The Project Gutenberg EBook of Nouveaux contes de fes pour les petits
enfants, by Comtesse de Sgur

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Nouveaux contes de fes pour les petits enfants

Author: Comtesse de Sgur

Release Date: December 3, 2004 [EBook #14247]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAUX CONTES DE FES POUR ***




Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed
Proofreading Team. This file was produced from images generously
made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica)






                              NOUVEAUX
                           CONTES DE FES
                       POUR LES PETITS ENFANTS

                                PAR

                       MME LA COMTESSE DE SGUR
                          NE ROSTOPCHINE

                      ILLUSTRS DE 46 VIGNETTES
                   PAR GUSTAVE DOR ET JULES DIDIER

                                1896



A MES PETITES-FILLES
CAMILLE ET MADELEINE DE MALARET

Mes trs chres enfants,

Voici les contes dont le rcit vous a tant amuses, et que je vous avais
promis de publier.

En les lisant, chres petites, pensez  votre vieille grand'mre, qui,
pour vous plaire, est sortie de son obscurit et a livr  la censure du
public le nom de la

COMTESSE DE SGUR, ne ROSTOPCHINE.




                              HISTOIRE
                     DE BLONDINE, DE BONNE-BICHE
                          ET DE BEAU-MINON

[Illustration]



I

BLONDINE

Il y avait un roi qui s'appelait Bnin; tout le monde l'aimait, parce
qu'il tait bon; les mchants le craignaient, parce qu'il tait juste.
Sa femme, la reine Doucette, tait aussi bonne que lui. Ils avaient une
petite princesse qui s'appelait Blondine  cause de ses magnifiques
cheveux, blonds, et qui tait bonne et charmante comme son papa le roi
et comme sa maman la reine. Malheureusement la reine mourut peu de mois
aprs la naissance de Blondine, et le roi pleura beaucoup et longtemps.
Blondine tait trop petite pour comprendre que sa maman tait morte:
elle ne pleura donc pas et continua  rire,  jouer,  tter et  dormir
paisiblement. Le roi aimait tendrement Blondine, et Blondine aimait
le roi plus que personne au monde. Le roi lui donnait les plus beaux
joujoux, les meilleurs bonbons, les plus dlicieux fruits. Blondine
tait trs heureuse.

Un jour, on dit au roi Bnin que tous ses sujets lui demandaient de se
remarier pour avoir un fils qui pt tre roi aprs lui. Le roi refusa
d'abord; enfin il cda aux instances et aux dsirs de ses sujets, et il
dit  son ministre Lger:

Mon cher ami, on veut que je me remarie; je suis encore si triste de la
mort de ma pauvre femme Doucette, que je ne veux pas m'occuper moi-mme
d'en chercher une autre. Chargez-vous de me trouver une princesse qui
rende heureuse ma pauvre Blondine: je ne demande pas autre chose. Allez,
mon cher Lger; quand vous aurez trouv une femme parfaite, vous la
demanderez en mariage et vous l'amnerez.

Lger partit sur-le-champ, alla chez tous les rois, et vit beaucoup de
princesses, laides, bossues, mchantes; enfin il arriva chez le roi
Turbulent, qui avait une fille jolie, spirituelle, aimable et qui
paraissait bonne. Lger la trouva si charmante qu'il la demanda en
mariage pour son roi Bnin, sans s'informer si elle tait rellement
bonne. Turbulent, enchant de se dbarrasser de sa fille, qui avait un
caractre mchant, jaloux et orgueilleux, et qui d'ailleurs le gnait
pour ses voyages, ses chasses, ses courses continuelles, la donna tout
de suite  Lger, pour qu'il l'emment avec lui dans le royaume du roi
Bnin.

Lger partit, emmenant la princesse Fourbette et quatre mille mulets
chargs des effets et des bijoux de la princesse.

Ils arrivrent chez le roi Bnin, qui avait t prvenu de leur arrive
par un courrier; le roi vint au-devant de la princesse Fourbette. Il la
trouva jolie; mais qu'elle tait loin d'avoir l'air doux et bon de la
pauvre Doucette! Quand Fourbette vit Blondine, elle la regarda avec des
yeux si mchants, que la pauvre Blondine, qui avait dj trois ans, eut
peur et se mit  pleurer.

Qu'a-t-elle? demanda le roi. Pourquoi ma douce et sage Blondine
pleure-t-elle comme un enfant mchant?

--Papa, cher papa, s'cria Blondine en se cachant dans les bras du roi,
ne me donnez pas  cette princesse; j'ai peur; elle a l'air si mchant!

Le roi, surpris, regarda la princesse Fourbette, qui ne put assez
promptement changer son visage pour que le roi n'y apert pas ce regard
terrible qui effrayait tant Blondine. Il rsolut immdiatement de
veiller  ce que Blondine vct spare de la nouvelle reine, et restt
comme avant sous la garde exclusive de la nourrice et de la bonne qui
l'avaient leve et qui l'aimaient tendrement. La reine voyait donc
rarement Blondine, et quand elle la rencontrait par hasard, elle ne
pouvait dissimuler entirement la haine qu'elle lui portait.

Au bout d'un an, elle eut une fille, qu'on nomma Brunette,  cause de
ses cheveux, noirs comme du charbon. Brunette tait jolie, mais bien
moins jolie que Blondine; elle tait, de plus, mchante comme sa maman,
et elle dtestait Blondine,  laquelle elle faisait toutes sortes de
mchancets: elle la mordait, la pinait, lui tirait les cheveux, lui
cassait ses joujoux, lui tachait ses belles robes. La bonne petite
Blondine ne se fchait jamais; toujours elle cherchait  excuser
Brunette.

Oh! papa, disait-elle au roi, ne la grondez pas; elle est si petite,
elle ne sait pas qu'elle me fait de la peine en cassant mes joujoux....
C'est pour jouer qu'elle me mord.... C'est pour s'amuser qu'elle me tire
les cheveux, etc.

Le roi Bnin embrassait sa fille Blondine et ne disait rien, mais
il voyait bien que Brunette faisait tout cela par mchancet et que
Blondine l'excusait par bont. Aussi aimait-il Blondine de plus en plus
et Brunette de moins en moins.

La reine Fourbette, qui avait de l'esprit, voyait bien tout cela aussi;
mais elle hassait de plus en plus l'innocente Blondine; et, si elle
n'avait craint la colre du roi Bnin, elle aurait rendu Blondine la
plus malheureuse enfant du monde. Le roi avait dfendu que Blondine ft
jamais seule avec la reine, et, comme on savait qu'il tait aussi
juste que bon et qu'il punissait svrement la dsobissance, la reine
elle-mme n'osait pas dsobir.



II

BLONDINE PERDUE

Blondine avait dj sept ans et Brunette avait trois ans. Le roi avait
donn  Blondine une jolie petite voiture attele de deux autruches et
mene par un petit page de dix ans, qui tait un neveu de la nourrice
de Blondine. Le page, qui s'appelait Gourmandinet, aimait tendrement
Blondine, avec laquelle il jouait depuis sa naissance et qui avait pour
lui mille bonts. Mais il avait un terrible dfaut; il tait si gourmand
et il aimait tant les friandises, qu'il et t capable de commettre une
mauvaise action pour un sac de bonbons. Blondine lui disait souvent:

Je t'aime bien, Gourmandinet, mais je n'aime pas  te voir si gourmand.
Je t'en prie, corrige-toi de ce vilain dfaut, qui fait horreur  tout
le Monde.

[Illustration: Le prince vint au-devant de la princesse Fourbette.]

Gourmandinet lui baisait la main et lui promettait de se corriger; mais
il continuait  voler des gteaux  la cuisine, des bonbons  l'office,
et souvent il tait fouett pour sa dsobissance et sa Gourmandise.

La reine Fourbette apprit bientt les reproches qu'on faisait 
Gourmandinet, et elle pensa qu'elle pourrait utiliser le vilain dfaut
du petit page et le faire servir  la perte de Blondine. Voici le projet
qu'elle conut:

Le jardin o Blondine se promenait dans sa petite voiture trane par
des autruches, avec Gourmandinet pour cocher, tait spar par un
grillage d'une magnifique et immense fort, qu'on appelait la fort des
Lilas, parce que toute l'anne elle tait pleine de lilas toujours en
fleur. Personne n'allait dans cette fort; on savait qu'elle tait
enchante et que, lorsqu'on y entrait une fois, on n'en pouvait plus
jamais sortir. Gourmandinet connaissait la terrible proprit de cette
fort; on lui avait svrement dfendu de jamais diriger la voiture
de Blondine de ce ct, de crainte que par inadvertance Blondine ne
francht la grille et n'entrt dans la fort des Lilas.

Bien des fois le roi avait voulu faire lever un mur le long de la
grille, ou du moins serrer le grillage de manire qu'il ne ft plus
possible d'y passer; mais  mesure que les ouvriers posaient les pierres
ou les grillages, une force inconnue les enlevait et les faisait
disparatre.

La reine Fourbette commena par gagner l'amiti de Gourmandinet en lui
donnant chaque jour des friandises nouvelles; quand elle l'eut rendu
tellement gourmand qu'il ne pouvait plus se passer des bonbons, des
geles, des gteaux qu'elle lui donnait  profusion, elle le fit venir
et lui dit:

Gourmandinet, il dpend de toi d'avoir un coffre plein de bonbons et de
friandises, ou bien de ne plus jamais en manger.

--Ne jamais en manger! Oh! Madame, je mourrais de chagrin. Parlez,
Madame; que dois-je faire pour viter ce malheur?

--Il faut, reprit la reine en le regardant fixement, que tu mnes la
princesse Blondine prs de la fort des Lilas.

--Je ne le puis, Madame, le roi me l'a dfendu.

[Illustration: Sa voiture tait attele de deux autruches.]

--Ah! tu ne le peux? Alors, adieu; je ne te donnerai plus aucune
friandise, et je dfendrai que personne dans la maison ne t'en donne
jamais.

--Oh! Madame, dit Gourmandinet en pleurant, ne soyez pas si cruelle!
donnez-moi un autre ordre que je puisse excuter.

--Je te rpte que je veux que tu mnes Blondine prs de la fort des
Lilas, et que tu l'encourages  descendre de voiture,  franchir la
grille et  entrer dans la fort.

--Mais, Madame, reprit Gourmandinet en devenant tout ple, si la
princesse entre dans cette fort, elle n'en sortira jamais; vous savez
que c'est une fort enchante; y envoyer ma princesse, c'est l'envoyer 
une mort certaine.

--Une troisime et dernire fois, veux-tu y mener Blondine? Choisis: ou
bien un coffre immense de bonbons que je renouvellerai tous les mois, ou
jamais de sucreries ni de ptisseries.

--Mais comment ferai-je pour chapper  la punition terrible que
m'infligera le roi?

--Ne t'inquite pas de cela; aussitt que tu auras fait entrer Blondine
dans la fort des Lilas, viens me trouver: je te ferai partir avec tes
bonbons, et je me charge de ton avenir.

--Oh! Madame, par piti, ne m'obligez pas  faire prir ma chre
matresse, qui a toujours t si bonne pour moi!

--Tu hsites, petit misrable! Et que t'importe ce que deviendra
Blondine? Plus tard, je te ferai entrer au service de Brunette, et je
veillerai  ce que tu ne manques jamais de bonbons.

Gourmandinet rflchit encore quelques instants, et se rsolut, hlas!
 sacrifier sa bonne petite matresse pour quelques livres de bonbons.
Tout le reste du jour et toute la nuit il hsita encore  commettre
ce grand crime; mais la certitude de ne pouvoir plus satisfaire sa
gourmandise, s'il se refusait  excuter l'ordre de la reine, l'espoir
de retrouver un jour Blondine en s'adressant  quelque fe puissante,
firent cesser ces irrsolutions et le dcidrent  obir  la reine.

Le lendemain,  quatre heures, Blondine commanda sa petite voiture,
monta dedans aprs avoir embrass le roi et lui avoir promis de revenir
dans deux heures. Le jardin tait grand. Gourmandinet fit aller les
autruches du ct oppos  la fort des Lilas.

Quand ils furent si loin qu'on ne pouvait plus les voir du palais, il
changea de direction et s'achemina vers la grille de la fort des Lilas.
Il tait triste et silencieux; son crime pesait sur son coeur et sur sa
conscience.

Qu'as-tu donc, Gourmandinet? demanda Blondine; tu ne parles pas;
serais-tu malade?

--Non, princesse, je me porte bien.

--Comme tu es ple! dis-moi ce que tu as, mon pauvre Gourmandinet. Je te
promets de faire mon possible pour te contenter.

Cette bont de Blondine fut sur le point de la sauver en amollissant le
coeur de Gourmandinet; mais le souvenir des bonbons promis par Fourbette
dtruisit ce bon mouvement.

Avant qu'il et pu rpondre, les autruches touchrent  la grille de la
fort des Lilas.

Oh! les beaux lilas! s'cria Blondine; quelle douce odeur! Que je
voudrais avoir un gros bouquet de ces lilas pour les offrir  papa!
Descends, Gourmandinet, et va m'en chercher quelques branches.

--Je ne puis descendre, princesse; les autruches pourraient s'en aller
pendant que je serais absent.

--Eh! qu'importe? dit Blondine: je les ramnerai bien seule au palais.

--Mais le roi me gronderait de vous avoir abandonne, princesse. Il vaut
mieux que vous alliez vous-mme cueillir et choisir vos fleurs.

--C'est vrai, dit Blondine; je serais bien fche de te faire gronder,
mon pauvre Gourmandinet.

Et, en disant ces mots, elle sauta lestement de la voiture, franchit les
barreaux de la grille et se mit  cueillir les lilas.

A ce moment, Gourmandinet frmit, se troubla: le remords entra dans
son coeur; il voulut tout rparer en rappelant Blondine: mais, quoique
Blondine ne ft qu' dix pas de lui; quoiqu'il la vt parfaitement,
elle n'entendait pas sa voix et s'enfonait petit  petit dans la
fort enchante. Longtemps il la vit cueillir des lilas, et enfin elle
disparut  ses yeux.

Longtemps encore il pleura son crime, maudit sa gourmandise, dtesta la
reine Fourbette. Enfin il pensa que l'heure o Blondine devait tre de
retour au palais approchait; il rentra aux curies par les derrires,
et courut chez la reine, qui l'attendait. En le voyant ple et les yeux
rouges des larmes terribles du remords, elle devina que Blondine tait
perdue.

Est-ce fait? dit-elle.

Gourmandinet fit signe de la tte que oui; il n'avait pas la force de
parler.

Viens, dit-elle, voil ta rcompense.

Et elle lui montra un coffre plein de bonbons de toutes sortes. Elle fit
enlever ce coffre par un valet, et le fit attacher sur un des mulets qui
avaient amen ses bijoux.

Je confie ce coffre  Gourmandinet, pour qu'il le porte  mon pre.
Partez, Gourmandinet, et revenez-en chercher un autre dans un mois.

Elle lui remit en mme temps une bourse pleine d'or dans la main.
Gourmandinet monta sur le mulet sans mot dire. Il partit au galop;
bientt le mulet, qui tait mchant et entt, impatient du poids de la
caisse, se mit  ruer,  se cambrer, et fit si bien qu'il jeta par terre
Gourmandinet et le coffre. Gourmandinet, qui ne savait pas se tenir sur
un cheval ni sur un mulet, tomba la tte sur des pierres et mourut sur
le coup. Ainsi il ne retira mme pas de son crime le profit qu'il en
avait espr, puisqu'il n'avait pas encore got les bonbons que lui
avait donns la reine.

Personne ne le regretta, car personne ne l'avait aim, except la pauvre
Blondine, que nous allons rejoindre dans la fort des Lilas.



III

LA FORT DES LILAS

Quand Blondine fut entre dans la fort, elle se mit  cueillir de
belles branches de lilas, se rjouissant d'en avoir autant et qui
sentaient si bon. A mesure qu'elle en cueillait, elle en voyait de plus
beaux; alors elle vidait son tablier et son chapeau qui en taient
pleins, et elle les remplissait encore.

Il y avait plus d'une heure que Blondine tait ainsi occupe; elle avait
chaud; elle commenait  se sentir fatigue; les lilas taient lourds 
porter, et elle pensa qu'il tait temps de retourner au palais. Elle se
retourna et se vit entoure de lilas; elle appela Gourmandinet: personne
ne lui rpondit. Il parait que j'ai t plus loin que je ne croyais,
dit Blondine: je vais retourner sur mes pas, quoique je sois un peu
fatigue, et Gourmandinet m'entendra et viendra au-devant de moi.

Elle marcha pendant quelque temps, mais elle n'apercevait pas la fin
de la fort. Bien des fois elle appela Gourmandinet, personne ne lui
rpondait. Enfin elle commena  s'effrayer.

Que vais-je devenir dans cette fort toute seule? Que va penser mon
pauvre papa de ne pas me voir revenir? et le pauvre Gourmandinet,
comment osera-t-il rentrer au palais sans moi? Il va tre grond, battu
peut-tre, et tout cela par ma faute, parce que j'ai voulu descendre et
cueillir ces lilas! Malheureuse que je suis! je vais mourir de faim et
de soif dans cette fort, si encore les loups ne me mangent pas cette
nuit.

Et Blondine tomba par terre au pied d'un gros arbre et se mit  pleurer
amrement. Elle pleura longtemps; enfin la fatigue l'emporta sur le
chagrin; elle posa sa tte sur sa botte de lilas et s'endormit.



IV

PREMIER RVEIL DE BLONDINE--BEAU-MINON

Blondine dormit toute la nuit; aucune bte froce ne vint troubler son
sommeil; le froid ne se fit pas sentir; elle se rveilla le lendemain
assez tard; elle se frotta les yeux, trs surprise de se voir entoure
d'arbres, au lieu de se trouver dans sa chambre et dans son lit. Elle
appela sa bonne; un miaulement doux lui rpondit; tonne et presque
effraye, elle regarda  terre et vit  ses pieds un magnifique chat
blanc qui la regardait avec douceur et qui miaulait.

Ah! Beau-Minon, que tu es joli! s'cria Blondine en passant la main
sur ses beaux poils, blancs comme la neige. Je suis bien contente de te
voir, Beau-Minon, car tu me mneras  ta maison. Mais j'ai bien faim, et
je n'aurais pas la force de marcher avant d'avoir mang.

A peine eut-elle achev ces paroles, que Beau-Minon miaula encore et
lui montra avec sa petite patte un paquet pos prs d'elle et qui tait
envelopp dans un linge fin et blanc. Elle ouvrit le paquet et y trouva
des tartines du beurre; elle mordit dans une des tartines, la trouva
dlicieuse, et en donna quelques morceaux  Beau-Minon, qui eut l'air de
les croquer avec dlices.

Quand elle et Beau-Minon eurent bien mang, Blondine se pencha vers lui,
le caressa et lui dit:

Merci, mon Beau-Minon, du djeuner que tu m'as apport. Maintenant,
peux-tu me ramener  mon pre, qui doit se dsoler de mon absence?

Beau-Minon secoua la tte en faisant un miaulement plaintif.

Ah! tu me comprends, Beau-Minon, dit Blondine. Alors, aie piti de moi
et mne-moi dans une maison quelconque, pour que je ne prisse pas de
faim, de froid et de terreur dans cette affreuse fort.

Beau-Minon la regarda, fit avec sa tte blanche un petit signe qui
voulait dire qu'il comprenait, se leva, fit plusieurs pas et se retourna
pour voir si Blondine le suivait.

Me voici, Beau-Minon, dit Blondine, je te suis. Mats comment
pourrons-nous passer dans ces buissons si touffus? je ne vois pas de
chemin.

Beau-Minon, pour toute rponse, s'lana dans les buissons, qui
s'ouvrirent d'eux-mmes pour laisser passer Beau-Minon et Blondine,
et qui se refermaient quand ils taient passs. Blondine marcha ainsi
pendant une heure;  mesure qu'elle avanait, la fort devenait plus
claire, l'herbe tait plus fine, les fleurs croissaient en abondance; on
voyait de jolis oiseaux qui chantaient, des cureuils qui grimpaient le
long des branches. Blondine, qui ne doutait pas qu'elle allait sortir
de la fort et qu'elle reverrait, son pre, tait enchante de tout ce
qu'elle voyait; elle se serait volontiers arrte pour cueillir des
fleurs: mais Beau-Minon trottait toujours en avant, et miaulait
tristement quand Blondine faisait mine de s'arrter.

Au bout d'une heure, Blondine aperut un magnifique chteau. Beau-Minon
la conduisit jusqu' la grille dore. Blondine ne savait pas comment
faire pour y entrer; il n'y avait pas de sonnette, et la grille tait
ferme. Beau-Minon avait disparu; Blondine tait seule.



V

BONNE-BICHE

Beau-Minon tait entr par un petit passage qui semblait fait exprs
pour lui, et il avait probablement averti quelqu'un du chteau, car la
grille s'ouvrit sans que Blondine et appel. Elle entra dans la cour
et ne vit personne; la porte du chteau s'ouvrit d'elle-mme. Blondine
pntra dans un vestibule tout en marbre blanc et rare; toutes les
portes s'ouvrirent seules comme la premire, et Blondine parcourut une
suite de beaux salons. Enfin elle aperut, au fond d'un joli salon bleu
et or, une biche blanche couche sur un lit d'herbes fines et odorantes.
Beau-Minon tait prs d'elle. La biche vit Blondine, se leva, alla 
elle et lui dit:

Soyez la bienvenue, Blondine; il y a longtemps que moi et mon fils
Beau-Minon nous vous Attendons.

[Illustration: Me voici, Beau-Minon, je te suis.]

Et comme Blondine paraissait effraye:

Rassurez-vous, Blondine, vous tes avec des amis; je connais le roi
votre pre, et je l'aime ainsi que vous.

--Oh! Madame, dit Blondine, si vous connaissez le roi mon pre,
ramenez-moi chez lui; il doit tre bien triste de mon absence.

--Ma chre Blondine, reprit Bonne-Biche en soupirant, il n'est pas en
mon pouvoir de vous rendre  votre pre; vous tes sous la puissance
de l'enchanteur de la fort des Lilas. Moi-mme je suis soumise  son
pouvoir, suprieur au mien; mais je puis envoyer  votre pre des songes
qui le rassureront sur votre sort et qui lui apprendront que vous tes
chez moi.

--Comment! Madame, s'cria Blondine avec effroi, ne reverrai-je jamais
mon pre, mon pauvre pre que j'aime tant?

--Chre Blondine, ne nous occupons pas de l'avenir; la sagesse est
toujours rcompense. Vous reverrez votre pre, mais pas encore. En
attendant, soyez docile et bonne. Beau-Minon et moi nous ferons tout
notre possible pour que vous soyez heureuse.

Blondine soupira et rpandit quelques larmes. Puis elle pensa que
c'tait mal reconnatre la bont de Bonne-Biche que de s'affliger d'tre
avec elle; elle se contint donc et s'effora de causer gaiement.

Bonne-Biche et Beau-Minon la menrent voir l'appartement qui lui tait
destin. La chambre de Blondine tait toute tapisse de soie rose brode
en or: les meubles taient en velours blanc, brods admirablement avec
les soies les plus brillantes. Tous les animaux, les oiseaux, les
papillons, les insectes y taient reprsents. Prs de la chambre de
Blondine tait son cabinet de travail. Il tait tendu en damas bleu
de ciel brod en perles fines. Les meubles taient en moire d'argent
rattache avec de gros clous en turquoise. Sur le mur taient accrochs
deux magnifiques portraits reprsentant une jeune et superbe femme et un
charmant jeune homme; leurs costumes indiquaient qu'ils taient de race
royale.

De qui sont ces portraits, Madame? demanda Blondine  Bonne-Biche.

[Illustration: Blondine aperut un magnifique chteau.]

--Il m'est dfendu de rpondre  cette question, chre Blondine. Plus
tard vous le saurez. Mais voici l'heure du dner; venez, Blondine, vous
devez avoir apptit.

Blondine, en effet, mourait de faim; elle suivit Bonne-Biche et entra
dans une salle  manger o tait une table servie bizarrement. Il
y avait un norme coussin en satin blanc, plac par terre pour
Bonne-Biche; devant elle, sur la table, tait une botte d'herbes
choisies, fraches et succulentes. Prs des herbes tait une auge en or,
pleine d'une eau frache et limpide. En face de Bonne-Biche tait un
petit tabouret lev, pour Beau-Minon; devant lui tait une cuelle en
or, pleine de petits poissons frits et de cuisses de bcassines;  ct,
une jatte en cristal de roche, pleine de lait tout frais.

Entre Bonne-Biche et Beau-Minon tait le couvert de Blondine; elle avait
un petit fauteuil en ivoire sculpt, garni de velours nacarat rattach
avec des clous en diamant. Devant elle tait une assiette en or cisel,
pleine d'un potage dlicieux de gelinottes et de becfigues. Son verre
et son carafon taient taills dans du cristal de roche; un petit pain
mollet tait plac  ct d'une cuiller qui tait en or ainsi que la
fourchette. La serviette tait en batiste si fine, qu'on n'en avait
jamais vu de pareille. Le service de la table se faisait par des
gazelles qui taient d'une adresse merveilleuse; elles servaient,
dcoupaient et devinaient tous les dsirs de Blondine, de Bonne-Biche et
de Beau-Minon.

Le dner fut exquis: les volailles les plus fines, le gibier le plus
rare, les poissons les plus dlicats, les ptisseries, les sucreries les
plus parfumes. Blondine avait faim; elle mangea de tout et trouva tout
excellent.

Aprs le dner, Bonne-Biche et Beau-Minon menrent Blondine dans le
jardin; elle y trouva les fruits les plus succulents et des promenades
charmantes. Aprs avoir bien couru, s'tre bien promene, Blondine
rentra avec ses nouveaux amis: elle tait fatigue. Bonne-Biche lui
proposa d'aller se coucher, ce que Blondine accepta avec joie.

Elle entra dans sa chambre  coucher, o elle trouva deux gazelles
qui devaient la servir: elles la dshabillrent avec une habilet
merveilleuse, la couchrent et s'tablirent prs du lit pour la veiller.

Blondine ne tarda pas  s'endormir, non sans avoir pens  son pre et
sans avoir amrement pleur sur sa sparation d'avec lui.



VI

SECOND RVEIL DE BLONDINE

Blondine dormit profondment, et, quand elle se rveilla, il lui sembla
qu'elle n'tait plus la mme que lorsqu'elle s'tait couche; elle
se voyait plus grande; ses ides lui semblrent aussi avoir pris du
dveloppement; elle se sentait instruite; elle se souvenait d'une
foule de livres qu'elle croyait avoir lus pendant son sommeil; elle se
souvenait d'avoir crit, dessin, chant, jou du piano et de la Harpe.

[Illustration: Elle aperut une biche blanche.]

Pourtant sa chambre tait bien celle que lui avait montre Bonne-Biche
et dans laquelle elle s'tait couche la veille.

Agite, inquite, elle se leva, courut  une glace, vit qu'elle tait
grande, et, nous devons l'avouer, se trouva charmante, plus jolie cent
fois que lorsqu'elle s'tait couche. Ses beaux cheveux blonds tombaient
jusqu' ses pieds; son teint blanc et ros, ses jolis yeux bleus, son
petit nez arrondi, sa petite bouche vermeille, ses joues roses, sa
taille fine et gracieuse, faisaient d'elle la plus jolie personne
qu'elle et jamais vue.

mue, presque effraye, elle s'habilla  la hte et courut chez
Bonne-Biche, qu'elle trouva dans l'appartement o elle l'avait vue la
premire fois.

Bonne-Biche! Bonne-Biche! s'cria-t-elle, expliquez-moi de grce la
mtamorphose que je vois et que je sens en moi. Je me suis couche hier
au soir enfant, je me rveille ce matin grande personne; est-ce une
illusion? ou bien ai-je vritablement grandi ainsi dans une nuit?

--Il est vrai, ma chre Blondine, que vous avez aujourd'hui quatorze
ans; mais votre sommeil dure depuis sept ans. Mon fils Beau-Minon et
moi, nous avons voulu vous pargner les ennuis des premires tudes;
quand vous tes venue chez moi, vous ne saviez rien, pas mme lire. Je
vous ai endormie pour sept ans, et nous avons pass ces sept annes,
vous  apprendre en dormant, Beau-Minon et moi  vous instruire. Je vois
dans vos yeux que vous doutez de votre savoir; venez avec moi dans votre
salle d'tude, et assurez-vous par vous-mme de tout ce que vous savez.

Blondine suivit Bonne-Biche dans la salle d'tude; elle courut au piano,
se mit  en jouer, et vit qu'elle jouait trs bien; elle alla essayer sa
harpe et en tira des sons ravissants; elle chanta merveilleusement; elle
prit des crayons, des pinceaux, et dessina et peignit avec une facilit
qui dnotait un vrai talent: elle essaya d'crire et se trouva aussi
habile que pour le reste; elle parcourut des yeux ses livres et se
souvint de les avoir presque tous lus: surprise, ravie, elle se jeta au
cou de Bonne-Biche, embrassa tendrement Beau-Minon, et leur dit:

Oh! mes bons, mes chers, mes vrais amis, que de reconnaissance ne vous
dois-je pas pour avoir ainsi soign mon enfance, dvelopp mon esprit et
mon coeur! car, je le sens, tout est amlior en moi, et c'est  vous
que je le dois.

Bonne-Biche lui rendit ses caresses. Beau-Minon lui lchait dlicatement
les mains. Quand les premiers moments de bonheur furent passs, Blondine
baissa les yeux et dit timidement:

Ne me croyez pas ingrate, mes bons et excellents amis, si je demande
d'ajouter un nouveau bienfait  ceux que j'ai reus de vous. Dites-moi,
que fait mon pre? Pleure-t-il encore mon absence? Est-il heureux depuis
qu'il m'a perdue?

--Votre dsir est trop lgitime pour ne pas tre satisfait. Regardez
dans cette glace, Blondine, et vous y verrez tout ce qui s'est pass
depuis votre dpart, et comment est votre pre actuellement.

Blondine leva les yeux et vit dans la glace l'appartement de son pre;
le roi s'y promenait d'un air agit. Il paraissait attendre quelqu'un.
La reine Fourbette entra et lui raconta que Blondine, malgr les
instances de Gourmandinet, avait voulu diriger elle-mme les autruches,
qui s'taient emportes, avaient couru vers la fort des Lilas et vers
la voiture; que Blondine avait t lance dans la fort des Lilas 
travers la grille; que Gourmandinet avait perdu la tte d'effroi et
de chagrin; qu'elle l'avait renvoy chez ses parents. Le roi parut au
dsespoir de cette nouvelle; il courut dans la fort des Lilas, et il
fallut qu'on employt la force pour l'empcher de s'y prcipiter  la
recherche de sa chre Blondine. On le ramena chez lui, o il se livra
au plus affreux dsespoir, appelant sans cesse sa Blondine, sa chre
enfant. Enfin il s'endormit et vit en songe Blondine dans le palais de
Bonne-Biche et de Beau-Minon. Bonne-Biche lui donna l'assurance que
Blondine lui serait rendue un jour et que son enfance serait calme et
heureuse.

La glace se ternit ensuite; tout disparut. Puis elle redevint claire, et
Blondine vit de nouveau son pre, il tait vieilli, ses cheveux avaient
blanchi, il tait triste; il tenait  la main un petit portrait de
Blondine, et le baisait souvent en rpandant quelques larmes. Il tait
seul; Blondine ne vit ni la reine ni Brunette.

La pauvre Blondine pleura amrement.

Pourquoi, dit-elle, mon pre n'a-t-il personne prs de lui? O sont
donc ma soeur Brunette et la reine?

--La reine tmoigna si peu de chagrin de votre mort (car on vous croit
morte, chre Blondine), que le roi la prit en horreur et la renvoya au
roi Turbulent son pre, qui la fit enfermer dans une tour, o elle ne
tarda pas  mourir de rage et d'ennui. Quant  votre soeur Brunette,
elle devint si mchante, si insupportable, que le roi se dpcha de la
donner en mariage l'anne dernire au prince Violent, qui se chargea de
rformer le caractre mchant et envieux de la princesse Brunette. Il la
maltraite rudement; elle commence  voir que sa mchancet ne lui donne
pas le bonheur, et elle devient un peu meilleure. Vous la reverrez un
jour, et vous achverez de la corriger par votre exemple.

Blondine remercia tendrement Bonne-Biche de ces dtails; elle et bien
voulu lui demander: Quand reverrai-je mon pre et ma soeur? Mais elle
eut peur d'avoir l'air presse de la quitter et de paratre ingrate;
elle attendit donc une autre occasion pour faire cette demande.

Les journes de Blondine se passaient sans ennui parce qu'elle
s'occupait beaucoup, mais elle s'attristait quelquefois; elle ne pouvait
causer qu'avec Bonne-Biche, et Bonne-Biche n'tait avec elle qu'aux
heures des leons et des repas. Beau-Minon ne pouvait rpondre et se
faire comprendre que par des signes. Les gazelles servaient Blondine
avec zle et intelligence, mais aucune d'elles ne pouvait parler.

Blondine se promenait accompagne toujours de Beau-Minon, qui lui
indiquait les plus jolies promenades, les plus belles fleurs.
Bonne-Biche avait fait promettre  Blondine que jamais elle ne
franchirait l'enceinte du parc et qu'elle n'irait jamais dans la fort.
Plusieurs fois Blondine avait demand  Bonne-Biche la cause de cette
dfense. Bonne-Biche avait toujours rpondu en soupirant:

Ah! Blondine, ne demandez pas  pntrer dans la fort; c'est une fort
de malheur. Puissiez-vous ne jamais y entrer!

Quelquefois Blondine montait dans un pavillon qui tait sur une minence
au bord de la fort; elle voyait des arbres magnifiques, des fleurs
charmantes, des milliers d'oiseaux qui chantaient et voltigeaient comme
pour l'appeler. Pourquoi, se disait-elle, Bonne-Biche ne veut-elle pas
me laisser promener dans cette belle fort? Quel danger puis-je y courir
sous sa protection?

Toutes les fois qu'elle rflchissait ainsi, Beau-Minon, qui paraissait
comprendre ce qui se passait en elle, miaulait, la tirait par sa robe et
la forait  quitter le pavillon.

Blondine souriait, suivait Beau-Minon et reprenait sa promenade dans le
parc solitaire.



VII

LE PERROQUET

Il y avait prs de six mois que Blondine s'tait rveille de son
sommeil de sept annes; le temps lui semblait long; le souvenir de son
pre lui revenait souvent et l'attristait. Bonne-Biche et Beau-Minon
semblaient deviner ses penses. Beau-Minon miaulait plaintivement,
Bonne-Biche soupirait profondment. Blondine parlait rarement de ce
qui occupait si souvent son esprit, parce qu'elle craignait d'offenser
Bonne-Biche, qui lui avait rpondu trois ou quatre fois: Vous reverrez
votre pre, Blondine, quand vous aurez quinze ans, si vous continuez 
tre sage; mais, croyez-moi, ne vous occupez pas de l'avenir, et surtout
ne cherchez pas  nous quitter.

Un matin, Blondine tait triste et seule; elle rflchissait  sa
singulire et monotone existence. Elle fut distraite de sa rverie par
trois petits coups frapps doucement  sa fentre. Levant la tte, elle
aperut un Perroquet du plus beau vert, avec la gorge et la poitrine
orange. Surprise de l'apparition d'un tre inconnu et nouveau, elle
alla ouvrir sa fentre et fit entrer le Perroquet. Quel ne fut pas son
tonnement quand l'oiseau lui dit d'une petite voix aigrelette:

Bonjour, Blondine: je sais que vous vous ennuyez quelquefois, faute de
trouver  qui parler, et je viens causer avec vous. Mais, de grce, ne
dites pas que vous m'avez vu, car Bonne-Biche me tordrait le cou.

--Et pourquoi cela, beau Perroquet? Bonne-Biche ne fait de mal 
personne: elle ne hait que les mchants.

--Blondine, si vous ne me promettez pas de cacher ma visite 
Bonne-Biche et  Beau-Minon, je m'envole pour ne jamais revenir.

--Puisque vous le voulez, beau Perroquet, je vous le promets. Causons
un peu: il y a si longtemps que je n'ai caus! Vous me semblez gai et
spirituel; vous m'amuserez, je n'en doute pas.

Blondine couta les contes du Perroquet, qui lui fit force compliments
sur sa beaut, sur ses talents, sur son esprit. Blondine tait
enchante; au bout d'une heure, le Perroquet s'envola, promettant
de revenir le lendemain. Il revint ainsi pendant plusieurs jours et
continua  la complimenter et  l'amuser. Un matin il frappa  la
fentre en disant:

Blondine, Blondine, ouvrez-moi, je viens vous donner des nouvelles de
votre pre; mais surtout pas de bruit, si vous ne voulez pas me voir
tordre le cou.

Blondine ouvrit sa croise et dit au Perroquet:

Est-il bien vrai, mon beau Perroquet, que tu veux me donner des
nouvelles de mon pre? Parle vite: que fait-il? comment va-t-il?

--Votre pre va bien, Blondine; il pleure toujours votre absence; je lui
ai promis d'employer tout mon petit pouvoir  vous dlivrer de votre
prison; mais je ne puis le faire que si vous m'y aidez.

--Ma prison! dit Blondine. Mais vous ignorez donc toutes les bonts de
Bonne-Biche et de Beau-Minon pour moi, les soins qu'ils ont donns  mon
ducation, leur tendresse pour moi! Ils seront enchants de connatre un
moyen de me runir  mon pre. Venez avec moi, beau Perroquet, je vous
en prie, je vous prsenterai  Bonne-Biche.

--Ah! Blondine, reprit de sa petite voix aigre le Perroquet, vous ne
connaissez pas Bonne-Biche ni Beau-Minon. Ils me dtestent parce que
j'ai russi quelquefois  leur arracher leurs victimes. Jamais vous ne
verrez votre pre, Blondine, jamais vous ne sortirez de cette fort, si
vous n'enlevez pas vous-mme le talisman qui vous y retient.

--Quel talisman? dit Blondine: je n'en connais aucun; et quel intrt
Bonne-Biche et Beau-Minon auraient-ils  me retenir prisonnire?

--L'intrt de dsennuyer leur solitude, Blondine. Et quant au talisman,
c'est une simple Rose; cueillie par vous, elle vous dlivrera de votre
exil et vous ramnera dans les bras de votre pre.

--Mais il n'y a pas une seule Ros dans le jardin, comment donc
pourrais-je en cueillir?

--Je vous dirai cela un autre jour, Blondine; aujourd'hui je ne puis
vous en dire davantage, car Bonne-Biche va venir; mais pour vous assurer
des vertus de la Rose, demandez-en une  Bonne-Biche; vous verrez ce
qu'elle vous dira.  demain, Blondine,  demain.

Et le Perroquet s'envola, bien content d'avoir jet dans le coeur de
Blondine les premiers germes d'ingratitude et de dsobissance.

A peine le Perroquet fut-il parti, que Bonne-Biche entra; elle
paraissait agite.

Avec qui causiez-vous donc, Blondine? dit Bonne-Biche en jetant sur la
croise ouverte un regard mfiant.

--Avec personne, Madame, rpondit Blondine.

--Je suis certaine d'avoir entendu parler.

--Je me serai sans doute parl  moi-mme.

Bonne-Biche ne rpliqua pas; elle tait triste, quelques larmes mme
roulaient dans ses yeux. Blondine tait aussi proccupe; les paroles du
Perroquet lui faisaient envisager sous un jour nouveau les obligations
qu'elle avait  Bonne-Biche et  Beau-Minon. Au lieu de se dire qu'une
biche qui parle, qui a la puissance de rendre intelligentes les btes,
de faire dormir un enfant pendant sept ans, qu'une biche qui a consacr
ces sept annes  l'ducation ennuyeuse d'une petite fille ignorante,
qu'une biche qui est loge et servie comme une reine n'est pas une
biche ordinaire; au lieu d'prouver de la reconnaissance de tout ce
que Bonne-Biche avait fait pour elle, Blondine crut aveuglment ce
Perroquet, cet inconnu dont rien ne garantissait la vracit, et qui
n'avait aucun motif de lui porter intrt au point de risquer sa vie
pour lui rendre service; elle le crut, parce qu'il l'avait flatte. Elle
ne regarda plus du mme oeil reconnaissant l'existence douce et heureuse
que lui avaient faite Bonne-Biche et Beau-Minon: elle rsolut de suivre
les conseils du Perroquet.

Pourquoi, Bonne-Biche, lui demanda-t-elle dans la journe, pourquoi ne
vois-je pas parmi toutes vos fleurs la plus belle, la plus charmante de
toutes, la Rose?

Bonne-Biche frmit, se troubla et dit:

Blondine, Blondine, ne me demandez pas cette fleur perfide qui pique
ceux qui la touchent. Ne me parlez jamais de la Rose, Blondine; vous ne
savez pas ce qui vous menace dans cette fleur.

L'air de Bonne-Biche tait si svre, que Blondine n'osa pas insister.

La journe s'acheva assez tristement. Blondine tait gne; Bonne-Biche
tait mcontente; Beau-Minon tait triste.

Le lendemain, Blondine courut  sa fentre;  peine l'eut-elle ouverte
que le Perroquet entra.

Eh bien, Blondine, vous avez vu le trouble de Bonne-Biche quand vous
avez parl de la Rose? Je vous ai promis de vous indiquer le moyen
d'avoir une de ces fleurs charmantes; le voici: vous sortirez du parc,
vous irez dans la fort, je vous accompagnerai, et je vous mnerai dans
un jardin o se trouve la plus belle Rose du monde.

--Mais comment pourrai-je sortir du parc? Beau-Minon m'accompagne
toujours dans mes promenades.

--Tchez de le renvoyer, dit le Perroquet; et s'il insiste, eh bien,
sortez malgr lui.

--Si cette Rose est bien loin, on s'apercevra de mon absence.

--Une heure de marche au plus. Bonne-Biche a eu soin de vous placer loin
de la Rose, afin que vous ne puissiez pas vous affranchir de son joug.

--Mais pourquoi me retient-elle captive? Puissante comme elle est, ne
pouvait-elle se donner d'autres plaisirs que l'ducation d'un enfant?

--Ceci vous sera expliqu plus tard, Blondine, quand vous serez
retourne prs de votre pre. Soyez ferme; dbarrassez-vous de
Beau-Minon aprs djeuner, sortez dans la fort; je vais vous y
attendre.

Blondine promit et ferma la fentre, de crainte que Bonne-Biche ne la
surprt.

Aprs le djeuner, Blondine descendit dans le jardin selon sa coutume.
Beau-Minon la suivit, malgr quelques rebuffades qu'il reut avec des
miaulements plaintifs. Parvenue  l'alle qui menait  la sortie du
parc, Blondine voulut encore renvoyer Beau-Minon.

Je veux tre seule, dit-elle; va-t'en, Beau-Minon.

Beau-Minon fit semblant de ne pas comprendre. Blondine, impatiente,
s'oublia au point de frapper Beau-Minon du pied.

Quand le pauvre Beau-Minon eut reu le coup de pied de Blondine, il
poussa un cri lugubre et s'enfuit du ct du palais.

Blondine frmit en entendant ce cri; elle s'arrta, fut sur le point
de rappeler Beau-Minon, de renoncer  la Rose, de tout raconter 
Bonne-Biche; mais une fausse honte l'arrta, elle marcha vers la porte,
l'ouvrit non sans trembler, et se trouva dans la fort.

Le Perroquet ne tarda pas  la rejoindre.

Courage, Blondine! encore une heure et vous aurez la Rose, et vous
reverrez votre pre.

Ces mots rendirent  Blondine la rsolution qu'elle commenait  perdre;
elle marcha dans le sentier que lui indiquait le Perroquet en volant de
branche en branche devant elle. La fort, qu'elle avait crue si belle,
prs du parc de Bonne-Biche, devint de plus en plus difficile: les
ronces et les pierres encombraient le sentier; on n'entendait plus
d'oiseaux; les fleurs avaient disparu; Blondine se sentit gagner par un
malaise inexplicable; le Perroquet la pressait vivement d'avancer.

Vite, vite, Blondine, le temps se passe; si Bonne-Biche s'aperoit de
votre absence et vous poursuit, elle me tordra le cou et vous ne verrez
jamais votre pre.

Blondine, fatigue, haletante, les bras dchirs, les souliers en
lambeaux, allait dclarer qu'elle renonait  aller plus loin, lorsque
le Perroquet s'cria:

Nous voici arrivs, Blondine; voici l'enclos o est la Rose.

[Illustration: Le Perroquet la pressait vivement d'avancer. ]

Et Blondine vit au dtour du sentier un petit enclos, dont la porte lui
fut ouverte par le Perroquet. Le terrain y tait aride et pierreux: mais
au milieu s'levait majestueusement un magnifique rosier, avec une Rose
plus belle que toutes les roses du monde.

Prenez-la, Blondine, vous l'avez bien gagne, dit le Perroquet.

Blondine saisit la branche, et, malgr les pines qui s'enfonaient dans
ses doigts, elle arracha la Rose.

A peine l'eut-elle dans sa main, qu'elle entendit un clat de rire; la
Rose s'chappa de ses mains en lui criant:

Merci, Blondine, de m'avoir dlivre de la prison o me retenait la
puissance de Bonne-Biche. Je suis ton mauvais gnie; tu m'appartiens
maintenant.

