Project Gutenberg's Le Conscrit ou Le Retour de Crime, by Ernest Doin

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Le Conscrit ou Le Retour de Crime

Author: Ernest Doin

Release Date: July 28, 2004 [EBook #13036]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CONSCRIT OU LE RETOUR DE CRIME ***




Produced by Renald Levesque and La bibliothque Nationale du Qubec (BNQ)




LE CONSCRIT

OU LE

RETOUR DE CRIME



DRAME COMIQUE EN DEUX ACTES

Par ERNEST DOIN





PERSONNAGES:

LEFUT, riche fermier, parrain de Criquet, caractre fin, rus.

ROBERT, Jeune villageois, conscrit.

JULIEN, Jeune villageois, conscrit.

CRIQUET, conscrit, filleul de Lefut, (comique).

LAVALLEUR, vieux sergent recruteur.

TAPIN, Tambour.

MATHURIN, Villageois conscrit.

Troupe de conscrits, 1er acte, au 2e acte, troupe de villageois.



LE CONSCRIT ou LE RETOUR DE CRIME.

Drame Comique en deux Actes.



ACTE PREMIER.

La scne se passe prs de la ferme de Lefut. Dans le fond une barrire,
arbres. A gauche sur l'avant-scne un cabaret; devant, table, bancs,
bouteilles, gobelets; au lever de la toile, les conscrits boivent,
jouent aux cartes, tableau trs-anim. Un drapeau franais est prs de
l'auberge. Mathurin le prend au moment du dpart.


SCNE 1re.

TAPIN, LAVALEUR, (Lefut, Robert, Julien, villageois  la table.)

TAPIN, (s'accompagnant du tambour).

CHANT.

  Par ordre suprieur
  Les jeunes gens du village
  Sont informs du passage
  De l'officier recruteur.

  Qu'au tambour on se rallie,
  Qu'on se rende  son appel.
  Par son ordre je publie
  Cet avis d'aprs lequel
  Tous les conscrits sont invits
  A se rendre  la mairie
  Afin d'tre, visits
  Et puis enrgiments.

(Ici les conscrits se lvent et viennent former le cercle avec le
sergent et le tambour)

(Choeur gnral).

  Par ordre suprieur
  Les jeunes gens du village
  Sont informs du passage
  De l'officier recruteur,

LEFUT.

C'est donc pour aujourd'hui, sergent?

LAVALEUR.

Oui, mon brave, voyez-vous, la France a besoin de soldats pour en finir
avec Sbastopol et on veut que a marche rondement.

LEFUT.

On dit que Plissier est un fameux gnral.

LAVALEUR.

J'crois ben, mille baonnettes! Je vous promets qu'c'est un lapin qui
n'a pas froid aux yeux et qu'il sait tailler des croupires aux Russes!

ROBERT (avec feu).

Ah morbleu! Il me tarde d'y tre, moi! Je suis fier d'tre tomb au sort
et de partir pour la Crime!... Ah! j'vous dis que je ne reculerai pas.

LAVALEUR.

Bravo!... Bravo!... Allons, si tous taient comme toi, la France serait
bien dfendue.

ROBERT.

Oui, sergent, car je l'aime, moi, et mon premier comme mon dernier cri
sera: Vive la France!

LAVALEUR.

Oui, mon ami, tu as raison, aime la France, car la France... vois-tu, la
France!... c'est la France!... et il n'y en a qu'une.

JULIEN.

Moi aussi, sergent, j'aime la France, mais je prfre rester au pays que
d'tre soldat.

LAVALEUR.

Qu'est-ce que c'est qu'un blanc-bec comme a?... Ma foi, tu ne ferais
pas mon affaire; car  t'entendre, je crois que tu ne serais jamais
qu'un mauvais soldat. Tu as peur?...

JULIEN.

Moi, peur?... oh! non, sergent, vous ne comprenez pas mes paroles.
J'aime la France, je donnerais mon sang pour elle; mais si je dis que
j'aime mieux rester au pays, c'est que je suis le seul soutien de ma
pauvre vieille mre infirme!... Oh! sans cela, j'endosserais vivement le
costume militaire.

LAVALEUR, (lui frappant sur l'paule).

Allons, allons; voil qui me raccommode avec toi; un bon fils, c'est
comme un bon soldat, il se fera aimer de tous.

LEFUT. On dit, sergent, qu'il y a dj eu des batailles?

LAVALEUR.

J'crois ben, mille bombes! Et de dures, encore!.A Inkermann, surtout...
C'est l qu'a ronflait, allez!

LEFUT.

Vous y tiez, sans doute?

LAVALEUR.

J'm'en flatte et j'm'en glorifie!... Cr coquin! quand j'y pense, y
m'semble que j'y suis encore! Ah! a marchait!... a ronflait!

ROBERT.

Racontez-nous donc a, sergent.

LAVALEUR.

Volontiers, mon brave!... Donc, c'tait vers le soir... nous tions sous
nos tentes... la pluie tombait... tombait... on n'aurait pas mis un
chien dehors... quand tout  coup... le brutal...

ROBERT.

Le brutal!... qu'est-ce que c'est que a, que le brutal?

LAVALEUR.

Le brutal, mon garon, c'est le canon... c'est une manire de parler au
rrrrrgiment... Donc, le brutal se faisait entendre... a marchait pas
mal... c'taient nos allis les Anglais qu'taient aux prises avec les
Russes, et a s'tapait dur... La nuit tait sombre et nous ne savions
que dire, car nous ne connaissions pas les forces de l'ennemi...
Cependant vers dix heures la fusillade tait comme un roulement... le
canon tonnait  toute minute; a commenait  nous inquiter et surtout
 nous chatouiller!... Mais vl qu'tout  coup notre brave gnral
Bosquet arrive et nous dit: Enfants! les Anglais se font charper, ils
ne sont pas en nombre et les Russes arrivent de tous cts!... Vite!
aux armes! En avant et au pas de charge!... Ah! tenez, j'crois qu'j'en
danserais quand j'y pense... Nous partons une colonne, notre brave
gnral en tte et j'vous laisse  penser si nous arpentions le
terrain!... Nous arrivons, il tait temps, les Anglais ne pouvaient
plus y tenir malgr leur courage... car les Russes taient trois contre
un!... Aussitt qu' la lueur de la fusillade et des pots  feu, on nous
aperut, les Anglais se mettent  crier: Voici les Franais! Hourra!
Vive la France!... Nous y voil... nous tombons sur le dos des Russes
 coups de fusil, a coups de baonnettes!  coups de poings! corps 
corps...  coups de tout enfin... et vlan, pif! paf! pouf!... on leur
z'y donne une rince que l'diable en aurait pris les armes!... Ah! il
fallait les voir s'ils prenaient le chemin d'chez eux plus vite qu'ils
n'taient venus!... Ah! mille canons de canonnades, y m'semble que j'y
suis encore!

ROBERT.

Nom d'une bombe!... Dieu! que j'aurais voulu tre la!... Ah! sergent,
vous verrez que je ne resterai pas en arrire!... Oui, je le rpte, je
saurai faire mon devoir de soldat!

LAVALEUR

C'est bien, mon garon, avec des sentiments comme a, tu feras ton
chemin... Plissier aime les braves et si tu te fais remarquer, sois
tranquille, il ne te perdra pas de vue.

LEFUT.

Ah! d'abord, moi, je rponds de Robert.

JULIEN.

Oui, car, comme je le connais, j'crois que les Russes ne lui feront pas
peur.

LAVALEUR.

Et aussi, comment voulez-vous que l'on ait peur sur le champ de bataille
quand vous voyez nos gnraux s'exposer eux-mmes au feu de l'ennemi
pour encourager nos soldats?... Et surtout, quand on voit nos aumniers,
parler  nos braves de cette belle religion dont ils sont si fiers!...
Oui, mes amis, il n'est rien de si grand, de si touchant en voyant
ces braves et bons prtres parcourir le champ de bataille, encourager
celui-ci, employant les termes de soldat avec celui-l!... Ils sont
toujours l prs de vous comme une sentinelle avance; on les coute
avec plaisir!... Ah! dame! c'est qu'aussi tous nos soldats portent la
mdaille de Marie, et avec elle ils se croient invulnrables devant les
balles ennemies!

