn est exactement semblable au mouvement
prdit, et si cela est, nous l'attribuons aux causes d'o nous l'avons
dduit. Ainsi, pour dcouvrir les causes des mouvements des plantes,
nous recherchons par des inductions simples les lois de deux causes,
l'une qui est la force d'impulsion primitive dirige selon la tangente,
l'autre qui est la force acclratrice attractive. De ces lois induites
nous dduisons par le calcul le mouvement d'un corps qui serait soumis 
leurs sollicitations combines, et, vrifiant que les mouvements
plantaires observs concident exactement avec les mouvements prvus,
nous concluons que les deux forces en question sont effectivement les
causes des mouvements plantaires. C'est  cette mthode, dit Mill, que
l'esprit humain doit ses plus grands triomphes. Nous lui devons toutes
les thories qui ont runi des phnomnes vastes et compliqus sous
quelques lois simples. Ses dtours nous ont conduits plus loin que la
voie directe; elle a tir son efficacit de son imperfection.



X

Que si nous comparons maintenant les deux mthodes, leur opportunit,
leur office, leur domaine, nous y trouverons comme en abrg l'histoire,
les divisions, les esprances et les limites de la science humaine. La
premire apparat au dbut, la seconde  la fin. La premire a d
prendre l'empire au temps de Bacon,[37] et commence  le perdre; la
seconde a d perdre l'empire au temps de Bacon, et commence  le
prendre: en sorte que la science, aprs avoir pass de l'tat dductif
 l'tat exprimental, passe de l'tat exprimental  l'tat dductif.
La premire a pour province les phnomnes dcomposables et sur lesquels
nous pouvons exprimenter. La seconde a pour domaine les phnomnes
indcomposables, ou sur lesquels nous ne pouvons exprimenter. La
premire est efficace en physique, en chimie, en zoologie, en botanique,
dans les premires dmarches de toute science, partout o les phnomnes
sont mdiocrement compliqus, proportionns  notre force, capables
d'tre transforms par les moyens dont nous disposons. La seconde est
puissante en astronomie, dans les parties suprieures de la physique, en
physiologie, en histoire, dans les dernires dmarches de toute science,
partout o les phnomnes sont fort compliqus, comme la vie animale et
sociale, ou placs hors de nos prises, comme le mouvement des corps
clestes et les rvolutions de l'enveloppe terrestre. Quand la mthode
convenable n'est pas employe, la science s'arrte; quand la mthode
convenable est pratique, la science marche. L est tout le secret de
son pass et de son prsent. Si les sciences physiques sont restes
immobiles jusqu' Bacon, c'est qu'on dduisait lorsqu'il fallait
induire. Si la physiologie et les sciences morales aujourd'hui sont en
retard, c'est qu'on y induit lorsqu'il faudrait dduire. C'est par
dductions et d'aprs les lois physiques et chimiques qu'on pourra
expliquer les phnomnes physiologiques. C'est par dduction et d'aprs
les lois mentales qu'on pourra expliquer les phnomnes historiques.[38]
Et ce qui est l'instrument de ces deux sciences se trouve le but de
toutes les autres. Toutes tendent  devenir dductives; toutes aspirent
 se rsumer en quelques propositions gnrales desquelles le reste
puisse se dduire. Moins ces propositions sont nombreuses, plus la
science est avance. Moins une science exige de suppositions et de
donnes, plus elle est parfaite. Cette rduction est son tat final.
L'astronomie, l'acoustique, l'optique, lui offrent son modle. Nous
connatrons la nature quand nous aurons dduit ses millions de faits de
deux ou trois lois.

J'ose dire que la thorie que vous venez d'entendre est parfaite. J'en
ai omis plusieurs traits, mais vous en avez assez vu pour reconnatre
que nulle part l'induction n'a t explique d'une faon si complte et
si prcise, avec une telle abondance de distinctions fines et justes,
avec des applications si tendues et si exactes, avec une telle
connaissance des pratiques effectives et des dcouvertes acquises, avec
une plus entire exclusion des principes  priori et des suppositions
mtaphysiques, dans un esprit plus conforme aux procds rigoureux de
l'exprience moderne. Vous me demandiez tout  l'heure ce que nous avons
fait en philosophie; je rponds: la thorie de l'induction. Mill est le
dernier d'une grande ligne qui commence  Bacon, et qui, par Hobbes,
Newton, Locke, Hume, Herschel, s'est continue jusqu' nous. Ils ont
port dans la philosophie notre esprit national; ils ont t positifs et
pratiques; ils ne se sont point envols au-dessus des faits; ils n'ont
point tent des routes extraordinaires; ils ont purg le cerveau humain
de ses illusions, de ses ambitions, de ses fantaisies. Ils l'ont employ
du seul ct o il puisse agir; ils n'ont voulu que planter des
barrires et des flambeaux sur le chemin dj fray par les sciences
fructueuses. Ils n'ont point voulu dpenser vainement leur travail hors
de la voie explore et vrifie. Ils ont aid  la grande oeuvre
moderne, la dcouverte des lois applicables; ils ont contribu, comme
les savants spciaux,  augmenter la puissance de l'homme. Trouvez-moi
beaucoup de philosophies qui en aient fait autant.



XI

Vous allez me dire que mon philosophe s'est coup les ailes pour
fortifier les jambes. Certainement, et il a bien fait. L'exprience
borne la carrire qu'elle nous ouvre; elle nous a donn notre but; elle
nous donne aussi nos limites. Nous n'avons qu' regarder les lments
qui la composent et les vnements dont elle part pour comprendre que sa
porte est restreinte. Sa nature et son procd rduisent sa marche 
quelques pas. Et d'abord[39] les lois dernires de la nature ne peuvent
tre moins nombreuses que les espces distinctes de nos sensations. Nous
pouvons bien rduire un mouvement  un autre mouvement, mais non la
sensation de chaleur  la sensation d'odeur, ou de couleur, ou de son,
ni l'une ou l'autre  un mouvement. Nous pouvons bien ramener l'un 
l'autre des phnomnes de degr diffrent, mais non des phnomnes
d'espce diffrente. Nous trouvons les sensations distinctes au fond de
toutes nos connaissances, comme des lments simples, indcomposables,
absolument spars les uns des autres, absolument incapables d'tre
ramens les uns aux autres. L'exprience a beau faire, elle ne peut
supprimer ces diversits qui la fondent. D'autre part, l'exprience a
beau faire, elle ne peut se soustraire aux conditions dans lesquelles
elle agit. Quel que soit son domaine, il est limit dans le temps et
dans l'espace; le fait qu'elle observe est born et amen par une
infinit d'autres qu'elle ne peut atteindre. Elle est oblige de
supposer ou de reconnatre quelque tat primordial d'o elle part et
qu'elle n'explique pas.[40] Tout problme a ses donnes accidentelles ou
arbitraires: on en dduit le reste, mais on ne les dduit de rien. Le
soleil, la terre, les plantes, l'impulsion initiale des corps clestes,
les proprits primitives des substances chimiques, sont de ces
donnes.[41] Si nous les possdions toutes, nous pourrions tout
expliquer par elles, mais nous ne saurions les expliquer elles-mmes.
Pourquoi, demande Mill, ces agents naturels ont-ils exist  l'origine
plutt que d'autres? Pourquoi ont-ils t mls en telles ou telles
proportions? Pourquoi ont-ils t distribus de telle ou telle manire
dans l'espace? C'est l une question  laquelle nous ne pouvons
rpondre. Bien plus, nous ne pouvons dcouvrir rien de rgulier dans
cette distribution mme; nous ne pouvons la rduire  quelque
uniformit,  quelque loi. L'assemblage de ces agents n'est pour nous
qu'un pur accident[42]. Et l'astronomie, qui tout  l'heure nous offrait
le modle de la science acheve, nous offre maintenant l'exemple de la
science limite. Nous pouvons bien prdire les innombrables positions de
tous les corps plantaires; mais nous sommes obligs de supposer, outre
l'impulsion primitive et son degr, outre la force attractive et sa loi,
les masses et les distances de tous les corps dont nous parlons. Nous
comprenons des millions de faits, mais au moyen d'une centaine de faits
que nous ne comprenons pas; nous atteignons des consquences
ncessaires, mais au moyen d'antcdents accidentels, en sorte que, si
la thorie de notre univers tait acheve, elle aurait encore deux
grandes lacunes: l'une au commencement du monde physique, l'autre au
dbut du monde moral; l'une comprenant les lments de l'tre, l'autre
renfermant les lments de l'exprience; l'une contenant les sensations
primitives, l'autre contenant les agents primitifs. Notre science, dit
votre Royer-Collard, consiste  puiser l'ignorance  sa source la plus
leve.

