The Project Gutenberg eBook of L'histoire de Guillaume le Maréchal T. 3 This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title: L'histoire de Guillaume le Maréchal T. 3 comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219 Author: Paul Meyer Release date: October 9, 2026 [eBook #79756] Language: French Original publication: Paris: Librairie Renouard, H. Laurens, successeur, 1901 Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/79756 Credits: François Houdebert *** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'HISTOIRE DE GUILLAUME LE MARÉCHAL T. 3 *** L'HISTOIRE DE GUILLAUME LE MARÉCHAL COMTE DE STRIGUIL ET DE PEMBROKE RÉGENT D'ANGLETERRE DE 1216 À 1219 POÈME FRANÇAIS PUBLIÉ POUR LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE Par Paul MEYER TOME TROISIÈME À PARIS LIBRAIRIE RENOUARD H. LAURENS, SUCCESSEUR LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE RUE DE TOURNON, N° 6 M DCCCC I EXTRAIT DU RÈGLEMENT. Art. 14. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la publication. Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume. Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d'être publié. Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome III de l'édition de l'Histoire de Guillaume le Maréchal, préparée par M. Paul Meyer, lui a paru digne d'être publié par la Société de l'Histoire de France. Fait à Paris, le 25 octobre 1901. Signé : L. DELISLE. Certifié : Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, A. DE BOISLISLE. INTRODUCTION Guillaume le Maréchal mourut le 14 mai 1219 chargé d'ans et d'honneurs. Pendant environ quarante ans il avait joué un rôle d'abord modeste, comme il convenait à un simple chevalier, puis de plus en plus important, dans les affaires de son pays. Depuis la mort du roi Jean, en 1216, il avait, comme régent du royaume et gardien du jeune roi, exercé le pouvoir suprême en des circonstances profondément troublées, et s'était tiré avec honneur de difficultés où la dynastie angevine avait failli sombrer. La biographie versifiée qui fut consacrée à sa mémoire peu d'années après sa mort n'est pas seulement un document historique de premier ordre et une œuvre littéraire de grande valeur, c'est encore le type le plus remarquable d'un genre dont il ne nous est parvenu que de rares spécimens. Il dut arriver fréquemment que les héritiers d'un homme qui avait illustré leur famille aient pris soin de conserver sa mémoire, en faisant écrire sa vie par un clerc ou par un de ces jongleurs qui fréquentaient les cours des seigneurs et vivaient de leurs libéralités. Ces récits biographiques ont dû, à l'origine, lorsqu'on ne les écrivait pas en latin, prendre la forme de chansons de geste. Telle est sûrement l'origine de poèmes tels que Girart de Roussillon ou _Raoul de Cambrai_, sous leur forme la plus ancienne. Plus tard, lorsque les romans d'aventure eurent mis à la mode les vers octosyllabiques à rimes accouplées, a les récits de ce genre furent rédigés dans la forme des poèmes de Chrétien de Troyes ou de Gautier d'Arras. Et enfin, lorsqu'on trouva que les ornements de la poésie con venaient mal à l'exposé de faits réels, on se mit à rédiger en prose ces sortes d'ouvrages. Quelle que fût la forme adoptée, les écrits composés dans un intérêt en quelque sorte familial n'avaient qu'une publicité restreinte. Après quelques générations on cessait de les lire ; on ne prenait pas soin d'en faire de nouvelles copies, et ils tombaient dans l'oubli. Le livre de Joinville sur la vie de saint Louis n'est guère sorti, jusqu'au temps où il fut imprimé pour la première fois (1547), de la famille royale et de la famille de son auteur. Quoi de surprenant si de l'histoire de Guillaume le Maréchal, composée pour une famille dont la lignée masculine s'éteignit en 1245, il ne nous est parvenu qu'une seule copie ? C'est aussi un manuscrit unique, et de plus incomplet, qui nous a conservé le poème sur la conquête de l'Irlande sous Henri II, où sont relatés les actes du roi irlandais Dermot, et vraisemblablement composé à la demande de sa petite fille Isabelle de Clare, la femme de notre Guillaume le Maréchal[1]. Beaucoup de poèmes, nous ne devons pas en douter, ont été composés dans les mêmes conditions et se sont perdus pour le plus grand dommage des études historiques. Nous verrons plus loin par suite de quelles circonstances le manuscrit unique de l'Histoire de Guillaume le Maréchal est resté si longtemps inconnu et inutilisé. [1] C'est, du moins, ma conjecture ; voy. _Romania_, XXI, 448. Cf. Round, _The Commune of London and other Studies_ (Westminster, Archibald Gonstable and O), p. 450. I. L'auteur de l'_Histoire_. Circonstances et date de la composition. Les derniers vers du poème forment une sorte d'épilogue où des renseignements précis nous sont donnés sur les circonstances dans lesquelles l'ouvrage a été composé. Pour être précis, ces vers ne laissent pas de présenter sur un point important quelque obscurité. Il convient donc de transcrire ici tout le passage et de peser la valeur de chaque mot : Ci fine la vie del conte Mareschal, qui a tant se monte Qu'en toz lius ou ele iert oie Deit estre amée et esjoïe. 19168 Tuit cil qui en ce se porvirent, Qui ceste estorie feire firent I de[i]vent estre amenteii, Si qu'il seil ol e seu 19172 De cels qui [le] livre orrunt lire Qui fu qui dona la matire, Quil fist fère e qui tot le cost En a soufert, que qu'il li cost. 19176 Li buens fiz iert avant nomez, Li cuens Willeme, renomez De bien fère, ce seivent tuit, Car de bone arbre vient buen fruit. 19180 Quant conseillié li fu por veir Nel la[i]ssast puis por nul aveir Qu'il ne fust fèz ; bien pert a ore E plus i parra il encore. 19184 Bien i parut e nuit e jor Que cil ama molt son seignor Qui la matire en a portrète, Merci Dieu, tant qu'ele est bien fête : 19188 C'est Johan d'Erlée, por veir, Qui cuer e pensée et aveir Iamis, etilipertbien, De ce ne deit nus doter rien. 19192 Buen' amors en toz biens se prueve ; Certes, ce n'est mie contrueve, Car Johans s'est bien esprové Qui cest livre a fèt e trové. 19196 E Dex, qui les biens gueredone As buens e tote joie done, Dont la joie de paradis f (. 1 27) b A cels qui s'en sunt entremis ! 19200 Quant [li] lignages, frère e suers, Orront ce, molt lor iert as cuers Que i l buens Mareschas lor frère Willemes a fet de lor père 19204 Feire tele uevre cum cestui. E Dex lor dount joie de lui, Car bien sai que molt s'esjorront De cest [livre], quant l i l'orront, 19208 Por les granz biens e por l'enor Qu'il orront de lor anseisor ! Ci fine del conte l'estorie ; E Dex en perdurable glorie 19212 Dont que l a sue ame soit mise Et entre ses angles assise ! Amen. De ces vers se déduisent clairement les notions qui suivent : 1° Le poème fut composé à la demande de Guillaume le Maréchal, fils aîné du régent d'Angleterre et, après lui, comte de Pembroke. C'est ce fils aîné qui a fait faire l'ouvrage sans la participation de ses frères et sœurs (v. 19201-19205). 2° L'idée première de cette composition n'appartient pas au fils aîné du Maréchal. Il a suivi un conseil qui lui était donné (v. 19181). L'auteur ne dit pas nettement qui fut, en cette occasion, le conseiller, mais on peut induire de l'ensemble du passage que ce fut le fidèle écuyer du Mare chai, son compagnon dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, Jean d'Erlée, dont la biographie sera esquissée dans le prochain chapitre. Lorsque l'auteur annonce l'intention de mentionner tous ceux qui ont pris part à la composition de l'histoire (v. 19169-76), il a certainement en vue le fils aîné du Maréchal et Jean d'Erlée, et peut-être une troisième personne, comme nous Talions voir. La part du premier a consisté à faire les frais de la composition : C'est sans doute lui « qui tot le cost en a soufert » (v. 19175-6), c'est-à-dire qui a payé le rédacteur de l'ouvrage. Le second, pour sa part, a fourni la matière. C'est à Jean d'Erlée que se rapportent ces mots : « qui fu qui dona la matire » (v. 19174) et, plus loin, « < qui la matire en a portrète » (v. 19187). Jusqu'ici tout est assez clair, mais plus loin nous trouvons deux vers qui soulèvent une difficulté : Car Johans s'est bien esprové Qui cest livre a fèt e trové. « Fèt et trové » ne comporte pas deux interprétations ; il s'agit bien ici de la composition du poème, et alors se pose la question de savoir qui est ce Jean. Est-ce Jean d'Erlée, nommé un peu plus haut, ou est-ce un homonyme ? Si c'est Jean d'Erlée, ce personnage ne se serait pas borné à fournir la matière du livre : il l'aurait lui-même mise en vers. Il serait entièrement l'auteur de l'Histoire. Cette interprétation me semble difficilement admissible. Sans refuser à Jean d'Erlée une part de collaboration considérable, puisqu'il a fourni la matière du poème, probablement sous forme de mémoires écrits (nous verrons, en effet, plus loin que le poète s'est servi de notes écrites), je ne puis croire qu'il ait fait œuvre d'auteur au sens étroit du mot, en d'autres termes qu'il ait rédigé en vers la vie de Guillaume le Maréchal. La perfection de la forme, la recherche de la versification, où abondent les rimes riches (soit _léonines_ soit consonnantes), et d'autres particularités, dénotent l'œuvre d'un trouvère de profession. Il n'y a pas lieu d'objecter que des seigneurs tels que Quene de Béthune, Guichart de Beaujeu, Thibaut de Champagne, Jean de Journi, ont composé des chansons ou même des poèmes. On sait bien que certains seigneurs s'entendirent à composer des poésies courtoises, des enseignements moraux. Mais, l'Histoire de Guillaume le Maréchal se présente dans de tout autres conditions : c'est un livre fait sur commande, c'est l'œuvred'un professionnel, d'un trouvère qui composait moyennant une rétribution. Les vers qui ont été rapportés plus haut le font entendre. Nous y voyons que Guillaume, le fils aîné, a supporté « tout le coût » de l'œuvre (v. 19175). Il serait bien invraisemblable que Jean d'Erlée, à supposer qu'il eût été capable d'écrire un poème de plus de 19,000 vers, se fût fait payer par la famille de celui à qui il devait sa fortune et qui l'avait désigné comme l'un de ses exécuteurs testamentaires. Il y a plus, nous voyons que Jean d'Erlée a mis en cette œuvre « cuer et pensée _et aveir_ » (v. 19190)[2]. Il a donc dépensé du sien, loin d'avoir reçu. Enfin, il y a au moins un passage où l'auteur se donne pour ce qu'il est réellement, c'est-à-dire pour un trouvère qui vit de sa plume : Quer nuls _qui de trouver volt vivre_ 11401 Ne deit chose metre en son livre Qui de dreite raison ne vienge N'[a la[3]] matyre n'apartienge. 11404 Je suis donc porté à croire que le Jean mentionné au v. 19195 est distinct de Jean d'Erlée, que c'est un trouvère de profession, sur lequel, du reste, nous n'avons aucun renseignement[4]. Cherchons maintenant à déterminer l'époque de la composition. Il est évident que Guillaume, fils aîné du Maréchal, et Jean d'Erlée vivaient encore lorsque fut écrit l'épilogue rapporté plus haut. Guillaume, second comte de Pembroke, mourut le 6 avril 1231[5], et Jean d'Erlée décéda au plus tard dans la même année. Mais nous pouvons resserrer la date du poème dans de plus étroites limites. Le Maréchal étant mort le 14 mai 1219, il est bien probable que l'idée de faire écrire son histoire fut suggérée et adoptée dès la même année. Mais il fallut un certain temps pour rassembler les matériaux, et un temps plus long pour les mettre en œuvre. Il est vraisemblable que la composition fut surveillée par ceux qui l'avaient commandée, c'està-dire par le fils aîné du Maréchal et par Jean d'Erlée. Des corrections, des additions ont dû être faites, des suppléments d'informations ont pu être fournis au cours même de la rédaction, de sorte que l'ouvrage ne fut sans doute pas mené à bonne fin aussi rapidement que s'il s'était agi d'un romand'aventures. Ce qui est certain c'est qu'il ne semble pas avoir été achevé avant 1226. C'est du moins ce qui résulte de certains passages. L'auteur, ayant conté les avantages remportés par Richard Ier dans sa guerre contre Philippe-Auguste, s'exprime ainsi : Molt fu la guerre grant et forz 11085 Puis l'asemblé[e] de Gisorz, _Mol[t] dura e unquor[e] dure._ Ce dernier vers ne peut avoir été écrit qu'à un moment où la France et l'Angleterre étaient en guerre, c'est-à-dire pendant l'époque qui s'étend de 1224 à la trêve de Saint-Aubin-du-Cormier en 1231. Il semble qu'on puisse tirer la même conclusion des vers suivants : Mais unquor vesrons lieu et tens, 4312 Si li reis Henri[s] d'Engletere _Poeit en pais aveir sa terre_ Que chivalerie e proece E bonté de cuer et largesse 4316 S'en istreient parmi sa porte : Si serreit avarice morte. Pour le dire en passant, ces vers sont bien d'un trouvère de profession, aux yeux de qui la vertu qui l'emportait sur toutes les autres était la largesse. Une allusion, du reste assez vague, à un récent manque de foi des Poitevins envers leurs seigneurs semble se rapporter à un fait de l'année 1224[6]. Quelques synchronismes plus précis peuvent se tirer du passage où l'auteur nous parle des enfants du Maréchal (v. 14860 et suiv.). Il nous dit (v. 14933-6) que la seconde fille, Isabel, épousa le comte de Gloucester (Gilbert de Clare)[7]. Celui-ci mourut en 1229 ou 1230, et sa veuve se remaria l'année suivante à Richard de Cornouailles, plus tard empereur. L'auteur paraît l'ignorer, d'où l'on peut conclure qu'il écrivait avant 1229. Il paraît même certain qu'il rédigeait cette partie du poème en 1225 au plus tard, car il sait que la fille aînée, Mahaut, épousa Hugues Bigot, « qui fut comte après son père » (v. 14928). Or, Hugues Bigot succéda à son père Roger en 1221 et mourut en 1225. Sa femme était remariée le 13 octobre de cette même année[8]. Le poète n'eût vraisemblablement pas manqué de mentionner la mort de Hugues Bigot, s'il en avait été informé. Il y a, dans le même endroit du poème, une indication qui pourra, un jour, fournir un utile synchronisme, ce sont les vers (14947 et suiv.) où le poème nous apprend que Jeanne, la cinquième fille du Maréchal, n'était pas encore mariée lorsque son père mourut, et que, plus tard, son frère aîné la maria à Garin de Monchensi. Malheureusement, la date de ce mariage ne nous est pas connue. Le morceau sur les enfants du Maréchal paraît donc avoir été écrit dans la première partie de l'année 1225 au plus tard. Mais, plus loin, nous trouvons une indication un peu différente. Parlant du comte de Salisbury à la bataille de Lincoln, il souhaite que Dieu lui accorde le pardon de ses péchés (v. 16678-80). Donc le comte de Salisbury était mort récemment lorsque le poète formulait ce souhait. Or, nous savons qu'il mourut au commencement de l'année 12262. En résumé, on peut tenir pour établi que le poème a été achevé en 1226, et pour probable que sa rédaction a exigé plusieurs années de travail. Présentement, j'ai à dire à l'aide de quels éléments et dans quel esprit il a été rédigé. L'Histoire du Maréchal a été rédigée d'après des mémoires écrits, selon toute apparence, par Jean d'Erlée, pour servir de guide au versificateur, le Jean « qui ce livre a fait et trouvé », nommé au v. 19195. Ces mémoires ont certainement été complétés, sur bien des points, par des renseignements que l'auteur a pris la peine de recueillir dans le milieu où avait vécu son héros, probablement même par des observations qu'il avait pu faire lui-même. L'auteur a donc eu trois sources d'information, ce qu'il est facile de prouver par quelques citations. Et d'abord il suivait, en beaucoup de cas, des mémoires écrits. Il le dit lui-même : Si com en l'estorie le truis. 3656, 4460, 16784. Mais nostre estorie me remenbre. 3885. Issi le trovons en l'estorie. 17534. Li escriz dit ce que je di. 16027. Tant me feit li escriz entendre. 15909. Cet « écrit » est ce que l'auteur appelle parfois sa matière, notamment dans les vers cités plus haut (v. 19174, 19187)[9]. Il s'y conforme religieusement. Assurément, il ne se fait pas faute d'ajouter à cette matière des renseignements pris d'ailleurs, on le verra plus loin, et d'y intercaler des réflexions personnelles, mais il se garde d'introduire aucun développement puisé dans sa propre imagination. Abordant le récit d'un tournoi qui eut lieu à Epernon, il s'excuse de ne point donner les noms de ceux qui y prirent part : Ge n'ai pas les nons en memorie, Quer nes trovai pas en l'estorie. 4328 Et, à la fin du même récit, il dit, en forme de conclusion : Ne voil de cest tornei[e]ment Faire plus lune conveiement, 4432 Que cil qui nie dist la matire Ne me volt ci endreit plus dire. Dans son récit de la déroute des navires français, entre Sandwich et Calais, après avoir dit qu'on ne saurait évaluer le nombre des Français qui furent noyés, il termine par ces vers : Je n'i fu[i] pas ; ci m'en descombre 17496 De dire ce que nuls ne seit, Kar li mondes despit et heit Celui qui lesse sa matire Por mensonge et oisoses dire. 17500 Ici encore, _matire_ signifie, non pas sujet en général, mais mémoire, information fournie par écrit. Notre auteur se conforme avec un tel scrupule à cette « matière » qu'il ne croit pas devoir modifier l'ordre selon lequel les faits lui ont été communiqués, alors même que certains récits lui paraissent intervertis. Ayant conté en grand détail le tournoi de Lagni-sur-Marne, il se reprend en ces termes : Mais devant la desconfiture I avint une autre aventure 4928 Qui deiist estre devant dite ; Mais, si com ge la truis escrite, La m'estuet dire mot a mol. J'ai dit tout à l'heure que le poète avait puisé ses informations à plus d'une source. Il pouvait arriver que les renseignements ainsi obtenus fussent contradictoires. Tel fut le cas pour un épisode de la bataille de Lincoln. L'auteur n'hésite pas à nous faire part de son embarras : Seignor, ci ne covient plus dire, Car cil qui me donent matire Ne s'acordent pas tot a un, Ne je ne puis pas a chascun 16404 Obeïr, car je me[s]fereie, Si'n perdreie ma dreite veie, Si en fereie meins a creire, Car en estorie qui est veire 16408 Ne doit nus par reison mentir. Le souci qu'il apportait à compléter les renseignements fournis dans les mémoires qu'il appelle « l'histoire » ou « l'écrit » se manifeste en plus d'un endroit. Après avoir conté en grand détail un voyage du roi Richard, allant de Normandie en Angleterre, en passant par Rouen, Bonneville, Caen, Bayeux, Barfleur et Portsmouth, il fait une sorte de pause et dit : Ci endreil ne voil or plus dire, Quer ne sai pas bien la matire 12836 A combien ele fu montée Desqu'el me seit avant contée. Et, lorsque ses efforts ont été inutiles, il n'hésite pas à le confesser. C'est ainsi qu'il expédie en quelques vers le récit du séjour de son héros en Terre sainte, s'excusantde la brièveté de son récit sur ce que les renseignements lui font défaut : Ne vos [en] ai dit fors la some, 7284 Kargenesvinegen'ifui, Ne ge ne puis trover nului Qui la meit[i]é m'en sace dire. Et, un peu plus loin (v. 7296-8), c'est pour le même motif qu'il passe rapidement sur le retour du Maréchal auprès du roi Henri II, en Normandie. Enfin, il est certain qu'en plusieurs circonstances, qu'il n'est pas possible de déterminer toutes avec sûreté, l'auteur nous a laissé un témoignage personnel, ayant assisté à quelques-uns des événements qu'il raconte. Il commence ainsi le récit d'un tournoi qui eut lieu entre Anet et Sorel : Mais nostre estorie me remenbre Ce que ge vi et bien me menbre… D'un tornei[e]ment qui m pris 3888 Entre Anet et Sorel adonques. Ce tournoi, dont la date ne peut être fixée, mais qui eut lieu probablement aux environs de 11 801, était donc mentionné dans les notes fournies, mais, de plus, l'écrivain y avait assisté. De même, à propos d'un tournoi entre Ressonssur-Matz et Gournai-sur-Aronde : S[i] i vindrent de mainte terre, Por pris e por enor conquere, Maint duc, maint conte, maint hait home ; Mais de lor [nons] ne sei la some, 5980 Quer tans en i vi que nomer Nes savreie ne asomer. Si notre auteur fréquentait les tournois, sans doute en qualité de jongleur ou de héraut d'armes, il est bien permis de supposer que, dans la suite, il eut plus d'une occasion de voir celui qui devait un jour être son héros. Qu'il l'ait vu, et qu'il ait été frappé de sa belle prestance, à une époque où la fortune du Maréchal ne pouvait guère être prévue, c'est ce dont on ne peut douter en présence d'un témoignage aussi positif que celui-ci : le jeune Guillaume était si bien formé, dit-il, que, s'il avait été sculpté par un artiste, il n'eût pas eu les membres si bien faits : Quer bien les vi e bien m'en menbre. 720 Ces témoignages se rapportent à une époque assez ancienne de la vie du Maréchal, ce qui donne à croire quel'auteur devait bien avoir une soixantaine d'années lorsqu'il commença son poème. Il est donc légitime de supposer que, pour beaucoup des événements qui appartiennent à une période plus récente, il était renseigné de première main. Il le dit expressément, du reste, au cours du récit très détaillé qu'il fait de l'expédition de Louis de France en Angleterre (1216), lorsqu'il parle des Français tués entre Winchester et Romney, qu'il a vus dévorés par les chiens (v. 15110). En terminant ce chapitre, une dernière observation : rien n'est emprunté aux chroniques. L'auteur a fait usage, en un cas très spécial qui sera indiqué plus loin, de documents écrits, mais ces documents, qui, d'ailleurs, ne nous sont pas parvenus, sont des pièces administratives. [2] Si l'on admettait que Jean d'_Erlée_ est l'auteur du poème, on devrait corriger, au v. 19190, _aveir_ en [s]aveir. [3] On pourrait aussi suppléer sa aussi bien que la. [4] L'auteur du roman de Rigomer s'appelle aussi Jehan tout court, sans addition de surnom. Je ne connais de ce poème que les vers cités dans l'Histoire littéraire, XXX, 86 et suiv. Il ne me semble pas que son style soit le même que celui de l'auteur de notre poème. [5] _Dict. of nat. Biography_, XXXVI, 223. [6] V. 1580 ; voir ci-après, p. 24, note 3. [7] En 1217. [8] _Rotuli litterarum clausarum_, II, 82 6. [9] Ailleurs _matire_ est employé dans le sens général de matière, sujet. Voir les exemples de ce mot relevés dans le vocabulaire. II. Jean d'Erlée. Somme toute, il y a lieu de croire que la plus grande partie des informations à l'aide desquelles le poème a été composé émane de Jean d'Erlée. Il est donc à propos d'esquisser l'histoire de ce personnage sur lequel le poème lui-même nous fournit d'abondants renseignements qu'il est facile de contrôler et de compléter à l'aide des documents diplomatiques de tout genre qui abondent pour les règnes de Richard Cœur-de-Lion, de Jean et de Henri III. Erlée, forme assurée par de nombreuses rimes, n'est pas la seule forme usitée dans le poème. On trouve aussi Erlie en rime dans un passage qui sera cité plus loin (v. 11914). C'est maintenant Early, village de Berkshire, à peu de dis tance de Reading, dans les documents latins _Erleia_, Erleya, Erleg', Erlegh'. Jean d'Erlée (je lui conserve le nom que le poète lui donne le plus ordinairement) est mentionné pour la première fois, dans l'Histoire de Guillaume le Maréchal, en 1188, à propos d'une expédition faite par Guillaume contre Montmirail (Sarthe) par ordre du roi d'Angleterre, qui se tenait alors à Chinon, déjà souffrant de la maladie qui devait l'emporter quelques mois plus tard. On entre dans la ville : le Maréchal, averti par sire Richard de Clifford que la lutte est engagée dans les rues, demande son écu : E _Johan d'Erlée_ li porte 7948 Isnelement e volentiers, Qui lors esteit sis escuiers. Je suis porté à croire que les relations de Jean d'Erlée avec le Maréchal étaient alors de date récente. En 1183, ce der nier avait pour écuyer Eustache de Bertrimont, qui fut plus tard l'un de ses chevaliers[10]. En 1185 et 1186, le Maréchal était en Terre sainte, et certainement Jean d'Erlée ne l'accompagnait pas, puisque le poète avoue, on l'a vu plus haut, que les renseignements lui faisaient défaut sur cette période de la vie de son héros. Toujours est-il que, depuis l'année 1188, Jean d'Erlée paraît très fréquemment dans l'ouvrage, ou comme acteur ou comme témoin. Ainsi, dans le combat qui eut lieu devant Le Mans entre Henri II et Philippe-Auguste, Guillaume le Maréchal fit deux prisonniers, qui toutefois lui échappèrent, lui laissant dans la main les freins de leurs chevaux ; le poète dit alors : Testemoingne Johan d'Erlée 8692 A cui, cuit, li frein baillié furent. Quant cil le dient quis rechurent Come d'oïe et de veiie, Dune deit la chose estre creùe. 8696 Jean d'Erlée avait vu grandir sa situation en même temps que son patron s'élevait aux honneurs. Aussitôt que le Maréchal, alors gouverneur de Rouen, apprend la mort de Richard, il envoie en Angleterre pour saisir la terre au profit de Jean Sans-Terre, et ce fut Jean d'Erlée qu'il chargea de cette importante mission : E si est dreiz que ge vos die Que mi sire Johan d'Erlie I ala, qui hastivement En fist tot son commandement. 11916 Quand le Maréchal est obligé de quitter ses possessions d'Irlande, qui étaient très considérables, pour obéir à un ordre du roi Jean, c'est à Jean d'Erlée qu'il en confie la garde (v. 13472 et suiv.). Lorsque le roi Jean, se défiant du Maréchal, voulut avoir des otages en garantie de sa fidélité, Jean d'Erlée fut l'un de ceux qu'il désigna. Celui-ci toutefois ne tarda pas à inspirer confiance au roi, qui, ayant pris en outre deux des fils du Maréchal comme otages, donna la garde de l'un d'eux à Jean d'Erlée, et créa celui-ci maréchal de son hôtel (v. 14537 et suiv.). Enfin Jean d'Erlée assista aux derniers moments du Maréchal ; c'est lui que le Maréchal chargea de recouvrir son cercueil avec une étoffe précieuse rapportée d'outre-mer à cet effet. C'est à lui qu'il confia ses dernières pensées. Jean d'Erlée paraît avoir été un homme modeste, ne cherchant pas à se mettre en avant, acceptant par dévouement les missions qu'on lui confiait, et qu'il n'ambitionnait pas, ayant en vue, sur toutes choses, l'intérêt de son seigneur. Lorsque Guillaume lui remet la garde de ses vastes possessions en Irlande, il s'excuse tout d'abord sur son insuffisance ; il prie son seigneur de choisir quelqu'autre personne, qu'il s'engage à seconder de tout son pouvoir. Il n'accepte que sur l'ordre positif de son maître (v. 13477 et suiv.). Et lorsque le roi Jean lui offre la garde des deux fils aînés du Maréchal, il proteste : il y a là, dit-il, assez à faire pour deux personnes (v. 14553 et suiv.). Plus tard, après la mort de Jean Sans-Terre, lorsque les seigneurs, restés fidèles au jeune Henri III, pressent le Maréchal de prendre la garde du prince et la régence du royaume, Jean d'Erlée, qui ne donne son avis que lorsque le Maréchal le lui demande, est le seul qui cherche à dissuader celui-ci d'accepter un fardeau trop lourd pour un homme de son âge (v. 15443 et suiv.). Certes, on n'accusera pas Jean d'Erlée d'avoir profité de l'occasion que lui offrait la composition d'une œuvre historique exécutée en partie sous sa direction, pour grandir son rôle. Si maintenant nous recherchons, parmi les documents diplomatiques, les actes qui concernent Jean d'Erlée ou dans lesquels il paraît comme témoin, nous en dégagerons des notions qui pourront servir à préciser certaines circonstances de sa vie ; nous y verrons qu'il était en rapports fréquents avec Guillaume le Maréchal, qu'il occupa, dans les dernières années du roi Jean et sous la régence du Maréchal, des fonctions d'une certaine importance, nous y découvrirons la date approximative de sa mort, mais ces notions, éparses en bien des recueils de rôles ou de chartes, ne permettent point de se figurer le rôle qu'il a joué auprès du Maréchal, et personne ne songerait à les recueillir, si Jean d'Erlée n'avait été mis en évidence par la découverte du poème où il est représenté comme le fidèle compagnon de son seigneur pendant les trente dernières années de la vie de celui-ci. b Il y aurait peu d'intérêt à rassembler tous les témoignages qui nous sont parvenus sur Jean d'Erlée. La tâche serait, du reste, assez facile, puisque tous les recueils de rôles publiés par le _Record office_ sont pourvus de tables. Il suffira de citer ici quelques-unes des mentions les plus caractéristiques, afin de compléter les données du poème. Jean d'Erlée, qui, dès 1188, était, comme le poème nous l'apprend, l'écuyer du Maréchal, avait des biens de famille dans le comté de Berks, à Early, à Reading, à Sunninghill[11], et aussi dans Sommerset[12]. Sa fortune, liée à celle de son seigneur, grandit rapidement. Lorsque celui-ci, par son mariage avec Isabelle de Clare, fut entré en possession de terres considérables dans le pays de Caux[13], Jean d'Erlée obtint sur ces terres certains revenus[14]. En 1215, lorsque le Maréchal, oubliant les injustices dont il avait eu à souffrir, donna son appui au roi Jean, abandonné de la plupart des barons, Jean d'Erlée fut l'objet des faveurs royales. Le roi lui accorda, à lui et à un autre chevalier[15], la garde du comté de Devon. Deux ans plus tard, le Maréchal étant régent d'Angleterre, il fut récompensé de ses services par d'importantes concessions[16]. Enfin, il fut avec David, abbé de Saint-Augustin de Bristol, et Henri Fils Gerout[17], l'un des exécuteurs testamentaires de son seigneur[18]. Il mourut, apparemment sans laisser de postérité, en 1230 ou 1231. Nous avons, en effet, un acte par lequel le roi Henri IH, dans la quinzième année de son règne (1231), met Henri d'Erlée, frère et héritier de Jean d'Erlée, en possession de l'héritage de ce dernier[19]. Assurément, personne ne pouvait être mieux qualifié que lui pour diriger et surveiller la composition d'un ouvrage sur l'homme illustre dont il avait été, pendant plus de trente ans, le serviteur dévoué et le confident. [10] "Voir ci-après, p. 79, n. [11] Voir un accord de 1197, dans Feet of fines of the seventh and eighth years of Richard /, n° 122 (Pipe Roll Society, t. XX). [12] Voir le Livre rouge de l'Échiquier (édit. Hubert Hall, collection du Maître des Rôles), 1, 27 (1160-1, le « Johannes de Erlega » ici mentionné est, sans doute, le père de l'écuyer du Maréchal), 80 (1194-5), 9547 (1210-2). Voir aussi The great roll of the Pipe for the first year of King Richard l (éd. J. Hunter, Londres, 1844), p. 147, 154. [13] Voir ci-après, p. 120, n. 3. [14] « Johannes de Erlie debet. c. libras de fine suo. » Magni rotuli scacc. Norm., édit. Stapleton, H, 442 ; cf. ibid., p. cxxxix. [15] Henri de la Pomeraie. Voir Rot. litt. pat., p. 135 ; cf. Rot. litt. claus., I, p. 1156 et 199. [16] Rot. litt. claus., I, p. 3046, 344. [17] Sur lequel on peut voir ci-après p. 181, n. 2. [18] _Rot_. _litt. claus_., I, p. 601. [19] « Henr. de Erlegh', frater et heres Johannis de Erleg', finem fecit cum Rege per. xx. marcas pro relevio suo de terris quas idem Joh. de Rege tenuit in caput, et que ipsum Henricum hereditarie contingunt, et inde cepit Rex homagium ejus. Et mandatum est vicecomiti Sumerset' quod, accepta securitate ab eodem Henrico de predictis. xx. marcis Regi reddendis, eidem Henrico plenam saisinam habere faciat de omnibus terris que fuerunt ipsius Johannis et que predictum Henricum hereditarie contingunt in balliva sua, et de quibus idem Johannes saisitus fuit die quo obiit… » (Excerpta e rotulis finium in Turri Londinensi asservatis, cura Car. Roberts, I [Londres, 1835], 216.) III. Examen du poème au point de vue historique. La valeur de l'Histoire de Guillaume le Maréchal, en tant que source historique, est considérable pour la période qui s'étend de 1186 environ à 1219, date de la mort du héros. C'est la période pour laquelle Jean d'Erlée a pu fournir un témoignage de première main ; pour la partie antérieure, qui du reste est de moindre étendue, les données du poème sont moins sûres et appellent un contrôle constant. Je diviserai cet examen en six paragraphes, intitulés respectivement : 1° Jean le Maréchal et l'enfance de son fils Guillaume ; 2° Guillaume le Maréchal depuis sa chevalerie jusqu'à la mort du jeune roi (1183) ; 3° Guillaume depuis la mort du jeune roi jusqu'à l'avènement de Richard Ier (1189) ; 4° Guillaume sous le règne de Richard Ier (1189-1199) ; 5° Guillaume sous le règne de Jean (1199-1216) ; 6° Guillaume régent d'Angleterre (1216-1219). § 1. Jean le Maréchal et l'enfance de son fils Guillaume (v. 1-714). — Cette partie du poème est confuse. Elle se compose de récits décousus. L'auteur, qui est mal informé et qui en a conscience, relie ces divers épisodes par des transitions qu'il fait aussi insignifiantes que possible, de peur de se compromettre en avançant des faits incertains. Il est bien probable que les traditions relatives à Jean le Maréchal, à son fils Guillaume, à l'impératrice Mathilde, au roi Etienne, remontent à des conversations de Guillaume le Maréchal avec les hommes de son entourage, particulièrement avec Jean d'Erlée ; mais, ces souvenirs qui avaient probablement subi, dans la mémoire du Maréchal, un commencement de transformation, n'ont pas été recueillis en ordre chronologique, et l'auteur du poème, n'ayant pas les moyens de les classer convenablement, les a reproduits d'une façon incohérente. Mieux informés que lui, nous sommes en état de remettre chaque fait à sa place, et par suite nous pourrons tirer de ses récits certains éléments véritablement historiques. Il convient de distinguer dans les 714 premiers vers du poème trois groupes de traditions : 1°, v. 23-119 et 370-398, Jean le Maréchal et ses deux mariages. 2°, v. 120-369, Jean le Maréchal partisan de l'impératrice Mathilde ; siège de Winchester ; retraite de l'impératrice sur Ludgershall ; guerre avec le comte Patrice. 3°, v. 399-714, siège de Newbury. 1° Jean le Maréchal, ou, comme il est appelé ailleurs, Jean Fils Gilbert[20], était, selon notre poème, un baron plus renommé par sa largesse que par sa puissance. Nous savons d'ailleurs qu'il avait succédé à son père Gilbert dans l'office de Maréchal, concédé à celui-ci par Henri Ier[21]. Cet office était héréditaire dans sa famille, en ordre de primogéniture, et devint un nom patronymique pour tous ses descendants. On ignorait qu'il eût été marié deux fois. Le poème nous apprend que de sa première femme, laquelle n'est pas nommée, il eut deux fils, Gilbert[22] et Gautier. L'un d'eux mourut de maladie à Salisbury (v. 91) ; le second succomba à la douleur que lui causa la mort de son frère. La seconde femme de Jean était sœur du comte Patrice de Salisbury, celui qui fut tué en 1168 dans un guet-apens préparé par les Poitevins. Les circonstances qui amenèrent ce second mariage sont d'ordre politique. Le comte Patrice tenait pour le roi Etienne. Il fit une rude guerre au Maréchal (v. 147). Une fois au moins il eut le dessous (v. 344), mais plus tard ce fut Jean qui eut « le pire jeu parti » (v. 369). Que fit Jean ? Il répudia sa femme et épousa dame Sibile, sœur du comte Patrice. Il le fit, dit le poète, pour mettre fin à la guerre, et, depuis lors, l'amour et la concorde régnèrent entre eux tout le temps qu'ils vécurent (v. 375-7). Tous ces faits sont nouveaux et paraissent assurés. Ils nous montrent qu'au milieu du xii* siècle des motifs de pur intérêt suffisaient à l'obtention du divorce, et que les adhérents de partis opposés ne se faisaient pas scrupule de conclure entre eux des arrangements particuliers, au détriment même de la cause qu'ils avaient jusque-là défendue. On ne savait rien du second mariage de Jean, mais on savait que Patrice avait été élevé à la dignité de comte de Salisbury par l'impératrice Mathilde[23]. La faveur dont il fut l'objet de la part de celle qu'il avait énergiquement combattue s'explique maintenant de la façon la plus naturelle. 2° Il est bien évident que notre auteur ne se rendait pas un compte bien exact des causes de la querelle entre l'impératrice Mathilde, fille de Henri Ier, et le comte Etienne de Blois, et qu'il en connaissait très mal les péripéties. Mais il ne cherche pas à nous faire illusion : au contraire, il con fesse très franchement qu'il ne sait pas toutes les _emprises_ du Maréchal (v. 124). Toutefois, il se montre assez renseigné sur un des épisodes importants de la guerre, la levée du siège de Winchester par l'impératrice et la retraite de celle-ci vers Ludgershall. C'est que Jean le Maréchal avait joué dans cette affaire un rôle important, protégeant, au risque de sa vie, la fuite de Mathilde. Le souvenir de ses exploits devait s'être conservé dans la famille. Si l'on retranche de son récit quelques erreurs, qui portent sur des circonstances accessoires*, on trouvera qu'il est, en somme, fort exact, puisqu'il ne fait que confirmer, par un témoignage tout à fait indépendant, et compléter des notions que nous possédions déjà par les chroniqueurs du temps. Sur un point, les causes de la levée du siège, où ces chroniqueurs sont en désaccord, notre poème se rapproche de l'un d'eux, le continuateur de Florenz de Worcester[24]. 3° Le siège de Newbury ne nous était connu que par deux lignes de Henri de Huntingdon qui ont le mérite de fixer la date de cet événement. Notre auteur nous offre un récit complètement nouveau où le héros du poème, Guillaume le Maréchal, fait son entrée dans l'histoire. Afin d'obtenir une trêve, qui lui permettra de ravitailler la place assiégée, Jean le Maréchal livre en otage au roi Etienne, non pas son fils aîné (appelé Jean comme son père), mais son second fils, Guillaume, dont la vie paraissait moins précieuse. La ville une fois remise en état de défense, il ne fut plus question de la rendre. Le roi vit qu'il était joué, et la vie du jeune Guillaume fut en aventure. On le fit savoir au père. Celui-ci répondit qu'il se souciait peu de l'enfant, « car il avait encore les enclumes et les marteaux dont il forgerait de plus beaux » (v. 513-6). Il faut voir la suite dans le poème, comment le roi, cédant aux sollicitations de ses partisans, permit par deux fois que l'enfant fût mené au supplice, et comment à chaque fois, touché par les paroles naïves du petit innocent, il lui fit grâce de la vie, disant : _Trop set_ beles enfances dire (v. 560). Saisi de pitié et même d'affection pour cet enfant, le roi le prit avec lui dans sa tente, et le poète nous le montre jouant avec lui à de petits jeux. Tout ce récit, très caractéristique des mœurs du temps et très émouvant, est fort bien présenté. Il n'a rien que de très vraisemblable et s'accorde parfaitement avec ce que nous savons du caractère d'Etienne. « Chil rois Estievenes », nous dit un ancien chroniqueur, « fu mout dous et mout deboinaires et mout piteus[25]. » Seulement, notre auteur, renseigné de première main sur tout ce qui touche Guillaume le Maréchal, savait mal l'histoire du temps. Il ne nous dit pas comment finit le siège de Newbury[26]. Il paraît supposer que la ville fut délivrée à la suite du traité entre Mathilde et Etienne qui mit fin à la guerre, et il croit que ce traité fut conclu après la prise de Lincoln où le roi fut fait prisonnier. Or, l'affaire de Lincoln est de onze ans antérieure au siège de Newbury, et, par conséquent, n'a rien à faire avec la conclusion du traité qui eut lieu en 1153, un an après la prise de Newbury[27]. Pour être mal encadrés, les curieux souvenirs conservés par le poète n'en sont pas moins intéressants, non seulement en eux-mêmes, mais aussi parce qu'ils nous aident à déterminer approximativement la date de la naissance de Guillaume, sur laquelle nous n'avons pas de données bien concordantes. En 1216, à la mort du roi Jean, Guillaume le Maréchal, pressé de prendre la garde du jeune Henri III, encore en bas âge, se défend d'accepter cette charge, qu'il juge au-dessus de ses forces : _Si ai quatre vinz ans passez_, dit-il (v. 15510). Il serait donc né en 1136 au plus tard, et il aurait eu quinze ou seize ans lors du siège de Newbury, en 1152. Mais il est clair que les « belles enfances » qui lui valurent la pitié du roi Etienne conviennent bien plutôt à un enfant de six à huit ans. Et d'autre part, le mariage de Jean le Maréchal avec la sœur de Patrice est de 1141 au plus tôt, peut-être de 11424. Or, Guillaume n'est que le second des fils issus de ce mariage. Il est donc probable qu'il naquit vers 1144, ce qui lui donnerait huit ans en 1152 ; d'où il suit que, lorsqu'il s'attribuait quatre-vingts ans passés en 1216, il se trompait sur son âge. Le poète nous dit qu'après la mort du roi Etienne et le couronnement de son successeur Henri II (19 déc. 1154), Jean le Maréchal envoya le jeune Guillaume à son cousin Guillaume de Tancarville, chambellan de Normandie[28]. Ici commence dans l'histoire du Maréchal une période de quelques années pendant lesquelles il ne semble pas qu'il se soit produit aucun événement marquant. § 2. _Guillaume le Maréchal depuis sa chevalerie jusqu'à la mort du jeune roi_. — Une date qui marquait dans la vie d'un baron était celle de son adou bement, de son admission dans l'ordre de la chevalerie. Cependant, notre poète n'a eu, sur la date de cet important événement, que des renseignements peu précis. On pourrait s'en étonner si on ne savait que les gens de ce temps li (faut, naturellement, mettre à part les clercs, habitués à plus de régularité) se préoccupaient peu de la chronologie, et se contentaient d'indications vagues fournies par des synchronismes avec d'autres événements. Guillaume le Maréchal ne date pas ses chartes, non plus, du reste, que son premier souverain, le roi Henri II. Voici ce que nous trouvons dans le poème concernant la chevalerie de Guillaume. D'après le vers 772, li aurait été écuyer « bien vingt ans entiers ». Par conséquent, i s même Guillaume était arrivé à Tancarville aussitôt après le couronnement de Henri II, c'est-à-dire dans les derniers jours de l'année 1154 ou au commencement de l'an 1155, il n'aurait été adoubé qu'en 1174 ou 1175. Or, c'est là une conclusion que contredisent des faits certains. Le 14 juin 1170, Henri, fils aîné de Henri II, fut couronné roi. Peu après, son père désigna les chevaliers qui devaient être ses compagnons, au nombre desquels était Guillaume le Maréchal, à la garde de qui le jeune roi fut spécialement confié (v. 1939 et suiv.). Guillaume était donc chevalier en 1170, et non le premier venu, puisqu'il était l'objet d'une désignation particulièrement honorable. Ce fut lui qui, en 1173, au début de la guerre entre le fils et le père, eut l'honneur d'adouber le jeune roi, alors âgé de dix-huit ans (v. 2084 et suiv.). Étant donc impossible que Guillaume soit resté vingt ans écuyer, j'ai proposé, au vers 772, de corriger vint en vuit[29]. Cette correction admise, la succession des faits se présente ainsi : Guillaume, confié aux soins du chambellan de Normandie vers 1156, aurait été fait chevalier vers 1164, à l'âge de vingt ans environ[30]. Le poète nous dit que l'adou bement du jeune Maréchal eut lieu à une cour tenue par le chambellan à Drincourt (v. 817) ; mais, comme la date de cette solennité ne nous est pas connue, il n'y a là aucun élément chronologique[31]. Du temps qu'il était écuyer, le jeune Maréchal passait, parmi ses compagnons, pour une sorte de lourdaud, grand dormeur et gros mangeur. Mais le chambellan l'avait mieux jugé et pensait que le jeune Anglais ferait son chemin tout comme un autre, ce qu'il exprimait en disant : « 11 saura bien tirer fève de pot » (v. 792). Quand Guillaume commença-t-il à réaliser la bonne opinion qu'avait conçue de lui le seigneur de Tancarville ? Ce serait au combat de Drincourt, si on prend les événements dans l'ordre où ils sont relatés ; mais la chronologie de l'auteur est, dans cette partie du poème, fort irrégulière, et il est certain quel'affaire de Drincourt n'est pas à sa place[32]. L'ordre des événements paraît être celui-ci : septembre 1166, le roi Henri II, qui, à ce moment, parcourait la Bretagne et se rendait en pèlerinage au Mont Saint-Michel[33]. Ce dut être vers le même temps qu'il alla au tournoi de Valennes[34]. Le récit de l'affaire de Drincourt, ou Neufchâtel-en-Brai, est certainement le morceau le plus embarrassant de tout le poème. Il n'y a aucun doute que ce combat fut l'un des épisodes de la guerre de 1173, entre Henri II et son fils, le jeune roi, appuyé des barons anglais, normands[35], français et par le roi de France. Il est donc étrange que le poète place ces événements avant l'expédition de Poitou, où Patrice de Salisbury trouva la mort (1168). Cet anachronisme constaté, on s'étonnera moins que l'auteur nous parle d'une guerre entre Henri II et Louis VII (v. 805-6) sans rien dire du jeune roi. Quant aux circonstances du récit, elles présentent assurément diverses invraisemblances et s'accordent mal avec les témoignages des chroniqueurs du temps, mais eux-mêmes sont loin d'être d'accord[36], de sorte qu'il est impossible d'arriver à une connaissance assurée des détails de cette guerre. Ce qui paraît certain, c'est que les exploits de Guillaume à Drincourt ont été contés au poète, sans doute avec quelque exagération, par des gens qui ne savaient ni quand ni comment les faits s'étaient passés. Ce qui est dit du meurtre du comte Patrice (v. 1623 et suiv.) paraît plus digne de foi. Il y a là des détails que rien ne nous autorise à révoquer en doute. Assurément, l'auteurs'avance trop en faisant peser sur Geoffroi de Lusignan la responsabilité d'un crime qui est attribué par des historiens du temps au frère de celui-ci, Gui de Lusignan[37] ; mais il revient plus loin (v. 6458) sur ce que son assertion avait eu de trop absolu lorsqu'il fait dire à Geoffroi que le Maréchal se trompait en l'accusant d'avoir tué Patrice. Malgré l'incertitude de la chronologie, on peut dire que, depuis le récit du meurtre de Patrice, le poème prend un caractère de plus en plus historique. L'auteur nous conte comment Guillaume fut blessé et pris dans le guet-apens où Patrice trouva la mort, comment, fait prisonnier par les Poitevins, il fut enfin délivré par la reine Aliénor, qui donna pour lui des otages. Ces événements, inconnus d'ailleurs, sont de l'année 1168. En quelques vers (v. 1892-1904), il nous apprend que Guillaume alla chercher aventure en mainte terre, se faisant remarquer par la largesse avec laquelle il dépensait ce qu'il avait gagné dans les tournois. Nous arrivons ainsi au couronnement du jeune roi Henri (1170), qui marque une date importante dans l'histoire du Maréchal. Henri II distingua le jeune Guillaume, déjà noté comme bon chevalier, et que d'ailleurs lui recommandait le souvenir des services rendus à sa cause par Jean le Maréchal. Il le plaça auprès du jeune roi « pour lui garder et enseigner » (v. 1945). Entre tous les chevaliers dont le roi d'Angleterre fit les compagnons de son fils, Guillaume est le seul nommé à cet endroit du poème. Mais il n'est pas impossible de reconstituer le personnel de la « mesnie » du jeune prince à l'aide des noms des témoins qui figurent dans ses chartes. Voici la liste, assurément bien imparfaite, que permettent d'établir ces documents, malheureusement trop rares[38] : Guillaume Fils Roger[39]. Renaut de Courlenai[40]. Hugues de Cressi[41]. Richard de Canville[42],0. Jean de Préaux[43]. — de Luci n. — de Subligni[44]. Robert, comte de Meulan,2. Juel de Mayenne[45]. — de Tresgoz 13. Pierre d'Adeville[46]. Roger le Bigot"[47]. — Fils Guion[48]. Simon de Mares[49] Raoul (Ranulfus) de Glan- Thomas Basset"[50]. ville[51]. Thomas de Coulonces,7. Cette liste ne peut être considérée comme complète, les chartes du jeune roi qui nous sont parvenues étant en petit 1. Ci-après, p. 57, n. 5. 2. Gardien de la Tour de Rouen en 1180 (Stapleton, I, cxj). Témoin à de nombreuses chartes de Henri II. Ne figure pas dans nombre. D'autre part, certains noms ne paraissant que dans une seule pièce, leur présence peut être accidentelle et ne suffit pas à prouver qu'ils aient fait partie de la maison du prince. Cependant, sous la réserve qu'impliquent ces observations, on peut tenir que les chevaliers énumérés ci-dessus étaient, pour la plupart, les familiers du jeune roi. Douze d'entre eux sont inscrits sur la liste, conservée par Benoît de Peterborough, des barons qui, en 1173, soutinrent leur seigneur contre Henri II, à savoir : Adam d'Iquebeuf, Girard Talebot, Guillaume de Dive, Guillaume le Maréchal, Guillaume de Tinteniac, Guillaume Fils Roger, Jean de Préaux, Pierre d'Adeville, Robert de Meulan, Robert de Tresgoz, Simon de Mares, Thomas de Coulonces. Le nombre de ceux qui paraissent dans le poème est plus grand encore, comme on l'a vu par les notes. La liste dressée d'après les chartes du jeune Henri a, pour la critique du poème, un certain intérêt. On sait que les noms des témoins ne sont pas placés au hasard ; ils sont rangés en ordre hiérarchique : en premier lieu les personnes ecclésiastiques, puis les comtes et les hauts fonctionnaires, enfin les simples barons. Or, nous voyons que Guillaume le Maréchal prend toujours place en tête des simples barons, ce qui indique bien qu'il avait, comme le dit le poète, un rang supérieur à celui des autres chevaliers[52]. On peut dresser une liste approximative des chevaliers qui formaient, en quelque sorte, la « mesnie privée » du jeune roi, mais on conçoit que le nombre de ceux qu'il a pu avoir à sa solde a dû varier singulièrement selon les temps et particulièrement selon l'état de sa bourse. Ayant à conter un tournoi qui eut lieu à Lagni-sur-Marne aux environs de l'an 1180, le poète nous donne, d'après des témoins oculaires (v. 4477-8), les noms de tous les chevaliers du jeune roi qui Malades. Quevilli, près Rouen (non pas Chevaillec, comme dit Eyton, p. 158-9 et 187), vers décembre 1174. Témoins : Robert, comte de Meulan, et Guillaume le Maréchal. III. Confirmation de la donation faite à Gautier de Coutances, clerc du roi, par Henri II, de la chapellenie de Blie. Analyse dans Round, Calendar of doc. preserved in France (1899), n° 31. IV. Confirmation de la donation faite au même d'une maison sise sur le Grand-Pont, à Rouen. Cet acte et le précédent, datés l'un et l'autre de Westminster, doivent être de mai 1175, époque où la présence des deux rois, le père et le fils, est constatée en ce lieu (Eyton, p. 190). Les indices fournis par les noms des témoins concordent avec cette date. C'est à tort que, ci-après, p. 57, n. 3, cette pièce a été indiquée comme antérieure à 1173. Analyse dans Round, Calendar, n° 33. V. Charte concernant l'abbaye de Waltham. Argentan, vers septembre 1177 (Eyton, p. 218-9). Voici les listes des témoins aux actes III, IV et V : m. iv. v. y assistèrent. La liste, disposée méthodiquement, en est longue. J'y compte 20 Français, 20 Flamands, 14 Anglais, 27 Normands, 6 Angevins ; en tout 87 ; mais il faut ajouter que chacun des chevaliers portant bannière était accompagné de plusieurs hommes, de sorte que, selon notre auteur (v. 4773), le nombre total des chevaliers à la solde du jeune roi s'élevait à 200 et plus[53]. Ce n'est pas sans raison que le poète se demande avec surprise où le jeune roi pouvait prendre l'argent qu'il dépensait ainsi (v. 4768). Il est certain que Henri II, le vieil Henri, comme on l'appelait, en fournissait une bonne part, mais il est probable que le jeune Henri comptait un peu sur la chance des combats : si on perdait de l'argent dans les tournois, on en pouvait gagner aussi. De 1170 à 1183, c'est-à-dire du couronnement du prince Henri à sa mort, les faits sur lesquels le poète s'étend peuvent être classés sous cinq chefs : 1° la guerre du fils contre son père (1173) ; 2° la réconciliation (1174) ; 3° une longue suite de tournois ; 4° une brouille passagère, causée par de faux bruits, entre le jeune roi et le Maréchal ; 5° la seconde guerre contre Henri II, se terminant par la mort du jeune Henri. 1° Ce que le poète nous a dit de la guerre de 1173 est assez vague. Écrivant cinquante ans après les événements, il n'eut, vraisemblablement, que des renseignements partiels, qu'il lui était impossible de relier convenablement. Nous avons vu qu'il avait placé beaucoup trop haut l'un des épisodes de cette guerre, l'affaire de Drincourt ; il commet d'autres erreurs qui ont été relevées en leur lieu[54]. Cependant, il sait que l'une des causes de la guerre fut l'excessive prodigalité du jeune homme et le refus du père de subvenir plus longtemps à des dépenses exagérées. Il sait aussi que le jeune Henri fut abandonné par les seigneurs français, que le roi d'Angleterre avait achetés. Mais, ce qu'il tient par-des sus tout à nous apprendre, c'est que Guillaume le Maréchal eut l'honneur d'armer chevalier son seigneur le jeune roi (v. 2084 et suiv.). 2° Rentré en grâce auprès de son père, le jeune prince se rendit en Angleterre avec le Maréchal et y resta environ un an[55]. Mais il se lassa bientôt de la vie trop calme qu'on y menait, et repartit pour le continent, où il se mit de nouveau à courir les tournois. 3° Du vers 2471 au vers 5094, il n'est question, dans le poème, que de tournois. Ces récits, en somme peu variés, pourront sembler monotones, et les historiens préféreront probablement les parties où l'auteur expose, sinon avec beaucoup d'ordre, du moins avec des détails nouveaux, les guerres et les négociations de Henri II ou de Richard avec Philippe-Auguste. Cette préférence se conçoit. Cependant, les tournois occupèrent, en France, une place si considérable dans la vie des hommes appartenant a la classe noble, que tout document qui nous apprend quelles en étaient les règles, ou du moins les usages, quelle influence ils avaient sur les mœurs, sur les conditions sociales, mérite d'être considéré comme historique au premier chef. Et, à ce point de vue, les récits de tournois qui tiennent une si grande place dans l'Histoire de Guillaume le Maréchal offrent un intérêt réel, car ni les romans de chevalerie, ni les fableaux (où souvent il est question de tournois), ni les chroniques ne nous donnent une image aussi vivante de ce qu'étaient ces rencontres d'hommes armés, cherchant, comme à la guerre, à se renverser de cheval, à se faire des prisonniers, allant même parfois jusqu'à faire intervenir des troupes de gens de pied[56]. On trouvera dans notre poème nombre de détails curieux qui complètent utilement les célèbres dissertations de Du Cange sur le même sujet[57]. Sous Henri II, ces exercices belliqueux n'étaient point pratiqués ni même, paraît-il, autorisés en Angleterre. C'est Richard qui, le premier, en 1194, accorda ou, plus exactement, vendit la permission de tenir des tournois[58]. Aussi, les jeunes chevaliers anglais qui voulaient se distinguer avaient-ils coutume de se rendre sur le continent. C'est le conseil que le chambellan de Tancarville donna à Guillaume, lui faisant remarquer que l'Angleterre n'était pas un bon pays pour ceux qui voulaient « hanter chevalerie » (v. 1544). Guillaume profita de l'avis et s'en trouva bien. Les historiens du xiie siècle mentionnent rarement les tournois et ne les décrivent jamais en détail. C'est par exception que Gilbert de Mons nous fait savoir qu'en 1175 on proclama un tournoi devant avoir lieu entre Soissons et Braine. Le comte de Hainaut, Baudouin V, s'y rendit avec 200 chevaliers et 1,200 hommes de pied[59]. Le jeune roi n'y assista point ; il paraît n'avoir quitté l'Angleterre qu'à la fin de l'année 1 175e, et aucun de ceux auxquels il prit part, et sur les quels le poète s'étend longuement, n'est connu d'ailleurs. Ces rencontres, à en juger par les descriptions de notre auteur, ne se distinguent guère des combats de cavalerie qui avaient lieu dans les guerres réelles. On se bat avec les armes ordinaires. Il n'est dit nulle part que les tranchants et les pointes fussent émoussés. Mais les chevaliers étaient si bien protégés par leurs armures qu'ils ne couraient guère que le risque d'être renversés de cheval et plus ou moins contusionnés. Du reste, le danger n'était guère plus grand à la guerre[60]. Les seules différences entre ces exercices et les combats véritables paraissent être celles-ci : 1° la rencontre a lieu à un endroit déterminé d'avance dans la proclamation ; encore est-il à propos de remarquer que, dans les guerres réelles, beaucoup de combats ont été livrés dans des lieux fixés par une convention ; c'est ce qu'on appelait « bataille aramie » ; 2° lorsque le combat cesse, soit par la fuite d'un des partis en présence, soit d'un commun accord, une trêve existe virtuellement jusqu'à la reprise, qui, généralement, a lieu le lendemain, et les chevaliers se font des visites de courtoisie ; 3° le tournoi clos, les hauts hommes se réunissent et décernent le prix à celui qui s'est le plus distingué par sa vaillance[61]. Il ne semble pas qu'il ait existé aucune convention tendant à limiter la liberté des combattants, sinon, peut-être, dans le genre de lutte qualifiée, non sans une nuance de mépris, de « joutes de (ou a) plaideïces[62], » et dont le caractère propre n'est pas clairement déterminé. La lutte a lieu en rase campagne ; le terrain n'est pas circonscrit par des lices, comme cela aura lieu plus tard ; la poursuite peut, le cas échéant, amener les combattants à traverser des lieux habités (v. 2820 et suiv., 7207). Les lices, dont il est question en plus d'un endroit du poème (v. 1309, 3862, 5529), servaient de refuge, de _recet_ aux chevaliers serrés de trop près. On n'hésite pas à amener sur le terrain des hommes de pied armés de piques, qui, du reste, ne sont pas d'un grand secours, car ils n'osent s'opposer au passage des chevaliers, qui n'hésiteraient pas à les massacrer[63]. Nous voyons les chevaliers s'attaquer soit en masse, soit en combat singulier ; il n'est pas interdit de se mettre à plusieurs contre un seul (v. 1426 et suiv., 5008 et suiv.), fait qui, dans la suite, fut trouvé blâmable. On ne se fait pas scrupule de faire prisonnier un homme qui est manifestement hors d'état de se défendre. Au tournoi de Saint-Pierre-sur-Dive, un chevalier tombe et, s'étant brisé un membre, ne peut se relever. Le Maréchal, qui était à dîner, le voit, sort de la maison, le prend tout armé dans ses bras et le porte à ses compagnons en leur disant : « Tenez, voilà pour payer vos dettes. * Le malheureux est obligé de donner caution pour recouvrer sa liberté (v. 7209-32). On admettait, comme, du reste, à la guerre, que les prisonniers fussent provisoirement délivrés moyennant caution (_fiance_). Mais il paraît qu'on ne s'en fiait pas toujours à la parole du prisonnier, car nous voyons ceux qui étaient fianciê, c'est-à-dire qui avaient donné leur parole, chercher des amis qui voulussent bien leur servir de cautions (v. 3029-31). Dans les romans de la Table ronde, il arrive souvent que le chevalier vaincu est prisonnier sur parole et doit se rendre, selon l'ordre qui lui est donné par le vainqueur, auprès du roi Arthur qui disposera de son sort. Ailleurs, le vaincu est tenu de se présenter à une dame qui, généralement, le délivre[64]. Ces usages courtois ne sont point observés dans les tournois où le Maréchal gagnait, à la force du poignet, honneur et richesse, et, du moins, au xiiie siècle et à plus forte raison au xiie, ne sont attestés que par les romans. Les tournois étaient, en effet, par les prises qu'on y pouvait faire, un moyen de gagner ou de perdre de l'argent. Certains chevaliers en vivaient[65], et Guillaume le Maréchal fut certainement, pendant sa jeunesse, l'un de ceux-là. Il ne faut pas s'étonner si l'Eglise condamnait les tournois[66] et considérait comme illicites les gains qu'on y faisait. Le Maréchal le savait sans doute, mais il ne le croyait pas ; la morale commune du temps était, sur ce point, en désaccord avec la morale ecclésiastique. On trouve, à ce propos, un passage bien curieux vers la fin du poème. Le vieux Maréchal est couché sur son lit de mort. L'un de ses fidèles, Henri Fils Gerout, agissant probablement à l'instigation d'un clerc qui avait à cœur le salut du Maréchal, dit à celui-ci : Sire, il faut penser à votre salut. La mort ne respecte personne, et les clercs nous apprennent que l'on ne peut être sauvé si l'on ne restitue ce qu'on a pris » (v. 18469-78). — « Les clercs >, répondit le moribond, veulent nous raser de trop près. J'ai pris cinq cents chevaliers, dont j'ai retenu les armes, les chevaux et tout le harnois. Si pour cela le royaume de Dieu m'est interdit, il n'y a que faire, car je ne pourrais le rendre… A moins qu'ils veuillent ma perte complète, ils ne doivent pas me *. poursuivre davantage. Ou leur argument est faux, ou personne ne peut être sauvé. » Nous n'avons pas à examiner quelle est la valeur de l'argument du Maréchal. Assurément, il ne pouvait pas restituer aux intéressés ce qu'il leur avait pris quarante ou cinquante ans auparavant. Seulement, les théologiens admettaient que la restitution pouvait être faite à l'Église. Retenons simplement l'aveu qu'il estimait à cinq cents le nombre des chevaliers pris par lui dans les tournois. Et cependant, en mainte occasion, il avait fait preuve de générosité, renvoyant indemnes certains de ses prisonniers[67]. Le Maréchal ne devait pas se tromper de beaucoup dans son évaluation. Dans un seul tournoi il avait pris dix chevaliers et douze chevaux (v. 3368 et suiv.). Du temps qu'il était le principal chevalier du jeune roi, il quittait de temps en temps son seigneur pour aller à des tournois où celui-ci, pour un motif quelconque, ne jugeait pas à propos de se rendre[68]. Bien plus, il semble que notre héros avait arrangé sa participation aux tournois comme une affaire commerciale. Il s'était associé avec un certain Roger de Gaugi, chevalier flamand, qui parvint plus tard, sous le roi Jean, à une assez haute position[69], et, unissant leurs efforts, ils réalisèrent des gains considérables[70]. Notre auteur, citant les écritures de Wigain, clerc de la cuisine du prince Henri[71], affirme que, dans l'espace de moins d'une année, de la Pentecôte au carême suivant, Guillaume et Roger prirent cent trois chevaliers, sans parler des chevaux et des équipements qui n'étaient pas marqués dans les comptes (v. 3414 et suiv.). Ces détails sont nouveaux, la comptabilité du clerc Wigain ne nous ayant pas été conservée. Ces récits de tournois, qui ne laissent pas d'être un peu monotones, malgré la peine que se donne le poète pour varier son exposé, confirment en somme ce que nous savons d'ailleurs sur le même sujet, mais ils nous montrent les faits sous un aspect plus vivant, en faisant passer sous nos yeux toute une série de scènes où les mœurs et les sentiments des hauts hommes du temps sont dépeints au naturel. Comme le Maréchal est toujours placé au premier plan, nous arrivons peu à peu à comprendre comment, parti d'un rang modeste li (n'appartenait pas à une des grandes familles de l'Angleterre, et li n'était que le cadet de sa maison), li a pu arriver peu à peu à une position très élevée. Sa force physique, sa belle prestance furent certainement le premier élément de sa fortune, mais son intelligence et son honnêteté y contribuèrent aussi pour beaucoup. La partie du poème que nous étudions en ce moment fournit à cet égard quelques indices qu'il est bon de relever. Le jeune roi aimait les tournois, mais li ne semble pas y avoir, personnellement, remporté beaucoup de succès. Il était fort jeune, étant né en 1155, lorsqu'il commença à se livrer à ces exercices, en 1 176, après sa réconciliation avec son père[72]. Peut-être n'avait-il pas encore la force physique nécessaire pour se défendre contre de robustes chevaliers. Aussi arriva-t-il que, dans ses premières rencontres, li reçut des coups et vit sa troupe mise en déroute (v. 2563 et suiv.). Le Maréchal prit l'habitude de se tenir auprès de son seigneur, et le défendit i s bien que les Français trouvèrent dans les Anglais, qu'ils avaient jusqu'alors méprisés, de redoutables adversaires (v. 2607 et suiv.). Usant d'une tactique qu'il avait vue réussir au comte Philippe de Flandre, li conseilla au jeune roi d'attendre, pour charger, que les hommes du parti opposé fussent lassés et dispersés par l'effort delà lutte (v. 2764 et suiv.). C'est ainsi qu'il arriva bientôt à prendre un grand ascendant 'sur son royal élève et qu'il devint, selon l'expression du poète, « sire et maître de son seigneur » (v. 2634). En même temps, il s'enrichissait, et, comme il avait la réputation de payer comptant, ce qui était rare à cette époque[73], son crédit était considérable. Le jeune Henri, qui dépensait largement, était souvent hors d'état de payer ses dettes, quand il quittait une ville, et on n'était pas disposé, semble-t-il, à lui faire crédit. Mais le Maréchal intervenait. « Monseigneur n'a pas d'argent pour l'instant, disait-il, mais aurez votre dû avant un mois » (v. 5088 et suiv.). Et sa parole suffisait. On avait confiance en lui, bien qu'il n'eût encore ni terre ni rente. Guillaume le Maréchal fut toujours fidèle à sa parole. C'était, dans toute la force du terme, un loyal chevalier. Il en avait le renom, et cette réputation n'était pas usurpée. Ce n'est pas qu'il fût, en certaines circonstances, très scrupuleux. L'idée qu'on se fait de la morale varie selon les temps. Nous serions tentés d'apprécier autrement que ses contemporains sa conduite à l'égard d'un clerc qui s'en fuyait emmenant avec lui une jeune femme. L'aventure est joliment contée (v. 6677 et suiv.). Guillaume, accompagné de son écuyer, Eustache de Bertrimont, revenait auprès du jeune roi, qu'il avait quitté en des circonstances qui seront exposées plus loin. Il rencontra sur sa route un jeune homme et une jeune femme de belle apparence, qui cheminaient montés sur leurs palefrois. L'envie lui prit de savoir qui ils étaient. Le jeune homme refuse d'abord de se faire connaître et fait mine de mettre l'épée à la main. « Vous cherchez une querelle, » dit le Maréchal, « vous l'aurez. » Et il demande à son écuyer de lui apporter son épée. L'inconnu veut fuir, mais le Maréchal le rejoint et le saisit si brusquement qu'il le décoiffe, et alors on vit que c'était « le plus beau moine du monde ». Le malheureux est alors obligé d'avouer qu'il allait se réfugier à l'étranger avec la femme qu'il avait enlevée. « Dites-moi, ma belle, » dit le Maréchal, « qui êtes-vous, de quelle famille ? » La pauvre femme répond en pleurant qu'elle est la sœur de monseigneur Raoul de Lens. — « Belle, » reprend le Maréchal, « vous n'êtes pas raisonnable. Laissez cette folie et je vous racommoderai avec votre frère. » La dame s'y refuse : elle n'oserait se montrer dans son pays. « Mais, » dit le Maréchal au moine, « de quoi comptez-vous vivre ? Avez-vous de l'argent ? » Le moine montre sa bourse qui renfermait quarante-huit livres de deniers. « Je les placerai à intérêt, » dit-il, « et nous vivrons de la rente. — A usure ! » s'écrie le Maréchal, « à Dieu ne plaise ! Prenez les deniers, Eustache ! et vous, allez au diable ! » Puis il rejoint ses compagnons et leur donne leur part de sa prise. Un juriste de notre temps trouverait une certaine ressemblance entre l'acte de Guillaume et un vol à main armée. Mais l'honnête Maréchal crut sans doute faire œuvre pie en enlevant au moine un argent dont il eût fait mauvais usage. 