--Ha, ha, ha, reprit  son tour le Perroquet, merci, Blondine, je puis
maintenant reprendre ma forme d'enchanteur; j'ai eu moins de peine  te
dcider que je ne le croyais. En flattant ta vanit, je t'ai facilement
rendue ingrate et mchante. Tu as caus la perte de tes amis dont je
suis le mortel ennemi. Adieu, Blondine.

En disant ces mots, le Perroquet et la Rose disparurent, laissant
Blondine seule au milieu d'une paisse fort.



VIII

LE REPENTIR

Blondine tait stupfaite; sa conduite lui apparut dans toute son
horreur: elle avait t ingrate envers des amis qui s'taient dvous
 elle, qui avaient pass sept ans  soigner son ducation. Ces amis
voudraient-ils la recevoir, lui pardonner? Que deviendrait-elle si leur
porte lui tait ferme? Et puis, que signifiaient les paroles du mchant
Perroquet: Tu as caus la perte de tes amis?

Elle voulut se remettre en route pour retourner chez Bonne-Biche: les
ronces et les pines lui dchiraient les bras, les jambes et le visage;
elle continua pourtant  se faire jour  travers les broussailles, et,
aprs trois heures de marche pnible, elle arriva devant le palais de
Bonne-Biche et de Beau-Minon.

Que devint-elle quand,  la place du magnifique palais, elle ne vit
que des ruines; quand, au lieu des fleurs et des beaux arbres qui
l'entouraient, elle n'aperut que des ronces, des chardons et des
orties? Terrifie, dsole, elle voulut pntrer dans les ruines pour
savoir ce qu'taient devenus ses amis. Un gros Crapaud sortit d'un tas
de pierres, se mit devant elle et lui dit:

Que cherches-tu? N'as-tu pas caus, par ton ingratitude, la mort de tes
amis? Va-t'en; n'insulte pas  leur mmoire par ta prsence.

[Illustration: Un gros Crapaud sortit d'un tas de pierres.]

--Ah! s'cria Blondine, mes pauvres amis, Bonne-Biche, Beau-Minon, que
ne puis-je expier par ma mort les malheurs que j'ai causs!

Et elle se laissa tomber, en sanglotant, sur les pierres et les
chardons; l'excs de sa douleur l'empcha de sentir les pointes aigus
des pierres et les piqres des chardons. Elle pleura longtemps,
longtemps; enfin elle se leva et regarda autour d'elle pour tcher de
dcouvrir un abri o elle pourrait se rfugier; elle ne vit rien que des
pierres et des ronces.

Eh bien, dit-elle, qu'importe qu'une bte froce me dchire ou que je
meure de faim et de douleur, pourvu que j'expire ici sur le tombeau de
Bonne-Biche et de Beau-Minon?

Comme elle finissait ces mots, elle entendit une voix qui disait: Le
repentir peut racheter bien des fautes.

Elle leva la tte, et ne vit qu'un gros Corbeau noir qui voltigeait
au-dessus d'elle.

Hlas! dit-elle, mon repentir, quelque amer qu'il soit, rendra-t-il la
vie  Bonne-Biche et  Beau-Minon?

--Courage, Blondine! reprit la voix; rachte ta faute par ton repentir;
ne te laisse pas abattre par la douleur.

La pauvre Blondine se leva et s'loigna de ce lieu de dsolation: elle
suivit un petit sentier qui la mena dans une partie de la fort o les
grands arbres avaient touff les ronces; la terre tait couverte de
mousse. Blondine, qui tait puise de fatigue et de chagrin, tomba au
pied d'un de ces beaux arbres et recommena  sangloter.

Courage, Blondine, espre! lui cria encore une voix.

Elle ne vit qu'une Grenouille qui tait prs d'elle et qui la regardait
avec compassion.

Pauvre Grenouille, dit Blondine, tu as l'air d'avoir piti de ma
douleur. Que deviendrai-je, mon Dieu!  prsent que me voil seule au
monde?

--Courage et esprance! reprit la voix.

Blondine soupira; elle regarda autour d'elle, tcha de dcouvrir quelque
fruit pour tancher sa soif et apaiser sa faim.

Elle ne vit rien et recommena de verser des larmes.

Un bruit de grelots la tira de ses douloureuses penses; elle aperut
une belle vache qui approchait doucement, et puis, tant arrive prs
d'elle, s'arrta, s'inclina et lui fit voir une cuelle pendue 
son cou. Blondine, reconnaissante de ce secours inattendu, dtacha
l'cuelle, se mit  traire la vache, et but avec dlices deux cuelles
de son lait. La vache lui fit signe de remettre l'cuelle  son cou, ce
que fit Blondine; elle baisa la vache sur le cou et lui dit tristement:

Merci, Blanchette; c'est sans doute  mes pauvres amis que je dois ce
secours charitable; peut-tre voient-ils d'un autre monde le repentir de
leur pauvre Blondine, et veulent-ils adoucir son affreuse position.

--Le repentir fait bien pardonner des fautes, reprit la voix.

--Ah! dit Blondine, quand je devrais passer des annes  pleurer ma
faute, je ne me la pardonnerais pas encore: je ne me la pardonnerai
jamais.

Cependant la nuit approchait. Malgr son chagrin, Blondine songea  ce
qu'elle ferait pour viter les btes froces dont elle croyait dj
entendre les rugissements. Elle vit  quelques pas d'elle une espce
de cabane forme par plusieurs arbustes dont les branches taient
entrelaces; elle y entra en se baissant un peu, et elle vit qu'en
relevant et rattachant quelques branches elle s'y ferait une petite
maisonnette trs gentille; elle employa ce qui restait de jour 
arranger son petit rduit: elle y porta une quantit de mousse dont elle
se fit un matelas et un oreiller; elle cassa quelques branches qu'elle
piqua en terre pour cacher l'entre de sa cabane, et elle se coucha
brise de fatigue.

Elle s'veilla au grand jour. Dans le premier moment elle eut peine 
rassembler ses ides,  se rendre compte de sa position; mais la triste
vrit lui apparut promptement, et elle recommena les pleurs et les
gmissements de la veille.

La faim se fit pourtant sentir. Blondine commena  s'inquiter de
sa nourriture, quand elle entendit les grelots de la vache. Quelques
instants aprs, Blanchette tait prs d'elle. Comme la veille, Blondine
dtacha l'cuelle, tira du lait et en but tant qu'elle en voulut. Elle
remit l'cuelle, baisa Blanchette et la vit partir avec l'esprance de
la voir revenir dans la journe.

En effet, chaque jour, le matin,  midi et au soir, Blanchette venait
prsenter  Blondine son frugal repas.

Blondine passait son temps  pleurer ses pauvres amis,  se reprocher
amrement ses fautes.

Par ma dsobissance, se disait-elle, j'ai caus de cruels malheurs
qu'il n'est pas en mon pouvoir de rparer; non seulement j'ai perdu mes
bons et chers amis, mais je me suis prive du seul moyen de retrouver
mon pre, mon pauvre pre qui attend peut-tre sa Blondine, sa
malheureuse Blondine, condamne  vivre et  mourir seule dans cette
affreuse fort o rgne mon mauvais gnie!

Blondine cherchait  se distraire et  s'occuper par tous les moyens
possibles; elle avait arrang sa cabane, s'tait fait un lit de mousse
et de feuilles; elle avait reli ensemble des branches dont elle avait
form un sige; elle avait utilis quelques pines longues et fines pour
en faire des pingles et des aiguilles; elle s'tait fabriqu une espce
de fil avec des brins de chanvre qu'elle avait cueillis prs de sa
cabane, et elle avait ainsi russi  raccommoder les lambeaux de sa
chaussure, que les ronces avaient mise en pices. Elle vcut de la sorte
pendant six semaines. Son chagrin tait toujours le mme, et il faut
dire  sa louange que ce n'tait pas sa vie triste et solitaire qui
entre tenait cette douleur, mais le regret sincre de sa faute: elle eut
volontiers consenti  passer toute sa vie dans cette fort, si par l
elle avait pu racheter la vie de Bonne-Biche et de Beau-Minon.



IX

LA TORTUE

Un jour qu'elle tait assise  l'entre de sa cabane, rvant tristement
comme de coutume  ses amis,  son pre, elle vit devant elle une norme
Tortue.

Blondine, lui dit la Tortue d'une vieille voix raille, Blondine, si
tu veux te mettre sous ma garde, je te ferai sortir de cette fort.

--Et pourquoi, Madame la Tortue, chercherais-je  sortir de la fort?
C'est ici que j'ai caus la mort de mes amis, et c'est ici que je veux
mourir.

--Es-tu bien certaine de leur mort, Blondine?

--Comment! il se pourrait!... Mais non, j'ai vu leur chteau en ruine;
le Perroquet et le Crapaud m'ont dit qu'ils n'existaient plus; vous
voulez me consoler par bont sans doute; mais, hlas! je ne puis esprer
les revoir. S'ils vivaient, m'auraient-ils laisse seule, avec le
dsespoir affreux d'avoir caus leur mort?

--Qui te dit, Blondine, que cet abandon n'est pas forc, qu'eux-mmes
ne sont pas assujettis  un pouvoir plus grand que le leur? Tu sais,
Blondine, que le repentir rachte bien des fautes.

--Ah! Madame la Tortue, si vraiment ils existent encore, si vous pouvez
me donner de leurs nouvelles, dites-moi que je n'ai pas leur mort 
me reprocher, dites-moi que je les reverrai un jour! Il n'est pas
d'expiation que je n'accepte pour mriter ce bonheur.

--Blondine, il ne m'est pas permis de te dire le sort de tes amis;
mais si tu as le courage de monter sur mon dos, de ne pas en descendre
pendant six mois et de ne pas m'adresser une question jusqu'au terme de
notre voyage, je te mnerai dans un endroit o tout te sera rvl.

--Je promets tout ce que vous voulez, Madame la Tortue, pourvu que je
sache ce que sont devenus mes chers amis.

--Prends garde, Blondine: six mois sans descendre de dessus mon dos,
sans m'adresser une parole! Une fois que nous serons partis, si tu n'as
pas le courage d'aller jusqu'au bout, tu resteras ternellement au
pouvoir de l'enchanteur Perroquet et de sa soeur la Rose, et je ne
pourrai mme plus te continuer les petits secours auxquels tu dois la
vie pendant six semaines.

--Partons, Madame la Tortue, partons sur-le-champ, j'aime mieux mourir
de fatigue et d'ennui que de chagrin et d'inquitude; depuis que vos
paroles ont fait natre l'espoir dans mon coeur, je me sens du courage
pour entreprendre un voyage bien plus difficile que celui dont vous me
parlez.

--Qu'il soit fait selon tes dsirs, Blondine; monte sur mon dos et ne
crains ni la faim, ni la soif, ni le sommeil, ni aucun accident
pendant notre long voyage; tant qu'il durera, tu n'auras aucun de ces
inconvnients  redouter.

Blondine monta sur le dos de la Tortue.

Maintenant, silence! dit celle-ci; pas un mot avant que nous soyons
arrives et que je te parle la premire.



X

LE VOYAGE ET L'ARRIVE

Le voyage de Blondine dura, comme le lui avait dit la Tortue, six mois;
elle fut trois mois avant de sortir de la fort; elle se trouva alors
dans une plaine aride qu'elle traversa pendant six semaines, et au bout
de laquelle elle aperut un chteau qui lui rappela celui de Bonne-Biche
et de Beau-Minon. Elles furent un grand mois avant d'arriver  l'avenue
de ce chteau; Blondine grillait d'impatience. tait-ce le chteau o
elle devait connatre le sort de ses amis? elle n'osait le demander
malgr le dsir extrme qu'elle en avait. Si elle avait pu descendre de
dessus le dos de la Tortue, elle et franchi en dix minutes l'espace qui
la sparait du chteau; mais la Tortue marchait toujours, et Blondine se
souvenait qu'on lui avait dfendu de dire une parole ni de descendre.
Elle se rsigna donc  attendre, malgr son extrme impatience. La
Tortue semblait ralentir sa marche au lieu de la hter; elle mit encore
quinze jours, qui semblrent  Blondine quinze sicles,  parcourir
cette avenue. Blondine ne perdait pas de vue ce chteau et cette porte;
le chteau paraissait dsert; aucun bruit, aucun mouvement ne s'y
faisait sentir. Enfin, aprs cent quatre-vingts jours de voyage, la
Tortue s'arrta et dit  Blondine:

Maintenant, Blondine, descendez; vous avez gagn par votre courage et
votre obissance la rcompense que je vous avais promise; entrez dans la
petite porte qui est devant vous; demandez  la premire personne que
vous rencontrerez la fe Bienveillante: c'est elle qui vous instruira du
sort de vos amis.

Blondine sauta lestement  terre; elle craignait qu'une si longue
immobilit n'et raidi ses jambes, mais elle se sentit lgre comme au
temps o elle vivait heureuse chez Bonne-Biche et Beau-Minon et o elle
courait des heures entires, cueillant des fleurs et poursuivant des
papillons. Aprs avoir remerci avec effusion la Tortue, elle ouvrit
prcipitamment la porte qui lui avait t indique, et se trouva en face
d'une jeune personne vtue de blanc, qui lui demanda d'une voix, douce
qui elle dsirait voir.

Je voudrais voir la fe Bienveillante, rpondit Blondine; dites-lui,
Mademoiselle, que la princesse Blondine la prie instamment de la
recevoir.

[Illustration: Le voyage.]

--Suivez-moi, princesse, reprit la jeune personne.

Blondine la suivit en tremblant; elle traversa plusieurs beaux salons,
rencontra plusieurs jeunes personnes vtues comme celle qui la
prcdait, et qui la regardaient en souriant et d'un air de
connaissance; elle arriva enfin dans un salon semblable en tous points 
celui qu'avait Bonne-Biche dans la fort des Lilas.

Ce souvenir la frappa si douloureusement qu'elle ne s'aperut pas de la
disparition de la jeune personne blanche; elle examinait avec tristesse
l'ameublement du salon; elle n'y remarqua qu'un seul meuble que n'avait
pas Bonne-Biche dans la fort des Lilas: c'tait une grande armoire
en or et en ivoire d'un travail exquis; cette armoire tait ferme.
Blondine se sentit attire vers elle par un sentiment indfinissable, et
elle la contemplait sans en pouvoir dtourner les yeux, lorsqu'une porte
s'ouvrit: une dame belle et jeune encore, magnifiquement vtue, entra et
s'approcha de Blondine.

Que me voulez-vous, mon enfant? lui dit-elle d'une voix douce et
caressante.

--Oh! Madame, s'cria Blondine en se jetant  ses pieds, on m'a dit que
vous pouviez me donner des nouvelles de mes chers et excellents amis
Bonne-Biche et Beau-Minon. Vous savez sans doute, Madame, par quelle
coupable dsobissance je les ai perdus; longtemps je les ai pleurs,
les croyant morts: mais la Tortue qui m'a amene jusqu'ici, m'a donn
l'esprance de les retrouver un jour. Dites-moi, Madame, dites-moi s'ils
vivent et ce que je dois faire pour mriter le bonheur de les revoir.

--Blondine, dit la fe Bienveillante avec tristesse, vous allez
connatre le sort de vos amis; mais, quoi que vous voyiez, ne perdez pas
courage ni esprance.

En disant ces mots, elle releva la tremblante Blondine, et la conduisit
devant l'armoire qui avait dj frapp ses yeux.

Voici, Blondine, la clef de cette armoire, ouvrez-la vous-mme et
conservez votre courage.

Elle remit  Blondine une clef d'or.

Blondine ouvrit l'armoire d'une main tremblante.... Que devint-elle
quand elle vit dans cette armoire les peaux de Bonne-Biche et de
Beau-Minon, attaches avec des clous de diamant? A cette vue, la
malheureuse Blondine poussa un cri dchirant et tomba vanouie dans les
bras de la fe.

La porte s'ouvrit encore une fois, et un prince beau comme le jour se
prcipita vers Blondine en disant:

Oh! ma mre, l'preuve est trop forte pour notre chre Blondine.

--Hlas! mon fils, mon coeur saigne pour elle; mais tu sais que cette
dernire punition tait indispensable pour la dlivrer  jamais du joug
cruel du gnie de la fort des Lilas.

En disant ces mots, la fe Bienveillante toucha Blondine de sa baguette.
Blondine revint immdiatement  elle; mais, dsole, sanglotante, elle
s'cria:

Laissez-moi mourir, la vie m'est odieuse; plus d'espoir, plus de
bonheur pour la pauvre Blondine; mes amis, mes chers amis, je vous
rejoindrai bientt.

--Blondine, chre Blondine, dit la fe en la serrant dans ses bras,
tes amis vivent et t'aiment, je suis Bonne-Biche, et voici mon fils
Beau-Minon. Le mchant gnie de la fort des Lilas, profitant d'une
ngligence de mon fils, tait parvenu  s'emparer de nous et  nous
donner les formes sous lesquelles vous nous avez connus; nous ne devions
reprendre nos formes premires que si vous enleviez la Rose que je
savais tre votre mauvais gnie et que je retenais captive. Je l'avais
place aussi loin que possible de mon palais, afin de la soustraire
 vos regards; je savais les malheurs auxquels vous vous exposiez en
dlivrant votre mauvais gnie de sa prison, et le ciel m'est tmoin
que mon fils et moi nous eussions volontiers rest toute notre vie
Bonne-Biche et Beau-Minon  vos yeux, pour vous pargner les cruelles
douleurs par lesquelles vous avez pass. Le Perroquet est parvenu
jusqu' vous malgr nos soins; vous savez le reste, ma chre enfant;
mais ce que vous ne savez pas, c'est tout ce que nous avons souffert de
vos larmes et de votre isolement.

Blondine ne se lassait pas d'embrasser la fe, de la remercier, ainsi
que le prince; elle leur adressait mille questions:

Que sont devenues, dit-elle, les gazelles qui nous servaient?

--Vous les avez, vues, chre Blondine: ce sont les jeunes personnes qui
vous ont accompagne jusqu'ici; elles avaient, comme nous, subi cette
triste mtamorphose.

--Et la bonne vache qui m'apportait du lait tous les jours?

--C'est nous qui avons obtenu de la reine des fes de vous envoyer ce
lger adoucissement; les paroles encourageantes du Corbeau, c'est encore
de nous qu'elles venaient.

--C'est donc vous, Madame, qui m'avez aussi envoy la Tortue?

--Oui, Blondine; la reine des fes, touche de votre douleur, retira au
gnie de la fort tout pouvoir sur vous,  la condition d'obtenir de
vous une dernire preuve de soumission en vous obligeant  ce voyage si
long et si ennuyeux, et de vous infliger une dernire punition en vous
faisant croire  la mort de mon fils et  la mienne. J'ai pri, suppli
la reine des fes de vous pargner au moins cette dernire douleur, mais
elle a t inflexible:

Blondine ne se lassait pas d'couter, de regarder, d'embrasser ses amis
perdus depuis, si longtemps, qu'elle avait cru ne jamais revoir. Le
souvenir de son pre se prsenta  son esprit. Le prince Parfait devina
le dsir de Blondine et en fit part  la fe.

Prparez-vous, chre Blondine,  revoir votre pre; prvenu par moi, il
vous attend.

[Illustration: Ils restrent longtemps embrasss.]

Au mme moment, Blondine se trouva dans un char de perles et d'or; 
sa droite tait la fe;  ses pieds tait le prince Parfait, qui la
regardait avec bonheur et tendresse; le char tait tran par quatre
cygnes d'une blancheur blouissante; ils volrent avec une telle
rapidit qu'il ne leur fallut que cinq minutes pour arriver au palais du
roi Bnin.

Toute la cour du roi tait assemble prs de lui: on attendait
Blondine; lorsque le char parut, ce furent des cris de joie tellement
tourdissants, que les cygnes faillirent en perdre la tte et se
tromper de chemin. Le prince, qui les menait, rappela heureusement leur
attention, et le char s'abattit au pied du grand escalier.

Le roi Bnin s'lana vers Blondine, qui, sautant  terre, se jeta dans
ses bras. Ils restrent longtemps embrasss. Tout le monde pleurait,
mais c'tait de joie.

Quand le roi se fut un peu remis, il baisa tendrement la main de la fe,
qui lui rendait Blondine aprs l'avoir leve et protge. Il embrassa
le prince Parfait, qu'il trouva charmant.

Il y eut huit jours de ftes pour le retour de Blondine; au bout de ces
huit jours, la fe voulut retourner chez elle; le prince Parfait et
Blondine taient si tristes de se sparer, que le roi convint avec la
fe qu'ils ne se quitteraient plus; le roi pousa la fe, et Blondine
pousa le prince Parfait, qui fut toujours pour elle le Beau-Minon de la
fort des Lilas.

Brunette, ayant fini par se corriger, vint souvent voir Blondine.

Le prince Violent, son mari, devint plus doux  mesure que Brunette
devenait meilleure, et ils furent assez heureux.

Quant  Blondine, elle n'eut jamais un instant de chagrin; elle donna le
jour  des filles qui lui ressemblrent,  des fils qui ressemblrent au
prince Parfait. Tout le monde les aimait, et autour d'eux tout le monde
fut heureux.

[Illustration]



                              LE
                         BON PETIT HENRI

[Illustration]



I

LA PAUVRE MRE MALADE

Il y avait une fois une pauvre femme qui tait veuve et qui vivait seule
avec son petit Henri; elle l'aimait tendrement, et elle avait bien
raison de l'aimer, car jamais on n'avait vu un plus charmant enfant.
Quoiqu'il n'et encore que sept ans, il faisait tout le mnage pendant
que la pauvre maman travaillait pour aller ensuite vendre son ouvrage
et faire vivre son petit Henri et elle-mme. Il balayait, il lavait le
plancher, il faisait la cuisine, il bchait et cultivait le jardin, et,
quand son ouvrage tait fini, il se mettait  raccommoder ses habits,
les souliers de sa maman, ou bien  faire des bancs, des tables et tout
ce qu'il avait la force de fabriquer. La maison o ils vivaient tait 
eux; elle tait isole; en face de leur fentre tait une haute montagne
si haute que personne n'avait jamais pu monter jusqu'au sommet;
d'ailleurs elle tait entoure d'un torrent, de murs levs et de
prcipices infranchissables.

Ils taient heureux et contents; mais un jour la pauvre maman tomba
malade. Elle ne connaissait pas de mdecin; d'ailleurs elle n'aurait pas
eu d'argent pour le payer. Le pauvre Henri ne savait ce qu'il fallait
faire pour la gurir; quand elle avait soif, il lui faisait boire de
l'eau, car il n'avait pas autre chose  lui donner; il restait nuit et
jour prs d'elle; il mangeait  peine un morceau de pain sec au pied de
son lit et, quand elle dormait, il la regardait et pleurait. La maladie
augmenta de jour en jour, et enfin la pauvre femme fut tout  fait
mourante; elle ne pouvait ni parler ni mme avaler quoi que ce ft; elle
ne reconnaissait plus son petit Henri, qui sanglotait  genoux prs de
son lit. Dans son dsespoir, il s'cria:

Fe Bienfaisante, venez  mon secours, sauvez ma pauvre maman!

A peine eut-il prononc ces mots, que la fentre s'ouvrit, et qu'il vit
entrer une dame richement vtue qui lui demanda d'une voix douce:

Que dsirez-vous de moi, mon petit ami? Vous m'avez appele; me voici.

--Madame, s'cria Henri en se jetant  ses genoux et en joignant les
mains, si vous tes la fe Bienfaisante, sauvez ma pauvre maman, qui va
mourir et me laisser seul en ce monde.

La fe regarda Henri d'un air attendri; puis, sans mot dire, elle
s'approcha de la pauvre femme, se pencha sur elle, l'examina
attentivement, souffla sur son visage, et dit:

Il n'est pas en mon pouvoir de gurir ta maman mon pauvre enfant;
c'est  toi seul qu'est rserve sa gurison, si tu as le courage
d'entreprendre le voyage que je vais t'indiquer.

--Parlez, Madame, parlez; il n'est rien que je ne fasse pour sauver
maman.

--Il faut, dit la fe, que tu ailles chercher la _plante de vie_ qui
crot au haut de la montagne que tu vois par cette fentre; quand tu
auras cette plante, tu en exprimeras le suc dans la bouche de ta maman,
qui reviendra immdiatement  la vie.

--Je vais partir tout de suite, Madame; mais qui est-ce qui soignera
ma pauvre maman pendant mon absence? et, d'ailleurs, ajouta-t-il en
sanglotant plus fort, elle sera morte bien avant mon retour.

--Sois tranquille, pauvre enfant: si tu vas chercher la plante de vie,
ta mre n'aura besoin de rien jusqu' ton retour, et elle restera dans
l'tat o tu la vois actuellement. Mais tu courras bien des dangers, tu
subiras bien des fatigues avant d'avoir cette plante; il te faudra un
grand courage et une grande persvrance pour la rapporter.

--Je ne crains pas, Madame, de manquer de courage et de persvrance.
Dites-moi seulement comment je reconnatrai cette plante parmi toutes
celles qui couvrent la montagne.

--Si tu arrives jusqu'en haut, tu appelleras le docteur charg de la
garde de cette plante; tu diras que c'est moi qui t'ai envoy, et il
t'en remettra une tige.

Henri remercia la fe en lui baisant les mains, prit cong de sa mre,
la couvrit de baisers, mit un pain dans sa poche, et sortit aprs avoir
salu respectueusement la fe.

La fe sourit en regardant ce pauvre enfant de sept ans qui partait tout
seul pour gravir une montagne si dangereuse que tous ceux qui avaient
tent d'en atteindre le sommet avaient pri.



II

LE CORBEAU, LE COQ ET LA GRENOUILLE

Le petit Henri marcha rsolument  la montagne, qui se trouva tre plus
loigne qu'elle ne paraissait; au lieu d'y arriver en une demi-heure,
comme il le croyait, il marcha toute la journe avant de se trouver au
pied.

Au tiers du chemin  peu prs il vit un Corbeau qui s'tait pris par la
patte dans un pige que lui avait tendu un mchant garon. Le pauvre
Corbeau cherchait inutilement  se dgager de ce pige qui le faisait
cruellement souffrir. Henri courut  lui, coupa la ficelle qui tenait
la patte du Corbeau, et le dlivra. Le Corbeau s'envola  tire-d'aile,
aprs avoir cri  Henri:

Grand merci, mon brave Henri, je te le revaudrai!

Henri fut trs surpris d'entendre parler un Corbeau, mais il n'en
continua pas moins sa route.

Quelque temps aprs, pendant qu'il se reposait dans un buisson pais et
qu'il mangeait un morceau de son pain, il vit un Coq poursuivi par
un Renard, et qui allait tre pris, malgr ses efforts inous pour
s'chapper. Le Coq passa tout prs de Henri, qui, le saisissant,
adroitement, l'attira  lui et le cacha sous sa veste sans que le Renard
et pu le voir. Le Renard continua  courir, pensant que le Coq avait
vol plus loin; Henri ne bougea pas jusqu' ce que le Renard ft hors de
vue; alors il laissa aller le Coq, qui lui dit  mi-voix:

Grand merci, mon brave Henri, je te le revaudrai!

Henri tait repos; il se leva et continua  marcher.

Quand il eut fait encore un bon bout de chemin, il vit une pauvre
Grenouille qui allait tre dvore par un Serpent.

La Grenouille tremblait et ne bougeait pas, paralyse par la peur; le
Serpent avanait rapidement vers elle, la gueule bante. Henri saisit
une grosse pierre et la lana si habilement dans la gueule du Serpent,
au moment o celui-ci allait dvorer la Grenouille, que la pierre entra
dans la gorge du Serpent et l'touffa; la Grenouille s'loigna en
sautant, et cria  Henri:

Grand merci, mon brave Henri, je te le revaudrai!

Henri, qui avait dj entendu parler le Corbeau et le Coq, ne s'tonna
plus d'entendre parler la Grenouille et continua sa route.

Peu aprs il arriva au pied de la montagne; mais il vit qu'il y avait
une rivire large et profonde qui coulait au pied, si large qu'on voyait
 peine l'autre bord.

Henri s'arrta bien embarrass. Peut-tre, se dit-il, trouverai-je
un pont, ou un gu, ou un bateau. Il se mit  longer la rivire, qui
tournait tout autour de la montagne; mais partout elle tait large et
profonde, et nulle part il n'y avait ni pont ni bateau. Le pauvre Henri
s'assit en pleurant au bord de la rivire.

Fe Bienfaisante, fe Bienfaisante, venez  mon secours! s'cria-t-il.
A quoi me sert de savoir qu'au haut de la montagne est une plante qui
sauvera ma pauvre maman, si je ne puis y arriver?

Au mme moment, le Coq qu'il avait protg contre le Renard apparut au
bord et lui dit:

La fe Bienfaisante ne peut rien pour toi; cette montagne est hors
de sa puissance; mais tu m'as sauv la vie, je veux te tmoigner ma
reconnaissance. Monte sur mon dos, Henri, et, foi de Coq, je te mnerai
 l'autre bord.

Henri n'hsita pas; il se lana sur le dos du Coq, s'attendant  tomber
dans l'eau; mais il ne fut mme pas mouill, car le Coq le reut si
habilement sur son dos, qu'il s'y trouva assis aussi solidement que sur
un cheval. Il se cramponna fortement  la crte du Coq, qui commena
la traverse; la rivire tait si large qu'il vola pendant vingt et un
jours avant d'arriver  l'autre bord, et pendant ces vingt et un'jours
Henri n'eut ni faim, ni soif, ni sommeil.

Quand ils furent arrivs, Henri remercia poliment le Coq, qui hrissa
gracieusement ses plumes et disparut.

Un instant aprs, Henri se retourna, la rivire avait aussi disparu.

C'est sans doute le gnie de la montagne qui voulait m'empcher
d'arriver, dit Henri; mais avec le secours de la fe Bienfaisante, me
voici bien prs d'atteindre le but.



III

LA MOISSON

Il marcha longtemps, longtemps; mais il avait beau marcher, il n'tait
pas plus loin du pied de la montagne ni plus prs du sommet que
lorsqu'il avait pass la rivire.

Un autre enfant aurait retourn sur ses pas; mais le brave petit Henri
ne se dcouragea pas, et, malgr une fatigue extrme, il marcha vingt
et un jours sans avancer davantage. Au bout de ce temps, il n'tait pas
plus dcourag qu'au premier jour Duss-je marcher cent ans, dit-il,
j'irai jusqu' ce que j'arrive en haut.

A peine avait-il prononc ces paroles, qu'il vit devant lui un petit
Vieillard qui le regardait d'un air malin.

Tu as donc bien envie d'arriver, petit? lui dit-il. Que cherches-tu au
haut de cette montagne?

--La plante de vie, mon bon Monsieur, pour sauver ma bonne maman qui se
meurt.

Le petit Vieillard hocha la tte, appuya son petit menton pointu sur la
pomme d'or de sa canne, et dit, aprs avoir examin longuement Henri:

Ta physionomie douce et franche me plat, mon garon; je suis un des
gnies de la montagne: je te laisserai avancer  condition que tu me
rcolteras tout mon bl, que tu le battras, que tu en feras de la
farine, et que tu mettras la farine en pains. Quand tout sera rcolt,
battu, moulu et cuit, appelle-moi. Tu trouveras tous les ustensiles qui
te seront ncessaires dans le foss ici prs de toi: les champs de bl
sont devant toi et couvrent la montagne.

Le petit Vieillard disparut, et Henri considra d'un oeil effray les
immenses champs de bl qui se droulaient devant lui. Mais il surmonta
bien vite ce sentiment de dcouragement, ta sa veste, prit dans le
foss une faucille et se mit rsolument  couper le bl. Il y passa cent
quatre-vingt-quinze jours et autant de nuits.

[Illustration: La rivire tait si large qu'il vola pendant vingt et un
jours.]

Quand tout fut coup, Henri se mit  battre le bl avec un flau qu'il
trouva sous sa main, il le battit pendant soixante jours. Quand tout fut
battu, il commena  le moudre dans un moulin qui s'leva prs du bl.
Il moulut pendant quatre-vingt-dix jours. Quand tout fut moulu, il se
mit  ptrir et  cuire, il ptrit et cuisit pendant cent vingt jours. A
mesure que les pains taient cuits, il les rangeait proprement sur des
rayons, comme des livres dans une bibliothque. Lorsque tout fut fini,
Henri se sentit transport de joie et appela le gnie de la montagne.
Le gnie apparut immdiatement, compta quatre cent soixante-huit mille
trois cent vingt-neuf pains, croqua un petit bout du premier et du
dernier, s'approcha de Henri, lui donna une petite tape sur la joue et
lui dit:

Tu es un bon garon et je veux te payer ton travail.

Il tira de sa petite poche une tabatire en bois, qu'il donna  Henri en
disant avec malice:

Quand tu seras de retour chez toi, tu ouvriras ta tabatire, tu y
trouveras du tabac comme jamais tu n'en as eu.

Henri ne prenait jamais de tabac, et le prsent du petit gnie ne lui
sembla pas bien utile; mais il tait trop poli pour tmoigner ce qu'il
pensait; et il remercia le Vieillard d'un air satisfait.

Le petit Vieillard sourit, puis clata de rire et disparut.



IV

LA VENDANGE

Henri recommena  marcher et s'aperut avec bonheur que chaque pas le
rapprochait du haut de la montagne. En trois heures il tait arriv aux
deux tiers du chemin, lorsqu'il se trouva arrt par un mur trs lev
qu'il n'avait pas aperu; il le longea et vit avec effroi, aprs trois
jours de marche, que ce mur faisait le tour de la montagne, et qu'il n'y
avait pas la moindre porte, la moindre ouverture par laquelle on pt
pntrer.

Henri s'assit par terre et rflchit  ce qu'il devait faire; il se
rsolut  attendre. Il attendit pendant quarante-cinq jours; au bout de
ce temps il dit:

Duss-je encore attendre cent ans, je ne bougerai pas d'ici!

A peine eut-il dit ces mots, qu'un pan de mur s'croula avec un bruit
effroyable et qu'il vit s'avancer, par cette ouverture, un gant qui
brandissait un norme bton.

Tu as donc bien envie de passer, mon garon? Que cherches-tu au del de
mon mur?

--Je cherche la plante de vie, Monsieur le Gant, pour gurir ma pauvre
maman qui se meurt. S'il est en votre pouvoir de me faire franchir ce
mur, je ferai pour votre service tout ce que vous me commanderez.

[Illustration: Tu as donc bien envie de passer mon garon?]

--En vrit? Eh bien, coute: ta physionomie me plat; je suis un des
gnies de la montagne, et je te ferai passer ce mur si tu veux me
remplir mes caves. Voici toutes mes vignes; cueille le raisin,
crase-le; mets-en le jus dans mes tonneaux, et range mes tonneaux dans
mes caves. Tu trouveras tout ce qui te sera ncessaire au pied de ce
mur. Quand ce sera fait, appelle-moi.

Et le Gant disparut, refermant le mur derrire lui.

Henri regarda autour de lui;  perte de vue s'tendaient les vignes du
Gant.

J'ai bien ramass tous les bls du petit vieillard, se dit Henri, je
pourrai bien cueillir les raisins du Gant: ce sera un travail moins
long et moins difficile de mettre le raisin en vin que de mettre le bl
en pains.

Henri ta sa veste, ramassa une serpette qu'il trouva  ses pieds, et se
mit  couper les grappes et  les jeter dans des cuves. Il fut trente
jours  faire la rcolte. Quand tout fut cueilli, il crasa le raisin
et en versa le jus dans des tonneaux, qu'il rangeait dans des caves 
mesure qu'il les remplissait; il fut quatre-vingt-dix jours  faire le
vin. Lorsque tout le vin fut prt, les tonneaux bien mis en ordre, les
caves bien arranges, Henri appela le Gant, qui apparut immdiatement,
examina les tonneaux, gota le vin du premier et du dernier, se tourna
vers Henri et lui dit:

Tu es un brave petit homme, et je veux te payer de ta peine; il ne sera
pas dit que tu aies travaille gratis pour le Gant de la montagne.

Il tira de sa poche un chardon, le donna  Henri et lui dit:

Quand tu seras revenu chez toi, chaque fois que tu dsireras quelque
chose, sens ton chardon.

Henri trouva que le prsent n'tait pas gnreux, mais il le reut en
souriant d'un air aimable.

Au mme instant, le Gant siffla  faire trembler la montagne; le mur et
le Gant disparurent immdiatement, et Henri put continuer sa route.



V

LA CHASSE

Il n'tait plus qu' une demi-heure de marche du sommet de la montagne,
lorsqu'il se vit arrt par un prcipice si large qu'il tait impossible
de sauter de l'autre ct, et si profond qu'il n'en voyait pas le fond.

Henri ne perdit pas courage; il suivit le bord du prcipice jusqu' ce
qu'il ft revenu  l'endroit d'o il tait parti; il vit alors que le
prcipice tournait autour de la montagne.

Que faire? dit le pauvre Henri;  peine ai-je franchi un obstacle,
qu'il s'en lve un autre. Comment passer ce prcipice?

Et le pauvre enfant sentit, pour la premire fois, ses yeux pleins de
larmes: il chercha le moyen de passer ce prcipice; il n'en trouva pas
et il s'assit tristement au bord. Tout  coup il entendit un effroyable
rugissement; en se retournant, il vit,  dix pas de lui, un Loup norme
qui le regardait avec des yeux flamboyants.

Que viens-tu chercher dans mes domaines? dit le Loup d'une voix
formidable.

--Monseigneur le Loup, je viens chercher la plante de vie pour ma pauvre
maman qui se meurt. Si vous pouvez me faire passer ce prcipice, je
serai votre serviteur dvou pour tout ce que vous me commanderez.

--Eh bien, mon garon, si tu peux attraper tout le gibier qui est dans
mes forts, oiseaux et quadrupdes, et me les mettre en rtis et en
pts, foi de gnie de la montagne, je te ferai passer de l'autre ct
du prcipice. Tu trouveras prs de cet arbre tout ce qu'il te faut pour
ta chasse et ta cuisine. Quand tu auras fini, tu m'appelleras.

En disant ces mots, il disparut.

Henri reprit courage; il ramassa un arc et des flches qu'il vit  terre
et se mit  tirer sur les perdrix, les bcasses, les gelinottes, les
coqs de bruyre qui passaient; mais il ne savait pas tirer et il ne
tuait rien.

Il y avait huit jours qu'il tirait en vain, et il commenait 
s'ennuyer, lorsqu'il vit prs de lui le Corbeau qu'il avait sauv en
commenant son voyage.

Tu m'as sauv la vie, croassa le Corbeau, et je t'ai dit que je te la
revaudrais; je viens tenir ma promesse: car, si tu n'accomplis pas les
ordres du Loup, il te croquera en guise de gibier. Suis-moi; je vais
faire la chasse; tu n'auras qu' ramasser le gibier et  le faire
cuire.

En disant ces mots, il vola au-dessus des arbres du la fort et se mit
 tuer  coups de bec et de griffes tout le gibier qui peuplait cette
fort; il tua ainsi, pendant cent cinquante jours, un million huit
cent soixante mille sept cent vingt-six pices: chevreuils, perdrix,
bcasses, gelinottes, coqs de bruyre et cailles.

A mesure que le Corbeau les tuait, Henri les dpeait, les plumait ou
les corchait, et les faisait cuire soit en pts, soit en rtis. Quand
tout fut cuit, il rangea tout, proprement, le long de la fort; alors le
Corbeau lui dit:

Adieu, Henri, il te reste encore un obstacle  franchir, mais je ne
puis pas t'y aider; ne perds pas courage; les fes protgent l'amour
filial!

Avant que Henri et le temps de remercier le Corbeau, il avait disparu.
Il appela alors le Loup et lui dit:

Voici, Monseigneur, tout le gibier de vos forts; je l'ai cuit comme
vous me l'avez ordonn. Veuillez me faire passer le prcipice.

Le Loup examina le gibier, croqua un chevreuil rti et un pt, se lcha
les lvres, et dit  Henri:

Tu es un bon et brave garon; je vais te payer de ta peine; il ne sera
pas dit que tu aies travaill pour le Loup de la montagne sans qu'il
t'ait pay ton travail.

[Illustration: Que viens-tu chercher dans mes domaines?]

En disant ces mots, il donna  Henri un bton qu'il alla chercher dans
la fort et lui dit:

Quand tu auras cueilli la plante de vie et que tu voudras te
transporter quelque part, monte  cheval sur ce bton.

Henri fut sur la point de rejeter dans la fort ce bton inutile, mais
il pensa que ce ne serait pas poli, il le prit en remerciant le Loup.

Monte sur mon dos, Henri, dit le Loup.

Henri sauta sur le dos du Loup; aussitt le Loup fit un bond si
prodigieux qu'il se trouva de l'autre ct du prcipice. Henri
descendit, remercia le Loup et continua sa marche.



VI

LA PCHE

Enfin il aperut le treillage du jardin o tait enferme la plante de
vie, et il sentit son cour bondir de joie; il regardait toujours en
haut tout en marchant et allait aussi vite que te lui permettaient ses
forces, quand il sentit tout d'un coup qu'il tombait dans un trou; il
sauta vivement en arrire, regarda  ses cts et vit un foss plein
d'eau, assez large et surtout trs long, si long qu'il n'en voyait pas
les deux bouts.

C'est sans doute le dernier obstacle don't m'a parl le Corbeau, dt
Henri. Puisque j'ai franchi tous les autres avec le secours de la bonne
fe Bienfaisante, elle m'aidera bien certainement  surmonter celui-ci.
C'est elle qui m'a envoy le Coq et le Corbeau, ainsi que le petit
Vieillard, le Gant et le Loup. Je vais attendre qu'il lui plaise de
m'aider cette dernire fois.

En disant ces mots, Henri se mit  longer le foss dans l'espoir d'en
trouver la fin; il marcha pendant deux jours, au bout desquels il se
retrouva a la mme place d'o il tait parti.

Henri ne s'affligea pas, ne se dcouragea pas; il s'assit au bord du
foss et dit:

Je ne bougerai pas d'ici jusqu' ce que le gnie de la montagne m'ait
fait passer ce foss.

A peine eut-il dit ces mots, qu'il vit devant lui un norme Chat qui se
mit  miauler si pouvantablement, que Henri en fut tourdi. Le Chat lui
dit:

Que viens-tu faire ici? Sais-lu que je pourrais te mettre en pices
d'un coup de griffe?

--Je n'en doute pas, Monseigneur le Chat, mais vous ne le voudrez pas
faire quand vous saurez que je viens chercher la plante de vie pour
sauver ma pauvre maman qui se meurt. Si vous voulez bien me permettre de
passer votre foss, je suis prt  faire tout ce qu'il vous plaira de me
commander.

--En vrit? dit le Chat. coute: ta figure me plat; si tu peux me
pcher tous les poissons qui vivent dans ce foss; si tu peux, aprs les
avoir pchs, me les faire cuire ou me les saler, je te ferai passer de
l'autre ct, foi de Chat. Tu trouveras ce qu'il te faut ici prs sur le
sable. Quand tu auras fini, appelle-moi.

Henri fit quelques pas et vit  terre des filets, des lignes, des
hameons. Il prit un filet, pensant que d'un coup il prendrait beaucoup
de poissons, et que cela irait plus vite qu'avec la ligne. Il jeta donc
le filet, le retira avec prcaution: il n'y avait rien. Dsappoint,
Henri pensa qu'il s'y tait mal pris; il rejeta le filet, tira
doucement: rien encore. Henri tait patient; il recommena pendant dix
jours sans attraper un seul poisson. Alors il laissa le filet et jeta la
ligne.

Il attendit une heure, deux heures: aucun poisson ne mordit  l'hameon.
Il changea de place jusqu' ce qu'il eut fait le tour du foss; il ne
prit pas un seul poisson; il continua pendant quinze jours. Ne sachant
que faire, il pensa  la fe Bienfaisante, qui l'abandonnait  la fin
de son entreprise, et s'assit tristement en regardant le foss, lorsque
l'eau se mit  bouillonner, et il vt paratre la tte d'une Grenouille.

Henri, dit la Grenouille, tu m'as sauv la vie, je veux te la sauver 
mon tour; si tu n'excutes pas les ordres du Chat de la montagne, il te
croquera pour son djeuner. Tu ne peux pas attraper les poissons, parce
que le foss est si profond qu'ils se rfugient tous au fond; mais
laisse-moi faire: allume ton feu pour les cuire, prpare tes tonneaux
pour, les saler, je vais te les apporter tous.

Disant ces mots, la Grenouille s'enfona dans l'eau; Henri vit l'eau
s'agiter et bouillonner comme s'il se livrait un grand combat au fond du
foss. Au bout d'une minute, la Grenouille reparut et sauta sur le bord,
ou elle dposa un superbe saumon, qu'elle venait de pcher avec ses
pattes. A peine Henri avait-il eu le temps de saisir le saumon que la
Grenouille reparut avec une carpe; elle continua ainsi pendant soixante
jours. Henri cuisait les gros poissons, jetait les petits dans les
tonneaux et les salait; enfin, au bout de deux mois, la Grenouille sauta
au bord du foss et dit  Henri:

Il ne reste plus un seul poisson dans le foss, tu peux appeler le Chat
de la montagne.

