The Project Gutenberg EBook of L'Illustration, Samedi le 15 Aout 1914, 72e
Anne, No. 3729, by Various

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Title: L'Illustration, Samedi le 15 Aout 1914, 72e Anne, No. 3729

Author: Various

Release Date: February 2, 2006 [EBook #17662]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, SAMEDI LE 15 ***




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                               L'ILLUSTRATION

  _Prix du Numro: 75 centimes._
   SAMEDI 15 AOT 1914
  _72e Anne,--No 3729._

[Illustration: EN ALSACE!
_Dessin de GEORGES SCOTT._]

_Les numros de_ L'Illustration, _depuis celui du 1er aot 1914,--les_
numros de la guerre _formeront une collection documentaire qui sera
d'autant plus prcieuse qu'elle sera plus complte._

_Il ne peut tre question de chercher actuellement  prendre ou 
se procurer des clichs de faits de guerre ni mme de faits de
mobilisation. De ces photographies-l, il en est fait certainement, et
par d'excellents Franais que ne guide aucune mauvaise intention: elles
ne doivent pas tre publies, pour le moment, elles ne doivent mme pas
circuler._

_Mais qui donc n'assiste pas, quotidiennement,  d'mouvants pisodes, 
de belles manifestations sur le passage des troupes,  des scnes o se
rvlent, spontanment, ce patriotisme et cette confiance qui animent
notre pays tout entier? Et ne serait-il pas dommage que tant de
rconfortantes images fussent perdues ou ignores?_

_Nous faisons appel  ceux qui obtiendront des photographies
intressantes, dans cet ordre d'ides, ou qui en auront communication,
et nous les prions de nous les faire parvenir._

_Si la reproduction immdiate de quelques-uns de ces clichs prsentait
le moindre inconvnient, l'autorit militaire,  laquelle nous
soumettons toutes nos gravures, nous le dclarerait. Les documents
seraient alors rservs et pourraient paratre plus tard._

_Tous ceux qui auront t retenus par nous pour tre publis seront
pays. Et, utiliss ou non, tous seront rendus._




COURRIER DE PARIS

LES GRANDES HEURES


_Dimanche 2 aot._--Interrompant notre repas sommaire pris en compagnie
de deux de nos jeunes amis qui vont partir  3 heures, nous sortons
prcipitamment du restaurant, place de l'Alma, pour voir passer la
seconde partie du 2e cuirassiers qui se rend  la gare de l'Est. On les
aperoit de loin, sur le pont. Ils traversent la place. Ils vont nous
joindre. Nous sommes une centaine de personnes qui les attendons. Parmi
elles, le comte Albert de Mun, empress  saluer les officiers et
les soldats de l'arme dans laquelle il eut l'honneur autrefois de
glorieusement servir... Ils sont  prsent prs de nous, ils nous
touchent... nous subissons dj la rassurante et forte impression de
leur masse, la rude haleine des destriers. Et brusquement la simplicit
pathtique de leur dfil nous aligne dans une commune admiration.
Ah! nous nous souvenons, en un clair, des belles images qui nous ont
retrac les vieux dparts... piaffements, brouements, caracolades... je
ne sais quoi d'excessif et de charmant, d'un peu thtral dans l'ivresse
irrflchie des foules et o l'excitation d'un spectacle magnifique et
plein d'clat tenait une part dbordante... Ici, rien de pareil. Pas
de vain bruit, ni d'inutiles gestes. De la grandeur ramasse, sre et
majestueuse. Une certitude d'airain. Ils s'avanaient au pas, au petit
pas, d'un pas plus sage encore que pour aller  l'abreuvoir, de ce mme
pas rgulier, docile et maintenu que Jrme a donn, dans sa statuette
fameuse, au cheval qui porte Bonaparte,... et malgr moi j'ai regard
 terre pour voir si, comme le cheval d'gypte du Premier Consul, les
montures de ces hommes ne foulaient pas des lauriers... Ds que les
officiers, marchant en tte, furent  notre hauteur, tout le monde
se dcouvrit... en silence... et nos yeux allrent tout droit  leur
visage...  ces visages d'officiers que, par en dedans, l'me clairait
et rendait purs et lumineux comme des lampes... ces visages o l'ide de
patrie--en lettres bien formes--s'nonait, se traait par le relief
et le creus des traits qui en taient la lisible criture... Et puis,
cette impassibilit de statue questre, ce calme souverain, cette
matrise de toutes les flammes et de tous les lans... au pas, au petit
pas, en quittant Paris, en quittant tout, parmi les frmissements de
ceux qui, dsols d'tre l, trop vieux, les mains vides, stationnent
sur les trottoirs... et sentent leur gorge se serrer ainsi que sous le
cuir d'une jugulaire... Comment rendre cela? Pourquoi l'essayer?...
Dans l'espace de cette brve, unique et si vaste minute, j'aurais voulu
pouvoir prendre d'un coup,  la faon d'un objectif, pour les garder
toujours, ces types de beaut franaise, ces figures modeles par
l'hrosme et sculptes par le sacrifice... il me fut impossible,...
et je n'en vis bien qu'une, mais que je tiens, que je conserve  jamais
fixe en moi, preuve indlbile, celle de l'officier, capitaine ou
chef d'escadron, je ne sais (car je n'avais pas de temps  perdre
aux manches et aux galons), qui tenait la droite en allant aux
Champs-Elyses, un grand homme d'un blond brl,  moustache gauloise,
qui me trouva lui aussi, comme moi je l'avais discern, et qui _rendit_
 mon lan, et voulut bien, tout en passant rester un peu avec moi,
pendant toute la dure du regard que le mien lui demandait... Ses yeux
ne me quittrent que quand il lui aurait fallu dtourner la tte, cesser
de l'avoir droite et haute... Mais que de profondeur mditative,
douce et puissante  la fois ils avaient, battus et cerns par l'ombre
violette du casque!

C'est ainsi que le 2 aot, vers deux heures, cet officier et moi, qui
ne nous connaissions pas, nous avons t prsents l'un  l'autre pour
devenir amis.

J'ai la conviction que nous nous reverrons.



_Mardi 4 aot. A la Chambre._--Toutes les tribunes sont pleines d'un
public immobile et comme ptrifi par l'attente. L'hmicycle est presque
vide... Aux cadrans de la double horloge encastre dans la muraille
l'aiguille marque 3 heures. Le prsident parat. Grave, charg du poids
de son recueillement, abm dans son obsession, avec cette lenteur,
cette roideur automatique et cette absence momentane du corps rejet
par l'esprit qu'investissent les grandes penses, il monte, comme s'il
gravissait une pnible pente, l'escalier en haut duquel l'attend plus
solennel et plus majestueux le fauteuil curule, plaqu de bronze. Arriv
l il reste debout un instant, l'extrmit des mains touchant le bord de
la table... paraissant dj essayer et subir en lui-mme l'acoustique de
son motion... Et voici que, un par un, par files, par petits groupes,
les dputs gagnent leurs bancs et occupent leurs places, dans un
silence militaire. Pour l'observer, ce spontan silence, appropri au
caractre des explosions qui couvent, ils ne se sont certes pas donn
le mot dans une sous-commission... Ils obissent simplement  cette
consigne de l'instinct moral qui, dans les grandes circonstances,
commande tout bas ce qu'il faut faire; aussi cette entre lourde,
ordonne, solide, cette espce de liturgie muette, communique  la
scne un incroyable aspect de crmonie religieuse, sous ce jour gris
et austre d'glise, dans cette enceinte o les colonnes sont ranges
circulairement, en forme de choeur ainsi que dans un temple...

... Et puis la splendeur prvue, indubitable et dlirante de la sance
historique s'tend et s'accomplit dans un cortge et une harmonie de
beauts cornliennes. Dix fois, vingt fois... on ne les comptait plus...
les six cents dputs, galvaniss par l'loquence de Deschanel et de
Viviani traduisant, clbrant en formules d'une noblesse lapidaire les
sentiments ternels qui font l'honneur des nations et des hommes,--se
levrent ensemble, comme si l'on avait cri: En avant!, se dressrent
debout, poussant une mme clameur d'amour et de libert. Ils partaient
comme des salves... Ils ne se voyaient probablement pas,... dlivrs
de leurs sens et monts au-dessus d'eux-mmes dans cette patriotique
ascension, mais nous, venus l pour tmoigner  leurs cts sans avoir
le droit de le faire comme eux, nous les voyions, nous tions ravags
par leur enthousiasme que renforait notre silence... et nous entendions
sortir de leur bouche les cris retenus dans nos poitrines. Oh! plus
tard, _quand ce sera fini_, qu'un petit-fils de David, qu'un peintre
jeune, inconnu, et tourment par son gnie naissant, fasse de cette
sance un imprissable tableau! Qu'il donne au Serment du Jeu de Paume
un pendant de grandeur antique, afin que nous puissions possder, fixes
et nommes sur la toile, dans le Louvre et le Panthon de nos annales,
toutes ces figures baises par la flamme divine, toutes ces faces
embrases, pareilles  des buissons ardents, tous ces bras levs,
toutes ces mains ouvertes et ces poings brandis, tous ces hommes debout,
tumultueux comme un orage et paisibles comme des rocs! En attendant,
la salle du Parlement est,  partir de cette sance, transforme,
nettoye... Elle n'est plus la mme; elle a subi les rparations
ncessaires, elle est remise  neuf pour un sicle et l'on n'y pourra
plus jamais dire et profrer certaines mauvaises paroles de division,
d'injustice et de haine sans qu'aussitt elles ne dtonnent et ne
retombent mortes sur ceux qui les auraient lances... car les murs sont
dsormais couverts des devises marmorennes, des inscriptions saintes
et des cris librateurs... _Plus de partis! Rien que des Franais! Une
seule me!_... qui, ce jour du 4 aot 1914, ont t les frapper partout
et s'y sont plaqus pour toujours, comme des _ex-voto_.