4° La faveur dont jouissait le Maréchal auprès du prince Henri, sa réputation parmi les hauts hommes qui fréquentaient les tournois ne tardèrent pas à lui susciter des envieux. Des gens de son entourage machinèrent un complot odieux qui avait pour objet de le perdre dans l'esprit de son seigneur. On répandit le bruit qu'il était l'amant de la jeune reine. On disait aussi que sa renommée venait sur tout de ce que, dès que le prince, ayant le Maréchal à ses côtés, entrait dans le tournoi, un certain héraut, nommé Henri le Norrois[74], s'écriait : « Ça ! Dieu aide au Maréchal ! » Chacun se pressait autour de lui, et il n'avait qu'à étendre la main pour faire des prisonniers (v. 5221 et suiv.). Cette explication des succès du Maréchal est assez puérile, mais il n'est pas invraisemblable que le Maréchal ait cherché de bonne heure à se concilier la faveur des hérauts, qui contribuaient certainement pour beaucoup à répandre le renom des chevaliers. Lors du tournoi de Joigni, un jeune héraut d'armes avait chanté une chanson qui avait pour refrain : « Maréchal, donnez-moi un bon cheval[75]. » Et le Maréchal, quittant la fête, était allé désarçonner un des chevaliers du parti opposé et avait ainsi contenté, à bon compte, le héraut. Après tout, si le Maréchal avait quelque peu recherché la faveur des jongleurs ou des hérauts d'armes, il n'aurait fait que suivre l'exemple des seigneurs de son temps soucieux de leur réputation. Les hérauts étaient les journalistes de l'époque, et il pouvait être avantageux de se concilier leurs bonnes grâces. A ce propos, il n'est pas inutile de dire que les hérauts. apparaissent plus anciennement que ce que l'on pourrait croire, à s'en tenir aux textes signalés jusqu'ici[76]. Ils sont aussi anciens que les tournois. Du reste, les hérauts jouaient aussi leur rôle dans les combats réels[77]. A l'origine, ils sont rangés parmi les gens de bas étage[78] ; mais peu à peu leur condition s'élève : ils ne se bornent plus à attirer, par leurs cris, l'attention sur les coups bien assénés[79]*, et finissent par prendre rang dans la littérature. Le poète semble avoir été parfaitement renseigné sur les circonstances de la conspiration dont le Maréchal faillit être victime. Il sait que les auteurs de la calomnie étaient au nombre de cinq : il nomme deux d'entre eux, Adam d'Iquebeuf et Thomas de Coulonces, mais, prudemment, il se tait sur les trois autres, dont la lignée, nous dit-il, existait encore (v. 5147). Il nous expose en grand détail les pourparlers des traîtres et leurs efforts pour faire parvenir leur accusation calomnieuse aux oreilles du jeune roi. Le premier à qui ils s'adressent, Raoul de Hamars, repousse leur insinuation avec indignation ; mais un certain Raoul Farci, familier du jeune roi, accepte et dévoile au roi l'injure qui lui est faite par le Maréchal. Henri refuse d'y croire, mais Raoul lui dit : « Sire, je trouverai cinq chevaliers qui l'affirmeront[80] » (v. 5618). Et les cinq conspirateurs, appelés en témoignage, confirment son dire. Le jeune roi, qui ne paraît pas avoir été sujet aux accès d'emportement auxquels se laissait entraîner son frère Richard, ne fit point d'éclat, mais, quoique profondément troublé, il se contenta de tenir le Maréchal à l'écart et ne lui parla plus. Le Maréchal, qui avait été averti du complot, ne chercha pas l'occasion de s'expliquer avec son seigneur, et, s'en remettant à la grâce de Dieu, il quitta la cour et alla visiter ses amis, qui lui firent bon accueil. Cependant, un tournoi ayant été proclamé à Gournai, il reçut du jeune roi l'ordre de s'y rendre. Il y alla, et, comme de coutume, il s'y comporta vaillamment, arrachant à deux reprises son seigneur aux mains de ceux qui allaient le faire prisonnier. Puis, le tournoi fini, il se retira sans qu'une parole eût été — — échangée entre eux. Les traîtres ne se tinrent pas pour satisfaits. Ils portèrent leur accusation à Henri II, qui était alors à Rouen. Il y a ici, dans le poème, une remarque intéressante, qui nous montre quelle était alors l'opinion du roi d'Angleterre sur le Maréchal. « Quand le père le sut, il n'en fut pas autrement affligé, sinon pour la honte, car il lui était avis que ceux qui entouraient son fils l'encourageaient à de grandes dépenses, et il eût bien voulu voir partir les meilleurs d'entre eux » (v. 5661-8). Peu de temps après, Henri II tint cour plénière à Caen (Noël 1182). Le Maréchal s'y rendit, et, fort de sa loyauté, dit au jeune roi, en présence du père et de nombreux barons, ce qu'il avait sur le cœur. C'est une scène de chanson de geste. Le preux chevalier ne demande pas quelles preuves on apporte contre lui, il n'a pas recours à la purgation par serment, à la « desresne » : il prend résolument l'offensive et offre la bataille. Il l'offre avec des conditions singulières. Il se battra trois jours de suite contre trois champions successifs. Si le premier, le second ou le troisième jour il est vaincu, qu'on le pende ! — « Maréchal, » dit le jeune roi, « je n'ai cure de votre bataille. Je n'accepte pas votre escondit. » C'est la scène de Horn devant le roi Hunlaf[81]. Le Maréchal ne se tient pas pour battu : il offre de combattre après qu'on lui aura coupé un doigt de la main droite. Voyant qu'il n'obtient pas de réponse, il demande un sauf-conduit au roi Henri II, et, l'ayant obtenu, il quitte le pays. Le Maréchal se rendit à un tournoi entre Gournai et Ressons et s'y distingua comme de coutume. La nouvelle de sa disgrâce s'était répandue, mais on apprit en même temps qu'il ne lui avait pas été permis de se justifier. Aussi arrivat-il que des offres magnifiques lui furent faites par de puissants seigneurs qui désiraient se l'attacher. Mais il les déclina et se rendit en pèlerinage au tombeau des Trois-Rois, à Cologne'[82]. Entretant, la renommée portait le bruit de ses exploits à la cour du jeune roi. Peu de semaines après ces événements, la guerre éclata entre les fils du roi d'Angleterre. Le jeune roi Henri et son frère Geoffroi unirent leurs efforts contre Richard. Le père, qui, d'abord, avait paru autoriser la lutte[83], prit parti pour Richard et vint assiéger ses fils Henri et Geoffroi dans Limoges. C'est alors qu'on regretta l'absence du Maréchal. On conseilla au jeune roi de le rappeler, l'assurant que les accusations dont on avait fait tant de bruit étaient calomnieuses. Le prince Henri y consentit d'autant plus volontiers qu'une circonstance imprévue venait de lui ouvrir les yeux. Son sénéchal, l'un des cinq chevaliers qui avaient témoigné contre le Maréchal, voyant le jeune roi assiégé, était venu lui demander congé, ne croyant pas pouvoir rester plus longtemps à son service. Le messager envoyé par le jeune roi trouva Guillaume revenant de Cologne et très disposé à rejoindre son seigneur. Mais le Maréchal était un homme d'ordre, qui aimait les situations régulières. Il n'hésitait pas à obéir aux ordres du jeune roi, mais il craignait d'encourir la malveillance du vieux roi. Aussi se rendit-il d'abord auprès de Philippe-Auguste, de qui il obtint des lettres de recommandation pour Henri II1. Il en obtint aussi de l'archevêque de Reims et d'autres grands personnages. Il les envoya au roi, qui l'autorisa par écrit à se rendre à l'appel de son seigneur. C'est alors seulement qu'il se dirigea vers Limoges, et c'est pendant ce voyage que lui arriva l'aventure rappelée plus haut (p. xliii) avec le clerc fugitif. Le poème ne nous dit pas où le Maréchal rejoignit son seigneur, qui le reçut honorablement. Mais ce fut très certainement peu avant la fin du jeune prince, qui mourut le 1 1 juin 1183, confiant à son ami fidèle la mission d'accomplir pour lui le vœu qu'il avait formé d'aller en pèlerinage au Saint-Sépulcre (v. 6896). Dès lors, comme dit le poète, Chevalerie se changea en Paresse et Largesse devint orpheline (v. 6874-8). C'est, en effet, par le nouvel essor qu'il donna à la chevalerie, par sa largesse envers les soudoyers qu'il attirait à lui, que le jeune roi est resté célèbre. Les exagérations de la légende[84] n'ajoutent rien à une réputation bien établie par l'histoire. Mais, ce que le poème ne nous dit pas et ce que nous savons d'ailleurs, notamment, par Jaufré de Vigeois, c'est que le prince Henri se procurait par les moyens les moins légitimes l'argent nécessaire à ses prodigalités. Placé, par son titre de roi, au-dessus de ses frères, il était moins riche qu'eux, n'ayant pas de vassaux à pressurer et ne possédant guère d'autres revenus que les allocations que lui faisait son père. Il était roi sans terre. Aussi, bien que d'un caractère en somme assez doux, ne reculait-il pas, lorsque la nécessité le pressait, devant de véritables brigandages. Pendant les dernières semaines de sa vie, il avait (ce dont le poète ne nous dit rien, mais nous le savons par Jaufré de Vigeois), pillé Uzerche, Aix-sur-Vienne et le sanctuaire révéré de Rocamadour. Néanmoins, comme il avait su se concilier la faveur de ceux qui font les réputations, on exagéra de toute façon ses mérites, on lui fit crédit de qualités qu'il n'avait pas, et il laissa un nom honoré[85]. § 3. De la mort du jeune roi à l'avènement de _Richard_ Pr. — Le jeune roi, malgré ses récentes rapines, ne laissait, à sa mort, que des dettes. Un de ses créanciers mit la main sur le Maréchal, qui s'était vraisemblablement, comme en d'autres occasions, porté garant pour son seigneur, bien que ne possédant pas, selon son expression, « un sillon de terre » (v. 7031). Le poème conte agréablement comment, grâce à un artifice à peine honnête qu'imagina un homme de confiance du roi, on réussit à faire payer par Henri II la dette de son fils. < Il m'en a coûté bien « d'autres, » dit le vieux roi attristé, « et plût à Dieu qu'il me coûtât encore ! » (v. 7152-3). Après les obsèques du jeune Henri (22 juillet 1183), le Maréchal se remit à courir les tournois ; puis il se prépara à son voyage en Terre sainte. Il prit congé du roi d'Angleterre qui, désireux de le voir revenir et de l'attacher à son service, se fit remettre par lui, à titre de gage, deux bons chevaux, lui faisant don, toutefois, de cent livres d'angevins pour son pèlerinage. La profession de croisé était lucrative : les dons affluaient. Le Maréchal, la bourse bien garnie, se rendit d'abord en Angleterre, où il prit congé des siens, puis il partit pour la Terre sainte. On a déjà dit plus haut que le poète manquait de renseignements sur cette période de l'histoire de son héros. Cependant, on a peine à croire qu'il en ait été absolument dépourvu. Aussi est-il permis de supposer qu'il y a ici une lacune dans l'unique manuscrit qui nous soit parvenu du poème[86]. C'est vers mars 11872 que Guillaume le Maréchal, revenu d'outre-mer, rejoignit, à Lyons-la-Forêt, Henri II, qui le prit à son service et le mit au nombre de ses conseillers. Le roi fit plus : il lui donna la garde d'une riche héritière, la demoiselle de Lancastre. Nous ne savons pas si ce fut un don gratuit ou si le Maréchal eut à payer au roi un droit (_finis_), les rôles des _fines_ ne nous étant pas parvenus pour cette époque. Toujours est-il que le Maréchal ne l'épousa point, comme il en aurait eu le droit ; « il la tint longtemps en grand honneur, comme sa chère amie », nous dit le poète (v. 7315-7). Il se réservait pour une plus belle occasion. Peu après le retour du Maréchal vint en Occident la nouvelle des désastres éprouvés en Palestine par les chrétiens. Les rois de France et d'Angleterre eurent une entrevue et prirent la croix. Henri II était retourné en Angleterre pour faire ses préparatifs, lorsque Philippe-Auguste lui enleva Châteauroux (juin 1188), d'où une guerre qui devait retarder de deux ans la croisade. Si nous n'avions d'autres sources d'information que le poème, nous aurions assurément quelque peine à nous for mer une idée claire de cette guerre, qui, un moment interrompue par une trêve, pendant l'hiver de 1188-9, ne prit fin qu'à la veille de la mort du roi Henri. Mais l'histoire de Guillaume le Maréchal n'est pas l'histoire de la rivalité des rois de France et d'Angleterre, quoiqu'elle y touche de fort près. Le poète se préoccupe surtout des épisodes où son héros joue un rôle, et c'est seulement par occasion qu'il conte les événements auxquels celui-ci n'est pas directement mêlé. Dans tous les cas, ses récits sont empreints d'une évidente sincérité ; ils ne sont pas toujours d'accord, quant à la succession des faits, avec ceux des historiens du temps, mais ces historiens eux-mêmes présentent bien des divergences[87]. Quant aux faits, le poète n'avance rien que le témoignage des écrivains contemporains nous conduise à révoquer en doute. Ainsi, le récit des pourparlers qui eurent lieu à Gisors au mois d'août 1188, entre Henri II et Philippe-Auguste, est riche en détails qu'on ne trouve pas ailleurs, mais on comprend que, le Maréchal ayant pris part à ces négociations, le poète a dû avoir des informations particulières. Tout ce qu'on pourrait objecter, c'est que le rôle du Maréchal paraît exagéré : c'est lui qui conseille le roi d'Angleterre (v. 7559 et suiv.), c'est lui qui, envoyé au roi de France, agit comme chef de mission (v. 7641 et suiv.). Mais il est facile de remettre les choses au point. Le poète est, naturellement, porté à mettre son héros au premier plan. Ce qui, du reste, inspire confiance en sa véracité, c'est la réserve dont il fait preuve dès qu'il se trouve en présence d'événements sur lesquels il était insuffisamment renseigné. Ainsi, il sait que les deux rois, accompagnés de leurs principaux barons, eurent une entrevue à Gisors, mais il ne prétend pas en savoir davantage. « Il y eut, dit-il, bien des paroles échangées, mais je n'en sais pas toutes les parties, « Karlireinecilquiiérent A lor consels ne m'apelérent. » 7380 Et plus loin, lors de l'entrevue de Colombier, près Tours : « Ne sai les paroles parties » (v. 9029). Le poète n'est pas un narrateur sec : il se permet quelques développements littéraires ; mais jamais il n'invente pour combler les lacunes de son information. La guerre des deux rois met pour la première fois le narrateur en face d'événements politiques importants, et lui fournit l'occasion de laisser paraître son opinion sur ceux qui y tiennent les principaux rôles. A l'égard du roi de France, il n'est tenu à aucun ménagement ; aussi ne se fait-il pas faute de relever — et les occasions ne manquent pas — tout ce qui peut donner lieu à une accusation de duplicité, de convoitise ou d'orgueil. Pour Henri II, pas plus, du reste, que pour le jeune roi, il n'a jamais une parole de blâme. Mais il est moins favorable à Richard. Déjà, lorsqu'il avait eu à expliquer comment était née la brouille entre le jeune roi et son père, il avait été amené à qualifier sévèrement la conduite du comte de Poitiers envers ses hommes (v. 6316 et suiv.). Il ne dissimule pas non plus les torts de ce prince dans la guerre de 1188, rejetant toutefois, non sans raison du reste, une partie de la responsabilité sur le roi de France, qui avait excité Richard à prendre parti contre son père (v. 8089 et suiv.). Il met à ce propos dans la bouche du vieux roi une parole touchante et bien vraisemblable. Apprenant que Richard était contre lui, Henri II se serait écrié : « Oh ! je le savais bien : mes enfants ne feront jamais que du mal. Ils causeront ma perte et la leur ! » (v. 6198 et suiv.). Cependant, Guillaume le Maréchal grandissait dans l'estime du roi. En mai 1189, déjà atteint de la maladie qui devait l'emporter deux mois plus tard, Henri II s'engageait à lui donner la demoiselle de Striguil (v. 8303 et suiv.), promesse qui ne fut accomplie que par son successeur. Puis il le chargeait d'aller, avec Raoul, archidiacre de Hereford, porter au roi de France des propositions de paix. La négociation, contrecarrée par Richard et par son chancelier, Guillaume de Longchamp, n'aboutit pas, et Henri II, malade et d'ailleurs peu habile à la guerre, dut se résigner à la lutte. Il se défendit mollement, battant toujours en retraite devant son adversaire, évitant le plus possible de combattre. L'état d'esprit du malheureux prince, découragé, s'abandonnant lui-même, soupirant après le repos, agité par instants de mouvements de rage, est indiqué par le poète en quelques traits caractéristiques. Au Mans, que ses chevaliers tentent malgré lui de se défendre, il fuit devant le roi de France et incendie la ville pour couvrir sa retraite. Ici, un curieux épisode : son fils Richard était au premier rang de ceux qui le poursuivaient. Le Maréchal fit volte-face. Le comte de Poitiers, le voyant se diriger vers lui, s'écrie : « Par les jambes Dieu ! Maréchal, ne me tuez pas ; ce serait mal, je suis désarmé ! — Non, je ne vous tuerai pas, » répond le Maréchal, « que le diable vous tue ! » (v. 8839 et suiv.). Et, de sa lance, il tua le cheval du comte de Poitiers, qui tomba. Ainsi fut arrêtée la poursuite. Ce n'est pas là une invention de poète : le fait est attesté par Giraut de Barri, qui, toutefois, s'abstient de nommer l'auteur de cet exploit. Certaines parties du De principis instructions de cet écrivain gallois sont l'une des sources principales pour l'histoire du roi Henri pendant la triste période qui précéda sa fin ; il est remarquable que les deux auteurs, renseignés l'un et l'autre de première main, se complètent et se confirment mutuellement, sans que rien autorise à supposer qu'il y ait eu emprunt d'aucune part. Puis vient le récit de la fin lamentable du roi Henri II. Battu sans s'être défendu, il reçoit du roi de France l'invitation, qui ressemblait à un ordre, de venir conférer avec lui aux environs de Tours. Bien que malade au point de pouvoir à peine se tenir debout[88], il accepte le rendez-vous et se rend chez les Templiers, à la commanderie de Balan. Et comme, au jour fixé, la maladie l'avait retenu à la chambre, son fils Richard dit que c'était une feinte. Enfin, au prix d'un dernier effort, il se présente au roi de France et accepte sans discussion les conditions qui lui sont imposées. Mais une dernière douleur lui était réservée. Il fit demander la liste de ceux qui s'étaient ligués avec _Richard_ et avec Philippe-Auguste. Le garde de son sceau, un Normand appelé Roger Malchael, la lui apporta et lui dit en soupirant : « Sire, puisse Jésus-Christ me venir en aide ! le premier qui est ici écrit, c'est le comte Jean, votre fils. » Quand le roi entendit que l'être qu'il aimait le plus au monde le trahissait, il ne put que dire : « Vous en avez dit assez. » Il se mit au lit, et le troisième jour il mourut dans de terribles souffrances (v. 9075 et suiv.). La mort du roi fut le signal d'une scène de pillage repoussante que Giraut de Barri avait déjà résumée en quelques lignes 1, mais qui est décrite ici avec une effrayante précision. Le Maréchal (v. 9177 et suiv.) intervint, sans succès, auprès du sénéchal Etienne de Marçai pour obtenir qu'une aumône fût faite aux pauvres accourus dans l'espoir de participer aux distributions qu'il était coutume de faire à la mort d'un grand personnage. Il y a là des détails singulièrement caractéristiques que nous ne connaissions pas par le menu, mais que deux lignes de Gervais de Cantorbéry permettaient déjà de soupçonner : « Rex Henricus… maie interiit. ij. nonas aprilis (6 juillet 1189) apud Chinon, et apud Fontem Ebraudi miserabiliter sepultusest, ut, prae pudore regis, cetera taceam » (éd. Stubbs, I, 449). § 4. _Guillaume le Maréchal sous le règne de_ Richard Ier. — Le Maréchal se trouvait, à l'avènement de Richard, dans une position délicate, puisqu'il allait avoir pour roi celui qu'il avait combattu, qu'il avait humilié personnellement lorsque, à la retraite du Mans, il l'avait abattu à terre en lui tuant son cheval. Le poète, sans intervenir dans le récit et par le simple jeu des personnages, a su rendre, avec une puissance singulière, les sentiments qui agitaient le Maréchal, les chevaliers de son entourage et le comte Richard. La scène est admirablement composée. Le corps du défunt roi est exposé à Fontevrault[89]. Le comte a été informé de la mort de son père. « Je n'ai pas cherché à savoir », dit le poète, « s'il en fut affligé ou s'il s'en réjouit » (v. 9248-95). Cependant, les chevaliers restés fidèles à Henri II s'étaient assemblés et échangeaient leurs idées sur le sort qui les attendait. Ils craignaient assez, naturellement, que le nouveau roi ne leur fût pas favorable. « Mais, » disaient-ils, « Dieu, qui protège les bons, ne nous fera pas défaut. Le monde ne lui appartient pas tout entier. S'il nous faut changer de seigneur, Dieu nous conduira. Mais nous craignons pour le Maréchal, qui lui a tué son cheval sous lui. Qu'il sache bien, toutefois, que, tant que nous aurons des chevaux, des armes, des vêtements, des deniers, il y en aura pour lui et largement. » — Le Maréchal les remercie : il lui serait pénible de recevoir sans être sûr de pouvoir rendre. Il met sa confiance en Dieu. A ce moment arrive le comte de Poitiers. Rien dans sa démarche, nous dit le poète, ne témoignait s'il éprouvait joie ou tristesse, courroux ou contentement. Il s'avança jusqu'auprès du corps de son père, resta longtemps pensif, puis, faisant signe au Maréchal et à Maurice de Craon, il sortit avec eux. Ses premières paroles ne sont pas rassurantes : « Vous avez voulu me tuer, dit-il au Maréchal, et vous l'auriez fait si, de mon bras, je n'avais détourné votre lance. — Sire, répondit celui-ci, je n'ai jamais voulu vous tuer, et, si je l'avais voulu, ce ne m'eût pas été plus difficile que de tuer votre cheval. Cela, je l'ai fait, et je ne m'en repens point. — Maréchal, je vous pardonne et ne vous en garde pas rancune » (v. 9319 et suiv.). Le Maréchal remercia, tout en maintenant sa protestation. Assurément, Richard ne s'était jamais mépris sur les intentions du Maréchal. Il savait bien qu'on ne tuait pas un personnage de son importance, mais il voulait se donner l'apparence d'user de générosité envers un homme dont il tenait à s'assurer les services. Toujours est-il qu'il le chargea d'aller, en son nom, avec Gilebert Pipart, saisir sa terre d'Angleterre, et lui confirma, gratuitement[90], le don de la demoiselle de Striguil. Guillaume, avant de se rendre en Angleterre, alla, dans le pays de Caux, saisir, selon l'expression du poète (v. 9456), la terre et la fille qui lui avaient été données. Mais il ne put prendre à ce moment que la terre de Longueville, près Dieppe, partie importante, mais non la plus considérable des biens d'Isabelle de Clare. Quant à la demoiselle, qui était en Angleterre, il l'eut un peu plus tard. Nous ne savons pas exactement en quoi consistait la mission donnée à Guillaume le Maréchal et à Gilebert Pipart ; le poète ne donne pas de détails. Il se peut qu'elle ait consisté simplement à confier à la reine Aliénor, que Henri II tenait enfermée, la régence du royaume jusqu'au couronnement de son fils Richard[91]. Le Maréchal, sans perdre de temps, se fit livrer Isabelle de Clare, que Raoul de Glanville tenait en garde. Il eut, paraît-il, quelque peine à y parvenir (a enviz H fu rendue, v. 9517). Mais il était tenace et entendait ses affaires. Une fois en possession de la demoiselle, il ne se contenta pas de la garder « comme sa chère amie », ainsi qu'il avait fait pour la demoiselle de Lancastre : il s'empressa de l'épouser et l'emmena à Stokesd'Abernon, où il ne dut pas faire un long séjour, car, le 3 septembre, il assistait au couronnement de Richard, à Westminster, et pendant tout le reste de l'année nous le voyons suivre la cour royale en différentes villes d'Angleterre. Il profita de la présence de Richard pour se faire mettre en possession des terres d'Irlande qui faisaient partie de l'héritage de sa femme. Il y réussit, malgré la résistance du comte Jean (Jean Sans-Terre), qui les avait en garde, en sa qualité de roi d'Irlande[92] ; mais il dut lui faire hommage[93] ». Le Maréchal avait attendu pour se marier le bon moment, ou du moins une bonne occasion. Il pouvait paraître un peu mûr pour une jeune fille de dix-sept ans[94], puisqu'il en avait environ quarante-six, mais la différence d'âge nel'empêcha pas de laisser après lui cinq fils et quatre filles[95]. Par son mariage, il devenait, lui simple cadet qui ne possédait pas un sillon de terre, l'un des hommes les plus riches du royaume. Sa femme lui apportait la terre de Longueville, dans le pays de Caux, le château d'Orbec, près de Lisieux[96], Pembroke et Striguil (Chepstow), avec le titre de comte[97], dans le pays de Galles, le château de Goodrich[98], dans le comté de Hereford, et sans doute beaucoup de terres adjacentes ; enfin, en Irlande, la plus grande partie du Leinster, c'est-à-dire un territoire correspondant à huit ou dix des comtés actuels[99]. Et cette immense richesse territoriale devait s'accroître encore lorsque le Maréchal hérita de son frère aîné, Jean, mort en 1194. La position de Guillaume dans l'État grandit aussi dès l'avènement de Richard. Il s'éleva rapidement aux plus hauts emplois. Déjà, dans la solennité du couronnement (3 septembre 1189), il avait porté le sceptre royal[100], tandis que le maréchal d'Angleterre, son frère Jean, portait les éperons d'or. Il participait dès lors à une fonction dont il devait, plus tard, devenir le titulaire. Lorsque Richard partit pour la croisade, il laissa le gouvernement à son chancelier, Guillaume de Longchamp, nommé grand juge d'Angleterre, et assisté d'un conseil composé de quatre barons, au nombre desquels était le Maréchal[101]. C'est sans doute à la même époque que ce dernier fut nommé shérif du comté de Lincoln, circonstance que le poème ne mentionne pas[102]. Mais Guillaume de Longchamp était un homme ambitieux et avide qui, par ses exactions, ne tarda à soulever contre lui une vive opposition[103]. Des plaintes furent adressées à Richard, alors à Messine, par les barons d'Angleterre. De son côté, le chancelier écrivit au roi pour l'avertir que le comte Jean intriguait pour le dépouiller de sa terre et qu'il avait l'assentiment des barons. Ses déclarations écrites furent complétées oralement par le messager porteur de sa lettre. Celui-ci n'hésita pas à désigner au roi le Maréchal comme étant l'un des barons qui le trahissaient[104]. Sur quoi le roi se récria : le Maréchal était l'homme le plus loyal du royaume. Le messager dut se rétracter. C'est alors que Richard résolut de revenir en Angleterre. On sait comment, au retour, il fut arrêté et retenu prisonnier par le duc d'Autriche à l'instigation du roi de France, selon l'opinion assez vraisemblable exprimée en un autre endroit de l'ouvrage[105]. Le poète donne quelques renseignements assez sommaires, qui, toutefois, méritent d'être pris en considération, sur le gouvernement de Gautier de Coutances, substitué comme grand juge d'Angleterre à Guillaume de Longchamp, sur les tentatives d'usurpation de Jean Sans-Terre, sur les efforts des barons, de Guillaume le Maréchal en particulier, pour défendre les droits du roi absent. Il y a là quelques détails nouveaux et d'autant plus précieux que cette période de l'histoire d'Angleterre est assez obscure, les historiens du temps n'étant pas toujours d'accord entre eux sur l'ordre des événements[106]. Le Maréchal apprit en même temps, le même jour, semblet-il, la mort de son frère Jean et le retour en Angleterre du roi Richard. Ce dut être vers la fin de mars[107]. Le Maréchal, qui était alors à Striguil, ne put assister qu'à une partie des obsèques de son frère, pressé qu'il était d'aller à la rencontre du roi, qu'il rejoignit a Huntingdon (v. 10081). Ici le poète, s' écartant pour quelques instants de l'histoire de son héros, nous entretient du comte Jean, de ses intrigues avec le roi de France et du siège de Nottingham par Richard. Le château se rendit le 27 mars. Le lendemain, Guillaume fut requis par le chancelier, Guillaume de Longchamp[108], qui, on l'a vu, avait, en une précédente occasion, cherché à lui nuire, de faire hommage au roi pour ses terres d'Irlande. Ils'y refusa en présence du roi, disant qu'il en avait déjà fait hommage au comte Jean. Ce refus dénotait, de la part du Maréchal, non seulement une loyauté qui ne fut jamais contestée, mais un certain courage, car Jean Sans-Terre était à ce moment en état de révolte ouverte contre son frère aîné. Ils'était réfugié en France et avait conclu une alliance avec Philippe-Auguste[109]. Richard approuva les scrupules du Maréchal. Jean n'en usa pas de même en une circonstance analogue, comme on le verra plus loin. Du reste, la révolte de Jean tirait à sa fin. Se sentant le plus faible, il ne devait pas tarder à demander un pardon qui lui fut généreusement accordé. En effet, Richard, ayant, en quelques semaines, à peu près rétabli l'ordre en Angleterre, s'embarqua pour la Normandie (12 mai 1194), que le roi de France avait envahie. Il était à Lisieux, chez Jean d'Alençon, archidiacre de l'église et son ancien vice-chancelier, lorsque Jean se fit annoncer, et se jeta aux pieds de son frère, implorant son pardon, Richard l'accueillit avec bienveillance : « N'ayez crainte, » lui dit-il, « vous êtes un enfant ; vous avez été en mauvaise garde. Ceux qui vous ont conseillé le paieront. » Et il fit mettre au feu pour son frère un saumon qu'on venait de lui envoyer. La scène est jolie et vraisemblable. Depuis lors, et pendant quelques centaines de vers, il n'est question du Maréchal qu'incidemment. Nous n'y perdons rien. Il accompagna Richard dans ses opérations militaires jusqu'au mois de juillet au moins, puisqu'il assistait à l'affaire de Freteval (vers le 3 juillet), où le roi de France fut mis en déroute. Il avait sans doute avec lui son fidèle Jean d'Erlée, et c'est probablement à celui-ci que nous sommes redevables des renseignements très précieux, bien que présentés avec assez peu d'ordre, que le poète nous a conservés sur la campagne de Richard en Normandie. Du combat de Freteval (juillet 1194), le poète passe à la prise de Vierzon (fin de juin 1 196). Le Maréchal avait assisté à ces deux affaires ; il est probable que, dans l'intervalle, il n'avait été mêlé à aucun événement qui eût laissé trace dans la mémoire de ses contemporains*[110]. Nous apprenons ensuite qu'il fut envoyé en mission auprès des comtes de Flandre et de Boulogne (v. 10688-93), qui devinrent hommes de Richard, au grand mécontentement de Philippe-Auguste (v. 10688-701). Enfin, on nous montre le roi d'Angleterre, accompagné de ces deux comtes, se rendant à une entrevue sollicitée par le roi de France. Naturellement, ce dernier se montra fort irrité en voyant ses anciens vassaux avec son ennemi, et il partit indigné. Il n'est pas très facile de faire cadrer ces notions, en partie nouvelles, avec les renseignements que nous avons d'ailleurs sur les mêmes événements. Il existe un traité d'alliance conclu entre le comte Jean, agissant avec l'assentiment de son frère Richard, et le comte Baudouin de Flandre. Cet acte, où le Maréchal figure comme témoin, est daté de Rouen, 8 septembre 11971. Il n'y est pas question du comte de Boulogne, mais Baudouin de Flandre était présent. Rien n'empêcherait, assurément, de placer la mission du Maréchal soit à la fin de 1196, soit dans la première moitié de 11972, sinon qu'il paraît bien douteux que cette mission lui ait été confiée. Nous possédons, en effet, un autre traité d'alliance, postérieur de quelques semaines au précédent[111], passé entre le roi d'Angleterre et le comte de Flandre, où il est expressément fait mention de trois chevaliers anglais envoyés à la cour de Baudouin. Or aucun de ces chevaliers n'est le Maréchal[112]. On va voir que, selon le poème, celui-ci fut chargé, peu de temps après, d'une seconde mission en Flandre. Il se pourrait que l'auteur, ayant entendu conter la même chose, avec des différences de détail, par deux personnes, ait cru que le Maréchal avait été deux fois en Flandre. L'entrevue des deux rois n'ayant pas abouti, la guerre recommença entre Philippe-Auguste et Richard, celui-ci appuyé par ses nouveaux alliés les comtes de Flandre et de Boulogne. Le roi de France se trouva attaqué de deux côtés : Richard guerroyait en Normandie et en Vexin, les comtes de Flandre et de Boulogne vers les limites de leurs terres et du domaine royal. Le poète nous donne, sur cette seconde partie des opérations, certains renseignements nouveaux, qu'il est, par suite, assez difficile de contrôler : Richard envoie aux comtes de Flandre et de Boulogne Guillaume le Maréchal et son neveu Jean[113], Pierre de Préaux et Alain Basset. Ceux-ci arrivés, le comte de Flandre se met en marche, avec ses communes, pour reprendre un château (non désigné) que lui avait enlevé Philippe-Auguste. Mais le roi de France s'avance avec de nombreuses troupes. Un conseil de guerre est tenu, où prévaut l'avis du Maréchal qui est d'offrir la bataille. Philippe-Auguste prend le parti le plus sage : il bat en retraite. La nouvelle en est portée à Richard qui la reçoit le lcp août [1197]. On ne trouve pas trace de ces événements dans la pauvre chronique de Rigord, mais on les reconnaît, bien que présentés sous un tout autre aspect, dans le récit de Roger de Howden, qui les place avant l'entrevue des deux rois[114]. La version du poème contient des détails précis que nous n'avons aucune raison de révoquer en doute. Suit le récit de la déroute du roi de France à Gisors[115], fait rapporté au 2 août d'une année qui n'est pas spécifiée, mais qui paraît être 1197 (v. 10924), tandis qu'il est placé par Roger de Howden et Rigord à la fin de septembre 1198s. Mais la chronologie de Rigord est peu sûre. A considérer la suite des événements, il semble bien probable que ce fut en 1197 et non en 1198 qu'eut lieu l'affaire de Gisors[116]. Il y a aussi de l'incertitude sur la date de deux incursions, qui paraissent avoir été simultanées, dirigées l'une contre le château de Milli[117], en Beauvaisis, l'autre vers un lieu appelé _Semilli_ (v. 16118) que je n'ai pas réussi à identifier. Notre poème est la source unique pour ces deux expéditions, dont la première fut dirigée par Richard lui-même. Le Maréchal s'y distingua. Il monta à l'assaut comme un simple soudoyer et fit prisonnier le connétable du château. Quant à la seconde, qui fut conduite par le routier Marcadé[118], bien connu d'ailleurs, elle aurait abouti à la prise du comte évêque de Beauvais, Philippe de Dreux. Ici encore, nous nous trouvons en présence de difficultés chronologiques qu'il n'est pas facile de résoudre. Tandis qu'ici, comme chez Rigord, la capture de l'évêque prend place après l'affaire de Gisors, selon les historiens anglais, elle serait antérieure[119]. L'évêque captif fut mis en « dure prison ». Nous le savions d'autre part. Mais, ce que nous apprenons par le poème, c'est qu'une réclamation intempestive présentée à Richard par un légat du pape, au cours d'une entrevue qui avait pour objet le rétablissement de la paix, faillit faire échouer la négociation. L'auteur, s'écartant, ce qui lui arrive bien rarement, de ce qu'il appelle sa matière, a introduit dans sa narration un épisode extrêmement intéressant, qui montre qu'il était exactement informé des événements du temps et qu'il avait beaucoup d'esprit. La guerre dura si longtemps, nous dit le poète, que le roi de France finit par s'en fatiguer, d'autant plus qu'il voyait certains de ses vassaux le quitter pour faire hommage à Richard. On lui conseilla de solliciter l'intervention de Rome. Il le fit, ayant soin de munir son ambassadeur des reliques de saint Rufin et de saint Albin, « qui sont des bons martyrs de Rome, » comme il dit plaisamment (v. 11367), c'est-à-dire d'une quantité suffisante d'or rouge et d'argent blanc. Le pape ne résista pas à une requête si bien appuyée, et envoya au roi le cardinal Pierre de Capoue, que le poète, avant de le mettre en scène, a bien soin de décrire au physique et au moral. L'entrevue, à laquelle n'assistait aucune autre personne que Richard et le légat pontifical, est sans doute un peu arrangée ; mais le récit que nous en fait le poète, et qui doit se fonder indirectement sur le rapport de l'un des interlocuteurs, est trop vraisemblable pour n'être pas vrai. L'entrevue commence par un échange de compliments ; puis le cardinal fait part au roi du désir qu'éprouve Philippe-Auguste de voir une bonne paix mettre fin à la guerre. Le roi d'Angleterre proteste qu'il est dans les mêmes intentions, pourvu seulement qu'il soit remis en possession des terres qui lui onfrété enlevées. Même il tiendra Philippe quitte de tous les autres griefs qu'il pourrait faire valoir contre lui. Mais le cardinal craint que le roi de France ne se décide pas à rendre ce qu'il a pris ; ses conseillers ne l'approuveraient pas. — « Alors, Dieu vous garde ! » dit Richard. « Tant que je pourrai monter à cheval, il ne tiendra pas ma terre en paix ! » Le cardinal a recours à un argument bien usé, et, dans le cas présent, assez mal choisi : il invoque l'intérêt de la sainte terre de Jérusalem qui pâtit du dissentiment des deux rois. Fort naturellement, Richard répond que ce sont précisément les intrigues du roi de France qui ont empêché la délivrance de la Terre sainte, en l'obligeant à revenir en Europe pour défendre ses possessions. Et il termine en accusant formellement Philippe d'avoir été l'instigateur de son emprisonnement. Le cardinal insiste et finit par obtenir le consentement du roi à une trêve de cinq ans, pendant lesquels Philippe tiendrait en gage les châteaux normands dont il s'était rendu maître, mais n'occuperait, en dehors de ces châteaux, « pas plein pied de la terre. » Après quoi, le négociateur, qui avait, selon l'apparence, une mission particulière du pape, aborde un autre sujet, et demande à Richard, au nom de la cour de Rome, de rendre un saint homme d'église qu'il tient en prison. Etonnement de Richard, qui ne devine pas d'abord de qui il s'agit. — C'est l'évêque de Beauvais : « il est mal de garder un homme qui est oint et sacré. » Cette demande intempestive faillit tout gâter. Le roi s'emporta ; il accabla d'injures le misérable cardinal, et, pour un peu, il l'eût assommé. Le malheureux s'enfuit, craignant pour sa peau, et s'en alla conter à Philippe sa mésaventure, tandis que les chevaliers français riaient de sa mine effarée. Aussitôt après cette scène, le Maréchal entra dans la tente de Richard, qu'il trouva très excité, et le calma par de sages paroles. Le roi de France, sur l'avis de ses barons, accepta la trêve dans les conditions dictées par le roi d'Angleterre, mais, pour rien au monde, le cardinal n'aurait voulu reparaître devant Richard ; aussi, envoya-t-on à sa place l'archevêque de Reims, Guillaume aux blanches mains, l'oncle du roi de France, qui termina la négociation, et ainsi fut conclue la trêve dite du Goulet (1199). Peu après, le 26 mars 1199, Richard fut blessé mortellement au cours d'une expédition en Limousin. Le poète raconte très sommairement les circonstances dans les quelles le roi trouva la mort. Ce n'était pas de son sujet puisque, lors de cet événement, Guillaume le Maréchal était en Normandie. Il est à noter toutefois que le château qu'as siégeait Richard, lorsqu'il fut frappé, est ici celui de Nontron, et non pas Châlus, comme il est dit ailleurs[120]. Mais on doit surtout appeler l'attention sur une circonstance qui confirme ce que nous savions déjà de la minutieuse exactitude de notre auteur. Lorsque Richard se sentit grièvement atteint, il envoya au Maréchal un messager porteur de lettres par lesquelles il le nommait gardien de la Tour de Rouen, où était enfermé son trésor. Le messager fit diligence ; il trouva le Maréchal au Vaudreuil, siégeant comme juge d'un plaid entre Engeugier de Bohon et Raoul d'Ardene[121]. Or, l'acte qui mit fin à ce débat nous a été conservé ; il est daté du 7 avril 11992. L'envoyé de Richard dut arriver au Vaudreuil soit avant la rédaction de l'acte, puisque, d'après le poème, il trouva les barons réunis pour ouïr la cause, soit le jour même où l'acte fut écrit ; supposons que ce fut le 6 ou le 7. Si on considère que Richard fut blessé le 26 mars, que le messager ne put, selon toute vraisemblance, se mettre en route que le lendemain ou le surlendemain, que la distance de Nontron ou Chàlus au Vaudreuil est un peu supérieure à 400 kilomètres, on jugera sans doute que ce voyage a pu demander huit ou dix jours, ce qui correspond exactement aux indications du poème. Richard mourut le 6 avril. La nouvelle de sa mort parvint à Rouen, où le Maréchal s'était transporté, le 10 au soir (v. 11836), par conséquent, en cinq jours seulement ; mais on comprend qu'un message de cette importance ait été porté avec une rapidité exceptionnelle. Lorsque la funeste nouvelle arriva, le Maréchal allait se mettre au lit. Il se rhabilla en hâte et courut à Notre-Damedu-Pré, prieuré situé tout près de Rouen, où il savait trouver l'archevêque de Cantorbéry, Hubert Gautier, qui, en le voyant à cette heure tardive, devina le motif de sa visite et se répandit en lamentations. « Il faudrait, » dit le Maréchai, « nous hâter d'élire son successeur. » L'archevêque proposa Arthur de Bretagne. Le Maréchal fut d'un autre avis ; il se défiait d'Arthur, qui, disait-il, était mal conseillé, et n'aimait pas « ceux de la terre, » c'est-à-dire les Anglais (v. 11890). Le comte Jean était l'héritier le plus proche, et c'est lui qu'il fallait choisir. — « Maréchal, » reprit l'archevêque, « ainsi soit-il ; mais je vous dis que jamais d'aucune chose que vous ayez faite vous n'aurez eu autant de repentir » (v. 11906). Nous ne savons si les choses se sont passées comme le dit notre historien. Peut-être a-t-il cédé à la tentation de grandir le rôle de son héros[122]. Ce qui est sûr, c'est qu'il avait de Jean Sans-Terre, comme au reste tous ses contemporains, une assez triste opinion. Prudemment, il l'insinue sous le couvert d'un homme de grande autorité. § 5. _Guillaume le Maréchal sous le règne de Jean_. — La prophétie de l'archevêque de Cantorbéry devait se réaliser. Si Guillaume fut pour quelque chose dans l'élection de Jean, il dut, plus d'une fois, le regretter. Aucune sympathie ne pouvait exister entre ces deux hommes. Le nouveau roi était aussi peu chevaleresque que possible. Fourbe par nature, il ne croyait pas à la loyauté d'autrui, et le Maréchal, qui pourtant lui resta toujours fidèle, eut, pendant des années, à souffrir de sa malveillance. Le poète nous dit que le Maréchal, aussitôt après la mort de Richard, envoya Jean d'Erlée en Angleterre pour saisir la terre. D'après Roger de Howden, le comte Jean, aussitôt son frère mort, aurait envoyé en Angleterre l'archevêque de Cantorbéry et Guillaume le Maréchal pour maintenir la paix, de concert avec le grand juge, Geoffroi Fils Pierre, et les autres barons du royaume[123]. Ces deux assertions, en apparence contradictoires, ne sont, cependant, pas inconciliables. Il faut seulement les rapporter à deux moments successifs et tenir compte de certaines lacunes dans l'information de chacun des auteurs. Il est certain que le Maréchal resta en Normandie jusque vers la fin de mai. Roger n'a donc pas été tout à fait exact en disant que Jean l'avait envoyé en Angleterre aussitôt (statim) après la mort de Richard. Le 21 mai, le Maréchal était à Dieppe*[124], se préparant à partir pour l'Angleterre, où il devait assister, le 27 mai, jour de l'Ascension, au couronnement de Jean[125]. Il repartit bientôt après pour le continent. Le 20 juin, nous le retrouvons, avec le roi, à Shoreham[126] prêt à s'embarquer. Le 29 juin, il est à la Roche-d'Orival, et, le 1 or juillet, à Rouen, toujours avec le roi. Le poète a ignoré ce court voyage du Maréchal en Angleterre ; il ne parle, du reste, que très sommairement du couronnement auquel il n'avait pas assisté (v. 11945). On peut donc admettre que Jean d'Erlée est parti le premier, comme le dit le poète, et que le Maréchal est parti plus tard, comme le dit Roger de Howden. Pendant quelques années, — jusqu'en 1204 ou 1205, — le Maréchal paraît avoir été en grande faveur auprès du nouveau roi. Le jour de son couronnement, Jean lui octroya le titre de comte de Striguil[127]. Peu de temps après, il le nomma shérif du comté de Gloucester[128], et lui conféra l'office de maréchal, vacant depuis la mort de Jean le Maréchal, l'aîné de la famille[129]. Un peu plus tard, en 1201, il lui concéda des gardes fructueuses : celle du château de Cardigan[130], celle de la terre de Guillaume Pipart[131]. En juillet et août 1200, il se fit accompagner par lui en Gascogne[132], circonstance dont le poète fait mention en un passage qui, par suite d'une omission[133], reste assez obscur. Depuis lors jusqu'au commencement de l'année 1206, le Maréchal paraît avoir été presque constamment au service du roi, soit qu'il fût avec lui, ce qui est le cas le plus fréquent, soit qu'il accomplît quelque mission[134], de sorte que son itinéraire se confond, pour certaines années, avec celui du roi Jean. Le Maréchal n'accompagnait pas le roi au moment où Arthur de Bretagne fut fait prisonnier à Mirebeau, le 1" août 1202. Il séjournait, nous le savons par le poème, à Anglesqueville (v. 12136), dans le pays de Caux, où il avait, par sa femme, d'importantes possessions. Il avait dû quitter le roi vers la fin de juin et ne le rejoignit, à Argentan, que vers le 10 août[135]. L'auteur ne nous dit rien de la fin mystérieuse d'Arthur. S'il avait, à ce sujet, des informations, il a cru sans doute que la discrétion lui faisait un devoir de ne pas les divulguer. Mais nous devons lui savoir gré de s'être un peu écarté de son sujet pour nous faire connaître les conventions qui avaient eu lieu entre le roi et Guillaume des Roches avant la prise d'Arthur. Nous savions bien, par la Philippide de Guillaume Le Breton, que Guillaume des Roches, avant l'attaque de Mirebeau, avait fait jurer à Jean de faire une paix amie avec Arthur et de ne transporter aucun de ses prisonniers au nord de la Loire ; mais ici nous trouvons, sur ces conventions et sur le manque de foi de Jean, des détails bien autrement précis et assurés. Le poète affirme positivement que ce fut par le conseil de Guillaume des Roches que l'expédition de Mirebeau fut entreprise, que ce fut en partie grâce à sa vaillance qu'elle réussit[136]. Dans une scène émouvante, il nous montre le sénéchal d'Anjou retraçant à Jean les circonstances par lesquelles il a été amené à prendre parti contre Philippe-Auguste, mais à condition que les intérêts d'Arthur et de sa grand'mère Aliénor fussent sauvegardés, et lui rappelant ses promesses attestées par serment ; tandis que Jean, fourbe à son ordinaire, feint de se ranger à son avis pour ensuite lui manquer de parole. « Guillaume des Roches, » ajoute le poète, « le lui fit payer en se tournant du côté du roi de France. Il en coûta à Jean de ne pas l'avoir cru ; c'est par Guillaume des Roches qu'il perdit plus tard l'Anjou, le Maine, le Poitou. » Toute une page d'histoire nous est ainsi restituée. Le Maréchal ne paraît pas avoir pris une part bien active à la défense de la Normandie contre les attaques de Philippe-Auguste. C'est que le roi Jean lui-même n'apporta point, à la défense de sa terre, l'énergie dont il fit preuve dans la répression des révoltes de ses sujets du Maine ou de l'Anjou. Il n'offrit à son actif et entreprenant adversaire qu'une résistance molle et intermittente, changeant à tout instant de résidence, de peur d'être trahi par les siens, laissant succomber, les uns après les autres, ses châteaux assiégés, jusqu'au moment où, après une fuite éperdue par la Normandie, il s'embarqua pour l'Angleterre. Il arriva cependant une fois qu'il tenta de secourir l'un de ses châteaux, le plus important de tous, Château-Gaillard, construit peu d'années auparavant, en une position très forte et selon les règles les plus récentes de la fortification, par Richard[137]. Philippe-Auguste mit le siège devant Château-Gaillard en septembre 1203 et s'en rendit maître le 6 mars suivant[138]. Mais, avant d'attaquer le château, il l'avait bloqué en s'emparant de divers postes avancés, et notamment de Radepont. C'est au cours de ces opérations préliminaires que Jean, au rapport de Guillaume Le Breton[139], fit diriger, contre les Français, une attaque qui, du reste, ne réussit pas. Dans sa chronique, Guillaume Le Breton nous apprend que la troupe envoyée était composée de cotereaux, de routiers et d'un petit nombre de chevaliers[140], mais il ne dit point par qui elle était commandée. Dans la Philippide, au con traire, on voit le roi Jean adresser au Maréchal un pompeux discours[141] et le charger de conduire l'attaque à la tête de trois cents chevaliers choisis, de trois mille hommes à cheval, de quatre mille hommes de pied et de la troupe du chef de routiers qu'en une autre occasion notre poète appelle Lovrekaire[142]. Ce deuxième récit m'inspire peu de confiance. Je n'y vois qu'une mauvaise amplification de l'exposé beaucoup plus simple fait par le même Guillaume Le Breton dans sa chronique. Tandis que la chronique ne parle que des cotereaux et routiers avec un petit nombre de chevaliers, la Philippide suppose l'emploi de tout un corps d'armée qui n'aurait pas eu moins de huit mille hommes, ce qui, pour une expédition de nuit, est simplement absurde. D'ailleurs, jamais Jean ne fut en état de mettre en ligne un nombre d'hommes aussi considérable. La présence du Maréchal à la tête de cette expédition, n'étant attestée que par la Philippide, peut être considérée comme très douteuse. S'il y avait pris part, il serait singulier que l'Histoire de Guillaume le Maréchal eût gardé le plus complet silence sur cet épisode, qui pourtant ne manquait pas d'importance. Le* ou le 6 décembre 1203, le roi s'embarqua à Barfleur pour l'Angleterre, emmenant avec lui le Maréchal[143]. Il promettait de revenir prochainement avec du renfort. Il n'en fit rien. Lorsqu'il fut informé que, faute de secours, Rouen et ses autres places fortifiées devraient bientôt ouvrir leurs portes à Philippe-Auguste (ce qui, du reste, était à prévoir), il envoya en Normandie (avril 1204) une mission composée de l'archevêque de Cantorbéry, du comte de Leicester et du Maréchal, afin de négocier avec le roi de France[144]. Le poète, sans entrer dans d'autres détails au sujet de l'objet de cette mission, nous dit que l'entrevue eut lieu au Bec[145] et que le roi de France repoussa les conditions qui lui étaient proposées. Mais il ajoute que Philippe-Auguste fit entendre aux négociateurs anglais que, s'ils ne lui faisaient hommage à un terme fixé pour leurs terres de Normandie, ils les perdraient. Ils se décidèrent alors à passer avec lui une convention. Moyennant paiement d'une somme de cinq cents marcs, ils obtinrent du roi un répit d'un an et un jour. Si, dans cet intervalle, le roi d'Angleterre ne réussissait pas à recouvrer sa terre, ils seraient tenus de faire hommage au roi de France. Ici, nous pouvons constater une fois de plus avec quelle exactitude l'auteur était informé de tout ce qui concernait l'histoire de son héros. Nous possédons l'acte qui constate cette convention entre Philippe-Auguste et le Maréchal ; nous y voyons que ce dernier remet au roi ses châteaux de Normandie en gage et lui paie, pour l'obtention du répit d'un an, la somme de cinq cents marcs indiquée dans le poème. L'acte est passé à Lisieux vers le milieu de mai de l'année 1204 3. Le Maréchal revint en Angleterre tandis que Philippe-Auguste assiégeait Rouen, qui ne tarda pas à capituler. Le roi Jean, cependant, rassemblait une armée à Portsmouth[146]. Mais il paraît que ses barons ne répondirent pas avec beaucoup d'empressement à son appel[147]. Le temps s'écoula, et l'idée d'une expédition, qui n'avait peut-être jamais été sérieusement projetée, fut abandonnée. Depuis son retour en Angleterre jusqu'au commencement de l'année 1205, le Maréchal semble avoir suivi, de place en place, la cour du roi, sauf pendant quelques semaines des mois de juillet, août, octobre et novembre[148]. C'est sans doute à l'une de ces époques, où nous le perdons de vue, qu'il fit en Galles une expédition et s'empara de la petite ville de Kilgeran, dans le comté de Pembroke[149]. En février 1205, Jean résolut d'en voyer de nouveau une ambassade à Philippe-Auguste. Il en chargea, à l'insu de l'archevêque de Cantorbéry, le Maréchal et l'archidiacre de Wells, qui était le garde de son sceau. Avant de partir, le comte de Striguil exposa au roi les conditions qui lui étaient imposées : « Je n'ai pas sûreté de paix, » lui dit-il ; « le terme approche où je perdrai ma terre de Normandie sans espoir de la recouvrer, si je ne fais hommage au roi de France. Que dois-je faire ? » Jean lui répondit qu'il avait pleine confiance en sa loyauté et qu'il consentait à ce qu'il fît hommage au roi Philippe (v. 12948 et suiv.). Le Maréchal s'exagéra-t-il la portée des paroles du roi ? nous l'ignorons ; toujours est-il qu'il partit rassuré, et lorsque Philippe, qu'il trouva à Compiègne, lui eut rappelé son engagement, il n'hésita pas à lui faire hommage[150]. Ce fut la cause d'une brouille qui dura plusieurs années entre lui et le roi Jean. L'archevêque de Cantorbéry avait appris que le roi négociait en dehors de lui. Froissé de ce qu'il considérait comme un manque d'égards, il fit savoir à Philippe-Auguste, par une voie indirecte, que le Maréchal et l'archidiacre de Wells n'avaient nulle qualité pour traiter de la paix. Le roi de France rompit aussitôt les négociations et les messagers revinrent en Angleterre tout déconfits[151]. Jean leur fit mauvais accueil et reprocha aigrement au Maréchal d'avoir fait hommage contre lui au roi de France. Et, lorsque Guillaume lui répondit qu'il l'avait fait avec son autorisation, Jean lui opposa un démenti et le menaça du jugement des barons. Le comte répondit qu'il s'y soumettait de plein gré. Peu après, le roi, ayant rassemblé à Portsmouth des troupes pour passer en Poitou et combattre le roi de France, somma le Maréchal de l'accompagner. Celui-ci refusa. Fureur de Jean, qui de nouveau veut le faire juger par les barons présents. Ceux-ci se regardent et restent silencieux. Le roi se tourne du côté de ceux qu'il appelait ses bacheliers et leur demande conseil, ce qui était une manière de les exciter à provoquer le Maréchal en duel. Mais il ne réussit pas mieux. Voyant enfin qu'il ne pouvait rien contre un homme aussi universellement respecté, il recommença à lui faire bonne mine, lui prenant toutefois son fils aîné à titre d'otage (v. 13272). Ce ne fut que l'année suivante qu'il fit son expédition en Poitou, et cette fois il n'insista pas pour se faire accompagner du Maréchal. Il le laissa en Angleterre, lui confiant même, ainsi qu'à d'autres chevaliers, la garde du pays ». Il revint en Angleterre au mois de décembre 1206, après une absence d'un peu plus de six mois. Le Maréchal lui demanda la permission d'aller en Irlande visiter les vastes terres qu'il y possédait par sa femme et qu'il n'avait jamais vues[152]. Le roi y consentit à grand'peine, soit que réellement il eût besoin de ses services, soit que, défiant par nature, il craignit de lui voir prendre en Irlande une trop grande position. Il avait déjà son fils aîné à titre d'otage, il lui prit encore le second (v. 13419). Enfin, au mois de février, le Maréchal passa en Irlande. Les difficultés qu'il y rencontra, et qui, pour la plupart, lui furent suscitées par le roi Jean, ont fourni à notre auteur assez de matière pour qu'il n'ait pas cru utile d'allonger son récit en nous renseignant sur l'étendue des possessions du Maréchal[153], sur ses rapports avec ses vassaux, sur l'état de l'Irlande au commencement du xiii° siècle. Certes, il nous eût été précieux de trouver ici, sur ceux qu'on appelait les « Irois sauvages[154], » quelques observations du genre de celles que fit, au xvi* siècle, le poète Edmond Spenser. Mais l'historien du Maréchal n'avait sans doute jamais été en Irlande, et Jean d'Erlée, qui avait accompagné son seigneur, et qui, pour un temps, avait gouverné à sa place, n'était sans doute pas curieux d'ethnographie. Quoi qu'il en soit, le poète ne fait aucune mention des luttes que le comte de Pembroke eut à soutenir contre les naturels de l'île, et dont nous ne connaissons pas les causes. Particulièrement, nous savons par Mathieu de Paris qu'il enleva à l'évêque de Ferns, Irlandais de nation, deux manoirs, et qu'ayant refusé de les rendre, sous prétexte qu'il les avait pris en temps de guerre, il encourut l'excommunication, dont il dédaigna de se faire relever[155]. Mais nous ignorons quand et dans quelles circonstances eut lieu cette guerre. A lire le poème, il semblerait que l'Irlande, ou du moins la partie du sud-est, où étaient les vastes domaines du Maréchal, n'ait été habitée que par des Anglais qui, du reste, ne cessaient de se quereller. A peine arrivé en Irlande, le Maréchal se trouva en conflit avec le grand juge Meilier. L'histoire de ces démêlés, d'où sortit une guerre véritable, occupe environ 700 vers du poème[156]. C'est un récit entièrement nouveau, dans lequel peuvent trouver leur place divers documents diplomatiques connus antérieurement, mais dont la portée exacte n'apparaît que grâce au poème, car là seulement est clairement indiquée la position relative du Maréchal, de Meilier et du roi Jean. Il est facile de comprendre que Meilier, jusque-là toutpuissant en Irlande, ait vu avec déplaisir l'arrivée d'un haut homme dont l'autorité ne pouvait manquer de contrebalancer la sienne. Aussi s'efforça-t-il de l'éloigner. Il obtint facilement du roi[157] Jean, déjà mal disposé à l'égard du Maréchal, le rappel de celui-ci en Angleterre. Lui-même fut rappelé en même temps, mais, en partant, il ordonna à ses hommes de ravager la terre du Maréchal et de faire tout le mal possible à ceux qui la gardaient. Il fut obéi : on incendia quelques granges appartenant au Maréchal, on tua quelques-uns de ses hommes, mais finalement l'entreprise de Meilier échoua misérablement[158]. Cependant, le comte de Pembroke et Meilier, chacun de son côté, s'étaient embarqués pour l'Angleterre. Le premier aborda en Galles le 29 septembre 1207 3. Il ne paraît pas s'être pressé de se rendre auprès du roi. Il est probable qu'il séjourna à Chepstow ou dans quelqu'autre de ses châteaux du pays de Galles. Le 20 novembre, il était à Bristol[159]. C'est seulement le 25 janvier que nous constatons sa présence à la cour du roi[160], où Meilier l'avait certainement devancé, bien que le poème ne le dise pas[161]. Peut-être le Maréchal retarda-t-il sa visite au roi pour ne pas se rencontrer avec son adversaire ; en quoi il eut tort, car celui-ci profita de son absence pour lui nuire. Vers le même temps commença la querelle du roi Jean avec Guillaume de Briouze, dont la famille était alliée à celle du Maréchal[162]. Meilier se fit fort de les amener prisonniers l'un et l'autre, pourvu que le roi lui permît de retourner en Irlande et rappelât en Angleterre ses hommes d'Irlande, au nombre desquels étaient, naturellement, les hommes du Maréchal, notamment Jean d'Erlée, Étienne d'Evreux, Jean de Sauqueville. Le roi fit expédier ses lettres en conséquence et Meilier partit pour l'Irlande. Le comte se présenta alors au roi et lui demanda, lui aussi, la permission de retourner en Irlande. Elle lui fut refusée. Il séjourna donc en Angleterre, suivant le roi de place en place, jusqu'à la fin de mars 1208 3. Ici, un trait bien caractéristique, que nous n'avons aucune raison de révoquer en doute et qui, même inexact, montre quelle opinion les contemporains avaient de Jean. Il arriva que, par suite des mauvais temps, aucune nef, sauf celle de Meilier, ne put faire la traversée entre l'Angleterre et l'Irlande de la Saint-Michel 1207 (29 septembre) à la Chandeleur 1208 (2 février). On était, à la cour du roi, sans nouvelles des événements d'Irlande. C'est dans ces circonstances que Jean se plut à faire connaître au Maréchal les péripéties d'un combat entre ses partisans et ceux de Meilier, dans lequel Jean d'Erlée et plusieurs des fidèles du Maréchal auraient été tués ou blessés. « C'est grand dommage de ces chevaliers, car ils étaient vos hommes, » répondit le comte. Mais il ne pouvait comprendre par quelle voie ces mauvaises nouvelles étaient parvenues au roi. Il apprit bientôt qu'elles étaient imaginaires. Au commencement du carême[163] la traversée devint possible, et des nouvelles d'Irlande furent transmises simultanément au roi et au comte. Elles étaient très favorables à ce dernier. Les hommes du Maréchal, s' étant concertés, avaient éludé l'ordre de revenir en Angleterre[164], et, aidés de Hugues de Laci, comte d'Ulster, avaient ravagé la terre de Meilier. Le roi, dès lors, changea de conduite à l'égard du Maréchal, il lui fit bonne mine et lui donna la permission de retourner en Irlande. Le comte s'empressa d'en profiter, et, revenu parmi les siens, il se montra miséricordieux envers ceux qui l'avaient attaqué. Meilier dut, toutefois, lui abandonner un de ses châteaux et lui laisser, après son décès, sa terre en héritage[165]. Le Maréchal passa sans doute en Irlande la fin de l'an née 1208 et l'année 1209. C'est peut-être à cette époque qu'il eut avec ses voisins, et particulièrement avec l'évèque de Ferns, les démêlés dont il a été parlé plus haut[166]. Nous ne saurions l'affirmer. Il y a ici comme une page blanche dans l'Histoire du Maréchal[167]. En 1210, il se trouva mêlé à la querelle de Guillaume de Briouze. Ce dernier, fuyant la colère de Jean, s'était embarqué pour l'Irlande avec sa femme et ses enfants, en plein hiver[168], espérant trouver un asile auprès de Gautier de Laci, son gendre. Jeté par la tempête sur la rive d'Irlande, auprès de Wicklow, où se trouvait le Maréchal, il avait été recueilli par ce dernier. Sommé par le grand juge d'Irlande (Jean, évêque de Norwich, qui avait succédé en cette qualité à Meilier) de lui livrer « le traître du roi », le comte refusa et conduisit Guillaume à Gautier de Laci. Le roi, irrité, manda le Maréchal auprès de lui ; puis, ayant rassemblé son ost, il passa en Irlande. Le 24 juin, il était à Kilkenni, sur les terres du Maréchal, qui eut, ce jour-là, à nourrir toute l'armée royale (v. 14259-63). Après avoir pris Carrickfergus, Jean se rendit à Dublin, et là, en présence des barons assemblés, il reprocha au comte d'avoir donné asile à son mortel ennemi. Le comte se défendit en disant qu'à ce moment il ignorait les griefs du roi contre Guillaume de Briouze. « Au surplus, » dit-il en terminant, « si personne, sauf vous, y trouve à redire, je suis prêt à me défendre au jugement de la cour. » Personne ne dit mot, et cette fois encore Jean[169], qui, volontiers, l'eût fait passer en jugement, dut ronger son frein. Toutefois, il lui réclama de nouveaux otages, bien qu'il eût déjà ses deux fils aînés et plusieurs de ses châteaux. La persécution que Guillaume de Briouze et les siens eurent à souffrir de la part de Jean était connue par divers documents qui sont cités dans les notes de la traduction*, mais le poème nous fournit sur cette affaire un utile supplément d'informations. En 1211 ou peut-être 1212 3, le comte de Pembroke dut accompagner le roi dans une expédition en Galles. A cette occasion, les otages qu'il avait dû fournir lui furent rendus. Puis il revint en Irlande, mais il n'y séjourna pas longtemps. Au commencement de l'année 1213, Philippe-Auguste préparait une expédition contre l'Angleterre. On conseilla au roi Jean d'appeler à lui le Maréchal, comme l'homme le plus capable de donner un bon avis. Le roi le fit ; mais, d'abord, pour effacer la trace des différends passés, il lui rendit ses deux fils, ou, du moins, il les remit en garde à Jean d'Erlée, qu'il nomma, par surcroît, maréchal de son hôtel (v. 14546). Depuis lors, le comte paraît avoir été l'un des principaux conseillers du roi. Le poète raconte sommairement la destruction de la flotte française à Dam (v. 14605 et suiv.), l'expédition de Jean en Poitou en 1214 (v. 14672 et suiv.), la bataille de Bouvines (v. 14733 et suiv.). Il ne s'étend pas sur ces événements, qui, comme il le dit en un endroit (v. 14730), n'appartiennent pas à son sujet. C'est aussi en quelques mots qu'il annonce la lutte des barons contre le roi. Il a des origines de ce différend une conception très simple et, du reste, en grande partie exacte. « Le roi, dit-il, avait fait tort à tels qui se liguèrent contre lui, et d'autres les suivirent à qui il n'avait en rien méfait » (v. 14847-50). Ni ici ni plus loin il n'est question de la grande assemblée tenue à Saint-Albans par Geoffroi Fils Pierre, ni de la grande Charte, à laquelle, bien certainement, ni lui ni ses contemporains n'attribuaient l'importance que cet acte célèbre a prise aux yeux de la postérité. L'auteur interrompt un instant son récit pour nous entretenir des cinq fils et des cinq filles du Maréchal et du mariage de l'aîné des fils avec la fille de Baudouin de Béthune, comte d'Aumale (v. 14860-15022)[170], puis il revient à la guerre des barons. Ce qu'il en dit n'est ni très précis ni très neuf, soit que les renseignements lui aient fait défaut et qu'il ait été obligé de s'en tenir à des souvenirs personnels devenus un peu confus, soit aussi qu'il ait craint de donner trop de détails sur une période profondément troublée, où des hommes qu'il avait à ménager se trouvèrent rangés en des partis opposés. Il est probable que ces deux causes ont agi dans une mesure variable. Que l'auteur n'ait pas dit tout ce qu'il savait, c'est ce dont on ne saurait douter en présence de son propre témoignage : « Mais il me faut passer rapidement (_trespasser_[171] l) sur la guerre qui eut lieu en Angleterre entre le roi et ses barons, car il y eut trop de circonstances qui ne sont pas belles à conter. H _pourrait m'en arriver mal »_ (v. 15031-6). Nous possédons heureusement, pour les derniers temps du règne de Jean, plusieurs bonnes chroniques, et, de plus, il nous est parvenu un nombre considérable de documents diplomatiques auxquels l'auteur de l'Histoire du Maréchal ne pouvait avoir accès, de sorte qu'en somme nous connaissons mieux les causes de la révolte des barons, les rapports du roi Jean avec la cour de Rome et avec le roi de France que les mieux informés des contemporains[172]. On peut, toutefois, recueillir dans les récits de notre poète, outre une impression générale, qui devait être celle des hommes modérés du temps, certaines notions utiles. Ainsi, il nous apprend que ce fut dans un parlement tenu à Londres que les barons anglais décidèrent d'offrir la couronne d'Angleterre à Louis, fils de Philippe-Auguste (v. 15061 et suiv.). On relèvera aussi un témoignage personnel sur les pertes des Français entre Winchester et Romsey (v. 15110-16). Ce qui est surtout intéressant, c'est le soin qu'il a de faire ressortir la loyauté (dans le sens de l'anglais _loyalty_) de son héros, qui, malgré les griefs qu'il avait contre le roi Jean, lui resta fidèle jusqu'au dernier jour (v. 15122 et suiv.). Il aurait pu dire, mais, naturellement, il s'en est bien gardé, que cet exemple n'avait pas été suivi par le jeune Guillaume le Maréchal (celui même à la demande de qui fut composé le poème), qui, se séparant de son père, avait fait cause commune avec les barons révoltés. Du reste, il semble bien que, même en ce qui concerne l'histoire propre du comte de Pembroke, l'auteur n'a pas été renseigné d'une manière très complète. Ainsi, il ne paraît pas savoir que le Maréchal fit partie de l'ambassade envoyée, en mars ou avril 1215, au roi de France pour le prier d'empêcher son fils de se rendre à l'appel des barons anglais[173]. Cette démarche n'eut, d'ailleurs, aucun résultat. Le récit des derniers moments de Jean est émouvant. Le roi mourant confia son jeune fils Henri à la garde du Maréchal, à qui il demanda pardon des torts qu'il avait eus envers lui (v. 15167 et suiv.). A partir de ce moment, et jusqu'au dernier vers, le poème fournit sur les événements contemporains une suite ininterrompue de témoignages nouveaux et importants. Le mérite littéraire n'est pas inférieur à la valeur historique. Il y a dans cette fin de l'Histoire du Maréchal des pages qui égalent les récits de la mort de Henri II ou de la première entrevue du Maréchal avec le roi Richard. Le poète s'anime : il peut donner libre cours à ses sentiments ; il n'a plus à garder la réserve qui s'imposait à lui lorsqu'il avait à parler du roi Jean. Le ton de la narration s'élève et est en accord avec la gravité d'événements dans lesquels, désormais, le comte de Pembroke aura le premier rôle. § 6. _Guillaume le Maréchal régent d'Angleterre_. — Le roi Jean mourut (18 octobre 1216) laissant un trésor vide, une armée réduite par d'incessantes défections, incapable de résister longtemps aux barons révoltés, qui, unis aux Français conduits par le fils de Philippe-Auguste, occupaient plus de la moitié du royaume. Il avait l'appui de la cour de Rome ; il n'avait pas celui de ses sujets, auxquels, avec ses bandes de Brabançons pillards, il avait fait autant de mal que l'ennemi. Les probabilités, s'il avait vécu, étaient qu'il eût été déposé et que Louis de France eût été proclamé roi d'Angleterre. Sa mort fut le salut de sa dynastie. Le roi enterré à Worcester, on procéda rapidement au couronnement de son fils, enfant de neuf ans, et à son admission dans la chevalerie. On se rappela que le Maréchal avait eu l'honneur, quarante-trois ans auparavant, d'adouber le jeune roi, fils de Henri II, et ce fut lui qui fut désigné pour ceindre l'épée au jeune Henri III. C'était comme le prélude d'un honneur plus grand. Le jeune souverain ne pouvant, évidemment, exercer par lui-même l'autorité royale, il était nécessaire de pourvoir sans retard au gouvernement du pays. On eût pu établir un conseil de régence, comme on avait fait lorsque Richard était parti pour la croisade ; on fit mieux : on nomma un régent, qui avait en même temps la garde du roi (rector regis et regni), et on se trouva d'accord pour choisir le comte de Pembroke. Certes, on n'accusera pas le vieux chevalier d'avoir brigué cette fonction redoutable ou même de l'avoir désirée : le poème, dont le témoignage est précis et détaillé, nous le montre faisant tous ses efforts pour détourner de lui ce qu'il considérait comme un fardeau trop lourd pour un homme de son âge, engageant les barons à choisir plutôt le comte de Chester et n'acceptant qu'après le refus de celui-ci et sur l'injonction du légat Galon. Mais, sa résolution une fois prise, son énergie s'éleva à la hauteur de la tâche dont il s'était chargé. Comme son fidèle Jean d'Erlée, qui, d'abord, l'avait détourné d'accepter la régence, lui remontrait qu'en mettant les choses au pis, à supposer qu'il lui fallût fuir en Irlande avec le jeune roi, il ne pouvait manquer d'y recueillir de l'honneur, le vieux Maréchal s'était écrié : « Par le glaive de Dieu ! ce conseil est vrai et bon : il me va si droit au cœur que, si tous l'abandonnaient, savez-vous ce que je ferais ? Je le porterais sur mes épaules, jambe deçà, jambe delà, d'île en île, de terre en terre, et je ne lui manquerais pas, si même il me fallait mendier monpain ! » Les partisans du roi d'Angleterre considéraient la situation comme presque désespérée. Savari de Mauléon, qui avait été l'un des plus fermes soutiens de Jean, quitta le pays pour se rendre en Poitou (v. 15713), et, pendant les premiers mois de la régence du Maréchal, Louis de France obtint divers succès. Mais, dès le commencement de