LEFUT (avec feu).

Bravo! sergent, touchez l, j'aime  vous entendre parler ainsi de notre
brave clerg et de notre belle religion!... car, malheureusement, dans
le mtier des armes on ne trouve que trop d'incrdules... Mais esprons
et croyons que la France, notre belle France sera toujours victorieuse!

LAVALEUR.

Ah! mon brave, c'est le voeu de tous les bons Franais... mais, moi
qui vous parle, j'aime bien la France, n'est-ce pas? Eh bien! j'ai
quelquefois des craintes pour l'avenir, et pourquoi?... Je vais vous le
dire, dussiez-vous vous moquer du vieux soldat... En 1846, on m'a dit
qu'une prdiction avait t faite par une sainte et pieuse personne,
que la France tait menace d'une grande guerre qui la ruinerait, qui
l'humilierait, en un mot, que notre belle patrie serait envahie par une
nation trangre et que cette nation serait la Prusse!... Eh bien! mes
amis, si cela devait arriver, ce serait la faute aux enfants de la
France, car malheureusement il faut bien se l'avouer, de prtendus
philosophes des crivains immoraux lancent parmi notre brillante
jeunesse, des feuilles impies, par malheur trop tolres de
l'autorit!... Oui, la foi s'teint!... Et s'il le faut!... Ah! mes
braves amis, je ne vais pas plus loin... car si la France un jour est
envahie par l'tranger... c'est que la main de Dieu se sera appesantie
sur elle!... Mais non!... la France est la fille ane de l'Eglise et
ses enfants ne se montreront pas ingrats!... Tenez, loignons de nous
ces penses qui m'teraient tout mon courage!... Allons, mes braves
amis... je vous quitte, je vais faire un tour au village et je
reviendrai dans quelques heures chercher nos jeunes recrues, et en
avant, le sac sur le dos... Au revoir...

(Il sort avec Tapin).

SCNE 2e

LES PRCDENTS (hors Lavaleur et Tapin)

LEFUT.

Comme a mon cher Robert, tu es donc bien dcid et bien content de
partir?

ROBERT.

Oui, M. Lefut, joyeux et content!... Quel bonheur de verser son sang
pour la patrie!... Quel plaisir de voir une belle et grande bataille!...
Tenez, les rcits de ce brave sergent ont doubl mon courage.

JULIEN.

J'en connais un qui n'est pas si joyeux que toi, Robert.

LEFUT

Ah! tu veux parler de mon filleul Criquet? Il est vrai que le pauvre
garon fait une triste figure depuis qu'il a tir  la conscription
et qu'il a amen le numro Un!... Il ne mange plus, il ne fait que
pleurer... Ma parole, a me fait de la peine.

ROBERT (riant).

Mais o est-il donc? on ne l'a pas vu de toute la matine... O peut-il
tre fourr?

MATHURIN.

Moi, j'l'ai aperu au coin d'la barrire du pre Lucas; y s'tenait les
deux poings sur les deux yeux et faisait des soupirs qui pouvaient
s'entendre d'un quart de lieue.

JULIEN

Ce matin, en venant ici, je l'ai aussi rencontr, comme dit Mathurin; je
lui ai parl, mais il n'y avait pas moyen de le comprendre, les sanglots
lui brisaient la respiration; ma foi, si a continue, le pauvre Criquet
en mourra de douleur, je crois.

MATHURIN (regardant dans la coulisse).

Mais... mais... quel est ce bruit que j'entends l-bas?

ROBERT (allant au fond).

Eh! par ma foi, je ne me trompe pas... c'est lui... c'est Criquet... Ah!
quel drle de figure et comme il est affubl!... Venez donc, les amis...
venez donc!... (Riant aux clats) Ah! ah! ah! ah!

(Tous sont au fond riant aux clats).

SCNE 3e

LES PRCDENTS, (Criquet, longue tuque blanche avec le N 1, il est en
sabots, un sac sur le dos).

CRIQUET (dans la coulisse, le ton pleurard).

Adieu, les connaissances, j'vous r'verrons avant que d'partir.

(Il entre en scne).

ROBERT (toujours riant).

D'o viens-tu, Criquet?... Voyons... parle... qu'as-tu donc?

CRIQUET.

Ah! bonjour, Robert, bonjour, Julien, bonjour, les amis... Hein! Robert,
a fait mal, n'est-ce pas, de quitter comme a les connaissances?

ROBERT.

Voyons, Criquet, mauvais conscrit!... On prend du courage, que
diable!... Est-ce qu'on se laisse abattre comme a?

CRIQUET.

Du courage... du courage... c'est bon  dire, a!... T'en as donc, toi,
Robert, du courage?

ROBERT.

Je m'en flatte!... Est-ce que ce n'est pas glorieux, d'abord quand nous
nous verrons un bel uniforme, et surtout de combattre pour la gloire de
notre belle patrie!

CRIQUET.

Ouiche!... tout a c'est bel et bon, mais tiens, vois-tu, Robert, moi,
l'courage peut pas m'entrer dans la tte... j'ai l... tiens... sus
l'estomac, comme deux galettes chaudes de sarrasin!

JULIEN

Mon pauvre Criquet, il faut tcher de te remonter un peu le moral; c'est
vrai que a fait de la peine et je crois bien que tu n'es gure fait
pour tre soldat, et, sur ma parole, je te plains.

CRIQUET

Ah! toi, Julien, t'es ben heureux... te v'la exempt de c'te diable
d'engeance militaire!... Diable de Carme, va!...J'vous d'mande un peu
si c'est jouer de malheur!... J'arrive  la mairie, avec toi, avec
Robert, Jobin, Jean Claude, Mathurin!... Bon!... Vous attrapez tous un
bon numro, moi j'mets la main dans ce sac de malheur et vlan! j'attrape
le numro Un...!!!... Tiens! j'en r'viens pas...

LEFUT

Console-loi, va, mon pauvre filleul, j'penserai  toi et je t'crirai
souvent.

CRIQUET

Ah oui! parrain, a m'f'ra une belle jambe, a, qu'vous pensiez 
moi!.. quand j's'rai au milieu de tout c'fracas d'pistolets, d'fusils,
d'canons, brrrrrr!...

ROBERT.

Voyons, voyons, Criquet, que diable, tu es un homme  la fin!

CRIQUET.

Dame!... j'dis pas... mais tiens, vois-tu, Robert, quand j'pense qu'il
faut quitter parrain Lefut, ma grosse Rose, mon chien Zozor et pis...
et pis... (avec un gros soupir) et pis c'te pauvre chre Caillette...
ah! ah! ah!

ROBERT (riant)

Caillette?... Qu'est-ce que c'est qu'a, Caillette?...

CRIQUET.

Eh ben!... tu sais ben, Caillette!... notre vache? Sitt qu' m'voyait
v'nir le matin, alle riait d'plaisir. Tiens, Robert, d'pis que c'te
chre bte sait que j'sis pour partir pour c'te maudite Carme... alle
mange plus, a fait des reniflements, des gmissements qu'a m'en donne
comme des combustions dans l'estomac.

ROBERT

Tiens, tiens, Criquet, tout a, c'est des btises, faut laisser
l'chagrin d'cte... viens chanter avec tes amis... viens boire un bon
verre de vin avec les amis, et aprs, tu partiras joyeux.

CRIQUET

Oh! pour a, non, Robert, jamais!... J'sis trop abasourdi... et pis j'te
d'mande un peu... qui qui m'ont fait ces Russes pour que j'aille me
faire tuer dans c'te coquine de Carme?... Ah! Jarnigoi! j'ai pas une
goutte de sang dans la tte!

COUPLETS.