_Jeudi 6 aot._--Jules Lematre n'est plus.

On le savait condamn, mais on esprait, malgr tout, qu'il hsiterait
 embrasser ce grave parti de s'loigner pour toujours, qu' la dernire
minute il y regarderait  plusieurs fois avant de nous faire cette
peine. Nous nous flattions que cet homme docte et fin, cet rudit de
la souplesse, d'une habilet suprieure et qui offrait si peu de prise,
chapperait longtemps  la poigne sche et sans art de la mort et qu'il
trouverait le moyen de rester en marge, et puis voil qu'il s'est,
comme les autres moins arms, laiss arrter et emmener sans rsistance,
avec une bonne grce infinie. Nous avions beau ne l'avoir pas vu depuis
des mois,  peine a-t-il disparu qu'il nous manque, et son effacement
cause en nous un grand vide.

Je le connaissais depuis prs de trente ans et nous tions mieux et
autre chose qu'amis, nous tions _pays_, fils tous les deux de ce Loiret
que l'on peut considrer entre tous comme un des plus jolis berceaux
o il soit accord  un Franais de venir au monde et d'apprendre 
respirer raisonnablement,  vivre simple et naturel,  goter les joies
limpides de la lumire et de l'intelligence. Sur le premier feuillet
de tous les ouvrages dlicieux qu'il m'a bien voulu donner, Lematre
a dessin de sa petite criture nette et  peine appuye, charmante et
lgre comme un brin de muguet, ces trois mots brefs: A mon pays. Et
cela pour lui disait tout et valait la plus nombreuse ddicace, car
il ne cessa jamais, je n'ai pas  vous le rappeler, d'avoir l'amour
complet, profond et nuanc des deux patries, la _grande_ et la _petite_,
qu'il associait et qu'il avait pour ainsi dire tresses et nattes dans
son coeur pour en composer une seule et flexible couronne. Son amour de
la grande il le montra dans maintes journes et avec le plus prilleux
clat, jusque dans les chemins difficiles de la vie publique, des
chemins qui du moins allaient toujours en montant... mais son amour de
la petite, il le gardait plus volontiers pour ceux de ses amis qu'il
sentait tenir, par quelques liens, lointains ou rapprochs,  la terre
natale,  la province qui tait la sienne, le coin de prdilection
de ses modestes origines... et aussi  ceux de ses amis qui avaient
conserv de l'enfance dans leur esprit, qui aimaient  reprendre 
tout moment la barque indcise et confiante du jeune ge et  se laisser
couler sur elle au fil des premiers souvenirs,... pour lesquels en
un mot la plus rare flicit, la consolation la plus sre taient de
descendre des menues hauteurs de l'homme et de regagner les plaines
maternelles de l'adolescence et de la jeunesse... Lematre n'tait pas
escarp. En dpit des mouvements de terrain de son existence et des
faits accidents de sa carrire il fut essentiellement un esprit de
plaine riante, tendue et douce, un promeneur de prairies. Sans remuer
beaucoup, ni vous fatiguer par de longues marches, il vous faisait
faire,  travers les bois, les gurets et les clairires des ides, un
immense chemin que l'on s'tonnait d'avoir t capable en sa compagnie
d'accomplir si aisment, sans que le front se perlt de sueur. Sa
politesse intellectuelle tait si recherche qu'il nous procurait le
mrite de dcouvrir tout ce qu'il nous enseignait. Il avait la science
d'un mandarin qui serait pote  ses rves perdus. La ravissante
manire!... Il est encore l, tel qu'il nous a souvent intrigu. Nous le
voyons grav d'une pointe aigu et savoureuse, accentu, rendu deux fois
plus vivant par l'autorit de son discret extrieur, les sympathiques
piges de sa modestie, les audaces inapparentes de sa rserve et de sa
timidit. Vous le retrouvez aujourd'hui, comme hier, courtois, attentif
de tout son tre, levant la tte pour mieux couter, clignant des yeux
 la malice prochaine et puis distrait tout  coup ainsi que dans des
algbres, vague et pourtant prcis, myope de l'affirmation, roseau de
la pense, l'air d'un homme, avec ses mains toujours en avant, qui ne
saurait pas trs bien son chemin quoiqu'allant tout droit, et simple,
sans vaine parure ni coquetterie, ne craignant pas d'avancer sur son
ge, et d'avoir l'air un peu vieillard, avec un rire trs gai de jeune
homme. Quelle page que ses yeux bleus et passs, rieurs, couleur de
saule et de rivire, profonds et transparents... qui n'osaient pas
tre hardis ni longtemps fixs, par souverain scrupule et bonne tenue
humaine, comme si le spectacle dconcertant des mystres de la vie ne
devait pas les solliciter, les exciter, les inquiter, et qu'il ft au
contraire dcent et prudent de les observer ces yeux, de les tenir en
rgle, de leur interdire toute libert trop profane et prjudiciable,
toute arrogance tmraire!

Ainsi nous ne comprenions pas toujours trs bien ce qu'il y avait
cependant de lucide et de pntrant sous les oscillations de Lematre.
Il balanait, mais ne reculait pas. Ses atermoiements n'taient pas de
la fuite. On peut mme dclarer, sans crainte d'erreur, que ses
qualits de dcision, sa vaillance, furent la juste, ncessaire et
noble contre-partie des faiblesses et des nonchaloirs de surface de sa
personne physique. Son geste tait flottant, mais non sa pense. Son
scepticisme mme mordait, n'avait rien de mou. La clart coupante,
mlodieuse et grave de sa parole rvlait celle de son jugement, et
il avait la conscience, jusqu'en doutant avec loyaut, d'articuler son
doute et de le marteler, d'y mettre un peu d'acier.

Il fut enfin pleinement courageux, dans des

*[Illustration: Le prince Lichnowsky, ambassadeur d'Allemagne  Londres,
sortant du Foreign Office, aprs une de ses dernires conversations avec
sir Edward Grey.]

*[Illustration: Le comte Szecsen de Temerin, ambassadeur
d'Autriche-Hongrie en France, qui restait  Paris tandis que des
rgiments austro-hongrois venaient dj se joindre aux forces
allemandes.--_Phot. Manut._]

AMBASSADEURS DE LA DUPLICE

heures fameuses que l'on n'a pas oublies. Il n'a jamais eu peur quand
la peur lui et t presque permise, et pour une grande cause il aurait
donn, s'il l'avait fallu, sa vie,... mais avec un petit geste de
modration et un sourire  la Montaigne.

Il est all, tout  la fin, Voltaire tendre et converti, se reposer des
fatigues, des spculations et des doctrines, dans son Orlanais o il
avait pouss son premier soupir, o il voulait rendre le dernier. Nous
tirerons aujourd'hui, une fois pour toutes, de sa face et de toute
sa personne, l'ironie terrestre qui en tait le rideau, pour ne plus
considrer que le visage et l'me purifie du patriote qui meurt 
la limite,  la frontire mme de son esprance. A cette heure il a
rejoint, au milieu des fanfares de l'au-del, Droulde et Coppe. A eux
trois ils assistent, de l'endroit o ils sont, au triomphe du vrai
et intgral nationalisme. Ils contemplent, en se tenant les mains,
l'achvement et la sublime ralisation de la _Patrie franaise_. Et si
tous les trois sont heureux, du moins Lematre, qui avait franchi
l'ge des territoriales, obtint-il la faveur de partir le jour de la
mobilisation, et d'avoir une agonie pleine de tocsins... Mais c'tait
des tocsins qui, dans la tristesse et l'entranement, avaient, malgr
tout, leur douceur, des tocsins de village, de petits clochers des
bords de la Loire, qui tintrent  ses oreilles, dans les bourdonnements
suprmes, comme l'Angelus de la Victoire.



_Dimanche 9 aot._--J'ai pingl au mur, en face de mon lit, le journal
qui porte en lettres de triomphe ces mots prodigieux: _Les Franais
en Alsace!_ Et je me nourris, sans me rassasier, de l'inscription
flamboyante. Elle s'annexe  mon coeur. Elle coule en moi comme un vin
qui dsaltre. Elle arrose toute la contre de mon me. Chaque fois que
j'entre dans ma chambre pour rien, pour le plaisir de la voir, de la
lire, de la toucher... elle clate, m'assaille, blouit mes yeux et
puis les caresse... et ceux-ci avant de se fermer, le soir, la prennent
longuement pour l'emporter dans les batailles confuses des songes. C'est
avec elle que je m'endors, avec elle que je m'veille.

