The Project Gutenberg EBook of Les amours jaunes, by Tristan Corbiere

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Title: Les amours jaunes

Author: Tristan Corbire

Release Date: October 16, 2005 [EBook #16883]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AMOURS JAUNES ***




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LES AMOURS JAUNES

par

TRISTAN CORBIRE

       *       *       *       *       *

LES AMOURS JAUNES--RACCROCS
SRNADE DES SRNADES
ARMOR--LES GENS DE MER
RONDELS POUR APRS

       *       *       *       *       *

PARIS

1873


       *       *       *       *       *


<i>A l'Auteur du NGRIER</i>
                 T. C.


       *       *       *       *       *


    <i>A MARCELLE</i>


         *       *       *       *       *


    LE POTE ET LA CIGALE


    <i>Un pote ayant rim,
                IMPRIM
    Vit sa Muse dpourvue
    De marraine, et presque nue:
    Pas le plus petit morceau
    De vers ... ou de vermisseau.
    Il alla crier famine
    Chez une blonde voisine,
    La priant de lui prter
    Son petit
    nom pour rimer.
    (C'tait une rime en elle)
    --Oh! je vous parai, Marcelle,
    Avant l'aot, foi d'animal!
    Intrt et principal.--
    La voisine est trs prteuse,
    C'est son plus joli dfaut:
    --Quoi: c'est tout ce qu'il vous faut?
    Votre Muse est bien heureuse....
    Nuit et jour,  tout venant,
    Rimez mon nom.... Qu'il vous plaise!
    Et moi j'en serai fort aise.</i>

    <i>Voyons: chantez maintenant</i>.




    <i>A?</i>


                   What?...
                       (SHAKESPEARE.)


    Des essais?--Allons donc, je n'ai pas essay!
    Etude?--Fainant je n'ai jamais pill.
    Volume?--Trop broch pour tre reli ...
    De la copie?--Hlas non, ce n'est pas pay!

    Un pome?--Merci, mais j'ai lav ma lyre.
    Un livre?--... Un livre, encor, est une chose  lire!...
    Des papiers?--Non, non, Dieu merci, c'est cousu!
    Album?--Ce n'est pas blanc, et c'est trop dcousu.

    Bouts-rims?--Par quel bout?... Et ce n'est pas joli!
    Un ouvrage?--Ce n'est poli ni repoli.
    Chansons?--Je voudrais bien,  ma petite Muse!...
    Passe-temps?--Vous croyez, alors, que a m'amuse?

    --Vers?... vous avez flu des vers....--Non, c'est heurt.
    --Ah, vous avez couru l'Originalit?...
    --Non ... c'est une drlesse assez drle,--<i>de rue</i>--
    Qui court encor, sitt qu'elle se sent courue.

    --Du <i>chic</i> pur?--Eh qui me donnera des ficelles!
    --Du haut vol? Du haut-mal?--Pas de rle, ni d'ailes!
    --Chose  mettre  la porter--... Ou dans une maison
    De tolrance.--Ou bien de correction?--Mais non!

    --Bon, ce n'est pas classique?--A peine est-ce franais!
    --Amateur?--Ai-je l'air d'un monsieur  succs?
    Est-ce vieux?--a n'a pas quarante ans de service....
    Est-ce jeune?--Avec l'ge, on gurit de ce vice.

    ... <i>A</i> c'est navement une impudente <i>pose</i>;
    C'est, ou ce n'est pas <i></i>: rien ou quelque chose....
    --Un chef-d'oeuvre?--Il se peut: je n'en ai jamais fait.
    --Mais, est-ce du huron, du Gagne, ou du Musset?

    --C'est du ... mais j'ai mis l mon humble nom d'auteur,
    Et mon enfant n'a pas mme un titre menteur.
    C'est un coup de raccroc, juste ou faux, par hasard....
    L'Art ne me connat pas. Je ne connais pas l'Art.


                    <i>Prfecture de police, 20 mai 1873</i>




    <i>PARIS</i>


    Btard de Crole et Breton,
    Il vint aussi l--fourmilire,
    Bazar o rien n'est en pierre,
    O le soleil manque de ton.

    --Courage! On fait queue.... Un planton
    Vous pousse  la chane--derrire!--
    ... Incendie teint, sans lumire;
    Des seaux passent, vides ou non.--

    L, sa pauvre Muse pucelle
    Fit le trottoir en <i>demoiselle</i>,
    Ils disaient: Qu'est-ce qu'elle vend?

    --Rien.--Elle restait l, stupide,
    N'entendant pas sonner le vide
    Et regardant passer le vent....

    L: vivre  coups de fouet!--passer
    En fiacre, en correctionnelle;
    Repasser  la ritournelle,
    Se dpasser, et trpasser!...

    --Non, petit, il faut commencer
    Par tre grand--simple ficelle--
    Pauvre: remuer l'or  la pelle;
    Obscur: un nom  tout casser!...

    Le coller chez les mastroquets,
    Et l'apprendre  des perroquets
    Qui le chantent ou qui le sifflent....

    --Musique!--C'est le paradis
    Des mahomets et des houris,
    Des dieux souteneurs qui se giflent!

         *       *       *       *       *

        <i>Je voudrais que la rose,--Dondaine!
        Ft encore au rosier,--Dond!</i>

    Pote.--Aprs?... Il faut <i>la chose</i>:
    Le Parnasse en escalier,
    Les Dgoteux, et la Chlorose,
    Les Bedeaux, les Fous  lier....

    L'Incompris couche avec sa pose,
    Sous le zinc d'un mancenillier;
    Le Naf <i>voudrait que la rose,
    Dond! ft encore au rosier!</i>

    <i>La rose au rosier, Dondaine!</i>
    --On a le pied fait  sa chane.
    <i>La rose au rosier</i>....--Trop tard!--

    ... <i>La rose au rosier</i>....--Nature!
    --Ou est essayeur, pdicure,
    Ou quelqu'autre chose dans l'art!

    J'aimais ...--Oh, a n'est plus de vente!
    Mme il faut payer: dans le tas,
    Pioche la femme!--Mon amante
    M'avait dit: Je n'oublierai pas....

    ... J'avais une amante l-bas
    Et son ombre ple me hante
    Parmi des senteurs de lilas....
    Peut-tre Elle pleure....--Eh bien: chante,

    Pour toi tout seul, ta nostalgie,
    Tes nuits blanches sans bougie ...
    Tristes vers, tristes au matin!...

    Mais ici: fouette-toi d'orgie!
    Charge ta paupire rougie,
    Et sors ton grand air de catin!

    C'est la bohme, enfant: Renie
    Ta lande et ton clocher  jour,
    Les mornes de ta colonie
    Et les <i>bamboulas</i> au tambour.

    Chanson use et bien finie,
    Ta jeunesse.... Eh, c'est bon un jour!...
    Tiens:--C'est toujours neuf--calomnie
    Tes pauvres amours ... et l'amour.

    Evoh! ta coupe est remplie!
    Jette le vin, garde la lie ...
    Comme a.--Nul n'a vu le tour.

    Et qu'un jour le monsieur candide
    De toi dise--Infect! Ah splendide!--
    ... Ou ne dise rien.--C'est plus court.

    Evoh! fouaille la veine;
    Evoh! misre: blouir!
    En fille de joie,  la peine
    Tombe, avec ce mot-l.--Jouir!

    Rde en la coulisse malsaine
    O vont les fruits mal secs moisir,
    Moisir pour un quart-d'heure en scne....
    --<i>Voir les planches, et puis mourir</i>!

    Va: trteaux, lupanars, glises,
    Cour des miracles, cour d'assises:
    --Quarts-d'heure d'immortalit!

    Tu parais! c'est l'apothose!!!...
    Et l'on te jette quelque chose:
    --Fleur en papier, ou salet.--

    Donc, <i>la tramontane</i> est monte:
    Tu croiras que c'est arriv!
    Cinq-cent-millime Promthe,
    Au roc de carton peint riv.

    Hlas: quel bon oiseau de proie,
    Quel vautour, quel <i>Monsieur Vautour</i>
    Viendra mordre  ton petit foie
    Gras, truff?... pour quoi--Pour le four!...

    Four banal!...--Adieu la cure!--
    Ravalant ta rate rentre,
    Va, comme le plican blanc,

    En corchant le chant du cygne,
    Bec-jaune, te percer le flanc!...
    Devant un pcheur  ta ligne.

    Tu ris.--Bien!--Fais de l'amertume,
    Prends le pli, Mphisto blagueur.
    De l'absinthe! et ta lvre cume....
    Dis que cela vient de ton coeur.

    Fais de toi ton oeuvre posthume,
    Chtre l'amour ... l'amour--longueur!
    Ton poumon cicatris hume
    Des miasmes de gloire,  vainqueur!

    Assez, n'est-ce pas? va-t'en!
                                  Laisse
    Ta bourse--dernire matresse--
    Ton revolver--dernier ami....

    Drle de pistolet fini!
    ... Ou reste, et bois ton fond de vie,
    Sur une nappe desservie....




    <i>PITAPHE</i>


              Sauf les amoureux commenons ou finis
              qui veulent commencer par la fin il y
              a tant de choses qui finissent par le
              commencement que le commencement
              commence  finir par tre la fin la fin
              en sera que les amoureux et autres
              finiront par commencer  recommencer par
              ce commencement qui aura fini par n'tre
              que la fin retourne ce qui commencera
              par tre gal  l'ternit qui n'a ni
              fin ni commencement et finira par tre
              aussi finalement gal  la rotation de
              la terre o l'on aura fini par ne
              distinguer plus o commence la fin d'o
              finit le commencement ce qui est toute
              fin de tout commencement gale  tout
              commencement de toute fin ce qui est le
              commencement final de l'infini dfila
              par l'indfini--gale une pitaphe gale
              une prface et rciproquement

              (SAGESSE DES NATIONS)


    Il se tua d'ardeur, ou mourut de paresse.
    S'il vit, c'est par oubli; voici ce qu'il se laisse:

    --Son seul regret fut de n'tre pas sa matresse.--

    Il ne naquit par aucun bout,
    Fut toujours pouss vent-de-bout,
    Et fut un arlequin-ragot,
    Mlange adultre de tout.

    Du <i>je-ne-sais-quoi</i>.--Mais ne sachant o;
    De l'or,--mais avec pas le sou;
    Des nerfs,--sans nerf. Vigueur sans force;
    De l'lan,--avec une entorse;
    De l'me,--et pas de violon;
    De l'amour,--mais pire talon.
    --Trop de noms pour avoir un nom.--

    Coureur d'idal,--sans ide;
    Rime riche,--et jamais rime;
    Sans avoir t,--revenu;
    Se retrouvant partout perdu.

    Pote, en dpit de ses vers;
    Artiste sans art,-- l'envers,
    Philosophe,-- tort  travers.

    Un drle srieux,--pas drle.
    Acteur, il ne sut pas son rle;
    Peintre: il jouait de la musette;
    Et musicien: de la palette.

    Une tte!--mais pas de tte;
    Trop fou pour savoir tre bte;
    Prenant pour un trait le mot <i>trs</i>.
    --Ses vers faux furent ses seuls vrais.

    Oiseau rare--et de pacotille;
    Trs mle ... et quelquefois trs <i>fille</i>;
    Capable de tout,--bon  rien;
    Gchant bien le mal, mal le bien.
    Prodigue comme tait l'enfant
    Du Testament,--sans testament.
    Brave, et souvent, par peur du plat,
    Mettant ses deux pieds dans le plat.

    Coloriste enrag,--mais blme;
    Incompris ...--surtout de lui-mme;
    Il pleura, chanta juste faux;
    --Et fut un dfaut sans dfauts.

    Ne fut <i>quelqu'un</i>, ni quelque chose
    Son naturel tait la <i>pose</i>.
    Pas poseur,--posant pour <i>l'unique</i>;
    Trop naf, tant trop cynique;
    Ne croyant  rien, croyant tout.
    --Son got tait dans le dgot.

    Trop cr,--parce qu'il fut trop cuit,
    Ressemblant  rien moins qu' lui,
    Il s'amusa de son ennui,
    Jusqu' s'en rveiller la nuit.
    Flneur au large,-- la drive,
    pave qui jamais n'arrive....

    Trop <i>Soi</i> pour se pouvoir souffrir,
    L'esprit  sec et la tte ivre,
    Fini, mais ne sachant finir,
    Il mourut en s'attendant vivre
    Et vcut, s'attendant mourir.

    Ci-gt,--coeur sans coeur, mal plant,
    Trop russi--comme <i>rat</i>.


         *       *       *       *       *


    <i>LES AMOURS JAUNES</i>


         *       *       *       *       *


    <i>A L'TERNEL MADAME</i>


    Mannequin idal, tte-de-turc du leurre,
    ternel Fminin!... repasse tes fichus;
    Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l'heure,
    Me montrer comme on fait chez vous, anges dchus.

    Sois pire, et fais pour nous la joie  la malheure,
    Piaffe d'un pied lger dans les sentiers ardus.
    Damne-toi, pure idole! et ris! et chante! et pleure,
    Amante! Et meurs d'amour!...  nos moments perdus.

    Fille de marbre! en rut! sois foltre!... et pensive.
    Matresse, chair de moi! fais-toi vierge et lascive ...
    Froce, sainte, et bte, en me cherchant un coeur....

    Sois femelle de l'homme, et sers de Muse,  femme,
    Quand le pote brame en <i>Ame, en Lame, en Flamme</i>!
    Puis--quand il ronflera--viens baiser ton Vainqueur!




    <i>FMININ SINGULIER</i>


    ternel Fminin de l'ternel Jocrisse!
    Fais-nous sauter, pantins nous payons les dcors!
    Nous clairons la rampe.... Et toi, dans la coulisse,
    Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.

    Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
    Couronne tes genoux!... et nos ttes dix-cors;
    Ris! montre tes dents! mais ... nous avons la police,
    Et quelque chose en nous d'eunuque et de recors.

    ... Ah tu ne comprends pas?...--Moi non plus--Fais la belle
    Tourne: nous sommes sols! Et plats: Fais la cruelle!
    Cravache ton pacha, ton humble serviteur!...

    Aprs, sache tomber!--mais tomber avec grce--
    Sur notre sable fin ne laisse pas de trace!...
    --C'est le mtier de femme et de gladiateur.--




    <i>BOHME DE CHIC</i>


    Ne m'offrez pas un trne!
    A moi tout seul je fris,
    Drle, en ma sauce jaune
    De <i>chic</i> et de mpris.

    Que les bottes vernies
    Pleuvent du paradis,
    Avec des parapluies ...
    Moi, va-nu-pieds, j'en ris!

    --Plate poque rpe,
    O chacun a du bien;
    O, cuistre sans pe,
    Le vaurien ne vaut rien!

    Papa,--pou, mais honnte,--
    M'a laiss quelques sous,
    Dont j'ai fait quelque dette,
    Pour me payer des poux!

    Son habit, mis en perce,
    M'a fait de beaux haillons
    Que le soleil traverse;
    Mes trous sont des rayons

    Dans mon chapeau, la lune
    Brille  travers les trous,
    Bte et vierge comme une
    Pice de cent sous!

    --Gentilhomme!...  trois queues:
    Mon nom mal ramass
    Se perd  bien des lieues
    Au diable du pass!

    Mon blason,--pas bgueule,
    Est, comme moi, faquin:
    --<i>Nous bandons  la gueule,
    Fond trou d'arlequin</i>.--

    Je pose aux devantures
    O je lis:--DFENDU
    DE POSER DES ORDURES--
    Roide comme un pendu!

    Et me plante sans gne
    Dans le plat du hasard,
    Comme un couteau sans gaine
    Dans un plat d'pinard.

    Je lve haut la cuisse
    Aux bornes que je voi:
    Potence, pav, suisse,
    Fille, priape ou roi!

    Quand, sans tambour ni flte.
    Un servile estafier
    Au violon me culbute,
    Je me sens libre et fier!...

    Et je laisse la vie
    Pleuvoir sans me mouiller.
    En attendant l'envie
    De me faire empailler.

    --Je dors sous ma calotte,
    La calotte des cieux;
    Et l'toile palotte
    Clignotte entre mes yeux.

    Ma Muse est grise ou blonde ...
    Je l'aime et ne sais pas;
    Elle est  tout le monde ...
    Mais--moi seul--je la bats!

    A moi ma Chair-de-poule!
    A toi! Suis-je pas beau,
    Quand mon baiser te roule
    A cr dans mon manteau!...

    Je ris comme une folle
    Et sens mal aux cheveux,
    Quand ta chair frache colle
    Contre mon cuir lpreux!


    <i>Jrusalem.--Octobre</i>.




    <i>GENTE DAME</i>


    Il n'est plus,  ma Dame,
    D'amour en cape, en lame,
        Que Vous!...
    De passion sans obstacle,
    Mystre  grand spectacle,
        Que nous!...

    Depuis les <i>Tour de Nesle</i>
    Et les <i>Chteau de Presle</i>,
        Temps frais,
    O l'on couchait en Seine
    Les galants, pour leur peine....
        --Aprs.--

    Quand vous tes <i>Frisette</i>,
    Il n'est plus de grisette
        Que Toi!...
    Ni de rapin farouche,
    Pur Rembrandt sans retouche,
        Que moi!

    Qu'il attende, Marquise,
    Au grand mur de l'glise
        Flanqu,
    Ton bon coup vert-sombre,
    Comme un bravo dans l'ombre,
        Masqu.

    --A nous!--J'arme en croisire
    Mon fiacre-corsaire,
        Au vent,
    Bordant, comme une voile,
    Le store qui nous voile:
        --Avant!...

    --Quartier-dolent--tourelle
    Tout au haut de l'chelle....
        Quel pas!
    --Au sixime--Eh! madame,
    C'est tomber, sur mon me!
        Bien bas!

    Au grenier potique,
    O gte le classique
        Printemps,
    Viens courre, aventurire,
    Ce lapin de gouttire:
        <i>Vingt-ans!</i>

    Ange, viens pour ton hre
    Jouer  la misre
        Des Dieux!
    Pauvre diable  ficelles,
    Lui, joue avec tes ailes.
        Aux cieux!

    Viens, Batrix du Dante,
    Mets dans ta main charmante
        Mon front ...
    Ou passe, en bonne fille,
    Fire au bras de ton drille,
        Le pont.

    Demain,  mle amante,
    Reviens-moi Bradamante!
        Muguet!
    Eschlier en fortune,
    Narguant, de vers la brune,
        Le guet!


         *       *       *       *       *

    I <i>SONNET</i>

    AVEC LA MANIRE DE S'EN SERVIR

    <i>Rglons notre papier et formons bien nos lettres</i>:


    Vers fils  la main et d'un pied uniforme,
    Embotant bien le pas, par quatre en peloton;
    Qu'en marquant la csure, un des quatre s'endorme....
    a peut dormir debout comme soldats de plomb.

    Sur le <i>railway</i> du Pinde est la ligne, la forme;
    Aux fils du tlgraphe:--on en suit quatre, en long;
    A chaque pieu, la rime--exemple: <i>chloroforme</i>,
    --Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.

    --Tlgramme sacr--20 mots.--Vite  mon aide....
    (Sonnet--c'est un sonnet--)  Muse d'Archimde!
    --La preuve d'un sonnet est par l'addition:

    --Je pose 4 et 4 = 8! Alors je procde,
    En posant 3 et 3!--Tenons Pgase raide:
    O lyre! O dlire! O....--Sonnet--Attention!


    <i>Pic de la Maladetta.--Aot</i>.




    <i>SONNET A SIR BOB</i>

    <i>Chien de femme lgre, braque anglais pur sang</i>.


    Beau chien, quand je te vois caresser ta matresse,
    Je grogne malgr moi--pourquoi?--Tu n'en sais rien.
    --Ah! c'est que moi--vois-tu--jamais je ne caresse,
    Je n'ai pas de matresse, et ... ne suis pas beau chien.

    --<i>Bob! Bob!</i>--Oh! le fier nom  hurler d'allgresse!...
    Si je m'appelais <i>Bob</i>.... Elle dit Bob si bien!...
    Mais moi je ne suis pas <i>pur sang</i>.--Par maladresse,
    On m'a fait <i>braque</i> aussi ... mtin de chrtien.

    --O Bob! nous changerons,  la mtempsycose:
    Prends mon sonnet, moi ta sonnette  faveur rose;
    Toi ma peau, moi ton poil--avec puces ou non....

    Et je serai <i>sir Bob</i>--Son seul amour fidle!
    Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle!...
    Et j'aurai le collier portant Son petit nom.


    <i>Britisch channel.--5 may</i>.




    <i>STEAM-BOAT

    A une passagre</i>.


    En fume elle est donc chasse
    L'ternit, la traverse
    Qui fit de Vous ma soeur d'un jour,
        Ma soeur d'amour!...

    L-bas: cette mer incolore
    O ce qui fut Toi flotte encore.
    Ici: la terre, ton cueil.
        Tertre de deuil!

    On t'espre l.... Va lgre!
    Qui te bercera, Passagre....
    O passagre mon coeur,
        Ton remorqueur!...

    Quel mnlas, sur son rivage,
    Fait le pied?...--Va, j'ai ton sillage....
    J'ai,--quand il est l voir venir,--
        Ton souvenir!

    Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,
    Les sauts de ta gorge houleuse!...
    Tes sourcils sals de poudrain
        Pendant un grain!

    Il ne t'aura pas: effronte!
    Par tes cheveux au vent fouette!...
    Ni, durant les longs quarts de nuit,
        Ton doux ennui....

    Ni ma posie o:--<i>Pose,
    Tu seras la mouette blesse,
    Et moi le flot qu'elle rasa</i> ...
        Et coetera.

    --Le large, bte sans limite,
    Me paratra bien grand, Petite,
    Sans Toi!... Rien n'est plus l'horizon
        Qu'une cloison.

    Qu'elle va me sembler troite!
    Tout seul, la bote  deux!... la bote
    O nous n'avions qu'un oreiller
        Pour sommeiller.

    Dj le soleil se fait sombre
    Qui ne balance plus ton ombre,
    Et la houle a fait un grand pli....
        --Comme l'oubli!--

    Ainsi dchantait sa fortune,
    En vigie, au sec, dans la hune.
    Par un soir frais, vers le matin,
        Un pilotin.


    <i>10' long. O.</i>
    <i>40' lat. N.</i>




    <i>PUDENTIANE</i>


    Attouchez, sans toucher. On est dvotieuse,
        <i>Ni ne retient  son escient</i>.
    Mais On pme d'horreur d'tre: <i>luxurieuse
        De corps et de consentement</i>!...

    <i>Et de chair</i> ... de cette oeuvre On est fort curieuse.
        <i>Sauf le vendredi--seulement</i>:
    Le confesseur est maigre ... et l'extase pieuse
        En fait: <i>carme entirement</i>.

      ... Une autre se donne.--Ici l'On se damne--
      C'est un tabernacle--ouvert--qu'on profane.
      Bnitier o le serpent est cach!

      Que l'Amour, ailleurs, comme un coq se chante....
      CI-GIT! La <i>pudeur-d'-attentat</i> le hante....
      C'est la Pomme (cuite) en fleur de pch.


    (<i>Rome.--40 ans.--16 aot</i>.)




    <i>APRS LA PLUIE</i>


    J'aime la petite pluie
        Qui s'essuie
    D'un torchon de bleu trou!
    J'aime l'amour et la brise,
        Quand a frise ...
    Et pas quand c'est secou.

    --Comme un parapluie en flches,
        Tu te sches,
    O grand soleil! grand ouvert....
    A bientt l'ombrelle verte
        Grand' ouverte!
    Du printemps--t d'hiver.--

    La passion c'est l'averse
        Qui traverse!
    Mais la femme n'est qu'un grain:
    Grain de beaut, de folie
        Ou de pluie....
    Grain d'orage--ou de serein.--

    Dans un clair rayon de boue,
        Fait la roue,
    La roue  grand appareil,
    --Plume et queue--une Cocotte
        Qui barbotte;
    Vrai djeuner de soleil!

    --Anne! ou qui que tu sois, chre ...
        Ou pas chre,
    Dont on fait,  l'oeil, les yeux....
    Hum ... Zo! Nadjejda! Jane!
        Vois: je flne,
    Doubl d'or comme les cieux!

    <i>English spoken</i>?--Espagnole?...
        Batignolle?...
    Arbore le pavillon
    Qui couvre ta marchandise,
        O marquise
    D'Amagur!... Frtillon!...

    Nom de singe ou nom d'Archange?
        Ou mlange?...
    Petit nom  huit ressorts?
    Nom qui ronfle, ou nom qui chante:
        Nom d'amante?...
    Ou nom  coucher dehors?...

    Veux-tu, d'une amour fidelle,
        ternelle!
    Nous adorer pour ce soir?...
    Pour tes deux petites bottes
        Que tu crottes,
    Prends mon coeur et le trottoir!

    N'es-tu pas doa Sabine?
        Carabine?...
    Dis: veux-tu le paradis
    De l'Odon?--traverse
        Insense!...
    On emporte des radis.--

    C'est alors que se dgaine
        La rengaine:
    --Vous vous trompez.... Quel moi!...
    Laissez-moi ... je suis honnte....
         --Pas si bte!
    --Pour qui me prends-tu?--Pour moi!...

    ... Prendrais-tu pas quelque chose
        Qu'on arrose
    Avec n'importe quoi ... du
    Jus de perles dans des coupes
        D'or?... Tu coupes!...
    Mais moi? Mina, me prends-tu?

    --Pourquoi pas: a va sans dire!--
         --O sourire!...
    Moi, par dessus le march!...
    Hermosa, tu m'as l'air franche
        De la hanche!
    Un cuistre en serait fch!

    --Mais je me nomme Alose....
        Hlose!
    Veux-tu, pour l'amour de l'art,
    --Abeilard avant la lettre--
        Me permettre
    D'tre un peu ton Abeilard?

         *       *       *       *       *

    Et, comme un grain blanc qui crve,
        Le doux rve
    S'est couch l, sans point noir....
    Donne  ma lvre apaise,
        La rose
    D'un baiser-levant--Bonsoir--

    C'est le chant de l'alouette,
        Juliette!
    Et c'est le chant du dindon....
    Je te fais, comme l'aurore
        Qui te dore,
    Un rond d'or sur l'dredon.




    <i>A UNE ROSE</i>


    Rose, rose-d'amour vanne,
        Jamais fane.
    Le rouge-fin est ta couleur,
        O fausse-fleur!

    Feuille o pondent les journalistes
        Un fait-divers,
    Papier-Joseph, croquis d'artistes:
        --Chiffres ou vers--

    Coeur de parfum, montant arme
        Qui nous embaume ...
    Et ferait mme avec succs,
        Aprs dcs;

    Grise l'amour de ton haleine,
        Vapeur malsaine,
    Vent de pastille-du-srail,
        Hant par l'ail!

    Ton pingle, pine-postiche,
        Chaque nuit fiche
    Le hanneton-d'or, ton amant ...
    Sensitive ouverte, arrose
    De fausses-perles de rose,
        En diamant!

    Chaque jour palpite  la colle
        De ta corolle
    Un papillon-coquelicot,
        Pur calicot.