  Queu douleur! faut que j'aille
  Vivre loin du pays!
  J'aimons pas la bataille;
  Car j'n'ons pas d'ennemis.

ROBERT.

  A tout je me conforme;
  J'partirai sans regrets;
  Le tambour, l'uniforme
  Ont pour moi des attraits.
  Rantanplan, rantanplan!
  J'aime ce r'frain du rgiment:
  Rantanplan, rantanplan,
  Ran ran tan plan plan.

CRIQUET

  J'ons le coeur qui me serre
  Quand j'vois battre un dindon;
  Pourrai-je |ben  la guerre
  Tuer des gens pour tout d'bon?

ROBERT.

  Les enfant de la France
  A l'ennemi vont gament,
  Et pas un ne balance
  Quand on crie: En avant!
  Rantanplan! rantanplan!
  Amis, la gloire nous attend.
  Rantanplan rantanplan,
  Ran ran tan plan plan!

CRIQUET.

  Aprs une bonne affaire
  On r'vient clopin-clopant.

ROBERT

  Mais  la boutonnire
  Peut briller un ruban.

CRIQUET. (Parl: Oui... mais)

  On attrap' queuq' torgnole.

ROBERT

  Et l'on devient sergent.

CRIQUET

  L'canon vous carambole
  Et l'on meurt....

ROBERT (Lentement et  voix basse).

               En chantant:
  Rantanplan, rantanplan
  On voit l'ennemi fuyant
  Et l'on s'dit en mourant:
  Ran ran tan plan plan!

CRIQUET

  Ran tan plan, ran tan plan!
  Tout a n'est pas amusant;
  J'aime mieux dire bien portant:
  Ran ran tan plan plan!

ROBERT ( Lefut).

Tenez, franchement, M. Lefut, je crois que votre filleul Criquet ne
fera jamais qu'un mauvais soldat.

LEFUT.

Oui, oui, c'est vrai, et plus j'y pense, plus j'ai peine de le voir
partir. Je voudrais bien trouver un moyen pour l'en exempter.

ROBERT

Parbleu! pour l'en exempter, le moyen est tout facile  trouver, pre
Lefut, achetez-lui un remplaant... C'est facile a!

LEFUT.

Heu! heu! facile... facile... pas tant facile que tu le crois, Robert;
pour trouver un remplaant, il faut beaucoup d'cus... et...

JULIEN

Allons donc, M. Lefut, ce n'est pas la mer  boire un mille  douze
cents francs... Voyez donc ce pauvre Criquet, il ne tient plus sur les
jambes.

LEFUT

Ah! tu crois a, toi, Julien, tu crois qu'on trouve des mille francs du
premier coup.

ROBERT (riant)

Eh! mais, M. Lefut, cherchez donc bien dans vos vieux coffres, il y a
bien encore quelque magot en rserve.

LEFUT.

Ta, ta, la, ta, tout a c'est bon a dire. ( dater de cette scne,
Lefut a le ton flatteur, insinuant, pse ses mots). A propos, dis donc,
mon p'tit Julien... tu sais... hein?... que sur le morceau de terre que
je t'ai vendu et la petite maison que j'ai fait btir pour ta vieille
mre... tu sais... hein?... que tu me dois une petite somme... comme...
heu... heu... huit cents francs.

JULIEN (surpris et attrist).

C'est vrai, M. Lefut... mais vous savez aussi que la rcolte de l'anne
dernire n'a pas t trs-bonne, que ma pauvre bonne mre a t malade
une partie de l'hiver... Mais cette anne le travail va bien, je gagne
de bons gages et je pourrai avant peu vous donner un bon -compte.

LEFUT (toujours flattant).

Ah! mon garon, je ne suis pas inquiet de toi... je te connais et tu es
aussi connu de tous, pour ton travail, ta bonne conduite et surtout pour
le filial dvouement que tu portes  ta mre... mais... vois-tu... si
j'avais cette somme... a m'aiderait pour retirer Criquet... Tu...
comprends?

ROBERT

Allons, allons, pre Lefut, laissez donc ce pauvre Julien tranquille...
Que diable lui chantez-vous l? car, je vous vois venir.

LEFUT

Ah! Robert, tu me juges mal, je n'ai que de bonnes intentions.

ROBERT (souriant).

Oui, oui, mais vous tes un un renard, et je crois vous comprendre... on
ne vous appelle pas Lefut pour rien....

LEFUT

(Il amne Julien sur le devant de la scne. Robert et Criquet restent au
fond; Robert prte l'oreille de temps en temps  la conversation, les
autres conscrits se remettent  table et ne se lvent que lorsque le
sergent arrive avec Tapin.)

Ecoute, mon Julien, je vais te parler ouvertement, c'est aussi dans ton
intrt comme pour le mien. Consens  partir  la place de Criquet et...

JULIEN (surpris).

Quoi?... Que me dites-vous, M. Lefut?... Moi quitter ma pauvre mre!...
 mon Dieu!

(Il se cache la tte dans ses mains).

LEFUT.

Ecoute donc, mon p'tit Julien... laisse-moi finir... Si tu veux
consentir  remplacer mon filleul Criquet, non seulement je te fais
remise des huit cents francs, mais encore je me charge d'avoir le plus
grand soin de ta mre.

JULIEN (avec larmes).

Ma mre!... ma mre!... mais vous n'y pensez pas! Vous ne savez doute
pas que demain, lorsqu'elle appellera son Julien, son fils?, et qu'on
lui dira: "Il est parti, il est soldat!..." l pauvre mre en mourra de
douleur!... Oh! par piti, M. Lefut, n'exigez pas de moi ce sacrifice!

LEFUT (pressant toujours).

Julien, mon ami, tous ne sont pas tus  la guerre... tu reviendras...
j'en suis sr... sois sans crainte pour ta mre... rien ne lui manquera
et je m'engage  lui faire, outre son entretien, une rente de 200
francs. Voyons!... voyons!... voyons!... Julien....

JULIEN (accabl de douleur).

Mon Dieu! mon Dieu... Je ne puis me rsoudre, malgr toutes vos
promesses,  abandonner ma mre!... Et cependant...

LEFUT (mme jeu).

Julien!.... Julien!... C'est ton bonheur, tu le verras... ulien...
encore une fois... ta mre ne manquera de rien!... Je t'en fais la
promesse solennelle et sacre!... allons!... (On entend le rappel).
Entends-tu? voil le rappel... Julien... dcide-toi!

JULIEN (avec douleur)

Ma mre!... ma pauvre mre!...  mon dieu! Acceptez mon sacrifice et
conservez-moi ma mre... (Aprs une seconde). J'accepte, M. Lefut, je
pars  la place de Criquet, j'ai foi en vos paroles.... et demain...
oh! demain... quand ma pauvre mre vous demandera son fils!... oh!
consolez-la... et dites-lui que son Julien reviendra.

LEFUT.

Tu peux compter sur moi, je te le jure!

ROBERT (il s'avance, prend et serre la main de Julien et d'un ton
attendri)

Bien! Bien! Julien, j'ai tout entendu, tu es un bon fils! Dieu te
conservera  ta mre! Car Dieu aime et bnit les bons enfants! (A
Criquet) Allons, Criquet, rveille-toi, mauvais conscrit, tu ne pars
pas?

CRIQUET (tout abasourdi)

Hein! Hein?... Quoi?... Qui?... C'est y vrai? oh! prends garde, Robert,
tu vas me faire tomber en faillance.

JULIEN (triste).

C'est la vrit, Criquet, tu restes au pays et je pars  ta place...
Regarde-moi... vois mes pleurs, je ne cherche pas mme  les retenir.

CRIQUET

Oh! mais! oh! mais... c'est donc comme un miracle!... Dieu de Dieu..
v'l mon poids de d'ssus mon estomac qui commence  s'en aller!... Hein?
n'est-ce pas, Julien, qu'a fait mal de partir?... Ah! a, parrain,
comment diable qu'a s'est donc maniganc?