l'an née 1217, les événements prirent une tournure moins défavorable. Le parti royal avait des éléments de résistance qui gagnèrent en force par la mort de Jean. Le Saint-Siège, représenté par le légat Galon, continua au jeune Henri la protection qu'il avait accordée à son père, et lui rallia un certain nombre d'évêques. Puis, divers barons anglais quittèrent Louis pour revenir au roi légitime, qui ne l'eussent pas fait si ce roi avait été Jean. Enfin, sous l'impulsion évidente du Maréchal, les opérations militaires furent mieux conduites que par le passé, tandis que Louis continuait à montrer la même incapacité militaire que devant. Le poète conte en détail les faits de la guerre entre les Anglais restés fidèles à leur roi et les barons révoltés qui soutenaient Louis de France. Son exposé est, comme on devait s'y attendre, conçu de manière à faire valoir la direction donnée aux opérations militaires ou aux négociations diplomatiques par le Maréchal, agissant comme régent du royaume. Il peut arriver par suite que le rôle de certains personnages, le légat Galon, l'évêque de Winchester, le grand juge Hubert du Bourg, ne soit pas suffisamment mis en relief ; mais, en somme, la relation est sincère et aborde en traits que l'on chercherait vainement ailleurs. Ce qui est une garantie de véracité, c'est l'accord presque constant qui existe entre les récits du poème et ceux de la chronique en prose, publiée par Fr. Michel sous le titre d'Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, qui paraît avoir été composée par un ménestrel attaché à la personne de Guillaume, comte d'Aumale. Ce seigneur avait été, pendant quelque temps, partisan de Louis. Deux épisodes de cette guerre, — et ce sont les plus importants, — sont traités avec un soin particulier : la bataille de Lincoln (20 mai 1217) et la destruction de la flotte française, conduite par Eustache le Moine, entre Calais et Sandwich (24 août). L'affaire de Lincoln eut une influence décisive sur le reste de la campagne. Ce fut là que, pour la première fois, les Royaux remportèrent une victoire complète sur leurs adversaires, pourtant supérieurs en nombre. Le mérite de ce succès revient en très grande partie au régent qui, par une opération hardie et habilement dirigée, surprit l'ennemi, le chassa de ses positions et le mit en pleine déroute. Le poète nous le montre chargeant impétueusement dans les rues de Lincoln, comme il avait coutume de faire, quarante ou cinquante ans plus tôt, dans les tournois, tandis que l'évêquede Winchester, non moins bon chevalier, poussait le cri bien connu : « Ça, Dieu aide au Maréchal ! » (v. 16605 et suiv.). Telle fut la panique des Français et de leurs alliés qu'ils s'enfuirent d'une traite jusqu'à Londres, se figurant que les buissons qu'ils rencontraient sur la route étaient tous pleins de Maréchaux (v. 16968-70). Il y a, dans le récit de la bataille, quelques points obscurs, le texte étant en quelques endroits incomplet ou corrompu[174], peut-être aussi parce que le poète n'a pas bien compris ou a mal rendu les explications, probablement assez peu claires, qui lui furent données[175]. Quoi qu'il en soit de quelques détails incertains, il paraît bien avéré que l'idée de la marche sur Lincoln et du mouvement tournant par Torksey, qui amena les Royaux au nord-ouest de la ville, où les Français ne les attendaient pas[176], appartient au Maréchal, le plan de l'attaque étant réglé, dans ses lignes générales, par l'évêque de Winchester, qui semble avoir rempli l'office de chef d'état-major[177]. Le régent ne prit pas une part aussi active à la bataille navale de Sandwich, qui ruina définitivement les espérances de Louis et le contraignit à conclure la paix. Il eût voulu, nous dit le poète (v. 17200, 17297), monter sur un navire et se battre dans des conditions nouvelles pour lui, mais on lui remontra qu'il était tout l'espoir de l'Angleterre au cas où la tentative de débarquement des Français viendrait à réussir, et il y renonça. Ce fut, paraît-il, le grand juge Hubert du Bourg qui prit la direction du combat[178]. Toutefois, si le régent ne fut point au nombre des combattants, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir préparé le succès. C'est lui qui, par son intervention personnelle, parvint à décider les marins des Cinq-Ports à prêter leur concours à la cause royale, malgré leurs griefs contre le roi Jean, qui, disaient-ils, les avaient réduits au servage (v. 17232). Louis, lorsqu'il apprit la perte de la flotte qui lui apportait du secours en hommes et en argent, se résigna à traiter. Il trouva chez le régent des dispositions favorables. Le vieux Maréchal comprenait que, si Ix) uis devait renoncer à l'espoir de soumettre l'Angleterre, il était cependant encore en état d'offrir une résistance prolongée qui eût ruiné le pays. Il résista aux conseils de ceux qui, enflammés par la victoire, voulaient marcher sur Londres. Il préféra obtenir, au prix d'une lourde indemnité[179], le prompt départ de Louis. La paix fut conclue le 11 septembre, et, à la fin du même mois, le fils du roi de France se rembarquait. Nous sommes renseignés, par divers actes, sur les expé dients que le régent employa pour assurer le paiement de l'indemnité[180]. Mais, ce qui ne doit pas être passé sous silence, bien qu'on ne paraisse pas y avoir fait attention jusqu'ici, c'est que le Maréchal fit, à cette occasion, des avances considérables qui ne furent remboursées à sa succession que cinq ans après sa mort[181]. L'agitation à laquelle l'Angleterre avait été en proie depuis la révolte des barons ne se calma pas subitement après le départ de Louis. Bien que le Maréchal fût disposé à user d'indulgence à l'égard des barons révoltés, leur situation étant d'ailleurs réglée par le traité du 11 septembre, un chef gallois, Morgan de Caerleon, continua la guerre et fut finalement vaincu et dépouillé de ses terres par les troupes du Maréchal. Un parlement fut convoqué à Worcester pour mettre fin à cette guerre. Morgan y réclama, par l'intermédiaire de son cousin, Llewelyn, les terres que le Maréchal lui avait enlevées. Celui-ci, nous dit le poète, eût été disposé à lui rendre ses terres si tel eût été l'avis de ses conseillers (v. 17815). Mais on fut d'avis qu'il avait le droit de les garder, et l'assemblée ratifia cette opinion. C'est ainsi que les possessions, déjà si considérables, du comte de Pembroke, s'accrurent de la terre de Caerleon. Toute cette affaire reste assez obscure, n'étant guère connue que par ce qu'en dit le poème. L'auteur passe ensuite au récit de la mort du Maréchal[182]. Cette fin du poème est certainement l'une des parties les plus attachantes, et, tant au point de vue historique qu'au point de vue littéraire, les plus remarquables de l'œuvre, non pas assurément que les menus incidents qui se produisirent au cours de la dernière maladie du comte aient influé en quoi que ce soit sur les événements contemporains, mais parce que, dans tous, le vieux chevalier est en scène et laisse paraître quelque aspect nouveau de son caractère simple et droit, où la bonté n'excluait ni la décision ni la fermeté. Le régent tomba malade au mois de février 1219. Il était alors à Westminster[183]. Il se rendit d'abord à la Tour de Londres, où, sur le conseil des siens, il s'occupa de son testament[184]. Puis, trouvant que l'air de Londres n'était pas sain, il se fit transporter, par la Tamise, à son manoir de Caversham. Sentant que sa fin était proche, il voulut d'abord remettre en mains sûres les lourdes fonctions qu'il avait assumées. Après mûre réflexion, il se décida à confier la garde du jeune roi au légat pontifical. Il justifia ce choix en disant qu'en Angleterre les esprits étaient plus divisés qu'en aucun autre pays, et que, s'il choisissait un Anglais pour être le gardien du roi, tous les autres en seraient jaloux. Il ne dit point, et il n'avait point à dire, à qui serait confié le gouvernement du pays ; mais il semble bien que, dans sa pensée, le légat devait y avoir une grande part, comme il l'eut en effet, « car, disait-il, si actuellement la terre n'est pas défendue par le pape, je ne sais qui la défendra. » Les brèves paroles que le régent adressa en cette occasion au jeune Henri III ont un tel accent de vérité qu'on ne peut hésiter à les croire authentiques : « Sire, je prie Dieu, si jamais j'ai fait chose qui lui ait été agréable, de vous faire la grâce d'être homme de bien. Et, s'il arrivait que vous dussiez suivre l'exemple de quelque ancêtre félon, je prie Dieu de ne pas vous accorder longue vie. » La remise du roi au légat ne s'accomplit pas sans quelque difficulté. L'évêque de Winchester prétendit que la garde du roi lui avait été confiée, le Maréchal étant seulement gardien du royaume. Mais le vieillard le remit vertement à sa place. Ayant ainsi réglé, dans la mesure où il lui appartenait de le faire, sa succession politique, le comte s'occupa de ses propres affaires, et d'abord il fit, ou plus exactement parfit, son testament qu'il avait commencé à Londres[185], et qui, malheureusement, ne nous est pas parvenu. L'ayant scellé de son sceau et des sceaux de la comtesse et de son fils, il l'envoya à l'archevêque de Cantorbéry, au légat, aux évêques de Winchester et de Salisbury, les priant d'être les exécuteurs de son testament[186] et d'y appendre leurs sceaux ; ce qu'ils firent, puis ils le lui renvoyèrent. Le Maréchal prit encore d'autres dispositions. Il envoya Jean d'Erlée en Galles pour y régler certaines affaires qui ne sont pas expliquées, mais qui devaient concerner quelque révolte des turbulents vassaux que le comte de Pembroke avait en ce pays[187], le priant de lui rapporter deux draps de soie, qu'il s'était procurés en Terre sainte, pour être étendus sur son corps lors de ses obsèques. Ces draps devaient être ensuite donnés au Temple, où il voulait avoir sa sépulture. Et, comme il était homme soigneux, il recommanda bien que, si le jour où il serait porté en terre, il faisait mauvais temps, on prît la précaution de recouvrir les draps d'une étoffe de bure grise. Il manda ensuite frère Aimeri de Sainte-More, le maître du Temple, et, en sa présence, il fit étendre devant lui le manteau de l'ordre qu'il avait fait faire, à l'insu de tous, l'année précédente. Mais, avant cette cérémonie symbolique qui le faisait templier, il dit à la comtesse : « Belle amie, baisez-moi, et ce sera pour la dernière fois. » Il semble qu'à partir de ce moment, le Maréchal n'ait eu auprès de lui, d'une façon régulière, que son fils aîné et quelques chevaliers — au nombre desquels Jean d'Erlée et Henri Fils Gerout — qui le veillaient à tour de rôle. C'est avec Henri Fils Gerout qu'il eut la conversation, rapportée plus haut[188], dans laquelle il exprimait librement son avis sur la rapacité des clercs. Il recevait d'ailleurs de nombreuses visites, et, malgré sa fatigue, répondait avec beaucoup de présence d'esprit à tous ceux qui venaient lui faire leurs adieux ou l'assurer qu'il aurait part à leurs prières. Sa tranquillité d'âme était admirable. Un jour, ses filles, dont quatre étaient déjà mariées[189], vinrent toutes ensemble. Il les pria de lui chanter quelque chose. Elles le firent, mais sans beaucoup d'entrain. Il les reprit et se mit à leur montrer comment elles devaient chanter. Une autre fois, Jean d'Erlée lui demanda ce qu'il fallait faire d'une quantité de robes four rées qui étaient dans la maison. Sur quoi, un clerc intervint et dit au comte qu'on en pouvait tirer beaucoup d'argent pour racheter ses péchés. « Taisez-vous, mauvais homme, » répondit le mourant ; « j'ai plus qu'assez de vos conseils. Je ne veux plus vous écouter. Ce sera bientôt la Pentecôte ; mes chevaliers ont droit à leurs robes : ce sera la dernière fois que je les leur donnerai, et voilà que vous cherchez à m'enjôler ! » Puis, il ordonna à Jean d'Erlée de faire la distribution des robes, et, s'il n'y en avait pas assez, d'en envoyer chercher à Londres. Cependant, le Maréchal s'affaiblissait de plus en plus. Il eut des hallucinations, des syncopes. Enfin, le 14 mai 1219, il rendit le dernier soupir, entre les bras de son fils aîné, entouré de la comtesse et de tous ses chevaliers. Son corps fut porté à Reading, puis à Staines, et enfin à Londres, où il fut enterré en grande pompe dans l'église du Temple, où sa tombe existe encore. Lorsque la nouvelle de sa mort par vint en France, Philippe-Auguste dit de lui : « C'était l'homme le plus loyal que j'aie jamais connu. » Le Maréchal n'eût pas désiré un autre éloge. § 7. _Conclusion_. — Entre les hommes qui, au moyen âge, ont joué les premiers rôles, il en est certainement plusieurs dont l'histoire nous est aussi bien connue, mieux connue peut-être, que celle de Guillaume le Maréchal : Jean Sans-Terre, par exemple, et ses successeurs, grâce au nombre infini d'actes de leurs chancelleries qui nous ont été conservés. Mais on n'en pourrait citer aucun, sinon peut-être saint Louis, grâce à Joinville, dont la physionomie morale nous apparaisse aussi nettement. Il est aisé, à l'aide des traits épars en divers endroits du poème, surtout dans les dernières pages, de faire le portrait de ce preux chevalier, qui se présente toujours de face et ne cherche à cacher ni ses actions ni sa pensée. En un certain sens, il fut ce qu'on appela plus tard un officier de fortune. Sa naissance ne le désignait pas pour la haute situation qu'il occupa dès la fin du règne de Henri II. Sans doute, les circonstances le favorisèrent. Il fut protégé par le comte Patrice de Salisbury ; plus tard, Henri II le plaça auprès de son fils aîné. Ce ne furent pas là de médiocres avantages, mais il faut en conclure que, dès sa jeunesse, il avait bonne réputation. Ce n'était point un génie supérieur : c'était un homme sensé et droit. Jamais il ne fut inférieur à sa tâche ; jamais, surtout, il ne tergiversa lorsqu'il se trouva en présence d'un devoir à accomplir. En tous temps, il s'est présenté des cas où l'homme le plus honnête a pu hésiter entre deux partis. Lui n'hésita jamais. Sa règle de conduite fut toujours la loyauté, entendue au sens étroit du moyen âge, c'est-à-dire la fidélité au serment féodal. Il servit loyalement le jeune Henri contre son père Henri II, et non moins loyalement Henri II contre Richard. Il lutta pour Richard contre Jean Sans-Terre, et, quand Jean Sans-Terre fut devenu roi, il lui fut fidèle jusqu'au dernier moment. Ce n'est pas qu'il ne se fût trouvé parfois en des conditions embarrassantes, par exemple, lorsqu'il fut requis par le roi Jean pour aller guerroyer en France contre Philippe-Auguste, à qui il avait dû faire hommage en 1205. Mais là encore sa règle inflexible lui épargna toute hésitation : il refusa net. Le roi lui en voulut et le persécuta, mais finit par lui rendre ses bonnes grâces. Cette droiture, qui le fit tenir en haute estime par ses contemporains, s'alliait à d'autres qualités, qui étaient celles qu'en son temps on prisait le plus haut. Il était vaillant dans les tournois et à la guerre, et c'est par les succès qu'il y obtint qu'il se fit connaître et apprécier ; mais il était bon homme, ennemi des rigueurs inutiles[190]. On appréciait son équité et on le regardait comme un sage conseiller. Il avait en toutes choses le sens de la mesure et de l'à-propos. Généreux envers tous, et particulièrement envers le clergé, comme le prouvent ses nombreuses fondations religieuses en Angleterre, en Galles et en Irlande, il accueillait mal les demandes qu'il jugeait intempestives. Ceux qui, à son lit de mort, cherchèrent à obtenir des donations, destinées à racheter de vieux péchés — dont il portait légèrement le poids — furent très mal reçus. Bien qu'il ne mît rien au-dessus de la chevalerie, il n'avait pas le tempérament batailleur. Il aimait la paix et inclinait aux solutions modérées. Aussitôt qu'il le put, il mit fin à la guerre contre Louis de France, s'arrêtant en plein succès, payant même à l'envahisseur une forte indemnité pour lui faire quitter plus vite le sol de l'Angleterre. Avec cela fort habile homme. Depuis le moment où il avait été fait chevalier, vers vingt ans environ, jusqu'à sa quarante-cinquième année, il avait vécu largement de ses gains dans les tournois et des soudées qu'il recevait du jeune roi Henri ou de Henri II, donnant libéralement, bien qu'il n'eût ni terre ni revenus fixes ; puis il avait trouvé le moyen d'épouser une jeune fille qui était certainement la plus riche héritière de la Grande-Bretagne et de l'Irlande et avec laquelle il coula des jours heureux et eut beaucoup d'enfants. On ne rendrait pas justice à l'auteur si on ne voyait dans son œuvre que la personne du Maréchal. Si important qu'ait été son rôle dans les événements du temps, le comte de Pembroke ne fut au premier rang que pendant les trois dernières années de son existence. Mais, à côté de lui, figurent dans le poème les plus hauts personnages du temps, Etienne de Blois, Henri H, le jeune roi Henri son fils, Richard Cœur-de-Lion, Jean Sans-Terre, Philippe-Auguste, et sur tous le poète fournit des données précises et nouvelles, des traits caractéristiques qui complètent heureusement ce qu'on sait d'ailleurs. Son témoignage est celui de contemporains bien informés, recueilli à une époque où la légende, qui tendait à dénaturer le caractère de certains hommes célèbres, n'était pas encore formée. Comparez ce qu'il dit de Richard aux amusants récits du Ménestrel de Reims. Chez ce dernier, les faits, ceux mêmes qui ont un fond de vérité, sont transformés par la légende et adaptés au goût d'un public ami des aventures. Dans l'Histoire du Maréchal, tout est réel. Richard nous apparaît tel qu'il était véritablement, passionné, impulsif, peu scrupuleux et capable de mauvaises actions[191], violent surtout[192], mais ayant un certain fond de bonté, sachant pardonner les injures[193] et disposé à la conciliation lorsqu'on savait le prendre[194]. Nous ne risquons point d'exagérer en plaçant tout au premier rang, dans l'historiographie française, un ouvrage si abondant en faits nouveaux, si évidemment sincère dans l'exposé des événements et dans l'appréciation des personnes. Telle est la valeur de l'Histoire de Guillaume le Maréchal qu'il n'est aucune chronique française, aucun livre de mémoires du xiiie siècle ni du xiv° qui lui soit supérieur. Ici, bien entendu, il n'est pas question de classer nos vieux chroniqueurs par ordre de mérite : la comparaison n'est pas possible entre des compositions historiques qui traitent de sujets différents. Mais il peut être utile d'indiquer en quelques mots en quoi consiste la valeur de nos principaux historiens et quels sont aussi leurs côtés faibles, afin d'arriver à mieux définir, par opposition, le caractère et l'originalité de l'Histoire de Guillaume le Maréchal. Les noms qui se présentent tout d'abord à l'esprit sont ceux de Villehardouin, de Joinville et de Froissart. Le premier fut témoin des événements, compris en un petit nombre d'années, qu'il nous a contés. Même il y joua un rôle assez important. Il sut de la croisade de Constantinople tout ce qu'un croisé de haut rang en pouvait savoir, et son intelligence lui permit d'exposer les faits avec une clarté et une méthode bien rares chez les écrivains de son temps. Mais sa sincérité est suspecte ; non pas qu'il ait cherché à dénaturer les faits : on n'a pas jusqu'à présent fourni de preuve décisive de cette façon d'altérer la vérité ; mais il pèche par omission ou, plutôt, par réticence. Il était de ceux qui approuvèrent le changement de direction par suite duquel les croisés allèrent fonder un empire franc à Constantinople au lieu de secourir la Terre sainte, et, sous les apparences d'une sereine impartialité, il défend une opération qui sou leva, dès l'origine, de vives contestations. Il soutient une thèse. L'historien du Maréchal, tout en favorisant son héros, est plus sincèrement impartial. Lorsqu'il croit devoir, par prudence ou par discrétion, taire une partie de ce qu'il sait, il nous en avertit bien franchement. Il embrasse, d'ailleurs, un champ infiniment plus vaste que Villehardouin, et si, sur plusieurs points, ses informations ont été insuffisantes, on ne voit pas quel intérêt il aurait eu à s'écarter de la vérité. Tout compensé, je crois que la somme des faits nouveaux et réellement importants est plus grande chez lui que chez l'historien de la quatrième croisade. Bien différent est Joinville. Il est aussi abondant, aussi prolixe que Villehardouin est sec et concis. Il est aussi plus sincère. Il se livre à nous bonnement, nous confiant sans réticence ses pensées, ses faiblesses même. Il peut se tromper : écrivant longtemps après les événements, et sans notes[195], il lui arrive de s'embrouiller dans le détail des faits' ; mais il est toujours véridique et sans parti pris. Le plus grand reproche qu'on puisse lui faire est que l'art de composer lui fait absolument défaut. Les paragraphes un peu décousus où il relate les paroles de saint Louis, qu'il connaissait si bien, sont un document psychologique du plus haut prix. Mais chez l'historien du Maréchal aussi nous trouvons en abondance ce genre d'informations qui nous permet de faire, en quelque sorte, la psychologie des personnages. Assurément, le Maréchal n'occupe pas dans l'histoire une place aussi considérable que saint Louis ; ce n'est, cependant, pas un faible gain pour notre connaissance du passé que de pénétrer dans l'âme d'un homme qui fut, au moyen âge, le type du chevalier sans peur et sans reproche. Je sais bien qu'on objectera que, à la différence de Villehardouin et de Joinville, notre auteur n'a pas été, sauf en certains cas, le témoin des faits qu'il nous a transmis, puisqu'il a rédigé la plus grande partie de son poème sur des mémoires fournis par Jean d'Erlée ou par d'autres fidèles du Maréchal. Mais il ne faut pas exagérer la portée de cette considération. Outre qu'il y a chez lui une part d'observation personnelle, tout prouve qu'il a utilisé avec un soin scrupuleux les renseignements fournis. Sans doute, le seul fait de rédiger littérairement et en vers une matière suppose un certain travail d'arrangement — la même remarque peut s'appliquer aux clercs qui résumaient en latin des négociations ou délibérations qui avaient lieu en langue vulgaire — mais je ne crois pas que le poète ait modifié en rien le fond ni même l'allure générale des récits qu'il a mis en rime. Il est visible qu'il s'identifie autant que possible avec ses autorités et qu'il n'intervient personnellement que dans l'appréciation, toujours très mesurée, des événements. A plus forte raison peut-on dire que notre poème contient, proportionnellement à son étendue, bien plus de matière vraiment historique que les Chroniques de Froissart. Celui-ci vaut surtout par le charme de sa narration, par l'abondance et la vivacité de ses récits, la peinture un peu embellie, vraie pourtant dans l'ensemble, qu'il nous présente de la vie des hautes classes dans la seconde moitié du xrv* siècle. Mais, d'abord, une partie de son ouvrage (jusqu'en 1360) n'est guère originale, et pour cette période c'est plutôt Jean le Bel que lui qu'il faut citer. Puis, dans la partie qui lui appartient en propre, la critique a pu relever un nombre considérable d'inexactitudes, dont plusieurs peuvent passer pour des erreurs volontaires. Froissart avait plus de curiosité que de jugement. Il était avide d'informations, mais il ne se donnait guère la peine de les contrôler, surtout lorsqu'elles lui venaient de personnes avec qui il cherchait à entretenir de bonnes relations. Ses opinions pouvaient varier selon ses sympathies du moment, comme le prouvent les récits, souvent très différents, qu'il fait d'un même événement dans les diverses rédactions de son premier livre, à ce point qu'il est souvent difficile de savoir quand il dit la vérité. Ses Chroniques se lisent comme un roman, mais elles tiennent parfois plus du roman que de l'histoire. Il est une chronique en vers, publiée depuis peu, qu'on est assez naturellement conduit à rapprocher de l'Histoire du Maréchal : c'est Y Histoire de la guerre sainte, par Ambroise, récit très détaillé et très intelligemment fait de la troisième croisade. L'auteur avait accompagné Richard en Sicile, puis en Terre sainte, et, ce qu'il nous rapporte, il l'avait vu ou entendu conter par des témoins oculaires[196]. Son poème est une source de premier ordre, on pourrait dire la principale source, pour l'histoire de la troisième croisade, et, bien qu'on l'ait utilisé depuis longtemps par la traduction latine qu'en fit un contemporain sous le titre à' Itinerarium Ricardi, nous sommes heureux de pouvoir le lire en original dans la récente édition de M. G. Paris. L'auteur, chaud partisan du roi Richard, appartenait sûrement à l'une des provinces françaises du roi d'Angleterre, très probablement à la Normandie. L'auteur de l'Histoire du Maréchal aussi était vraisemblablement Normand. Cependant, ces deux écrivains ne se ressemblent guère. Sans vouloir diminuer en rien le mérite d'Ambroise, tout en lui reconnaissant un louable souci de l'exactitude et beaucoup de clarté dans l'exposition, il faut avouer qu'il a, plus que l'historien du Maréchal, le caractère du jongleur. Il est nourri de la littérature des chansons de gestes ; il prête à ses personnages des discours qui, en certains cas, notamment lorsqu'ils'agit des chefs sarrazins délibérant entre eux, sont de purs développements littéraires. Il est d'ailleurs certain qu'il n'a assisté que de loin aux combats dont il donne des descriptions très détaillées, et qu'il n'a pu recueillir que l'écho très affaibli, et probablement déjà bien obscurci, des délibérations qui avaient lieu entre les chefs de l'armée. C'était un simple pèlerin appartenant à la menue gent : il n'était ni combattant ni clerc. Certes, un jongleur pouvait, en certains cas, être très bien renseigné, comme le fut, par exemple, celui à qui nous devons la seconde partie du poème de la croisade albigeoise, mais c'était à condition d'être attaché à quelque grand personnage, et tel ne paraît pas avoir été le cas d'Ambroise. Quiconque prendra la peine d'étudier et de comparer les procédés de chacun des deux poètes y reconnaîtra de grandes différences. Toutes, je m'empresse de le dire, ne sont pas à l'avantage de l'historien du Maréchal. Je reconnais à Ambroise plus d'habileté dans l'art de la composition et un sentiment plus personnel. Le biographe du Maréchal est sobre d'appréciations personnelles. Son principal souci est de reproduire exactement les informations qui lui sont fournies. Il s'y applique consciencieusement, négligeant un peu l'art des transitions, se préoccupant plus des faits que de leur enchaînement. Mais, comme ses renseignements venaient des meilleures sources, toutes ses assertions méritent d'être prises en grande considération. En somme, pour l'originalité, l'Histoire de Guillaume le Maréchal va de pair avec les œuvres historiques les plus originales du temps, puisqu'elle n'a rien emprunté aux écrits contemporains. Pour la variété et l'abondance des notions nouvelles, elle prend place au premier rang, puisqu'elle embrasse une période de quatre-vingts ans, depuis 1140 environ jusqu'en 1219. Et s'il est vrai que, jusqu'au moment où le Maréchal revint de Terre sainte (1186), les faits sont présentés d'une façon incomplète, souvent inexacte, et selon un ordre très défectueux, il faut pourtant reconnaître que, même dans cette partie, l'histoire peut recueillir nombre de données nouvelles sur des hommes notables du xiie siècle, anglais, flamands, français, sur les mœurs, sur les conditions de la vie dans les hautes classes. Quant à la période qui s'étend de 1186 à 1219, notre poème est une source souvent unique et toujours infiniment précieuse. [20] Paraît sous ce nom en trois chartes de l'impératrice, des années 1141, 1142, 1144-7 (Round, Geoffreyde Mandeville, London, 1892, p. 171, 183, 234, 344 ; cf. Chronicles ofthe reigns of Stephen, Henry II and Richard I, edited by R. Howlett, III, xiv, xxxiv (collection du Maître des Rôles). [21] Voir l'acte par lequel l'office de maréchal de la cour du roi est concédé à Guillaume le Maréchal, dans Rotuli Chartarum, I, 466 (20 avril 1200), où il est rappelé que Gilbert, père de Jean le Maréchal, était maréchal du roi Henri Ier. [22] On remarquera que le premier né portait le nom de son grand-père, selon un usage qui est constaté d'ailleurs. [23] Voir ci-après, p. 8, n. 2. [24] Voir p. 6, note. [25] Ci-après, p. 10, n. 3. [26] Nous savons, par Henri de Huntingdon, que la ville fut prise par le roi. [27] Voir ci-après, p. 13, n. 1. [28] Voir ci-après, p. 13, n. 5. [29] Cf. ci-après, p. 14, n. [30] A cette époque, on était rarement armé chevalier avant vingt ans. Naturellement, il y a des exceptions, notamment lorsque le nouveau chevalier était de race royale. [31] La forme _vuit_ (huit) est fréquente dans le poème ; voir par ex. v. 848. [32] Voir la note précédente. [33] Robert de Torigni, éd. Delisle, I, 362 ; cf. Eyton, _Court_, _Household and Itinerary of King Henry II_ (Londres, 1878), p. 97. [34] Il faut donc considérer comme erronée la note (ci-après, p. 21, n. 4) où ce tournoi a été daté de 1174. Le roi d'Écosse est venu deux fois sur le continent. [35] La liste des barons anglais et normands qui prirent les armes contre Henri II est donnée par la chronique (_Gesta regis Henrici secundi_), qui fut transcrite par ordre de Benoît, abbé de Peterborough, et que, pour plus de brièveté, je cite sous le nom de cet abbé (éd. Stubbs, I, 45). [36] K. Norgate, _England under the Angevin Kings_, II, 147, n. 3. [37] Voir p. 26, note. Adam d'Iquebeuf2. Guillaume du Hommet6. Bertrand de Verdun3. — de Lanvalei7. Geoffroi Fils Hamon. — Maréchal. Girard Talebot4. — de Saint-Jean8. Guillaume de Dive5. — de Tinteniac9. [38] Je retranche de la liste des témoins les personnages ecclésiastiques qui paraissent occasionnellement en cette qualité dans les chartes en question. [39] Ci-après, p. 59, n. 1. [40] Témoin à un acte de Henri H (Eyton, p. 239). [41] Ci-après, p. 23, n. 2. [42] Ci-après, p. 143, n. 3. [43] Voir Stapleton, II, lxij, cxcix, ccxlix. Ne figure pas dans le poème. [44] « Petrus de Adevilla » ne paraît que dans une charte du jeune roi en faveur de Christ Church, Cantorbéry, vers 1175 (Musée brit., _Cotton charters_, VI, 1). [45] « Petrus filius Guidonis » paraît avec le titre de dapifer dans l'acte mentionné à la note précédente. Voir ci-après, p. 77, n. 6. [46] Ci-après, p. 99, n. 2. [47] Puissant seigneur qui fut l'ut^des partisans du jeune roi dans sa révolte de 1173. Il mourut en 1204. Il avait d'importantes possessions à Pont-Audemer (Le Prévost, _Mémoires et notes pour servir à l'histoire du département de l'Eure_, II, 550). — Ilyasur lui une longue notice dans l'Art de vérifier les dates, LU, 694. [48] Témoin à de nombreux actes de Henri U. Ne figure pas dans le poème. [49] Ci-après, p. 184, n. 2. [50] Ci-après, p. 57, n. 3. [51] Ci-après, p. 125, n. 1. [52] Je ne connais que dix chartes du jeune roi, dont trois à Rouen (copie m'en a été communiquée par M. Delisle) et trois au Musée britannique. Guillaume le Maréchal est témoin à cinq de ces actes : [53] Notons en passant qu'on ne voit paraître, ni dans notre poème ni ailleurs, Bertrand de Born, le seigneur de Hautefort, qui, à en croire les anciennes biographies provençales, aurait joué un rôle important dans les querelles du jeune roi avec son père. [54] P. 34, notes 2, 3, etc. [55] Voir ci-après, p. 35, n. 5. [56] C'est ce qu'a bien mis en relief M. Jusserand dans la première de ses études sur les sports dans l'ancienne France (Revue _de Paris_, 15 mai 1900), où il utilise comme principale source l'Histoire du Maréchal. [57] Dissertations VI et VII sur l'Histoire de saint Louis, réimprimées à la suite du Glossarium medi » et infims latinitatis, éd. Henschel, VII, 2« partie, p. 23 et suiv. [58] Roger de Howden (éd. Stubbs), III, 268 ; Raoul de Dicet (éd. Stubbs), II, 120. — Le poète dit cependant que le jeune roi, pendant son séjour en Angleterre, après sa réconciliation avec son père (1175-6), passa le temps en chasse et en tournois (Ou a bois ou a _torneier_, v. 2394). Mais, si lorneier n'est pas une leçon fautive, il doit s'agir de tournois différents de ceux qui étaient en usage sur le continent. [59] Pertz, _Script_., XXI, 524-5. [60] Il y a, dans le poème, plusieurs récits de combats sérieux. On y voit que les accidents mortels étaient extrêmement rares, du moins pour les chevaliers. [61] Voir v. 3013, 3301, 4083 et surtout 4331 et suiv. [62] V. 1310 et 2502. Voir au vocabulaire _plaideïces_ et plaidier. [63] Voir v. 2827 et suiv., 3247 ; cf. page précédente. [64] _Flamenca_, v. 7731 et suiv., 7910 et suiv. [65] Voir le fableau du chevalier qui, n'ayant ne vigne ne terre », vivait de ce qu'il gagnait aux tournois, et se trouva réduit à la pauvreté lorsque ces jeux furent interdits (Montaiglon et Raynaud, VI, 69). Cf. _Histoire littéraire_, XXX, 156. — Bertran de Born, dans l'un de ses sirventes (S'abrils), blâme les riches hommes qui suivent les tournois pour prendre leurs vavasseurs et se soucient peu du blâme, pourvu qu'ils emportent l'argent. Il trouve légitime cependant que les soudoyers (c'est-à-dire les chevaliers sans terre qui se louaient) s'enrichissent de cette manière. [66] Concile de Reims, 1131, canon xn (Labbe, _Concilia_, X, 985 — 6), renouvelé en 1139 au deuxième concile de Latran, canon xiv (Labbe, X, 1006), en 1179 au troisième, canon xx (Labbe, X, 1449). Cf. Benoît de Peterborough, I, 226 ; Rog. de Howden, II, 176. — Jacques de Vitry, s'efforçant de détourner un chevalier de la fréquentation des tournois, montre que ces jeux cruels conduisent ceux qui s'y livrent à commettre les sept péchés capitaux (The exempta of Jacques de Vitry, edited by Th. Fr. Crane, 1890, p. 63). [67] Voir v. 3650 et suiv., 4066 et suiv. [68] Tournoi de Joigni (v. 3433) ; tournoi entre Anet et Sorel (v. 3898) ; tournoi d'Épernon (v. 4322) ; autre tournoi d'Épernon (v. 4985). A propos d'Épernon, on peut se demander, en comparant les deux récits, dont le premier est visiblement incomplet, si le poète n'a pas conté deux fois la même affaire. [69] Voir ci-après, p. 43, n. 3. [70] Il y a d'autres exemples de ces associations de chevaliers courant ensemble les tournois. C'est ainsi que, dans le Roman de _Flamenca_, Guillaume de Nevers et Archambaut de Bourbon « s'appareillent » ensemble. Voir v. 6999 et suiv. de la nouvelle édition. [71] C'est la seule fois, sauf erreur, que l'auteur se réfère à des documents d'ordre diplomatique. [72] Ci-dessus, p. xxxv. [73] Voir, v. 4245 et suiv., l'épisode du cheval acheté et payé comptant par le Maréchal. [74] Voir ci-après, p. 66, n. 4. [75] V. 3489. C'est la requête exprimée d'une façon brillante par Peire Vidal dans sa pièce Drogoman seiner, s'agues bon des _trier_. Voir _Romania_, II, 423. [76] Du Cange, heraldus et hiraudos ; Littré, à l'historique de héraut ; Godefroy, Compliment, héraut. [77] Un héraut paraît dans le récit du combat de Drincourt (v. 977 et suiv.). [78] Dans Mainet (_Romania_, IV, 324, v. 12) : Ancui s'en gaberoient _et garchon et hiraut_. [79] Chrétien de Troies dit, en parlant des mauvais (lâches) : Tuit s'en teisent, nes li hira _Qui_ des vaillanz crie le ban Et les mauvès giete en un van. (Chev. au lion, éd. Förster, v. 2204-6.) Cf. ce passage d'un ancien sermonnaire : « Histriones isti quos hyraudos vocamus, quando vident aliquem in armorum exercitio viriliter et strenue laborantem, clamare soient et dicere : Qui _n'a cuer ici le preigne_ » (Bibl. nat., lat. 16951, fol. 4). [80] C'est le mode de procédure adopté contre les voleurs dans le droit de l'époque mérovingienne. Voir Pertz, _Leges_, 1, 10. [81] _Horn et Rimel_, v. 1927 et suiv. [82] Les corps supposés des trois rois mages, apportés de Constantinople à Milan, furent transférés à Cologne en 1164 (K. -A. Mar tin Hartmann, Ueber dos altspanische Dreikônigsspiel, Bautzen, 1879, p. 78). [83] Voir ci-après, p. 76, n. 1. [84] Voir les récits du _Novellino_, éd. Gualteruzzi (1575), nouvelles 19 et 20 ; éd. Biagi (Florence, 1880), nouvelles 23 et 24. [85] Giraud de Barri nous a conservé quatre vers qui peuvent passer pour une épitaphe du jeune roi : Omnis honoris honos, decor et decus urbis et orbis, Militie splendor, gloria, lumen apex ; Julius ingenio, virtutibus Hector, Achilles Viribus, Augustus moribus, ore Paris. (Giraldi Cambrensis Opera, I, 355, et VIII, 174.) La comparaison avec Achille est de trop. L'auteur de l'Histoire du Maréchal n'est pas tombé dans cet excès. [86] Voir la note sur le v. 7274. [87] Voir notamment ci-après, p. 91, n. 2 et 3. [88] D'après Giraut de Barri (_De princ. instr_., III, xiii), il souffrait d'une fistule à l'anus ; mais les détails donnés par le poète sur sa mort donnent à croire que cette affection s'était compliquée de quelque autre maladie. [89] Il semble qu'il ait été piacé dans une bière ouverte, puisque les historiens disent que le sang coula des narines du feu roi lorsque Richard s'approcha (ci-après, p. 117, n. 2). [90] Mais je li doins tot quitement | _La meschine et le tenement_ (v. 9369-70). Cependant, nous savons que le Maréchal eut à payer, en 1191, pour une partie au moins de ces biens, une somme de deux mille marcs. Voir ci-après, p. 121, note. [91] Voir ci-après, p. 121, n. 3. [92] Voir ci-après, p. 123, n. 5. [93] Cola est dit plus loin, v. 10316. [94] Isabelle de Clare dut naître en 1172 ; son père avait épousé, en 1171, la fille du roi irlandais Dermot. Voir G. E. Cokaine, _The complète Peerage_, art. Pembroke, p. 198. [95] Il en eut probablement davantage. On tenait peu de compte des enfants morts en bas âge. [96] Voir ci-après, p. 177, n. 1. On sait, d'ailleurs, que le fief d'Orbec faisait partie des biens d'Isabelle de Clare, femme de Guillaume (Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., II, cxxxvii). [97] Titre qu'il ne reçut officiellement que plus tard, lors du couronnement de Jean. Voir plus loin. [98] Ci-après, p. 214, n. 4. [99] Ci-après, p. 186. [100] Ci-après, p. 123, n. 2. [101] Ci-après, p. 125. [102] Dugdale, _Baronage_, I, 601. [103] Ci-après, p. 127. [104] Ci-après, p. 128-9. [105] V. 11520. [106] Voir notamment ci-après, p. 130, n. 1 et 2, et p. 131, n. 1. [107] J'ai dit, p. 132, n. 2, d'après R. de Dicet, que Richard débarqua à Sandwich le 20 mars 1194 ; j'aurais dû ajouter que, selon Gervais de Cantorbéry (éd. Stubbs, I, 524), l'arrivée de Richard en Angleterre serait du 12 mars, ce qui, vu la suite des événements, est plus probable. [108] C'est par erreur qu'il a été dit, p. 135, n. 6, que le chancelier était Hubert Gautier. Celui-ci n'exerça jamais l'office de chancelier, qui fut tenu jusqu'en 1195 par Guillaume de Longchamp. [109] Ci-après, p. 134, n. 3. [110] Ci-après, p. 140, n. 3. [111] Rymer, _Fœdera_, éd. Holmes, I, 30. Il n'est pas daté ; Duffus-Hardy (Syllabus) le place, avec toute vraisemblance, en octobre 1197. Cf. Stapleton, Magni rotuli Scacc. Normannte, II, lxxiv. [112] Ce sont Baudouin, comte d'Aumale, Guillaume de Hondschoote et Guillaume de l'Étang. [113] Fils de son frère cadet Ansel, et non, comme il est dit p. 143, n. 4, de son frère aîné Jean, mort en 1194 sans enfants. III « [114] Le récit de Roger est analysé ci-après, p. 142, n. 4. [115] C'est d'après Roger de Howden que j'ai placé en marge, t. II, p. 28, la date 27 septembre 1198. [116] C'est ce que j'ai déjà indiqué à la fin de la note de la p. 148. [117] Il subsiste encore des ruines de ce château ; voir le Répertoire archéologique de l'Oise, p. 53. [118] Je conserve le nom adopté dans le poème ; ailleurs Mercaderius, Merchaderius ; voir p. 145, n. 3. [119] Voir p. 148, note. H. Giraud, dans son mémoire sur le comte-évêque (voir DM. de l'École des chartes, V, 18-19), adopte la date fournie par les historiens anglais, comme il avait déjà fait dans son mémoire sur Mercadier (Bibl. de l'École des chartes, III, 429), où, par inadvertance, il donne à l'évêque le nom de Henri. [120] Ci-après, p. 158, n. 1. [121] Actuellement Ardennes, village de la commune de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, cant. de Caen (ouest). [122] Voir p. 160, n. 4. [123] Ci-après, p. 160, n. 6. [124] Voir l'itinéraire, à l'appendice. [125] Ci-après, p. 161, n. 3. [126] Itinéraire. [127] Roger de Howden, IV, 90 ; cf. les Annales de Winchester, dans _Annales monastici_, éd. Luard, II, 72 (Coll. du Maître des rôles). Le titre de comte de Pembroke dut lui être conféré avec celui de comte de Striguil : Willelmus Marescallus factus est cornes Pembrochia ? » (Annales Cambris, ad an. 1199 ; Coll. du Maître des rôles). Isabelle de Clare, femme de Guillaume, était comtesse de Striguil et de Pembroke, mais son mari ne pouvait prendre le titre de comte qu'en vertu d'une investiture royale. Toutefois, il lui est attribué, à partir de son mariage, dans la Chronique dite de B. de Peterborough, mais c'est _by courtesy_. [128] Dugdale, _Baronage_, I, 601. [129] Rotuli chart., p. 46 b. [130] Rotuli de liberate, p. 27. [131] _Ibid_., p. 71-72. [132] Ci-après, p. 161, n. 7. [133] Ci-après, p. 162, n. 1. [134] Sauf pendant le temps compris entre septembre 1200 et les premiers jours de mars 1201, qu'il paraît avoir passé dans ses terres d'Irlande. Voir ci-après, p. 183, n. 8. [135] Voir l'itinéraire. [136] Ci-après, p. 167. [137] Voir, sur cette remarquable construction, M. Dieulafoy, Le Château-Gaillard et l'architecture militaire au XIIIe siècle, dans les Mém. de l'Acad. des inscr., t. XXXVI (1898). [138] Rigord, § 141, éd. Delaborde, p. 159. [139] Chronique, §§ 122 et 123, éd. Delaborde, p. 213 ; Philippide, 1. VIL [140] « Misit itaque cotarellos, sub profundo noctis silentio, et ruptarios, cum paucis militibus, ad illos qui remanserant ultra Sequanam » (éd. Delaborde, p. 214). [141] Philippide, 1. VII, v. 144 et suiv. : Ergo Marescallo cordis secreta revelans : « O mini consilii custos fidissime, dixit, Accipe selectos equites, Guillelme, trecentos Et famulos in equis tria millia ; sume clientes Mille quater pedites ; tecum Lupicarica rupta Fac eat » [142] V. 12598 ; voir ci-après, p. 171, n. 6. [143] Ci-après, p. 175, n. 3 et 4. [144] Ci-après, p. 176. [145] Arr. de Bernai. On n'a point d'autre témoignage sur le séjour de Philippe-Auguste au Bec. [146] Mai 1204. Ci-après, p. 177, n. 5. [147] Voir v. 12924 et suiv. [148] Voir l'itinéraire. [149] « Willelmus cornes Marescallus oppidum Kigerran primo impetu cepit, familiaribus Mailgonis (Maelgwn fils de Rhys), qui illud observabant iuermibus, abire dimissis » (Annales Cambriæ, ad an. 1204 ; Coll. du Maître des rôles ; cf. _Brut y Tywysogion_, p. 260, même collection). [150] Ci-après, p. 178, n. 5. Cet hommage permit à Guillaume de garder jusqu'à sa mort ses biens de Normandie et de les transmettre à son fils aîné, comme on le voit par un acte de celui-ci daté de juin 1220 (Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n° 1971). [151] Au mois de mai. On voit, par l'itinéraire, que le 31 mai le Maréchal était à Porchester. [152] C'est du moins ce qu'affirme l'auteur ; mais voir ci-après, p. 183, n. 8. [153] Nous savons seulement qu'elles devaient comprendre une grande partie du sud-ouest de l'Irlande. — 4. Voir _Débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre_, § 54, et la note, p. 138 (Soc. des anciens textes français). [154] Les paroles du poète (v. 13289 et suiv.) sont assez vagues. Nous ne savons pas très bien quelle part d'autorité fut attribuée au Maréchal. [155] « Memoratus itaque Willelmus, utpote bellicosus et strenuus, dictus Marescallus, quasi Martis senescallus, dum in Hybernia, stragi intendens et incendio, terras sibi adquireret spatiosas, a quodam sancto episcopo duo maneria ad suam ecclesiam pertinentia, violenter et injuriose surripere, et subrepta sibi usurpando praesumpsit, quasi justo titulo, quiainguerraadquisita, possidere. Episcopus igitur, post frequentes admonitiones, in ipsum comitem procaciter respondentem, et contumaciter in peccato suo dicta maneria retinentem, sententiam excommunicationis non immerito fulguravit » (Chronica majora, éd. Luard, IV, 492). Un peu plus loin, Mathieu de Paris nous apprend que cet évêque était l'évêque de Ferns. Mais comme l'évêque dont il s'agit (Albinus) occupa le siège de Ferns de 1186 à 1223, nous ne pouvons guère parvenir III à dater cet événement. « [156] V. 13429-14136. [157] V. 13558. [158] Gela résulte du rapprochement des vers 13565-13572 et 13679-13692. [159] Voir l'Itinéraire. [160] Ci-après, p. 188, n. 2. [161] Voir ci-après, p. 188, n. 1. [162] Voir ci-après, p. 188, n. 3. [163] Fin de février. [164] V. 13704 et suiv. [165] V. 13763 et suiv. [166] P. LXXXI. [167] D'autant plus que les rôles des lettres patentes et des chartes font défaut pour les années 11, 12 et 13 du roi Jean. Pour les lettres closes, il nous manque les années 10, 11, 12. [168] Au commencement de l'année 1210. [169] Cf. plus haut, p. lxxix. [170] Nous avons vu plus haut (p. ix) que des faits notés par le poète dans cette incidence ressortaient quelques données pouvant servir à déterminer l'époque où le poème fut composé. [171] Ce verbe est souvent employé dans le sens de passer sous silence, omettre. » [172] L'histoire de cette période a été étudiée en grand détail, d'après toutes les sources, y compris l'Histoire de Guillaume le Maréchal, par M. Petit-Dutaillis, dans son Étude sur la vie et le règne de Louis VIII (Paris, Bouillon, 1894). [173] R. de Coggeshall, éd. Stevenson, p. 180 ; cf. Petit-Dutaillis, p. 93. [174] Voir ci-après, p. 230, n. 3 ; 234, n. 4 ; 237, n. 2. [175] Voir p. 232, n. 3. — Il a pu même arriver que ces explications, de provenances diverses, aient été contradictoires. C'est, du moins, ce qu'affirme le poète quand il avoue, avec sa sincérité ordinaire, qu'il ne sait plus à qui entendre, ceux qui lui fournissent sa matière n'étant pas d'accord (v. 16401 et suiv.). [176] Voir p. 229, note. [177] Voir v. 16997-16999 où il est dit qu'en cette journée il fut « maître de conseiller nos gens ». C'est lui qui va reconnaître la ville avant l'attaque (v. 16467 et suiv.) ; c'est lui encore qui retient le Maréchal, qui, du reste, ne l'écoute guère, trop pressé de charger (v. 16581 et suiv.). [178] Ci-après, p. 245, n. 1. [179] Voir p. 250, n. 1. [180] Voir Petit-Dutaillis, p. 176 et suiv. [181] Ces avances concernent des dépenses très variées faites pour le couronnement du roi, pour le paiement des gens de guerre, pour le paiement de l'indemnité accordée à Louis, pour des présents destinés au pape ou à certains cardinaux, etc. L'énumération s'en trouve dans deux lettres royales, du 31 mai 1224, qui font partie des _Rotuli litterarum clausarum_, I, 601, 602. J'en extrais seulement deux articles relatifs à l'indemnité de guerre : Computate etiam eisdem executoribus (l'abbé de Saint-Augustin de Bristol, Jean d'Erlée et Henri Fils Gerout). xlv. marcas quas idem comes (le Maréchal) liberavit, per preceptum nostrum, Willelmo de Harecurt, pro. xlv. marcis quas idem Willelmus nobis comodavit ad opus Willelroi fllii Florentii Dtvilis de Sancto Audomaro, pro Lodovico rege Francie. Computate etiam eisdem nongentas et. xxxviij. marcas et tres solidos et. iiij. denarios quas idem comas liberavit, per preceptum nostrum, predicto Willelmo Florentii in parte solutionis sex millia marcarnm quas debuimus predicto Lodovico. Florent le Riche et son fils Guillaume étaient d'importants négociants de Saint-Omer qui servirent d'intermédiaires entre le gouvernement anglais et Louis pour le paiement de l'indemnité convenue à ce dernier. Voir Petit-Dutaillis, p. 176. [182] Du moins dans le texte qui nous est parvenu. Mais j'ai fait remarquer qu'il y avait probablement une lacune assez considérable aux environs du v. 17872. [183] Ci-après, p. 252, n. 5. [184] Le poète dit même (v. 17906) qu'il le fit, mais il ajoute que ce testament ne fut pas fait en hâte, et plus loin, en effet, nous voyons le Maréchal s'occuper à le parfaire (Bien serreit que je perfeïsse || Mon devis…, v. 18127-18128). [185] Voir la note 3 de la page précédente. [186] Il y a ici une difficulté sur laquelle j'aurais dû appeler l'attention dans une note de la traduction. Les exécuteurs testamentaires désignés dans deux actes qui font partie des Rotuli liltera _rum clausarum_ (I, 601 ; cf. ci-dessus, p. xciv) sont le prieur de Saint-Augustin de Cantorbéry, Jean d'Erlée et Henri Fils Gerout. Comme il est impossible de révoquer en doute l'autorité des documents diplomatiques, il faut supposer qu'ici l'auteur du poèmes'est mal exprimé. C'est une forme connue de testament que celle où des témoins sont appelés à apposer leurs sceaux sur l'acte déjà fermé et scellé. Les trois illustres personnages désignés dans le poème comme « mestre executor » (v. 18339) devaient être des témoins. Du reste, il n'est pas vraisemblable que le comte eût mis au nombre de ses exécuteurs testamentaires l'évèque de Winchester, avec qui il venait d'être en différend au sujet de la garde du roi. [187] Le poète fait dire au Maréchal (v. 18173-4) : « J'ai grand peur au sujet de mes gens, de ceux qui sont _en nendre went_. » Je suppose qu'il s'agit de Newent, comté de Gloucester, où il y avait un prieuré de Bénédictins, sur lequel voir Monasticon anglicanum, nouv. éd., VI, 1048. III g [188] Ci-dessus, p. xl. [189] J'ai dit par erreur, p. lix, qu'il n'y en avait que quatre. [190] Voir l'épisode du larron qu'il épargne, v. 4425 et suiv. [191] V. 6316 et suiv. [192] Voir la scène avec le cardinal, v. 11590 et suiv. [193] Voir la scène de réconciliation avec Jean, v. 10404 et suiv. [194] V. 11671 et suiv. [195] Voir G. Paris, Histoire littéraire de la France, XXXII, 446-8. [196] Abstraction faite des événements qui se passèrent en Terre sainte avant la venue de Richard, et pour le récit desquels ils'est servi d'une chronique latine qui ne nous est pas parvenue. Voir la préface de M. G. Paris, p. m et cxxvi. IV. Examen du poème au point de vue littéraire. L'Histoire de Guillaume le Maréchal étant publiée sous les auspices d'une société historique, il était bien naturel que la plus grande partie de la présente introduction fût employée à mettre en relief la valeur de l'œuvre considérée comme source de l'histoire de France et d'Angleterre au xiie siècle et au commencement du xme. Toutefois, le côté historique n'est pas le seul à considérer. Il n'est pas possible qu'un poème en 19,000 vers, dont la date est connue, n'offre pas, à divers points de vue, un sujet de recherches intéressantes. Il ne sera donc pas inutile de présenter ici quelques observations sur les procédés littéraires, sur la versification, sur la langue, sur le style de l'auteur. L'auteur de l'Histoire du Maréchal, tout entier à sa matière, ne cherche point les effets littéraires. Il écrit sobrement et ne s'attarde point à ces descriptions élégantes et gracieuses qui forment, dans les romans d'aventures, d'agréables hors-d'œuvre. Il trace le portrait physique de son héros (v. 715 et suiv.), mais il ne fait le même honneur à aucun autre des personnages qu'il met en scène. A peine un mot banal sur la beauté du jeune roi Henri (v. 1956, 3646), et un trait sarcastique sur le légat Pierre de Capoue (v. 11445). Les lieux communs sur le printemps, sur la beauté féminine, sur les chevaux ou les armes font complètement défaut. S'il veut donner l'idée de la valeur d'un cheval, il en indique le prix en argent (v. 4272, 5965), reproduisant très probablement le renseignement qui lui a été fourni. Lorsqu'il vient à parler des draps de soie que le Maréchal a réservés pour ses obsèques, il ne s'arrête pas à les décrire, mais il introduit aussitôt une petite scène très vivante (v. 18201 et suiv.), d'où ressort l'impression que ces draps étaient en effet fort beaux. L'auteur ne s'interdit pas les réflexions morales, mais il n'a évidemment aucun goût pour la rhétorique ni pour les développements purement poétiques. Il n'y a guère que les récits de tournois qu'il se plaise à développer un peu longuement. Mais les tournois avaient pour lui et pour ses contemporains à peu près autant d'importance que les combats réels, et il avait à cœur de ne négliger aucune des circonstances qui pouvaient mettre en relief la valeur de son héros. Il se maintient toujours sur le terrain historique et se montre particulièrement soucieux de ne pas franchir les limites de la biographie du personnage. Si parfois il lui arrive d'introduire dans sa narration quelque épisode où le Maréchal ne figure pas, on peut être assuré que, dans sa pensée, cet épisode se rattachait par quelque lien à son sujet. Seulement, ce lien n'est pas toujours indiqué. Et ici nous devons signaler l'un des côtés faibles de l'œuvre envisagée au point de vue purement littéraire : l'art de la composition y manque un peu. Les transitions sont banales ou même font défaut. Le poème est, pour ainsi dire, une suite d'épisodes ou de scènes rangés selon l'ordre chronologique, mais mal reliés. En revanche, chaque épisode, pris à part, est généralement bien présenté. Nous avons plus d'une fois, dans les pages qui précèdent, constaté l'habileté avec laquelle l'auteur met en scène ses personnages, les faisant agir et parler d'une façon conforme à leur caractère et à la situation. Il se dégage toujours de ces courtes scènes, dont quelques-unes sont de petits chefs-d'œuvre, une évidente impression de vérité. Relevons ici un trait intéressant. L'auteur, qui est modeste et n'attribue à sa propre opinion aucune autorité, se garde bien de donner comme siens les jugements qu'il est amené à porter sur les personnes de haut rang, mais il les met dans la bouche d'hommes considérables. Il n'oserait pas dire ce qu'il pense du roi Jean : il le fait dire par l'archevêque de Cantorbéry[197], et c'est le roi de France qui prononce l'éloge définitif du Maréchal. Il était réservé et prudent, mais non point sans personnalité. Ses sentiments percent ça et là. Normand de naissance (sa langue le prouve), il était très Anglais de cœur. Non pas que les mœurs de l'Angleterre correspondissent à son idéal : son enthousiasme pour la chevalerie[198], son goût pour les tournois trouvaient mieux à se satisfaire sur le continent ; mais, comme son héros, il avait pour la dynastie angevine un attachement tout féodal. Il espérait de Henri III le relèvement de l'Angleterre si humiliée sous Jean Sans-Terre[199]. Ayant atteint l'âge d'homme sous Richard, ou à la fin du règne de Henri II, il était resté fidèle aux idées de sa jeunesse, qui, vers l'an 1225, pouvaient sembler quelque peu arriérées. On sent qu'il regrette le temps où le jeune roi Henri courait les tournois à la tête d'une brillante suite de chevaliers. Il était d'ailleurs d'humeur pacifique et déplorait les maux de la guerre[200]. C'était un homme modéré que ses sentiments anglais n'aveuglaient pas sur le compte des Français, dont il parle, en mainte occasion, dans les termes les plus honorables. Nous n'arriverions pas à nous représenter, avec une exactitude suffisante, la physionomie de l'auteur si nous ne cherchions à nous faire une idée de son instruction littéraire. Ce n'est pas chose facile, parce qu'il ne se livre pas volontiers. Nous pouvons croire qu'il savait le latin, mais rien ne prouve qu'il ait été très versé dans la littérature des clercs. Si, dans sa jeunesse, il avait fait ces études que l'on comprenait sous le terme général de _clergie_, il ne le montre guère. Quand il a besoin d'une maxime, il ne l'emprunte pas, comme plusieurs de ses contemporains, à la Bible ou à quelque auteur de l'antiquité : il cite un proverbe populaire[201]. Il connaissait mieux, sans doute, la littérature en langue vulgaire ; mais, même dans ce domaine, son information ne paraît pas avoir été remarquablement étendue. Arthur et Alexandre sont pour lui, comme pour ses contemporains, des types de prouesse et de libéralité (v. 3576). Il croit aux prophéties de Merlin (v. 2703, 15222), qu'il avait lues dans Gaufroi de Monmouth, dans le _Brut_, de Wace, ou dans quelque autre traduction. C'est aussi à l'une des rédactions du _Brut_ qu'il emprunte ce qu'il dit de l'origine de Chinon[202]. Il rappelle, à deux reprises (v. 7004 et 8446), la seconde fois, avec beaucoup d'à-propos, un épisode du Romand'Alexandre, le _Fuerre de Gadres_. Il cite la fable du Pigeon et du Renard, dont on a plusieurs rédactions[203]. C'est assez peu ; mais il paraît bien que, différant en cela de certains auteurs de son temps, d'Ambroise, par exemple, notre historien n'aimait point à faire étalage de son érudition. L'érudition littéraire d'un poète ne se reconnaît pas seulement à des allusions du genre de celles qui viennent d'être signalées. On sait que les poètes du moyen âge s'empruntaient volontiers certaines expressions caractéristiques, par fois même des vers entiers, ce qui permet de former des inductions sur leurs lectures, sur leurs goûts littéraires. Les éditions que nous possédons de nos vieux auteurs n'étant pas toujours pourvues de vocabulaires détaillés, il n'est pas facile de reconnaître ces sortes d'emprunts. J'en ai cependant relevé quelques-uns. Notre poète fait occasionnellement intervenir la Fortune et sa roue dans les affaires de ce monde (v. 355, 5475, 13325, 14137). C'est un lieu commun de la poésie du moyen âge[204], comme aussi la personnification de Convoitise (v. 8071), d'Envie (v. 5121), de Gentillesse (v. 5065), de Largesse (v. 3662, 5064), d'Oubliance (v. 3669), de Prouesse (v. 1887), de Remembrance (v. 3672), de Renommée (v. 3427, 6193). Toutes ces figures, qui ornent tant de poèmes du xiiie siècle, étaient déjà en vogue au temps où fut composée notre histoire. _Renomée qui tost vole_ (v. 3427) apparaît déjà dans le Roman de Troie (v. 24626), dans _Guillaume de Dâle_ (v. 937), dans _l'Escoufle_ (v. 8516). A propos du vers 108 : C'ert ma joie, c'ert mis conforz, j'ai cité en note deux vers d'Erec et Enide (éd. Fôrster, v. 543-4), où la même expression se retrouve. On lit de même dans _Meraugis_ (éd. Friedwagner, v. 4877-8) : C'est mes deduiz, c'est mes deporz, C'est ma joie, c'est mes conforz, vers évidemment imités de Chrétien de Troyes. Le premier de ces deux vers a été aussi adopté par l'auteur du _Dolopathos_ (v. 4125). Je ne crois pas, du reste, que notre auteur ait imité consciemment Chrétien de Troyes : son style est trop différent[205]. Je crois même qu'il n'imite personne. Seulement, il se peut que certains vers, qu'il avait lus ou entendus, soient venus, pour ainsi dire à son insu, se placer sous sa plume. Ainsi, lorsque, parlant des barons anglais qui envoyèrent leurs enfants comme otages, pour le roi Richard, il écrit : Molt s'en voldrent cil entremetre… _Qui lor enfanz i enveierent En ostages_… (v. 9991-4), il reproduit, à peu près, Ambroise, chez qui nous lisons, à propos du même fait : E li baron qui V ostagierent, Qui lor _enfanz i envoierent_. Ces deux vers : Or sunt li mensongier a ese, Or n'ont chose qui lor desplaise (5849-50), sont comme l'écho de ceux-ci : Or sont li amant mout a aise, Or n'ont il rien qui lour desplaise (Eracles, 4624-5). Ces rapprochements n'ont pas grande portée. On pourrait en augmenter le nombre sans arriver à prouver que notre poète ait été un imitateur. Je crois, au contraire, qu'il est original dans la forme comme nous avons vu qu'il l'était dans le fond. Il a sa manière à lui et ne se rattache à aucune école. [197] Ci-dessus, p. lxxi. [198] Voir v. 2639 et suiv., 16859 et suiv. [199] Voir v. 2693 et suiv., 4312 et suiv., 11079 et suiv. [200] Voir v. 665 et suiv., 2202 et suiv. [201] Voir, au vocabulaire, l'article _Proverbes_. [202] Ci-après, p. 94, n. 1. [203] Ci-après, p. 193, n. 4. [204] Benoît, Chron. des ducs de Norm., v. 41103 ; Eneas, v. 685 ; _Guill. de Palerne_. De même dans la poésie latine du temps ; voir Kingsford, _The Song of Lewes_ (Oxford, 1890), p. 87-8. [205] Des coïncidences portant sur des expressions banales, telles que La vostre merci, biaus douz sire (Erec, v. 624, et Hist. du Mar., v. 9342), ne prouvent rien. V. Examen du poème au point de vue philologique. § 1. _Versification_. — La versification de l'Histoire du Maréchal n'offre aucun caractère exceptionnel ni même rare. Indiquons-en cependant les traits principaux. A l'époque où l'auteur composait, on ne suivait plus guère l'ancienne règle selon laquelle les deux vers rimant ensemble étaient liés par le sens non moins que par la rime, en sorte que toute phrase, ou du moins toute proposition, devait se terminer avec le second vers de la paire ou couplet. Chrétien de Troie paraît avoir introduit l'usage de briser l'unité du couplet en terminant une phrase avec le premier vers d'un couplet, une nouvelle phrase commençant avec le second. Ce qui n'était de sa part qu'une sorte de licence devint, chez certains trouvères, tels que Raoul de Houdenc, Huon de Méry, les auteurs de _Guillaume de Dole_, de l'Escoufle, etc., une recherche d'élégance. L'his m /i torien du Maréchal ne vise à aucune recherche de ce genre, mais il ne se fait pas faute de commencer ses phrases avec le second vers de la paire lorsqu'il le juge à propos[206]. J'ai eu plus d'une fois l'occasion de remarquer que les poètes normands et anglo-normands admettent de temps à autre quatre ou même six vers consécutifs sur la même rime[207]. Notre auteur se permet quelquefois cette licence : 1651-4, 3039-42, 3111-4, 3347-51, 4623-8, 6169-72, 6339-42, 10519-22, 13107-10, 16321-4. Il rime fort exactement, ne se permettant aucune assonance, et recherchant les rimes que nous appelons riches, celles qui comportent l'identité de la consonne d'appui et même de la voyelle qui précède cette consonne (rimes léonines). Ainsi, il fera rimer ensemble _rei, conrei, desrei_, 41, 473, 1307, di avec _amaladi_, 89, merci avec ci, 709, sucurut avec _murut_, 75, _commencement_ avec definement, 3, etc. C'est de sa part une tendance, non un usage constant[208]. Le désir de faire des rimes léonines entraînait les poètes du moyen âge à accoupler soit le simple avec un de ses composés, soit deux composés du même mot. Ici, les exemples abondent. Dans les cent cinquante premiers vers nous trouvons faire-afaire, reprendre-entreprendre, amaisniée-maisniée, endurer-durer, enprises-aprises, tenue-maintenue, tindrent-maintindrent, tenir-main_tenir, mesléedemeslée_. L'auteur fait quelquefois rimer un mot avec lui-même (_s'entendent-entendent_, 9, en seantseant, 215, _tote voie-a la voie_, 333, _grant poeir-plus que poeir_, 1825), mais il le fait ordinairement avec plus de discrétion que certains de ses contemporains[209] : il y a toujours une différence de sens ou d'emploi entre les deux mots identiques associés par la rime[210]. Ainsi, aux vers 2019-20, _mains_ rime avec lui-même ; mais, au second vers, ce mot fait partie de la locution _prendre en mains_. Aux vers 2061-2 _mains_ (minus) est employé dans deux locutions différentes : _al mains_ et _plus que mains_. Il y a pourtant quelques exemples où la différence est uniquement dans le mot qui précède la rime. Nous voyons _deus cenz_ rimer avec _sis_ cenz, v. 5083-4, et se sistrent avec n'i sistrent, v. 7203-43. Les rimes féminines étant considérées comme léonines, puisqu'elles portent sur les deux dernières syllabes du mot, sont naturellement très nombreuses chez les poètes qui cherchent à rimer richement. La proportion de ces rimes varie singulièrement d'un poème à l'autre ; il y a donc là un caractère qu'il est utile de définir. Ici, la moyenne des rimes féminines est d'environ 45 pour 100. Elle paraît plus forte dans le commencement que vers la fin. Dans les mille premières paires de vers (v. 1 à 2,000), j'ai compté 462 paires féminines. Du v. 13001 au v. 14000, j'en ai compté 209 seulement et du v. 18001 à 19000 je n'en trouve _que_ 179. C'est une proportion fort élevée et qui dépasse notablement la moyenne. C'est celle que j'ai relevée pour _l'Escoufle_. Il est quelques poèmes où les rimes féminines sont plus nombreuses encore : _l'Estoire de la guerre sainte_ d'Ambroise, où elles atteignent le chiffre de 60 pour 100. Au bas de l'échelle nous trouvons le poème de Dermot (Conquête de l'Irlande) avec environ 13 pour 100. L'élision de Ye final atone suivi d'un mot commençant par une voyelle est de règle. Font exception les mots ce (pour ç o ou ceo), 295, 643, 931, 986 ; ne, 87, 208, 269, 1454, 1506 ; que (écrit aussi ke), 143, 232, 643, 674, 832, 888. Pour ces mots, l'élision est facultative[211]. Les autres cas de non élision de Ye final atone qui se rencontrent ça et là dans le poème me sont très suspects[212] ' —. § 2. _Langue_. — Je me bornerai à indiquer ici les traits caractéristiques de la langue du poète tels qu'ils peuvent se déduire des rimes. Je ne puis, sous peine d'allonger démesurément cette introduction, songer à épuiser la matière. Les rimes, étant en général fort exactes, fournissent des données assez sûres touchant la prononciation du poète. Cependant, ici comme en bien d'autres poèmes, on peut remarquer que l'auteur employait parfois, pour la commodité des rimes, des formes divergentes. Ainsi, li fait rimer _Salesbire_ (Salisbury) avec _dire_, 146, avec _Hantsire_ (Hampshire), 1554, mais il emploie aussi les formes _Salesbére_, 344, 12125, 15892, pour rimer avec arriére, mère, père ; enfin, Salesbiere, 14609, rimant avec _Piere_. Nous avons vu plus haut (p. xiv) que le fidèle écuyer du Maréchal était, selon les besoins de la rime, appelé _Johan d'Erlée_ et _Johan d'Erlie_. J'ai relevé au vocabulaire, sous _cuidier_, deux formes pour le présent de l'indicatif, première personne : _oui_, rimant avec _lui_, et _cuit_ rimant avec _tuit_. Nous trouvons _envire_ (invidia), 37, associé à _dire_, plus souvent _envie_, 85, 1514, 2148, 2978, rimant avec _vie, chevalerie, mie_. De même _navile_, en rime avec _Canvile_, 9672, et ailleurs _navie_. _Ostal_ et _ostel_ lui fournissent aussi deux rimes différentes ; voir le vocabulaire. Ce sont là les irrégularités qu'on observe fréquemment dans la poésie de l'époque et qui se limitent à un petit nombre de cas. En somme, les rimes attestent une langue assez fixe, et cette langue est bien celle du continent, spécialement de la Normandie[213]. Quelques rimes semblent indiquer des habitudes de prononciation anglo-normande ; mais, outre que ces rimes sont fort rares, li n'est pas sûr qu'elles n'étaient pas autorisées au commencement du xni° siècle par la prononciation normande. Les diphtongues ai et ei, suivies d'une nasale, riment ensemble : _mains_ (manus) s'associe à meins[214] (minus), 721, 1874, 3200 ; h pleins, 536 ; _main_ à _frein_, 340, 2615, 2842. De même _remaint_ (remanet) et _remeint_ (subj. de remener), 13539 ; _main_ et _amein_ (ind. pr. à' amener), 13533 ; _mains, vilains_ et Reins, 11705, 117171. Ai, non suivi d'une nasale, rime avec _è : maistreestre_, 465, 735, 1283, 1965, 1977, etc. ; _naistre-estre_, 877 ; estre-paistre, 2635 ; après-mais, 489 ; malvais-adès, 11077 ; _pais_ (pacem) -près, 12949 ; _presse-laisse_, 921, 1509. Ce qui est plus rare sur le continent — car en Angleterre il n'est rien de plus ordinaire — c'est l'association à la rime à'ié et d'é. Nous en trouvons ici quelques exemples qui ne sont pas tous assurés : _encontrérent-espargnérent_, 323 ; trovèrent guidèrent, 313 ; quidér ent-returnérent, 267 ; guider entèrent, 10275 ; èrentmangièrent, 19123 ; _père_ (pater) _-Perre_ (Petrum), 10923. De ces exemples, il faut d'abord retrancher[215] ceux où paraît guidèrent. Sans doute, la forme la plus générale est quidiérent (ou cuidiérent). Mais on a déjà remarqué que, chez Benoît de Sainte-More et chez Wace, la forme habituelle de l'infinitif est _cuider_ et non _cuidier_[216]%. Nous avons donc, dans la forme guidèrent, au lieu de quidiérent, un indice de l'origine normande de notre poème. Quant à _Perre_, au lieu de _Pierre_, c'est une forme qui n'est pas étrangère au français continental (Saint-Père, de Chartres)[217]. Reste espar gnérent et mangiérent, dont il serait à la rigueur possible de se débarrasser par une correction[218], mais le cas est trop isolé pour qu'il soit permis d'en tirer une conclusion sur la langue de l'auteur. Les rimes _iée_ et ie sont nettement distinctes : jamais le poète ne ferait rimer _maisniée_ avec _hardie_ ; ce n'est pas qu'on ne trouve souvent maisnie, mais c'est le copiste qui est responsable de cette forme, comme nous le verrons plus loin : l'auteur prononçait _maisniée_. Le suffixe ellus, ellos aboutit à _eals_, où la tonique porte sur l'a. Preials (pratellos) rime avec _leals_, 5293, 12905, _Mareschals_, 4993, _vasals_, 10963, aussi bien qu'avec _beals_ (bellus), 10759, 12645, _chasteals_, 12840, isneals, 5031, 10987. De mêmeelm devient _ealm_, comme le prouve la rime _Willealme, healme_[219], _reaime_, 383, 2967, 16747'. Il n'est pas besoin de prouver qu'en reste toujours distinct d'an ; par conséquent, au v. 5602, crest'ians, rimant avec _flamens_, doit être lu _crestïens_, qui est du reste la graphie habituelle. La rime granz-laienz, 10683, est bien exceptionnelle. Dans la diphtongue ue (latin ô) l'accent portait sur la fin, comme le montre la rime _muert-quiert_, 8215, mais le même fait s'observe en des textes plus anciens[220]. Les mots savants _apostorie, estorie_ (historia, stolium), glorie, memorie, victorie, et le nom de lieu _Montorie_ riment ensemble, 3165, 3678, 4327, 4443, 9641, 11601, 16523, 17317, 17533, 19211 ; toutefois, le son de la finale devait s'approcher du son oi, venant d'e ou à'ï, car nous rencontrons voire-estoire, 17293, apostoirecroire, 18049, aposioire-voire, 18075. L'o à'_ost_ est ouvert et rime naturellement avec _acost_, 933, ost (subjonctif _à'oster_), 4613, _tost_, 183, 201, 2023, 2165. Mais, d'autre part, il rime avec _cost_, 363, avec _aost_, 10913, 17263, où l'o est fermé et équivaut à ou de la notation moderne. Même observation au sujet de Pentecoste, qui rime constamment avec coste (coûte), 36831. Nuire rime avec _martire_, 713, _conduie_ avec _mie_, 1403, _fui_ avec _merci_, 9285 (cf. p. cxiv, note 3), ce qui montre que dans la diphtongue ui l'accent portait sur l't[221]. Nous avons constaté plus haut, à propos du suffixe ellus, la même tendance à faire prédominer la seconde partie de la diphtongue. Le poète distingue soigneusement s de z, comme on le verra par les deux séries de rimes qui suivent, la première ens, lasecondeenz : Rimes en S. _seals_, 796, _noveals_, 3486, oiseals, 1328, perdrials, 561, Preials (pratellos), 4662, 5293, _seveals_, 795. eis : _anceis_, 1 104, Angleis, 1212, _borgeis_, 5090, _conreis_, 2535, _corteis_, 1364, _demaneis_, 2333, _Franceis_, 1103, 1211, /"reis, 5023, _gabeis_, 1363, _herneis_, 1372, mets, 5089, palefreis, 1371, reis, 2536, 2719, Tïeis, 4468, taraeis, 2720. eiss et afns : _freins_, 996, _mains_, 536, 995, 1874, wieiras (minus), 1873, pleins, 535. eus : osens, 1409, pens, 1808, sens, 1906, rews, 3664, Jens, 1410, 1807, 1905. es et aïs : _Bealvais_, 11586, /es (fascera), 9983, _mais_, 658, 4394, 11585, pais, 657, 4393, 8142, près, 8141, 9984. ibns : _biens_, 1941, _chiens_, 1693, _miens_, 3761, _riens_, 1694, 1942, 3762. lis : ehiés, 3863, _meschiés_, 3864. iecs : _gieus_, 2213, 3310, /iews, 2214, _Mahieus_, 3309. is : omis, 609, asis, 6474, escAis, 6362, _Henris_, 805, 2339, 2403, /. oo'is, 806, mis, 610, ocis, 1000, pais, 4484, 6361, ^ensis, 1226, _pis_ (pejus), 44, _pris_ (prehensus), 162, 681, pris (pretium), 161, 682, _ris_, 2340, 2404, _vis_, 43, 6473. ôrs : _cors_ (corpus), 272, 3456, 7042, _fors_, 271, 3455, _lors_, 7041. ôrs :. ;'ors, 5780, meillors, 5779, plusors, 2026, 4116, _secors_, 4115, Jors, 2025, 8913, fors, 8914. ôs : ados, 2169, _dos_, 2170, enclos, 2405, flos (fluclus), 3378, _gros_, 7385, _los_, 2406, 2587, 3377, os, 2588, _repos_, 3927. 