    Rose-th!...--Dans le grog, peut-tre!--
        Tu dois renatre
    Jaune, sous le fard du tampon,
        Rose-pompon!

    Vnus-Coton, ne en pelotte,
        Un soir-matin,
    Parmi l'cume ... que culotte
        Le clan rapin!

    Rose-mousseuse, sur toi pousse
        Souvent la mousse
    De l'Ai..... Du BOCK plus souvent
        --A 30 Cent.

    --Un coup-de-soleil de la rampe!
        Qui te retrempe;
    Un coup de pouce  ton grand air
        Sur fil-de-fer!...

    Va, gommeuse et gomme,  rose
        De couperose,
    Fleurir les faux-cols et les coeurs,
        Gilets vainqueurs!




    <i>A LA MMOIRE DE ZULMA

    Vierge-folle hors barrire et

    D'UN LOUIS</i>


    <i>Bougival, 8 mai</i>.


    Elle tait riche de vingt ans,
    Moi j'tais jeune de vingt francs,
    Et nous fmes bourse commune,
    Place,  fond-perdu, dans une
    Infidle nuit de printemps....

    La lune a fait trou dedans,
    Rond comme un cu de cinq francs,
    Par o passa notre fortune:
    Vingt ans! vingt francs!... et puis la lune!

    --En monnaie--hlas--les vingt francs!
    En monnaie aussi les vingt ans!
    Toujours de trous en trous de lune,
    Et de bourse en bourse commune....
    --C'est  peu prs mme fortune!

         *       *       *       *       *

    --Je la trouvai--bien des printemps,
    Bien des vingt ans, bien des vingt francs,
    Bien des trous et bien de la lune
    Aprs--Toujours vierge et vingt ans,
    Et ... colonelle  la Commune!

         *       *       *       *       *

    --Puis aprs: la chasse aux passants,
    Aux vingt sols, et plus aux vingt francs....
    Puis aprs: la fosse commune,
    Nuit gratuite sans trou de lune.


    (<i>Saint-Cloud.--Novembre</i>)




    <i>BONNE FORTUNE et FORTUNE</i>


                      <i>Odor della feminita</i>

    Moi, je fais mon trottoir, quand la nature est belle,
    Pour la passante qui, d'un petit air vainqueur,
    Voudra bien crocheter, du bout de son ombrelle,
    Un clin de ma prunelle ou la peau de mon coeur....

    Et je me crois content--pas trop!--mais il faut vivre:
    Pour promener un peu sa faim, le gueux s'enivre....

    Un beau jour--quel mtier!--je faisais, comme a,
    Ma croisire.--Mtier!...--Enfin, Elle passa
    --Elle qui?--La Passante! Elle, avec son ombrelle!
    Vrai valet de bourreau, je la frlai ...---mais Elle

    Me regarda tout bas, souriant en dessous,
    Et ... me tendit sa main, et ...
                                    m'a donn deux sous.


    (<i>Rue des Martyrs</i>.)




    <i>A UNE CAMARADE</i>


    Que me veux-tu donc, femme trois fois fille?...
    Moi qui te croyais un si bon enfant!
    --De l'amour?...--Allons: cherche, apporte, pille!
    M'aimer aussi, toi!... moi qui t'aimais tant.

    Oh! je t'aimais comme ... un lzard qui ple
    Aime le rayon qui cuit son sommeil....
    L'Amour entre nous vient battre de l'aile:
    --Eh! qu'il s'te de devant mon soleil!

    Mon amour,  moi, n'aime pas qu'on l'aime;
    Mendiant, il a peur d'tre cout....
    C'est un lazzarone enfin, un bohme,
    Djeunant de jene et de libert.

    --Curiosit, bibelot, bricolle?...
    C'est possible: il est rare--et c'est son bien--
    Mais un bibelot cass se recolle;
    Et lui, dcoll, ne vaudra plus rien!...

    Va, n'enfonons pas la porte entr'ouverte
    Sur un paradis dj trop rendu!
    Et gardons  la pomme, jadis verte,
    Sa peau, sous son fard de fruit dfendu.

    Que nous sommes-nous donc fait l'un  l'autre?...
    --Rien....--Peut-tre alors que c'est pour cela;
    --Quel a commenc?--Pas moi, bon aptre!
    Aprs, quel dira: c'est donc tout--voil!

    --Tous les deux, sans doute....--Et toi, sois bien sre
    Que c'est encor moi le plus attrap:
    Car si, par erreur, ou par aventure,
    Tu ne me trompais ... je serais tromp!

    Appelons cela: <i>l'amiti calme</i>;
    Puisque l'amour veut mettre son hol.
    N'y croyons pas trop, chre mal-aime....
    --C'est toujours trop vrai ces mensonges-l!--

    Nous pourrons, au moins, ne pas nous maudire
    --Si a t'est gal--le quart-d'heure aprs.
    Si nous en mourons--ce sera de rire....
    Moi qui l'aimais tant ton rire si frais!




    <i>UN JEUNE QUI S'EN VA</i>


                          Morire.

    Oh le printemps!--Je voudrais patre!...
    C'est drle, est-ce pas: Les mourants
    Font toujours ouvrir leur fentre,
    Jaloux de leur part de printemps!

    Oh le printemps! Je veux crire!
    Donne-moi mon bout de crayon
    --Mon bout de crayon, c'est ma lyre--
    Et--l--je me sens un rayon.

    Vite!... j'ai vu, dans mon dlire,
    Venir me manger dans la main
    La Gloire qui voulait me lire!
    --La gloire n'attend pas demain.--

    Sur ton bras, soutiens ton pote,
    Toi, sa Muse, quand il chantait,
    Son Sourire quand il mourait,
    Et sa Fte ... quand c'tait fte!

    Sultane, apporte un peu ma pipe
    Turque, incruste en faux saphir,
    Celle qui <i>va bien  mon type</i>....
    Et ris!--C'est fini de mourir;

    Et viens sur mon lit de malade;
    Empche la mort d'y toucher,
    D'emporter cet enfant maussade
    Qui ne veut pas s'aller coucher.

    Ne pleure donc plus,--je suis bte--
    Vois: mon drap n'est pas un linceul....
    Je chantais cela pour moi seul....
    Le vide chante dans ma tte.

    Retourne contre la muraille.
    --L--l'esquisse--un portrait de toi--
    Malgr lui mon oeil sol travaille
    Sur la toile.... C'tait de moi.

    J'entends--bourdon de la fivre--
    Un chant de berceau me monter:
    <i>J'entends le renard, le livre,
    Le livre, le loup chanter</i>.

    ... Va! nous aurons une chambrette
    Bien frache,  papier bleu ray;
    Avec un vrai bon lit honnte
    A nous,  rideaux ... et pay!

    Et nous irons dans la prairie
    Pcher  la ligne tous deux,
    Ou bien <i>mourir pour la  patrie</i>!...
    --Tu sais, je fais ce que tu veux.

    ... Et nous aurons des robes neuves,
    Nous serons riches  biller
    Quand j'aurai revu <i>mes preuves</i>!
    --Pour vivre, il faut bien travailler....

    --Non! mourir....
                   La vie tait belle
    Avec toi! mais rien ne va plus....
    A moi le pompon d'immortelle
    Des grands potes que j'ai lus!

    A moi, <i>Myosotis! Feuille morte</i>
    De <i>Jeune malade  pas lent!</i>
    Souvenir de soi ... qu'on emporte
    En croyant le laisser--souvent!

    --Dcs: Rolla:--l'Acadmie--
    Murger, Beaudelaire:--hpital,--
    Lamartine:--en perdant la vie
    De sa fille, en strophes pas mal....

    Doux bedeau, pleureuse en lvite,
    <i>Harmonieux</i> tronc des <i>moissonns</i>
    Inventeur de la <i>larme crite</i>,
    Lacrymatoire d'abonns!...

    Moreau---j'oubliais--Hgsippe,
    Crateur de l'art-hpital....
    Depuis, j'ai la phthisie en grippe;
    Ce n'est plus mme original.

    --Escousse encor: mort en extase
    De lui; mort phthisique d'orgueil.
    --Gilbert: phthisie et paraphrase
    Rentre, en se pleurant <i> l'oeil</i>.

    --Un autre incompris: Lacenaire,
    Faisant des vers en amateur
    Dans le got anti-poitrinaire,
    Avec Sanson pour diteur.

    --Lord Byron, gentleman-vampire,
    Hystrique du tnbreux;
    Anglais sec, cass par son rire,
    Son noble rire de lpreux.

    --Hugo: l'Homme apocalyptique,
    L'Homme-Ceci-tra-cela,
    Meurt, gardenational pique;
    Il n'en reste qu'un--celui-l!--

    ... Puis un tas d'amants de la lune,
    Gure plus morts qu'ils n'ont vcu,
    Et changeant de fosse commune
    Sans un discours, sans un cu!

    J'en ai lus mourir!... Et ce cygne
    Sous le couteau du cuisinier:
    --Chnier--... Je me sens--mauvais signe!--
    De la jalousie.--O mtier!

    Mtier! Mtier de mourir....
    Assez, j'ai fini mon tude.
    Mtier: se rimer finir!...
    C'est une affaire d'habitude.

    Mais non, la posie est: vivre,
    Paresser encore, et souffrir
    Pour toi, matresse! et pour mon livre;
    Il est l qui dort
                      --Non: mourir!

         *       *       *       *       *

    Sentir sur ma lvre appauvrie
    Ton dernier baiser se gercer,
    La mort dans tes bras me bercer....
    Me dshabiller de la vie!...


            (<i>Charenton.--Avril</i>.)




    <i>INSOMNIE</i>


    Insomnie, impalpable Bte!
    N'as-tu d'amour que dans la tte:
    Pour venir te pmer  voir,
    Sous ton mauvais oeil, l'homme mordre
    Ses draps, et dans l'ennui se tordre!...
    Sous ton oeil de diamant noir.

    Dis: pourquoi, durant la nuit blanche,
    Pluvieuse comme un dimanche,
    Venir nous lcher comme un chien:
    Esprance ou Regret qui veille,
    A notre palpitante oreille
    Parler bas ... et ne dire rien?

    Pourquoi, sur notre gorge aride,
    Toujours pencher ta coupe vide
    Et nous laisser le cou tendu,
    Tantales, soiffeurs de chimre:
    --Philtre amoureux ou lie amre
    Frache rose ou plomb fondu!--

    Insomnie, es-tu donc pas belle?...
    Eh pourquoi, lubrique pucelle,
    Nous treindre entre tes genoux?
    Pourquoi rler sur notre bouche,
    Pourquoi dfaire notre couche,
    Et ... ne pas coucher avec nous

    Pourquoi, Belle-de-nuit impure,
    Ce masque noir sur ta figure?...
    --Pour intriguer les songes d'or?...
    N'es-tu pas l'amour dans l'espace,
    Souffle de Messaline lasse,
    Mais pas rassasie encor!

    Insomnie, est-tu l'Hystrie....
    Es-tu l'orgue de barbarie
    Qui moud l'<i>Hosannah</i> des lus?...
    --Ou n'es-tu pas l'ternel plectre,
    Sur les nerfs des damns-de-lettre,
    Raclant leurs vers--qu'eux seuls ont lus.

    Insomnie, es-tu l'ne en peine
    De Buridan--ou le phalne
    De l'enfer?--Ton baiser de feu
    Laisse un got froidi de fer rouge....
    Oh! viens te poser dans mon bouge!...
    Nous dormirons ensemble un peu.




    <i>LA PIPE AU POTE</i>


    Je suis la Pipe d'un pote,
    Sa nourrice, et: j'endors sa <i>Bte</i>.

    Quand ses chimres borgnes
    Viennent se heurter  son front,
    Je fume.... Et lui, dans son plafond,
    Ne peut plus voir les araignes.

    ... Je lui fais un ciel, des nuages,
    La mer, le dsert, des mirages;
    --Il laisse errer l son oeil mort....

    Et, quand lourde devient la nue,
    Il croit voir une ombre connue,
    --Et je sens mon tuyau qu'il mord.

    --Un autre tourbillon dlie
    Son me, son carcan, sa vie!
    ... Et je me sens m'teindre.--Il dort--

         *       *       *       *       *

    --Dors encor: la <i>Bte</i> est calme,
    File ton rve jusqu'au bout....
    Mon Pauvre!... la fume est tout.
    --S'il est vrai que tout est fume....


            (<i>Paris--Janvier</i>)




    <i>LE CRAPAUD</i>


    Un chant dans une nuit sans air....
    --La lune plaque en mtal clair
    Les dcoupures du vert sombre.

    ... Un chant; comme un cho, tout vif
    Enterr, l, sous le massif....
    --a se tait: Viens, c'est l, dans l'ombre....

    --Un crapaud!--Pourquoi cette peur,
    Prs de moi, ton soldat fidle!
    Vois-le, pote tondu, sans aile,
    Rossignol de la boue....--Horreur!--

    ... Il chante.--Horreur!!--Horreur pourquoi
    Vois-tu pas son oeil de lumire....
    Non: il s'en va, froid, sous sa pierre.

         *       *       *       *       *

    Bonsoir--ce crapaud-l c'est moi.


            (<i>Ce soir, 20 Juillet</i>.)




    <i>FEMME</i>


            <i>la Bte fer</i>

    Lui--cet tre fauss, mal aim, mal souffert,
        Mal ha--mauvais livre ... et pire: il m'intresse.--
    S'il est vide aprs tout.... Oh mon dieu, je le laisse,
        Comme un roman pauvre--entr'ouvert.

    Cet homme est laid....--Et moi, ne suis-je donc pas belle,
        Et belle encore pour nous deux!--
    En suis-je donc enfin aux rves de pucelle?...
        --Je suis reine: Qu'il soit lpreux!

    O vais-je--femme!--Aprs ... suis-je donc cas lgre
        Pour me relever d'un faux pas!
    Est-ce donc Lui que j'aime?--Eh non! c'est son mystre....
        Celui que peut-tre Il n'a pas.

    Plus Il m'vite, et plus et plus Il me poursuit....
        Nous verrons ce ddain suprme.
    Il est rare  croquer, celui-l qui me fuit!...
        Il me fuit--Eh bien non!... Pas mme.

    ... Aurais-je ri pourtant! si, comme un galant homme,
        Il avait allum ses feux....
    Comme ve--femme aussi--qui n'aimait pas la Pomme,
        Je ne l'aime pas--et j'en veux!--

    C'est innocent.--Et Lui: ... Si l'arme tait charge....
        --Et moi, j'aime les vilains jeux!
    Et ... l'on sait amuser, avec une drage
        Haute, un animal ombrageux.

    De quel droit ce regard, ce mauvais oeil qui touche:
        Monsieur poserait le fatal?
    Je suis myope, il est vrai,... Peut-tre qu'il est louche;
        Je l'ai vu si peu--mais si mal.--

    ... Et si je le laissais se draper en quenouille,
        Seul dans sa honteuse fiert!...
    --Non. Je sens me ronger, comme ronge la rouille,
        Mon orgueil malade, irrit.

    Allons donc! c'est crit--n'est-ce pas--dans ma tte,
        En pattes-de-mouche d'enfer;
    crit, sur cette page o--l--ma main s'arrte.
        --Main de femme et plume de fer.--

    Oui!--Baiser de Judas--Lui cracher  la bouche
        Cet <i>amour!</i>--Il l'a mrit--
    Lui dont la triste image est debout sur ma couche,
        Implacable de volupt.

    Oh oui: coller ma langue  l'inerte sourire
        Qu'il porte l comme un faux pli!
    Songe creux et malsain, repoussant ... qui m'attire!
        .................................
        Une nuit blanche ... un jour sali....




    <i>DUEL AUX CAMLIAS</i>


    J'ai vu le soleil dur contre les touffes
    Ferrailler.--J'ai vu deux fers soleiller,
    Deux fers qui faisaient des parades bouffes;
    Des merles en noir regardaient briller.

    Un monsieur en linge arrangeait sa manche;
    Blanc, il me semblait un gros camlia;
    Une autre fleur rose tait sur la branche,
    Rose comme.... Et puis un fleuret plia.

    --Je vois rouge....  Ah oui! c'est juste: on s'gorge--
    ... Un camlia blanc--l--comme Sa gorge ...
    Un camlia jaune,--ici--tout mch....

    Amour mort, tomb de ma boutonnire.
    --A moi, plaie ouverte et fleur printannire!
    Camlia vivant, de sang panach!


            (<i>Veneris Dies</i> 13***)




    <i>FLEUR D'ART</i>


    Oui--Quel art jaloux dans Ta fine histoire!
    Quels bibelots chers!--Un bout de sonnet,
    Un coeur grav dans ta manire noire,
    Des traits de canif  coups de stylet.--

    Tout fier mon coeur porte  la boutonnire
    Que tu lui taillas, un petit bouquet
    D'immortelle rouge--Encor ta manire--
    C'est du sang en fleur. Souvenir coquet.

    Allons, pas de pleurs  notre mmoire!
    --C'est la mle-mort de l'amour ici--
    Foin du myosotis, vieux sachet d'armoire!

    Double femme, va!... Qu'un ne te braie!
    Si tu n'tais fausse, eh serais-tu vraie?...
    L'amour est un duel:--Bien touch! Merci.




    <i>PAUVRE GARON</i>


            <i>La Bte froce</i>.

    Lui qui sifflait si haut, son petit air de tte,
    Etait plat prs de moi; je voyais qu'il cherchait ...
    Et ne trouvait pas, et ... j'aimais le sentir bte,
    Ce hros qui n'a pas su trouver qu'il m'aimait.

    J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempte.
    Il regardait cela.... Vraiment, cela l'usait?...
    Quel instrument rtif  jouer, qu'un pote!...
    J'en ai jou. Vraiment--moi--cela m'amusait.

    Est-il mort?...--Ah--c'tait, du reste, un garon drle.
    Aurait-il donc trop pris au srieux son rle,
    Sans me le dire ... au moins.--Car il est mort, de quoi?...

    Se serait-il laiss fluer de posie....
    Serait-il mort <i>de chic</i>, de boire, ou de phthisie,
    Ou, peut-tre, aprs tout: de rien ...
            ou bien de Moi.




    <i>DCLIN</i>


    Comme il tait bien, Lui, ce Jeune plein de sve!
    Apre  la vie <i>O Gu</i>!... et si doux en son rve.
    Comme il portait sa tte ou la couchait gament!
    Hume-vent  l'amour!... qu'il passait tristement.

    Oh comme il tait Rien!...--Aujourd'hui, sans rancune
    Il a vu lui sourire, au retour, la Fortune;
    Lui ne sourira plus que d'autrefois; il sait
    Combien tout cela cote et comment a se fait.

    Son Coeur a pris du ventre et dit bonjour en prose.
    Il est cot fort cher ... ce Dieu c'est quelque chose;
    Il ne va plus les mains dans les poches tout nu....

    Dans sa gloire qu'il porte en paletot funbre,
    Vous le reconnatrez fini, banal, clbre....
    Vous le reconnatrez, alors, cet inconnu.




    <i>BONSOIR</i>


    Et vous viendrez alors, imbcile caillette,
    Taper dans ce miroir clignant qui se paillette
    D'un clis d'or, accroc de l'astre jaune, teint
    Vous verrez un bijou dans cet clat de tain

    Vous viendrez  cet homme,  son reflet mivre
    Sans chaleur.... Mais, au jour qu'il dardait la fivre,
    Vous n'avez rien senti, vous qui--midi pass--
    Tombez dans ce rayon tombant qu'il a laiss.

    Lui ne vous connat plus, Vous, l'Ombre dj vue,
    Vous qu'il avait couche en son ciel toute nue,
    Quand il tait un Dieu!... Tout cela--n'en faut plus.--

    Croyez--Mais lui n'a plus ce mirage qui leurre,
    Pleurez--Mais il n'a plus cette corde qui pleure.
    Ses chants ...--C'tait d'un autre; il ne les a pas plus.




    <i>LE POTE CONTUMACE</i>


    Sur la cte d'ARMOR,--Un ancien vieux couvent,
    Les vents se croyaient l dans un moulin--vent,
            Et les nes de la contre,
    Au lierre rp, venaient rper leurs dents
    Contre un mur si trou que, pour entrer dedans,
            On n'aurait pu trouver l'entre.

    --Seul--mais toujours debout avec un rare aplomb,
    Crnel comme la mchoire d'une vieille,
    Son toit  coups-de-poing sur le coin de l'oreille,
    Aux corneilles bayant, se tenait le donjon,

    Fier toujours d'avoir eu, dans le temps, sa lgende....
    Ce n'tait plus qu'un nid  gens de contrebande,
    Vagabonds de nuit, amoureux buissonniers,
    Chiens errants, vieux rats, fraudeurs et douaniers.

    --Aujourd'hui l'hte tait de la borgne tourelle,
    Un Pote sauvage, avec un plomb dans l'aile,
    Et tomb l parmi les antiques hiboux
    Qui l'estimaient d'en haut.--Il respectait leurs trous,--
    Lui, seul hibou payant, comme son <i>bail</i> le porte:
    <i>Pour vingt-cinq cus l'an, dont: remettre une porte</i>.--

    Pour les gens du pays, il ne les voyait pas:
    Seulement, en passant, eux regardaient d'en bas,
            Se montrant du nez sa fentre;
    Le cur se doutait que c'tait un lpreux;
    Et le maire disait:--Moi, qu'est-ce que j'y peux,
            C'est plutt un Anglais ... un <i>Etre</i>.

    Les femmes avaient su--sans doute par les buses,
    Qu'il <i>vivait en concubinage avec des Muses!</i>...
    Un hrtique enfin.... Quelque <i>Parisien</i>
    De Paris ou d'ailleurs.--Hlas! on n'en sait rien.--
    Il tait invisible; et, comme <i>ses Donzelles
    Ne s'affichaient pas trop</i>, on ne parla plus d'elles.

    --Lui, c'tait simplement un long flneur, sec, ple;
    Un ermite-amateur, chass par la rafale....
    Il avait trop aim les beaux pays malsains
    Condamn des huissiers, comme des mdecins,
    Il avait pos l, seul et cherchant sa place
    Pour mourir seul ou pour vivre par contumace....

            Faisant, d'un -peu-prs d'artiste,
            Un philosophe d' peu prs,
            Rleur de soleil ou de frais,
            En dehors de l'humaine piste.

    Il lui restait encore un hamac, une vielle,
    Un barbet qui dormait sous le nom de <i>Fidle</i>;
    Non moins fidle tait, triste et doux comme lui,
    Un autre compagnon qui s'appelait l'Ennui.

    Se mourant en sommeil, il se vivait en rve.
    Son rve tait le flot qui montait sur la grve,
            Le flot qui descendait;
    Quelquefois, vaguement, il se prenait attendre....
    Attendre quoi ... le flot monter--le flot descendre--
            Ou l'Absente.... Qui sait?

    Le sait-il bien lui-mme?... Au vent de sa gurite,
    A-t-il donc oubli comme les morts vont vite,
    Lui, ce viveur vcu, revenant gar,
    Cherche-t-il son follet,  lui, mal enterr?

    --Certe, Elle n'est pas loin, celle aprs qui tu brames,
    O Cerf de Saint-Hubert! Mais ton front est sans flammes....
    N'apparais pas, mon vieux, triste et faux dterr....
    Fais le mort si tu peux.... Car Elle t'a pleur!

    --Est-ce qu'il pouvait, Lui!... n'tait-il pas pote....
    Immortel comme un autre?... Et dans sa pauvre tte
    Dmnage, encor il sentait que les vers
    Hexamtres faisaient les cent pas de travers.

    --Manque de savoir-vivre extrme--il survivait--
    Et--manque de savoir-mourir--il crivait:

    C'est un tre pass de cent lunes, ma Chre,
    En ton coeur potique,  l'tat lgendaire.
    Je rime, donc je vis ... ne crains pas, c'est <i> blanc</i>.
    --Une coquille d'hutre en rupture de banc!--
    Oui, j'ai beau me palper: c'est moi!--Dernire faute--
    En route pour les cieux--car ma niche est si haute!--
    Je me suis demand, prt  prendre l'essor:
    Tte ou pile ...--Et voil--je me demande encor....

    C'est  toi que je fis mes adieux  la vie,
    A toi qui me pleuras, jusqu' me faire envie
    De rester me pleurer avec toi. Maintenant
    C'est jou, je ne suis qu'un gteux revenant,
    En os et ... (j'allais dire en chair).--La chose est sre
    C'est bien moi, je suis l--mais comme une rature.

    Nous tions amateurs de curiosit:
    Viens voir <i>le Bibelot</i>.--Moi j'en suis dgot.--
    Dans mes dgots surtout, j'ai des gots lgants;
    Tu sais: j'avais lch la Vie avec des gants;
    L'<i>Autre</i> n'est pas mme  prendre avec des pincettes ...
    Je cherche au mannequin de nouvelles toilettes.

    Reviens m'aider: Tes yeux dans ces yeux-l! Ta lvre
    Sur cette lvre!... Et, l, ne sens-tu pas ma fivre
    --Ma <i>fivre de Toi?</i>...--Sous l'orbe est-il pass
    L'arc-en-ciel au charbon par nos nuits laiss?
    Et cette toile?...--Oh! va, ne cherche plus l'toile
            Que tu voulais voir  mon front;
            Une araigne a fait sa toile,
            Au mme endroit--dans le plafond.

    Je suis un tranger.--Cela vaut mieux peut-tre....
    --Eh bien! non, viens encor un peu me reconnatre;
    Comme au bon saint Thomas, je veux te voir la foi,
    Je veux te voir toucher la plaie et dire:--Toi!--

    Viens encor me finir--c'est trs gai: De ta chambre,
    Tu verras mes moissons--Nous sommes en dcembre--
    Mes grands bois de sapin, les fleurs d'or des gents,
    Mes bruyres d'Armor ...--en tas sur les chenets.
    Viens te gorger d'air pur--Ici j'ai de la brise
    Si franche!... que le bout de ma toiture en frise.
    Le soleil est si doux ...--qu'il gle tout le temps.
    Le printemps....--Le printemps n'est-ce pas tes vingt ans.
    On n'attend plus que toi, vois: dj l'hirondelle
    Se pose ... en fer rouill, cloue  ma tourelle.--
    Et bientt nous pourrons cueillir le champignon....
    Dans mon escalier que dore ... un lumignon.
    Dans le mur qui verdoie existe une pervenche
    Sche.--... Et puis nous irons  l'eau <i>faire</i> la planche
    --Planches d'pave au sec--comme moi--sur ces plages.
    La Mer roucoule sa <i>Berceuse pour naufrages</i>;
    Barcarolle du soir ... pour les canards sauvages.

    En <i>Paul et Virginie</i>, et virginaux--veux-tu--
    Nous nous mettrons au vert du paradis perdu....
    Ou <i>Robinson avec Vendredi</i>--c'est facile--
    La pluie a dj fait, de mon royaume, une le.

    Si pourtant, prs de moi, tu crains la solitude,
    Nous avons des amis, sans fard--Un braconnier;
    Sans compter un caban bleu qui, par habitude,
    Fait toujours les cent-pas et contient un douanier....
    Plus de clercs d'huissier! J'ai le clair de la lune,
    Et des amis pierrots amoureux sans fortune.