LEFUT (brusquement).

Laisse-moi tranquille, a ne te regarde pas... avec tes pleurnicheries,
tu me tires les deux yeux de la tte.

CRIQUET

Ah ben!... ali ben! j'y comprends plus rien... A propos, tiens, mon
p'tit Julien, puisque tu pars  ma place, j'vas je donner mon sac, tu
trouveras d'dans un quarteron d'fromage, une douzaine de pommes d'not'
verger ben mres, un d'mi cent d'noix toutes cales et pis deux paires
de chaussons, qu'la mre Brigitte m'a tricots c't'hiver  la veille
quand j'y racontais l'conte du P'tit Poucet... et pis... an fond du
sac tu trouv'ras une p'lotte de ficelle pour te serrer l'ventre quand
t'auras trop faim au rgiment.

SCNE 4e

LES PRCDENTS. (Lavaleur, Tapin, tous les conscrits se lvent et se
placent sur une ligne, le drapeau en tte).

LAVALEUR

  1er Couplet.

  Eh! bonjour, ma chers enfants,
  Je viens chercher nos jeunes gens;
  Sur la liste j'vas les inscrire.
  Il faut rire, il faut rire,
  Rire et toujours rire!

(Tous rptant).

  Il faut rire, rire et toujours rire!

2e Couplet

  J'vas donner  vos conscrits
  Des armes et des habits,
  Puis au feu j'vas les conduire.
  Il faut rire, il faut rire,
  Rire et toujours rire!

(Tous)

  Il faut rire, rire et toujours rire.

LAVALEUR

Allons, mes amis, disons adieu  toutes nos connaissances et en route!
(Voyant Criquet) Qui m'a bti un gaillard de c't'espce-l? Es-tu
conscrit, toi?

CRIQUET (riant btement).

J'l'tions  c'matin, not' chargent, mais  prsent je l'sommes pus...
T'nez, c'est c'lui-l... c'est Julien, qui m'a remplac, y part  ma
place.

LAVALEUR (regardant Julien).

Eh! c'est mon jeune homme qui voulait rester au pays? Ma foi, je ne
perds pas au change!... Du courage, jeune homme... c'est bon signe, tu
le verras, et je te le prdis, tu feras ton chemin.

ROBERT (avec force).

Oui! oui! Maintenant partons et allons montrer aux Russes que quoique
partant de la campagne, nous saurons leur faire voir que leurs balles ne
nous feront pas peur!... Allons! mes camarades, en avant, et rptons la
belle devise de nos anciens: Aime Dieu et va ton chemin!

Tous (avec explosion, agitant leurs chapeaux).

Oui! oui! Aime Dieu et va ton chemin! Vive la France!

ROBERT.

Adieu, pre Lefut...! adieu, Criquet, mauvais conscrit... Je reviendrai
dcor ou je serai tomb au champ d'honneur! (il va se mettre en rang).

JULIEN.

Adieu, M. Lefut; console bien ma mre! songez  vos promesses et priez,
pour moi! (il se met en rang). (Les conscrits dfilent au son de la
musique, ils font le tour du thtre en chantant).

CHANT.

  Partant pour la Syrie,
  Le jeune et beau Dunois
  Venait prier Marie
  De bnir ses exploits.
  Faites, Reine immortelle,
  Lui dit-il en parlant,
  Que j'aime la piu belle (bis)
  Et sois le plus vaillant! (bis)

(Ils sortent par le fond).

SCNE 5e.

LEFUT, CRIQUET.

LEFUT.

Eh bien! maintenant, je suppose que tu es content?

CRIQUET (flattant).

Oh! oui, mon p'tit parrain, j'vous promets  prsent que j'vas me
r'mettre au travail pour rcompenser le temps perdu... J'veux^ qu'vous
soyez bien content d'moi... oh! oui, mon cher p'tit parrain... mon p'tit
parrain du bon Dieu.

LEFUT

Allons, allons, c'est bon ne reste pas plant la toute la journe. Je
rentre  la ferme; tu viendras m''y retrouver.

CRIQUET

Oh! oui... oui... mon gros p'tit parrain... j'y s'rai ben vite... Allez
doucement, mon p'tit vieux parrain... prenez garde de tomber. (Lefut
sort).

SCNE 6e

CRIQUET (seul).

(Il va au fond) Ah! ben! On les voit encore!... Adieu, les amis... les
v'l au haut du la monte... adieu!... adieu!... allez cueillir des
lauriers, des grosses bottes de lauriers d'la victoire. Moi, j'reste
avec parrain Lefut, avec ma grosse Rose, avec Zozor, avec ma Caillette,
avec tout, quoi!... J'aime ben mieux a!... La gloire!... C'est, ben
beau la gloire, comme disait Robert... mais pas pour moi.

COUPLET

  Moi du pain bis je connais l'influence,
  a n'va pas  mon temprament;
  Prs d'mon parrain, j'vivrai dans l'abondance,
  Ah! convenez qu'c'est ben pus rgalant (bis).
  Mon nom, je l'sais, ne s'ra pas dans l'histoire,
  Mais j'vas dev'nir aussi gros qu'une tour;
  Et j'aime mieux engraisser pour l'amour
  Que de maigrir pour la victoire (bis).

Et puis j'vous d'mande un peu comme c'est amusant... Brrrr!... J'en
ai encore la chair de poule... je m'vois sus l'champ d'bataille... En
avant!... pif! paf! boum!... vl qu'a chauffe... les balles sifflent...
aie! aie!... j'en attrape une... j'ai la jambe dmolie... vite 
l'ambulance... Vl l'docteur major, avec tous ses diables de couleaux...
allons, garon... du courage... faut s'dbarrasser de c'te jambe-l!...
Bon!... marche, Criquet... r'tourne au village, va danser une gigue avec
la jambe de bois... Non... non, j'en suis pas, j'aime ben mieux boire,
manger, dormir et r'commencer comme a tous les jours de la semaine que
d'me voir dans c't'engeance de soldat militaire!... Non, non, c'est pas
mon fort d'tre brave... ah!  prsent, vl parrain, j'peux ben vous
dire a, j'suis son seul hritier du ct de ma marraine qu'tait sa
femme lgitime et qu'tait aussi ma tante du ct d'mon oncle Berluchat
qu'tait aussi mon parent du ct... mais a s'rait trop long si j'vous
parlais de toute ma parent... c'est une ligne qui a pus d'bout... tant
il y a que j'sis l'seul hritier majeur d'mon parrain... Eh ben, si
v'nait  vouloir se r'poser y m'passerait tout son bien! ah! dame, c'est
qu'il en a du bien, mon parrain... faut que j'fasse la rputation de
tout... voyons... primo... y a la terre d'la mare aux biches... qui vaut
ben?... oui! oui... deuzo, y a aussi la ferme de la guernouillre, oh!
ben, celle-l, alle vaut... toujours... oh! oui...  prsent: troissio,
y a la maison, l'verger, la vigne et la pataugre!... Eh ben, tout a...
tout l'bien d'mon parrain, y vaut... y vaut... oui! mais... y vaut ben
plus que a, l'bien d'mon parrain!... Tiens, j'patauge toujours  vous
parler et j'ai promis  parrain d'aller l'trouver, faut pas l'tromper,
c'pauvre cher homme!... Allons, me vl donc libre!... me vl donc
dbarrass... me vl heureux! (Il te sa tuque) Ah! grand brigand
d'numro! m'en as-tu donn du tintouin?... hein?... grand sclrat!...
m'en as-tu fait avoir des claboussures d'estomac, des poumons!...
m'en as-tu fait jeter d'ces pleurs!... hein! grand rengat! grand
polichinelle! Sans c'pauvr' Julien, tu m'faisais aller en Carme!...
Hein?... Hein?... aussi, tiens!... j'te foule aux pieds!... j'te
dchire... j'te dvisage... j'te pulvrise... j'te foule sous mes
sabots, et puis, j'vas chanter pour me moquer d'toi, pour te dire je
m'fiche de toi comme des Russes qui n'auront pas ma peau!... Entends-tu?
vieux numro d'malheur!...