6s : angoissos, 456, 6758, _coragos_, 2087, _glorios_, 6977, A« nios, 6757, iros, 8133, perillos, 455, vos, 2088, 6978. ods : _cous_ (colpos), 1433, 6136, _cous_ (collos), 6135, _mous_, 1434. ob*s : _buens_, 1143, 1888, _quens_, 1144, _suens_, 1887. uis : _pertuis_, 647, uis, 648. — _Puis_ (adv.) et (Ben. Peterb., I, 292). gnie de chevaliers, et, de son côté, il fit venir ses hommes[636] d'Anjou, de France, de Normandie, de Flandre. Ces derniers, étant arrivés à Limoges, se rendirent au château avec leur seigneur. Ceux du dehors[637], les ayant vus entrer, leur mirent le siège, faisant garder toutes issues. Le jeune roi tint alors conseil avec trois des siens, le comte de Bretagne, le seigneur de Lusignan[638] et Rogier de GaugH [6414]. Le comte de Bretagne dit à son frère qu'un seul homme était capable de les conseiller, à savoir Guillaume le Maréchal. Geoffroi de Lusignan ajouta que les accusations portées contre le Maréchal étaient calomnieuses, offrant même de le prouver par le combat judiciaire. Et pourtant, » dit-il en terminant, « le Maréchal ne m'aime guère, car il croit que c'est moi qui ai tué son oncle, ce qui est tout à fait faux[639] » [6458]. Voyez comme Dieu, qui veille sur les bons et à qui rien n'est caché, a bientôt fait de découvrir la trahison ! Celui qui avait ourdi le complot était alors sénéchal du roi et maître de son hôtel[640]. Il vint au roi, qui tenait conseil, sans y avoir été appelé et lui dit : « Sire, le roi votre père vous a assiégé en ce château. Je suis son homme-lige. Je n'ose plus rester avec vous et je viens vous prier de me donner congé de me rendre auprès de votre père, comme je le dois. — Voyez le traître, » s'écria le roi, « il montre bien à la fin comme il a calomnié le Maréchal, le meilleur de mes hommes ! » Et il allait le frapper de son épée, lorsque son frère arrêta son bras : « Ne souil lez pas vos mains du sang de ce traître, mais chassez-le. » Ce qui fut fait [651 2]. Le roi, désormais convaincu de l'innocence du Maréchal, fit appeler Raoul, fils de Godefroi, son chambellan[641], le plus fidèle de ses serviteurs, et lui commanda de se mettre à la recherche du Maréchal et de l'amener[642]. Raoul se mit en route : il parcourut maint pays sans apprendre aucune nouvelle de celui qu'il cherchait. Il s'en revenait tout fatigué lorsqu'il le rencontra [6561]. Ils s'embrassèrent, et Raoul remplit son message. Le Maréchal fut heureux d'apprendre que la trahison était dévoilée, et il en remercia Dieu. « J'arrive de Cologne, » dit-il, « où j'ai accompli un pèlerinage aux Trois rois, afin que Dieu, par leur mérite, voulût bien me délivrer du blâme qu'on faisait peser sur moi. » Puis, ayant assuré Raoul qu'il viendrait le plus tôt qu'il pourrait, il se rendit auprès du roi de France et lui conta que le jeune roi, ayant reconnu son innocence, l'avait mandé auprès de lui [6618]. Le roi de France s'en réjouit[643] et lui fit ses offres de service. Le Maréchal le remercia et lui demanda de lui donner des lettres pour le roi Henri le père, afin qu'il pût, sans encourir la malveillance de celui-ci, se rendre auprès de son seigneur le jeune roi. « Vous les aurez, » dit le roi Philippe, « et, si le roi d'Angleterre n'en tient pas compte, on pourra croire que c'est lui qui a imaginé cette affaire pour vous éloigner[644] » [6640]. Le Maréchal obtint les lettres qu'il désirait, non seulement du roi de France, mais encore de l'archevêque de Reims[645] et du comte Robert[646], du comte Thibaut[647]. Le roi d'Angleterre accorda volontiers ce qu'on lui demandait et envoya au Maréchal des lettres pour l'autoriser à se rendre auprès de son seigneur. J'ai même entendu dire qu'il avait permis au Maréchal de lui faire la guerre, l'assurant de ne pas lui en savoir mauvais gré [6664]. Les gens du jeune roi se rendirent de toutes parts auprès de lui. Le Maréchal, Baudouin de Béthune et Hue de Hamelincourt[648], tous trois compagnons, se donnèrent rendez-vous à Montmirail en Brie, un mercredi [6676]. Comme le Maréchal se dirigeait de ce côté, il lui prit envie de dormir. Il se coucha sur le bord de la route, tandis que son écuyer, Eustache de Bertrimont[649], resté seul avec lui, abattait les freins des chevaux et les laissait paître. Comme le Maréchal dormait, vinrent à passer sur la route un homme et une femme, tous deux de belle figure et montés sur de grands palefrois bien ambiants. Ils avaient beaucoup de bagage troussé sur leurs palefrois et allaient grand train. Au moment où ils passaient près du Maréchal, la femme dit à voix basse : « Ah Dieu ! que je suis lasse ! » Le Maréchal se réveilla et demanda ce que c'était : « Sire, » répondit Eustache, « c'est un homme et une femme qui vont grande allure. Ils ont un riche équipage. — Mets le frein, car je veux savoir d'où ils viennent, où ils vont et qui ils sont. » Il monta aussitôt, mais, dans sa précipitation, il oublia de prendre son épée. Ayant atteint les voyageurs, il prit l'homme par la manche de sa chape et lui demanda qui il était. a Sire, » répondit l'autre, que cette question ennuyait, « je suis un homme. — Par ma tête, » dit le Maréchal, « je vois bien que vous n'êtes pas un animal ! » L'autre se dégagea et mit la main à l'épée. « Vous cherchez une querelle ? » dit le Maréchal, « vous l'aurez. Eustache, vite mon épée ! » L'inconnu se hâta de gagner du terrain, mais le Maréchal le rejoignit et le saisit par le chaperon, le tirant si brusquement qu'il le décoiffa, et alors on vit que c'était le plus beau moine qu'on pût trouver jusqu'à Cologne. « Ha ! » dit le Maréchal, « je vous cherchais. Qui êtes-vous et qui est cette femme ? » Tout honteux, le moine avoua que la femme était sa maîtresse, qu'il l'avait enlevée de son pays et que, présentement, ils se rendaient à l'étranger. « Dites-moi, ma belle, » dit le Maréchal, « qui êtes-vous et de quelle famille ? — Sire, » répondit en pleurant la jeune femme, « je suis de Flandre, sœur de monseigneur Raoul de Lens. — Belle, vous n'êtes pas raisonnable. Je vous engage à laisser cette folie, et je vous réconcilierai avec votre frère que je connais bien. — Sire, jamais plus on ne me verra dans un pays où je sois connue. — Au moins, » dit le Maréchal, « puisque c'est ainsi, avez-vous de l'argent pour vivre ? » Le moine leva le pan de sa chape, en détacha une grosse ceinture : « Certes, » fit-il, « voici tout notre argent. Il y a quarante-huit livres. — Et qu'en ferez-vous, bel ami ? Comment comptez-vous vivre avec cet argent ? — Je vais vous le dire. Je n'ai pas l'intention de les changer, mais je les placerai dans quelque ville étrangère, et nous vivrons du revenu. — Ausure ! » ditle, Maréchal. « Par le glaive Dieu ! cela ne se fera pas. Prenez les deniers, Eustache ! Puisque vous ne voulez pas revenir au a bien, allez : que le diable vous conduise ! » Le Maréchal vint à l'hôtel : il y trouva le seigneur Baudouin et Hue^de Hamelincourt [6821], qui accoururent au-devant de lui et lui firent joie, en disant : « Maréchal, vous êtes en retard ; vous nous faites jeùner. — Seigneurs, ne le regrettez pas. J'ai fait un gain dont vous aurez votre part. Eustache, les deniers ! » Eustache jeta l'argent devant eux. Le Maréchal leur dit : « Tenez, voilà pour acquitter vos gages* ! — Maréchal, d'où vient cet argent ? t. Pour dégager les objets donnés en nantissement, pour payer vos dettes. — Prenez patience, je vous le dirai tout à l'heure. » On mangea joyeusement ; on fit le compte des deniers, qui montèrent en effet à quarante-huit livres. Alors le Maréchal leur narra de point en point comment il avait eu cet argent. « Par la bouche Dieu, » s'exclama messire Hue, « vous avez été trop bon de leur laisser leurs palefrois et leur bagage. Ça, mon cheval ! car, par ma foi, je veux qu'ils aient affaire à moi ! » Mais le Maréchal le retint [6864]. Ils arrivèrent enfin auprès du jeune roi[650], qui les reçut à grand honneur. Mais la Fortune, qui est changeante, se tourna contre eux. Elle mit oisiveté et paresse à la place de chevalerie. Largesse fut délaissée[651], et le monde perdit sa lumière. Le jeune roi tomba malade. Je vous parlerai de la bonne repentance qu'il manifesta au moment de la mort. Après avoir fait son testament, il dit : « Maréchal, vous m'avez toujours été loyal et fidèle. Je vous lègue ma croix, vous priant de la porter au Saint Sépulcre. Vous acquitterez mon vœu envers Dieu[652]. » Le Maréchal le lui promit. Le roi se pâma et on crut que c'était fini. Mais la mort cruelle ne le tenait pas quitte. Il revint à lui et demanda que son corps fût porté à Notre-Dame de Rouen[653]. Il pria ceux qui l'entouraient d'implorer pour lui la merci de son père. Puis, leur disant adieu, il mourut. Dieu ait son âme en garde ! [6984]. Il mourut à Martel[654]. Les barons le portèrent à son père. Del'affliction que celui-ci éprouva, il n'est pas besoin de parler. Cœur ne peut mentir[655], la nature s'y oppose. Quand le corps fut embaumé, oint et enseveli, on le conduisit hors du château[656] [6999]. Sur ces entrefaites, il arriva que Sanche[657], un riche routier, à qui le jeune roi devait beaucoup d'argent, s'avisa d'une ruse singulière pour se faire payer. Il s'approcha du Maréchal et mit la main au frein de son cheval. « Maréchal, » dit-il, « vous êtes pris. Je vous emmène. — Pourquoi ? » répondit le Maréchal. — « Pourquoi ? c'est pour que vous me rendiez l'argent que votre seigneur me devait. Je n'ai pas envie de le perdre ; mais toutefois je vous ferai une concession, et, pour cent marcs, vous en serez quitte. — Que dites-vous ? Ce serait amer pour moi, qui suis un pauvre bachelier[658], sans un sillon de terre. Certes, je ne saurais où les trouver. Mais je vous fiancerai loyalement de me rendre en votre prison le jour que vous m'assignerez » [7037]. Sanche accepta, et le Maréchal, accompagnant le corps du jeune roi, se rendit auprès du père, à qui la nouvelle de la mort de son fils fut amère, car c'était l'être qu'il aimait le plus. Mais il avait une telle énergie que, quelle que fût la nouvelle, son visage ne trahissait point ses impressions. Le Maréchal, plein de tristesse, lui conta la maladie de son fils, son repentir et la résignation avec laquelle il avait accepté ses souffrances. « Dieu veuille qu'il soit sauvé ! » dit le roi simplement, dissimulant sa douleur. « Que ferai-je ? » reprit le Maréchal. « Vous conduirez votre seigneur jusqu'à Rouen. — Sire, c'est impossible. Je me suis engagé à me rendre prisonnier à Sanche, à qui votre fils devait beaucoup d'argent. J'en serais quitte pour cent marcs. » Le roi appela Joubert de Pressigni[659], qui avait sur lui beaucoup d'influence, et lui ordonna d'aller trouver Sanche et de lui dire d'accorder un répit au Maréchal. Joubert s'y rendit avec le Maréchal. Celui-ci cependant était soucieux. Joubert lui en demanda la cause. « J'ai bien raison d'être soucieux, » répondit le Maréchal, « tant à cause de la mort de mon seigneur que pour cette dette que je ne suis pas en état de payer. — Maréchal, celui qui vous délivrerait de cette dette, lui en sauriez-vous gré ? — Bien certainement, si c'était possible. — Remettez-vous-en à moi, » reprit Joubert. « Du moment que vous n'avez pas reçu cet argent, il n'est pas juste de vous le faire payer. Laissez-moi arranger l'affaire. » Joubert dit à Sanche que le roi prenait la dette sur lui. « Très bien, » dit Sanche. « Me dites-vous cela de la part du roi ? — Oui certes. — Eh bien, c'est convenu » [71 22]. Quelque temps après, Sanche se présenta au roi et lui demanda ses cent marcs. Le roi crut que c'était une erreur. « Quels cent marcs ? » dit-il. « Ceux que vous vous êtes engagé à me rendre pour le Maréchal. — Onvousatrompé, » ditleroi ; « jen'airienditde tel ; j'ai seulement demandé un répit. » Sanche, contrarié, rapporta les paroles de Joubert. On fit venir Joubert. Celui-ci prétendit avoir compris que le roi avait consenti à se charger de la dette. « Soit ! » dit le roi, « je l'accorde. Mon fils m'en a coûté bien d'autres, et plût à Dieu qu'il me coûtât encore ! » Et les larmes lui coulaient des yeux [7155]. En se rendant à Rouen, le cortège s'arrêta au Mans. Les chanoines de l'église[660] s'emparèrent du corps et l'enterrèrent dans leur église. Ceux de Rouen eurent grand'peine à en obtenir la restilution[661]. On fit dans la haute église de Rouen le service convenable[662]. Il fut, à bon droit, regretté. Le comte de Flandres en mena grand deuil [7174]. Ainsi va le monde. Il fallut que les jeunes hommes qui voulaient acquérir honneur se remissent à courir le pays. Le Maréchal se rendit, avec Baudouin de Béthune et Hue de Hamelincourt, à un tournoi qui avait lieu en Normandie, près de Saint-Pierre-sur-Dive. Ils venaient de se mettre à table lorsque ceux du parti opposé commencèrent le tournoi et refoulèrent les nôtres[663] jusque dans le village. Il arriva qu'au retour l'un des leurs fit une chute et ne put se relever, car il s'était cassé un membre. Le Maréchal sortit, le prit vigoureusement dans ses bras et le porta tout armé à l'hôtel, disant aux siens : « Tenez, c'est pour acquitter vos gages[664] ! » On obligea le prisonnier à donner fiance [7232]. Le Maréchal était croisé. Par suite on lui donnait, plus volontiers qu'à aucun autre, de riches dons et de l'argent[665]. C'était bien raison. Désireux de ne pas retarder plus longtemps son pèlerinage, il alla prendre congé du roi. Le roi le lui donna, mais en lui recommandant de se hâter de revenir, car il voulait le retenir à son service. En même temps, comme garantie, il prit de lui deux bons chevaux. Le Maréchal y consentit et le roi lui fit donner cent livres d'angevins pour son pèlerinage. Mais chacun de ses chevaux valait déjà les cent livres [7258]. Le Maréchal se rendit en Angleterre pour prendre congé de ses amis, de ses sœurs[666], de toute sa famille. Quand il vint chez Robert de Pont-de-1' Arche[667], sa sœur lui dit : « J'ai cinq filles à marier. Qui leur viendra en aide ? — Sœur, si ce n'était pour elle et pour mes autres amis, jamais je ne serais venu au pays[668] » [7274]. Le Maréchal demeura deux ans en Syrie. Il y fit tant de prouesses qu'aucun homme, même en sept ans, n'en fit autant. On les conte et on les contera encore en maint lieu devant les honnêtes gens. Je ne vous en ai dit que la somme[669], parce que je n'en ai pas été témoin et je n'ai pu trouver personne qui ait su m'en dire seulement la moitié [7287]. En quittant la Terre sainte, il alla prendre congé du roi Gui[670], de ses gens, du Temple et de l'Hôpital. Ils furent tous affligés de son départ. Je ne vous dirai rien de son retour ni des lieux où il s'arrêta, car personne n'a su m'en rien dire et ce n'est pas de mon sujet. 11 trouva le roi à Lyons[671]. Celui-ci fut heureux de le voir revenir sain et sauf. Il le retint dans sa megnieet le mit au nombre de ses conseillers. Puis il lui donna la demoiselle de Lancaslre[672], qui était fort riche, avec son fief. Le Maréchal la tint en grand honneur et la garda de déshonneur, comme sa chère amie, sauf qu'il ne l'épousa pas[673] [7318]. Peu après arriva la nouvelle que la vraie croix était perdue[674], en même temps que la terre où Dieu s'incarna en la Vierge. Les deux rois[675] eurent une entrevue, et, s'étant embrassés en signe de concorde, ils se croisèrent. La croisade fut si grande qu'il n'y eut en France, en Normandie, en Bretagne, en Angleterre, en Flandre, dans les Pays-Bas, en Bourgogne, en Poitou, en Gascogne, en Anjou, homme de valeur qui n'abandonnât femme et enfants pour se croiser [7339]. Le roi se rendit en Angleterre[676] pour préparer son départ, mais trahison et envie l'en empêchèrent, car le roi de France l'attaqua. Je ne veux point m'étendre sur cette matière, je dirai seulement qu'il prit Châteauroux[677]. Il ne pouvait se rassasier de lui faire du mal. Les héritiers s'en ressentent encore [7358]. A cette nouvelle, le roi Henri d'Angleterre réunit une armée considérable et passa en Normandie[678]. Alors commença une grande guerre et le pays fut ravagé. Enfin, une entrevue des deux rois eut lieu à Gisors[679] [7369]. Je ne sais ce qu'ils se dirent, car ils ne m'appelèrent pas à leur conseil, mais, ce que j'ai oui conter, c'est qu'ils ne purent arriver à s'accorder. On allait se séparer, chacun demeurant libre d'agir au mieux de ses intérêts[680], quand un chevalier proposa, pour éviter l'effusion du sang[681], de vider la querelle par un combat auquel prendraient part de chaque côté quatre chevaliers. L'idée fut agréée, car ceux qui s'étaient vantés le plus fort[682] gardaient le silence [7408]. Il arriva sur ces entrefaites qu'un chevalier de France peu courtois se mit à tourner les Gallois[683] en ridicule. L'un d'eux perdit patience et lui envoya une flèche dans la tête. Celui-ci, ayant encore le trait dans la plaie, vint se plaindre au roi de France. Le roi fut très irrité et s'éloigna, avec les siens, jusqu'à Chaumont[684] [7436]. Puis, le lendemain, il revint à Gisors avec ses barons et ses communes armées, tous le heaume en tête et en ordre de bataille [7446]. Le roi d'Angleterre fit alors armer ses gens dans Gisors, puis il sortit de la ville, la laissant sous bonne garde, et vint se placer en face les Français ; la rivière[685] séparait les deux armées. Le roi de France commanda à Guillaume de Garlande[686] et à Dreu de Mello[687] d'aller trouver le roi d'Angleterre et de lui dire qu'il était prêt à accepter la bataille dans les conditions proposées. Les deux chevaliers furent introduits auprès du roi d'Angleterre et lui dirent : « Sire, le roi vous mande qu'il veut avoir la bataille. Les quatre chevaliers qui combattront contre les vôtres sont le comte de Flandre, le comte de Clermont[688], le comte Robert de Dreux[689] et enfin moi-même, Dreu de Mello. Présentement je nommerai vos quatre champions. Ce seront Guillaume fils Raoul[690], Guillaume de La Mare[691], Richard de Villequier[692] et Richard d'Argences* » [7528]. Quand le roi Henri vit que le roi de France se moquait de lui, il fut très irrité, et cependant, comme un homme sage, il répondit aux messagers : « Seigneurs, j'en parlerai à mes barons et je ferai ce qu'ils me conseilleront, mais il se peut que leur avis ne soit pas conforme au vôtre. » Puis il demanda conseil à ses hommes. Il y avait là de hauts barons ; personne ne dit mot. Le roi répéta sa demande sans plus de succès. Il finit par s'irriter. « Par les yeux de Dieu[693], » s'écria-t-il, « je n'ai jamais vu chose pareille. Vous êtes mes conseillers et vous me refusez vos conseils ! » Le Maréchal vit que le roi était courroucé ; il lui parla ainsi, comme homme sage : « Sire, » dit-il, « s'il vous plaisait, et si cela ne déplaisait pas aux hommes de haut rang qui sont ici, je dirais ce que je ferais. — Parlez, » dit le roi, « puisque les autres ne veulent pas s'en mêler. — Sire, volontiers. Sauf votre approbation et celle de vos autres hommes, dès que le roi de France propose la bataille, il faut l'accepter. Mais demandez-lui en quelle cour elle aura lieu, car si c'était en la vôtre, et si nous apercevions que les nôtres eussent le dessous, nous ne manquerions pas de venir à leur aide. Il en serait de même si la bataille était en la sienne : les parents et amis de ses chevaliers, qui sont des hauts hommes de France, les secourraient, et ainsi le droit serait faussé[694]. Mais que la bataille ait lieu dans la cour de l'empereur ou dans celle du roi de Navarre ou du roi d'Aragon. Quant à choisir vos chevaliers, ce n'est point son affaire, vous les choisirez vous-même. Guillaume fils Raoul est preux et sage, mais il a passé lage, Guillaume de la Mare est mal portant, Richard de Villequier goutteux et Richard d' Argences a la Fièvre quarte. Mais c'est à vous, et non à lui, de choisir vos champions. Vous prendrez le bon comte Guillaume de Mandeville[695], puis moi, puis Jean de Fresnail ?)[696] et Osbert de Rouvrai[697] [7616]. — Maréchal, vous avez bien parlé, » dit le roi. Le comte de Poitiers réclama, prêt à s'offenser d'avoir été laissé de côté. Mais le Maréchal fit justement observer qu'il serait excessif d'engager dans cette affaire l'héritier du royaume. Le roi approuva le Maréchal et le chargea, lui et Guillaume de Mandeville, de porter ses propositions au roi de France [7644]. Les chevaliers français venus comme messagers les conduisirent. Ils traversèrent la ville et allèrent jusqu'à la barbacane. Là, Dreu de Mello les pria d'attendre un peu, jusqu'à ce qu'il eût parlé au roi de France et appris s'il consentirait à les recevoir. Celui-ci, en effet, refusa de les voir et envoya le comte Thibaut et les comtes de Dreux et de Flandre pour conférer avec eux et savoir quel message ils apportaient [7680]. Le Maréchal leur dit : « Nous n'avons pas à vous dire notre message. C'est au roi, et non à vous, que nous sommes envoyés. » Toutefois, sur l'invitation de Guillaume de Mandeville, il consentit à parler. Quand il eut fini, le comte de Flandre sourit et dit : « Par la bouche de Dieu[698], Maréchal, je ne suis pas assez fou pour me battre avec vous, quoi qu'on puisse me dire, car je ne fais pas le métier de champion. — Sire, » répondit le Maréchal, « je désire savoir ce que le roi de France dira de nos propositions et quelle réponse nous devrons rapporter à notre seigneur. » Les comtes allèrent trouver le roi qui repoussa les propositions avec colère[699] [7724]. Le comte de Mandeville et le Maréchal revinrent auprès du roi Henri et lui rendirent compte de leur message[700]. Le roi de France, qui était irrité, donna ordre à ses gens d'aller à la barbacane et de repousser à l'intérieur ceux qui se tenaient, par bravade, en dehors. Robert de Dreux et les siens les chargèrent aussitôt lances baissées. Mais il y avait là de bons sergents qui les reçurent à la pointe des épieux. Les assaillants y perdirent beaucoup de leurs chevaux. Guillaume des Barres y fut pris par le frein et retenu longtemps, mais enfin il fut délivré par ses hommes[701]. Nombre de ribauds qui faisaient les fiers restèrent sur le terrain meurtris et moulus. Par deux fois les Français revinrent à la charge, mais les nôtres leur tinrent tête, sans subir aucune perte [7762]. Le roi de France se retira, fort irrité, avec ses troupes. Hors la ville il y avait un orme rond, verdoyant et beau qui donnait en été un ombrage agréable. Les hommes du roi, par stupidité, le découpèrent pièce à pièce. C'est ainsi qu'ils prouvèrent leur prouesse[702]. Le roi de France en eut déplaisir ; il dit tout haut que c'était une honte pour la couronne de France. « Suis-je donc venu, » disait-il, « pour faire le bûcheron ? » [7778]. Le roi de France s'éloigna. Il rentra en France et licencia son armée. Lorsque le Maréchal l'apprit, il alla trouver le roi Henri et lui dit : « Sire, le roi de France a congédié ses troupes, qui maintenant se dispersent. Je vous engage à faire de même, mais en même temps dites-leur secrètement de revenir vers nous à une date que vous leur fixerez. Vous ferez une telle chevauchée sur la terre du roi de France qu'il en aura plus de dommage que nous de notre arbre[703]. — Par les yeux de Dieu ! » répondit le roi, « Maréchal, vous me donnez un bon conseil. Ainsi sera-t-il fait » [7802]. Il commanda à ses gens de se rassembler à Paci[704] un jour spécifié. Ils obéirent, et au jour fixé le roi Henri se mit en marche avec une nombreuse chevalerie et de bons sergents disposés à tout ravager. Ils brûlèrent tout le pays jusqu'à Mantes, par Tordre du roi[705]. Le roi de France était à Mantes. Il lui fut douloureux de voir détruire sa terre, d'au tant plus qu'il n'avait que peu de monde. Il sortit cependant ; il y eut de bonnes rencontres où chacun fit de son mieux. Il y eut des chevaliers abattus et pris, d'autres furent contusionnés[706]. Mais je neveux pas dire ceux qui, parmi les chevaliers de France, furent pris. Le roi d'Angleterre détruisit, du côté de Breval[707], tout ce qu'il put atteindre. Puis, le soir, il alla coucher à Ivri[708], ayant fait beaucoup de butin. Le lendemain, il dit à son fils, le comte de Poitiers : « Richard, nous avons bien vengé notre orme. Tout cela je l'ai fait par le conseil du Maréchal » [7852]. Le comte de Poitiers conseilla à son père de rester en Normandie à guerroyer, tandis que lui-même se dirigerait vers Poitiers et vers Chàteauroux, pour attirer de ce côté le roi de France. Ainsi fut fait. Ils continuèrent à batailler jusque vers l'hiver, alors que la froidure tombe de l'air et que les Français haïssent la guerre. Le roi d'Angleterre se rendit à Chinon[709], qui tire son nom de QueH [7878]. Là une maladie le prit, qui le tint longtemps. Il appela son sénéchal[710] et Guillaume le Maréchal, et leur donna l'ordre de chevaucher vers Montmirail[711], dévastant et brûlant tout sur leur passage. Le Maréchal partit avec le sénéchal ; ils arrivèrent près de Montmirail en une nuit et un jour, ravageant les environs. Au nombre de près de deux mille, tant chevaliers que sergents, ils assiégèrent la ville. Ils ne tardèrent pas à y entrer de vive force, ceux qui la défendaient se retirant dans le château. Sire Richard de Clifford[712] vint au Maréchal et lui dit : « Beau sire, que faites-vous ici ? Il y a là-dedans un bel engagement ; vous ne devriez pas y manquer. » Le Maréchal demanda son écu, que Jean d'Erlée[713] lui apporta, et entra dans la ville [7954]. Mais ceux du parti opposé étaient partis et s'étaient retirés dans le château. Dix d'entre eux à pied et un à cheval s'étaient arrêtés de front sur le pontqui était en pente raide à la montée et à la descente[714]. Le fossé, taillé dans le roc, était profond de dix toises. Celui qui y serait tombé une fois n'y serait pas tombé une seconde. Le Maréchal n'y fit point attention, il se lança au galop sur la montée du pont. Ceux qui le défendaient l'attendirent de pied ferme, et, présentant leurs épieux, en frappèrent le cheval au poitrail. Le cheval tourna sur place et redescendit la pente sans plus de dommage. Les hommes du Maréchal, qui étaient dans la rue, en eurent grande joie, car si le cheval avait dévié de deux doigts il serait tombé de toute la hauteur dans le fossé[715]. Hue de Hardeincourt* et Baudouin de Béthune coururent à lui encore tout émus et le blâmèrent de sa témérité. « Vous ne savez pas, » leur dit-il, < pourquoi j'ai agi ainsi : parmi eux se trouvait un chevalier « monté, et, si j'avais pu le saisir par le frein, je l'aurais emmené avec moi bon gré mal gré, car, à la descente du pont, il n'aurait pu revenir en arrière. — Eh bienl » reprit Baudouin, « je suis bien sûr qu'Etienne de Marçai, le sénéchal d'Anjou[716], ne se serait pas risqué de la sorte pour si peu. — Non, certes, » fit Hue de Hardeincourt, « pas même pour le fief d'Angers. » Plusieurs s'avancèrent jnsqu'à la tête du pont, mais ils trouvèrent de la résistance. Des hommes et des chevaux furent blessés, mais, Dieu merci, le Maréchal n'eut rien. La nuit, ils couchèrent à Chàteaudun [8032]. Jean d'Erlée était alors écuyer du Maréchal ; il découvrit le cheval[717] et vit les blessures faites par les épieux. On compta jusqu'à sept plaies, mais c'étaient des blessures légères. Ils revinrent auprès du roi Henri qui les félicita de leur chevauchée [8048]. Je ne puis pas conter tous les événements par le menu : je craindrais d'ennuyer. Je puis dire toutefois qu'on conclut une trêve qui dura tout l'hiver. Le Maréchal se donna beaucoup de peine pour amener la paix, mais ni lui ni ceux qui s'en mêlèrent n'y réussirent. Cet hiver le roi Henri fut malade. Il séjourna longtemps au Mans[718], jusqu'au moment où ils prirent un parlement, à l'octave de Pâques, entre Moulins et Soligni[719] [8070]. Entre temps, Convoitise, qui attise tous les autres vices, inspira au roi de France une vilaine entreprise qui fut par la suite nuisible à tous les héritiers de la couronne d'Angleterre, car par cela il leur enleva leur terre. Le roi de France fît savoir au comte de Poitiers que, s'il se rangeait de son côté, il lui donnerait en propre>la Touraine, l'Anjou, le Maine. Celui-ci l'en crut, pour son malheur, et de ce fait devint son homme. Mais le roi de France ne tint pas sa promesse, et c'est ainsi qu'il servit tous les fils du roi d'Angleterre à tour de rôle. L'un après l'autre il les engeignatellementque le pèreetles trois fils et enfin le quatrième périrent par son engin[720]. Mais ce n'est pas ici le moment d'en parler ; on le verra bien dans la suite pour chacun d'eux [8114]. Présentement, il me faut parler de l'entrevue qui eut lieu entre Soligni et Moulins, tout près de Bonmoulins[721]. Le roi d'Angleterre, s'y étant rendu, vit arriver son fils Richard avec le roi de France. 11 sut bien alors qu'il était trahi. Toutefois, il ne le laissa pas paraître ; mais il dit à son fils : « Richard, d'où venez-vous ? — Beau sire, j'avais rejoint sur la route le roi de France. Il me parut qu'il était mal, dès que j'étais si près de lui, de l'éviter. C'est en vue de la paix que je suis venu jusqu'ici avec lui. — C'est bien, Richard, s'il en est ainsi, » fit le père, « mais je ne le crois pas. Prenez garde qu'il y ait autre chose » [8146]. Les deux rois et leurs conseillers délibérèrent ensemble. Ils étaient près de s'entendre sur les conditions de la paix, quand le roi de France prit à part notre roi et lui demanda de céder à Richard, avec le Poitou, la Touraine, le Maine et l'Anjou. « Est-ce là le conseil que vous me donnez ? » dit le roi Henri. — Oui vraiment. — Je vois que vous désirez son avancement ; « mais c'est que je ne suis pas prêt d'accorder[722]. Surceles deux rois se séparèrent. Tels y eut que cette rupture affligea, mais ceux qui haïssent la paix et aiment la guerre s'en réjouirent. Ainsi se termina la conférence ; ainsi recommença la guerre qui de longtemps ne prit fin [8188]. Richard, le comte de Poitiers, partit, sans prendre congé, à l'insu de son père[723]. Le roi Henri en fut peiné : Oh ! » dit-il, « je m'y attendais. Mes enfants ne feront jamais rien de bien. Ils causeront ma perte et la leur. Toujours ils m'ont fait du mal. » Il appela le Maréchal et ceux de ses hommes en qui il avait le plus de confiance, et leur demanda conseil. Le Maréchal fut d'avis d'envoyer à la recherche de Richard et de le mettre en demeure de revenir aussitôt, ou de dire pourquoi il était ainsi parti sans en faire savoir le motif. « Maréchal, » reprit le roi, « vous et Bertrand de Verdun[724] vous accomplirez * ce message » [8227]. Le Maréchal se mit en route avec Bertrand de Verdun, qui fut toujours plein de loyauté et de droiture. A midi, ils arrivèrent à Amboise, où le comte avait passé la nuit. Mais il était trop tard. Ils apprirent de l'hôte que Richard et les siens étaient partis dès le matin et que ce serait peine perdue d'essayer de le rejoindre. Pendant la nuit, il avait fait faire au moins 200 lettres. On ne l'avait jamais vu si anxieux de convoquer ses adhérents par toute sa terre [8254]. Le Maréchal fil prévenir aussitôt le père de la trahison que son fils préparait contre lui, puis il alla attendre à Tours le roi, qui s'empressa de l'y rejoindre[725]. Le roi Henri se plaignit amèrement, devant ses barons, de la conduite de Richard et envoya demander du secours en Angleterre. Il donna ordre écrit à Raoul de Glanville[726], qui était justice d'Angleterre, de convoquer nominativement ses hauts hommes et ses barons et de tâcher de venir à lui avec le trésor [8284]. Après cela, le roi chevaucha avec beaucoup de peine jusqu'au Dorât[727], où il ne séjourna pas longtemps. Puis, n'y ayant rien fait, il se rendit à Chinon, d'où il revint au Mans[728]. Là, il fut pris d'une maladie qui lui dura tout le carême[729]. C'est là que vinrent le rejoindre " les hauts barons qui avaient été mandés. Hubert Gautier[730], qui était clerc de Raoul de Glanville, y vint à la place de son seigneur, qui était malade[731]. C'est alors que le roi promit au Maréchal la pucelle de Striguil[732] pour le récompenser de ses services, ordonnant à Hubert Gautier de le faire entrer en possession de la dame et de la terre dès son retour en Angleterre [8309]. Quand le roi fut rétabli, il fit venir le Maréchal et l'archidiacre de Hereford[733], et leur dit de se rendre auprès du roi de France 9 avril) que la maladie se déclara, au témoignage de Giraud de Barri (III, xiii) : « Elapsa igitur hieme, martio sequente rex Anglorum apostemate, quod ei circa pudenda ex acutis humoribus intumuerat et jam c in fistulam conversum fuerat, Cenomaanis graviter accubuiti (Opera, VIII, 259). avec des propositions de paix[734] [8321]. Ces deux messagers allèrent à Paris, où ils trouvèrent le roi de France. Mais le comte de Poitiers les avait prévenus, en envoyant à Philippe des hommes habiles qui les entravèrent et les empêchèrent de rien conclure avec le roi. Guillaume de Longchamps, qui était si rusé[735], se trouvait là. Ils revinrent auprès du roi d'Angleterre et lui rendirent compte de leur mission. Le roi vit bien alors qu'il n'y avait plus qu'à se battre. Il demanda conseil à ses barons, mais nul ne sut lui dire ce qu'il y avait à faire. Il fit alors fortifier la cité du Mans, réparer et redresser les fossés et abattre les maisons qui étaient placées trop près des portes et nuisaient à l'établissement des fossés. Les choses allèrent ainsi jusqu'à la Pentecôte[736] [8344]. A cette époque, le roi de France, voulant tromper le roi Henri et lui nuire, prit avec lui un rendez-vous entre la Ferté-Bernard et Nogent-le-Rotrou[737]. Des deux parts, on s'y rendit à cheval et en armes. Les Français y eurent une attitude hautaine ; le comte de Poitiers y vint en force, et se rangea, avec le roi de France, contre son père. Cette conférence n'aboutit point ; on se sépara sans avoir rien décidé. Le roi d'Angleterre partit de la Ferté très mécontent. Il y laissa, en qualité de connétable, Roger Torel, homme vaillant[738] [8360]. Puis il se rendit à Balon[739], tandis que le roi de France assiégeait la Perté, qu'il prit. Roger Torel fit ce qu'il put pour défendre le château, mais il y fut fait prisonnier de vive force[740], ce qui fut considéré comme fort honorable pour lui. Le roi Henri quitta Balon, suivi de près par le roi de France, qui occupa la place sans résistance, y séjourna quatre jours et de là se rendit à Montfort-le-Rotrou[741], qui ne fut pas défendu [8380]. Le roi d'Angleterre était au Mans, se voyant avec douleur enlever sa terre. Il appela à lui le Maréchal, Gaufroi de Brulon[742], Pierre Fils-Gui[743] et sire Robert de Souville [8389], qui était maréchal de l'hôtel[744], et les chargea d'aller reconnaître l'armée du roi de France. Ils se revêtirent le lendemain matin de leur armure de linge[745] pour être plus légers, et passèrent l'Huisne[746]. Il faisait un brouillard épais qui gênait la reconnaissance qu'ils avaient à Faire. Ils allèrent jusqu'au moment où ils se rencontrèrent avec les coureurs ennemis. La partie ne leur parut pas égale. Ils montèrent sur leurs chevaux[747], prirent leurs écus et leurs lances et se mirent en retraite au pas. Robert de Souville dit alors au Maréchal : Sire, si vous le voulez bien, j'irai faire savoir au roi avec quelles forces le roi de France marche contre lui. — Non, » dit le Maréchal, « cela ne servirait à rien. Mais je vais aller voir avec Gaufroi de Brulon quels gens ce sont là et comment ils se comportent » [8426]. Et, ayant gravi un tertre, ils virent toute l'ost du roi de France passer si près qu'on aurait pu l'atteindre d'un trait d'arbalète. Ils revinrent vers les leurs, et alors Robert de Souville offrit de nouveau d'aller annoncer au roi ce qu'ils avaient vu ; mais le Maréchal s'y opposa encore. « Ah ! » dit alors Gaufroi de Brulon, « quel dommage qu'Eumenidus n'ait pas eu un messager tel que vous. Vous lui auriez été bien utile[748] ! » Les chevaliers se mirent à rire [8450]. Gaufroi de Brulon proposa au Maré chai de charger les coureurs, qui étaient tout près. « Avant qu'ils puissent être secourus, » dit-il, « nous leur prendrions leurs roncins[749]. » Le Maréchal fut d'un avis contraire, faisant remarquer qu'il ne fallait pas fatiguer inutilement les chevaux pour gagner vingt ou trente roncins dont on n'avait pas besoin. Ils revinrent au Mans et rapportèrent au roi ce qu'ils avaient vu [8478]. Le roi sortit de la ville avec ses barons. Il fit rompre le pont de l'Huisne et enfoncer des pieux dans les gués pour qu'on ne pût y passer ni à pied ni à cheval. Il ne croyait pas qu'il y eût aucun autre gué. Sur ces entrefaites ils aperçurent de l'autre côté de l'eau le roi de France qui s'avançait à la tête de toutes ses forces. Il fit tendre les pavillons près d'un bois appelé le Parc[750], à un trait d'arc de la rivière, pour passer la nuit [8500]. Le Maréchal conseilla au roi de rentrer, pour faire reposer les chevaux. Ce qui fut fait. Ils allèrent en ville et il fut décidé que, si le roi de France venait de ce côté, on incendierait les faubourgs [8515]. Le lendemain, on fît chanter la messe de bon matin, car on redoutait la grande ost du roi de France. Le Maréchal s'arma. Le roi, au contraire, sortit désarmé par une porte en aval, du côté de la Maison-Dieu[751] [8523]. Il dit au Maréchal : « Désarmez-vous ; pourquoi êtes-vous armé ? — S'il vous plaît, » répondit le Maréchal, « je préfère être ainsi. Mes armes ne me gênent pas et je ne veux pas les quitter avant de savoir quel faix nous aurons à supporter aujourd'hui. Nous ne savons pas ce qu'ils voudront faire. — S'il en est ainsi, » reprit le roi, « vous ne viendrez pas avec moi ! » Il fit désarmer son fils le comte Jean, en qui il avait toute confiance, ainsi que Girard Talebot[752], Robert de Tresgoz[753] et Gaufroi de Brulon[754]. Ils dépassèrent la Maison- Dieu et là tinrent conseil. Ils virent bientôt l'avant-garde du roi de France chevauchant dans la direction du pont que l'on avait rompu. On ne croyait pas qu'il y eût un gué à cet endroit, mais, ayant sondé avec leurs lances, les Français trouvèrent le meilleur gué du monde[755]. Cela déconcerta nos gens. « Sire, » dit Robert de Tresgoz [8564], « voici venir leurs chevaliers. » Girard Talebot courut sur un chevalier qui galopait en avant des autres et lui brisa sa lance sur l'écu. Richard Fils-Herbert[756] fit de même avec un autre chevalier [8584]. Le Maréchal, aussitôt, demanda son heaume à Jean d'Erlée, disant que ceux qui étaient désarmés devaient bien le regretter. Jean lui ayant lacé son heaume, le Maréchal se mit en défense devant la porte, si bien que les Français qui vinrent le frapper ne purent rien gagner sur lui. Ceux qui se trouvaient sur la porte et sur la bretèche criaient : « Çà, Dieu, aide au Maréchal ! » Alors vinrent à la rescousse Baudouin de Béthune, Hue de Malaunoi[757], Renaut de Dammartin, qui devint comte de Boulogne[758], Hue de Hamelincourt[759], Eustache de Neuville[760], Eustache de Canteleu[761] °, Raoul de Plomquet* 1, Pierre Mauvesin* 1 1. Voirp.59, n.3. 2. Voirp.60, n.4. [8628]. Ils sortirent par la porte et une forte mêlée commença. André de Chauvigni[762], l'un des plus renommés chevaliers du comte de Poitiers, se dirige vers les nôtres. Là, vous auriez vu grand bris de lances, grand choc des épées d'acier sur les heaumes. Nos gens furent ramenés en arrière. Hue de Malaunoi fut abattu avec son cheval dans le fossé de la ville. Mais le Maréchal, avec Baudouin et Renaut de Dammartin [8652], les repoussèrent d'un trait d'arc. Dans la mêlée, le Maréchal fit prisonnier sire André de Chauvigni et l'amena jusqu'à la porte. Mais, là, une pierre jetée du haut de la bretèche atteignit sire André et lui brisa le bras. En même temps, une autre pierre frappa son cheval, qui se cabra, se dégagea de son frein et s'en fuit avec sire André, blessé mais délivré. Le Maréchal rentra dans la mêlée et prit deux chevaliers, dont il tint les freins d'une main ; mais ceux-ci détachèrent les freins et lui échappèrent. Jean d'Erlée, à qui les freins furent remis par le Maréchal, en porte témoignage [8694]. Il arriva que le cheval du Maréchal se blessa en posant le pied sur un des morceaux de lances qui gisaient à terre. Le Maréchal prit aussitôt par le frein un des chevaliers du comte de Poitiers, Heimeri Odart, né de Loudun [8710], qu'il emmena de force jusqu'à la porte. Il rencontra le roi d'Angleterre tout désarmé qui lui dit : « Maréchal, votre bonne chevalerie pourrait nous nuire aujourd'hui, car aucune de nos autres portes n'est si bien défendue que celle-ci[763]. Nous pourrions y avoir dommage. « — Sire, » répondit le Maréchal, « s'ils entraient, ce serait fâcheux. Il sera fait selon votre plaisir, mais, pour le moment, voici un chevalier prisonnier que je vous amène. — Maréchal, prenez soin vous-même de le faire désarmer et garder » [8732]. Le Maréchal mit pied à terre et monta sur le cheval qu'il avait pris avec le chevalier, et il envoya ce dernier à son hôtel. Puis il alla avec le roi, qui fit mettre le feu au faubourg, en dehors de la cité[764]. Le roi de France fit tendre des pavillons de l'autre côté de la rivière[765], se réjouissant de voir le faubourg en feu [8748]. Le roi se retira par la cité avec le Maréchal. Ils virent une femme qui pleurait amèrement en tirant ses meubles hors de sa maison en flammes. Le Maréchal fit descendre ses écuyers pour l'aider, et lui-même mit pied à terre pour la secourir, étant compatissant par nature. Il prit une couette de plume qui était enflammée par dessous ; il en sortit une fumée épaisse qui pénétra dans son heaume, et l'incommoda tellement qu'il fut obligé de l'enlever [8772]. Quand le roi vint en la cité, l'incendie y entra avec lui La ville prit feu en trois ou quatre endroits, tellement que ceux qui étaient avec lui ne purent l'éteindre. Ils y renoncèrent et s'en allèrent. Le roi envoya dans le faubourg chercher le comte de Mandeville [8782]. On prit conseil et la retraite fut décidée. Tous s'acheminèrent vers Presnai[766]. Le Maréchal sortit du faubourg avec eux, cheminant seul[767], tout désarmé, car il n'avait que son pourpoint[768]. Lorsque les gens de l'ost [de France] virent que le roi [d'Angleterre] abandonnait la ville, ils s'en réjouirent et leur donnèrent la chasse [8801]. Le comte de Poitiers monta à cheval, n'ayant d'autre armure que son pourpoint. Un chapeau de 1189) fer sur la tête, il se mit à la poursuite des fuyards. Il les atteignit, mais d'autres les joignirent avant lui, car Philippe de Colombiers[769], l'un des hommes de sa megnie, renommé pour les armes, alla frapper violemment en l'écu un chevalier. A cette vue, Guillaume des Roches[770], qui s'en allait avec le roi, revint en arrière et brisa une lance avec Philippe. Le comte de Poitiers accourut, s'écriant : « Guillaume, c'est folie de vous arrè- Il envoya ses chevaliers à Marlborough[856] pour chercher le corps de son frère. Ils le portèrent à Girencester[857], où ils se rencontrèrent avec le Maréchal qui, de douleur, faillit se trouver mal. L'épouse du défunt, la fille de sire Adam de Port[858], était venue accompagner le corps. Le service fut fait magnifiquement dans l'église. Sur ces entrefaites, les messagers du roi vinrent chercher le Maréchal, qui ne put accompagner son frère à Bradenstokes[859] où le corps fut inhumé honorablement là où sont les tombeaux de ses ancêtres [1 0076]. Le Maréchal se rendit auprès du roi, menant avec lui trois seulement de ses chevaliers, car les autres accompagnèrent le corps de son frère. 11 rencontra à Huntingdon son seigneur [le roi], qui l'accueillit avec honneur et lui fit plus d'amitiés qu'à aucun autre. Après manger, en présence de ses barons, le roi le remercia chaleureusement de ce qu'il avait fait pour lui garder son royaume. Il ajoute que Baudouin de Béthune avait contribué plus que personne à le faire sortir de prison[860] [10130]. Sire, » dit le Maréchal, « Baudouin est loyal, et je vous promets sur ma tête qu'il vous servira toujours sans mollesse. — Maréchal, » reprit alors Guillaume de l'Étang[861], « vous pouvez bien y mettre votre tête, car mainte fois il a engagé i la sienne pour votre service, contre ceux qui médisaient de vous. Quand ils venaient vous décrier devant mon seigneur[862], il mettait sa tête en gage qu'ils mentaient » [10148]. Quand le comte Jean sut que son frère était délivré et qu'il revenait en sa terre, il n'osa point l'attendre, mais il mit des garnisons dans les châteaux qu'il avait dégarnis, puis se rendit auprès du roi de France[863]. Celui-ci le retint auprès de lui, mais il ne put ou ne voulut tenir aucun de ses engagements et lui témoigna peu d'intérêt, se refusant à lui porter secours. Il se joua de lui de toute façon[864]. Je reviens à ma matière [10172]. Le roi partit de Marlborough[865] à la tête d'une nombreuse armée et chevaucha droit à Nottingham, où les Norrois[866] avaient mis le siège depuis peu. A la nouvelle de l'arrivée du roi, ils se rendirent au-devant de lui et lui firent grand accueil. Richard se logea dans la maison la plus rapprochée du château pour inspirer plus de crainte aux assiégés. Aussitôt qu'il eut mangé, il fit commencer l'attaque. Vêtu d'un simple jaseran[867], un chapeau de fer sur la tête, il s'avança jusqu'à la porte du château, précédé de gens qui portaient devant lui des targes fortes et larges. Il occupa la première enceinte, et, bientôt après, la barbacane. Il y eut de nombreux blessés parmi les défenseurs du château. A la nuit on se sépara. La garnison mit le feu à la porte et à la barbacane[868]. Quand le roi l'apprit, il s'en réjouit [10234]. Le lendemain, nos gens parlementèrent avec les défenseurs et leur dirent que c'était folie de tenir contre le roi d'Angleterre. Ceux-ci répondirent qu'ils ne pouvaient croire que le roi fût revenu. Ils demandèrent à s'en assurer, ce qui leur fut accordé. Ils envoyèrent donc un chevalier appelé sire Foucher de Grendon[869] et avec lui Henri Rossel [10255]. Ceux-ci reconnurent le roi, et par suite, le château fut rendu[870]. Les prisonniers furent mieux traités que ce qu'ils espéraient, car ils avaient peur pour leurs membres. Mais le roi se montra plein de miséricorde et se contenta de les mettre à rançon[871] [10288J. Le lendemain, après la messe, le chancelier « demanda à Gautier de Lacy[872] de faire hommage au roi pour sa terre d'Irlande. Gaulier obéit. Puis le chancelier demanda au Maréchal de faire de même. Mais celui-ci refusa. Ce serait félonie, » dit-il au roi. « J'ai fait hommage à votre frère pour la terre que je tiens de lui[873]. — Le Maréchal a raison, » dit le roi, et tous les barons l'approuvèrent. Le chancelier répondit avec mauvaise humeur : « Vous plantez vigne[874]. — Plantez vigne ou jardin, si vous le voulez, » reprit le Maréchal, « mais je vous dis que si un homme quel qu'il fût voulait avoir l'Irlande, j'irais me ranger du côté de celui à qui j'ai fait hommage. J'ai servi loyalement mon seigneur le roi, ici présent, de la terre que je tiens de lui, de sorte que je suis sans crainte » [10340]. De là le roi se rendit à Winchester, où il voulut se faire couronner[875]. Puis il se prépara à passer en Normandie. Il s'embarqua à Portsmouth[876] et aborda à Barfleur, en Cotentin. Il se dirigea sur Caen, par Bayeux, pressé d'arriver à Verneuil[877] que le roi de France tenait assiégé[878]. Il s'arrêta pour manger et cou cher à Lisieux, chez Jean d'Alençon [10366][879]. Après le repas, il voulut reposer un peu, mais le souci que lui donnait le siège de Verneuil l'en empêcha. Voici qu'entre Jean d'Alençon, l'air affligé et préoccupé. « Pourquoi fais-tu cette mine ? » lui dit le roi. « Tu as vu mon frère Jean ; ne mens pas. Il a tort d'avoir peur. Qu'il vienne sans crainte. Il est mon frère. S'il est vrai qu'il a agi follement, je ne le lui reprocherai pas. Mais quant à ceux qui l'ont poussé, ils ont déjà eu leur récompense ou ils l'auront plus tard. » Jean fut amené. Il se jeta aux pieds de son frère, qui le releva avec bonté en lui disant : « Jean, n'ayez crainte, vous êtes un enfant, vous avez été en mauvaise garde. Ceux qui vous ont conseillé le paieront. Levez-vous, allez manger. » Et, s'adressant à Jean d'Alençon : « Qu'y a-t-il à manger ? » demanda-t-il. A ce moment on lui apporta un saumon comme présent. Il le fit aussitôt mettre à cuire pour son frère[880] [10419]. Mais j'avais oublié de vous conter quelle fête on fit de toute part au roi lorsqu'il arriva en Normandie. Il ne pouvait avancer sans qu'il y eût autour de lui si grande presse de gens manifestant leur joie par des danses et des rondes, qu'on n'aurait pu jeter une pomme sans qu'elle fût tombée sur quelqu'un avant de toucher la terre. Partout sonnaient les cloches. Vieux et jeunes venaient en longues processions, chantant : « Dieu est venu avec sa puissance. Bientôt s'en ira le roi de France » [10452]. Le roi Richard vint à Chambrais[881], où il dîna chez Jean [1194 Le Roux, de là il se rendit, cette même nuit, à Laigle[882]. Le lendemain il alla à Tubœuf[883], et, au mépris du roi de France, il fit entrer dans Verneuil[884] des chevaliers, des sergents et des arbalétriers, qui le défendirent vaillamment. Jusqu'à ce moment Verneuil avait été défendu par sire Guillaume de Mortemer[885], qui s'y était bravement comporté, étant nuit et jour aux créneaux, d'où il faisait tirer des carreaux enflammés sur l'ost du roi de France. Sire Pierre de la Rivière sortait souvent du château, et, monté sur un cheval de Lombardie, allait à Tubœuf auprès du roi et savait rentrer au château sans se laisser prendre [10490]. Le roi, qui était fort habile, fit tant qu'il ferma les passages par où les vivres arrivaient au roi de France, et par suite celui-ci dut lever le siège[886]. Il n'était pas encore bien loin que le roi Richard entra dans Verneuil lance baissée. Jamais on ne vit joie comparable à celle que firent les défenseurs du château et Richard lorsqu'ils se rencontrèrent. Le roi ne cessait de les baiser un à un et de leur faire des promesses. Son armée s'accrut alors à tel point que plus de vingt mille de ses gens durent se loger hors la ville. Il divisa l'ost en deux parties et se dirigea vers Beaumont-le-Roger[887] [10515]. Le comte Jean mit le siège devant Évreux, qu'il prit le lendemain de son arrivée[888]. Quand Richard eut pris Beaumont, quis'était soulevé contre lui, il fit brûler et abattre la tour[889]. Puis il se rendit à Évreux [10525] et mit garnison dans le château. De là il s'en vint à Pont-de-l'Arche, dont il fit promptement refaire le pont ; sous Elbeuf, en aval, il fortifia la roche d'Orival[890]. Ensuite il alla à Vaudreuil[891] [10534], où le roi de France vint d'un autre côté. Ils convinrent d'une entrevue, mais les Français firent une chose indigne, car, tandis que les rois conféraient, ils continuèrent à miner le château jusqu'à ce qu'ils l'eurent abattu. Ce fut une trahison couarde. Quand le roi entendit le mur s'écrouler, il jura « par les jambes Dieu » qu'il y aurait encore à cette occasion des selles renversées[892] [10546]. Le roi de France parti, Richard se mit à réparer le château. Il reçut de nombreux renforts d'Angleterre, de Gascogne, de Poitou, du Maine, d'Anjou et d'ailleurs. Alors commença la grande guerre où les Français eurent le dessous. Il fit tant qu'il ne tarda pas à recouvrer une grande partie de ses châteaux. Ce serait trop long à conter par le menu, mais il est juste qu'on entende comment il fit à Portejoie[893] le pont par lequel ses gens passèrent outre-Seine et comment il fortifia l'île d'Andeli, d'où il commandait toute la marche[894], et comment les deux armées se trouvèrent près l'une de l'autre à Vendôme[895] [10582]. Le roi de France, ayant appris que le roi d'Angleterre se préparait à le jeter hors de sa terre, s'empressa de s'en aller sans avertir ses gens. Ceux-ci le voyant partir en firent autant. Nos gens s'armèrent et se mirent à leur poursuite. Le roi Richard commanda au Maréchal de veiller sur sa propre personne et d'empêcher les hommes de courir en désordre[896]. Puis il chargea lui-même à la tête de ses escadrons. On aurait peine à conter le riche butin dont les Français les gratifièrent, pavillons, étoffes d'écarlate et de soie, vaisselle, argent monnayé, chevaux, palefrois, etc. Mais je vous assure que le Maréchal ni les siens ne songèrent pas au gain, s'occupant uniquement de garder l'ost. A son retour de la poursuite, le roi rencontra le Maréchal, et l'engagea à revenir sur ses pas. « Car, » dit-il, « je vois bien que ceux qui fuient[897] n'ont pas envie de faire volte-face. — Je ne retournerai pas encore, » répondit le Maréchal, « car nos gens sont encore en chasse[898], et si nous retournions, les Français qui ne vous aiment guère pourraient bien se jeter sur eux. » Il attendit donc que tous les coureurs fussent revenus, et, les ayant fait mettre devant lui, il chevaucha derrière eux, faisant l'arrière-garde [10662]. Le soir, chacun se vantait de son butin et de ses exploits. « Le Maréchal l'a mieux fait que vous tous, » dit le roi. « C'est lui qui nous eût secourus au besoin, et c'est pourquoi j'estime qu'il a fait plus que nous tous. Quand on a une bonne réserve, on ne craint pas ses ennemis » [10676]. Après ces événements, le roi partit de Normandie pour aller assiéger Vierzon[899], où il fit un butin considérable. On sait qui y entra le premier. Le Maréchal y fut avec lui. Le roi Richard l'envoya au comte de Flandres[900], au comte Renaut de Boulogne, fils du comte de Dammartin, qui devinrent ses hommes, ayant à se plaindre de l'orgueil du roi de France[901]. Celui-ci en fut très affligé[902]. Il eut une entrevue avec le roi d'Angleterre entre Vernon et Boutavant[903] [10703]. Le roi d'Angleterre s'y rendit accompagné des comtes de Boulogne et de Flandre. Le roi de France s'en montra fort irrité. « Sire, » dit-il à Richard, « où menez-vous ces gens-là ? C'est avec vous seul que j'ai pris rendez-vous. — Sire, » répondit le roi d'Angleterre, « vous leur enlevez leur terre aussi bien qu'à moi. Ils sont mes empris[904], et sachez bien que vous aurez la guerre tant que vous nous prendrez nos terres. » Le roi de France partit plein de colère[905]. De leur côté, les deux comtes prirent congé du roi Richard et s'en allèrent en leur terre, pour se préparer à la guerre [10744]. Le roi d'Angleterre choisit parmi ses meilleurs chevaliers ceux qu'il voulait envoyer aux comtes[906]. Il désigna en premier lieu Guillaume le Maréchal, qui ne se faisait jamais prier quand ils'agissait d'une entreprise utile, Pierre de Préaux[907] vaillant chevalier, sire Alain Basset[908] et sire Jean le Maréchal[909] [10763]. Les comtes les reçurent à grande joie. Le comte de Flandre se mit en marche à la tête d'une grande armée, et menant avec lui ses fières communes, pour reprendre un château[910] que lui avait en levé celui qui savait l'art d'acquérir facilement les châteaux[911]. Le roi de France partit aussitôt avec des troupes nombreuses pour aller au secours de la place. Le comte tint conseil avec ses barons. Ceux du pays furent d'avis de faire des lices avec les chars que les gens des communes avaient amenés en grand nombre. On met trait au dedans les gens des communes, et les chevaliers iraient au dehors jouter avec le roi de France à la grâce de Dieu [1 081 0]. Le Maréchal fut d'un avis contraire. Il lui parut que ce serait faiblesse d'agir ainsi. Par lui, il ne compterait ni sur les communes ni sur aucune fortification, mais on irait livrer bataille en plein champ, sans pensée de retraite. On rangerait les chars devant la ville pour empêcher les assiégés de sortir et d'attaquer les communes, et le lendemain on se présenterait en ordre de bataille pour attendre l'ennemi en plein champ [10840]. Tous les hauts hommes qui se trouvaient là donnèrent leur assentiment à l'avis du Maréchal et le louèrent grandement. Ce fut un grand honneur pour lui, qui n'était pas de leur terre [10852]. Le lendemain, selon ce qui avait été décidé sur l'avis du Maréchal, les chevaliers en armes et les communes sortirent[912], prêts à livrer bataille. Le roi de France, apprenant par ses espions que l'ost de Flandre lui offrait le combat, en fut très ennuyé. Il rassembla son conseil et, suivant l'avis qui lui fut donné, il battit en retraite en homme sage. Ce fut pour l'ost de Flandre une grande joie. On délibéra en conseil d'envoyer des messagers au roi d'Angleterre pour lui annoncer l'état des choses. On fit choix de Jean le Maréchal, qu'on accompagna jusqu'à la mer[913]. Jean voyagea par mer et par terre et finit par atteindre le roi Richard, qu'il trouva en la marche de France le lendemain du jour où il avait pris Courcelles[914] [10909]. On sait que cet événement eut lieu à la Saint-Pierre engouleaoût[915]. Jean le Maréchal annonça au roi comment le roi de France s'était retiré sans se faire prier. Le lendemain de la Saint-Pierre[916], Richard apprit avec joie que le roi de France chevauchait en hâte vers Gisors [10928]. Il s'empressa de monter à cheval avec ses gens ; il passa la rivière[917] sous Dangu[918] et envoya en reconnaissance Marcadé[919] et sire Hugue de Corni[920], chevalier sage et hardi qui connaissait bien le pays, car il y était né [10938]. Après un examen superficiel, Marcadé revint dire à Richard que le roi de France chevauchait vers Gisors à la tête d'une armée considérable. Mais Hugues de Corni dit qu'à son estime la troupe ennemie n'était pas nombreuse, et il exhorta le roi à l'attaquer. Richard les fit retourner vers le gué avec Jean de Préaux, homme preux et vaillant, et galopa vers une hauteur, d'où il reconnut l'ost du roi de France. Il n'en fit pas grand cas et appela ses hommes, qui se hâtèrent de venir à lui. Sans attendre que tout son monde fût réuni, il commanda la charge, et lui-même courut sur eux comme le lion affamé sur sa proie. Les Français furent déconfits, mis en déroute et beaucoup restèrent prisonniers. Sans la grande poussière qu'il faisait, car c'était en été, et sans le destin, qui ne permet pas ce qui ne doit pas être[921], le roi de France eût été pris. Il fut pour chassé jusqu'à Gisors, où il trouva un refuge [11023]. Parmi les prisonniers, il y eut beaucoup des chevaliers français les plus renommés. On sait assez ce qui arrive en pareil cas : quand arrive la déconfiture, les plus vaillants sont derrière ; les autres, prenant soin de leur propre personne, s'enfuient le cou tendu. Il arriva que le roi de France tomba dans un gué. Un sien clerc, fils de Guillaume de Mello[922], le releva, aidé d'autres, qui vinrent finalement à son secours[923] [11038]. Une fois tiré de l'eau, le roi de France ne resta pas dans Gisors, bien que ce fût un fort château, de peur d'y être assiégé. Quand le renard se laisse terrer, il n'est pas sûr de pouvoirs'échapper. Aussi le roi Philippe s'empressa-t-il de rentrer en France. Le roi Richard retourna avec sa gent à la Roche-d'Andeli, menant avec lui comme prisonniers quatre-vingt-onze des chevaliers du roi de France[924], sans parler des gens de moindre importance. Depuis lors, en toutes les guerres, trente des nôtres n'hésitaient pas à courir sur quarante Français, et il n'en avait pas été ainsi auparavant[925] [11068]. C'est que les hommes qui ont un bon seigneur gagnent en prouesse et en valeur. Le roi Richard élevait les bons et rabaissait les mauvais. Puisse le roi Henri[926] faire de même, inspirant aux siens vaillance et hardiesse, afin de recouvrer un jour ce qui est sien et leur [11084] ! La guerre continua après l'affaire de Gisors. Elle dura longtemps et dure encore, mais je ne puis en conter toutes les aventures une à une, et ce n'est pas de mon sujet. Le roi était à Gournai [11106]. Il donna ordre à ses hommes, chevaliers, sergents, routiers de se rassembler à Gerberoi[927]. Puis il chevaucha vers Milli[928] ; tandis que Marcadé se dirigeait sur Semilli[929], Richard attaqua Milli à l'improviste. Les assiégés se défendirent de leur mieux, repoussant les assaillants avec des pieux, des carreaux, des fourches, des fléaux. Ils renversèrent dans le fossé une échelle chargée de chevaliers et de sergents, qui presque tous furent blessés ou estropiés. Un chevalier de Galles, sire Gautier de Kidomore[930] [11152], y eut la cuisse brisée. Les assaillants commencèrent à se retirer. Mais un chevalier flamand, sire Gui de la Bruyère, était resté sur une échelle. Les défenseurs de la ville le tenaient par le cou avec une fourche, de sorte qu'il ne pouvait s'aider d'aucune de ses mains. Le Maréchal se tenait, tout armé, sur la douve du fossé. Il fut saisi de pitié en voyant la pénible situation de ce chevalier, et, sautant dans le fossé, il grimpa du côté opposé, l'épée à la main. Arrivé à l'échelle, il se mit à frapper à droite et à gauche de tels coups sur ceux qui tenaient le chevalier et voulaient le tuer qu'ils s'enfuirent et lui abandonnèrent le créneau. Le roi, ayant vu le Maréchal monter à l'assaut, voulut l'imiter, mais les hauts hommes qui étaient présents l'en empêchèrent. Le Maréchal une fois entré, nos gens reprirent ardeur et crièrent ensemble : « Le château est pris : courons aider le Maréchal ! » et ils coururent assaillir les créneaux. Ce jeu ne plut pas à sire Guillaume de Monceaux [11206], le connétable du château, qui courut droit au Maréchal. Mais celui-ci, qui s'était délivré de ses autres adversaires, lui donna un tel coup qu'il lui fendit le heaume et la coiffe et lui entama la chair. Guillaume de Monceaux tomba tout étourdi et incapable de se mouvoir. Le Maréchal, qui était lassé et avait fait plus que sa part, s'assit sur lui pour le garder. Les autres entrèrent à sa suite et le roi avec eux. Les assiégeants firent un butin considérable et les assiégés perdirent tout. Le roi eut pour sa part, comme il le devait, le château et l'approvisionnement. Le Maréchal vint à lui, tenant par la main le chevalier qu'il avait pris. « Voici, » lui dit-il, « un prisonnier que je vous amène[931]. — Sire Maréchal, » ditleroi, « il ne convient pas à un homme de votre importance de se risquer en de telles entreprises. Laissez cela aux jeunes bacheliers qui ont à faire leur carrière. Quant au chevalier que vous avez pris, fût-il d'une valeur cent fois plus grande, je vous le donne ; vous l'avez bien mérité. Je vous en fais gardien et maître. » Le Maréchal l'en remercia[932] [H264]. Sur ces entrefaites arriva Marcadé, qui avait eu la chance de prendre ce jour-là l'évêque de Beauvais et avec lui sire Guillaume de Mello[933]. Il y avait nombre d'autres prisonniers que les routiers menaient liés ensemble, la hartau cou, comme des levriers en laisse. Il y en avait tant dans la ville qu'on ne savait où poser le pied. Marcadé présenta au roi son évêque, qui lui avait fait une guerre acharnée et souvent lui avait ravagé sa terre. Le roi en eut grande joie, car sachez que c'était un des hommes qu'il haïssait le plus. Il le lui fit bien voir, car il le mit en dure prison[934]. L'ost était dans la joie, tant pour les prisonniers que pour la prise du château. Certains dirent que c'était une faute de ne pas prendre Beauvais, maintenant sans défense[935]. Le roi calma leur impatience et revint à Gournai, où il fit le partage de ce butin [11305]. La guerre dura tant que le roi fut en vie[936]. Les Français lui voulaient du mal, mais ils ne réussirent pas à prendre le des sus, malgré leurs efforts répétés. La guerre dura si longtemps, avec des chances diverses, que le roi de France se fatigua, car tout ce qu'il dépensait était en pure perte. Le roi Richard le tenait si court qu'il ne savait comment se retourner : toujours il le trouvait devant lui. Les Français finirent par en avoir assez, et beaucoup se rendirent au roi Richard, dont le roi de France eut grand ennui[937]. Finalement, il manda secrètement ses barons pour prendre conseil. On lui dit : « Si vous ne Irailez par l'intermédiaire de la cour de Rome, vous ne vous en tirerez pas » [11354]. Le roi de France était fin et plus rusé qu'un renard. Il comprit bien qu'il n'y avait rien autre à faire. Il appela un de ses clercs et lui bailla les reliques sans lesquelles à Rome on ne réussit point, car toujours il convient d'oindre les paumes à la cour de Rome. Il n'est pas besoin d'y chanter d'autres psaumes. Les reliques de saint Rufin et de saint Albin, qui sont des bons martyrs de Rome, y ont grande puissance[938]. Autrement, tout ce que peuvent dire lois ni légistes ne vaut une pomme. Telle est leur coutume, et quiconque n'est pas muni de ce genre de reliques a de la peine à passer leur porte [11372]. Ils[939] décidèrent en consistoire de faire quelque chose pour le roi de France : ils lui enverraient un cardinal qui lui ferait sa besogne bien et sans délai. Celui qui vint eut nom maître Pierre[940] [11379] ; c'était un homme rusé et trompeur et artificieux en son langage. Il avait été à une école où on lui avait appris la manière de tourner les choses sens devant derrière. A son arrivée en France, le cardinal fut reçu avec grandes démonstrations de joie par le roi et par tous ses barons, car on voyait que c'était un homme rusé et habile. Le roi lui fit connaître l'état de ses affaires et se mit entièrement entre ses mains. Le cardinal l'engagea à conclure la paix ou à prendre une longue trêve. Le roi s'en tint à son avis, voyant bien qu'il le fallait [11406]. Il envoya donc au roi d'Angleterre des messagers courtois et habiles pour lui demander une entrevue entre le Goulet[941] et Vernon [11418]. Le roi Richard y consentit. Il se rendit au Goulet, accompagné de ses barons, n'ayant aucune autre prétention que de ravoir sa terre [11424]. Le roi Philippe, le rusé, qui savait bien faire l'orgueilleux, ne daigna pas venir à l'entrevue. Il s'en dispensa pour faire l'important. Le roi Richard attendit longtemps et vit bien que Philippe, par outrecuidance, ne viendrait pas. Mais le légat, qui était plein d'artifice et de détours, y vint pour lui. Il était plus jaune que pied d'escoufle. Il fit le saint homme, le bon apôtre, lorsqu'il fut en présence du roi Richard. Il le salua au nom de Dieu et de la cour de Rome, qui avait pour lui l'amour et l'estime dus à un fils de sainte Église, et le roi Richard à son tour le salua respectueusement comme cardinal et père spirituel. « Sire, » dit le cardinal, « jeviensdelapartduroide France, qui est, ce me semble, plein de bon vouloir et désirerait vivement faire la paix, si c'est aussi votre désir. — Comment faire une paix durable ? Je réclame ce qui m'a été pris ; et quand le roi m'aura ressaisi de ma terre, je l'en servirai loyalement et le tiendrai quitte des dommages qu'il m'a causés et du serment qu'il n'a pas tenu de ne faire aucun mal en ma terre ni à mes hommes, lorsqu'il serait revenu en France[942], jusqu'au quarantième jour après mon retour. Je le tiendrai quitte de tout cela et ne lui en parlerai jamais s'il a vraiment le désir de faire paix. Mais autrement, beau sire, , nommé sénéchal de Normandie en avril 1203 (_Rot_. Litt. _pat_., I, 33 6 ; cf. Stapleton, _Magni rot. scacc_., II, cclxiv). Il remplissait sans doute des fonctions avant cette époque (voy. _Rot. litt. pat_., I, 22, 28 b), mais j'ignore lesquelles. [586] Saint-Hélène-Boudeville, arr. d'Yvetot, cant. de Valmont, ou Boudeville, même arr., cant. de Doudeville. [587] Quoique le texte porte Alixandre d'Arsic, » ce personnage doit certainement être identifié avec le chevalier appelé dans le poème d'Ambroise sur la troisième croisade _Alixandre Arsis_, au cas sujet (v. 10485). Il mourut en 1201 (Rotuli de liberate, p. 24). Un _Robertus Arsic_, très vraisemblablement de la même famille, vivait sous Jean Sans-Terre (_Rot_. Litt. pat., 1, 189 b). [588] Fougeré, cant. et arr. de Baugé. « Harduinus de Fugerai » est, en 1173, l'un des partisans du jeune roi (Ben. Peterb., I, 46). [589] « Gaufridus de Brullon » est, en 1173, l'un des partisans du jeune roi (Ben. Peterb., I, 46). Il fut blessé à l'affaire du Mans (voy. plus loin, vv. 8388, 8424). Quant au lieu d'où il tirait son nom, c'est probablement Brûlon, château et ferme de la commune de Saint-Laurent-des-Mortiers, Mayenne, cant. de Bierné, arr. de Château-Gontier. Le _Dictionnaire topographique de la Mayenne_ de M. L. Maître ne donne pour cette localité aucune forme ancienne, mais M. André Joubert signale un _Gervasius de Bruslonio_, vers 1160, dans le cartulaire de l'abbaye de Ronceray d'Angers, (_Recherches_ et de nombreux épigraphiques ; membres le Mausolée de la même de famille Catherine du xiv* de Chivré ; au xvi* ï siècle Enfeu des Gaultier de Brullon. Laval, 1883). Il y a deux éditions, toutes deux de 1833, de cette brochure, qui est extraite des _Procès-verbaux et_ documents de la commission histor. et archéol. de la Mayenne, t. II (1880-81) ; voy. p. 20 de la première et p. 28 de la seconde. [590] Faut-il l'identifier avec un Rodbertus de Ble, partisan du jeune roi en 1173 (Ben. Peterb., 1,45) ? [591] Tinteniac, ch. -l. de cant. de l'arr. de Saint-Malo. « Willelmus de Tintiniac » est, en 1173, l'un des partisans du jeune roi (Ben. Peterb., I, 46). [592] « Gaufridus filius Hamonis » figure à côté du précédent sur la liste des partisans du jeune roi en 1173. [593] Traduit d'après la correction fort hypothétique proposée au v. 4765. [594] Les seuls comtes qui aient été nommés jusqu'ici comme ayant pris part au tournoi sont les comtes de Flandres (v. 4465), de Dreux (4489) et de Soissons (4535). Il est évident toutefois que l'auteur a en vue le plus jeune fils de Henri II, Geoffroi, duc de Bretagne, qui n'a pas encore été annoncé, mais qui sera nommé plus loin (vv. 4841, 4919). [595] Le récit est confus et en une certaine mesure contradictoire. Pour que le roi, qui avait donné l'ordre de charger, se soit trouvé seul en arrière, il faut qu'il ait été bien mauvais cavalier. Puis le comte de Bretagne, qui, d'après le v. 4823, se réserve, au moment de la charge, est représenté plus loin (v. 4841) comme se trouvant bien en avant du jeune roi. [596] Il devait être prisonnier sur parole. [597] Parmi les témoins d'actes de Philippe de Flandres, datés de 1176 et 1189, on voit figurer Hellinus de Wavrin, Dapifer (A. Du Chesne, _Hisl_. générale de la maison de Béthune, Preuves, pp. 40, 49). Dans d'autres actes ((II, 67). Dans Raoul de Dicet la succession des faits est un peu différente, mais, cependant, la prise de Montfort précède celle de Balon, comme chez Ben. Peterb. : Rex Francorum et comes… intra paucos dies Feritatem predictam, Monc tem Fortem, Baalum, Bellum Montem… occupaverunt » (II, 62-63). [742] Voir ci-dessus, p. 62, n. 2. [743] Probablement le « Petrus filius Guidonis » qui, vers 1175, est qualifié de sénéchal _(Dapifer_, du jeune roi ; voir ci-dessus, p. 77, n. 6). C'est sans doute aussi le même « Petrus Widonis », sans qualification, qui, en 1176, s'embarqua à Southampton pour la Normandie sur un navire frété par le roi d'Angleterre (Eyton, p. 206, n.) et qui est témoin à un acte royal passé à Winchester, probablement en septembre 1181 (ibid., p. 243). [744] Ce nom, qui reparaît plus loin, est-il corrompu ? Aucun personnage ainsi nommé ne paraît au nombre des officiers de la cour de Henri II. Le maréchal de l'hôtel était distinct du maréchal du roi d'Angleterre (voy. * Bonnétable est situé entre Balon et Beaumont-sur-Sarthe. Il faudrait donc admettre que Philippe aurait passé auprès de Balon sans le prendre, se serait emparé de Beaumont et serait revenu sur ses pas pour saisir Balon. Il est à supposer que le roi aura pris Bonnétable, puis Balon, puis enfin Beaumont, et se sera, au retour, dans sa marche sur le Mans, arrêté à Balon. Du Cange, Marescallus aul. s). L'office de maréchal du roi ou grand maréchal était héréditaire dans la famille de Guillaume le Maréchal et était tenu à cette époque par Jean, frère aîné du héros du poème. [745] Par opposition à l'armure de fer, le haubert. [746] D'après le poème, le roi de France devait être en dernier lieu à Montfort, qui est sur la rive droite de l'Huisne, comme le Mans, de sorte qu'une reconnaissance partant du Mans pouvait rencontrer l'ennemi sans passer cette rivière. Mais Ben. Peterb. nous dit que le roi de France avait feint de se diriger sur Tours (_/ingens se Turonim iturum_, II, 67), ce qui suppose qu'il avait passé l'Huisne, et les éclaireurs de Henri H durent en faire autant. [747] Étaient-ils jusqu'à ce moment sur des palefrois ? ou avaient-ils mis pied à terre ? [748] Dans la partie du roman d'Alexandre qui est connue sous le nom de _Fuerre_ (fourrage) de Gadres, Emenidus et ses hommes sont attaqués par des forces supérieures. Emenidus prie vainement ses hommes les uns après les autres d'aller demander du secours à Alexandre. Tous s'y refusent, considérant comme ignominieux de déserter le champ de bataille ; voir mon _Histoire de la légende d'Alexandre_, II, 155. Emenidus, et non pas comme ici Eumenidus, est la leçon des mss. du romand'Alexandre. [749] Il faut conserver ce terme de l'ancienne langue qui désigne un cheval de qualité inférieure, car on va voir l'auteur opposer les _roncins_ aux chevaux proprement dits. [750] Ce bois, qui devait être un reste de l'ancienne forêt du Mans ou de Longaunai, n'existe plus. Le nom même a disparu. [751] Établissement fondé par Henri II, vers 1180, au sud du Mans, vers Pontlieue, sous le nom Maison-Dieu de Coefort (de Cauda forti) ; voir Th. Cauvin, _Recherches sur les établissements de charité et d'instruction publique du diocèse du Mans_ (1825), p. 19. C'est maintenant une caserne. La porte en aval, par où sortit le roi, est celle qu'on nommait la f Vieille porte >. Voy. le mémoire de M. l'abbé Ledru, intitulé _Prise du Mans par_ Philippe-Auguste, le 12 juin 1189, dans La province _du Maine_, recueil _mensuel_, IV (1896), 8. [752] En donnant aux siens l'ordre de se désarmer, le roi montrait qu'il voulait à tout prix éviter la lutte ; voir encore ci-après, p. 106, n. 2. [753] Un frère de celui qui est appelé plus loin Reinaut Fils-Herbert (vv. 9386, 9405) ? [754] Cette circonstance n'est point mentionnée ailleurs. Seulement Rigord (| 66) et G. Le Breton _(Philippide_, III, 693-699) rapportent que Philippe-Auguste trouva par le même procédé un gué dans la Loire, auprès de Tours. [755] Voirp.55, n.2. [756] Eu 1191, par son mariage avec Ida, comtesse de Boulogne. Il mourut en 1227 (_Art. de vér. les dates_, II, 765). [757] Voirp.55, n.5. [758] Voirp.54, n.6. [759] Voir p. 54, n. 7. [760] Voir p. 55, n. 3. [761] Un « Petrus Malusvicinus » paraît en plusieurs actes de la fin du xiie siècle et du commencement do xiu* (Delisle, Cat. des actes de Ph. — Aug., n° 512, 632, 693 a, 1455), mais il était, déjà avant la prise de la Normandie, homme de Philippe-Auguste, et par suite peut difficilement être identifié avec celui qui figure ici. [762] Chauvigni, ch.