    --Et nos nuits!... <i>Belles nuits pour l'orgie  la tour!</i>...
    Nuits  la Romo!--Jamais il ne fait jour.--
    La Nature au rveil--rveil de dchane--
    Secouant son drap blanc ... teint ma chemine.
    Voici mes rossignols ... rossignols d'ouragans--
    Gais comme des poinons--sanglots de chats-huans!
    Ma girouette drouille en haut sa tyrolienne
    Et l'on entend gmir ma porte olienne,
    Comme chez saint Antoine en sa tentation....
    Oh viens! joli Suppt de la sduction!

    --Hop! les rats du grenier dansent des farandoles!
    Les ardoises du toit roulent en castagnoles!
    Les Folles-du-logis....
            Non, je n'ai plus de Folles!

    ... Comme je revendrais ma dpouille  Satan
    S'il me tentait avec un petit Revenant....
    --Toi--Je te vois partout, mais comme un voyant blme,
    Je t'adore.... Et c'est pauvre: adorer ce qu'on aime!
    Apparais, un poignard dans le coeur!--Ce sera,
    Tu sais bien, comme dans <i>Ins de La Sierra</i>....
    --On frappe ... oh! c'est quelqu'un....
            Hlas! oui, c'est un rat.

    --Je rvasse ... et toujours c'est <i>Toi</i>. Sur toute chose,
    Comme un esprit follet, ton souvenir se pose:
    Ma solitude--<i>Toi!</i>--Mes hiboux  l'oeil d'or:
    --<i>Toi!</i>--Ma girouette folle: Oh <i>Toi!</i>...--Que sais-je encor,
    --<i>Toi</i>: mes volets ouvrant les bras dans la tempte....
    Une lointaine voix: c'est Ta chanson!--c'est fte!...
    Les rafales fouaillant Ton nom perdu--c'est bte--
    C'est bte, mais c'est <i>Toi</i>! Mon coeur au grand ouvert
            Comme mes volets en pantenne,
            Bat, tout affol sous l'haleine
            Des plus bizarres courants d'air.

    Tiens ... une ombre porte, un instant, est venue
    Dessiner ton profil sur la muraille nue,
    Et j'ai tourn la tte....--Espoir ou souvenir--
    <i> Ma Soeur Anne,  la tour, voyez-vous pas venir?</i>....

    --Rien!--je vois ... je vois, dans ma froide chambrette,
    Mon lit capitonn de <i>satin de brouette</i>;
    Et mon chien qui dort dessus--Pauvre animal--
    ... Et je ris ... parce que a me fait un peu mal.

    J'ai pris, pour t'appeler, ma vielle et ma lyre.
    Mon coeur fait de l'esprit--le sot--pour se leurrer....
    Viens pleurer, si mes vers ont pu te faire rire;
            Viens rire, s'ils t'ont fait pleurer....

    Ce sera drle.... Viens jouer  la misre,
    D'aprs nature:--<i>Un coeur avec une chaumire</i>.--
    ... Il pleut dans mon foyer, il pleut dans mon coeur feu.
    Viens! Ma chandelle est morte et je n'ai plus de feu....

         *       *       *       *       *

    Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fentre.
    Le soleil se levait. Il regarda sa lettre,
    Rit et la dchira.... Les petits morceaux blancs,
    Dans la brume, semblaient un vol de golands.


            (<i>Penmarc'h--jour de Nol</i>.)


         *       *       *       *       *


    <i>SRNADE DES SRNADES</i>


         *       *       *       *       *


    <i>SONNET DE NUIT</i>


    O croise ensommeille,
    Dure  mes trente-six morts!
    Vitre en diamant, raille
    Par mes atroces accords!

    Herse hrissant rouille
    Tes crocs o je pends et mords!
    Oubliette verrouille
    Qui me renferme ... dehors!

    Pour Toi, Bourreau que j'encense,
    L'amour n'est donc que vengeance?...
    Ton balcon: gril  braiser?...

    Ton col: collier de garotte?...
    Eh bien! ouvre, Iscariote,
    Ton judas pour un baiser!




    <i>GUITARE</i>


    Je sais rouler une amourette
            En cigarette,
    Je sais rouler l'or et les plats!
    Et les filles dans de beaux draps!

    Ne crains pas de longueurs fidles:
    Pour mles mes pieds ont des ailes;
    Voleur de nuit, hibou d'amour,
            M'envole au jour.

    Connais-tu Psych?--Non?--Mercure?...
    Cendrillon et son aventure?
    --Non?--... Eh bien! tout cela, c'est moi:
            Nul ne me voit.

    Et je te laisserais bien frache
    Comme un petit Jsus en crche,
    Avant le rayon indiscret....
            --Je suis si laid!--

    Je sais flamber en cigarette,
            Une amourette!
    Chiffonner et flamber les draps,
    Mettre les filles dans les plats!




    <i>RESCOUSSE</i>

    Si ma guitare
    Que je rpare,
    Trois fois barbare:
    <i>Kriss</i> Indien.

    Cric de supplice,
    Bois de justice,
    Bote  malice,
    Ne fait pas bien....

    Si ma voix pire
    Ne peut te dire
    Mon doux martyre....
    --Mtier de chien!

    Si mon cigare,
    Viatique et phare,
    Point ne t'gare;
    --Feu de brler....

    Si ma menace,
    Trombe qui passe,
    Manque de grce;
    --Muet de hurler....

    Si de mon me
    La mer en flamme
    N'a pas de lame;
    --Cuit de geler....

    Vais m'en aller!




    <i>TOIT</i>


    Tiens non! J'attendrai tranquille,
        Plant sous le toit,
    Qu'il me tombe quelque tuile,
        Souvenir de Toi!

    J'ai tondu l'herbe, je lche
        La pierre,--altr
    Comme <i>la Colique-sche</i>
        <i>De Miserere</i>!

    Je crverai--Dieu me damne!--
    Ton tympan ou la peau d'ne
        De mon bon tambour!

    Dans ton botier,  Fentre!
    Calme et pure, gt peut-tre....
        .....................
        Un vieux monsieur sourd!




    <i>LITANIE</i>


    Non ... Mon coeur te sent l, Petite,
    Qui dors pour me laisser plus vite
    Passer ma nuit, si longue encor,
    Sur le pav comme un rat mort....

    --Dors. La berceuse litanie
    Srnade jamais finie
    Sur Ta lvre reste poser
    Comme une haleine de baiser:

    --Nnuphar du ciel! Blanche Etoile!
    Tour ivoirine! Nef sans voile!
    <i>Vesper, amoris Aurora</i>!

    Ah! je sais les rpons mystiques,
    Pour le cantique des cantiques
    Qu'on chante ... au Diable, Senora!




    <i>CHAPELLET</i>


    A moi, grand chapelet! pour grener mes plaintes,
    Avec tous les AVE de Sa <i>Perfection</i>,
    Son nom et tous les noms de ses Ftes et Saintes ...
    Du Mardi-gras jusqu' la <i>Circoncision</i>:

    --<i>Navaja-Dolors-y-Crucificcion!</i>....
    --Le Christ avait au moins son ponge d'absinthe....--
    Quand donc arriverai-je  ton <i>Ascencion</i>!...
    --Isaac Laquedem, prte-moi ta complainte.

    --<i>O Todas-las-Santas!</i> Tes vitres sont pareilles,
    <i>Secundum ordinem</i>,  ces fonds de bouteilles
    Qu'on casse  coups de trique  la <i>Quasimodo</i>....

    Mais,  <i>Quasimodo</i>, tu ne viens pas encore;
    Pour casse-tte, hlas! je n'ai que ma mandore....
    --<i>Se habla espanol: Paraque ... raquando</i>?...




    <i>ELIZIR D'AMOR</i>


    Tu ne me veux pas en rve,
    Tu m'auras en cauchemar!
    T'corchant au vif, sans trve,
    --Pour moi ... pour l'amour de l'art.

    --Ouvre: je passerai vite,
    Les nuits sont courtes, l't....
    Mais ma musique est maudite,
    Maudite en l'ternit!

    J'assourdirai les recluses,
    reintant  coups de pieux,
    Les Neuf et les autres Muses....
    Et qui n'en iront que mieux!...

    Rpterai tous mes rles
    Borgnes--et d'aveugle aussi....
    D'ordinaire tous ces drles
    Ont assez bon <i>oeil</i> ici:

    --A genoux, haut Cavalier,
    A pied, tranant ma rapire,
    Je baise dans la poussire
    Les traces de Ton soulier!

    --Je viens, Plerin austre,
    Capucin et Troubadour,
    Dire mon bout de rosaire
    Sur la viole d'amour.

    --Bachelier de Salamanque,
    Le plus simple et le dernier....
    Ce fonds jamais ne me manque:
    --Tout voeux! et pas un denier!--

    --Retapeur de casserolles,
    Sale Gitan vagabond,
    Je claque des castagnoles
    Et chatouille le jambon....

    --Pas-de-loup, loup sur la face,
    Moi chien-loup maraudeur,
    J'erre en offrant de ma race:
    --Pur-Don-Juan-du-Commandeur.--

    Matresse peut me connatre,
    Chien parmi les chiens perdus:
    Abeilard n'est pas mon matre,
    Alcibiade non plus!




    <i>VNERIE</i>


    O Vnus, dans ta Vnerie,
    Limier et piqueur  la fois,
    Valet-de-chiens et d'curie,
    J'ai vu l'Hallali, les Abois!...

    Que Diane aussi me sourie!...
    A cors,  cris,  pleine voix
    Je fais le pied, je fais le bois;
    Car on dit que: <i>bte varie</i>....

    --Un pied de biche: Le voici,
    Cordon de sonnette sur rue;
    --Bois de cerf: de la porte aussi;
    --Et puis un pied: un pied-de-grue!...

    O Fauve aprs qui j'aboyais,
    --Je suis fourbu, qu'on me relaie!--
    O Bte! es-tu donc une laie:


    Bien moins sauvage te croyais!




    <i>VENDETTA</i>


    Tu ne veux pas de mon me
    Que je jette  tour de bras:
    Chre, tu me le payeras!...
    Sans rancune--je suis femme!--

    Tu ne veux pas de ma peau:
    Venimeux comme un jsuite.
    Prends garde!... je suis ensuite
    Jsuite comme un crapaud,

    Et plat comme la punaise,
    Compagne que j'ai sur moi,
    Pure ... mais,--ne te dplaise,--
    Je te prfrerais, Toi!

    --Je suis encor, Ma trs-Chre,
    Serpent comme le Serpent
    Froid, coulant, poisson rampant
    Qui fit pcher ta grand'mre....

    Et tu ne vaux pas, Pcore,
    Beaucoup plus qu'elle, je croi....
    Vaux-tu ma chanson encore?...
    Me vaux-tu seulement moi!...




    <i>HEURES</i>


        Aumne au malandrin en chasse
        Mauvais oeil  l'oeil assassin!
        Fer contre fer au spadassin!
    --Mon me n'est pas en tat de grce!--

        Je suis le fou de Pampelune,
        J'ai peur du rire de la Lune,
        Cafarde, avec son crpe noir....
    Horreur! tout est donc sous un teignoir.

        J'entends comme un bruit de crcelle....
        C'est la male heure qui m'appelle.
    Dans le creux des nuits tombe: un glas ... deux glas

        J'ai compt plus de quatorze heures....
        L'heure est une larme--Tu pleures,
    Mon coeur!... Chante encor, va--Ne compte pas.




    <i>CHANSON EN SI</i>


    Si j'tais noble Faucon,
    Tournoierais sur ton balcon....
    --Taureau: foncerais ta porte....
    --Vampire: te boirais morte....
            Te boirais!

    --Gelier: lverais l'crou....
    --Rat: ferais un petit trou....
    Si j'tais brise alize,
    Te mouillerais de rose....
            Roserais!

    Si j'tais gros Confesseur,
    Te fouaillerais,  Ma Soeur!
    Pour seconde pnitence,
    Te dirais ce que je pense....
            Te dirais....

    Si j'tais un maigre Aptre,
    Dirais: Donnez-vous l'un l'autre,
    Pour votre faim apaiser:
    Le pain-d'amour: Un baiser.
            Si j'tais!...

    Si j'tais Frre-quteur,
    Quterais ton petit coeur
    Pour Dieu le Fils et le Pre,
    L'glise leur Sainte Mre....
            Quterais!

    Si j'tais Madone riche,
    Jetterais bien, de ma niche,
    Un regard, un sou bni
    Pour le cantique fini....
            Jetterais!

    Si j'tais un vieux bedeau,
    Mettrais un cierge au rideau....
    D'un goupillon d'eau bnite,
    L'teindrais, la vespre dite,
            L'teindrais!

    Si j'tais roide pendu,
    Au ciel serais tout rendu:
    Grimperais aprs ma corde,
    Ancre de misricorde,
            Grimperais!

    Si j'tais femme....  Eh, la Belle,
    Te ferais ma Colombelle....
    A la porte les galants
    Pourraient se percer des flancs....
            Te ferais....

    Enfant, si j'tais la dugne
    Rossinante qui te peigne,
    SENORA, si j'tais Toi....
    J'ouvrirais au pauvre Moi.
            --Ouvrirais!--




    <i>PORTES ET FENTRES</i>


    N'entends-tu pas?--Sang et guitare!--
    Rponds!... je damnerai plus fort.
    Nulle ne m'a laiss, Barbare,
    Aussi longtemps me crier mort!

    Ni faire autant de purgatoire!...
    Tu ne vois ni n'entends mes pas,
    Ton oeil est clos, la nuit est noire:
    Fais signe--Je ne verrai pas.

    En enfer j'ai pav ta rue.
    Tous les damns sont en moi....
    Trop incomparable Inconnue!
    Si tu n'es pas l ... prviens-moi!

    A damner je n'ai plus d'alcades,
    Je n'ai fait que me damner moi,
    En serinant mes srnades....
    --Il ne reste  damner que Toi!




    <i>GRAND OPRA</i>


    Ier ACTE (<i>Vpres</i>).


    Dors sous le tabernacle,  Figure de cire!
            Triple Chsse vierge et martyre,
            Derrire un verre, tout le plomb,
    Et dans les sicles des sicles....  Comme c'est long!

    Portes-tu ton coeur d'or sur ta robe lame,
    Ton me veille-t-elle en la lampe allume?...

                    Elle est teinte
                    Cette huile sainte....
                    Il est teint
                    Le sacristain!...

    L'orgue sacr, ses flots et ses bruits de rafale
    Sous les votes, font-ils frissonner ton front ple?...

    Dans ton ternit sais-tu la barbarie
    De mon orgue infernal, <i>orgue de Barbarie</i>?

    Du prtre, sous l'autel, n'ous-tu pas les pas
    Et le mot qu' l'Hostie il murmure tout bas?...

    --Et bien! moi j'attendrai que sur ton oreiller,
    La trompette de Dieu vienne te rveiller!

         *       *       *       *       *

    Chasse, ne sais-tu pas qu'en passant ta chapelle,
            De par le Pape, tout fidle,
    vque, publicain ou lpreux, a le droit
    De t'entr'ouvrir sa plaie et d'en toucher ton doigt?...
            A Saint-Jacques de Compostelle
    J'en ai bien fait autant pour un bout de chandelle.

    A ce prix-l je dois baiser la blanche hostie
    Qui scelle, sur ta bouche en or, ta chastet
            Close en odeur de saintet

         *       *       *       *       *

            Cordieu! Madame est donc sortie?...




    IIe ACTE (<i>Sabbat</i>).


    Je suis un bon ange,  bel Ange!
    Pour te couvrir, doux gardien....
    La terre maudite me tient.
    Ma plume a tremp dans la fange....

    Ha! je ne bats plus que d'une aile!...
    Prions ... l'esprit du Diable est prompt....
    --Ah! si j'tais lui, de quel bond
    Je serais sur toi, la Donzelle!

    ... Ma blanche couronne  ma tte
    Dj s'effeuille; la tempte
    Dans mes mains a bris mon lys....

    --Par Belzbuth! contre la borne
    Je viens de me rompre la corne!

         *       *       *       *       *

    Comme les trucs sont dmolis!




    IIIe ACTE (<i>Sereno</i>).


           Hola!... je vois poindre un fanal oblique
           --Flamberge au vent, joli Muguet!
           <i>Sangre Dios</i>! rossons le guet!...

           Un bonhomme mlancolique
    Chante:--Bonsoir Senor, Senor Caballero,
           Sereno....--Sereno toi-mme!
           --Minuit: second jour de carme,
           Prtez-moi donc un cigaro....

           <i>Gracia</i>! la Vierge vous garde!
    --La Vierge?... grand merci, vieux! Je sens la moutarde!...
    --Par Saint-Joseph! Senor, que faites-vous ici?--
           --Mais ... pas grand'chose et toi, merci.

    --C'est pour votre plaisir?...--Je damne les alcades
           De Tolose au Guadalt!
    --Il est un violon, l-bas sous les arcades....
           --a: n'as-tu jamais arrt
           Musset ... musset pour srnade?

           --<i>Santos</i>!... non, sur la promenade,
           Je n'ai jamais vu de mussets....
           --Son page tait en embuscade....
    --<i>Ah Carambah!</i> Monsieur est un senor Franais
           Qui vient nous la faire  l'aubade?...




    <i>PIECE A CARREAUX</i>


    Ah! si Vous avez  Tolde,
            Un vitrier
    Qui vous forge un vitrail plus raide
            Qu'un bouclier!...

    A Tolde j'irai ma flamme
            Souffler, ce soir;
    A Tolde tremper la lame
            De mon rasoir!

    Si cela ne vous amadoue:
            Vais aiguiser,
    Contre tous les cuirs de Cordoue,
            Mon dur baiser:

    --Donc--A qui rompra: votre oreille,
            Ou bien mes vers!
    Ma corde--boyaux sans pareille,
            Ou bien vos nerfs?

    --A qui fendra: ma castagnette,
            Ou bien vos dents....
    L'Idole en grs, ou le Squelette
            Aux yeux dardants!

    --A qui fondra: vous ou mes cierges,
            O plombs croiss!...
    En serez-vous beaucoup plus vierges,
            Carreaux casss?

    Et Vous qui faites la cornue,
            Ange l-bas!...
    En serez-vous un peu moins nue,
            Les habits bas?

    --Ouvre! fentre  guillotine:
            C'est le bourreau!
    --Ouvre donc porte de cuisine!
            C'est Figaro.

    ... Je soupire, en vache espagnole,
            Ton numro
    Qui n'est, en franais, Vierge molle!
            Qu'un grand ZRO.

                   <i>Cadix--Mai</i>.


         *       *       *       *       *


    <i>RACCROCS</i>

         *       *       *       *       *

    <i>LAISSER COURRE</i>


    <i>Musique de</i>: ISAAC LAQUEDEM.


    J'ai laiss la potence
    Aprs tous les pendus,
    Andouilles de naissance,
    Maigres fruits dfendus;
    Les plumes aux canards
    Et la queue aux renards....

    Au Diable aussi sa queue
    Et ses cornes aussi,
    Au ciel sa chose bleue
    Et la Plante--ici--
    Et puis tout: n'importe o
    Dans le dsert au clou.

    J'ai laiss dans l'Espagne
    Le reste et mon chteau;
    Ailleurs,  la campagne,
    Ma tte et son chapeau;
    J'ai laiss mes souliers
    Sirnes,  vos pieds!

    J'ai laiss par les mondes,
    Parmi tous les frisons
    Des chauves, brunes, blondes
    Et rousses ... mes toisons.
    Mon pe aux vaincus,
    Ma matresse aux cocus....

    Aux portes les portires,
    La portire au portier,
    Le bouton aux rosires,
    Les roses au rosier,
    A l'huys les huissiers,
    Crance aux cranciers....

    Dans mes veines ma veine,
    Mon rayon au soleil,
    Ma dgane en sa gane,
    Mon lzard au sommeil;
    J'ai laiss mes amours
    Dans les tours, dans les fours....

    Et ma cotte de maille
    Aux artichauts de fer
    Qui sont  la muraille
    Des Jardins de l'Enfer;
    Aprs chaque oripeau
    J'ai laiss de ma peau.

    J'ai laiss toute chose
    Me retirer du nez
    Des vers, en vers, en prose....
    Aux bornes, les borns;
    A tous les jeux partout,
    Des rois et de l'atout.

    J'ai laiss la police
    Captive en libert,
    J'ai laiss La Palisse
    Dire la vrit....
    Laiss courre le sort
    Et ce qui court encor.

    J'ai laiss l'Esprance,
    Vieillissant doucement,
    Retomber en enfance,
    Vierge folle sans dent.
    J'ai laiss tous les Dieux,
    J'ai laiss pire et mieux.

    J'ai laiss bien tranquilles
    Ceux qui ne l'taient pas,
    Aux pattes imbciles
    J'ai laiss tous les plats;
    Aux potes la foi....
    Puis me suis laiss moi.

    Sous le temps, sans gides
    M'a mal men fort bien
    La vie  grandes guides....
    Au bout des guides--rien--
    ... Laiss, blas, pass,
    Rien ne m'a rien laiss....




    <i>A MA JUMENT SOURIS</i>


    Pas d'peron ni de cravache,
    N'est-ce pas, Matresse  poil gris....
    C'est bon  pousser une vache,
    Pas une petite Souris.

    Pas de mors  ta pauvre bouche:
    Je t'aime, et ma cuisse te touche.
    Pas de selle, pas d'trier:
    J'agace, du bout de ma botte,
    Ta patte d'acier fin qui trotte.
    Va: je ne suis pas cavalier....

    --Hurrah! c'est  nous la poussire!
    J'ai la tte dans ta crinire,
    Mes deux bras te font un collier.
    --Hurrah! c'est  nous le hallier!
    --Hurrah! c'est  nous la barrire!
    --Je suis emball: tu me tiens--
    Hurrah!... et le foss derrire....
    Et la culbute!...--Femme tiens!!




    <i>A LA DOUCE AMIE</i>


    a: badinons--J'ai ma cravache--
    Prends ce mors, bijou d'acier gris;
    --Tiens: ta dent joueuse le mche....
    En serrant un peu: tu souris....

    --Han!... C'est pour te faire la bouche....
    --V'lan!... C'est pour chasser une mouche....
    Veux-tu sentir te chatouiller
    L'peron, honneur de ma botte?...
    --Et la <i>Folle-du-logis</i> trotte....--
    Jouons  l'Amour-cavalier!

    Porte-beau ta tte altire,
    Laisse mes doigts dans ta crinire....
    J'aime voir ton beau col ployer!...
    Demain: je te donne un collier.

    --Pourquoi regarder en arrire?...
    Ce n'est rien: c'est une trivire....
    Une trivire ... et--je te tiens!

         *       *       *       *       *

    Et tu m'as aim ...--rosse, tiens!




    <i>A MON CHIEN POPE</i>


    --GENTLEMAN-DOG FROM NEW-LAND--

    <i>mort d'une balle</i>.


    Toi: ne pas suivre en domestique,
    Ni lcher en fille publique!
    --Matre-philosophe cynique:
    N'tre pas trait comme un chien,
    Chien! tu le veux--et tu fais bien.

    --Toi: rester toi; ne pas connatre
    Ton cuelle ni ton matre.
    Ne jamais marcher sur les mains,
    Chien!--c'est bon pour les humains.

    ... Pour l'amour--qu' cela ne tienne
    Viole des chiens--Gare la Chienne!

    Mords--Chien--et nul ne te mordra.
    Emporte le morceau--Hurrah!--

    Mais aprs, ne fais pas la bte;
    S'il faut payer--paye--Et fais tte
    Aux fouets qu'on te montrera.

    --Pur ton sang! pur ton chic sauvage!
            --Hurler, nager--
    Et, si l'on te fait enrager....
              Enrage!


                   <i>Ile de Batz--Octobre</i>




    <i>A JUVNAL DE LAIT</i>


    <i>Incipe, parve puer, risu cagnosce</i>....


    A grands coups d'avirons de douze pieds, tu rames
    En vers ... et contre tout--Hommes, auvergnats, femmes.--
    Tu n'as pas vu l'endroit et tu cherches l'envers.
    Jeune renard en chasse....  Ils sont trop verts--tes vers.

    C'est le <i>vers solitaire</i>.--On le purge.--<i>Ces Dames</i>
    Sont le remde. Aprs tu feras de tes nerfs
    Des cordes--boyau; quand, guitares sans mes,
    Les vers te reviendront dchants et soufferts.

    Hystrique  rebours, ta Muse est trop superbe,
    Petit cochon de lait, qui n'as got qu'en herbe,
    L'acre saveur du fruit encore dfendu.

    Plus tard, tu colleras sur papier tes penses,
    Fleurs d'herboriste, mais, autrefois ramasses....
    Quand il faisait beau temps au paradis perdu.




    <i>A UNE DEMOISELLE</i>


    <i>Pour Piano et Chant</i>


    La dent de ton Erard, rtelier osanore,
    Et scie et broie  cr, sous son tic-tac nerveux,
    La gamme de tes dents, autre clavier sonore....
    Touches qui ne vont pas aux cordes des cheveux!

    --Cauchemar de meunier, ta: <i>Rverie agile!</i>
    --Grattage, ton: <i>Premier amour  quatre mains!</i>
    O femme transpose en <i>Morceau difficile</i>,
    Tes croches sans douleur n'ont pas d'accents humains!

    Dchiffre au clavecin cet accord de ma lyre;
    Tlgraphe  musique, il pourra le traduire:
    Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse--Plangorer....

    Jamais!--La <i>clef-de-Sol</i> n'est pas la clef de l'me,
    La <i>clef-de-Fa</i> n'est pas la syllabe de <i>Femme</i>,
    Et deux <i>demi-soupirs</i> ... ce n'est pas soupirer.




    <i>DCOURAGEUX</i>


    Ce fut un vrai pote: Il n'avait pas de chant.
    Mort, il aimait le jour et ddaigna de geindre.
    Peintre: il aimait son art--Il oublia de peindre....
    Il voyait trop--Et voir est un aveuglement.

    --Songe-creux: bien profond il resta dans son rve;
    Sans lui donner la forme en baudruche qui crve,
    Sans <i>ouvrir le bonhomme</i>, et se chercher dedans.

    --Par hros de roman: il adorait la brune,
    Sans voir s'elle tait blonde....  Il adorait la lune;
    Mais il n'aima jamais--Il n'avait pas le temps.

    --Chercheur infatigable: Ici-bas o l'on rame,
    Il regardait ramer, du haut de sa grande me.
    Fatigu de piti pour ceux qui ramaient bien....

    Mineur de la pense: il touchait son front blme,
    Pour gratter un bouton ou gratter le problme
            Qui travaillait l--Faire rien.--

    --Il parlait: Oui, la Muse est strile! elle est fille
    D'amour, d'oisivet, de prostitution;
    Ne la dformez pas en ventre de famille
    Que couvre un talon pour la production!

    O vous tous qui gchez, maons de la pense!
    Vous tous que son caprice a touchs en amants,
    --Vanit, vanit--La folle nuit passe,
    Vous l'affichez <i>en charge</i> aux yeux ronds des manants!