Pouvons-nous au moins affirmer que ces donnes irrductibles ne le sont
qu'en apparence et au regard de notre esprit? Pouvons-nous dire qu'elles
ont des causes comme les faits drivs dont elles sont les causes?
Pouvons-nous dcider que tout vnement  tout point du temps et de
l'espace arrive selon des lois, et que notre petit monde si bien rgl
est un abrg du grand? Pouvons-nous, par quelque axiome, sortir de
notre enceinte si troite, et affirmer quelque chose de l'univers? En
aucune faon, et c'est ici que Mill pousse aux dernires consquences;
car la loi qui attribue une cause  tout vnement n'a pour lui d'autre
fondement, d'autre valeur et d'autre porte que notre exprience. Elle
ne renferme point sa ncessit en elle-mme; elle tire toute son
autorit du grand nombre des cas o on l'a reconnue vraie; elle ne fait
que rsumer une somme d'observations; elle lie deux donnes qui,
considres en elles-mmes, n'ont point de liaison intime; elle joint
l'antcdent et le consquent pris en gnral, comme la loi de la
pesanteur joint un antcdent et un consquent pris en particulier; elle
constate un couple, comme font toutes les lois exprimentales, et
participe  leur incertitude comme  leurs restrictions. Ecoutez ces
fortes paroles: Je suis convaincu que si un homme habitu 
l'abstraction et  l'analyse exerait loyalement ses facults  cet
effet, il ne trouverait point de difficult, quand son imagination
aurait pris le pli,  concevoir qu'en certains endroits, par exemple
dans un des firmaments dont l'astronomie sidrale compose  prsent
l'univers, les vnements puissent se succder au hasard, sans aucune
loi fixe; et rien, ni dans notre exprience, ni dans notre constitution
mentale, ne nous fournit une raison suffisante, ni mme une raison
quelconque pour croire que cela n'a lieu nulle part.[43] Pratiquement,
nous pouvons nous fier  une loi si bien tablie; mais dans les parties
lointaines des rgions stellaires, o les phnomnes peuvent tre
entirement diffrents de ceux que nous connaissons, ce serait folie
d'affirmer hardiment le rgne de cette loi gnrale, comme ce serait
folie d'affirmer pour l-bas le rgne des lois spciales qui se
maintiennent universellement exactes sur notre plante.[44] Nous sommes
donc chasss irrvocablement de l'infini; nos facults et nos assertions
n'y peuvent rien atteindre; nous restons confins dans un tout petit
cercle; notre esprit ne porte pas au del de son exprience; nous ne
pouvons tablir entre les faits aucune liaison universelle et
ncessaire; peut-tre mme n'existe-t-il entre les faits aucune liaison
universelle et ncessaire. Mill s'arrte l; mais certainement, en
menant son ide jusqu'au bout, on arriverait  considrer le monde comme
un simple morceau de faits. Nulle ncessit intrieure ne produirait
leur liaison ni leur existence. Ils seraient de pures donnes,
c'est--dire des accidents. Quelquefois, comme dans notre systme, ils
se trouveraient assembls de faon  amener des retours rguliers;
quelquefois ils seraient assembls de manire  n'en pas amener du tout.
Le hasard, comme chez Dmocrite, serait au coeur des choses. Les lois en
driveraient, et n'en driveraient que  et l. Il en serait des tres
comme des nombres, comme des fractions par exemple, qui, selon le hasard
des deux facteurs primitifs, tantt s'talent, tantt ne s'talent pas
en priodes rgulires. Voil sans doute une conception originale et
haute. Elle est la dernire consquence de l'ide primitive et dominante
que nous avons dmle au commencement du systme, qui a transform les
thories de la dfinition, de la proposition et du syllogisme; qui a
rduit les axiomes  des vrits d'exprience; qui a dvelopp et
perfectionn la thorie de l'induction; qui a tabli le but, les bornes,
les provinces, et les mthodes de la science; qui dans la nature et dans
la science a partout supprim les liaisons intrieures; qui a remplac
le ncessaire par l'accidentel, la cause par l'antcdent, et qui
consiste  prtendre que toute assertion utile a pour effet de former un
couple, c'est--dire de joindre deux faits qui, par leur nature, sont
spars.


       *       *       *       *       *


 II.

L'ABSTRACTION


I.

--Un abme de hasard et un abme d'ignorance. La perspective est sombre;
il n'importe, si elle est vraie. A tout le moins, cette thorie de la
science est celle de la science anglaise. Rarement, je vous l'accorde,
un penseur a mieux rsum par sa doctrine la pratique de son pays;
rarement un homme a mieux reprsent par ses ngations et ses
dcouvertes les limites et la porte de sa race. Les procds dont
celui-ci compose la science sont ceux o vous excellez par-dessus tous
les autres, et les procds qu'il exclut de la science sont ceux qui
vous manquent plus qu' personne. Il a dcrit l'esprit anglais en
croyant dcrire l'esprit humain. C'est l sa gloire, mais c'est aussi l
sa faiblesse. Il y a dans votre ide de la connaissance une lacune qui,
incessamment ajoute  elle-mme, finit par creuser ce gouffre de hasard
du fond duquel, selon lui, les choses naissent, et ce gouffre
d'ignorance au bord duquel, selon lui, notre science doit s'arrter. Et
voyez ce qui en advient. En retranchant de la science la connaissance
des premires causes, c'est--dire des choses divines, vous rduisez
l'homme  devenir sceptique, positif, utilitaire, s'il a l'esprit sec,
ou bien mystique, exalt, mthodiste, s'il a l'imagination vive. Dans ce
grand vide inconnu que vous placez au del de notre petit monde, les
gens  tte chaude ou  conscience triste peuvent loger tous leurs
rves, et les hommes  jugement froid, dsesprant d'y rien atteindre,
n'ont plus qu' se rabattre dans la recherche des recettes pratiques qui
peuvent amliorer notre condition. Il me semble que le plus souvent ces
deux dispositions se rencontrent dans une tte anglaise. L'esprit
religieux et l'esprit positif y vivent cte  cte et spars. Cela fait
un mlange bizarre, et j'avoue que j'aime mieux la manire dont les
Allemands ont concili la science et la foi.

--Mais leur philosophie n'est qu'une posie mal crite.--Peut-tre.
--Mais ce qu'ils appellent raison ou intuition des principes n'est que
la puissance de btir des hypothses.--Peut-tre.--Mais les systmes
qu'ils ont arrangs n'ont pas tenu devant l'exprience.--Je vous
abandonne leur oeuvre.--Mais leur absolu, leur sujet, leur objet et le
reste ne sont que de grands mots.--Je vous abandonne leur style. -Alors
que gardez-vous?--Leur ide de la cause.--Vous croyez, comme eux, qu'on
dcouvre les causes par une rvlation de la raison?--Point du
tout.--Vous croyez comme nous qu'on dcouvre les causes par la simple
exprience?--Pas davantage.--Vous pensez qu'il y a une facult autre que
l'exprience et la raison propre  dcouvrir les causes?--Oui.--Vous
croyez qu'il y a une opration moyenne, situe entre l'illumination et
l'observation, capable d'atteindre des principes comme on l'assure de la
premire, capable d'atteindre des vrits comme on l'prouve pour la
seconde?--Oui.--Laquelle?--L'abstraction. Reprenons votre ide
primitive; je tcherai de dire en quoi je la trouve incomplte, et en
quoi il me semble que vous mutilez l'esprit humain. Seulement il faudra
que vous m'accordiez de l'espace; ce sera tout un plaidoyer.



II

Votre point de dpart est bon: en effet, l'homme ne connat point les
substances; il ne connat ni l'esprit ni le corps; il n'aperoit que ses
tats intrieurs tout passagers et isols; il s'en sert pour affirmer et
dsigner des tats extrieurs, positions, mouvements, changements, et ne
s'en sert pas pour autre chose. Il n'atteint que des faits, soit au
dedans, soit au dehors, tantt caducs, quand son impression ne se rpte
pas, tantt permanents, quand son impression, maintes fois rpte, lui
fait supposer qu'elle sera rpte toutes les fois qu'il voudra
l'avoir. Il ne saisit que des couleurs, des sons, des rsistances, des
mouvements, tantt momentans et variables, tantt semblables 
eux-mmes et renouvels. Il ne suppose des qualits et proprits que
par un artifice de langage, et pour grouper plus commodment des faits.
Nous allons mme plus loin que vous: nous pensons qu'il n'y a ni esprits
ni corps, mais simplement des groupes de mouvements prsents ou
possibles, et des groupes de penses prsentes ou possibles. Nous
croyons qu'il n'y a point de substances, mais seulement des systmes de
faits. Nous regardons l'ide de substance comme une illusion
psychologique. Nous considrons la substance, la force et tous les tres
mtaphysiques des modernes comme un reste des entits scolastiques. Nous
pensons qu'il n'y a rien au monde que des faits et des lois,
c'est--dire des vnements et leurs rapports, et nous reconnaissons
comme vous que toute connaissance consiste d'abord  lier ou 
additionner des faits. Mais cela termin, une nouvelle opration
commence, la plus fconde de toutes, et qui consiste  dcomposer ces
donnes complexes en donnes simples. Une facult magnifique apparat,
source du langage, interprte de la nature, mre des religions et des
philosophies, seule distinction vritable, qui, selon son degr, spare
l'homme de la brute, et les grands hommes des petits: je veux dire
l'_abstraction_, qui est le pouvoir d'isoler les lments des faits et
de les considrer  part. Mes yeux suivent le contour d'un carr, et
l'abstraction en isole les deux proprits constitutives, l'galit des
cts et des angles. Mes doigts touchent la surface d'un cylindre, et
l'abstraction en isole les deux lments gnrateurs, la notion de
rectangle et la rvolution de ce rectangle autour d'un de ses cts pris
comme axe. Cent mille expriences me dveloppent par une infinit de
dtails la srie des oprations physiologiques qui font la vie, et
l'abstraction isole la direction de cette srie, qui est un circuit de
dperdition constante et de rparation continue. Douze cents pages
m'ont expos le jugement de Mill sur les diverses parties de la science,
et l'abstraction isole son ide fondamentale,  savoir, que les seules
propositions fructueuses sont celles qui joignent un fait  un fait non
contenu dans le premier. Partout ailleurs il en est de mme. Toujours un
fait ou une srie de faits peut tre rsolu en ses composants. C'est
cette dcomposition que l'on rclame lorsqu'on demande quelle est la
nature d'un objet. Ce sont ces composants que l'on cherche lorsqu'on
veut pntrer dans l'intrieur d'un tre. Ce sont eux que l'on dsigne
sous les noms de forces, causes, lois, essences, proprits primitives.
Ils ne sont pas un nouveau fait ajout aux premiers; ils en sont une
portion, un extrait: ils sont contenus en eux, ils ne sont autre chose
que les faits eux-mmes. On ne passe pas, en les dcouvrant, d'une
donne  une donne diffrente, mais de la mme  la mme, du tout  la
partie, du compos aux composants. On ne fait que voir la mme chose
sous deux formes, d'abord entire, puis divise; on ne fait que
traduire la mme ide d'un langage en un autre, du langage sensible en
langage abstrait, comme on traduit une courbe en une quation, comme on
exprime un cube par une fonction de son ct. Que cette traduction soit
difficile ou non, peu importe; qu'il faille souvent l'accumulation ou la
comparaison d'un nombre norme de faits pour y atteindre, et que maintes
fois notre esprit succombe avant d'y arriver, peu importe encore.
Toujours est-il que dans cette opration, qui est videmment fructueuse,
au lieu d'aller d'un fait  un autre fait, on va du mme au mme; au
lieu d'ajouter une exprience  une exprience, on met  part quelque
portion de la premire; au lieu d'avancer, on s'arrte pour creuser en
place. Il y a donc des jugements qui sont instructifs, et qui cependant
ne sont pas des expriences; il y a donc des propositions qui concernent
l'essence, et qui cependant ne sont pas verbales; il y a donc une
opration diffrente de l'exprience, qui agit par retranchement au
lieu d'agir par addition, qui, au lieu d'acqurir, s'applique aux
donnes acquises, et qui par del l'observation, ouvrant aux sciences
une carrire nouvelle, dfinit leur nature, dtermine leur marche,
complte leurs ressources et marque leur but.