_Les Franais en Alsace!_... Phrase historique, ternelle, sacre...
Phrase si longtemps pense, envisage, tenue secrte, tourne, retourne
en tous sens, polie, use comme le galet, par la vague jamais apaise
de nos motions... phrase que nous cachions tous sur nous ainsi qu'un
trsor, qui nous rafrachissait comme un baume et nous rongeait comme un
cilice, qui nous flottait par l'esprit ainsi qu'une soie d'tendard, qui
se marquait au ciseau sous notre front comme sur le marbre et le bronze.
Phrase d'autel, toi qui fus la prire ininterrompue d'un demi-sicle,
l'immense voeu d'un peuple et qui deviens aujourd'hui le miracle
accompli, la grce obtenue, la gurison donne, l'exaucement suprme...
phrase ensevelie qui te lves, ressuscites et sors tout  coup librement
du cercueil de nos poitrines et de nos bouches desserres... sois bnie,
sois garde  jamais, sois mise et crite partout, sois notre Affiche!
que l'on ne voie que toi, pendant beaucoup de belles et interminables
annes! que du bout du doigt, sur tes lettres majuscules, ds demain, ce
soir... les jeunes mres apprennent  lire  leurs enfants, pelant pour
leur patiente innocence les mots mystrieux qui plus tard, comme nous,
les feront pleurer:--L-e-s, les, F-r-a-n... Fran... les Franais...
sont... en... Alsace!... Rpte avec moi, mon chri! Dis avec moi:
Alsace! Alsace!



Mais dans l'excs de notre joie nous devons la mesurer, la traiter
svrement. Ne soyons pas encore perdus de bonheur. Ne croyons pas
que la phrase glorieuse ait achev de remplir son destin, qu'elle soit
acquise, dfinitive et sans laisser de place  des remous d'angoisses, 
des fluctuations de nouvelles souffrances. Il faut attendre encore avant
de la pouvoir clamer  la face d'un ciel tricolore et serein. L'orage
est toujours l, qui menace et qui gronde. La porte s'est seulement
ouverte  demi, en un brusque effort... Nous avons pu poser le pied sur
les marches du seuil et donner, entre deux feux de peloton, un haletant
baiser d'amour, le premier,  la frmissante captive... Mais elle n'est
pas dlivre! Elle a toujours ses fers... Nous la dlivrerons...
Brls et dj possds par cette courte treinte, prparons-nous 
la recommencer. Nous avons vu la prisonnire. Elle a pass la tte 
travers les barreaux... Nous l'avons embrasse... Les barreaux ne sont
pas briss...

HENRI LAVEDAN.




LA GUERRE

LES FAITS DE LA SEMAINE


_Jeudi, 6 aot._--Le ministre de la Guerre communique la nouvelle qu'
Morfontaine, prs Longwy, les Allemands ont fusill deux enfants de
quinze ans qui auraient prvenu les gendarmes franais de l'arrive de
l'ennemi. Engagements  Nomny,  Lauw, entre des patrouilles.

BELGIQUE.--Le roi Albert prend le commandement en chef de l'arme. Il
adresse  ses soldats une proclamation: Vous triompherez, dit-il, car
vous tes la force mise au service du droit.

La bataille devant Lige continue avec acharnement. Tous les forts
tiennent bon.

40.000 Belges sont aux prises avec toute une arme allemande, la
troisime, compose des 7e, 9e et 10e corps, sous le commandement du
gnral von Emmich et forte de 120.000 hommes, et lui rsistent avec une
magnifique vigueur.

Deux officiers et six soldats allemands pntrent dans Lige dans le
but de tuer le gnral Leman, gouverneur de la place; il chappe  cette
tentative.

GRANDE-BRETAGNE.--Le gouvernement britannique publie un _Livre bleu_
contenant des rvlations sensationnelles sur les projets de l'Allemagne
et sur ses efforts pour empcher l'intervention anglaise: Proposition
infme, dira plus tard M. Asquith, premier ministre.

Le contre-torpilleur _Lance_ dtruit un bateau allemand poseur de
torpilles, le _Knigin-Luise_.

RUSSIE.--La flotte allemande bombarde Sveaborg, vieille forteresse au
large de la cte finlandaise, et occupe les les d'Aland.

Une dpche de Saint-Ptersbourg annonce que, la veille, samedi, le tsar
a fait appeler l'ambassadeur de France et l'a embrass en lui disant:
J'embrasse en votre personne votre chre et glorieuse patrie.

Le grand-duc Nicolas, commandant en chef des armes russes, tlgraphie
au gnral Joffre, gnralissime franais, l'assurance de sa foi absolue
dans la victoire et de son attachement.

AUTRICHE.--Une dpche de Vienne annonce que la veille, 5 aot,
l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie  Saint-Ptersbourg a, d'ordre de son
gouvernement, notifi  M. Sazonof, ministre des Affaires trangres du
tsar, l'tat de guerre entre les deux pays.

La Serbie rappelle son ministre  Berlin.

_Vendredi, 7 aot._--Le prsident de la Rpublique signe un dcret
confrant  la ville de Lige la croix de chevalier de la Lgion
d'honneur.

Nos troupes qui, jusqu'au jour de la dclaration de guerre se tenaient
 8 kilomtres de la frontire, couvrent cette zone, occupant Vic et
Moyen-Vic.

BELGIQUE.--Les Allemands demandent un armistice pour relever leurs morts
et leurs blesss devant Lige.

GRANDE-BRETAGNE.--Le petit croiseur _Amphion_ coule sur une torpille
flottante.

Lord Kitchener est nomm ministre de la Guerre.

RUSSIE.--L'avant-garde russe franchit la frontire de la Pologne
prussienne.

L'ambassadeur de Russie quitte Vienne. On refuse de lui permettre de
rentrer directement en Russie.

Les hostilits ont commenc aussi  la frontire austro-russe.

GRANDE-BRETAGNE.--Dans la nuit commence, sur la cte de Belgique et la
cte de France, le dbarquement des troupes britanniques.

SUR MER.--Les deux croiseurs allemands qui sont dans la Mditerrane, le
_Goeben_ et le _Breslau_, aprs avoir charbonn  Messine, reprennent la
mer dans la soire, vers le Sud, puis  l'Est.

On dit qu'un combat se serait engag entre le croiseur russe _Askold_ et
le croiseur allemand _Emden_, au large de We Ha We (Chine). Tous deux
auraient coul.

MONTENEGRO.--Une batterie montngrine, tablie sur le mont Lovcen, qui
domine les bouches de Cattaro, bombarde cette ville depuis la veille.



_Samedi, 8 aot._--Le ministre de la Guerre communique  11 heures
la note suivante: Un combat trs vif et trs brillant a eu lieu 
Altkirch. Nos troupes ont eu l'avantage et progressent dans la direction
de Mulhouse. Il est mme possible qu'elles y soient arrives  l'heure
qu'il est.

[Illustration: Une manifestation des Alsaciens-Lorrains de Paris, devant
la statue de Strasbourg,  la nouvelle de l'entre en Haute-Alsace des
troupes franaises.]

Une dpche Havas ajoute: Dans leur joie de voir arriver les troupes
franaises, les Alsaciens-Lorrains ont arrach tous les poteaux
frontires.

Le communiqu de 23 heures 30 confirme l'occupation de Mulhouse.
Altkirch a t occupe vendredi  la tombe de la nuit. Mulhouse samedi
 17 heures.

Les Allemands se retirent sur Neuf-Brisach.

Le soir, nos troupes s'emparent des cols du Bonhomme et de
Sainte-Marie-aux-Mines (Alsace) aprs un violent combat.

BELGIQUE.--L'armistice demand par les Allemands est refus.

SERBIE.--Les avant-gardes serbes ont franchi la frontire de Bosnie.

MONTENEGRO.--Deux croiseurs autrichiens bombardent Antivari.



_Dimanche, 9 aot._--Inform qu'une partie des troupes autrichiennes
sont diriges vers la frontire franaise, le gouvernement franais
exprime  l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, toujours  son poste, le
dsir d'tre fix sur les intentions de la double monarchie.

Nos troupes tiennent toujours Cernay, Mulhouse. Altkirch, ayant devant
elles la lisire de la fort de Hart qui parat srieusement amnage en
vue d'une dfense.

Un tlgramme du gouverneur gnral de l'Afrique occidentale
franaise rend compte que la garnison du Grand Popo (Dahomey), avec
la collaboration d'un croiseur anglais, vient d'assurer la prise de
possession de la colonie allemande du Togoland.

Le _Journal officiel_ publie la dclaration de neutralit des Pays-Bas,
du Danemark, de la Confdration helvtique, de la Sude.

Dans les Vosges, le combat a repris, le matin, aux cols de Sainte-Marie
et du Bonhomme.

BELGIQUE.--De toutes parts arrivent les nouvelles des excs sans nom
commis par les Allemands dans la rgion qu'ils occupent, entre Lige et
Verviers.

La cavalerie franaise a couvert de patrouilles toute la rgion de
l'Eifel. Elle a trouv le contact de l'infanterie allemande sur l'Ourthe
et au sud de Neufchteau.

Les Allemands ont pu faire passer un certain nombre d'escadrons dans la
rgion de Tongres, au nord de Lige.

RUSSIE.--Le tsar reoit au Palais d'Hiver en audience solennelle en
prsence du gnral en chef le grand-duc Nicolas, et des ministres, les
membres du Conseil de l'Empire et de la Douma.

La Douma et le Conseil d'Empire votent d'enthousiasme tous les projets
de loi dposs par le gouvernement en vue de la guerre.

SERBIE.--Les troupes serbes sont arrives  60 kilomtres environ de
Sarajevo. Toute la valle de la Drina infrieure est entre les mains des
Serbes.

ITALIE.--Le comte d'Avarna, ambassadeur d'Italie  Vienne, qui tait
venu faire auprs du cabinet de Rome une suprme tentative pour
entraner l'Italie dans la guerre, repart, sa mission ayant chou.



_Lundi, 10 aot._--En prsence des explications insuffisantes fournies
par l'ambassadeur d'Autriche  Paris, M. Dumaine, ambassadeur de
la Rpublique  Vienne, est rappel. Le comte Szecsen demande ses
passeports. Un train spcial l'emmne vers I'Italie.