    Elle vous effleurait, vous, comme chats qu'on noie,
    Vous avez accroch son aile ou son rseau,
    Fiers d'avoir dans vos mains un bout de plume d'oie,
    Ou des poils  gratter, en faon de pinceau!

    --Il disait: O naf Ocan! O fleurettes,
    Ne sommes-nous pas l, sans peintres, ni potes!...
    Quel vitrier a peint! quel aveugle a chant!...
    Et quel vitrier chante en raclant sa palette,
    Ou quel aveugle a peint avec sa clarinette!
    --Est-ce l'art?...

    --Lui resta dans le Sublime Bte
    Noyer son orgueil vide et sa virginit.


                   (<i>Mditerrane</i>).




    <i>RAPSODIE DU SOURD</i>


    <i>A Madame D----</i>


    L'homme de l'art lui dit:--Fort bien, restons-en l.
    Le traitement est fait: vous tes sourd. Voil
    Comme quoi vous avez l'organe bien perdu.--
    Et lui comprit trop bien, n'ayant pas entendu.

    --Eh bien, merci Monsieur, vous qui daignez me rendre
            La tte comme un bon cercueil.
    Dsormais,  crdit, je pourrai tout entendre
            Avec un lgitime orgueil....

    <i>A l'oeil</i>--Mais gare  l'oeil jaloux, gardant la place
    De l'oreille au clou!...--Non--A quoi sert de braver:
    ... Si j'ai siffl trop haut le ridicule en face,
    En face, et bassement, il pourra me baver!...

    Moi, mannequin muet,  fil banal!--Demain,
    Dans la rue, un ami peut me prendre la main,
    En me disant: vieux pot....  ou rien, en radouci;
    Et je lui rpondrai--Pas mal et vous, merci!--

    Si l'un me corne un mot, j'enrage de l'entendre;
    Si quelqu'autre se tait: serait-ce par piti?...
    Toujours, comme un <i>rbus</i>, je travaille  surprendre
    Un mot de travers....--Non--On m'a donc oubli!

    --Ou bien--autre guitare--un officieux tre
    Dont la lippe me fait le mouvement de patre,
    Croit me parler....  Et moi je tire, en me rongeant.
    Un sourire idiot--d'un air intelligent!

    --Bonnet de laine grise enfonc sur mon me!
    Et--coup de pied de l'ne....  Hue!--Une bonne-femme
    Vieille Limonadire, aussi, de la Passion!
    Peut venir saliver sa sainte compassion
    Dans ma <i>trompe-d'Eustache</i>,  pleins cris,  plein cor,
    Sans que je puisse au moins lui marcher sur un cor!

    --Bte comme une vierge et fier comme un lpreux,
    Je suis l, mais absent....  On dit: Est-ce un gteux,
    Pote musel, hrisson  rebour?...--
    Un haussement d'paule, et a veut dire: un sourd.

    --Hystrique tourment d'un Tantale acoustique!
    Je vois voler des mots que je ne puis happer;
    Gobe-mouche impuissant, mang par un moustique,
    Tte-de-turc gratis o chacun peut taper.

    O musique cleste: entendre, sur du pltre,
    Gratter un coquillage! un rasoir, un couteau
    Grinant dans un bouchon!... un couplet de thtre!
    Un os vivant qu'on scie! un monsieur! un rondeau!...

    --Rien--Je parle sous moi....  Des mots qu' l'air je jette
    <i>De chic</i>, et sans savoir si je parle en indou....
    Ou peut-tre en canard, comme la clarinette
    D'un aveugle bouch qui se trompe de trou.

    --Va donc, balancier sol affol dans ma tte!
    Bats en branle ce bon tam-tam, chaudron fl
    Qui rend la voix de femme ainsi qu'une sonnette,
    Qu'un coucou!... quelquefois: un moucheron ail....

    --Va te coucher, mon coeur! et ne bats plus de l'aile.
    Dans la lanterne sourde touffons la chandelle,
    Et tout ce qui vibrait l--je ne sais plus o--
    Oubliette o l'on vient de tirer le verrou.

    --Soyez muette pour moi, contemplative Idole,
    Tous les deux, l'un par l'autre, oubliant la parole,
    Vous ne me direz mot: je ne rpondrai rien....
    Et rien ne pourra ddorer l'entretien.


    <i>Le silence est d'or</i> (Saint Jean Chrysostome)




    <i>FRRE ET SOEUR JUMEAUX</i>


    Ils taient tous deux seuls, oublis l par l'ge....
    Ils promenaient toujours tous les deux,  longs pas,
    Obliquant de travers, l'air piteux et sauvage....
    Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas.

    Ils allaient devant eux essuyant les rises,
    --Leur parapluie aussi, vert, avec un grand bec--
    Serrs l'un contre l'autre et roides, sans penses....
    Eh bien, je les aimais--leur parapluie avec!--

    Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes:
    La Soeur  la <i>popotte</i>, et l'Autre sous les armes;
    Ils gardaient l'uniforme encor--veuf de galon:
    Elle avait la barbiche, et lui le pantalon.

    Un Dimanche de Mai que tout avait une me,
    Depuis le champignon jusqu'au paradis bleu,
    Je flnais aux bois, seul-- deux aussi: la femme
    Que j'aimais comme l'air ... m'en doutant assez peu.

    --Soudain, au coin d'un champ, sous l'ombre verdoyante
    Du parapluie clos, nichs dans un foss,
    Mes Vieux Jumeaux, tous deux,  l'aube souriante,
    Souriaient rayonnants ... quand nous avons pass.

    Contre un arbre, le vieux jouait de la musette,
    Comme un sourd aveugle, et sa soeur dans un sillon,
    Grelottant au soleil, coutait un grillon
    Et remerciait Dieu de son beau jour de fte.

    --Avez-vous remarqu l'humaine crature
    Qui vgte loin du vulgaire intelligent,
    Et dont l'me d'instinct, au trait de la figure,
    Se lit....--N'avez-vous pas aim de chien couchant?...

    Ils avaient de cela--De retour dans l'enfance,
    Tenant chaud l'un  l'autre, ils attendaient le jour
    Ensemble pour la mort comme pour la naissance....
    --Et je les regardais en pensant  l'amour....

    Mais l'Amour que j'avais prs de moi voulut rire;
    Et moi, pauvre honteux de mon motion,
    J'eus le coeur de crier au vieux duo: Tityre!--

         *       *       *       *       *

    Et j'ai fait ces vieux vers en expiation.




    <i>LITANIE DU SOMMEIL</i>


                   J'ai sci le sommeil!
                              (MACBETH.)


    Vous qui ronflez au coin d'une pouse endormie,
    RUMINANT! savez-vous ce soupir: L'INSOMNIE?
    --Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ail,
    Papillon de minuit dans la nuit envol,
    Sans un coup d'aile ami, vous laissant sur le seuil,
    Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans oeil:
    --Avez-vous navigu?... La pense est la houle
    Ressassant le galet: ma tte ... votre boule.
    --Vous tes-vous laiss voyager en ballon?
    --Non?--bien, c'est l'insomnie.--Un grand coup de talon
    L!--Vous voyez cligner des chandelles tranges:
    Une femme, une Gloire en soleil, des archanges....
    Et, la nuit s'teignant dans le jour  demi,
    Vous vous rveillez coi, sans vous tre endormi.

    Sommeil! coute-moi: je parlerai bien bas:
    Sommeil--Ciel-de-lit de ceux qui n'en ont pas!

    Toi qui planes avec l'Albatros des temptes,
    Et qui t'assieds sur les casques--mche honntes!
    SOMMEIL!--Oreiller blanc des vierges assez btes!
    Et Soupape  secret des vierges assez faites!
    --Moelleux Matelas de l'chine en arte!
    Sac noir o les chasss s'en vont cacher leur tte!
    Rdeur de boulevard extrieur! Proxnte!
    Pays o le muet se rveille prophte!
    Csure du vers long, et Rime du pote!

    SOMMEIL!--Loup-Garou gris! Sommeil Noir de fume!
    SOMMEIL!--Loup de velours, de dentelle embaume!
    Baiser de l'Inconnue, et Baiser de l'Aime!
    --SOMMEIL! Voleur de nuit! Folle-brise pme!
    Parfum qui monte au ciel des tombes parfumes!
    <i>Carrosse  Cendrillon</i> ramassant <i>les Tranes!</i>
    Obscne Confesseur des dvotes mort-nes!

    Toi qui viens, comme un chien, lcher la vieille plaie
    Du martyr que la mort tiraille sur sa claie!
    O Sourire forc de la crise tue!
    SOMMEIL Brise alize! Aurorale bue!

    Trop-plein de l'existence, et Torchon neuf qu'on passe
    Au CAF DE LA VIE,  chaque assiette grasse!
    Grain d'ennui qui nous pleut de l'ennui des espaces!
    Chose qui court encor, sans sillage et sans traces!
    Pont-levis des fosss! Passage des impasses!

    SOMMEIL!--Camlon tout paillet d'toiles!
    Vaisseau-fantme errant tout seul  pleines voiles!
    Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile!
    SOMMEIL!--Triste Araigne, tends sur moi ta toile!

    SOMMEIL aurol! ferique Apothose,
    Exaltant le grabat du dclass qui pose!
    Patient Auditeur de l'incompris qui cause!
    Refuge du pcheur, de l'innocent qui n'ose!
    Domino! Diables-bleus! Ange-gardien rose!

    Voix mortelle qui vibre aux immortelles ondes!
    Rveil des chos morts et des choses profondes,
    --Journal du soir: TEMPS, SICLE et REVUE DES DEUX MONDES!

    Fontaine de Jouvence et Borne de l'envie!
    --Toi qui viens assouvir la faim inassouvie!
    Toi qui viens dlier la pauvre me ravie,
    Pour la noyer d'air pur au large de la vie!

    Toi qui, le rideau bas, viens lcher la ficelle
    Du Chat, du Commissaire, et de Polichinelle,
    Du violoncelliste et de son violoncelle,
    Et la lyre de ceux dont la Muse est pucelle!

    Grand Dieu, Matre de tout! Matre de ma Matresse
    Qui me trompe avec toi--l'amoureuse Paresse--
    O bain de volupts! ventail de caresse!

    SOMMEIL! Honntet des voleurs! Clair de lune
    Des yeux crevs!--SOMMEIL! Roulette de fortune
    De tout infortun! Balayeur de rancune!

    O corde-de-pendu de la Plante lourde!
    Accord olien hantant l'oreille sourde!
    --Beau Conteur  dormir debout: conte ta bourde?...
    SOMMEIL!--Foyer de ceux dont morte est la falourde!

    SOMMEIL--Foyer de ceux dont la falourde est morte!
    Passe-partout de ceux qui sont mis  la porte!
    Face-de-bois pour les cranciers et leur sorte!
    Paravent du mari contre la femme-forte!

    Surface des profonds! Profondeur des jocrisses!
    Nourrice du soldat et Soldat des nourrices!
    Paix des juges-de-paix! Police des polices!
    SOMMEIL!--Belle-de-nuit entrouvrant son calice!
    Larve, Ver-luisant et nocturne Cilice!
    Puits de vrit de monsieur la Palisse!

    Soupirail d'en haut! Rais de poussire impalpable,
    Qui viens rayer du jour la lanterne implacable!

         *       *       *       *       *

    Sommeil--coute-moi, je parlerai bien bas:
    Crpuscule flottant de <i>l'tre ou n'tre pas!</i>....

    Sombre lucidit! Clair-obscur! Souvenir
    De l'Inou! Mare! Horizon! Avenir!
    Conte des <i>Mille-et-une-nuits</i> doux  our!
    Lampiste d'<i>Aladin</i> qui sais nous blouir!
    Eunuque noir! muet blanc! Derviche! Djinn! Fakir!
    Conte de Fe o <i>le Roi</i> se laisse assoupir!
    Fort-vierge o <i>Peau-d'Ane</i> en pleurs va s'accroupir!
    Garde-manger o l'Ogre encor va s'assouvir!
    Tourelle o <i>ma soeur Anne</i> allait voir rien venir!
    Tour o <i>dame Malbrouck</i> voyait page courir....
    O <i>Femme Barbe-Bleue</i> oyait l'heure mourir!...
    O <i>Belle au-Bois-Dormant</i> dormait dans un soupir!

    Cuirasse du petit! Camisole du fort!
    Lampion des teints! teignoir du remord!
    Conscience du juste, et du pochard qui dort!
    Contre-poids des poids faux de l'picier de Sort!
    Portrait enlumin de la livide Mort!

    Grand fleuve o Cupidon va retremper ses dards
    SOMMEIL!--Corne de Diane, et corne du cornard!
    Couveur de magistrats et Couveur de lzards!
    Marmite d'<i>Arlequin</i>!--bout de cuir, lard, homard--
    SOMMEIL!--Noce de ceux qui sont dans les beaux-arts.

    Boulet des forcens, Libert des captifs!
    Sabbat du somnambule et Relai des poussifs!--
    SOMME! Actif du passif et Passif de l'actif!
    Pavillon de <i>la Folle</i> et <i>Folle</i> du poncif!...
    --O viens changer de patte au cormoran pensif!

    O brun Amant de l'Ombre! Amant honteux du jour!
    Bal de nuit o Psych veut dmasquer l'Amour!
    Grosse Nudit du chanoine en jupon court!
    Panier--salade idal! Banal four!
    Omnibus o, dans l'Orbe, on fait pour rien un tour

    Sommeil! Drame hagard! Sommeil, molle Langueur!
    Bouche d'or du silence et Billon du blagueur!
    Berceuse des vaincus! Perchoir des coqs vainqueurs!
    Alina du livre o dorment les longueurs!

    Du jeune homme rveur Singulier Fminin!
    De la femme rvant pluriel masculin!

    SOMMEIL!--Rtelier du Pgase fringant!
    SOMMEIL!--Petite pluie abattant l'ouragan!
    SOMMEIL!--Ddale vague o vient le revenant!
    SOMMEIL!--Long corridor o plangore le vent!

    Nant du fainant! Lazzarone infini!
    Aurore borale au sein du jour terni!

    Sommeil!--Autant de pris sur notre ternit!
    Tour du cadran <i> blanc!</i> Clou du Mont-de-Pit!
    Hritage en Espagne  tout dshrit!
    Coup de rapire dans l'eau du fleuve Lth!
    Gnie au nimbe d'or des grands hallucins
    Nid des petits hiboux! Aile des dplums!

    Immense Vache  lait dont nous sommes les veaux!
    Arche o le hre et le boa changent de peaux!
    Arc-en-ciel miroitant! Faux du vrai! Vrai du faux!
    Ivresse que la brute appelle le repos!
    Sorcire de Bohme  sayon d'oripeaux!
    Tityre sous l'ombrage essayant des pipeaux!
    Temps qui porte un chibouck  la place de faux!
    Parque qui met un peu d'huile  ses ciseaux!
    Parque qui met un peu de chanvre  ses fuseaux!
    Chat qui joue avec le peloton d'Atropos!


    SOMMEIL!--Manne de grce au coeur disgraci!

         *       *       *       *       *

    LE SOMMEIL S'VEILLANT ME DIT: TU M'AS SCI.

         *       *       *       *       *

    Toi qui souffles dessus une pouse enraye,
    RUMINANT! dilatant ta pupille raille;
    Sais-tu?... Ne sais-tu pas ce soupir--LE RVEIL!--
    Qui baille au ciel, parmi les crins d'or du soleil
    Et les crins fous de ta Desse ardente et blonde?...
    --Non?...--Sais tu le rveil du philosophe immonde
    --Le Porc--rognonnant sa prire du matin;
    Ou le rveil, extrait-d'ge de la catin?...
    As-tu jamais sonn le rveil de la meute;
    As-tu jamais senti l'veil sourd de l'meute,
    Ou le rveil de plomb du malade fini?...
    As-tu vu s'tirer l'oeil des Lazzaroni?...
    Sais-tu?... ne sais-tu pas le chant de l'alouette?
    --Non--Gluants sont tes cils, pteuse est ta luette.
    Ruminant! Tu n'as pas L'INSOMNIE, veill;
    Tu n'as pas LE SOMMEIL,  Sac ensommeill!


                   (<i>Lits divers--Une nuit de jour</i>)




    <i>IDYLLE COPE</i>


                   <i>Avril</i>.


    C'est trs parisien dans les rues
    Quand l'Aurore fait le trottoir,
    De voir sortir toutes les Grues
    Du violon, ou de leur boudoir....

    Chanson pitoyable et gaillarde;
    Chiffons fans papillotants,
    Fausse note rauque et criarde
    Et petits traits crs, turlutants:

    Velours rtissant la chausse;
    Grande-duchesse mal chausse,
    Cocotte qui court becqueter
    Et qui dit bonjour pour chanter....

    J'aime les voir, tout plein lgres,
    Et, comme en faon de prires,
    Entrer dire....  Bonjour, gros chien--
    Au <i>merlan</i>, puis au pharmacien.

    J'aime les voir, chauves, dteintes,
    Vierges de seize  soixante ans,
    Rossignoler pas mal d'absinthes,
    Perruches de tout leur printemps;

    Et puis <i>payer le mannezingue</i>,
    Au <i>Polyte</i> qui sert d'Arthur,
    Bon jeune homme n <i>brandezingue,
    Dos-bleu</i> sous la blouse d'azur.

    --C'est au boulevard excentrique,
    Au--<i>BON RETOUR DU CHAMP DU NORD</i>--
    L: toujours vert le jus de trique,
    Rose le nez des Croque-mort....

    Moiti panaches, moiti cire,
    Nez croqus vifs au demeurant,
    Et gais comme un enterrement....
    --Toujours le petit <i>mort</i> pour rire!--

    Le voyou siffle--vilain merle--
    Et le pote de charnier
    Dans ce fumier cherche la perle,
    Avec le peintre chiffonnier.

    Tous les deux fouillant la pture
    De leur art ...  coups de grouins;
    Srs toujours de trouver l'ordure.
    --C'est le fonds qui manque le moins.

    C'est toujours un fond chaud qui fume,
    Et, par le soleil, lard d'or....
    Le rapin nomme a: bitume;
    Et le marchand de lyre: accord.

    --Ajoutez une pipe en terre
    Dont la spirale fait les cieux....
    Allez: je plains votre misre,
    Vous qui trouvez qu'on trouve mieux!

    C'est le <i>Persil</i> des gueux sans poses,
    Et des riches sans un radis....
    --Mais ce n'est pas pour vous, ces choses,
    O provinciaux de Paris!...

    Ni pour vous, essayeurs de sauces,
    Pour qui l'azur est un ragot!
    Grands empteurs d'empltres fausses,
    Ne fesant rien, fesant partout!

    --Rembranesque! Raphalique!
    --Manet et Courbet au milieu--
    ... Ils donnent des noms de fabrique
    A la pochade du bon Dieu!

    Ces <i>Gallimard cherchant la ligne</i>,
    Et ces <i>Ducornet-n-sans-bras</i>,
    Dont la blague, de chic, vous signe
    N'importe quoi ... qu'on ne peint pas.

    Dieu garde encor l'homme qui glane
    Sur le soleil du promenoir,
    De flairer jamais la soutane
    De la vieille dame au bas noir!

    ... On dgle, animal nocturne,
    Et l'on se dtache en vigueur;
    On veut, aveugle taciturne,
    A soi tout seul tre blagueur.

    Savates et chapeau grotesque
    Deviennent de l'antique pur;
    On se colle comme une fresque
    Enrayonne au pied d'un mur.

    Il coule une divine flamme,
    Sous la peau; l'on se sent avoir
    Je ne sais quoi qui fleure l'me....
    Je ne sais--mais ne veux savoir.

    La Muse malade s'tire....
    Il semble que l'huissier sursoit....
    Soi-mme on cherche  se sourire,
    Soi-mme on a piti de soi.

    Volez, mouches et demoiselles!...
    Le gouapeur aussi vole un peu
    D'idal....  Tout n'a pas des ailes....
    Et chacun vole comme il peut.

    --Un grand pendard, cocasse, triste,
    Jouissait de tout a, comme moi,
    Point ne lui demandais pourquoi....
    Du reste--une gueule d'artiste--

    Il reluquait surtout la tte
    Et moi je reluquais le pi.
    --Jaloux ... pourquoi? c'et t bte,
    Ayant chacun notre moiti.--

    Ma batitude nage
    Jamais, jamais n'avait brav
    Sa silhouette ravage
    Plante au milieu du pav....

    --Mais il fut un Dieu pour ce drille:
    Au soleil loupant comme a,
    Dessinant des yeux une fille....
    --Un omnibus vert l'crasa.




    <i>LE CONVOI DU PAUVRE</i>


                   (<i>Paris, le</i> 30 <i>avril</i> 1873,
                   <i>Rue Notre Dame-de Lorette</i>.)


    a monte et c'est lourd--Allons, Hue!
    --Frres de renfort, votre main!...
    C'est trop!... et je fais le gamin;
    C'est mon Calvaire cette rue!

    Depuis Notre-Dame-Lorette....
    --Allons! <i>la Cayenne</i> est au bout,
    Frre! du coeur! encor un coup!...
    --Mais mon me est dans la charrette:

    Corbillard dur  fendre l'me.
    Vers en bas l'attire un aimant:
    Et du piteux enterrement
    Rit la Lorette notre dame....

    C'est bien a--Splendeur et misre!
    Sous le voile en trous a brill
    Un bout du trteau funraire;
    Cadre d'or riche ... et pas pay.

    La pente est pre, tout de mme,
    Et les stations sont des <i>fours</i>,
    Au tableau remontant le cours
    De l'Elyse  la Bohme....

    --Oui, camarade, il faut qu'on sue
    Aprs son harnais et son art!...
    Apres les ailes: le brancard!
    Vivre notre mtier--a tue....

    Tus l'idal et le rble!
    Hue!... Et le coeur dans le talon!

         *       *       *       *       *

    --Salut au convoi misrable
    Du peintre crm du Salon!

    --Parmi les martyrs a te range;
    C'est prononc comme l'arrt
    De Rafal, peintre au nom d'ange,
    Par le Peintre au nom de ... courbet!




    <i>DJEUNER DE SOLEIL</i>


                   <i>Bois de Boulogne</i>, 1er <i>mai</i>.

    Au Bois, les lauriers sont coups,
    Mais le <i>Persil</i> verdit encore;
    Au <i>Serpolet</i>, petits coups
    Vertueux vont lever l'Aurore....

    L'Aurore brossant sa palette:
    Kh'ol, carmin et poudre de riz;
    Pour faire dire--la coquette--
    Qu'on fait bien les ciels  Paris.

    Par ce petit-lever de Mai,
    Le Bois se croit  la campagne:
    Et, frachement trait, le Champagne
    Semble de la mousse de lait.

    L, j'ai vu les <i>Chre Madame</i>
    S'encanailler avec le frais....
    Malgr tout prendre un vrai bain d'me!
    --Vous vous engommerez aprs.--

    ... La voix  la note expansive:
    --Vous comprenez; voici mon truc:
    Je vends mes Memphis, et j'arrive....
    --Cent louis!...--Eh, Eh! Bibi....--Mon duc?...

    On presse de petites mains:
    --Tiens ... assez pur cet attelage.--
    Mme les cochers, au dressage,
    Redeviennent simples humains.

    --Encor toi! vieille <i>Belle-Impure!</i>
    Toujours, les pieds au plat, tu sors,
    Dans ce djeuner de nature,
    Fondre un souper  huit ressorts....--

    Voici l'cole buissonnire:
    Quelques maris jaunes de teint,
    Et qui <i>rentrent dans ta carrire</i>
    D'assez bonne heure ... le matin.

    Le lapin inquiet s'arrte,
    Un sergent-de-ville s'assied,
    Le sportsman promne sa bte,
    Et le rveur la sienne-- pied.--

    Arthur mme a presque une tte,
    Son faux-col s'ouvre matinal....
    Peut-tre se sent-il pote,
    Tout comme <i>Byron</i>--son cheval.

    Diane au petit galop de chasse
    Fait galoper les papillons
    Et caracoler sur sa trace,
    Son Tigre et les vieux beaux Lions.

    Naseaux fumants, grand oeil en flamme,
    Crins d'talon: cheval et femme
    <i>Saillent de l'avant!</i>....
                   --Peu poli.
    --Pardon: <i>maritime</i> ... et joli.




    <i>VEDER NAPOLI POI MORI</i>


    Voir <i>Naples et</i>....--Fort bien, merci, j'en viens.
    --Patrie D'Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier!
    Dans l'indigo l'artiste en tous genres oublie.
    Ce <i>Ne-m'oubliez-pas</i> d'outremer: le douanier.

    --O Corinne!... ils sont l dclamant sur ma malle....
    <i>Lasciate speranza</i>, mes cigares dedans!
    --O Mignon!... ils ont tout clos mon linge sale
    Pour le passer au bleu de l'ternel printemps!

    Ils demandent <i>la main</i> ... et moi je la leur serre!
    Le portrait de ma Belle, avec <i>morbidezza</i>
    Passe de mains en mains: l'inspecteur sanitaire
    L'ausculte, et me sourit ... trouvant <i>que c'est bien a!</i>

    Je venais pour chanter leur illustre guenille,
    Et leur chantage a fait de moi-mme un haillon!
    Effeuillant mes faux-cols, l'un d'eux m'offre sa fille....
    Effeuillant le faux-col de mon illusion!

    --Naples! panier perc des Seigneurs <i>Lazzarones</i>
            Riches d'un doux ventre au soleil!
    Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trnes,
    Clyso-pompant l'azur qui bille leur sommeil!...

    O Grands en rang d'oignons! Plantes de pieds en lignes!
    Vous dont la parure est un sac, un aviron!
    Fils rchauffes du vieux Phoebus! Et toujours dignes
    Des chansons de Musset, du mpris de Byron!...

    --Choeurs de <i>Mazanielli</i>, Torses de mandolines!
    Vous dont le mtier est d'tre toujours dors
    De rayons et d'amour ... et d'ouvrir les narines,
    Potes de plein air! O frres adors!

    <i>Dolce Farniente!</i>...--Non! c'est mon sac!... il nage
    Parmi ces asticots, comme un chien crev;
    Et ma malle est hante aussi ... comme un fromage!
    Inerte,  Galile! et ... <i> pur si muove</i>....

    --Ne ruolze plus a, toi, grand Astre stupide!
    Tas de ples voyous grouillant  se nourrir;
    Ce n'est plus le lzard, c'est la sangsue  vide....
    --Dernier <i>lazzarone</i>  moi le bon Dormir!


                   (<i>Napoli--Dogana del porto</i>.)




    <i>VSUVES ET Cie</i>


    Pompea-station--Vsuve, est-ce encor toi?
    Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne,
    --Du bon temps o la foi transportait la montagne-Sur
    un bel abat-jour, chez une tante  moi:

    Tu te dtachais noir, sur un fond transparent,
    Et la lampe grillait les feux de ton cratre.
    C'tait le confesseur, dit-on, de ma grand'mre
    Qui t'avait rapport de Rome tout flambant....