Voil la grande omission du systme: l'abstraction y est laisse sur
l'arrire-plan,  peine mentionne, recouverte par les autres oprations
de l'esprit, traite comme un appendice des expriences; nous n'avons
qu' la rtablir dans la thorie gnrale pour reformer les thories
particulires o elle a manqu.



III

D'abord la dfinition. Il n'y a pas, dit Mill, de dfinition des choses,
et quand on me dfinit la sphre le solide engendr par la rvolution
d'un demi-cercle autour de son diamtre, on ne me dfinit qu'un nom.
Sans doute on vous apprend par l le sens d'un nom, mais on vous apprend
encore bien autre chose. On vous annonce que toutes les proprits de
toute sphre drivent de cette formule gnratrice. On rduit une donne
infiniment complexe  deux lments. On transforme la donne sensible en
donnes abstraites; on exprime l'essence de la sphre, c'est--dire la
cause intrieure et primordiale de toutes ses proprits. Voil la
nature de toute vraie dfinition; elle ne se contente pas d'expliquer un
nom, elle n'est pas un simple signalement; elle n'indique pas simplement
une proprit distinctive, elle ne se borne pas  coller sur l'objet une
tiquette propre  le faire reconnatre entre tous. Il y a en dehors de
la dfinition plusieurs faons de faire reconnatre l'objet; il y a
telle autre proprit qui n'appartient qu' lui; on pourrait dsigner la
sphre en disant que, de tous les corps, elle est celui qui,  surface
gale, occupe le plus d'espace, et autrement encore. Seulement ces
dsignations ne sont pas des dfinitions; elles exposent une proprit
caractristique et drive, non une proprit gnratrice et premire;
elles ne ramnent pas la chose  ses facteurs, elles ne la recrent pas
sous nos yeux, elles ne montrent pas sa nature intime et ses lments
irrductibles. La dfinition est la proposition qui marque dans un objet
la qualit d'o drivent les autres, et qui ne drive point d'une autre
qualit. Ce n'est point l une proposition verbale, car elle vous
enseigne la qualit d'une chose. Ce n'est point l l'affirmation d'une
qualit ordinaire, car elle vous rvle la qualit qui est la source du
reste. C'est une assertion d'une espce extraordinaire, la plus fconde
et la plus prcieuse de toutes, qui rsume toute une science, et en qui
toute science aspire  se rsumer. Il y a une dfinition dans chaque
science; il y en a une pour chaque objet. Nous ne la possdons pas
partout, mais nous la cherchons partout. Nous sommes parvenus  dfinir
le mouvement des plantes par la force tangentielle et l'attraction qui
le composent; nous dfinissons dj en partie le corps chimique par la
notion d'quivalent, et le corps vivant par la notion de type. Nous
travaillons  transformer chaque groupe de phnomnes en quelques lois,
forces ou notions abstraites. Nous nous efforons d'atteindre en chaque
objet les lments gnrateurs, comme nous les atteignons dans la
sphre, dans le cylindre, dans le cercle, dans le cne, et dans tous
les composs mathmatiques. Nous rduisons les corps naturels  deux ou
trois sortes de mouvements, attraction, vibration, polarisation, comme
nous rduisons les corps gomtriques  deux ou trois sortes d'lments,
le point, le mouvement, la ligne, et nous jugeons notre science
partielle ou complte, provisoire ou dfinitive, suivant que cette
rduction est approximative ou absolue, imparfaite ou acheve.



IV

Mme changement dans la thorie de la preuve. Selon Mill, on ne prouve
pas que le prince Albert mourra en posant que tous les hommes sont
mortels, car ce serait dire deux fois la mme chose, mais en posant que
Jean, Pierre et compagnie, bref tous les hommes dont nous avons entendu
parler, sont morts.--Je rponds que la vraie preuve n'est ni dans la
mortalit de Jean, Pierre et compagnie, ni dans la mortalit de tous les
hommes, mais ailleurs. On prouve un fait, dit Aristote[45], en montrant
sa cause. On prouvera donc la mortalit du prince Albert en montrant la
cause qui fait qu'il mourra. Et pourquoi mourra-t-il, sinon parce que le
corps humain, tant un compos chimique instable, doit se dissoudre au
bout d'un temps; en d'autres termes, parce que la mortalit est jointe 
la qualit d'homme? Voil la cause et voil la preuve. C'est cette loi
abstraite qui, prsente dans la nature, amnera la mort du prince, et
qui, prsente dans mon esprit, me montre la mort du prince. C'est cette
proposition abstraite qui est probante; ce n'est ni la proposition
particulire, ni la proposition gnrale. Elle est si bien la preuve
qu'elle prouve les deux autres. Si Jean, Pierre et compagnie sont morts,
c'est parce que la mortalit est jointe  la qualit d'homme. Si tous
les hommes sont morts ou mourront, c'est encore parce que la mortalit
est jointe  la qualit d'homme. Ici, une fois de plus, le rle de
l'abstraction a t oubli. Mill l'a confondue avec les expriences; il
n'a pas distingu la preuve et les matriaux de la preuve, la loi
abstraite et le nombre fini ou indfini de ses applications. Les
applications contiennent la loi et la preuve, mais elles ne sont ni la
loi ni la preuve. Les exemples de Pierre, Jean et des autres contiennent
la cause, mais ils ne sont pas la cause. Ce ne n'est pas assez
d'additionner les cas, il faut en retirer la loi. Ce n'est pas assez
d'exprimenter, il faut abstraire. Voil la grande opration
scientifique. Le syllogisme ne va pas du particulier au particulier,
comme dit Mill, ni du gnral au particulier, comme disent les logiciens
ordinaires, mais de l'abstrait au concret, c'est--dire de la cause 
l'effet. C'est  ce titre qu'il fait partie de la science; il en fait et
il en marque tous les chanons; il relie les principes aux effets; il
fait communiquer les dfinitions avec les phnomnes. Il porte sur toute
l'chelle de la science l'abstraction que la dfinition a porte au
sommet.



V

La mme opration explique aussi les axiomes. Selon Mill, si nous savons
que des grandeurs gales ajoutes  des grandeurs gales font des sommes
gales, ou que deux droites ne peuvent enclore un espace, c'est par une
exprience extrieure faite avec nos yeux, ou par une exprience
intrieure faite avec notre imagination. Sans doute on peut savoir ainsi
que deux droites ne sauraient enclore un espace, mais on peut le savoir
encore d'une autre faon. On peut se reprsenter une droite par
l'imagination, et l'on peut la concevoir aussi par la raison. On peut
considrer son image ou sa dfinition. On peut l'tudier en elle-mme ou
dans les lments gnrateurs. Je puis me reprsenter une droite toute
faite, mais je puis aussi la rsoudre en ses facteurs. Je puis assister
 sa formation, et dgager les lments abstraits qui l'engendrent,
comme j'ai assist  la formation du cylindre et dgag le rectangle en
rvolution qui l'a engendr. Je puis dire non pas que la ligne droite
est la plus courte d'un point  un autre, ce qui est une proprit
drive, mais qu'elle est la ligne forme par le mouvement d'un point
qui tend  se rapprocher d'un autre, et de cet autre seulement; ce qui
revient  dire que deux points suffisent  dterminer une droite, en
d'autres termes que deux droites ayant deux points communs concident
dans toute leur tendue intermdiaire; d'o l'on voit que si deux
droites enfermaient un espace, elles ne feraient qu'une droite et
n'enfermeraient rien du tout. Voil une seconde manire de connatre
l'axiome, et il est clair qu'elle diffre beaucoup de la premire. Dans
la premire, on le constate; dans la seconde, on le dduit. Dans la
premire, on prouve qu'il est vrai; dans la seconde, on prouve qu'il
est vrai. Dans la premire, on l'admet; dans la seconde, on l'explique.
Dans la premire, on remarquait seulement que le contraire de l'axiome
est inconcevable; dans la seconde, on dcouvre en plus que le contraire
de l'axiome est contradictoire. tant donn la dfinition de la ligne
droite, l'axiome que deux droites ne peuvent enclore un espace s'y
trouve compris; il en drive comme une consquence de son principe. En
somme, il n'est qu'une proposition identique, ce qui veut dire que son
sujet contient son attribut; il ne joint pas deux termes spars,
irrductibles l'un  l'autre: il unit deux termes dont le second est une
portion du premier. Il est une simple analyse. Et tous les axiomes sont
ainsi. Il suffit de les dcomposer pour apercevoir qu'ils vont non d'un
objet  un objet diffrent, mais du mme au mme. Il suffit de rsoudre
les notions d'galit, de cause, de substance, de temps et d'espace en
leurs abstraits, pour dmontrer les axiomes d'galit, de substance, de
cause, de temps et d'espace. Il n'y a qu'un axiome, celui d'identit.
Les autres ne sont que ses applications ou ses suites. Cela admis, on
voit  l'instant que la porte de notre esprit se trouve change. Nous
ne sommes plus simplement capables de connaissances relatives et
bornes: nous sommes capables aussi de connaissances absolues et
infinies; nous possdons dans les axiomes des donnes qui non-seulement
s'accompagnent l'une l'autre, mais encore dont l'une enferme l'autre.
Si, comme dit Mill, elles ne faisaient que s'accompagner, nous serions
forcs de conclure, comme Mill, que peut-tre elles ne s'accompagnent
pas toujours. Nous ne verrions point la ncessit intrieure de leur
jonction, nous ne la poserions qu'en fait; nous dirions que les deux
donnes tant de leur nature isoles, il peut se rencontrer des
circonstances qui les sparent; nous n'affirmerions la vrit des
axiomes qu'au regard de notre monde et de notre esprit. Si au contraire
les deux donnes sont telles que la premire enferme la seconde, nous
tablissons par cela mme la ncessit de leur jonction: partout o sera
la premire, elle emportera la seconde, puisque la seconde est une
partie d'elle-mme, et qu'elle ne peut pas se sparer de soi. Il n'y a
point de place entre elles deux pour une circonstance qui vienne les
disjoindre, car elles ne font qu'une seule chose sous deux aspects. Leur
liaison est donc absolue et universelle, et nous possdons des vrits
qui ne souffrent ni doute, ni limites, ni conditions, ni restrictions.
L'abstraction rend aux axiomes leur valeur en montrant leur origine, et
nous restituons  la science la porte qu'on lui te en restituant 
l'esprit la facult qu'on lui tait.