Henri remercia vivement la Grenouille, qui lui tendit sa patte mouille
en signe d'amiti; Henri la serra amicalement, et la Grenouille
disparut.

Quand Henri eut rang pendant quinze jours tous les poissons cuits et
tous les tonneaux pleins de poissons sals, il appela le Chat, qui
apparut tout de suite.

Voici, Monseigneur, lui dit Henri, tous vos poissons cuits et sals.
Veuillez tenir votre promesse et me faire passer  l'autre bord.

[Illustration: Voici, Monseigneur, tous vos poissons.]

Le Chat examina les poissons et les tonneaux, gota un poisson cuit et
un poisson sal, se lcha les lvres, sourit et dit  Henri:

Tu es un brave garon; je veux rcompenser ta patience; il ne sera pas
dit que le Chat de la montagne n'ait pas pay tes services.

En disant ces mots, le Chat s'arracha une griffe et la donna  Henri en
lui disant:

Quand tu seras malade ou que tu te sentiras vieillir, touche ton front
avec cette griffe: maladie, souffrance, vieillesse disparatront; elle
aura la mme vertu pour tous ceux que tu aimeras et qui t'aimeront.

Henri remercia le Chat avec effusion, prit la prcieuse griffe et voulut
l'essayer immdiatement, car il se sentait fatigu et souffrant. A peine
la griff eut-elle touch son front, qu'il se sentit frais et dispos
comme s'il sortait du lit.

Le Chat sourit et dit:

A prsent monte sur ma queue.

Henri obit. A peine fut-il sur la queue du Chat, que cette queue
s'allongea tellement qu'il se trouva  l'autre bord du foss.



VII

LA PLANTE DE VIE

Henri salua respectueusement le Chat et courut vers le jardin de la
plante de vie, qui n'tait plus qu' cent pas de lui. Il tremblait que
quelque nouvel obstacle ne retardt sa marche; mais il atteignit le
treillage du jardin. Il chercha la porte et la trouva promptement car
le jardin n'tait pas grand; mais il y avait une si grande quantit de
plantes qui lui taient inconnues, qu'il lui fut impossible de trouver
la _plante de vie_.

Il se souvint heureusement que la fe Bienfaisante lui avait dit
d'appeler le docteur qui cultivait le jardin des fes, et il l'appela 
haute voix. A peine l'eut-il appel, qu'il entendit du bruit dans les
plantes qui taient prs de lui, et qu'il en vit sortir un petit homme
haut comme un balai de chemine; il tenait un livre sous le bras, avait
des lunettes sur son nez crochu et portait un grand manteau noir de
Docteur.

Que cherchez-vous, petit? dit le Docteur en se redressant. Et comment
avez-vous pu parvenir jusqu'ici?

--Monsieur le Docteur, je viens de la part de la fe Bienfaisante vous
demander la plante de vie pour gurir ma pauvre maman qui se meurt.

--Ceux qui viennent de la part de la fe Bienfaisante, dit le petit
docteur en soulevant son chapeau, sont les bienvenus. Venez, petit, je
vais vous donner la plante que vous cherchez.

Il s'enfona dans le jardin botanique, o Henri eut quelque peine  le
suivre, parce qu'il disparaissait entirement sous les tiges; enfin ils
arrivrent prs d'une plante isole: le petit Docteur tira une petite
serpette de sa petite poche, en coupa une tige et la donna  Henri en
lui disant:

Voici, faites-en l'usage que vous a prescrit la fe; mais ne la laissez
pas sortir de vos mains, car si vous la posez n'importe o, elle vous
chappera sans que vous puissiez jamais la ravoir.

[Illustration: Que cherchez-vous, petit?]

Henri voulut le remercier, mais le petit homme avait dj disparu au
milieu de ses herbes mdicinales, et Henri se trouva seul.

Comment ferai-je maintenant pour arriver vite  la maison? Si en
descendant je rencontre les mmes obstacles qu'en montant, je risque de
perdre ma plante, ma chre plante qui doit rendre la vie  ma pauvre
maman.

Il se ressouvint heureusement du bton que lui avait donn le Loup.

Voyons, dit-il, s'il a vraiment le pouvoir de me transporter dans ma
maison.

En disant ces mots, il se mit  cheval sur le bton en souhaitant d'tre
chez lui. Au mme moment il se sentit enlever dans les airs, qu'il
fendit avec la rapidit de l'clair, et il se trouva prs du lit de sa
maman.

Il se prcipita sur elle et l'embrassa tendrement, mais elle ne
l'entendait pas; Henri ne perdit pas de temps, il pressa la plante de
vie sur les lvres de sa maman, qui au mme instant ouvrit les yeux et
jeta ses bras autour du cou de Henri en s'criant:

Mon enfant, mon cher Henri, j'ai t bien malade, mais je me sens bien
 prsent; j'ai faim.

Puis le regardant avec tonnement:

Comme tu es grandi, mon cher enfant! Qu'est-ce donc? Comment as-tu pu
grandir ainsi en quelques jours?

C'est que Henri tait vritablement grandi de toute la tte, car il y
avait deux ans sept mois et six jours qu'il tait parti. Henri avait
prs de dix ans. Avant qu'il et le temps de rpondre, la fentre
s'ouvrit et la fe Bienfaisante parut. Elle embrassa Henri, et,
s'approchant du lit de la maman, lui raconta tout ce que le petit Henri
avait fait pour la sauver, les dangers qu'il avait courus, les fatigues
qu'il avait endures, le courage, la patience, la bont qu'il avait
montrs. Henri rougissait de s'entendre louer ainsi par la fe: la
maman serrait son petit Henri contre son coeur et ne se lassait pas de
l'embrasser. Aprs les premiers moments de bonheur et d'effusion, la fe
dit:

Maintenant, Henri, tu peux faire usage des prsents du petit Vieillard
et du Gant de la montagne.

Henri tira sa tabatire et l'ouvrit; aussitt il en sortit une si grande
foule de petits ouvriers, pas plus grands qu'une abeille, que la chambre
en fut remplie; ils se mirent  travailler avec une telle adresse et une
telle promptitude, qu'en un quart d'heure ils btirent et meublrent une
jolie maison qui se trouva au milieu d'un grand jardin, adosse  un
bois et  une belle prairie.

Tout cela est  toi, mon brave Henri, dit la fe. Le chardon du Gant
te procurera ce qui te manque, le bton du Loup te transportera o tu
voudras, et la griffe du Chat te conservera la sant et la jeunesse,
ainsi qu' ta maman. Adieu, Henri, vis heureux et n'oublie pas que la
vertu et l'amour filial sont toujours rcompenss.

Henri se jeta aux genoux de la fe; elle lui donna sa main  baiser, lui
sourit et disparut.

La maman de Henri aurait bien voulu se lever pour voir et admirer sa
nouvelle maison, son jardin, son bois et sa prairie, mais elle n'avait
pas de robe; pendant sa maladie elle avait fait vendre par Henri tout ce
qu'elle possdait, pour que Henri ne manqut pas de pain.

Hlas! mon enfant, je ne puis me lever, dit-elle: je n'ai ni jupons, ni
robes, ni souliers.

--Vous allez avoir tout cela, chre maman, s'cria Henri.

Et tirant son chardon de sa poche, il le sentit on dsirant des robes,
du linge, des chaussures pour sa maman, pour lui-mme, et du linge pour
la maison.

Au mme instant, les armoires se trouvrent pleines de linge, la maman
se trouva habille d'une bonne robe de mrinos, et Henri d'un vtement
complet de drap bleu; il avait de bons souliers, ainsi que sa maman.
Tous deux poussrent un cri de joie; la maman sauta de son lit pour
parcourir avec Henri toute la maison; rien n'y manquait, partout des
meubles confortables et simples; la cuisine tait garnie de casseroles
et de marmites; mais il n'y avait rien dedans. Henri sentit son chardon
en dsirant avoir un bon dner tout servi. Une table servie et couverte
d'une bonne soupe bien fumante, d'un bon gigot, d'un poulet rti, d'une
bonne salade, se plaa immdiatement devant eux; ils se mirent  table
et mangrent avec l'apptit de gens qui n'avaient pas mang depuis prs
de trois ans. La soupe fut bien vite avale; le gigot y passa tout
entier, puis le poulet, puis la salade. Quand ils furent rassasis, la
maman, aide de Henri, ta le couvert, lava et rangea la vaisselle,
nettoya la cuisine. Puis ils firent les lits avec les draps qu'ils
trouvrent dans les armoires, et se couchrent en remerciant Dieu et la
fe Bienfaisante. La maman y ajouta un remerciement sincre pour son
fils Henri. Ils vcurent ainsi trs heureux, sans jamais manquer de
rien, grce au chardon, sans souffrir ni vieillir, grce  la griffe, et
sans jamais se servir du bton, car ils taient heureux dans leur maison
et ils ne dsiraient pas se transporter ailleurs. Henri se borna 
demander  son chardon deux belles vaches, deux bons chevaux et les
choses ncessaires  la vie de chaque jour, mais sans jamais demander du
superflu, soit en vtements, soit en nourriture: aussi conserva-t-il son
chardon tant qu'il vcut. On ne sait pas s'il vcut longtemps ainsi que
sa maman; on croit que la reine des fes les rendit immortels et les
transporta dans son palais, o ils sont encore.





                          HISTOIRE
                   DE LA PRINCESSE ROSETTE



I

LA FERME

Il y avait un roi et une reine qui avaient trois filles; ils aimaient
beaucoup les deux anes, qui s'appelaient Orangine et Roussette, et qui
taient jumelles; elles taient belles et spirituelles; mais pas bonnes:
elles ressemblaient en cela au roi et  la reine. La plus jeune des
princesses, qui avait trois ans de moins que ses soeurs, s'appelait
Rosette; elle tait aussi jolie qu'aimable, aussi bonne que belle; elle
avait pour marraine la fe Puissante, ce qui donnait de la jalousie
 Orangine et  Roussette, lesquelles n'avaient pas eu de fes pour
marraines. Quelques jours aprs la naissance de Rosette, le roi et la
reine l'envoyrent en nourrice  la campagne, chez une bonne fermire;
elle y vcut trs heureuse pendant quinze annes, sans que le roi et la
reine vinssent la voir une seule fois. Ils envoyaient tous les ans  la
fermire une petite somme d'argent, pour payer la dpense de Rosette,
faisaient demander de ses nouvelles, mais ne la faisaient jamais venir
chez eux et ne s'occupaient pas du tout de son ducation. Rosette et
t mal leve et ignorante, si sa bonne marraine la fe Puissante ne
lui avait envoy des matres et ne lui avait fourni tout ce qui lui
tait ncessaire. C'est ainsi que Rosette apprit  lire,  crire,
 compter,  travailler; c'est ainsi qu'elle devint trs habile
musicienne, qu'elle sut dessiner et parler plusieurs langues trangres.
Rosette tait la plus jolie, la plus belle, la plus aimable et la plus
excellente princesse du monde entier. Jamais Rosette n'avait dsobi 
sa nourrice et  sa marraine. Aussi jamais elle n'tait gronde; elle ne
regrettait pas son pre et sa mre, qu'elle ne connaissait pas, et elle
ne dsirait pas vivre ailleurs que dans la ferme o elle avait t
leve.

Un jour qu'elle tait assise sur un banc devant la maison, elle vit
arriver un homme en habit et chapeau galonns, qui, s'approchant d'elle,
lui demanda s'il pouvait parler  la princesse Rosette.

Oui, sans doute, rpondit Rosette, car c'est moi qui suis la princesse
Rosette.

--Alors, princesse, reprit l'homme en tant son chapeau, veuillez
recevoir cette lettre que le roi votre pre m'a charg de vous
remettre.

Rosette prit la lettre, l'ouvrit et lut ce qui suit:

Rosette, vos soeurs ont dix-huit ans; elles sont en ge d'tre maries;
j'invite les princes et les princesses de tous les royaumes du monde 
venir assister aux ftes que je dois donner pour choisir des maris  vos
soeurs. Vous avez quinze ans, vous tes d'ge  paratre  ces ftes.
Vous pouvez venir passer trois jours chez moi. Je vous enverrai chercher
dans huit jours; je ne vous envoie pas d'argent pour vos toilettes, car
j'ai beaucoup dpens pour vos soeurs: d'ailleurs, personne ne vous
regardera; ainsi habillez-vous comme vous voudrez.

[Illustration: Elle vit un homme en habit et chapeau galonns.]

Le Roi, votre pre.

Rosette courut bien vite montrer la lettre  sa nourrice.

Es-tu contente, Rosette, d'aller  ces ftes?

--Oh oui! ma bonne nourrice, bien contente: je m'amuserai bien; je
connatrai mon pre, ma mre, mes soeurs, et puis je reviendrai prs de
toi.

--Mais, dit la nourrice en hochant la tte, quelle toilette mettras-tu,
ma pauvre enfant?

--Ma belle robe de percale blanche que je mets les jours de fte, ma
bonne nourrice.

--Ma pauvre petite, cette robe, convenable pour la campagne, sera bien
misrable pour une runion de rois et de princes.

--Eh! qu'importe, ma bonne! Mon pre dit lui-mme que personne ne me
regardera. Cela me mettra beaucoup plus  l'aise: je verrai tout, et
personne ne me verra.

La nourrice soupira, ne rpondit rien et se mit  raccommoder, 
blanchir et  repasser la robe de Rosette. La veille du jour o l'on
devait venir la chercher, elle l'appela et lui dit:

Voici, ma chre enfant, ta toilette pour les ftes du roi; mnage bien
ta robe, car tu n'en as pas d'autre, et je ne serai pas l pour la
blanchir ou la repasser.

--Merci, ma bonne nourrice; sois tranquille, j'y ferai bien attention.

La nourrice runit dans une petite caisse la robe, un jupon blanc, des
has de coton, des souliers de peau noire et un petit bouquet de fleurs
que Rosette devait mettre dans ses cheveux. Au moment o elle allait
fermer la caisse, la fentre s'ouvrit violemment, et la fe Puissante
entra.

Tu vas donc  la cour du roi ton pre, ma chre Rosette? dit la fe.

--Oui, chre marraine, j'y vais pour trois jours.

--Et quelles toilettes as-tu prpares pour ces trois jours?

--Voici, ma marraine; regardez.

Et elle montra la caisse encore ouverte. La fe sourit, tira un flacon
de sa poche, et dit: Je veux que ma Rosette fasse sensation par sa
toilette: ceci n'est pas digne d'elle.

Elle ouvrit le flacon et versa une goutte de liqueur sur sa robe;
immdiatement la robe devint jaune, chiffonne, et se changea en grosse
toile  torchons. Une autre goutte sur les bas en fit de gros bas de
filoselle bleus. Une troisime goutte sur le bouquet en fit une aile de
poule; les souliers devinrent de gros chaussons de lisire.

Voil, dit-elle d'un air gracieux, comment je veux que paraisse ma
Rosette. Je veux que tu mettes tout cela, Rosette, et, pour complter
ta parure, voici un collier, une attache pour ta coiffure et des
bracelets.

En disant ces mots, elle tira de sa poche et mit dans la caisse un
collier de noisettes, une attache de nfles et des bracelets en haricots
secs.

Elle baisa le front de Rosette stupfaite et disparut.

Rosette et la nourrice se regardaient bahies; enfin, la nourrice clata
en sanglots.

C'tait bien la peine de me donner tant de mal pour cette pauvre robe!
le premier torchon venu aurait aussi bien fait l'affaire. Oh! Rosette,
ma pauvre Rosette, n'allez pas aux ftes; prtextez une maladie.

--Non, dit Rosette, ce serait dsobligeant pour ma marraine: je suis
sre que ce qu'elle fait est pour mon bien, car elle est bien plus sage
que moi. J'irai donc, et je mettrai tout ce que ma marraine m'a laiss.

Et la bonne Rosette ne s'occupa pas davantage de sa toilette: elle se
coucha et dormit bien tranquillement.

Le lendemain,  peine tait-elle coiffe et habille, que le carrosse
du roi vint la prendre; elle embrassa sa nourrice, fit mettre sa petite
caisse dans la voiture et partit.



II

ROSETTE A LA COUR DU ROI SON PRE PREMIRE JOURNE

On ne fut que deux heures en route, car la ville du roi n'tait qu' six
lieues de la ferme de Rosette.

Quand Rosette arriva, elle fut tonne de voir qu'on la faisait
descendre dans une petite cour sale: un page l'attendait.

Venez, princesse; je suis charg de vous conduire dans votre
appartement.

--Ne pourrai-je voir la reine? demanda timidement Rosette.

--Vous la verrez, princesse, dans deux heures, quand on se runira pour
dner: en attendant, vous pourrez faire votre toilette.

Rosette suivit le page, qui la mena dans un long corridor, au bout
duquel tait un escalier; elle monta, monta longtemps, avant d'arriver
 un autre corridor o tait la chambre qui lui tait destine. C'tait
une petite chambre en mansarde,  peine meuble: la reine avait log
Rosette dans une chambre de servante. Le page dposa la caisse de
Rosette dans un coin, et lui dit d'un air embarrass:

Veuillez m'excuser, princesse, si je vous ai amene dans cette chambre
si indigne de vous. La reine a dispos de tous ses appartements pour les
rois et les reines invits; il ne lui en restait plus, et....

--Bien, bien, dit Rosette en souriant; je ne vous en veux nullement de
mon logement; je m'y trouverai trs bien.

--Je viendrai vous chercher, princesse, pour vous mener chez le roi et
la reine, quand l'heure sera venue.

--Je serai prte, dit Rosette; au revoir, joli page.

Rosette se mit  dfaire sa caisse; elle avait le coeur un peu gros;
elle tira en soupirant sa sale robe en toile  torchons et le reste de
sa toilette, et elle commena  se coiffer devant un morceau de glace
qu'elle trouva dans un coin de la chambre. Elle tait si adroite,
elle arrangea si bien ses beaux cheveux blonds, son aile de poule et
l'attache faite de nfles, que sa coiffure la rendait dix fois plus
jolie. Quand elle fut chausse et qu'elle eut revtu sa robe, quelle
ne fut pas sa surprise en voyant que sa robe tait devenue une robe
de brocart d'or brode de rubis d'une beaut merveilleuse! Ses gros
chaussons taient de petits souliers en satin blanc rattachs par une
boucle d'un seul rubis d'une beaut idale; les bas taient en soie, et
si fins qu'on pouvait les croire tissus en fil d'araigne. Son collier
tait en rubis entours de gros diamants; ses bracelets taient en
diamants les plus beaux qu'on et jamais vus; elle courut  sa glace,
et vit que l'aile de poule tait devenue une aigrette magnifique et que
l'attache en nfles tait une escarboucle d'une telle beaut, d'un tel
clat, qu'une fe seule pouvait en avoir d'aussi belles.

Rosette, heureuse, ravie, sautait dans sa petite chambre et remerciait
tout haut sa bonne marraine, qui avait voulu prouver son obissance et
qui la rcompensait si magnifiquement.

Le page frappa  la porte, entra et recula bloui par la beaut de
Rosette et la richesse de sa parure.

Elle le suivit; il lui fit descendre bien des escaliers, parcourir bien
des appartements, et enfin il la fit entrer dans une srie de salons
magnifiques qui taient pleins de rois, de princes et de dames.

Chacun s'arrtait et se retournait pour admirer Rosette, qui, honteuse
d'attirer ainsi tous les regards, n'osait lever les yeux.

Enfin le page s'arrta et dit  Rosette:

Princesse, voici le roi et la reine.

Elle leva les yeux et vit devant elle le roi et la reine, qui la
regardaient avec une surprise comique.

Madame, lui dit enfin le roi, veuillez me dire quel est votre nom. Vous
tes sans doute une grande reine ou une grande fe, dont la prsence
inattendue est pour nous un honneur et un bonheur.

--Sire, dit Rosette en mettant un genou en terre, je ne suis ni une fe,
ni une grande reine, mais votre fille Rosette, que vous avez bien voulu
faire venir chez vous.

--Rosette! s'cria la reine; Rosette vtue plus richement que je ne l'ai
jamais t! Et qui donc, Mademoiselle, vous a donn toutes ces belles
choses?

--C'est ma marraine, Madame. Et elle ajouta: Permettez-moi, Madame, de
vous baiser la main, et faites-moi connatre mes soeurs.

La reine lui prsenta schement sa main.

Voil les princesses vos soeurs, dit-elle en lui montrant Orangine et
Roussette qui taient  ses cts.

La pauvre Rosette, attriste par l'accueil froid de son pre et de sa
mre, se retourna vers ses soeurs et voulut les embrasser; mais elles
se reculrent avec effroi, de crainte que Rosette, en les embrassant,
n'enlevt le blanc et le rouge dont elles taient fardes. Orangine
mettait du blanc pour cacher la couleur un peu jaune de sa peau, et
Roussette pour couvrir ses taches de rousseur.

Rosette, repousse par ses soeurs, ne tarda pas  tre entoure de
toutes les dames et de tous les princes invits. Comme elle causait avec
grce et bont et qu'elle parlait diverses langues, elle charma tous
ceux qui l'approchaient. Orangine et Roussette taient d'une jalousie
affreuse. Le roi et la reine taient furieux, car Rosette absorbait
toute l'attention; personne ne s'occupait de ses soeurs. A table, le
jeune roi Charmant, qui avait le plus beau et le plus grand de tous les
royaumes, et qu'Orangine esprait pouser, se plaa  ct de Rosette et
fut occup d'elle pendant tout le repas. Aprs le dner, pour forcer les
regards de se tourner vers elles, Orangine et Roussette proposrent de
chanter; elles chantaient trs bien et s'accompagnaient de la harpe.

Rosette, qui tait bonne et qui dsirait que ses soeurs l'aimassent,
applaudit tant qu'elle put le chant de ses soeurs et vanta leur talent.
Orangine, au lieu d'tre touche de ce gnreux sentiment, espra jouer
un mauvais tour  Rosette en l'engageant  chanter  son tour. Rosette
s'en dfendit modestement; ses soeurs, qui pensrent qu'elle ne savait
pas chanter, insistrent vivement; la reine elle-mme, dsirant humilier
la pauvre Rosette, se joignit  Orangine et  Roussette et lui ordonna
de chanter. Rosette fit un salut  la reine. J'obis, dit-elle. Elle
prit la harpe; la grce de son maintien tonna ses soeurs. Quand elle
commena  prluder sur la harpe, elles auraient bien voulu l'arrter,
car elles virent que le talent de Rosette tait bien suprieur au leur.
Mais quand elle chanta de sa voix belle et mlodieuse une romance
compose par elle sur le bonheur d'tre bonne et d'tre aime de sa
famille, il y eut un tel frmissement d'admiration, un enthousiasme si
gnral, que ses soeurs faillirent s'vanouir de dpit. Le roi Charmant
semblait transport d'admiration. Il s'approcha de Rosette, les yeux
mouills de larmes, et lui dit:

Charmante et aimable princesse, jamais une voix plus douce n'a frapp
mes oreilles; je serais heureux de vous entendre encore.

[Illustration: Sa voix, douce et mlodieuse, excita un enthousiasme
gnral.]

Rosette, qui s'tait aperue de la jalousie de ses soeurs, s'excusa
en disant qu'elle tait fatigue, mais le roi Charmant, qui avait de
l'esprit et de la pntration, devina le vrai motif du refus de Rosette
et l'en admira davantage.

La reine, irrite des succs de Rosette, termina de bonne heure la
soire; chacun rentra chez soi.

Rosette se dshabilla; elle ta sa robe et le reste de sa parure, et
mit le tout dans une magnifique caisse en bne, qui se trouva dans sa
chambre sans qu'elle st comment; elle retrouva dans sa caisse de bois
la robe en torchon, l'aile de poule, les noisettes, les nfles, les
haricots, les chaussons et les bas bleus; elle ne s'en inquita plus,
certaine que sa marraine viendrait  son secours. Elle s'attrista un peu
de la froideur de ses parents, de la jalousie de ses soeurs; mais comme
elle les connaissait bien peu, cette impression pnible fut efface par
le souvenir du roi Charmant, qui paraissait si bon et qui avait t si
aimable pour elle: elle s'endormit promptement, et s'veilla tard le
lendemain.



III

CONSEIL DE FAMILLE

Pendant que Rosette n'tait occupe que de penses riantes et
bienveillantes, le roi, la reine et les princesses Orangine et Roussette
touffaient de colre; ils s'taient runis tous quatre chez la reine.

C'est affreux, disaient les princesses, d'avoir fait venir cette
odieuse Rosette, qui a des parures blouissantes, qui se fait regarder
et admirer par tous les nigauds de rois et de princes. Est-ce donc pour
nous humilier, mon pre, que vous l'avez appele?

--Je vous jure, mes belles, rpondit le roi, que c'est par ordre de
la fe Puissante que je lui ai crit de venir; d'ailleurs j'ignorais
qu'elle ft si belle et que....

--Si belle! interrompirent les princesses; o voyez-vous qu'elle soit
belle? Elle est laide et bte; c'est sa toilette qui la fait admirer.
Pourquoi ne nous avez-vous pas donn vos plus belles pierreries et
vos plus belles toffes? Nous avons l'air de souillons, prs de cette
orgueilleuse.

--Et o aurais-je pris des pierreries de cette beaut? Je n'en ai pas
qui puissent leur tre compares. C'est sa marraine, la fe, qui lui a
prt les siennes.

--Pourquoi aussi avoir appel une fe pour tre marraine de Rosette,
tandis que nous n'avions eu que des reines pour marraines?

--Ce n'est pas votre pre qui l'a appele, reprit la reine; c'est bien
la fe elle-mme qui, sans tre appele, nous apparut et nous signifia
qu'elle voulait tre marraine de Rosette.

--Il ne s'agit pas de se quereller, dit le roi, mais de trouver un moyen
pour nous dbarrasser de Rosette et empcher le roi Charmant de la
revoir.

--Rien de plus facile, dit la reine; je la ferai dpouiller demain de
ses bijoux et de ses belles robes; je la ferai emmener par mes gens, et
on la ramnera  sa ferme, d'o elle ne sortira plus jamais.

A peine la reine eut-elle achev ces mots, que la fe Puissante parut,
l'air menaant et irrit.

Si vous touchez  Rosette, dit-elle d'une voix tonnante, si vous ne la
gardez ici, et si vous ne la faites assister  toutes les ftes, vous
ressentirez les effets de ma colre. Vous, roi indigne, vous, reine
sans coeur, vous serez changs en crapauds, et vous, filles et soeurs
dtestables, vous deviendrez des vipres. Osez maintenant toucher 
Rosette!

En disant ces paroles, elle disparut.

Le roi, la reine et les princesses, terrifis, se sparrent sans
oser prononcer une parole, mais la rage dans le coeur; les princesses
dormirent peu, et furent encore plus furieuses le lendemain, quand elles
virent leurs yeux battus, leurs traits contracts par la mchancet;
elles eurent beau mettre du rouge, du blanc, battre leurs femmes, elles
n'en furent pas plus jolies. Le roi et la reine se dsolaient autant que
les princesses, et ne voyaient pas de remde  leur chagrin.



IV

SECONDE JOURNE

Une grosse servante apporta  Rosette du pain et du lait, et lui offrit
ses services pour l'habiller. Rosette, qui ne se souciait pas que la
grosse servante vit la mtamorphose de sa toilette, la remercia et dit
qu'elle avait l'habitude de s'habiller et de se coiffer seule.

Elle commena sa toilette; quand elle se fut bien lave, bien peigne,
elle se coiffa et voulut mettre dans ses cheveux la superbe escarboucle
de la veille; mais elle vit avec surprise que le coffre d'bne avait
disparu. A sa place tait la petite caisse de bois, avec un papier
dessus; elle le prit et lut:

Vos effets sont chez vous, Rosette; revtez comme hier les vtements
que vous avez apports de la ferme.

Rosette n'hsita pas, certaine que sa marraine viendrait  son secours;
elle arrangea son aile de poule d'une manire diffrente de la veille,
ainsi que l'attache en nfles, mit sa robe, sa chaussure, son collier et
ses bracelets; ensuite elle alla se poser devant la glace; quand elle
s'y regarda, elle demeura blouie; elle avait le plus ravissant et le
plus riche costume de cheval: la robe tait une amazone en velours bleu
de ciel, avec des boutons de perles grosses comme des noix; le bas tait
bord d'une torsade de perles grosses comme des noisettes; elle tait
coiffe d'une petite toque en velours bleu de ciel, avec une plume d'une
blancheur blouissante, qui retombait jusqu' sa taille et qui tait
rattache par une perle d'une grosseur et d'une beaut inoues. Les
brodequins taient galement en velours bleu, brods de perles et d'or.
Les bracelets et le collier taient en perles si belles, qu'une seule
et pay tout le palais du roi. Au moment o elle allait quitter sa
chambre pour suivre le page qui frappait  la porte, une voix dit  son
oreille:

Rosette, ne montez pas d'autre cheval que celui que vous prsentera le
roi Charmant.

Elle se retourna, ne vit personne, et ne douta pas que cet avis ne lui
vnt de sa marraine.

Merci, chre marraine, dit-elle  demi-voix.

Elle sentit un doux baiser sur sa joue, et sourit avec bonheur et
reconnaissance.

Le page la mena, comme la veille, dans les salons, o elle produisit
plus d'effet encore; son air doux et bon, sa ravissante figure, sa
tournure lgante, sa toilette magnifique, captivrent tous les regards
et tous les coeurs. Le roi Charmant, qui l'attendait, alla au-devant
d'elle, lui offrit son bras et la mena jusque prs du roi et de la
reine, qui la reurent avec plus de froideur encore que la veille.
Orangine et Roussette crevaient de dpit  la vue de la nouvelle
toilette de Rosette, elles ne voulurent mme pas lui dire bonjour.

Rosette restait un peu embarrasse de cet accueil; le roi Charmant,
voyant son embarras, s'approcha d'elle et lui demanda la permission
d'tre son chevalier pendant la chasse dans la fort.

--Ce sera un grand plaisir pour moi, sire, rpondit Rosette, qui ne
savait pas dissimuler.

--Il me semble, dit-il, que je suis votre frre, tant je me sens
d'affection pour vous, charmante princesse: permettez-moi de ne pas vous
quitter et de vous dfendre envers et contre tous.

--Ce sera pour moi un honneur et un plaisir que d'tre en compagnie d'un
roi si digne du nom qu'il porte.

Le roi Charmant fut ravi de cette rponse; et, malgr le dpit
d'Orangine et de Roussette et leurs tentatives pour l'attirer vers
elles, il ne bougea plus d'auprs de Rosette.

Aprs le djeuner, on descendit dans la cour d'honneur pour monter 
cheval. Un page amena  Rosette un beau cheval noir, que deux cuyers
contenaient avec peine, et qui semblait vicieux et mchant.

Vous ne pouvez monter ce cheval, princesse, dit le roi Charmant, il
vous tuerait. Amenez-en un autre, ajouta-t-il en se tournant vers le
page.

--Le roi et la reine ont donn des ordres pour que la princesse ne
montt pas d'autre cheval que celui-ci, rpondit le page.

--Chre princesse, veuillez attendre un moment, je vais vous amener un
cheval digne de vous porter; mais, de grce, ne montez pas celui-ci.

--Je vous attendrai, sire, dit Rosette avec un gracieux sourire.

Peu d'instants aprs, le roi Charmant reparut, menant lui-mme un
magnifique cheval, blanc comme la neige; sa selle tait en velours bleu,
brode de perles; sa bride tait en or et en perles. Quand Rosette
voulut monter dessus, le cheval s'agenouilla, et ne se releva que
lorsque Rosette fut bien place sur sa selle.

Le roi Charmant sauta lestement sur son beau cheval alezan, et vint se
placer aux cts de Rosette.

Le roi, la reine et les princesses, qui avaient tout vu, taient ples
de colre, mais ils n'osrent rien faire, de peur de la fe Puissante.

Le roi donna le signal du dpart. Chaque dame avait son cavalier;
Orangine et Roussette durent se contenter de deux petits princes, qui
n'taient ni beaux ni aimables comme le roi Charmant; elles furent si
maussades, que ces princes jurrent que jamais ils n'pouseraient des
princesses si peu aimables.

Au lieu de suivre la chasse, le roi Charmant et Rosette restrent dans
les belles alles de la fort; ils causaient et se racontaient leur vie.

Mais, dit Charmant, si le roi votre pre s'est priv de votre prsence,
comment vous a-t-il donn ses plus beaux bijoux, des bijoux dignes d'une
fe?

--C'est  ma bonne marraine que je les dois, rpondit Rosette; et elle
raconta au roi comme quoi elle avait t leve dans une ferme, comme
quoi elle devait tout ce qu'elle savait et tout ce qu'elle valait  la
fe Puissante, qui avait veill  son ducation et qui lui donnait tout
ce qu'elle pouvait dsirer.

Charmant l'coutait avec un vif intrt et une tendre compassion.

A son tour, il lui raconta qu'il tait rest orphelin ds l'ge de sept
ans, que la fe Prudente avait prsid  son ducation, que c'tait elle
qui l'avait envoy aux ftes que donnait le roi, en lui disant qu'il
trouverait  ces ftes la femme parfaite qu'il cherchait.

Je crois, en effet, chre Rosette, avoir trouv en vous la femme
parfaite dont me parlait la fe: daignez associer votre vie  la mienne,
et autorisez-moi  vous demander  vos parents.

--Avant de vous rpondre, chre prince, il faut que j'obtienne la
permission de ma marraine; mais croyez que je serais bien heureuse de
passer ma vie prs de vous.

La matine s'coula ainsi fort agrablement pour Rosette et Charmant.
Ils revinrent au palais faire leur toilette pour le dner.

Rosette monta dans sa laide mansarde; en y entrant, elle vit un
magnifique coffre en bois de rose qui tait ouvert et vide; elle se
dshabilla, et  mesure qu'elle ta ses effets, ils allaient se ranger
d'eux-mmes dans le coffre, qui se referma quand tout fut plac.

[Illustration: Le roi Charmant et la princesse restrent dans les alles
de la fort.]

Elle se recoiffa et se rhabilla encore avec soin, et, quand elle courut
 sa glace, elle ne put retenir un cri d'admiration. Sa robe tait en
gaze qui semblait faite d'ailes de papillons, tant elle tait fine,
lgre et brillante; elle tait parseme de diamants qui brillaient
comme des tincelles; le bas de la robe, le corsage et la taille taient
garnis de franges de diamants clatants comme des soleils. Sa tte tait
 moiti couverte d'une rsille de diamants termine par de gros glands
de diamants qui tombaient jusque sur son cou; chaque diamant tait gros
comme une poire et valait un royaume. Son collier, ses bracelets taient
en diamants si gros et si tincelants, qu'ils faisaient mal aux yeux
lorsqu'on les regardait fixement.

Rosette remercia tendrement sa marraine, et sentit encore sur sa joue le
doux baiser du matin. Elle suivit le page, entra dans les salons; le roi
Charmant l'attendait  la porte, lui offrit son bras, la mena jusqu'au
salon o taient le roi et la reine. Rosette alla les saluer; Charmant
vit avec indignation les regards furieux que jetaient  la pauvre
Rosette le roi, la reine et les princesses. Comme le matin, il resta
prs d'elle, et fut tmoin de l'admiration qu'inspirait Rosette et du
dpit de ses soeurs. Rosette tait triste de se voir l'objet de la
haine de son pre, de sa mre, de ses soeurs. Charmant s'aperut de sa
tristesse et lui en demanda la cause; elle la lui dit franchement.

Quand donc, chre Rosette, me permettrez-vous de vous demander  votre
pre? Dans mon royaume, tout le monde vous aimera, et moi plus que tous
les autres.

--Demain, cher prince, je vous transmettrai la rponse de ma marraine,
que j'interrogerai  ce sujet.

On alla dner, Charmant se plaa prs de Rosette, qui causa de la
manire la plus agrable.

Aprs dner, le roi donna des ordres pour que le bal comment. Orangine
et Roussette, qui prenaient des leons de danse depuis dix ans,
dansrent trs bien, mais sans grce; elles savaient que Rosette n'avait
jamais eu occasion de danser, de sorte qu'elles annoncrent d'un air
moqueur que c'tait au tour de Rosette. La modeste Rosette s'en dfendit
vivement, parce qu'il lui rpugnait de se montrer en public et d'attirer
les regards; mais plus elle se dfendait et plus les envieuses soeurs
insistaient, esprant qu'elle allait enfin avoir l'humiliation d'un
chec. La reine mit fin au dbat, en commandant imprieusement  Rosette
d'excuter la danse de ses soeurs.

Rosette se mit en devoir d'obir  la reine; Charmant, voyant son
embarras, lui dit:

Je serai votre cavalier, chre Rosette; quand vous ne saurez pas un
pas, laissez-moi l'excuter seul.

--Merci, cher prince, je reconnais l votre bont. Je vous accepte avec
joie pour cavalier, et j'espre que je ne vous ferai pas rougir.

[Illustration: Chacun les regardait avec une admiration croissante.]

Rosette et Charmant commencrent; jamais on n'avait vu une danse plus
gracieuse, plus vive, plus lgre; chacun les regardait avec une
admiration croissante. C'tait tellement suprieur  la danse d'Orangine
et de Roussette, que celles-ci, ne pouvant plus contenir leur fureur,
voulurent s'lancer sur Rosette pour la souffleter et lui arracher ses
diamants; le roi et la reine, qui ne les perdaient pas de vue et qui
devinrent leurs intentions, les arrtrent et leur dirent  l'oreille:

Prenez garde  la fe Puissante; patience, demain sera le dernier
jour.

Quand la danse fut termine, les applaudissements clatrent de
toute part, et chacun demanda avec instance  Rosette et Charmant de
recommencer. Comme ils n'taient pas fatigus, ils ne voulurent pas se
faire prier, et excutrent une danse nouvelle plus gracieuse et plus
lgre encore que la prcdente. Pour le coup, Orangine et Roussette
n'y tinrent plus; la colre les suffoquait; elles s'vanouirent; on les
emporta sans connaissance. Leurs visages taient tellement enlaidis par
la colre et l'envie, qu'elles n'taient plus jolies du tout; personne
ne les plaignait, parce que tout le monde voyait leur jalousie et
leur mchancet. Les applaudissements et l'enthousiasme pour Rosette
devinrent si bruyants, que pour s'y soustraire elle se rfugia dans le
jardin, ou Charmant la suivit; ils se promenrent le reste de la soire
et s'entretinrent de leurs projets d'avenir, si la fe Puissante
permettait  Rosette d'unir sa vie  celle de Charmant. Les diamants de
Rosette brillaient d'un tel clat que les alles o ils marchaient, les
bosquets o ils s'asseyaient, semblaient clairs par mille toiles.

Il fallut enfin se sparer.

A demain! dit Charmant; j'espre demain pouvoir dire: A toujours!

Rosette monta dans sa chambre; quand elle fut dshabille, sa riche
parure alla se ranger dans un coffre plus beau que les prcdents: il
tait en ivoire sculpt, garni de clous en turquoises. Quand Rosette fut
dshabille et couche, elle teignit sa bougie et dit  mi-voix:

Ma chre, ma bonne marraine, que dois-je rpondre demain au roi
Charmant? Dictez ma rponse, chre marraine; quoi que vous m'ordonniez,
je vous obirai.

--Dites oui, ma chre Rosette, rpondit la voix douce de la fe; c'est
moi qui ai arrang ce mariage; c'est pour vous faire connatre le roi
Charmant que j'ai forc votre pre  vous faire assister  ces ftes,

Rosette remercia la bonne fe, et s'endormit aprs avoir senti sur ses
deux joues le baiser maternel de sa protectrice.



V

TROISIME ET DERNIRE JOURNE

Pendant que Rosette dormait paisiblement, le roi, la reine, Orangine
et Roussette rugissaient de colre, se querellaient, s'accusaient
rciproquement des succs de Rosette et de leur propre humiliation. Un
dernier espoir leur restait. Le lendemain, devait avoir lieu une course
en chars. Chaque char, attel de deux chevaux, devait tre conduit par
une dame. On rsolut de donner  Rosette un char trs lev et versant,
attel de deux jeunes chevaux fougueux et non dresss.

Le roi Charmant n'aura pas, dit la reine, un char et des chevaux de
rechange comme le cheval de selle de ce matin: il lui tait facile
de prendre un des siens; mais il ne pourra pas trouver un char tout
attel.

La consolante pense que Rosette pouvait tre tue ou grivement blesse
et dfigure le lendemain, ramena la paix entre ces quatre mchantes
personnes; elles allrent se coucher, rvant aux meilleurs moyens de se
dbarrasser de Rosette, si la course en chars ne suffisait pas.

Orangine et Roussette dormirent peu, de sorte qu'elles taient encore
plus laides et plus dfaites que la veille.

Rosette, qui avait la conscience tranquille et le coeur content, reposa
paisiblement toute la nuit; elle avait t fatigue de sa journe et
elle dormit tard dans la matine.

Quand elle s'veilla, elle avait  peine le temps de faire sa toilette.
La grosse fille de basse-cour lui apporta sa tasse de lait et son
morceau de pain bis. C'taient les ordres de la reine, qui voulait
qu'elle ft traite comme une servante. Rosette n'tait pas difficile;
elle mangea son pain grossier et son lait avec apptit, et commena sa
toilette.

Le coffre d'ivoire avait disparu; elle mit, comme les jours prcdents,
sa robe de torchon, son aile de poule et les accessoires, et alla se
regarder dans la glace.

Elle avait un costume d'amazone en satin paille brod devant et au bas
de saphirs et d'meraudes. Sa toque tait en velours blanc, orne de
plumes de mille couleurs empruntes aux oiseaux les plus rares et
rattaches par un saphir gros comme un oeuf. Elle avait au cou une
chane de montre en saphirs admirables, au bout de laquelle tait une
montre dont le cadran tait une opale, le dessus un seul saphir taill,
et le verre un diamant. Cette montre allait toujours, ne se drangeait
jamais et n'avait jamais besoin d'tre remonte.

Rosette entendit frapper  sa porte et suivit le page.

En entrant dans le salon, elle aperut le roi Charmant, qui l'attendait
avec une vive impatience; il se prcipita au-devant de Rosette, lui
offrit son bras et dit avec empressement:

Eh bien, chre princesse, que vous a dit la fe? Quelle rponse me
donnerez-vous?

--Celle que me dictait mon coeur, cher prince; je vous consacrerai ma
vie comme vous me donnez la vtre.

--Merci, cent fois merci, chre, charmante Rosette. Quand puis-je vous
demander  votre pre?

--Au retour de la course aux chars, cher prince.

--Me permettrez-vous d'ajouter  ma demande celle de conclure notre
mariage aujourd'hui mme? car j'ai hte de vous soustraire  la tyrannie
de votre famille, et de vous emmener dans mon royaume.

Rosette hsitait; la voix de la fe dit  son oreille: Acceptez. La
mme voix dit  l'oreille de Charmant: Pressez le mariage, prince,
et parlez au roi sans retard. La vie de Rosette est menace, et je ne
pourrai pas veiller sur elle pendant huit jours  partir de ce soir au
coucher du soleil.

Charmant tressaillit et dit  Rosette ce qu'il venait d'entendre.
Rosette rpondit que c'tait un avertissement qu'il ne fallait pas
ngliger, car il venait certainement de la fe Puissante.

Elle alla saluer le roi, la reine, ses soeurs; aucun ne lui parla ni ne
la regarda. Elle fut immdiatement entoure d'une foule de princes et
de rois qui tous se proposaient de la demander en mariage le soir mme;
mais aucun n'osa lui en parler,  cause de Charmant qui ne la quittait
pas.

Aprs le repas, on descendit pour prendre les chars; les hommes devaient
monter  cheval, et les femmes conduire les chars.

On amena pour Rosette celui dsign par la reine. Charmant saisit
Rosette au moment o elle sautait dans le char et la dposa  terre.

Vous ne monterez pas dans ce char, princesse; regardez les chevaux.

Rosette vit alors que chacun des chevaux tait contenu par quatre hommes
et qu'ils piaffaient et sautaient avec fureur.

Au mme instant, un joli petit jockey, vtu d'une veste de satin paille
avec des noeuds bleus, cria d'une voix argentine:

L'quipage de la princesse Rosette.

Et on vit approcher un petit char de perles et de nacre, attel de deux
magnifiques chevaux blancs, dont les harnais taient en velours paille
orn de saphirs.

Charmant ne savait s'il devait laisser Rosette monter dans un char
inconnu; il craignait encore quelque sclratesse du roi et de la reine.
La voix de la fe dit  son oreille:

Laissez monter Rosette; ce char et ces chevaux sont un prsent de moi.
Suivez-la partout o la mnera son quipage. La journe s'avance, je
n'ai que quelques heures  donner  Rosette; il faut qu'elle soit dans
votre royaume avant ce soir.

Charmant aida Rosette  monter dans le char et sauta sur son cheval.
Tous les chars partirent; celui de Rosette partit aussi: Charmant ne le
quittait pas d'un pas. Au bout de quelques instants, deux chars monts
par des femmes voiles cherchrent  devancer celui de Rosette; l'un
d'eux se prcipita avec une telle force contre celui de Rosette qu'il
l'et invitablement mis en pices, si ce char n'et pas t fabriqu
par les fes: ce fut donc le char lourd et massif qui fut bris; la
femme voile fut lance sur des pierres, o elle resta tendue sans
mouvement. Pendant que Rosette, qui avait reconnu Orangine, cherchait
 arrter ses chevaux, l'autre char s'lana sur celui de Rosette et
l'accrocha avec la mme violence que le premier; il prouva aussi le
mme sort: il fut bris, et la femme voile lance sur des pierres qui
semblrent se placer l pour la recevoir.

