Project Gutenberg's La patrie franaise, by Jules Lemaitre
Franois Coppe

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Title: La patrie franaise

Author: Jules Lemaitre
Franois Coppe

Release Date: January 23, 2006 [EBook #17577]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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LA PATRIE FRANAISE

L'OEUVRE
DE
"LA PATRIE FRANCAISE"



DISCOURS-PROGRAMME
prononc  la salle des Agriculteurs de France

PAR
JULES LEMAITRE
DE L'ACADMIE FRANAISE
PRSIDENT DE LA LIGUE DE LA "LA PATRIE FRANAISE"

ALLOCUTION DE M. FRANOIS COPPE

13 Novembre 1899


PARIS
BUREAUX DE LA PATRIE FRANAISE
97, RUE DE RENNES





La Ligue de la Patrie Franaise a repris, le 13 octobre 1899,
la srie de ses confrences avec l'important discours de M. J.
Lematre, qu'elle offre  ses amis.

La Ligue s'tait place jusqu'ici sur le terrain des principes
gnraux et s'tait uniquement consacre  dfendre dans une
crise prilleuse l'ide de Patrie et le respect de l'Arme.

Son Prsident lui fournit aujourd'hui un programme national d'action
politique.

Nous engageons tous les bons Franais  le mditer, et 
contribuer selon leurs forces  son excution.

L'approbation enthousiaste de la Presse et de l'opinion publique a
montr qu'il rpondait aux dsirs de tous et aux besoins de l'heure
prsente. Chaque citoyen y a trouv enfin la formule exacte du
devoir qu'il a  remplir.

Ainsi ont t immdiatement confirms les applaudissements dont
un millier de braves gens de toutes les classes de la socit l'ont
salu  la salle des Agriculteurs de France.

Sur l'estrade se trouvaient la plupart des membres du Comit, et de
nombreuses notabilits du monde des Arts, des Lettres, des Sciences
et de la Politique: MM. Maurice Barrs, Marcel Dubois, professeur 
la Sorbonne; Henri Lavedan, de l'Acadmie franaise; Henri Houssaye,
de l'Acadmie franaise; Longnon, professeur au Collge de
France; Amagat, de l'Acadmie des Sciences; le gnral Mercier,
le lieutenant-colonel Monteil, Rougon, ministre plnipotentiaire;
Forain, Frdric Plessis, Ren Doumic, Flix Jeantet, Jules
Domergue, Paul de Saint-Lger, Gaston Legrand, Edouard Clunet,
Baffier, Paulin Mry, Georges Bonnamour, Maurice Spronck,
Duval-Arnould, Louzon-le-Duc, d'Aubigny, Noilhan, Baron, Leret,
Gabriel Syveton, Louis Dausset, etc., etc.

La prsence de plusieurs dlgations ouvrires achevait de donner
 cette rconfortante crmonie son vritable caractre d'union
sociale et nationale.





ALLOCUTION DE M. FRANOIS COPPE


Mesdames, Messieurs,

Je vous dois un mot d'explication sur le changement du lieu de nos
confrences. Cette salle de la Socit d'horticulture o nous
avons entendu tant de voix loquentes, o nous avons vibr ensemble
de patriotisme, nous tait devenue bien chre. Il nous a fallu
l'abandonner cependant, parce qu'un des prtres de Flore de la rue de
Grenelle est un franc-maon, et que nous sommes,  ses yeux, de
trop sditieux personnages.--Les agriculteurs de France sont plus
libraux; ils veulent bien nous louer cette salle, et nous les en
remercions, avec le regret, toutefois, de n'y plus pouvoir runir un
aussi grand nombre d'amis que nagure.

Nous nous retrouvons dans une heure bien triste. Au lendemain de notre
dernire runion, un ministre s'est constitu, dont les trois
principales ttes sont: un avocat, fameux pour avoir dfendu l'un
des plus gros bnficiaires de l'ignoble affaire du Panama, un
collectiviste ayant toujours profess les plus dangereuses thories,
et un vieux prtorien, clbre par sa bravoure et par sa cruaut.
En prenant le pouvoir, ce ministre ne dissimulait pas qu'il tait
tout acquis  la cause du condamn que l'on ramenait alors de l'le
du Diable; il reut aussitt le nom de ministre de l'acquittement.
Il ne put cependant obtenir cet acquittement, grce  la fermet
des juges et des tmoins militaires, et, parmi ces derniers, je suis
heureux de saluer ici le gnral Mercier, qui a dploy, pour le
triomphe de la vrit, tant d'intelligence et de courage.

Aprs un tel chec, ce ministre devait disparatre, semble-t-il;
cependant il est encore l, grce  la coupable fatigue de
l'opinion, et surtout  l'inexcusable faiblesse des reprsentants du
peuple, qui n'opposrent  tant d'iniquits commises, que de vaines
et striles protestations. Les hommes nfastes qui composent ce
ministre gouvernent depuis quatre longs mois par l'arbitraire et la
violence.

N'ayant d'indulgence que pour un espion pris en flagrant dlit, un
tratre dont ils ont fait signer la grce par le chef de l'Etat
avec une hte indcente, et aussi pour les anarchistes qui ont
dchan une meute dans Paris et pill une glise en plein
jour, ces ministres inqualifiables ont frapp impitoyablement les
bons Franais qui ne pouvaient contenir leur indignation, et je
ne citerai qu'une de leurs victimes: ce jeune professeur seulement
coupable d'avoir enseign l'amour de la patrie  ses lves, notre
vaillant ami Gabriel Syveton. Ils ont dtruit, autant qu'il tait en
leur pouvoir, les forces vives du pays, supprim notre surveillance
de guerre, congdi nos chefs les meilleurs, trait en suspects
nos soldats les plus glorieux. Sentant gronder autour d'eux la colre
d'un peuple, ils ont eu recours  la terreur, ont fait fabriquer par
leur police un complot chimrique, et ont jet dans les cachots
un certain nombre de bons citoyens, et, d'abord, le patriote par
excellence, le Franais exemplaire, notre grand et cher Paul
Droulde. Vous savez quelle honteuse comdie se joue en ce moment
 la Haute-Cour, et comment Droulde va tre condamn pour un
fait dont il a t absous par le jury, c'est--dire par le peuple,
avec encouragement formel de poursuivre son oeuvre de purification et
de dlivrance.