VI

Reste l'induction, qui semble le triomphe de la pure exprience. Et
c'est justement l'induction qui est le triomphe de l'abstraction.
Lorsque je dcouvre par induction que le froid cause la rose, ou que le
passage de l'tat liquide  l'tat solide produit la cristallisation,
j'tablis un rapport entre deux abstraits. Ni le froid, ni la rose, ni
le passage de l'tat solide  l'tat liquide, ni la cristallisation
n'existent en soi. Ce sont des portions de phnomnes, des extraits de
cas complexes, des lments simples enferms dans des ensembles plus
composs. Je les en retire et je les isole; j'isole la rose prise en
gnral de toutes les roses locales, temporaires, particulires, que je
puis observer; j'isole le froid pris en gnral de tous les froids
spciaux, varis, distincts, qui peuvent se produire parmi toutes les
diffrences de texture, toutes les diversits de substance, toutes les
ingalits de temprature, toutes les complications de circonstances. Je
joins un antcdent abstrait  un consquent abstrait, et je les joins,
comme le montre Mill lui-mme, par des retranchements, des suppressions,
des liminations. J'expulse des deux groupes qui les contiennent toutes
les circonstances adjacentes; je dmle le couple dans l'entourage qui
l'offusque; je dtache, par une srie de comparaisons et d'expriences,
tous les accidents parasites qui se sont colls  lui, et je finis ainsi
par le mettre  nu. J'ai l'air de considrer vingt cas diffrents, et
dans le fond je n'en considre qu'un seul; j'ai l'air de procder par
addition, et en somme je n'opre que par soustraction. Tous les procds
de l'induction sont donc des moyens d'abstraire, et toutes les oeuvres
de l'induction sont donc des liaisons d'abstraits.



VII

Nous voyons maintenant les deux grands moments de la science et les deux
grandes apparences de la nature. Il y a deux oprations, l'exprience et
l'abstraction; il y a deux royaumes, celui des faits complexes et celui
des lments simples. Le premier est l'effet, le second la cause. Le
premier est contenu dans le second et s'en dduit, comme une consquence
de son principe. Tous deux s'quivalent; ils sont une seule chose
considre sous deux aspects. Ce magnifique monde mouvant, ce chaos
tumultueux d'vnements entrecroiss, cette vie incessante infiniment
varie et multiple, se rduisent  quelques lments et  leurs
rapports. Tout notre effort consiste  passer de l'un  l'autre, du
complexe au simple, des faits aux lois, des expriences aux formules. Et
la raison en est visible; car ce fait que j'aperois par les sens ou la
conscience n'est qu'une tranche arbitraire que mes sens ou ma conscience
dcoupent dans la trame infinie et continue de l'tre. S'ils taient
construits autrement, ils en intercepteraient une autre; c'est le hasard
de leur structure qui a dtermin celle-l. Ils sont comme un compas
ouvert, qui pourrait l'tre moins, et qui pourrait l'tre davantage. Le
cercle qu'ils dcrivent n'est pas naturel, mais artificiel. Il l'est si
bien, qu'il l'est en deux manires,  l'extrieur et  l'intrieur. Car,
lorsque je constate un vnement, je l'isole artificiellement de son
entourage naturel, et je le compose artificiellement d'lments qui ne
font point un assemblage naturel. Quand je vois une pierre qui tombe, je
spare la chute des circonstances antrieures qui rellement lui sont
jointes, et je mets ensemble la chute, la forme, la structure, la
couleur, le son, et vingt autres circonstances qui rellement ne sont
point lies. Un fait est donc un amas arbitraire, en mme temps qu'une
coupure arbitraire, c'est--dire un groupe factice, qui spare ce qui
est uni, et unit ce qui est spar[46]. Ainsi, tant que nous ne
regardons la nature que par l'observation seule, nous ne la voyons pas
telle qu'elle est: nous n'avons d'elle qu'une ide provisoire et
illusoire. Elle est proprement une tapisserie que nous n'apercevons qu'
l'envers. Voil pourquoi nous tchons de la retourner. Nous nous
efforons de dmler des lois, c'est--dire des groupes naturels, qui
soient effectivement distincts de leur entourage et qui soient composs
d'lments effectivement unis. Nous dcouvrons des couples, c'est--dire
des composs rels et des liaisons relles. Nous passons de l'accidentel
au ncessaire, du relatif  l'absolu, de l'apparence  la vrit; et,
ces premiers couples trouvs, nous pratiquons sur eux la mme opration
que sur les faits, car,  un moindre degr, ils ont la mme nature.
Quoique plus abstraits, ils sont encore complexes. Ils peuvent tre
dcomposs et expliqus. Ils ont une raison d'tre. Il y a quelque cause
qui les construit et les unit. Il y a lieu pour eux, comme pour les
faits, de chercher les lments gnrateurs en qui ils peuvent se
rsoudre et de qui ils peuvent se dduire, et l'opration doit continuer
jusqu' ce qu'on soit arriv  des lments tout  fait simples,
c'est--dire tels que leur dcomposition soit contradictoire. Que nous
puissions les trouver ou non, ils existent; l'axiome des causes serait
dmenti, s'ils manquaient. Il y a donc des lments indcomposables,
desquels drivent les lois les plus gnrales, et de celles-ci les lois
particulires, et de ces lois les faits que nous observons, ainsi qu'il
y a en gomtrie deux ou trois notions primitives, desquelles drivent
les proprits des lignes, et de celles-ci les proprits des surfaces,
des solides et des formes innombrables que la nature peut effectuer ou
l'esprit imaginer. Nous pouvons maintenant comprendre la vertu et le
sens de cet axiome des causes qui rgit toutes choses, et que Mill a
mutil. Il y a une force intrieure et contraignante qui suscite tout
vnement, qui lie tout compos, qui engendre toute donne. Cela
signifie, d'une part, qu'il y a une raison  toute chose, que tout fait
a sa loi; que tout compos se rduit en simples; que tout produit
implique des facteurs; que toute qualit et toute existence doivent se
dduire de quelque terme suprieur et antrieur. Et cela signifie,
d'autre part, que le produit quivaut aux facteurs, que tous deux ne
sont qu'une mme chose sous deux apparences; que la cause ne diffre pas
de l'effet; que les puissances gnratrices ne sont que les proprits
lmentaires; que la force active par laquelle nous figurons la nature
n'est que la ncessit logique qui transforme l'un dans l'autre le
compos et le simple, le fait et la loi. Par l nous dsignons d'avance
le terme de toute science, et nous tenons la puissante formule qui,
tablissant la liaison invincible et la production spontane des tres,
pose dans la nature le ressort de la nature, en mme temps qu'elle
enfonce et serre au coeur de toute chose vivante les tenailles d'acier
de la ncessit.



VIII

Pouvons-nous connatre ces lments premiers? Pour mon compte, je le
pense, et la raison en est qu'tant des abstraits, ils ne sont pas
situs en dehors des faits, mais compris en eux, en telle sorte qu'il
n'y a qu' les en retirer. Bien plus, tant les plus abstraits,
c'est--dire les plus gnraux de tous, il n'y a pas de faits qui ne les
comprennent et dont on ne puisse les extraire. Si limite que soit notre
exprience, nous pouvons donc les atteindre, et c'est d'aprs cette
remarque que les modernes mtaphysiciens d'Allemagne ont tent leurs
grandes constructions. Ils ont compris qu'il y a des notions simples,
c'est--dire des abstraits indcomposables, que leurs combinaisons
engendrent le reste, et que les rgles de leurs unions ou de leurs
contrarits mutuelles sont les lois premires de l'univers. Ils ont
essay de les atteindre et de retrouver par la pense pure le monde tel
que l'observation nous l'a montr. Ils ont chou  demi, et leur
gigantesque btisse, toute factice et fragile, pend en ruine, semblable
 ces chafaudages provisoires qui ne servent qu' marquer le plan d'un
difice futur. C'est qu'avec un sens profond de notre puissance, ils
n'ont point eu la vue exacte de nos limites. Car nous sommes dbords de
tous cts par l'infinit du temps et de l'espace; nous nous trouvons
jets dans ce monstrueux univers comme un coquillage au bord d'une
grve, ou comme une fourmi au pied d'un talus. En ceci, Mill dit vrai;
le hasard se rencontre au terme de toutes nos connaissances comme au
commencement de toutes nos donnes: nous avons beau faire, nous ne
pouvons que remonter, et par conjecture encore, jusqu' un tat
initial; mais cet tat dpend d'un prcdent, qui dpend d'un autre, et
ainsi de suite, en sorte que nous sommes obligs de l'accepter comme une
pure donne, et de renoncer  le dduire, quoique nous sachions qu'il
doive tre dduit. Il en est ainsi dans toutes les sciences, en
gologie, en histoire naturelle, en physique, en chimie, en psychologie,
en histoire, et l'accident primitif tend ses effets dans toutes les
parties de la sphre o il est compris. S'il avait t diffrent, nous
n'aurions ni les mmes plantes, ni les mmes espces chimiques, ni les
mmes vgtaux, ni les mmes animaux, ni les mmes races d'hommes, ni
peut-tre aucune de ces sortes d'tres. Si la fourmi tait porte dans
une autre contre, elle ne verrait ni les mmes arbres, ni les mmes
insectes, ni la mme disposition du sol, ni les mmes rvolutions de
l'air, ni peut-tre aucune de ces formes de l'tre. Il y a donc en tout
fait et en tout objet une portion accidentelle et locale, portion
norme, qui, comme le reste, dpend des lois primitives, mais n'en
dpend qu' travers un circuit infini de contre-coups, en sorte qu'entre
elle et les lois primitives il y a une lacune infinie qu'une srie
infinie de dductions pourrait seule combler.