    Plus grand, je te revis  l'Opra-Comique.
    --Rle jadis cr par toi: <i>Le Dernier Jour
    De Pompe</i>.--Ton feu s'en allait en musique,
    On te souillait ton rle, et ... tu ne fis qu'un four.

    --Nous nous sommes revus: devant-de-chemine,
    A Marseille, en cong, sans musique, et sans feu:
    Bleu sur fond rose, avec ta Mditerrane
    Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.

    --Souvent tu vins  moi la premire,  Montagne!
    Je te rends ta visite, exprs,  la campagne.
    Le Vrai Vsuve est toi, puisqu'on m'a <i>fait</i> cent francs!

         *       *       *       *       *

    Mais les autres petits taient plus ressemblants.


                   <i>Pompe, aprile</i>.




    <i>SONNETO A NAPOLI
    ALL' SOLE, ALL' LUNA
    ALL' SABATO, ALL' CANONICO
    E TUTTI QUANTI</i>

    --CON PULCINELLA--


    Il n'est pas de Samedi
    Qui n'ait soleil  midi;
    Femme ou fille soleillant,
    Qui n'ait midi sans amant!...

    Lune, Bouc, Cur cafard
    Qui n'ait tricorne cornard!
    --Corne au front et corne au seuil
    Prserve du mauvais oeil.--

    ... <i>L'Ombilic du jour</i> filant
    Son macaroni brlant,
    Avec la tarentela:

    Lucia, Maz'Aniello,
    Santa-Pia, Diavolo,

    -CON PULCINELLA.--


                   <i>Mergelina-Venerdi, aprile </i> 15.




    <i>A L'ETNA</i>


                   <i>Sicelides Musae, paulo majora canamus</i>.
                                              (VIRGILE.)


    Etna--j'ai mont le Vsuve....
    Le Vsuve a beaucoup baiss:
    J'tais plus chaud que son effluve,
    Plus que sa crte hriss....

    --Toi que l'on compare  la femme....
    --Pourquoi?--Pour ton ge? ou ton me
    De caillou cuit?...--a fait rver....
    --Et tu t'en fais rire  crever!--

    --Tu ris jaune et tousses: sans doute,
    Crachant un vieil amour malsain;
    La lave coule sous la crote
    De ton vieux cancer au sein.

    --Couchons ensemble, Camarade!
    L--mon flanc sur ton flanc malade:
    Nous sommes frres, par Vnus,
    Volcan!...
              Un peu moins ... un peu plus....


                   (<i>Palerme.--Aot</i>.)




    <i>LE FILS DE LAMARTINE et DE GRAZIELLA</i>


              C'est ainsi que j'expiai par ces larmes
              crites la duret et l'ingratitude de
              mon coeur de dix-huit ans. Je ne puis
              jamais relire ces vers sans adorer cette
              frache image que rouleront ternellement
              pour moi les vagues transparentes et
              plaintives du golfe de Naples ... et sans
              me har moi-mme; mais les mes pardonnent
              l-haut. La sienne m'a pardonn.
              Pardonnez-moi aussi, vous!!! J'ai pleur.

              (LAMARTINE.--<i>Graziella</i>--1fr. 25c. le
              vol.)


    A l'le de Procide, o la mer de Sorrente
    Scande un flot hexamtre  la fleur d'oranger,
    Un Naturel se fait une petite rente
            En <i>Graziellant</i> l'tranger....

    L'Etrangre surtout, confite en Lamartine,
    Qui paye pour fluer, vers  vers, sur les lieux....
    --Du <i>Cygne-de-Saint-Point</i> l'Homme a si bien la mine,
    Qu'on croirait qu'il va rendre un vers ... harmonieux.

    C'est un peintre inspir qui lui trouva sa balle,
    Sa balle de profil:--Oh mais! dit-il, voil!
    Je te baptise, au nom de la couleur locale:
    --LE FILS DE LAMARTINE ET DE GRAZIELLA!--

    Vrai portrait du portrait du Rafal fort triste, [1]....
    Fort triste, pressentant qu'il serait dcoll
    De sa toile, pour vivre en la peau du <i>Harpiste</i>
    Ainsi que de son fils, rafal raffal.

    --<i>Raphal-Lamartine et fils</i>!--O Fornarine-Graziella!
    Vos noms font de petits profits;
    L'cho dit pour deux sous: <i>Le Fils de Lamartine!
    Si Lamartine et pu jamais avoir un fils!</i>

    --Et toi, Graziella....  Toi, Lesbienne Vierge!
    Nom d'amour, que, sopran' il a tant dchant!...
    Nom de joie!... et qu'il a pleur--Jaune cierge--
    Tu n'tais vierge que de sa virginit!

    --Dis: moins oliens taient,  Grazielle,
    Tes Mles d'Ischia?... que ce pieux Jocelyn
    Qui tenait,  ct, la lyre et la chandelle....
    Et, de loin, t'enterrait en chants de sacristain....

    Ces souvenirs sont loin....--Dors, va! Dors sous les pierres
            Que voit, n'importe o, l'tranger,
    O fait patre ton Fils des familles entires
    --Citron prmatur de ta Fleur d'Oranger--

    Dors--l'Oranger fleurit encor ... encor se fane;
    Et la rose et le soleil ont eu ses fleurs....
    Le Pote-apothicaire en a fait sa tisane:
            Remde  vers! remde  pleurs',

    --Dors--L'Oranger fleurit encor ... et la mmoire
    Des jeunes d'autrefois dont l'ombre est encor l.
    Qui ne t'ont pas pche au fond d'une critoire....
    Et n'en pchaient que mieux!--dis,  <i>picciola!</i>

    --Mre de l'Antchrist de Lamartine-Pre,
    Aurore qui mourus sous un coup d'teignoir,
    Ton Orphelin, posthume et de pre et de mre,
    Allait--quand tu naquis--dj comme un vieux Soir.

    Graziella!--Conception trois fois immacule....
    D'un platonique amour, Messie et Souvenir,
    Ce Fils avait vingt ans quand, Mre inocule,
    Tu mourus  seize ans!... C'est bien tt pour mourir!

    --Pour toi: c'est ta seule oeuvre mle,  Lamartine,
    Saint-Joseph de la Muse, avec elle couch,
    Et l'aidant  vler ... par la grce divine:
    Ton fils avant la lettre est conu sans pch!...

    --Lui se souvient trs peu de ces scnes passes....
    Mais il <i>laisse le vent et le flot murmurer</i>,
    Et l'tranger, plongeant dans ses tristes penses....
            En tirer un franc--pour pleurer!

    Et, tout bas, il vous dit, de murmure en murmures:
    Que sa fille ressemble  L'AUTRE ... et qu'elle est l,
    Qu'on peut pleurer,  l'heure, avec des rimes pures,
    Et ...--<i>pour cent sous, Signor</i>--nommer Graziella!


                   (<i>Isola di Capri.--Gennaio</i>.)


    [note 1: Lamartine avoue quelque part qu'un seul portrait lui
     ressemblait alors: Celui de Raphal peint par lui-mme.]




    <i>LIBERTA</i> [2]


    <i>A l cellule IV BIS (prison royale de Gnes</i>.)


                   --<i>Lasciate ogn</i>.--
                                DANTE


    O belle hospitalire
    Qui ne me connais pas,
    Vierge publique et fire
    Qui m'as ouvert les bras....
    Rompant ma longue chane,
    L'eunuque m'a jet
    Sur ton sein royal, Reine!
    --Vanit, vanit!--

    Comme la Vnus nue.
    D'un bain de lait de chaux
    Tu sors, blanche Inconnue,
    Fille des noirs cachots
    O l'on pleure, d'usage....
    --Moi: jamais n'ai chant
    Que pour toi, dans ta cage,
    Cage de la gat!

    La misre pare
    Est dans le grand gout;
    Dpouillons la livre
    Et la chemise et tout!
    Que tout mon baiser couvre
    Ta franche nudit....
    Vraie ou fausse, se rouvre
    Une virginit!

    --Plus ce ciel louche et rose
    Ni ce soleil d'enfer!...
    --Ta paupire mi-close,
    Tes cils, barreaux de fer!
    Ta ceinture-dore,
    De fer!--Fidlit--
    Et ta couche encastre
    Tombeau de volupt!

    A nos coeurs plus d'alarmes:
    Libres et bien  nous!...
    Sens planer les gendarmes,
    Pigeons du rendez-vous;
    Et Cupidon-Cerbre
    A qui la sret
    De nos amours est chre....
    Quatre murs!--Libert!

    Ho! l'Esprance folle
    --Ce crampon--est au clou.
    L'existence qui colle
    Est colle  l'crou.
    Le souvenir qui hante
    A l'huys est rest;
    L'huys n'a pas de fente....
    --Oh le carcan t!--

    Laissons venir la Muse,
    Elle osera chanter;
    Et, si le jeu t'amuse,
    Je veux te la prter....
    Ton petit lit de sangle,
    Pour nous a rajout
    Les <i>trois bouts du triangle</i>;
    Triple amour!--Trinit!

    Plus d'huissiers aux mains sales!
    Ni mains de chers amis!
    Ni menottes banales!...
    --Mon nom est <i>Quatre-Bis</i>.--
    Hors la terrestre crote,
    Dsert mal habit,
    Loin des mortels je gote
    Un peu d'ternit.

    --Prison, sre conqute
    O le pote est roi!
    Et boudoir plus qu'honnte
    O le sage est chez soi.
    Cruche, au moins ingnue,
    Puits de la vrit!
    Vide, quand on l'a bue....
    --Vase de puret!--

    --Seule est ta solitude,
    Et bats tes ennuis
    Sans pose et sans tude....
    Plus de jours, plus de nuits!
    C'est tout le temps dimanche,
    Et le far-niente
    Dort pour moi sur la planche
    De l'idalit....

    ... Jusqu'au jour de misre
    O, condamn, je sors
    Seul, ramer ma galre....
    L, n'importe o,... dehors.
    Laissant emprisonne
    A perptuit
    Cette fleur cloisonne,
    Qui fut ma libert....

    --Va: reprends, froide et dure,
    Pour le captif oison,
    Ton masque, ta figure
    De porte de prison....
    Que d'autres, basse race
    Dont le dos est vot,
    Pour eux te trouve basse,
    Altire dit!


        (<i>Cellule 4.--Genova-la-Superba</i>.)


    [note 2: <i>Libert</i>. Ce mot se lit au fronton de la prison  Gnes.]





    <i>HIDALDO!</i>


    Ils sont fiers ceux-l!... comme poux sur la gale!
    C'est  la don-Juan qu'ils vous <i>font</i> votre malle.
    Ils ne sentent pas bon, mais ils fleurent le preux:
    Valeureux vauriens, crtins chevalereux!
    Prenant sans demander--toujours suant la race,--
    Et demandant un sol,--mais toujours pleins de grce.

    L, j'ai fait le croquis d'un mendiant  cheval:
    --Le Cid ... un cid par un <i>t</i> de carnaval:

    --Je cheminais-- pieds--tranant une compagne;
    Le soleil craquelait la route en blanc-d'Espagne;
    Et <i>le cid</i> fut sur nous en un temps de galop....
    L, me pressant entre le mur et le garrot:
    --Ah! seigneur <i>Cavalier</i>, d'honneur! sur ma parole!
    Je mendie  genoux: un oignon ... une obole?...--
    (Et son cheval paissait mon col.)--Pauvre animal,
    Il vous aime dj! Ne prenez pas  mal....
    --Au large!--Oh! mais: au moins votre bout de cigare?...
    La Vierge vous le rende.--Allons: au large! ou: gare!
    (Son pied nu prenait ma poche en trier.)
    --Piti pour un infirme, o seigneur-cavalier....
    --Tiens donc un sou....--Senor, que jamais je n'oublie
    Votre Grce! Pardon, je vous ai retard....
    Senora: Merci, toi! pour tre si jolie....
    Ma Jolie, et: Merci pour m'avoir regard!


                   (<i>Cosas de Espana</i>)




    <i>PARIA</i>


    Qu'ils se payent des rpubliques,
    Hommes libres!--carcan au cou--
    Qu'ils peuplent leurs nids domestiques!...
    --Moi je suis le maigre coucou.

    --Moi,--coeur eunuque, drat
    De ce qui mouille et ce qui vibre....
    Que me chante leur Libert,
    A moi? toujours seul. Toujours libre.

    --Ma Patrie ... elle est par le monde;
    Et, puisque la plante est ronde,
    Je ne crains pas d'en voir le bout....
    Ma patrie est o je la plante:
    Terre ou mer, elle est sous la plante
    De mes pieds--quand je suis debout.

    --Quand je suis couch: ma patrie
    C'est la couche seule et meurtrie
    O je vais forcer dans mes bras
    Ma moiti, comme moi sans me;
    Et ma moiti: c'est une femme....
    Une femme que je n'ai pas.

    --L'idal  moi: c'est un songe
    Creux; mon horizon--l'imprvu--
    Et le mal du pays me ronge....
    Du pays que je n'ai pas vu.

    Que les moutons suivent leur route,
    De Carcassonne  Tombouctou....
    --Moi, ma route me suit. Sans doute
    Elle me suivra n'importe o.

    Mon pavillon sur moi frissonne,
    Il a le ciel pour couronne:
    C'est la brise dans mes cheveux....
    Et, dans n'importe quelle langue;
    Je puis subir une harangue;
    Je puis me taire si je veux.

    Ma pense est un souffle aride:
    C'est l'air. L'air est  moi partout.
    Et ma parole est l'cho vide
    Qui ne dit rien--et c'est tout.

    Mon pass: c'est ce que j'oublie.
    La seule chose qui me lie
    C'est ma main dans mon autre main.
    Mon souvenir--Rien--C'est ma trace.
    Mon prsent, c'est tout ce qui passe
    Mon avenir--Demain ... demain

    Je ne connais pas mon semblable;
    Moi, je suis ce que je me fais.
    --<i>Le Moi humain est hassable</i>....
    --Je ne m'aime ni ne me hais.

    --Allons! la vie est une fille
    Qui m'a pris  son bon plaisir....
    Le mien, c'est: la mettre en guenille,
    La prostituer sans dsir.

    --Des dieux?...--Par hasard j'ai pu natre;
    Peut-tre en est-il--par hasard....
    Ceux-l, s'ils veulent me connatre,
    Me trouveront bien quelque part.

    --O que je meure: ma patrie
    S'ouvrira bien, sans qu'on l'en prie,
    Assez grande pour mon linceul....
    Un linceul encor: pour que faire?...
    Puisque ma patrie est en terre
    Mon os ira bien l tout seul....


         *       *       *       *       *


    <i>ARMOR</i>


         *       *       *       *       *

    <i>PAYSAGE MAUVAIS</i>


    Sables de vieux os--Le flot rle
    Des glas: crevant bruit sur bruit....
    --Palud ple, o la lune avale
    De gros vers, pour passer la nuit.

    --Calme de peste, o la fivre
    Cuit....  Le follet damn languit.
    --Herbe puante o le livre
    Est un sorcier poltron qui fuit.

    --La Lavandire blanche tale
    Des trpasss le linge sale,
    Au <i>soleil des loups</i>....--Les crapauds.

    Petits chantres mlancoliques
    Empoisonnent de leurs coliques,
    Les champignons, leurs escabeaux.


                   (<i>Marais de Gurande.--Avril</i>.)




    <i>NATURE MORTE</i>


    Des coucous <i>l'Anglus</i> funbre
    A fait sursauter,  tnbre,
    Le coucou, pendule du vieux,

    Et le chat-huant, sentinelle,
    Dans sa carcasse  la chandelle
    Qui flamboie  travers ses yeux.

    --coute se taire la chouette....
    --Un cri de bois: C'est <i>la brouette
    De la Mort</i>, le long du chemin....

    Et, d'un vol joyeux, la corneille
    Fait le tour du toit o l'on veille
    Le dfunt qui s'en va demain.


                   (<i>Bretagne.--Avril</i>.)




    <i>UN RICHE EN BRETAGNE</i>


                   <i>O fortunatos nimdim, sua si</i>....
                                          VIRGILE.


    C'est le bon riche, c'est un vieux pauvre en Bretagne,
    Oui, pouilleux de pav sans eau pure et sans ciel!
    --Lui, c'est un philosophe-errant dans la campagne;
    Il aime son pain noir sec--pas beurr de fiel....
    S'il n'en a pas: bonsoir.--Il connat une crche
    O la vache lui prte un peu de paille frache,
    Il s'endort, rvassant planche--pain au milieu,
    Et s'veille au matin en bayant au Bon-Dieu.
    --<i>Panem nostrum</i>....--Sa faim a le got d'esprance....
    Un <i>Benedicite</i> s'exhale de sa panse;
    Il sait bien que pour lui l'oeil d'en haut est ouvert
    Dans ce coin d'o tomba la manne du dsert
    Et le pain de son sac....
                              Il va de ferme en ferme.
    Et jamais  son pas la porte ne se ferme,
    --Car sa venue est bien.--Il entre  la maison
    Pour allumer sa pipe en soufflant un tison....
    Et s'assied.--Quand on a quelque chose, on lui donne;
    Alors, il se secoue et rit, tousse et rognonne
    Un <i>Pater</i> en hbreu. Puis, son bton en main,
    Il reprend sa tourne en disant:  demain.
    Le gros chien de la cour en passant le caresse....
    --Avec a, peut-on pas se passer de matresse?...
    Et,--qui sait,--dans les champs, un beau jour, la beaut
    Peut s'amuser  faire aussi la charit....

    --Lui, n'est pas pauvre: il est <i>Un Pauvre,--et s'en contente
    C'est un petit rentier, moins l'ennui de la rente.
    Seul, il se chante vpre en berant son ennui....
    --Travailler--Pour que faire?... On travaille pour lui.
    Point ne doit droger, il perdrait la pratique;
    Il doit garder intact son vieux blason mystique.
    --Noblesse oblige.--Il est saint:  chaque foyer
    Sa niche est l, tout prs du grillon familier.
    Bon messager boiteux, il a plus d'une histoire
    A faire froid au dos, quand la nuit est bien noire....
    N'a-t-il pas vu, rdeur, durant les clairs minuits
    Dans la lande danser les <i>cornandons</i> maudits....

    --Il est simple ... peut-tre.--Heureux ceux qui sont simples!...
    A la lune, n'a-t-il jamais cueilli des simples?...
    --Il est sorcier peut-tre ... et, sur le mauvais seuil,
    Pourrait, en s'en allant, jeter le mauvais oeil....
    --Mais non: mieux vaut porter bonheur; dans les familles,
    Proposer ou chercher des maris pour les filles.
    Il est de noce alors, trs humble desservant
    De <i>la part du bon-dieu</i>.--Dieu doit tre content:
    Plein comme feu No, son Pauvre est ramass
    Le lendemain matin au revers d'un foss.

    Ah, s'il avait t senti du doux Virgile....
    Il et t traduit par monsieur Delille,
    Comme un <i>trop fortun s'il connt son bonheur</i>.... 

    --Merci: a le connat, ce marmiteux seigneur!


                   (<i>Saint-Thgonnec</i>.)




    <i>SAINT TUPETU</i>

           DE

        TU-PE-TU


     <i>C'est au pays de Lon.--Est vite petite chapelle  saint
     Tupetu. (En breton</i>: D'un ct ou de l'autre.)

     <i>Une fois l'an, les croyants--fatalistes chrtiens--s'y rendent
     en plerinage, afin d'obtenir, par l'entremise du Saint, le
     dnoment fatal de toute affaire noue: la dlivrance d'un
     malade tenace on d'une vache pleine; ou, tout au moins, quelque
     signe de l'avenir: tel que c'est crit l-haut</i>.--Puisque cela
     doit tre, autant que cela soit de suite ... d'un ct ou de
     l'autre--Tu-pe-tu.

     <i>L'oracle fonctionne pendant la grand' messe: l'officiant fait
     faire, pour chacun, un tour  la</i> Roulette-de-chance, <i>grand
     cercle en bois fix  la vote et manoeuvr par une longue corde
     que Tupetu tient lui-mme dans sa main de granit. La roue,
     garnie de clochettes, tourne en carillonnant; son point d'arrt
     prsage l'arrt du destin</i>:--D'un ct ou de l'autre.

     <i>Et chacun s'en va comme il est venu, quitte  revenir l'an
     prochain</i> ... Tu-pe-tu <i>finit fatalement par avoir son effet</i>.

        Il est, dans la vieille Armorique,
        Un saint--des saints le plus pointu--
        Pointu comme un clocher gothique
        Et comme son nom: TUPETU.

        Son petit clocheton de pierre
        Semble prt  changer de bout....
        Il lui faut, pour tenir debout,
        Beaucoup de foi ... beaucoup de lierre....

        Et, dans sa chapelle ouverte, entre
        --Tte ou pieds--tout franc Breton
        Pour lui tter l'oeuf dans le ventre,
        L'oeuf du destin: C'est oui?--c'est non?

        --Plus fort que sainte Cungonde
        Ou Cucugnan de Quilbignon....
        Petit prophte au pauvre monde,
        Saint de la veine ou du guignon,

        Il tient sa <i>Roulette-de-chance</i>
        Qu'il vous fait aller pour cinq sous;
        a dit bien, mieux qu'une balance,
        Si l'on est dessus ou dessous.

        C'est la roulette sans pareille,
        Et les grelots qui sont parmi
        Vont, l-haut, chatouiller l'oreille
        Du coquin de Sort endormi.

        Sonnette de la Providence,
        Et serinette du Destin;
        Carillon faux, mais argentin;
        Grelottire de l'Esprance....

        <i>Tu-pe-tu</i>--D'un bord ou de l'autre!
        <i>Tu-pe-tu</i>--Banco--Quitte-ou-tout!
        Juge-de-paix sans patentre....
        TUPETU, saint valet d'atout!

        <i>Tu-pe-tu</i>--Pas de milieu!...
        TUPETU, sorcier  musique,
        Croupier du tourniquet mystique
        Pour les macarons du Bon-Dieu!...

        Mdecin hroque, il pousse
        Le mourant  sauter le pas:
        Soit dans la vie  la rescousse....
        Soit,  pieds joints, en plein trpas:

        --<i>Tu-pe-tu!</i> cheval couronn!
        --<i>Tu-pe-tu!</i> qu'on saute ou qu'on butte!
        --<i>Tu-pe-tu!</i> vieillard obstin!...
        Au bout du foss la culbute!

        TUPETU, saint tout juste honnte,
        Petit Janus chair et poisson!
        Saint confesseur  double tte,
        Saint confesseur  double fond!...

        --Pile-ou-face de la vertu,
        Ambigu patron des pucelles
        Qui viennent t'offrir des chandelles.
        Jsuite! tu dis:--<i>Tu-pe-tu!</i>...




    <i>LA RAPSODIE FORAINE
              et
    LE PARDON DE SAINTE-ANNE</i>


                   <i>La Palud, 27 Aot, jour du Pardon</i>.

    Bnite est l'infertile plage
    O, comme la mer, tout est nud.
    Sainte est la chapelle sauvage
    De Sainte-Anne-de-la-Palud....

    De la Bonne Femme Sainte Anne
    Grand'tante du petit Jsus,
    En bois pourri dans sa soutane
    Riche ... plus riche que Crsus!

    Contre elle la petite Vierge,
    Fuseau frle, attend <i>l'Anglus</i>;
    Au coin, Joseph tenant son cierge,
    Niche, en saint qu'on ne fte plus....

         *       *       *       *       *

    C'est le <i>Pardon</i>.--Liesse et mystres--
    Dj l'herbe rase a des poux....
    --<i>Sainte Anne, Onguent des belles-mres!
    Consolation des poux!</i>...

    Des paroisses environnantes:
    De Plougastel et Loc-Tudy,
    Ils viennent tous planter leurs tentes,
    Trois nuits, trois jours--jusqu'au lundi.

    Trois jours, trois nuits, la palud grogne,
    Selon l'antique rituel,
    --Choeur sraphique et chant d'ivrogne--
    Le <i>CANTIQUE SPIRITUEL</i>.

         *       *       *       *       *

    Mre <i>taille  coups de hache,
    Tout coeur de chne dur et bon;
    Sous l'or de ta robe se cache
    L'me en pice d'un franc-Breton!

    --Vieille verte  face use
    Comme la pierre du torrent,
    Par des larmes d'amour creuse,
    Sche avec des pleurs de sang....

    --Toi dont la mamelle tarie
    S'est refait, pour avoir port
    La Virginit de Marie,
    Une mle virginit!

    --Servante-matresse altire,
    Trs-haute devant le Trs-Haut:
    Au pauvre monde, pas fire,
    Dame pleine de comme-il-faut!

    --Bton des aveugles! Bquille
    Des vieilles! Bras des nouveaux-ns!
    Mre de madame ta fille!
    Parente des abandonns!

    --O Fleur de la pucelle neuve!
    Fruit de l'pouse au sein grossi!
    Reposoir de la femme veuve....
    Et dit veuf Dante-de-merci!

    --Arche de Joachim! Aeule!
    Mdaille de cuivre effac!
    Gui sacr! Trfle-quatre-feuille!
    Mont d'Horeb! Souche de Jess!

    --O toi qui recouvrais la cendre,
    Qui filais comme on fait chez nous,
    Quand le soir venait  descendre,
    Tenant</i> l'ENFANT <i>sur tes genoux;

    --Toi qui fus l, seule, pour faire
    Son maillot neuf  Bethlem.
    Et l, pour coudre son suaire
    Douloureux,  Jrusalem!...

    Des croix profondes sont tes rides,
    Tes cheveux sont blancs comme fils....
    --Prserve des regards arides
    Le berceau de nos petits-fils!

    Fais venir et conserve en joie
    Ceux  natre et ceux qui sont ns.
    Et verse, sans que Dieu te voie,
    L'eau de tes yeux sur les damns!

    Reprends dans leur chemise blanche
    Les petits qui sont en langueur....
    Rappelle  l'ternel Dimanche
    Les vieux qui tranent en longueur.

    --Dragon-gardien de la Vierge,
    Garde la crche sous ton oeil.
    Que, prs de toi, Joseph-concierge
    Garde la propret du seuil!

    Prends piti de la fille-mre,
    Du petit au bord du chemin....
    Si quelqu'un leur jette la pierre,
    Que la pierre se change en pain!

    --Dame bonne en mer et sur terre,
    Montre-nous le ciel et le port,
    Dans la tempte ou dans la guerre....
    O Fanal de la bonne mort!

    Humble:  tes pieds n'as point d'toile,
    Humble ... et brave pour protger!
    Dans la nue apparat ton voile,
    Ple aurole du danger.

    --Aux perdus dont la vue est grise,
    --Sauf respect--perdus de boisson,
    Montre le clocher de l'glise
    Et le chemin de la maison.

    Prte ta douce et chaste flamme
    Aux chrtiens qui sont ici....
    Ton remde de bonne femme
    Pour les btes--corne aussi!

    Montre  nos femmes et servantes
    L'ouvrage et la fcondit....
    --Le bonjour aux mes parentes
    Qui sont bien dans l'ternit!

    --Nous mettrons un cordon de cire,
    De cire-vierge jaune, autour
    De ta chapelle; et ferons dire
    Ta messe basse au point du jour.