Hier encore, sous l'inspiration directe du ministre, ces juges
politiques ont os rendre ce monstrueux arrt de comptence. Et
je vous propose de saluer avec moi les 91 honntes gens que renferme
encore cette assemble, et ces deux illustres dfenseurs de la
Constitution rpublicaine, MM. Wallon et de Marcre, qui ont eu le
courage et la loyaut de dnoncer l'iniquit de leurs collgues
et leur vritable forfaiture. N'oublions pas non plus notre ami du
Comit, M. le snateur Rambaud, qui a vot avec le mme courage.

Demain, ce ministre qui a dj fait tant de mal se prsentera
devant les Chambres avec une poigne de lois encore plus menaantes
et qui nous promettent de nouveaux attentats contre la justice et
contre la libert. Il se propose de supprimer  peu prs les
conseils de guerre et de porter ainsi un coup mortel  la discipline,
force essentielle des armes. Il prtend exiger, de quiconque
aspirera  un grade ou  une fonction quelconque, trois ans de
sjour dans les tablissements scolaires de l'Etat, instituant par
cela mme, dans la socit moderne, une caste de parias comme dans
l'Inde, et violant le droit sacr des pres et des mres sur l'me
de leurs enfants.

Attendons-nous encore,  propos des associations,  des chinoiseries
juridiques n'ayant d'autre but que de perscuter lchement les
prtres et les religieux--c'est dj commenc--et d'humilier
l'Eglise chrtienne devant la triomphante synagogue. Tenez aussi
pour certain que, dans peu de temps, on essaiera de nous arracher la
dernire arme dfensive qui nous reste, la libert de la presse.

Nous n'avons malheureusement pas l'espoir que le Parlement s'oppose
demain  tant d'injustices. Il faut s'attendre  toutes les
lchets de la part des parlementaires.

Mais rien ne nous fera dsesprer, rien mme ne nous dcouragera.
C'est la tche de tous les bons Franais de s'opposer par tous les
moyens lgaux  la tyrannie qui nous menace. Cette tche, notre
courageux, loquent et admirable ami Jules Lematre va nous en
tracer le programme, et je ne veux pas retarder plus longtemps le
plaisir que vous aurez  l'entendre. Je me contenterai de vous dire
encore une fois que, d'aprs ma profonde conviction, la France, la
vraie France, celle qui compte tant d'hommes intelligents, laborieux
et honntes, tant de femmes dvoues, tant de familles vertueuses,
tant de braves et loyaux soldats, tant d'ouvriers et de paysans aimant
vraiment leur patrie, finira par triompher de la bande de politiciens
qui l'exploitent et la dshonorent, par tablir un gouvernement
probe et respect, et par relever son pur et glorieux drapeau.
L'oeuvre pourra tre longue, sans doute, mais quiconque a le coeur
 sa place et le sentiment de l'honneur et du devoir n'y doit point
faillir.

Quant aux hommes qui nous oppriment momentanment, je ne puis croire,
malgr tout, qu'ils se maintiendront au pouvoir.

L'opinion publique, j'en suis convaincu, ne pourra supporter longtemps
cette monstrueuse antithse: Dreyfus, deux fois condamn comme
tratre, en libert, et Droulde, le dfenseur des droits du
peuple, en prison.




L'OEUVRE DE LA "PATRIE FRANAISE" DISCOURS-PROGRAMME PAR JULES
LEMAITRE


L'OEUVRE DE LA "PATRIE FRANAISE"




Mesdames, Messieurs,

Nous nous retrouvons donc aprs quatre mois de sparation. Ces
quatre mois ont t trs remplis. Ils l'ont t, on peut le dire,
abominablement. L'tat du pays est lamentable; et la tche de
ceux qui voudraient y porter remde parat dmesure. Elle l'est
assurment pour le millier d'hommes assembls ici; mais elle
serait presque facile si tous ceux qui ressentent les maux publics
s'unissaient  nous, si tous ceux qui pensent gnreusement se
mettaient  vouloir et  agir ensemble.

L'ambition de la Ligue de la Patrie franaise, c'est de
rveiller l'nergie civique dans le coeur de tous les bons
Franais; d'tre comme le premier noyau d'une rsistance nationale
 l'iniquit publique; de devenir la ligue de toutes les bonnes
volonts de France. Il le faut, et mme il n'est que temps.

Je serai oblig de simplifier beaucoup pour rester clair. Je ne vous
apporterai que des remarques et des exhortations trs gnrales,
un peu dpourvues de nuances, et comme un canevas d'ides
lmentaires, sur lequel vos intelligences auront  travailler.
Tout cela, d'ailleurs, se nuancera, se prcisera, se compltera peu
 peu dans la srie de nos confrences.

Aujourd'hui, voici mon thme en deux mots:

Nous sommes opprims par une minorit, et par une minorit
malfaisante;

Mais cette minorit a la force. Il faut la lui reprendre. Par quels
moyens le pourrons-nous? Et sur quelles ides devrons-nous d'abord
nous accorder?





I


On peut dire que, dans tous les pays, c'est toujours un assez petit
nombre d'hommes qui s'occupent des affaires publiques et qui les
mnent. Le peuple a assez  faire de gagner son pain, et la
bourgeoisie songe principalement  ses aises et  sa tranquillit.
Que nous soyons conduits par une minorit, ce n'est donc pas l un
phnomne extraordinaire.

Mais il y a des priodes o cette minorit agissante et dtentrice
du pouvoir reprsente  peu prs les sentiments de la majorit
inerte ou, du moins, ne les heurte pas de front. Et il y a des moments
o elle offense dcidment cette majorit pourtant si passive et
si peu exigeante, et se trouve enfin en plein dsaccord avec elle.
Nous sommes  un de ces moments-l.