Voil la portion inexplicable des phnomnes, et voil ce que les
mtaphysiciens d'outre-Rhin ont tent d'expliquer. Ils ont voulu dduire
de leurs thormes lmentaires la forme du systme plantaire, les
diverses lois de la physique et de la chimie, les principaux types de la
vie, la succession des civilisations et des penses humaines. Ils ont
tortur leurs formules universelles pour en tirer des cas tout
particuliers; ils ont pris des suites indirectes et lointaines pour des
suites directes et prochaines; ils ont omis ou supprim le grand jeu qui
s'interpose entre les premires lois et les dernires consquences; ils
ont cart de leurs fondements le hasard, comme une assise indigne de la
science, et ce vide qu'ils laissaient, mal rempli par des matriaux
postiches, a fait crouler tout le btiment.

Est-ce  dire que dans les donnes que ce petit canton de l'univers nous
fournit, tout soit local? En aucune faon. Si la fourmi tait capable
d'exprimenter, elle pourrait atteindre l'ide d'une loi physique, d'une
forme vivante, d'une sensation reprsentative, d'une pense abstraite;
car un pied de terre sur lequel se trouve un cerveau qui pense renferme
tout cela; donc, si limit que soit le champ d'un esprit, il contient
des donnes gnrales, c'est--dire rpandues sur des territoires
extrieurs fort vastes, o sa limitation l'empche de pntrer. Si la
fourmi tait capable de raisonner, elle pourrait construire
l'arithmtique, l'algbre, la gomtrie, la mcanique; car un mouvement
d'un demi-pouce contient dans son raccourci le temps, l'espace, le
nombre et la force, tous les matriaux des mathmatiques: donc, si
limit que soit le champ d'un esprit, il renferme des donnes
universelles, c'est--dire rpandues sur tout le territoire du temps et
de l'espace. Si la fourmi tait philosophe, elle pourrait dmler les
ides de l'tre, du nant, et tous les matriaux de la mtaphysique; car
un phnomne quelconque, intrieur ou extrieur, suffit pour les
prsenter; donc, si limit que soit le champ d'un esprit, il contient
des donnes absolues, c'est--dire telles qu'il n'y a nul objet o elles
puissent manquer. Et il faut bien qu'il en soit ainsi; car  mesure
qu'une donne est plus gnrale, il faut parcourir moins de faits pour
la rencontrer: si elle est universelle, on la rencontre partout; si elle
est absolue, on ne peut pas ne pas la rencontrer. C'est pourquoi, malgr
l'troitesse de notre exprience, la mtaphysique, j'entends la
recherche des premires causes, est possible,  la condition que l'on
reste  une grande hauteur, que l'on ne descende point dans le dtail,
que l'on considre seulement les lments les plus simples de l'tre et
les tendances les plus gnrales do la nature. Si quelqu'un recueillait
les trois ou quatre grandes ides o aboutissent nos sciences, et les
trois ou quatre genres d'existence qui rsument notre univers; s'il
comparait ces deux tranges quantits qu'on nomme la dure et l'tendue,
ces principales formes ou dtermination de la quantit qu'on appelle les
lois physiques, les types chimiques et les espces vivantes, et cette
merveilleuse puissance reprsentative qui est l'esprit, et qui, sans
tomber dans la quantit, reproduit les deux autres et elle-mme; s'il
dcouvrait, entre ces trois termes, la quantit pure, la quantit
dtermine et la quantit supprime[47], un ordre tel que la premire
appelt la seconde, et la seconde la troisime; s'il tablissait ainsi
que la quantit pure est le commencement ncessaire de la nature, et que
la pense est le terme extrme auquel la nature est tout entire
suspendue; si ensuite, isolant les lments de ces donnes, il montrait
qu'ils doivent se combiner comme ils sont combins, et non autrement;
s'il prouvait enfin qu'il n'y a point d'autres d'lments, et qu'il ne
peut y en avoir d'autres, il aurait esquiss une mtaphysique sans
empiter sur les sciences positives, et touch la source sans tre
oblig de descendre jusqu'au terme de tous les ruisseaux.

A mon avis, ces deux grandes oprations, l'exprience telle que vous
l'avez dcrite et l'abstraction telle que j'ai essay de la dfinir,
font  elles deux toutes les ressources de l'esprit humain. L'une est la
direction pratique, l'autre la direction spculative. La premire
conduit  considrer la nature comme une rencontre de faits, la seconde
comme un systme de lois: employe seule, la premire est anglaise;
employe seule, la seconde est allemande. S'il y a une place entre les
deux nations, c'est la ntre. Nous avons largi les ides anglaises au
XVIIIe sicle; nous pouvons, au XIXe sicle, prciser les ides
allemandes. Notre affaire est de temprer, de corriger, de complter les
deux esprits l'un par l'autre, de les fondre en un seul, de les
exprimer dans un style que tout le monde entende, et d'en faire ainsi
l'esprit universel.



IX

Nous sortmes. Comme il arrive toujours en pareil cas, chacun des deux
avait fait rflchir l'autre, et aucun des deux n'avait persuad
l'autre; mais ces rflexions furent courtes: devant une belle matine
d'aot, tous les raisonnements tombent. Les vieux murs, les pierres
ronges par la pluie souriaient au soleil levant. Une lumire jeune se
posait sur les dentelures des murailles, sur les festons des arcades,
sur le feuillage clatant des lierres. Les roses grimpantes, les
chvrefeuilles montaient le long des meneaux, et leurs corolles
tremblaient et luisaient au souffle lger de l'air. Les jets d'eau
murmuraient dans les grandes cours silencieuses. La charmante ville
sortait de la brume matinale aussi pare et aussi tranquille qu'un
palais de fes, et sa robe de molle vapeur rose, semblable  une jupe
ouvrage de la renaissance, tait bossue par une broderie de clochers,
de clotres et de palais, chacun encadr dans sa verdure et dans ses
fleurs. Les architectures de tous les ges mlaient leurs ogives et
leurs trfles, leurs statues et leurs colonnes; le temps avait fondu
leurs teintes; le soleil les unissait dans sa lumire, et la vieille
cit semblait un crin o tous les sicles et tous les gnies avaient
pris soin tour  tour d'apporter et de ciseler leur joyau. Au dehors, la
rivire coulait  pleins bords en larges nappes d'argent reluisantes.
Les prairies regorgeaient de hautes herbes, les faucheurs y entraient
jusqu'au-dessus du genou. Les boutons-d'or, les reines-des-prs par
myriades, les gramines penches sous le poids de leur tte gristre,
les plantes abreuves par la rose de la nuit, avaient pullul dans la
riche terre plantureuse. Il n'y a point de mot pour exprimer cette
fracheur de teintes et cette abondance de sve. A mesure que la grande
ligne d'ombre reculait, les fleurs apparaissaient au jour brillantes et
vivantes. A les voir virginales et timides dans ce voile dor, on
pensait aux joues empourpres, aux beaux yeux modestes d'une jeune fille
qui pour la premire fois met son collier de pierreries. Autour d'elles
comme pour les garder, des arbres normes, vieux de quatre sicles,
allongeaient leurs files rgulires; et j'y trouvais une nouvelle trace
de ce bon sens pratique qui a accompli des rvolutions sans commettre de
ravages, qui, en amliorant tout, n'a rien renvers; qui a conserv ses
arbres comme sa constitution, qui a lagu les vieilles branches sans
abattre le tronc; qui seul aujourd'hui, entre tous les peuples, jouit
non-seulement du prsent, mais du pass.

FIN.


       *       *       *       *       *


NOTES:

[1] It is certain, then, that a part of our notion of a body consists of
the notion of a number of sensations of our own, or of other sentient
beings, habitually occuring simultaneously. My conception of the table
at which I am writing is compounded of its visible form and size, which
are complex sensations of sight; its tangible form and size, which are
complex sensations of our organs of touch and of our muscles; its
weight, which is also a sensation of touch and of the muscles; its
colour, which is a sensation of sight; its hardness, which is a
sensation of the muscles; its composition, which is another word for all
the varieties of sensation which we receive under various circumstances
from the wood of which it is made; and so forth. All or most of these
various sensations frequently are, and, as we learn by experience,
always might be experienced simultaneously, or in many different orders
of succession, at our own choice: and hence the thought of any one of
them makes us think of the others, and the whole becomes mentally
amalgamated into one mixed state of consciousness, which, in the
language of the school of Locke and Hartley, is termed a complex idea.

[2] For, as our conception of a body is that of an unknown exciting
cause of sensations, so our conception of a mind is that of an unknown
recipient, or percipient, of them; and not of them alone, but of all our
other feelings. As body is the mysterious something which excites the
mind to feel, so mind is the mysterious something which feels and
thinks. It is unnecessary to give in the case of mind, as we gave in the
case of matter, a particular statement of the sceptical system by which
its existence as a Thing in itself, distinct from the series of what are
denominated its states, is called in question. But it is necessary to
remark, that on the inmost nature of the thinking principle, as well as
on the inmost nature of matter, we are, and with our faculties must
always remain entirely in the dark. All which we are aware of, even in
our own minds, is (in the words of Mr. Mill) a certain "thread of
consciousness"; a series of feelings, that is, of sensations, thoughts,
emotions, and volitions, more or less numerous and complicated.