- l. de cant. de l'air, de Montmorillon. Cet André est celui à qui Richard donna l'héritière du comté de Châteauroux ; voir plus loin, v. 9392. Il accompagna Richard à la croisade et s'y distingua ; voir l'Estoire de la Terre sainte, à la table des noms. Il figure en de nombreux documents : en 1196, Teulet, _Layettes du Trésor_ des chartes, n° 431 (Delisle, _Catal. des actes de_ Philippe-Auguste, n° 464) ; en 1199, Teulet, n° 499, 504 (Delisle, n° 567), 508, 516 ; en 1200, Teulet, n° 578, 579 (Delisle, n° 615). Son sceau est décrit dans Douët d'Arcq, _Inventaire des sceaux, n*_ 1818. [763] Il est manifeste que le roi d'Angleterre avait vu avec déplaisir la lutte s'engager ; cf. les roots soulignés dans le passage de Giraud de Barri cité à la note suivante. [764] Il avait été décidé en conseil (on l'a vu plus haut, vv. 8512-8516) que, si le roi de France s'approchait du Mans, on mettrait le feu au faubourg. Les historiens ne sont pas entièrement d'accord sur les circonstances de cet événement. Voici ce que dit Raoul de Dicet : « In crastino Sancti Barnabae (12 juin 1189) vehemens ignis a parte regis Anglorum injectus intra modicum temporis suburbana consumpsit » (Bouquet, XVII, 623a ; Stubbs, II, 63). Selon Ben. Peterb. (II, 67), l'incendie aurait été allumé par ordre d'Étienne de Marçai, sénéchal d'Anjou. Giraud de Barri, dont le récit confirme celui du poète, dit positivement que le roi Henri fit mettre le feu au faubourg, croyant ainsi réussir à barrer le passage aux Français et mettre fin au combat déjà engagé. Du faubourg, l'incendie, poussé par le vent, gagna la cité : « Cum igitur, egredientibus urbanis, hostiles acies utrimque concurrere jam pararent et in primis, nondum tamen consertis omnino viribus, confligendo quasi praeliorum praeludia facerent, rex Anglorum, ut erat Martiot congressvs, quoad potuit, sentit per evitons, suos intra mœnia revocando, suburbium totum… ne vel urbi officere vel hosti proficere posset, igne apposito comburi jussit. Ventus aulem… vim flammeam ignis edacis in urbem illico interiorem transportavit ; statimque in tantam violentiam multis in urbe locis ignis excrevit, ut rex quantocius cum suis exire urbemque relinquere, multis una cum urbe per maturationem amissis, compulsi fuissent * » (De principis instr., III, xxiv ; Opera, VIII, 283). [765] L'Huisne. L'expression du texte « outre l'ewe, de l'autre part, » peut s'entendre en deux sens. C'est probablement de l'autre côté par rapport à la direction d'où le roi de France venait, c'est-à-dire sur la rive droite, tout près du Mans. On a vu plus haut (p. 104) que les Français avaient trouvé un gué pour passer la rivière. * Corr. compulsus fuerit ? [766] Fresnai-sur-Sarthe, arr. de Mamers, entre le Mans et Alençon, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de cette dernière ville. Ce lieu est appelé Frenellx par G. de Barri : « Rex nocte eadem se apud _Frenellas_ suscepit et mane Andegaviam inde transivit » [De principis instr., III, xxv ; Opera, VIII, 286 ; cf. _Vita Galfredi_, dans G. Cambr. opera, IV, 369). Je doute que Giraud de Barri ait eu en vue Fresnai-sur-Sarthe, car cette localité est tout à l'opposé de la route du Mans à Angers. M. Eyton (p. 296) dit « Frenelles, » mais il n'y a pas de lieu ainsi nommé dans la région. Stubbs (édit. de Roger de Howden, II, Ixiij, n. 5) et Miss Norgate (II, 262) se décident pour la Fresnaye (ch. -l. de cant de l'arr. de Mamers), qui est trop au nord. Fresnai-sur-Sarthe, anciennement Fresnai-le-Vicomte, était un lieu fortifié ; voy. _Revue historique et archéologique_ du Maine, XIX (1886), 27. [767] En arrière des autres, comme on le verra par l'épisode qui suit. [768] On a vu plus haut qu'au contraire le Maréchal avait son haubert et son heaume et on ne voit pas à quel moment il aurait quitté ses armes défensives. Peut-être y a-t-il une lacune dans ce qui précède. [769] Probablement le fils de celui qui est mentionné au commencement du poème. Il figure comme témoin en plusieurs actes de Richard ; voirp.3, n.2. [770] Personnage qui devint plus tard célèbre comme sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine (depuis 1199). Il contribua pour une grande part, comme on le verra plus loin (vv. 12409 et suiv.), au succès de l'expédition qui aboutit à la levée du siège de Mirebeau et à la prise d'Artur, en 1202. Il combattit les Albigeois en 1209 et en 1219 ; voir Chanson de la croisade, édit. de la Société de l'histoire de France, II, 459. Il mourut en 1222. Son histoire a été écrite en détail jusqu'à l'année 1204 par M. G. Dubois, Bibliothèque de l'École des chartes, XXX, 377 ; XXXII, 88 ; XXXIV, 502 ; cf. Beautemps-Beaupré, _Coutumes et institutions de l'Anjou et du_ Maine, 2e partie, I, 286 et suiv. Mais, jusqu'à l'année 1190, époque de son mariage avec Marguerite de Sablé, on n'avait sur lui à peu près aucun renseignement. On ignorait notamment qu'il eut été au nombre des chevaliers de Henri II. [771] Cf. ci-dessus, p. 89, n. 1. [772] Cet incident est noté par G. de Barri, qui, toutefois, ne fait aucune mention du Maréchal : « Cessante vero demum persequentium instantia per comitis Pictavensis casum, equo ejusdem militari lancea perfosso, rex nocte eadem se apud Frenellas suscepit » _(De principis instr_., III, xxv ; Opera, VIII, 286). [773] Cette tour, qui était située au nord de la ville, tint pendant trois jours après la fuite du roi Henri, c'est-à-dire jusqu'au 15 juin, selon Ben. Peterb., II, 68 ; jusqu'au 22, selon Raoul de Dicet, II, 63. Miss Norgate (II, 263, n. 3) concilie ces deux dates, en supposant qu'il y eut deux sièges ; que Benoît a en vue le siège du château, ancien palais comtal situé près de la cathédrale, et que Raoul parle du siège de la tour située au nord de la ville. Mais cette distinction est inadmissible. La tour, détruite entre 1617 et 1619, qu'on appelait _Tour Orbrindelle_, ou _Orbendelle, Tour_ royale, Tour du Main, faisait partie du château ; voy. E. Hucher, _Études_ sur l'histoire et les monuments de la Sarthe (Le Mans et Paris, 1856), p. 27 ; G. Fleury, _la Tour Orbrindelle et le Mont-Barbet_, dans la _Revue historique et archéologique du Maine_, XXIX (1891), 137-154 et 279-303. Il est donc évident que les deux récits se rapportent à la même affaire, quoique les détails donnés de part et d'autre soient très différents. Rigord, qui, du reste, se trompe en plaçant la prise de la tour du Mans après l'arrivée de Henri II à Chinon, donne quelques détails sur le siège : c… et Cenomannis reversus, turrim forlissimam et bene munic tam, adductis minariis quos semper secum ducebat, de sub terra « murum suffodientes, cum multo labore cepit » (§ 66). — Quant à Guillaume de Silli, les historiens ne font de lui aucune mention et il ne paraît pas dans la liste des barons de Sillé dressée par M. Hucher dans sa Notice sur Sillé-le-Guillaume. Il faut dire que cette liste ne donne aucun nom pour les années 1120 à 1190 (Hucher, _Études sur l'histoire et sur les monuments de la Sarthe_, p. 177). Notre Guillaume n'est probablement pas différent de Guillaume de Sillé(Sillé-le-Guillaume, Sarthe), qui paraît en 1169 dans un accord concernant le monastère de la Couture (Cartulaire de la Couture, p. 23). C'est sans doute aussi le même qui, en 1210, se porte garant, avec plusieurs autres seigneurs, de la fidélité de Raoul, vicomte de Beaumont (Beaumont-le-Vicomte, Sarthe), envers Philippe-Auguste (Delisle, Catal, des actes de Philippe-Auguste, n° 1223). [774] Selon la Philippide (III, 652-655), le roi Henri lui-même se serait enfui jusqu'à Alençon : Dat sua terga fuge, nec lumina flectere retro Audet Donec Alançonis tuta se clausit in arce. [775] Il n'est pas très sûr que ce soit à Alençon que le Maréchal ait eu ordre de se rendre ; le texte n'est pas sûr ; voir la note du v. 8894. [776] Ben. Peterb. (II, 68) n'indique aucune station du roi d'Angleterre entre le Mans et Chinon. Giraud de Barri (De principis instr., 1 1 I, xxv ; Opera, VIII, 286 ; Vita Galfredi Eboracensis, I, lv ; Opera, IV, 369) le fait passer par Frenellas (voir ci-dessus, p. 108, n. 2), l'Anjou (« Andeviam inde transivit »), _Savigniacum_ et Saumur. On ne voit pas de quel _Savigni_ ou _Savigné_ il peut être question. On pourrait donc pro poser de corriger _Sarrigniacum_, Sarrigné, canton d'Angers, mais il est plus probable que G. de Barri aura interverti _Savigniacum_ et Saumur, et qu'il s'agit de _Savigni_, Indre-et-Loire, cant. de Chinon, entre cette ville et Saumur. L'itinéraire, jusqu'ici très obscur, du roi d'Angleterre entre sa fuite du Mans et son arrivée à Chinon paraît devoir être établi, d'après le poème, comme suit : le Mans (12 juin), Fresnai-sur-Sarthe (12 et 13 juin), Sainte-Suzanne (13 ou 14 juin), Saumur et Savigni, d'après G. de Barri, mais en transposant l'ordre de ces deux séjours (seconde quinzaine de juin), enfin Chinon (fin de juin). Le poète n'indique aucun arrêt entre Sainte-Suzanne et Chinon, mais la distance entre ces deux localités étant de plus de 100 kilomètres n'a pu être franchie en moins de trois ou quatre étapes. [777] Ch.-l. de cant. de l'arr. de Laval, à 25 kilomètres environ au sud-ouest de Fresnai. C'était un lieu fortifié (Revue hist. et arch. du Maine, XXIX, 147-149). Ce séjour du roi d'Angleterre entre Fresnai et Chinon n'est indiqué nulle part ailleurs. [778] La prise de Tours aurait eu lieu le 23 juin selon Rigord (8 66), le 3 juillet selon Ben. Peterb. (Il, 69). [779] Azai-le-Rideau, ch.-l. de cant. de l'arr. de Chinon. Cf. Giraud de Barri, De princ. instr., III, xxv (Opera, VIII, 286-7). [780] L'endroit ici indiqué, qui devait être situé entre Tours et Azai, ne peut être que la commanderie de Ballan, à huit kilomètres environ au sud-ouest de Tours, sur la route d'Azai. [781] Ces symptômes paraissent être ceux de la gangrène sèche. On a vu plus haut (p. 99, note 5) qu'un ulcère s'était produit. [782] Giraud de Barri dit de même : « Francorum autem rex et comes Pictavensis, huic infirmitati fidem non habentes, quin immo (ictum potius seu frustatorium, solito ejusdem de more, putantes… » (De princ. instr., III, xxv ; Opera, VIII, 286). [783] Le lieu de l'entrevue est nommé par G. Le Breton : « Urbe Turonica capta, factum est colloquium inter eos, in loco qui dicitur Columbae rium » (§ 49). _Columbarium_ (ou Columbare, dans la Philippide du même, III, 737) est Colombier, comm. de Villandri, cant. de Tours, à [784] Les conditions imposées par Philippe et acceptées par Henri II sont enregistrées par Ben. Peterb., Raoul de Dicet, Roger de Howden, Mathieu de Paris, à leur date (cf. Delisle, Calai- des actes de Philippe-Auguste, n° 240, et Miss Norgate, II, 266). [785] Les _empris_ sont ceux qui s'étaient engagés dans l'un ou l'autre parti. Il y a dans le traité, mentionné à la note précédente, un article sur ce sujet : « Et nul lu s baronum vel miles qui in hac guerra a rege Angliae recessit et ad comitem Ricardum venit de cetero redibit ad regem Angliae, nisi in ultimo mense, ante motionem regis versus Jerusalem » (Ben. Peterb., II, 70). [786] Sans doute le 4 juillet, immédiatement après l'entrevue avec le roi de France. [787] « Rogerius Malus Catulus » _(Calulus_ est la traduction exacte de l'anc. fr. _chael_) est connu comme vice-chancelier de Richard depuis mars 1191. Il périt dans un naufrage en mai de la même année ; voy. Ben. Peterb., II, 140, note 2 ; Rog. de Howden, III, 106 ; cf. Edw. Foss., The _Judges of England_, I, 396. Il appartenait vraisemblablement à une famille _Malcael_ ou _Malchael_, établie aux environs de Valognes, et dont plusieurs membres figurent en des documents de la fin du xiie siècle et du xm*. C'est à un Maucael que l'on attribue, avec toute probabilité, la rédaction du Coutumier de Normandie ; voy. J. Tardif, _Coutumiers de Normandie_, II (1896), III p. cxxvii et suiv. 8 [788] Voy., au tome I, la note du v. 9126. [789] A partir du 4 juillet Henri II mourut le 6. [790] Voy. la note 1 de la page suivante. [791] La même scène, ou à peu près, se retrouve dans Giraud de Barri, mais autrement amenée. Giraud suppose (ce qui ne paraît pas exact) que les noms des empris se trouvaient dans l'instrument même du traité de paix, de sorte qu'il n'est pas question de la mission de Roger Malchael : « Et cum nomina illorum scripta in cedula legi audiret, primumque omnium Johannis, filii sui nomen legeretur, tanquam extra se factus et consternatus, stratu quo recubabat statim in sessionem exsurgens et acriter circumspiciens : Verumne est, inquit, quod Johannes, cor meum, quem prfiliis omnibus magis dilexi, cujusque promotionis i causa hec omnia mala sustinui, a me discessit ? » (III, xzv ; Bouquet, XVIII, 154 ; Opera, VIII, 295). Giraud prête ensuite à Henri quelques paroles empreintes d'un violent découragement. [792] Ce personnage nous est inconnu. L'acte pieux pour lequel il est ici mentionné est attribué par Giraud de Barri (De princ. instr., III, xxviii) à un c puer quidam » : « Corpus autem in area cum exponeretur, adeo rapacitati omnes, ut in illo fieri soient articulo, communiter indulserunt, ut corpus nudum absque amictu quolibet aliquandiu relinqueretur ; donec puer quidam accurrens, palllo suo modico ac tenui, de pilo contexto, quasi soient aestivo tempore juvenes uti, vix genua vêlante, corporis, quoad potuit, nuda contexit » (Bouquet, XIX, 137 d ; Opera, VIII, 304). [793] Voy. ce mot au glossaire dut. II. [794] Chinon est sur la Vienne. [795] Cette remarque du poète justifie la mesure que le roi Richard prit à l'égard d'Etienne de Marçai aussitôt après la mort de Henri. Nous savons en effet que l'un de ses premiers soins fut de le faire emprisonner. « Itaque, sepulto rege, praedictus comes Pictavensis statim injecit manu » in Stephanum de Turonis, senescallum Andegaviee, et mittens « eum in carcerem, gravibus compedibus et manicis ferreis catenatum, exigebat castella (corr. catella ?) et thesauros regis patris sui, quos ipse incustodia habuit » (Ben. Peterb., II, 71 ; cf. Rog. de Howden, III, 3). M. Beautemps-Beaupré a cherché ailleurs la cause de l'animosité de Richard contre Etienne de Marçai ; voy. Cout. et instit. de l'Anjou et du Maine, 2e partie, I, 275-7. Quoi qu'il en soit, il paraît qu'il rentra en grâce auprès du roi, car, trois ans après, on le retrouve avec lui en Terre-Sainte. [796] Le lendemain de sa mort (Ben. Peterb., II, 71). [797] Le poète veut dire probablement que le Maréchal fut récompensé de sa loyauté envers le roi. [798] D'après Ben. Peterb. (II, 71), le comte de Poitiers serait venu au-devant du corps de son père et l'aurait rencontré avant l'arrivée à Fontevrault. Mais G. de Barri (III, xxviii ; Opera, VIII, 305) est d'accord avec le poème. [799] Ben. Peterb., G. de Barri (I. (.), Roger de Howden (Stubbs, II, 367), Mathieu de Paris (_Chron. maj_., éd. Luard, II, 344-5) affirment que, lorsque Richard approcha du corps de son père, le sang coula des narines du roi défunt, « ac si, » dit Ben. Peterb., i < indignaretur spiritus « ejus de adventu illius. » C'était une croyance répandue que l'effusion du sang après la mort dénonçait la présence du meurtrier (voy. Histoire _littéraire_, XXX, 249 ; Gorra, Studi di critica letteraria, p. 347). [800] Craon, Mayenne, arr. de Château-Gontier. Il s'agit ici de Maurice II de Craon, qui fut très mêlé à l'histoire de Henri II depuis environ 1158. Il se rendit en Terre-Sainte en 1191, et mourut en 1196. Il fut, en son temps, tenu en grande réputation, non seulement en raison de son rang, mais pour ses qualités d'homme courtois et même, peut-être, pour ses mérites littéraires, car il composait des chansons d'amour, dont une au moins nous est parvenue. Il est le héros d'un poème chevaleresque allemand, qui a certainement une source française ; voy. G. Paris, dans _Romania_, XXIII, 466 et suiv. Ce personnage a été l'objet de plusieurs notices ; la dernière, et la plus nourrie de faits, est celle qu'on peut lire dans Bertrand de Broussillon et P. de Farcy, _La Maison de Craon_, 1050-1480, étude historique accompagnée du cartulaire de Craon, I (1893), 71 et suiv. Les pages 98 à 120 contiennent l'analyse ou le texte des actes émanant de ce seigneur ou le concernant. Cette notice est faite à peu près uniquement avec des actes ; les mentions fournies par les chroniqueurs, notamment par Ben. Peterb., I, 192 (année 1177), 248 (1180), 298(1183), n'ont pas été utilisées. [801] Montez à cheval ? [802] Gilebert Pipart fut shérif d'Essex, 1168-70, de Gloucester, 1170-71, de Hereford, 1172-74, juge errant, 1176 et 1179, shérif de Chester, 1181-82 _(Calendar of doc. relat. to Ireland, n"_ 8, 17, 62, 66 ; Ben. Peterb., I, 108 ; Roger de Howden, II, 88 et 191 ; cf. Eyton, p. 199, 226, 228). Nous le voyons ensuite garde du château d'Exmes (arr. Argentan) en 1180 (Stapleton, _Magni rot. scacc_. Norm., I, lij, xcvj, cxnij). Il mourut en 1191 à Brindisi (Ben. Peterb., II, 150). Sur sa famille et sa descendance, voy. Dugdale, _Baronage of England_, II, 8. [803] Voy. la note du v. 9332. [804] Voy. ci-dessus, p. 100. — Les donations ou confirmations qui sont ici mentionnées sont partiellement énumérées par Ben. Peterb. (II, 73), selon qui elles eurent lieu à Rouen, le 20 juillet 1189 ou le _jour_ suivant, lorsque Richard eut été reconnu comme duc de Normandie, en présence de l'archevêque Gautier de Coutances et des évéques et barons du duché, et non pas, comme ici, avant les obsèques du roi Henri. [805] Plus exactement « Gilebert _fils de Roger_ fils Rainfroi. » Ben. Peterb., II, 73 : « Concessit… Gilleberto (ilio Rogeri filii Rainfrei filiam Willelmi de Lancastre, dapifero regis patris sui. » Guillaume de Lancastre, sénéchal du roi Henri II, mourut en 1184 ; voy. _Monasticon anglicanum_, V, 909. Roger fils Rainfroi était juge errant en 1176 (Ben. Peterb., I, 107). Il vivait encore en 1191 (Ben. Peterb., II, 223 ; cf. Edw. Foss, The _Judges of England_, I, 364-366). Son fils, Gilbert fils Rainfroi (car il est ainsi nommé dans les actes comme dans le poème), est témoin à un assez grand nombre de chartes du roi Henri depuis 1 180. La dernière où il figure fut passée à Chinon le 5 juillet 1189, la veille de la mort du roi (Monasticon anglicanum, VII, 920 ; cf. Eyton, p. 97). Il y est qualifié de sénéchal (dapifer). Il épousa, en efiet, vers l'époque ici indiquée, Helwis, fille de Guillaume de Lancastre (Dugdale, _Baronage_, I, 421-422). Il paraît en divers documents du temps de Richard Ier ; par exemple, dans les _Pedes_ finium de la septième année de Richard (1195, _Pipe Roll Soc_., X VI I, n° 70). [806] Renaut fils Herbert était fils de Herbert fils Herbert ; voy. Dugdale, _Baronage_, I, 624. [807] Renaut de Dammartin possédait en effet Lillebonne, qu'il se réserva lorsqu'il donna à Philippe Hurepel, fils de Philippe-Auguste, époux de sa fille Mathilde, ses terres du pays de Caux (acte de mai 1210, dans Teulet, _Layettes du Trésor, n"_ 925-926 ; cf. Delisle, _Cat. des actes de Philippe-_ Auguste, n° 1217-1218). [808] Il devint par suite homme du roi de France, à qui le roi Jean lui enjoignit de prêter hommage (Bouquet, XVIII, 88, note g ; Rot. _chart_., I, 96 a, lettre du 23 mai 1200 ; cf. Raynal, _Hist. du Berry_, II, 101). [809] Cf. G. de Barri (XIII, xxxviii ; Opera, VIII, 305) : « In crastino vero, cum ante altare principale corpus sepulturæ traditur (corr. traderetur) vix annulus digito, vix sceptrum manui, vix capiti corona, sicut decuit, quia de aurifrigio quodam (corr. quedam) veteri inventa fuit, vix ulla prorsus insignia regalia, nisi per emendicata demum suffragia, eaque minus congruentia, suppetiere. » [810] Il est difficile d'identifier ce Hue de Samford, qui ne figure pas, à ma connaissance, dans les actes de Henri II. Peut-être était-il frère d'un Thomas de Samford, homme du Maréchal au temps du roi Jean, qui paraît plus loin (vv. 13362, 13400, 14327, 15246), et de Richard de Samford, qui était avec les Français, en 1217, à la bataille de Lincoln (v. 16977). Il y avait, en effet, au temps du roi Jean trois frères appelés Hue, Thomas et Richard de Samford, comme on le voit par une lettre close de Jean : « Rex Thome de Samford… Mitlimus ad vos Hugonem de Samford, fratrem vestrum… et mittatis simul cum illis Ricardum de Samford, fratrem vestrum ad nos… » (Rot. litt. claus., p. 133, 26 mai 1213). Hue de Samford est témoin à divers actes de Jean (_Rot. chart_., p. 188, 201) et à un acte de Guillaume le Maréchal en faveur du prieuré de Longueville, en 1200, où figure, en la même qualité, Jean d'Erlée. Je dois à M. J. — H. Round la connaissance de cet acte, dont l'original est conservé aux archives de la Seine-Inférieure. [811] Arr. de Baugé, cant. de Longue, Maine-et-Loire. [812] Cette héritière est, comme on l'a vu plus haut (p. 100), Isabelle, fille de Richard de Clare, comte de Striguil et de Pembroke. Elle avait, en effet, des biens dans le pays de Caux. Le chef-lieu de son fief était Longueville (arr. de Dieppe). Sa terre avait appartenu, au xie siècle, à Gautier Giffard 1", qui prit une grande part à la conquête de l'Angleterre et fut créé comte de Buckingham avant 1071. Ce Gautier Giffard, qui mourut avant 1084, avait une fille appelée Rohais (ou plutôt _Roaut_, « Roaldes, » dans Ord. Vital, éd. Le Prévost, III, 344), qui épousa Richard fils Gilbert, comte de Clare, le bisaïeul de Richard de Clare, comte de Striguil et de Pembroke, père d'Isabelle. La descendance directe de Gautier Giffard Ier s'éteignit avec son petit-fils Gautier Giffard III, mort en 1164. Les biens de ce dernier furent alors partagés entre des collatéraux, au nombre desquels dut figurer le père d'Isabelle, Richard de Clare, qui, à partir de ce moment, paraît avoir pris le titre de comte de Buckingham (J.-E. Doyle, _The officiai baronage of England_, I, 252 ; III, 2). On ne sait pas exactement à quel moment eut lieu ce partage. Dugdale (_Baronage_, I, 60 b) reste dans le vague. Stapleton (Magni rot. scacc. Normannix, II, cxxxviii), dit que Gautier Giffard III étant mort sans enfants (1164), ses terres furent saisies par le roi Henri, mais que, plus tard, en 1191, Guillaume le Maréchal paya au roi Richard un droit de deux mille marcs pour la moitié de cet héritage, spécialement pour les biens sis en Normandie, qu'il recueillit du chef de sa femme, tandis que l'autre moitié, consistant en terres situées en Angleterre, allait à Richard de Clare, comte de Hertford. On lit, en effet, dans le rôle de la pipe pour la deuxième année du règne de Richard : « Willelmus Marescallus reddit computum de. MM. marcis pro habenda medietate de terra comitis Giffardi » (Facsimiles of National manuscripts, part i [1865], fol. 17). On voit que, d'après le poème, Isabelle aurait été, antérieurement à son mariage, en possession de la partie de l'héritage de Gautier Giffard qui lui était réservée. [813] Saint-Vaast-d'Équiqueville, arr. de Dieppe, cant. d'Envermeu. [814] L'auteur ajoute « qui out le nom d'ali et d'or. » Je ne sais comment entendre ali. Est-ce une forme d'aloi, alliage ? L'auteur veut-il dire qu'en elle l'or (les bonnes qualités) n'était pas sans alliage ? Il n'aurait pas tort. [815] C'est qu'en effet son mari la tenait en prison ; voy. Ben. Peterb., II, 74. Il se pourrait que la mission confiée par Richard au Maréchal ait simplement consisté à la faire mettre en liberté ; voy. Miss Norgate, II, 273. [816] C'est l'un des deux premiers des vicomtes de Londres. Il fut élu à l'avènement de Richard ; voy. le Liber de antiquis legibus, publié par Stapleton (Camden Society, 1846), p. 1. Pendant l'absence du roi Richard, il prit parti pour Jean contre Guillaume de Longchamp (Giraud de Barri, Opera, IV, 369). [817] Stokes-d'Abernon, Surrey, au sud-ouest de Londres. [818] Je ne sais si c'est à l'occasion de ce mariage que fut faite une dépense ainsi mentionnée dans le grand rôle de la pipe pour la première année du règne de Richard : « Et pro pannis filie comitis Ricardi de Striguil. ix. lib. et. xij. sol. et j.. den. » (The great Roll of the Pipe for the first year of the reign of king Richard the first, p. 223). — Le Maréchal entra par ce mariage en possession des terres de Richard de Clare, le père de sa femme, et notamment des titres de comte de Striguil et de Pembroke. Néanmoins, ce n'est qu'à l'avènement du roi Jean, en 1199, qu'il fut investi solennellement du comté de Striguil ; voy. Roger de Howden, IV, 90. [819] « Die sanctae Margaretae, feria quinta, luna tertia, tertio decimo kalendas Augusti, suscepit gladium ducatus Normanniæ de altari Sanctae Mari » Rotomagensis » (Ben. Peterb., II, 73). [820] On remarquera que jusqu'ici l'auteur appelle toujours Richard « le comte. » [821] Date erronée. Le _jour_ de l'Assomption, Richard fut reçu solennellement à Winchester (Raoul de Dicet, éd. Stubbs, II, 69). Mais le couronnement n'eut lieu que le 3 septembre. Cette cérémonie s'accomplit à Westminster et non pas à Saint-Paul, comme le poète semble l'indiquer. Guillaume le Maréchal y joua un rôle important : c'est lui qui portait le sceptre royal ; voy. Ben. Peterb., II, 79 et suiv. [822] Il y eut en effet, à l'occasion du couronnement de Richard, un soulèvement contre les Juifs dont les historiens du temps font mention, notamment Ben. Peterb., II, 83-84 ; cf. Miss Norgate, II, 288-289. [823] On trouvera l'énumération de ces libéralités, qui précédèrent le couronnement, dans Ben. Peterb., II, 73, 78. [824] En 1177, dans une assemblée tenue à Oxford, le roi Henri avait donné à son plus jeune fils Jean, alors âgé de onze ans, le titre de roi d'Irlande. Il avait divisé le pays, qui, pour la plus grande partie, était encore indépendant, en grands fiefs, qu'il répartit entre ses familiers, leur faisant jurer foi et hommage, pour ces terres éventuelles, à Jean et à lui-même (Ben. Peterb., I, 161-165 ; cf. Eyton, p. 214). Mais, lorsqu'en 1185 Jean se rendit en Irlande à la tête d'une armée, il fut battu par les insulaires et obligé de retourner en Angleterre, après avoir vu la plupart de ceux qu'il avait amenés avec lui passer du côté de ses adversaires (ibid., I, 339). Le pouvoir de Jean sur l'Irlande était donc à peu près nominal. Il n'y avait guère qu'une partie de l'Irlande qui pût, en une certaine mesure, être considérée comme conquise, c'était le Leinster, qui avait été occupé, à partir de 1 170, par Richard de Clare, comte de Striguil, sur nommé Strongbow, celui même de qui le Maréchal venait d'épouser la fille et qu'il considère par suite comme son ancêtre. Sur l'histoire de Richard de Clare, voy. le _Dictionary of national biography_, art. Clark [Richard db, ou Richard Strongbow], où les sources sont indiquées avec exactitude. [825] Thibaut le Bouteiller figure dans un document d'Irlande en 1199 (Calendar of doc. relat. to Ireland, n° 108). Il mourut probablement vers 1225 _(ibid_., n° 1341). [826] C'est-à-dire sans autre suzerain ; voy. au glossaire _chief_. [827] L'auteur joue sur le surnom de cet individu, comme plus haut (p. 121, n. 2) sur le nom de la reine Alienor. Mais ici le jeu de mot est encore plus obscur (Veirement fu de Kedeville | Quer toz diz le servi de gile, 9623-9624), parce que le surnom même n'est pas sûr. Ce qui s'en rapproche le plus, c'est _Chefdeville_ : il y a plusieurs lieux de ce nom dans le Calvados et l'un notamment comm. de Sommervieu, arr. de Bayeux, qui, au xiiie siècle, est appelé _Kep de ville_ (Hippeau, Dict. _topogr. du Calvados_). On pourrait aussi songer à Quetiéville, Calvados, cant. de Mézidon, anciennement Chetivilla, KeleMlla, Keleuvilta (Hippeau, Dict. topogr. du Calvados), et Quetteville, cant. de Honfleur, anciennement _Catevilla, Ketevilla (ibid_.). Il y a un autre Quetteville dans la Manche, comm. de Helleville, arr. de Cherbourg, cant. des Pieux, et Quettreville, arr. de Coutances, cant. de Montmartin-sur-Mer. Le personnage dont il est ici question est d'ailleurs inconnu. [828] Robert de Sablé, beau-père du sénéchal Guillaume des Roches, avait été l'un des partisans du jeune roi Henri contre Henri II en 1173 (Ben. Peterb., II, 46, 47). Nous savons d'ailleurs qu'il fut en effet l'un des chefs de la flotte qui partit d'Angleterre à la fin de mars 1190 (Ben. Peterb., II, 115). Il fut toujours en grande faveur auprès de Richard. Après la troisième croisade, il entra dans l'ordre du Temple, dont il fut le grand maître de 1191 à 1196 (Art de vér. les dates, I, 519 ; Estoire de la guerre sainte, table, Robert de Sablé). [829] Canville, Manche (arr. de Coutances), ou Seine-Inférieure (arr. d'Yvetot). Le poète a fait ici une confusion de noms. « Girardus de Camvilla » et « Ricardus de Camvilla » (le premier était fils du second) sont mentionnés à côté l'un de l'autre parmi les barons qui assistèrent au couronnement de Richard (Ben. Peterb., II, 80). Mais Girard resta en Angleterre comme shérif de Lincoln. Il eut même, en cette qualité, des démêlés avec Guillaume de Longchamp (Ben. Peterb., II, 207) ; Richard, au con traire, se rendit en Terre sainte, où il mourut (Ben. Peterb., II, 149), et il fut, en effet, l'un des chefs de la flotte (Ben. Peterb., II, 115-116). Girard et Richard de Camville ont leurs notices dans le Dictionary of national biography, Camville. [830] En décembre 1189, au moment de se rendre d'Angleterre en France, Richard nomma grand juge d'Angleterre Hugues de Puiset, évêque de Durham, lui donnant comme conseillers le chancelier Guillaume de Longchamp, Guillaume le Maréchal, Hue Bardou, Geoffroi fils Pierre et Guillaume Brieguerre (Rog. de Howden, II, 28). Mais, un peu plus tard, en mars 1190, Guill. de Longchamp devint grand juge d'Angleterre, la juridiction de l'évêquede Durham étant limitée à la région septentrionale de l'Humber jusqu'à l'Ecosse (Ben. Peterb., II, 106 ; cf., au sujet de la rivalité de ces deux personnages, Miss Norgate, II, 291). Ben. Peterb. (II, 158) semble vouloir dire que Guillaume le Maréchal et Geoffroi fils Pierre furent associés au gouvernement en 1191 seulement, lorsque le roi remplaça G. de Longchamp, comme grand juge, par l'archevêque de Rouen Gautier de Coutances ; mais c'est une erreur. La nomination de ces personnages fut certainement faite par le roi avant son départ pour la croisade. La lettre écrite par Richard, le 23 février 1191, pour associer Gautier de Coutances au gouvernement, est adressée « Willelmo cancellario suo, Gaufrido filio Petri, Willelmo Marescallo et Hugoni Bardulfi et Willelmo Briwere, apparibus » (Rad. de Diceto, éd. Stubbs, II, 90), preuve que dès lors Guillaume le Maréchal et les autres faisaient partie du gouvernement. Ben. Peterb. se trompe encore lorsqu'il dit, au même endroit, que le roi Richard (en février 1191) envoya de Messine en Angleterre Guillaume le Maréchal avec Gautier de Coutances. Il est certain, au con traire, que le Maréchal fut laissé en Angleterre. S'il avait été au nombre des messagers envoyés par les barons à Messine au roi Richard (voir plus loin), le poète n'eût pas manqué de le dire. En outre, la lettre précitée prouve que le Maréchal était resté en Angleterre. [831] Geoffroi fils Pierre fait partie de la cour du roi dès janvier 1191, avec Hue Bardou, Guillaume le Maréchal, Guillaume Brieguerre et plusieurs autres ; voy. _Pedes finium_, dans Pipe Roll Soc., X V II, n° 7, 10, 11, 12, 16, 21, etc. Déjà, sous Henri II, il avait été témoin à un grand nombre d'actes royaux, depuis 1181, et il avait exercé les fonctions de juge en 1188 et 1189 (Eyton, p. 291, 298). Il fut créé comte d'Essex en 1199, fut grand juge d'Angleterre depuis 1198 jusqu'à sa mort, en 1213 (Mathieu de Paris, _Chron. maj_., II, 544). Il eut, dans les dernières années de sa vie, des démêlés avec le roi Jean ; voy. l'Hist. _des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre_, p. 115 et suiv. Mathieu de Paris fait de lui un pompeux éloge (Chron. _maj_., II, 558-559). Sa vie est contée en détail dans le _Dictionary of_ national biography, Fitzpeter (Geoffrey). — Hue Bardou avait été sénéchal sous Henri II (Eyton, p. 239). Il fut l'un des hommes les plus considérables de la cour de Richard. Il mourut en 1203 ; voy. sa notice dans le _Dictionary of national biography_, Bardolp (Hugh). — Guillaume Brieguerre (Briware, Briwere, Bruere, dans les documents latins) avait épousé Yseut, fille de Hue Bardou (Stapleton, Magni rot. scacc. Normannix, II, lxxxi). La plus ancienne mention qu'on ait de ce personnage paraît se trouver dans un acte de Henri II qu'Eyton (p. 201) rapporte dubitativement à l'année 1176. Il paraît, avec le titre de justice, dans un grand nombre d'accords prononcés par la cour du roi ; voy. la table des _Pedes finium (Pipe Roll Soc_., t. XVII), sous Briwer. Il a son article dans le _Dictionary of national biography_, Brewer (William). [832] Toutefois, il n'est pas douteux que le Maréchal accompagna Richard en France ou du moins vint l'y rejoindre, car il est témoin à plusieurs chartes royales de mars, avril, mai, juin et juillet1 190, toutes passées en France (voy. notamment _Epist. cantuar_., éd. Stubbs, p. 324 ; Teulet, Layettes, n° 369, etc.). [833] Il l'était depuis 1178 ; voy. p. 88, n. 4. [834] Le 4 juillet (Rigord, § 69 ; cf. Ben. Peterb., Il, 111). [835] Richard arriva à Messine le 14 septembre ; le roi de France l ' y rejoignit le 16. [836] Ce n'est pas exact. La flotte arriva à Marseille le 22 août (Ben. Peterb., II, 124) ; mais le roi n'y était plus. Il en était parti le 7 et s'était rendu, en côtoyant la côte de Provence et d'Italie, à Palerme, où il arriva le 8 septembre. C'est de là qu'il se rendit à Messine, où il débarqua le 23 septembre (ibid., n, 115, 125). [837] Il méprisait les Anglais. Ce trait de son caractère a été noté par G. de Barri, Opera, IV, 424. [838] Il était, en effet, légat depuis mars 1 190. Ben. Peterb. (II, 108) dit à ce propos : « Auctoritate igitur legalionis. suae praedictus Eliensis episcopus et domini regis cancellarius et totius Angliae justitiarius clerum et populum opprimebat, confundens fasque nefasque ; nec erat in regno qui ausus est resistere ei nec in verbo nec in opere. » [839] « Auctoritate namque legationis suse ad episcopos et abbatias et prioratus et ad alias religiosorum domus hospitaturus veniebat, in tanta superfluitate hominum et equorum et _canum_ et avium quod domus in qua una nocte hospitabatur vix infra annos tres subsequentes in pristinum statum redire posset » (Ben. Peterb., II, 214). [840] C'est en février 1191 que le roi Richard reçut le message des barons (Ben. Peterb., II, 157-158). Le fait que Guill. de Longchamp, informé de cette dénonciation, aurait de son côté écrit au roi, est fort vraisemblable, mais aucun autre témoignage ne l'atteste. [841] Le roi de France arriva devant Acre le 20 avril ; Richard n'y arriva que le 8 juin. [842] Le 2 septembre 1192 (Rog. de Howden, II, 184 ; R. de Coggeshall, édit. Stevenson, p. 52). Il partit d'Acre le 9 octobre. [843] Par le duc Léopold d'Autriche (20 décembre 1192), qui le livra le 23 mai suivant à l'empereur d'Allemagne. [844] Le message dont il est ici question est certainement distinct de celui que le roi aurait, selon le poème (ci-dessus, note)1, reçu, étant à Messine, de Guillaume de Longchamp. On va voir que, dans le cas présent, les nouvelles sont apportées par un abbé, qui n'est pas autrement désigné. Il y a probablement lieu d'identifier ce message avec celui dont fut chargé, selon _l'Estoire de la guerre sainte_, le prieur de Hereford, un peu après Pâques 1192 (Estoire, vv. 8519 et suiv. ; Itinerarium Ricardi, V, xxn). C'est par ce prieur, qui n'est probablement pas différent de l'abbé mentionné ci-après dans le poème, que Richard apprit la déposition et la fuite du chancelier Guillaume. C'est à la suite de cette communication que Richard se décida à revenir en Angleterre. [845] Gautier de Coutances. C'est le roi qui l'avait institué grand juge en place du chancelier Guillaume de Longchamp ; voy. plus haut, p. 125, note. Il est vrai que cette nomination était conditionnelle et ne devait avoir son plein effet, c'est-à-dire la destitution de Guillaume de Longchamp, qu'au cas où ce dernier aurait agi contrairement aux intérêts du roi. C'est le 8 octobre 1191, dans une assemblée tenue à Saint-Paul de Londres, que les lettres scellées du roi furent produites par l'archevêque de Rouen et par Guillaume le Maréchal. En conséquence, Guillaume de Longchamp fut privé de son office de grand juge et remplacé en cette qualité par l'archevêque de Rouen (Ben. Peterb., II, 213). Au sujet d'une différence de rédaction assez caractéristique que présente cette lettre dans les textes qui nous en ont été conservés, voy. une longue note de M. Stubbs, dans Rog. de Howden, III, 9G. Le chancelier chercha à fuir sous un déguisement (11 octobre), mais il fut arrêté à Bermondsey, près Douvres. Peu après, il fut délivré par ordre de Jean et put quitter l'Angleterre (Ben. Peterb., II, 215 et suiv. ; Giraldi Cambr. opera, IV, 411-412). Voy., pour tous ces événements, Stubbs, préface du tome III de son édition de Roger de Howden, p. Lxrvm et suiv. [846] Déjà, avant l'élection de Gautier, Guill. de Longchamp, avec l'assentiment de la reine et des barons, avait dû empêcher Jean de se rendre auprès du roi de France, qui, selon Ben. Peterb. (II, 236), lui avait promis sa sœur III Alice en mariage (celle que Richard avait refusée) et qui, 9 de plus, s'était engagé à le faire entrer en possession du royaume d'Angleterre et des terres continentales qui en dépendaient. [847] Les circonstances dans lesquelles Jean occupa Nottingham et un autre château, non mentionné ici, celui de Tickill (Yorkshire), ne sont pas pour nous parfaitement claires, parce que les historiens qui nous ont conté les dissensions entre le comte Jean et le chancelier Guill. de Longchamp sont en désaccord sur les dates et sur les faits ; voy., à ce propos, Stubbs, éd. de Roger de Howden, III, 134-135, note, et préface, p. tvn, Lvni. En tout cas, l'occupation de Nottingham par Jean eut lieu avant le gouvernement de Guill. de Longchamp, et probablement en avril 1191. Notons en passant que, selon le traité passé entre le comte Jean et Guillaume de Longchamp, en juillet 1191 (Rog. de Howden, II, 136), le comte aurait confié au Maréchal la garde du château de Nottingham. Si cette condition a été remplie, il est singulier que le poète ne mentionne point une circonstance qui avait de l'intérêt pour l'histoire de son héros. [848] Le 11 octobre 1191, G. de Longchamp, après sa déposition de l'office de grand juge, avait rendu Windsor au comte Jean, selon Ben. Peterb. (II, 214), à Gautier de Coutances, selon Rog. de Howden (III, 141 ; cf. la préface de l'éditeur, p. lxxxii). Plus tard, en janvier 1193, Jean occupa Windsor et le château de Wallingford (Rog. de Howden, III, 204), et c'est peu après, en mars de la même année, qu'eut lieu le siège de Windsor par les barons (Rog. de Howden, III, 206). A la suite de ce siège, sur lequel le poème donne des détails qui ne nous sont pas connus d'ailleurs, Windsor fut confié, avec deux autres places, à la garde de la reine Alienor (Rog. de Howden, III, 207) ; voy., pour ces événements, la pré face du tome III de R. de Howden, p. xcm, xciv. [849] Dans le texte « des marquis de Galles. » C'est depuis qu'il avait épousé la fille du comte de Striguil que le Maréchal avait parmi ses vassaux des barons de la marche de Galles, du côté des comtés de Gloucester et de Monmouth. [850] Marlborough avait été concédé à Jean par Henri II en 1174 (Ben. Peterb., 1, 78) et de nouveau par Richard en 1189 (ibid., II, 78). La prise de cette ville eut lieu à la suite d'une attaque dirigée par Hubert, archevêque de Cantorbéry, avant le retour du roi en Angleterre, en février 1194 (Rog. de Howden, III, 237). Le poète se trompe donc en plaçant cet événement immédiatement après l'occupation de Windsor. [851] Cette décision fut prise au congrès des princes allemands tenu à Worms le 5 juillet 1193. La rançon fut fixée à cent mille livres d'argent (R. de Dicet, II, 110). [852] Voy., pour le détail des contributions ecclésiastiques, R. de Dicet, II, 110, et, en général, sur les conditions dans lesquelles les sommes nécessaires pour la rançon furent levées, Stubbs, préface de Rog. de Howden, IV, lxxxii et suiv. ; Delisle, Bibl. de l'Êe. des chartes, 2 " série, V, 289. [853] Voy. ci-dessus, p. 8, note 5. [854] Le roi Richard débarqua à Sandwich le 20 mars 1194 et fit son entrée à Londres le 23 (R. de Dicet, II, 114). [855] Son frère aîné ; voy. ci-dessus, p. 8. Il ne paraît pas n'avoir jamais eu qu'un rôle très effacé dans les affaires de son temps. On n'a du moins que peu de documents sur lui. Il n'est pas mentionné dans le livre d'Eyton sur Henri II. Il y a, dans le tome I des _Rôles gascons_ publiés par Fr. Michel, un acte le concernant (n° 2256), qu'Eyton n'a pas connu. C'est la confirmation par Henri II d'un accord entre l'évêque de Hereford Robert Foliot et Jean le Maréchal au sujet de certaines possessions. L'acte est daté de Feckenkam (Worcestershire). D'après les noms des témoins (qui sont en partie corrompus dans l'édition de Fr. Michel), cet acte pourrait être d'octobre 1175, époque où le roi séjourna à Feckenkam. [856] On a vu plus haut, p. 7, n. 1, que Jean le Maréchal, le père, y avait sa résidence. [857] Comté de Gloucester, tout près du Wiltshire, à 45 kil. environ au nord-ouest de Marlborough. Il y avait là une abbaye de chanoines réguliers fondée par Henri Ier _(Monasticon anglicanum_, nouv. éd., V I, 175). [858] Port-en-Bessin, arr. de Bayeux, cant. de Ryes. On trouve dans les documents administratifs d'assez nombreux témoignages sur ce personnage qui fut marié trois fois, en dernier lieu avec une sœur de Guillaume de Briouze. Ces témoignages ont été réunis par Stapleton, Magni _rot. Scacc_., I, clxi, clxii ; cf. Edw. Foss, _The Judges of England_, II, 107-9. Il faut ajouter qu'il est plusieurs fois mentionné dans la chronique de Jordan Fantosme (éd. Fr. Michel, vv. 1335, 1342, 1355, 1841, 1845). On ne savait point qu'il eût une fille mariée ou promise à Jean le Maréchal. [859] Comté de Wilts, _hundred_ de Kingsbridge, paroisse de Lyneham, entre Cirencester et Marlborough. Il y avait un prieuré de chanoines réguliers auquel le comte Patrice, allié de la famille du Maréchal, et le Maréchal lui-même avaient fait diverses donations. Voy. Monasticon anglicanvm, nouv. éd., V I, 339. [860] Baudouin de Béthune (sur lequel voir ci-dessus, p. 54, note 3) avait été fait prisonnier en Allemagne en même temps que Richard, mais, remis en liberté, il avait pu rentrer en Angleterre. Il était retourné en Allemagne avec Guillaume Brieguerre, au moment des négociations pour la rançon du roi, avec qui il se rencontra à Worms (Rog., de Howden, III, 187-215). Il fut au nombre des otages donnés par Richard au duc d'Autriche et fut renvoyé en Angleterre pour hâter l'exécution des conventions passées entre Richard et le duc Léopold, à un moment où ce dernier menaçait de mettre les otages à mort si ces conventions ne recevaient pas un prompt accomplissement (ibid., III, 275). [861] C'était un des chevaliers de Richard qu'il accompagna en Terre sainte (Ambroise, Est. de la guerre sainte, vv. 6979, 11429). Il est témoin à divers actes, par exemple en 1199, à deux actes de la reine Aliénor (Teulel, layettes du Trésor, n° 489 et 508). Le roi Jean, en septembre 1099« lui confirme divers biens à Verneuil (Eure) et à Hortain (Stapleton, Rot. Scacc., II, ccxlviij). C'est probablement le même qui, en 1200, fut au nombre des ambassadeurs envoyés par le roi Jean au roi de Portugal pour lui demander sa fille en mariage (Raoul de Dicet, II, 170). [862] Nous avons laissé en dernier lieu le roi Richard à Huntingdon (v. 10081), qui est beaucoup plus près de Nottingham où il se rendait que Marlborough. Il est possible cependant que le roi soit d'abord allé à cette dernière ville, qui, assiégée par l'archevêque de Cantorbéry, s'était rendue en février 1194, mais cela n'est dit ni dans notre poème ni ailleurs. La leçon _Merleberge_ est d'ailleurs incertaine ; p. -ê. faudrait-il substituer Hontendone (Huntingdon). [863] Cf. Guill. Le Breton, Philippide, IV, 428-9. [864] Le traité d'alliance entre Jean et Philippe-Auguste est de janvier 1194 (Delisle, _Catal. des actes de Ph.-Aug_., n° 411 ; cf. Rigord, § 94). Jean s'empressa de faire répandre en Angleterre le bruit de son alliance avec le roi de France (Rog. de Howden, III, 236) ; toutefois, peu après, il fit massacrer en trahison la garnison d'Évreux (Guill. Le Breton, Chron., I 72 ; PhM., IV, 449 et suiv.). Il se rendit ensuite en Angleterre (_Phil_., IV, 471). [865] Le jeune roi ; cf. plus haut, p. 72. [866] On appelait Norrois les habitants du nord de l'Angleterre ; voy. Hist. des _ducs de Normandie et des rois d'Angleterre_, éd. Fr. Michel, p. 145 ; cf. ci-dessus, p. 66, note 4. Mais, au temps de la guerre des barons, ce nom fut appliqué d'une façon générale aux barons révoltés ; voy. Liber de antiquis legibus (Camden Society), p. 201. Nottingham était assiégé par David, frère du roi d'Ecosse, Ranulf, comte de Chester, et Guillaume, comte de _Ferrers_(Rog. de Howden, III,237). Le roi arriva devant cette ville le 25 mars (ibid., 2 3 8). Les détails qui suivent sur la part qu'il prit à l'attaque sont nouveaux. [867] Cotte de maille légère ; le mot est dans Littré. [868] On ne voit pas pourquoi les assiégés auraient ainsi détruit leurs défenses. Selon Roger de Howden (III, 239), ce sont les assiégeants qui auraient mis le feu. [869] _Grendon_ est un nom de lieu assez fréquent (Buckingham, Northampton, Warwick, etc.). Roger de Howden dit bien que les connétables du château envoyèrent duos ex sociis ad videndum regem » (III, 240), mais il ne les nomme pas. [870] Le 27 mars. [871] Mais, d'après R. de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 63), la rançon fut chère. [872] Fils de Hugues de Lacy qui, sous Henri II, en 1170, obtint la concession de toute la terre de Meath, en Irlande, et mourut assassiné en 1 186 ; voir G. H. Orpen, _The song of Dermot_, notes sur les vers 2606 et 2728 ; _Dictionary of nat. Biography_, Lacy (Hugh de). Cet Hugues eut deux fils, l'un nommé Gautier, l'autre appelé Hugues comme son père. Gautier de Lacy figure dans les documents dès le règne de Richard Ier pour la rançon de qui il paya, en 1194, une somme de cinquante livres, dix shillings. Il mourut en 1241. Voy. Dugdale, _Baronage_ of England, I, 97, et le _Dictionary of nat. Biography_, Lacy (Walter de). [873] Voy. ci-dessus, p. 123-4. Toutefois le poème ne dit pas positivement que le Maréchal eût fait hommage à Jean pour sa terre d'Irlande. [874] J'ignore le sens exact de cette expression. Voy. au vocab. _vigne_. [875] Ce second couronnement (pour le premier, voy. p. 123, n. 2) eut lieu le 17 avril (Rog. de Howden, III, 247). En se faisant ainsi couronner une seconde fois, Richard faisait revivre un ancien usage formellement abandonné depuis 1158. Sur les motifs qui ont pu le déterminer à faire procéder à cette solennité, on peut voir Stubbs, note au passage cité de Roger de Howden, et Miss Norgate, II, 330-1. [876] Il y était le 24 avril, date d'une charte où le Maréchal figure comme témoin, qui est publiée dans Round, Ancient charters, n° 62 (Pipe Roll Soc., t. X). [877] Verneuil-sur-Avre, ch. -l. de cant. tout au sud du dép. de l'Eure. [878] D'après Roger de Howden (III, 251), Richard s'embarqua à Portsmouth le 12 mai et se hâta d'aller à Verneuil, que le roi de France quitta, le 28 mai, à la nouvelle de l'approche du roi d'Angleterre. [879] Jean d'Alençon était archidiacre de Lisieux depuis 1185. Il exerça, pendant une partie de l'année 1190, la fonction de vice-chancelier. Il paraît avec ce titre en plusieurs chartes de Richard données en Normandie de janvier à juillet de cette année. Rocher Malchael (ci-dessus, p. 113, n. 3) paraît l'avoir remplacé dans cet office. Voy. Stapleton, Magni rot. _Scacc. Norm_., I, clvij, clxix, clxx ; Edw. Foss, The Judges of England, I, 337-8 ; Beau temps-Beaupré, _Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine_, 2e partie, I, 227. [880] Selon R. de Dicet (II, 114), la rencontre de Richard avec son frère eut lieu « apud _Bruis_ » (Brix, Manche). Chez Rog. de Howden (III, 252), la réconciliation de Jean avec Richard prend place après la levée du siège de Verneuil par Philippe-Auguste, mais les circonstances de cette réconciliation ne sont pas indiquées, l'historien se bornant à dire qu'elle eut lieu par l'entremise de la reine Alienor. Le séjour de Richard à Lisieux n'est pas mentionné ailleurs que dans le poème. [881] Maintenant (depuis 1742) Broglie, ch. -l. de cant. de l'arr. de Bernai. [882] Orne, arr. de Mortagne, à une vingtaine de kilomètres au sud de Chambrais. [883] Canton de Laigle, sur la route qui mène à Verneuil. — Ces mouvements de Richard ne sont point mentionnés ailleurs. [884] Verneuil-sur-Avre, arr. d'Évreux. [885] Mortemer, Seine-Inférieure, arr. et cant. de Neufchâtel. Guillaume de Mortemer était gardien (custos) du château de Verneuil (Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., II, lj). En 1202, il était bailli de la Londe (cant. d'Elbeuf) et de Caux et de plus l'un des connétables du château d'Arques (ibid., cclx ; Rot. _litt. pat_., I, 22). On verra plus loin (v. 12052) qu'il défendit Arques contre Philippe-Auguste. Il figure en un grand nombre d'actes au temps de Richard et de son successeur (ibid., xxxv, xxxvij, lv, etc.). En 1204, il devint homme du roi de France et figure en cette qualité dans un acte de 1205 (Delisle, _Catal. des actes de Ph.-Aug_., n° 961 ; Teulet, _Layettes du Trésor_, n° 785). Son sceau, appendu à cet acte, est décrit dans l'Inventaire des sceaux de Douët d'Arcq sous le n° 2987. En 1214, il combattit à Bouvines aux côtés de Philippe-Auguste (Guill. Le Breton, Chron., § 184 ; éd. de la Soc de l'hist. de France, p. 272). L'année suivante il obtint du roi Jean un saufconduit pour aller en pèlerinage en Angleterre à Saint-Edmond et au tombeau de saint Thomas de Cantorbéry. [886] D'après les historiens, soit français soit anglais, c'est à la nouvelle de l'occupation d'Évreux par le comte Jean (voy. la note 2 de la p. suivante) que le roi de France aurait levé le siège de Verneuil le 28 mai (Rog. de Howden, III, 252 ; Raoul de Dicet, II, 115). [887] Cant. d'Elbeuf, à quelques kilomètres en aval de cette ville, sur la rive gauche de la Seine. [888] Guill. Le Breton rapporte que le comte Jean aurait pris la ville en trahison et fait massacrer ses défenseurs (Chron., § 72 ; _Phil_., IV, 460 et suiv.). Rigord (§ 96) parle de la prise d'Évreux par les Normands et du massacre d'une partie de ses défenseurs, mais ne fait aucune mention de la trahison reprochée au comte Jean par Guill. Le Breton. [889] « Interea Ricardus… Bellum Montem, castrum videlicet munitissimum super (luvium Ridulam situm, recuperavit et quasdam alius munitiones » (Guill. Le Breton, Chron., § 74 ; cf. _Phil_., IV, 526). La prise de Beaumont-le-Roger par Richard eut lieu en juin 1194. [890] Eure, arr. de Bernai. [891] Localité formant actuellement deux paroisses et deux communes : Notre-Dame-du-Vaudreuil et Saint-Cyr-du-Vaudreuil, sur la rive gauche de l'Eure, dans le canton de Pont-de-l'Arche. [892] Cf. Rog. de Howden, III, 301 : « Quadam die unte subversionem castelli de Valle Rodoli, prasdicli reges venerunt ad colloquium prope caslellum illud, et dum colloquerentur cecidit magna pars murorum castelli per suffossores regis Franciae. Quod rex Angliae videns, relicto colloquio, impetum fecit in exercitum regis Franci », et rex F ranci » cum suis versus est in fugam… » Les historiens français placent cette destruction après l'expiration de la trêve qui avait été conclue pour un an le 23 juillet 1194, ce qui enlève à l'affaire le caractère qui tui est ici assigné. Ce qui paraît certain c'est que le démantèlement de Vaudreuil par Philippe-Auguste eut lieu en juillet 1195 (Rigord, § 102). Un an avant le roi de France avait fait lever le siège mis devant Vaudreuil par le comte Jean et le comte d'Arundel (Rigord, § 100). Le poème aura confondu les deux affaires. [893] Cant. de Pont-de-l'Arche, rive gauche de la Seine. [894] Selon les historiens français (Guill. Le Breton, Chron., j 111 ; Phil., V, 70 et suiv.), c'est en temps de trêve et en violant les conventions de cette trêve que Richard aurait établi sur la Seine, non pas un seul pont, mais plusieurs pour passer de la rive gauche aux Iles et de là sur la rive droite et fortifier l'île d'Andeli. Il y a dans les _Magni rot. Scacc. Norm_., II, 310, des comptes relatifs à ces ponts. Voy. les notes de M. Delaborde sur Guill. Le Breton, I, 208, note 4. Quant à la construction d'un fort dans l'île d'Andeli, elle eut lieu en 1196 (Delaborde, ibid., note 2 ; cf. Rog. de Howden, IV, 14). [895] La chronologie de notre auteur laisse à désirer. L'affaire dont il va parler est celle de Freteval (arr. de Vendôme, cant. de Morée) où Philippe-Auguste fut battu et perdit son trésor et ses archives ; voy. pour plus de détails Rog. de Howden, III, 255-6. Elle eut lieu au commencement de juillet 1194, probablement le 3 (Delaborde, note sur le j* 100 de Rigord), bien avant la fortification de l'île d'Andeli. [896] L'auteur définit mal la mission du Maréchal qui consistait, comme on va le voir, à commander un corps de soutien destiné à servir de réserve pour le cas où les Français auraient fait un retour offensif contre les Anglais qui les poursuivaient. [897] Les Français. [898] Cherchant à faire des prisonniers ou du butin. On voit que le Maréchal était à la tête d'une troupe de soutien. [899] Ch.-l. de cant., arr. de Bourges. Cet événement eut lieu vers la fin de juin 1196 ; voy. Rigord, § 113 ; G. Le Breton, _Phil_., V, 83. — Il est à remarquer que l'auteur ne dit à peu près rien de ce que fit le Maréchal en 1195 et en 1196. Nous savons qu'il était en Angleterre au printemps de 1196, car il assista, le 6 avril de cette année, à un accord conclu devant la cour du roi siégeant à Westminster (Pedes finium, dans Pipe Roll Soc., t. XVII, n° 124). [900] Cette mission n'est point mentionnée ailleurs. [901] Cf. Rigord, § 115, et Rog. de Howden, IV, 19, 20. Ce dernier dit que par ses libéralités le roi Richard avait attiré à lui les plus puissants seigneurs de France, ce dont nous avons la preuve par Renaut de Boulogne, qui reçut en effet, en 1197, des dons importants du roi d'Angleterre (Stapleton, _Magni rot. Scacc_. Norm., II, xv, cxxxni). Le traité d'alliance entre Richard et le comte de Flandres est de juillet 1197 ; il est imprimé dans Rymer, _Fœdera_, I, 67-8 (éd. Holmes, I, 30). Le comte de Flandres était venu en Normandie à cette occasion ; voy. Stapleton, _Magni rot. Scacc_., II, Ixxiij. [902] Non sans raison, car l'année précédente, en juin 1196, le comte de Flandre et le comte de Boulogne s'étaient engagés à aider Philippe-Auguste envers et contre tous (Delisle, _Catal. des actes de Ph.-Aug_., n° 497 et 499). [903] Boutavant est un fort que Richard avait élevé dans l'Île-aux-Bœufs, entre les Andelis et Vernon, selon Le Prevost, Dict, des anc. noms de _lieux du dép. de l'Eure_, p. 67, dont l'opinion a été adoptée par le marquis de Blosseville dans son Dict. topogr. de l'Eure. Mais, d'après Stapleton, _Magni rot. Scacc. Norm_., 1, xliij, ccxxiij, ce château aurait été construit sur le territoire de Portmort (cant. des Andelis), par conséquent sur la rive droite de la Seine et à peu de distance de l'Île-aux-Bœufs. Il fut détruit en 1202 par Philippe-Auguste (Rigord, § 138). [904] Cf., sur le sens de ce mot, ci-dessus, p. 113, note 3. [905] Il est assez difficile de savoir si l'entrevue des deux rois eut lieu dans les circonstances ici indiquées. Ni Rigord ni G. Le Breton n'en parlent. Quant à Rog. de Howden, il la conte tout autrement. Selon cet historien, le comte de Flandres avait mis le siège devant Arras. Philippe-Auguste étant venu au secours de cette ville à la tête d'une armée, le comte s'était retiré. Le roi lui avait alors demandé de quitter le parti de Richard, ce à quoi le comte s'était refusé. A cette occasion aurait eu lieu l'entrevue des deux rois, qui est ainsi rapportée : « Et quia comes Flandrias contra pactum quod cum rege Anglias fecerat venire noluil, cepit colloquium inter regem Franciae et regem Angliae, feria quarla post festum Exaltationis Sanctae Crucis (17 septembre), inter Gwaillun (Gaillon) et Andeli » (IV, 21). Rien sur l'entrevue même. [906] Il n'est pas nécessaire de supposer une lacune entre cet alinéa et le précédent (voir t. I, note du v. 10744) : Richard envoie aux comtes de Flandre et de Boulogne quelques-uns de ses hommes les plus sûrs pour les aider à résister au roi de France. [907] Voy. ci-dessus, p. 59, note 1. [908] Alain Basset fut un des fidèles du roi Jean. Il figure comme témoin dans plusieurs actes importants, notamment dans le traité avec le comte de Flandre, ci-dessus mentionné, p. 141, note 5 (voy. Stapleton, Magni roi. Scacc., II, lxxiv, note) et parmi les témoins de la réédition de la Grande Charte, en 1216 (Stubbs, _Select charters_, 4e éd., p. 340 ; Teulet, _Layettes du Trésor_ des chartes, n° 1194). Il se distingua à la bataille de Lincoln (ci-après, v. 16821). Il fut un de ceux qui, en 1220, furent envoyés au roi de France pour obtenir une prolongation de trêve (Hist. des ducs _de Normandie et des rois d'Angleterre_, p. 207). De 1217 à 1229, il remplit les fonctions de sheriff du comté de Rutland. Il mourut vers le mois d'octobre 1232. Voy. Edw. Foss, _The Judges of England_, II, 218-8, et le Dictionary ofnat. Biography. Il avait deux frères, Gilbert et Thomas, dont le second est nommé plus loin dans le poème. [909] Le fils aîné de Jean le Maréchal, dont la mort a été contée plus haut (p. 132), par conséquent le neveu du héros du poème. Il fut créé Maréchal d'Irlande en 1207 (Sweetman, Calendar of doc. rel. to Ireland, d* 353). Il mourut en 1234. [910] Ce château n'étant pas désigné par son nom, et les circonstances qui suivent ne nous étant pas connues d'ailleurs, nous ne pouvons savoir s'ils'agit d'Arras ou de quelque autre ville fortifiée. [911] L'auteur veut peut-être dire par là que Philippe-Auguste avait coutume d'acheter ceux à qui la garde des châteaux était confiée. [912] Du camp retranché, selon toute vraisemblance. [913] Il n'est plus question de Guillaume le Maréchal depuis le conseil de guerre conté plus haut jusqu'à la prise de Milli (v. 1 1123 et suiv.). Cependant il était revenu auprès du roi dès le 15 juin au moins, car il est à cette date témoin d'une charte de Richard donnée au château de la Rocbe-d'Andeli (Round, Ancient charters, n° 66, Pipe roll Soc., t. X). — Le 22 août, il est témoin d'une autre charte royale donnée à la Roched'Orival _(ibid_., n° 68). [914] Courcelles-lez-Gisors, Oise, cant. de Chaumont. [915] Cette date (1" août) ne paraît pas exacte ; Rigord (| 122) fixe la prise de Courcelles à la veille de la Saint-Michel, c'est-à-dire au 28 septembre, et Rog. de Howden (IV, 55) au dimanche 27 septembre. [916] Le combat de Gisors que le poète va conter eut lieu en effet le lendemain de la prise de Courcelles, mais, par conséquent (voir la note précédente), à la fin de septembre : le 28, selon Rog. de Howden. [917] L'Epte. [918] C'est la forme adoptée par le poète ; _Marcadé rime_ avec Dé (v. 11265). La vraie forme est _Mercadier_, en latin _Mercaderius_. C'était un routier célèbre qui fut longtemps au service de Richard et le suivit de près dans la tombe. Voy. le mémoire que Géraud lui a consacré, Bibl. de l'Éc. des ch., 1" série, III, 417 et suiv. [919] Arr. des Andelis, cant. de Gisors. [920] Corni est une petite commune du canton des Andelis. [921] L'idée païenne que nul ne peut échapper à sa destinée est courante an moyen âge : Mas so qu'es a venir no pot om pas muder (Chanson de la crois, albig., v. 2481), et dans le roman de Jaufré (v. 6761) : Qui pots'aventura fugir ? De même dans Ciperis de Vignevaux, cité par Le Roux de Lincy, Livre des prov., II, 259 : Ce qui doit advenir, on ne puet nullement Destourner qu'il n'advienne, ce dit on bien souvent. [922] Guillaume de Mello était frère de Dreu de Mello, sur lequel voy. plus haut, p. 88, note 1. Il est ainsi qualifié dans un acte de 1216 (Delisle, _Catal_. des actes _de Ph.