[Illustration: Vous ne monterez pas dans ce char, princesse.]

Rosette reconnut Roussette; elle allait descendre, lorsque Charmant l'en
empcha en disant:

coutez, Rosette.

--Marchez, dit la voix; le roi accourt avec une troupe nombreuse pour
vous tuer tous les deux; le soleil se couche dans peu d'heures; je n'ai
que le temps de vous sauver. Laissez aller mes chevaux, abandonnez le
vtre, roi Charmant.

Charmant sauta dans le char, prs de Rosette, qui tait plus morte que
vive; les chevaux partirent avec une vitesse telle qu'ils faisaient plus
de vingt lieues  l'heure. Pendant longtemps ils se virent poursuivis
par le roi, suivi d'une troupe nombreuse d'hommes arms, mais qui ne
purent lutter contre des chevaux fes; le char volait toujours avec
rapidit; les chevaux redoublaient tellement de vitesse qu'ils finirent
par faire cent lieues  l'heure. Ils coururent ainsi pendant six heures,
au bout desquelles ils s'arrtrent au pied de l'escalier du roi
Charmant.

Tout le palais tait illumin; toute la cour, en habits de fte,
attendait le roi au bas du perron.

Le roi et Rosette, surpris, ne savaient comment s'expliquer cette
rception inattendue. A peine Charmant eut-il aid Rosette  descendre
du char, qu'ils virent devant eux la fe Puissante, qui lui dit:

Soyez les bienvenus dans vos tats. Roi Charmant, suivez-moi; tout est
prpar pour votre mariage. Menez Rosette dans son appartement, pour
qu'elle change de toilette, pendant que je vous expliquerai ce que vous
ne pouvez comprendre dans les vnements de cette journe. J'ai encore
une heure  moi.

La fe et Charmant menrent Rosette dans un appartement orn et meubl
avec le got le plus exquis; elle y trouva des femmes pour la servir.

Je viendrai vous chercher dans peu, chre Rosette, dit la fe, car mes
instants sont compts.

Elle sortit avec Charmant et lui dit:

La haine du roi et de la reine contre Rosette tait devenue si
violente, qu'ils taient rsolus  braver ma vengeance et  se dfaire
de Rosette. Voyant que leur ruse de la course en chars n'avait pas
russi, puisque j'ai substitu mes chevaux  ceux qui devaient tuer
Rosette, ils rsolurent d'employer la force. Le roi s'entoura d'une
troupe de brigands qui lui jurrent tous une aveugle obissance; ils
coururent sur vos traces, et comme le roi voyait votre amour pour
Rosette et qu'il prvoyait que vous la dfendriez jusqu' la mort, il
rsolut de vous sacrifier aussi  sa haine. Orangine et Roussette, qui
ignoraient ce dernier projet du roi, tentrent de faire mourir Rosette
par le moyen que vous avez vu, en brisant son char, petit et lger, avec
les leurs, pesants et massifs. Je viens de les punir tous comme ils le
mritent.

--Orangine et Roussette ont eu la figure tellement meurtrie par les
pierres, qu'elles sont devenues affreuses; je les ai fait revenir de
leur vanouissement, j'ai guri leurs blessures, mais en laissant
les hideuses cicatrices qui les dfigurent; j'ai chang leurs riches
costumes en ceux de pauvres paysannes, et je les ai maries sur-le-champ
avec deux palefreniers brutaux qui ont mission de les battre et
maltraiter jusqu' ce que leur coeur soit chang, ce qui n'arrivera sans
doute jamais.

Quant au roi et  la reine, je les ai mtamorphoss en btes de somme,
et je les ai donns  des matres mchants et exigeants qui leur feront
expier leur sclratesse  l'gard de Rosette. De plus ils sont tous
quatre transports dans votre royaume, et condamns  entendre sans
cesse louer Rosette et son poux.

Il me reste une recommandation  vous faire, cher prince; cachez 
Rosette la punition que j'ai d infliger  ses parents et  ses soeurs.
Elle est si bonne que son bonheur en serait troubl, et je ne veux ni
ne dois faire grce  des mchants dont le coeur est vicieux et
incorrigible.

Charmant remercia vivement la fe, et lui promit le secret. Ils allrent
chercher Rosette, qui tait revtue de la robe de noce prpare par la
fe.

C'tait un tissu de gaze d'or brillante, brode de plusieurs guirlandes
de fleurs et d'oiseaux en pierreries de toutes couleurs, d'une admirable
beaut. Les pierreries qui formaient les oiseaux taient disposes
de manire  produire, au moindre mouvement que faisait Rosette, un
gazouillement plus doux que la musique la plus mlodieuse. Rosette tait
coiffe d'une couronne de fleurs en pierreries plus belles encore que
celles de la robe; son cou et ses bras taient entours d'escarboucles
qui brillaient comme des soleils.

Charmant resta bloui de la beaut de Rosette. La fe le tira de son
extase en lui disant:

Vite, vite, marchons; je n'ai plus qu'une demi-heure, aprs laquelle je
dois me rendre prs de la reine des fes, o je perds toute ma puissance
pendant huit jours. Nous sommes toutes soumises  cette loi dont rien ne
peut nous affranchir.

Charmant prsenta la main  Rosette; la fe les prcdait; ils
marchrent vers la chapelle, qui tait splendidement claire; Charmant
et Rosette reurent la bndiction nuptiale. En rentrant dans les
salons, ils s'aperurent que la fe avait disparu; comme ils taient
srs de la revoir dans huit jours, ils ne s'en affligrent pas. Le roi
prsenta la nouvelle reine  toute sa cour; tout le monde la trouva
aussi charmante, aussi bonne que le roi, et chacun se sentit dispos 
l'aimer comme on aimait le roi.

Par une attention trs aimable, la fe avait transport dans le royaume
de Charmant la ferme o avait t leve Rosette, et tous ses habitants.
Cette ferme se trouva place au bout du parc, de sorte que Rosette
pouvait tous les jours, en se promenant, aller voir sa nourrice. La fe
avait eu soin aussi de transporter dans le palais de Rosette les coffres
qui contenaient les riches toilettes des ftes auxquelles Rosette avait
assist.

Rosette et Charmant furent heureux; ils s'aimrent toujours tendrement.
Rosette ne connut jamais la terrible punition de son pre, de sa mre,
de ses soeurs. Quand elle demanda  Charmant comment ses soeurs se
trouvaient de leur chute, il lui rpondit qu'elles avaient eu le visage
corch, mais qu'elles taient guries, maries, et que la fe avait
dfendu  Rosette de s'en occuper. Rosette n'en parla donc plus.

Quant  Orangine et Roussette, plus elles taient malheureuses, et plus
leur coeur devenait mchant; aussi restrent-elles toujours laides et
servantes de basse-cour.

Le roi et la reine, changs en btes de somme, n'eurent d'autre
consolation que de se donner des coups de dents, des coups de pied; ils
furent obligs de mener leurs matres aux ftes qui se donnrent pour le
mariage de Rosette, et ils manqurent crever de rage en entendant les
loges qu'on lui prodiguait, et en la voyant passer, belle, radieuse et
adore de Charmant.

Ils ne devaient revenir  leur forme premire que lorsque leur coeur
serait chang. On dit que, depuis six mille ans, ils sont toujours btes
de somme.




                              LA
                      PETITE SOURIS GRISE

[Illustration]



I

LA MAISONNETTE

Il y avait un homme veuf qui s'appelait Prudent et qui vivait avec sa
fille. Sa femme tait morte peu de jours aprs la naissance de cette
fille, qui s'appelait Rosalie.

Le pre de Rosalie avait de la fortune; il vivait dans une grande maison
qui tait  lui: la maison tait entoure d'un vaste jardin o Rosalie
allait se promener tant qu'elle voulait.

Elle tait leve avec tendresse et douceur, mais son pre l'avait
habitue  une obissance sans rplique. Il lui dfendait d'adresser des
questions inutiles et d'insister pour savoir ce qu'il ne voulait pas lui
dire. Il tait parvenu,  force de soin et de surveillance,  presque
draciner en elle un dfaut malheureusement trop commun, la curiosit.

Rosalie ne sortait jamais du parc, qui tait entour de murs levs.
Jamais elle ne voyait personne que son pre; il n'y avait aucun
domestique dans la maison; tout semblait s'y faire de soi-mme; Rosalie
avait toujours ce qu'il lui fallait, soit en vtements, soit en livres,
soit en ouvrages ou en joujoux. Son pre l'levait lui-mme, et Rosalie,
quoiqu'elle et prs de quinze ans, ne s'ennuyait pas et ne songeait pas
qu'elle pouvait vivre autrement et entoure de monde.

Il y avait au fond du parc une maisonnette sans fentres et qui n'avait
qu'une seule porte, toujours ferme. Le pre de Rosalie y entrait tous
les jours, et en portait toujours sur lui la clef; Rosalie croyait que
c'tait une cabane pour enfermer les outils du jardin; elle n'avait
jamais song  en parler. Un jour qu'elle cherchait un arrosoir pour ses
fleurs, elle dit  son pre:

Mon pre, donnez-moi, je vous prie, la clef de la maisonnette du
jardin.

--Que veux-tu faire de cette clef, Rosalie?

--J'ai besoin d'un arrosoir; je pense que j'en trouverai un dans cette
maisonnette.

--Non, Rosalie, il n'y a pas d'arrosoir l dedans.

La voix de Prudent tait si altre en prononant ces mots, que Rosalie
le regarda et vit avec surprise qu'il tait ple et que la sueur
inondait son front.

Qu'avez-vous, mon pre? dit Rosalie effraye.

--Rien, ma fille, rien.

--C'est la demande de cette clef qui vous a boulevers, mon pre: qu'y
a-t-il donc dans cette maison, qui vous cause une telle frayeur?

--Rosalie, tu ne sais ce que tu dis: va chercher ton arrosoir dans la
serre.

--Mais, mon pre, qu'y a-t-il dans cette maisonnette?

--Rien qui puisse t'intresser, Rosalie.

--Mais pourquoi y allez-vous tous les jours sans jamais me permettre de
vous accompagner?

--Rosalie, tu sais que je n'aime pas les questions, et que la curiosit
est un vilain dfaut.

Rosalie ne dit plus rien, mais elle resta pensive. Cette maisonnette, 
laquelle elle n'avait jamais song, lui trottait dans la tte.

Que peut-il y avoir l dedans? se disait-elle. Comme mon pre a pli
quand j'ai demand d'y entrer!... Il pensait donc que je courais quelque
danger en y allant!... Mais pourquoi lui-mme y va-t-il tous les
jours?... C'est sans doute pour porter  manger  la bte froce qui s'y
trouve renferme.... Mais s'il y avait une bte froce, je l'entendrais
rugir ou s'agiter dans sa prison; jamais on n'entend aucun bruit dans
cette cabane; ce n'est donc pas une bte! D'ailleurs elle dvorerait mon
pre quand il y va,...  moins qu'elle ne soit attache.... Mais si elle
est attache, il n'y a pas de danger pour moi non plus. Qu'est-ce que
cela peut tre?... Un prisonnier!... Mais mon pre est bon; il ne
voudrait pas priver d'air et de libert un malheureux innocent!... Il
faudra absolument que je dcouvre ce mystre.... Comment faire?... Si je
pouvais soustraire  mon pre cette clef, seulement pour une demi-heure!
Peut-tre l'oubliera-t-il un jour....

Elle fut tire de ses rflexions par son pre, qui l'appelait d'une voix
altre.

Me voici, mon pre; je rentre.

Elle rentra en effet et examina son pre, dont le visage ple et dfait
indiquait une vive agitation. Plus intrigue encore, elle rsolut de
feindre la gaiet et l'insouciance pour donner de la scurit  son
pre, et arriver ainsi  s'emparer de la clef,  laquelle il ne
penserait peut-tre pas toujours si Rosalie avait l'air de n'y plus
songer elle-mme.

Ils se mirent  table; Prudent mangea peu, et fut silencieux et triste,
malgr ses efforts pour paratre gai. Rosalie montra une telle gaiet,
une telle insouciance, que son pre finit par retrouver sa tranquillit
accoutume.

Rosalie devait avoir quinze ans dans trois semaines; son pre lui avait
promis pour sa fte une agrable surprise. Quelques jours se passrent;
il n'y en avait plus que quinze  attendre.

Un matin Prudent dit  Rosalie:

Ma chre enfant, je suis oblig de m'absenter pour une heure. C'est
pour tes quinze ans que je dois sortir. Attends-moi dans la maison,
et, crois-moi, ma Rosalie, ne te laisse pas aller  la curiosit. Dans
quinze jours tu sauras ce que tu dsires tant savoir, car je lis dans
ta pense; je sais ce qui t'occupe. Adieu, ma fille, garde-toi de la
curiosit.

Prudent embrassa tendrement sa fille et s'loigna comme s'il avait de la
rpugnance  la quitter.

Quand il fut parti, Rosalie courut  la chambre de son pre, et quelle
fut sa joie en voyant la clef oublie sur la table!

Elle la saisit et courut bien vite au bout du parc; arrive  la
maisonnette, elle se souvint des paroles de son pre: _Garde-toi de la
curiosit_; elle hsita et fut sur le point de reporter la clef sans
avoir regard dans la maisonnette, lorsqu'elle entendit sortir un lger
gmissement; elle colla son oreille contre la porte et entendit une
toute petite voix qui chantait doucement:

  Je suis prisonnire,
  Et seule sur la terre.
  Bientt je dois mourir,
  D'ici jamais sortir.

Plus de doute, se dit-elle; c'est une malheureuse crature que mon pre
tient enferme.

Et frappant doucement  la porte, elle dit:

Qui tes-vous et que puis-je faire pour vous?

--Ouvrez-moi, Rosalie; de grce, ouvrez-moi.

--Mais pourquoi tes-vous prisonnire? N'avez-vous pas commis quelque
crime?

--Hlas! non, Rosalie; c'est un enchanteur qui me retient ici.
Sauvez-moi, et je vous tmoignerai ma reconnaissance en vous racontant
ce que je suis.

Rosalie n'hsita plus, sa curiosit l'emporta sur son obissance; elle
mit la clef dans la serrure; mais sa main tremblait et elle ne pouvait
ouvrir; elle allait y renoncer, lorsque la petite voix continua:

Rosalie, ce que j'ai  vous dire vous instruira de bien des choses qui
vous intressent; votre pre n'est pas ce qu'il parat tre.

A ces mots, Rosalie fit un dernier effort; la clef tourna et la porte
s'ouvrit.



II

LA FE DTESTABLE

Rosalie regarda avidement; la maisonnette tait sombre; elle ne voyait
rien; elle entendit la petite voix qui dit:

Merci, Rosalie, c'est  toi que je dois ma dlivrance.

La voix semblait venir de terre; elle regarda, et aperut dans un coin
deux petits yeux brillants qui la regardaient avec malice.

Ma ruse a russi, Rosalie, pour te faire cder  ta curiosit. Si je
n'avais chant et parl, tu t'en serais retourne et j'tais perdue.
Maintenant que tu m'as dlivre, toi et ton pre vous tes en mon
pouvoir.

Rosalie, sans bien comprendre encore l'tendue du malheur qu'elle avait
caus par sa dsobissance, devina pourtant que c'tait une ennemie
dangereuse que son pre retenait captive, et elle voulut se retirer et
fermer la porte.

[Illustration: Elle colla son oreille contre la porte.]

Halte-l, Rosalie, il n'est plus en ton pouvoir de me retenir dans
cette odieuse prison, d'o je ne serais jamais sortie si tu avais
attendu tes quinze ans.

Au mme moment la maisonnette disparut; la clef seule resta dans les
mains de Rosalie consterne. Elle vit alors prs d'elle une petite
Souris grise qui la regardait avec ses petits yeux tincelants et qui se
mit  rire d'une petite voix discordante.

Hi! hi! hi! quel air effar tu as, Rosalie! En vrit, tu m'amuses
normment. Que tu es donc gentille d'avoir t si curieuse! Voil
prs de quinze ans que je suis enferme dans cette affreuse prison, ne
pouvant faire du mal  ton pre, que je hais, et  toi que je dteste
parce que tu es sa fille.

--Et qui tes-vous donc, mchante Souris?

--Je suis l'ennemie de ta famille, ma mie! Je m'appelle la fe
Dtestable, et je porte bien mon nom, je t'assure; tout le monde me
dteste et je dteste tout le monde. Je te suivrai partout, Rosalie.

--Laissez-moi, misrable! une Souris n'est pas bien  craindre, et je
trouverai bien moyen de me dbarrasser de vous.

--C'est ce que nous verrons, ma mie; je m'attache  vos pas partout o
vous irez.

Rosalie courut du ct de la maison; chaque fois qu'elle se retournait,
elle voyait la Souris qui galopait aprs elle en riant d'un air moqueur.
Arrive dans la maison, elle voulut craser la Souris dans la porte,
mais la porte resta ouverte malgr les efforts de Rosalie, tandis que la
Souris restait sur le seuil.

Attends, mchante bte! s'cria Rosalie, hors d'elle de colre et
d'effroi.

Elle saisit un balai et allait en donner un coup violent sur la Souris,
lorsque le balai devint flamboyant et lui brla les mains; elle le jeta
vite  terre et le poussa du pied dans la chemine pour que le plancher
ne prit pas feu. Alors, saisissant un chaudron qui bouillait au feu,
elle le jeta sur la Souris; mais l'eau bouillante tait devenue du bon
lait frais; la Souris se mit  boire en disant:

Que tu es aimable, Rosalie! non contente de m'avoir dlivre, tu me
donnes un excellent djeuner!

La pauvre Rosalie se mit  pleurer amrement; elle ne savait que
devenir, lorsqu'elle entendit son pre qui rentrait.

Mon pre! dit-elle, mon pre! Oh! Souris, par piti, va-t'en! que mon
pre ne te voie pas!

--Je ne m'en irai pas, mais je veux bien me cacher derrire tes talons,
jusqu' ce que ton pre apprenne ta dsobissance.

A peine la Souris tait-elle blottie derrire Rosalie, que Prudent
entra; il regarda Rosalie, dont l'air embarrass et la pleur
trahissaient l'effroi.

Rosalie, dit Prudent d'une voix tremblante, j'ai oubli la clef de la
maisonnette; l'as-tu trouve?

--La voici, mon pre, dit Rosalie en la lui prsentant et devenant trs
rouge.

--Qu'est-ce donc que cette crme renverse?

--Mon pre, c'est le chat.

--Comment, le chat? Le chat a apport au milieu de la chambre une
chaudronne de lait pour le rpandre?

--Non, mon pre, c'est moi qui, en le portant, l'ai renvers.

Rosalie parlait bien has et n'osait pas regarder son pre.

Prends le balai, Rosalie, pour enlever cette crme.

--Il n'y a plus de balai, mon pre.

--Plus de balai! Il y en avait un quand je suis sorti.

--Je l'ai brl, mon pre, par mgarde, en..., en....

Elle s'arrta. Son pre la regarda fixement, jeta un coup d'oeil
inquiet autour de la chambre, soupira et se dirigea lentement vers la
maisonnette du parc.

Rosalie tomba sur une chaise en sanglotant; la Souris ne bougeait
pas. Peu d'instants aprs, Prudent rentra prcipitamment, le visage
boulevers d'effroi.

Rosalie, malheureuse enfant, qu'as-tu fait? Tu as cd  ta fatale
curiosit, et tu as dlivr notre plus cruelle ennemie.

--Mon pre, pardonnez-moi, pardonnez-moi, s'cria Rosalie en se jetant 
ses pieds; j'ignorais le mal que je faisais.

--C'est ce qui arrive toujours quand on dsobit, Rosalie: on croit ne
faire qu'un petit mal, et on en fait un trs grand  soi et aux autres.

--Mais, mon pre, qu'est-ce donc que cette Souris qui vous cause une si
grande frayeur? Comment, si elle a tant de pouvoir, la reteniez-vous
prisonnire, et pourquoi ne pouvez-vous pas la renfermer de nouveau?

--Cette Souris, ma fille, est une fe mchante et puissante; moi-mme je
suis le gnie Prudent, et puisque tu as dlivr mon ennemie, je puis te
rvler ce que je devais te cacher jusqu' l'ge de quinze ans.

Je suis donc, comme je te le disais, le gnie Prudent; ta mre n'tait
qu'une simple mortelle; mais ses vertus et sa beaut touchrent la
reine des fes aussi bien que le roi des gnies, et ils me permirent de
l'pouser.

Je donnai de grandes ftes pour mon mariage; malheureusement j'oubliai
d'y convoquer la fe Dtestable, qui, dj irrite de me voir pouser
une princesse, aprs mon refus d'pouser une de ses filles, me jura une
haine implacable ainsi qu' ma femme et  mes enfants.

Je ne m'effrayai pas de ses menaces, parce que j'avais moi-mme une
puissance presque gale  la sienne, et que j'tais fort aim de la
reine des fes. Plusieurs fois j'empchai par mes enchantements l'effet
de la haine de Dtestable. Mais, peu d'heures aprs ta naissance,
ta mre ressentit des douleurs trs vives, que je ne pus calmer; je
m'absentai un instant pour invoquer le secours de la reine des fes.
Quand je revins, ta mre n'existait plus: la mchante fe avait profit
de mon absence pour la faire mourir, et elle allait te douer de tous
les vices et de tous les maux possibles; heureusement que mon retour
paralysa sa mchancet. Je l'arrtai au moment o elle venait de te
douer d'une curiosit qui devait faire ton malheur et te mettre  quinze
ans sous son entire dpendance. Par mon pouvoir uni  celui de la reine
des fes, je contre-balanai cette fatale influence, et nous dcidmes
que tu ne tomberais  quinze ans en son pouvoir que si tu succombais
trois fois  ta curiosit dans des circonstances graves. En mme
temps la reine des fes, pour punir Dtestable, la changea en souris,
l'enferma dans la maisonnette que tu as vue, et dclara qu'elle ne
pourrait pas en sortir, Rosalie,  moins que tu ne lui en ouvrisses
volontairement la porte; qu'elle ne pourrait reprendre sa premire forme
de fe que si tu succombais trois fois  ta curiosit avant l'ge de
quinze ans; enfin, que si tu rsistais au moins une fois  ce funeste
penchant, tu serais  jamais affranchie, ainsi que moi, du pouvoir de
Dtestable. Je n'obtins toutes ces faveurs qu' grand'peine, Rosalie, et
en promettant que je partagerais ton sort et que je deviendrais comme
toi l'esclave de Dtestable si tu te laissais aller trois fois  ta
curiosit. Je me promis de t'lever de manire  dtruire en toi ce
fatal dfaut, qui pouvait causer tant de malheurs.

C'est pour cela que je t'enfermai dans cette enceinte; que je ne te
permis jamais de voir aucun de tes semblables, pas mme de domestiques.
Je te procurais par mon pouvoir tout ce que tu pouvais dsirer, et dj
je m'applaudissais d'avoir si bien russi; dans trois semaines tu devais
avoir quinze ans, et te trouver  jamais dlivre du joug odieux de
Dtestable, lorsque tu me demandas cette clef  laquelle tu semblais
n'avoir jamais pens. Je ne pus te cacher l'impression douloureuse que
fit sur moi cette demande; mon trouble excita ta curiosit; malgr ta
gaiet, ton insouciance factice, je pntrai dans ta pense, et juge de
ma douleur quand la reine des fes m'ordonna de te rendre la tentation
possible et la rsistance mritoire, en laissant ma clef  ta porte au
moins une fois! Je dus la laisser, cette clef fatale, et te faciliter,
par mon absence, les moyens de succomber; imagine, Rosalie, ce que je
souffris pendant l'heure que je dus te laisser seule, et quand je vis 
mon retour ton embarras et ta rougeur, qui ne m'indiquaient que trop que
tu n'avais pas eu le courage de rsister. Je devais tout te cacher et ne
t'instruire de ta naissance et des dangers que tu avais courus que le
jour o tu aurais quinze ans, sous peine de te voir tomber au pouvoir de
Dtestable.

Et maintenant, Rosalie, tout n'est pas perdu; tu peux encore racheter
ta faute en rsistant pendant quinze jours  ton funeste penchant. Tu
devais tre unie  quinze ans  un charmant prince de nos parents, le
prince Gracieux; cette union est encore possible.

Ah! Rosalie, ma chre enfant; par piti pour toi, si ce n'est pas pour
moi, aie du courage et rsiste.

Rosalie tait reste aux genoux de son pre, le visage cach dans ses
mains et pleurant amrement;  ces dernires paroles, elle reprit un peu
de courage, et, l'embrassant tendrement, elle lui dit:

Oui, mon pre, je vous le jure, je rparerai ma faute; ne me quittez
pas, mon pre, et je chercherai prs de vous le courage qui pourrait me
manquer si j'tais prive de votre sage et paternelle surveillance.

--Ah! Rosalie, il n'est plus en mon pouvoir de rester prs de toi; je
suis sous la puissance de mon ennemie; elle ne me permettra sans doute
pas de rester pour te prmunir contre les piges que te tendra sa
mchancet. Je m'tonne de ne l'avoir pas encore vue, car le spectacle
de mon affliction doit avoir pour elle de la douceur.

--J'tais prs de toi aux pieds de ta fille, dit la Souris grise de sa
petite voix aigre, en se montrant au malheureux gnie. Je me suis amuse
au rcit de ce que je t'ai dj fait souffrir, et c'est ce qui fait que
je ne me suis pas montre plus tt. Dis adieu  ta chre Rosalie; je
l'emmne avec moi, et je te dfends de la suivre.

En disant ces mots, elle saisit, avec ses petites dents aigus, le bas
de la robe de Rosalie, pour l'entraner aprs elle. Rosalie poussa des
cris perants en se cramponnant  son pre; une force irrsistible
l'entranait. L'infortun gnie saisit un bton et le leva sur la
Souris; mais, avant qu'il et le temps de l'abaisser, la Souris posa sa
petite patte sur le pied du gnie, qui resta immobile et semblable  une
statue. Rosalie tenait embrasss les genoux de son pre et criait grce
 la Souris; mais celle-ci, riant de son petit rire aigu et diabolique,
lui dit:

Venez, venez, ma mie, ce n'est pas ici que vous trouveriez de quoi
succomber deux autres fois  votre gentil dfaut; nous allons courir le
monde ensemble, et je vous ferai voir du pays en quinze jours.

La Souris tirait toujours Rosalie, dont les bras, enlacs autour de son
pre, rsistaient  la force extraordinaire qu'employait son ennemie.
Alors la Souris poussa un petit cri discordant, et subitement toute
la maison fut en flammes. Rosalie eut assez de prsence d'esprit pour
rflchir qu'en se laissant brler elle perdait tout moyen de sauver son
pre, qui resterait ternellement sous le pouvoir de Dtestable, tandis
qu'en conservant sa propre vie, elle conservait aussi les chances de le
sauver.

Adieu, mon pre! s'cria-t-elle; au revoir dans quinze jours! Votre
Rosalie vous sauvera aprs vous avoir perdu.

Et elle s'chappa pour ne pas tre dvore par les flammes.

Elle courut quelque temps, ne sachant o elle allait; elle marcha ainsi
plusieurs heures; enfin, accable de fatigue, demi-morte de faim, elle
se hasarda  aborder une bonne femme qui tait assise  sa porte.

Madame, dit-elle, veuillez me donner asile; je meurs de faim et de
fatigue; permettez-moi d'entrer et de passer la nuit chez vous.

--Comment une si belle fille se trouve-t-elle sur les grandes routes, et
qu'est-ce que cette bte qui vous accompagne et qui a la mine d'un petit
dmon?

Rosalie, se retournant, vit la Souris grise qui la regardait d'un air
moqueur.

Elle voulut la chasser, mais la Souris refusait obstinment de s'en
aller. La bonne femme, voyant cette lutte, hocha la tte et dit:

Passez votre chemin, la belle: je ne loge pas chez moi le diable et ses
protgs.

Rosalie continua sa route en pleurant, et partout o elle se prsenta,
on refusa de la recevoir avec sa Souris qui ne la quittait pas. Elle
entra dans une fort o elle trouva heureusement un ruisseau pour
tancher sa soif, des fruits et des noisettes en abondance; elle but,
mangea, et s'assit prs d'un arbre, pensant avec inquitude  son pre
et  ce qu'elle deviendrait pendant quinze jours. Tout en rflchissant,
Rosalie, pour ne pas voir la maudite Souris grise, ferma les yeux;
la fatigue et l'obscurit amenrent le sommeil: elle s'endormit
profondment.



III

LE PRINCE GRACIEUX

Pendant que Rosalie dormait, le prince Gracieux faisait une chasse aux
flambeaux dans la fort; le cerf, vivement poursuivi par les chiens,
vint se blottir effar prs du boisson o dormait Rosalie. La meute et
les chasseurs s'lancrent aprs le cerf; mais tout d'un coup les chiens
cessrent d'aboyer et se grouprent silencieux autour de Rosalie. Le
prince descendit de cheval pour remettre les chiens en chasse. Quelle
ne fut pas sa surprise en apercevant une belle jeune fille qui dormait
paisiblement dans cette fort! Il regarda autour d'elle et ne vit
personne; elle tait seule, abandonne. En l'examinant de plus prs, il
vit la trace des larmes qu'elle avait rpandues et qui s'chappaient
encore de ses yeux ferms. Rosalie tait vtue simplement, mais d'une
toffe de soie qui dnotait plus que de l'aisance; ses jolies mains
blanches, ses ongles roses, ses beaux cheveux chtains, soigneusement
relevs par un peigne d'or, sa chaussure lgante, un collier de perles
fines, indiquaient un rang lev.

[Illustration: Madame, dit-elle, veuillez me donner asile.]

Elle ne s'veillait pas, malgr le pitinement des chevaux, des
aboiements des chiens, le tumulte d'une nombreuse runion d'hommes. Le
prince, stupfait, ne se lassait pas de regarder Rosalie; aucune des
personnes de la cour ne la connaissait. Inquiet de ce sommeil obstin,
Gracieux lui prit doucement la main: Rosalie dormait toujours; le prince
secoua lgrement cette main, mais sans pouvoir l'veiller.

Je ne puis, dit-il  ses officiers, abandonner ainsi cette malheureuse
enfant, qui aura peut-tre t gare  dessein, victime de quelque
odieuse mchancet. Mais comment l'emporter endormie?

--Prince, lui dit son grand veneur Hubert, ne pourrions-nous faire
un brancard de branchages et la porter ainsi dans quelque htellerie
voisine, pendant que Votre Altesse continuera la chasse?

--Votre ide est bonne, Hubert; faites faire un brancard sur lequel nous
la dposerons; mais ce n'est pas  une htellerie que vous la porterez,
c'est dans mon propre palais. Cette jeune personne doit tre de haute
naissance, elle est belle comme en ange; je veux veiller moi-mme  ce
qu'elle reoive les soins auxquels elle a droit.

Hubert et les officiers eurent bientt arrang un brancard sur lequel
le prince tendit son propre manteau; puis, s'approchant de Rosalie
toujours endormie, il l'enleva doucement dans ses bras et la posa sur le
manteau. A ce moment, Rosalie sembla rver; elle sourit, et murmura
 mi-voix: Mon pre, mon pre!... sauv  jamais!... la reine des
fes,... le prince Gracieux,... je le vois,... qu'il est beau!

Le prince, surpris d'entendre prononcer son nom, ne douta plus que
Rosalie ne fut une princesse sous le joug de quelque enchantement.
Il fit marcher bien doucement les porteurs du brancard, afin que le
mouvement n'veillt pas Rosalie; il se tint tout le temps  ses cts.

On arriva au palais de Gracieux; il donna des ordres pour qu'on prpart
l'appartement de la reine, et, ne voulant pas souffrir que personne
toucht  Rosalie, il la porta lui-mme jusqu' sa chambre, o il la
dposa sur un lit, en recommandant aux femmes qui devaient la servir de
le prvenir aussitt qu'elle serait rveille.

Rosalie dormit jusqu'au lendemain; il faisait grand jour quand elle
s'veilla; elle regarda autour d'elle avec surprise: la mchante Souris
n'tait pas prs d'elle; elle avait disparu.

Serais-je dlivre de cette mchante fe Dtestable? dit Rosalie avec
joie; suis-je chez quelque fe plus puissante qu'elle?

[Illustration: A ce moment, Rosalie semble rver.]

Elle alla  la fentre; elle vit des hommes d'armes, des officiers pars
de brillants uniformes. De plus en plus surprise, elle allait appeler un
de ces hommes qu'elle croyait tre autant de gnies et d'enchanteurs,
lorsqu'elle entendit marcher; elle se retourna et vit le prince
Gracieux, qui, revtu d'un lgant et riche costume de chasse,
tait devant elle, la regardant avec admiration. Rosalie reconnut
immdiatement le prince de son rve, et s'cria involontairement;

Le prince Gracieux!

--Vous me connaissez, Madame? dit le prince tonn. Comment, si vous
m'avez reconnu, ai-je pu, moi, oublier votre nom et vos traits?

--Je ne vous ai vu qu'en rve, prince, rpondit Rosalie en rougissant;
quant  mon nom, vous ne pouvez le connatre, puisque moi-mme je ne
connais que depuis hier celui de mon pre.

--Et quel est-il, Madame, ce nom qui vous a t cach si longtemps?

Rosalie lui raconta alors tout ce qu'elle avait appris de son pre; elle
lui avoua navement sa coupable curiosit et les fatales consquences
qui s'en taient suivies.

Jugez de ma douleur, prince, quand je dus quitter mon pre pour me
soustraire aux flammes que la mchante fe avait allumes, quand,
repousse de partout  cause de la Souris grise, je me trouvai expose
 mourir de froid et de faim! Mais bientt un sommeil lourd et plein de
rves s'empara de moi; j'ignore comment je suis ici et si c'est chez
vous que je me trouve.

Gracieux lui raconta comment il l'avait trouve endormie dans la fort,
les paroles de son rve qu'il avait entendues, et il ajouta:

Ce que votre pre ne vous a pas dit, Rosalie, c'est que la reine des
fes, notre parente, avait dcid que vous seriez ma femme lorsque
vous auriez quinze ans; c'est elle sans doute qui m'a inspir le dsir
d'aller chasser aux flambeaux, afin que je pusse vous trouver dans cette
fort o vous tiez perdue. Puisque vous aurez quinze ans dans peu de
jours, Rosalie, daignez considrer mon palais comme le vtre; veuillez
d'avance y commander en reine. Bientt votre pre vous sera rendu, et
nous pourrons aller faire clbrer notre mariage.

Rosalie remercia vivement son jeune et beau cousin; elle passa dans sa
chambre de toilette, o elle trouva des femmes qui l'attendaient avec
un grand choix de robes et de coiffures. Rosalie, qui ne s'tait jamais
occupe de sa toilette, mit la premire robe qu'on lui prsenta, qui
tait en gaze rose garnie de dentelles, et une coiffure en dentelles
avec des roses moussues; ses beaux cheveux chtains furent relevs en
tresse formant une couronne. Quand elle fut prte, le prince vint la
chercher pour la mener djeuner.

Rosalie mangea comme une personne qui n'a pas dn la veille; aprs le
repas, le prince la mena dans le jardin; il lui fit voir les serres, qui
taient magnifiques; au bout d'une des serres, il y avait une petite
rotonde garnie de fleurs choisies; au milieu tait une caisse qui
semblait contenir un arbre, mais une toile cousue l'enveloppait
entirement; on voyait seulement  travers la toile quelques points
briller d'un clat extraordinaire.



IV

L'ARBRE DE LA ROTONDE

Rosalie admira beaucoup toutes les fleurs; elle croyait que le prince
allait soulever ou dchirer la toile de cet arbre mystrieux, mais il se
disposa  quitter la serre sans en avoir parl  Rosalie.

Qu'est-ce donc que cet arbre si bien envelopp, prince? demanda
Rosalie.

--Ceci est le cadeau de noces que je vous destine; mais vous ne devez
pas le voir avant vos quinze ans, dit le prince gaiement.

--Mais qu'y a-t-il de si brillant sous la toile? insista Rosalie.

--Vous le saurez dans peu de jours, Rosalie, et je me flatte que mon
prsent ne sera pas un prsent ordinaire.

--Et ne puis-je le voir avant?

--Non, Rosalie; la reine des fes m'a dfendu de vous le montrer avant
que vous soyez ma femme, sous peine de grands malheurs. J'ose esprer
que vous m'aimerez assez pour contenir pendant quelques jours votre
curiosit.

Ces derniers mots firent trembler Rosalie, en lui rappelant la Souris
grise et les malheurs qui la menaaient ainsi que son pre si elle se
laissait aller  la tentation qui lui tait sans doute envoye par son
ennemie, la fe Dtestable. Elle ne parla donc plus de cette toile
mystrieuse, et elle continua sa promenade avec le prince; toute la
journe se passa agrablement. Le prince lui prsenta les dames de
sa cour, et leur dit  toutes qu'elles eussent  respecter dans la
princesse Rosalie l'pouse que lui avait choisie la reine des fes.
Rosalie fut trs aimable pour tout le monde, et chacun se rjouit
de l'ide d'avoir une si charmante reine. Le lendemain et les jours
suivants se passrent en ftes, en chasses, en promenades, le prince
et Rosalie voyaient approcher avec bonheur le jour de la naissance de
Rosalie, qui devait tre aussi celui de leur mariage; le prince, parce
qu'il aimait tendrement sa cousine, et Rosalie, parce qu'elle aimait le
prince, parce qu'elle dsirait vivement revoir son pre, et aussi parce
qu'elle souhaitait ardemment voir ce que contenait la caisse de la
rotonde. Elle y pensait sans cesse; la nuit elle y rvait, et, dans les
moments o elle tait seule, elle avait une peine extrme  ne pas aller
dans les serres, pour tcher de dcouvrir le mystre.

Enfin arriva le dernier jour d'attente: le lendemain Rosalie devait
avoir quinze ans. Le prince tait trs occup des prparatifs de
son mariage, auquel devaient assister toutes les bonnes fes de sa
connaissance et la reine des fes. Rosalie se trouva seule dans la
matine; elle alla se promener, et, tout en rflchissant au bonheur du
lendemain, elle se dirigea machinalement vers la rotonde; elle y entra
pensive et souriante, et se trouva en face de la toile qui recouvrait le
trsor.

C'est demain, dit-elle, que je dois enfin savoir ce que renferme cette
toile.... Si je voulais, je pourrais bien le savoir ds aujourd'hui, car
j'aperois quelques petites ouvertures dans lesquelles j'introduirais
facilement les doigts... et en tirant un peu dessus.... Au fait, qui
est-ce qui le saurait? Je rapprocherais la toile aprs y avoir un peu
regard.... Puisque ce doit tre  moi demain, je puis bien y jeter un
coup d'oeil aujourd'hui.

Elle regarda autour d'elle, ne vit personne, et, oubliant entirement,
dans son dsir extrme de satisfaire sa curiosit, la bont du prince et
les dangers qui les menaaient si elle cdait  la tentation, elle passa
ses doigts dans une des ouvertures, tira lgrement: la toile se dchira
du haut en bas avec un bruit semblable au tonnerre, et offrit aux yeux
tonns de Rosalie un arbre dont la tige tait en corail et les feuilles
en meraudes; les fruits qui couvraient l'arbre taient des pierres
prcieuses de toutes couleurs, diamants, perles, rubis, saphirs, opales,
topazes, etc., aussi gros que les fruits qu'ils reprsentaient, et d'un
tel clat que Rosalie en fut blouie. Mais  peine avait-elle envisag
cet arbre sans pareil, qu'un bruit plus fort que le premier la tira de
son extase: elle se sentit enlever et transporter dans une plaine, d'o
elle aperut le palais du prince s'croulant; des cris effroyables
sortaient des ruines du palais, et bientt Rosalie vit le prince
lui-mme sortir des dcombres, ensanglant, couvert de haillons. Il
s'avana vers elle et lui dit tristement:

Rosalie, ingrate Rosalie, vois  quel tat tu m'as rduit, moi et toute
ma cour. Aprs ce que tu viens de faire, je ne doute pas que tu ne cdes
une troisime fois  ta curiosit, que tu consommes mon malheur, celui
de ton pre et le tien. Adieu, Rosalie, adieu! Puisse le repentir expier
ton ingratitude envers un malheureux prince qui t'aimait et qui ne
voulait que ton bonheur!

En disant ces mots, il s'loigna lentement. Rosalie s'tait jete 
genoux; inonde de larmes, elle l'appelait: mais il disparut  ses yeux,
sans mme se retourner pour contempler son dsespoir. Elle tait prte 
s'vanouir, lorsqu'elle entendit le petit rire discordant de la Souris
grise, qui tait devant elle.

Remercie-moi donc, Rosalie, de t'avoir si bien aide. C'est moi qui
t'envoyais la nuit ces beaux rves de la toile mystrieuse; c'est moi
qui ai rong la toile pour te faciliter les moyens d'y regarder; sans
cette dernire ruse, je crois bien que tu tais perdue pour moi, ainsi
que ton pre et ton prince Gracieux. Mais encore une petite peccadille,
ma mie, et vous serez  moi pour toujours.

Et la Souris, dans sa joie infernale, se mit  danser autour de Rosalie;
ces paroles, toutes mchantes qu'elles taient, n'excitrent pas la
colre de Rosalie.

C'est ma faute, se dit-elle; sans ma fatale curiosit, sans ma coupable
ingratitude, la Souris grise n'aurait pas russi  me faire commettre
une si indigne action. Je dois l'expier par ma douleur, par ma patience
et par la ferme volont de rsister  la troisime preuve, quelque
difficile qu'elle soit. D'ailleurs, je n'ai que quelques heures
d'attente, et de moi dpendent, comme le disait mon cher prince, son
bonheur, celui de mon pre et le mien.

Rosalie ne bougea donc pas; la Souris grise avait beau employer tous les
moyens possibles pour la faire marcher, Rosalie persista  rester en
face des ruines du palais.



V

LA CASSETTE

Toute la journe se passa ainsi; Rosalie souffrait cruellement de la
soif.

Ne dois-je pas souffrir bien plus encore, se disait-elle, pour me punir
de ce que j'ai fait souffrir  mon pre et  mon cousin? J'attendrai ici
mes quinze ans.

La nuit commenait  tomber, quand une vieille femme, qui passait,
s'approcha d'elle et lui dit:

Ma belle enfant, voudriez-vous me rendre le service de me garder cette
cassette qui est bien lourde  porter, pendant que je vais aller prs
d'ici voir une parente?

--Volontiers, Madame, dit Rosalie, qui tait trs complaisante.

La vieille lui remit la cassette en disant:

Merci, la belle enfant; je ne serai pas longtemps absente. Ne regardez
pas ce qu'il y a dans cette cassette, car elle contient des choses...,
des choses comme vous n'en avez jamais vues... et comme vous n'en
reverrez jamais. Ne la posez pas trop rudement, car elle est en corce
fragile, et un choc un peu rude pourrait la rompre.... Et alors vous
verriez ce qu'elle contient.... Et personne ne doit voir ce qui s'y
trouve enferm.

Elle partit en disant ces mots. Rosalie posa doucement la cassette prs
d'elle, et rflchit  tous les vnements qui s'taient passs. La nuit
vint tout  fait; la vieille ne revenait pas; Rosalie jeta les yeux sur
la cassette, et vit avec surprise qu'elle clairait la terre autour
d'elle.

Qu'est-ce, dit-elle, qui brille dans cette cassette?

Elle la retourna, la regarda de tous cts, mais rien ne put lui
expliquer cette lueur extraordinaire; elle la posa de nouveau  terre,
et dit:

Que m'importe ce que contient cette cassette? Elle n'est pas  moi,
mais  la bonne vieille qui me l'a confie. Je ne veux plus y penser, de
crainte d'tre tente de l'ouvrir.

En effet, elle ne la regarda plus et tcha de n'y plus penser; elle
ferma les yeux, rsolue d'attendre ainsi le retour du jour.

[Illustration: La vieille lui remit la cassette.]

Alors j'aurai quinze ans, je reverrai mon pre et Gracieux, et je
n'aurai plus rien  craindre de la mchante fe.

--Rosalie, Rosalie, dit prcipitamment la petite voix de la Souris, me
voici prs de toi; je ne suis plus ton ennemie, et pour te le prouver,
je vais, si tu veux, te faire voir ce que contient la cassette.

Rosalie ne rpondit pas.

Rosalie, tu n'entends donc pas ce que je te propose? Je suis ton amie,
crois-moi, de grce.

Pas de rponse.

Alors la Souris grise, qui n'avait pas de temps  perdre, s'lana sur
la cassette et se mit en devoir d'en ronger le couvercle.

Monstre, s'cria Rosalie en saisissant la cassette et la serrant contre
sa poitrine, si tu as le malheur de toucher  cette cassette, je te
tords le cou  l'instant!