Les troupes du 19e corps d'arme, amenes d'Algrie sous la protection
de notre escadre, ont dbarqu et sont diriges vers l'Est.

BELGIQUE.--Lige est investie. Les forts demeurent intacts. La ville
est occupe par les Allemands qui retiennent comme otages les notables,
notamment l'vque et le bourgmestre.

La cavalerie allemande a commenc l'exploration mthodique de la rgion
de l'Hesbaye, grande plaine ondule entre Lige et Bruxelles o semble
se prparer une grande bataille. 10.000 cavaliers oprent, suivis de
dtachements d'infanterie.

On annonce officiellement  l'arme belge que les pertes allemandes
autour de Lige s'lvent  2.000 morts, 20.000 blesss, plus 9.700
prisonniers.

MONTENEGRO.--Les troupes montngrines ont roccup la forteresse
de Taraboch qui domine Scutari, et, en Herzgovine, plusieurs forts
autrichiens.



_Mardi, 11 aot._--Au cours de la nuit du 10 au 11, le corps d'arme
badois (14e) et une partie du 15e allemand ont attaqu la brigade
franaise qui avait pouss une pointe sur Mulhouse.

Nos troupes, sur l'ordre du commandant de corps d'arme, se sont
replies en arrire, leur mission tant d'ailleurs termine. Nous sommes
installs sur des positions solides, que l'ennemi a attaques en vain.
Notre situation stratgique demeure la mme,--excellente.

Nos troupes sont, sur presque tout le front, en contact avec l'ennemi.
De petits engagements, qui tous ont tourn  notre avantage, se sont
produits.

Les Allemands se sont prsents devant Longwy et l'ont somm de se
rendre; on devine quel fier refus a t oppos  cette dmarche.

BELGIQUE.--Le roi a install son quartier gnral  Louvain.

Des engagements ont commenc lundi, entre Saint-Trond et Tirlemont,
mettant aux prises des forces importantes de cavalerie allemande
pourvues de mitrailleuses et des lanciers belges envoys contre elles.
La lutte se poursuit aujourd'hui. Landen, occup momentanment par
les Allemands, est repris. L'ennemi est partout tenu en respect. La
cavalerie franaise est entre srieusement en action.

_Pays-Bas._--La Hollande a achev sa mobilisation. L'tat de guerre
est proclam dans le Brabant, le Limbourg, la Zlande et partie de la
Gueldre.



_Mercredi, 12 aot._--Pont--Mousson est bombard  10 heures. Une
centaine d'obus tombent sur la ville, tuant ou blessant quelques
habitants et dmolissant plusieurs maisons. Effet moral nul sur la
population.

BELGIQUE.--Les forts de Lige tiennent toujours. Le ministre de la
Guerre annonce que le mouvement de retraite des Allemands s'accentue de
ce ct; ils semblent se retirer et se masser vers l'Est.

Le gros des troupes allemandes est concentr entre Lige et Luxembourg.
Une grande bataille parat imminente.

Sur Mer.--Les croiseurs _Goeben_ et _Breslau_ ont franchi les
Dardanelles. Le gouvernement ottoman dclare les avoir achets,--ce qui
est contraire  tous les traits internationaux.

[Illustration: Le thtre des oprations sur le territoire belge.]



LA DFENSE DE LIGE

_M. Grard Harry, notre correspondant  Bruxelles, nous envoie sur la
dfense de Lige des notes prcises, compltant les dtails publis par
les quotidiens. Nul, sans doute, n'tait aussi bien qualifi que cet
ardent patriote pour nous conter les pripties de la lutte engage
presque sous ses yeux, et nous donner une impression rapide de l'me
belge en ces jours hroques._



LES TROIS JOURS DE BATAILLE

  Bruxelles, 9 aot.

Je vais m'efforcer de relater aussi sobrement que possible l'pope de
Lige, la Cit ardente, comme l'a surnomme le romancier et ministre
de la Justice, Carton de Wiart.

[Illustration: A Bruxelles: le 9e de ligne, dans la cour de sa caserne,
avant son dpart pour Lige.--_Phot. Hennebert._]

L'ultimatum du kaiser rclamant le libre passage de la route vers la
France, moyennant un march honteux, fondit sur la Belgique le dimanche
2 aot,  7 heures du soir, soit quatre heures exactement aprs cette
dclaration publique du ministre d'Allemagne  Bruxelles: Ne redoutez
rien. Nous n'avons jamais song  enfreindre votre neutralit. Vous
verrez peut-tre brler le toit du voisin, mais pas le vtre. Et
c'est dans la soire du 3, quelques heures aprs la fire rponse
du gouvernement belge, que l'avant-garde teutonne, ayant envahi le
Grand-Duch de Luxembourg, pntrait sur notre territoire dans la
direction de Lige.

La Belgique avait le droit de rclamer immdiatement l'assistance de la
France et de l'Angleterre, garantes (comme le roi de Prusse lui-mme)
de sa neutralit. Son roi et ses ministres estimrent que la nation
manquerait  sa dignit si elle ne commenait par faire front toute
seule  l'insolent envahisseur; et la France, loyale jusqu'au bout,
prfra retarder sa marche en avant et courir ainsi un risque des plus
graves, plutt que de franchir la frontire du peuple belge, sans y
tre invite par lui-mme. Il s'coula quarante heures entre le dfi du
kaiser aux Belges et l'appel de ces derniers  la coopration franaise.

Mais, ds le dbut, ceux qui mritrent jadis d'tre appels les
valeureux Ligeois avaient oppos  cette invasion brutale la plus
imprvue des rsistances.

En dehors des petites et immobiles garnisons des forts de Lige, ils
n'taient que 25.000 contre les trois corps d'arme ennemis, le 9e,
le 7e et le 10e, formant un total d'environ 125.000 hommes (Prussiens,
Hanovriens et Mecklembourgeois surtout) qui allaient marcher
successivement  l'assaut de leur position, le premier par la route
d'Eupen, le second par la route d'Aix-la-Chapelle, le troisime par
celle de Malmdy-Stavelot que menaait depuis si longtemps le vaste camp
d'Elsenborn.

Pour forcer le passage de la Meuse et gagner, le long du fleuve, la
partie la plus vulnrable de la frontire franaise, l'envahisseur
comptait se frayer un chemin entre les intervalles des douze forts
construits, il y a vingt ans, par le fameux gnral Brialmont, vritable
Vauban moderne, et que le gnie militaire de tous les pays a toujours
considrs comme des barrires extraordinairement solides.

Tenter la prise d'assaut de ces rocs et expos les assaillants  des
pertes d'hommes immenses. Il fallait donc essayer de passer entre eux,
tout en forant le passage de la Meuse un peu au nord de Lige, vers
Vis, dans l'troit espace de terrain qui spare la frontire belge du
Luxembourg hollandais.

Les dpches quotidiennes vous auront appris comment le 10e corps
allemand aprs avoir occup Vis et fusill une partie de sa population,
se trouva devant des tunnels et des ponts dtruits. A trois reprises,
il essaya de franchir la Meuse par des ponts de bateaux; l'norme porte
des canons des forts fit chouer ces tentatives.

Alors le 9e corps allemand, oprant aux bords de la Vesdre, et le 10e,
entr en ligne le dernier, entre deux autres affluents de la Meuse
(Amblve et Ourthe), cherchrent  effectuer des troues entre le fort
de Flron et les forts d'Embourg et de Roncelles. Ce fut, dans les
couloirs troits de rase campagne, garnis par les Belges d'obstacles en
fil de fer barbel et de mines souterraines, trois jours et une nuit
de mle pique. La 3e division de l'arme belge charge de la dfense
comprenait des troupes de ligne (1er, 2e, 9e, 11e, 13e et 14e),
des chasseurs  pied, le 3e carabiniers, le 3e grenadiers et le 5e
d'artillerie. Des engags volontaires de vingt et mme de dix-huit et
dix-sept ans conduisaient les automobiles munies de projecteurs. La
cavalerie fit des prodiges; l'infanterie des 9e et 14e de ligne et des
1er et 3e chasseurs chargea plus d'une fois l'ennemi  la baonnette,
l'arme la plus redoute des Allemands, avec une furie justifiant, 
vingt sicles de distance, le _Sunt Belgi fortissim Gallorum_ (les
Belges sont les plus courageux des Gaulois) des Commentaires de Csar,
voqu par le roi Albert dans sa premire proclamation  l'arme. Il y
eut maint corps  corps, et si prs des forts qu'on a vu s'amonceler sur
leurs glacis des tas de cadavres allemands d'une hauteur de 1 m. 10  1
m. 40!

[Illustration: L'attaque brusque de Lige, les 5, 6 et 7 aot, par
trois corps allemands.

_Croquis du capitaine Ch. Kerremans, ne mentionnant pas les chemins de
fer, rendus inutilisables._]


Dans la nuit de jeudi  vendredi, le 7e corps d'arme allemand revenait
 la charge pour essayer de franchir la Meuse  la hauteur de Vis,
paralllement  une attaque dans l'intervalle des forts d'Evegne et de
Barchon. Wallons et Flamands, prenant brusquement l'offensive, sortirent
des espaces protgs et se jetrent sur les assaillants avec une telle
ardeur qu'ils les dcimrent, enlevant plusieurs canons et drapeaux,
faisant un nombre considrable de prisonniers, et obligeant les
Allemands  vacuer 8.000 blesss en territoire hollandais.