-Aug_., n° 1641). Il avait pris part à la croisade de 1190 (Rigord, H 56, 72 ; Ambroise, Estoire de la guerre sainte, vv. 4541, 6185 ; Rog. de Howden, III, 123). Nous le retrouverons mentionné plus loin (v. 11269). Nous n'avons pas d'informations sur le clerc, fils de Guillaume de Mello, qui repécha le roi Philippe, mais un Guillelmus de Merloto _juvenis_, probablement son frère, fut fait prisonnier dans ce combat (Rigord, § 122). [923] Nous avons sur le combat de Gisors des renseignements de sources diverses qui se contredisent sur des points importants. Selon les historiens français, Philippe-Auguste se serait trouvé, à l'improviste, en face d'une armée anglaise très supérieure en nombre et aurait dû se frayer, les armes à la main, un passage jusqu'à Gisors, en laissant toutefois un grand nombre des siens aux mains de l'ennemi (Rigord, § 122 ; Guill. Le Breton, Chron., § 93). Dans la Philippide, (V, 365), Guill. Le Breton affirme que le roi de France venait de licencier une partie de son armée. Ces historiens ne sont du reste pas d'accord entre eux sur l'évaluation des forces dont Philippe-Auguste disposait. Le récit du Ménestrel de Reims (éd. de Wailly, §§ 109-114) est à peine historique, cependant il confirme, ce que l'on sait d'ailleurs, que les Français furent surpris dans leur marche et eurent à peine le temps de se mettre en défense. L'assertion du Ménestrel, que le roi de France se serait enfui vers Gisors, faisant revêtir ses armes à Alain de Rouci, qui fut fait prisonnier, n'est pas non plus dénuée de vraisemblance, d'autant plus qu'Alain de Rouci fut en effet pris par les Anglais (Rigord, § 122). Les historiens anglais (Rog. de Howden, Raoul de Coggeshall) sont plus précis. Ils ont fait usage d'une lettre circulaire, adressée par Richard en Angleterre, qui donnait des détails exacts et notamment la liste des prisonniers ; voy. la note suivante. Rog. de Howden conte, de même que le poème, mais en précisant le lieu, que Philippe faillit se noyer dans l'Epie (IV, 56) : « Cum ascendisset pontem villae de Gysorz, fractus est pons pro multitudine intrantium, et ipse rex Francie cecidit in rivera de Ethe, et 1 bibit ex ea, et, nisi celerius extraheretur, submersus in ea fuisset. » Quant à la date, on a vu que le poète plaçait le combat de Gisors au 2 août, mais il est difficile de savoir si, dans sa pensée, ce jour appartient à l'année 1197 ou à l'année 1198. Rigord et Rog. de Howden sont d'accord pour fixer cet événement à la fin de septembre 1198 (ci-dessus, p. 144, notes 4 et 5), et il est difficile de révoquer en doute leur témoignage ; cependant on verra plus loin (p. 148, note) que cette date sou lève quelques difficultés. [924] Richard, écrivant de Dangu le 30 sept. (sans date d'année) à l'évêque de Durham, fixe à cent le nombre des prisonniers. Il joint à sa lettre les noms des principaux d'entre eux : « Quorum nomina majorum vobis mittimns, et aliorum vobis mittemus cum eos viderimus, quia Marchadeus habuit usque ad. xxx. quos non vidimus. » C'est cette première liste, peut-être la seule qui ait êlé dressée, que Rog. de Howden a introduite dans son récit (IV, 56). Elle contient quarante-trois noms, entre lesquels figurent quelques-uns des chevaliers mentionnés en d'autres occasions par notre poème, à savoir : Petrus, Lieschans (le Pierre de Leschans sur lequel voy. ci-dessus, p. 47, note)1 Theobaldus de Walangugardun (ci-dessus, p. 53, note 4), Wïllelmus de Merlou (voyez la note précédente). Guill. Le Breton évalue le nombre des chevaliers faits prisonniers à 90 (Chron., g 93), ou 92 (_Phil_., V, 428), l'Hist. des ducs de Normandie « e des _rois d'Angleterre_ (p. 89) à 96 ou 95 (selon les manuscrits). La concordance entre ces chiffres est remarquable. [925] En plus d'un endroit, l'auteur a constaté la supériorité qu'on reconnaissait aux Français ; voy. ci-dessus, pp. 37 et 52. [926] Henri III. L'auteur a déjà exprimé le même souhait (ci-dessus, p. 38). [927] Arr. de Beauvais, cant. de Songeons. [928] Arr. de Beauvais, cant. de Marseille-le-Petit. [929] _Semilli_ paraît être un nom corrompu (car il ne peut s'agir de Saint Pierre de Semilli, Manche). Il ne manque pas, dans cette région, de noms en i qui pourraient prendre place ici (par exemple Savigni, Savignies, cant. de Beauvais). Mais ce passage soulève d'autres difficultés. Ici l'auteur distingue deux expéditions ; l'une, dirigée parle roi Richard, aboutit à la prise de Milli, l'autre, conduite par le routier Marcadé, au cours de laquelle, comme on le verra plus loin (p. 150), l'évêque de Beauvais et Guill. de Mello sont faits prisonniers. Chez Rog. de Howden (IV, 16), ces deux expéditions sont conduites par le comte Jean et par Marcadé (le roi Richard n'y figure pas), et elles sont placées à l'année 1196, au 14 des calendes de juin, _feria secunda_. Mais, comme on l'a déjà remarqué (Brial, _Histor. de France_, XVII, 579 ; Géraud, Bibl. de l École des Charles, III, 428, n. 3), c'est en 1 197 que le 14 des calendes de juin (19 mai) tomba un lundi ; en 1196, c'était un dimanche. Il est donc certain que Rog. de Howden a mal placé le paragraphe relatif à cette affaire. D'ailleurs, la prise de l'évêque de Beauvais et de G. de Mello esl correctement placée au 14 des calendes de juin 1197 par R. de Dicet (II, 152). Rigord (8 123), sans donner de date précise, place cet événement en 1198, erreur relevée par M. Delaborde, p. 143. Le même historien, dans son récit qui est très sommaire, s'écarte à la fois de Rog. de Howden et de notre poème, mais plus du premier que du second. Selon lui, il n'y aurait eu qu'une seule expédition, conduite par Richard accompagné de Marcadé et de ses routiers ; il ne fait point mention du comte Jean. Une dernière question que soulève ce passage est de savoir si l'expédition, unique ou double, qui aboutit à la prise de Milli et à la capture de l'évêque de Beauvais, eut lieu avant ou après l'affaire de Courcelles et de Gisors. Selon notre poème, d'accord sur ce point avec Rigord, elle est postérieure ; selon Rog. de Howden et R. de Dicet, elle est antérieure. Si l'on admet la première hypothèse et si l'on tient pour assuré que l'évêque de Beauvais fut fait prisonnier le 19 mai 1197, il faut de toute nécessité reporter à une date antérieure la prise de Courcelles et le combat de Gisors que Rigord et Rog. de Howden placent à la fin de septembre 1198. De plus, quel que soit l'ordre dans lequel se sont produits ces deux faits de guerre, il semble difficile de placer à la fin de septembre 1198 l'affaire de Courcelles et de Gisors, s'il est vrai, comme l'assure le poète d'accord avec Roger de Wendover (voir plus loin, p. 152, note), que, dès le mois d'août de la même année, le roi de France négociait afin d'obtenir une trêve par l'entremise de la cour de Rome. [930] Probablement le même qu'un chevalier gallois appelé Gautier S Es _cudemore_, dont le passage par Barlleur est signalé en 1180 (Slaplelon, _Magni rot. Scacc. Norm_., I, clxxv). [931] On a ru plus haut (p. 107) le Maréchal présenter de même à Henri II un prisonnier qu'il venait de faire. [932] Tous ces détails sur la prise de Milli sont nouveaux. [933] Le père ou le fils ? L'un et l'autre, selon Rog. de Howden (IV, 16) : Willelmus de Merlou et filius ejus. » On a vu plus haut (p. 146, n. 1) que, selou Rigord (§ 122), le fils, « Guillelmus de Merloto juvenis, » aurait été pris antérieurement à Courcelles. Mais la question est précisément de savoir si l'affaire de Courcelles est antérieure ou postérieure à la capture de l'évêque de Beauvais et de Guillaume de Mello ; voy. ci-dessus, p. 148, note. [934] Il paraît en effet que Richard traita l'évêque avec beaucoup de dureté. Des réclamations furent adressées par de hauts dignitaires ecclésiastiques (voy. les lettres publiées par M. Waltenbach, _Neues Archiv_, VI, 173 et suiv.), et la cour de Rome intervint sans succès. On trouvera plus loin (p. 154) un dernier écho de ces réclamations dans la tentative faite en faveur de l'évêque par le cardinal Pierre de Capoue lors de son entrevue avec Richard. [935] Parce que l'évêque était prisonnier de Richard. [936] Les vers 11311-11726 ont été publiés par avance dans le Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1882, p. 252 et suiv. A cette occasion, j'ai fait ressortir l'importance de ce morceau qui, sans parler de son mérite littéraire, révèle plusieurs faits inconnus d'ailleurs. [937] Richard avait acheté le concours de plusieurs des principaux vassaux de Philippe-Auguste, notamment du comte de Flandre (R. de Dicet, IV, 152, 153, 158 ; cf. Rymer, I, 67-8). [938] Ilyaiciunjeude motsqui aeuleplusgrandsuccès aumoyen âge. Saint Rufin et saint Albin personnifient l'or rouge et l'argent blanc. On disait plaisamment dès le xiie siècle : Presulis Albini seu martyris ossa _Rufini_ Rome quisquis habet vertere cuncta valet. Ce distique est cité au commencement du xiiie siècle dans les sermons sur les épitres du dimanche de l'Anglais Eude de Cheriton (ms. de Tou louse, n° 252, fol. 169 b), où le copiste a eu soin d'ajouter, à côté à' Al _bini, €_ scil. sterlingi », et à côté de Rufini, « scil. aurei ». On le trouve encore dans la chronique du frère Mineur italien Salimbene (Giornale storico delia letteratura ilaliana, I, 416) ; chez Albert de Beham, archidiacre de Passau (éd Hœller, p. 72) ; dans un manuscrit du xiie siècle conservé à Munich (Anzeiger f. Kunde d. deuttehen Vorzeit, année 1873, col. 101) ; dans un manuscrit du xiiie siècle conservé à Saint-Omer (Notices et extraits des nus., X X XI, 1 TM partie, 122). G. Bucheler lesa recueillis dans sa rvw|io). oYÎa (Coloniae, 1639, p. 216). La même facétie a été au moyen âge l'objet d'allusions sans nombre. Ainsi dans les _Carmina burana_ (p. 15) : Doctores apostolici Et judices catholici Quidam colunt Albinum Et diligunt Rufinum. » Garnier de Pont-Sainte-Maxence, dans sa vie de Thomas de Cantorbéry (éd. Hippeau, p. 81), emploie dans le même sens les noms de _Sorel_ et de _Blanchart_ : Li reis (Henri II) ert riches hoem, sages e de grant art, Sout bien que cardonal sunt pernant e Lumbart, Coveitus sunt d'aveir plus que vilein d'essart. Li reis ad dons privez, Sorel e dant _Blanchart_ : Tost funt del boen malveis e del hardi cuart. On faisait des plaisanteries du même genre sur saint Marc. [939] Les cardinaux présidés par le pape. [940] Pierre de Capoue. — Rigord (§ 125) et Guillaume Le Breton (Chron., § 95) sont complètement muets sur les démarches faites par le roi Philippe-Auguste auprès de la cour de Rome et laissent croire que l'intervention du pape aurait été spontanée. Roger de Wendover, au contraire, nous dit, comme le poète, que Philippe envoya secrètement des messagers au pape pour lui demander son intercession, afin de pouvoir, une fois libre du côté de Richard, aller délivrer la terre sainte. Il fait aussi allusion aux présents du roi, lorsqu'il dit : « Innocentius… plus pretio _quam precibus inductus_, misit Petrum de Capua cardinalem ut pacem inter reges memoratos reformaret. » J'ai rapporté en entier, dans le Bull, de la Soc. de l'hist. de France (1882, pp. 247-8), le récit détaillé de Roger de Wendover concernant ces négociations. — La bulle qui annonce l'arrivée du cardinal est imprimée parmi les lettres d'Innocent III, éd. Migne, I, 310, lib. I, epist. 33G (Potthast, Regesla, n° 347), et dans Rog. de Howden, IV, 73). Elle est du 15 août 1198. Cf. les lettres 345 et 351 du même livre d'Innocent III (n° 348 et 351 de Potthast). D'après Rigord (§ 125), Pierre de Capoue serait arrivé en France aux environs de Noël 1198. [941] Le Goulet, comm. de Saint-Pierre d'Autils, cant. de Vernon. Selon Rog. de Howden (IV, 79-80), il y aurait eu, le jour de la Saint-Hilaire (13 janvier 1199), entre Andeli et Vernon, une entrevue des deux rois, Philippe sur la rive, à cheval, et Richard parlant du bateau sur lequel il était venu. Dans cette entrevue, les deux rois auraient simplement pris jour pour l'entretien dans lequel la trêve fut prise par l'entremise du légat. Mais on va voir que, d'après le poète, le légat ne réussit point à lui tout seul à obtenir cette trêve. [942] Après la croisade. [943] C'est ce que le poète a déjà dit plus haut, vv. 9803 et suiv. [944] Cette accusation repose sur des conjectures assez probables, mais non sur des faits avérés. [945] « Vendre la _briche_ ; » expression empruntée à un jeu qui n'existe plus et par conséquent intraduisible. Voy. briche au vocabulaire. [946] Voy. le vocabulaire au mot _coillard_. [947] il faut pourtant remarquer qu'à l'époque où Richard était prisonnier, Innocent III n'était pas encore pape. [948] La castration était une peine qu'au moyen âge on appliquait fréquemment aux membres du clergé ; voy. ma traduction de _Girart de Roussillon_, § 462 et la note, Jordan Fantôme, éd. Fr. Michel, v. 1702, etc. [949] Passage outre-mer, croisade. [950] Guillaume aux blanches mains ; cf. ci-dessus, p. 78, n. 5. — L'échec du cardinal P. de Capoue et l'intervention de l'archevêque de Reims ne sont mentionnés par aucun autre historien. [951] Nous ne possédons pas l'acte de cette trêve. Tout ce que nous en savions jusqu'ici, c'est qu'elle devait durer cinq ans à partir de la Saint-Hilaire (13 janvier) 1199, « rebus et tenementis sic se habentibus ex utraque parte ut tune erat » (Rog. de Howden, IV, 80). Elle fut approuvée par le pape Innocent, qui s'efforça de la convertir en paix ; voy. ses lettres du 26 mars 1199 (Migne, I, 553 ; Polthast, n° 645), du 30 mars (Migne, I, 554 ; Potthast, n° 651) et du 1" avril (Migne, I, 552 ; Pottbast, a- 653). [952] Guillaume le Queu était depuis longtemps au service du roi Richard. Celui-ci, par acte passé à Tours le 27 juin 1 190, lui avait concédé certains revenus à Niort (Teulet, _Layettes du Trésor, n*_ 369). Parmi les témoins de cet acte figure Guillaume le Maréchal. C'est lui encore que Rog. de Howden (IV, 78) mentionne à l'année 1198, le qualifiant de « serviens Ricardi regis in custodiendo castellum de Leuns », et qui avait fait prisonniers quatre-vingts sergents à cheval et quarante sergents à pied du roi de France. Ce « castellum de Leuns » est Lyons-la-Forêt, arr. des Andelis. Nous savons d'ailleurs que Guillaume le Queu en était châtelain à cette époque (Stapleton, _Magni rot- Scacc. Norm_., II, ccxij, ccxiij). — Peu de temps après les événements ici rapportés, le roi Jean faisait à Guillaume le Queu concession en fief de ses revenus de Niort (_Layettes du_ Trésor, n° 597 ; acte du 1" septembre 1200, où G. le Maréchal figure encore comme témoin). [953] Beaudemont, dans le Dictionnaire des postes, cant. d'Ecos, arr. des Andelis. [954] Il y a dans le texte _chasteals_, que j'ai proposé dubitativement en note de remplacer par _chatels_ (v. 11755). C'est qu'en effet le motif de l'expédition où Richard devait trouver la mort n'était pas que le vicomte de Limoges eût enlevé aucun château à son suzerain ; on sait qu'un trésor considérable ayant été trouvé dans la terre du vicomte, celui-ci s'était contenté d'en offrir une partie à Richard, gardant le reste pour lui, mais que le roi avait refusé, prétendant avoir le tout en sa qualité de seigneur (Rog. de Howden, IV, 82). Mais chaMs ne s'appliquerait pas très bien à un trésor, et le verbe _desforcer_ qui précède appelle plutôt chastels que chatels. Il est vraisemblable que le poète ignorait le motif de l'expédition du roi. [955] Nontron (Dordogne) ; le ms. porte _Lautron_ ou Lautren, l'identification est douteuse, Nontron était en latin _Nantronum_. Peut-être faudrait-il corriger la leçon du ms. en _Lantron_. Mais ce qui augmente la difficulté c'est que tous les historiens s'accordent à dire que Richard fut blessé mortellement devant Cbâlus (Castrvm l. ucii, Rigord, § 126 ; _Calax_, Guill. Le Breton, § 98 ; Philippide, V, 495 ; Chaiuz, Rog. de Howden, IV, 82 ; R. de Dicet, II, 166). [956] Bertran do Gourdon selon Rog. de Howden (IV, 82), « Pelrus Basilius » selon R. de Dicet (II, 166). [957] Richard reçut le coup dont il devait mourir le 26 mars ; voy. les textes cités par Miss Norgate, Angevin Kings, II, 382, n. 4. [958] Ce nom a été conservé par une paroisse qui appartenait à la famille de Bohon, La Chapelle-Enjuger (Manche, arr. de Saint-LÔ, cant. de Marigni), _en-Juger_, selon l'orthographe administrative. [959] Cette circonstance, en elle-même dénuée d'intérêt, nous permet de constater avec quelle exactitude le poète était renseigné. Nous possédons en effet l'accord qui mit fin au procès ici indiqué. Il fut passé à Vaudreuil, et est exactement daté du jour où le messager envoyé par Richard a pu arriver auprès du Maréchal, c'est-à-dire du 7 avril. Richard, blessé mortellement quelques jours auparavant, mourut le 6. Il est analysé par Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., II, xxxv. Par cet acte Engeugier de Bobun, membre d'une grande famille du Cotentin (Saint-André et Saint-Georges de Bobon, cant. de Carentan), abandonne à Raoul d'Ardene certains biens sis en Angleterre. Raoul d'Ardene était bailli de Pont-Audemer (Stapleton, _loc. cit_.) et avait été juge errant en 1 189 (Edw. Foss, _Judges of England_, I, 338-40). Les témoins de cet acte sont des personnages considérables, G. Hubert, archevêque de Cantorbery, Savari, évêque de Batb, Guillaume le Maréchal, Jean et Pierre de Preaux, Guillaume de Mortemer et quelques autres. [960] Par conséquent le 10, l'acte mentionné à la note précédente étant du 7. [961] La veille du dimanche des Rameaux tombait en effet le 10 avril. [962] Le « Pré » désigne sans doute le prieuré de Notre-Dame-du-Pré, ou de Bonne-Nouvelle, situé sur la rive gauche de la Seine, dans le faubourg de Saint-Sever. Les entrailles de Henri Ier y étaient déposées. Cette mai son reçut divers bienfaits des _rois d'Angleterre_ ducs de Normandie ; voy. Du Monstier, Netutria pla, p. 611 ; Gallia christiana, XI, 239. [963] Le jeune duc de Bretagne avait été en 1196 confié à la garde du roi de France (G. Le Breton, PMI., V, 162-7). [964] C'est ainsi que j'interprète « cela de la terre » (1 1890). [965] Arthur, petit-fils de Henri II, était neveu de Richard. [966] Le poète, qui écrivait après le règne de Jean, pouvait, sans crainte d'erreur, prêter à l'archevêque des paroles prophétiques. Il est loin d'être prouvé, du reste, que le choix du successeur de Richard ait dépendu de la volonté du Maréchal et de l'archevêque de Cantorbéry, comme le suppose le poète. Il paraît même que Richard, avant de mourir, aurait désigné Jean comme son successeur et lui aurait fait d'avance prêter serment de fidélité par ceux de ses hommes qu'il avait auprès de lui (Rog. de Howden, IV, 83). [967] L'auteur continue à donner trop d'importance au rôle de son héros. Voy. la note suivante. [968] Cette assertion est contredite par Roger de Howden : « Defuncto Richardo rege Angliae, Johannes comes Moretonii, frater ejus, moram faciens in Normannia, statim misit in Angliam Hubertum Cantuariensem archiepiscopum et Willelmum Marescallum, comitem de Striguil, ad pacem Anglisa servandam, una cum Gaufrido filio Petri, justitiario Angliffi, et aliis baronibus regni » (IV, 86). [969] Duc de Normandie, à Rouen, le 25 avril 1199. [970] Les barons d'Anjou, de Maine, de Touraine, réunis à Angers le jour de Pâques 1199, avaient reconnu Arthur (Rog. de Howden, IV, 86). [971] Il débarqua à Shoreham le 25 mai (Rog. de Howden, IV, 89). [972] Le jour de l'Ascension, 27 mai ; le Maréchal assista au couronnement (Rog. de Howden, IV, 90). [973] Jean revint en Normandie vers le 20 juin (Rog. de Howden, IV, 32) ; le Maréchal l'accompagna sûrement, car il était avec lui à Shoreham, où sans doute eut lieu l'embarquement, le 20 juin (_Rot. Chart_., p. 79 b), et le 29 il était à Or i val (ibid., 51 b). [974] Mais c'est ce qu'il ne fit pas. Dès son arrivée en Normandie, Jean conclut ou prorogea une trêve avec le roi de France du 24 juin au 16 août. Du 16 au 18 juin il y eut des négociations et finalement une entrevue des deux rois, où Philippe se plaignit précisément de ce que Jean ne lui avait pas fait hommage et manifesta des exigences auxquelles Jean se refusa (Rog. de Howden, IV, 93-5). C'est seulement en mai 1200 qu'un traité fut conclu entre les deux rois (Delisle, Catal., des actes de Ph. -Aug., n° 604-13 ; Duffus Hardy, _Rot. litt. pat_., p. xlv). [975] Le poète ne dit pas que le divorce fut prononcé par l'archevêque de Bordeaux, mais il le laisse entendre. C'est du reste ce que dit positivement Rog. de Howden (IV, 119). Voir, pour les circonstances et la date de ce divorce, qui sont indiquées diversement par les historiens, Miss K. Norgate, Angevin Kings, II, 398. [976] Nous sommes très peu renseignés sur cette expédition à laquelle Rog. de Howden consacre deux lignes : c… profectus est in Aquitaniam cum exercitu magno, sed non est inventus qui ei resisteret » (IV, 119). Il y a aussi une brève mention à ce sujet dans les _Annales S. Edmundi_ III H (Memorials of St Edmund's Abbey, II, 8, Collection du Maitre des rôles). On voit, dans l'itinéraire dressé par Th. D. Hardy, que Jean voyagea en Poitou et en Aquitaine pendant les mois de juillet et d'août 1200. Le Maréchal l'accompagna, car il fut témoin à plusieurs des actes royaux passés pendant ces deux mois (_Rot. chart_., pp. 72-75). Le 3 septembre il était avec le roi à La Suze, près du Mans (Rot. _chart_., p. 75). Ensuite il se rendit probablement dans quelqu'une de ses terres, car il ne paraît plus dans les actes jusqu'en mars 1201, époque où il était en Angleterre (Rot. chart., p. 91 b, 92, etc.). [977] La scène qui suit est assez mal amenée. C'est ce qui m'a conduit à supposer ici (v. 11968) une lacune. [978] C'est cependant à cette époque que le roi donna au Maréchal la collation à l'abbaye de Netley par acte daté de la Réole, 16 août 1200 (Rot. chart., I, 74 b ; cf. D. Hardy, Syllabus of Rymer's Fcedera, 3 août 1200). [979] Le comte d'Angoulême Adémar avait donné sa fille Isabelle à Hugues le Brun, comte de la Marche. Les deux futurs époux s'étaient acceptés, _per verba de presenti_, et Hugues attendait seulement pour faire célébrer son mariage que la jeune fille fût nubile, lorsqu'Adémar, à l'instigation du roi de France, selon les historiens anglais (Rog. de Howden, IV, 119), et au mépris de ses engagements, enleva par ruse sa fille à Hugues pour la donner à Jean. Cet acte de mauvaise foi irrita contre Jean plusieurs des seigneurs du pays qui passèrent au roi de France (Rigord, § 138). C'est ce à quoi fait allusion le poète un peu plus loin. Jean, cependant, avait envoyé une ambassade à Lisbonne pour demander la fille du roi de Portugal. Sans se préoccuper de l'embarras dans lequel allaient se trouver ses messagers et avant leur retour, il épousa la fille du comte d'Angoulême. Ce mariage eut lieu le 24 août 1200 (Ann. S. Edmundi, dans les _Memorials of St Edmund's Abbey_, II, 8). L'acte par lequel le roi Jean constitue un douaire à sa nouvelle épouse est du 30 août (Roi. chart., I, 74). t. Le 8 octobre 1200 (Rog. de Howden, IV, 139). [980] A la fin de mai 1201 (Rog. de Howden, IV, 164). Quelques jours auparavant il avait envoyé Guillaume le Maréchal et Roger de Laci en Normandie avec des soudoyers (ibid., IV, 163). Le 9 juin 1201, le Maréchal se trouvait à l'île d'Andeli avec le roi Jean _(Rot_. de liberate, p. 15). [981] Les faits ne sont pas présentés d'une façon bien exacte. Aussitôt arrivé en Normandie, Jean eut une entrevue, à Andeli, avec le roi de France, à qui, peu de jours après, il rendit visite à Paris. Cette visite aurait eu lieu le 31 mai 1201, selon Rigord (§ 135). Mais cette date doit être inexacte, car d'après l'itinéraire dressé par Th. D. Hardy, Jean passa en Normandie tout le mois de juin et n'aurait été à Paris que le 1" juillet et les jours suivants (le 19 il est à Alençon). Le Maréchal était avec lui à Paris le 1" juillet _(Rot_. de liberate, p. 18). Mais la paix dont il est ici question ne peut être que celle de mai 1200, mentionnée plus haut, p. 161, note 5, où en effet est stipulé le mariage de Blanche de Castille, nièce de Jean, avec Louis, fils aîné de Philippe-Auguste. Il est singulier que, chez Rog. de Howden, ce traité de paix, bien que daté fort exactement de mai 1200, soit inséré à l'année 1201 (IV, 148), ce qui est précisément l'erreur que commet ici le poète. Le mariage de Blanche de Castille avec Louis, fils du roi de France, avait déjà été projeté du vivant de Richard ; voy. Rog. de Howden, IV, 81. [982] Rigord, | 138. Arques doit avoir été assiégé en juillet 1202, puisque le siège fut levé à la nouvelle de la prise d'Arthur à Mirebeau, qui eut lieu le 1" août de cette année. [983] Voy. plus haut, p. 138, note 4. [984] Ch.-l. de cant. de l'arr. de Poitiers. [985] Les Poitevins se laissèrent surprendre ; voy. le récit de _l'Hist. des_ ducs de Normandie _et des rois d'Angleterre_ (Société de l'Hist. de France), pp. 94-5. [986] Par le conseil de Philippe. [987] Il y a dans le Calvados et dans la Seine-Inférieure plusieurs lieux du nom d'Englesqueville ou Anglesqueville. Il s'agit probablement icid'Anglesqueville-sur-Saanes, cant. de Tôtes, qui est assez près de Longueville, où le Maréchal avait, par sa femme, d'importantes propriétés (voy. p. 120, note 4). Le Maréchal séjourna sur le continent, et presque constamment en Normandie, depuis juin 1201 jusqu'au commencement de décembre 1203. [988] Guillaume Longuespée, fils naturel de Henri II, devenu comte de Salisbury par sa femme en 1196 (Rog. de Howden, IV, 13). Il mourut en 1226. Voir l'article qui lui est consacré dans le Dict. of nat. Biography, sous Longbspbb. [989] Peut-être Hamelin Plantegenet, fils naturel de Geoffroi V, comte d'Anjou, devenu comte de Varenne et de Surrey par son mariage avec Isabelle de Varenne, fille de Guillaume, comte de Varenne et de Surrey, et veuve de Guillaume de Blois (fils du roi Étienne de Blois), comte de Mortain et de Boulogne. Ce Hamelin Plantegenet mourut en 1202, précisément dans l'année à laquelle se rapportent les événements ici racontés (Dugdale, _Baronage of England_, I, 76). Ce peut être aussi son fils et successeur, Guillaume, qui figure plus loin dans le poème. Varenne était un fief dépendant de Bellencombre (arr. de Dieppe). [990] Il y a dans le tome I des Rotuli litlerarum patentium de nombreux actes, du mois d'août 1202, relatifs aux prisonniers faits par le roi Jean à Mirebeau. Th. D. Hardy en a traduit un certain nombre dans son introduction, p. x -xi. On sait par Roger de Wendover (I, 315) et par d'autres historiens que ces prisonniers furent traités avec cruauté. Plusieurs seraient morts de faim dans le château de Corfe. M. G. Dubois a groupé les renseignements qu'on possède sur ce sujet dans ses Recherches _sur Guillaume des Roches (Bibl. de l'Éc. des chartes_, XXXII, 141-5). On remarquera que le poète garde le silence sur ces circonstances comme sur le sort du jeune Arthur. [991] Raoul d'Exoudun, seigneur de Melle en Poitou, devenu comte d'Eu par son mariage avec Alice, fille de Henri, comte d'Eu. Il était frère de Hugues IX le Brun, comte de la Marche, à qui Jean avait enlevé sa fiancée. Il tirait son surnom d'Exoudun (Deux-Sèvres) et non d'Issoudun (Indre), bien qu'il soit appelé « Radulfus de Issoudun » par Rog. de Howden (IV, 161). M. Delisle (_Bibl. de l'Éc. des chartes_, 4e série, II, 517, 537) a rectifié diverses erreurs commises au sujet de ce personnage par les auteurs de l'Art de vérifier les dates. En 1201, le roi Jean, selon Rog. de Howden (IV, 161), avait essayé de le dépouiller de son château de Driencourt (Neufchâtel en Bray), ou même le lui aurait enlevé selon G. Le Breton (Phil., VI, 97-9) ; cf. Staplcton, _Magni rot. scacc. Norm_., II, ccxxij-ccxxiij. Il mourut au mois d'avril ou de mai 1219 (Delisle, _loc_. Cit., p. 516). [992] On savait par divers historiens (Roger de Wendover, Rigord, G. Le Breton, l'Hist. _des ducs de Norm_.) que le roi de France avait levé le siège d'Arques à la nouvelle de la prise de Mirebeau, mais les détails qui suivent sur la retraite des Français ne se trouvent point ailleurs. [993] Le Maréchal (comte de Pembroke), le comte de Salisbury et le comte de Varenne. [994] Voy. p. 32, note t. [995] Mathieu le Gros figure, en 1195 et en 1199-1200, sur la liste des maires de Rouen dressée par Chéruel, Hist. de Rouen pendant l'époque _communale_, I, 360-1. Il n'y figure pas en 1202, mais cette liste n'est pas très sûre pour le commencement du xur siècle. Il prêta plus d'une fois des sommes importantes au roi Jean. Voy. Rot. tttt. pat.,1, 15 b (28 juillet 1202), 30 a (27 mai 1203), etc. [996] Le texte ajoute : _qu'il n'avait pas la paix jurée_. Le poète veut-il dire que G. des Roches n'était pas au nombre des barons qui avaient juré au roi de France de ne pas lui faire la guerre ? Cette interprétation soulève quelque difficulté. [997] Le rôle que le poète prèle ici à G. des Roches dans la préparation et dans l'action est nouveau ; il n'y a rien de tel chez les autres historiens. C'est ce que M. Beautemps-Beaupré a mis en lumière dans une note de ses Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine, 2e partie, III, 241-7. [998] Constance, veuve de Geoflroi de Bretagne et mère d'Arthur. [999] Arthnr. [1000] En octobre 1199. Les mots « vint à Ballon » manquent dans le texte, mais la restitution est absolument certaine, ayant été faite à l'aide du passage de Rog. de Howden qui suit : « Mense vero octobris rex Fran est du 19 juin 1208 (Rot. lut. pal., I, 846 ; Cal. of ni. to Irel., n° 385). Le même Meilier est qualifié de quondam justiciarius Hibernie » à la date du 9 février 1210 (Rotuli de liberate ac de misis et _prestitis_, p. 149 ; _Cal. of doc_. rel. to Irel., n° 398). C'est à la fin de 1208 ou en 1209 qu'il a été remplacé. On sait que les rôles des lettres royales nous font défaut pour la onzième année du roi Jean, commençant à l'Ascension 1209. L'évêque de Norwich était sûrement en Irlande le 2 janvier 1210 (Coi., etc., n° 396) et sans doute déjà depuis quelque temps. Il exerça les fonctions de juge d'Irlande jusqu'en 1213 ; son successeur, Henry, archevêque de Dublin, fut nommé le 23 juillet 1213. Il mourut en 1214. [1115] « Castrum de Damas, Dunmas, Dumatk » (voir les tables des divers recueils de rôles, où, du reste, ce nom n'est pas identifié), en irlandais _Dumach_ ou _Caislen na Dumach_, en anglais Dough Castle, comté de Clare, sur la rivière d'Oina, à quelques kilomètres à l'ouest d'Ennystimon (Annals of the Kingdom of Ireland, by the Four Masters, ed. by J. O'Donovan, II, 853, note n). — On verra plus loin (vv. 14330 et suiv.) que, en 1210, le Maréchal fut contraint de remettre ce château, à titre de gage, au roi Jean. Le Maréchal ne rentra en possession de son château que cinq ou six ans plus tard. Il y a dans les Rôles des lettres patentes plusieurs actes de 1215 et 1216(I, 153 6, 154a, 1616, 180a, 184a ; cf. _Cal_., etc., n° 644, 647, 664, 684-5) portant injonction de faire remettre ce château au Maréchal. [1116] Nous sommes mieux renseignés que le poète et nous n'avons pas les mêmes raisons que lui pour dissimuler nos informations qui, tirées de sources différentes, se complètent et se contrôlent. Le roi a pris soin de nous transmettre, au sujet de sa querelle avec Guillaume de Briouze, une relation, qui a été analysée par M. Sweetman dans le _Cal. of doc. rel. to Ireland_, n° 408, et, plus brièvement, par M. Blain, dans le Cal. _of doc. rel. to Scotland_ (Edimbourg, 1881), n° 680. Selon cet exposé, G. de Briouze devait au roi de fortes sommes sur ses terres d'Irlande. Le roi fit saisir ses biens du pays de Galles par Gerard d'Athée, bailli pour le roi en Galles. Mathilde, sa femme, et plusieurs de ses parents intercédèrent auprès du roi, et Guillaume lui-même, s'étant présenté an roi, à Hereford, céda ses châteaux de Galles en garantie de sa dette, donna hypothèque sur ses biens en Angleterre et s'engagea à remettre des otages, parmi lesquels un de ses fils. Mais il ne tint pas sa promesse, essaya de reprendre ses châteaux et brûla la moitié de la ville de Leominster, tuant plusieurs des hommes du roi. Puis il s'enfuit en Irlande avec sa femme et ses dis, où il fut reçu par Guillaume le Maréchal et par Gautier et Hugues de Laci (ce que le poète conte plus loin). Le roi rassembla son armée, et, s'étant rendu à Pembroke, se disposa à passer en Irlande. G. de Briouze vint le trouver et lui offrit 40,000 marcs pour avoir la paix. Le roi, avant d'accepter, lui enjoignit de l'accompagner en Irlande, où Mathilde était restée. G. de Briouze refusa. Mathilde, cependant, apprenant l'arrivée du roi, voulut fuir en Écosse avec ses enfants et Hugues de Laci. Elle fut prise avec sa fille et son fils par un chef de Galway, Duncan de Carrick, qui la livra au roi, alors qu'il était au siège de Carrickfergus. Mathilde offrit au roi une rançon de 50,000 marcs, mais, l'arrangement conclu, elle dut déclarer qu'elle n'avait pas cette somme. Le roi termine en déclarant G. de Briouze banni (_outlaw_), selon la loi d'Angleterre. Ce document, qui n'est pas daté, doit avoir été écrit en août 1210. Il est vraisemblable que Jean, selon son habitude, n'a pas dit toute la vérité. Selon Roger de Wendover (II, 48-9) et Mathieu de Paris (_Chron. maj_., Il, 523-4), Jean, après la publication de l'interdit, aurait craint que le pape en vint à délier ses sujets du serment de fidélité, et aurait cru prudent d'exiger des principaux d'entre eux la remise d'otages. G. de Briouze s'y serait refusé, et sa femme, Mathilde, aurait dit, en un moment d'emportement : « Je ne livrerai pas mes enfants au roi qui a tué son neveu Arthur. » Ces paroles, rapportées au roi, auraient été la cause de son irritation contre G. de Briouze et sa femme. On verra plus loin (p. 197, note 5) comment il traita cette dernière. — A propos de l'accusation portée par Mathilde contre le roi Jean, il est à noter que, selon G. Le Breton (Phil., V I, 480), G. de Briouze avait refusé d'être complice de l'assassinat d'Arthur. [1117] Ceci n'est point exact : nous savons par Giraud de Barri (Expugnatio Hibernica, II, xxiii, dans Opera, V, 356) qu'il avait épousé une nièce de Hugues de Laci vers 1182. Toutefois, à l'époque où Giraud écrivait la lettre au roi Jean qui sert d'introduction à la seconde édition de l'Expugnatio Hibernica, en 1209 ou 1210, Meilier n'avait pas d'enfants légitimes (ibid., 409). Il avait un (ils qui paraît en divers documents, depuis 1207 _(Cal., etc., n"_ 310, 314), et qui s'appelait aussi Meilier, mais c'était sans doute un fils naturel. [1118] Gautier de Laci avait épousé Marguerite, fille de Guillaume de Briouze ; voir DM. ofnat. biogr., XXXI, 391 b. [1119] On trouvera la liste des chevaliers qui accompagnèrent le roi dans le Rotulus de prestilo de l'année 1210 _(Rotuli_ de liberate ac de misis et prestitis, p. 176, 179, 180, etc.). [1120] Ce jour-là (6 juin 1210) et les jours suivants, le roi était, non pas précisément à Pembroke, mais à Cross-on-the-Sea, tout à côté. [1121] Le 16 juin, Jean est encore à Cross-on-the-Sea ; c'est sans doute ce jour-là ou le jour suivant qu'il s'embarqua, puisque le 20 il est en Irlande, à Crook près de Waterford, d'où, en passant par Newbridge et Thomastown, il arriva le 23 à Kiikenni. ' [1122] Il y séjourna du 28 au 30 juin. [1123] Ulster, comté d'Antrim. Le roi y fut du 19 au 28 juillet. L'Hist. des ducs de _Normandie et des rois d'Angleterre_ (p. 1 12-4) nous apprend que Mathilde, ses enfants et Hugues de Laci (frère cadet de Gautier de Laci) étaient à Carrickfergus lorsque le roi vint l'assiéger, mais qu'ils s'enfuirent en l'île de Man d'où ils passèrent « en la lierre de Gauvoie », c'est-à-dire en Galloway, à l'extrémité sud-ouest de l'Ecosse. Tandis que Hugues de Laci réussissait à s'échapper, Mathilde et son fils furent livrés au roi Jean qui les fit mourir de faim. Cf. les Annales de Waverley, à l'année 1210 (Annales monaslici, II, 265, coll. du Maître des rôles). [1124] Après avoir quitté Carrickfergus, le roi s'arrêta en divers lieux, entre autres à Drogheda, et séjourna à Dublin du 18 au 24 août. [1125] Cf. ci-dessus, p. 195, note 1. [1126] Sahier (Saherus, Seherus) de Quincy figure en de nombreux actes royaux avec le titre de comte de Winchester depuis 1207 ; cf. Dugdale, Baronage, I, 686 b. L'auteur de _l'Hist_. des ducs _de Normandie et des rois d'Angleterre_, qui l'appelle « Sohiers de Quinci, » dit qu'il fut blâmé pour avoir rendu trop facilement le château de Vaudreuil, assiégé par Philippe-Auguste en 1203 (éd. de la Soc. de l'Hist. de Fr., p. 97). Il fut un des barons qui, en 1216, furent envoyés à Louis, fils de Philippe-Auguste, pour lui offrir la couronne d'Angleterre (Rog. de Wendover, II, 173). [1127] Roger de Laci, connétable de Chester, défendit énergiquement, en 1203, contre Philippe-Auguste, la Roche-d'Andeli (Rog. de Wendover, I, 318), et fut pris, en mars de l'année suivante, dans une sortie. Il mourut en 1211 (ibid., II, 58). Voir DM. of nat. biogr., XXXI, 388. [1128] Chevalier du roi Jean qui paraît comme témoin dans un très grand nombre d'actes royaux depuis 1204. Il avait des biens en Galles (Bot. lilt. pat., I, 86 6, 91 6). Rog. de Wendover (II, 60 ; cf. Math. de Paris, _Chron. maj_., II, 533) le mentionne parmi les conseillers « iniquissimos » du roi Jean, dont il abandonna toutefois le parti. Il figure dans le préambule de la Grande Charte (1215) ; voir Dugdale, Baronage, I, 624. [1129] Il s'agit sans doute de l'expédition de Jean dans la Galle du Nord, qui dura du 8 juillet au 15 août 1211 (Rog. de Wendover, II, 58 ; Math, de Paris, Chron. maj., II, 531). Nous n'avons du reste aucune preuve que le Maréchal y ait pris part, en dehors de l'assertion du poème. Il y a bien, dans le Cal. of doc. rel. to Ireland, n° 435, une lettre par laquelle le roi enjoint au Maréchal d'être auprès de lui à Chester, le 19 août, à la tête de 200 chevaliers ; mais cette lettre est attribuée par l'auteur du Calendar à l'année 1212, où, en effet, le roi Jean entreprit contre les Gallois une nouvelle expédition qui n'aboutit point (voy. Rog. de Wendover, II, 61 ; Math. de Paris, _Chron. maj_., II, 534 ; Raoul de Coggeshall, p. 164-5). — Philippe-Auguste avait fait alliance avec Llewelyn, comme le prouve une lettre de ce dernier, malheureusement sans date, mais qu'on s'accorde à rapporter en 1212, qui est conservée en original au Trésor des chartes et qui a été publiée dans D. Bouquet, XVIII, 168, note, et dans les Layettes du Trésor, n° 1032 (Delisle, Catal, des actes de Ph. -Aug., n° 1416). [1130] Les quatre otages mentionnés ci-dessus, mais non pas ses fils, livrés au roi antérieurement (p. 182, 185), qui restèrent sous la main du roi (voy. plus loin). [1131] Par le pape Innocent III, à la suite d'une entrevue avec Étienne de Langton, qui s'était plaint à lui de la persécution que Jean exerçait contre le clergé d'Angleterre ; voy. Rog. de Wendover, II, 63. C'est dans une assemblée tenue à Soissons le 8 avril 1213 que les barons de France promirent à Philippe-Auguste leur aide pour l'expédition projetée (G. Le Breton, Chron., § 165 ; Phil., IX, 160 et suiv.). Mais les visées du roi de France sur l'Angleterre remontaient plus haut (voy. la note de M. Delaborde, _Œuvres de Rigord_ et de G. Le Breton, I, 245-6 ; cf. des actes relatifs à cette expédition dans Delisle, Catal. des _actes de Ph.-Aug_., n° 1437-9). Le roi de France était, en mai 1213, à Boulogne, où sa flotte était assemblée, lorsque diverses circonstances, la soumission de Jean au pape et la défection du comte de Flandres, l'amenèrent à renoncer à son entreprise ; voir la chronique de G. Le Breton, § 169, et la note de M. Delaborde, p. 250. [1132] On va voir que les fils du Maréchal furent, non pas seulement délivrés, c'est-à-dire rendus à leur père, mais confiés en garde à l'un des chevaliers du Maréchal, Jean d'Erlée. [1133] Il avait l'aîné depuis 1206 (ci-dessus, p. 182) et le second depuis 1207 (p. 185). — Il y a, dans les rôles des lettres closes, une lettre sans date de Jean au Maréchal, que M. Sweetman (Cal., n° 444) suppose avoir été écrite en octobre 1212, dans laquelle le roi invite le Maréchal à rester en Irlande et lui propose de confier la garde de son fils (Guillaume) soit à Jean d'Erlée, soit à tout autre que le Maréchal préférera. Le roi ajoute (répondant sans doute à une lettre du Maréchal) qu'il n'a pas, comme le suppose le Maréchal, l'intention d'envoyer ledit fils en Poitou (Rot. litt. clatu., I, 1326). — Il est à noter que, par lettres patentes du 20 août 1212, le roi avait mandé à Robert Fils Roger, jusque-là garde de Guillaume, fils du Maréchal, de remettre ce jeune homme entre les mains de Guillaume, comte de Varenne, de l'archidiacre de Durham et de Philippe d'Alcot (Rot. litt. pat., I, 94 6). [1134] Voy. p. 126, note 1. [1135] Brandon, en Suffolk, sur la Little-Ouse. Aucun séjour de Jean en ce lieu n'est mentionné dans l'itinéraire dressé par D. Hardy. [1136] Jean est à Douvres les 13, 28 et 29 mai 1213. Pendant tout ce mois on constate sa présence en différents lieux du voisinage, dans le comté de Kent. [1137] Le Maréchal dut arriver dans le commencement de mai. Il est témoin à divers actes royaux passés à Wingham (Kent) du 15 au 31 de ce mois (Rot. chart., 1926, 193a). Le 21 juillet le roi mande au grand juge d'Irlande de protéger la terre et les biens du Maréchal retenu en Angleterre pour son service _(Cal_. of doc. rel. to Ireland, n° 465). [1138] Flandre occidentale, à quelques kilomètres au nord-est de Bruges. [1139] La source la plus détaillée est l'Hist. des ducs de Normandie et des rois d' Angleterre, éd. de la Soc. de l'Hist. de Fr., p. 130 et suiv. ; cf. G. Le Breton, Chron., § 170, et la note de M. Delaborde, p. 252. Les troupes commandées par le comte de Salisbury, frère du roi Jean, et le comte de Boulogne partirent de Douvres le 28 mai 1213 et le 30 s'emparèrent d'environ 400 navires qui étaient à flot ; ceux qui étaient à sec, sur la rive, restèrent à l'abri de leurs attaques (cf. toutefois Math. de Paris, Chron. maj., II, 549, selon qui une centaine de ces navires furent incendiés). Le roi de France, qui assiégeait Gand, accourut en toute hâte le 1" juin et mit les Anglais en fuite. Puis il brûla la ville de Dam et les navires qui lui restaient. [1140] Cela n'est point exact, le roi de France au contraire chassa les Anglais ; voir la note précédente. [1141] Selon _l'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre_ (p. 134) les comtes de Salisbury et de Boulogne s'arrêtèrent d'abord dans l'île de Walcheren, « et Hues de Boves et Jehans li fils Huon et toute la navie s'en repairierent en Engletierre ; si orent si grant tormente que a pairies que il ne furent tout perellié. » [1142] Le roi Jean partit de Yarmouth (lie de Wight) le 9 février 1214. Il arriva à la Rochelle le 15 du même mois, veille du premier dimanche de Carême. Ces dates résultent de l'itinéraire dressé par D. Hardy. Math, de Paris place le départ de Jean le 2 février et son arrivée à la Rochelle le 8 (Chron. maj., Il, 572). [1143] Dans le texte « sis empris >. C'est du reste l'expression qu'emploie le comte Ferrand de Flandres dans l'acte par lequel il s'allie avec Jean : Notum sit… quod ego Ferrandus Flandrie et Hanoie comes, _imprisius_ sum karissimi domini mei J. Dei gratia regis Anglorum, etc., contra Philippum regem Francie et Ludowicum filium suum… » L'acte est daté de Gand, 1213 (Rot. chart., I, 197a). Peu après la rédaction de cet acte, le comte Ferrand se rendit en Angleterre ; pour les détails de sa réception par le roi Jean, voir Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 139-40. [1144] Celui-ci se rendit en effet en Flandre avec le comte de Boulogne et y prit part à diverses chevauchées (Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 141). [1145] Proverbe dont Le Roux de Lincy (1, 177) ne donne que des exemples beaucoup plus récents. [1146] Ce proverbe rappelle le vers d'Horace (I _Epist_. n, 09) : Quo semel est imbuta recens servabit odorem Testa diu. On disait aussi : « Tel vaisseau tel vin » (Le Roux de Lincy, II, 224), et inversement : « De malveis vaissel malvais beivre » (Hist. de Guillaume le Maréchal, v. 5154). [1147] Le roi s'embarqua à la Rochelle le 1er octobre 1214 et nous le retrouvons à Dartmouth le 15 du même mois. [1148] Voy. sur ce personnage Du Chesne, _Hist. des maisons de Guines_, _d'Ardres, de Gand et de Coucy_, p. 246, et la table des _Œuvres de_ Rigord et de Guill. Le Breton, éd. Delaborde. Il mourut dans un naufrage en septembre 1215 (Œuvres de Rigord, etc., II, 51, note 4). [1149] Je traduis en plaçant dans la bouche du comte ce proverbe (Plus a _en faire que en dire_, notre proverbe « dire et faire sont deux ») que dans l'édition j'avais attribué à Hugues de Boves. [1150] Cette altercation entre le comte de Boulogne et Hugues de Boves est rapportée par tous les chroniqueurs ; voy. la note de M. Delaborde sur le § 195 de la _Chronique de Rigord_. La réponse du comte de Boulogne est presque partout la même ; Guill. Le Breton, Chron. : « Tu fugies tanc quam formidolosus ; ego autem sub periculo mei capitis pugnabo, et remanebo captus vel interfectus. » Ph. Mousket (vv. 21643-5) : Et g'iere mors u pris sans faille, Comme preudome a la bataille ; Mais vous en partirés fuiant. _Le Ménestrel de Reims_, éd. de Wailly, g 277 : « Certes, vous i avez menti comme mauvais traîtres que vous iesles ; et bien devez dire tels paroles… Et bien sachiez que se la bataille est, je i serai ou morz ou pris ; et vous en fuirez comme mauvais recreanz et failliz. » [1151] Seigneur normand établi en Angleterre après 1204, qui figure en divers actes du temps du roi Jean (Stapleton, _Magni Rot. scacc. Norm_., II, xlv-xlviij, note ; Rot. litt. pat., 1 b, 89 b, 1906, 195 b). Il est inscrit sur la liste des prisonniers faits à Bouvines sous la rubrique « redditi vel hostaglati, » avec cette note : « Rex dedit istum Ingerranno de Corcellis pro redemptione sua » (Bouquet, XVII, 101 d). [1152] Le retour du roi, qui eut lieu deux mois après la bataille de Bouvines, a été conté plus haut. [1153] Robert III, comte de Dreux, fils de Robert II (sur lequel voy. p. 52, note 2). Il avait chargé imprudemment les gens du roi de France (cf. G. Le Breton, Chron., § 172, et MU. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 143). Il fut plus tard échangé pour Guillaume de Salisbury (G. Le Breton, Chron., g2 0 0 ; cf. la note de M. Delaborde). [1154] Une trêve de cinq ans (Chinon, 18 sept. 1214 ; Delisle, Catal, des actes de Ph.-Aug., n° 1506). [1155] Guillaume le Maréchal, deuxième comte de Pembroke (f 1231), et Richard, son frère, qui lui succéda comme comte de Pembroke (f 1234), ont des notices étendues dans le _Dict. of nat. biogr_., XXXVI, 223, 233. [1156] Il avait en effet été élevé pour l'état ecclésiastique, mais il ne paraît avoir reçu que les ordres mineurs. Il succéda, comme quatrième comte de Pembroke, à son frère Richard, en 1234, et mourut en 1241 d'une chute de cheval. Voir sur ce personnage une brève notice à la fin de la biographie du premier Guillaume le Maréchal, dans le Diclionarg of nat. biography, XXXVI, 231. [1157] Il fut le cinquième comte de Pembroke, ayant succédé à son frère Gilbert en 1241. Il mourut, sans postérité, comme ses frères, en 1245. Voir le Dict. of nat. biography. [1158] Il mourut peu de semaines après son frère Gautier, à qui il avait succédé comme sixième comte de Pembroke. Il ne laissa pas d'enfants, et avec lui s'éteignit la descendance mâle du premier comte de Pembroke. [1159] Ci-dessus, p. 184, note 2. Hugues Bigot succéda, comme comte de Norfolk, à son père, Roger Bigot, en 1221, et mourut en 1225. Il est évident qu'il vivait encore au temps où l'auteur composait son poème. [1160] Il y a là un jeu de mots que le copiste ne paraît pas avoir compris, car le texte (voy. la note du v. 14934) est corrompu. Cette interprétation par à peu près du nom d'Isabelle (en ancien français Isabel) devait être d'usage courant. Dans le roman de l'Escoufle, la belle Aélis, parlant à une jeune fille ainsi nommée, lui dit : Si m'ait Diex, cis nons est biax : S'en devés Dieu grant guerredon, Quant li, etdevieetdenon, Vos a soufert a estre bele. (w. 5298-5301). [1161] Gilbert de Clare, comte de Hertford par son père et de Gloucester par sa mère. Le mariage eut lieu en 1217. Gilbert mourut en 1229 ou 1230 (Dugdale, Baronage, I, 211 ; cf. _Dict. of nat. biogr_., X, 378). Isabel épousa ensuite (1231) un fils puîné du roi Jean, Richard de Cornouailles, qui fut empereur des Romains (élu en 1257, + 1272). Elle mourut en 1239 (Dugdale, ibid.). [1162] Guillaume III de Ferrières (en anglais Ferrers ou _Ferrars_), comte de Derby à la mort de son père, en 1248. Il mourut en 1254 (Dugdale, I, 262). [1163] Mort en 1229 (Dugdale, I, 418 a). Son père, Reinaut de Briouze, mort en 1221, était fils du Guillaume de Briouze que persécuta le roi Jean (ci-dessus, p. 195). [1164] Guillaume, l'aîné des frères. [1165] Cette charte nous est parvenue. Elle est imprimée dans les Rot. chart., I, 1126, 113 a. Baudouin donne à sa fille Alice tous ses biens situés en Angleterre, mais il n'est pas question des biens qu'il possédait en Normandie et en Flandres. On y remarque cette clause singulière : « Si contigerit Aeliciam predictam decedere, predictus Willelmus, filius predicti Willelmi comitis, alteram filiam predicti Balduini comitis, si Deus eam ei dederit, habebit in uxorem cum predicto maritagio. Si vero de predicto Willelmo, filio predicti Willelmi comitis, humaniter contigerit, Ricardus junior filius suus habebit predictam filiam cum predicto maritagio. » Cette clause, qui resta sans effet puisque les deux fiancés vécurent assez pour être unis, montre assez que l'arrangement constaté par la charte est bien antérieur au mariage. En effet, l'acte est de novembre 1203. A cette date, le fils aîné du Maréchal pouvait avoir une douzaine d'années, et la fille unique de Baudouin, marié vers 1195 (Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., I, clvij), pouvait en avoir six ou sept. Le mariage paraît avoir été célébré en 1211 (Dict. of nal, biogr., XXXVI, 233). [1166] Probablement en 1215 (art. précité du Diet. of nat. biogr., XXXVI, 233). Guillaume, fils aîné du Maréchal et après lui comte de Pembroke, épousa en secondes noces (avril 1224) Éléonore, fille du roi Jean (Dugdale, I, 603 a ; Dict. of nat. biogr., XXXVI, 234 6). [1167] Le poète fait allusion aux propositions des barons assemblés en armes à Brackley (Nortbampton) le lundi après l'octave de Pâques (20 avril 1215) ; voir Rog. de Wendover, II, 115, Matb. de Paris, II, 585-6. [1168] Londres ouvrit ses portes aux barons révoltés le 24 mai 1215 (Rog. de Wendover, II, 116 ; Math. de Paris, Chron. maj., II, 587). [1169] En effet, le Maréchal fut l'un des pleiges du roi envers les barons, quand ceux-ci, lors de la cour tenue par le roi à Worcester, à Noël 1214, présentèrent pour la première fois leurs réclamations (Rog. de Wendover, II, 113 ; Math. de Paris, Chron. maj., II, 584). Ensuite, après l'assemblée de Brackley, il fut, ainsi que l'archevêque de Cantorbéry, chargé par le roi de négocier avec les barons (Rog. de Wendover, II, 115 ; Math. de Paris, Chron. maj., II, 585). C'est plus tard seulement, après l'entrée des barons dans Londres, qu'il se rallia à ces derniers. Par suite, il figura, dans le préambule de la Grande charte, en tête des barons par le conseil de qui cette charte est octroyée (15 juin 1215). [1170] Cf. la note 2 de la page suivante. [1171] Le 22 août 1215, le roi est à Wareham (Dorset), à l'extrémité occidentale III du havre de Poole. Il dut partir de là pour Douvres, car, le 28, 14 nous le retrouvons à Sandwich, sur la côte du Kent, et, du 1" au 22 septembre, il est à Douvres, sauf deux courts séjours à Cantorbéry. [1172] Math. de Paris _(Chron. maj_., II, 622) parle défavorablement de ces mercenaires, ajoutant pour les qualifier quelques mots assez durs au récit de Roger de Wendover (II, 147). [1173] Rochester fut pris le jour de la Saint-André (30 novembre) après trois mois de siège (Rog. de Wendover, II, 150 ; Math. de Paris, II, 625). Le roi se tint à Rochester du 13 octobre au 6 décembre 1215. [1174] Louis, fils de Philippe-Auguste, débarqua à Stonar (Kent) le 21 mai 1216 (Rog. de Wendover, II, 180 ; cf. Math. de Paris, II, 653). Les habitants de Londres le reçurent à grande joie (Rog. de Wendover, II, 181). [1175] Cette marche victorieuse de Louis est contée avec détail par l'auteur de Y His t. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 172-4. [1176] Village situé à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Winchester, entre Southampton et Salisbury. [1177] Ce personnage nous est connu par _l'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre_, qui le mentionne en ces termes : « Es Wans (lisez _Waus_) ot j.. siergant, qui, par sa proece, fu mout sires de Want dois _(lisez_ Waudois). Chil guerroia mout puis as gens Looys. Apielés esloit Willekins de Kasingehem, mais il François l'apeloient Willekin des Wans (Waus), qui ne sorent nommer Kasingehem. Molt fu puis chil renommés (lisez redoutés ?) en l'ost Looys » (éd. de la Soc. de l'Hist. de Fr., p. 181). Plus loin (p. 189), la même chronique nous montre ce Willekin incendiant les loges des Français qui assiégeaient Douvres. Vaut ou Waus, pays dont il tirait son surnom, en anglais _the Weald_, est le nom d'une région, autrefois sauvage et peu habitée, qui forme le sud-ouest de Kent et s'étend jusqu'en Sussex ; voir, sur les limites, assez mal définies, de ce territoire, Edw. Hasted, The History and lopographical survey of the county of Kent, in-fol., I, cxxxiv. On peut se demander si ce Willekin de Kasinghem on de Waus n'est pas le même qu'un certain « Willelmus » qui, au témoignage de Roger de Wendover (II, 182 ; cf. Math. de Paris, II, 655), aurait, à la même époque et dans la même région, résisté énergiquement aux attaques de Louis : « Deinde [Lodowicusj progrediens, Suthsexam, cum villis et munitionibus, potenter obtinuit, ubi juvenis quidam, Willelmus (Math, de Paris ajoute de Colingeham) nomine, Lodowico fidelitatem facere contemnens, con — gregatis ad mille sagittariis, loca deserta et nemorosa (c'est le Weald) quibus i lia abundabat regio, petivit, atque toto hostilitalis tempore, Francigenis nimis infestus, multa ex eis millia interfecit. » [1178] Probablement Lindsey en Sufiblk. On n'a aucune autre mention d'un séjour du roi Jean en ce lieu. [1179] D'après l'itinéraire dressé par Th. Duffus Hardy, le roi arriva à Newark upon Trent (Nottingham) le 16 octobre 1216. Il y mourut dans la nuit du 18 au 19 octobre ; cf. Rog. de Wendover, II, 196 ; Math. de Paris, II, 668 ; Hist. des ducs de Norm. et des rois d'Angl., 180. [1180] Pierre, dont il sera souvent question plus loin, et qui, après la mort de Jean, prit une grande part au gouvernement de l'Angleterre. [1181] L'un des exécuteurs testamentaires du roi Jean. Il remplit des fonctions importantes sous Henri III et mourut vers 1247. Il a sa notice dans le _Dict. ofnat. Biogr_., XX X V I II, 177. [1182] Gautier de Clifford, qui, en 1233, s'unit à Richard le Maréchal (le second fils de Guillaume), et à d'autres seigneurs du pays de Galles, contre Henri III (Rog. de Wendover, III, 54 ; Math. de Paris, III, 247). [1183] Rogier de Gaugi ? Voir ci-dessus, p. 43, n. 2. Après la mort de Jean, il eut la garde du château de Newark, où le roi était mort ; voir Hist. des ducs de Noria., p. 181. [1184] « Ançois k'i(morust manda il a Guillaume le Mareschal, le comte de Pembroc, que il metoit Henri son aiasné fill en la garde Diu et en la soie, et por Diu li pria qu'il mesist conseil en son afaire » _(Hist_. _des ducs de Norm_., p. 180). [1185] La même remarque fut faite par d'autres. Le chroniqueur Th. Wikes s'exprime ainsi : « Corpus ejus inde delatum usque Wigorn, in ecclesia conventuali monachorum honorifice tumulatum est inter feretra sancti Wulstani et sancti Oswaldi. Quamobrem vere bruti Britones fabulanc tur ridicule fabellas vanas Merlini, quas, falso tamen, prophetias arbitrantur, in eo fuisse completas, dicentis quod inter sanctos collocabic tur » (Gale, Rut. anglic. script., II, 38 ; _Annales monastici_, IV, 59, coll. du Maître des rôles). Cf. Galfridi de Monemula Vtta Merlini, publiée par Fr. Michel et Th. Wright (Paris, 1837), p. xxxm. Toutefois cette prophétie ne se trouve pas parmi celles que Geoffroi de Monmouth a enregistrées dans le quatrième livre de son Historia Britonum. [1186] C'est le vœu qu'il avait exprimé en mourant : « Deo et sancto Vulf stano animam meam commendo » (Rog. de Wendover, II, 196). Son tombeau se voit encore dans le chœur de la cathédrale de Worcester, mais il n'est plus à sa place originaire ; voy. Valentine Green, An account of the discovery of the body of King John in the Cathedral church of Worcester, july 17, 1797. London and Worcester, 1797, in-4* (8 pages). [1187] Raoul de Blondeville, quatrième comte de Chester en 1181, qui mourut en 1232 (Dugdale, I, 41, et Dict. of mat. biogr., V, 267). [1188] Ville du comté de Wilts. [1189] Ci-dessus, p. 184, n. 4. [1190] Saint-Sanson-La Ferté, arr. de Neufchâtel, cant. de Forges, ou Saint-Sanson-du-Bon-Fossé, arr. de Saint-LÔ, cant. de Canisi. — « Rad. de Sancto Sansone » est qualifié de serviens regis dans des lettres closes du 17 mai 1218 (Rot. lut. dans., I, 362 a). Il figure en d'autres lettres du même recueil : voir la table. [1191] Le jeune Henri avait alors neuf ans. [1192] Cependant Rog. de Wendover, II, 197 (cf. Math. de Paris, III,)1, mentionne le comte de Chester au nombre de ceux qui assistèrent au couronnement. [1193] Le 28 octobre 1216. [1194] Rog. de Wendover (/.) /. cite, parmi les personnes présentes au couronnement, Philippe d'Aubigni et Guillaume (non pas Richard) de Ferrières. Philippe d'Aubigni fut un personnage considérable sous Jean et sous Henri III. Il figure, dans le préambule de la Grande charte (1215), parmi les conseillers du roi. Il était, depuis 1212, gardien des Iles de la Manche, titre qu'il conserva sous Henri III, jusque vers 1220 ou 1221 (J. Havet, dans _Bibliothèque de l'École des chartes_, XXXVII, 190, ou _Œuvres de Julien Havet_, II, 388). Dès le commencement du règne, et plus encore après la mort du Maréchal, il fut l'un des conseillers les plus intimes du jeune roi. Mathieu de Paris, parlant de lui à l'occasion de son départ pour la Terre sainte, en 1222, le qualifie de « miles strec nuus ac morum honestate commendabilis, regisque Anglorum magister et eruditor fidelissimus » (III, 67). Il mourut en 1236 (Math. de Paris, III, 375), en Terre sainte, où il était retourné. Son épitaphe a été retrouvée à Jérusalem en 1867 ; voir à ce propos une note de J. Havet, dans la _Revue critique_ du 9 sept. 1876 (p. 173), reproduite dans les Œuvres de _Julien Havet_, II, 438. L'histoire de sa famille est dans Dugdale, _Baronage of England_, I, 115. [1195] Voy. ci-dessus, p. 51. [1196] Au château de Gloucester. [1197] Son neveu. [1198] Raoul Musart fut nommé gardien du château de Gloucester le 8 juillet 1215 _(Rot. litt. pat_., I, i48 6 ; cf. 1936). [1199] Il semble qu'il ait exercé les fonctions de président. [1200] Voy. p. 143, n. 3. [1201] C'est-à-dire la garde ou la tutelle du roi et le gouvernement du royaume. Son titre officiel était regis rector (ou custos) et regni (Rog. de Wend., II, 208, 211, etc.). Le roi l'appelle « rectorem nostrum et regni nostri » (Rymer, Fœdera, éd. de La Haye, I, 75). [1202] Le Maréchal s'adresse probablement au comte de Cbester, à l'évêque de Winchester et au cardinal, qui ont été mentionnés plus haut. Mais le texte ne le dit pas, ce qui donne à croire qu'il y a ici une lacune de quelques vers ; voir la note du v. 15580. [1203] On voit par les Rotuli litierarum clausarum que le roi et le Maréchal quittèrent Gloucester le 2 ou le 3 novembre. Ils se rendirent à Tewkesbury (3 nov.) et séjournèrent à Bristol du 13 au 20 novembre. De là ils retournèrent à Gloucester, d'où sont datées des lettres du 22 novembre au 9 décembre. Ensuite on les trouve à Devizes, puis à Gloucester. D'après Rog. de Wendover (II, 204 ; cf. Math. de Paris, III, 11), le roi, le Maréchal et le légat se trouvaient à Bristol le jour de Noël 1216 (1217 selon le style suivi par ces historiens) ; cela n'est pas impossible, toutefois, le Maréchal était à Gloucester le 24 et le 28 décembre, d'après les Rot. Litt. _claus_., I, 295. [1204] En Poitou. De là il se rendit en Terre sainte, et prit part à la croisade de Damiette, où il arriva en septembre 1218 ; voir la Prise de Damiette, relation provençale inédite, dans la Bibl. de l'École des chartes, XXXVIII, 561, note sur la ligne 495, et cf. Wilken, Gesch. d. Kreuzziiçe, VI, 214, note 16. Pendant les dernières années du règne de Jean, il avait été gardien du château de Bristol. L'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre dit (p. 181) qu'il était parti pour le Poitou avant la mort du roi Jean. [1205] Rog. de Wendover, suivi par Math. de Paris, rapporte les faits autrement. Selon cet historien, la ville de Hertford, assiégée par Louis du 11 novembre au 6 décembre, se rendit, les défenseurs conservant leurs bagages et leurs armes (II, 200 ; cf. Math. de Paris, III, 5). Il n'est pas question de trêve. De Hertford Louis se rendit à Berkhampstead (à l'extrémité occidentale du comté de Hertford), qui se rendit par ordre du roi, « ex prscepto regis i, le 20 déc. (Rog. de Wendover, II, 200-1 ; cf. Math. de Paris, III, 6). _L'Hist. des ducs de Normandie et des_ rois d'Angleterre énumère (p. 182) les divers châteaux pris par Louis, mais ne fait, non plus que Rog. de Wendover, aucune mention de la trêve. Cependant, on sait par d'autres témoignages qu'une trêve fut en effet conclue dans les circonstances qu'indique le poème ; voir la chronique du chanoine de Barnwell, dans Walter de Coventry, II, 234 (coll. du Maître des rôles), et cf. Petit-Dutaillis, _Étude sur la vie et le règne de Louis VIII_, p. 139, note. Quant à la date que Rog. de Wendover assigne au siège de Hertford, elle est confirmée par le fait qu'on a publié une charte de Louis datée du siège de Hertford, le 21 novembre 1216 (_Archxologia_, XXII, 426-428). [1206] Cette assertion est contestée ; voir Petit-Dutaillis, _Étude_ sur la vie et le règne de Louis VIII, p. 141. [1207] _Faukes_ de Breauté est appelé dans les actes latins Falkesius, Faukesius, rarement Falco (voir les tables des divers recueils de rôles), dans la chronique de Roger de Wendover _Falcasius_. La forme Faukes est garantie par la rime avec _auques_ (vv. 15731-2). Bréauté est un village de la Seine-Inférieure. L'Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre dit de lui : Cil Foukes ot esté povres sergans au roi (Jean) ; Uus fu a un chevalier de Normendie, de soignant, mais puis siervi il tant le roi et tant crut ses afaires que il fu puis uns des riches homes d'Eogletierre. Petis fu de cors, mais mout fu vailc lans ; puis tint il. vij. contées en ses mains » (p. 173). Ces comtés sont, comme on le voit par la même chronique (p. 181), ceux de Northampton, Oxford, Buckingham, Hertford, Bedford, Cambridge et enfin l'île de Wight, qui ne formait pas un comté entier. Voir, sur cet aventurier, _Dict. ofnat. biogr_., VI, 247. [1208] Suffolk, autrefois port de mer d'une certaine importance ; peu à peu la mer s'est retirée et la ville est tombée en décadence. Norwich et Orford furent rendus à Louis dans les premiers jours de janvier 1217 (Walter de Coventry, II, 235). [1209] Hubert de Burgh, qui défendait Douvres assiégé par Louis. Il était justice d'Angleterre depuis 1215. Voir une longue notice sur ce personnage dans le _Dict. of nat. biogr_., VII, 315. [1210] C'est le reproche habituel ; voy. _Chanson de la croisade contre les_ Albigeois, II, 351, note 2. [1211] D'après Rog. de Wendover (II, 206 ; cf. Math. de Paris, III, 13), Louis, averti que, s'il ne quittait pas l'Angleterre, l'excommunication prononcée contre lui par le légat serait confirmée par le pape, quitta l'Angleterre, pendant le carême, après avoir conclu une trêve qui devait durer un mois après Pâques. C'est alors, en mars 1217, que plusieurs seigneurs anglais, entre autres Guillaume de Salisbury et le fils aîné du Maréchal, quittèrent le parti de Louis pour celui du roi (Walter de Coventry, II, 235). Les actes de soumission de ces personnages nous sont par venus ; voir Petit-Dutaillis, ouvr. cité, p. 144, note. [1212] Surrey, au sud-ouest de Londres, sur la Tamise. D'après la suite des événements c'est en février que le Maréchal se serait rendu à Chertsey. Il est vrai que son itinéraire, tel qu'on peut le dresser d'après les chartes, ne mentionne aucun séjour dans cette localité à l'époque indiquée, mais du 22 au 25 le Maréchal était à Reading (Rot. litt. claus., p. 298) et le 27 nous le trouvons à Dorking. Il a dû presque inévitablement passer le 26 à Chertsey, qui était sur sa route. [1213] Sussex, à deux kilomètres de la mer ; Winchenetel, dans le texte, forme qui se trouve aussi dans le roman d'Eustache le Moine (édit. Fr. Michel, v. 1932, Vinceneset) et que l'éditeur explique bizarrement (p. 108) par Vincent, help. [1214] Sussex, l'un des « cinq ports », à l'est et tout près de Winchelsea. Il est établi, par des actes inédits que cite M. Petit-Dutaillis (p. 142, note), que les troupes royales occupèrent Rye, abandonné par les Français, vers la fin de février. M. Petit ajoute toutefois : « Les récits contenus dans l'Hist. de Guill. le Maréchal (v. 15771 à 15869) où le plan de ce guet-apens) ? (est attribué au comte de Pembroke, dans les Annales de Dunstaple (p. 48) et de Worcester (p. 407) et dans les chron. de Mailros (p. 130) et de Lavercost (p. 25) sont plus ou moins fantaisistes. » Aucune preuve n'est donnée à l'appui de cette opinion, qui, au moins en ce qui concerne notre poème, ne paraît pas fondée. [1215] Devant Winchelsea. [1216] On peut admettre que ce plan ait été conçu par le Maréchal, qui était alors la principale autorité du royaume, mais il ne paraît pas qu'il ait pris une part très active aux opérations, car le 27 février il était à Dorking et, dès le 7 mars, nous le trouvons à Farnham, en Surrey, sur la limite de Hampshire (Roi. Hit. clans., p. 299). Entre ces deux dates, ses mouvements ne nous sont pas connus. C'est dans cet intervalle qu'il a dû opérer contre les Français. [1217] Voir p. 210, note 6. [1218] Ce qui était regardé comme une malédiction ; voir, par ex., C han _son de la croisade des Albigeois_, vv. 8465, 8478, 8537. [1219] « Guillaume » est une correction probable (voir la note du v. 15828). Le texte porte _Alsemen_, forme évidemment corrompue. Un t Willelmus « de Ponte Arche » figure en de nombreux documents du temps ; voir la table des _Rot. litt. claus_. Ayant fait sa soumission au roi, ses terres lui furent rendues par lettres du 10 août 1217 (Roi. litt. clans., I, 318). [1220] Jean Fils Hugues paraît devoir être identifié avec un « Johannes Filins Hugonis » qui, par lettres royales du 24 juillet 1217 _(Rot. litt_. claus., I, 316 b), fut remis en saisine de la terre qui lui avait été enlevée lorsqu'il s'était retiré (vraisemblablement en 1215 ou en 1216) de la foi et du service du roi. [1221] Le poète écrivait peu d'années après la mort du Maréchal. [1222] Hugues Tacon d'Aubigni figure en plusieurs actes de Philippe-Auguste (Delisle, Cat. des actes de Philippe-Auguste, n° 1542 (1215), 1588 (1215), 1763 (1217). Il tirait probablement son surnom d'Aubignien-Artois, Pas-de-Calais, car sur son sceau (Douët d'Arcq, Collection de sceaux, n° 3666), il prend le titre de « dominus de Orrivilla. » Orville est dans l'arrondissement d'Arras. L'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre le nomme à diverses reprises parmi les partisans de Louis et le qualifie (p. 161) de « uns des barons de Flandres. » [1223] Le poète semble annoncer un récit qui, en fait, manque. Y a-t-il une lacune ? Nous ne voyons nulle part que la flotte anglaise ail été détruite, mais il est vrai qu'elle fut obligée de se retirer devant la flotte française venue de Douvres. Voir le récit de Y Hist. des ducs de Normandie analysé dans la note qui suit. [1224] La date de son départ ne peut être déterminée avec une parfaite exactitude. Rog. de Wendover (II, 206 ; cf. Math. de Paris, III, 13) dit que Louis passa la mer « tempore quadragesimali, » c'est-à-dire vers le milieu de février, le dimanche de la quadragésime tombant, en 1217, le 12 février ; mais, si on combine un passage de _l'Hist. des ducs de Normandie_ et des rois d'Angleterre où le retour de Louis est fixé au 22 avril, avec un passage du poème (v. 16034) où son absence est fixée à sept semaines et cinq jours, on est conduit à placer son départ vers le 27 février ; voir ci-après, p. 225, note 5. Cette date coïncide approximativement avec celle que Walter de Coventry (II, 236) assigne au départ de Louis, qu'il place « ante mediam quadragesimam. » En ce qui concerne les circonstances de ce départ, Rog. de Wendover ne fait aucune allusion aux difficultés qu'éprouva Louis à quitter l'Angleterre. Mais l'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (p. 183-187) fait un récit qui, en somme, s'accorde avec le poème, bien que différent dans les détails : Louis se rend à Winchelsea (= poème, 15768) ; les bourgeois de cette ville brisent leurs moulins, et, s'étant embarqués sur des navires, vont rejoindre Philippe d'Aubigni à Rye. Louis et les siens sont en grande détresse à Winchelsea, n'ayant pas les moyens de moudre leur blé. De Londres viennent à leur secours plusieurs seigneurs français, entre autres Hugues Tacon (= poème, 15850). Ils s'arrêtent à Romney (Kent), d'où ils envoient des messagers en Boulonnais, avec mission de rassembler une flotte pour venir au secours de Louis. Cette flotte aborde à Douvres, où, pendant quinze jours, elle est retenue par des vents contraires. Enfin, elle peut mettre à la voile et aborde à Winchelsea, après avoir forcé à la retraite les navires anglais qui barraient le passage. Louis s'empare de Rye (= poème, 15860), où il trouve des vivres dont il avait grand besoin, et de là part pour la France, où il séjourne jusqu'après Pâques. D'après cette chronique, Louis se serait embarqué pour la France sur la flotte de secours ; d'après le poème (15868), il serait allé s'embarquer à Douvres, ce qui semble moins naturel. [1225] Sussex. C'est un petit port situé à quelques kilomètres à l'ouest de Brighton, qui n'existait pas en ce