    --Prserve notre chemine
    Des sorts et du monde-malin....
    A Pques te sera donne
    Une quenouille avec du lin.

    Si nos corps sont puants sur terre,
    Ta grce est un bain de sant;
    Rpands sur nous, au cimetire,
    Ta bonne odeur-de-saintet.

    --A l'an prochain!--Voici ton cierge:
    (C'est deux livres qu'il a cot)
    ... Respects  Madame la Vierge,
    Sans oublier la Trinit</i>.

         *       *       *       *       *

    ... Et les fidles, en chemise,
    <i>--Sainte Anne, ayez piti de nous!--</i>
    Font trois fois le tour de l'glise
    En se tranant sur leurs genoux;

    Et boivent l'eau miraculeuse
    O les Job teigneux ont lav
    Leur nudit contagieuse....
    <i>--Allez: la Foi vous a sauv!--</i>

    C'est l que tiennent leurs cnacles
    Les pauvres, frres de Jsus.
    --Ce n'est pas la cour des miracles,
    Les trous sont vrais: <i>Vide latus!</i>

    Sont-ils pas divins sur leurs claies,
    Qu'aurole un nimbe vermeil,
    Ces propritaires de plaies,
    Rubis vivants sous le soleil!...

    En aboyant, un rachitique
    Secoue un moignon dsoss.
    Coudoyant un pileptique
    Qui travaille dans un foss.

    L, ce tronc d'homme o crot l'ulcre,
    Contre un tronc d'arbre o crot le gui
    Ici, c'est la fille et la mre
    Dansant la danse de Saint-Guy.

    Cet autre pare le cautre
    De son petit enfant malsain:
    --L'enfant se doit  son vieux pre....
    --Et le chancre est un gagne-pain!

    L, c'est l'idiot de naissance,
    Un <i>visit par Gabriel</i>,
    Dans l'extase de l'innocence....
    --L'innocent est prs du ciel!--

    --Tiens, passant, regarde: tout passe....
    L'oeil de l'idiot est rest.
    Car il est en tat-de-grce....
    --Et la Grce est l'ternit!--

    Parmi les autres, aprs vpre,
    Qui sont d'eau bnite arross,
    Un cadavre, vivant de lpre,
    Fleurit--souvenir des croiss....

    Puis tous ceux que les Rois de France
    Gurissaient d'un toucher de doigts....
    --Mais la France n'a plus de rois,
    Et leur dieu suspend sa clmence.

    --Charit dans leurs cuelles!...
    Nos aeux ensemble ont port
    Ces fleurs de lis en crouelles
    Dont ces <i>choisis</i> ont hrit.

    --<i>Miserere</i> pour les ripailles
    Des <i>Ankokrignets</i> et <i>Kakous!</i>...
    Ces moignons-l sont des tenailles,
    Ces bquilles donnent des coups.

    Risquez-vous donc l, gens ingambes,
    Mais gare pour votre toison:
    Gare aux bras crochus! gare aux jambes
    En <i>kyri-leison!</i>

    ... Et dtourne-toi, jeune fille,
    Qui viens l voir, et prendre l'air....
    Peut-tre, sous l'autre guenille,
    Percerait la guenille en chair....

    C'est qu'ils chassent l sur leurs terres!
    Leurs peaux sont leurs blasons bants:
    --Le droit-du-seigneur  leurs serres!...
    Le droit du Seigneur de cans!--

    Tas <i>d'ex-voto</i> de carne impure,
    Charnier d'lus pour les cieux,
    Chez le Seigneur ils sont chez eux!
    --Ne sont-ils pas sa crature....

    Ils grouillent dans le cimetire
    On dirait les morts drouts
    N'ayant tir de sous la pierre
    Que des membres mal rebouts.

    --Nous, taisons-nous!... Ils sont sacrs.
    C'est la faute d'Adam punie
    Le doigt d'En-haut tes a marqus:
    --La Droite d'En-haut soit bnie!

    Du grand troupeau, boucs missaires
    Chargs des forfaits d'ici-bas,
    Sur eux Dieu purge ses colres!...
    --Le pasteur de Sainte-Anne est gras.--

         *       *       *       *       *

    Mais une note pantelante,
    cho grelottant dans le vent
    Vient battre la rumeur blante
    De ce purgatoire ambulant

    Une forme humaine qui beugle
    Contre le <i>calvaire</i> se tient;
    C'est comme une moiti d'aveugle:
    Elle est borgne, et n'a pas de chien....

    C'est une rapsode foraine
    Qui donne aux gens pour un liard
    <i>L'Istoyre de la Magdalayne</i>,
    Du <i>Juif-Errant</i> ou <i>d'Abaylar</i>.

    Elle hle comme une plainte,
    Comme une plainte de la faim,
    Et, longue comme un jour sans pain,
    Lamentablement, sa complainte....

    --a chante comme a respire,
    Triste oiseau sans plume et sans nid
    Vaguant o son instinct l'attire:
    Autour des Bon-Dieu de granit....

    a peut parler aussi, sans doute.
    a peut penser comme a voit:
    Toujours devant soi la grand'route....
    --Et, quand 'a deux sous ... a les boit.

    --Femme: on dirait hlas--sa nippe
    Lui pend, ficele en jupon;
    Sa dent noire serre une pipe
    Eteinte....--Oh, la vie a du bon!--

    Son nom ... a se nomme Misre.
    a s'est trouv n par hasard.
    a sera trouv mort par terre....
    La mme chose--quelque part.

    --Si tu la rencontres, Pote,
    Avec son vieux sac de soldat:
    C'est notre soeur ... donne--c'est fte
    Pour sa pipe, un peu de tabac!...

    Tu verras dans sa face creuse
    Se creuser, comme dans du bois,
    Un sourire; et sa main galeuse
    Te faire un vrai signe de croix.




    <i>CRIS D'AVEUGLE</i>.


    Sur l'air bas-breton: <i>Ann hini goz</i>.


        L'oeil tu n'est pas mort
        Un coin le fend encor
    Enclou je suis sans cercueil
    On m'a plant le clou dans l'oeil
        L'oeil clou n'est pas mort
        Et le coin entre encor

        <i>Deus misericors
        Deus misericors</i>
    Le marteau bat ma tte en bois
    Le marteau qui ferra la croix
        <i>Deus misericors
        Deus misericors</i>

        Les oiseaux croque-morts
        Ont donc peur  mon corps
    Mon Golgotha n'est pas fini
    <i>Lamma lamma sabacthani</i>
        Colombes de la Mort
        Soiffez aprs mon corps

        Rouge comme un sabord
        La plaie est sur le bord
    Comme la gencive bavant
    D'une vieille qui rit sans dent
        La plaie est sur le bord
        Rouge comme un sabord

        Je vois des cercles d'or
        Le soleil blanc me mord
    J'ai deux trous percs par un fer
    Rougi dans la forge d'enfer
        Je vois un cercle d'or
        Le feu d'en haut me mord

        Dans la moelle se tord
        Une larme qui sort
    Je vois dedans le paradis
    <i>Miserere, De profundis</i>
        Dans mon crne se tord
        Du soufre en pleur qui sort

        Bienheureux le bon mort
        Le mort sauv qui dort
    Heureux les martyrs, les lus
    Avec la Vierge et son Jsus
        O bienheureux le mort
        Le mort jug qui dort

        Un Chevalier dehors
        Repose sans remords
    Dans le cimetire bnit
    Dans sa sieste de granit
        L'homme en pierre dehors
        A deux yeux sans remords

        Ho je vous sens encor
        Landes jaunes d'Armor
    Je sens mon rosaire  mes doigts
    Et le Christ en os sur le bois
        A toi je baye encor
        O ciel dfunt d'Armor

        Pardon de prier fort
        Seigneur si c'est le sort
    Mes yeux, deux bnitiers ardents
    Le diable a mis ses doigts dedans
        Pardon de crier fort
        Seigneur contre le sort

        J'entends le vent du nord
        Qui bugle comme un cor
    C'est l'hallali des trpasss
    J'aboie aprs mon tour assez
        J'entends le vent du nord
        J'entends le glas du cor


                   (<i>Menez Arrez.)




    <i>LA PASTORALE DE  CONLIE</i>


    PAR UN MOBILIS DU MORBIHAN


                   <i>Moral jeunes troupes excellent</i>.
                                          (OFF.)

    Qui nous avait levs dans le <i>Mois-noir</i>--Novembre--
            Et parqus comme des troupeaux
    Pour laisser dans la boue, au <i>Mois-plus-noir</i>--Dcembre--
            Des peaux de mouton et nos peaux!

    Qui nous a lchs l: vides, sans esprance,
            Sans un levain de dsespoir!
    Nous entre-regardant, comme cherchant la France....
            Comiques, fesant peur  voir!

    --Soldats tant qu'on voudra!... soldat est donc un tre
            Fait pour perdre le got du pain?...
    Nous allions mendier; on nous envoyait patre:
            Et ... nous paissions  la fin!

    --S'il vous plat: Quelque chose  mettre dans nos bouches?...
            --Hros et btes  moiti!--
    ... Ou quelque chose l: du coeur ou des cartouches:
            --On nous a laiss la piti!

    L'aumne: on nous la tit--Qu'elle leur soit rendue
            A ces bienheureux uhlans sols!
    Qui venaient nous jeter une balle perdue....
            Et pour rire!... comme des sous.

    On et dit un radeau de naufrags.--Misre--
            Nous crevions devant l'horizon.
    Nos yeux troubles restaient tendus vers une terre....
            Un cri nous montait: Trahison!

    --Trahison ... c'est la guerre! On trouve  qui l'on crie!...
            --Nous: pas besoin....--Pourquoi trahis?...
    J'en ai vu parmi nous, sur la Terre-Patrie,
            Se mourir du mal-du-pays.

    --Oh, qu'elle s'en allait morne, la douce vie!...
            Soupir qui sentait le remord
    De ne pouvoir serrer sur sa lvre une hostie,
            Entre ses dents la mle-mort!...

    --Un grand enfant nous vint, aid par deux gendarmes,
            --Celui-l ne comprenait pas--
    Tout barbouill de vin, de sueur et de larmes,
            Avec un <i>biniou</i> sous son bras.

    Il s'assit dans la neige en disant: a m'amuse
            De jouer mes airs; laissez-moi.--
    Et, le surlendemain, avec sa cornemuse,
            Nous l'avons enterr--Pourquoi!...

    Pourquoi? dites-leur donc! Vous du Quatre-Septembre!
            A ces vingt mille croupissants!...
    Citoyens-dcreteurs de victoires en chambre,
            Tyrans forains impuissants!

    --La parole est  vous--la parole est lgre!...
            La Honte est fille ... elle passa--
    Ceux dont les pieds verdis sortent  fleur-de-terre
            Se taisent....--Trop vert pour vous, a!

    --Ha! Bordeaux, n'est-ce pas, c'est une riche ville....
            Encore en France, n'est-ce pas?...
    Elle avait chaud partout votre garde mobile,
            Sous les balcons marquant le pas:

    La rsurrection de nos boutons de gutres
            Est loin pour vous faire songer;
    Et, vos noms, je les vois colls partout,  Matres!...
            --La honte ne sait plus ronger.--

    --Nos chefs ... ils fesaient bien de se trouver malades!
            Arms en faux-turcs-espagnols
    On en vit quelques-uns essayer des parades
            Avec la troupe des Guignols.

    --<i>Le moral: excellent</i>--Ces Rois avaient des reines.
            Parmi leurs sacs-de-nuit de cour....
    A la botte vernie il faut robes  tranes;
            La vaillance est soeur de l'amour.

    --Assez!--Plus n'en fallait de fanfare guerrire
            A nous, brutes garde-moutons,
    Nous: ceux-l qui restaient simples,  leur manire,
            <i>Soldats, catholiques, Bretons</i>....

    A ceux-l qui tombaient bayant  la bataille,
            Ramas de vermine sans nom,
    Esprant le premier qui vint crier: Canaille!
            Au canon, la chair  canon!...

    --Allons donc: l'abattoir!--Bestiaux galeux qu'on rosse,
            On nous fournit aux Prussiens;
    Et, nous voyant rouler-plat sous les coups de crosse,
            Des Franais aboyaient--Bons chiens!

    Hallali! ramens!--Les perdus ... Dieu les compte,--
            Abreuvs de banals ddains;
    Pousss, tranant au pied la savate et la honte,
            Cracher sur nos foyers teints!

         *       *       *       *       *

    --Va: toi qui n'es pas bue,  fosse de Conlie!
            De nos jeunes sangs appauvris,
    Qu'en voyant regermer tes bls gras, on oublie
            Nos os qui vgtaient pourris.

    La chair plaque aprs nos blouses en guenille
            --Fumier tout seul rassembl....
    --Ne mangez pas ce pain, mres et jeunes filles!
            L'<i>ergot</i> de mort est dans le bl.


                   (<i>1870</i>)


         *       *       *       *       *


    <i>GENS DE MER</i>


         *       *       *       *       *


    <i>Point n'ai fait un tas d'ocans
    Comme les Messieurs d'Orlans,
    Ulysses  vapeur en qute....
    Ni l'Archipel en capitan;
    Ni le Transatlantique ardant
    Qu'une chanteuse d'oprette.


    Mais il fut flottant, mon berceau,
    Fait comme le nid de l'oiseau
    Qui couve ses oeufs sur la houle....
    Mon lit d'amour fut un hamac:
    Et, pour tantt, j'espre un sac
    Leste d'un bon caillou qui conte.

    --Marin, je sens mon matelot
    Comme le bonhomme Callot
    Sentait son illustre bonhomme....
    --Va</i>, bonhomme de mer <i>mal fait!
    Va, Muse  la voix de rogomme!
    Va, Chef-d'oeuvre de cabaret!</i>




    <i>MATELOTS</i>


    Vos marins de quinquets  l'Opra ... comique,
    Sous un frac en bleu-ciel jurent Mille sabords!
    Et, sur les boulevards, le survivant chronique
    Du <i>Vengeur</i> vend l'onguent  tuer les rats morts.
    Le <i>Jn'homme inflig d'un bras</i>--mme en voyage--
    <i>Infortun, chantant par suite de naufrage</i>;
    La femme en bain de mer qui tord ses bras au flot;
    Et l'amiral ***--Ce n'est pas matelot!

    --Matelots--quelle brusque et nerveuse saillie
    Fait cette <i>Race  part</i> sur la race faillie!
    Comme ils vous mettent tous, <i>terriens</i>, au mme sac!
    --<i>Un cur dans ton lit, un' fill' dans mon hamac!/i>--

         *       *       *       *       *

    --On ne les connat pas, ces gens  rudes noeuds.
    Ils ont le mal de mer sur vos <i>planchers  boeufs</i>:
    A terre--oiseaux palms--ils sont gauches et veles.
    Ils sont mal culotts comme leurs brle-gueules.
    Quand le roulis leur manque ... ils se sentent rouler:
    --<i>A terre, on a beau boire, on ne peut dsoler!</i>

    --On ne les connat pas.--Eux: que leur fait la terre?...
    Une relche, avec l'hpital militaire,
    Des filles, la prison, des horions, du vin....
    Le reste: Eh bien, aprs?--Est-ce que c'est marin?...

    --Eux ils sont matelots.--A travers les tortures,
    Les luttes, les dangers, les larges aventures,
    Leur <i>face--coups-de-hache</i> a pris un tic nerveux
    D'insouciant ddain pour ce qui n'est pas Eux....
    C'est qu'ils se sentent bien, ces chiens! Ce sont des mles!
    --Eux: l'Ocan!--et vous: les plates-bandes sales;
    Vous tes des <i>terriens</i>, en un mot, des <i>troupiers</i>:
    --<i>De la terre de pipe et de la sueur de pieds!</i>--

    Eux sont les <i>vieux-de-cale</i> et <i>les frres-la cte</i>,
    Gens au coeur sur la main, et toujours la main haute;
    Des natures en barre!--Et capables de tout....
    --Faites-en donc autant!...--Ils sont <i>de mauvais got</i>....
    --Peut-tre....  Ils ont chez vous des amours tolres

    Par un <i>grippe-Jsus</i> accueillant leurs entres....[3]
    --Eh! faut-il pas du coeur au ventre quelque part,
    Pour entrer en plein jour l--bagne-lupanar,[4]
    Qu'ils nomment le <i>Cap-Horn</i>, dans leur langue hle:
    --Le cap Horn, noir sjour de tempte grle--
    Et se coller en vrac, sans crampe d'estomac,
    De la chair  chiquer--comme un noeud de tabac!

    Jetant leur solde avec leur trop-plein de tendresse,
    A tout vent; ils vont l comme ils vont  la messe....
    Ces anges mal lchs, ces durs enfants perdus!
    --Leur tte a du requin et du petit-Jsus.

    Ils aiment  tout crin: Ils aiment plaie et bosse,
    La Bonne-Vierge, avec le gendarme qu'on rosse;
    Ils font des voeux  tout ... mais leur voeu caress
    A toujours l'habit bleu d'un <i>Jsus-christ</i> ross.[5]

    --Allez: ce franc cynique a sa grce native....
    Comme il vous toise un chef,  sa faon nave!
    Comme il connat son matre:--<i>Un d'un seul bloc de bois!</i>
    --<i>Un mauvais chien toujours qu'un bon enfant parfois!</i>

         *       *       *       *       *

    --Allez:  bord, chez eux, ils ont leur posie!
    Ces brutes ont des chants ivres d'me saisie
    Improviss aux quarts sur le gaillard-d'avant....
    --Ils ne s'en doutent pas, eux, pome vivant.

    --Ils ont toujours, pour leur <i>bonne femme de mre</i>,
    Une larme d'enfant, ces hros de misre;
    Pour leur <i>Douce-Jolie</i>, une larme d'amour!...
    Au pays--loin--ils ont, esprant leur retour,
    Ces gens de cuivre rouge, une ple fiance
    Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laisse.
    Elle attend vaguement ... comme on attend l-bas.
    Eux ils portent son nom tatou sur leur bras.
    Peut-tre elle sera veuve avant d'tre pouse....
    --Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.--
    Mais elle sera fire,  travers un sanglot,
    De pouvoir dire encore:--Il tait matelot!...

    --C'est plus qu'un homme aussi devant la mer gante,
    Ce matelot entier!...
                          Pitinant sous la plante
    De son pied marin le pont prs de crouler;
    Tiens bon! a le connat, a va le dsoler.
    Il finit comme a, simple en sa grande allure,
    D'un bloc:--<i>Un trou dans l'eau, quoi!... pas de fioriture</i>.

         *       *       *       *       *

    On en voit revenir pourtant: bris de naufrage.
    Ramassis de scorbut et hachis d'abordage....
    Casss, dfigurs, dpayss, perclus:
    --Un oeil en moins.--Et vous, en avez-vous en plus:
    --La fivre-jaune.---Eh bien, et vous, l'avez-vous rose?
    --Une balafre.--Ah, c'est sign!...C'est quelque chose!
    --Et le bras en pantenne.--Oui, c'est un biscaen,
    Le reste c'est le bel ouvrage au chirurgien.
    --Et ce trou dans la joue?--Un ancien coup de pique.
    --Cette bosse?--A <i>tribord?</i>... excusez: c'est ma chique.
    --a?--Rien: <i>une foutaise</i>, un pruneau dans la main,
    a sert de baromtre, et vous verrez demain:
    Je ne vous dis que a, sr! quand je sens ma crampe....
    Allez, on n'en fait plus des coques de ma trempe!
    On m'a pendu deux fois....--
                                  Et l'honnte forban
    Creuse un bateau de bois pour un petit enfant.
    Ils durent comme a, reniflant la tempte
    Riches de gloire et de trois cents francs de retraite,
    Vieux culots de gargousse, paves de hros!...
    --Hros?--ils riraient bien!...--Non merci: matelots!

    --Matelots!--Ce n'est pas vous, jeunes <i>mateluches</i>,
    Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches....
    Ah, les vieux avaient de plus fiers apptits!
    En haussant leur paule ils vous trouvent petits.
    A treize ans ils mangeaient de l'Anglais, les corsaires!
    Vous, vous n'tes que des <i>pelletas</i> militaires....
    Allez, on n'en fait plus de ces <i>purs, premier brin!</i>
    Tout s'en va ... tout! La mer ... elle n'est plus <i>marin!</i>
    De leur temps, elle tait plus sale et sauvage.
    Mais,  prsent, rien n'a plus de pucelage....
    La mer....  La mer n'est plus qu'une fille  soldats!...

    --Vous, matelots, rvez, en faisant vos cent pas
    Comme dans les grands quarts....  Paisible rverie
    De carcasse qui geint, de mt craqu qui crie....
    --Aux pompes!...
                 --Non ... fini!--Les beaux jours sont passs
    --<i>Adieu mon beau navire aux trois mts pavoiss!</i>

         *       *       *       *       *

    Tel qu'une vieille coque au sec dgre,
    O vient encor parfois clapoter la mare;
    Ame-de-mer en peine est le vieux matelot
    Attendant, chou ...--quoi: la mort?
                                    --Non, le flot.


                   (<i>Ile d'Ouessant.--Avril</i>.)


    [note 3: <i>Grippe-Jsus</i>: petit nom marin du gendarme.]

    [note 4: 'Ce bagne-lupanar' Qu'ils nomment le <i>Cap-Horn</i>,
     dans leur langue hale.]

    [note 5: <i>Jsus-Christ</i>: du mme au mme]





    <i>LE BOSSU BITOR</i>[6]


    Un pauvre petit diable aussi vaillant qu'un autre,
    Quatrime et dernier  bord d'un petit <i>cotre</i> ...
    Fier d'tre matelot et de manger pour rien,
    Il remplaait le <i>coq</i>, le mousse et le chien;
    Et comptait, comme a, quarante ans de service,
    Sur <i>le rle</i> toujours inscrit comme--<i>novice!</i>--

    ... Un vrai bossu: cou tors et retors, trs madr,
    Dans sa coque il gardait sa petite influence;
    Car chacun sait qu'en mer un bossu porte chance....
    --Rien ne f...iche malheur comme femme ou cur!

    Son nom: c'tait Bitor--nom de mer et de guerre--
    Il disait que c'tait un tremblement de terre
    Qui, jeune et fait au tour, l'avait tout dmoli:
    Lui, son navire et des cocotiers ... au Chili.

         *       *       *       *       *

    Le soleil est noy.--C'est le soir--dans le port
    Le navire berc sur ses cbles, s'endort
    Seul; et le clapotis bas de l'eau morte et lourde,
    Chuchote un gros baiser sous sa carne sourde.
    Parmi les yeux du brai flottant qui luit en plaque,
    Le ciel miroit semble une immense flaque.

    Le long des quais dserts o grouillait un chaos
    S'tend le calme plat....
                             Quelques vagues chos....
    Quelque novice seul, rest mlancolique,
    Se chante son pays avec une musique....
    De loin en loin, rpond le jappement hagard,
    Intermittent, d'un chien de bord qui fait le quart,
    Oubli sur le pont....
                          Tout le monde est  terre.
    Les matelots farauds s'en sont alls--mystre!--
    Faire,  grands coups de gueule et de botte ... l'amour.
    --Doux repos tant su dans les labeurs du jour.--
    Entendez-vous l-bas, dans les culs-de-sac louches,
    Roucouler leur chanson ces tourtereaux farouches!...

    --Chantez! La vie est courte et drlement corde!...
    Hle  toi, si tu peux, une bonne borde
    A jouer de la fille,  jouer du couteau....
    Roucoulez mes Amours! Qui sait: demain!... tantt....

    ... Tantt, tantt ... la ronde en crmant la ville,
    Vous soulage en douceur quelque tranard tranquille
    Pour le coller en vrac, lger chantillon,
    Bleu saignant et vainqueur, au clou.--Tradition.--

         *       *       *       *       *

    Mais les soirs taient doux aussi pour le Bitor,
    Il tait libre aussi, matre et gardien  bord....
    Lov tout de son long sur un rond de cordage,
    Se sentant somnoler comme un chat ...  comme un sage,
    Se repassant l'oreille avec ses doigts poilus,
    Voluptueux, pensif, et n'en pensant pas plus,
    Laissant mollir son corps dnou de paresse,
    Son petit oeil vairon noy de morbidesse!...

    --Un <i>loustic</i> en passant lui caressait les os:
    Il riait de son mieux et faisait le gros dos.

         *       *       *       *       *

    Tout le monde a pourtant quelque bosse en la tte....
    Bitor aussi--c'tait de se payer la fte!
    Et cela lui prenait, comme un commandement
    De Dieu: vers la Nol, et juste une fois l'an.
    Ce jour-l, sur la brune, il s'ensauvait  terre
    Comme un rat dont on a cachet le derrire....
    --Tiens: Bitor disparu.--C'est son jour de sabbats
    Il en a pour deux nuits: rgl comme un compas.
    --C'est un sorcier pour sr....--
                                   Aucun n'aurait pu dire,
    Mme on n'en riait plus; c'tait fini de rire.

    Au deuxime matin, le <i>bordailleur</i> rentrait
    Sur ses jambes en pieds-de-banc-de-cabaret,
    Louvoyant bord-sur-bord....
                                Morne, vers la cuisine
    Il piquait droit, chantant ses vpres ou mtine,
    Et jetait en pleurant ses savates au feu....
    --Pourquoi--nul ne savait, et lui s'en doutait peu.
    ... J'y sens je ne sais quoi d'assez mlancolique,
    Comme un vague fumet d'holocauste  l'antique....

    C'tait la fin; plus morne et plus tordu, le hre
    Se reprenait hler son bitor de misre....

         *       *       *       *       *

    --C'est un soir, prs Nol.--Le cotre est  bon port,
    L'quipage au diable, et Bitor ... toujours Bitor.
    C'est le grand jour qu'il s'est donn pour prendre terre:
    Il fait noir, il est gris.--L'or n'est qu'une chimre!
    Il tient, dans un vieux bas de laine, un sac de sous....
    Son pantalon  mettre et:--La terre est  nous!--

    ... Un pantalon jadis <i>cuisse-de-nymphe-mue</i>,
    Couleur tendre  mourir!... et trop tt devenue
    <i>Merdoie</i> ... except dans les plis <i>rose-d'amour</i>,
    Gardiens de la couleur, gardiens du pur contour....

    Enfin il s'est lav, gratt--rude toilette!
    --Ah! c'est que ce n'est pas, non plus, tous les jours fte!...
    Un cache-nez lilas lui cache les genoux,
    --Encore un coup-de-suif! et: La terre est  nous!
    ... La terre: un bouchon, quoi!...--Mais Bitor se sent riche:
    D'argent, comme un bourgeois: d'amour, comme un caniche....
    --Pourquoi pas le <i>Cap-Horn!</i>... Le srail--Pourquoi pas!...
    --Syrnes du <i>Cap-Horn</i>, vous lui tendez les bras!...