  COUPLET.

  Que j'sis content!
  Queu bonne nouvelle!
  J'vas rapprendre  tout le hameau:
  Je crois qu'j'en perdrons la cervelle,
  Ah! je m'sauve de mon numro!

  Que j'sis content!
  Queu bonne nouvelle!
  J'vas l'apprendre  tout le hameau:
  Je crois qu'j'en perdrons la cervelle,
  Ah! je m'sauve de mon numro!
  Oui, je m'sauve de mon numro!
  Oui, je m'sauve de mon numro!

(Trs vite et en sautant et en sortant.)

  Oui, je m'sauve de mon numro!
  Oui, je m'sauve de mon numro!



ACTE SECOND

DEUX ANS APRS.


SCNE 1re.

CRIQUET (un balai  la main).

Ma parole la pus sacre, j'comprends pus parrain... d'puis hier, y
m'fait travailler, pousseter, balayer... frotter... Et puis y'bougonne,
y chante... y siffle... y crie... y marche  grands pas... y fait des
grimaces... ma foi, ma parole, j'y entends pus rien... rien... j'crois
qu'il a que'qu'chose de traqu dans l'cerveau, c'pauvr' parrain!... J'ai
beau m'creuser toutes les ides... j'trouve pas... j'comprends rien...
mais l... rien, rien, de rien...  la fin a m'embte, moi, de rien
savoir... y m'cache qu qu'chose, c'est sr... Diable! quoiqu'a peut
z'tre?... Je m'marie pas?... oh! non!... quand mme je l'saurais ben...
oh ben oui, m'marier... faut pas penser  a!... surtout d'puis c'te
grande catastrophe!... oh! grosse trompeuse de Rose, va!... Tenez y
m'semble que c'est d'hier... J'vas vous conter a... Un jour... (il
regarde dans la coulisse) aie! vl parrain qui vient, n'y parlez pas
d'a, n'dites rien d'moi, hein? parc'que, voyez-vous, quand j'tombe sus
l'chapitre d'ma grosse Rose... y m'appelle idiot, stupide, imbcile,
bta et pis y bougonne toute la journe... j'vous conterai a plus
tard.. (Il se met  balayer).


SCNE 2e

CRIQUET, LEFUT.

LEFUT.

Eh bon! voyons,  quoi penses tu la?... les bras croiss, au lieu d
travailler.

CRIQUET.

Dame! parrain, y m'semble que j'm'amuse pas  attraper les mouches...
Ah! a, mais dites donc, parrain, sans vous commander, pourquoi donc
qu'vous m'faites comme a clabousser d'tous les cts avec mon
balai?... y a c'te pauvre vieille Javotte  la cuisine, qui sue 
grosses gouttes  fourbir,  rcurer tous ses chaudrons de cuivre
jaune!... Enfin, d'pis  c'matin, on met tout sens d'ssus d'ssous dans
la maison, vrai, comme si c'tait la Fte-Dieu!

LEFUT (se frottant les mains).

Apparemment que c'est pour une grande fte!... une fte!... Entends-tu;
Criquet? Hein? Tu ne comprends pas?

CRIQUET (l'air tonn).

Ma foi, mon parrain, pas seulement le moindre des p'tits brins, et c'est
ben a qui m'turlupine.

LEFUT

Ah! Ah! El si j'te disais... Cette fte... cette belle fte que je
prpare... c'est pour recevoir deux bons amis... y es-tu, hein?

CRIQUET (sautant de joie).

Robert et Julien, parrain?

LEFUT.

Prcisment, et hier j'ai encore reu une lettre d'eux, ils m'annoncent
leur prochaine arrive.

CRIQUET (avec joie).

Ah sapristi!... Cr coquin! Queu bonheur! Queu joie!... Robert et pis
c'bon p'tit Julien! Dieu de Dieu, j'vas t'y tre content d'les voir!...
Ah!  prsent a m'tonne pas si on travaille tant et comme not' ferme
est avant l'village, c'est nous, parrain, qu'on aura leur premire
visite?

LEFUT

Comme tu dis, Criquet, et ce sera d'autant plus d'honneur pour les gens
du village et pour moi, que nos deux amis oui bien rempli leur devoir de
soldat!... En un mot, ce sont deux braves de l'anne de Crime!

CRIQUET

C'est y ben loin, a, parrain, la Carme

LEFUT.

Crime, imbcile!

CRIQUET.

Ah! oui, ah! oui! Ah! a, parrain, dites donc, a fait deux ans qui sont
partis, n'est-ce pas?

LEFUT

Deux ans?... y me semble qu'il y a un peu plus que a, je crois?

CRIQUET.

Non, non, parrain, y a juste deux ans dimanche... T'nez, c'est 
l'poque o ma grosse Ros...

LEFUT (colre et frappant du pied).

Va-t'en au diable!... Vas-tu encore m'ennuyer avec tes sornettes?

CRIQUET (reculant de peur en ressautant).

Non, non, parrain, vous fchez pas; voyons! ah! dites donc, parrain,
sont y toujours dans c'mme rgiment? qu'vous m'disiez, dans c'beau
rgiment... qu'vous appeliez... les... les... zougabes.

LEFUT (fort).

Zouaves!... donc, imbcile.

CRIQUET.

Zoubabes... zougaves... a fait rien, a... a rime toujours.

LEFUT

Robert est dans ce beau corps ainsi que Julien, ils sont tous deux
dcors de la croix d'honneur. Tiens, je vais te lire la lettre qu'ils
m'crivent. (Il tire la lettre de sa poche et lit).

Cher M. Lefut, Nous avons quitt la Russie, nous sommes en ce moment 
Paris, mais, encore quelques semaines et nous allons prendre la route de
notre cher village de Blancourt; il nous tarde de revoir tous les amis
et Julien se fait une fte d'embrasser sa vieille mre. Nous sommes,
comme vous l'avez sans doute appris par les bulletins de l'arme,
sous-officiers et dcors. Je sais que tous partagent notre bonheur
d'avoir fait notre devoir. Allons, allons, au revoir, nous serons
bientt prs de vous.

Vos bons amis,

ROBERT ET JULIEN.

Aussi, comme nous sommes aujourd'hui jeudi, je les attends de jour en
jour.

CRIQUET.

Ah bon, j'dis qu'a va en faire une fte c'jour-l!... Dieu! On va-t'y
s'en donner, on va-t'y chanter... et dire, parrain, qu'si j'avais parti
j's'rais p't'tre ben comme eux  prsent.

LEFUT.

Ah! oui, parlons-en un peu... un gaillard qui beuglait comme un veau.

CRIQUET

Dame, parrain, c'tait pas dans mon got d'endosser l'habit d'soldat?
qu'voulez-vous, j'pouvais pas me r'changer, moi!

LEFUT.

Allons, c'est bon, tais-toi... Je vais aller au village parler aux amis
afin de nous runir tous ici au plus vite... je reviendrai dans une
heure ou deux... Travaille bien.

CRIQUET

Oh! oui, oui, mon p'tit parrain, pour l'arrive d'nos deux braves,
j'puis m'casser bras et jambes!... Oh! daine, j'vous promets que
l'travail ne m'f'ra pas peur.

LEFUT

Allons, nous verrons a; bon courage. (Il sort.)


SCNE 3e

CRIQUET (seul).