Ce fut le point culminant de ces trois jours de luttes. Au total,
les Allemands avaient perdu en tus, blesss et prisonniers, presque
l'effectif d'un corps d'arme, d'o leur demande d'armistice. La grande
Allemagne oblige d'implorer une grce de la petite Belgique ds le
dbut de la lutte!

Mais la proportion du carnage est peu de chose  ct du rsultat
gnral obtenu. Il apparat clairement que la brillante action des
Belges fit avorter un projet de raid colossal des forces du kaiser sur
la frontire franaise, avec Reims ou mme Paris comme objectif. Car on
a constat que les trois corps d'arme allemands qui furent aux prises
avec la 3e division belge taient trs pauvres en vivres et munitions,
sans avoir t coups de leurs bases d'approvisionnements. On ne peut
gure supposer qu'une puissance, qui a prmdit si longtemps cette
guerre abominable, ait nglig ses prcautions au point que son
avant-garde de 125.000 hommes se trouvt au bout de trois jours  court
de pain et de cartouches. Il faut donc admettre que les trois premiers
corps d'invasion avaient t chargs le plus lgrement possible, avec
mission de traverser la Belgique en rafale pour surprendre et affoler la
population franaise.

L'admirable conduite de la 3e division belge, si hautement rcompense
par la croix de la Lgion d'honneur  la ville de Lige, n'a pas
seulement empch le raid des avant-gardes teutonnes vers la France;
elle a permis  une centaine de mille hommes de l'arme de campagne
belge de se former compltement, d'occuper les meilleures positions
possibles en travers de la route vise par l'ennemi et d'oprer leur
jonction avec d'imposantes masses franaises, levant ainsi entre
votre frontire et celle de la Prusse une barrire qui semble dsormais
infranchissable, mme si leurs premiers revers  Lige et le premier et
brillant succs des Franais  Altkirch n'affectent point profondment
le moral d'une arme incontestablement courageuse et endurante.

Le moral!... Rien n'a mieux montr que ces prliminaires d'une guerre
monstrueuse le rle norme qu'il joue dans une telle lutte! C'est
l'iniquit de l'agression allemande, le mpris affich par le kaiser
pour la lettre et l'esprit des traits, la mauvaise foi et la duplicit
de ses procds, la frocit des actes dicts  ses troupes, l'vidence
de la longue prmditation de son crime par un systme de fourberie
et d'espionnage qui nous avait peupls d'avance d'ennemis dguiss
en commerants, banquiers, commis-voyageurs, armateurs; c'est cette
vritable application des mthodes de l'apache allant jusqu' une
tentative d'assassinat contre le gnral Leman, l'hroque dfenseur
de Lige, qui a rvolt les Belges, comme le reste du monde, au plus
profond de leur conscience et leur a inspir brusquement l'irrsistible
lan contre lequel sont venues se briser les premires hordes des
nouveaux barbares.

GRARD HARRY.



_D'autre part, un de nos collaborateurs particulirement vers dans les
questions d'artillerie et de gnie militaire, nous fait connatre, dans
ses grandes lignes, le systme dfensif de la place de Lige; il nous
rvle en mme temps le principe et les dfauts de l'attaque mene par
l'arme allemande_:


LE SYSTME DES FORTS DE LA MEUSE

Le gnral Brialmont, l'illustre ingnieur militaire belge qui a
construit, de 1888  1891, les forts de Lige et de Namur, avait tudi
avec le plus grand soin les expriences excutes dans notre pays en
1886 au fort de la Malmaison, avec les obus  mlinite. Il avait t le
premier  tirer de ces expriences des consquences pratiques que l'on
trouve rsumes dans son livre de 1888: _l'Influence du tir plongeant et
des obus-torpilles sur la fortification_.

[Illustration: VUE CAVALIRE DE LIGE ET DE SES FORTS

_Dessin de L. TRINQUIER._]

[Illustration: Le roi des Belges se rendant au Parlement, acclam par la
population bruxelloise.--_Phot. HENNEBERT._]



Les essais de 1886 lui avaient montr d'une faon indniable que
les forts existant  cette poque taient incapables de rsister aux
_obus-torpilles_, et que leurs murs de revtement s'croulaient d'une
faon instantane quand un obus  grande capacit venait clater
derrire eux, dans les terres qu'ils taient chargs de soutenir.

Aussi le gnral Brialmont n'avait-il pas t long  comprendre qu'il
fallait remplacer la maonnerie classique des votes, maonnerie si
facile  fissurer, par une matire homogne et rsistante comme le
bton de ciment, et cela tout en triplant les paisseurs habituellement
employes. On revenait ainsi, par un dtour quelque peu inattendu,  un
genre de fortification qui rappelait singulirement celle du moyen ge
et les massifs imposants que l'on admire encore dans les donjons de Ham,
de Coucy et de Vincennes.

Le gnral Brialmont avait galement compris que les canons des forts,
installs dans des emplacements trop visibles ou trop facilement
reprables, taient devenus incapables de tirer utilement _ ciel
ouvert_ et qu'il fallait les cuirasser ou les tablir dans des coupoles
tournantes, si l'on voulait pouvoir conserver leurs feux.

D'accord avec l'ancienne cole franaise, le gnral avait voulu garder
aux forts dtachs un rle prpondrant depuis le dbut de l'attaque
jusqu' la fin du sige, alors que les Allemands prtendent encore ne
faire entrer les forts en jeu qu'au moment de l'attaque rapproche. A
sa manire de procder, il trouvait notamment l'avantage primordial
de garantir la place contre les surprises ou les attaques brusques de
l'adversaire. La principale garantie contre les attaques de vive force
rside, crivait-il, dans l'impossibilit o se trouve l'assigeant de
rduire au silence les bouches  feu cuirasses des forts.

Les vnements qui viennent de se passer en Belgique dmontrent jusqu'
l'vidence la parfaite justesse des conclusions du gnral Brialmont.
Grce  lui les Allemands se sont trouvs, la semaine dernire, en
prsence de forts qu'il est  peu prs impossible de rduire en quelques
heures par une attaque brusque, quelle qu'en soit la puissance.
Peut-tre contre une attaque rgulire, mene  loisir et longuement
prolonge, prsenteraient-ils une rsistance moins grande que les
petits forts plats,  faible relief et servant de _mre nourrice_  de
nombreuses batteries annexes qui sont aujourd'hui  la mode; mais la
preuve est faite qu'ils ne risquent pas de succomber le premier jour
dans une lutte engage  l'improviste contre des effectifs crasants.

Les forts construits par le gnral Brialmont  Lige et aussi, il ne
faut pas l'oublier,  Namur, sont donc des ouvrages trs puissants.
Ils comprennent onze canons, courts ou longs, tous cuirasss, capables
d'entretenir la lutte contre l'artillerie de l'adversaire aux distances
les plus considrables comme aux distances les plus rapproches. Leur
calibre varie de 120  210 m/m. Ils comprennent en outre quatre canons 
tir rapide de 57 m/m placs dans des tourelles solides et qui assurent,
avec le feu de l'infanterie et les mitrailleuses, la dfense rapproche
et le flanquement des abords. Enfin, ils possdent des observatoires
cuirasss et un projecteur lectrique galement cuirass. Ils ont donc
tout ce qu'il faut pour se dfendre et pour voir, _mme la nuit_.

Un fort de ce genre prsente videmment une puissance considrable
en mme temps qu'une rsistance passive extrmement remarquable: les
Allemands viennent d'en faire la fcheuse exprience. Il a, par contre,
l'inconvnient de coter fort cher, et l'on ne saurait trop admirer la
petite nation belge d'avoir su consacrer tant de millions  la dfense
de son territoire. Elle a donn l l'exemple d'une admirable prvoyance,
prvoyance qui jure quelque peu avec l'inconscience des marchands de
terrain qui prtendaient, il y a quelques jours encore, dmolir les
fortifications de Paris.

Oui, la bonne fortification cote cher; mais, seule, la bonne
fortification est capable de rsister longtemps et, comme le dit le
_Rglement de 1891 sur le service des places_, il ne faut pas oublier
que DE LA REDDITION D'UNE PLACE RETARDE OU AVANCE D'UN SEUL JOUR PEUT
DPENDRE LE SALUT DU PAYS.

Les fortifications du gnral Brialmont viennent de sauver la Belgique.



L'ATTAQUE A LA SAUER ET LES DFAUTS DE CETTE MTHODE ALLEMANDE

Le mode d'attaque que les Allemands ont employ contre la place de Lige
est d  un gnral allemand, le gnral von Sauer.

L'attaque  la Sauer n'est autre chose qu'une attaque brusque.
L'assaillant tudie d'abord la place de son mieux au moyen de
reconnaissances qui viennent complter les renseignements obtenus en
temps de paix, puis il refoule rsolument le dfenseur en arrire de
la ligne des forts. Pour cela, il commence par bombarder nergiquement,
avec son artillerie de campagne et les pices du parc lger de sige,
les positions avances installes en avant des forts; il opre autant
que possible partout  la fois de manire  laisser la dfense dans
l'indcision, et, quand l'adversaire est branl, il donne l'assaut avec
une extrme vigueur. Les troupes de la dfense refoules derrire les
forts, il installe la nuit ses pices de sige  environ deux kilomtres
des ouvrages qu'il veut attaquer et il ouvre le feu le lendemain
matin avec ces pices aides par l'artillerie de campagne. Toute cette
artillerie inonde les forts et les batteries attenantes de shrapnels
et d'obus de faon  annihiler l'artillerie de la dfense en tuant les
servants et dcimant la garnison.