         *       *       *       *       *

    Au fond de la venelle est la lanterne rouge,
    Phare du matelot, <i>Stella maris</i> du bouge....
    --Qui va l?--Ce n'est plus Bitor! c'est un hros,
    Un Lauzun qui se frotte aux plus gros numros!...
    C'est Triboulet tordu comme un ver par sa haine!...
    Ou c'est Alain Chartier, sous un baiser de reine!...
    Lagardre en manteau qui va se redresser!...
    --Non: C'est un bienheureux honteux--Laissez passer.
    C'est une chair enfin que ce bout de rognure!
    Un partageux qui veut son morceau de nature.
    C'est une passion qui regarde en dessous
    L'amour ... pour le voler!...--L'amour  trente sous!

    --Va donc Paillasse! Et le trousse-galant t'emporte!
    Tiens: c'est l!... C'est un mur--Heurte encor!... C'est la porte:
    As-tu peur!--
                  Il coute....  Enfin: un bruit de clefs,
    Le judas darde un rais:--H, quoi que vous voulez?
    --J'ai de l'argent.--Combien es-tu? Voyons ta tte....
    Bon. Gare  n'entrer qu'un; la maison est honnte;
    Fais voir ton sac un peu?... Tu feras travailler?...--
    Et la serrure grince, on vient d'entrebiller;
    Bitor pique une tte entre l'huys et l'htesse,
    Comme un chien dpendu qui se rue  la messe.
    --Eh, l-bas! l'enrag, quoi que tu veux ici?
    Qu'on te f...iche droit, quoi? pas dgot! Merci!...
    Quoi qui te faut, bosco?... des nymphes, des pucelles
    Hop!  qui le Mayeux? Eh l-bas, les donzelles!...

    Bitor lui prit le bras:--Tiens, voici pour toi, gouine:
    Cache-moi quelque part ... tiens: l....--C'est la cuisine!
    --Bon. Tu m'en conduiras une ... et propre! combien?...
    --Tire ton sac.--Voil.--Parole! il a du bien!...
    Pour lors nous en avons du premier brin: <i>cossuses</i>;
    Mais on ne t'en a pas fait exprs des <i>bossuses</i>....
    Bah! la nuit tous les chats sont gris. Reste l voir,
    Puisque c'est ton caprice; as pas peur, c'est tout noir.-

         *       *       *       *       *

    Une porte s'ouvrit. C'est la salle allume.
    Silhouettes grouillant  travers la fume:
    Les amateurs beuglant, ronflant, trinquant, rendus;
    --Des Anglais, jouissant comme de vrais pendus,
    Se cuvent, pleins de tout et de batitude;
    --Des Yankees longs, et roide-sols par habitude,
    Assis en deux, et, tour--tour tirant au mur
    Leur jet de jus de chique, au but, et toujours sr;
    --Des Hollandais sals, lards de couperose;
    --De blonds Norwgiens hercules de chlorose;
    --Des Espagnols avec leurs figures en os;
    --Des baleiniers huileux comme des cachalots;
    --D'honntes caboteurs bien carrs d'envergures,
    Calfats de goudron sur toutes les coutures;
    --Des Ngres blancs, avec des multres lippus;
    Des Chinois, le chignon roul sous un <i>gibus</i>,
    Vtus d'un frac flambant-neuf et d'un parapluie;
    --Des chauffeurs venus l pour essuyer leur suie;
    --Des Allemands chantant l'amour en orphon,
    Leur patrie et leur chope ... avec accordon;
    --Un noble Italien, jouant avec un mousse
    Qui roule deux gros yeux sous sa tignasse rousse;
    --Des Grecs plats; des Bretons  tte biscornue;
    --L'escouade d'un vaisseau russe, en grande tenue;
    --Des Gascons adors pour leur galant bagout....
    Et quelques rengats--cume du ragot.--

    L, plus loin dans le fond sur les banquettes grasses,
    Des novices lgers <i>s'affalent</i> sur les Grces
    De corve....  Elles sont d'un gras encourageant;
    a se paye au tonnage, on en veut pour l'argent....
    Et, quand on <i>largue tout</i>, il faut que la viande
    Tombe, comme un <i>hunier qui se dferle en bande!</i>

    --On a des petits noms: <i>Chiourme, Jany-Gratis,
    Bout-dehors, Fond-de-Vase, Anspeck, Garcette -ris</i>.
    --C'est gr comme il faut: satin rose et dentelle;
    Ils ne trouvent jamais la marie assez belle....
    --Du velours pour frotter  cru leur cuir tann!
    Et du fard, pour torcher leur baiser boucan!...
    A leurs ceintures d'or, faut ceinture dore!
    Allons!--<i>Ciel moutonn, comme femme farde
    N'a pas longue dure</i>  ces Pachas d'un jour....
    --<i>N'en faut du vin! n'en faut du rouge!... et de l'amour!</i>

         *       *       *       *       *

    Bitor regardait a--comment on fait la joie--
    Chauve-souris fixant les albatros en proie....
    Son rve fut secou par une grosse voix:
    --Eh, dis donc, l'oiseau bleu, c'est-y fini ton choix?
    --Oui: (Ses yeux verts vrillaient la nuit de la cuisine)
    ... La grosse dame en rose avec sa crinoline!...
    --a: c'est <i>Mary-Saloppe</i>, elle a son plein et dort.--
    Lui, dgainant le bas qui tenait son trsor:
    --Je te dis que je veux la belle dame rose!...
    --a t'y du vice!... Ah-a: t'es port sur la chose?...
    Pour avec elle, alors, tu feras dix cocus,
    Dix tout frais de ce soir!... Vas-y pour tes cus
    Et paye en double: On va <i>t'amateloter</i>. Monte....
    --Non ici..--Dans le noir?... allons faut pas de honte!
    --Je veux ici!--Pas mche, avec les rglements.
    --Et moi je veux!--C'est bon ... mais t'endors pas dedans....

    Oh l-bas! debout au quart, <i>Mary-Saloppe!</i>
    --Eh, c'est pas moi <i>de quart!</i>--C'est pour prendre une chope,
    C'est rien <i>la corve</i> ... accoste: il y a gras!
    --De quoi donc?--Va, c'est un qu'a de l'or plein ses bas,
    Un bossu dans un sac, qui veut pas qu'on l'vente....
    --Bon: qu'y prenne son sol, j'ai le mien! j'ai ma pente.
    --Va, c'est dans la cuisine....

                             --Eh! voyons-toi, Bichon....
    T'es tortu, mais j'ai pas peur d'un tire-bouchon!
    Viens....  Si a t'est gal: clairons la chandelle?
    --Non.--Je voudrais te voir, j'aime Polichinelle....
    Ah je te tiens; on sait jouer Colin-Maillard!...--
    La matrulle ferma la porte....
                               --Ah tortillard!...

         *       *       *       *       *

    Charivari!--Pour qui?--Quelle ronde infernale,
    Quel paquet crev roule en hurlant dans la salle?...
    --Ah, peau de cervelas! ah, tu veux du chahut!
    A poil!  poil! on va te <i>carner</i> tout cru!
    Ah, tu grognes, cochon! Attends, tu veux la goutte:
    Tiens son ballon!... Allons, avale-moi a ... toute!
    Gare au grappin, il croche! Ah! le cancre qui mord!
    C'est le diable bouilli!...--

                                 C'tait l'heureux Bitor.

    --Carognes, criait-il, mollissez!... je rgale....
    --Carognes?... Ah, roussin! mauvais comme la gale!
    Tu rgales, Limonadier de la Passion?
    On te rgalera, va! double ration!
    Pou crochard qui montais nous piquer nos <i>punaises!</i>
    Cancre qui viens manger nos <i>peaux!</i>...  Pas de foutaises,
    Vous autres: Toi, <i>la mre</i>, apporte de l haut,
    Un grand tapis de lit, en double et comme-y-faut!...
    Voil!--
             Dix bras tendus hlent la couverture
    --Le <i>tortillou</i> dessus!... On va la danser dure;
    Saute, Paillasse! hop l!...--
                                   C'est que le matelot,
    Bon enfant, est trs dur quand il est <i>rigolot</i>.
    Sa colre: c'est bon.--Sa joie: ah, pas de grce!...
    <i>Ces dames rigolaient</i>....
                                   --Attrape: pile ou face?
    Ah, le malin! quel vice! il choue en ct!--
    ...Sur sa bosse grlaient, avec quelle gat!
    Des bouts de corde en l'air sifflant comme couleuvres;
    Les sifflets de gabier, rossignols de manoeuvres,
    Commandaient et rossignolaient  l'unisson....
    --Tiens bon!...--
                      Pelotonn, le pauvre hrisson
    Volait, rebondissait, roulait. Enfin la plainte
    Qu'il rendait comme un cri de poulie est teinte....
    --Tiens bon! il fait exprs....  Il est dur, l'entt!...
    C'est un lapin! a veut le jus plus piment:
    Attends!...--
             Quelques couteaux pleuvent ... <i>Mary-Saloppe</i>
    D'un beau mouvement, hle:--A moi sa place!--Tope!
    Amne tout en vrac! largue!...--
                                     Le jouet mort
    S'aplatit sur la planche et rebondit encor....

    Comme aprs un doux rve, il rouvrit son oeil louche
    Et trouble....  Il essuya dans le coin de sa bouche,
    Un peu d'cume avec sa chique en sang.... -C'est bien;
    C'est fini, matelot.. Un coup de <i>sacr-chien!</i>
    a vous remet le coeur; bois!...--
                                       Il prit avec peine
    Tout l'argent qui restait dans son bon bas de laine
    Et regardant <i>Mary-Saloppe</i>:--C'est pour toi,
    Pourboire ... en souvenir.-Vrai: baise-moi donc, quoi!...
    Vous autres, laissez-le, grands lches! mateluches!
    C'est mon amant de coeur ... on a ses coqueluches!
    ... Toi: file  l'embellie, en double, l'asticot:
    L'chouage est mauvais, mon pauvre saligot!...--

    Son oeil marcageux, larme de crocodile,
    La regardait encore....--Allons, mon garon, file!--

         *       *       *       *       *

    C'est tout. Le lendemain, et jours suivants,  bord
    Il manquait.--Le navire est parti sans Bitor.--

         *       *       *       *       *

    Plus tard, l'eau soulevait une masse vaseuse
    Dans le dock. On trouva des plaques de vareuse....
    Un cadavre bossu, ballonn, dmasqu
    Par les crabes. Et a fut jet sur le quai,
    Tout comme l'autre soir, sur une couverture.
    Restant de crabe, encore il servit de pture
    Au rire du public; et les gamins d'enfants
    Jouant au bord de l'eau noire sous le beau temps.
    Sur sa bosse tapaient comme sur un tambour
    Crev....
              --Le pauvre corps avait connu l'amour!


                   (<i>Marseille.--La Joliette.--Mai</i>.)


    [note 6: le <i>bitors</i> est un gros fil  voile tordu
     en double et goudronn.]





    <i>LE RENGAT</i>


    a c'est un rengat. Contumace partout:
    Pour ne rien faire, a fait tout.
    cum de partout et d'ailleurs; crne et lche,
    cumeur amphibie,  la course,  la tche;
    Esclave, flibustier, ngre, blanc, ou soldat,
    Bravo: fait tout ce qui concerne tout tat;
    Singe, limier de femme ... ou mme, au besoin, femme;
    Prophte <i>in partibus</i>,  tant par kilo d'me;
    Pendu, bourreau, poison, fltiste, mdecin,
    Eunuque; ou mendiant, un coutelas en main....

    La mort le connat bien, mais n'en a plus envie....
    Recrach par la mort, recrach par la vie,
    a mange de l'humain, de l'or, de l'excrment,
    Du plomb, de l'ambroisie ... ou rien--Ce que a sent.--

    Son nom?--Il a chang de peau, comme chemise....
    Dans toutes langues c'est: Ignace ou Cydalyse,
    <i>Todos los santos</i>....  Mais il ne porte plus a;
    Il a bien effac son <i>T. F</i>. de forat!...
    --Qui l'a pouss ... l'amour?--Il a jet sa gourme!
    Il a tout viol: potence et garde-chiourme.
    --La haine?--Non.--Le vol?--Il a refus mieux.
    --Coup de barre du vice?--Il n'est pas vicieux;
    Non ... dans le ventre il a de la fille-de-joie,
    C'est un temprament ... un artiste de proie.

         *       *       *       *       *

    Au diable mme il n'a pas fait misricorde.
    --Hle encore!--Il a tout pourri jusqu' la corde,
    Il a tu toute <i>bte</i>, reint tous les coups....

    Pur,  force d'avoir purg tous les dgots.


                                       (<i>Balares</i>.)




    <i>AURORA</i>


    <i>APPAREILLAGE D'UN BRICK CORSAIRE</i>


                   <i>Quand l'on fut toujours vertueux
                   L'on aime  voir lever l'aurore</i>.... 

    Cent vingt <i>corsaires</i>, gens de corde et de sac,
    A bord de la <i>Mary-Gratis</i>, ont mis leur sac.
    --Il est temps, les enfants! on a roul sa bosse....
    Hisse!--C'est le grand foc qui va payer la noce.
    Etarque!--Leur argent les fasse tous cocus!...
    La drisse du grand-foc leur rendra leurs cus....
    --Hisse ho!... <i>C'est pas tant le gendarm' qu j r'grette!</i>
    --Hisse ho!... <i>C'est pas a! Naviguons, ma brunette!</i>

    Va donc <i>Mary-Gratis</i>, brick cumeur d'Anglais!
    Vire  pic et drape!..--Un coquin de vent frais
    Largue, en vrai matelot, les voiles de l'aurore;
    L'cho des cabarets de terre beugle encore....
    Eux rpondent en choeur, perchs dans les huniers,
    Comme des colibris au haut des cocotiers:

            <i>Jusqu'au revoir, la belle,
            Bientt nous reviendrons</i>.... 

    Ils ont bien pass l quatre nuits de liesse,
    Moiti sous le comptoir et moiti sur l'htesse....

            ... <i>Tchez d'tre fidle,
            Nous serons bons garons</i>.... 

    --vente les huniers!... <i>C'est pas a qu j r'grette</i>....
    --Brasse et borde partout!... <i>Naviguons, ma brunette!</i>
    --<i>Adieu, sjour de guigne!</i>... Et roule, et cours bon bord....
    Va, la <i>Mary-Gratis!</i>--au nord-est quart de nord.--

    ... Et la <i>Mary-Gratis</i>, en flibustant l'cume,
    Bordant le lit du vent se gte dans la brume.
    Et le grand flot du large en sursaut rveill
    A terre va biller, s'tirant sur le roc:
            <i>Roul' ta bosse, tout est pay
                       Hiss' le grand foc!</i>

         *       *       *       *       *

    Ils cinglent dj loin. Et, couvrant leur sillage,
    La houle qui roulait leur chanson sur la plage
    Murmure solidement, revenant sur ses pas:
    --Tout est pay, la belle!... ils ne reviendront pas.




    <i>LE NOVICE EN PARTANCE</i>
              <i>et</i>
          <i>SENTIMENTAL</i>


    A LA DCENTE DES MARINS CHES
    MARIJANE SERRE A BOIRE & A
    MANGER COUCHE A PIEDS ET A
    CHEVAL.
                   DEBIT.


    Le temps tait si beau, la mer tait si belle....
            Qu'on dirait qu'y en avait pas.
    Je promenais, un coup encore, ma Donzelle,
            A terre, tous deux, sous mon bras.

    C'tait donc, pour du coup, la dernire journe.
            Comme-a: a m'tait gal....
    a n'en tait pas moins la suprme tourne
            Et j'tais sensitif pas mal.

    ... Tous les ans, plus ou moins, je relchais prs d'elle
            --Un mois de mouillage  passer--
    Et je la relchais tout frachement fidle....
            Et toujours  recommencer.

    Donc, quand la barque tait  l'ancre, sans malice
            J'accostais, novice vainqueur,
    Pour mouiller un pied d'ancre. Esprance propice!...
            Un pied d'ancre dans son coeur!

    Elle donnait la main  manger mon dcompte
            Et mes avances  manger.
    Car, pour un <i>mathurin</i> faraud, c'est une honte:[7]
            De ne pas rembarquer lger.

    J'emportais ses cheveux, pour en cas de naufrage,
            Et ses adieux au long-cours.
    Et je lui rapportais des objets de sauvage,
            Que le douanier saisit toujours.

    Je me l'imaginais pendant les traverses,
            Moi-mme et naturellement.
    Je m'en imaginais d'autres aussi--senses
            Elle--dans mon temprament.

    Mon nom mle  son nom femelle se jumelle,
            Bout--bout et par  peu-prs:
    Moi je suis Jean-Marie et c'est Mary-Jane elle....
            Elle ni moi <i>n'ons</i> fait exprs.

    ... Notre chien de mtier est chose assez jolis
            Pour un leste et gueusard amant;
    Toujours pour dmarrer on trouve l'embellie:
            --Un pleur....  Et saille de l'avant!

    Et hisse le grand foc!--la loi me le commande.--
            Largue les <i>garcettes</i>, sans gant![8]
    Etarque  bloc!--L'homme est libre et la mer est grande
            La femme: un sillage!... Et bon vent!--

    On a toujours, puisque c'est dans notre nature,
            --Coulant en douceur, comme tout--
    Fil son cble par le bout, sans <i>fignolure</i>....
            Fil son cble par le bout!

    --File!... la passion n'est jamais dfrise.
            --Evente tout et pique au nord!
    Borde la brigantine et porte  la rise!...
            --On prend sa capote et s'endort....

    --Et file le parfait amour!  ma manire,
            --Ce n'est pas la bonne: tant mieux!
    C'est encor la meilleure et dernire et premire....
            As pas peur d'chouer, mon vieux!

    Ah! la mer et l'amour!--On sait--c'est variable....
            Aujourd'hui: zphyrs et houris!
    Et demain ... c'est un grain: Vente la peau du diable!
            Debout au quart! croche des ris!...

    --Nous fesons le bonheur d'un tas de malheureuses,
            Gabiers-volants de Cupidon!...
    Et la lame de l'ouest nous rince les pleureuses....
            --Encore une! et lave le pont!

         *       *       *       *       *

    Comme a mol je suis. Elle, c'tait la rose
            D'amour, et du dbit d'ici....
    Nous cherchions tous deux  nous dire quelque chose
            De triste.--C'est plus propre aussi.--

    ... Elle ne disait rien--Moi: pas plus.--Et sans doute,
            La chose aurait dur longtemps....
    Quand elle dit, d'un coup, au milieu de la route:
            --Ah Jsus! comme il fait beau temps.--

    J'y pensais justement, et peut-tre avant elle....
            Comme avec un mme coeur, quoi!
    Donc, je dis  mon tour:--Oh! oui, mademoiselle,
            Oui...; Les vents hlent le <i>noro</i>....

    --Ah! pour o partez-vous?--Ah! pour notre voyage....
            --Des pays mauvais?--Pas meilleurs....
    --Pourquoi?--Pour faire un tour, dmoisir l'quipage....
            Pour quelque part, et pas ailleurs:

    New-York ... Saint-Malo....--Que partout Dieu vous garde!
            --Oh!... Le saint homme y peut s'asseoir;
    a n'est notre mtier  nous, a nous regarde:
            <i>Eveillatifs</i>, l'oeil au bossoir!

    --Oh! ne blasphmez pas! Que la Vierge vous veille!
            --Oui: que je vous rapporte encor
    Une bonne Vierge  la faon de Marseille:
            Pieds, mains, et tte et tout, en or?...

    --Votre navire est-il bon pour la mer lointaine?
            --Ah! pour a, je ne sais pas trop,
    Mademoiselle; c'est l'affaire au capitaine,
            Pas  vous, ni moi matelot.

    --Mais le navire a-t-il un beau nom de baptme?
            --C'est un <i>brick</i> ... pour son petit nom:
    Un espce de nom de dieu ... toujours le mme,
            Ou de sa moiti: <i>Junon</i>....

    --Je tremblerai pour vous, quand la mer se tourmente....
            --Tiens bon, va! la coque a deux bords....
    On sait patiner a! comme on fait d'une amante....
            --Mais les mauvais maux?...--Oh! des sorts!

    --Je tremble aussi que vous n'oubliiez mes tendresses
            Parmi vos reines de l-bas....
    --Beaux cadavres de femme: oui! mais noirs et singesses.
            Et puis: voyez, l, sur mon bras:

    C'est l'<i>Htel de l'Hymen, dont deux coeurs en gargousse</i>
            Tatous  perptuit!
    Et <i>la petite bonne-femme en frac de mousse</i>:
            C'est vous, en portrait ... pas flatt.

    --Pour lors, c'est donc demain que vous quittez?...--Peut-tre.
            --Dj!...--Peut-tre aprs-demain.
    --Regardez en appareillant, vers ma fentre:
            On fera bonjour de la main.

    --C'est bon. Jusqu'au retour de n'importe o, m'amie....
            Du Tropique ou Noukahiva.
    Tchez d'tre fidle, et moi: sans avarie....
            Une autre fois mieux!--Adieu-vat!


                                       (<i>Brest-Recouvrance</i>.)


    [Note 7: <i>Mathurin</i>: <i>Dumanet</i> maritime.]

    [Note 8: <i>Garcettes</i>.--Bouts de cordes qui servent
      serrer les voiles.]




    <i>LA GOUTTE</i>


    Sous un seul hunier--le dernier-- la cape,
    Le navire tait sol; l'eau sur nous faisait nappe.
    --Aux pompes, faillis chiens!--L'quipage fit--non.--

    --Le hunier! le hunier!...
                               C'est un coup de canon.
    Un grand froufrou de soie  travers la tourmente.

    --Le hunier emport!--C'est la fin. Quelqu'un chante.--
    --Tais-toi, Lascar!--Tantt.--Le hunier emport!...
    --Pare le foc, quelqu'un de bonne volont!...
    --Moi.--Toi, lascar?--Je chantais a, moi, capitaine.
    --Va.--Non: la goutte avant?--Non, aprs.--Pas la peine:
    La grande tasse est l pour un coup....--
                                              Pour braver,

    Quoi! mourir pour mourir et ne rien sauver....
    --Fais comme tu pourras: Coupe. Et gare  ta drisse.
    --Merci--
              D'un bond du singe il saute, de la lisse,
    Sur le beaupr noy, dans les agrs pendants.
    --Bravo!--
               Nous regardions, la mort entre les dents.

    --Garons, tous  la drisse!  nous! pare l'coute!...
    (Le coup de grce enfin.... )--Hisse! barre au vent toute!
    Hurrah! nous abattons!...--
                                 Et le foc dferl
    Redresse en un clin d'oeil le navire accul.
    C'est le salut  nous qui bat dans cette loque
    Fuyant devant le temps! Encor par la coque!
    --Hurrah pour le lascar!--Le lascar?...
                                            --A la mer!
    --Disparu?--Disparu--Bon, ce n'est pas trop cher.

         *       *       *       *       *

    --Ouf! c'est fait--Toi, Lascar!--moi, Lascar, capitaine,
    La lame m'a rinc de dessus la poulaine,
    Le mme coup de mer m'a ramen gratis....
    Allons, mes poux n'auront pas besoin d'onguent-gris.

    --Accoste, tout le monde! Et toi, Lascar, coute:
    Nous te devons la vie....--Aprs?--Pour a?...--La goutte!
    Mais c'tait pas pour a, n'allez pas croire, au moins....
    --Viens m'embrasser!--Attrape  torcher les grouins.
    J'suis pas beau, capitain', mais, soit dit en famille,
    Je vous ai fait plaisir plus qu'une belle fille?...

         *       *       *       *       *

    Le capitaine mit, ce jour, sur son rapport:
    --<i>Gros temps. Laiss porter. Rien de neuf  bord</i>.--


                                                 (<i>A bord</i>.)




    <i>BAMBINE</i>


    Tu dors sous les panais, capitaine Bambine
    Du remorqueur havrais <i>l' Aimable Proserpine</i>,
    Qui, vingt-huit ans, fit voir au Parisien bant,
    Pour vingt sous: <i>L' OCAN! L'OCAN!! L'OCAN!!!</i>

    Train de plaisir au large.--On double la jete--
    En rade: <i>y a-z-un peu d'gomme</i>....--Une mer dmonte--
    Et <i>la cargaison</i> rle:--Ah! commandant! assez!
    Assez, pour notre argent, de tempte! cessez!--

    Bambine ne dit mot. Un bon coup de mer passe
    Sur les infortuns:--Ah--, capitaine! grce!...
    --C'est bon ... si ces messieurs et dam's ont leur content?...
    C'est pas pour mon plaisir, moi, v's tes mon chargement:
    Pare  virer....--

                          Malheur! le coquin de navire
    Donne en grand sur un banc....--Stoppe!--Fini de rire....
    Et talonne  tout rompre, et roule bord sur bord
    Balay par la lame:--A la fin, c'est trop fort!...--
    Et la <i>cargaison</i> rend des cris ... rend tout! rend l'me
    Bambine fait les cent pas.
                               Un ange, une femme
    Le prend:--C'est ennuyeux a, conducteur! cessez!
    Faites-moi mettre  terre,  la fin! c'est assez!--

    Bambine l'longeant d'un long regard austre:
    --A terre! q'vous avez dit?... vous avez dit:  terre....
    A terre! pas dgotai!... Moi-z'aussi, foi d'mat'lot,
    J'voudrais ben!... attendu q'si t'-ta-l'heure l'prim' flot
    Ne soulag' pas la coque: vous et moi, mes princesses
    J'brons ben, sauf respect, la lavure d'nos fesses!--

    Il reprit ses cent pas, tout  fait mal bord:
    --A terre!... j'cris f...tre ben! Les femm's!... pas dgot!


                   (<i>Havre-de-Grce. La Hve.--(Aot</i>.)




    <i>CAP'TAINE LEDOUX</i>


       A LA BONNE RELACHE DES CABOTEURS
           VEUVE-CAP'TAINE GALMICHE
      CHAUDIRE POUR LES MARINS--COOK-HOUSE
               BRANDY--LIQOEUR
                 --POULIAGE--


    Tiens, c'est l'cap'tain' Ledoux!.. eh quel bon vent vous pousse:
    --Un <i>bon frais</i>, m'am' Galmiche,  fair' plier mon pouce:
    R'lchs en avarie, en rade, avec mon <i>lougre</i>....
    --Auguss! on se hiss' pas comme a desur les g'noux
    Des cap'tain's!...--Eh, laissez, l'chrubin! c'est  vous:
    --Mon portrait crach hein?...--Ah....
                   Ah! l'vilain p'tit bougre.


                   (<i>Saint-Mlo-de-l'Isle</i>.)




    <i>LETTRE DU MEXIQUE</i>


                   <i>La Vera-Cruz, 10 fvrier</i>.

    Vous m'avez confi le petit.--Il est mort.
    Et plus d'un camarade avec, pauvre cher tre.
    L'quipage ... y en a plus. Il reviendra peut-tre
        Quelques-uns de nous.--C'est le sort--

    Rien n'est beau comme a--Matelot--pour un homme
    Tout le monde en voudrait  terre--C'est bien sur.
    Sans le dsagrment. Rien que a: Voyez comme
        Dj l'apprentissage est dur.

    Je pleure en marquant a, moi, vieux <i>Frre-la-cte.
    J'aurais donn ma peau joliment sans faon
    Pour vous le renvoyer....  Moi, ce n'est pas ma faute:
        Ce mal-l n'a pas de raison.