Je ne vois gure en France que trois groupes vraiment actifs (je ne
compte pas le ntre, qui n'est encore qu'en voie de formation).
Les deux premiers, qui ont entre eux beaucoup d'affinits et de
continuelles communications, sont les francs-maons radicaux et les
socialistes. Je ne sais pas bien quel est leur nombre. Les lections
nous renseignent mal l-dessus; nous verrons pourquoi. Mais, en
tout cas, ils ne forment, dans le pays entier, qu'une minorit assez
petite. A l'autre extrmit, c'est le groupe, encore plus restreint
et d'ailleurs vaincu autant qu'on peut l'tre, des catholiques
militants et des monarchistes irrductibles. Entre ces deux camps
ingaux, il y a le pays, simplement; huit ou dix millions d'hommes
sans opinion politique ou de rpublicains modrs, paysans,
bourgeois, ouvriers mme (ceux des grands centres mis  part); une
multitude qui sait quelquefois ce qu'elle pense, mais qui, jusqu'ici,
n'a pas fait l'effort de vouloir.

Comparons maintenant les ides de la majorit gouverne avec
les ides de la minorit gouvernante. Oh! que celle-ci est peu 
l'image du pays!

       *       *       *       *       *

Les ides--et les passions--de cette minorit qui nous tient et
qui, en ce moment, nous fait si durement sentir son joug,
sont, essentiellement, celles de la Socit secrte dite
franc-maonnerie.

Leur premire marque est le fanatisme anti-religieux.--Parce qu'ils
rigent en dogme l'hypothse matrialiste, qui est cependant une
bien pauvre et bien incomplte explication de la vie du monde, ils
croient tre des esprits forts et de libres esprits. Quelle lourde
erreur! Nous n'avons pas l'esprit libre si nous ne sommes pas
tolrants, si nous ne savons pas nous reprsenter sans haine des
mes diffrentes de la ntre. Har des gens parce que, soit
d'eux-mmes, soit par acquiescement volontaire  une doctrine, ils
expliquent autrement que nous l'nigme que nous propose l'univers,
cela est misrable. Et c'est cependant le cas de ces faibles
philosophes. Ils ont la manie d'invoquer l'Etat, la force publique, la
gendarmerie contre qui ne pense pas comme eux. Mme vainqueurs, mme
tout-puissants, ils continuent  crier sus au clricalisme. Or, ils
sont, eux aussi, des clricaux. Ils ont une glise ferme, occulte,
de liturgie grotesque, mais de discipline serre, et merveilleusement
organise pour la domination et pour le butin. Tel Vnrable, tel
Chevalier du serpent d'airain aprs avoir, dans sa loge tendue de
noir et dcore de tibias en croix, dans, sous l'acacia, le
pas du matre en secouant des ferblanteries, s'lve contre
l'obscurantisme; et, congrganiste lui mme, brandit contre les
congrgations l'excommunication majeure.

Mais il y a plus d'une sorte d'obscurantisme. Il y a un obscurantisme
maonnique qui obscurcit en effet les cerveaux, et leur rend
impntrables et inintelligibles de trs belles formes de la vie
morale, du moment qu'elles s'cartent de l'idal de Monsieur Homais.

Ils sont, comme ils disent, humanitaires, ce qui ne les engage 
rien du tout et peut mme les dispenser d'tre charitables.---Dans
ces derniers temps, ils ont laiss voir la dfiance la plus hostile
 l'endroit de l'arme,---tout simplement, dans le fond, parce que
les vertus essentielles de l'arme sont celles qui leur rpugnent le
plus.---Mais, d'autre part, ceux mmes d'entre eux qui ne sont pas
socialistes pour leur compte, sont en coquetterie rgle avec
le socialisme, j'entends avec cette grossire utopie allemande du
marxisme,---que nous repoussons, nous, parce que nous croyons que
la solution des questions sociales est dans l'association libre et la
mutualit, et parce que nous redoutons, dans le socialisme d'Etat, la
panbureaucratie, le panfonctionnarisme, l'uniformit, la mdiocrit
gnrale, la mort de l'initiative individuelle et la paresse et
la lchet des citoyens de cette nouvelle Salente.---Et, chose
curieuse, ils inclinent  cette doctrine d'esclavage pour paratre
avancs (comme si ce mot, appliqu aux opinions politiques,
correspondait  un rel avancement intellectuel ou moral); ils
y inclinent par idologie niaise, ou par zle de surenchre
lectorale,--ou peut-tre parce qu'ils se disent qu'ils ne risquent
rien, que cela n'arrivera pas; ou encore par la pense que, si
cela arrive, ils ne pourront manquer d'tre, dans l'Etat nouveau,
les distributeurs et les inspecteurs du travail et les gardes-chiourme
bien rtribus des travailleurs.

       *       *       *       *       *

Or, ces traits de la minorit gouvernante ne se retrouvent nulle part
dans l'inerte majorit.

Le Franais moyen,---bourgeois, paysan, ouvrier  son compte ou
petit patron,---nous le connaissons; il est  peu prs le mme
dans toutes nos provinces.---Il aime la patrie et l'arme, sans
trop raisonner, par un instinct trs sr, et ne supporte pas qu'on y
touche.---Il est assez srieusement imbu des principes de 89; il est
libral; il n'est pas du tout socialiste. La proprit individuelle
est une des choses auxquelles il tient le plus, et je dirai mme
le plus aveuglment.---En gnral il n'aime pas beaucoup les
curs, mais il n'est pas intolrant. Il laisse sa femme et sa
fille aller  la messe; il trouve bon que ses enfants fassent leur
premire communion; il se laissera enterrer par l'Eglise comme il
s'est laiss marier par elle, et assez souvent mme il mettra son
fils dans un collge ecclsiastique (la preuve en est que le
nombre des lves des coles libres d'enseignement secondaire
est sensiblement gal, ces annes-ci, au nombre des lves des
lyces, et tend  le dpasser).---Quoi d'tonnant  tout
cela chez un peuple  l'histoire duquel, pendant quinze sicles,
l'histoire mme de l'Eglise a t intimement mle, o le culte
catholique est encore entretenu et pay, malgr tout, par l'Etat
franc-maon; o, par la force des choses, les plus grands mangeurs
de prtres ont dans leur famille, tout prs d'eux, des personnes
pieuses; o l'on voit des socialistes faire baptiser leurs enfants
avec une eau spciale et deux fois bnite, et o, pour prendre un
autre exemple trs significatif, les femmes des Prsidents de la
Rpublique ont t toutes, jusqu'ici, des catholiques pratiquantes?