La Souris lana  Rosalie un coup d'oeil diabolique, mais elle n'osa
pas braver sa colre. Pendant qu'elle combinait un moyen d'exciter la
curiosit de Rosalie, une horloge sonna minuit. Au mme moment, la
Souris poussa un cri lugubre, et dit  Rosalie:

Rosalie, voici l'heure de ta naissance qui a sonn; tu as quinze
ans; tu n'as plus rien  craindre de moi; tu es dsormais hors de mon
atteinte, ainsi que ton odieux pre et ton affreux prince. Et moi je
suis condamne  garder mon ignoble forme de souris, jusqu' ce que je
parvienne  faire tomber dans mes piges une jeune fille belle et bien
ne comme toi. Adieu, Rosalie; tu peux maintenant ouvrir ta cassette.

Et, en achevant ces mots, la Souris grise disparut.

Rosalie, se mfiant des paroles de son ennemie, ne voulut pas suivre son
dernier conseil, et se rsolut  garder la cassette intacte jusqu'au
jour. A peine eut-elle pris cette rsolution, qu'un Hibou qui volait
au-dessus de Rosalie laissa tomber une pierre sur la cassette, qui se
brisa en mille morceaux. Rosalie poussa un cri de terreur; au mme
moment elle vit devant elle la reine des fes, qui lui dit:

Venez, Rosalie; vous avez enfin triomph de la cruelle ennemie de votre
famille; je vais vous rendre  votre pre; mais auparavant buvez et
mangez.

Et la fe lui prsenta un fruit dont une seule bouche rassasia et
dsaltra Rosalie. Aussitt un char attel de deux dragons se trouva
prs de la fe, qui y monta et y fit monter Rosalie.

Rosalie, revenue de sa surprise, remercia vivement la fe de sa
protection, et lui demanda si elle n'allait pas revoir son pre et le
prince Gracieux.

Votre pre vous attend dans le palais du prince.

--Mais, Madame, je croyais le palais du prince dtruit, et lui-mme
bless et rduit  la misre.

--Ce n'tait qu'une illusion pour vous donner plus d'horreur de votre
curiosit, Rosalie, et pour vous empcher d'y succomber une troisime
fois. Vous allez retrouver le palais du prince tel qu'il tait avant que
vous ayez dchir la toile qui recouvrait l'arbre prcieux qu'il vous
destine.

Comme la fe achevait ces mots, le char s'arrta prs du perron du
palais. Le pre de Rosalie et le prince l'attendaient avec toute la
cour. Rosalie se jeta dans les bras de son pre et dans ceux du prince,
qui n'eut pas l'air de se souvenir de sa faute de la veille. Tout tait
prt pour la crmonie du mariage, qu'on clbra immdiatement; toutes
les fes assistrent aux ftes, qui durrent plusieurs jours. Le pre
de Rosalie vcut prs de ses enfants. Rosalie fut  jamais gurie de sa
curiosit; elle fut tendrement aime du prince Gracieux, qu'elle aima
toute sa vie; ils eurent de beaux enfants, et ils leur donnrent pour
marraines des fes puissantes, afin de les protger contre les mauvaises
fes et les mauvais gnies.

[Illustration]




                              OURSON

[Illustration]



I

LE CRAPAUD ET L'ALOUETTE


Il y avait une fois une jolie fermire qu'on nommait Agnella; elle
vivait seule avec une jeune servante qui s'appelait Passerose, ne
recevait jamais de visites et n'allait jamais chez personne.

Sa ferme tait petite, jolie et propre; elle avait une belle vache
blanche qui donnait beaucoup de lait, un chat qui mangeait les souris et
un ne qui portait tous les mardis, au march de la ville voisine,
les lgumes, les fruits, le beurre, les oeufs, les fromages qu'elle y
vendait.

Personne ne savait quand et comment Agnella et Passerose taient
arrives dans cette ferme inconnue jusqu'alors, et qui reut dans le
pays le nom de _Ferme des bois_.

Un soir, Passerose tait occupe  traire la vache, pendant qu'Agnella
prparait le souper. Au moment de placer sur la table une bonne soupe
aux choux et une assiette de crme, elle aperut un gros Crapaud qui
dvorait avec avidit des cerises poses  terre dans une large feuille
de vigne.

Vilain Crapaud, s'cria Agnella, je t'apprendrai  venir manger mes
belles cerises!

En mme temps elle enleva les feuilles qui contenaient les cerises,
et donna au Crapaud un coup de pied qui le fit rouler  dix pas. Elle
allait le lancer au dehors, lorsque le Crapaud poussa un sifflement aigu
et se dressa sur ses pattes de derrire; ses gros yeux flamboyaient,
sa large bouche s'ouvrait et se fermait avec rage; tout son corps
frmissait, sa gorge rendait un son mugissant et terrible.

Agnella s'arrta interdite; elle recula mme d'un pas pour viter le
venin de ce Crapaud monstrueux et irrit. Elle cherchait autour d'elle
un balai pour expulser ce hideux animal, lorsque le Crapaud s'avana
vers elle, lui fit de sa patte de devant un geste d'autorit et lui dit
d'une voix frmissante de colre:

Tu as os me toucher de ton pied, tu m'as empch de me rassasier de
tes cerises que tu avais pourtant mises  ma porte, tu as cherch  me
chasser de chez toi! Ma vengeance t'atteindra dans ce que tu auras de
plus cher. Tu sentiras qu'on n'insulte pas impunment la fe Rageuse! Tu
vas avoir un fils couvert de poils comme un ours, et....

[Illustration: Agnella leva la tte et vit une alouette.]

--Arrtez, ma soeur, interrompit une petite voix douce et flte qui
semblait venir d'en haut. (Agnella leva la tte et vit une Alouette
perche sur le haut de la porte d'entre.) Vous vous vengez trop
cruellement d'une injure inflige non  votre caractre de fe, mais
 la laide et sale enveloppe que vous avez choisie. Par l'effet de ma
puissance, suprieure  la vtre, je vous dfends d'aggraver le mal que
vous avez dj fait et qu'il n'est pas en mon pouvoir de dfaire.
Et vous, pauvre mre, continua-t-elle en s'adressant  Agnella, ne
dsesprez pas; il y aura un remde possible  la difformit de votre
enfant. Je lui accorde la facilit de changer de peau avec la personne 
laquelle il aura, par sa bont et par des services rendus, inspir une
reconnaissance et une affection assez vives pour qu'elle consente  cet
change. Il reprendra alors la beaut qu'il aurait eue si ma soeur la
fe Rageuse n'tait venue faire preuve de son mauvais caractre.

--Hlas, Madame l'Alouette, rpondit Agnella, votre bon vouloir
n'empchera pas mon pauvre fils d'tre horrible et semblable  une bte.

--C'est vrai, rpliqua la fe Drlette, d'autant qu'il vous est
interdit, ainsi qu' Passerose, d'user de la facult de changer de peau
avec lui; mais je ne vous abandonnerai pas, non plus que votre fils.
Vous le nommerez _Ourson_ jusqu'au jour o il pourra reprendre un nom
digne de sa naissance et de sa beaut; il s'appellera alors _le prince
Merveilleux_.

En disant ces mots, la fe disparut, s'envolant dans les airs.

La fe Rageuse se retira pleine de fureur, marchant pesamment et se
retournant  chaque pas pour regarder Agnella d'un air irrit. Tout le
long du chemin qu'elle suivit, elle souffla du venin, de sorte qu'elle
fit prir l'herbe, les plantes et les arbustes qui se trouvrent sur son
passage. C'tait un venin si subtil, que jamais l'herbe n'y repoussa
et que maintenant encore on appelle ce sentier le _Chemin de la fe
Rageuse_.

Quand Agnella fut seule, elle se mit  sangloter. Passerose, qui avait
fini son ouvrage, et qui sentait approcher l'heure du souper, entra dans
la salle, et vit avec surprise sa matresse en larmes.

Chre reine, qu'avez-vous? Qui peut avoir caus votre chagrin? Je n'ai
jamais vu entrer personne dans la maison.

--Personne, ma fille, except celles qui entrent partout: une fe
mchante sous la forme d'un crapaud, et une bonne fe sous l'apparence
d'une alouette.

--Que vous ont dit ces fes qui vous fasse ainsi pleurer, chre reine?
La bonne fe n'a-t-elle pas empch le mal que voulait vous faire la
mauvaise?

--Non, ma fille; elle l'a un peu attnu, mais elle n'a pu le prvenir.

Et Agnella lui raconta ce qui venait de se passer, et comme quoi elle
aurait un fils velu comme un ours.

A ce rcit, Passerose pleura aussi fort que sa matresse.

Quelle infortune! s'cria-t-elle. Quelle honte que l'hritier d'un beau
royaume soit un ours! Que dira le roi Froce, votre poux, si jamais il
vous retrouve?

--Et comment me retrouverait-il, Passerose! Tu sais qu'aprs notre fuite
nous avons t emportes dans un tourbillon, que nous avons t lances
de nue en nue, pendant douze heures, avec une vitesse telle que nous
nous sommes trouves  plus de trois mille lieues du royaume de Froce.
D'ailleurs, tu connais sa mchancet, tu sais combien il me hait depuis
que je l'ai empch de tuer son frre Indolent et sa belle-soeur
Nonchalante. Tu sais que je ne me suis sauve que parce qu'il voulait me
tuer moi-mme; ainsi je n'ai pas  craindre qu'il me poursuive.

Passerose, aprs avoir pleur et sanglot quelques instants avec la
reine Aime (c'tait son vrai nom), engagea sa matresse  se mettre 
table.

Quand nous pleurerions toute la nuit, chre reine, nous n'empcherons
pas votre fils d'tre velu; mais nous tcherons de l'lever si bien, de
le rendre si bon, qu'il ne sera pas longtemps sans trouver une bonne me
qui veuille changer sa peau blanche contre la vilaine peau velue de la
fe Rageuse. Beau prsent, ma foi! Elle aurait bien fait de le garder
pour elle.

La pauvre reine, que nous continuerons d'appeler Agnella, de crainte de
donner l'veil au roi Froce, se leva lentement, essuya ses yeux, et
s'effora de vaincre sa tristesse; petit  petit le babil et la gaiet
de Passerose dissiprent son chagrin; la soire n'tait pas finie, que
Passerose avait convaincu Agnella qu'Ourson ne resterait pas longtemps
ours, qu'il trouverait bien vite une peau digne d'un prince; qu'au
besoin elle lui donnerait la sienne, si la fe voulait bien le
permettre.

Agnella et Passerose allrent se coucher et dormirent paisiblement.



II

NAISSANCE ET ENFANCE D'OURSON

Trois mois aprs l'apparition du crapaud et la sinistre prdiction de la
fe Rageuse, Agnella mit au jour un garon, qu'elle nomma Ourson, selon
les ordres de la fe Drlette. Ni elle ni Passerose ne purent voir s'il
tait beau ou laid, car il tait si velu, si couvert de longs poils
bruns, qu'on ne lui voyait que les yeux et la bouche; encore ne les
voyait-on que lorsqu'il les ouvrait. Si Agnella n'avait t sa mre,
et si Passerose n'avait aim Agnella comme une soeur, le pauvre Ourson
serait mort faute de soins, car il tait si affreux que personne n'et
os le toucher; on l'aurait pris pour un petit ours, et on l'aurait tu
 coups de fourche. Mais Agnella tait sa mre, et son premier mouvement
fut de l'embrasser en pleurant.

Pauvre Ourson, dit-elle, qui pourra t'aimer assez, pour te dlivrer de
ces affreux poils? Ah! que ne puis-je faire l'change que permet la fe
 celui ou  celle qui t'aimera? Personne ne pourra t'aimer plus que je
ne t'aime!

Ourson ne rpondit rien, car il dormait.

Passerose pleurait aussi pour tenir compagnie  Agnella, mais elle
n'avait pas coutume de s'affliger longtemps; elle s'essuya les yeux et
dit  Agnella:

Chre reine, je suis si certaine que votre fils ne gardera pas
longtemps sa vilaine peau d'ours, que je vais l'appeler ds aujourd'hui
le prince Merveilleux.

--Garde-t'en bien, ma fille, rpliqua vivement la reine: tu sais que les
fes aiment  tre obies.

Passerose prit l'enfant, l'enveloppa avec les langes qui avaient t
prpars, et se baissa pour l'embrasser; elle se piqua les lvres aux
poils d'Ourson et se redressa prcipitamment.

a ne sera pas moi qui t'embrasserai souvent, mon garon,
murmura-t-elle  mi-voix. Tu piques comme un vrai hrisson!

Ce fut pourtant Passerose qui fut charge par Agnella d'avoir soin du
petit Ourson. Il n'avait de l'ours que la peau: c'tait l'enfant le plus
doux, le plus sage, le plus affectueux qu'on pt voir. Aussi Passerose
ne tarda-t-elle pas  l'aimer tendrement.

A mesure qu'Ourson grandissait, on lui permettait de s'loigner de la
ferme; il ne courait aucun danger, car on le connaissait dans le pays;
les enfants se sauvaient  son approche; les femmes le repoussaient; les
hommes l'vitaient: on le considrait comme un tre maudit. Quelquefois,
quand Agnella allait au march, elle le posait sur son ne, et
l'emmenait avec elle. Ces jours-l, elle vendait plus difficilement ses
lgumes et ses fromages; les mres fuyaient, de crainte qu'Ourson ne les
approcht de trop prs. Agnella pleurait souvent et invoquait vainement
la fe Drlette;  chaque alouette qui voltigeait prs d'elle, l'espoir
renaissait dans son coeur; mais ces alouettes taient de vraies
alouettes, des allouettes  mettre en pt, et non des alouettes fes.



III

VIOLETTE

Cependant Ourson avait dj huit ans; il tait grand et fort; il avait
de beaux yeux, une voix douce; ses poils avaient perdu leur rudesse;
ils taient devenus doux comme de la soie, de sorte qu'on pouvait
l'embrasser sans se piquer, comme avait fait Passerose le jour de sa
naissance. Il aimait tendrement sa mre, presque aussi tendrement
Passerose, mais il tait souvent triste et souvent seul: il voyait bien
l'horreur qu'il inspirait, et il voyait aussi qu'on n'accueillait pas de
mme les autres enfants.

Un jour, il se promenait dans un beau bois qui touchait presque  la
ferme; il avait march longtemps; accabl de chaleur, il cherchait un
endroit frais pour se reposer, lorsqu'il crut voir une petite masse
blanche et ros  dix pas de lui. S'approchant avec prcaution, il vit
une petite fille endormie: elle paraissait avoir trois ans; elle tait
jolie comme les amours; ses boucles blondes couvraient en partie un joli
cou blanc et potel; ses petites joues fraches et arrondies avaient
deux fossettes rendues plus visibles par le demi-sourire de ses lvres
roses et entr'ouvertes, qui laissaient voir des dents semblables  des
perles. Cette charmante tte tait pose sur un joli bras que terminait
une main non moins jolie; toute l'attitude de cette petite fille tait
si gracieuse, si charmante, qu'Ourson s'arrta immobile d'admiration.

Il contemplait avec autant de surprise que de plaisir cette enfant qui
dormait dans cette fort aussi tranquillement qu'elle et dormi dans
un bon lit. Il la regarda longtemps; il eut le temps de considrer sa
toilette, qui tait plus riche, plus lgante que toutes celles qu'il
avait vues dans la ville voisine.

Elle avait une robe en soie blanche broche d'or; ses brodequins taient
en satin bleu galement brods en or; ses bas taient en soie et d'une
finesse extrme. A ses petits bras tincelaient de magnifiques bracelets
dont le fermoir semblait recouvrir un portrait. Un collier de trs
belles perles entourait son cou.

Une alouette, qui se mit  chanter juste au-dessus de la tte de la
petite fille, la rveilla. Elle ouvrit les yeux, regarda autour d'elle,
appela sa bonne, et, se voyant seule dans un bois, se mit  pleurer.

Ourson tait dsol de voir pleurer cette jolie enfant: son embarras
tait trs grand.

Si je me montre, se disait-il, la pauvre petite va me prendre pour
un animal de la fort; elle aura peur, elle se sauvera et s'garera
davantage encore. Si je la laisse l, elle mourra de frayeur et de
faim.

Pendant qu'Ourson rflchissait, la petite tourna les yeux vers lui,
l'aperut, poussa un cri, chercha  fuir et retomba pouvante.

Ne me fuyez pas, chre petite, lui dit Ourson de sa voix douce et
triste; je ne vous ferai pas de mal; bien au contraire, je vous aiderai
 retrouver votre papa et votre maman.

La petite le regardait toujours, avec de grands yeux effars, et
semblait terrifie.

Parlez-moi, ma petite, continua Ourson; je ne suis pas un ours, comme
vous pourriez le croire, mais un pauvre garon bien malheureux, car je
fais peur  tout le monde, et tout le monde me fuit.

La petite le regardait avec des yeux plus doux; sa frayeur se dissipait;
elle semblait indcise.

Ourson fit un pas vers elle; aussitt la terreur de la petite prit le
dessus; elle poussa un cri aigu et chercha encore  se relever pour
fuir.

[Illustration: Il vit une petite fille endormie.]

Ourson s'arrta; il se mit  pleurer  son tour.

Infortun que je suis! s'cria-t-il, je ne puis mme venir au secours
de cette pauvre enfant abandonne. Mon aspect la remplit de terreur.
Elle prfre l'abandon  ma prsence!

En disant ces mots, le pauvre Ourson se couvrit le visage de ses mains
et se jeta  terre en sanglotant.

Au bout d'un instant, il sentit une petite main qui cherchait  carter
les siennes; il leva la tte et vit l'enfant debout devant lui, ses yeux
pleins de larmes.

Elle caressait les joues velues du pauvre Ourson.

Pleure pas, petit ours, dit-elle; pleure pas; Violette n'a plus peur;
plus se sauver. Violette aimer pauvre petit ours; petit ours donner
la main  Violette, et si pauvre petit ours pleure encore, Violette
embrasser pauvre ours.

Des larmes de bonheur, d'attendrissement, succdrent chez Ourson aux
larmes de dsespoir.

Violette, le voyant pleurer encore, approcha sa jolie petite bouche de
la joue velue d'Ourson, et lui donna plusieurs baisers en disant:

Tu vois, petit ours, Violette pas peur; Violette baiser petit ours;
petit ours pas manger Violette. Violette venir avec petit ours.

Si Ourson s'tait cout, il aurait press contre son coeur et couvert
de baisers cette bonne et charmante enfant, qui faisait violence 
sa terreur pour calmer le chagrin d'un pauvre tre qu'elle voyait
malheureux. Mais il craignit de l'pouvanter.

Elle croit que je veux la dvorer, se dit-il.

Il se borna donc  lui serrer doucement les mains et  les baiser
dlicatement. Violette le laissait faire et souriait.

Petit ours content? Petit ours aimer Violette? Pauvre Violette!
Perdue!

Ourson comprenait bien qu'elle s'appelait Violette; mais il ne
comprenait pas du tout comment cette petite fille, si richement vtue,
se trouvait toute seule dans la fort.

O demeures-tu, ma chre petite Violette?

--L-bas, l-bas, chez papa et maman.

--Comment s'appelle ton papa?

--Il s'appelle le roi, et maman, c'est la reine.

Ourson, de plus en plus surpris, demanda:

Pourquoi es-tu toute seule dans la fort?

--Violette sait pas. Pauvre Violette monte sur gros chien: gros chien
courir vite, vite, longtemps. Violette fatigue, tombe, dormi.

--Et le chien, o est-il?

Violette se tourna de tous cts, appela de sa douce petite voix:

Ami! Ami!

Aucun chien ne parut.

Ami parti, Violette toute seule.

Ourson prit la main de Violette; elle ne la retira pas et sourit.

Veux-tu que j'aille chercher maman, ma chre Violette?

--Violette pas rester seule dans le bois, Violette aller avec petit
ours.

--Viens alors avec moi, chre petite; je te mnerai  maman  moi.

Ourson et Violette marchrent vers la ferme. Ourson cueillait des
fraises et des cerises pour Violette, qui ne les mangeait qu'aprs avoir
forc Ourson  en prendre la moiti. Quand Ourson gardait dans sa main
la part que Violette lui adjugeait, Violette reprenait les fraises
et les cerises, et les mettait elle-mme dans la bouche d'Ourson, en
disant:

Mange, mange, petit ours. Violette pas manger si petit ours ne mange
pas. Violette veut pas pauvre ours malheureux. Violette veut pas pauvre
ours pleurer.

Et elle le regardait attentivement pour voir s'il tait content, s'il
avait l'air heureux.

Il tait rellement heureux, le pauvre Ourson, de voir que son
excellente petite compagne non seulement le supportait, mais encore
s'occupait de lui et cherchait  lui tre agrable. Ses yeux s'animaient
d'un bonheur rel; sa voix toujours si douce prenait des accents encore
plus tendres. Aprs une demi-heure de marche, il lui dit:

Violette n'a donc plus peur du pauvre Ourson?

--Oh non! oh non! s'cria-t-elle. Ourson bien bon; Violette pas vouloir
quitter Ourson.

--Tu voudras donc bien que je t'embrasse, Violette? tu n'aurais pas
peur!

Pour toute rponse, Violette se jeta dans ses bras.

Ourson l'embrassa tendrement, la serra contre son coeur.

Chre Violette, dit-il, je t'aimerai toujours; je n'oublierai jamais
que tu es la seule enfant qui ait bien voulu me parler, me toucher,
m'embrasser.

Ils arrivrent peu aprs  la ferme. Agnella et Passerose taient
assises  la porte; elles causaient.

Lorsqu'elles virent arriver Ourson donnant la main  une jolie petite
fille richement vtue, elles furent si surprises, que ni l'une ni
l'autre ne put profrer une parole.

Chre maman, dit Ourson, voici une bonne et charmante petite fille que
j'ai trouve endormie dans la fort; elle s'appelle Violette, elle est
bien gentille, je vous assure, elle n'a pas peur de moi, elle m'a mme
embrass quand elle m'a vu pleurer.

--Et pourquoi pleurais-tu, mon pauvre enfant? dit Agnella.

--Parce que la petite fille avait peur de moi, rpondit Ourson d'une
voix triste et tremblante....

--A prsent, Violette a plus peur, interrompit vivement la petite.
Violette donner la main  Ourson; embrasser pauvre Ourson, faire manger
des fraises  Ourson.

--Mais que veut dire tout cela? dit Passerose. Pourquoi est-ce notre
Ourson qui amne cette petite! Pourquoi est-elle seule? Qui est-elle?
Rponds donc, Ourson! Je n'y comprends rien, moi.

--Je n'en sais pas plus que vous, chre Passerose, dit Ourson; j'ai
vu cette pauvre petite endormie dans le bois toute seule; elle s'est
veille, elle a pleur; puis elle m'a vu, elle a cri. Je lui ai parl,
j'ai voulu approcher d'elle, elle a cri encore; j'ai eu du chagrin,
beaucoup de chagrin, j'ai pleur....

--Tais-toi, tais-toi, pauvre Ourson, s'cria Violette en lui mettant la
main sur la bouche. Violette plus faire pleurer jamais, bien sr.

Et en disant ces mots, Violette elle-mme avait la voix tremblante et
les yeux pleins de larmes.

Bonne petite, dit Agnella en l'embrassant, tu aimeras donc mon pauvre
Ourson qui est si malheureux?

--Oh! oui; Violette aimer beaucoup Ourson. Violette toujours avec
Ourson.

Agnella et Passerose eurent beau questionner Violette sur ses parents,
sur son pays, elles ne purent savoir autre chose que ce que savait
Ourson. Son pre tait roi, sa mre tait reine. Elle ne savait pas
comment elle s'tait trouve dans la fort.

Agnella n'hsita pas  prendre sous sa garde cette pauvre enfant perdue;
elle l'aimait dj,  cause de l'affection que la petite semblait
prouver pour Ourson, et aussi  cause du bonheur que ressentait Ourson
de se voir aim, recherch par une crature humaine autre que sa mre et
Passerose.

C'tait l'heure du souper et Passerose mit le couvert; on prit place
 table. Violette demanda  tre prs d'Ourson; elle tait gaie, elle
causait, elle riait. Ourson tait heureux comme il ne l'avait jamais
t. Agnella tait contente. Passerose sautait de joie de voir une
petite compagne de jeu  son cher Ourson. Dans ses transports, elle
rpandit une jatte de crme, qui ne fut pas perdue pour cela: un chat
qui attendait son souper lcha la crme jusqu' la dernire goutte.

Aprs souper, Violette s'endormit sur sa chaise.

O la coucherons-nous? dit Agnella. Je n'ai pas de lit  lui donner.

--Donnez-lui le mien, chre maman, dit Ourson; je dormirai aussi bien
dans l'table.

Agnella et Passerose refusrent, mais Ourson demanda si instamment 
faire ce petit sacrifice, qu'elles finirent par l'accepter.

Passerose emporta donc Violette endormie, la dshabilla sans l'veiller
et la coucha dans le lit d'Ourson, prs de celui d'Agnella. Ourson
alla se coucher dans l'table sur des bottes de foin; il s'y endormit
paisiblement et le coeur content.

Passerose vint rejoindre Agnella dans la salle; elle la trouva pensive,
la tte appuye sur sa main.

A quoi pensez-vous, chre reine? dit Passerose; vos yeux sont tristes,
votre bouche ne sourit plus! Et moi qui venais vous montrer les
bracelets de la petite! Le mdaillon doit s'ouvrir, mais j'ai vainement
essay. Nous y trouverions peut-tre un portrait ou un nom.

--Donne, ma fille.... Ces bracelets sont beaux. Ils m'aideront peut-tre
 retrouver une ressemblance qui se prsente vaguement  mon souvenir et
que je m'efforce en vain de prciser.

Agnella prit les bracelets, les retourna, les pressa de tous cts pour
ouvrir le mdaillon; elle ne fut pas plus habile que Passerose.

Au moment o, lasse de ses vains efforts, elle remettait les bracelets
 Passerose, elle vit dans le milieu de la chambre une femme brillante
comme un soleil. Son visage tait d'une blancheur clatante; ses cheveux
semblaient tre des fils d'or; une couronne d'toiles resplendissantes
ornait son front; sa taille tait moyenne; toute sa personne semblait
transparente, tant elle tait lgre et lumineuse; sa robe flottante
tait parseme d'toiles semblables  celles de son front; son regard
tait doux; elle souriait malicieusement, mais avec bont.

Madame, dit-elle  la reine, vous voyez en moi la fe Drlette; je
protge votre fils et la petite princesse qu'il a ramene ce matin de la
fort. Cette princesse vous tient de prs: elle est votre nice, fille
de votre beau-frre Indolent et de votre belle-soeur Nonchalante. Votre
mari est parvenu, aprs votre fuite,  tuer Indolent et Nonchalante, qui
ne se mfiaient pas de lui et qui passaient leurs journes  dormir,
 manger,  se reposer. Je n'ai pu malheureusement empcher ce crime,
parce que j'assistais  la naissance d'un prince dont je protge les
parents, et je me suis oublie  jouer des tours  une vieille dame
d'honneur mchante et guinde, et  un vieux chambellan avare et
grondeur, grands amis tous deux de ma soeur Rageuse. Mais je suis
arrive  temps pour sauver la princesse Violette, seule fille et
hritire du roi Indolent et de la reine Nonchalante. Elle jouait dans
un jardin; le roi Froce la cherchait pour la poignarder; je l'ai fait
monter sur le dos de mon chien Ami, qui a reu l'ordre de la dposer
dans le bois o j'ai dirig les pas du prince votre fils. Cachez  tous
deux leur naissance et la vtre. Ne montrez  Violette ni les bracelets
qui renferment les portraits de son pre et de sa mre, ni les riches
vtements que j'ai remplacs par d'autres plus conformes  l'existence
qu'elle doit mener  l'avenir. Voici, ajouta la fe, une cassette de
pierres prcieuses; elle contient le bonheur de Violette; mais vous
devez la cacher  tous les yeux et ne l'ouvrir que lorsqu'elle aura t
_perdue et retrouve_.

--J'excuterai fidlement vos ordres, Madame, rpondit Agnella; mais
daignez me dire si mon pauvre Ourson devra conserver longtemps encore sa
hideuse enveloppe.

--Patience, patience, dit la fe; je veille sur vous, sur lui, sur
Violette. Instruisez Ourson de la facult que je lui ai donne de
changer de peau avec la personne qui l'aimera assez pour accomplir ce
sacrifice. Souvenez-vous que nul ne doit connatre le rang d'Ourson ni
de Violette. Passerose a mrit par son dvouement d'tre seule initie
 ce mystre;  elle vous pouvez toujours tout confier. Adieu, reine;
comptez sur ma protection; voici une bague que vous allez passer  votre
petit doigt; tant qu'elle y sera, vous ne manquerez de rien.

[Illustration: Voici une cassette de pierres prcieuses.]

Et faisant un signe d'adieu avec la main, la fe reprit la forme d'une
alouette et s'envola  tires d'aile en chantant.

Agnella et Passerose se regardrent; Agnella soupira, Passerose sourit.

Cachons cette prcieuse cassette, chre reine, ainsi que les vtements
de Violette. Je vais aller voir bien'vite ce que la fe lui a prpar
pour sa toilette de demain.

Elle y courut en effet, ouvrit l'armoire, et la trouva pleine de
vtements, de linge, de chaussures simples mais commodes. Aprs avoir
tout regard, tout compt, tout approuv, aprs avoir aid Agnella  se
dshabiller, Passerose alla se coucher et ne tarda pas  s'endormir.



IV

LE RVE

Le lendemain, ce fut Ourson qui s'veilla le premier, grce au
mugissement de la vache. Il se frotta les yeux, regarda autour de lui,
se demandant pourquoi il tait dans une table: il se rappela les
vnements de la veille, sauta  bas de son tas de foin et courut bien
vite  la fontaine pour se dbarbouiller.

Pendant qu'il se lavait, Passerose, qui s'tait leve de bonne heure
comme Ourson, sortit pour traire la vache et laissa la porte de la
maison ouverte. Ourson entra sans faire de bruit, pntra jusqu' la
chambre de sa mre, qui dormait encore, et entr'ouvrit les rideaux du
lit de Violette; elle dormait comme Agnella.

Ourson la regardait dormir, et souriait de la voir sourire dans ses
rves. Tout  coup le visage de Violette se contracta; elle poussa un
cri, se releva  demi, et, jetant ses petits bras au cou d'Ourson, elle
s'cria:

Ourson, bon Ourson, sauver Violette! pauvre Violette dans l'eau!
Mchant crapaud tirer Violette!

Et elle s'veilla en pleurant, avec tous les symptmes d'une vive
frayeur; elle tenait Ourson serr de ses deux petits bras: il avait beau
la rassurer, la consoler, l'embrasser, elle criait toujours:

Mchant crapaud! bon Ourson! sauver Violette!

Agnella, qui s'tait veille au premier cri, ne comprenait rien 
la terreur de Violette; enfin elle parvint  la calmer, et Violette
raconta:

Violette promener, et Ourson conduire Violette; Ourson plus donner la
main, plus regarder Violette. Mchant crapaud venir tirer Violette dans
l'eau: pauvre Violette tomber et appeler Ourson. Et bon Ourson venir
et sauver Violette. Et Violette bien aimer bon Ourson, continua-t-elle
d'une voix attendrie; Violette jamais oublier bon Ourson.

[Illustration: Rve de Violette.]

En disant ces mots, Violette se jeta dans les bras d'Ourson, qui, ne
craignant pas l'effet terrifiant de sa peau velue, l'embrassa mille fois
et la rassura de son mieux.

Agnella ne douta pas que ce rve ne fut un avertissement envoy par
la fe Drlette; elle rsolut de veiller avec soin sur Violette, et
d'instruire Ourson de tout ce qu'elle pouvait lui rvler sans dsobir
 la fe. Quand elle eut lev et habill Violette, elle appela Ourson
pour djeuner. Passerose leur apportait une jatte de lait tout frais
tir, du bon pain bis et une motte de beurre. Violette sauta de joie
quand elle vit ce bon djeuner.

Violette aimer beaucoup bon lait, dit-elle; aimer beaucoup bon pain,
aimer beaucoup bon beurre. Violette bien contente; aimer tout avec bon
Ourson et maman Ourson.

--Je ne m'appelle pas maman Ourson, dit Agnella en riant: appelle-moi
_maman_.

--Oh! non, pas maman, reprit Violette en secouant tristement la tte:
maman, c'est la maman l-bas qui est perdue. Maman, toujours dormir,
jamais promener, jamais soigner Violette; jamais parler  Violette,
jamais embrasser Violette; maman Ourson parler, marcher, embrasser
pauvre Violette, habiller Violette.... Violette aimer maman Ourson,
beaucoup, beaucoup, ajouta-t-elle en saisissant la main d'Agnella, la
baisant et la pressant ensuite contre son coeur.

Agnella ne rpondit qu'en l'embrassant tendrement.

Ourson tait attendri; ses yeux devenaient humides: Violette s'en
aperut, lui passa les mains sur les yeux et lui dit d'un air suppliant:

Ourson, pas pleurer, je t'en prie. Si Ourson pleure, Violette pleurer
aussi.

--Non, non, chre petite Violette, je ne pleure pas; ne pleure pas non
plus; mangeons notre djeuner, et puis nous irons promener.

Ils djeunrent tous avec apptit; Violette battait des mains,
s'interrompait sans cesse pour s'crier, la bouche pleine:

Ah! que c'est bon! Violette aimer beaucoup cela! Violette trs
contente!

Aprs le djeuner, Ourson et Violette sortirent pendant qu'Agnella
et Passerose faisaient le mnage. Ourson jouait avec Violette, lui
cueillait des fleurs et des fraises. Violette lui dit:

Violette promener toujours avec Ourson; Ourson toujours jouer avec
Violette.

--Je ne pourrai pas toujours jouer, ma petite Violette. Il faut que
j'aide maman et Passerose.

--Aider  quoi faire, Ourson?

--Aider  balayer,  essuyer,  prendre soin de la vache,  couper de
l'herbe,  apporter du bois et de l'eau.

--Violette aussi aider Ourson.

--Tu es encore bien petite, chre Violette; mais tu pourras toujours
essayer.

Quand ils rentrrent  la maison, Ourson se mit  l'ouvrage. Violette le
suivait partout; elle l'aidait de son mieux, ou elle croyait l'aider,
car elle tait trop petite pour tre rellement utile. Mais au bout
de quelques jours, elle commena  savoir laver les tasses et les
assiettes, tendre et plier le linge, essuyer la table; elle allait  la
laiterie avec Passerose, l'aider  passer le lait,  l'crmer,  laver
les dalles de pierre. Elle n'avait jamais d'humeur; jamais elle ne
dsobissait, jamais elle ne rpondait avec impatience ou colre.
Ourson l'aimait de plus en plus; Agnella et Passerose la chrissaient
galement, et d'autant plus qu'elles savaient que Violette tait la
cousine d'Ourson.

Violette les aimait bien aussi, mais elle aimait Ourson plus tendrement
encore; et comment ne pas aimer un si excellent garon, qui s'oubliait
toujours pour elle, qui cherchait constamment ce qui pouvait l'amuser,
lui plaire, qui se serait fait tuer pour sa petite amie?

Agnella profita d'un jour o Passerose avait emmen Violette au march,
pour lui raconter l'vnement fcheux et imprvu qui avait prcd sa
naissance; elle lui rvla la possibilit de se dbarrasser de cette
hideuse peau velue, en acceptant en change la peau blanche et unie
d'une personne qui ferait ce sacrifice par affection et reconnaissance.

Jamais, s'cria Ourson, jamais je ne provoquerai ni accepterai
un pareil sacrifice! Jamais je ne consentirai  vouer un tre qui
m'aimerait au malheur auquel m'a condamn la vengeance de la fe
Rageuse! Jamais, par l'effet de ma volont, un coeur capable d'un tel
sacrifice ne souffrira tout ce que j'ai souffert et tout ce que j'ai 
souffrir encore de l'antipathie, de la haine des hommes!

Agnella lutta en vain contre la volont bien arrte d'Ourson. Il lui
demanda avec instances de ne jamais lui parler de cet change, auquel
il ne donnerait certes pas son consentement, et de n'en jamais parler 
Violette ni  aucune autre personne qui lui serait attache. Elle le lui
promit aprs avoir combattu faiblement, car au fond elle admirait et
approuvait cette rsolution. Elle esprait aussi que la fe Drlette
rcompenserait les sentiments si nobles, si gnreux de son petit
protg en le dlivrant elle-mme de sa peau velue.



V

ENCORE LE CRAPAUD

Quelques annes se passrent ainsi sans aucun vnement extraordinaire.
Ourson et Violette grandissaient. Agnella ne songeait plus au rve de la
premire nuit de Violette; elle s'tait relche de sa surveillance, et
la laissait souvent se promener seule ou sous la garde d'Ourson.

Ourson avait dj quinze ans; il tait grand, fort, leste et actif;
personne ne pouvait dire s'il tait beau ou laid, car ses longs poils
noirs et soyeux couvraient entirement son corps et son visage. Il tait
rest bon, gnreux, aimant, toujours prt  rendre service, toujours
gai, toujours content. Depuis le jour o il avait trouv Violette, sa
tristesse avait disparu; il ne souffrait plus de l'antipathie qu'il
inspirait; il n'allait plus dans les endroits habits; il vivait au
milieu des trois tres qu'il chrissait et qui l'aimaient par-dessus
tout.

Violette avait dj dix ans; elle n'avait rien perdu de son charme et de
sa beaut en grandissant; ses beaux yeux bleus taient plus doux, son
teint plus frais, sa bouche plus jolie et plus espigle; sa taille avait
gagn comme son visage; elle tait grande, mince et gracieuse;
ses cheveux d'un blond cendr lui tombaient jusqu'aux pieds et
l'enveloppaient tout entire quand elle les droulait. Passerose avait
bien soin de cette magnifique chevelure, qu'Agnella ne se lassait pas
d'admirer.

Violette avait appris bien des choses pendant ces sept annes. Agnella
lui avait montr  travailler. Quant au reste, Ourson avait t son
matre; il lui avait enseign  lire,  crire,  compter. Il lisait
tout haut pendant qu'elle travaillait. Des livres ncessaires  son
instruction s'taient trouvs dans la chambre de Violette, sans qu'on
st d'o ils taient venus; il en tait de mme des vtements et autres
objets ncessaires  Violette,  Ourson,  Agnella et  Passerose; on
n'avait plus besoin d'aller vendre ni acheter  la ville voisine: grce
 l'anneau d'Agnella, tout se trouvait apport  mesure qu'on en avait
besoin.

Un jour que Violette se promenait avec Ourson, elle se heurta contre
une pierre, tomba et s'corcha le pied. Ourson fut effray quand il vit
couler le sang de sa chre Violette; il ne savait que faire pour la
soulager; il voyait bien combien elle souffrait, car elle ne pouvait,
malgr ses efforts, retenir quelques larmes qui s'chappaient de ses
yeux. Enfin, il songea au ruisseau qui coulait  dix pas d'eux.

Chre Violette, dit-il, appuie-toi sur moi; tche d'arriver jusqu' ce
ruisseau, l'eau frache te soulagera.

Violette essaya de marcher; Ourson la soutenait; il parvint  l'asseoir
au bord du ruisseau; l elle se dchaussa et trempa son petit pied dans
l'eau frache et courante.

Je vais courir  la maison et t'apporter du linge pour envelopper ton
pied, chre Violette; attends-moi, je ne serai pas longtemps, et prends
bien garde de ne pas t'avancer trop prs du bord: le ruisseau est
profond, et, si tu glissais, je ne pourrais peut-tre pas te retenir.

Quand Ourson fut loign, Violette prouva un malaise qu'elle attribua 
la douleur que lui causait sa blessure. Une rpulsion extraordinaire la
portait  retirer son pied du ruisseau o il tait plong. Avant qu'elle
se fut dcide  obir  ce sentiment trange, elle vit l'eau se
troubler, et la tte d'un norme Crapaud apparut  la surface; les gros
yeux irrits du hideux animal se fixrent sur Violette, qui, depuis son
rve, avait toujours eu peur des crapauds. L'apparition de celui-ci,
sa taille monstrueuse, son regard courrouc, la glacrent tellement
d'pouvante qu'elle ne put ni fuir ni crier.

Te voil donc enfin dans mon domaine, petite sotte! lui dit le crapaud.
Je suis la fe Rageuse, ennemie de ta famille. Il y a longtemps que je
te guette et que je t'aurais eue, si ma soeur Drlette, qui te protge,
ne t'avait envoy un songe pour vous prmunir tous contre moi. Ourson,
dont la peau velue est un talisman prservatif, est absent; ma soeur est
en voyage: tu es  moi.

En disant ces mots, elle saisit le pied de Violette de ses pattes
froides et gluantes, et chercha  l'entraner au fond de l'eau. Violette
poussa des cris perants; elle luttait en se raccrochant aux plantes,
aux herbes qui couvraient le rivage; les plantes, les herbes cdaient;
elle en saisissait d'autres.

Ourson, au secours! au secours! Ourson, cher Ourson! sauve-moi, sauve
ta Violette qui prit! Ourson! Ah!...

La fe l'emportait.... La dernire plante avait cd; les cris avaient
cess.... Violette, la pauvre Violette disparaissait sous l'eau au
moment o un autre cri dsespr, terrible, rpondit aux siens.... Mais,
hlas! sa chevelure seule paraissait encore lorsque Ourson accourut
haletant, terrifi. Il avait entendu les cris de Violette, et il tait
revenu sur ses pas avec la promptitude de l'clair.

Sans hsitation, sans retard, il se prcipita dans l'eau et saisit
la longue chevelure de Violette; mais il sentit en mme temps qu'il
enfonait avec elle: la fe Rageuse continuait  l'attirer au fond du
ruisseau.

Pendant qu'il enfonait, il ne perdit pas la tte; au lieu de lcher
Violette, il la saisit  deux bras, invoqua la fe Drlette, et, arriv
au fond de l'eau, il donna un vigoureux coup de talon, qui le fit
remonter  la surface. Prenant alors Violette d'un bras, il nagea de
l'autre, et grce  une force surnaturelle il parvint au rivage, o il
dposa Violette inanime.

Ses yeux taient ferms, ses dents restaient serres, la pleur de la
mort couvrait son visage. Ourson se prcipita  genoux prs d'elle et
pleura. L'intrpide Ourson, que rien n'intimidait, qu'aucune privation,
aucune souffrance ne pouvait vaincre, pleura comme un enfant. Sa soeur
bien-aime, sa seule amie, sa consolation, son bonheur, tait l sans
mouvement, sans vie! Le courage, la force d'Ourson l'avaient abandonn;
 son tour, il s'affaissa et tomba sans connaissance prs de sa chre
Violette.

A ce moment, une Alouette arrivait  tire-d'aile; elle se posa prs de
Violette et d'Ourson, donna un petit coup de bec  Violette, un autre 
Ourson, et disparut.

Ourson n'avait pas seul rpondu  l'appel de Violette. Passerose aussi
avait entendu; aux cris de Violette succda le cri plus fort et plus
terrible d'Ourson. Elle courut  la ferme prvenir Agnella, et toutes
deux se dirigrent rapidement vers le ruisseau d'o partaient les cris.

En approchant, elles virent, avec autant de surprise que de douleur,
Violette et Ourson tendus sans connaissance. Passerose mit tout de
suite la main sur le coeur de Violette; elle le sentit battre; Agnella
s'tait assure galement qu'Ourson vivait encore; elle commanda 
Passerose d'emporter, de dshabiller et de coucher Violette, pendant
qu'elle-mme ferait respirer  Ourson un flacon de sels, et le
ranimerait avant de le ramener  la ferme. Ourson tait trop grand et
trop lourd pour qu'Agnella et Passerose pussent songer  l'emporter.
Violette tait lgre, Passerose tait robuste; elle la porta
facilement  la maison, o elle ne tarda pas  la faire sortir de son
vanouissement.

Elle fut quelques instants avant de se reconnatre; elle conservait un
vague souvenir de terreur, mais sans se rendre compte de ce qui l'avait
pouvante.

Pendant ce temps, les tendres soins d'Agnella avaient rappel Ourson 
la vie; il ouvrit les yeux, aperut sa mre, et se jeta  son cou en
pleurant.

Mre! chre mre! s'cria-t-il; ma Violette, ma soeur bien-aime a
pri; laissez-moi mourir avec elle.

--Rassure-toi, mon cher fils, rpondit Agnella, Violette vit encore;
Passerose l'a emporte  la maison, pour lui donner les soins que
rclame son tat.

Ourson sembla renatre  ces paroles; il se releva et voulut courir 
la ferme; mais sa seconde pense fut pour sa mre, et il modra son
impatience pour revenir avec elle.

Pendant le court trajet du ruisseau  la ferme, il lui raconta ce qu'il
savait sur l'vnement qui avait failli coter la vie  Violette; il
ajouta que la bave de la fe Rageuse lui avait laiss dans la tte une
lourdeur trange.

Agnella raconta  son tour comment elle et Passerose les avaient trouvs
vanouis au bord du ruisseau. Ils arrivrent ainsi  la ferme; Ourson
s'y prcipita tout ruisselant encore.