Ds que le feu de l'assig est teint, on achve de refouler ses
troupes en arrire de la ligne des forts attaqus, on cherche 
traverser cette ligne et l'on s'efforce de prendre d'assaut un ou deux
de ces forts. On y parviendra, non pas en faisant brche, ce qui serait
trop long, mais en profitant de ce que ces ouvrages sont rduits au
silence, pour les envahir au moyen d'chelles d'assaut ou de passerelles
de franchissement jetes en travers des fosss. On pousse ensuite droit
 l'enceinte principale, _si elle existe_, et l'on profite du dsarroi
de la dfense pour enlever le noyau central et prendre  revers les
autres ouvrages de la place.

En France on a toujours pens que cette mthode, toute de _bluff_, ne
peut russir que contre des ouvrages mdiocres, mal prpars, occups
par des troupes sans consistance que commande un gouverneur sans
nergie.

Les Allemands, au contraire, comptent depuis de longues annes sur le
succs d'oprations de ce genre, et c'est pour les mener  bonne fin
qu'ils ont cr ds 1886 les groupes lgers d'artillerie de sige
destins  suivre les troupes de campagne et  enlever, presque au pas
de course, nos forts d'arrts et nos places frontires. Ce qui les a
beaucoup encourags dans cette voie, ce sont les succs inous remports
par eux en 1870 dans l'attaque des places franaises. Ils ne se sont
pas rendu compte que ces succs ont t dus, presque exclusivement, 
l'incroyable faiblesse que montrrent  cette poque, il faut bien le
reconnatre, les garnisons et les gouverneurs de la plupart des places
attaques.

L'exemple du sige de Port-Arthur aurait d leur ouvrir les yeux. Ils
n'ont pas voulu en tenir compte, parce qu'ils n'apprciaient pas les
troupes belges  leur valeur. Ils mprisaient trop leurs adversaires et
ne savaient pas o ils allaient.

Une locution populaire veut que quand on ne regarde pas devant soi on
risque de _tomber sur un bec de gaz_. Il semble bien qu' Lige les
Allemands aient rencontr leur bec de gaz, et la rencontre a t
plutt rude.

Et cependant,  Lige, ils ont appliqu les thories de Sauer jusqu'au
bout: ils ont mme pntr jusque dans la ville qui tait, bien  tort,
dpourvue d'enceinte. Mais ils ont t finalement repousss avec des
pertes normes, ainsi que cela se produira toujours quand l'attaque
aura affaire  une place solide,  une bonne garnison,  un gouverneur
expriment et nergique et  une population dont l'affolement ne
viendra pas contrecarrer les efforts de la dfense.

SAUVEROCHE.

[Illustration: La revue des brodequins, place Saint-Franois-Xavier.]

[Illustration: Le drapeau du 102e d'infanterie, avant le dpart.]

[Illustration: LE DPART D'UN RGIMENT.--La population parisienne
acclame ceux qui vont se battre.]

_Photographie L. Gimpel._]

[Illustration: TOUT FRANAIS EST A SON POSTE.--La garde des voies
ferres par les vtrans.

_Dessin de GEORGES SCOTT._]

Il n'est plus d'aucune classe, celui-l. Ou plutt si: il est de la
classe des vieux,--de ceux qui ont pass la cinquantaine, et dont les
reins ne pourraient plus porter longtemps le poids du sac, et que leurs
jambes, un peu fatigues, ne sauraient plus conduire sur le front
aussi vite qu'autrefois... Car lui aussi est all sur le front; il y
a longtemps de cela: quarante-quatre ans! Sa jeunesse a connu le sublime
espoir de vaincre, et, presque aussitt, l'affreuse douleur d'tre
vaincu. Et il a vcu prs d'un demi-sicle sous cet affront, avec la
haine de l'Allemand au coeur, et cette ambition de la Revanche qui tait
demeure, chez nous, le rve obstin de tous les vieux!

Le voil prs d'tre ralis, ce rve-l! Au souffle de joie et
d'enthousiasme qui a pass sur le pays, le vieux s'est senti rajeunir.
Il a vu partir un fils, un petit-fils peut-tre, et, dans cette minute
d'angoisse paternelle, il s'est aperu qu'il tait content tout de
mme,--et presque jaloux de ceux qu'il accompagnait au train.

Alors il a demand  _servir_;  faire quelque chose pour le pays,
n'importe quoi. Et le voici  son poste, enrl parmi les braves gens
qui surveillent nos voies ferres, dfendent nos ponts contre les
surprises possibles du sabotage allemand... Il n'y avait pas d'uniforme
pour lui. Qu'importe? sous son pantalon de travail il a chauss ses
godillots les plus solides; il a boutonn sur son bourgeron sa vieille
veste, au revers de laquelle il a fait coudre sa mdaille de 1870; en
bandoulire, sa musette de la Guerre,--de l'autre Guerre! Il a boucl
l-dessus le ceinturon, coiff le vieux kpi, pris dans sa main solide
encore le fusil que la Patrie lui prtait... Et, l'oeil bien ouvert, il
attend...

[Illustration: UN FRAGMENT DE LA CARTE ALLEMANDE QUI GUIDE NOTRE RETOUR
EN HAUTE-ALSACE]

[Illustration: _LA TROUE DE BELFORT ET LES VOSGES._--_Rduction de
six des feuilles de la carte de l'tat-major allemand au 100.000e, avec
laquelle nos officiers sont entrs en campagne._]

Le manque de cartes topographiques fut, pendant la guerre de 1870-1871,
l'une des plus graves lacunes de notre organisation militaire et
l'une des plus grosses de dsastreuses consquences. On vit alors des
officiers assumant la conduite d'units importantes, rduits  utiliser,
pour se guider, de simples cartes gographiques d'atlas scolaires! Que
d'erreurs, que de surprises en sont rsultes! La leon n'a pas
t perdue, et, comme tant d'autres, cette faute d'autrefois a
t suprieurement rpare: le service gographique de l'arme,
mthodiquement rorganis, est en mesure de rendre aujourd'hui tous les
services qu'on peut attendre de lui.

Au fur et  mesure que se droulent les oprations, tous les officiers,
les chefs de sections eux-mmes, reoivent un lot complet de cartes de
la rgion o ils sont appels  oprer, cartes de notre tat-major,
et, au del de nos frontires, reproductions parfaites des cartes des
tats-majors trangers. Car on a prvu le cas, que chaque Franais, au
fond de son coeur, appelle de ses voeux ardents, o nos soldats auraient
 marcher, en pays hostile, au-devant de nos amis et allis.

Les cartes tablies par les soins du service gographique et distribues
ainsi, selon les besoins, sont  l'chelle du 80.000e, du 200.000e et
du 320.000e pour le territoire franais, au 100.000e pour la partie
allemande, au 40.000e pour la partie belge, au 200.000e pour la partie
autrichienne. Une voiture spciale attache au quartier gnral de
chaque arme assure le rapprovisionnement.

La carte que nous reproduisons ici est un excellent spcimen des
documents confis  nos officiers et sous-officiers. Elle comprend
six feuilles de la carte de l'tat-major allemand. On y lit avec une
saisissante nettet--encore qu'elle soit assez srieusement rduite--la
configuration du terrain. De bons yeux y retrouveront tous les points
dont il a t question ces jours derniers, la troue de Belfort,
Altkirch, Mulhouse, la fort de Hart et les cols des Vosges.

[Illustration: LES AFFICHES DE LA PREMIRE SEMAINE DE LA MOBILISATION
SUR LES MURS DE PARIS]

[Illustration: Scne de la mobilisation (infanterie de ligne),  Namur.]

[Illustration: Lanciers belges chargeant des uhlans.--_Dessin de Maurice
Romberg._

Les uniformes des lanciers belges et des uhlans prussiens taient
presque semblables: mais ces derniers portent maintenant en campagne une
tenue d'un gris uniforme avec bottes de cuir fauve. Pour viter toute
surprise, des gravures en couleurs vont d'ailleurs tre distribues aux
troupes franaises appeles  combattre aux cts des soldats belges et
anglais.]

[Illustration: L'HROQUE ARME BELGE.--Carabiniers dfendant une
route.]

[Illustration: _Dessin de F. Bryg._ _Sir Edward Grey._ _M. Loyd George._
_M. Jaques._ _Winston Churchill._

UNE SANCE HISTORIQUE A LA CHAMBRE DES COMMUNES (3 AOUT 1914).--Sir
Edward Grey, ministre des Affaires trangres, dclare solennellement
que la flotte anglaise garantira les ctes de France, et que le
Royaume-Uni maintiendra la neutralit de la Belgique.]

[Illustration: LA COOPRATION BRITANNIQUE.--Devant le palais de
Buckingham, le roi George V, la reine et la famille royale assistent
au dfil d'un bataillon de grenadiers-gardes prts  s'embarquer pour
participer  la guerre contre l'Allemagne.]

[Illustration: LE COEUR DE PARIS PENDANT LA MOBILISATION: LA GARE DE
L'EST

_Dessin d'ANDR DEVAMBEZ._

[Illustration: La colonne Vendme vue de la place de l'Opra  la fin de
la soire du 2 aot.

Le 2 aot, premier jour de la mobilisation, une manifestation, 
laquelle des Italiens habitant Paris avaient associ leur drapeau,
traversait la place de l'Opra; juste  ce moment, la lune presque  son
plein, norme, brillait dans l'axe de la rue de la Paix et pendant
un instant, on eut, de la place de l'Opra, la vision qu'a fixe un
artiste, tmoin de cette scne, en un rapide croquis qu'il n'est pas
trop tard pour reproduire.]