    La fivre est ici comme Mars en carme,
    Au cimetire on va toucher sa ration.
    Le zouave a nomm a--Parisien quand-mme--
        <i>Le Jardin d'acclimatation</i>.

    Consolez-vous. Le monde y crve comme mouches.
    ... J'ai trouv dans son sac des souvenir de coeur:
    Un portrait de fille, et deux petites babouches,
        Et: marqu--<i>Cadeau pour ma soeur</i>.--

    Il fait dire  <i>maman</i>: qu'il a fait sa prire.
    Au pre: qu'il serait mieux mort dans un combat.
    Deux anges taient l sur son heure dernire:
        Un matelot. Un vieux soldat.


                   <i>Toulon, 24 mai</i>.




    <i>LE MOUSSE</i>


    Mousse:. il est donc marin, ton pre?...
    --Pcheur. Perdu depuis longtemps.
    En dcouchant d'avec ma mre,
    Il a couch dans les brisants....

    Maman lui garde au cimetire
    Une tombe--et rien dedans.--
    C'est moi son mari sur la terre,
    Pour gagner du pain aux enfants

    Deux petits.--Alors, sur la plage,
    Rien n'est revenu du naufrage?...
    --Son garde-pipe et son sabot....

    La mre pleure, le dimanche,
    Pour repos....  Moi: j'ai ma revanche
    Quand je serai grand-matelot!--


                   <i>(Baie des Trpasss</i>.)




    <i>AU VIEUX ROSCOFF</i>


    <i>Berceuse en Nord-Ouest mineur</i>

    Trou de flibustiers, vieux nid
    A corsaires!--dans la tourmente,
    Dors ton bon somme de granit
    Sur tes caves que le flot hante....

    Ronfle  la mer, ronfle  la brise;
    Ta corne dans la brume grise,
    Ton pied marin dans les brisans....
    --Dors: tu peux fermer ton oeil borgne
    Ouvert sur le large, et qui lorgne
    Les Anglais, depuis trois cents ans.

    --Dors, vieille coque bien ancre;
    Les margats et les cormorans
    Tes grands potes d'ouragans
    Viendront chanter  la mare....

    --Dors, vieille fille--matelots;
    Plus ne te soleront ces flots
    Qui te faisaient une ceinture
    Dore, aux nuits rouges de vin,
    De sang, de feu!--Dors....  Sur ton sein
    L'or ne tondra plus en friture.

    --O sont les noms de tes amants....
    --La mer et la gloire taient folles!--
    Noms de lascars! noms de gants!
    Crachs des gueules d'espingoles....

    O battaient-ils, ces pavillons,
    charpant ton ciel en haillons!...
    --Dors au ciel de plomb sur tes dunes....
    Dors: plus ne viendront ricocher
    Les boulets morts, sur ton clocher
    Cribl--comme un prunier--de prunes....

    --Dors: sous les noires chemines,
    coute rver tes enfants,
    Mousses du quatre-vingt-dix ans,
    paves des belles annes....

         *       *       *       *       *

    Il dort ton bon canon de fer,
    A plat-ventre aussi dans sa souille,
    Grl par les lunes d'hyver....
    Il dort son lourd sommeil de rouille.
    --Va: ronfle au vent, vieux ronfleur,
    Tiens toujours ta gueule enrage
    Braque  l'Anglais!... et charge
    De maigre jonc-marin en fleur.


                   (<i>Roscoff.--Dcembre</i>.)




    <i>LE DOUANIER</i>


    <i>lgie de corps-de-garde  la mmoire des douaniers
                      gardes-ctes
       mis  la retraite le</i> 30 <i>novembre</i> 1869.


    Quoi, l'on te tend l'oreille! est-il vrai qu'on te rogne,
    Douanier?... Tu vas mourir et pourrir sans faon,
    <i>Gablou</i>?...--Non! car je vais rempailler--Qui qu'en grogne!--
    Mais, sans te dflorer: avec une chanson;
    Et te coller ici, boucan de mes rimes,
    Comme les varechs secs des herbiers maritimes.

        --Ange-gardien culott par les brises,
          Pnate des falaises grises,
          Vieux oiseau sal du bon Dieu
          Qui flnes dans la tempte,
          Sans aurole  ta tte,
          Sans aile  ton habit bleu!...

          Je t'aime, modeste amphibie
          Et ta bonne trogne d'amour,
          Anmone de mer fourbie
          panouie  mon <i>bonjour!</i>...
          Et j'aime ton <i>bonjour</i>, brave homme,
          Roucoul dans ton estomac,
          Tout gargaris de rogomme
          Et tann de jus de tabac!
          J'aime ton petit corps de garde
          Haut perch comme un goland
              Qui regarde
          Dans les quatre aires-de-vent.

          L, rat de mer solitaire,
          Bien loin du contrebandier
          Tu rumines ta chimre:
          --Les galons de brigadier!--

          Puis un petit coup-de-blague
          Doux comme un demi-sommeil....
          Et puis: biller  la vague,
          Philosopher au soleil....

          La nuit, quand fait la rafale
          La chair-de-poule au flot ple,
          Hululant dans le roc noir....
          Se promne une ombre errante;
          Soudain: une pipe ardente
          Rutile....--Ah! douanier, bonsoir.

         *       *       *       *       *

    --Tout se trouvait en toi, bonne femme cynique:
    Brantme, Anacron, Barme et le Portique;
    Homre-troubadour, vieille Muse qui chique!
    Pote trop senti pour tre potique!...
    --Tout: sorcier, sage-femme et briquet phosphorique,
    Rose-des-vents, sacr gui, lierre bacchique,
    Thermomtre  l'alcool, coucou droit  musique,
    Oracle, cho, docteur, almanach, empirique,
    Cur voltairien, hutre politique....
    --Sphinx d'assiette d'un sou, ton douanier souvenir
    Lisait le bordereau mme de l'avenir!

    --Tu connaissais Phoeb, Phoebus, et les mares....
    Les amarres d'amour sur les grves ancres
    Sous le vent des rochers; et tout amant fraudeur
    Sous ta coupe passait le colis de son coeur....
    --Tu reniflais le temps, quinze jours  l'avance,
    Et les noces: neuf mois ... et l'tat de la France;
    Tu savais tous les noms, les cancans d'alentour,
    Et de terre et de mer, et de nuit et de jour!...

    Je te disais ce que je savais crire....
    Et nous nous comprenions--tu ne savais pas lire--
    Mais ta philosophie tait un puits profond
    O j'aimais  cracher, rveur ... pour faire un rond.

         *       *       *       *       *

    Un jour--ce fut ton jour!--Je te vis redoutable:
        Sous ton bras fivreux cahotait la table
        O nageait, pars, du papier timbr;
        La plume crachait dans tes mains alertes
        Et sur ton front noir, tes lunettes vertes
        Sillonnaient d'clairs ton nez cabr....

        --Contre deux rasoirs d'Albion perfide,
        Nous verbalisions! tu verbalisais!
        <i>Plus les deux susdits ... dont un baril vide</i>.... 
        J'avais compos, tu repolissais....

         *       *       *       *       *

    --Comme un songe passs, douanier, ces jours de fte!
    Fais valoir maintenant tes droits  la retraite....
    --Brigadier, brigadier, vous n'aurez plus raison!...
    --Plus de longue journe  gratter l'horizon,
    Plus de sieste au soleil, plus de pipe  la lune,
    Plus de nuit  l'afft des lapins sur la dune....
    Plus rien, quoi!... que <i>la goutte</i> et le ressouvenir....
    --Ah! pourtant: tout: cela c'est bien vieux pour finir!

    --Va, lzard dmod! Faut passer, mon vieux type;
    Il faut te voir t'teindre et s'teindre ta pipe....
    Passer, ta pipe et toi, parmi les vieux culots:
    L'administration meurt, faute de ballots!...

    Telle que, sans rose, une sombre pervenche
    Se replie, en closant sa corolle qui penche....
    Telle, sans contrebande, on voit se replier
    La capote gris-bleu, corolle du douanier!...

    Quel sera dsormais le terme du problme:
    --L'ennui contemplatif divis par lui-mme?--
    Quel balancier rveur fera donc les cent pas,
    Pote, sans savoir qu'il ne s'en doute pas....
    Qui? sinon le douanier.---Hlas, qu'on me le rende!
    Duss-je pour cela foire la contrebande....

         *       *       *       *       *

    --Non: fini!... rform! Va, l'oreille fendue,
    Rendre au gouvernement ta pauvre me rendue....
    Rends ton gabion, rends tes <i>Procs-verbaux divers</i>;
    Rends ton bancal, rends tout, rends ta chique!...
                   Et mes vers.


                   (<i>Roscoff.--Novembre</i>.)




    <i>LE NAUFRAGEUR</i>


        Si ce n'tait pas vrai--Que je crve!

         *       *       *       *       *

        J'ai vu dans mes yeux, dans mon rve,
        La NOTRE-DAME DES BRISANS
        Qui jetait  ses pauvres gens
        Un gros navire sur leur grve....
        Sur la grve des Kerlouans
        Aussi golands que les golands.

    Le sort est dans l'eau: le cormoran nage,
    Le vent bat en cte, et c'est le <i>Mois Noir</i>....
    Oh! moi je sens bien de loin le naufrage!
    Moi j'entends l-haut chasser le nuage.
    Moi je vois profond dans la nuit, sans voir!

        Moi je siffle quand la mer gronde,
        Oiseau de malheur  poil roux!...
        J'ai promis aux douaniers de ronde,
        Leur part, pour rester dans leurs trous....
        Que je sois seul!--oiseau d'pave
        Sur les brisans que la mer lave....

         *       *       *       *       *

        Oiseau de malheur  poil roux!

        --Et qu'il vente la peau du diable!
        Je sens a dj sous ma peau.
        La mer moutonne!...--Ho, mon troupeau!
        --C'est moi le berger, sur le sable....

    L'enfer fait l'amour.--Je ris comme un mort--
    Sautez sous le <i>H!</i>... le <i>H</i> des rafales,
    Sur les <i>noirs taureaux sourds, blanches cavales!</i>
    Votre cume  moi, <i>cavales d'Armor!</i>
    Et vos crins au vent!...--Je ris comme un mort--

        Mon pre tait un vieux <i>saltin</i>,
        Ma mre une vieille <i>morgate</i>...
        Une nuit, sonna le tocsin:
        --Vite  la cte: une frgate!--
        ... Et dans la nuit, jusqu'au matin,
        Ils ont tout rinc la frgate....
        --Mais il dort mort le vieux <i>saltin</i>,
        Et morte la vieille <i>morgate</i>....
        L-haut, dans le paradis saint
        Ils n'ont plus besoin de frgate.


                   (<i>Ranc de Kerlouan.--Novembre</i>.)


    Notes:

    <i>Saltin</i>: pilleur d'paves.
    <i>Morgate</i>: pieuvre.




    <i>A MON COTRE LE NGRIER</i>


    Vendu sur l'air de: <i>Adieu, mon beau Navire</i>!...


            Allons file, mon cotre!
            Adieu mon Ngrier.
            Va, file aux mains d'un autre
            Qui pourra te noyer....

    Nous n'irons plus sur la vague lascive
            Nous gter en fringuant!
    Plus nous n'irons  la molle drive
            Nous rouler en rvant....

            --Adieu, rouleur de cotre,
            Roule mon Ngrier,
            Sous les pieds plats de l'autre
            Que tu pourras noyer.

    Va! nous n'irons plus rouler notre bosse....
            Tu cascadais fourbu;
    Les coups de mer arrosaient notre noce,
            Dis: en avons-nous bu!...

            --Et va, noceur de cotre!
            Noce, mon Ngrier!
            Que sur ton pont se vautre
            Un noceur perruquier.

    ... Et, tous les crins au vent, nos chaloupeuses!
            Ces vierges  sabords!
    Te patinant dans nos courses mousseuses!...
            Ah! c'taient les bons bords!...

            --Va, pourfendeur de lames,
            Pourfendre,  Ngrier!
            L'estomac  des dames
            Qui <i>paront leur loyer</i>.

    ... Et sur le dos rapide de la houle.
            Sur le roc au dos dur,
    A toc de toile allait ta coque sole....
            --Mais toujours d'un oeil sr!--

            --Va te soler, mon cotre:
            A crever! Ngrier.
            Et montre bien  l'autre
            Qu'on savait louvoyer.

    ... Il faisait beau quand nous mettions en panne,
            Vent-dedans vent-dessus;
    Comme on pchait!... Va: je suis dans la panne
            O l'on ne pche plus.

            --La mer jolie est belle
            Et les brisans sont blancs....
            Pench, trempe ton aile
            Avec les golands!...

    Et cingle encor de ton fin mat-de-flche,
            Le ciel qui court au loin.
    Va! qu'en glissant, l'algue profonde lche
            Ton ventre de marsouin!

            --Va, sans moi, sans ton me;
            Et saille de l'avant!...
            Plus ne battras ma flamme
            Qui chicanait le vent.

    Que la rise enfle encor ta <i>Fortune</i>
            En bandant tes agrs!
    --Moi: plus d'agrs, de lest, ni de fortune....
            Ni de rise aprs!

            ... Va-t'en, humant la brume
            Sans moi, prendre le frais,
            Sur la vague de plume....
            Va!--Moi j'ai trop de frais.--

    Lgre encor est pour toi la rafale
            Qui frisotte la mer!
    Va....--Pour moi seul, rafale, la rafale
            Soulve un flot amer!...

            --Dans ton me de cotre,
            Pense  ton matelot
            Quand, d'un bord ou de l'autre,
            Remontera le flot....

    --Tu peux encor chouer ta carne
            Sur l'humide varech;
    Mais moi j'choue aux ctes de la gne,
            Faute de fond-- sec--


                   (<i>Roscoff.--Aot</i>.)


    Note:

    Large voile de beau temps.




    <i>LE PHARE</i>


    Phoebus, de mauvais poil, se couche.
            Droit sur l'cueil:
    S'allume le grand borgne louche,
            Clignant de l'oeil.

    Debout, Priape d'ouragan,
            En vain le lche
    La lame de rut cumant....
            --Il tient sa mche.

    Il se mte et rit de sa rage,
            Bandant  bloc;
    Fier bout de chandelle sauvage
            Plante au roc!

    --En vain, sur sa tte chenue,
            D'amont, d'aval,
    Caracole et s'abat la nue,
            Comme un cheval....

    --Il tient le lampion au naufrage.
            Tout en rvant,
    Casse la mer, crve l'orage
            Siffle le vent.

    Ronfle et vibre comme une trompe,
            --Diapason
    D'ole--Il se peut bien qu'il rompe,
            Mais plier--non.--

    Sait-il son Musset: A la brune
            Il est jauni
    Et pose juste pour la lune
            Comme un grand I.

    ... L, gt debout une vestale
            --C'est l'allumoir--
    Vierge et martyre (sexe mle)
            --C'est l'teignoir.--

    Comme un lzard  l'eau-de-vie
            Dans un bocal,
    Il tirebouchonne sa vie
            Dans ce fanal.

    Est-il philosophe ou pote?...
            --Il n'en sait rien--
    Lunatique ou simplement bte?...
            --a se vaut bien--

    Demandez-lui donc s'il chrit
            Sa solitude?
    --S'il parle, il rpondra qu'il vit....
            Par habitude.

         *       *       *       *       *

    --Oh! que je voudrais l, Madame,
            Tous deux!...--veux-tu?--
    Vivre, dent pour oeil, corps pour me!...
            --Rve pointu.--

    Vous percheriez dans la lanterne:
            Je monterais....
    --Et moi: ci-gt, dans la citerne....
            --Tu descendrais--

    Dans le boyau de l'difice
            Nous promenant,
    Et, dans <i>le feu</i>--sans artifice--
            Nous rencontrant.

    Joli ramonage ... et bizarre,
            Du haut en bas!
    --Entre nous ... l'rection du phare
            N'y tiendrait pas....


                             (<i>Les Triagots.--<i>Mai</i>.)




    <i>LA FIN</i>


      Oh! combien de marins, combien de capitaines
      Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
      Dans ce morne horizon se sont vanouis!...

         *       *       *       *       *

      Combien de patrons morts avec leurs quipages!
      L'Ocan, de leur vie a pris toutes les pages,
      Et, d'un souffle, il a tout dispers sur les flots.
      Nul ne saura leur fin dans l'abme plonge....

         *       *       *       *       *

      Nul ne saura leurs noms, pas mme l'humble pierre,
      Dans l'troit .cimetire o l'cho nous rpond,
      Pas mme un saute vert qui s'effeuille  l'automne,
      Pas mme la chanson plaintive et monotone
      D'un aveugle qui chante  l'angle d'un vieux pont.

                   V. Hugo.--<i>Oceano nox</i>.


    Eh bien, tous ces marins--matelots, capitaines,
    Dans leur grand Ocan  jamais engloutis....
    Partis insoucieux pour leurs courses lointaines
    Sont morts--absolument comme ils taient partis.

    Allons! c'est leur mtier; ils sont morts dans leurs bottes!
    Leur <i>boujaron</i> au coeur, tout vifs dans leurs capotes....
    --<i>Morts</i>....  Merci: la <i>Camarde</i> a pas le pied marin;
    Qu'elle couche avec vous: c'est votre bonne-femme....
    --Eux, allons donc: Entiers! enlevs par la lame!
              Ou perdus dans un grain....

    Un grain ... est-ce la mort a? la basse voilure
    Battant  travers l'eau!--a se dit <i>encombrer</i>....
    Un coup de mer plomb, puis la haute mture
    Fouettant les flots ras--et a se dit <i>sombrer</i>.

    --Sombrer--Sondez ce mot. Votre <i>mort</i> est bien ple
    Et pas grand'chose  bord, sous la lourde rafale....
    Pas grand'chose devant le grand sourire amer
    Du matelot qui lutte.--Allons donc, de la place!--
    Vieux fantme vent, la Mort change de face:
                       La Mer!...

    Noys?--Eh allons donc! Les <i>noys</i> sont d'eau douce.
    --Couls! corps et biens! Et, jusqu'au petit mousse,
    Le dfi dans les yeux, dans les dents le juron!
    A l'cume crachant une chique rle,
    Buvant sans hauts-de-coeur <i>la grand' tasse sale</i>....
             --Comme ils ont bu leur boujaron.--

         *       *       *       *       *

    --Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetire:
    Eux ils vont aux requins! L'me d'un matelot
    Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,
                Respire  chaque flot.

    --Voyez  l'horizon se soulever la houle;
            On dirait le ventre amoureux
    D'une fille de joie en rut,  moiti sole....
            Ils sont l!--La houle a du creux.--

    --Ecoutez, coutez la tourmente qui beugle!...
    C'est leur anniversaire--Il revient bien souvent--
    O pote, gardez pour vous vos chants d'aveugle;
    --Eux: le <i>De profundis</i> que leur corne le vent.

    ... Qu'ils roulent infinis dans les espaces vierges!...
                  Qu'ils roulent verts et nus,
    Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges....
    --Laissez-les donc rouler, <i>terriers</i> parvenus!


                                      (<i>A bord</i>.--11 fvrier.)


    Note:

    <i>Boujaron</i>: ration d'eau-de-vie.


         *       *       *       *       *


    <i>RONDELS POUR APRS</i>


         *       *       *       *       *


    <i>SONNET POSTHUME</i>


    <i>Dors: ce lit est le tien....  Tu n'iras plus au ntre.
    --Qui dort dne.--A tes dents viendra tout seul le foin.
    Dors: on t'aimera bien--L'aim c'est toujours</i> l'Autre....
    <i>Rve: La plus aime est toujours la plus loin....

    Dors: on t'appellera beau dcrocheur d'toiles!
    Chevaucheur de rayons!... quand il fera bien noir;
    Et l'ange du plafond, maigre araigne, au soir,
    --Espoir--sur ton front vide ira filer ses toiles.

    Museleur de voilette! un baiser sous le voile
    T'attend ... on ne sait o: ferme tes yeux pour voir.
    Ris: Les premiers honneurs t'attendent sous le pole.

    On cassera ton nez d'un bon coup d'encensoir,
    Doux fumet!... pour la trogne en fleur, pleine de moelle
    D'un sacristain trs-bien, avec son teignoir</i>.




    <i>RONDEL</i>


    <i>Il fait noir, enfant, voleur d'tincelles!
    Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours;
    Dors ... en attendant venir toutes celles
    Qui disaient: Jamais! Qui disaient: Toujours!

    Entends-tu leurs pas?... Ils ne sont pas lourds:
    Oh! les pieds lgers!--l'Amour a des ailes....
    Il fait noir, enfant, voleur d'tincelles!

    Entends-tu leurs voix?... Les caveaux sont sourds.
    Dors: Il pse peu, ton faix d'immortelles:
    Ils ne viendront pas, tes amis les ours,
    Jeter leur pav sur tes demoiselles....
    Il fait noir, enfant, voleur d'tincelles!</i>




    <i>DO, L'ENFANT, DO.... </i>


    <i>Buona Vespre! Dors: Ton bout de cierge....
    On l'a pos l, puis on est parti.
    Tu n'auras pas peur seul, pauvre petit?...
    C'est le chandelier de ton lit d'auberge.

    Du fesse-cahier ne crains plus la verge,
    Va!... De t'veiller point n'est si hardi.
    Buona sera! Dors: Ton bout de cierge....

    Est mort.-Il n'est plus, ici, de concierge:
    Seuls, le vent du nord, le vent du midi
    Viendront balancer un fil-de-la-Vierge.
    Chut! Pour les pieds-plats, ton sol est maudit.
    --Buona nocte! Dors: Ton bout de cierge</i>....



    <i>MIRLITON</i>


    <i>Dors d'amour, mchant ferreur de cigales!
    Dans le chiendent qui te couvrira
    La cigale aussi pour toi chantera,
    Joyeuse, avec ses petites cymbales.

    La rose aura des pleurs matinales;
    Et le muguet blanc fait un joli drap....
    Dors d'amour, mchant ferreur de cigales

    Pleureuses en troupeau passeront les rafales....

    La Muse camarde ici posera,
    Sur ta bouche noire encore elle aura
    Ces rimes qui vont aux moelles des ples....
    Dors d'amour, mchant ferreur de cigales</i>.




    <i>PETIT MORT POUR RIRE</i>


    <i>Va vite, lger peigneur de comtes!
    Les herbes au vent seront tes cheveux;
    De ton oeil bant jailliront les feux
    Follets, prisonniers dans les pauvres ttes....

    Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
    Foisonneront plein ton rire terreux....
    Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes....

    Ne fais pas le lourd; cercueils de potes
    Pour les croque-morts sont de simples jeux,
    Botes  violon qui sonnent le creux....
    Ils te croiront mort--Les bourgeois sont btes--
    Va vite, lger peigneur de comtes!</i>




    <i>MALE-FLEURETTE</i>


    <i> Ici reviendra la fleurette blme
    Dont les renouveaux sont toujours passs....
    Dans les coeurs ouverts, sur les os tasss,
    Une folle brise, un beau jour, la sme....

    On crache dessus; on l'imite mme,
    Pour en effrayer les gens trs-senss....
    Ici reviendra la fleurette blme.

    --Oh! ne craignez pas son humble anathme
    Pour vos ventres mrs, Cucurbitacs!
    Elle connat bien tous ses trpasss!
    Et, quand elle tue, elle sait qu'on l'aime....
    --C'est la male-fleur, la fleur de bohme.--

    Ici reviendra la fleurette blme</i>.


         *       *       *       *       *


    <i>A MARCELLE</i>

         *       *       *       *       *

    LA CIGALE ET LE POTE


    <i>Le pote ayant chant,
    Dchant,
    Vit sa Muse presque bue.
    Rouler en bas de sa nue
    De carton, sur des lambeaux
    De papiers et d'oripeaux.
    Il alla coller sa mine
    Aux carreaux de sa voisine,
    Pour lui peindre ses regrets
    D'avoir fait--Oh: pas exprs!--
    Son honteux monstre de livre!...
    --Mais: vous tiez donc bien ivre?
    --Ivre de vous!... Est-ce mal?
    --Ecrivain public banal!
    Qui pouvait si bien le dire....
    Et, si bien ne pas l'crire!
    --J'y pensais, en revenant....
    On n'est pas parfait, Marcelle....
    --Oh! c'est tout comme, dit-elle,
    Si vous chantiez, maintenant!</i>


    FIN

         *       *       *       *       *




    <i>A MARCELLE</i>.

    Le Pote et la Cigale
    a
    Paris
    pitaphe


    <i>LES AMOURS JAUNES</i>.

    A l'ternel Madame
    Fminin singulier
    Bohme de chic
    Gente Dame
    I Sonnet
    Sonnet  sir Bob
    Steam-Boat
    Pudentiane
    Aprs la pluie
    A une Rose
    A la mmoire de Zulma
    Bonne fortune et fortune
    A une Camarade
    Un jeune qui s'en va
    Insomnie
    La pipe au Pote
    Le crapaud
    Femme
    Duel aux camlias
    Fleur d'art
    Pauvre garon
    Dclin
    Bonsoir
    Le pote contumace


    <i>SRNADE DES SRNADES</i>.

    Sonnet de nuit
    Guitare
    Rescousse
    Toit
    Litanie
    Chapelet
    lizir d'Amor
    Vnerie
    Vendetta
    Heures
    Chanson en <i>si</i>
    Portes et fentres
    Grand opra
    Pice  carreaux


    <i>RACCROCS</i>.

    Laisser courre
    A ma jument Souris
    A la douce amie
    A mon chien Pope
    A un Juvnal de lait
    A une demoiselle pour piano
    Dcourageux
    Rapsodie du sourd
    Frre et soeur jumeaux
    Litanie du sommeil
    Idylle coupe
    Le convoi du pauvre
    Djeuner de soleil
    Veder Napoli
    Vsuves et Cie
    Sonto  Napoli
    A l'Etna
    Le Fils de Lamartine et de Graziella
    Libert
    Hidalgo!
    Paria


    <i>ARMOR</i>.

    Paysage mauvais
    Nature morte
    Un riche en Bretagne
    Saint Tupetu de Tu-pe-tu
    La rapsode foraine
    Cris d'aveugle
    La pastorale de Conlie


    <i>GENS DE MER</i>.

    Point n'a fait un tas d'ocans
    Matelots
    Le bossu Bitor
    Le rengat
    Aurora
    Le novice en partance et sentimental
    La goutte
    Bambine
    Cap'taine Ledoux
    Lettre du Mexique
    Le mousse
    Au vieux Roscoff
    Le douanier
    Le naufrageur
    A mon cotre <i>Le Ngrier</i>
    Le phare
    La fin


    <i>RONDELS POUR APRS</i>

    Sonnet posthume
    Rondel
    Mirliton
    Do, l'enfant, do
    Petit mort pour rire
    Male-Fleurette


    <i>A MARCELLE</i>.

    La Cigale et le pote









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things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
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the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
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States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
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with this eBook or online at www.gutenberg.org

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from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
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with the permission of the copyright holder, your use and distribution
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License terms from this work, or any files containing a part of this
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1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
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that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
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     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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