Sur la religion mme, le sentiment de ce Franais moyen est assez
complexe. La plupart du temps, il ne croit plus aux dogmes, ou il
vite d'y songer. Mais, toutefois, il sent confusment que la morale
fonde sur ces dogmes est pour quelque chose dans les vertus ou dans
la bonne conduite de sa femme ou de sa fille; et, en homme pratique,
il ne peut s'empcher d'accorder provisoirement plus de confiance 
cette morale-l, fixe, assure, prouve, vingt fois sculaire,
qu' celle dont les manuels civiques et les prcis de philosophie
cherchent encore les bases fuyantes.

Il est certain que ce bourgeois-l, qui est lgion,---et
pareillement le paysan de France,--est assez indiffrent aux
injustices qui ne l'atteignent pas. Mais il est certain aussi qu'il
n'est pas fanatique, et qu'il serait d'avis de respecter chez les
autres toute libert qui ne gne pas la sienne. Il est trs vrai
qu'il a accept sans protestation toutes les lois anticlricales
des vingt dernires annes, l'article 7, la lacisation de
l'cole primaire, l'inepte lacisation des hpitaux, la loi sur
les fabriques, la loi d' accroissement, la loi des curs sac
au dos, qui, pour ennuyer les sminaristes et sous prtexte
d'galit, a amen des ingalits et des abus pires que ceux de
jadis: mais il est encore plus vrai que ces mesures, prpares et
imposes par les Loges, jamais il ne les aurait rclames, jamais
il n'en aurait senti le besoin.

       *       *       *       *       *

Comment donc expliquer que cette majorit soit reprsente et
conduite par une minorit qui lui ressemble si peu?

D'abord, le quart et, dans certaines rgions, le tiers et presque la
moiti des lecteurs s'abstiennent: ce qui est trs coupable, car
un remde aux inexactitudes forces du suffrage universel serait
qu'il ft universel en effet, et que tout le monde se rendt aux
urnes. En outre, dans beaucoup de circonscriptions, les minorits
battues sont trs fortes; si bien qu'il y a de trois  quatre
millions d'lecteurs dont l'opinion n'est pas reprsente au
Parlement. Mais tout cela ne suffirait pas encore  expliquer que
l'insincrit du suffrage universel atteigne aux monstrueuses
proportions que j'ai dites. Il faut ajouter ce triste phnomne: une
trs grande quantit d'lecteurs, soit ignorance, ou faiblesse, ou
esprit d'imitation, ou respect humain, votent pour des candidats dont
ils ne partagent nullement les ides et les passions. Et, ainsi, il
arrive que des lois comme celles que je rappelais tout  l'heure, des
lois que le Franais moyen ne dsirait pas, soient rclames et
votes par un dput  qui il a donn sa voix.

Nous devons reconnatre que c'est bien un peu, ou que ce fut, 
l'origine, la faute du clerg lui-mme et de certains de ses amis.
Faute dj ancienne dont les effets se prolongent. Elle consiste 
avoir, pendant les annes qui ont suivi la guerre et mme jusqu'au
moment o le pape est intervenu dans la question, confondu la cause
de l'Eglise avec celle de la Monarchie; et cela, non seulement contre
toute prudence et toute habilet, mais contre la doctrine et l'esprit
mme de l'Eglise et encore plus de l'Evangile.

Sans doute le clerg devait dplorer l'impit de quelques-uns
des fondateurs du rgime rpublicain: mais il n'a pas vu qu'en se
retirant de la Rpublique et en paraissant la menacer, il la faisait
plus impie et plus aisment perscutrice.

C'est cette alliance, aujourd'hui rompue, des prtres avec les
monarchistes qui a permis aux radicaux d'accaparer la Rpublique et,
sous couleur de la dfendre, d'en faire leur chose et leur butin; de
la faonner et de la rtrcir  leur image, qui n'est point
belle; et de crer  leur usage et, au besoin, contre les autres
rpublicains, une orthodoxie troite, jalouse, aussi intolrante et
perscutrice que l'orthodoxie de l'Inquisition. C'est cette alliance
surtout qui a permis au parti maonnique d'adopter et de garder pour
devise, mme aprs que les circonstances ne le justifiaient plus,
le cri de Gambetta: Le clricalisme, c'est l'ennemi, et, sinon
d'inventer, du moins de grossir le pril clrical; puis, aprs
qu'il eut disparu, de faire croire qu'il subsistait toujours et,
ainsi, d'entraner  leur suite des millions de Franais exempts
de tout fanatisme irrligieux, mais un peu dfiants  l'endroit
des prtres et attachs  la Rpublique comme au gouvernement
de fait; d'imposer enfin  ce pays, dtach en quelque mesure des
dogmes de l'Eglise, mais non point de sa morale ni mme de ses rites,
une politique anticlricale et qui n'est que cela; une politique
dont l'anticlricalisme est toute la philosophie, une politique
dont l'anticlricalisme est la vache  lait, une politique qui,
l'anticlricalisme t, serait un pur nant.