IMPRESSIONS DE MOBILISS

_D'une lettre d'un de nos collaborateurs, parti ds le 2 aot, nous
dtachons ce passage_:

Nous voici tous soldats. Cela s'est fait en une heure. Nous interrompons
nos articles. La patrie chante en nous. Les vieux hymnes de gloire nous
montent du coeur aux lvres. A l'instant, j'avais en mains un livre de
mmoires dont je comptais entretenir les lecteurs de _L'Illustration_.
Je ferme le volume. Il ne s'agit plus de lire l'histoire. Il faut
se prparer  la vivre. Deux de mes amis, un dragon et un artilleur,
arrivent ensemble chez moi. Ils sont dj en uniforme. Nous devons
partir tous trois sans dlai,  peu prs  la mme heure, minuit cinq
ou minuit dix, mais pour des directions diffrentes. L'un va  Maubeuge;
l'autre  Nancy; le troisime, le moins favoris pour l'instant--et
c'est moi-mme--se rend au Mans. Nous faisons sur un coin de table un
repas de bivouac. Nous vidons une coupe de champagne, et nous voici
dans la rue o l'on chante la _Marseillaise_. Ce sont des ouvriers qui
passent, des terrassiers que j'ai vus, ces derniers jours et ce matin
mme, occups  un chantier de Passy voisin de ma maison. A la dernire
grve, ils hurlaient l'_Internationale_. Maintenant, ils se souviennent
des paroles de la _Marseillaise_. Et ils chantent gravement,
religieusement, le cantique national. L'un d'eux salue nos uniformes...

... A chaque station du parcours montent des mobiliss, des ouvriers,
des paysans, avec leur pauvre bagage. Ils s'entassent dans les couloirs,
car il y a dj une quinzaine d'hommes dans chaque compartiment de dix.
Et voici encore, encore, de nouveaux appels,  Maintenon,  Chartres,
 Nogent, qui nous envahissent. Nous leur ouvrons nos compartiments de
premire; les braves gens s'installent parmi les officiers, respectueux,
disciplins, confiants, avec une affectueuse dfrence. Ils parlent
entre eux et nous paraissent trs intelligemment au courant des diverses
phases de la crise. Ils ont beaucoup lu les journaux tous ces temps-ci.
Ils comprennent parfaitement le vritable caractre de la crise. L'un
dit: Il fallait bien que a arrivt. Il y a quarante-quatre ans qu'ils
nous insultent... Un autre ajoute: Nous ne sommes pas tristes; nous
sommes graves. Et c'est vrai. Ils ne chantent pas. Ils ne manifestent
pas. Ils reprsentent, ces humbles, toute la dignit ferme du pays...

Ds la descente du train, nous trouvons un grand calme. La population de
la ville est toute militaire. Un grand nombre d'officiers mobiliss sont
arrivs avant le jour, beaucoup trs jeunes et parfaitement quips. La
plupart partent, sous trs peu de jours, pour le front, avec les troupes
de premire ligne. Nous saluons un groupe--pas trop vieux--de gnraux
de rserve et nous nous rendons  la place. Les officiers de l'active
accueillent  bras ouverts leurs camarades de la rserve. On se
retrouve, on se reconnat, on s'embrasse. Il n'y a plus de catgories,
de coteries, d'esprit de corps. On n'est plus qu'un dans un mme effort,
dans un mme lan, dans un mme espoir...



_D'un autre_:

...Dpart plein d'ordre, de calme. Un long train nous attend: de ces
wagons  chevaux qui sont des hangars roulants; on y a mis simplement
des bancs.

Tout de suite, on sent la confiance, l'enthousiasme, mais pas un
enthousiasme en quelque sorte inquitant. On sait que l'ennemi est fort
et que ce sera dur. Mais quelle rsolution!

Camaraderie parfaite, spontane. Des types: le loustic dont les saillies
font rire; un homme qu'on appelle immdiatement le matelot parce qu'il a
une blouse de marin; l'ouvrier socialiste qui est rsolu  dfendre son
patron, la France.

Le train marche trs rgulirement, et les convois se succdent. On
s'arrte parfois devant les gares, et on en profite pour arracher des
fleurs des champs, des branchages qui maintenant jettent leurs fraches
couleurs sur le noir des wagons. Partout, le long de la voie, aux
ponts, aux postes, des territoriaux  belles mines graves. On les salue:
Bravo, les vieux! Au revoir! Les femmes, au passage, agitent leurs
mouchoirs. Les bons et doux visages! Elles ont un peu envie de pleurer,
mais notre entrain malgr elles les fait sourire. L'union est touchante.
On a vraiment l'impression qu'un peuple tout entier se dresse.

Dans les wagons, on cause, on plaisante, les uns assis, les autres aux
portires, et l'on traverse la belle France, vraiment si douce aux yeux
et au coeur. Chaque fois que j'ai fait un voyage en France, je l'ai
aime davantage. Combien cette impression s'accuse aujourd'hui! On peut
bien dfendre avec coeur ce pays-l, cette terre sduisante.

Chez tous, c'est la mme haine des Allemands. On les dteste, non
seulement pour des raisons gnrales que chacun, plus ou moins
obscurment, comprend, mais parce qu'on les connat pour les avoir vus
en France. Quelle invasion 'a t depuis dix ans! On s'en rend compte
 la haine qu'ils allument. Et puis, la France est une belle nation
belliqueuse qui retrouve ses vieux instincts au premier appel.

Dans les conversations, la famille, ceux qu'on a laisss derrire soi
tiennent une grande place. Mais on ne s'attendrit pas. On se montre
des portraits d'enfants, de femmes. Il n'y a rien de tel qu'une image
fminine, belle ou mdiocre (car il y a de ces photographies qui font
sourire) pour donner du courage. Quelques visages graves,--ce ne seront
pas ceux qui seront les moins fiers au combat...



_D'un troisime_:

... L'immense train est en route; il transporte environ trois mille
hommes qui ont rejoint la gare individuellement ou par petits groupes,
souriants, allgres, escorts de mres, d'pouses ou de matresses, de
filles, de soeurs, toutes graves, mues et le coeur gonfl de larmes
qui, tout  l'heure, dborderont.

Quelques visages d'hommes portent cependant la marque d'un trouble
farouche, mais ce n'est point  cause de ce qui est devant eux, de
l'inconnu qui les attend; c'est  cause de ce qu'ils laissent derrire
et qu'ils n'ignorent pas: la femme, les enfants sans pain et sans
ressources et dont le dnuement, en attendant les secours officiels, va
muer l'angoisse en dtresse.

Ce n'est qu'une impression passagre. On monte dans le train dont la
ligne s'allonge,  gauche et  droite, interminablement. Il y a, comme
dans tout train pacifique, des wagons de 3e classe, en grand nombre; il
y a aussi des wagons de 2e et de 1re; on monte dans les uns ou dans
les autres, sans hte, en changeant des propos de bonne humeur. On
croirait, quoique ces voyageurs n'aient pas de fusil, un dpart de
chasseurs, un matin d'ouverture,--des chasseurs de condition modeste,
parmi lesquels ne figurerait pas un seul Tartarin.

Car ces hommes, des territoriaux de 35  40 ans, n'ont plus
l'emballement fougueux, clatant, de la jeunesse; cependant une
rsolution contenue ennoblit leurs visages, qui paratraient peut-tre,
pour la plupart, assez vulgaires en d'autres temps. Ce qui n'empche
pas (nous sortons de Paris) les saillies de fuser ds que, les portires
refermes, le train en marche, on se sent entre soi...

Par hasard--trs vraiment par hasard--je me trouve dans un compartiment
de premire; mes compagnons de voyage s'bahissent du moelleux des
siges, du luxe des boiseries, de la peinture claire des plafonds:

--Ah! mince! s'crie l'un d'eux. Ce que c'est chic!... a ne m'est
jamais encore arriv; pour que je voyage en premire, il aura fallu
qu'il y ait la guerre!

Car c'est vrai; on allait un instant presque l'oublier entre camarades
de mme coeur et parmi ces campagnes qui glissent derrire nous dans la
plus molle quitude. Il y a la guerre! On ne l'oublierait pas longtemps,
car, aux fentres des villages traverss, sur le seuil de toutes les
maisonnettes qui jalonnent la voie, des mains s'agitent, des cris
s'lvent; les enfants, les vieillards, nous jettent leur espoir et leur
enthousiasme, les femmes y ajoutent des baisers; et,  toutes les gares,
 tous les ponts,  tous les signaux, veillent d'anciennes figures de
troupiers qui nous saluent et nous suivent d'un regard d'envie.

...C'est trs curieux. On ne peut encore pas se faire  l'ide qu'on
va  la guerre. Nous avons l'impression de rallier la caserne pour une
priode de manoeuvres. Cela ne nous viendra sans doute que lorsque nous
chargerons nos cartouchires de cartouches  balle et mme pas encore,
car nous en avons eu, des balles, pour nos exercices de tir rels. Il
nous faudra, sans doute, aux premires escarmouches, voir tomber des
blesss pour nous rendre compte de la ralit de ce qui se passe. Et, ce
qui est encore bizarre, cette impression se concilie trs bien avec la
violente impatience qu'on a tous de battre, de chasser, d'craser les
Allemands.



DOCUMENTS ET INFORMATIONS

LES EFFECTIFS MOBILISABLES.

La guerre tant survenue au moment o les grandes puissances
effectuaient ou parachevaient l'effort militaire qu'elles avaient d
s'imposer pour rpondre  l'accroissement de forces de l'Allemagne, il
est bien difficile de traduire en chiffres prcis les rsultats auxquels
elles taient parvenues. Nous allons cependant essayer de fixer aussi
exactement que possible les effectifs dont pourront disposer les
belligrants.