Violette, en le voyant, se ressouvint de tout; elle s'lana vers lui,
se jeta dans ses bras, et pleura sur sa poitrine. Ourson pleura aussi;
Agnella pleurait; Passerose pleurait: c'tait un concert de larmes 
attendrir les cours. Passerose y mit fin en s'criant:

Ne dirait-on pas... hi! hi!... que nous sommes... hi! hi!... les gens
les plus malheureux... hi! hi!... de l'univers? Voyez donc notre pauvre
Ourson... dj mouill... comme un roseau... qui s'inonde encore de
ses larmes et de celles de Violette.... Allons, enfants!... courage et
bonheur; nous voil tous vivants, grce  Ourson....

--Oh! oui, interrompit Violette, grce  Ourson,  mon cher,  mon
bien-aim Ourson! comment m'acquitterai-je jamais de ce que je lui dois?
Comment pourrai-je lui tmoigner ma profonde reconnaissance, ma tendre
affection?

--En m'aimant toujours comme tu le fais, ma soeur, ma Violette chrie.
Ah! si j'ai t assez heureux pour te rendre plusieurs services, n'as-tu
pas chang mon existence, ne l'as-tu pas rendue heureuse et gaie, de
misrable et triste qu'elle tait? N'es-tu pas tous les jours et  toute
heure du jour la consolation, le bonheur de ma vie et de celle de notre
excellente mre?

Violette pleurait encore, elle ne rpondit qu'en pressant plus
tendrement contre son coeur son Ourson, son frre adoptif.

Cher Ourson, lui dit sa mre, tu es tremp; va changer de vtements.
Violette a besoin d'une heure de repos; nous nous retrouverons pour
dner.

Violette se laissa coucher, mais ne dormit pas; son coeur dbordait de
reconnaissance et de tendresse; elle cherchait vainement comment elle
pourrait reconnatre le dvouement d'Ourson, elle ne trouva d'autre
moyen que de s'appliquer  devenir parfaite, afin de faire le bonheur
d'Ourson et d'Agnella.



VI

MALADIE ET SACRIFICE

Quand l'heure du dner fut venue, Violette se leva, s'habilla et vint
dans la salle o l'attendaient Agnella et Passerose. Ourson n'y tait
pas.

Ourson n'est pas avec vous, mre? demanda Violette.

--Je ne l'ai pas revu, dit Agnella.

--Ni moi, dit Passerose. Je vais le chercher.

Elle alla dans la chambre d'Ourson; elle le trouva assis prs de son
lit, la tte appuye sur son bras.

Venez, Ourson, venez vite; on vous attend pour dner.

--Je ne puis, dit Ourson d'une voix affaiblie; j'ai la tte trop
pesante.

Passerose alla prvenir Agnella et Violette qu'Ourson tait malade;
elles coururent toutes deux auprs de lui. Ourson voulut se lever pour
les rassurer, mais il tomba sur sa chaise. Agnella lui trouva de la
fivre, et le fit coucher. Violette refusa rsolument de le quitter.

C'est  cause de moi qu'il est malade, dit-elle: je ne le quitterai que
lorsqu'il sera guri. Je mourrai d'inquitude si vous m'loignez de mon
frre chri.

Agnella et Violette s'installrent donc prs de leur cher malade.
Bientt le pauvre Ourson ne les reconnut plus; il avait le dlire; 
chaque instant il appelait sa mre et Violette, et il continuait  les
appeler et  se plaindre de leur absence pendant qu'elles le soutenaient
dans leurs bras.

Agnella et Violette ne le quittrent ni jour ni nuit pendant toute la
dure de la maladie: le huitime jour Agnella, puise de fatigue,
s'tait assoupie prs du lit du pauvre Ourson, dont la respiration
haletante, l'oeil teint, semblaient annoncer une fin prochaine.
Violette,  genoux prs de son lit et tenant entre ses mains une des
mains velues d'Ourson, la couvrait de larmes et de baisers.

Au milieu de cette dsolation, un chant doux et clair vint interrompre
le lugubre silence de la chambre du mourant. Violette tressaillit. Ce
chant si doux semblait apporter la consolation et le bonheur; elle leva
la tte et vit une Alouette perche sur la croise ouverte.

Violette! dit l'Alouette.

Violette tressaillit.

Violette, continua la petite voix douce de l'Alouette, aimes-tu Ourson.

--Si je l'aime! Ah! je l'aime,... je l'aime plus que tout au monde, plus
que moi-mme.

--Rachterais-tu sa vie au prix de ton bonheur?

--Je la rachterais au prix de mon bonheur et de ma propre vie!

--coute, Violette, je suis la fe Drlette; j'aime Ourson, je t'aime,
j'aime ta famille. Le venin que ma soeur Rageuse a souffl sur la tte
d'Ourson doit le faire mourir.... Cependant, si tu es sincre, si
tu prouves rellement pour Ourson le sentiment de tendresse et de
reconnaissance que tu exprimes, sa vie est entre tes mains.... Il t'est
permis de la racheter; mais souviens-toi que tu seras bientt appele 
lui donner une preuve terrible de ton attachement, et que, s'il vit, tu
payeras son existence par un terrible dvouement.

--Oh! madame! vite, vite, dites-moi ce que je dois faire pour sauver mon
cher Ourson! Rien ne me sera terrible, tout me sera joie et bonheur si
vous m'aidez  le sauver.

--Bien, mon enfant; trs bien, dit la fe. Baise-lui trois fois
l'oreille gauche en disant  chaque baiser: A toi.... Pour toi.... Avec
toi.... Rflchis encore avant d'entreprendre sa gurison. Si tu n'es
pas prte aux plus durs sacrifices, il t'en arrivera malheur. Ma soeur
Rageuse serait matresse de ta vie.

Pour toute rponse, Violette croisa les mains sur son coeur, jeta sur
la fe qui s'envolait un regard de tendre reconnaissance, et, se
prcipitant sur Ourson, elle lui baisa trois fois l'oreille en disant
d'un accent pntr: A toi.... Pour toi.... Avec toi.... A peine
eut-elle fini qu'Ourson poussa un profond soupir, ouvrit les yeux,
aperut Violette, et, lui saisissant les mains, les porta  ses lvres
en disant:

Violette,... chre Violette,... il me semble que je sors d'un long
rve! Raconte-moi ce qui s'est pass.... Pourquoi suis-je ici? Pourquoi
es-tu plie, maigrie?... Tes joues sont creuses comme si tu avais
veill,... tes yeux sont rouges comme si tu avais pleur....

--Chut! dit Violette; n'veille pas notre mre qui dort. Voil bien
longtemps qu'elle n'avait dormi; elle est fatigue; tu as t bien
malade!

--Et toi, Violette, t'es-tu repose?

Violette rougit, hsita.

Comment aurais-je pu dormir, cher Ourson, quand j'tais cause de tes
souffrances?

Ourson se tut  son tour; il la regarda d'un oeil attendri et lui baisa
les mains. Il lui demanda encore ce qui s'tait pass, elle le lui
raconta; mais elle tait trop modeste et trop rellement dvoue pour
lui rvler le prix que la fe avait attach  sa gurison. Ourson n'en
sut donc rien.

Ourson, qui se sentait revenu  la sant, se leva et, s'approchant
doucement de sa mre, l'veilla par un baiser. Agnella crut qu'il avait
le dlire; elle cria, appela Passerose, et fut fort tonne quand
Violette lui raconta comment Ourson avait t sauv par la bonne petite
fe Drlette.

A partir de ce jour, Ourson et Violette s'aimrent plus tendrement que
jamais: ils ne se quittaient que lorsque leurs occupations l'exigeaient
imprieusement.



VII

LE SANGLIER

Il y avait deux ans que ces vnements s'taient passs. Un jour, Ourson
avait t couper du bois dans la fort; Violette devait lui porter son
dner et revenir le soir avec lui.

A midi, Passerose mit au bras de Violette un panier qui contenait du
vin, du pain, un petit pot de beurre, du jambon et des cerises. Violette
partit avec empressement; la matine lui avait paru bien longue, et elle
tait impatiente de se retrouver avec son cher Ourson. Pour abrger la
route, elle s'enfona dans la fort, qui se composait de grands arbres
sous lesquels on passait facilement. Il n'y avait ni ronces ni pines;
une mousse paisse couvrait la terre. Violette marchait lgrement; elle
tait contente d'avoir pris le chemin le plus court.

Arrive  la moiti de sa course, elle entendit le bruit d'un pas lourd
et prcipit, mais encore trop loign pour qu'elle pt savoir ce que
c'tait. Aprs quelques secondes d'attente, elle vit un norme Sanglier
qui se dirigeait vers elle. Il semblait irrit, il labourait la terre
de ses dfenses, il corchait les arbres sur son passage; son souffle
bruyant s'entendait aussi distinctement que sa marche pesante.

Violette ne savait si elle devait fuir ou se cacher. Pendant qu'elle
hsitait, le Sanglier l'aperut, s'arrta. Ses yeux flamboyaient,
ses dfenses claquaient, ses poils se hrissaient. Il poussa un cri
rugissant et s'lana sur Violette.

Par bonheur, prs d'elle se trouvait un arbre vert dont les branches
taient  sa hauteur. Elle en saisit une des deux mains, sauta dessus
et grimpa de branche en branche jusqu' ce qu'elle ft  l'abri des
attaques du Sanglier. A peine tait-elle en sret que le Sanglier se
prcipita de tout son poids contre l'arbre qui servait de refuge 
Violette. Furieux de ne pouvoir assouvir sa rage, il dpouilla le
tronc de son corce, et lui donna de si vigoureux coups de boutoir que
Violette eut peur; l'branlement caus par ces secousses violentes et
rptes pouvait la faire tomber. Elle se cramponna aux branches. Le
Sanglier se lassa enfin de ses attaques inutiles et se coucha au pied de
l'arbre, lanant de temps  autre des regards flamboyants sur Violette.

Plusieurs heures se passrent ainsi: Violette, tremblante et immobile;
le Sanglier tantt calme, tantt dans une rage effroyable, sautant sur
l'arbre, le dchirant avec ses dfenses.

[Illustration: Pendant qu'elle hsitait, le Sanglier l'aperut.]

Violette appelait  son secours son frre, son Ourson chri. A chaque
nouvelle attaque du Sanglier, elle renouvelait ses cris; mais Ourson
tait bien loin, il n'entendait pas: personne ne venait  son aide.

Le dcouragement la gagnait; la faim se faisait sentir. Elle avait jet
le panier de provisions pour grimper  l'arbre; le Sanglier l'avait
pitin et avait cras, broy tout ce qu'il contenait.

Pendant que Violette tait en proie  la terreur et qu'elle appelait
vainement du secours, Ourson s'tonnait de ne voir arriver ni Violette
ni son dner.

M'aurait-on oubli?... se dit-il. Non; ni ma mre ni Violette ne
peuvent m'avoir oubli.... C'est moi qui me serai mal exprim.... Elles
croient sans doute que je dois revenir dner  la maison!... Elles
m'attendent! elles s'inquitent peut-tre!...

A cette pense, Ourson abandonna son travail, et reprit prcipitamment
le chemin de la maison. Lui aussi, il voulut abrger la route en
marchant  travers bois. Bientt il crut entendre des cris plaintifs.
Il s'arrta,... couta.... Son coeur battait violemment; il avait cru
reconnatre la voix de Violette.... Mais non... plus rien.... Il allait
reprendre sa marche, lorsqu'un cri, plus distinct, plus perant, frappa
son oreille;... plus de doute, c'tait Violette, sa Violette qui tait
en pril, qui appelait Ourson. Il courut du ct d'o partait la voix.
En approchant il entendit non plus des cris, mais des gmissements, puis
des grondements accompagns de cris froces et de coups violents.

Le pauvre Ourson courait, courait avec la vitesse du dsespoir. Il
aperut enfin le Sanglier branlant de ses coups de boutoir l'arbre sur
lequel tait Violette, ple, dfaite, mais en sret. Cette vue-l lui
donna des forces; il invoqua la protection de la bonne fe Drlette et
courut sur le Sanglier sa hache  la main. Le Sanglier dans sa rage
soufflait bruyamment; il faisait claquer l'une contre l'autre des
dfenses formidables, et  son tour il s'lana sur Ourson. Celui-ci
esquiva l'attaque en se jetant de cot. Le Sanglier passa outre,
s'arrta, se retourna plus furieux que jamais et revint sur Ourson qui
avait repris haleine et qui, sa hache leve, attendait l'ennemi.

Le Sanglier fondit sur Ourson et reut sur la tte un coup assez violent
pour, la fendre en deux; mais telle tait la duret de ses os, qu'il
n'eut mme pas l'air de le sentir.

[Illustration: Le Sanglier se prcipita contre l'arbre.]

La violence de l'attaque renversa Ourson. Le Sanglier, voyant son ennemi
 terre, ne lui donna pas le temps de se relever, et, sautant sur lui,
le laboura de ses dfenses et chercha  le mettre en pices.

Pendant qu'Ourson se croyait perdu et que, s'oubliant lui-mme,
il demandait  la fe de sauver Violette; pendant que le Sanglier
triomphait et pitinait son ennemi, un chant ironique se fit entendre
au-dessus des combattants. Le Sanglier frissonna, quitta brusquement
Ourson, leva la tte et vit une Alouette qui voltigeait au-dessus d'eux:
elle continuait son chant moqueur. Le Sanglier poussa un cri rauque,
baissa la tte et s'loigna  pas lents sans mme se retourner.

Violette,  la vue du danger d'Ourson, s'tait vanouie et tait reste
accroche aux branches de l'arbre.

Ourson, qui se croyait dchir en mille lambeaux, osait  peine essayer
un mouvement; mais, voyant qu'il ne sentait aucune douleur, il se releva
promptement pour secourir Violette. Il remercia en son coeur la
fe Drlette,  laquelle il attribuait son salut; au mme instant,
l'Alouette vola vers lui, lui becqueta doucement la joue et lui dit 
l'oreille:

Ourson, c'est la fe Rageuse qui a envoy ce Sanglier; je suis arrive
 temps pour te sauver. Profite de la reconnaissance de Violette; change
de peau avec elle; elle y consentira avec joie.

--Jamais, rpondit Ourson; plutt mourir et rester ours toute ma vie.
Pauvre Violette! je serais un lche si j'abusais ainsi de sa tendresse
pour moi.

--Au revoir, entt! dit l'Alouette en s'envolant et en chantant; au
revoir. Je reviendrai... et alors....

--Alors comme aujourd'hui, pensa Ourson. Et il monta  l'arbre, prit
Violette dans ses bras, redescendit avec elle, la coucha sur la mousse
et lui bassina le front avec un reste de vin qui se trouvait dans une
bouteille brise. Presque immdiatement, Violette se ranima; elle ne
pouvait en croire ses yeux, lorsqu'elle vit Ourson, vivant et sans
blessure, agenouill prs d'elle et lui bassinant le front et les
tempes.

Ourson, cher Ourson! encore une fois tu m'as sauv la vie! Dis-moi,
ah! dis-moi ce que je puis faire pour te tmoigner ma profonde
reconnaissance.

--Ne parle pas de reconnaissance, ma Violette chrie; n'est-ce pas toi
qui me donnes le bonheur? Tu vois donc qu'en te sauvant je sauve mon
bien et ma vie.

--Ce que tu dis l est d'un tendre et aimable frre, cher Ourson; mais
je n'en dsire pas moins tre  mme de te rendre un service rel,
signal, qui te prouve toute la tendresse et toute la reconnaissance
dont mon coeur est rempli pour toi.

--Bon, bon, nous verrons cela, dit Ourson en riant. En attendant,
songeons  vivre. Tu n'as rien mang depuis ce matin, pauvre Violette,
car je vois  terre les dbris des provisions que tu apportais sans
doute pour notre dner. Il est tard, le jour baisse. Si nous pouvions
revenir  la ferme avant la nuit!

[Illustration: Le Sanglier fondit sur Ourson.]

Violette essaya de se lever; mais la terreur, le manque prolong de
nourriture, l'avaient tellement affaiblie qu'elle retomba  terre.

Je ne puis me soutenir, Ourson; je suis faible; qu'allons-nous
devenir?

Ourson tait fort embarrass; il ne pouvait porter si loin Violette,
dj grande et sortie de l'enfance, ni la laisser seule, expose aux
attaques des btes froces qui habitaient la fort; il ne pouvait
pourtant la laisser sans nourriture jusqu'au lendemain.

Dans cette perplexit, il vit tomber un paquet  ses pieds; il le
ramassa, l'ouvrit et y trouva un pt, un pain, un flacon de vin.

Il devina la fe Drlette, et, le coeur plein de reconnaissance, il
s'empressa de porter le flacon aux lvres de Violette; une seule gorge
de vin, qui n'avait pas son pareil, rendit  Violette une partie de ses
forces; le pt et le pain achevrent de la rconforter ainsi qu'Ourson,
qui fit honneur au repas. Tout en mangeant, ils s'entretenaient de leurs
terreurs passes et de leur bonheur prsent.

Cependant la nuit tait venue; ni Violette ni Ourson ne savaient de quel
ct tourner leurs pas pour revenir  la ferme. Ils taient au beau
milieu du bois; Violette tait adosse  l'arbre qui lui avait servi de
refuge contre le Sanglier; elle n'osait le quitter, de crainte de ne pas
retrouver dans l'obscurit une place aussi commode.

Eh bien? chre Violette, ne t'alarme pas; il fait beau, il fait chaud.
Tu es mollement tendue sur une mousse paisse; passons la nuit o nous
sommes; je te couvrirai de mon habit et je me coucherai  tes pieds pour
te prserver de tout danger et de toute terreur. Maman et Passerose ne
s'inquiteront pas. Elles ignorent les dangers que nous avons courus, et
tu sais qu'il nous est arriv bien des fois, par une belle soire comme
aujourd'hui, de rentrer aprs qu'elles taient couches.

Violette consentit volontiers  passer la nuit dans la fort, d'abord
parce qu'ils ne pouvaient faire autrement, ensuite parce qu'elle n'avait
jamais peur avec Ourson, et qu'elle trouvait toujours bon ce qu'il avait
dcid.

Ourson arrangea donc de son mieux le lit de mousse de Violette; il se
dpouilla de son habit et l'en couvrit malgr sa rsistance; ensuite,
aprs avoir vu les yeux de Violette se fermer et le sommeil envahir tous
ses sens, il s'tendit  ses pieds et ne tarda pas lui-mme  s'endormir
profondment.

Ourson tait fatigu. Le lendemain, ce fut Violette qui s'veilla la
premire. Il faisait jour; elle sourit en voyant l'attitude menaante
d'Ourson qui, la hache serre dans la main droite, semblait dfier
tous les sangliers de la fort. Elle se leva sans bruit et se mit  la
recherche du chemin  suivre pour regagner la ferme.

Pendant qu'elle rdait aux environs de l'arbre qui l'avait abrite
contre l'humidit de la nuit, Ourson se rveilla, et, ne voyant pas
Violette, il fut debout en un instant; il l'appela d'une voix touffe
par la frayeur.

Me voici, me voici, cher frre, rpondit-elle en accourant; je
cherchais le chemin de la ferme. Mais qu'as-tu donc? tu trembles.

--Je te croyais enleve par quelque mchante fe, chre Violette, et je
me reprochais de m'tre laiss aller au sommeil. Te voil gaie et bien
portante: je suis rassur et heureux. Partons maintenant; partons vite,
afin d'arriver avant le rveil de notre mre et de Passerose.

Ourson connaissait la fort; il retrouva promptement la direction de
la ferme, et ils y arrivrent quelques minutes avant qu'Agnella et
Passerose fussent veilles. Ils taient convenus de cacher  leur mre
les dangers qu'ils avaient courus, afin de lui viter les angoisses de
l'inquitude pour l'avenir. Passerose fut seule dans le secret de leurs
aventures de la veille.



VIII

L'INCENDIE

Ourson ne voulait plus que Violette allt seule dans la fort; elle ne
lui portait plus son dner; il revenait manger  la maison. Violette ne
s'loignait jamais de la ferme sans Ourson.

Trois ans aprs l'vnement de la fort, Ourson vit arriver de grand
matin Violette ple et dfaite; elle le cherchait.

Viens, viens, dit-elle en l'entranant au dehors, j'ai  te parler,...
 te raconter.... Oh! viens.

Ourson inquiet la suivit prcipitamment.

Qu'est-ce donc, chre Violette? Pour l'amour du ciel, parle-moi,
rassure-moi. Que puis-je pour toi?

--Rien, rien, cher Ourson, tu ne peux rien.... coute-moi. Te
souviens-tu de mon rve d'enfant? de Crapaud? de rivire? de danger?
Eh bien, cette nuit, j'ai rv encore.... C'est terrible,... terrible.
Ourson, cher Ourson, ta vie est menace. Si tu meurs, je meurs.

--Comment! Par qui ma vie est-elle menace?

--coute.... Je dormais. Un Crapaud!... encore un Crapaud, toujours un
Crapaud! Un Crapaud vint  moi, et me dit:

Le moment approche o ton cher Ourson doit retrouver sa peau naturelle;
c'est  toi qu'il devra ce changement. Je le hais, je te hais. Vous ne
serez pas heureux l'un par l'autre; Ourson prira, et toi, tu ne pourras
accomplir le sacrifice auquel aspire ta sottise! Sous peu de jours, sous
peu d'heures peut-tre, je tirerai de vous tous une vengeance clatante.
Au revoir! Entends-tu? au revoir!

Je m'veillai: je retins un cri prt  m'chapper, et je vis, comme je
l'ai vu le jour o tu m'as sauve de l'eau, je vis ce hideux Crapaud,
pos en dehors de la croise, qui me regardait d'un oeil menaant. Il
disparut, me laissant plus morte que vive. Je me levai, je m'habillai,
et je viens te trouver, mon frre, mon ami, pour te prmunir contre la
mchancet de la fe Rageuse, et pour te supplier de recourir  la bonne
fe Drlette.

Ourson l'avait coute avec terreur; ce n'tait pas le sort dont il
tait menac qui causait son effroi; c'tait le sacrifice qu'annonait
Rageuse, et qu'il ne comprenait que trop bien. La seule pense que sa
charmante, sa bien-aime Violette, s'affublt de sa peau d'ours par
dvouement pour lui, le faisait trembler, le faisait mourir. Son
angoisse se peignit dans son regard; car Violette, qui l'examinait
avidement, se jeta  son cou en sanglotant:

Hlas mon frre bien-aim! tu me seras bientt ravi! Toi qui ne connais
pas la peur, tu trembles! Toi qui me rassures et me soutiens dans toutes
mes terreurs, tu ne trouves pas une parole pour ranimer mon courage! toi
qui luttes contre les dangers les plus terribles, tu courbes la tte, tu
te rsignes!

--Non, ma Violette, ce n'est pas la peur qui me fait trembler, ce n'est
pas la peur qui cause mon trouble; c'est une parole de la fe Rageuse
dont tu ne comprends pas le sens, mais dont moi je sais toute la porte;
c'est une menace adresse  toi, ma Violette; c'est pour toi que je
tremble!

Violette devina d'aprs ces mots que le moment du sacrifice tait venu,
qu'elle allait tre appele  tenir la promesse qu'elle avait faite 
la fe Drlette. Au lieu de frmir, elle en ressentit de la joie; elle
pourrait enfin reconnatre le dvouement, la tendresse incessante de son
cher Ourson, lui tre utile  son tour. Elle ne rpondit donc rien aux
craintes exprimes par Ourson; seulement elle le remercia, lui parla
plus tendrement que jamais, en songeant que bientt peut-tre elle
serait spare de lui par la mort. Ourson avait la mme pense. Tous
deux invoqurent avec ardeur la protection de la fe Drlette; Ourson
l'appela mme  haute voix, mais elle ne rpondit pas  son appel.

La journe se passa tristement. Ni Ourson ni Violette n'avaient parl
 Agnella du sujet de leurs inquitudes, de crainte d'aggraver sa
tristesse, qui augmentait  mesure que son cher Ourson prenait des
annes.

Dj vingt ans! pensait-elle. S'il persiste  ne voir personne et  ne
pas vouloir changer de peau avec Violette, qui ne demanderait pas mieux,
j'en suis bien sre, il n'y a pas de raison pour qu'il ne conserve pas
sa peau d'ours jusqu' sa mort!

Et Agnella pleurait, pleurait souvent, mais ses larmes ne remdiaient 
rien.

Le jour du rve de Violette, Agnella avait aussi rv. La fe Drlette
lui avait apparu.

Courage, reine! lui avait-elle dit; sous peu de jours, Ourson aura
perdu sa peau d'ours. Vous pourrez lui donner le nom de prince
Merveilleux.

Agnella s'tait rveille pleine d'espoir et de bonheur. Elle redoubla
de tendresse pour Violette, dans la pense que ce serait  elle qu'elle
serait redevable du bonheur de son fils.

Tout le monde alla se coucher avec des sentiments diffrents: Violette
et Ourson, pleins d'inquitude pour l'avenir qu'ils entrevoyaient si
menaant; Agnella, pleine de joie de ce mme avenir qui lui apparaissait
prochain et heureux; Passerose, pleine d'tonnement d'une tristesse et
d'une joie dont elle ignorait les causes. Chacun s'endormit: Violette
aprs avoir pleur, Ourson aprs avoir invoqu la fe Drlette, Agnella
aprs avoir souri en songeant  Ourson beau et heureux, Passerose aprs
s'tre demand cent fois: Mais qu'ont-ils donc aujourd'hui?

Il y avait une heure  peine que tout dormait  la ferme, lorsque
Violette fut rveille par une odeur de brl. Agnella s'veilla en mme
temps.

Mre, dit Violette, ne sentez-vous rien?

--La maison brle, dit Agnella. Regarde, quelle clart!

Elles sautrent  bas de leurs lits, et coururent dans la salle; les
flammes l'avaient dj envahie, ainsi que les chambres voisines.

Ourson! Passerose! cria Agnella.

--Ourson! Ourson! cria Violette.

Passerose se prcipita  moiti vtue dans la salle.

Nous sommes perdus, Madame! Les flammes ont gagn toute la maison; les
portes, les fentres sont closes; impossible de rien ouvrir.

--Mon fils! mon fils! cria Agnella.

--Mon frre! mon frre! cria Violette.

Elles coururent aux portes; tous leurs efforts runis ne purent les
branler, elles semblaient mures; il en fut de mme des fentres.

Oh! mon rve! murmura Violette. Cher Ourson, adieu pour toujours!

Ourson avait t veill aussi par les flammes et par la fume; il
couchait en dehors de la ferme, prs de l'table. Son premier mouvement
fut de courir  la porte extrieure de la maison; mais lui aussi ne put
l'ouvrir, malgr sa force extraordinaire. La porte aurait d se briser
sous ses efforts: elle tait videmment maintenue par la fe Rageuse.
Les flammes gagnaient partout. Ourson se prcipita sur une chelle,
pntra  travers les flammes dans un grenier par une fentre ouverte,
descendit dans la chambre o sa mre et Violette, attendant la mort, se
tenaient troitement embrasses; avant qu'elles eussent eu le temps de
se reconnatre, il les saisit dans ses bras, et, criant  Passerose
de le suivre, il reprit en courant le chemin du grenier, descendit
l'chelle avec sa mre dans un bras, Violette dans l'autre, et, suivis
de Passerose, ils arrivrent  terre au moment o l'chelle et le
grenier devenaient la proie des Flammes.

[Illustration: Mais Ourson aussi ne put ouvrir la porte.]

Ourson dposa Agnella et Violette  quelque distance de l'incendie.
Passerose n'avait pas perdu la tte: elle arrivait avec un paquet de
vtements qu'elle avait rassembls  la hte ds le commencement de
l'incendie.

Agnella et Violette s'taient sauves nu-pieds et en toilette de nuit;
ces vtements furent donc bien utiles pour les couvrir et les garantir
du froid.

Aprs avoir remerci avec chaleur et tendresse l'intrpide Ourson, qui
leur avait sauv la vie au pril de la sienne, elles flicitrent aussi
Passerose de sa prvoyance.

Voyez, dit Passerose, l'avantage de ne pas perdre la tte! Pendant que
vous ne songiez toutes deux qu' votre Ourson, je faisais mon paquet des
objets qui vous taient les plus ncessaires.

--C'est vrai; mais  quoi aurait servi ton paquet, ma bonne Passerose,
si ma mre et Violette avaient pri?

--Oh! je savais bien que vous ne les laisseriez pas brler vives! Est-on
jamais en danger avec vous? Ne voil-t-il pas la troisime fois que vous
sauvez Violette?

Violette serra vivement les mains d'Ourson et les porta  ses lvres.
Agnella l'embrassa et lui dit:

Chre Violette, Ourson est heureux de ta tendresse, qui le paye
largement de ce qu'il a fait pour toi. Je suis assure que, de ton
ct, tu serais heureuse de te sacrifier pour lui, si l'occasion s'en
prsentait.

Avant que Violette pt rpondre. Ourson reprit vivement:

Ma mre, de grce, ne parlez pas  Violette de se sacrifier pour moi;
vous savez combien j'en serais malheureux!

Au lieu de rpondre  Ourson, Agnella porta la main  son front avec
anxit:

La cassette, Passerose! la cassette! as-tu sauv la cassette?

--Je l'ai oublie, Madame, dit Passerose.

Le visage d'Agnella exprima une si vive contrarit, qu'Ourson
la questionna sur cette prcieuse cassette dont elle semblait si
proccupe.

C'tait un prsent de la fe; elle m'a dit que le bonheur de Violette y
tait renferm. Cette cassette tait dans mon armoire, au chevet de mon
lit. Hlas! par quelle fatalit n'ai-je pas song  la sauver.

A peine avait-elle achev sa phrase, que le brave Ourson s'lana vers
la ferme embrase, et, malgr les larmes et les supplications d'Agnella,
de Violette et de Passerose, il disparut dans les flammes aprs avoir
cri:

Vous aurez la cassette, mre, ou j'y prirai!

Un silence lugubre suivit la disparition d'Ourson. Violette tait tombe
 genoux, les bras tendus vers la ferme qui brlait. Agnella, les mains
jointes, regardait d'un oeil terrifi l'ouverture par laquelle Ourson
tait entr. Passerose restait immobile, le visage cach dans ses mains.

Quelques secondes se passrent; elles parurent des sicles aux trois
femmes qui attendaient la mort ou la vie. Ourson ne paraissait pas. Le
craquement du bois brl, le ronflement des flammes, augmentaient de
violence. Tout  coup un bruit terrible, affreux, fit pousser  Violette
et  Agnella un cri de dsespoir.

Toute la toiture s'tait croule, tout brlait; Ourson restait enseveli
sous les dcombres, cras par les solives, calcin par le feu.

Un silence de mort succda bientt  cette sinistre catastrophe....
Les flammes diminurent, s'teignirent; aucun bruit ne troubla plus le
dsespoir d'Agnella et de Violette.

Violette tait tombe dans les bras d'Agnella; toutes deux sanglotrent
longtemps en silence. Le jour vint. Passerose contemplait ces ruines
fumantes et pleurait. Le pauvre Ourson y tait enseveli, victime de son
courage et de son dvouement. Agnella et Violette pleuraient toujours
amrement; elles ne semblaient ni entendre ni comprendre ce qui se
passait autour d'elles.

loignons-nous d'ici, dit enfin Passerose.

Ni Agnella ni Violette ne rpondirent.

Passerose voulut emmener Violette.

Venez, dit-elle, venez, Violette, chercher avec moi un abri pour ce
soir; la journe est belle....

--Que m'importe un abri? sanglota Violette. Que m'importe le soir, le
matin? Il n'est plus de belles journes pour moi! Le soleil ne luira
plus que pour clairer ma douleur!

--Mais, si nous restons ici  pleurer, nous mourrons de faim, Violette,
et, malgr notrp chagrin, il faut bien songer aux ncessits de la vie.

--Autant mourir de faim que mourir de douleur. Je ne m'carterai pas de
la place o j'ai vu pour la dernire fois mon cher Ourson, o il a pri
victime de sa tendresse pour nous.

Passerose leva les paules; elle se souvint de la vache dont l'table
n'avait pas t brle; elle y courut, tira son lait, en but une tasse
et voulut vainement en faire prendre  Agnella et  Violette.

Agnella se releva pourtant et dit  Violette d'un ton solennel:

Ta douleur est juste, ma fille, car jamais un coeur plus noble,
plus gnreux, n'a battu dans un corps humain. Il t'a aime plus que
lui-mme: pour t'pargner une douleur, il a sacrifi son bonheur.

Et Agnella raconta  Violette la scne qui prcda la naissance
d'Ourson, la facult qu'aurait eue Violette de le dlivrer de sa
difformit en l'acceptant pour elle-mme, et la prire instante d'Ourson
de ne jamais laisser entrevoir  Violette la possibilit d'un pareil
sacrifice.

Il est facile de comprendre les sentiments de tendresse, d'admiration,
de regret poignant, qui remplirent le cour de Violette aprs cette
confidence; elle pleura plus amrement encore.

Et maintenant, mes filles, continua Agnella, il nous reste un dernier
devoir  remplir: c'est de donner la spulture  mon fils. Dblayons ces
dcombres, enlevons ces cendres; et, quand nous aurons trouv les restes
de notre bien-aim Ourson....

Les sanglots lui couprent la parole; elle ne put achever.



X

LE PUITS

Agnella, Violette et Passerose se dirigrent lentement vers les murs
calcins de la ferme. Avec le courage du dsespoir, elles travaillrent
 enlever les dcombres fumants; deux jours se passrent avant qu'elles
eussent tout dblay; aucun vestige du pauvre Ourson n'apparaissait; et
pourtant elles avaient enlev morceau par morceau, poigne par poigne,
tout ce qui recouvrait le sol. En soulevant les dernires planches
demi-brles, Violette aperut avec surprise une ouverture, qu'elle
dgagea prcipitamment: c'tait l'orifice d'un puits. Son coeur battit
avec violence; un vague espoir s'y glissait.

Ourson! dit-elle d'une voix teinte.

--Violette, Violette chrie; je suis l; je suis sauv!

Violette ne rpondit que par un cri touff; elle perdit connaissance
et tomba dans le puits qui renfermait son cher Ourson. Si la bonne fe
Drlette n'avait protg sa chute, Violette se serait bris la tte et
les membres contre les parois du puits; mais la fe Drlette, qui leur
avait dj rendu tant de services, soutint Violette et la fit arriver
doucement aux pieds d'Ourson.

La connaissance revint bien vite  Violette. Ni l'un ni l'autre ne
pouvait croire  tant de bonheur! Mi l'un ni l'autre ne se lassait de
donner et de recevoir les plus tendres assurances d'affection! Ils
furent tirs de leur extase par les cris de Passerose, qui, ne voyant
plus Violette et la cherchant dans les ruines, avait trouv le puits
dcouvert; regardant au fond, elle avait aperu la robe blanche de
Violette et s'tait figur que Violette s'tait prcipite  dessein
dans le puits et y avait trouv la mort qu'elle cherchait. Passerose
criait  se briser les poumons; Agnella arrivait lentement, pour
connatre la cause de ces cris.

Tais-toi, Passerose, lui dit Ourson en levant la voix; tu vas effrayer
notre mre. Je suis ici avec Violette; nous sommes bien, nous ne
manquons de rien.

--Bonheur, bonheur! cria Passerose; les voil; les voil!... Madame,
Madame, venez donc!... Plus vite, plus vite!... Ils sont l, ils sont
bien; ils ne manquent de rien..

Agnella, ple, demi-morte, coutait Passerose, sans comprendre. Tombe
 genoux, elle n'avait plus la force de se relever. Mais quand elle
entendit la voix de son cher Ourson qui appelait: Mre, chre mre,
votre pauvre Ourson vit encore, elle bondit vers l'ouverture du puits,
et s'y serait prcipite, si Passerose ne l'avait saisie dans ses bras
et ne l'avait vivement tire en arrire.

Pour l'amour de lui, chre reine, n'allez pas vous jeter dans ce trou;
vous, vous y tueriez. Je vais vous l'avoir, ce cher Ourson, avec sa
Violette.

Agnella, tremblante de bonheur, comprit la sagesse du conseil de
Passerose. Elle resta immobile, palpitante, pendant que Passerose
courait chercher une chelle.

Passerose fut longtemps absente. Il faut l'excuser, car elle aussi tait
un peu trouble. Au lieu de l'chelle, elle saisissait une corde, puis
une fourche, puis une chaise. Elle pensa mme, un instant,  faire
descendre la vache au fond du puits, pour que le pauvre Ourson pt boire
du lait tout chaud. Enfin, elle trouva cette chelle qui tait l devant
elle, sous sa main, et qu'elle ne voyait pas.

Pendant que Passerose cherchait l'chelle, Ourson et Violette ne
cessaient de causer de leur bonheur, de se raconter leur dsespoir,
leurs angoisses.

Je passai heureusement  travers les flammes, dit Ourson; je cherchai
 ttons l'armoire de ma mre; la fume me suffoquait et m'aveuglait,
lorsque je me sentis enlever par les cheveux et prcipiter au fond de ce
puits o tu es venue me rejoindre, chre Violette. Au lieu d'y trouver
de l'eau ou de l'humidit, j'y sentis une douce fracheur. Un tapis
moelleux en garnissait le fond, comme tu peux le voir encore; une
lumire suffisante m'clairait; je trouvai prs de moi des provisions
que voici, mais auxquelles je n'ai pas touch; quelques gorges de vin
m'ont suffi. La certitude de ton dsespoir et de celui de notre mre
me rendait si malheureux, que la fe Drlette eut piti de moi: elle
m'apparut sous tes traits, chre Violette. Je la pris pour toi, et je
m'lanai pour te saisir dans mes bras, mais je ne trouvai qu'une forme
vague comme l'air, comme la vapeur. Je pouvais la voir, mais je ne
pouvais la toucher.

Ourson, me dit la fe en riant, je ne suis pas Violette; j'ai pris ses
traits pour mieux te tmoigner mon amiti. Rassure-toi, tu la verras
demain. Elle pleure amrement parce qu'elle te croit mort, mais demain
je te l'enverrai; elle te fera une visite au fond de ton puits; elle
t'accompagnera quand tu sortiras de ce tombeau, et tu verras ta mre, et
le ciel, et ce beau soleil que ni ta mre ni Violette ne veulent plus
contempler, mais qui leur paratra bien beau quand tu seras prs
d'elles. Tu reviendras plus tard dans ce puits; il contient ton bonheur.

--Mon bonheur? rpondis-je  la fe. Quand J'aurai retrouv ma mre et
Violette, j'aurai retrouv tout mon bonheur.

--Crois ce que je te dis; ce puits contient ton bonheur et celui de
Violette.

--Le bonheur de Violette, Madame, est de vivre prs de moi et de ma
mre.

--Ah! que tu as bien rpondu, cher Ourson, interrompit Violette. Mais
que dit la fe?

--Je sais ce que je dis, me rpondit-elle.

[Illustration: Ourson, dit la fe, je ne suis pas Violette.]

Sous peu de jours, il manquera quelque chose  ton bonheur. C'est ici
que tu le trouveras. Au revoir, Ourson!

--Au revoir, Madame! et bientt, j'espre....

--Quand tu me reverras, tu ne seras gure content, mon pauvre enfant,
et tu voudras bien alors ne m'avoir jamais vue. Silence et adieu!

Et elle s'envola en riant, laissant aprs elle un parfum dlicieux et
quelque chose de suave, de bienfaisant, qui rpandait le calme dans mon
coeur. Je ne souffrais plus, je t'attendais.

Violette,  son tour, avait mieux compris pourquoi le retour de la fe
ne serait pas bien vu d'Ourson. Depuis que la confidence d'Agnella lui
avait rvl la nature du sacrifice qu'elle pouvait s'imposer, elle
tait dcide  l'accomplir malgr la rsistance invitable d'Ourson.
Elle ne songeait qu'au bonheur de lui donner un immense tmoignage
d'affection. Cette esprance doublait sa joie de l'avoir retrouv.

Quand Ourson eut fini son rcit, ils entendirent la vois clatante de
Passerose, qui lui criait:

Voil, voil l'chelle, mes enfants.... Je vous la descends.... Prenez
garde qu'elle ne vous tombe sur la tte.... Vous devez avoir des
provisions; montez-les donc, s'il vous plat; nous sommes un peu  court
l-haut. Depuis deux jours je n'ai aval que du lait et de la poussire;
votre mre et Violette n'ont vcu que d'air et de leurs larmes....
Doucement donc... Prenez garde de briser les chelons.... Madame,
Madame, les voici: voici la tte d'Ourson et celle de Violette.... Bon;
enjambez; vous y voil!

Agnella, toujours ple et tremblante, ne bougeait pas plus qu'une
statue. Aprs avoir vu Violette en sret, Ourson sauta hors du puits et
se prcipita dans les bras de sa mre, qui le couvrit de larmes et de
baisers. Elle le tint longtemps embrass; le voir l quand elle l'avait
cru mort lui semblait un rve. Enfin Passerose termina cette scne
d'attendrissement en saisissant Ourson et en lui disant:

A mon tour donc! On m'oublie parce que je ne m'inonde pas de mes
larmes, parce que j'ai conserv ma tte et mes forces. N'est-ce pas moi
pourtant qui vous ai fait sortir de ce vilain trou o vous tiez si
bien, disiez-vous?

--Oui, oui, ma bonne Passerose, je t'aime bien, crois-le, et je te
remercie de nous avoir tirs du puits o j'tais, en effet, si bien
depuis que ma chre Violette y tait descendue.

--A propos, mais j'y pense, dites-moi donc, Violette, comment tes-vous
descendue l dedans sans vous tuer?

--Je n'y suis pas descendue, Passerose, j'y suis tombe; Ourson m'a
reue dans ses bras.

--Tout cela n'est pas clair, dit Passerose, il y a de la fe l dedans.

--Oui, mais c'est la bonne et aimable fe, dit Ourson. Puisse-t-elle
l'emporter toujours sur sa mchante soeur!

Tout en causant, chacun commena  sentir des tiraillements d'estomac
qui indiquaient clairement qu'on avait besoin de dner. Ourson avait
laiss au fond du puits les provisions de la fe. Pendant qu'on
s'embrassait encore et qu'on pleurait un peu par souvenir, Passerose,
sans dire mot, descendit dans le puits et remonta bientt avec les
provisions, qu'elle plaa en dehors de la maison sur une botte de
paille; elle apporta autour de cette table improvise quatre autres
bottes qui devaient servir de siges.

Le dner est servi, dit-elle, venez manger. Nous en avons tous besoin;
la pauvre madame et Violette tombent d'inanition. Ourson a bu, mais il
n'a pas mang. Voici un pt, voici un jambon, du pain! du vin! Vive la
bonne fe!

Agnella, Violette et Ourson ne se le firent pas dire deux fois; ils se
mirent gaiement  table. L'apptit tait bon, le repas excellent; le
bonheur brillait sur tous les visages. On causait, on riait, on se
serrait les mains, on tait heureux.

Quand le dner fut termin, Passerose s'tonna que la fe n'et pas
pourvu  leurs besoins.

Voyez, dit-elle, la maison reste en ruines; tout nous manque. L'table
est notre seul abri, la paille notre seul coucher, les provisions du
puits sont notre seule nourriture. Jadis tout arrivait avant mme qu'on
et le temps de le demander.

Agnella regarda vivement sa main: l'anneau n'y tait plus!... Il fallait
dsormais gagner son pain  la sueur de son front. Ourson et Violette,
voyant son air triste, lui en demandrent la cause.

Hlas! mes enfants, vous me trouverez sans doute bien ingrate, au
milieu de notre bonheur, de m'inquiter de l'avenir! Mais je m'aperois
que dans l'incendie j'ai perdu la bague que m'a donne la fe et qui
devait fournir  toutes nos ncessits, tant que je l'aurais  mon
doigt. Je ne l'ai plus; qu'allons-nous faire?

--Pas d'inquitude, chre mre. Ne suis-je pas grand et fort? Je
chercherai de l'ouvrage, et vous vivrez de mon salaire.

--Et moi donc, dit Violette, ne puis-je aussi aider ma bonne mre et
notre chre Passerose? En cherchant de l'ouvrage pour toi, Ourson, tu en
trouveras pour moi aussi.

--Je vais en chercher de ce pas, dit Ourson, Adieu, mre; au revoir,
Violette.

Et, leur baisant les mains, il partit d'un pas lger.

Il ne prvoyait gure, le pauvre Ourson, l'accueil qui l'attendait dans
les trois maisons o il demanderait de l'occupation.



X

LA FERME, LE CHTEAU, L'USINE

Ourson marcha prs d'une heure avant d'arriver  une grande et belle
ferme o il espra trouver le travail qu'il demandait. Il voyait de loin
le fermier et sa famille assis devant le seuil de leur porte et prenant
leur repas.

[Illustration: Je ne suis pas un ours, mais un pauvre garon.]

Il ne s'en trouvait plus qu' une petite distance, lorsqu'un des
enfants, petit garon de dix ans, l'aperut. Il sauta de son sige,
poussa un cri et s'enfuit dans la maison.

Un second enfant, petite fille de huit ans, entendant le cri de son
frre, se retourna galement et se mit  jeter des cris perants.

Toute la famille, imitant alors le mouvement des enfants, se retourna; 
la vue d'Ourson, les femmes poussrent des cris de terreur, les
enfants s'enfuirent, les hommes saisirent des btons et des fourches,
s'attendant  tre attaqus par le pauvre Ourson, qu'ils prenaient pour
un animal extraordinaire chappe d'une mnagerie.