Ajoutez que les combattants de ce parti, chauffs par de
fortes haines et par des apptits vhments, et, avec cela,
traditionnellement organiss, dociles  leurs conducteurs parce
qu'ils savent leur docilit efficace contre l'ennemi, ont tout ce
qu'il faut pour agir sur une masse indolente et sans cohsion et
pour faire servir par elle, en exploitant et entretenant un de ses
prjugs, des ides qu'elle n'a pas naturellement. Dans chaque
petite ville, trente hommes qui ont de bonnes haines en commun,
qui croient ardemment  leurs ngations, et qui se tiennent
troitement, sont politiquement plus puissants que mille braves
citoyens disperss, hsitants, qui n'ont que des opinions flottantes
et qui ne savent pas se concerter.

En rsum, une minorit nous mne et nous tyrannise, agit  notre
place et contre nous: 1 grce  l'apathie et  l'miettement
de la majorit; 2 grce  l'norme malentendu produit par
l'invention du clricalisme et par l'artificiel grossissement de ce
vieux spectre, dans un pays o le clerg est pourtant si calme et la
foi confessionnelle si attnue et si peu menaante.

       *       *       *       *       *

Mais l'absurdit d'une telle situation commence  tre plus
vivement sentie. Vraiment, ils en ont trop fait. Les derniers
vnements ont dessill les yeux et gonfl le coeur de colre 
beaucoup de citoyens aveugles jusque-l, ou indiffrents.

Nous avons vu des choses par trop singulires: le Prsident de la
Rpublique devenu l'alli, sans doute malgr lui, et le prisonnier
d'une faction qui n'a vu, dans un procs militaire trop fameux,
que l'occasion d'une campagne atroce contre l'arme; le chef de
l'Etat comme isol dans le pays, n'osant se montrer dans les rues,
sans aucun lien de coeur avec le peuple, qui l'ignore ou le ddaigne,
et principalement soutenu par les forces antisociales, au point que
son nom sert de cri de ralliement aux anarchistes pilleurs d'glises;
une ligue innocente, et dont l'amour de la patrie et de l'arme
tait tout le programme, brutalement poursuivie; le commandant
Marchand trait comme un dangereux malfaiteur; un ministre immoral
et scandaleux par sa composition mme, uniquement form pour peser
sur la dcision d'un conseil de guerre; le mensonge cynique de la
Dfense Rpublicaine; l'abominable procs de la Haute-Cour, qui
dnie implicitement aux citoyens jusqu'au droit de rver d'une autre
rpublique et de rpandre, dans leurs lettres prives, ou 
table avec leurs amis, leurs mcontentements et leurs dolances;
Droulde de nouveau poursuivi (ce qui est une pure infamie) 
raison de faits sur lesquels il avait t acquitt par le jury,
c'est--dire par le peuple; la forfaiture d'avant-hier, la loi
foule aux pieds par des magistrats de circonstance, juges dans leur
propre cause; un accs de rage perscutrice qui nous ramne 
vingt ans en arrire; la libert d'association supprime, la
libert d'enseignement menace; l'arme, rempart de la patrie,
devenue, par une aberration inconcevable, l'objet de la dfiance
et de l'hostilit du gouvernement; le cri de Vive l'Arme!
considr comme sditieux; et, sournoisement, dirigeant tout, une
Socit secrte, c'est--dire deux fois illgale, et qui pourtant
se confond avec le gouvernement lui-mme: en sorte qu'on pourrait
dire que ce gouvernement, qui est protg par elle et qui reoit
ses ordres, participe de son illgalit, et que nous aurions
donc, thoriquement, le droit de refuser,  ce gouvernement-l,
l'obissance.

On a vu des tyrannies plus tragiques, plus sanglantes: on n'en a point
vu de mieux caractrise, ni d'aussi hypocrite, puisque ceux qui
l'exercent n'ont  la bouche que les principes de la Rvolution, et
en vivent.

Une si extraordinaire situation a produit cet effet, extraordinaire
comme elle: l'Opposition, c'est aujourd'hui toute la France.




II


Vous me direz: Le gouvernement et la maonnerie s'en moquent, car ils
ont la force; ils sont dcids  s'en servir, et ils le montrent
assez.

Je n'hsite pas  rpondre:--Ils ont raison. Si la majorit est
opprime, elle n'a que ce qu'elle mrite; et tant pis pour elle.
Elle n'avait qu' se dfendre depuis quinze ans. Elle n'avait
qu' faire connatre ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas. Et
aujourd'hui, c'est bien simple, elle n'a qu' se rvolter.

Entendons-nous bien. Nous n'appelons pas un coup d'Etat, militaire
ou autre, pas mme une rvolution pacifique qui s'accomplirait
par l'accord spontan et soudain du peuple et de l'arme et qui ne
serait, nous dit-on, qu'une manifestation un peu irrgulire de la
volont nationale et, au bout du compte, du suffrage universel. Nous
cartons cette chimre hasardeuse. Nous ne sommes pas royalistes;
nous ne sommes pas bonapartistes; nous ne sommes mme pas csariens.
Nous voulons nous dlivrer de nos tyrans par des moyens lgaux. Nous
voulons triompher par une opposition strictement constitutionnelle.
Nous avons trois ans devant nous. Notre tche (elle est norme, mais
commenons toujours), c'est d'organiser le suffrage universel et de
le moraliser; de faire que, dans toute la France, ceux qui pensent
comme nous se rapprochent, s'imposent une discipline et agissent
ensemble.

Hlas! nous en sommes loin! L'inertie des braves gens est
dsesprante. Nous nous indignons de ce qui se passe; nous crions 
l'oppression; et puis, parce que nous avons trouv dans notre journal
l'expression vhmente de nos propres colres, nous les jugeons
satisfaites par l-mme et nous retournons  nos occupations ou
 nos plaisirs. Le gouvernement peut faire ce qu'il veut; il peut
proscrire et perscuter, frapper les meilleurs serviteurs du pays,
ressusciter les lettres de cachet, dsorganiser l'arme, dilapider
les deniers publics, consommer l'abaissement de la France 
l'extrieur; nous crierons un peu, mais c'est tout ce qui en sera.
C'est que nous ne souffrons pas encore assez; j'entends que nous ne
souffrons pas dans notre personne ni, directement, dans nos biens
matriels. Notre vie, aprs tout, reste supportable. Puis, nous
avons notre pain  gagner, nos intrts, nos affections, nos
divertissements.