Ah! quand j'y pense!... quelle fte! quelle bombance qu'on va faire!...
C'est pour le coup qu'parrain va sortir de sa cave ses vieilles
bouteilles de c'bon vin d'la comte de 1811. Ah!... (il s'assoit, le
balai droit entre ses jambes). Dire qu'y a deux ans qu'j'ai vu Robert!
J'parie qu'y doit tre grand... et pis y doit s'tenir droit comme un i.
a doit faire un beau... un beau... zou... zou... zouba... comment qui
dit a, donc, parrain?... j'peux jamais m'mettre c'diable de nom-l dans
la tte... Et Julien, qu'avait l'air si doux, j'sis sr  prsent qu'il
a une grosse voix et pis... et pis... j'vas t'y les faire parler, j'vas
t'y leur en demander des affaires, des combats d'bataille!... Ah! et pis
y faudra. qu'y m'montrent pour manigance un fusil de soldat!... C'est
c'te pauvre vieille Marguerite, la mre de Julien, va-t-elle tre
contente de voir son garon, elle qu' tant pleur, quand elle a appris
son dpart!... Pauvre vieille! comme elle va l'embrasser, l'cajoler,
l'bichonner! oh! j'vois a d'avance! (Coup de pistolet dans la coulisse;
Criquet tombe sur le dos). Aie! aie! quoiqu'c'est qu'a?... ah! mon
Dieu! la guerre? (il se lve et va au fond). Ah! non, c'est un rgiment
de militaires... v'l qui descendent la monte!... Ah! tiens, y n'sont
qu'deux? ... Ah! mon Dieu!... mais non ... mais oui... voyons, j'ai pas
la berlue... j'me trompe pas?... c'est lui... c'est eux... c'est les
amis... oui... oui... C'est Robert!... C'est Julien!... Saperlotte!...
Vl mon coeur qui saute comme une carpe!... oh! h! oh! h!... les
amis... par ici!... h, Robert! Julien! (il court de tout ct et
appelle) Oh! parrain! parrain! Mathurin! Jean Claude! Limousin! les
v'l!... les v'l... Vive Robert! Vive Julien! Vive Criquet! Vive tout!
Nom d'un p'tit bonhomme!... J'sais pas ou donner d'la tte!... oh! oh!
oh! les v'l! les v'l!!!

SCNE 4e

ROBERT, JULIEN (en zouaves), CRIQUET.

(Ils entrent tous les deux en se tenant par le cou et en chantant).

  Sjour de notre enfance,
  Nous voil, nous voila de retour;
  Les chagrins et l'absence,
  Tout s'oublie (bis) en un jour.

ROBERT

Bonjour, Criquet! bonjour, mauvais conscrit, comment a va, hein?
(Cordiales poignes du main).

CRIQUET (essouffl).

Ouf!... ah! Robert! Julien!... bonjour... je m'porte bien... vous
aussi... merci... ouf!... Laissez-moi respirer... t'nez; j'peux pas
parler tant que j'sis content, j'sis tout suffoqu! estomaqu!

ROBERT

Ce bon Criquet!... a t'tonne, hein! de nous voir dans ce beau
costume?... n'est-ce pas, mauvais soldat?

CRIQUET

Laissez-moi donc vous r'garder  mon aise!... ah! quel beau costume...
Et c'te belle croix d'honneur!... Et pis ces grands yeux qui
flamboient!.. pr machine! Comme a vous change, l'rgiment de la
guerre!

ROBERT (riant).

Bon! bon! Mais avec tout a, tu n'as rien  nous donner pour nous
rafrachir? car nous sommes diablement altrs!

CRIQUET.

J'crois que j'vas vous en chercher ququ'chose et du bon encore, et pis
aprs vous m'conterez ben des choses, hein?

JULIEN.

Ce brave Criquet!... Mais dis donc, o est le papa Lefut?

CRIQUET.

Il est all au village prvenir tous les amis, pass'qu'on vous attendait
bon, allez! t'nez, parrain, y d'meurait pas en place!... Ah! a va
s'savoir ben vite et j'sis ben sr qu'y vont v'nir vous chercher pour
aller au village!... Ah! quelle fte! quelle fte!... J'vas vous
chercher  boire. (Il sort en courant).

SCNE 6e

ROBERT, JULIEN.

JULIEN.

Quel bonheur, Robert, de nous revoir encore an pays!

ROBERT.

Oui, et surtout aprs avoir tant trott et avoir pass tant de nuits
sous la tente du champ de bataille!.. Oui, Julien, aujourd'hui c'est un
jour de bonheur.

JULIEN (allant  la fentre et l'ouvrant).

Viens, viens, mon cher Robert, viens jouir d'une belle vue.


CHANT.

  Voil, bien nos champs
  Et nos coteaux et la prairie.
  Souvenirs charmants!
  Ah! que mon me est attendrie!
  Regarde, tout l-bas,
  Ami, ne vois-tu pas
  Le clocher de notre village 
  Ah! des pleurs mouillent mon visage;
  Pays, nos amours,
  Nous voil pour toujours.
  (ensemble).Pays, nos amours,
  Nous voil pour toujours.

SCNE 6e

LES PRCDENTS, CRIQUET (avec une cruche et trois gobelets)

Et moi aussi me vl, avec la bouteille et j'ai choisi la plus grande.
(Criquet emplit les verres, on boit).

JULIEN.

A prsent, mon cher Criquet, parle-moi de ma bonne mre: elle se porte
bien, n'est-ce pas? tu la voyais tous les jours, tu lui parlais de moi
et rien ne lui a manqu pendant mon absence?

CRIQUET.

Oh! pour a, Julien, j'te promets qu'parrain en a eu un soin!... mais un
soin!... alle tait comme un coq en pte, quoi!... Dame, aussi, c'est
qu'j'allais la voir tous les jours, c'te pauvr'vieille... et de quoi
qu'a m'parlait? toujours d'son Julien, mon p'tit Julien par ci, mon
p'tit Julien par l!... Mon Dieu, qu'a disait, s'il tait bless!...
s'il tait tu... si... enfin, ben des choses... et pis, dame, alle
pleurait... moi, a m'arrachait l'coeur et tout d'suite j'y donnais des
consolations... et pis d'autres fois, j'y contais des p'tites fariboles
et j'la faisais rire!

JULIEN.

Bonne mre!

CRIQUET.

Ah! a, dites donc, les amis,  prsent qu'on s'est rafrachi, et en
attendant les autres avec parrain, car y vont v'nir, ben sr, pass'que
tout  l'heure, j'viens de dire au p'tit Piquelet qu'vous tiez arrivs;
ah ben, fallait l'voir, il a pris ses jambes  son cou pour courir au
village... En attendant, toi, mon Robert, raconte-moi donc l'combat
d'une bataille, hein?

ROBERT.

a te ferait donc bien plaisir?

CRIQUET.

Ah! tiens, a m'f'rait dresser les ch'veux par-dessus la tte.

JULIEN.

Ce pauvre Criquet... Raconte-lui donc la prise de Sbastopol.

CRIQUET.

Oui, oui, Robert, raconte-moi a... a va m'mettre dans l'ravissement.

ROBERT (bas  Julien).

Tu vas rire. (A Criquet) Allons, mets-toi l, tu es la citadelle.

CRIQUET (riant).

Oh! oh! c'te btise!... Tu veux que j'fassions une citadelle?

ROBERT (commandant).

Silence dans les rangs!

CRIQUET.

Bon!... j'dis pus rien, commence!

ROBERT.

(CHANT)

1er COUPLET.

  D'abord, afin d'se distraire,
  On change quelque boulets;
  L'canon gronde comme un tonnerre,
  Nous avanons de plus prs.
  Vl. le combat qui s'annonce;
  Nous marchons tambour battant;
  Du premier coup l'on enfonce
  La redoute du grand redan.


(Parl). Vlan! (il lui donne un coup de pied au derrire).

CRIQUET (riant).

Bon! v'l la r'doute enfonce.

(Ensemble).

  En avant! En avant! (bis)
  Not' drapeau s'ra triomphant! (bis).

2e Couplet.

  (Robert tourne autour de Criquet).Puis cernant la citadelle,
  Nous marchons de toutes parts;
  De gloire nos yeux tincellent,
  Nous sommes sur les remparts.
  V'l le combat qui s'avance,
  Nous marchons tambour battant;
  Au seul cri: Vive la France!
  Sbastopol est sur le flanc.