[3] "Feelings, states of consciousness."

[4] Every attribute of a mind consists either in being itself affected
in a certain way, or affecting other minds in a certain way. Considered
in itself, we can predicate nothing of it but the series of its own
feelings. When we say of any mind, that it is devout, or superstitions,
or meditative, or cheerful, we mean that the ideas, emotions, or
volitions implied in those words, form a frequently recurring part of
the series of feelings, or states of consciousness, which fill up the
sentient existence of that mind.

In addition, however, to those attributes of a mind which are grounded
on its own states of feeling, attributes may also be ascribed to it, in
the same manner as to a body, grounded on the feelings which it excites
in other minds. A mind does not, indeed, like a body, excite sensations,
but it may excite thoughts or emotions. The most important example of
attributes ascribed on this ground, is the employment of terms
expressive of approbation of blame. When, for example, we say of any
character, or (in other words) of any mind, that it is admirable, we
mean that the contemplation of it excites the sentiment of admiration;
and indeed somewhat more, for the word implies that we not only feel
admiration, but approve that sentiment in ourselves. In some cases,
under the semblance of a single attribute, two are really predicated:
one of them, a state of the mind itself, the other, a state with which
other minds are affected by thinking of it. As when we say of any one
that he is generous, the word generosity expresses a certain state of
mind, but being a term of praise, it also expresses that this state of
mind excites in us another mental state, called approbation. The
assertion made, therefore, is twofold, and of the following purport:
Certain feelings form habitually a part of this person's sentient
existence; and the idea of those feelings of his excites the sentiment
of approbation in ourselves or others.

[5] Take the following example: A generous person is worthy of honour.
Who would expect to recognize here a case of coexistence between
phenomena? But so it is. The attribute which causes a person to be
termed generous, is ascribed to him on the ground of states of his mind,
and particulars of his conduct: both are phenomena; the former are facts
of internal consciousness, the latter, so far as distinct from the
former, are physical facts, or perceptions of the senses. Worthy of
honour, admits a similar analysis. Honour, as here used, means a state
of approving and admiring emotion, followed on occasion by corresponding
outward acts. "Worthy of honour" connotes all this, together with our
approval of the act of showing honour. All these are phenomena, states
of internal consciousness, accompanied or followed by physical facts.
When we say, A generous person is worthy of honour, we affirm
coexistence between the two complicated phenomena connoted by the two
terms respectively. We affirm, that wherever and whenever the inward
feelings and outward facts implied in the word generosity have place,
then and there the existence and manifestation of an inward feeling,
honour, would be followed in our minds by another inward feeling,
approval.

[6] Selon les logiciens idalistes, on dmle cet tre en consultant
cette notion, et l'ide dcompose met l'essence  nu. Selon les
logiciens classificateurs, on atteint cet tre en logeant l'objet dans
son groupe, et l'on dfinit cette notion en nommant le genre voisin et
la diffrence propre. Les uns et les autres s'accordent  croire que
nous pouvons saisir l'essence.

[7] An essential proposition, then, is one which is purely verbal; which
asserts of a thing under a particular name only what is asserted of it
in the fact of calling it by that name; and which therefore either gives
no information, or gives it respecting the name, not the thing.
Non-essential, or accidental propositions, on the contrary, may be
called Real Propositions, in opposition to Verbal. They predicate of a
thing some fact not involved in the signification of the name by which
the proposition speaks of it; some attribute not connoted by that name.

[8] The definition, they say; unfolds the nature of the thing: but no
definition can unfold its whole nature; and every proposition in which
any quality whatever is predicated of the thing, unfolds some part of
its nature. The true state of the case we take to be this. All
definitions are of names, and of names only; but, in some definitions,
it is clearly apparent, that nothing is intended except to explain the
meaning of the word; while in others, besides explaining the meaning of
the word, it is intended to be implied that there exists a thing,
corresponding to the word.

[9] The definition above given of a triangle, obviously comprises not
one, but two propositions, perfectly distinguishable. The one is, "There
may exist a figure bounded by three straight lines;" the other, "And
this figure may be termed a triangle". The former of these propositions
is not a definition at all; the latter is a mere nominal defition, or
explanation of the use and application of a term. The first is
susceptible of truth or falsehood, and may therefore be made the
foundation of a train of reasoning. The latter can neither be true nor
false; the only character it is susceptible of is that of conformity to
the ordinary usage of language.

[10] The mortality of John, Thomas and company is, after all, the whole
evidence we have for the mortality of the duke of Wellington. Not one
iota is added to the proof by interpolating a general proposition. Since
the individual cases are all the evidence we can possess, evidence which
no logical form into which we choose to throw it can make greater than
it is; and since that evidence is either sufficient in itself, or, if
insufficient for the one purpose, cannot be sufficient for the other; I
am unable to see why we should be forbidden to take the shortest cut
from these sufficient premisses to the conclusion, and constrained to
travel the "high priori road", by the arbitrary fiat of logicians.

[11] All inference is from particulars to particulars: General
propositions are merely registers of such inferences already made, and
short formulae for making more: The major premiss of a syllogism,
consequently, is a formula of this description: and the conclusion is
not an inference drawn _from_ the formula, but an inference drawn
_according_ to the formula: the real logical antecedent, or premisses,
being the particular facts from which the general proposition was
collected by induction. Those facts, and the individual instances which
supplied them, may have been forgotten; but a record remains, not indeed
descriptive of the facts themselves, but showing how those cases may be
distinguished respecting which the facts, when known, were considered to
warrant a given inference. According to the indications of this record
we draw our conclusion, which is, to ail intents and purposes, a
conclusion from the forgotten facts. For this it is essential that we
should read the record correctly: and the rules of the syllogism are a
set of precautions to ensure our doing so.

[12] If we had sufficiently capacious memories, and a sufficient power
of maintaining order among a huge masse of details, the reasoning could
go on without any general propositions; they are mere formulae for
inferring particulars from particulars.

[13] For though, in order actually to see that two given lines never
meet, it would be necessary to follow them to infinity; yet without
doing so, we may know that if they ever do meet, or if, after diverging
from one another, they begin again to approach, this must take place not
at an infinite, but at a finite distance. Supposing, therefore, such to
be the case, we can transport ourselves thither in imagination, and can
frame a mental image of the appearance which one or both of the lines
must present at that point, which we may rely on as being precisely
similar to the reality. Now, whether we fix our contemplation upon this
imaginary picture, or call to mind the generalizations we have had
occasion to make from former ocular observation, we learn by the
evidence of experience, that a line which, after diverging from another
straight line, begins to approach to it, produces the impression on our
senses which we describe by the expression "a bent line", not by the
expression, "a straight line".

[14] Induction, then, is that operation of the mind, by which we infer
that what we know to be true in a particular case or cases, will be true
in all cases which resemble the former in certain assignable respects.
In other words, Induction is the process by which we conclude that what
is true of certain individuals of a class is true of the whole class, or
that what is true at certain times will be true in similar circumstances
at all times.

[15] We must first observe, that there is a principe implied in the very
statement of what Induction is; an assumption with regard to the course
of nature and the order of universe: namely, that there are such things
in nature as parallel cases; that what happens once, will, under a
sufficient degree of similarity of circumstances, happen again, and not
only again, but as often as the same circumstances recur. This, I say,
is an assumption, involved in every case of induction. And, if we
consult the actual course of nature, we find that the assumption is
warranted. The universe, we find, is so constitued, that whatever is
true in any one case, is true at all cases of a certain description; the
only difficulty is, to find _what_ description.

[16] Why it is that, with exactly the same amount of evidence, both
negative and positive, we did not reject the assertion that there are
black swans while we should refuse credence to any testimony which
asserted there were men wearing their heads underneath their shoulders.
The first assertion was more credible than the latter. But why more
credible? So long as neither phenomenon had been actually witnessed,
what reason was there for finding the one harder to be believed than the
other? Apparently, because there is less constancy in the colours of
animals, than in the generai structure of their internal anatomy. But
how do we know this? Doubtless, from experience. It appears, then, that
we need experience to inform us in what degree, and in what cases, or
sorts of cases, experience is to be relied on. Experience must be
consulted in order to learn from it under what circumstances arguments
from it will be valid. We have no ulterior test to which we subject
experience in general; but we make experience its own test. Experience
testifies that among the uniformities which it exhibits or seems to
exhibit, some are more to be relied on than others; and uniformity,
therefore, may be presumed, from any given number of instances, with a
greater degree of assurance, in proportion as the case belongs to a
class in which the uniformities have hitherto been found more uniform.

[17] Tome I, p. 338, 340, 341, 345, 351.

[18] The only notion of a cause, which the theory of induction requires,
is such a notion as can be gained from experience. The Law of Causation,
the recognition of which is the main pillar of inductive science, is but
the familiar truth, that invariability of succession is found by
observation to obtain between every fact in nature and some other fact
which has preceded it; independently of all consideration respecting the
ultimate mode of production of phenomena, and of every other question
regarding the nature of "Things in themselves ".

[19] The real Cause, is the whole of these antecedents.

[20] The cause, then, philosophically speaking, is the sum total of the
conditions, positive and negative, taken together; the whole of the
contingencies of every description, which being realized, the consequent
invariably follows.

[21] If there be any meaning which confessedly belongs to the term
necessity, it is _unconditionalness_. That which is necessary, that
which _must_ be, means that which will be, whatever supposition we may
make in regard to all other things.