Lettre de cachet, Haute-Cour et polmique des journaux  part, les
moeurs sont assez douces; et nous voyons se prparer, et nous boucher
l'horizon, la grande kermesse o l'Europe se prcipitera comme au
mauvais lieu, et sur laquelle comptent nos gouvernants pour verser
de l'oubli par-dessus notre inertie. Nous ne comprenons pas que, si
chacun de nous souffre peu, tous nous sommes menacs; que c'est
autre chose, pour la sant morale des individus et pour leur joie
intrieure, de faire partie d'une communaut bien ordonne et
robuste, ou d'une collectivit nerve et avilie; que ce qui
atteint la nation atteint chaque citoyen; que, selon la parole d'un
ancien, ce qui importe  la ruche importe  l'abeille, et que nous
risquons de nous rveiller un jour dans une France dfinitivement
extnue et perdue  jamais.

Nous devons donc consentir  l'effort, mme  quelque
sacrifice.--La Ligue de la Patrie franaise s'est mise en rgle,
on vous dira comment, avec une loi injuste. A prsent, il
faut marcher. Il faut se contraindre  la mthode et  la
persvrance. Il faut que tous ceux qui pensent de mme prennent
la peine de le dire et d'en tirer des consquences. Il faut que, dans
chaque quartier de Paris et des grandes villes, dans chaque petite
ville et enfin dans chaque village, des groupes se forment, qui se
mettent bien d'accord sur quelques ides vitales; que ces groupes se
runissent priodiquement pour traiter, sous forme de confrences
ou d'entretiens, des questions d'intrt public; que leurs membres
s'obligent  l'assiduit; qu'ils contribuent, non seulement par
leurs discours et leurs bons dsirs, mais par des actes--et par de
l'argent-- la propagation de leurs ides; que pas une lection ne
se fasse,--snatoriale dans trois mois, municipale dans six mois et
lgislative dans trois ans--o ils ne prsentent,  tout hasard,
leurs candidats; et que ces candidats soient d'honntes et de braves
gens qui introduisent enfin dans la politique ce qu'on n'y a gure vu
jusqu'ici: de la sincrit, de la gnrosit, et, si j'ose dire,
de la bonhomie.

Voil, je le sais, un plan de conduite plus facile  tracer qu'
suivre. Notre mal, c'est que nous sommes trop nombreux. L'union nous
devient par l extrmement difficile. Elle est plus facile aux
minorits. Les catholiques sont forts en Angleterre, en Allemagne,
aux Etats-Unis.--La minorit politique qui nous gouverne est
puissante parce qu'elle est elle-mme compose, du moins dans son
tat-major, de trois minorits trs unies: juifs, protestants,--et
francs-maons, chez qui protestants et juifs se rencontrent et se
fondent.

Ne rcriminons pas. Tchons de comprendre. Tout se paye. La justice
immanente, celle qui rside, pourvu qu'on y regarde un assez long
temps, dans le dveloppement naturel des faits historiques, n'est
point un vain mot. Je ne pense pas que deux des minorits que je
viens de nommer aient, jadis, mieux connu la tolrance et la charit
intellectuelle que la majorit catholique. Mais il est certain
qu'elles ont eu  se plaindre de celle-ci, et qu' ces deux
minorits la malveillance de nos aeux a impos la ncessit et
donn l'habitude du resserrement, de l'entente, de la rsistance et
de l'action en commun. Et c'est pourquoi, du jour o elles ont cess
d'tre perscutes, elles ont envahi l'Etat, en vertu de cette
nergie patiente, de cet esprit de solidarit et de discipline
qu'elles devaient  la perscution elle-mme. On peut dire que,
avec plus ou moins de prmditation, peut-tre mme  leur insu,
elles se vengent, aujourd'hui encore, de la rouelle jaune et de la
rvocation de l'Edit de Nantes. La proscription les avait ramasses
sur elles-mmes; l'involontaire souvenir de la proscription les
maintient et les arme contre nous. Ainsi, la France est dchire,
dans son prsent, par son pass; et nous expions les fautes de nos
pres.

Donc, en luttant contre nos oppresseurs, essayons de ne pas har
leurs personnes; hassons seulement leur tyrannie, tout prts 
les aimer quand nous n'en ptirons plus. Et prenons confiance: car,
puisque nous voil opprims  notre tour, nous, la majorit,
peut-tre la ncessit de la dfense nous apportera-t-elle, encore
que nous soyons trop nombreux et embarrasss de notre nombre, les
vertus propres aux minorits.

       *       *       *       *       *

Je vous propose de nous unir, pour commencer, sur trois ides trs
simples, trs lmentaires, que je vais vous dire:

1. L'amour de la patrie et le respect de l'arme (cette arme si
sre, si matresse d'elle mme, si prodigieusement patiente).
C'est une des bizarreries et un des dsordres de ce temps, qu'il soit
besoin de recommander et de dfendre ces deux sentiments si naturels
et si ncessaires.

Il ne suffit plus d'aimer la patrie instinctivement: il faut l'aimer
avec une tendresse rflchie, avec application, avec vigilance:
trop de demi-trangers et de cosmopolites psent sur nos affaires
intrieures; trop de gens, mme de chez nous, ivres de vaniteuses
idologies, parlent de la patrie avec dtachement; et cela,  un
moment o le patriotisme des autres nations est plus exalt, plus
jaloux et plus conqurant que jamais.--Non que nous mconnaissions
la beaut du rve trs franais de fraternit universelle. Si
nous renaissons dans quelques sicles, nous nous ferons sans doute
un plaisir d'aimer galement tous les peuples. Mais nous n'avons pas
choisi, dans le dveloppement de l'histoire europenne, le moment
o nous sommes ns; et il y a des devoirs convenables  chaque
tape de ce dveloppement. Ce devoir, c'est aujourd'hui d'aimer la
France, simplement autant que les Allemands aiment l'Allemagne et les
Anglais l'Angleterre. Je ne demande rien de plus.