temps-là. [1226] Guillaume, le fils aîné du Maréchal. [1227] Le poète ne dit pas que jusqu'à ce moment le jeune Guillaume et le comte de Salisbury avaient tenu le parti de Louis : « En cele demeure que Looys fist en France empira moult sa besoigne en Angletierre, car Guillaume » Longhe-Espée, li cuens de Salesbieres, se torna encontre « lui deviers le jovene roi son neveu, et Guillaumes li jovenes Marest chaus et pluiseur autre » (Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 187). Devenu roi, Louis garda rancune au jeune Maréchal de cette défection, et, en 1224, ce seigneur ayant été envoyé en ambassade auprès de lui, il refusa de le recevoir, le considérant comme coupable de trahison (Liber de antiquis legibus (Camden Society), p. 205). [1228] Knepp Castle (_La Kenape_, dans le texte, v. 15886), Sussex ; lieu appelé dans les documents Cnappe, Knappe, La Cnappe, voir l'index des Rot. titt. pat. Knepp Castle est à une quinzaine de kil. au nord de Shoreham, entre ce port et Farnham où se rendait le Maréchal. [1229] Hyde abbey, ou New Minster, monastère de Bénédictins à Winchester ; voir _Mon. anglic_., n e w. ed., II, 427. [1230] Devant Farnham. [1231] Alresford est à peu de distance de Winchester, sur la route qui mène à Farnham. Le texte porte la leçon inintelligible _Aurefobest_ (v. 15914). [1232] La prise de Farnham par les Anglais est relatée dans l'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, qui ne dit rien du Maréchal à cette occasion. Mais nous voyons par la même chronique que cet événement eut lieu alors que Louis était encore en France, d'où il ne revint qu'après Pâques, c'est-à-dire après le 26 mars. Or, nous avons un assez grand nombre d'actes qui constatent la présence du Maréchal à Farnham du 7 au 12 mars. C'est donc vers cette époque que cette ville fut prise. [1233] On verra plus loin qu'il y avait à Winchester deux châteaux. L'un, le plus fort, avait été construit par Guillaume le Conquérant ; l'autre appartenait à l'évêque. [1234] D'après la correction proposée au v. 15986. Southampton est, en effet, mentionné par L'Hist. _des ducs de Norm_. et des rois d'Angl. (p. 189) avec Winchester, Marlborough et Montsorel li (sera question plus loin de ces deux dernières places) au nombre des châteaux repris par les Anglais. [1235] Le texte parle du butin qui fut fait à la prise de la ville, sans dire toutefois que cette ville fut Winchester. Il est probable qu'il manque quelques vers après le v. 15990. La prise de Winchester dut avoir lieu dans la seconde quinzaine de mars, car le Maréchal est témoin à un grand nombre d'actes royaux passés à Winchester du 14 mars au 25 avril. W. de Coventry (Stubbs, II, 336) dit seulement que Marlborough, Farnham, les châteaux de Winchester et de Chichester furent repris par les Royaux après le départ de Louis pour la France. [1236] On a vu plus haut, p. 209 (v. 15072-96), que le roi Jean avait repris Rochester sur les rebelles ; mais Louis s'en était emparé de nouveau (_Hist. des ducs de Norm_. et des rois d'Angl., p. 171). [1237] Le poète se réfère au récit qu'il a mis en vers. De même plus haut (v. 15909) : « Tant me fait li escriz entendre. » [1238] Le 31 mars. [1239] Nous savons par _l'Hist. des ducs_ de Norm. (p. 188) que Louis s'embarqua à Calais « le venredi devant le mois de Pasques. » Le texte de l'édition porte « devant le jour », mais il faut substituer au mot jour le mot mois qui est donné en variante. Pâques tomba, en 1217, le 26 mars. Il est de toute impossibilité que Louis se soit embarqué le vendredi saint, 24 mars, date que donnerait le texte de l'édition, mais la substitution très légitime de mois à jour fixe la date de l'embarquement de Louis au vendredi de la quatrième semaine après Pâques (mot à mot « le vendredi avant l'achèvement du mois qui suivit Pâques >), c'est-à-dire au vendredi 21 avril. Dès lors, la concordance des dates et des événements est parfaite. C'est vers cette date qu'expirait la trêve, qui, on l'a vu plus haut (p. 219, note 6), devait durer jusqu'à la fin du mois suivant Pâques. Parti le 21 avril, Louis débarqua à Sandwich le lendemain 22. La date du départ de Louis pour l'Angleterre est fixée par d'autres témoignages au 22 avril, ce qui est une différence insignifiante ; voir Petit-Dutaillis, p. 146, note 2, qui, du reste, n'a pas remarqué que la leçon devant le jour de Pasques » devait être corrigée d'après la variante donnée au bas de la page. Si le chiffre de sept semaines et cinq jours donné par le poème est exact, et il n'y a guère lieu de le révoquer en doute, Louis avait dû quitter l'Angleterre le 27 février. [1240] De Marlborough. [1241] _l'Hist_. des ducs de Norm. et des rois d'Angl. (p. 190) dit que Louis attaqua, sans succès, le château de Farnham. Cette tentative aurait eu lieu le jeudi 27 avril : « L'endemain, au joesdi, vint Loys a Farnehem que il trova garni encontre lui… Et quant Loys vint a Fernehem, il c fist assaillir le castel. Si fu tantost li premiers bailes pris, mais li castiaus n'ot garde » (p. 190). [1242] Le comte de Nevers était venu rejoindre Louis en Angleterre le lendemain (23 avril) de l'arrivée de celui-ci [Hist., p. 189). Selon la même chronique Louis séjourna à Winchester, dirigeant la réparation des remparts, du dimanche 30 avril au jeudi jour de l'Ascension (4 mai). [1243] Louis se rendit d'abord à Londres, d'où il se dirigea vers Douvres, dont il commença le siège le 12 mai (« le vendredi devant le _Pentecouste_. d Hist., p. 192). Le poète est sans doute dans l'erreur quand il dit que la division de l'armée française en deux corps eut lieu au départ de Winchester. Elle eut lieu plus tôt, à Farnham, selon l'Histoire (p. 190). Selon Rog. de Wend. (II, 209), la colonne qui alla délivrer Montsorel fut formée à Londres. [1244] Le château de Lincoln était à ce moment assiégé par une troupe de partisans de Louis. Le siège avait commencé vers le milieu du carême (Walter de Coventry, II, 236). C'est à la requête des assiégeants, impuissants à réduire le château, que les Français, après avoir fait lever le siège de Montsorel, se rendirent à Lincoln (Rog. de Wend., II, 211 ; Hist., p. 194). [1245] Le 13 mai. Le Maréchal est témoin à des actes passés à cette date à Northampton. Les quatre jours précédents, il était à Oxford ; voy. Bot. litt. claus., I, 308 b. [1246] La guerre contre Louis était assimilée à une croisade contre les infidèles. [1247] On trouvera plus de détails sur la levée du siège de Montsorel (Mount- _Sorrell_, Leicester) dans Rog. de Wend., II, 211 (cf. Matth. Par., III, 17) et dans l'Histoire, p. 190-191. L'expédition qui fit lever le siège avait à sa tête le comte de Winchester et celui du Perche. Elle dut arriver le 3 mai devant Montsorel. [1248] 17 mai. [1249] Ils y passèrent trois jours, au rapport de Rog. de Wendover (II, 212), ce qui est exact, si on compte le jour de l'arrivée et celui du départ. Nous avons vu plus haut (p. 227) que le Maréchal se trouvait le 13 à Northampton. Nous savons (Rot. lilt. clam., II, 308 b) qu'il était le 16 à Oakham, à mi-chemin entre Northampton et Newark. Le poème nous apprend que l'armée conduite par le Maréchal arriva le mercredi 17 à Newark et en repartit (voy. plus loin) le vendredi 19. [1250] On considérait comme un grand honneur le privilège de porter les premiers coups en bataille. Dans Girart de Roussillon (§ 671 de ma traduction), ce droit est attribué aux Bretons. J'ignore sur quelle autorité se fondait la réclamation des Normands. Dans le roman de L'Escoufle (vv. 846-9) un seigneur normand demande pour ses hommes la faveur de porter les premiers coups, mais il ne la réclame pas comme un droit. [1251] Cf. Rog. de Wendover, II, 213. [1252] Torksey (dans le ms. Cortesie, par erreur, pour _Torkesie_) est un village du Lincolnshire situé sur le Trent, à environ quinze kilomètres au nord-ouest de Lincoln et à vingt-quatre kilomètres au nord de Newark. C'était autrefois une ville d'une certaine importance (Freeman, Norman Conquest, IV, 217). Au lieu d'aller directement de Newark à Lincoln, ces deux villes n'étant séparées que par une distance de vingt-cinq kilomètres environ, le Maréchal jugea à propos, pour des motifs stratégiques, de prendre une voie détournée. En procédant ainsi, il abordait Lincoln du côté ouest ou nord-ouest, quand les Français devaient s'attendre à le voir venir par le sud-ouest. En outre, il tournait le Fossdyke, canal antique qui couvrait la ville du côté du sud et mettait en communication le Witham, rivière qui passe à Lincoln, avec le Trent. Selon Roger de Wendover (II, 213), les Anglais, après avoir quitté Newark, se seraient arrêtés la nuit, non pas à Torksey, mais à Stow, village situé à quelques kilomètres au nord-est ' de Torksey (voy. Pegge, Account of the baille of Lincoln, dans 1' Archxologia, VIII (1787), p. 201). L'esquisse ci-jointe permettra de se rendre compte de la marche des troupes royales. [1253] 20 mai. [1254] Il était, selon Rog. de Wendover (II, 212), in opere martio eruc ditus. » [1255] En étendant leur front, les arbalétriers augmentaient l'espace qu'ils pouvaient couvrir par leur tir. [1256] Simon de Poissi était un chevalier français à qui Louis avait donné le château de Cambridge (llisl. des _ducs de Norm_., p. 182). On possède d'assez nombreux actes émanés de lui ou le concernant ; voy. Delisle, Cal. des actes de Ph. -Aug., 1008 (1206), 1404 (1212 ou 1213), 1405 (id.), 1888 (1219), 2191 (1223). Deux sceaux de lui ou de son fils sont décrits dans Douët d'Arcq, Collection de sceaux, n° 3258, 3259 (actes de 1229 et de 1230). Guillaume Le Breton, dans sa chronique (§ 223), l'appelle Simo Pisstanita. [1257] R. de Wendover (II, 214) donne plus de détails sur cette reconnaissance. Il dit notamment que les Français, trompés par le nombre des bannières, s'exagérèrent l'effectif des combattants, et, par suite, renoncèrent à attendre les Royaux en rase campagne. [1258] Geffrei de Seriant (dans les documents latins _de Serlande_ ou de Serlaunde) était, depuis les dernières années du règne de Jean, gardien du château de _Salvata_, dans le comté de Northampton, lieu que sir Th. Duffus Hardy n'a pas réussi à identifier (Itin. of ktng John, dans les Rot. litt. pat.,) I. On trouvera de nombreuses mentions de ce personnage dans les divers recueils d'actes des rois Jean et Henri 111. [1259] Sans doute la porte de l'ouest, maintenant murée. [1260] Le château de Lincoln « estoit en la garde d'une dame que on apeloit madame Nichole, qui le devoit garder par iretage, et elle le garda molt loiaument » (Hist. des _ducs de Norm_., p. 182). C'était Nicole de la Haie (_de Haia_), veuve de Gérard de Canville (sur lequel voy. plus haut, p. 125). Celui-ci avait obtenu de Jean la garde du château de Lincoln, alors que Richard était en Palestine. Il en fut dépossédé au retour du roi, mais il l'obtint de nouveau à l'avènement de Jean. Il mourut vers 1215. Sa veuve fut récompensée de l'énergie dont elle avait fait preuve pendant le siège de Lincoln par le don de terres confisquées sur Guillaume de Huntingfield, partisan de Louis (voy. Dict. of nat. Biography, art. Canville [Gerald of]). Des lettres en date du 26 novembre 1217 l'avaient autorisée à lever une aide sur ses chevaliers et tenanciers libres pour payer les dettes qu'elle avait contractées pendant le siège (Rot. tilt. claus., p. 344). M. Petit-Dutaillis a publié sur Nicole de la Haie une notice substantielle dans les _Mélanges Julien Havet_ (Paris, Leroux, 1895), p. 371-380. [1261] Le texte est obscur, probablement par la faute de l'auteur, qui sans doute ne connaissait pas la topographie de Lincoln et a pu mal comprendre les renseignements qui lui ont été fournis. Il faut, pour se peut pas s'agir d'une porte du château, puisqu'au moment où l'évêque fait cette découverte il est déjà hors du château. C'était donc une porte pratiquée dans un des murs de la cité. Mais nous ne voyons pas qu'il y eût entre le château et la cité d'autre mur que celui du château. Il pouvait bien y avoir un mur devant la cathédrale, en face la porte orientale du château, et autour du palais épiscopal, situé au sud de la cathédrale, et il semble en effet, d'après ce qui suit (v. 16528 et suiv.), que la porte débloquée donnait accès à ce palais, mais on ne s'explique pas comment les Royaux auraient pu, sans être inquiétés, y percer une ouverture. La difficulté est la même si on suppose que la porte murée était pratiquée dans le mur occidental de la ville basse, au pied du château, et, de plus, on ne voit pas quel avantage les Royaux auraient eu à conduire leur attaque de ce côté. [1262] Ces paroles donneraient à croire que la porte murée était pratiquée dans le« mur du palais épiscopal. [1263] L'attaque dirigée par Faukes de Bréauté est contée par Rog. de Wendover (II, 215-6) avec plus de détails. Ayant pénétré dans le château avec les arbalétriers, il fit de là pleuvoir une grêle de traits sur les Français ; puis il fit une sortie dans la ville : entouré par des troupes supérieures en nombre, il fut fait prisonnier, mais, peu après, les arbalétriers réussirent à le délivrer. Pendant ce temps, le reste de l'armée royale pénétrait par la porte du nord. Si les choses se sont ainsi passées, l'attaque dirigée par Faukes, bien qu'ayant été repoussée, servit du moins à créer une diversion utile. [1264] Sans doute ceux que conduisait Faukes de Bréauté (voy. plus haut). [1265] Il y a probablement ici une lacune (voy. la note du v. 16576). [1266] C'était, semble-t-il, le cri de guerre du Maréchal ; cf., plus haut, vv. 5862, 6226. [1267] Ce vœu semble indiquer qu'au moment où le poète composait, Guillaume Longuépée était récemment décédé. Or, il mourut au commencement de l'année 1226 (Rog. de Wendover, II, 297 ; Math, de Paris, III, 104). [1268] Ce moutier, dont il sera de nouveau question plus loin, ne peut être que la cathédrale située tout près du château. [1269] Le poète ajoute (16766-7) que le comte du Perche mourut lorsqu'on lui retira la lame de l'œil. Mais cette assertion est en contradiction avec ce qui précède, puisque le comte n'avait apparemment pas une lame d'acier dans l'œil au moment où il porta trois coups successifs au Maréchal. Les détails que le poème donne sur la mort du comte du Perche sont en partie nouveaux (cf. Rog. de Wendover, II, 216 -, Math. de Paris, III, 21-2). Guillaume Le Breton _[Chron_., I 223 ; Phil., XII, 708) et _l'Hist. des ducs de Norm_. (p. 194) se bornent à une simple mention. [1270] Il n'est dit nulle part ailleurs que l'auteur de la mort du comte ait été ce Reinal Croc. Mais le même personnage est mentionné par Rog. de Wendover comme l'un des deux seuls combattants de l'armée royale qui aient succombé dans cette bataille : « Reginaldus etiam cognomento Crof eus, miles de familia Fulcasii (Faukes de Bréauté), vir strenuus, ibi interfectus est et apud abbatiam de Crocstune honorifice sepultus » (Rog. de Wendover, II, 217 ; cf. Math. de Paris, III, 23). [1271] Il y a plusieurs lieux du nom de Montigni dans le Calvados. Ils'agit probablement ici de Guillaume de Montigni, fils de Richard, qui figure dans les Magni rot. scacc. Norm. (S tapie ton, II, 130). [1272] Ropley, Hampshire ? Un Robertus de Roppelé » figure, en 1214, parmi les témoins de la charte du roi Jean relative à la trêve conclue avec Philippe-Auguste, en septembre 1214 (Teulet, Layettes du Trésor des chartes, I, 406 b). On a beaucoup d'actes le concernant ; voir la table des Rot. litt. clans., I. Il est mentionné par Rog. de Wendover (II, 217 ; cf. Math. de Paris, III, 22) au nombre des prisonniers faits à Lincoln. Il avait pourtant été un des fidèles de Jean, car il figure au nombre des conseillers de ce prince dans le préambule de la Grande charte. [1273] Les Français durent se retirer vers la ville basse, par Steep Hill et High Street, ce qui les amenait en effet à Wigford, quartier situé au sud de la ville, sur la rive gauche de la rivière. Saint-Mary-le-Wigford est tout près de la station du Great-Northern. [1274] Il y a ici (vv. 16789-16806) un dialogue entre le Maréchal et son fils aîné qui se rattache mal à ce qui précède ; peut-être y a-t-il une lacune entre les vv. 16788 et 16789. [1275] La cathédrale. [1276] Les Français étaient donc remontés vers le château par le chemin qu'ils avaient suivi dans leur mouvement de retraite. [1277] Voy. ci-dessus, p. 143, note 3. [1278] Sûrement High Bridge, pont très ancien sur le Witham, au sud de la ville, et traversé par High Street. [1279] L'auteur paraît vouloir dire qu'avant ce moment ils avaient chevauché sur la terre battue dans les rues de Lincoln. [1280] L'occasion de faire acte de chevalier. [1281] Cette expression rappelle les « vautances de l'ostel » du v. 907. [1282] J'omets un long développement sur les conditions et les mérites de la chevalerie. [1283] Il était frère d'un Roland Bloët dont il sera question plus loin (v. 17766). Il obtint, en 1218, moyennant finance, la garde de la terre de Roger de Meisy, qui avait été confiée à son frère Roland par le roi Jean _(Rot. litt. clans_., I, 294 b, 335, 354). Un Guillaume Bloët figure dans une pièce publiée par Madox, Formulare anglicanum, n° 298. [1284] Voy., sur ce personnage, Dugdale, Baronage, I, 686-7. On suppose que le surnom de la famille était tiré de Cuinchy-lez-la-Bassée, arr. de Béthune, cant. de Cambrin. [1285] Un personnage du même nom paraît, dans une liste de chevaliers anglais, au v. 4615 (ci-dessus, p. 56, n. 8), mais il est douteux que ce soit le même. Celui-ci figure comme témoin, après le comte de Winchester ^ comme ici), dans une charte de Louis, datée du 21 novembre 1216, qui a été mentionnée plus haut, p. 219. Le roi Jean l'avait nommé gardien du château de Hertford en 1202 _(Rot. litt. pat_., I, 17 b). [1286] Deux listes plus étendues des prisonniers faits à Lincoln ont été données l'une par Rog. de Wendover (II, 217 ; cf. Math. de Paris, III, 22), l'autre par l'auteur de _l'Hist. des ducs de Norm_., p. 194. Robert de Quinci, qui était fils de Sahier de Quinci, comte de Winchester, n'est pas nommé dans la première ; mais on lit dans la seconde : « Li cuens de Winciestre fu pris et Robiers ses fils, ki mout fu biaus bacelers. » Robert était le fils aîné du comte de Winchester. Tous deux moururent en 1220, le fils avant le père. Voy. Math. de Paris, III, 60, et l'addition du manuscrit C, publiée en note, où il est dit en parlant de Robert « quo non, ut creditur, fuit in mundo miles speciosior », ce qui est à rapprocher du témoignage précité de _l'Hist. des ducs de Normandie_. [1287] L'hôpital des Saints-Innocents (Dugdale, Monasticon, VI, 627), situé hors la ville, près de la porte dont il va être question. [1288] Bargate, à l'extrémité méridionale de la ville. Lincoln s'étend en longueur du nord au sud ; il y a plus de deux kilomètres du château à Bargate. [1289] Cet accident est rapporté autrement par Rog. de Wendover. Selon cet auteur (II, 216-7 ; cf. Math. de Paris, III, 22), le fléau de la porte se fermait automatiquement après chaque ouverture, de sorte que les chevaliers étaient obligés de descendre de cheval l'un après l'autre pour le faire basculer et ouvrir la porte. — La porte dont il est ici question était sûrement _Great Bargate_, à l'extrémité sud de High Street. Elle communique avec un pont qui passe sur un fossé dont le nom est _Sincil dyke_ et qui, en réalité, n'est qu'un bras de la rivière Witham. [1290] Le poète ajoute au sujet du châtelain d'Arras : « Celui qui vint chasser les rats aux dames qui vinrent à Londres pour se rendre à eux (aux Français) ; » plaisanterie peu claire qui a son origine dans un jeu de mots sur le nom d'Arras. On sait que cette ville portait trois rats dans ses armes. « De cels d'outremer n'en eschaperent que trois haut home : de ces trois fu li uns Symons de Poissi, et li aultres Hues li castelains d'Arras et li tiers Wistasses de Merlingehem, qui connestables esloit de Boulenois. » _Hist. des ducs de Norm_., p. 195. [1291] Holland est le nom d'un district du Lincolnshire qui forme la partie sud-est de ce comté. Le pont de Hollande, actuellement Bridgend, est situé dans la paroisse de Horbling, entre ce village et Donington, sur la chaussée connue sous le nom de Holland Road, à la limite du Kesteven (l'un des districts du comté de Lincoln) et du Holland. Toute cette région était autrefois un vaste marais. L'ancien nom de Bridgend était Holland's Priory. [1292] Richard de Samford, probablement frère de Hue de Samford, mentionné plus haut v. 9422 (ci-dessus, p. 120), fut au nombre des chevaliers qui, lors du traité avec Louis, furent rétablis dans les possessions qu'ils avaient avant la guerre. On trouvera dans les Rot. litt. claus. (I, 321) b des lettres datées de Kingston en septembre 1217, et adressées au vicomte de Lincoln à ce sujet. — Il y a dans le Formulare anglicanum de Madox (n* cxlii) une convention entre Richard de Samford et un certain Benoît Pernaz où est nommée la femme de Richard. Elle s'appelait Mathilde de Bayeux. L'acte est de 1199. Il s'agit peut-être du père de celui qui figure dans le poème. [1293] Voy. p. 229-230. [1294] Il faut se souvenir que Louis et ses partisans avaient été excommuniés par le légat (voy. p. 228). [1295] On voit que le Maréchal désirait ne pas compromettre par de nouvelles entreprises les succès obtenus et qu'il tendait par-dessus tout à faire la paix. R. de Wend., Il, 219 (cf. Math. de Paris, III, 24) : « Omnibus igitur in hune modum consummalis, precepit Willelmus Marescallus castellanis omnibus ut cum prisonibus suis redirent ad propria, eosque sub arcta servarent custodia donec de illis regis volunc tatem audirent. » [1296] Voy. p. 220, d. 1. Le Maréchal est à Chertsey ou dans les environs du 6 au 23 juin. [1297] Selon le texte imprimé de l'_Hist. des ducs de Norm_., p. 195, la nouvelle de la défaite de Lincoln serait parvenue à Louis « le joesdi apriès la Pentecouste. » Il y a là une erreur évidente, qui du reste a déjà été faite à la page précédente où elle est corrigée par une variante donnée en note : Pentecouste a été écrit au lieu de Trinité. C'est le 25 mai. [1298] Ces paroles de Philippe-Auguste sont assurément d'une authenticité contestable. Elles ont toutefois beaucoup plus de vraisemblance que celles que lui prête dans la même circonstance Mathieu de Paris. Selon cet écrivain, quand le roi eut appris la situation critique où se trouvait son fils, il aurait dit : « Nonne adhuc vivit W. Marescallus ? » et, sur la réponse affirmative qui lui fut faite, il aurait repris : « Non ergo timeo de filio meo. » Le chroniqueur ajoute : « unde W. Marescallus post haec semper notatus fuit de proditione » (III, 25-6). Cette petite scène a été intercalée par Mathieu dans le récit de R. de Wendover. Si elle n'est pas de pure invention, elle ne peut se fonder que sur un malentendu. La loyauté du Maréchal était proverbiale et n'a jamais été suspectée par les contemporains. Mais les bruits calomnieux dont Mathieu de Paris s'est fait l'écho se répandirent bientôt après sa mort ; voy. Petit-Dutaillis, _Étude_, p. 170, note. [1299] C'est peu probable. Le roi Jean était mort depuis sept mois ; Philippe ne pouvait guère l'ignorer. [1300] Blanche de Castille, femme de Louis. On sait d'ailleurs qu'elle déploya une grande activité pour venir en aide à son époux ; voy. R. de Wend., II, 221 ; Hist. des _ducs de Norm_., p. 198, et les curieuses paroles que lui prête le Ménestrel de Reims, éd. N. de Wailly, g 301. Cf. E. Berger, Hist. de Blanche de Castille, p. 28. [1301] Robert de Courtenai, seigneur de Champignelles (Yonne), bouteiller de France depuis 1223. Il prit part à la croisade contre les Albigeois (voy. ma traduction du poème de la croisade albigeoise, p. 80, n. 1). Il accompagna Thibaut, comte de Champagne, dans son expédition outre mer et y mourut en 1239 (Alb. de Trois-Font., dans Bouquet, XXI, 625 h) ; cf. Du Bouchet, Hist. généal. de la maison de Courtenay, p. 109-117. [1302] On sait que cet aventurier avait été au service du roi Jean et que partout il s'était signalé par sa cruauté et sa fourberie. Il a été composé sur lui, peu après sa mort, un poème, qui paraît incomplet dans le seul ms. qu'on en possède, et qui a été publié en 1834 par Fr. Michel. Cet éditeur a réuni sans beaucoup d'ordre, dans sa préface, la plupart des témoignages historiques (tirés de chroniques et de chartes) qu'on possède sur ce personnage. Ces divers documents n'ont pas encore été mis en œuvre. Une nouvelle édition du poème, parue récemment en Allemagne, n'ajoute rien à ce qu'on savait par la préface de Fr. Michel (voy. _Romania_, XXI, 279), et le poème lui-même n'a pas encore été étudié avec critique. _L'Hist. des ducs de Norm_. confirme le récit de notre poème et y ajoute quelques détails : « En la nef Eustache le Moine entra Robiers de Courtenay et Wistasses li Moines o lui etc Raous de la Tourniele, li boins chevaliers, qui puis fu ocis el service Diu devant la cité de Toulouse, et Guillaumes des Bares, le boin chevalier et le bien entechié… » (p. 200-201). Le roman d'Eustache le Moine, qui raconte très sommairement le combat naval dans lequel Eustache trouva la mort dit aussi (v. 2267) que Raoul de la Tournellc était avec Eustache ; mais ses autres compagnons n'y sont pas mentionnés. Voir aussi la chronique de Melrose, dans Bouquet, XIX, 261 c. [1303] On fête les saints le jour anniversaire de leur mort. [1304] Le Maréchal était à Oxford dans la première quinzaine d'août. Le 14 il est à Reading, le 16 à Farnham, d'où il dut se diriger vers Sandwich, où il se trouvait le 24 (Rot. UU. claus., p. 317 6 à 320a). [1305] Il semble que le poète ait eu à sa disposition deux récits qu'il n'a pas su fondre, car il va recommencer le récit de la bataille navale sans la rattacher à la première action qu'il vient de conter et dans laquelle les Anglais auraient éprouvé un moment de panique. En réalité, il paraît bien que les marins anglais furent d'abord effrayés en voyant combien la flotte française était supérieure à la leur. C'est ce que constate Roger de Wendover : c… Pirata regis Anglorum, ex obliquo venientes, recensitx « sunt in parte adversa naves quater vigenti ; quapropter timuerunt bellum conserere cum navibus paucis, quae, inter galeias et naves alias, numerum quadragenarium non excesserunt ; sed tandem de casu qui apud Lincoln iam acciderat, in quo pauci de multis triumpharunt, animati (_c'est ce que dit le Maréchal, vv_. 17316 et suiv.), audactera tergo irruerunt in hostes » (II, 221). Il est du reste fort naturel qu'il ait circulé, au lendemain même des événements, des récits plus ou moins divergents d'une victoire aussi éclatante. Mathieu de Paris nous en fournit la preuve. On sait que cet historien reproduit jusqu'à l'an 1235, dans sa grande chronique, les _Flores historiarum_ de Roger de Wendover, se bornant à intercaler çà et là quelques mots ou quelques lignes de son cru. Or, à la suite du récit de Roger, Mathieu insère (III, 28-29) un récit différent de la bataille, où l'initiative de l'attaque est attribuée à Hubert du Bourg (qui eut certainement une grande part dans la direction du combat), tandis que le Maréchal est représenté s'opposant à toute offensive sur mer. [1306] Guillaume, comte de Varenne et de Surrey, fils de Hamelin de Varenne, sur lequel voy. plus haut, p. 164, note 8. Il eut la garde de divers châteaux, et notamment, depuis 1216, celle des Cinq ports. En 1225, il épousa, en secondes noces, Maude, fille du Maréchal, veuve de Hugues Bigot, comte de Norfolk (ci-dessus, p. 207, note 2). Il mourut en 1240 (Dugdale, Baronage of England, I, 77). [1307] Voy. p. 214, note 3. [1308] L'auteur fait probablement allusion à l'arrivée à Douvres d'une flotte française peu de jours après la bataille de Lincoln. La flotte anglaise avait tenté de s'opposer au débarquement, mais sans succès (voy. _l'Hist. des ducs de Norm_., p. 195-6). [1309] A Lincoln. [1310] Sorte de poisson plat ; voy. ce mot au glossaire. [1311] Il paraît bien que ce fut aux habiles dispositions prises par Hubert du Bourg que les Royaux durent leur victoire ; voy. l'article très approfondi du Dictionary of National biography sur ce personnage, notamment p. 316. [1312] Locution fréquente empruntée au jeu d'échecs. [1313] Le trésor envoyé par le roi Philippe-Auguste (voy. _Récits d'un_ ménestrel de Reims, éd. de Wailly, § 302). [1314] Guillaume V, châtelain de Saint-Omer depuis 1192 environ jusqu'en 1247 (voy. Giry, _Les Châtelains de Saint-Omer_, dans la Bibl. de l'Éc. des chartes, XXXV, 350). [1315] Thibaut VI, comte de Blois et de Chartres depuis 1205, mort en 1218 (Art de vérifier les dates, II, 622). Sa participation à cette expédition est attestée par un des continuateurs de Guillaume de Tyr (Hist. _occid. des croisades_, II, 321), et par les _Récits d'un ménestrel de Reims_ (éd. de Wailly, § 295). D'après ce dernier ouvrage, ce personnage, désigné par son titre de comte de Chartres, aurait fait partie de la première expédition de Louis, ce qui n'est pas exact. [1316] Voy. ce mot au glossaire. [1317] Les détails du combat varient selon les historiens, mais le stratagème consistant à jeter sur l'adversaire de la chaux en poudre est conté en divers récits (R. de Wend., Il, 222 ; Hist. des ducs de Norm., p. 201-2 ; _le Roman d'Eustache le Moine_, vv. 2290 et suiv.). Il était en quelque sorte classique. Dans le dernier chapitre du _De re militari veterum_ de Gilles de Rome, on lit : « In navali bello hec est cautela adhibenda seu attendenda ut de calce alba pulverisata habeant multa vasa plena, que ex alto sunt proicienda in naves hostium, quibus ex impetu projectis et fractis, elevatur pulvis… et subintrat hostium oculos, et adeo offendit eos, ut quasi videre non possint » (Hahn, Collectio monumentorvm _veterum ac recentium ineditorum_, I, 67). [1318] On savait, par le _Roman d'Eustache le Moine_ (v. 1268), que Raoul de la Tournelle (sur lequel voy. ci-dessus, p. 242, note 2) était dans la nef d'Eustache. [1319] « Et Wistasses li Moines ot la tieste trenchée, si li trencha un maronniers que on apieloit Estievene Trave (_var_. Crave) qui longhement ot esté a lui » (Hist. des ducs de Norm., p. 202). Le même nom, sous la forme d' « Estefne Crabbe, » est donné par le _Polistorie_ de Jean de Cantorbéry, chronique française compilée à Cantorbéry après 1313 et qui contient, particulièrement en ce qui concerne la bataille de Sandwich, beaucoup de fables (voy., sur cette chronique, _Histoire littéraire_, XXVIII, 480-6). Fr. Michel en a extrait (_Roman d'Eustache le Moine_, p. xxxvi) le passage qui concerne cette bataille. Selon R. de Wend. (II, 222), ce serait Richard, fils naturel du roi Jean, qui aurait lui-même coupé la tête à Eustache. [1320] Notre auteur agit prudemment en ne prenant point la responsabilité de cette évaluation peut-être exagérée. Il est certain toutefois que les pertes subies par les Français furent très considérables (voy. R. de Wend., II, 222 ; Hist. des ducs de Norm., p. 202). [1321] Voy. plus haut, p. 244. [1322] Fr. Michel a groupé, dans une longue note de son introduction au Roman d'Eustache le Moine (p. xxxviii et suiv.), les données fournies par les historiens modernes sur la fondation de l'hôpital de Saint-Barlhélemi à Sandwich, hôpital qui existe encore. Selon certains d'entre eux, il aurait été fondé en 1190 ; aucun ne rapporte cette fondation à la bataille navale gagnée par les Anglais le 24 août, jour de la Saint-Barthélemi. Mais Fr. Michel a cité également un long passage du _Polistorie_ de Jean de Cantorbéry, où il est déclaré formellement que l'hôpital fut fondé en mémoire de la bataille du 24 août. En présence du témoignage concordant et contemporain fourni par le poème, il ne peut subsister aucun doute sur ce point. [1323] Sorte de marmotte (le souslic), dont la fourrure était précieuse ; voy. Du Cange, Cismos. [1324] C'est le nombre des chevaliers pris dans la nef de Bayonne, que montait Eustache le Moine (v. 17458). [1325] Si, comme le poète semble l'indiquer, le Maréchal accompagna les prisonniers à Douvres, il dut se trouver dans cette ville entre le 30 août et le 4 ou le 5 septembre. En effet, il était à Sandwich le 28 août et à Cantorbéry le 29 (Rot. lut. clam., I, 320). Ensuite on le trouve à Chertsey (Surrey) le 6 septembre et jours suivants (ibid.). C'est dans l'intervalle qu'il dut se rendre à Douvres. [1326] Pour la date, voy. p. 248, note 5. [1327] D'après l'Hist. des ducs de Norm., p. 202, les négociations auraient commencé, du côté de Louis, dès le 28 août. Cette chronique est le document qui fournit le plus de détails sur les préliminaires de l'accord par suite duquel Louis dut renoncer à ses prétentions sur l'Angleterre. [1328] Ils ne furent cependant pas sacrifiés. Le traité de paix spécifia que leurs châteaux, leurs biens, leurs droits leur seraient rendus. Il y a dans les Rot. _lut. claus_. une quantité d'actes réintégrant dans leurs possessions les Anglais qui avaient pris le parti de Louis. Du reste le poète va ' le dire à la fin du paragraphe. [1329] 15,000 marcs selon G. Le Breton (I, 314), 17,000 selon L'Hist. des ducs de Norm., p. 204. Voy. Petit-Dutaillis, _Étude_, p. 176. [1330] Kingston-upon-Thames, rive droite de la Tamise. Selon l'Hist. des ducs de Norm., l'accord aurait été conclu dans l'île en question le mardi 5 septembre, et l'absolution de Louis et des siens aurait été prononcée au même lieu le lendemain (p. 204-5). Le traité (Rymer, I, 74) est du 11 septembre. — Selon R. de Wend. (II, 224 ; cf. Math. de Paris, III, 30), les conférences auraient eu lieu près de Staines, à l'ouest de Kingston, en remontant la Tamise. On pourrait concilier ces deux témoignages en supposant que les conférences commencèrent à Staines et que la paix fut définitivement conclue à Kingston. Il y a dans la Tamise, entre Kingston et Staines, plusieurs Îles, et il n'est pas possible de déterminer celle où le traité fut conclu. On voit par les Rot. lilt. clans, que le Maréchal était à Chertsey, sur la rive droite de la Tamise, du 6 au 10 septembre ; puis, du 13 au 19, on le trouve à Kingston. [1331] Les historiens ne font pas mention de cette humiliante condition ; voy. les textes cités par M. Petit-Dutaillis, Étude, p. 172. [1332] Louis s'embarqua vers la Saint-Michel, 29 septembre (voy. G. de Coventry, II, 239). [1333] Le départ de Louis eut lieu vers la Saint-Michel (29 septembre) selon W. de Coventry, II, 239. [1334] Monmouthshire, sur l'Usk. [1335] Il y eut en novembre 1217 des négociations à la suite desquelles Llewelyn fit hommage au roi ; voy. dans Rymer (p. 75) un sauf-conduit donné à ce prince le 18 novembre pour venir faire hommage au roi, et, à la date du 18 février 1218, un acte relatif à la même affaire. En mars 1218 (ibid.), Llewelyn rappelle qu'il s'est engagé, à Worcester, à remettre au légat Galon, pour le roi, les châteaux de Caermarthen et de Cardigan, et à décider les seigneurs gallois à faire hommage au roi. [1336] Ce personnage, souvent mentionné dans les rôles, avait pris le parti de Louis, car il fut fait prisonnier à Lincoln (R. de Wend., II, 217). [1337] Ce chevalier était l'un des fidèles du roi Jean qui lui avait confié la garde de Knep Castle, et lui ordonna ensuite de le brûler, par lettres du 13 juin 1216 _(Rot. litt_. pat., p. 187). Il était frère de Guillaume Bloët, mentionné plus haut, v. 16915. [1338] Le nom est corrompu : « Wat. _et muni_, » v. 17768. [1339] On lit dans le _Brut y Tywysogion_ (collection du Maître des rôles), à l'année 1217, que le Maréchal attaqua Caerleon et s'en empara, parce que les Gallois (Morgan n'est pas nommé) se refusaient à observer la trêve conclue par Louis. La chronologie de cette chronique est peu sûre ; le fait peut s'être passé en 1218 comme l'indique le poème. [1340] Il ne semble pas pourtant que le différend ait été dès lors terminé. Il dorait encore, ou du moins avait recommencé, en 1220, époque où on voit Morgan de Caerleon constituer deux _atournés_ chargés de soutenir sa cause contre Guillaume le Maréchal (fis du grand Maréchal) devant la cour du roi (Rot. litt. clans., p. 4366). [1341] Selon toute apparence, il y a ici une lacune. Le parlement auquel l'auteur fait allusion ne doit pas être celui de Worcester, mais c'est plus probablement celui qui fut tenu à Londres, « post festum Sancti Michaelis, » selon les Annales de Waverley (éd. Luard, II, 220), c'est-à-dire au commencement d'octobre 1218. A cette date, le Maréchal était à Westminster. Le 6 octobre, nous le trouvons à Dunstaple, mais, du 9 du même mois jusqu'au 10 novembre, il résida sans interruption à Westminster (_Rot. litt. claus_., I, 370-372 6, 380 6-381 b). [1342] Le texte semble indiquer que ce parlement dura jusqu'à la Chandeleur (2 février), mais cela paraît invraisemblable. [1343] Du 16 janvier au 24 février, le Maréchal est témoin à un grand nombre d'actes datés de Westminster. Puis, le 7 mars et jours suivants, nous le retrouvons à la Tour de Londres. [1344] Le dimanche de la Quadragésime tombait en 1219 le 24 février. C'est au plus tôt à cette date (voy. la note précédente) que le Maréchal se rendit à la Tour de Londres. [1345] Son fils aîné, Guillaume. [1346] Voy. ci-dessus, p. 181, note 2. [1347] Ce voyage dura plusieurs jours. Le Maréchal est encore à la Tour le 15 mars, mais le 24 nous le retrouvons à Caversham _(Rot. litt. clans_., p. 389 6). [1348] _Mongiu_ (v. 17939) ; c'est le Grand-Saint-Bernard, l'un des passages les plus fréquentés pour aller en Italie. [1349] C'est environ six mois avant l'arrivée du Maréchal à Caversham qu'eut lieu le remplacement de Galon par Pandolfe. La lettre du pape Honorius III, qui nomma ce dernier légat du saint-siège en Angleterre, est du 12 septembre 1218 (Honorii lll regesta, éd. Pressutti, n° 1621 ; Potthast, n° 5905). Cf. dans Pressutti, n- 1609, une lettre du 1" septembre ayant le même objet. [1350] Je ne trouve rien dans les historiens sur ce concile tenu à Reading. [1351] Voy. ci-dessus, p. 216-7. L'évêque de Winchester n'était en effet gardien du roi que par délégation. Dans les actes royaux, le Maréchal est toujours qualifié de « rector noster et regni nostri » ; chez Rog. de Wend. « regis et regni nostri rector » (II, 223). Cf. p. 216, note 3. [1352] Allusion probable à Jean son père. [1353] Lacune (voy. la note du v. 18123). [1354] Ci-dessus, p. 186, note 4. [1355] Il y a ici an nom corrompu (v. 18174). Il s'agit probablement de quelque localité du pays de Galles, où le Maréchal avait de grands biens et de turbulents vassaux. [1356] Voy. p. 207, note 1. [1357] Jeanne se maria après la mort de son père ; voy. ci-dessus, p. 208, note 1. [1358] Le Maréchal revint de terre sainte au commencement de l'année 1187 (ci-dessus, p. 83, note 3). [1359] Serait-ce _Upleadon_, comté de Gloucester, et au nord de cette ville ? On trouvera dans le _Monasticon anglicanum_ (VI, 821 a et 843 a) deux donations du comte de Pembroke au Temple, mais dans aucune il n'est fait mention du lieu ici indiqué. La seconde de ces donations doit dater de la maladie du comte, car l'abbé de Nutley, qui assistait à ses derniers moments, y apparaît comme témoin. [1360] C'était l'usage que le drap, généralement de soie ou d'une étoffe précieuse, qui avait servi à recouvrir le corps fût laissé en don à l'église où se faisait le service. Voy. les exemples cités dans Du Cange, sous pxlliom, V, 37, col. 1. [1361] Frère d'Alain et de Gilbert Basset ; voy. p. 143, note 3. [1362] Quelles lettres ? T a-t-il une lacune ? [1363] De Cantorbéry. [1364] Dans le texte « maître ». On a vo plus haut que le Maréchal lui avait remis la garde du roi et du royaume. [1365] De peur de le fatiguer. [1366] La femme de Hugues Bigot ; voy. ci-dessus, p. 184, note 2. [1367] Isabel ; voy. p. 207, note 4. [1368] Femme de Guillaume de Briouze ; ci-dessus, p. 207, note 6. [1369] Femme de Guillaume de Ferrières ; voy. p. 207, note 5. [1370] Guillaume, l'aîné des fils du Maréchal, la maria ; voy. p. 208, note 1. [1371] C'est toujours le fils aîné qui est ainsi désigné. [1372] On a vu plus haut, p. 44 (v. 3477 et suiv.), que le Maréchal savait chanter. [1373] Pièce à refrain ; voy. _Romania_, XIX, 36-40. [1374] Nutley ou Park Crendon, dans le comté de Buckingham, à peu de distance de Caversham, où résidait en ce moment le Maréchal. C'était un prieuré de chanoines réguliers de saint Augustin fondé en 1162. Guillaume le Maréchal avait obtenu, par charte du roi Jean (16 août 1201, la Réole), la collation du bâton pastoral de ce prieuré. Le prieur en fonctions en 1219 se nommait Edouard (Monaslicon Anglicanum, VI, 277-9). [1375] Le prieuré de Nutley ne figure pas au nombre des congrégations affiliées à l'ordre d'Arrouaise que Gosse énumère dans son Histoire de l'abbaye et de l'ancienne congrégation des chanoines réguliers d'Arrouaise (Lille, 1786), 2e partie, ch. m. Mais il est visible que cet auteur n'a eu sur les établissements religieux de l'étranger, où était suivie la règle d'Arrouaise, que des renseignements très incomplets. Rien n'autorise à révoquer en doute l'assertion du poème, dès que l'on sait que les religieux de Nutley suivaient, comme ceux d'Arrouaise, la règle de saint Augustin. L'abbé de Nutley, est-il dit ici, revenait du chapitre. Nous savons que le chapitre général de l'ordre d'Arrouaise se tenait à la Saint-Mathieu (24 février). Une lettre du pape Innocent III (9 décembre 1201) invite les archevêques, évéques, abbés et chanoines d'Irlande qui suivaient l'ordre d'Arrouaise à y envoyer un ou deux délégués (Gosse, p. 430). L'époque de l'année où se tenait ce chapitre concorde assez bien avec le moment où l'abbé de Nutley, revenant d'Arrouaise, visita le Maréchal. Cette visite doit en effet être placée au commencement de mai, puisque le Maréchal mourut le 14 de ce mois. [1376] Voy. ci-dessus, p. 248, note 3. [1377] Admettre quelqu'un en ses bienfaits ou en son bienfait, c'était, pour les personnes vouées à la vie religieuse, lui donner part aux mérites de leurs prières et de leurs bonnes œuvres. Cette expression est très fréquente au moyen âge. Du Cange : « Bbnepactuh, societas monacbica qua quis particeps fit orationum et bonorum operum monasterii. » [1378] Le Maréchal veut-il parler des terres de Normandie, qu'il tenait du chef de sa femme (voy. p. 120, note 4, et 177, note 1), ou de sa terre d'Irlande ? [1379] L'abbé d'Arrouaise était à ce moment Jean II (1209-1224) ; voy. Gosse, Hist. d'Arrouaise, p. 152-3. [1380] En 1219, la Pentecôte tombait le 26 mai. [1381] Le 13 mai. [1382] C'était une croyance répandue au moyen âge que l'âme, avant de se séparer du corps, pouvait avoir la vision du sort qui lui était réservé. Ainsi on lit au commencement de la légende latine du Purgatoire de saint Patrice (Colgan, Acta Sanctorum veteris et majoris Scotix s eu Hibernlx. Lovanii, 1647, II, 273 ; cf. Ed. Mail, dans les Romanische Forschungen, VI, 144) : « In multis enim exemplis quae proponit [papa Gregorius], ad exituin aniioarum, angelorum bonorum sive malorum prssentiam adesse dicit ; qui animas pro meritis vel ad tormenta pertrahant, vel ad requiem perducant. Sed et ipsas animas, adhuc in corpore positas, ante exitum multa aliquando de his quae ventura sunt super eas, sive ex responsione conscientiae interioris, sive per revelationes factas, prasscisse fatetur. » [1383] 14 mai. [1384] L'eau de rose était employée en lotions comme fortifiant ; voy. _Roman de la Violette_, éd. Fr. Michel, p. 120. Cf. Le Grand d'Aussy, Hist. _de la vie privée des Français_, éd. Roquefort (1815), II, 244. * [1385] Il s'agit de l'absolution pontificale, comportant indulgence plénière. [1386] Il fut cousu dans un cuir de taureau, à ce que rapporte Math, de Paris, sous l'année 1245 (Chron. maj., éd. Luard, IV, 495). [1387] Restitution conjecturale. Par suite d'une lacune (voy. la note du v. 18990), le nom de celui qui dit la messe manque dans le texte. [1388] Comté de Middlesex, sur la rive gauche de la Tamise, à mi-chemin entre Reading et Londres. [1389] Guillaume, comte de Varenne et de Surrey ; voy. ci-dessus, p. 244, note 1. [1390] Guillaume de Mandeville, souvent appelé Fils Pierre, succéda comme comte d'Essex à son frère Geoffroi, tué en 1216 dans un tournoi (Rog. de Wend., II, 176). Il prit part à la révolte des barons contre Jean et ne fit sa soumission qu'après la mort de ce roi. Il mourut en 1227 (Rog. de Wend., II, 317). Cf. Dugdale, Baronage of England'l, 706. [1391] Robert de Ver, comte d'Oxford, d'une famille dans laquelle l'office de grand chambellan était héréditaire. Il succéda à son frère Aubri de Ver en 1214. Il fut l'un des vingt-cinq barons nommés pour veiller à l'observation des articles de la Grande Charte et prit part à la révolte contre Jean. Il mourut en 1221 (Dugdale, Baronage of England, 1, 190). [1392] Gilbert de Clare, l'un des gendres du Maréchal ; il avait épousé Isabel, la seconde de ses filles ; voy. p. 207, note 4. [1393] Sans doute l'archevêque de Cantorbéry, Étienne Langton. [1394] Probablement celui de Londres, Guillaume de Sainte-Marie. [1395] On montre actuellement dans l'église du Temple, à Londres, la tombe du Maréchal. Ce serait, dit-on, la première à droite en entrant (par conséquent du côté sud) des huit tombes disposées deux par deux, qui sont placées dans le centre de la nef, des deux côtés du chemin qui conduit au chœur. Elle a été plusieurs fois dessinée, par exemple dans Stothard, Monumental effigies (1817), pl. 26 et 27. Mais cette tradition est contestable. Déjà, au siècle dernier, Gough (Sepulchral Monuments _in Great Britain_, 1786, 1, 50) disait qu'on ne pouvait identifier les tombes. De plus, on n'a pu tenir compte, dans les attributions qu'on en a faites à divers personnages, de la circonstance révélée par le poème, que l'une d'elles devait être celle du frère Aimeri. Pour la bibliographie des ouvrages et dissertations où il est question des tombes du Temple, on peut voir The Temple Chureh and Chapel of S' _Anne_, etc., an historical record and guide by T. Henry Baylis, second edit., London, 1895, in-12. [1396] Le Maréchal étant mort le 14 mai, la nouvelle de sa mort a dû par venir au roi de France vers la fin du même mois. On n'avait jusqu'à présent aucune notion précise sur les séjours de Philippe-Auguste entre avril et octobre 1219 ; voy. L. Delisle, Catal, des actes de Ph. -Aug., p. cix. Le roi était probablement à Nemours ou à Montargis, où nous savons qu'il séjourna à diverses reprises. [1397] Il paraît donc que Richard, le second fils du Maréchal (voy. ci-dessus, p. 206, n. 3), se trouvait en 1219 à la cour de Philippe-Auguste, circonstance dont on n'a aucune autre trace. On a vu plus haut que, dans les derniers jours de sa vie, lorsqu'il se préparait à la mort en son manoir de Caversham, le Maréchal n'avait auprès de lui, d'après le poème, qu'un seul de ses fils, qui n'est pas nommé, mais qui ne peut avoir été quel'aîné ; entre les autres fils, un seul, Ansel, le plus jeune, est désigné nominativement à l'occasion du testament (ci-dessus, p. 256). [1398] Selon l'usage, le roi et les principaux barons mangeaient les premiers ; les jeunes hommes qui avaient servi mangeaient ensuite. [1399] Voy. ci-dessus, p. 32, note 1. [1400] Jean de Rouvrai figure fréquemment dans les actes de Philippe-Auguste depuis 1197 jusqu'en 1219 ; voy. Delisle, Catal, des actes de Phil. -Aug., n° 513, 819, 881, 914, 961, 990, 1887. Il est l'un des auteurs et des témoins de la capitulation de Rouen en 1201 (Teulet, Layettes du Trésor, n° 716). Il fut nommé bailli de Caux après la conquête de la Normandie, en 1204 (Stapleton, Magni Rot. Scacc., II, cxxxii). Il était aux côtés de Philippe-Auguste à la bataille de Bouvines _(Chron. de Guill_. 1-e Breton, i 184, éd. Fr. Delaborde, p. 272). Il y a en France beaucoup de Rouvrai, Rouvroi ; nous ne savons duquel il tirait son surnom. [1401] Comes Marescallus, c'est le titre habituel du Maréchal dans les actes, depuis l'époque (20 avril 1200) où la fonction de maréchal d'Angleterre lui fut conférée. TABLE[1402] Abernon, Angueran d' —. Acre 9791, 9795. Adam d'Iquebeuf (Ikebou, lkebeu), chevalier normand, 4685 (note), 5149. Adam de Melun(A/e/ët/n), chevalier français, 4515 (note). Adam de Port 10062 (note). Aimeri _(Eimeri, Hiemeri_) de Sainte-More, maître du Temple, 18324, 18352, 18388, 18407, 18429, 18436, 19046. Aix-la-Chapelle 5707. Alain Basset 10761 (note), 1 5497, 16821. Albin, saint —, martyr, 11366 (note). Alencon 8892, 12607, 12625, 12657. —, Jean d' —, Robert, comte Alep (Halape) 17554. Alexandre le Grand (Alissandre) 3576. Alexandre d'Arsic, chevalier normand, 4719 (note). Alexandre Malconduit, chevalier normand, 4723. Aliénor, reine d'Angleterre, 1616, 1634, 1876, 1913, 9507 (note), 9807, 9821, 9875, 9911, 12063, 12586. Allemagne 9884. Alresford (Aurfobtst) 15914 (note). Amauri de Meulan, chevalier français, 4511 (note). Amboise (Ambaise) 8238. Andeli, l'île d' — fortifiée 10579, La Roche d' — 11054. André de Chauvigni (Chaveingni] 8633 (note), 8662, 9392. Anet 2822, 12910, 12976, 12990, tournois à — 2774, 3889. Angeran, Angueran. Angers (_Angieus_) 8023. Angevins 2785, 6028, 6373, 11926, 12114, 12588, 14636 ; liste de chevaliers — 4728. Anglais (_Engleis_) 1212, 2579, 2785 ; chevaliers anglais au tournoi de Lagni-sur-Marne, 4608. Angleterre (_Engleterre_) 24, 39, 125, 1527, 2216, 2393, 2405, etc. ; les tournois n'y étaient pas en usage, 1537. Angoulôme (Engolesme), le comte d' — (Adémar), sa fille Isabelle mariée au roi Jean, 11984 (note). Angueran (_Angeran_) d' Abernon 9548. Anjou 1523, 1609, 2035, 2217, 3188, 6389, 7336, 8094, 10562, 12458, 12481, 12529. Ansel (Anseal, Ansel) le Maréchal, frère de Guillaume le Maréchal, 387, 4637. Ansel, cinquième fils de Guillaume le Maréchal, 14899 (note), 18141. Aquitaine 1524, 2218. Aragon 7593. Arcelles, Louis d' —. Ardene, Raoul d' —. Argences, Richard d' —. Arques (_Arches_) 812, 12044, 12169, 12185. Arras 2446, 2449. 4560 ; le châtelain d' — 16961. Arrouaise (Aroaise) 18613. Arsic, Alexandre d' —. Arthur, fils de Geoffroi, comte de Bretagne, proposé par l'archevêque de Cantorbéry pour succéder à Richard, 11882 ; pris à Mirebeau,12150,12434 ; Philippe-Auguste lui avait promis le Poitou, la Gascogne, le Maine et l'Anjou, 12457 ; le roi Jean s'était engagé envers Guillaume des Roches à le traiter avec bienveillance, 12480. Arthur (Artus, Artur), héros, breton, 3576, 14640. Arundel, le comte d' —, 527 (note). Athée, Girard d' —. Aubigni, Guillaume d' —, voy. Arundel, Philippe d' —. Aumale (Aubemarle), le comte d' —, voy. Baudouin de Béthune. Aurfobest, Alresford. Avalterre, voy. Pays d'Aval. Avesnes, Jacques d' —. Azai [-Ie-Rideau] 8944. Daines, Bayeux. Baione, Bayonne. Baligauran 13470 (note). Balon 8361, 8371, 12463. Baone, Bayonne. Barbeflu, Barbefleu, _Barbefloe_, Barfleur. Bardou, Hue —. Barfleur (Barbeflu, _Barbefloe_, Barbefleu), 1604, 10354, 12823. Barres, Guillaume des —. Barrois, le —, voy. Guillaume des Barres. Basset, Alain —, Thomas —. Bassingbourn (Basingeborne), Jeande —. Baudouin (Baudevin) IX, comte de Flandre, 10689, 10787, 10813. Baudouin de Béthune, chevalier flamand, comte d'Aumale depuis 1194 ; assiste au tournoi de Lagni-sur-Marne, 4543 (note) ; prend le parti du Maréchal calomnié, 5879, 6203, 10143, 13233 ; l'accompagne au tournoi de Saint-Pierresur-Dive, 7197, à l'affaire de Montmirail, 7998, à celle du Mans, 8609, 8651 ; promesse que lui a faite le roi Richard, 9378, 9396 ; contribue à la délivrance du roi Richard, 10121 ; engage sa fille au fils aîné du Maréchal, 14968. — de Caron (Karon), chevalier flamand, 4571 (note). — d'Etrepi, chevalier flamand, 4591 (note). — de Vernon, homme du roi Henri II, 8868. — de Wartemberge, chevalier flamand, 4595. Baugé ? (Baugie) 3386. Baugenci 2140. Bayeux (_Baioes_, Baieues) 10355, 12819, 12910. Bayonne (_Baione_, _Baone_) 2028 ; nef de — 17366. Beaumont, le comte de — (Mathieu IH) 2914 (note). Beaumont-le-Roger (Bealmont) 10515, 10518, 12769. Beaurain (Bealreim), Robert de Beauvais 11291 ; l'évôque de —, pris par Marcadé, 11267, réclamé, sans succès, au roi Richard par le légat, 11579, 11642. Beauvaisis (Beatveisin) 11119. Bec, le — 12861. Bellêmois (Belesme) i s,1e — 1 266 1. Berkeley (Berkelai), Richard de Berkhampstead (Berkamestoude), place cédée à Louis de France, 15727. Bernard de Saint-Yaleri (Galeri) 836 (note). Bertrand de Verdun, l'un des compagnons du Maréchal, 8226 (note). Bertrimont, Eustache de —. Béthune, Baudouin de —. —, l'avoué de — (Robert V), 5955 (note) ; offre au Maréchal cinq cents livres de terre, 6163 ; lui offre sa fille en mariage, 6265. Bigot, Hugues —, Roger —. Blaye (_Blaive_), l'or de — 16880. Bloc, Robert de —. Bloët, Guillaume —, Rollant —, Thomas —. Blois, le c">de — (Thibaut VI), pris par les Anglais dans fa nef d'Eustache Le Moine, 17375 (note). Boeles, Bouere. Bohon, Engeugier de —. Boloingne, Boulogne. Bon-Abbé de Rougé (Boens Abes de Rogi), chevalier breton, 1465 (note), 1468, 1479. Bondevile, Boudeville. Bonneville-sur-Touque 12578 (note), 12766 (note), 12798. Bonsmoulins (Bo[n]smolins) 812 (note), 8118 (note). Borri, Bouri. Botavant, Boutavant. Boudeville (_Bondevile_), Pierrede —, Roger de —. Bouere (_Boeles_), tournoi à — 1382. Boulogne (_Boloingne_), Mathieu de —, Renaut, comte de —. Bourg, Hubert du —. Bourg-le-Roi (_Bore la reine_) 12472 (note). Bourgogne _(Borgoingne_) 3187. —, le duc de — (Hugues IH), 2909 (note), 3045, 4780, 5953, 6023, 6162, 6264. Bourguignons 3212, 5035, 5575, 6025. Bouri (_Borri_), Guillaume de —. Boutavant (_Botavant_), château, 10703 (note). Bouvresse (Bouvreche), Robert de —. Boves, Hue de —. Brabançons (Braibençon) 6021. Bradenstokes (_Bradesnestokes_) 10071 (note). Braiouse, Briouze. Brechierval, Bréval. Bretagne (_Brutaingne_, Bretaingne) 1521, 1543, 3189, 10563. — (_Bretaigne_), le comte de — (Eude, vicomte de Porhoet), 2191 ; qualifié de comte de Nantes, 2153 (note). Breteuil (Bretoil) 12775 (note). Bretons, 2784, 6028, 11927, 12114, 12588. Bréval (_Brechierval_) 7838 (note). Brie 2781 ; Herman de —. Brieguerre, Guillaume —. Brien de Wallingford (Walingofort), partisan de l'impératrice Mathilde, 228 (note). Brionne (Brione) 12769. Briouze (Braiose), Guillaume de —. Bristol (Bristou) 15712, 15730. Brulon (Bruslou), Gaufroi de —. Brutaingne, Bretagne. Bruyère, Gui de la —. Buisson, Robert de —. Caen (Caam, Chaan, Caëm, _Caën_) 1605, 5694 (note), 10355, 12577, 12819, 12978, 13026. Caerleon (Carlion) 17869 ; Mor gande —. Caieu (_Kaieu_), Guillaume de —. Calais (Calés) 17482. Campagne, Eustache de —. Cantorbery (Cantorbire) 17274. — l'archevêque de — (Hubert Gautier), reçoit, en môme temps que le Maréchal, la nouvelle que le roi Richard est blesse, 11805 (note) ; séjourne au Pré, à Rouen, 11845 ; délibère avec le Maréchal sur la succession au 18 trône et propose de faire élire Arthur, 11 880 ; négocie avec Philippe-Auguste, 12854 ; jaloux du Maréchal, 12995, 13099 ; opposé à une expédition du roi en Poitou, 13258. (Étienne Langton) préside aux obsèques du Maréchal, 19049. Canville, Girart de —. Cardon de Fresseneville (Freissenvile) 4579. Carlïon, Gaerleon. Caron (_Karon_), Baudouin de —. Garrickfergus (Kenofergus), château d'Irlande assiégé par le roi Jean, 14270. Caux, pays de — 9455. Caversham (_Cavresham_) 17919, 17959. Certesie, Ghertsey. Cés, Seez. Ceszire, Sicile. Chàlons, Macaire de —, Milon de —. Chambellan, le — i f (Chamberlenz), Guillaume de Tancarville, chambellan de Normandie, cousin-germain de Jean le Maréchal, premier du nom, 749 (note) ; on lui envoie Guillaume le Maréchal, 744, qu'il appelle son neveu, 793 ; l il'arme chevalier à Drincourt, 821 ; défend Drincourt, 867 ; tient cour, 1108 ; revient à Tancarville, 1168 ; se montre peu généreux envers Guillaume le Maréchal, 1182 ; se prépare pour aller à un tournoi, 1215 ; donne un cheval à Guillaume le Maréchal, 1261 ; mène au tournoi 40 chevaliers, 1314 ; donne congé au Maréchal de retourner en Angleterre, mais l'engage à n'y pas séjourner, 1533 ; mentionné, 1374, 1387. Chambrais (Chambreis, Chambreies) 10453 (note), 12775. Champagne 2781, 3589, 5926. Champenois 6025. Chaperon, Robert —. Chàteaudun (_Chasteldun_) 8032. Châteauroux (Ghastcl Raol), pris par Philippe-Auguste, 7355 ; mentionné, 7859. L'héritière de — 9375, 9394. Chaumont [-en-Vexinl 7436. Chauvigni (Ghaveingni), André de —. Chertsey (_Certesie_) 15767 (note), 17061. Chester, le comte de — (Raoul de Blondeville) 15235 (note), 15288, 15466, 15503, 15521, 15539, 16093 ; commande la première bataille à l'attaque de Lincoln, 16215, 16247, 16786 ; mentionné 17805, 19005. —, [Roger de Laci] connétable de — 14358 (note). Chinon 2028, 7877, 8290, 8911, 9039, 9221, 12498, 12507, 12586, 12637. Cholonces, Coulonces. Cirencester 10056 (note), 18927. Clermont (Oise), 2140. —, le comte de — (Raoul) 2130 (note), 2913, 3058, 3695, 3782, 3857, 3877, 7511. Clillbrd, Gautier de —, Richard de —. Clive 4701, faute du ms. pour Dive. Coleville, Guillaume de —. Cologne 6750 ; le tombeau des Trois Rois à — 6177, 6590. Colombiers, Philippe de —, Robert de —. Compiègne 12970. Conches 2327, 12675. Corceles, Courcelles. Corin (Qorin) de Saint-Servin, chevalier français, 4529. Corni, Hue de —. Cotentin 10354. Coulonces (_Cholonces_), Hue de —, Thomas de —. Courcelles (_Corceles_) 10909 (note). Courtenai, Pierre de —, Robert de —. Craon, Maurice de —. Croc, Reinal —. Cypre, conquise par Richard, Dammartin, Renaut de —. Dangu 10931. David, comte de Huntingdon, 4619 (note). David de la Roche 13971 (note), 14402, 14438. Devizes 15247. Dieppe 3386, 9467, 9471. Dive, Guillaume de —. Diveline, Dublin. Donmas, château en Irlande, 14129 (note), 14330, 14377. Dorat, Le — 8287. Douvre (Dovre, Douvre) 2436, 3956, 14604, 15076, 15869, 17049, 17572, 17590, 17629, 17719. Dreu de Mello (Drieu, Droon de A/eriou)7477(note), 7516,7657. Dreux, Robert, comte de —. Drincourt (Drincort) 815 (note). Dublin (Duveline, _Diveline_) 13471, 14268, 14282. Eccestre, Exeter. Ecossais (Escoz) 17744. Ecosse (Escoce) 14655. —, le roi d' — 1319 (note). Eimeri, Aimeri. Elbeuf (Welleboef) 10531. Éléonore de Guyenne, femme de Henri II, voy. Alienor. Ely, Walter d' —. Empire, 1' — 5 706. Engerrande Fiennes 4559(note). — de Préaux 4671 (note). Engeugier de Bohon 11798 (note). Engleterre, Angleterre. Englesqueville 12136 (note). Engolesme, Angoulème. Épernon (_Esparlon_), tournoi à — 4284, 4319. Equecestre, Exeter. Equiqueville (_Eskekevile_) 9465 (note). Erlée, Jean d' —. Eskekevile, Equiqueville. Espagne, chevaux d' — 2933. Esparlon, Épernon. Essex (Essesse), Guillaume, comte d' —. Estaines, Staines. Estevene, Estiemble, Etienne. Estoket, Stokes. Estouteville, Robert d' —. Estrigoil, Striguil. Estroburges, Shrewsbury. Étienne _[Estiemble, Estenne_), roi d'Angleterre, 23, 44, 134 ; marche au secours de Winchester assiégé par l'impératrice Mathilde, 181 ; fait sa voir à Jean le Maréchal qu'il se propose de l'attaquer, 285 ; allié au comte Patrice, 365 ; assiège Newbury, 400 ; fait donner l'assaut, 427 ; accorde une trêve à Jean le Maréchal à condition d'avoir son fils Guillaume en otage, 487 ; épargne à deux reprises l'enfant qu'on voulait faire mourir, 556, 587 ; joue avec lui, 609 ; est fait prisonnier à Lincoln, 681 ; échangé contre le comte de Gloucester, 694 (III, 13, note 1) ; sa mort, 738. — d'Evreux (_Estiemble, Estevene_, Estiene d'Evreues), cousin du Maréchal, 13490 (note), 13635, 13733, 13813, 13839, 18185. — (Estevne) de Longchamp, sénéchal de Normandie, 12712 (note). — de Marçai (Estiene de Marchai, Marzai), sénéchal d'Anjou, 8018 (note), 9178, 9188. — _(Estevene_) de la Tour, chevalier français, 4525 (note). — (Estienble) de Winchelsea, marin anglais, 17439. Eu (Ou, Eu), tournoi à — 3182, 3197 ; la chaussée d' — 942. — Henri, comte d' —. —, le comte d' — (Raoul d'Exoudun), 12168 (note), 12187, 12193. Eude du Plessis (Odo del Plais M), chevalier français, 4517 (note). Eumenidus, l'un des lieutenants d'Alexandre le Grand, personnage cité d'après le Roman d'Alexandre, 8446 (note). Eustache de Bertrimont, écuyer du Maréchal, 6681 (note), 6686, 6703, 6737, 6808, 6830. — chevalier de Campagne flamand, (Champaigne), 4581. — de Canteleu, chevalier flamand, 4557 (note), 8625. — le Moine, pirate au service de Louis de France, 17155 (note), 17290 ; sa mort, 17455. — de Neuville, chevalier flamand, 4553 (note), 8623. Eve, quatrième fille du Maréchal, 14941, 18517. Évreux (Evreues) 4490, 10517, 10525. —, Étienne d' —. Exeter (_Eccestre, Equecestre_) 394, 1005. Falaise 7193 (restitué par conjecture), 12703. Farci, Raoul —. Farnham (_Ferneham_), 15100, 16050, 16065. Faukes de Bréauté], chevalier normand au service des rois Jean et Henri UI, 15731 (note), 16535. Ferneham, Farnham. Ferrières, le fils du comte de —, gendre du Maréchal, 14940. —, Richard de —. Ferté[-Bernard] la —, entrevue de Henri II et de Philippe dans cette ville, 8348, 8358. Feugerei, Fougeré. Fiennes, Engerran de —. Fils Antoine, Tonin —. Fils Gautier, Robert —. Fils Gerout, Henri —. Fils Godefroi, Raoul —. Fils Gui, Pierre —. Fils Hamon, Geoffroi —. Fils Henri, Meilier —. Fils Herbert, Pierre —, Renaut — Richard —., Fils Hugues, Jean —. Fils Paien, Raoul —, Reinfrei —. Fils Pierre, Geofroi —. Fils Rainaut, Guillaume —. Fils Rainfroi, Gilebert —. Fils Raoul, Guillaume —. Fils Reinaut, Guillaume —. Fils Renier, Richard —. Fils Robert, Gaufrei —. Fils Roger, Guillaume —. Flamands (Flamenc, Flamanc) 3212, 4467, 4981, 5574, 6019, 6374 ; chevaliers flamands au tournoi de Lagni-sur-Marae, 4543-4606 ; soudoyers flamands en Angleterre, 15081. Flandre (toujours au pluriel, _Flandres_) 1059, 1519, 2463, 2780, 2925, 3186, 3589, 5926, 6390, 7334, 10873, 10891, 14831. —, comte de —, voy. Baudouin, Philippe. —, le comte de — (Ferrand) 14736. Florent de Hangest (_Florence de Hangie_) 4016 (note). Fontevrault (Frontevalt), abbaye où le corps du roi Henri fut transporté, 9223, 9229, 9450. Fortune, la roue de — 355, 14137. Foucher de Grendon (Grendone), chevalier anglais, 10254. Fougeré, Hardouin de —. Français 1211, 2580-1, 2599, 262*0, 3212, 5575, 6026, 8601, 11067, 11341 ; nommés, par honneur, en premier lieu dans une énumération de chevaliers de divers pays 4481 (note) ; n'aiment pas à faire la guerre en hiver 7875 ; qualifiés d'orgueilleux 15750 (note). France 1518, 2780, 2924, 3186, 3589, 5958, 6388, 7332 ; distincte de la Normandie1 1051. Freissenvile, Fresseneville. Freschiennes 4560. Fresnai, Jean de —. Fresnai [-sur-Sarthe] (_Freerneie_, _Freesnei, Fraisnei_) 8790, 8878, 8887. Fresseneville, Cardon de —. Frontevalt, Fontevrault. Gadifer (Gadefer) des Larriz 1004, héros du Roman d'Alexandre. Galien, médecin grec, 1790. Galles, les marquis de — accompagnent le Maréchal au siège de Windsor, 9903 ; Guillaume de Briouze séjourne en -, 14161. Gallois (Waleis) 17744 ; tournés en ridicule par un chevalier français 7412. Garene, Garenne, Varenne. Garin de Montchensi (Montchenesi), gendre du Maréchal, 14954. Garlande, Guillaume de —. Gascogne 5707, 7336, 10561, 11963, 11458. Gascons, hostiles au roi Jean, 11925. Gàtinais (Gastinei) 19115. Gaufrei (_Gaufrei, Guifrei_) Fils Robert, homme du Maréchal, 13505 (note), 14325, 14459, 14484, 14610. Gaufroi de Brulon (Guifrei de Bruslou), chevalier angevin, 4735 (note), 8386, 8424,8451, 8547. Gaugi, Roger de —. Gautier, Hubert —. Gautier de Clifford (_Wat[i]er de_ Clifort) 15158 (note). Gautier (Galier) de Coutances, archevêque de Rouen, grand juge d'Angleterre, 9865 (note), 9897, 10003. Gautier de Kidomore (d'Escudemore ?) 