Ourson, voyant ce mouvement de terreur et d'agression, prit la parole
pour dissiper leur frayeur.

Je ne suis pas un ours, comme vous semblez le croire, Messieurs, mais
un pauvre garon qui cherche de l'ouvrage et qui serait bien heureux si
vous vouliez lui en donner.

Le fermier fut surpris d'entendre parler un ours.

Il ne savait trop s'il devait fuir ou l'interroger; il se dcida  lui
parler.

Qui es-tu? d'o viens-tu?

--Je viens de la ferme des Bois, et je suis le fils de la fermire
Agnella, rpondit Ourson.

--Ah! ah! c'est toi qui, dans ton enfance, allais au march et faisais
peur  nos enfants! Tu as vcu dans les bois; tu t'es pass de notre
secours. Pourquoi viens-tu nous trouver maintenant? Va-t'en vivre en
ours comme tu as vcu jusqu'ici.

--Notre ferme est brle. Je dois faire vivre ma mre et ma soeur
du travail de mes mains; c'est pourquoi je viens vous demander de
l'ouvrage. Vous serez content de mon travail: je suis vigoureux et bien
portant, j'ai bonne volont; je ferai tout ce que vous me commanderez.

--Tu crois, mon garon, que je vais prendre  mon service un vilain
animal comme toi, qui fera mourir de peur ma femme et mes servantes,
tomber en convulsions mes enfants! Pas si bte, mon garon, pas si
bte.... En voil assez. Va-t'en; laisse-nous finir notre dner.

--Monsieur le fermier, de grce, veuillez essayer de mon travail;
mettez-moi tout seul: je ne ferai peur  personne; je me cacherai pour
que vos enfants ne me voient pas.

--Auras-tu bientt fini, mchant ours? Pars tout de suite; sinon je te
ferai sentir les dents de ma fourche dans tes reins poilus.

Le pauvre Ourson baissa la tte; une larme d'humiliation et de douleur
brilla dans ses yeux. Il s'loigna  pas lents, poursuivi des gros rires
et des hues du fermier et de ses gens.

Quand il fut hors de leur vue, il ne chercha plus  contenir ses larmes;
mais, dans son humiliation, dans son chagrin, il ne lui vint pas une
fois la pense que Violette pouvait le dbarrasser de sa laide fourrure.
Il marcha encore et aperut un chteau dont les abords taient anims
par une foule d'hommes qui allaient, venaient et travaillaient tous 
des ouvrages diffrents. Les uns ratissaient, les autres fauchaient,
ceux-ci pansaient les chevaux, ceux-l bchaient, arrosaient, semaient.

[Illustration: Pars, sinon je te ferai sentir les dents de ma
fourche!]

Voil une maison o je trouverai certainement de l'ouvrage, dit Ourson.
Je n'y vois ni femmes ni enfants: les hommes n'auront pas peur de moi,
je pense.

Ourson s'approcha sans qu'on le vit; il ta son chapeau et se trouva
devant un homme qui paraissait devoir tre un intendant.

Monsieur..., dit-il.

L'homme leva la tte, recula d'un pas quand il vit Ourson, et l'examina
avec la plus grande surprise.

Qui es-tu? Que veux-tu? dit-il d'une voix rude.

--Monsieur, je suis le fils de la fermire Agnella, matresse de la
ferme des Bois.

--Eh bien! pourquoi viens-tu ici?

--Notre ferme a brl, Monsieur. Je cherche de l'ouvrage pour faire
vivre ma mre et ma soeur. J'esprais que vous voudriez bien m'en
donner.

--De l'ouvrage? A un ours?

--Monsieur, je n'ai de l'ours que l'apparence; sous cette enveloppe qui
vous rpugne, bat un coeur d'homme, un coeur capable de reconnaissance
et d'affection. Vous n'aurez  vous plaindre ni de mon travail ni de ma
bonne volont.

Pendant qu'Ourson parlait et que l'intendant l'coutait d'un air
moqueur, il se fit un grand mouvement du ct des chevaux; ils se
cabraient, ils ruaient. Les palefreniers avaient peine  les retenir;
quelques-uns mme s'chapprent et se sauvrent dans les champs.

C'est l'ours, c'est l'ours, criaient les palefreniers; il fait peur aux
chevaux! Chassez-le, faites-le partir!

--Va-t'en! lui cria l'intendant.

Ourson, stupfait, ne bougeait pas.

Ah! tu ne veux pas t'en aller! vocifra l'homme. Attends, mchant
vagabond, je vais te rgaler d'une chasse! Hol! vous autres, courez
chercher les chiens.... Lchez-les sur cet animal.... Allons, qu'on se
dpche.... Le voil qui dtale!

En effet, Ourson, plus mort que vif de ce cruel accueil, s'en allait
en prcipitant sa marche; il avait hte de s'loigner de ces hommes
inhumains et mchants. C'tait la seconde tentative manque. Malgr son
chagrin, il ne se dcouragea pas.

Il y a encore trois ou quatre heures de jour, dit-il: j'ai le temps de
continuer mes recherches.

Et il se dirigea vers une forge qui tait  trois ou quatre kilomtres
de la ferme des Bois. Le matre de la forge employait beaucoup
d'ouvriers; il donnait de l'ouvrage  tous ceux qui lui en demandaient,
non par charit, mais dans l'intrt de sa fortune et pour se rendre
ncessaire. Il tait craint, mais il n'tait pas aim; il faisait la
richesse du pays; on ne lui en savait pas gr, parce que lui seul en
profitait, et qu'il pesait de tout le poids de son avidit et de son
opulence sur les pauvres ouvriers qui ne trouvaient de travail que chez
ce nouveau marquis de Carabas.

[Illustration: Ourson se trouva devant l'intendant.]

Le pauvre Ourson arriva donc  la forge; le matre tait  la porte,
grondant les uns, menaant les autres, les terrifiant tous.

Monsieur, dit Ourson en s'approchant, auriez-vous de l'ouvrage  me
donner?

--Certainement. J'en ai toujours et  choisir. Quel ouvrage demand....
Il leva la tte  ces mots, car il avait rpondu sans regarder Ourson.
Quand il le vit, au lieu d'achever sa phrase, ses yeux tincelrent de
colre et il continua en balbutiant:

Quelle est cette plaisanterie? Sommes-nous en carnaval pour qu'un
ouvrier se permette une si ridicule mascarade? Veux-tu me jeter  bas ta
laide peau d'ours? ou je te fais passer au feu de ma forge pour rissoler
tes poils!

--Ce n'est point une mascarade, rpondit tristement Ourson; c'est,
hlas! une peau naturelle, mais je n'en suis pas moins bon ouvrier, et
si vous avez la bont de me donner de l'ouvrage, vous verrez que ma
force gale ma bonne volont.

--Je vais t'en donner, de l'ouvrage, vilain animal! s'cria le matre de
forge cumant de colre. Je vais te fourrer dans un sac et je t'enverrai
dans une mnagerie; on te jettera dans une fosse avec tes frres les
ours. Tu en auras, de l'ouvrage,  te dfendre de leurs griffes.
Arrire, canaille! disparais, si tu ne veux pas aller  la mnagerie.

Et, brandissant son bton, il en et frapp Ourson, si celui-ci ne se
ft promptement esquiv.



XI

LE SACRIFICE

Ourson marcha vers sa demeure, dcourag, triste, abattu. Il allait
lentement; il arriva tard  la ferme. Violette courut au-devant de lui,
lui prit la main, et, sans dire un mot, l'amena devant sa mre. L elle
se mit  genoux et dit:

Ma mre, je sais ce que notre bien-aim Ourson a souffert aujourd'hui.
En son absence, la fe Rageuse m'a tout cont, la fe Drlette m'a tout
confirm.... Ma mre, quand vous avez cru Ourson perdu  jamais pour
vous, pour moi, vous m'avez rvl ce que, dans sa bont, il voulait me
cacher. Je sais que je puis, en prenant son enveloppe, lui rendre la
beaut qu'il devait avoir. Heureuse, cent fois heureuse de pouvoir
reconnatre ainsi la tendresse, le dvouement de ce frre bien-aim, je
demande  faire l'change permis par la bonne fe Drlette, et je la
supplie de l'oprer immdiatement.

--Violette! Violette! s'cria Ourson terrifi. Violette, reprends
tes paroles; tu ne sais pas  quoi tu t'engages, tu ignores la vie
d'angoisses et de misre, la vie de solitude et d'isolement  laquelle
tu te condamnes, la dsolation incessante qu'on prouve de se voir en
horreur  tout le genre humain! Ah! Violette, Violette, de grce, retire
tes paroles.

--Cher Ourson, dit Violette avec calme mais avec rsolution, en faisant
ce que tu crois tre un grand sacrifice, j'accomplis le voeu le plus
cher  mon coeur, je travaille  mon propre bonheur. Je satisfais 
un besoin ardent, imprieux, de te tmoigner ma tendresse, ma
reconnaissance. Je m'estime en faisant ce que je fais, je me mpriserais
en ne le faisant pas.

--Arrte, Violette, un instant encore; rflchis, songe  ma douleur
quand je ne verrai plus ma belle, ma charmante Violette, quand je
craindrai pour toi les railleries, l'horreur des hommes. Oh! Violette,
ne condamne pas ton pauvre Ourson  cette angoisse.

Le charmant visage de Violette s'attrista; la crainte de l'antipathie
d'Ourson la fit tressaillir; mais ce sentiment tout personnel fut
passager; il ne put l'emporter sur sa tendresse si dvoue.

Pour toute rponse elle se jeta dans les bras d'Agnella et dit:

Mre, embrassez une dernire fois votre Violette blanche et jolie.

Pendant qu'Agnella, Ourson et Passerose l'embrassaient et la
contemplaient avec amour; pendant qu'Ourson,  genoux, la suppliait de
lui laisser sa peau d'ours,  laquelle il tait habitu depuis vingt
ans qu'il en tait revtu, Violette appela encore  haute voix: Fe
Drlette! fe Drlette! venez recevoir le prix de la sant et de la vie
de mon cher Ourson.

Au mme instant apparut la fe Drlette dans toute sa gloire, sur un
char d'or massif, tran par cent cinquante alouettes. Elle tait vtue
d'une robe en ailes de papillons des couleurs les plus brillantes; sur
ses paules tombait un manteau en rseau de diamants, qui tranait  dix
pieds derrire elle, et d'un travail si fin qu'il tait lger comme de
la gaze. Ses cheveux, luisants comme des soies d'or, taient surmonts
d'une couronne en escarboucles brillantes comme des soleils. Chacune de
ses pantoufles tait taille dans un seul rubis. Son joli visage, doux
et gai, respirait le contentement; elle arrta sur Violette un regard
affectueux:

Tu le veux donc, ma fille? dit-elle.

--Madame, s'cria Ourson en tombant  ses pieds, daignez m'couter. Vous
qui m'avez combl de vos bienfaits, vous qui m'inspirez une si tendre
reconnaissance, vous, bonne et juste, excuterez-vous le voeu insens de
ma chre Violette? voudrez-vous faire le malheur de ma vie en me forant
d'accepter un pareil sacrifice? Non, non, fe charmante, fe chrie,
vous ne voudrez pas le faire, vous ne le ferez pas.

Tandis qu'Ourson parlait ainsi, la fe donna un lger coup de sa
baguette de perles sur Violette, un second coup sur Ourson et dit:

Qu'il soit fait selon le voeu de ton coeur, ma fille!... Qu'il soit
fait contre tes dsirs, mon fils!

Au mme instant, la figure, les bras, tout le corps de Violette se
couvrirent des longs poils soyeux qui avaient quitt Ourson; et Ourson
apparut avec une peau blanche et unie qui faisait ressortir son extrme
beaut, Violette le regardait avec admiration, pendant que lui, les yeux
baisss et pleins de larmes, n'osait envisager sa pauvre Violette, si
horriblement mtamorphose; enfin il la regarda, se jeta dans ses bras,
et tous deux pleurrent. Ourson tait merveilleusement beau; Violette
tait ce qu'avait t Ourson, sans forme, sans beaut comme sans
laideur. Quand Violette releva la tte et regarda Agnella, celle-ci lui
tendit les mains.

Merci, ma fille, ma noble et gnreuse enfant! dit Agnella.

--Mre, dit Violette  voix basse, m'aimerez-vous encore?

 --Si je t'aimerai, ma fille chrie! cent fois, mille fois plus
qu'auparavant!

 --Violette, dit Ourson, ne crains pas d'tre laide  nos yeux.
Pour moi, tu es plus
belle cent fois que lorsque tu avais toute ta beaut; pour moi, tu es
une soeur, une amie incomparable, tu seras toujours la compagne de ma
vie, l'idal de mon coeur.



XII

LE COMBAT

Violette allait rpondre, lorsqu'une espce de mugissement se fit
entendre dans l'air. On vit descendre lentement un char de peau de
crocodile, attel de cinquante normes crapauds. Tous ces crapauds
soufflaient, sifflaient et auraient lanc leur venin infect, si la fe
Drlette ne le leur et dfendu.

Quand le char fut  terre, il en sortit une grosse et lourde crature:
c'tait la fe Rageuse; ses gros yeux semblaient sortir de sa tte; son
large nez pat couvrait ses joues rides et fltries, sa bouche allait
d'une oreille  l'autre; quand elle l'ouvrait, on voyait une langue
noire et pointue qui lchait sans cesse de vilaines dents cornes et
couvertes d'un enduit de bave verdtre. Sa taille, haute de trois pieds
 peine, tait paisse; sa graisse flasque et jaune avait principalement
envahi son gros ventre tendu comme un tambour; sa peau gristre tait
gluante et froide comme celle d'une limace; ses rares cheveux rouges
tombaient de tous cts en mches ingales le long d'un cou pliss et
goitreux; ses mains, larges et plates, semblaient tre des nageoires de
requin. Sa robe tait en peaux de limaces et son manteau en peaux de
crapauds. Elle s'avana lentement vers Ourson, que nous appellerons
dsormais de son vrai nom, le PRINCE MERVEILLEUX. Elle s'arrta en face
de lui, jeta un coup d'oeil furieux sur la fe Drlette, un coup d'oeil
de triomphe moqueur sur Violette, croisa ses gros bras gluants sur son
ventre norme, et dit d'une voix aigre et enroue:

Ma soeur l'a emport sur moi, prince Merveilleux. Il me reste pourtant
une consolation; tu ne seras pas heureux, parce que tu as retrouv ta
beaut premire aux dpens du bonheur de cette petite sotte qui est
affreuse, ridicule, et dont tu ne voudras plus approcher. Oui, oui,
pleure, ma belle Oursine; tu pleureras longtemps et tu regretteras
amrement, si tu ne le regrettes dj, d'avoir donn au prince
Merveilleux ta belle peau blanche.

[Illustration: La fe Rageuse.]

--Jamais, Madame, jamais; mon seul regret est de d'avoir pas su plus tt
ce que je pouvais faire pour lui tmoigner ma reconnaissance.

La fe Drlette, dont le visage avait pris une expression de svrit et
d'irritation inaccoutume, brandit sa baguette et dit:

Silence, ma soeur; vous n'aurez pas longtemps  triompher du malheur de
Violette; j'y porterai remde; son dvouement mrite rcompense.

 --Je vous dfends de lui venir en aide sous peine de ma colre.

 --Je ne redoute pas votre colre, ma soeur, et je ddaigne de vous en
punir.

--M'en punir! tu oses me menacer?

Et, sifflant bruyamment, elle fit approcher son quipage, remonta dans
non char, s'enleva et voulut fondre sur Drlette pour l'asphyxier par
le venin de ses crapauds. Mais Drlette connaissait les perfidies de sa
soeur; ses alouettes fidles tenaient le char  sa porte, elle sauta
dedans. Les alouettes s'enlevrent, planrent au-dessus des crapauds,
et s'abaissrent rapidement sur eux; ceux-ci, malgr leur pesanteur,
esquivrent le coup en se jetant de ct, ils purent mme lancer
leur venin sur les alouettes les plus rapproches, qui moururent
immdiatement: la fe les dtela avec la rapidit de la foudre, s'leva
encore et vint retomber si adroitement sur les crapauds, que les
alouettes leur crevrent les yeux avec leurs griffes, avant que
Rageuse et le temps de secourir son arme. Les cris des crapauds, les
sifflements des alouettes faisaient un bruit  rendre sourd; aussi la
fe Drlette eut-elle l'attention de crier  ses amis, qui regardaient
le combat avec terreur: loignez-vous et bouchez-vous les oreilles. Ce
qu'ils firent immdiatement.

Rageuse tenta un dernier effort; elle dirigea ses crapauds aveugles vers
les alouettes, afin de les prendre en face et de leur lancer du venin;
mais Drlette s'levait, s'levait toujours; Rageuse restait toujours
au-dessous. Enfin, ne pouvant contenir sa colre, elle s'cria:

Tu es soutenue par la reine des fes, une vieille drlesse que je
voudrais voir au fond des enfers!

 peine eut-elle prononc ces paroles, que son char retomba pesamment 
terre; les crapauds crevrent, le char disparut; Rageuse resta seule,
sous la forme d'un gros crapaud. Elle voulut parler, elle ne put que
mugir et souffler; elle regardait avec fureur Drlette et ses alouettes,
le prince Merveilleux, Violette et Agnella: mais son pouvoir tait
dtruit.

La fe Drlette abaissa son char, descendit a terre et dit:

La reine des fes t'a punie de ton audace, ma soeur. Repens-toi si tu
veux obtenir ta grce.

Pour toute rponse, le crapaud lana son venin, qui, heureusement,
n'atteignit personne. Drlette tendit vers lui sa baguette.

Je te commande de disparatre et de ne plus jamais te montrer aux yeux
du prince, de Violette et de leur mre.

A peine avait-elle achev ces mots, que le crapaud disparut, sans
qu'il restt le moindre vestige de son attelage et de son char. La fe
Drlette demeura pendant quelques instants immobile; elle passa la main
sur son front, comme pour en chasser une triste pense, et, s'approchant
du prince Merveilleux, elle lui dit:

Prince, le titre que je vous donn vous indique votre naissance: vous
tes le fils du roi Froce et de la reine Aime, cache jusqu'ici sous
l'apparence d'une modeste fermire. Le nom de votre pre indique assez
son caractre; votre mre l'ayant empch de tuer son frre Indolent et
sa belle-soeur Nonchalante, il tourna contre elle sa fureur: ce fut moi
qui la sauvai dans une nue avec sa fidle Passerose. Et vous, princesse
Violette, votre naissance gale celle du prince Merveilleux; votre pre
et votre mre sont ce mme roi Indolent et cette reine Nonchalante, qui,
sauvs une fois par votre mre, finirent par prir victimes de leur
apathie. Depuis ce temps le roi Froce a t massacr par ses sujets,
qui ne pouvaient plus supporter son joug cruel; ils vous attendent,
prince, pour rgner sur eux; je leur ai rvl votre existence, et je
leur ai promis que vous prendriez une pouse digne de vous. Votre choix
peut s'arrter sur une des douze princesses que votre pre retenait
captives aprs avoir gorg leurs parents; toutes sont belles et sages,
et toutes vous apportent en dot un royaume.

La surprise avait rendu muet le prince Merveilleux; aux dernires
paroles de la fe, il se tourna vers Violette, et, la voyant pleurer:

Pourquoi pleures-tu, Violette? Crains-tu que je rougisse de toi, que je
n'ose pas tmoigner devant toute ma cour la tendresse que tu m'inspires,
que je cache ce que tu as fait pour moi, que j'oublie les liens qui
m'attachent  toi pour jamais? Crois-tu que je puisse tre assez ingrat
pour chercher une autre affection que la tienne, et te remplacer par une
de ces princesses retenues captives par mon pre? Non, chre Violette;
jusqu'ici je n'ai vu en toi qu'une soeur; dsormais tu seras la compagne
de ma vie, ma seule amie, ma femme en un mot. --Ta femme, cher frre!
C'est impossible. Comment assoirais-tu sur ton trne une crature aussi
laide que ta pauvre Violette? Comment oserais-tu braver les railleries
de tes sujets et des rois voisins? Moi-mme, comment pourrais-je me
montrer au milieu des ftes de ton retour? Non, mon ami, mon frre,
laisse-moi vivre auprs de toi, prs de notre mre, seule, ignore,
couverte d'un voile, afin que personne ne me voie et ne puisse te blmer
d'avoir fait un triste choix.

Le prince Merveilleux insista longuement et fortement; Violette avait
peine  se commander, mais nanmoins elle rsistait avec autant de
fermet que de dvouement. Agnella ne disait rien; elle et voulu que
son fils acceptt ce dernier sacrifice de la malheureuse Violette, et
qu'il la laisst vivre prs d'elle et prs de lui, mais cache  tous
les regards. Passerose pleurait et encourageait tout bas le prince dans
son insistance.

Violette, dit enfin le prince, puisque tu te refuses de monter sur le
trne avec moi, j'abandonne ce trne et la puissance royale pour vivre
avec toi comme par le pass dans la solitude et le bonheur. Sans toi, le
sceptre me serait un trop lourd fardeau; avec toi, notre petite ferme me
sera un paradis. Dis, Violette, le veux-tu ainsi?

--Tu l'emportes, cher frre; oui, vivons ici comme nous avons vcu
depuis tant d'annes, modestes dans nos gots, heureux par notre
affection.

--Noble prince et gnreuse princesse, dit la fe, vous aurez la
rcompense de votre tendresse si dvoue et si rare. Prince, dans le
puits o je vous ai transport pendant l'incendie, il y a un trsor sans
prix pour vous et pour Violette. Descendez-y, cherchez, et quand vous
l'aurez trouv, apportez-le: je vous en ferai connatre la valeur.

Le prince ne se le fit pas dire deux fois; il courut vers le puits;
l'chelle y tait encore, il descendit lestement; arriv au fond, il ne
vit rien que le tapis qu'il avait trouv la premire fois. Il examina
les parois du puits: rien n'indiquait un trsor. Il leva le tapis et
aperut une pierre noire avec un anneau; il tira l'anneau, la pierre
s'enleva et dcouvrit une cassette qui brillait comme une runion
d'toiles. Ce doit tre le trsor dont parle la fe, dit-il. Il saisit
la cassette; elle tait lgre comme une coquille de noix. Il s'empressa
de remonter, la tenant soigneusement dans ses bras.

On attendait son retour avec impatience; il remit la cassette  la fe.
Agnella s'cria:

C'est la cassette que vous m'aviez confie, Madame, et que je croyais
perdue dans l'incendie.

--C'est la mme, dit la fe; voici la clef, prince; ouvrez-la.

Ourson s'empressa de l'ouvrir. Quel ne fut pas le dsappointement
gnral quand, au lieu des trsors qu'on s'attendait  en voir sortir,
on n'y trouva que les bracelets qu'avait Violette lorsque son cousin
l'avait rencontre endormie dans la fort, et un flacon d'huile de
senteur.

La fe les regardait tour  tour et riait de leur stupeur; elle prit les
bracelets et les remit  Violette.

Ceci est mon prsent de noces, ma chre enfant; chacun de ces diamants
a la proprit de prserver de tout malfice la personne qui le porte;
et de lui donner toutes les vertus, toutes les richesses, toute la
beaut, tout l'esprit et tout le bonheur dsirables. Usez-en pour les
enfants qui natront de votre union avec le prince Merveilleux.

Prenant ensuite le flacon:

Quant au flacon d'huile de senteur, c'est le prsent de noces de votre
cousin; vous aimez les parfums, celui-ci a des vertus particulires;
servez-vous-en aujourd'hui mme. Demain je reviendrai vous chercher et
vous ramener tous dans votre royaume.

--J'ai renonc  mon royaume, Madame; je veux vivre ici avec ma chre
Violette....

--Et qui donc gouvernera votre royaume, mon fils? interrompit la reine
Aime.

--Ce sera vous, ma mre, si vous voulez bien en accepter la charge,
rpondit le prince.

La reine allait refuser la couronne de son fils, quand la fe la
prvint:

Demain nous reparlerons de cela, dit-elle; en attendant, vous, Madame,
qui dsirez un peu la couronne que vous alliez pourtant refuser, je vous
dfends de l'accepter avant mon retour; et vous, cher et aimable prince,
ajouta-t-elle d'une voix, douce accompagne d'un regard affectueux, je
vous dfends de la proposer avant mon retour. Adieu,  demain. Quand il
vous arrivera bonheur, mes chers enfants, pensez  votre amie la fe
Drlette.

Elle remonta dans son char; les alouettes s'envolrent rapidement, et
bientt elle disparut, laissant derrire elle un parfum dlicieux.



XIII

LA RCOMPENSE

Le prince regarda Violette et soupira. Violette regarda le prince et
sourit.

Comme tu es beau, cher cousin! Que je suis heureuse de t'avoir rendu ta
beaut! Moi, je vais verser quelques gouttes d'huile de senteur sur
mes mains; puisque je ne peux te plaire, je veux du moins t'embaumer,
ajouta-t-elle en riant.

Et, dbouchant le flacon, elle pria Merveilleux de lui en verser
quelques gouttes sur le front et sur te visage. Le prince avait le
coeur trop gros pour parler. Il prit le flacon et excuta l'ordre de sa
cousine. Aussitt que l'huile eut touch le front de Violette,
quelles ne furent pas sa joie et sa surprise en voyant tous ses poils
disparatre et sa peau reprendra sa blancheur et sa finesse premires!

Le prince et Violette, en voyant la vertu de cette huile merveilleuse,
poussrent un cri de joie, et, courant vers l'table, o taient la
reine et Passerose, ils leur firent voir l'heureux effet de l'huile de
la fe. Toutes deux partagrent leur bonheur. Le prince Merveilleux ne
pouvait en croire ses yeux. Rien dsormais ne s'opposait  son union
avec Violette, si bonne, si dvoue, si tendre, si bien faite pour
assurer le bonheur de son cousin.

La reine songeait au lendemain,  son retour dans son royaume, qu'elle
avait abandonn depuis vingt ans: elle aurait voulu que son fils, que
Violette et qu'elle-mme eussent des vtements convenables pour une si
grande crmonie; mais elle n'avait ni le temps ni les moyens de s'en
procurer: il fallait donc conserver leurs habits de drap grossier, et
se montrer ainsi  leurs peuples. Violette et Merveilleux riaient de
l'inquitude de leur mre.

Ne trouvez-vous pas, mre, que notre beau Merveilleux est bien assez
par de sa beaut, et qu'un habit somptueux ne le rendra ni plus beau ni
plus aimable?

--Et ne trouvez-vous pas, comme moi, mre, que la beaut de notre chre
Violette la pare mieux que les plus riches vtements; que l'clat de ses
yeux l'emporte sur les plus brillantes pierreries; que la blancheur de
ses dents ferait plir les perles les plus belles; que la richesse de sa
blonde chevelure la coiffe mieux, qu'une couronne de diamants?

--Oui, oui, mes enfants, sans doute, vous tes tous deux beaux et
charmants; mais un peu de toilette ne gte rien; quelques bijoux, un peu
de broderie, de riches toffes, ne feraient aucun tort  votre beaut.
Et moi qui suis vieille....

--Mais pas laide, Madame, interrompit vivement Passerose; vous tes
encore belle et aimable, malgr votre petit bonnet de fermire, votre
jupe de drap ray, votre corsage de camelot rouge et votre guimpe de
simple toile. D'ailleurs, une fois rentre dans votre royaume, vous
achterez toutes les robes qui vous feront plaisir.

La soire se passa ainsi gaiement et sans inquitude de l'avenir. La fe
avait pourvu  leur souper; ils passrent leur dernire nuit sur les
bottes de paille de l'table, et, comme ils taient tous fatigus des
motions de la journe, ils dormirent si profondment que le jour
brillait depuis longtemps et que la fe tait au milieu d'eux avant
qu'ils fussent rveills.

Un lger hem! hem! de la fe les tira de leur sommeil; le prince fut
le premier  ouvrir les yeux: il se jeta aux genoux de la fe et lui
adressa des remerciements tellement vifs qu'elle en fut attendrie.

Violette aussi tait aux genoux de la fe, la remerciant avec le prince.

Je ne doute pas de votre reconnaissance, leur dit la fe, mais j'ai
beaucoup  faire, on m'attend dans le royaume du roi Bnin, o je dois
assister  la naissance du troisime fils de la princesse Blondine; ce
fils doit tre le mari de votre fille ane, prince Merveilleux, et je
tiens  le douer de toutes les qualits qui pourront le faire aimer de
votre fille. Il faut que je vous mne dans votre royaume; plus tard,
je reviendrai assister  vos noces.... Reine, continua-t-elle en
s'adressant  Aime qui venait de s'veiller, nous allons partir
immdiatement pour le royaume de votre fils; tes-vous prte, ainsi que
votre fidle Passerose?

--Madame, rpondit la reine avec un lger embarras, nous sommes prtes 
vous suivre; mais ne rougirez-vous pas de notre toilette si peu digne de
notre rang?

--Ce ne sera pas moi qui en rougirai, reine, rpliqua la fe en
souriant; c'est vous qui seriez dispose  en rougir. Mais je puis
porter remde  ce mal.

En disant ces mots, elle dcrivit avec sa baguette un cercle au-dessus
de la tte de la reine, qui au mme moment se trouva vtue d'une robe de
brocart d'or, coiffe d'un chaperon de plumes rattaches par un cordon
de diamants, et chausse de brodequins de velours paillets d'or.

La reine regardait sa robe d'un air de complaisance.

Et Violette? dit-elle, et mon fils? N'tendrez-vous pas sur eux vos
bonts, Madame?

--Violette ne me l'a pas demand, ni votre fils non plus. Je suivrai en
cela leurs dsirs. Parlez, Violette, dsirez-vous changer de costume?

--Madame, rpondit Violette en baissant les yeux et en rougissant, j'ai
t heureuse sous cette simple robe de toile; c'est dans ce costume que
mon frre m'a connue, m'a aime; souffrez que je le conserve tant que le
permettront les convenances, et que je le garde toujours en souvenir des
heureuses annes de mon enfance.

Le prince remercia Violette en lui serrant tendrement les mains.

La fe approuva Violette d'un signe de tte amical, fit approcher son
quipage qui attendait  quelques pas, y monta, et plaa prs d'elle
la reine, Violette, le prince et Passerose. En moins d'une heure, les
alouettes franchirent les trois mille lieues qui les sparaient du
royaume de Merveilleux; tout le peuple et toute la cour, prvenus par la
fe, attendaient dans les rues et dans le palais. A l'aspect du char,
le peuple poussa des cris de joie, qui redoublrent lorsque, le char
s'arrtant sur la grande place du palais, on en vit descendre la reine
Aime, un peu vieillie sans doute, mais toujours jolie et gracieuse; le
prince Merveilleux, dont la beaut et la grce taient rehausses par la
richesse de ses vtements, blouissants d'or et de pierreries: c'tait
encore une gracieuset de la fe. Mais les acclamations devinrent
frntiques, lorsque le prince, prenant la main de Violette, la prsenta
au peuple. Son doux et charmant visage, sa taille fine et lgante,
taient encore embellis par la toilette dont la fe l'avait revtue
d'un coup de baguette. Sa robe tait en dentelle d'or, son corsage, ses
paules et ses bras taient orns d'une foule d'alouettes en diamants,
pas plus grosses que des oiseaux-mouches; sur la tte, elle avait aussi
une couronne de petites alouettes en pierreries de toutes couleurs. Son
air doux et vif, sa grce, sa beaut, lui gagneront tous les coeurs.
On cria tant et si longtemps: _Vive le roi Merveilleux! vive la reine
Violette!_ que plusieurs personnes dans la foule en devinrent sourdes.
La fe, qui ne voulait que joie et bonheur dans tout le royaume, les
gurit tous,  la prire de Violette. Il y eut un grand repas pour la
cour et pour le peuple. Un million trois cent quarante-six mille huit
cent vingt-deux personnes dnrent aux frais de la fe, et chacun
emporta de quoi manger pendant huit jours. Pendant le repas, la fe
partit pour aller chez le roi Bnin, promettant de revenir pour les
noces de Merveilleux et de Violette. Pendant les huit jours que dura son
absence, Merveilleux, qui voyait sa mre un peu triste de ne plus tre
reine, la pria avec tant d'instance d'accepter le royaume de Violette,
qu'elle consentit  y rgner,  la condition toutefois que le roi
Merveilleux et la reine Violette viendraient tous les ans passer trois
mois chez elle.

La reine Aime, avant de quitter ses enfants, voulut assister  leur
union. La fe Drlette, plusieurs fes et gnies de ses amis furent
convoqus aux noces. Ils eurent tous des prsents magnifiques, et
ils furent si satisfaits de l'accueil que leur avaient fait le roi
Merveilleux et la reine Violette, qu'ils promirent de revenir toutes
les fois qu'ils seraient appels. Deux ans aprs, ils reurent tous une
nouvelle invitation pour assister  la naissance du premier enfant des
jeunes poux. Violette mit au jour une fille, qui fut, comme son pre et
sa mre, une merveille de bont et de beaut.

Le roi et la reine ne purent excuter la promesse qu'ils avaient faite
 leur mre. Un des gnies qui avaient t invits aux noces de
Merveilleux et de Violette, et qui s'appelait Bienveillant, trouva  la
reine Aime tant de douceur, de bont et de beaut, qu'il l'aima; Il
alla la visiter plusieurs fois quand elle fut dans son nouveau royaume;
se voyant affectueusement accueilli par la reine, il l'enleva un beau
jour dans un tourbillon. La reine Aime pleura un peu; mais comme elle
aimait aussi le gnie, elle se consola promptement et consentit 
l'pouser. Le roi des gnies lui accorda, comme prsent de noces, de
participer  tous les privilges de son mari, de ne jamais mourir, de
ne jamais vieillir, de se transporter en un clin d'oeil partout o elle
voudrait. Elle usa souvent de cette facult pour voir son fils et ses
petits-enfants. Le roi et la reine eurent huit fils et quatre filles;
tous sont charmants; ils seront heureux, sans doute, car ils s'aiment
tendrement; et leur grand'mre, qui les gte un peu, dit-on, leur fait
donner par leur grand-pre, le gnie Bienveillant, tout ce qui peut
contribuer  leur bonheur.

Passerose, qui tait tendrement attache  la reine Aime, l'avait
suivie dans son nouveau royaume; mais quand le gnie enleva la reine
dans un tourbillon, Passerose, se voyant oublie et ne pouvant la
suivre, fut si triste de l'isolement dans lequel la laissait le dpart
de sa chre matresse, qu'elle pria la fe Drlette de la transporter
prs du roi Merveilleux et de la reine Violette. Elle y resta pour
soigner leurs enfants, auxquels elle racontait souvent les aventures
d'Ourson et de Violette; elle y est encore, dit-on, malgr les excuses
que lui firent le gnie et la reine de ne l'avoir pas fait entrer dans
le tourbillon.

Non, non, leur rpondit Passerose; restons comme nous sommes. Vous
m'avez oublie une fois, vous pourriez bien m'oublier encore. Ici mon
cher Ourson et ma douce Violette n'oublient jamais leur vieille bonne.
Je les aime; je leur resterai. Ils m'aiment, ils me garderont.

Quant au fermier,  l'intendant, au matre de forge, qui avaient t si
cruels envers Ourson, ils furent svrement punis par la fe Drlette.

Le fermier fut dvor par un ours quelques heures aprs avoir chass
Ourson.

L'intendant fut chass par son matre pour avoir fait lcher les chiens,
qu'on ne put jamais retrouver. La nuit mme, il fut piqu par un serpent
venimeux, et expira quelques instants aprs.

Le matre de forge ayant rprimand trop brutalement ses ouvriers, ils
se saisirent de lui et le prcipitrent dans le fourneau ardent, o il
prit en quelques secondes.



                              TABLE

  HISTOIRE DE BLONDINE, DE BONNE-BLEUE ET DE BEAU-MINON.

  I. Blondine.
  II. Blondine perdue.
  III. La fort des Lilas.
  IV. Premier rveil de Blondine.--Beau-Ninon.
  V. Bonne-Biche.
  VI. Second rveil de Blondine.
  VII. Le Perroquet.
  VIII. Le repentir.
  IX. La Tortue.
  X. Le voyage et l'arrive.

  LE BON PETIT HENRI.

  I. La pauvre mre malade.
  II. Le Corbeau, le Coq et la Grenouille.
  III. La moisson.
  IV. La vendange.
  V. La chasse.
  VI. La pche.
  VII. La plante de vie.

  HISTOIRE DE LA PRINCESSE ROSETTE.

  I. La Ferme.
  II. Rosette  la cour du roi son pre.--Premire journe.
  III. Conseil de famille.
  IV. Seconde journe.
  V. Troisime et dernire journe.

  LA PETITE SOURIS GRISE.

  I. La maisonnette.
  II. La fe Dtestable.
  III. le prince Gracieux.
  IV. L'arbre de la rotonde.
  V. La cassette.

  OURSON. 189

  I. Le Crapaud et l'Alouette.
  II. Naissance et enfance d'Ourson.
  III. Violette.
  IV. Le rve.
  V. Encore le Crapaud.
  VI. Maladie et sacrifice.
  VII. Le Sanglier.
  VIII. L'incendie.
  IX. Le puits.
  X. La ferme, le chteau, l'usine.
  XI. Le sacrifice.
  XII. Le combat.
  XIII. La rcompense.




            AUTRES LECTURES POUR LA JEUNESSE


=============================================================
LIBRAIRIE HACHETTE

LE

JOURNAL DE LA JEUNESSE

NOUVEAU RECUEIL HEBDOMADAIRE

TRS RICHEMENT ILLUSTR

POUR LES ENFANTS DE l0 A 15 ANS

Les vingt-deux premires annes (1873-1894), formant quarante-quatre
beaux volumes grand in-8.

Ce nouveau recueil est une des lectures les plus attrayantes que l'on
puisse mettre entre les mains de la jeunesse. Il contient des nouvelles,
des contes, des biographies, des rcits d'aventures et de voyages,
des causeries sur l'histoire naturelle, la gographie, les arts et
l'industrie, etc., par:

MMES S. BLANDY, COLOMB, GUSTAVE DEMOULIN, EMMA D'ERWIN, ZENADE
FLEURIOT, ANDR GRARD, JULIE GOURAUD, MARIE MARCHAL, L. MUSSAT, P. DE
NANTEUlL, OUIDA, DE WITT NE GUIZOT; MM. A. ASSOLANT, DE LA BLANCHRE,
LON CAHUN, CHAMPOL, RICHARD CORTAMBERT, ERNEST DAUDET, DILLAYE, LOUIS
NAULT, H. GIRARDIN, AIM GIRON, AMDE GUILLEMIN, CH. JOLIET, ALBERT
LVY, ERNEST MENAULT, EUGNE MULLER, PAUL PELET, LOUIS ROUSSELET, Ct
STANY, O. TISSANDIER, P. VINCENT, ETC.,

et est

ILLUSTR DE 11500 GRAVURES SUR BOIS

d'aprs les dessins de

. BAYARD, BERTALL, BLANCHARD, CAIN, CASTELLI, CATENACCI, CRAFTY,
C. DELORT, FAGUET, FRAT, FERDINANDUS, GILBERT, GODEFROY DURAND,
HUBERT-CLERGET, KAUFFMANN, LIX, A. MARIE, MESNEL, MOYNET, MIRBACH, A. DE
NEUVILLE, PHILIPPOTEAUX, POINSON, PRANISHNIKOFF, RICHNER, RIOU, RONJAT,
SAHIB, TAYLOR, THROND, TOFANI, VOGEL, TH. WEBER, E. ZIER.

==================================================================

MON JOURNAL

NOUVEAU RECUEIL HEBDOMADAIRE

Illustr de nombreuses gravures en couleurs et en noir

A L'USAGE DES ENFANTS DE HUIT A DOUZE ANS

QUATORZIME ANNE

(1894-1895)


DEUXIME SRIE

===================================================================


NOUVELLE COLLECTION ILLUSTRE

POUR LA JEUNESSE ET L'ENFANCE

1re SRIE, FORMAT IN-8 JSUS



About (Ed.): _Le roman d'un brave homme._ 1 vol. illustr de 52
compositions par Adrian Marie.

--_L'homme  l'oreille casse._ 1 vol. ill. de 61 comp. par Eug.
Courboin.

Cahun (L.): _Les aventures du capitaine Magon._ 1 vol. illustr de 72
gravures d'aprs Philippoteaux.

--_La bannire bleue._ 1 vol. illustr de 73 gravures d'aprs Lix.

Dillaye (Fr.): _Les jeux de la jeunesse._ 1 vol. illustr da 203 grav.

Drossart (Mme M.): _Les grandes voyageuses._ 1 vol. ill. de 73 grav.

Du Camp (Maxime): _La vertu en France._ 1 vol. ill. de 45 grav. d'aprs
Duez, Myrbach, Tofani et E. Zier.

--_Bons coeurs et braves gens._ 1 vol. illustr de 50 grav. d'aprs
Myrbach et Tofani.

Fleuriot (Mlle Z.): _Coeur muet._ 1 vol. ill. de grav. d'aprs Adrien
Marie.

--_Papillonne._ 1 volume illustr de 50 gravures d'aprs E. Zier.

Guillemin (Amde): _La Pesanteur et la Gravitation universelle.--Le
Son._ 1 vol. contenant 3 planches en couleurs, 23 planches en noir et
445 figures dans le texte.

--_La lumire._ 1 vol. contenant 13 planches en couleurs, 14 planches en
noir et 353 figures dans le texte.

--_Le Magntisme et l'lectricit._ 1 v. contenant 5 pl. en couleurs, 15
pl. en noir et 577 fig. dans le texte.

--_La Chaleur._ 1 vol. contenant 1 pl. en couleurs, 8 planches en noir
et 324 gravures dans le texte.

Guillemin (Amde) (suite): _La Mtorologie et la Physique
molculaire._ 1 vol. contenant 9 planches en couleurs, 20 planches en
noir et 343 gravures dans le texte.

La Ville de Mirmont (H. de): _Contes Mythologiques._ 1 vol. illustr de
41 gravures.

Mal (Pierre): _Une Franaise au Ple Nord._ 1 vol. illustr de 52 grav.
d'aprs Paris.

--_Terre de Fauves._ 1 volume illustr de 52 gravures, d'aprs les
dessins d'Alfred Paris.

Manzoni: _Les fiancs._ dition abrge par Mme J. Colomb. 1 vol.
illustr de 40 gravures d'aprs J. Le Blant.

Mouton (Eug.): _Vie et Aventures du Capitaine Marius Cougourdan._ 1 vol.
ill. de 66 grav. d'aprs E. Zier.

--_Jol Kerbabu._ 1 vol. illustr de 55 gravures d'aprs A. Paris.

--_Voyages merveilleux de Lazare Poban._ 1 vol. illustr de 51 grav.
d'aprs Zier.

Rousselet (Louis): _Nos grandes coles militaires et civiles._ 1 vol.
ill. de grav. d'aprs A. Lemaistre, Fr. Rgamey et P. Renouard.

--_Nos grandes coles d'application._ 1 vol. ill. de 95 gr. d'aprs
Busson, Calmettes, Lemaistre et P. Renouard.

Tondouse (Gustave): _Enfant perdu_ (1814). 1 volume illustr de 49
gravures d'aprs J. Le Blant.

Witt (Mme de), ne Guizot: _Les femmes dans l'histoire._ 1 vol. Illustr
de 80 gravures.

--_La charit en France  travers les sicles._ 1 vol. ill. de 50
gravures.

--_Pre et fils._ 1 volume illustr de 40 gravures d'aprs Vogel.


2e SRIE, FORMAT IN-8 RAISIN


Arthez (Danielle de'): _Les tribulations de Nicolas Mender._ 1 vol. ill.
de 83 grav. d'aprs Tofani.

Assollant (A.): Pendragon. 1 vol. avec 42 gravures d'aprs C. Gilbert.

Blandy (Mme S.): _La part du Cadet_. 1 vol. illustr de 112 gravures
d'aprs Zier.

Champol (F.): _Anas Evrard_. 1 volume illustr de 22 gravures d'aprs
Tofani et Bergevin.

Chren de la Bruyre (Mme): _La tante Derbier_. 1 vol. illustr de 50
gravures d'aprs Myrbach.

--_Princesse Rosalba_. 1 vol. illustr de 60 gravures d'aprs Tofani.

Colomb (Mme): _Le violoneux de la sapinire_. 1 vol. avec 83 gravures
d'aprs A. Marie.

--_La fille de Carils_. 1 vol. avec 96 grav. d'aprs A. Marie. Ouvrage
couronn par l'Acadmie franaise.

--_Deux mres_. 1 vol. avec 133 grav. d'aprs A. Marie.

--_Le bonheur de Franoise_. 1 vol. avec 112 gravures d'aprs A. Marie.

--_Chloris et Jeanneton_. 1 vol. avec 105 gravures d'aprs Sahib.

--_L'hritire de Vauclain_. 1 vol. avec 104 grav. d'aprs C. Delort.

--_Franchise_. 1 vol. avec 113 gravures d'aprs C. Delort.

--_Feu de paille_. 1 vol. avec 98 grav. d'aprs Tofani.

--_Les tapes de Madeleine_. 1 vol. avec 103 gravures d'aprs Tofani.

--_Denis le tyran_. 1 vol. avec 115 grav. d'aprs Tofani.