[22] 1 Prenons cinquante creusets de matire fondue qu'on laisse
refroidir, et cinquante dissolutions qu'on laisse vaporer; toutes
cristallisent. Soufre, sucre, alun, chlorure de sodium, les substances,
les tempratures, les circonstances sont aussi diffrentes que possible.
Nous y trouvons un fait commun et un seul, le passage de l'tat liquide
 l'tat solide; nous concluons que ce passage est l'antcdent
invariable de la cristallisation. Voil un exemple de la mthode de
concordance: sa rgle fondamentale est que si deux ou plusieurs cas du
phnomne en question n'ont qu'une circonstance commune, celte
circonstance en est la cause ou l'effet (tome Ier, p. 396).

[23] Prenons un oiseau qui est dans l'air et respire; plongeons-le dans
l'acide carbonique, il cesse de respirer. La suffocation se rencontre
dans le second cas, elle ne se rencontre pas dans le premier; du reste
les deux cas sont aussi semblables que possible, puisqu'il s'agit dans
tous les deux du mme oiseau et presque au mme instant; ils ne
diffrent que par une circonstance, l'immersion dans l'acide carbonique
substitue  l'immersion dans l'air. On en conclut que cette
circonstance est un des antcdents invariables de la suffocation. Voil
un exemple de la mthode de diffrence; sa rgle fondamentale est que
si un cas o le phnomne en question se rencontre et un cas o il ne
se rencontre pas ont toutes leurs circonstances communes, sauf une, le
phnomne a cette circonstance pour cause ou pour effet.

[24] Prenons deux groupes, l'un d'antcdents, l'autre de consquents.
On a li tous les antcdents, moins un,  leurs consquents, et tous
les consquents, moins un,  leurs antcdents. Ou peut conclure que
l'antcdent qui reste est li au consquent qui reste. Par exemple, les
physiciens, ayant calcul, d'aprs les lois de la propagation des ondes
sonores, quelle doit tre la vitesse du son, trouvrent qu'en fait les
sons vont plus vite que le calcul ne semble l'indiquer. Ce surplus ou
rsidu de vitesse est un consquent et suppose un antcdent; Laplace
trouva l'antcdent dans la chaleur que dveloppe la condensation de
chaque onde sonore, et cet lment nouveau introduit dans le calcul le
rendit parfaitement exact. Voil un exemple de la mthode des rsidus.
Sa rgle est que si l'on retranche d'un phnomne la partie qui est
l'effet de certains antcdents, le rsidu du phnomne est l'effet des
antcdents qui restent.

[25] Prenons deux faits: la prsence de la terre et l'oscillation du
pendule, ou bien encore la prsence de la lune et le mouvement des
mares. Pour joindre directement ces deux phnomnes l'un  l'autre, il
faudrait pouvoir supprimer le premier, et vrifier si cette suppression
entranerait l'absence du second. Or cette suppression est, dans l'un et
l'autre de ces cas, matriellement impossible. Alors nous employons une
voie indirecte pour joindre les deux phnomnes. Nous remarquons que
toutes les variations de l'un correspondent  certaines variations de
l'autre; que toutes les oscillations du pendule correspondent aux
diverses positions de la terre; que toutes les circonstances des mares
correspondent aux positions de la lune. Nous en concluons que le second
fait est l'antcdent du premier. Voil un exemple de la mthode des
variations concomitantes: sa rgle fondamentale est que si un phnomne
varie d'une faon quelconque toutes les fois qu'un autre phnomne varie
d'une certaine faon, le premier est une cause ou un effet direct ou
indirect du second.

[26] La mthode de diffrence, dit Mill, a pour fondement, que tout ce
qui ne saurait tre limin est li au phnomne par une loi. La mthode
de concordance a pour fondement, que tout ce qui peut tre limin n'est
point li au phnomne par une loi. La mthode des rsidus est un cas
de la mthode de diffrence; la mthode des variations concomitantes en
est un autre cas, avec cette distinction qu'elle opre, non sur les deux
phnomnes, mais sur leurs variations.

[27] "We must separate dew from rain, and the moisture of fogs, and
limite the application of the term to what is really meant, which is,
the spontaneous appearance of moisture on substances exposed in the open
air when no rain or _visible_ wet is falling."

[28] "Now, here we have analogous phenomena in the moisture which bedews
a cold metal or stone when we breathe upon it; that which appears on a
glass of water fresh from the well in hot weather; that which appears on
the inside of windows when sudden rain or hail chills the external air;
that which runs down our walls when, after a long frost, a warm moist
thaw comes on." Comparing these cases, we find that they all contain the
phenomenon which was proposed as the subject of investigation. Now "all
these instances agree in one point, the coldness of the object dewed, in
comparison with the air in contact with it." But there still remains the
most important case of ail, that of nocturnal dew: does the same
circumstance exist in this case?" Is it a fact that the object dewed
_is_ colder than the air? Certainly not, one would at first be inclined
to say; for what is to make it so? But ... the experiment is easy; we
have only to lay a thermometer in contact with the dewed substance, and
hang one at a little distance above it, out of reach of its influence.
The experiment has been therefore made; the question has been asked, and
the answer has been invariably in the affirmative. Whenever an object
contracts dew, it _is_ colder than the air."

[29] Here then is a complete application of the Method of Agreement,
establishing the fact of an invariable connexion between the deposition
of dew on a surface, and the coldness of that surface compared with the
external air. But which of these is cause, and which effect? or are they
both effects of something else? On this subject the Method of Agreement
can afford us no light: we must call in a more potent method. We must
collect more facts, or, which comes to the same thing, vary the
circumstances; since every instance in which the circumstances differ is
a fresh fact: and especially, we must note the contrary or negatives
cases, i.e., where no dew is produced: for a comparison between
instances of dew and instances of no dew is the condition necessary to
bring the Method of Difference into play.

[30] "Now, first, no dew is produced on the surface of polished metals,
but it _is_ very copiously on glass, both exposed with their faces
upwards, and in some cases the under side of a horizontal plate of glass
is also dewed." Here is an instance in which the effect is produced, and
another instance in which it is not produced; but we cannot yet
pronounce, as the canon of the Method of Difference requires, that the
latter instance agrees with the former in all its circumstances except
in one; for the differences between glass and polished metals are
manifold, and the only thing we can as yet be sure of, is, that the
cause of dew will be found among the circumstances by which the former
substance is distinguished from the latter.

[31] "In the cases of polished metal and polished glass, the contrast
shows evidently that the _substance_ has much to do with the phenomenon;
therefore let the substance _alone_ be diversified as much as possible,
by exposing polished surfaces of various kinds. This done, a _scale of
intensity_ becomes obvious. Those polished substances are found to be
most strongly dewed which conduct heat worst, while those which conduct
well, resist dew most effectually."

[32] The conclusion obtained is, that, _caeteris paribus_, the
deposition of dew is in some proportion to the power winch the body
possesses of resisting the passage of heat; and that this, therefore (or
something connected with this), must be at least one of the causes which
assist in producing the deposition of dew on the surface.

"But if we expose rough surfaces instead of polished, we sometimes find
this law interfered with. Thus, roughened iron, especially if painted
over or blackened, becomes dewed sooner than varnished paper: the kind
of _surface,_ therefore, has a great influence. Expose, then, the _same_
material in very diversified states as to surface" (that is, employ the
Method of Difference to ascertain concomitance of variations), "and
another scale of intensity becomes at once apparent; those _surfaces_
which _part with their heat_ most readily by radiation, are found to
contract dew most copiously."

[33] The conclusion obtained by this new application of the method is,
that, _caeteris paribus_, the deposition of dew is also in some
proportion to the power of radiating heat; and that the quality of doing
this abundantly (or some cause on which that quality dpends) is another
of the causes which promote the deposition of dew on the substance.

"Again, the influence ascertained to exist of _substance_ and _surface_
leads us to consider that of _texture_: and hre, again, we are
presented on trial with remarkable differences, and with a third scale
of intensity, pointing out substances of a close firm texture, such as
stones, metals, etc., as unfavourable, but those of a loose one, as
cloth, velvet, wool, eiderdown, cotton, etc., as eminently favourable to
the contraction of dew. The Method of concomitant Variations is here,
for the third time, had recourse to; and, as before, from necessity,
since the texture of no substance is absolutely firm or absolutely
loose. Looseness of texture, therefore, or something which is the cause
of that quality, is another circumstance which promotes the deposition
of dew; but this third cause resolves itself into the first, viz. the
quality of resisting the passage of heat: for substances of loose
texture are precisely those which are best adapted for clothing or for
impeding the free passage of heat from the skin into the air, so as to
allow their outer surfaces to be very cold, while they remain warm
within."

[34] It thus appears that the instances in which much dew is deposited,
which are very various, agree in this, and, so far as we are able to
observe, in this only, that they either radiate heat rapidly or conduct
it slowly: qualities between which there is no other circumstance of
agreement, than that by virtue of either, the body tends to lose heat
from the surface more rapidly than it can be restored from within. The
instances, on the contrary, in which no dew, or but a small quantity of
it, is formed, and which are also extremely various, agree (so far as we
can observe) in nothing, except in _not_ having this same property.

This doubt we are not able to resolve. We have found that, in every such
instance, the substance must be one which, by its own properties or
laws, would, if exposed in the night, become colder than the surrounding
air. The coldness therefore, being accounted for independently of the
dew, while it is proved that there is a connexion between the two, it
must be the dew which depends on the coldness; or in other words, the
coldness is the cause of the dew.