Corollairement, il faut aimer l'arme, qui n'est que la nation
ramasse et debout pour assurer sa propre dure. Mme les
philosophes qui sont ds  prsent les amis de nos ennemis, de
l'Europe entire et de tout le genre humain, ne sauraient nourrir
de mauvais sentiments  l'endroit de l'arme nationale: car, je
le rpte, leurs ides les plus gnreuses sont des ides
franaises, et la France ne peut les rpandre, les soutenir,
les faire triompher au dehors que si elle est forte chez soi. En
ralit, depuis trente ans que la France est diminue, il y a eu
plus d'injustice dans l'Europe et dans le monde. Tous les faibles
et tous les opprims ont t atteints par notre dsastre. Quelle
piti de n'avoir rien pu pour l'Armnie! Et maintenant, accabls
que nous sommes encore par cette honte de Fachoda qu'on pouvait nous
pargner, quelle piti de ne rien pouvoir pour ces hroques
Bors qui nous donnent une si belle leon de choses! Et quelle
tristesse ce serait,  l'ouverture de la succession d'Autriche, de
ne pas tre assez forts pour empcher telle iniquit que l'on
prvoit, et qui nous rabattrait dcidment au rang de puissance
ngligeable, de nation finie!

Amis de l'arme, nous ne prtendons point qu'elle soit parfaite
comme elle est. Elle-mme saurait indiquer, au besoin, comment elle
peut tre amliore. Mais, en ce moment, par un phnomne inou,
l'arme n'est pas du mme ct que le gouvernement: muette comme
toujours, elle est au fond de son coeur, elle aussi, avec tout le
pays, dans l'opposition, et elle ne peut pas n'y pas tre.
Or, elle ne peut tre rforme avec fruit que par des mains qui
l'aiment. Attendons.

       *       *       *       *       *

Second point du programme:--Nous voulons une rpublique qui
mrite ce nom et qui ne soit pas contradictoire  son principe. La
rpublique est le gouvernement de tous dans l'intrt de tous. Les
exceptions, les proscriptions, les actes arbitraires et tyranniques,
odieux dans une monarchie, sont des crimes sans nom dans une
rpublique. C'est nous, les opposants, qui sommes les rpublicains
et les dmocrates: nos gouvernants et leurs complices ne sont,
prsentement, qu'une oligarchie factieuse.

Nous voulons la rpublique de tout le monde, et non plus la
rpublique des francs-maons. Plus de lois perscutrices, de ces
lois qui restreignent les droits de telle ou telle catgorie de
citoyens, et qui violent le principe sacr de l'galit de tous
devant la loi. Nous demandons le maintien,  nos risques et prils,
de la libert de la presse. Tout en respectant le privilge
centenaire de l'Universit, nous demandons le maintien de ce qui nous
reste de la libert d'enseignement, de cette libert qu'on menace
obliquement et avec la plus ignoble hypocrisie. Et nous demandons la
libert d'association, qui est de droit naturel. Ce droit,  vrai
dire, devrait tre sous-entendu, et, sans mme tre inscrit dans
nos codes, s'exercer sous le rgime du droit commun.

Ce droit d'association, toutes les monarchies d'Europe, mme
l'Espagne, mme l'Autriche, le possdent; et, nous, Rpublique,
nous ne l'avons pas! ou plutt,--ce qui est encore plus
rvoltant,--il n'existe chez nous, en fait, que pour un parti. Et
quand on sait combien ce droit pourrait tre bienfaisant; quand
on sait qu'il permettrait  la dmocratie de s'organiser, de se
hirarchiser librement, et, peut-tre, de rsoudre une par une
les questions sociales, on se sent pntr de douleur et de colre
en songeant qu'une faction matresse des pouvoirs publics dtient
pour elle et nous refuse ce droit primordial, et transforme ainsi en
instrument de tyrannie ce qui devrait tre un agent de progrs et de
salut national.

Enfin, depuis quinze ans, nos oppresseurs n'ont fait que de la
politique, c'est--dire qu'ils se sont uniquement attachs 
conqurir le pouvoir pour les bnfices qu'il procure. Ils ont
fait des lois _politiques_, c'est--dire des lois propres  leur
faciliter, puis  leur assurer cette conqute. Ils n'ont pas fait de
lois _sociales_, c'est--dire des lois qui profitent  tous et qui,
sans prtendre changer la nature des choses, essayent d'en attnuer
l'iniquit; ou, s'ils ont fait des lois sociales, c'taient encore,
par un dtour, des lois politiques et qui, dans leur pense,
devaient profiter d'abord  leur parti.--Eh bien, dans cette
Rpublique de tous que nous rvons, nous voudrions que le
Parlement ne ft plus de lois politiques (la Constitution elle-mme,
rvise ou non, l'en dispensera une fois pour toutes), mais qu'il
s'occupt uniquement de lgislation conomique et sociale; qu'il
ne ft plus de lois maonniques, mais des lois franaises, des lois
populaires, des lois humaines.

       *       *       *       *       *

Troisime point du programme: conjurer la ruine financire.--Nos
oppresseurs, depuis quinze ans, n'ont cess de gaspiller l'argent du
pays, le plus souvent dans un intrt lectoral. Nous avons, avec
une dette de trente-cinq milliards qu'on n'amortit pas, un budget
de trois milliards et demi, et qui, chaque anne, s'accrot de
cinquante millions. Cela est fou. Et ce qui nous attend, ce  quoi
nous marchons d'un pas rgulier et sr, c'est la banqueroute, ou,
si vous voulez, la conversion du 3 0/0, c'est--dire l'pargne
franaise ruine au tiers ou  moiti. Et ainsi nos matres, ces
hommes sans bonne grce, sans charit intellectuelle, ont t, en
outre, de dtestables intendants de la fortune du peuple.