(Parl, Vlan! il passe la jambe  Criquet qui tombe).

CRIQUET ( terre, riant aux clats).

Ah! ah! ah! ah!

ROBERT ET JULIEN.

  En avant! En avant!
  Not' drapeau est triomphant.

CRIQUET (qui s'est relev).

Dieu de Dieu! Qu'c'est beau l'rcit du combat d'une bataille!... Ah!
qu'j'aurais ben voulu tre l.

JULIEN.

Ce diable de Criquet, toujours le mme, il est impayable.

CRIQUET.

Tout d'mme, a vous change joliment l'rgiment, hein, les amis? C'est
vrai qu'vous tiez ben rsolus tout d'mme au dpart.... Toi surtout,
Robert, ah! dame, c'est qu'tu parlais comme un vrai soldat... et Julien,
qu'tait si doux... c'est pus l'mme du tout... pauvre Julien, quand
j'y pense, lui qui s'attendait pas  partir... a m'faisait d'la peine,
vrai... mais dame, y s'est dcid tout d'suite.

JULIEN.

Oui, je n'ai pas manqu de courage, malgr ma douleur.

ROBERT.

Tiens, tiens, Criquet, au lieu de nous parler de tout a, tu ferais bien
mieux de nous parler du pays, de ce qui s'est pass depuis notre dpart,
cela nous intressera.

JULIEN.

Oui! oui, Criquet, dis-nous un peu s'il y a eu du nouveau pendant notre
absence.

CRIQUET

Ah! ben, dame, j'veux ben, pass'qu'il en est arriv diablement du
nouveau, allez!... oh! oui!

ROBERT

Conte-nous donc a.

CRIQUET (au milieu).

Eh ben! imaginez-vous qui s'est pass des choses!... oh! mais, des
choses incroyables!

ROBERT ET JULIEN (souriant).

Ah! bast!

Oui, oui; d'abord, y a la petite Catelaine... vous savez ben, la p'tite
Catelaine qu'a les g'noux en d'dans, qu'a marche comme a (il la
contrefait). Eh ben! pour en r'venir  son histoire a elle, elle a tant
bu d'eau, c't't, ... tant bu d'eau qu'a et pis les chaleurs, a a mis
l'ruisseau quasi  sec!

ROBERT ET JULIEN (aux clats)

Ah! ah! ah! Assez, Criquet, assez. Je n'en peux plus.

CRIQUET.

Et pis autr'chose... l'automne dernire y a le tonnerre qu'a tomb sur
quatre moutons qui s'occupaient  manger d'l'herbe dans la plaine,
si bien que l'lend'main matin on a pus trouv rien qu'des pieds
d'mouton!... C't'aventure-l a dcid mon cousin Bertambois  faire
assurer ses canards contre l'incendie.

ROBERT ET JULIEN (aux clats).

Ah! ah! farceur de Criquet, va!

JULIEN (en riant).

Et la prtendue, ta grosse Rose, Criquet?

CRIQUET (soupirant).

Ah! Julien, tu viens d'rouvrir une grande blessure dans mon coeur!

JULIEN (souriant).

Comment? Est-ce qu'elle t'aurait fait des traits?

CRIQUET.

Horriblement des traits!

ROBERT.

Diable! Voyons, conte-nous donc a, mon pauvre Criquet.

CRIQUET.

Pour lors, donc, imaginez-vous, qu'il tait v'nu dans l'village, un
grand md'cin qu'les autres appelaient comme a un charpatran...

ROBERT (riant).

Un charlatan, tu veux dire?

CRIQUET.

J'sais pas... p't'tre ben comme a... enfin, il tait dans l'village
et tous les jours y v'nait sus la grand'place vendre toutes sortes de
drogues, des onguents et pis des vulnraires pour les brlures, les
cassures, les chicots gts, les engelures, les cors aux pieds, et pis
pour faire pousser les cheveux sus les ttes chauves... bast!... est-ce
que j'sais moi, toutes sortes de choses, quoi!... Il tait galonn sus
toutes les coutures, avec un grand chapeau  plumes rouges  trois
cornes, avec des bottes d'or et une grande cocarde rouge; il tait
perch sus une grande belle voiture avec deux grands ch'vaux, peinture
en rouge, en jaune et pi?...

JULIEN (riant).

Peintur? qui a? les chevaux?

CRIQUET.

Eh! non, Julien, la voiture... Et pis y en avait une autre des voitures,
ousse qu'y avait un tas d'musiciens qui faisaient un tapage  casser les
vitres... enfin, y avait rien d'plus beau d'les entendre souffler dans
des grandes machines en cuivre jaune!... Donc, l'dimanche, j'voulais
faire voir tout a  la Rose, vl donc que j'pars pour aller la
chercher; j'avais mis mes culottes  raies rouges, mon gilet tricolore,
mon chapeau bon r'tap avec un ruban jaune large de a... J'arrive chez
la Rose... j'tape... j'cogne, bernique!... visage de bois... j'appelle,
j'crie comme un sourd... rien... rien... la sueur me coulait comme un
dluge... j'parcours le village comme un insens... j'appelle encore la
Rose  grands cris... et... et... j'apprends qu'la sclrate s'avait
enfuite entre la clairinette et l'gros tambour!!! aussi, t'nez, d'pis
c'temps-l, je m'frais des bosses grosses comme a qu'je me servirais
jamais des vulnraires ni des onguents de tous les charpatrans!

JULIEN.

Pauvre Criquet!... mais depuis ce temps-l, tu t'es consol?

CRIQUET.

Oh! non! pas trop... surtout quand je r'garde mon chien Zozor qu'la Rose
m'avait donn comme un gage de sa fidlit,... quand j'le regarde...
c'pauvr' animal, y me r'garde avec des yeux tristes, a m'en fait un mal
de chien!

ROBERT (regardant au fond).

Eh! mais, qu'est-ce que j'entends? quel est ce bruit?

CRIQUET

Eh! eh! je n'me trompe pas, c'est parrain avec tous les amis qui
viennent vous chercher! Vive la joie... pus d'chagrin!... oh! h! oh!
h! arrivez! arrivez, les v'l! les v'l! nos deux amis!...



SCNE 7e

LES PRCDENTS, LEFUT, LAVALEUR, MATHURIN, VILLAGEOIS, (poignes de
main en entrant et pendant le choeur, tableau vif et anim).

CHOEUR GNRAL.

  A la veille accourons tous,
  Du plaisir c'est le rendez-vous.
  Auprs de ceux que nous aimons,
  Amis, trinquons, chantons, buvons!
  Amis, amis, trinquons, chantons, buvons!

LEFUT.

Les voil donc, nos deux amis, l'honneur, l'orgueil de notre pays!...
Voyons, mes camarades, avant de quitter ma ferme pour nous rendre au
village, il faut boire  la sant de nos braves; zouaves!... Allons,
Criquet, verse, verse  pleins bords et chantons en choeur!

Tous.

Oui! oui, chantons et buvons! verse, verse, Criquet! (Criquet pendant
le choeur centre a plac une table au milieu, avec verres ou gobelets,
bouteilles, etc).

CRIQUET.

Voil! voila! servis!... A la sant des amis!

Tous.

Bravo! bravo, (ils boivent).

CHOEUR GENERAL.

  La belle nuit! (bis)
  La belle fte! (bis)
  Ah! quel plaisir
  De boire ensemble
  A table!  table!
  Et le verre  la main,
  Trinquons, chantons, buvons (bis)
  Jusqu' demain... (bis).

CRIQUET

Encore une rasade, les amis! hardi l!

Tous.

Bravo! bravo! Criquet!

(Ils boivent).

Reprise du choeur: La belle nuit, etc.

LEFUT.

Voyez donc les amis, comme le costume militaire leur va bien... Ah!
sergent Lavaleur, il y a deux ans, vous nous l'aviez bien dit que nous
les trouverions changs... sapristi! a rjouit le coeur!... Et cette
belle croix!... comme a brille sur la poitrine... a ne veut pas dire
qu'on est rest en arrire, a, hein?