[35] The law of causation, already so amply established, admits,
howewer, of efficient additional corroboration in no less than three
ways. First, by deduction from the known laws of aqueous vapour when
diffused through air or any other gas; and though we have not yet come
to the Deductive Method, we will not omit what is necessary to render
the speculation complete. It is known by direct experiment that only a
limited quantity of water can remain suspended in the state of vapour at
each degree of temperature, and that this maximum grows less and less as
the temperature diminishes. From this it follows, deductively, that if
there is already as much vapour suspended as the air will contain at its
existing temperature, any lowering of that temperature will cause a
portion of the vapour to be condensed, and become water. But, again, we
know deductively, from the laws of heat, that the contact of the air
with a body colder than itself, will necessary lower the temperature of
the stratum of air immediately applied to its surface; and will
therefore cause it to part with a portion of its water, which
accordingly will, by the ordinary laws of gravitation or cohesion,
attach itself to the surface of the body, thereby constituting dew. This
deductive proof, it will have been seen, has the advantage of proving at
once causation as well as coexistence; and it has the additional
advantage that it also accounts for the _exceptions_ to the occurrence
of the phenomenon, the cases in which, although the body is colder than
the air, yet no dew is deposited; by shewing that this will necessarily
be the case when the air is so under-supplied with aqueous vapour,
comparatively to its temperature, that even when somewhat cooled by the
contact of the colder body, it can still continue to hold in suspension
all the vapour which was previously suspended in it: thus in a very dry
summer there are no dews, in a very dry winter no hoar frost.

[36] The second corroboration of the theory is by direct experiment,
according to the canon of the Method of Difference. We can, by cooling
the surface of any body, find in all cases some temperature (more or
less inferior to that of the surrounding air, according to its
hygrometric condition), at which dew will begin to be deposited. Here,
too, therefore the causation is directly proved. We can, it is true,
accomplish this only on a small scale; but we have ample reason to
conclude that the same operation, if conducted in Nature's great
laboratory, would equally produce the effect.

And, finally, even on that great scale we are able to verify the result.
The case is one of those rare cases, as we have shown them to be, in
which nature works the experiment for us in the same manner in which we
ourselves perform it; introducing into the previous state of things a
single and perfectly definite new circumstance, and manifesting the
effect so rapidly, that there is not time for any other material change
in the pre-existing circumstances. It is observed that dew is never
copiously deposited in situations much screened from the open sky, and
not at all in a cloudy night, but _if the clouds withdraw even for a few
minutes, and leave a clear opening, a deposition of dew presently
begins_, and goes on increasing.... Dew formed in clear intervals will
often even evaporate again, when the sky becomes thickly overcast. The
proof, therefore, is complete that the presence or absence of an
uninterrupted communication with the sky causes the deposition or
non-deposition of dew. Now, since a clear sky is nothing but the absence
of clouds, and it is a known property of clouds, as of all other bodies
between which and any given object nothing intervenes but an elastic
fluid, that they tend to raise or keep up the superficial temperature of
the object by radiating heat to it, we see at once that the
disappearance of clouds will cause the surface to cool; so that Nature,
in this case, produces a change in the antecedent by definite and known
means, and the consequent follows accordingly: a natural experiment
which satisfies the requisitions of the Method of Difference.

[37] Tome I, page 500.

[38] Tome II, liv. vi, ch. 9. Tome I, p. 487. Explication, d'aprs
Liebig, de la dcomposition, de la respiration, de l'empoisonnement,
etc. Il y a un livre entier sur la mthode des sciences morales; je ne
connais pas de meilleur trait sur ce sujet.

[39] Tome II, page 4.

[40] There exist in nature a number of permanent causes, which have
subsisted ever since the human race has been in existence, and for an
indefinite and probably an enormous length of time previous. The sun,
the earth, and planets, with their varions constituents, air, water, and
the other distinguishable substances, whether simple or compound, of
which nature is made up, are such Permanent Causes. They have existed,
and the effects or consequences which they were fitted to produce have
taken place (as often as the other conditions of the production met),
from the very beginning of our experience. But we can give no account of
the origine of the Permanent Causes themselves.

[41] The resolution of the laws of the heavenly motions, established the
previously unknown ultimate property of a mutual attraction between the
bodies: the resolution, so far as it has yet proceeded, of the laws of
crystallization, or chemical composition, electricity, magnetism, etc.,
points to various polarities, ultimately inherent in the particles of
which bodies are composed; the comparative atomic weights of different
kinds of bodies were ascertained by resolving, into more generai laws,
the uniformities observed in the proportions in which substances combine
with one another; and so forth. Thus although every resolution of a
complex uniformity into simpler and more elementary laws has an apparent
tendency to diminish the number of the ultimate properties, and really
does remove many properties from the list; yet (since the result of this
simplifying process is to trace up an ever greater variety of differents
effects to the same agents), the further we advance in this direction,
the greater number of distinct properties we are forced to recognise in
one and the same object: the coexistences of which properties must
accordingly be ranked among the ultimate generalities of nature.

[42] Why these particular natural agents existed originally and no
others, or why they are commingled in such and such proportions, and
distributed in such a manner throughout space, is a question we cannot
answer. More than this: we can discover nothing regular in the
distribution itself; we can reduce it to no uniformity, to no law. There
are no means by which, from the distribution of these causes or agents
in one part of space, we could conjecture whether a similar distribution
prevails in another.

[43] I am convinced that any one accustomed to abstraction and analysis,
who will fairly exert his faculties for the purpose, will, when his
imagination has once learnt to entertain the notion, find no difficulty
in conceiving that in some one for instance of the many firmaments into
which sidereal astronomy now divides the universe, events may succeed
one another at random, without any fixed law; nor can anything in our
experience, or in our mental nature, constitute a sufficient, or indeed
any reason for believing that this is nowhere the case. The grounds,
therefore, which warrant us in rejecting such a supposition with respect
to any of the phenomena of which we have experience, must be sought
elsewhere than in any supposed necessity of our intellectual faculties.

[44] In distant parts of the stellar regions, where the phenomena may be
entirely unlike those with which we are acquainted, it would be folly to
affirm confidently that this general law prevails, any more than those
special ones which we have found to hold universally on our own planet.
The uniformity in the succession of events, otherwise called the law of
causation, must be received not as a law of the universe, but of that
portion of it only which is within the range of our means of sure
observation, with a reasonable degree of extension to adjacent cases. To
extend it further is to make a supposition without evidence, and to
which, in the absence of any ground from experience for estimating its
degree of probability, it would be idle to attempt to assign any.

[45] Voyez les seconds analytiques, si suprieurs aux premiers: [Greek:
hoi aitioon kai protiroon]

[46] Un fait, me disait un physicien minent, est une superposition de
lois.

[47] Die aufgehobene quantitt.


       *       *       *       *       *

/#
     TABLE DES MATIRES

     PRFACE.

     I. La philosophie en Angleterre--Organisation de la science
     positive.--Absence des ides gnrales.

     II. Pourquoi la mtaphysique manque.--Autorit de la religion.

     III. Indices et clats de la pense libre.--L'exgse
     nouvelle.--Stuart Mill.--Ses oeuvres.--Son genre d'esprit.
     --A quelle famille de philosophes il appartient.--Valeur des
     spculations suprieures dans la civilisation humain.

      I.--EXPOSITION.

     I. Objet de la logique.--En quoi elle se distingue de la
     psychologie et de la mtaphysique.

     II. Ce que c'est qu'un jugement.--Ce que nous connaissons du monde
     extrieur et du monde intrieur.--Tout l'effort de la science est
     d'ajouter ou de lier un fait  un fait.

     III. Thorie de la dfinition.--En quoi cette thorie est
     importante.--Rfutation de l'ancienne thorie.--Il n'y a pas de
     dfinition des choses, mais des dfinitions des noms.

     IV. Thorie de la preuve.--Thorie ordinaire. Rfutation.--Quelle
     est dans un raisonnement la partie probante.

     V. Thorie des axiomes.--Thorie ordinaire.--Rfutation.--Les
     axiomes ne sont que des expriences d'une certaine classe.

     VI. Thorie de l'induction.--La cause d'un fait n'est que son
     antcdent invariable.--L'exprience seule prouve la stabilit des
     lois de la nature.--En quoi consiste une loi.--Par quelles mthodes
     on dcouvre les lois.--La mthode des concordances, la mthode des
     diffrences, la mthode des rsidus, la mthode des variations
     concomitantes.

     VII. Exemples et applications.--Thorie de la rose.

     VIII. La mthode de dduction.--Son domaine.--Ses procds.

     IX. Comparaison de la mthode d'induction et de la la mthode de
     dduction.--Emploi ancien de la premire.--Emploi moderne de la
     seconde.--Sciences qui rclament la premire.--Sciences qui
     rclament la seconde.--Caractre positif de l'oeuvre de
     Mill.--Ligne de ses prdcesseurs.

     X. Limites de notre science.--Il n'est pas certain que tous les
     vnements arrivent selon des lois.--Le hasard dans la nature.

      II.--DISCUSSION.

     I. Concordance de cette doctrine et de l'esprit anglais.--Liaison
     de l'esprit positif et de l'esprit religieux.--Quelle facult ouvre
     le monde des causes.

     II. Qu'il n'y a ni substances ni forces, mais seulement des faits
     et des lois.--Nature de l'abstraction.--Rle de l'abstraction dans
     la science.

     III. Thorie de la dfinition.--Elle est l'expos des abstraits
     gnrateurs.

     IV. Thorie de la preuve.--La partie probante du raisonnement est
     une loi abstraite.

     V. Thorie des axiomes.--Les axiomes sont des relations
     d'abstraits.--Ils se ramnent  l'axiome d'identit.

     VI. Thorie de l'induction.--Ses procds sont des liminations ou
     abstractions.

     VII. Les deux grandes oprations de l'esprit, l'exprience et
     l'abstraction.--Les deux grandes apparences des choses, les faits
     sensibles et les lois abstraites.--Pourquoi nous devons passer des
     premiers aux secondes.--Sens et porte de l'axiome des causes.

     VIII. Il est possible de connatre les lments premiers.--Erreur
     de la mtaphysique allemande.--Elle a nglig la part du hasard et
     les perturbations locales.--Ce qu'une fourmi philosophe pourrait
     savoir.--Ide et limites d'une mtaphysique.--Position de la
     mtaphysique chez les trois nations pensantes.--Une matine 
     Oxford.
#/





End of Project Gutenberg's Le positivisme anglais, by Hypolite Taine

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE POSITIVISME ANGLAIS ***

***** This file should be named 17734-8.txt or 17734-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        https://www.gutenberg.org/1/7/7/3/17734/

Produced by Marc D'Hooghe.

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