--_Pour la muse_. 1 vol. avec 103 grav. d'aprs Tofani.

--_Pour la patrie_. 1 vol. avec 112 grav. d'aprs E. Zier.

--_Jean l'innocent_. 1 vol. illustr de 112 gravures d'aprs Zier.

--_Danielle_. 1 vol. illustr de 112 grav. d'aprs Tofani.

--_Mon oncle d'Amrique_. 1 vol. illustr de 112 gravures d'aprs
Tofani.

--_La fille des Bohmiens_. 1 vol. illustr de 112 grav. d'aprs S.
Relchan.

--_Les conqutes d'Hermine_. 1 vol. ill. de 112 grav. d'aprs Th. Vogel.

--_Hlne Corianis_. 1 vol. illustr de 80 gravures d'aprs A. Moreau.

Cortambert et Dealys: _Le pays du soleil_. 1 vol. avec 35 gravures.

Daudet (E.): _Robert Darnetal_. 1 vol. avec 81 grav. d'aprs Sahib.

Demage (G.): _A travers le Sahara_. 1 vol. illustr de 84 grav. d'aprs
Mme Crampel.

Demoulin (Mme G.): _Les animaux tranges_. 1 vol. avec 178 gravures.

Deslys (Ch.): _Nos Alpes_. avec 39 gravures d'aprs J. David.

--_La mre aux chats_. 1 vol. avec 50 gravures d'aprs H. David.

Enault (L.): _Le chien du capitaine_. 1 vol. avec 43 gr. d'aprs E.
Riou.

Fleuriot (Mlle Z.): _M. Nostradamus_. 1 vol. avec 36 gr. d'aprs A.
Marie.

--_La petite duchesse_. 1 vol. avec 73 gravures d'aprs A. Marie.

--_Grand coeur_. 1 vol. avec 43 gravures d'aprs C. Delort.

--_Raoul Daubry, chef de famille_. 1 vol. avec 32 gr. d'aprs C. Delort.

--_Mandarine_. 1 vol. avec 93 gravures d'aprs C. Gilbert.

--_Cadak_. 1 vol avec 24 gravures d'aprs C. Gilbert.

--_Caline_. 1 vol. avec 102 grav. d'aprs G. Fraipont.

--_Feu et flamme_. 1 vol. avec 80 gravures d'aprs Tofani.

--_Le clan des ttes chaudes_. 1 vol. illustr de 65 gr. d'aprs
Myrbach.

--_Au Galadoc_. 1 vol. illustr de 60 gravures d'aprs Zier.

--_Les premires pages_. 1 vol. avec 75 gravures d'aprs Adrien Marie.

--_Rayon de soleil_. 1 vol. illustr de 10 gravures d'aprs Mencina
Kresz.

Girardin (J.): _Les braves gens_. 1 v. avec 115 gr. d'aprs E. Bayard.
Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

--_Nous autres_. 1 vol. avec 187 gravures d'aprs E. Bayard.

--_La toute petite_. 1 vol. avec 128 gravures d'aprs E. Bayard.

--_L'oncle Placide_. 1 vol. avec 139 gravures d'aprs A. Marie.

--_Le neveu de l'oncle Placide_. 3 vol. illustrs de 367 gravures
d'aprs A. Marie, qui se vendent sparment.

--_Grand-pre_. 1 vol. avec 91 gravures d'aprs C. Delort. Ouvrage
couronn par l'Acadmie franaise.

Girardin (J.) (suite): _Maman._ 1 vol. avec 112 gravures d'aprs Tofani.

--_Le roman d'un cancre._ 1 vol. avec 119 gravures d'aprs Tofani.

--_Les millions de la tante Zz._ 1 vol. avec 112 grav. d'aprs Tofani.

--_La famille Gaudry._ 1 vol. avec 112 gravures d'pres Tofani.

--_Histoire d'un Berrichon._ I vol. avec 112 gravures d'aprs Tofani.

--_La capitaine Bassinoire._ 1 vol. illustr de 119 gravures d'aprs
Tofani.

--_Second violon._ 1 vol. illustr de 112 gravures d'aprs Tofani.

--_Le fils Valans._ 1 vol. avec 112 gravures d'aprs Tofani.

--_Le commis de M. Bouvat._ 1 vol. illustr de 119 gr. d'aprs Tofani.

Giron (Aim): _Les trois rois mages._ 1 vol. illustr de 60 gravures
d'aprs Fraipont et Pranishnikoff.

Gouraud (Mlle J.): _Cousine Marie._ 1 vol. avec 36 gravures d'aprs A.
Marie.

Meyer (Henri): _Les Jumeaux de la Bouzaraque._ 1 vol. illustr de 71
gravures d'aprs Tofani.

--_Le serment de Paul Marcorel._ 1 vol. illustr de 51 gravures d'aprs
Tofani.

Nanteuil (Mme P. de): _Capitaine._ 1 vol. illustr de 72 gravures
d'aprs Myrbach. Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

--_Le gnral Du Maine._ 1 vol. avec 70 gravures d'aprs Myrbach.

--_L'pave mystrieuse._ 1 volume illustr de 80 gr. d'aprs Myrbach.
Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

--_En esclavage._ 1 vol. illustr de 80 gravures d'aprs Myrbach.

--_Une poursuite._ 1 vol. illustr de 57 gravures d'aprs Alfred Paris.

--_Le secret de la grve._ 1 vol. ill. de 50 gr. d'aprs A. Paris.

--_Alexandre Vorof._ 1 vol. illustr de 80 grav. d'aprs Myrbach.

--_L'hritier des Vauberts._ 1 vol. illustr de 80 gravures d'aprs A.
Paris.

Rousselet (L.): _Le charmeur de serpents._ 1 vol. avec 68 gravures
d'aprs A. Marie.

Rousselet (L.) (suite): _Le Fils du Conntable._ 1 vol. avec 113 grav,
d'aprs Pranishnikoff.

--_Les deux mousses._ 1 vol. avec 90 gravures d'aprs Sahib.

--_Le tambour du Royal-Auvergne._ 1 vol. avec 115 gr. d'aprs Poinson.

--_La peau du tigre._ 1 vol. avec 108 gr. d'aprs Bellecroix et Tofani.

Saintine: _La nature et ses trois rgnes._ 1 vol. avec 171 grav. d'aprs
Foulquier et Faguet.

--_La mythologie da Rhin et les contes de la mre-grand._ 1 vol. avec
160 grav. d'aprs G. Dor.

Sohultz (Mlle Jeanne): _Tout droit._ 1 vol. ill. de 112 gr. d'aprs E.
Zier.

--_La famille Hamelin._ 1 vol. ill. de 89 gravures d'aprs E. Zier.

--_Sauvons Madelon!_ 1 vol. illustr de 60 gravures d'aprs Tofani.

Stany (Le Ct): _Les trsors de la Fable._ 1 vol. illustr de 80 gravures
d'aprs E. Zier.

--_Mabel._ 1 vol. illustr de 60 gravures d'aprs E. Zier.

Tissot et Amaro: _Aventures de trois fugitifs en Sibrie._ 1 vol. avec
72 gr. d'aprs Pranishnikoff.

Witt (Mme de), ne Guizot: _Scnes historiques._ 1re srie. 1 vol. avec
18 gr. d'aprs E. Boyard.

--_Scnes historiques._ 2e srie. 1 vol. avec 28 gravures d'aprs A.
Marie.

--_Normands et Normandes._ 1 vol. avec 70 gravures d'aprs E. Zier.

--_Un jardin suspendu._ 1 vol. avec 30 gravures d'aprs C. Gilbert.

--_Notre-Dame Guesclin._ 1 vol. avec 70 gravures d'aprs E. Zier.

--_Une soeur._ 1 vol. avec 65 gravures d'aprs E. Bavard.

--_Lgendes et rcits pour la jeunesse._ 1 vol. avec 18 gravures d'aprs
Philippoteaux.

--_Un nid._ 1 vol. avec 63 gravures d'aprs Ferdinandus.

--_Un patriote au XIV sicle._ 1 vol illustr de gravures d'aprs E.
Zier.

--_Alsaciens et Alsaciennes._ 1 vol. illustr de 60 grav. d'aprs A.
Moreau et E. Zier.

=========================================================

BIBLIOTHQUE DES PETITS ENFANTS

DE 4 A 8 ANS

FORMAT GRAND IN-16

_Ces volumes sont imprims en gros caractres_

Chron de la Bruyre (Mme): _Contes de Ppe_. 1 vol. avec 21 gravures
d'aprs Grivas.

--_Plaisirs et aventures_. 1 vol. avec 30 gravures d'aprs Jeanniot.

--_La perruque du grand-pre_, 1 vol. illustr de 30 gr. d'aprs Tofani.

--_Les enfants de Boisfleuri_. 1 vol. ill. de 30 grav. d'aprs
Semechini.

--_Les vacances  Trouville_. 1 vol. avec 40 gravures d'aprs Tofani.

--_Le chteau du Roc-Sal_. 1 vol. Illustr de 30 gr. d'aprs Tofani.

--_Les enfants du capitaine_. 1 vol. ill. de 30 grav, d'aprs Geoffroy.

--_Autour d'un bateau_. 1 vol. illustr de 36 gravtes d'aprs E. Zier.

Desgranges: _Le chemin du collge_. 1 vol. ill. de 30 grav. d'aprs
Tofani.

--_La famille, Le Jarriel_. 1 vol. illustr de 36 gr. d'aprs Geoffroy.

Duporteau (Mme): _Petits rcits_. 1 vol. avec 28 gr. d'aprs Tofani.

Erwin (Mme E. d'): _Un t  la campagne_. 1 vol. avec 39 grav.

Favre: _L'preuve de Georges_. 1 vol. avec 44 gravures d'aprs Geoffroy.

Franck (Mme E.): _Causeries d'une grand'mre_. 1 vol. avec 72 grav.

Fresneau (Mme), ne de Sgur: _Une anne du petit Joseph_. Imit de
l'anglais. 1 vol. avec 67 gravures d'aprs Jeanniot.

Girardin (J.): _Quand j'tais petit garon_, 1 vol. avec 52 gravures.

--_Dans notre classe_. 1 vol. avec 26 gravures d'aprs Jeanniot.

--_Un drle de petit bonhomme_. 1 vol. illustr de 36 grav. d'aprs
Geoffroy.

Le Roy (Mme F.): _L'aventure de petit Paul_. 1 vol. illustr de 45
gravures, d'aprs Ferdinandus.

--_Les tourderies de Mlle Lucie_. 1 vol. ill. de 30 gr. d'aprs
Robaudi.

--_Pipo_. 1 vol. illustr de 36 gravures d'aprs Mencina Kresx.

Malassez (Mme): _Sable-Plage_, 1 vol. ill. de 52 grav. daprs Zier.

Molesworth (Mrs): _Les aventures de M. Raby, traduit de l'anglais. 1
vol. avec 12 gravures.

Pape-Carpentier (Mme): _Nouvelles histoires et leons de choses. 1 vol.
avec 49 gravures d'aprs Semechini.

Surville (Andr): _Les grandes vacances_. 1 vol. avec 30 gravures
d'aprs Semechini.

--_Les amis de Berthe_. 1 vol. avec 30 gravures d'aprs Ferdinandus.

--_La petite Givonnette_. 1 vol. illustr de 34 gravures d'aprs Grigny.

--_Fleur des champs_. 1 vol. illustr de 32 gravures d'aprs Zier.

--_La vieille maison du grand-pre_. 1 vol. avec 34 gravures d'aprs
Zier.

--_La fte de Saint-Maurice_, 1 vol. illustr de 34 grav. d'aprs
Tofani.

Witt (Mme de), ne Guizot: _Histoire de deux petite frres_. 1 vol. avec
45 grav. d'aprs Tofani.

--_Sur la plage_. 1 vol. avec 55 gravures d'aprs Ferdinandus.

--_Par monts et par vaux. 1 vol. avec 54 grav. d'aprs Ferdinandus.

--_En pleins champs_. 1 vol. avec 45 gravures d'aprs Gilbert.

--_A la montagne_. 1 vol. illustr de 45 gravures d'aprs Ferdinandus.

--_Deux tout petits_. 1 vol. illustr de 32 gravures d'aprs
Ferdinandus.

--_Au-dessus du lac_. 1 vol. avec 44 gr.

--_Les enfants de la tour du Roc_. 1 vol. ill de 56 gr. d'aprs E. Zier.

--_La petite maison dans la fort_. 1 vol, illustr de 36 grav. d'aprs
Robaudi.

--_Histoires de btes_. 1 vol illustr de 34 gravures d'aprs Bouisset.

--_Au creux du rocher_, 1 vol. ill. de 48 grav. d'aprs Robaudi.

===============================================================

BIBLIOTHQUE ROSE ILLUSTRE

1re SRIE.--POUR LES ENFANTS DE 4 A 8 ANS

Anonyme _Chien et Chat_; 5e dition, traduit de l'anglais par Mme A.
Diberrart, 1 vol. avec 45 gravures d'aprs E. Bayard.

--_Douze histoires pour les enfants de quatre  huit ans_, par une mre
de famille; 3e dit, 1 vol. avec 18 grav. d'aprs Bertall.

--_Les enfants d'aujourd'hui_, par la mme; 3e dit. 1 vol. avec 40
grav. d'aprs Bertail.

Carraud (Mme): _Historiettes vritables_, pour les enfants de quatre 
hui ans; 6e dition. 1 vol. avec 91 grav. d'aprs Fath.

Fath (G.): _La sagesse des enfants_, proverbes; 4e dit. 1 vol. avec 100
grav. d'aprs l'auteur.

Laroque (Mme): _Grands et petits_; 1 vol. avec 61 gravures d'aptes
Bertail.

Marcel (Mme J.): _Histoire d'un cheval de bois_; 4e dit. 1 vol. imprim
en gros caractres, avec 80 gravures d'aprs E. Bayard.

Pape-Carpentier (Mme): _Histoires et leons de choses pour les enfants_;
12e dit. 1 vol. avec 83 gravures d'apres Bertail.

Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

Perrault, Mmes d'Aulnoy et Leprince de Beaumont: _Contes de fes_. 1
volume avec 65 gravures d'aprs Bertail, Foresi, etc.

Porchat (L.): _Contes merveilleux_, 5e dit. 1 vol. avec 21 gravures
d'aprs Bertail.

Schmid (Le chanoine): _100 contes pour les enfants_, trad. de l'allemand
par A. Van Hasselt; 7e dit. 1 vol. avec 29 grav. d'aprs Bertail.

Sgur (Mme de): _Nouveaux contes de fes_; nouvelle dition. 1 vol. avec
46 gravures d'aprs G. Dor et J. Didier.


2e SRIE.--POUR LES ENFANTS DE 8 A 14 ANS


Alcott (Miss): _Sous les lilas_, traduit de l'anglais par Mme Lepage; 2e
dition. 1 volume avec 23 gravures.

Andersen: _Contes choisis_ trad. du danois par Soldi; 9e dition. 1 vol.
avec 40 gravures d'aprs Bertail.

Anonyme: _Les ftes d'enfants, scnes et dialoguas_; l5e dition. 1 vol.
avec gravures d'aprs Fattiqnier.

Assollant (A.) _Les aventures merveilleuses mais authentiques du
capitaine Corcoran_; 8e dit. 2 vol. avec 50 grav. d'aprs A. da
Neuville.

Barrau (Tb.): _Amour filial_; 5e dition. 1 vol. avec 41 gravures
d'aprs Ferogio.

Bawr (Mme de): _Nouveaux contes_; 6e dition, 1 vol. avec 40 gravures
d'aprs Bertall. Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

Belze: _Jeux des adolescents_; 6e dition. 1 vol. avec 140 gravures.

Berquin: _Choix de petits drames et de contes_; 2e dition, 1 vol. avec
36 gravures d'aprs Foulquier, etc.

Berthet (E.): _L'enfant des bois_; 8e dition. 1 vol. avec 61 gravures.

--_La petite Chailloux._ 1 vol. avec 44 gravures d'aprs Bavard et J.
Fraipont.

Blanchre (De la): _Les aventures de La Rame et de ses trois
compagnons_; 4s dit. 1 vol. avec 30 gravures d'aprs E. Forest.

--_Oncle Tobie le pcheur_; 3e dit. 1 vol. avec 80 gravures d'aprs
Foulquier et Mesnel.

Boiteau (P.): _Lgendes recueillies ou composes pour les enfants_; 3e
dition, 1 vol. avec 42 gravures d'aprs Bertall.

Carpentier (Mlle): _La maison du bon Dieu_; 2e dit. 1 vol. avec 58
gravures d'aprs Riou.

--_Sauvons-le!_ 2e dition. 1 vol. avec 40 gravures d'aprs Riou.

--_Le secret du docteur_, ou la Maison ferme; 2e dition. 1 vol. avec
43 gravures d'aprs Girardet.

--_La tour du Preux_, 1 vol. avec 60 gravures d'aprs Tofani.

--_Pierre le Tors._ 1 vol. avec 56 gravures d'aprs E. Zier.

--_La dame bleue._ 1 vol. avec 49 gravures d'aprs E. Zier.

Carraud (Mme): _La petite Jeanne_; 10e dit. 1 vol. avec 21 gravures
d'aprs Forest. Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

--_Les mtamorphoses d'une goutte d'eau._ 5e dition. 1 vol. avec 50
gravures d'aprs E. Bayard.

Castillon (A.): _Rcrations physiques_; 8e dition, 1 vol. avec 36
grav. d'aprs Castelli.

--_Rcrations chimiques_; 5e dit. 1 vol. avec 34 grav. d'aprs H.
Castelli.

Cazin (Mme): _Les petits montagnards_; 2e dition. 1 vol. avec 51 grav.
d'aprs G. Vuillier.

--_Un drame dans la montagne_; 2e dit. 1 vol. avec 33 gravures d'aprs
G. Vuillier.

--_Histoire d'un pauvre petit._ 1 vol. avec 60 gravures d'aprs Tofani.

--_L'enfant des Alpes_; 2e dition. 1 vol. avec 33 gravures d'aprs
Tofani. Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

--_Perlette._ 1 vol. avec 54 gravures d'aprs Myrbach.

--_Les saltimbanques_, scnes de la montagne. 1 vol. avec 63 gravures
d'aprs Girardet.

--_Le petit chevrier._ 1 vol. avec 39 gravures d'aprs Vuillier.

--_Jean le Savoyard._ 1 vol. avec 51 grav. d'aprs Slom.

--_Les orphelins bernois._ 1 vol. avec 58 gravures d'aprs E. Girardet.

Chabreul (Mme de): _Jeux et exercices des jeunes filles_; 6e dition. 1
vol. avec la musique des rondes et 55 gravures d'aprs Fath.

Chron de la Bruyre (Mme): _Giboule._ 1 vol. illustr de 24 gravures
d'aprs Zier.

Cim (Albert): _Mes amis et moi._ 1 vol. avec 16 grav. d'aprs
Ferdinandus et Slom.

--_Entre camarades._ 1 vol. illustr de 20 gravures d'aprs Ferdinandus.

Colet (Mme L.): _Enfances clbres_; 12e dit. 1 vol. avec 57 gravures
d'aprs Foulquier.

Colomb (Mme J.): _Souffre-Douleur._ 1 vol. avec 40 gravures d'aprs Mlle
Lancelot.

Contes anglais, traduits par Mme de Witt, 1 vol. avec 43 gravures
d'aprs E. Morin.

Deschamps (F.): _Mon amie Georgette._ 1 vol. illustr de 43 gravures
d'aprs Robaudi.

--_Mon ami Jean._ 1 vol. illustr de 40 gravures d'aprs Robaudi.

Deslys (Ch.): _Grand'maman._ 1 vol. avec 99 gravures d'aprs Ed. Zier.

Edgeworth (Miss): _Contes de l'adolescence._ 1 vol. avec 49 gravures
d'aprs Morin.

--_Contes de l'enfance._ 1 vol. avec 27 gravures d'aprs Foulquier.

--_Demain_, suivi de _Mourad le malheureux._ 1 vol. avec 55 gravures
d'aprs Bertall.

Fath (G.): _Bernard, la gloire de son village._ 1 vol. avec 59 gravures
d'aprs L'auteur. Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.

Fleuriot (Mlle Z.): _La petit chef de famille_; 9e dit. 1 vol. avec 57
grav. d'aprs Castelli.

--_Plus tard_, ou le Jeune Chef de famille; 6e dit. 1 vol. avec 60
grav. d'aprs E. Bayard.

--_Un enfant gt_; 4e dition. 1 vol. avec 48 gravures d'aprs
Ferdinandus.

--_Tranquille et Tourbillon_; 3e dition. 1 vol. avec 45 gravures
d'aprs C. Delort.

--_Cadette_; 3e dit. 1 vol. avec 25 grav. d'aprs Tofani.

--_En cong_; 6e dit. 1 vol. avec 61 gravures d'aprs A. Marie.

--_Bigarrette_; 6e dit. 1 vol. avec 55 gravures d'aprs A. Marie.

--_Bouche-en-Coeur_; 3e dition. 1 vol. avec 45 gravures d'aprs Tofani.

--_Gildas l'Intraitable_; 2e dit. 1 vol. avec 56 gravures d'aprs E.
Zier.

--_Parisiens et montagnards_, 1 vol. avec 49 gravures d'aprs E. Zier.

Foe (De): _La vie et les aventures de Robinson Cruso_, dit. abrge. 1
vol, avec 40 grav.

Fonvielle (W. de): _Nridah._ 2 vol. avec 40 gravures d'aprs Sahib.

Fresneau (Mme), ne Sgur: _Comme les grands!_ 1 vol. avec 40 grav.
d'aprs Ed. Zier.

--_Thrse  Saint-Domingue._ 1 vol. avec 49 gravures d'aprs Tofani.

--_Les protgs d'Isabelle._ 1 vol. avec 50 grav.

--_Deux abandonnes._ 1 vol. illustr de 42 gravures d'aprs M. Orange.

Proment: _Petit-Prince._ 1 vol. Illustr de 5 gravures d'aprs Vogel.

Genlis (Mme de): _Contes moraux._ 1 vol. avec 40 gravures d'aprs
Foulquier.

Grard (A.): _Petite Rose.--Grande Jeanne._ 1 vol. avec 28 gravures
d'aprs C. Gilbert.

Girardin (J.): _La disparition du grand Krause_; 2e dition. 1 vol. avec
70 gravures d'aprs Kauffmann.

Giron (Aim): _Ces pauvres petits!_ 2e dition. 1 vol. avec 22 grav.
d'aprs B. de Monvel, etc.

Gouraud (Mlle J.): _Les enfants de la ferme_; 5e dit. 1 vol. avec 59
grav, d'aprs E. Bayard.

--_Le livre de maman_; 4e dition. 1 vol. avec 68 gravures d'aprs E.
Bayard.

--_Ccile_, ou la Petite Soeur; 7e dition. 1 vol. avec 26 gravures
d'aprs Desandr.

--_Lettres de deux poupes_; 6e dition. 1 vol. avec 59 grav, d'aprs
Olivier.

--_Le petit colporteur_; 6e dition 1 vol. avec 27 gravures d'aprs A.
de Neuville.

--_Les mmoires d'un petit garon_; 9e dit. 1 vol. avec 86 gravures
d'aprs E. Bayard.

--_Les mmoires d'un caniche_; 9e dition, 1 vol. avec 75 gravures
d'aprs E. Bayard.

Gouraud (Mlle J.) (suite): _L'enfant du guide._ 6e dition. 1 vol. avec
60 gravures d'aprs E. Bayard.

--_Petite et grande_; 4e dition. 1 vol. avec 48 gravures d'aprs E.
Bayard.

--_Les quatre pices d'or_; 5e dition. 1 vol. avec 51 gravures d'aprs
E. Bayard.

--_Les deux enfants de Saint-Dominguo_; 4e dit. 1 vol. avec 54 grav.
d'aprs E. Bayard.

--_La petite matresse de maison_; 5e dit. 1 vol. avec 37 gravures
d'aprs A. Marie.

--_Les filles du professeur_; 3e dit. 1 vol. avec 36 gravures d'aprs
Kauffmann.

--_La famille Harel_; 2e dit. 1 vol. avec 48 gravures d'aprs Valnay et
Ferdinandus.

--_Aller et retour_; 2e dition, 1 vol. avec 40 gravures d'aprs
Ferdinandus.

--_Les petite voisins_; 2e dition. 1 vol. avec 39 gravures d'aprs C.
Gilbert.

--_Chez grand'mre_; 2e dition, 1 vol. avec 98 gravures d'aprs Tofani.

--_Le petit bonhomme._ 1 vol. avec 45 gravures d'aprs Ferdinandus.

--_Le vieux chteau._ 1 vol. avec 28 gravures d'aprs E. Zier.

--_Pierrot._ 1 vol. avec 31 grav. d'aprs Zier.

--_Minette._ 1 vol. avec 52 grav. d'aprs Tofani.

--_Quand je serai grande._ 1 vol. avec 36 gravures d'aprs Ferdinandus.

Grimm (Les frres): _Contes choisis_, trad. de l'allemand. 1 vol. avec
40 grav. d'aprs Bertall.

Hauff: _La caravane_, trad. de l'allemand, 5e dition. 1 vol. avec 40
grav. d'aprs Bertall.

--_L'auberge du Spessart_, 5e dition 1 vol. avec 61 grav. d'aprs
Bertall.

Hawthorne: _Le lime des merveilles_, trad. de l'anglais; 3e dit. 2 vol.
avec 40 grav. d'aprs Bertall.

Johnson: _Dans l'extrme Far West_, traduit da l'anglais par A.
Taillandier; 2e dition. 1 vol. avec 20 gravures d'aprs A. Marie.

Marcel (Mme J.): _L'cole buissonnire_; 4e dit. 1 vol. avec 20
gravures d'aprs A. Marie.

--_Le bon frre_; 4e dition, 1 vol. avec 21 gravures d'aprs e. Bayard.

--_Les petite vagabonds_; 4e dition, 1 vol. avec 25 gravures d'aprs E.
Bayard.

--_Histoire d'une grand'mre et de son petit-fils._ 1 vol. avec 36
gravures d'aprs Delort.

--_Daniel_; 2e dition. 1 vol. avec 45 gravures d'aprs Gilbert.

--_Le frre et la soeur._ 1 vol. avec 45 gravures d'aprs E. Zier.

--_Un bon gros pataud._ 1 vol. avec 46 gravures d'aprs Jeanniot.

--_Un bon oncle._ 1 vol. avec 56 grav. d'aprs F. Rgamoy.

Marchal (Mlle): _La dette de Ben-Alesa_; 4e dit. 1 vol. avec 20 grav.
d'aprs Bertall.

--_Nos petits camarades_; 2e dition. 1 vol. avec 18 gravures d'aprs E.
Bayard et H. Castelli.

--_La maison modle_; 3e dition. 1 vol. avec 42 gravures d'aprs Sahib.

Marmier: _L'arbre de Nol_; 4e dition. 1 vol. avec 68 gravures d'aprs
Bertall.

Martignat (Mlle de): _Les vacances d'Elisabeth_; 3e dit 1 vol. avec 46
grav. d'aprs Kauffmann.

--_L'oncle Boni_; 2e dition. 1 vol. avec 42 gravures d'aprs Gilbert.

--_Ginette_; 2e dit. 1 vol. avec 50 gravures d'aprs Tofani.

--_Le manoir d'Yolan_; 2e dition. 1 vol. avec 56 gravures d'aprs
Tofani.

--_Le pupille du gnral._ 1 vol. avec 40 gravures d'aprs Tofani.

Martignat (Mlle de) (suite): _L'hritire de Maurirze._ 1 vol. avec 41
gravures d'aprs Poirson.

--_Une vaillante enfant_; 9e dit. 1 vol. avec 43 gravures d'aprs
Tofani.

--_Une petite nice d'Amrique._ 1 vol. avec 43 gravures d'aprs Tofani.

--_La petite fille du vieux Thmi._ 1 vol. avec 44 gravures d'aprs
Tofani.

Mayne-Reid (Le capitaine): _Oeuvres_ traduites de l'anglais:

--_Les chasseurs de girafes._ 1 vol. avec 10 gravures d'aprs A. de
Neuville.

--_A fond de cale_, voyage d'un jeune maris  travers les tnbres. 1
vol. avec 12 grandes gravures.

--_A la mer!_ 1 vol. avec 12 grandes gravures.

--_Bruin_, ou les chasseurs d'ours. 1 vol. avec 8 grandes gravures.

--_Le chasseur de plantes._ 1 vol. avec 12 grandes gravures.

--_Les exils dans la fort._ 1 vol. avec 12 grandes gravures.

--_L'habitation du dsert_, ou Aventures d'une famille perdue dans les
solitudes de l'Amrique. 1 vol. avec 23 grandes gravures d'aprs G.
Dor.

--_Les grimpeurs de rochers_, suite du _Chasseur de plantes_, 1 vol.
avec 20 grandes gravures.

--_Les peuples tranges._ 1 vol. avec 8 gravures.

--_Les vacances des jeunes Boers._ 1 vol. avec 12 grandes gravures.

--_Les veilles de chasse._ 1 vol. avec 45 gravures d'aprs Freeman.

--_La chasse au Lviathan._ 1 vol. avec 51 gravures d'aprs Ferdinandus
et Weber.

--_Les naufrags de la_ Calypso. 1 vol. avec 55 gravures d'aprs
Pranishnikoff.

Meyners d'Estrey: _Les aventures de Grard Hendriks  la recherche de
son frre._ 1 vol. illustr de 15 gravures d'aprs Mme P. Crampel.

--_Au pays des diamants._ 1 vol. illustr de gravures d'aprs Riou.

Moussac (Mme la marquise de): _Popo et Lili, histoire de deux jumeaux._
1 vol. avec 58 grav. d'aprs Zier.

Muller (E.): _Robinsonnette_; 4e dition. 1 vol. avec 23 gravures
d'aprs Lix.

Peyronny (Mme de): _Deux coeurs dvous_; 4e dit. 1 vol. avec 53 grav.
d'aprs Davaux.

Pitray (Mme de): _Les enfants des Tuileries_; 4e dit. 1 vol. avec 29
grav. d'aprs E. Bayard.

--_Les dbuts du gros Philas_; 4e dition. 1 vol. avec 57 gravures
d'aprs H. Castelli.

--_Le chteau de la Ptaudire_; 3e dition. 1 vol. avec 78 gravures
d'aprs A. Marie.

--_Le fils du maquignon_; 2e dition. 1 vol. avec 65 gravures d'aprs
Riou.

--_Petit Monstre et Poule Mouille_; 6e mille. 1 vol. avec 36 gravures
d'aprs E. Girardet.

--_Robin des Bois._ 1 vol. avec 40 gravures d'aprs Slrouy.

--_L'usine et le chteau._ 1 vol. avec 44 grav. d'aprs Robaudi.

--_L'arche de No._ 1 vol. illustr d'aprs Robaudi.

Rendu (V.): _Moeurs pittoresques des insectes._ 1 vol. avec 49 gravures.

Sandras (Mme): _Mmoires d'un lapin blanc_; 5e dit. 1 vol. avec 20
grav. d'aprs E. Bayard.

Sannois (Mme de): _Les soires  la maison_; 3e dit. 1 vol. avec 42
grav. d'aprs E. Bayard.

Sgur (Mme de): _Aprs la pluie le beau temps_; nouvelle dition. 1 vol.
avec 128 gravures d'aprs E. Bayard.

--_Comdies et proverbes_; nouvelle dition. 1 vol. avec 60 gravures
d'aprs E. Bayard.

--_Diloy le Chemineau_; nouvelle dition. 1 vol. avec 90 gravures
d'aprs H. Castelli.

--_Franois le Bossu_; nouvelle dition. 1 vol. avec 114 gravures
d'aprs E. Bayard.

Sgur (Mme de) (suite): _Jean qui grogne et Jean qui rit,_ nouvelle
dition. 1 vol. avec 70 grav. d'aprs H. Castelli.

--_La fortune de Gaspard_; nouvelle dit, 1 vol. avec 32 gravures
d'aprs Gerlier.

--_La soeur da Gribouille_; nouvelle dition. 1 vol. avec 72 gravures
d'aprs Castelli.

--_Pauvre Blaise_; nouvelle dition. 1 vol. avec 96 gravures d'aprs H.
Castelli.

--_Quel amour d'enfant!_ nouvelle dition. 1 vol. avec 79 gravures
d'aprs E. Bayard.

--_Un bon petit diable_; nouvelle dition. 1 vol. avec 100 gravures
d'aprs Castelli.

--_Le mauvais gnie_; nouvelle dition. 1 vol. avec 90 gravures d'aprs
E. Bayard.

--_L'auberge de l'Ange-Gardien_; nouvelle dition. 1 vol. avec 75 grav.
d'aprs Foulquier.

--_Le gnral Dourakine_; nouvelle dition. 1 vol. avec 100 gravures
d'aprs E. Bayard.

--_Les bons enfants_; nouvelle dition. 1 vol. avec 70 grav. d'aprs
Ferogio.

--_Les deux nigauds_; nouvelle dition. 1 vol. avec 76 grav. d'aprs
Castelli.

--_Les malheurs de Sophie_; nouvelle dition. 1 vol. avec 48 gravures
d'aprs Castelli.

--_Les petites filles modles_; nouvelle dition, 1 vol. avec 21 grandes
gravures d'aprs Bertall.

--_Les vacances_; nouvelle dition. 1 vol. avec 36 gravures d'aprs
Bertall.

--_Mmoires d'un ne_; nouvelle dition. 1 vol. avec 75 gravures d'aprs
Castelli.

Stolz (Mme de): _La maison roulante_; 7e dit. 1 vol. avec 32 gravures
d'aprs E. Bayard.

--_Le trsor de Nanette_; 6e dition. 1 vol. avec 25 gravures d'aprs E.
Bayard.

--_Blanche et Noire_; 4e dition. 1 vol. avec 54 gravures d aprs E.
Bayard.

--_Par-dessus la haie_; 4e dition. 1 vol. avec 56 gravures d'aprs A.
Marie.

Stolz (Mme de) (suite): _Les poches de mon oncle_; 5e dition, 1 vol.
avec 20 gravures d'aprs Bertall.

--_Les vacances d'un grand-pre_; 4e dition. 1 vol. avec 40 gravures
d'aprs G. Delafosse.

--_Le vieux de la fort_; 3e dition. 1 vol. avec 40 gravures d'aprs
Sahib.

--_Les deux reines_; 2e dit. 1 vol. avec 32 gravures d'aprs Delort.

--_Les msaventures de Mlle Thrse_; 3e dition. 1 vol. avec 29
gravures d'aprs Charles.

--_Les frres de lait_; 2e dition. 1 vol. avec 42 gravures d'aprs E.
Zier.

--_Magali_; 2e d. 1 vol. avec 36 grav. d'aprs Tofani.

--_Les deux Andr._ 1 vol. avec 45 gravures d'aprs Tofani.

--_Deux tantes._ 1 vol. avec 48 gravures d'aprs Ed. Zier.

--_Violence et bont._ 1 vol. avec 36 gravures d'aprs Tofani.

--_L'embarras du choix._ 1 vol. avec 40 gravures d'aprs Tofani.

--_Petit Jacques._ 1 vol. avec 48 gravures d'aprs Tofani.

--_La famille Coquelicot._ 1 vol. illustr de 30 gravures d'aprs
Jeanniot.

Swift: _Voyages de Gulliver_, traduits de l'anglais et abrgs  l'usage
des enfants. 1 vol. avec 57 gravures d'aprs G. Delafosse.

Tournier: _Les premiers chants_, posies  l'usage de la jeunesse; 2e
dition. 1 vol. avec 20 gravures d'aprs Gustave Roux.

Verley: _Miss Fantaisie._ 1 vol. avec 36 grav. d'aprs Zier.

Vimont (Ch.): _Histoire d'un navire_; 8e dit. 1 vol. avec 40 grav.
d'aprs Alex. Vimont.

Witt (Mme de), ne Guizot: _Enfants et parents_; 4e dition. 1 vol. avec
34 gravures d'aprs A. de Neuville.

--_La petite fille aux grand'mres_; 4e dit. 1 vol. avec 36 gravures
d'aprs Beau.

--_En quarantaine_, jeux et rcits; 2e dit. 1 vol. avec 48 gravures
d'aprs Ferdinandus.



3e SRIE.--POUR LES ADOLESCENTS

ET POUVANT FORMER UNE BIBLIOTHQUE POUR LES JEUNES FILLES DE 14 A 18 ANS


VOYAGES

Agassis (M. et Mme): _Voyage au Brsil_, traduit et abrg par J.
Belin-de Launay; 3e dition. 1 vol avec 13 gravures et 1 carte.

Aunet (Mme d'): _Voyage d'une femme au Spitsberg_; 6e dit. 1 vol. avec
31 gravures.

Baines: _Voyages dans le sud-ouest de l'Afrique_, traduits et abrgs
par J. Belin-de Launay; 2e dit. 1 vol. avec 22 grav. et 1 carte.

Baker: _Le lac Albert._ Nouveau voyage aux sources da Nil, abrg par J.
Belin-de Launay; 2e dit. 1 vol. avec 10 grav. et 1 carte.

Baldwln: _Du Natal au Zambze_, 1831-1866. Rcits de chasses, abrgs
par J. Belin-de Launay; 3e dit. 1 vol. avec 24 grav, et 1 carte.

Burton (Le capitaine): _Voyages  la Mecque, aux grands lacs d'Afrique
et chez les Mormons_, abrgs par J. Belin-de Launay: 2e dit. 1 vol.
avec 12 gravures et 3 cartes.

Catlin: _La vie chez les Indiens_, traduite de l'anglais; 6e dition. 1
vol. avec 23 gravures.

Fonvielle (W. de) _Le glaon du_ Polaris. aventures du capitaine Tyson;
3e dit. 1 vol. avec 19 gravures et 1 carte.

Hayes (Dr): _La mer libre du ple_, traduite par F. de Lanoye et abrge
par J. Belin-de Launay; 2e dition, 1 vol. avec 14 gravures et 1 carte.

Herv et de Lanoye: _Voyage dans les glaces du ple arctique_; 6e
dition, 1 vol. avec 40 gravures.

Lanoye (F. de): _Le Nil, son bassin et ses sources_; 4e dit. 1 vol.
avec 32 gravures et cartes.

--_La Sibrie_; 2e dition. 1 vol. avec 48 gravures d'aprs Lebreton,
etc.

--_Les grandes scnes de la nature_; 5e dit. 1 vol. avec 40 gravures.

--_La mer polaire_, voyage de l'_Erbe_ et de la _Terreur_; 4e dit. 1
vol. avec 29 gravures et des cartes.

Livingstone: _Explorations dans l'Afrique australe, abrges par J.
Belin-de Launay; 5e dit. 1 vol. avec 20 gravures et 1 carte.

--_Dernier journal_, abrg par J. Belin-de Launay; 2e dition. 1 vol.
avec 10 gravures et 1 carte.

Mage (L.): _Voyage dans le Soudan occidental_, abrg par J. Belin-de
Launay; 2e dit. 1 vol. avec 16 gravures et 1 carte.

Milton et Cheadle: _Voyage de l'Atlantique au Pacifique_, trad. et
abrg par J. Belin-de Launay, 2e dit. 1 vol. avec 16 grav. et 2
cartes.

Mouhot (Ch.): _Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge et de
Laos_; 4e dition. 1 vol. avec 28 gravures et 1 carte.

Palgrave (W. G.): _Une anne dans l'Arabie centrale_, trad. abrge par
J. Belin-de Launay; 2e dition, 1 vol. avec 12 grav. et 1 carte.

Pfeiffer (Mme): _Voyages autour du monde_, abrgs par J. Belin-de
Launay; 5e dition. 1 vol. avec 16 gravures et 1 carte.

Piotrowskl: _Souvenirs d'un Sibrien_; 3e dit. 1 vol. avec 10 gravures.

Schweindurth (Dr): _Au coeur de l'Afrique_ (1868-1871). traduit par Mme
H. Loreau, et abrg par J. Belin-de Launay; 2e dition. 1 vol. avec 10
gravures et 1 carte.

Speke: _Les sources du Nil_, dition abrge par J. Belin-de Launay; 3e
dition. 1 vol. avec 24 gravures et 3 cartes.

Stanley: _Comment j'ai retrouv Livingstone_, trad. par Mme H. Loreau
et abrg par J. Belin-de Launay; 4e dit. 1 vol. avec 16 gravures et 1
carte.

Vambery: _Voyages d'un faux derviche dans l'Asie centrale_, traduits par
E. Forgues, et abrgs par J. Belin-de Launay; 4e dit. 1 vol. avec 18
gravures et 1 carte.



HISTOIRE

Loyal Serviteur (Le); _Histoire du gentil seigneur de Bayard_, revue et
abrge,  l'usage de la jeunesse, par Alph, Feillet; 4e d. 1 vol.
avec 36 gravures d'aprs P. Sellier.

Monnier (M.): _Pompi et les Pompiens_; 3e dition,  l'usage de la
jeunesse. 1 vol. avec 23 gravures d'aprs Thrond.

Plutarque: _Vies des Grecs illustres_, dition abrge par Alph.
Feillet, 5e dit. 1 vol. avec 53 gravures d'aprs P. Sellier.

--_Vies des Romains illustres_, dit. abrge par Alph. Feillet. 5e
dit. 1 vol. avec 69 grav.

Retz (De): _Mmoires_, abrgs par Alph. Feillet. 1 vol. avec 35
gravures d'aprs Gilbert.



LITTRATURE

Bernardin de Saint-Pierre: _Oeuvres choisies_, 1 vol. avec 12 gravures
d'aprs E. Bayard.

Cervantes: _Don Quichotte de la Manche._ 1 vol. avec 64 grave. d'aprs
Bertall et Forest.

Homre: _L'Iliade et l'Odysse_, traduites par P. Giguet, abrges par
Alph. Feillet. 1 vol. avec 33 gravures d'aprs Olivier.

Le Sage: _Aventures de Gil Blas_, dition destine  l'adolescence. 1
vol. avec 50 gravures d'aprs Leroux.

Mac-Intosh (Miss): _Contes amricains_, traduits par Mme Dionis; 2e
dition. 2 vol. avec 120 gravures d'aprs E. Bayard.

Maistre (X. de): _Oeuvres choisies._ 1 vol. avec 15 gravures d'aprs E.
Bayard.

Molire: _Oeuvres choisies_, abrges a l'usage de la jeunesse. 2 vol.
avec 22 gravures d'aprs Hillemacher.

Virgile: _Oeuvres choisies_, traduites et abrges  l'usage de la
jeunesse, par Th. Barrau et Alph. Feillet. 1 vol. avec 20 gravures
d'aprs les grands peintres, par P. Sellier.

=====================================================

PETITE BIBLIOTHQUE DE LA FAMILLE



Champol: _En deux mots._ 1 vol.

Fleuriot (Mlle Z.): _Tombe du nid._ 2e d. 1 vol.

--_Raoul Daubry_, chef de famille. 2e d. 1 vol.

--_L'hritier de Kerguignon._ 3e dit. 1 vol.

--_Rsda._ 10e dit. 1 vol.

--_Ces bons Rosac._ 2e dit. 1 vol.

--_La vie en famille._ 9e dit. 1 vol.

--_Le coeur et la tte._ 2e dit. 1 vol.

--_Au Galadoc._ 1 vol.

--_De trop._ 1 vol.

--_Le thtre chez soi, comdies et proverbes._ 2e dit. 1 vol.

--_Sans Beaut._ 18e dit. 1 vol.

--_Loyaut._ 1 vol.

--_La clef d'or._ 1 vol.

--_Bengale._ 1 vol.

--_La glorieuse._ 1 vol.

--_Un fruit sec._ 1 vol.

Fleuriot Krinon: _De fil en aiguille._ 1 vol.

Girardin (J.): _Les thories du docteur Wurtz._ 1 vol.

Girardin (J.) (suite): _Miss Sans-Coeur._ 4e dit. 1 vol.

--_Les Braves gens._ 1 vol.

--_Mauviette._ 1 vol.

Giron (Aim): _Braconnette._ 1 vol.

Marcel (Mme J.): _Le Clos-Chantereine._ 1 vol.

Nanteuil (Mme P. de) Les lans d'lodie. 1 vol.

Verley: _Une perfection._ 1 vol. Ouvrage couronn par l'Acadmie
franaise.

Wiele (Mme Van de): _Filleul du roi._ 1 vol.

Witt (Mme de), ne Guizot: _Tout simplement._ 2e dit. 1 vol.

--_Reine et matresse._ 1 vol.

--_Un hritage._ 1 vol.

--_Ceux qui nous aiment et ceux que nous aimons._ 1 vol.

--_Sous tout les cieux._ 1 vol.

--_A travers pays._

--_Vieux contes de la veille._ 1 vol.

--_Regain de vie._ 1 vol.

--_Contes et lgendes de l'Est._ 1 vol.

--_Les chiens de l'amiral._ 1 vol.

--_Sur quatre roues._ 1 vol.






End of the Project Gutenberg EBook of Nouveaux contes de fes pour les
petits enfants, by Comtesse de Sgur

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAUX CONTES DE FES POUR ***

***** This file should be named 14247-8.txt or 14247-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        https://www.gutenberg.org/1/4/2/4/14247/

Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed
Proofreading Team. This file was produced from images generously
made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