Tout le monde convient que cela ne saurait durer. Personne n'ose
proposer les remdes. Au fait, quels seraient-ils? Monopole de
la rectification et de la vente des alcools assurs  l'Etat?
Simplification des rouages administratifs? Suppression des
sous-prfectures et des tribunaux d'arrondissement? Suppression, par
voie d'extinction, d'une moiti de notre dvorante bureaucratie?
Nouvelle rpartition des impts,  la fois plus quitable (par
suite moins durement sentie) et aussi productive? Quel problme!...
Peut-tre cependant l'vidence grandissante du mal rendra-t-elle
possible demain ce qui semble aujourd'hui impraticable. En attendant,
il faudrait du moins que toute proposition d'accroissement des
dpenses non compens par une diminution correspondante ft
considre comme un crime public.

En rsum, amour de la patrie et respect de l'arme; une
Rpublique qui soit la chose de tous, et non plus le butin d'un
parti; enfin, une Rpublique conome de nos deniers: voil le
programme bien modeste sur lequel je vous demande de vous accorder.

       *       *       *       *       *

Les absurdits et les abominations d'un rgime parlementaire
fauss, telles que nous les ont dcrites MM. de Marcre et Benoist,
M. de Vogu et M. Emile Faguet (pour ne citer que ceux-l);
la question de savoir s'il est urgent ou opportun de rviser
la Constitution, et dans quelles conditions cela se pourra faire
utilement; les diverses rformes proposes: vote obligatoire pour
tous les lecteurs; largissement du collge lectoral qui nomme
le Prsident de la Rpublique; diminution du nombre des dputs;
rduction de leur droit d'initiative en matire financire, etc...,
je laisse aujourd'hui tout cela de ct; et savez-vous pourquoi?
La rforme des moeurs semble dpendre des institutions; mais, pour
corriger celles-ci, il faut avoir dj modifi celles-l dans
quelque mesure. En somme, c'est la rforme des moeurs, des habitudes,
de l'esprit public, qui importe le plus, et c'est par elle qu'il faut
commencer.

Si la majorit des dlgus du peuple taient de trs honntes
gens, et, de plus, s'ils taient sincrement d'accord avec nous sur
le programme ingnument national que j'indiquais tout  l'heure,
le fameux jeu des institutions parlementaires nous apparatrait
bientt moins effrontment fauss; ce qui, en mme temps,
limiterait la rvision de la Constitution et la rendrait plus
aise et moins prilleuse. Autrement dit, les moeurs nouvelles des
dputs que nous enverrions  la Chambre influeraient dj, d'une
faon trs heureuse, sur les institutions elles-mmes.

Il n'y a  cela qu'une difficult. Pour faire surgir du milieu de
nous, en nombre suffisant, des reprsentants de volont droite et
persvrante, pour avoir cette puissance de renouveler ainsi
la reprsentation nationale, il faut d'abord que nous devenions
nous-mmes des hommes nouveaux; il faut que nous le devenions tous
(et nous sommes des millions); et c'est ce qui m'effraye, et je crains
d'tre ici en pleine chimre.

Mais non, ce n'est pas rver que de croire que la France voudra enfin
se ressaisir et se dlivrer. Sans doute nos adversaires ont sur nous
ce grand avantage, de s'adresser aux mauvais sentiments de ceux qu'ils
enrlent. Mais sommes-nous si faibles et si lches que nous ne
puissions imiter du moins leur discipline, leur union, leur admirable
activit et mme, un peu, leur organisation? Sommes-nous incapables,
quand notre intrt le plus pressant nous y engage, de remplir
entirement notre devoir de citoyens? Car il ne s'agit pas d'autre
chose. Le vrai secret des rformes publiques est, en dernire
analyse, dans la rforme morale des individus. Je vous convie  un
accroissement de dignit de vos personnes. Vous rassembler; former
des comits; changer vos impressions sur les affaires du pays;
tre assidus  ces runions; chercher en toute cordialit des
occasions de rencontre et d'entretien avec des hommes d'une autre
condition sociale; donner  l'intrt gnral un peu de votre
temps et de votre argent de poche; vous discipliner vous-mmes;
obir aux chefs que vous aurez librement choisis; sacrifier
quelquefois votre sentiment, sur des points secondaires (car, dans
cet essai d'entente et d'action commune, les vanits, les rivalits
personnelles seront le grand cueil); tenter, en somme, et commencer
srieusement, contre une oligarchie malfaisante, l'oeuvre norme de
l'organisation de la dmocratie; faire tout cela, et y persvrer,
ce sera, pour vous, valoir mieux, et ce sera en mme temps sauver le
pays et, par consquent, vous sauver vous-mmes...

Oui, je sais, il s'agit de faire ce que la plupart des Franais,
indolents, routiniers, passifs, habitus  se dcharger de tout sur
l'Etat--et  tout supporter de lui--n'ont jamais fait encore.
Mais les nations sont gurissables. En tout lieu, l'nergie, la
tnacit d'un homme peut transformer ceux qui l'entourent. Il y a
des paroles qui, d'abord, nous sont extrieures et qui, nous venant
du dehors, agissent sur nous faiblement ou brivement; mais ces
paroles,  force de nous tre rptes, font en nous leur
brche, nous deviennent peu  peu intrieures, finissent par faire
partie intgrante de nos habituels mobiles d'action. Alors, nous
sommes vritablement _changs_. On sent aujourd'hui, dans ce pays,
une inquitude morale qu'on n'y avait peut-tre jamais vue depuis
un sicle. Non, nous ne sommes pas en dcadence, car la dcadence
s'ignore elle-mme ou elle se rsigne; et nous, nous connaissons
notre mal et nous ne nous y rsignons pas. Dans ces innombrables
bonnes volonts, dont l'expression vient tous les jours jusqu'
nous,--volonts jusque-l isoles et qu'il faut runir,--nous
dcouvrons avec joie des signes vidents de rsurrection et de
renouvellement national.





End of the Project Gutenberg EBook of La patrie franaise, by 
Jules Lemaitre
Franois Coppe

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PATRIE FRANAISE ***

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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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