11152 (note). — (Walt., Gall.) de Laci, gendre de Guillaume de Briouze, 10298 (note), 10303, 14181, 14231. — (Guatier) le Maréchal, fils de la première femme de Jean le Maréchal, premier du nom, 79. Gautier le Maréchal, quatrième fils du Maréchal, 14893 (note). — Porcel 13507 (note), 14329, 14366, 14378, 14387, 14463. Geffrei de Seriant, chevalier anglais, 16428 (note), 16477. Geffrei (Geifrei), templier, aumônier du Maréchal, 18319, 18359. Geoffroi, comte de Bretagne, troisième fils de Henri U, 4818, 4841, 4919, 6314, 6330, 6385, 6412, 6419. — (Guifrei) Fils Hamon, chevalier angevin, 4747. — (Guifrei) Fils Pierre, conseillier du grand juge d'Angleterre, 9691 (III, 126, note 1). — (Gefreis, Guifrei) de Lusignan 1623, 1860, 6413, 6435, 6517, 12152, 12538. — de Vienne (Guifreis de Viane), chevalier français, 4531 (note). Gerberoi (Gerbesrei) 11112 (note). Geudefort, Guildford. Gilebert Fils Rainfroi 9380 (note), 9388, 9401. — le Maréchal, fils de la première femme de Jean le Maréchal, premier du nom, 78. — le Maréchal, fils du Maréchal, 14889 (note). — Pipart 9348 (note), 9440, 9481 9499. Girard' d'Athée (d'Âties), 13591 (note), 13611. — de Canville 9671 (note). — Talebot 4677 (note), 8545, 8567, 8570, 8577. Gisors 7369, 7437, 7445, 7459, 10928, 11023, 11041, 11086. Glanville, Raoul de —. Glasscarrick (Glaskant), village d'Irlande, 13941. Gloucester (Gloecestre) 14455, 15210,15232-3-6,15241,15286. —, le comte de — (Robert), échangé contre le roi Etienne, 694 (note)-Gloucester, le comte de — (Gilbert de Clare), gendre du Maréchal, 14936 (note), 19011. Goodrich (ms. ge dus, faute pour Godris), château appartenant au Maréchal, 15355 (note). Goulet (_Golet_), le — 11412 (note), 11419, 11421. Gournai (Gornei, Gornai], tournois près de — 2473, 5492, 5506, 5976 ; le roi Richard à — 11106, 11302. Grendon (Grendont), Foucher de —. Gualon (Wales, Gualon), légat du pape, 15214, 15329 ; décide le Maréchal a accepter la garde du royaume, 15547 ; absout Louis, 17703 ; assiste au parlement de Worcester (mars 1218), 17793 ; quitte l'Angleterre, 17938. Guatier, Gautier. Gui de la Bruyère, chevalier flamand, 11160. — [de Luzignan], roi de Jérusalem 7290. Guildford (Geudefort) 13801. Guillaume d'Aubigni, comte d'Arundel, voy. Arundel. — des Barres, le père (le Barrois, le Barrier, cil des Barres, Will. des Barres), 2135 (note), 2919, 4043, 4083, 4097, 4106, 4499, 7751, 12277, 12289, 12309. — des Barres, le fils (_Willeimes_), 4505, 17151, 17411. — (_Willeme_) Bloët, porte-bannière du jeune Maréchal, 16914 (note). — de Bouri (_Guill_. de Borri), chevalier français, 4521. — (Will.) Brieguerre, conseiller du grand juge d'Angleterre, 969Î (note). — de Briouze (Will. de Braiose) 13586 (note) ; ami du Maréchal, 13597 ; beau-père de Gautier de Laci, 14183 (note) ; persécuté par le roi, 14143 (II, 195, note 3) ; obligé de le pays de Galles, Îuitter 4161 ; se refugie en Irlande où il est accueilli par le Maréchal, 14187. Guillaume de Caieu (_Willaume de Kaieu_), chevalier flamand, 4548 (note). — de Coleville 17752 (note). — de Dive (Will. de Clive), chevalier normand, 4701 (note). — comte d'Essex (Willeme d'Es ses te) 19007 (note). — (Guill., Will.) Fils Raoul, sénéchal de Normandie, 7519 (note), 7599, 9711. — Fils Reinaut, gendre du Maréchal, 14943 (note|. — (Will.) Fils Roger, chevalier anglais, 4631 (note). — (Will.) de Garlande, chevalier français, 7476 (note). — (Will.) Je la Mare, chevalier normand ou anglais, 7521 (note), 7603. — (Will.) le Gras, chevalier normand, 4713 (note). — (Guill.) le Queu, chevalier au service du roi Richard, H 728 (note). — de l'Étang (MM. de l'Estanc), chevalier au service du roi Richard, 10138 (note). — de Longchamp (Will. de Lonc- _Camp_) 8327 (note), institué grand juge d'Angleterre, 9685 (note). — de Mandeville (_Mandevile_, _Magnevile, Manevile_), comte d'Essex, 862-3 (note), 1142, 7612, 7687, 7725, 8782. — (Willeme, Willelme, Willielme, Willeume, Villeaume, _Guillaume, Guilleaume_) le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, deuxième fils de Jean le Maréchal et de Sibile, sœur du comte Patrice, appelé ordinairement li Mareschals, depuis le v. 869 (1173), et parfois, dans la seconde moitié du poème, li _cuens Mareschals_, 12123, ou, simplement, li cuens, 13551, 14067, 17950, 18091, etc. Sa naissance, 383. Fut le plus prud'homme du royaume en son temps, 16-7, 384-6. Donné en otage au roi Étienne, 487 ; faillit être mis à mort, lors du siège de Newbury, 519, mais le roi Étienne a pitié de lui et l'épargne, 531. Joue aux « chevaliers » avec le roi, 607. Devient grand et fort, 715. Envoyé par son père en Normandie au chambellan Guillaume de Tancarville, 743. Reste huit (ms. « vingt ») ans écuyer, 772. Est tourné en dérision par ses compagnons, parce qu'il ne faisait que manger et dormir, 774. Armé chevalier à Drincourt (Neufchàtel-en-Bray), 817. Ses exploits au combat de Drincourt, 909. Son cheval ayant été tué, il est obligé de vendre son manteau pour s'acheter un _roncin_, 1196. Dompte un cheval rétif qui lui est donné par le Chambellan, 1277. Se distingue dans les tournois (voy. Tournois). Retourne en Angleterre, 1526. Est bien accueilli par le comte Patrice de Salisbury, son oncle, 1559. Revient en France (1168), 1597. Est blessé en cherchant à venger la mort de son oncle, tué par les Poitevins, 1701. Emmené prisonnier, il souffre beaucoup de misères, n'ayant pas de quoi bander ses plaies, 1725. Une dame lui vient en aide et lui envoie des étoupes, 1784. La reine Aliénor le délivre de prison et lui donne armes, vêtements et chevaux, 1864. Le roi Henri lui confie la garde du jeune roi, son fils aîné (1170), 1939. Il arme chevalier le jeune roi, à la demande de celui-ci, 2084. La paix rétablie entre le père et le fils, il se rend en Angleterre avec le jeune roi, 2385. Il accompagne ce dernier auprès du comte de Flandres, 2443, et le suit en plusieurs tournois, où il se distingue, 2471. Accepte pour compagnon Roger de Gaugi,3403 (note). A eux deux ils font un gain considérable, 3420. A Joigni, il a le prix du tournoi, 3556. Au tournoi de Maintenon, il fait prisonnier le comte Renaut de Nevers, 3828. Au tournoi d'Anet, il a une querelle avec Pierre de Leschans, qui lui avait volé un cheval, 3965, et obtient réparation, 4083. Au tournoi d'Epernonj il fait grâce à un larron qui lui avait volé son cheval, 4423. Se porte garant des dettes du jeune roi, 5088. Des envieux veulent faire tort au Maréchal, 5127. Ils complotent de faire croire au jeune roi que le Maréchal était l'amant de la reine, 5244. Le Maréchal est tenu à l'écart par le roi, qui ne lui parle plus, 5423. Cependant, il se rend, par son ordre, à Gournai, où devait avoir lieu un tournoi, 5505. Par deux fois il lui porte secours, quand on allait le faire prisonnier, 5564. Il est loué par le comte de Flandres en présence du roi, qui ne dit mot, 5601. Le roi et lui se séparent et vont chacun de leur côté, 5624. Ses ennemis font croire au roi Henri II leurs calomnies, 5653. Le Maréchal se rend à la cour tenue à Caen par Henri II (Noël 1182), 5715. S'adressant au roi ; il proteste contre les imputations dont il est l'objet et offre d'en prouver la fausseté par le combat judiciaire, 5763. Le roi repousse sa demande, 5789. Le Maréchal quitte la cour avec un sauf-conduit du roi, 5838. Ses ennemis triomphent, 5849. Il est informé de leurs intrigues par une lettre de Baudouin de Béthune, 5898. Les plus hauts seigneurs lui font des offres magnifiques, 5841. Il se rend à un tournoi qui eut lieu entre Gournai et Ressons, 5988, où il s'associe avec le comte de Saint-Pol, 5995. Il le délivre de ceux qui allaient le faire prisonnier, 6126. Les seigneurs lui renouvellent leurs offres, qu'il n'accepte pas, 6157. Il se rend en pèlerinage aux Trois-Rois, à Cologne, 6176. Il fait un séjour en France, 6302. Le jeune roi, assiégé dans Limoges par son père, se décide à rappeler auprès de lui le Maréchal (février 1183), 6533. Le Maréchal va prendre congé du roi de France et lui demande des lettres de sauf-conduit pour Henri II, 6607. Il obtient également des lettres de l'archevêque de Reims, du comte Robert [de Dreux], du comte Thibaut [de Blois], 6644. Il se met en route pour rejoindre le jeune roi, 6669. Il rencontre en chemin un moine, qui cheminait avec une jeune femme qu'il avait enlevée, et les dépouille de leur argent, 6677. Il arrive auprès du jeune roi, 6866. Celui-ci tombe malade, 6881. Il fait son testament et charge le Maréchal d'aller à sa place en Terre sainte, 6891. Le jeune roi mort (juin 1183), un routier appelé Sanche le prend à partie pour obtenir le paiement d'une dette contractée par le défunt, 7003. Le Maréchal est chargé par Henri H d'accompagner j'usqu'à Rouen le corps du jeune roi, 7066. Chemin faisant, il trouve moyen de faire payer par le roi la dette réclamée par Sanche, 7151. Il prend part à un tournoi près de Saint-Pierre-sur-Dive, 7192. H 8e prépare à aller en Terre sainte, 7239. Mais d'abord il se rend en Angleterre pour prendre congé de sa famille, 7259. Il reste deux ans en Syrie et y accomplit maintes prouesses sur lesquelles l'auteur n'a pu obtenir de renseignements précis, 7275. A son retour, il joint le roi à Lyons [-la-Forêt], 7302, qui lui fait bon accueil et lui donne la demoiselle de Lancastre avec son fief, 7312. Il conseille le roi, lors de sa guerre avec Philippe-Auguste (1188), 7559, 7784. Il est chargé d'un message pour le roi de France, 7641. Par ordre du roi, il attaque Montmirail (Sarthe), 7885. Trait d'audace, 7954. Il est envoyé par le roi auprès de Richard, comte de Poitiers, qu'il ne réussit pas à joindre, 8225. Le roi, en récompense de ses services, lui promet la demoiselle de Striguil, 8303. Il est envoyé à Paris auprès de Philippe-Auguste pour traiter de la paix, 8314. Par ordre du roi, il va, auprès du Mans, reconnaître l'armée française, 8383. Il se bat contre les Français, 8601, et prend successivement plusieurs chevaliers qui, sauf un, réussissent à lui échapper, 8662, 8688, 8704. Il arrête la poursuite des Français en tuant à Richard de Poitiers son cheval, 8845. Le roi, gravement malade, fait venir le Maréchal et s'entretient avec lui, 8915, 8947, 9000. Après la mort du roi, il insiste vainement auprès du sénéchal Etienne de Marçai pour qu'on fasse l'aumône aux pauvres, 9177. Le Maréchal et les barons portent le corps de Chinon a Fontevrault, 9221. Entrevue du Maréchal et du comte de Poitiers, 9291. Le comte le charge de se rendre en Angleterre avec Gilebert Pipart pour prendre possession de la garde du pays, 9347. Le Maréchal, se rendant en Angleterre, s'arrête dans le pays de Caux pour y prendre possession de la terre et de l'héritière (Isabelle de Clare) qui lui avaient été données, 9455. Il s'embarque à Dieppe et se blesse en sautant dans le bateau, 9471. Arrivé en Angleterre, il obtient, non sans peine, possession d'Isabelle, qui était en la garde de Raoul de Glanville, 9513. Il l'épouse à Londres, 9537, et l'emmène à Stokes (Surrey) chez Angueran d'Abernon. Il se fait rendre, par l'entremise du roi Richard, ses terres d'Irlande (du chef de sa femme) que le comte Jean (frère de Richard) détenait, 9581. Il est institué par Richard, par tant pour la Croisade, comme conseiller de Guillaume de Longchamp, grand juge d'Angleterre, 9688. Il se rend, avec ses hommes du pays de Galles, devant Windsor, occupé par le comte Jean, 9900. Le Maréchal apprend, le même jour, le retour de Richard, délivré de prison, et la mort de son frère Jean le Maréchal, 10018. Il se rend à l'appel du roi, qu'il rencontre à Huntingdon, 10081. Le roi lui sait gré de sa loyauté et de son dévouement, 10091. Le Maréchal, invité à faire hommage au roi pour ses terres d'Irlande, s'y refuse, alléguant qu'il est déjà, pour ces terres, homme du comte Jean, 10305. A l'affaire de Vendôme (1194), il reste en réserve avec les siens, tandis que l'armée de Richard pille le camp français, 10631. Il prend part au siège de Vierzon (1196), 10686. Il est envoyé par le roi au comte de Flandre et à Renaut de Boulogne (1197), 10688, qui vinrent prêter hommage au roi. Ces deux comtes étant retour nés dans leurs terres, le Maréchal est de nouveau envoyé près d'eux pour les aider dans leur guerre contre le roi de France, 10751. Il conseille le comte de Flandres, 10811. Ses exploits au siège de Milli (1198), 11169. Il conseille le roi au sujet de sa guerre avec Philippe-Auguste (1199), 11670. Il reçoit à Vaudreuil la lettre annonçant que Richard était blessé et le nommant gardien de la tour de Rouen (7 avril 1199), 11791. Trois jours après, il reçoit la nouvelle de la mort du roi, 11818. Il délibère avec l'archevêque sur la succession au trône et est d'avis d'élire Jean, 11877. Il envoie en Angleterre Jean d'Erlée pour saisir la terre, 11909. Le Maréchal donne cinq cents marcs au roi Jean, 11969. Il reçoit, à Englesqueville, la nouvelle de la prise d'Arthur à Mirebeau (août 1202), 12136. Il la fait transmettre au comte d'Eu, qui assiégeait Arques, 12168. Avec le comte de Salisbury et le comte de Varenne, il suit la retraite des Français, 12250. Mais, sur le point d'être attaqués par des forces supérieures, ils font volte-face et se dirigent vers Rouen, 12296. Les citoyens de Rouen les traitent magnifiquement, 12374. Le Maréchal est envoyé par le roi auprès de Philippe-Auguste, qui assiégeait (Jonches, pour demander la paix, 12677. Il échoue dans sa mission, 12686. Il suit le roi en Angleterre, 12826 (note). Il fait partie de l'ambassade envoyée à Philippe-Auguste par le roi (avril 1204), 12854. Menacé de voir sa terre de Normandie confisquée, il donne au roi de France cinq cents marcs pour avoir un répit d'un an, après lequel il devra, ou lui faire hommage, ou perdre sa terre, 12889. Revenu en Angleterre, il est de nouveau envoyé à Philippe-Auguste pour traiter de la paix, 12939, avec permission de lui faire hommage, 12961. Il fait son hommage, 12989. L'archevêque de Cantorbéry entrave la négociation, 13003. Le roi reproche au Maréchal d'avoir fait hommage au roi de France, 13061, et, depuis ce jour, l'a en défaveur, 13088. Le Maréchal refuse d'accompagner le roi en Poitou contre le roi de France (1205), 13139. Il est tenu à l'écart par les barons, sauf Henri Fils Gerout et Jean d'Erlée, 13198. Il est défendu par Baudouin de Béthune, 13233. Il est obligé de donner en otage son fils aîné au roi, 13272. Il reste en Angleterre tandis que le roi va en Poitou (1206), 13289. Il demande au roi la permission de se rendre en Irlande et l'obtient non sans peine, 13311. Il marie sa fille aînée à Hugues, fils du comte Roger Bigot, 13336. Il part pour l'Irlande (février 1207), après avoir donné son second fils en otage au roi, 13350. Le grand juge d'Irlande, Meilier, voit avec déplaisir la venue du Maréchal, 13432. A son instigation, le roi ordonne au Maréchal et à Meilier de venir en Angleterre, 13443. Le Maréchal confie la Couronné roi (1170), 1911. Les barons anglais lui font hommage par ordre du roi son père, 1927. Confié à la garde de Guillaume le Maréchal, 1943. Il est le plus beau de tous les princes du monde, 1956, 3646. Court les tournois avec le Maréchal, 1960. Mal conseillé, il se révolte contre son père, qui lui reprochait ses grandes largesses, 1997. Armé chevalier par le Maréchal, 2097. Se rend auprès du roi de France, 2109. Celui-ci lui vient en aide, 2225. Il est finalement obligé de se soumettre, et, par l'entremise du roi de France, il fait la paix avec son père, 2362. Va en Angleterre (1175) et y reste près d'un an, 2385. Obtient de son père la permission de se rendre sur le continent, 2409. Il part, accompagné du Maréchal, 2436. Il se présente, à Arras, au comte de Flandre, 2447. Il prend part au tournoi de Gournai, 2473, et à plusieurs autres, où il a le dessous, 2568. Mais, dans la suite, grâce à la vaillance du Maréchal, il remporte des succès, 2628. Il ravive la chevalerie, 2640. C'est de lui que les hauts hommes prirent exemple de retenir a leur solde les bons chevaliers, 2664. Le jeune roi au tournoi d'Eu, 3197 ; au tournoi de Maintenon, 3687 ; au tournoi de Lagni[-sur-Marne], 4461, où il conduit quatre-vingts chevaliers d'élite, 4753 ; il est délivré par le Maréchal quand il allait être pris, 4867. Il fait beaucoup de dettes, 5075. On lui fait croire que le Maréchal avait séduit sa femme, 5407. Il le tient à l'écart, 5423. Toutefois, il lui fait dire de venir le rejoindre à Gournai, où devait avoir lieu un tournoi, 5504. Par deux fois il est secouru par le Maréchal au moment où il allait être pris, 5564. Il quitte la ville sans dire un mot au Maréchal, 5627. Il se brouille de nouveau avec son père, 6329. Il est assiégé par celui-ci, avec son frère Geoffroi, à Limoges, 6350. On lui conseille de faire revenir le Maréchal, 6420. Il reconnaît que les accusations portées contre lui étaient fausses, 6481. Il envoie à sa recherche, 6527. Il appelle à lui tous ses hommes, 6665. Il tombe malade et fait son testament, 6880. Il charge le Maréchal d'aller pour lui en pèlerinage au Saint Sépulcre, 6896. Sa mort (11 juin 1183), 6985. Il laisse une dette que son père finit par payer, 7005, 7151. On porte son corps au Mans, où il est enterré une première fois, 7159, puis à Rouen, où il est enterré dans la cathédrale, 7165. Henri III, roi d'Angleterre, est à Devizes au moment de la mort de son père, 15247. Première entrevue avec le Maréchal, 15265. Fait chevalier par le Maréchal, 15314. Couronné (28 octobre 1216), 1 5328. Confié à la garde du Maréchal, 15559, qui le remet à l'évèque de Winchester, 15609. Confié par le Maréchal mourantau légat, 18067. Espérancesqueplaceen lui l'auteur du poème, 2693, 4312, 11079. — [de Blois], èvêque do Winchester, 657. —, comte d'Eu, 827 (note), 4655. — Fils Gerout, chevalier, l'un des fidèles du Maréchal, 13201 (note), 13212, 17916, 18204, 18461, 18554. Henri Fils Meilier, 13878. — Huesé, l'un des fidèles du Maréchal, 13502 (note). — de Longchamps, chevalier normand, 4695 (note). — le Maréchal, quatrième fils de Jean le Maréchal, premier du nom, évêque d'Exeter, 389 (note), 10005. — le Norrois (Norreis, Nosreis), héraut d'armes, 5222 (note), 5227, 5235, 5859, 5892, 6222. — Rossel, chevalier anglais, 10255. Henueis, Hennuyers. Hereford (_Herefort_) 14459 ; l'archidiacre de — 8315 (note). Herefort, Hertford. Herlin de Vanci, sénéchal de Flandre, 4936 (note), 4941, 4947. Herman (Hermanz) de Brie (Trie ?) 4523 (note). Hertford (_Hereford_) 15719, 15727 (note). Hide, Hyde. Hiennau, Hainaut. Hippocrate iYpocras) 1790. Hollande, le pont de — 16972 (note). Hondendone, Huntingdon. Hôpital (Ospital), 1 ' — à Jérusalem 7292. — de Saint-Barthélemi, à Sandwich, 17528. — (Hospital), 1' — [des Saints- Innocents], à Lincoln, 16942. Hubert du Bourg (Bure), grand juge d'Angleterre, 17303 (note), 17354, 17505, 17576. — Gautier (Waltier), clerc de Raoul de Glanville, puis archevêque de Cantorbéry et chancelier d'Angleterre, 8299 (note), 8307, 10295 (note). Voir Cantorbéry, l'archevêque de Hue' Bardou 9692 (LU, 126, note 1). — de Coulonces (Cholonces), chevalier normand, 4697 (note). — de Hamelincourt (Hamelein~ _cort, Hamelincort_), chevalier flamand, compagnon du Maréchal, 4575 (note), 6671, 6822, 7199, 8621. Hue de Hardeincourt (Hardeincort, Herdeincort), compagnon du Maréchal, 7997, 8022. — de Malaunoi (Malalnei), chevalier flamand, 4567 (note), 8615, 8646. — — de Samford, valet de Henri II, 9422 (note). Huesé, Henri —. Hugues, fils de Roger Bigot, gendre du Maréchal, 13343 (note), 14926 (note). Hugues (Hue) de Boves 14775 (note), 14777. — (Hue, Bug., Huon) de Corni, chevalier normand, 10935, 10945, 10955. — (Hue) Tacon 15850 (note). — de Wells (_Hue de Welles_), garde du sceau royal, 12941 (note). Huisne (_Voingne_ ; au v. 8404 _Wilengne_ est probablement une mauvaise leçon pour Vuengne), rivière, 8Î04, 8484. Huntington (Hondendone) 10081. Hyde (_Hide_), la — 15904 (note). Ikebou, Iquebeuf. Impératrice, 1' —, Mathilde. — Iquebeuf, Adam d'. Irlande 9585, 9626, 10300, 10333, 13313, 13353, 13361, 13377, 13422, 13665, 13863, 13869, 13934, 14172, 14180, 14254, 14488, 14491, 14599. Isabel (Ysabel), deuxième fille du Maréchal, mariée au comte de Gloucester, 14935 (note), 18515. Ivri (_Yvri_) 7840. Jacques (_Jake_) d'Avesnes 2915 (note) ; ses offres au Maréchal, 6167, 6273 ; l'accompagne à un pèlerinage, 6179. Jaquelin de Maillé (Jakelins de Mailli), chevalier angevin, 4729. Jean, quatrième fils de Henri II, comte de Mortain, puis roi d'Angleterre (1199). Est avec son père au Mans (1189), 8543. Ligué avec le roi de France contre son père, 9078. Reçoit de son frère Richard des bienfaits dont li lui fut peu reconnaissant, 9575. Est obligé de rendre au Maréchal la terre que celui-ci possédait en Irlande, 9589. Est en désaccord avec le chancelier Guillaume de Longchamp, 9759. Il est accusé par ce der nier de chercher à usurper le pouvoir, 9831. Il inspire del a défiance à Gautier, archevêque de Rouen, 9877. Il s'empare de Nottingham et fortifie Au retour Windsor, de son 9890, frère 9892 en. l Angleterre, i se réfugie auprès du roi de France, 10162. Vient à Richard, qui lui pardonne, 1 0384. Assiège Évreux, 10517 (note). Proposé par le Maréchal, contre l'avis de l'archevêque de Cantorbéry, pour succéder à Richard, 11892. Fait duc de Normandie (25 avril 1199), 11923. Rencontre de l'opposition en Gascogne, en Limousin, en Poitou, en Anjou et en Bretagne, 11924. Couronné roi d'Angleterre (27 mai), 11943. Fait hommage au roi de France, 11948. Il divorce, 11959. Mène une armée en Gascogne, 11963. Épouse la fille du comte d'Angouléme, qui était promise au comte de la Marche, 11983. En guerre avec le roi de France, 12008. Prend Arthur à Mirebeau, 12100. Guillaume des Roches, par le conseil de qui li avait obtenu ce succès, lui rappelle les engagements pris de trai 19 ter avec bienveillance les prisonniers, 12437. Jean, man quant à sa parole, les traita avec une telle cruauté que ses hommes en eurent honte, 12507. Par suite, il perdit l'Anjou, le Maine et le Poitou, 12529. Il se rend en Normandie, que les Français avaient envahie, 12552. il'allait de ville en ville, craignant d'être trahi, 12569. Il est abandonné par le comte Robert [d'Alencon], qui s'allie au roi de France, 12610. Il envoie le Maréchal auprès du roi de France pour demander la paix, 12676. Ses pro positions repoussées, il fuit par la Normandie, 12752. Il part pour l'Angleterre (décembre 1203), 12829. Il envoie des messagers au roi de France, 12854. Il fait assembler son ost à Portsmouth (mai 1204), 12921. 11 autorise le Maréchal à faire hommage au roi de France, 12958 ; puis il le lui reproche, 13061, 13111, et lui parle en termes outrageants, 13207.11 renonce à passer sur le Continent, 13257. Il se fait donner en otage le fils aîné du Maréchal, 13272. Il se rend en Poitou avec l'ost (juin 1206), 13279. Son retour en Angleterre, 13302. Il autorise, à regret, le Maréchal à se rendre en Irlande, 13317. Il lui prend son second fils comme otage, 13366. Le Maréchal parti, il lui mande de revenir, 13443. Il persécute Guillaume de Briouze, 13586. Il favorise les desseins de Meilier, le grand juge d'Irlande, qui cherchait à dépouiller le Maréchal de sa terre, 13625. Il se plaît à donner au Maréchal de fausses nouvelles sur l'état de ses affaires en Irlande, 13801. Apprenant que le Maréchal a reçu des nouvelles favorables, il lui fait bonne mine, 13905. Il lui donne congé de retourner en Irlande (1208), 13935. Il envoie en Irlande l'évêque de Norwich, en qualité de grand juge, 14119. Il contraint Guillaume de Briouze à s'exiler d'Angleterre, 14151. 11 rappelle en Angleterre le Maréchal, qui lui avait donné asile, 14240. Il passe en Irlande avec le Maréchal (juin 1210), 1425. Il séjourne à Kilkenni avec son armée, aux frais de ce dernier, 14262. Il prend Carrickfergus, 14270. Il reproche au Maréchal l'aide donnée à Guillaume de Briouze, 14286, et exige de lui des otages, 14322. En guerreavec Llewelyn, il man de le Maréchal et lui rend ses otages (1212), 14473. Menacé par le roi de France qui préparait une flotte pour envahir l'Angleterre (1213), on lui conseille de faire venir le Maréchal, 14492. Il remet les deux fils de celui-ci à la garde de Jean d'Erlée, 14533. Il fait venir d'Irlande le Maréchal, 14579. Il assemble son ost sur le mont de Brandon, 14601. Se rend en Poitou (février 1214), 14677, emmenant avec lui Richard, fils du Maréchal, 14708. Revient en Angleterre (octobre 1214), 14840. Révolte des barons anglais (1215), 14842, 15031. Le roi assiège Rochester, 15072. Appelle à lui des mercenaires flamands, 15081. Prise de Rochester, 15096. Il se dirige vers Lindsey, 15144. Malade à Newark, 15152. Demande pardon au Maréchal de ses torts envers lui, 15174. Sa mort, 15191. En terré à Worcester, 15206. Laisse un mauvais souvenir, 17229. Jean d'Alencon, archidiacre de Lisieux, 11)367 (note), 10376. — de Bassingbourn (Basingeborne), chevalier du roi Jean, 13227 (note). — d'_Erlée_ (Erlle le plus souvent, _Erlie_ en rime, 11914, 14081), écuyer, puis l'un des chevaliers du Maréchal et son homme de confiance. Est l'écuyer du Maréchal au combat de Montmirail (1188), 7948, 8033 ; au combat du Mans, 8587, 8593, 8692. Envoyé en Angleterre après la mort de Richard, 11914. Chargé par le Maréchal de lad'une partie de sa terre farde 'Irlande, 13473. Mandé par le roi Jean, 13633. Reçoit le Maréchal revenant en Irlandeg 13919, et l'informe de ce qui s'est passé en son absence, 13965, 13985, 13990, 14049. Pris par le roi comme otage du Maréchal, 14328, 14373. Reste en otage à Nottingham, 14457. Reçoit en garde l'un des fils du Maréchal, 14534. 14569. Conseille au Maréchal de ne point accepter la garde du royaume, 15446. Assiste le Maréchal dans sa dernière maladie, 18149. Se rend en Galles, par ordre du Maréchal, pour chercher des draps de soie que celui-ci veut utiliser pour ses obsèques, 18171. Reçoit les dernières recommandations du Maréchal, 18243. Veille pendant la nuit le Maréchal, 18306, 18677. Ses entretiens avec lui, 18528, 18680, 18708, 18760, 18816. Fournit la matière du poème, 19185. — de Fresnai (_Seeneis_), chevalier normand, 7615 (note). — Fils Hugues (_Hue_), 15829 (note). Jean le Roux2 (e Rot), habitant de Chambrais, 10455. — Male-Herbe, chevalier normand, 4690 (note). — le Maréchal, père de Guillaume ; sénéchal d'Angleterre, 39 ; plus renommé par sa largesse que par sa richesse, 33. Prend le parti de l'impératrice Mathilde, 45. Entretient à ses frais trois cents chevaliers, 52. A, de sa première femme, deux fils, Gilebert et Gautier, 78-9 ; les perd, 90. En guerre avec Patrice, comte de Salisbury, 146 (note). Accompagne l'impératrice au siège de "Winchester, 168. Protège la retraite de la reine sur Ludgershall, 197. Fait face à l'ennemi au gué de Wherwell, 237. Se réfugie dans un moutier où li est blessé, 243. Se rend à pied à Marlborough, 273. Surprend une troupe de royaux entre Winchester et Ludgershall, et les met en déroute, 302. Répudie sa femme pour épouser la sœur du comte Patrice, avec qui li fait la paix, 370. Il a quatre fils et deux filles de cette seconde femme, 381. Donne Guillaume, le second de ses fils, en otage au roi Étienne, qui assiégeait Newbury, 487. Sa réponse à ceux qui lui annoncent que son fils sera mis à mort si la ville n'est pas rendue, 509. Il en voie son fils Guillaume au chambellan de Normandie, Guillaume de Tancarville, 743. — le Maréchal, fils du précédent, frère aîné de Guillaume le Maréchal. Sa naissance, 381 ; sa mort, 10022 (note) ; enterréà Bradenstokes, 10071. — le Maréchal, fils du précédent, neveu de Guillaume le Maréchal. Accompagne son oncle auprès des comtes de Flandre et de Boulogne (11 97), 10763 (note) ; chargé d'un message pour le roi Richard, 10901. Présent aux derniers moments du roi Jean, 15161 ; se distingue à la bataille de Lincoln, 16418,16423, 16451, 17014 ; est l'un des conseillers de son oncle, 15404, 18034. Jean de Monmouth (Monemue), 15156 (note). — de Préaux (Preials), chevalier normand, 4662 (note), 10963, 10987. — de Rouvrai (_Rovrei_), chevalier français, 19153 (note). — de Saint-Michel, chevalier anglais, 4641. — _de Seeneis_, voy. Jean de Fresnai. — de Subligni (Soleingni), chevalier normand, 1466 (note), 1475. Jeanne (Johane), cinquième fille du Maréchal, 14947 (note), 18159, 18519, 18571. Jérusalem 12219. Joigni (Joheingni), tournoi à — 3431 ; château de — 3439. Jordan, Jourdain. Joubert Priseingni), de Pressigni homme (Jousbert de Hen de ri H, 7075, 7088, 7099, 7141. Jourdain dan de Sankevile), de Sauqueville homme (Jor du Maréchal, 13464 (note), 13639, 13963, 13984, 14326, 14455. Juifs, persécutés à l'avènement de Richard, 9571 (note). Kaieu, Caieu. Kedeville, Renaut de —. Kenape, la — ; Knepp. Kenofergus, Carrikfergus. Kilkenni (_Kilquenni_) 14067, 14259. Kingston (Quingestone) 17702 (note). Knepp (La Kenape) 15886 (note). Laci, Gautier de —. Voy. aussi Chester, le connétable de —, et Ulster, le comte d' —. Lagni-sur-_Marne_ (_Leingni sor_ Marne), tournoi à — 4457, 4751 ; foire de — 5962. Laigle 12576 (note). La Mare, Guillaume de —. Lancastre, la demoiselle de — (Helvis, fille de Guillaume de Lancastre) donnée au Maréchal, 7312 (note) ; sa chère amie, 7316 ; donnée à Gilebert Fils Rainfroi,9382 (note). Lautron, Nontron. Le Breton, Robert —. Légats pontificaux, voy. Gualon, Pandolfe, Pierre [de Gapoue]. Le Gras, Guillaume —. Le Gros, Mathieu —. Leicester (Leicestre), Robert comte de —. Lens, Raoul de —. Leschans, Pierre de —. Lesingnan, Lezingnan, Lusignan. L'Etang (l'Estanc), Guillaume de —. Liewelin, Llewelyn. Lillebone (Lundèlbone) 9390. Limoges 6357, 6379, 6393, 16108. Limousins Limousin Lincoln 680 (Limozin) (Limozin) (note), 161 11753. 11925. 1 1, 16120, 16154, 16870, 17072, 17089. Lindsey (Lindesie) 15144 (note). Lisieux (Lisieues, Lisiues) 1606, 10365, 12577, 12773. Lïuns, Lyons. Llewelyn (_Liewelin_, Lewelins), chef gallois, 14474, 17751, 17794, 17803, 17807. Loeïs, Louis. Loherens, Lorrains. Lombardie, chevaux de — 1503, 2935, 10485, 10968. 13529, Londoniens (_Londreis_) 15097. Londres 1918, 9516, 11943, 13606, 15052, 15061, 16963, 17044, 17077, 17123, 17343, 17580, 17654, 17886 ; qualifiée de t yille », 17921, 18409, 18598, 18713, 19028, 19030, 19091 ; la Tour de —, 17886. — Robert de —. Longchamp, Étienne de —, Guillaume de —. Longchamps, Henri de —. Lorrains (Loherens), 6021. Lotegaresale, Lothegaresale, Ludgershall. Loudun, ou plutôt Loudunois (Losduneis), 8710. Louis (Louis), roi de France (Louis VII), en guerre avec Henri II, 806 ; envoie les meilleurs chevaliers de France au jeune roi, 2123. Assiège vainement Rouen, 2289 (note). Il est blâmé d'avoir soutenu le fils contre le père, 2295. Envoie des messagers à Henri II en vue de la paix, 2321. Louis (Loéis), fils du roi de France. Appelé par les barons anglais (1215), 15063. Prend Farnham, Winchester, Porchester, Southampton, 15100. Assiège Hertford (1216), 15719. Accorde deux trêves successives aux Royaux, 15724, 15735. 8e disà partir pour la France, ? ose 5752, 15768. Quoique serré de près par les Anglais, ils'embarque à Douvres (1217), 15869. Il revient en Angleterre, 16034. Se rend à Winchester, 16068, puis à Douvres, 16089. Informé de la défaite des siens à Lincoln, il lève le siège de Douvres et se rend à Londres, 17069. Négocie avec le Maréchal, 17634, Se soumet à la cérémonie humiliante d'une absolution publique par le légat, 17704. S'embarque à Douvres, 17719. — (Loeïs) d'Arcelles, chevalier champenois, 4017 (note). Louvrecaire (Lovrckaire), routier au service du roi Jean, 12598 (note). Ludgershall (Lotegaresale, Lothe _garesale_), 199 (note), 234, 283. Lundelbone, Lillebonne. Luzignan (_Lezingnam_), Geofroi de —. Lyons (Lïuns) 7302 (note). Maante, Mante. Macaire de Châlons, chevalier français, 4514 (note). Magneville, Mandeville. Maheut, fille aînée du Maréchal, mariée à Hugues Bigot, 1 3343, 14916 ; visite son père malade, 18509, 18561. —, Mathilde (l'impératrice). Maillard, porte -enseigne du Maréchal, 13511. Maillé (Uailli), Jaquelinde —. Maine (Meine, Mainne, Maigne), le — 1523, 1609, 2217, 8094, 8166, 9453, 10562, 12458, 12482 (la Maingne), 12530. Maintenon (Mestenon), tournoi entre — et Nogent, 3681. Maison Dieu, la —, au Mans, 8523 (note), 8550. Malaunoi (Malalnei), Hue de Malchael, Roger —. Malconduit, Alexandre —. Male-Herbe, Jean —. Malesmains, Thomas —. Mallion, Mauléon. Malmesbury (_Mammesberre_), 15257. Mamers, 12661. Mammesberre, Malmesbury. Manceaux (_Mansel_), 2785. Mandeville (Magnevile, Manevile), Guillaume de —. Mans, le — 4672, 8067, 8291, 8381,8471,8476,8879, 12516, 12621, 12648, 12653. Mansel, Manceaux. Mante (_Maante_) 7819,7821. Marcadé, routier au service de Richard, 10933 (note), 10939, 11265, 11277. Marçai (Marchai, Marsai), Étienne de —. Marche, le comte de la — (Hugues le Brun), 11986-9, 11153. Maréchal, Ansel le —, Gautier le —, Gilebert le —, Guillaume le —, Henri le —, Jean le —, Richard le —. Mares, Simon de —. Marlborough (_Merleberge_) 276, 9961, 10050, 10177, 16016, 16031. Marseille 9732. Martel 6985 (note). Marzai, Marçai. Mathieu, comte de Boulogne, au combat de Drincourt 857 (note), assiste à un tournoi 3691. Mathieu le Gros 12349 (note). — de Walincourt (Waleuncort, _Waleincort_, Walencort), chevalier flamand, 3215 (note), 3256, 3309. Mathilde (Maheut) 47, ordinairement appelée l'Impératrice (l'empereriz), fille de Henri I", roi d'Angleterre, veuve de Henri V, empereur d'Allemagne, épouse de Geoffroi V Plantagenet, comte d'Anjou et duc de Normandie, mère de Henri II, duc de Normandie, roi d'Angleterre ; en guerre avec le roi Étienne, 41 ; al'appui de Jean le Maréchal, 45 ; assiège Winchester, 168 ; lève le siège et se retire à Ludgershall, 197. Mentionnée 477. Mauléon (Ma ! lion), Savari de Maurice de Craon (Moriz de _Creon_) 9307 (note). Mauvesin, Pierre —. Mauvoisin. Guillaume —. Meilier Fils Henri, grand juge d'Irlande. Est l'ennemi du Maréchal, dont il était vassal, 13430 (note) ; décide le roi à rappeler le Maréchal en Angleterre, 13437 ; se rend lui-même en Angleterre, 13554 ; ordonne à ses hommes de faire la guerre aux hommes du Maréchal, 13557 ; est bien reçu par le roi, 13582 ; travaille, avec l'assentiment du roi, à ruiner le Maréchal, 13615 ; retourne en Irlande, 13671 ; est battu par les hommes du Maréchal, 13783, 13872 ; est obligé, pour faire la paix avec le Maréchal, de lui livrer son château de Donmas, 14123. Mellent, Meulan. Mello (_Merlou_), Dreu de —, Guillaume de —. Melun (Meleùn), Adam de —. Merabel, Mirebeau. Merleberge, Marlborough. Merlin, ses prophéties, 2703, 15222. Merlou, Mello. Messine (Machines) 9736, 9777. Mestenon, Maintenon. Meulan (_Mellent_), Amauri de —. Milli 11117 (note), 11124. Milon de Chàlons, chevalier français, 4513 (note). Mirebeau (_Merabel_, Mirabel) 12060 (note), 11145, 12411. Moliherne, Mouliherne. Molins, Moulins[-la-Marche]. Monceaux (Monceals), Guillaume de —. Mon mou tu (Monemue), Jean de —. Montchensi (Montchenesi), Garin de —. Montfort-le-Rotrou (_le Retrot_) 8377 (note). Montfort [— sur-Risle] 12769 (note). Montigni, Guillaume de —. Mont-Joux (Monlgieu, Mongiu) 2900, 4470, 17939. Montmirail (_Monmyrail_) 7887 (note). Montmirail -en -Brie (Montmerals-en-Hrie) 6674. Montmorenci, le seigneur de — (Bouchard V) 2139 (note). Montoire (_Montorie_) 4444 (note). Montsorel 16092, 16117. Morgan de Caerleon (Carlïon) 17748, 17763, 17777, 17808, 17838. Morix de Creon, Maurice de Craon. Mortagne (Moretaingne) 5840. Mortemer, Guillaume de —. Mouliherne (Molxherne) 9441. Moulins[- la-Marche] (Molins) 8070 (note), 8117. Musart, Raoul —. Nantes, le pont de — 14826. Navarre 7593. NeauphlelJVëau/ïe), Simonde —. Neubére, Newbury. Neuville, Eustache de —. Nevers, le comte de — 16079 (note). —, Renaut de —. Newark [upon Trent] (_Newer_) 15152 (note), 16201. Newbury (Neubere) 399. Newent (identification douteuse, ms. _nendre went_) 18174. Newer, Newark. Nicole, Lincoln. [_Nicole_ de la Haie], gardienne du château de Lincoln, 16491 (note). Nogent[-le-Roi], tournoi entre Maintenon et — 3681. Nogent[-le-Rotrou] 8348. Nontron (_Lautron_) 11759 (note). Norhantone, Northampton. Norhumberlande, Northumberland. Normandie (Normandie, Normendie) 25, 745, 1521, 1543, 3182, 3189, 5218, 5697, 6388, 7190, 7332, 7364, 8902, 9453, 9998, 10350, 10432, 10578, 12005, 12552. Normands 989, 1212, 2579, 2783, 5035, 5576, 6027,6373 ; chevaliers — au tournoi de Lagni-sur-Marne, 4645. Norrois (Nosreti) 10181 (note). Norrois, Henri le —. Northampton (_Norhantone_) 16125. Northumberland (Norhumber _lande_) 14655. Norwich(yVort) i'i)15741 ; l'évêque de —, grand juge d'Irlande, 14120 (note). Notelée, Nutley. Nottingham (Nothingaham, Notinguelian, Nothingueham) 9890 (note), 10180, 14457, 16105, 16236. Nouvelle ville (Novele vile) 13569 (note). Nutley (_Notelée_), l'abbé de — 18610 (note), 18884. Ocancelei (_Okanceleie_) 13475 (note). Odart, Heimeri —. Odo, lieu en Irlande, 13833 (note). Odo del Plaissié, Eudes du Plessis. Okanceleie, Ocancelei. Opledane (Upleadon ?) 18239. Orford (Orofort, corrigé en Orefort) 15741 (note). Orival, la roche d' — 10532 (note). Orléans (Orliens) 4490. Osbert de Rouvrai (Rovreis) 7616 (note). Osory (Oserie) 13475 (note). Ou, Eu. Paci 7811. [-sur-Eure] 7805 (note), Paien, Renaut —. Pandolfe, légat du pape, 17940, 17953, 18064, 18095, 18112, 18926. Parc, le — 8499. Paris 2132, 8322. Parthenai 2132. Patrice, comte de Salisbury (Patriz de Salesbire), fait la guerre à Jean le Maréchal, 146 (note) ; a le dessous, 344 ; s'accorde avec Jean le Maréchal et lui donne sa sœur Sibile en mariage, 372 ; fait bon accueil à Guillaume le Maréchal, son neveu, 1559 ; accompagne Henri II en Poitou (1168), 1592 ; est chargé par lui d'escorter la reine, 1615 ; est tué par les Poitevins, 1648 (note). Pays d'aval (Avalterre, Avauterre) 1518, 2925, 3893, 4468 (note). Peissi, Poissi. Peitevin, Poitevins. Pembroke (_Pembroc_) 14256. Perche, le — 5840. — le comte du — 16343, 16704, 16725 ; sa mort, 16738. Philippe [— Auguste], roi de France. Accorde au Maréchal des lettres de sauf-conduit pour le roi Henri H (1183), 6633. A une entrevue avec Henri II, et tous deux prennent la croix (1188), 7327 (note). Fait la guerre à Henri H et lui enleve Châteauroux, 7351. Entrevue avec Henri H à Gisors, 7368 (note). Il lui fait proposer de vider leur querelle par un combat auquel prendraient part de chaque côté quatre chevaliers, 7475. Cette proposition n'aboutit pas, et Philippe fait attaquer Gisors, 7729. Il est repoussé, 7760. Il retourne en France, 7779. Fait alliance avec Richard, 8089. A une entrevue entre Soligni et Moulins, où il conduit Richard (1189), 8115. Conseille à Henri II de donner à Richard le Poitou, la Touraine, le Maine et l'Anjou, 8164. Repousse les propositions de paix du roi Henri, 8328. Il provoque une nouvelle entrevue avec le roi d'Angleterre entre la Ferté[-Bernard] et Nogentf-le-Rotrou], 8345. Il prend la Ferté, 8364 (note), et Montfort — le — Rotrou, 8377 (note). Il assiste à l'incendie du faubourg du Mans, 8745. Il occupe le Mans et en prend de vive force la tour, 8879 (note). Il occupe Tours, 8913 (note). Sa dernière entrevue avec Henri II, 8935. Conclut une trêve, 9031. 8e rencontre à Vezelai avec le roi Richard, 9678, 9720. Se rend en Terre sainte, 9739. Aborde à Acre, 9791. Y tombe malade, 9797. Revient en France pour agir contre Richard, 9800. S'allie, à cet effet, avec Jean (frère de Richard), 9808. Accueille Jean, mais ne tient aucune des promesses qu'il lui avait faites, 10162. Assiège Verneuil, 10357. Entrevue avec Richard à Vaudreuil (1195), 10534. Mis en fuite à Vendôme (1194), 10581. Entrevue avec Richard entre Vernon et Boutavant (1197), 10703. En guerre avec les comtes de Flandres et de Boulogne, 10783. Se retire, 10882. Chevauche vers Gisors contre Richard (1198), 10924. Est battu et mis en fuite, 11006. Tombe à l'eau, au passage d'une rivière, et est sauvé par les siens, 11032. Rentre en France, 11051. Voyant qu'il avait le dessous, il se résout, sur le conseil des siens, à faire intervenir la cour de Rome, 11325. S'entend avec le cardinal Pierre [de Capoue], qui lui est envoyé par Rome pour être l'intermédiaire entre lui et Richard, 11373. Demande une entrevue à Richard, 11407, mais, au lieu de s'y rendre, y en voie le cardinal (1199), 11425. Le cardinal ayant échoué dans sa démarche, le roi Philippe obtient une trêve par l'entremise de l'archevêque de Reims, 11705. Après la mort de Richard, il reçoit l'hommage de Jean, 11948. Il lui fait la guerre, 12008. Les deux rois font la paix, la nièce de Jean devant epouser Louis, fils du roi de France (1200), 12012. Recommence ses attaques contre Jean, 12031. Fait à Guillaume des Roches des promesses mensongères pour l'attirer à lui, 12451. Assiège Arques (1202), 12044. Lève le siège quand il apprend la victoire de Jean à M ire beau, 12207. Essaie vainement de surprendre le Maréchal et les siens qui le suivaient dans son mouvement de retraite, 12268. Reçoit l'hommage de Robert d'Alençon, 12615. Prend Conches (1203), 12675. Dit au Maréchal son opinion sur les traîtres, 12696. Reçoit, au Bec, le Maréchal et Robert de Leicester, 12861. Entre en possession de Rouen (1204), 12932. Reçoit l'hommage du Maréchal,* 12989. Assiège Caen, 13026. Voit sa flotte détruite par les Anglais à Dam (1213), 14625. Victoire sur l'empereur et ses alliés (Bouvines), 14788. Apprend avec douleur la défaite des Français à Lincoln (1217), 17085*. Porte témoignage de la valeur du Maréchal, 17096, 17610. Faitenvoyerdu secours à son fils Louis, 17109. Après la défaitede la flotte française, il mande à son fils, sur l'avis de son conseil, de revenir en France, 17617. Apprend la mort du Maréchal (1219), 19113, et dit que c'était l'homme le plus loyal qu'il eût connu, 19149. Philippe, clerc, 18685. — d Aubigni (Phelipes d'Aubemgni) 15339 (note), 15785, 15800, 16005, 17270. — de Colombiers, chevalier normand, partisan de l'impératrice Mathilde, 179 (note). Philippe de Colombiers, fils du précédent, 8811 (note), 8866. — (Fetipes, Phelipes) comte de Flandre. Sa renommée, 2465. Attaque Drincourt,834 (note). Fait bon accueil au jeune roi, 2449. Le mène à un tournoi, 2471. S'efforce, à son exemple, de retenir à son service les meilleurs chevaliers, 2667. Sa tactique dans les tournois, 2713. Se rend au tournoi de Pleurs, 2911. Manifeste son estime pour le Maréchal, 3064. Assiste au tournoi d'Eu, 3243 ; à celui de Maintenon, 3688 ; à celui de Lagni, 4465, 4908. Blâme le jeune roi de s'être séparé du Maréchal, 5601. Cherche à attirer à lui le Maréchal, 5947, 6157. Assiste au tournoi de Gournai, 6022. Sa douleur à la mort du jeune roi, 7173. Est avec le roi de France dans sa guerre contre Henri II (1188), 7510, 7674, 7603, 8937. — de Prendergast (Prenlegast) 13883 (note), 13970. — de Valognes (Valoingncs) 1324 (note), 1334. Picards (Pohier) 6020, 6374. Pierre [de Boudeville ?], chevalier normand, 4718. — [de Capoue], légat du pape. son entrevue avec le roi Richard, 11373. — de Courtenai, frère du roi Louis VII, 2131. — Fils Gui, homme du roi Henri II, 8388 (note). — Fils Herbert, homme du roi Jean, 14359 (note), 14432, 14465. — de la Rivière, chevalier du roi Richard, 10481. — de Lescbans, chevalier français, neveu de Guillaume des Barres le père, 3977 (note), 4087, 4117, 4168, 4510. — Mauvesin (Malvesins), chevalier du roi Henri II, 8628 (note). Pierre de Préaux, chevalier normand, 4669 (note), 4994, 5005, 5031, 5293, 10759, 12645, 12840, 12905. — des Roches, évêque de Winchester. Assiste a la mort du roi Jean, 15154 (note). La garde du jeune roi Henri lui est confiée par le Maréchal, 15604. Il conduit la quatrième « bataille » à l'attaque de Lincoln, 16259. Les arbalétriers sont placés sous ses ordres, 16314. Va reconnaître la ville, 16467. Retient le Maréchal, trop pressé d'attaquer, 16557, 16581. Fait des prisonniers, 16997. Agit comme mandataire de Llewelyn auprès du roi (le texte porte « le comte > au lieu de « l'evesque »), 17806. Prétend que la garde du roi lui a eté confiée par les barons, 17993, et tente de l'usurper, contre la volonté du Maréchal, 18103. Appose son sceau au testament du Maréchal, 18336. Pipart, Gilebert —. Pleierre, Pleurs. Plessis (Plaissié), Eude du —. Pleurs 2879. (_Pleierre_), tournoi à — Plomquet Raoul de (Plomket, —. Plonquet), Pohier, Picards. Poissi (Peissi), Simon de —. Poitevins [Peitevin), se révoltent contre Henri II, 1570 ; toujours rebelles contre leurs seigneurs, 1579 (note), 12545 ; mentionnés, 2786, 6027, 12113, 12530, 12587. Poitiers (Peit[i) ers) 7857. — le comte de —. Voy. Richard. Poitou (_Peitou_) 1610, 1907, 2217,3893,7335,8165, 10561, 12167, 12457, 12482, 12530, 13097, 13286, 13295, 14823. Pont-de-l'Arche 10528. Pont-de-l'Arche, Guillaume du —, Robert du —. Ponthieu (Ponti), le comte de — 835 (note). Porcel, Gautier —. Porchester (Porecestre) 15101. Port, Adam de —. Portejoie 11576 (note). Portsmouth (Porlesmues) 10352, 12830, 12923, 13096, 13284. Poternes, Guillaume de —. Pré, le —, près Rouen, 12756. Préaux (Prêtais, PreaU), Engerrande —, Guillaume de —, Jean de —, Pierre de —, Roger de —. Prendergast (Prenlegast), Philippe de —. Pressigni (Priseingni), Joubert de —. Qorin, Corin. Quei, sénéchal d'Arthur, le héros breton, 7878 (note). Qucnci, Quinci. Queu, Guillaume le —. Quinci, Robert de —, Sahier de —. Quingestone, Kingston. Radignes, Reading. Ranvol, Renaut. Raoul d'Ardene, chevalier normand, 11799 (note), 13006, 13029. — Farci, favori du jeune roi, 5367. — Fils Godefroi, chambellan du jeune roi, 6528 (note), 6553, 6569, 6599. — Fils Paien, 13749 (note), 13840. — de Glanville, grand juge d'Angleterre, 8275 (note), 8300, 9515. — de Hamars, chevalier normand, 4699 (note), 5176, 5255. — de Lens 6773. — Musart, chevalier anglais, 15406, 15433. — de Plomquet (Plomket, Pion guet), chevalier flamand, 4569, 8627. Raoul de Saint-Sanson, gouverneurdu jeune Henri III, 15261 (note). — de la Tournelle, chevalier français, 17147 (note), 17416. Reading (Radignes, Radingnes), conseil tenu à — 17943, donation à l'abbaye de — 18999 ; le corps du Maréchal y est temporairement déposé, 19002. — l'abbé de — 18912, 18963. Reims, l'archevêque de — (Henri de France), 2322 ; (Guillaume aux Blanches-Mains), 6644 (note), 8938, 11705. Reinal Croc 16741 (note). Reinfrei Fils Paien (le même que Raoul Fils Paien ?) 13496 (note). Renaut (Renaît, Reinalt) de Dammartin, comte de Boulogne, 8617 (note), 8652, 9389 (note), 9400, 10692, 13007, 13013, 14607, 14736. — (Renaît) Fils Herbert, chevalier anglais, 9386 (note), 9405. — (Ranvol, Reinalt) de Kedeville, homme du Maréchal, 9622, 9626, 9629. — (Renaît) de Ne vers 3720 (note). — Paien de Guernesey (Gernesïe) 17405. — de Vassonville(fletnaij) 4675. Ressons (Resons), tournois près de — 2473 (note), 5492, 5976, 6196. Revel, Guillaume —. Richard, second fils de Henri II, comte de Poitiers, puis roi d'Angleterre (H89j. En désaccord avec ses freres Henri et Geoffroi, 6317. Maltraite les hommes de sa terre, 6319. Secouru par son père (1183), 6367. Est d'abord avec son père dans la guerre contre Philippe-Auguste (1188), 7619. Se rend à Ghàteauroux, 7853. S'allie au roi de France, 8089. Vient avec celui-ci à l'entrevue de Bonmoulins (1189), 8127. Quitte son père sans prendre congé, 8189. Mande ses hommes par toute sa terre, 8247. Empêche les négociations tentées par Henri II en vue de la paix, 8323. Assiste à l'entrevue de la Ferté-Bernard, 8348. Pour suit son père, qui se retirait du Mans, 8803. Son cheval est tué par le Maréchal, 8845. Son entrevue avec le Maréchal après la mort du roi, 9304. Envoie le Maréchal en Angleterre, 9347. Fait diverses donations à ses chevaliers, 9392. Investi à Rouen du duché de Normandie, 9555 Couronné à Saint-Paul de Londres, 9567 (note). Ses libéralités envers son frère Jean, 9575. Intervient entre celui-ci et le Maréchal, 9593. Se prépare à aller en terre sainte, 9637. Prend rendezvous avec le roi de France, 9675. Institue un conseil pour gouverner l'Angleterre en son absence, 9683. Se rencontre avec Philippe-Auguste à Vezelai, 9723. S'embarque à Marseille, 9732. Passe l'hi ver à Messine, 9736. Prend Cypre, 9794. Porte témoignage de la loyauté du Maréchal, 9845, 9856. Fait prisonnier, 9820. Mis à rançon, 9967. Revient en Angleterre (1194), 10012. Est rejoint à Huntingdon parle Maréchal, à qui il adresse ses remerciments, 10081. Assiège et prend Nottingham, 10177. Donne raison au Maréchal, qui refusait de lui faire hommage pour sa terre d'Irlande, 10319. Couronné de nouveau à Winchester, 10341 (note). S'embarque pour la Normandie, 10352. Reçoit, à Lisieux, la visite de son frère Jean et lui pardonne ses méfaits, 1037(5. Est partout bien accueilli en Normandie, 10429. Passe par Chambrais, 10453, par Laigle, 10464, par Tubœuf, 10465. Secourt Verneuil assiégé par le roi de France, 10468. Prend Beaumont-le-Roger, 10518 (note). A une entrevue à Vaudreuil avec le roi de France, 10534. Fortifie l'île d'Andeli, 10579 (note). Met en déroute l'ost de France à Vendôme, 10581 (note). Assiège et prend Vierzon (1196), 10680 (note). Kn voie U' Maréchal aux comtes de Flandre et de Boulogne, qui deviennent ses hommes, 10688. Entrevue avec le roi de France entre Vernon et Boutavant (1197), 10702 (note). Envoie le Maréchal et plusieurs autres chevaliers aux comtes de Flandres et de Boulogne, 10745. Prend Courcelles (1198), 10909 (note). Attaque et met en fuite le roi de France à Gisors, 10924. Retourne à la Roche d'Andeli, 11052. Séjourne à Gournai, 11106. Rassemble des troupes à Gerberoi, 11112. Chevauche vers Milli, 11117, et s'en empare, 11240. Reçoit l'évêque de Beauvais, fait prisonnier par Marcadé, 11277. Entrevue avec le légat Pierre (de Capoue] (1199), 11373. Se rend en Limousin, 11753. Assiège Nontron et y est blessé à mort, 11759. En voie au Maréchal des lettres par lesquelles il le fait gardien de la tour de Rouen, 11776. La nouvelle de sa mort est portée à Rouen, 11833. Richard d'Argenccs, chevalier normand, 7527 (note), 7605. — de Berkeley (Berkelai), chevalier anglais, 4639 (note). Richard de Clifford, chevalier anglais, 7940 (note). — de Ferrières (Perriers), chevalier anglais, 15340. — Fils Herbert, chevalier anglais, 8575. — Fils Renier, l'hôte du Maréchal à Londres, 9523 (note). —, fils du roi Jean, 17268, 17308, 17377. — le Maréchal, deuxième fils de Guillaume le Maréchal, 14883 (note) ; remis au roi Jean à titre d'otage, 13366, 13419 ; confié par le roi à Thomas de Samford, 14573 ; emmené par le roi en Poitou, où il faillit mourir de maladie, 14708 ; se trouvait à la cour de Philippe-Auguste au moment de la mort de son père, 19120. — de Samford, chevalier anglais, partisan de Louis, 16977 (note). — de Villenuier, chevalier normand, 7525 (note), 7604. Rivière, Pierre de la —. Robert, comte d'Alençon, 12610 (note). — de Beau rai n (Bealreim), chevalier flamand, 4587. — de Bloc, chevalier angevin, 4739. — de la Borne, chevalier anglais, 4633. — de Bouvresse (Bouvreche), chevalier français, 4533. — de Buisson, chevalier normand, 4703 (note). — Chaperon, chevalier normand, 4700. — de Colombiers, chevalier anglais, 17770. — de Courtenai, chevalier français, 17146 (note), 17414. —, comte de Dreux (fils de Louis VI ?) 4489 (note), 6647. —, comte de Dreux (Robert II, fils du précédent) 7515, 7673, 7735. —, comte de Dreux (Robert III, fils du précédent) 14827 (note). Robert d'Estouteville, chevalier normand, 4657 (note). — Fils Gautier, chevalier anglais, 46 1 5 (note), 1 6935 (note). — le Breton, chevalier anglais, 4643 (note). —, comte de Leicester, 12857 (note), 13327 (note). — de Londres, chevalier anglais, 4621 (note). — de la Mare, chevalier normand, 4707 (note). — du Pont de l'Arche, beaufrère du Maréchal (?), 7265 (note). — de Quinci (_Quenci_) 16937 (note). — de Ropelai, chevalier anglais, partisan de Louis de France, 16686 (note). — de Sablé (Sabloil), l'un des chefs de la flotte de Richard, 9670 (note). — de Sou vile _(Sovile_), maréchal de l'hôtel du roi, 8389, 8413, 8439. — de Touberville (Trubleville), chevalier normand, 4682 (note). — de Tresgoz, chevalier normand, 4693 (note), 8546, 8564. — de Ver, comte d'Oxford, 19010 (note). — de Wanci, chevalier anglais, 4625. Rochefort, Simon de —. Roches, Guillaume des —, Pierre des —. Rochester (_Rouvecestre_) 15072, 15096, 16007-9. Roëem, Rouen. Roger de Boudeville (Bondevile), chevalier normand, 4717. — Bigot, comte de Norfolk, 13336. — de Gaugi, chevalier flamand de la mesnie du jeune roi, 3385 (note), 4583, 6414, 15159 (?). Roger de Hardeincourt, chevalier flamand, 4599 (note). — Malchaël, garde du sceau de Henri II, 9051 (note), 9059, 9065, 9069. — de Préaux, chevalier normand, 4669 (note). — Torel, connétable de la Ferté- Bernard, 8360, 8366. Rogi, Rougé. Rollant Bloët, chevalier anglais, 17766 (note). Rome 6424, 18946, 19064 ; la cour de — 11352, 11363, 11450. Ropelai, Robert de —. Rossel, Henri —. Rouen (Roëm), Henri II à — 1608, 5655. Le jeune roi en terré à Notre-Dame de — 6971, 7157, 7165. Le Maréchal bien reçu par les citoyens de — 12318" Grand incendie, 12707. Le roi Jean à — 12705 (note), 12783, 12797. Confié à la garde de Pierre de Préaux, 12840. Assiégé par Ph.- Aug., 12902. Conventions faites avec Ph.- Aug. pour le cas où Rouen lui serait rendu, 12912. Ph.-Aug. saisi de Rouen, 12932. Mentions, 1605, 4672, 12578, 12860. La Tour de Rouen donnée en garde au Maréchal, 11781, 11813, 11844. Étienne de Longchamp y est emprisonné, 12713. Rougé (_Rogi_), Bon-Abbé de —. Rouvecestre, Rochester. Rouvrai (_Rovreis, Rovrei_), Jean de —, Osbert de —. Rye 15790 (note), 15860. Sablé (Sabloil), Robert de —. Sahier (Sechiers) de Quinci, comte de Winchester, 16933 (note). Saint-Brice (_Seint Briz_), tournoi entre — et Bouere1 382 (note). Sainte-More, Aimeri de —. Sainte-Suzanne 8907 (note). Saint-Jacques (Seint Jame), 70. Saint-Jame (Sainte-Jammesur-Sarthe) ?, tournoi entre — et Valennes 1202 (note). Saint-Mathieu 5706 (note). Saint-Michel, Jean de —. Saint-Omer, le châtelain de — 17374 (note). Saint-Paul, à Londres, 9569. Saint-Pierre-sur-Dive 7192. Saint-Pol, le comte de — 5995 (note), 6031, 6080, 6126. Saint-Sanson, Raoul de —. Saint-Servin, Corin de —. Saint-Valeri, Bernard de —. Salisbury (_Salesbires_) 1558-9 ; l'évêque de — 18337. — (Salesbere, Salesbire), Guillaume de —. —, Patrice, comte de —. Samford, Hue de —, Richard de —, Thomas de —. Sanche (Seinces), riche routier, créancier du jeune roi, 7004, 7023, 7038, 7078, 7115, 7126. Sandwich _(Sanwiz_) 17265. Sarrazins 11827. Saumur 9446. Sauqueville, Jourdain de —. Savari de Mauléon (Savari, _Saveri de Mallion_) 12158, 12543, 15713. Sechiers de Quenci, Sahier de Quinci. Seez (Cés) 12607. Seine 12755. Seint Galeri, Saint-Valeri. Semilli 11118 (note). Sépulcre, le Saint — 6897. Seriant, Geffrei de —. Sessons, Soissons. Shoreham (_Sorham_) i 5875 (note). Shrewbury (Estroburges) 691. Sibille (Sibire), sœur de Patrice de Salisbury, seconde femme de Jean le Maréchal, premier du nom, 372, 624, 633. — (_Sebire_), troisième fille du Maréchal, mariée au fils du comte de Ferrières, 14937 (note), 18517. Sicile (Ceszirc), chevaux de — 2935. Silli, Guillaume de —. Simon de Clermont, frère du comte Raoul de Clermont, 3858. Simon de Marès, chevalier anglais, 4623 (note). — [de Montfort], chevalier français, 4508 (note). — de Neauphle (Nëaufle), chevalier français, 2827. — de Poissi" (Peissi), partisan de Louis de France, 16342 (note), 16960. — de Rochefort, chevalier français, 4495 (note). Soissons (_Sessons_), le comte de — 4535 (note). Soleingni, Soligni[-la-Trappe] et Subligni. Soligni[-la-Trappe] (_Soleingni_) 8070 (note), 8117. Sorel, tournoi entre Anet et — 2474 (note) ; autre tournoi au même lieu, 3889. 17187, Sorham, Shoreham. Southampton (_Suvhantone_) 15101, 15986 (?). Souville, Robert de —. Stokes [d'Abernon] (_Estokes_) 9549 (note). Striguil (_Estrigoil_, _Strigoil_) 10018, 13371. —, la dame de — (Isabelle de Glare, comtesse de Striguil et de Pembroke, femme de Guillaume le Maréchal), appelée souvent « la comtesse ». Promise au Maréchal par Henri II, 8303 (note). Donnée au Maréchal par Richard, 9369. Remise par Raoul de Glanville au Maréchal, 9513. Épousée à Londres, 9537. Dissuade son mari de donner son second fils en otage au roi Jean, 13387. Confiée par son époux à la loyauté de ses hommes d'Irlande, 13532. Souffre de l'hostilité de Meilier, 14097. Met son sceau au testament de son époux, 18330. Reçoit les adieux de celui-ci à 'son lit de mort, 18367. Assiste à ses derniers moments, 18865 Donne à l'abbaye de Reading cent sous de rente pour l'àme de son mari, 18997. Mentionnée, 13821, 13875, 13915, 14021, 14068. Subligni (Soleingni), Jean de —. Sulie, Syrie. Suliens, Syriens. Surrey (_Surr[i]e_) 1552. Susanne, sainte — 5458. Svrie (Sulie) 7277, 7347, 9790, "9826. Syriens (Suliens), la terre des — 11515. Tacon, Hugues —. Talebot, Girard —. Tancarville 765. Voy. Chambellan, le —. Temple, le —, à Jérusalem, 7290. — le —, à Londres 18234, 18325, 18357. Templiers, les — (la commanderie de Ballan, près Tours), 8957 (note). Thibaut (_Tiebauz_), marin anglais, 17425. Thibaut (Tiebauz, _Tiebaul_, Tiebault, Tiebalt), le comte — (Thibaut V, comte de Blois et de Chartres) 2917 (note), 3061, 4042, 4342, 6649, 7671. — (Tiebaul) le bouteiller 9612 (note). — de Vallangoujard (Tiebalz de _Valengoujart_), chevalier français, 4519 (note). Th'ierri (_Tiesri_), messager qui apporta la nouvelle de la Thomas mort de Basset, Richard, chevalier 11833. anglais, 16822 (note), 18308. — Blouet (Bloët), messager du roi Jean, 13662 (note), 13700, 13757. — de Coulonces (Cholonces, Colonzes), chevalier normand, 4697 (note), 5155. — (ms. _Tonin_, par erreur) Fils Antoine, homme du Maréchal, 13510 (note). Thomas Malesmains, chevalier normand fait prisonnier à — Bouvines, 14818 (note). de Samford, chargé d'un message par le roi Jean, 13362 (note), 13385, 13400, 13409 ; otage pour le Maréchal, 14327, 14456 ; chargé d'amener à Gloucester le jeune Henri LU, 15246. Tiebauz, Tiebalz, Thibault. Tiesri, Thierri. Tinteniac(rm^'nioc), Guillaume de —. Tiois 4468 (note), 6021. Torel, Roger —. Torksey (Torkesie) 16238. Toroingne, Torroigne, Touraine. Touberville (_Trublevile_), Guillaume de —, Robert de —. Touraine (_Toroingne, Torroigne_) 3188, 8904, 8166. Tournelle (Tornele), Raoul de la —. Tournois, voy. Anet, Bouere, Épernon, Ëu, Gournai, Joigni, Lagni, Maintenon, Nogent, Pleurs, Ressons, Saint-Brice, Sainte-Jame, Sorel, Tours (Tors) 2025, 8263, 8913, 8929, 8944, 9054, 9060. Tresgoz, Robert de —. Trihan, Guillaume de —. Trois Rois, les —, à Cologne, 5466, 6176, 6192. Troo (Trou) 2036 (note). Trublevile, Touberville. Tubœuf (Tueboef) 10465 (note), 10487. Turcs (Turs) 12099. Ulster — (Weluestire), le comte d' (note), (Hugues 13765, 13770. de Laci) 13748 Val, Haï du —. Val de Reoil, Vaudreuil. "Valennes (Valeines), tournoi près de — 1202. Vallangoujard (Valengoujart), Thibaut de —. Valognes (_Valoingnes_), Philippe de —. Vanci, Herlin de —. Varenne (Garene, Garenne, Gareine), le comte de — 12129 (note), 12271 ; son fils) ? (17269 (note), 17630, 19005. Varesvalle, Wherwell. Vassonville, Renaut de —. Vaudreuil (Val de Reoil, Val de _Roeil_) 10534, 11791. Vendôme 2036, 10582. Ver, Robert de —. Verdun, Bertrand de —. Verneuil (Vernoil) 2291 (note), 2327, 10357, 10369, 10499, 12575, 12776. Vernon 10703, 11412. —, Baudouin de —. Vezelai (Verzalai, Verzelay) 9678, 9723. Vienne (_Viane_), Geoffroi de —. Vierzon _(Virson_) 10680 (note). Villequier, Richard de —. Virson, Vierzon. Voingne, Huisne. Volstam, Wulstan. Waleis, Gallois. Wales, Gualon. Walincourt (Waleincort), Mathieu de —. Wallingford (Walingofort), Brien de —. Walterd'Ely, chevalier anglais, 4627 (note). Waltier, Gautier. Wanchier, chevalier français, 4527. Wanci, Robert de —. Wartemberge, Guizelin de —. Watier, Gautier. Waus, Willekin de —. Wells (Welles), Hugues de —. Welucslire, Ulster. Westminster (Westmostier) 19089. Wherwell (_Varesvalle_) 212 (note). Wicklow (W inguengelou) 14186. Wigford (_Wikefort_)1 6775 (note) ; le pont de — 16828 (note). Wilekin (_Wilikin_), valet au service de Sibille, mère du Maréchal, 631. Wilenque, Huisne. Willaumc, Willeime, Willeme, _Willeume_, Guillaume. Willekin de Waus 15116 (note), 15805. Winchelsea) Winchenesel) 15769 (note). — (Winchesai), Étienne de —. Winchester (Vincestre, Wincestre), assiégé par l'impératrice Mathilde, 168 ; secouru par le roi Étienne, 184, 268, 285, 309. La _reine_ Aliénor à — 9509. Le roi Richard y est couronné, 10341 (note). Pris par Louis de France, 15100. Les châteaux de — assiégés par Guillaume le Maréchal, le fils, et par le comte de Salisbury, 15894. La ville de — pillée parles défenseurs du château, 15928. Le plus petit des deux châteaux pris, 15944 ; le plus grand assiégé par le Maréchal, 15982. Les fortifications de — réparées par Louis, 16968. Mentionné 14456, 16085. — le comte de —, voy. Sahier de Quinci. — l'évêque de —, voy. Pierre des Roches. Windsor (Windesores), occupé par le comte Jean (1 193), 9892 ; assiégé par les partisans de Richard, 9896 ; se rend, 9955. Winguengelou, Wicklow. Wirecestre, Worcester. Wissant (_Wizant_) 2438 (note). Worcester (_Wirecestre_, ms. WWiire) 15206,15213,15231, 17789. Ypocras, Hippocrate. Ysabel, Isabel. fort, Ivri. [1402] Les notes indiquées entre () sont celles du troisième volume. NOTE DE TRANSCRIPTION Les notes, numérotées page par page dans l'imprimé, sont numérotées de 1 à 1476 et placées à la fin de chaque chapitre. *** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'HISTOIRE DE GUILLAUME LE MARÉCHAL T. 3 *** Updated editions will replace the previous one—the old editions will be renamed. Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright law means that no one owns a United States copyright in these works, so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United States without permission and without paying copyright royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to copying and distributing Project Gutenberg™ electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG™ concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you charge for an eBook, except by following the terms of the trademark license, including paying royalties for use of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for copies of this eBook, complying with the trademark license is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, performances and research. Project Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away—you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark license, especially commercial redistribution. START: FULL LICENSE THE FULL PROJECT GUTENBERG™ LICENSE PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free distribution of electronic works, by using or distributing this work (or any other work associated in any way with the phrase “Project Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full Project Gutenberg License available with this file or online at www.gutenberg.org/license. Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg electronic works 1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to and accept all the terms of this license and intellectual property (trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy all copies of Project Gutenberg electronic works in your possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project Gutenberg electronic work and you do not agree to be bound by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. 1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be used on or associated in any way with an electronic work by people who agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few things that you can do with most Project Gutenberg electronic works even without complying with the full terms of this agreement. See paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project Gutenberg electronic works if you follow the terms of this agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg electronic works. See paragraph 1.E below. 1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project Gutenberg electronic works. Nearly all the individual works in the collection are in the public domain in the United States. If an individual work is unprotected by copyright law in the United States and you are located in the United States, we do not claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, displaying or creating derivative works based on the work as long as all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope that you will support the Project Gutenberg mission of promoting free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg works in compliance with the terms of this agreement for keeping the Project Gutenberg name associated with the work. You can easily comply with the terms of this agreement by keeping this work in the same format with its attached full Project Gutenberg License when you share it without charge with others. 1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in a constant state of change. If you are outside the United States, check the laws of your country in addition to the terms of this agreement before downloading, copying, displaying, performing, distributing or creating derivative works based on this work or any other Project Gutenberg work. The Foundation makes no representations concerning the copyright status of any work in any country other than the United States. 1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: 1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate access to, the full Project Gutenberg License must appear prominently whenever any copy of a Project Gutenberg work (any work on which the phrase “Project Gutenberg” appears, or with which the phrase “Project Gutenberg” is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, copied or distributed: This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg™ License included with this eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. 1.E.2. If an individual Project Gutenberg electronic work is derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not contain a notice indicating that it is posted with permission of the copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in the United States without paying any fees or charges. If you are redistributing or providing access to a work with the phrase “Project Gutenberg” associated with or appearing on the work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. 1.E.3. If an individual Project Gutenberg electronic work is posted with the permission of the copyright holder, your use and distribution must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked to the Project Gutenberg License for all works posted with the permission of the copyright holder found at the beginning of this work. 1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg License terms from this work, or any files containing a part of this work or any other work associated with Project Gutenberg. 1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this electronic work, or any part of this electronic work, without prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with active links or immediate access to the full terms of the Project Gutenberg License. 1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any word processing or hypertext form. However, if you provide access to or distribute copies of a Project Gutenberg work in a format other than “Plain Vanilla ASCII” or other format used in the official version posted on the official Project Gutenberg website (www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon request, of the work in its original “Plain Vanilla ASCII” or other form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg License as specified in paragraph 1.E.1. 1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, performing, copying or distributing any Project Gutenberg works unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. 1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing access to or distributing Project Gutenberg electronic works provided that: • You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from the use of Project Gutenberg works calculated using the method you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed to the owner of the Project Gutenberg trademark, but he has agreed to donate royalties under this paragraph to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid within 60 days following each date on which you prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty payments should be clearly marked as such and sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in Section 4, “Information about donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation.” • You provide a full refund of any money paid by a user who notifies you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he does not agree to the terms of the full Project Gutenberg™ License. You must require such a user to return or destroy all copies of the works possessed in a physical medium and discontinue all use of and all access to other copies of Project Gutenberg™ works. • You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the electronic work is discovered and reported to you within 90 days of receipt of the work. • You comply with all other terms of this agreement for free distribution of Project Gutenberg™ works. 1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg™ electronic work or group of works on different terms than are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of the Project Gutenberg™ trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. 1.F. 1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread works not protected by U.S. copyright law in creating the Project Gutenberg™ collection. Despite these efforts, Project Gutenberg™ electronic works, and the medium on which they may be stored, may contain “Defects,” such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by your equipment. 1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the “Right of Replacement or Refund” described in paragraph 1.F.3, the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project Gutenberg™ trademark, and any other party distributing a Project Gutenberg™ electronic work under this agreement, disclaim all liability to you for damages, costs and expenses, including legal fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH DAMAGE. 1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a written explanation to the person you received the work from. If you received the work on a physical medium, you must return the medium with your written explanation. The person or entity that provided you with the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a refund. If you received the work electronically, the person or entity providing it to you may choose to give you a second opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy is also defective, you may demand a refund in writing without further opportunities to fix the problem. 1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth in paragraph 1.F.3, this work is provided to you ‘AS-IS’, WITH NO OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. 1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any provision of this agreement shall not void the remaining provisions. 1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in accordance with this agreement, and any volunteers associated with the production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, that arise directly or indirectly from any of the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any Project Gutenberg work, and (c) any Defect you cause. Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg Project Gutenberg is synonymous with the free distribution of electronic works in formats readable by the widest variety of computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from people in all walks of life. Volunteers and financial support to provide volunteers with the assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg’s goals and ensuring that the Project Gutenberg collection will remain freely available for generations to come. In 2001, the Project Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure and permanent future for Project Gutenberg and future generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit 501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by U.S. federal laws and your state’s laws. The Foundation’s business office is located at 41 Watchung Plaza #516, Montclair NJ 07042, USA, +1 (862) 621-9288. Email contact links and up to date contact information can be found at the Foundation’s website and official page at www.gutenberg.org/contact Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread public support and donations to carry out its mission of increasing the number of public domain and licensed works that can be freely distributed in machine-readable form accessible by the widest array of equipment including outdated equipment. Many small donations ($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt status with the IRS. The Foundation is committed to complying with the laws regulating charities and charitable donations in all 50 states of the United States. Compliance requirements are not uniform and it takes a considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up with these requirements. We do not solicit donations in locations where we have not received written confirmation of compliance. To SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state visit www.gutenberg.org/donate. While we cannot and do not solicit contributions from states where we have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition against accepting unsolicited donations from donors in such states who approach us with offers to donate. International donations are gratefully accepted, but we cannot make any statements concerning tax treatment of donations received from outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. Please check the Project Gutenberg web pages for current donation methods and addresses. Donations are accepted in a number of other ways including checks, online payments and credit card donations. To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate. Section 5. General Information About Project Gutenberg electronic works Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg concept of a library of electronic works that could be freely shared with anyone. For forty years, he produced and distributed Project Gutenberg eBooks with only a loose network of volunteer support. Project Gutenberg eBooks are often created from several printed editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper edition. Most people start at our website which has the main PG search facility: www.gutenberg.org. This website includes information about Project Gutenberg, including how to make donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.