_Allemagne._--A la date du 1er janvier dernier, l'effectif budgtaire
de l'arme active allemande tait trs exactement de 36.000 officiers;
110.000 sous-officiers; 661.000 gefreiten, obergefreiten et simples
soldats; 6.000 employs suprieurs; 4.000 employs subalternes et 18.000
volontaires d'un an, soit: 835.000 hommes. Mais deux incorporations
en surnombre, de 40.000 hommes chacune, ont port ce chiffre  950.000
hommes.

Le total des forces mobilisables (hommes instruits) est d'environ
4.700.000 hommes.

_Autriche-Hongrie._--L'arme commune peut atteindre, sur le pied de
guerre, 1.360.000 hommes; landwehr autrichienne, 240.000 hommes;
honved hongroise, 220.000. Quant au landsturm, il figure bien sur les
statistiques pour 2.000.000 d'hommes, mais ce chiffre n'a qu'une valeur
thorique.

_France._--A la suite de l'application de la loi de trois ans,
l'effectif de l'arme active, ralis au Ier janvier 1914, tait,
au total, pour les troupes mtropolitaines, de 792.000 hommes. En y
ajoutant 46.000 hommes (lment franais au Maroc) et en en dduisant:
indignes algriens 39.000 hommes; rgiments trangers, 11.000; service
auxiliaire, 50.000, on atteignait 738.000 hommes. Enfin, les 31.000
hommes de l'arme coloniale portaient ce chiffre  769.000 hommes,
encadrs par 100.000 grads.

Sur le pied de guerre la France dispose de prs de 4.000.000 d'hommes.

_Russie._--Arme permanente: environ 1.600.000 hommes, dont 1.300.000 en
Europe. Effectif mobilisable: 5.600.000 hommes.

_Angleterre._--Le Royaume-Uni, dont l'arme rgulire compte 186.000
hommes, auxquels s'ajoutent des rserves et une territoriale, peut
disposer d'un corps expditionnaire d'environ 160.000 hommes.

_Belgique._--Depuis 1913, l'effectif de l'arme belge a t port de
180.000  340.000 hommes: 150.000 pour l'arme de campagne; 130.000 pour
l'arme de forteresse; 60.000 pour les rserves de remplacement et les
auxiliaires. L'arme de campagne comprend 6 divisions et une division
de cavalerie. En outre, la garde civique active, constitue dans les
communes de plus de 10.000 habitants et dans les places fortes, comprend
50.000 hommes, et la garde civique non active 100.000 hommes.

_Serbie._--Au moment de la guerre des Balkans, la Serbie tait parvenue
 mettre sur pied 348.000 hommes. Il est vraisemblable que, surprise
cette fois en pleine rorganisation militaire et mise en valeur de ses
nouveaux territoires, elle ne pourra mettre en ligne que 300.000 hommes;
mais ces troupes ont fait leurs preuves.

_Montenegro._--Environ 40.000 hommes mobilisables.


LA RATION DU SOLDAT EN CAMPAGNE.

La ration du soldat franais en temps de guerre est, d'aprs les
rglements officiels, suprieure  celle d'aucun autre soldat d'Europe.
Pendant la campagne qui commence, elle sera fixe de la manire
suivante:

Pain, 750 gr. ou biscuit, 600 gr.; sel, 20 gr.; sucre, 35 gr.; caf, 28
gr. ou th, 4 gr.; riz, 40 gr., haricots, 30 gr., lgumes frais, 30 gr.,
soit 100 gr. de lgumes; viande frache, 500 gr. (dont, au plus, 125 gr.
d'os); saindoux, 35 gr.

Ces chiffres reprsentent des quantits _minima_ susceptibles d'tre
accrues toutes les fois que l'Intendance pourra le faire. Dj, on
distribue aux troupes de couverture des rations plus fortes.

Voici, d'autre part, l'alimentation _maxima_ que recevra le soldat
allemand:

Pain, 700 gr., ou biscuit, 550 gr.; sel, 20 gr.; sucre, 30 gr.; caf, 26
gr.; lgumes secs, 245 gr., ou pommes de terre, 1.500 gr. Viande frache
et lard, 350 gr., ou 250 gr. de charcuterie.

C'est une alimentation juste suffisante, et pour laquelle, cependant,
aucune augmentation n'est prvue.

Le soldat belge, reoit, au cours de la campagne actuelle:

Pain de munition, 750 gr.; viande de boeuf, 250 gr. (os compris); pommes
de terre, 1.000 gr.; beurre ou graisse, 20 gr.; lard, 10 gr.; sel, 30
gr.; caf, 24 gr.




JULES LEMAITRE


M. Jules Lematre, dont la sant, depuis des mois, allait dclinant,
s'est teint, la semaine dernire, jeudi, dans son petit village natal,
 Tavers, en Orlanais. Il avait seulement soixante et un ans.

[Illustration: Jules Lematre.]

Pour ceux qui l'aimaient, c'est une aggravation de peine que de n'avoir
pu accourir,  la dernire minute,  son chevet; de n'avoir pas eu,
mme, cette consolation de suivre, jusqu' l'humble cimetire campagnard
o elle repose, sa dpouille, et de remplir l'affectueux devoir
qu'assumrent,  leur place, quelques paysans ou voisins, de le porter
jusqu' sa tombe. Les circonstances, hlas! leur interdisaient ce pieux
voyage. Elle aurait d attendre, dit, au moment o on lui annonce la
mort de sa femme, Macbeth, traqu dans Dunsinane, que j'eusse le temps
de m'occuper de ses funrailles. Ainsi,  l'heure o une fort non
plus de verts rameaux, mais de fer hrisse, nous assaille,  peine
avons-nous loisir de rendre  ceux qui tombent un dernier hommage. Du
moins, nous pouvons nous consoler  la pense de l'immense esprance qui
dut emplir,  son heure suprme, cette me d'lite.

La mobilisation lui avait enlev jusqu' son mdecin. Dans ce
dlaissement, son unique souci tait le salut de la patrie: Ah!
disait-il, en se couchant pour la dernire fois,  une amie dvoue qui
l'assistait, si seulement je pouvais changer ce qui me reste  vivre
contre la victoire de ma Patrie!... car, en somme, la victoire de la
France, a t le but de ma vie!...  Il ne devait plus profrer d'autre
parole.

En un pareil moment, on voudrait n'crire que des mots susceptibles
d'agrer  cette ombre dlicate et charmante.

Certes, Jules Lematre fut un grand styliste, l'un des plus parfaits,
sinon le plus parfait de tous ceux qu'ait connus notre gnration, en un
temps o le talent, comme on dit, court les rues. Et pour voquer toutes
les joies purement littraires dont nous lui sommes redevables, il
suffirait d'numrer les titres de ses oeuvres, depuis les _Petites
Orientales_, tout imprgnes d'une ironie mue, jusqu' son dernier
volume, _la Vieillesse d'Hlne_.

Mais peut-tre,  l'heure solennelle o l'on pse sans vaine indulgence
le bien et le mal qu'on a pu faire dans sa vie, Jules Lematre, plus
que cette gloire littraire, revendiqua-t-il, devant sa conscience,
l'honneur d'avoir t un irrprochable Franais, dans ses crits comme
dans ses actes.

Ds son premier volume de vers, les _Petites Orientales_, ce dont il a
le nostalgique regret, exil en Algrie--oui, exil!--c'est de la douce
France; ce  quoi il aspire de tout son coeur, c'est au jardin de
l'Occident, c'est  son Orlanais,

    Coteaux herbeux, petits ruisseaux, coins familiers.

Plus tard, le romantisme, ses nues germaniques et ses utopies de
fraternit n'ont pas de plus implacable, ni de plus irrsistible
adversaire. Et c'est avec une tendre pit qu'il nous ramne vers
Racine, son idole prfre, vers sa clart, son harmonie, son art si
franais; vers le doux Fnelon, vers tout ce qui tenait au sol gaulois
par les racines les plus vigoureuses et les plus profondes, tout ce qui
se rattachait le plus fermement  la tradition franaise, au gnie, aux
vertus de la France immortelle.

En politique, sa conduite fut de tout temps conforme  sa pense. Et
c'est de cette constance, de cette fermet patriotique, que, sans doute,
il serait le plus fier d'tre lou aujourd'hui.



[Illustration: AMIS (Russes excepts)]

1914 OPRATIONS MILITAIRES

BELGIQUE et Frontire Franaise de l'Est

ENNEMIS

*(Coiffure noire, tunique fonce, culotte grise.)

* Aucune troupe allemande ne porte le pantalon ou la culotte rouge. + Le
casque  crinire n'est port que par la cavalerie franaise. Uniforme
entirement gris y compris la coiffure.

PLANCHE DE SILHOUETTES QUI VIENT D'TRE DISTRIBUE AUX TROUPES
FRANAISES OPRANT EN BELGIQUE. POUR LEUR PERMETTRE DE RECONNATRE LEURS
AMIS ET LEURS ENNEMIS]

[Illustration: POUR RECONNATRE LES AROPLANES ET LES DIRIGEABLES
ENNEMIS

BIPLANS ALLEMANDS

MONOPLANS ALLEMANDS

DIRIGEABLES ALLEMANDS

_Silhouettes des 3 types utilisables._]






End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, Samedi le 15 Aout
1914, 72e Anne, No. 3729, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, SAMEDI LE 15 ***

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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

*** END: FULL LICENSE ***