Tous (avec force).

Vive Robert! Vive Julien!

LAVALEUR.

Ah! ces deux-l, j'les avais jugs d'avance au dpart, et mille canons!
Lavaleur ne se trompe jamais au physique, a s'voit dans les yeux...
Robert et Julien sont des soldats modles!... je suis fier d'avoir
obtenu mon cong avec eux.

ROBERT.

Ma foi, M. Lefut, mes braves camarades et moi, nous sommes heureux de
vous revoir et ravis, enchants de la cordiale rception que vous nous
faites.

JULIEN.

Je partage avec plaisir les mmes sentiments que mon frre d'armes vient
de vous exprimer. Quant  vous, M. Lefut, je suis heureux de pouvoir
devant tous nos amis, vous remercier des soins que vous avez pris de ma
bonne mre: vous avez tenu noblement votre promesse! Soyez-en bni!

LEFUT

Ah! Julien, je savais trop bien apprcier ton sacrifice!... Aujourd'hui
tout est fini, tu es de retour, mes voeux sont exaucs! Le bonheur
est l!... Ta bonne vieille mre t'attend au village; encore quelques
instants et tu seras dans ses bras!... Elle pleurera... mais ce sera de
joie, en voyant son fils, son bon Julien, dcor de l'toile des braves!

ROBERT.

Oui, mes amis, noire Julien mrite le bonheur, et  plus d'un titre;
j'en sais quelque chose, moi!

JULIEN.

Allons, allons, Robert, je t'en prie, tais-toi.

ROBERT (souriant).

Tais-toi donc toi-mme, monsieur le modeste... coutez, mes amis, ce
petit pisode de notre carrire militaire!... C'tait presque sous les
murs de Sbastopol; j'tais avec mes camarades, plac en claireur
pendant la nuit... Le poste, croyez-le bien, n'tait pas trs agrable;
mais le devoir avant tout, le soldat ne sait qu'obir... Donc, jusqu'
dix heures, tout paraissait tranquille... quand, environ une demi-heure
aprs, une vive fusillade se fait entendre du ct des remparts de
Sbastopol! Les balles pleuvaient comme la grle; nous n'tions pas
nombreux, 150 hommes  peu prs, et nos coups de fusil ne pouvaient
presque rien!... A la lueur des pots  feu lancs par les Russes, ces
derniers dcouvrent notre ligne d'claireurs, malgr nos quelques
embuscades... Que faire?... Je l'ignorais comme mes camarades....
Abandonner notre poste... impossible! Les balles sifflaient toujours...
et au moment o nous cherchions le moyen de battre en retraite pour
retourner au camp et rejoindre notre corps... une gueuse de balle arrive
et me fracasse la jambe!... Je tombe!... Impossible de me relever... mes
camarades, battaient en retraite et ne me virent ni ne m'entendirent...
Je suis flamb, me dis-je... Les Russes tiraient toujours et mes
compagnons s'loignrent lentement en soutenant le feu!... Que faire?...
Le jour paratra... les Russes ne me feront pas de quartiers!... Il faut
mourir ici, me dis-je... je murmure une prire du fond du coeur, un
adieu au pays et j'attendais la mort!... quand tout  coup, une voix
amie murmure  mon oreille: Non, non, Robert, tu ne resteras pas ici, je
te sauverai ou nous mourrons ensemble! Et ce compagnon, ce frre, malgr
les balles, malgr l'obscurit, me prend entre ses bras et cinq minutes
aprs, j'tais sur les chariots d'ambulance!

TOUS (avec explosion).

Vive! Vive Julien!

ROBERT (serrant les mains de Julien).

Oui, mes amis, vous avez bien devin... c'tait Julien!... c'tait mon
ami mon frre d'armes, qui venait, au pril de sa vie, m'arracher  la
mort!

CRIQUET (s'essuyant les yeux avec sa manche).

Cr coquin! j'en pleure tont rouge!

LEFUT.

C'est beau! c'est grand, a, mon Julien! Ah! je le rpte, le village
doit tre fier de vous deux!... Voyons, mes camarades, on nous attend
l-bas avec une grande impatience... Mais avant de quitter ma, ferme,
encore une rasade, comme dit Criquet.

CRIQUET

Oui, oui, parrain, et servis de suite. (Il verse).

LEFUT.

Allons, les amis,  l'honneur de l'arme franaise!

Tous (criant).

En avant! En avant! (ils boivent).

Reprise du choeur: La belle nuit, etc.

LEFUT.

Maintenant une chanson de dpart.

Tous (criant).

C'est a! oui! oui! une chanson!

CRIQUET.

Ah ben, si vous voulez, j'vas vous chanter la complainte du juif-errant;
y a 47 couplets, sans compter la morale.

LEFUT.

Si c'est avec ta complainte que tu penses nous amuser, tu peux la garder
pour toi.

CRIQUET.

C'est vrai qu'alle est un peu triste; mais c'est pas moi qui l'a faite.

LEFUT (souriant).

Ah! je n'en doute pas.

CRIQUET (vivement).

Ah! dites donc, les amis, aimeriez-vous la chanson du beau voltigeur?

Tous (avec force).

Oui, oui, la chanson du beau voltigeur!

CRIQUET.

Ah! mais v'l l'diable, c'est que j'la sais pas.

Tous (aux clats).

Ah! ah! ah! ah!

LEFUT (riant malgr lui).

A-t-on jamais vu un animal comme a? mais tais-toi donc alors!

JULIEN

Mais je me rappelle, Criquet, avant notre dpart, tu chantais souvent
les deux conscrits montagnards.

ROBERT

Tiens, mais c'est vrai, voyons Criquet, quoique tu ne sois pas un grand
chanteur, on se contentera, allons, chante.

LEFUT.

Robert a raison, allons, filleul, force-toi un peu; on aura de
l'indulgence, de plus cette chanson est de circonstance pour l'arrive
de nos deux amis... et ensuite, a fera oublier ta btise de tout 
l'heure?

CRIQUET.

Ma foi, j'veux ben,  une condition, c'est que vous f'rez chorus (sonnez
l'h: c...h...o (chaud)).

LEFUT.

Tais-toi, malheureux, dis-donc chorus (corus).

CRIQUET (tonn).

Ah! bath... c...h...o... cho!

Tous.

Cho...(co).

CRIQUET.

Cho! (chaud).

Tous.

Cho!

CRIQUET

Ah! ma foi, tant pis pour mon matre d'cole, j'ai toujours dit cho...
mais Vous voulez co... marche pour co... co... coco... je m'lance!...

Tous.

Allons, en avant, Criquet!

CRIQUET.

1er Couplet.

  Partant avec courage,
  Deux conscrits montagnards
  Jetaient sur leur village
  De douloureux regards.
  Beau pays que voil,
  Tout le bonheur est l.
  CHOEURIl n'y a pas de croyance,
  Pas de sjour,
  Qui vaille le toit de chaume,
  Ou l'on reut le jour.


2e Couplet.

  Au milieu de la ville,
  Et du luxe et de l'or,
  Songeant  leur asile,
  Ils rptaient encore;
  Grand'ville que voil,
  Le bonheur n'est pas l.

CHOEUR

  Il n'est pas de royaume, etc.

3eme Couplet.

  Mais quittant leur bannire,
  Un jour, libres et joyeux,
  Regagnant leur chaumire
  Ils rptaient tous deux:
  Beau pays que voil,
  Tout le bonheur est l.

CHOEUR

  Il n'est pas de royaume, etc.



FIN.





End of Project Gutenberg's Le Conscrit ou Le Retour de Crime, by Ernest Doin

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CONSCRIT OU LE RETOUR DE CRIME ***

***** This file should be named 13036-8.txt or 13036-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        https://www.gutenberg.org/1/3/0/3/13036/

Produced by Renald Levesque and La bibliothque Nationale du Qubec (BNQ)

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
