Title: Adresse à l'Assemblée nationale pour les maîtres de poste du royaume, actuellemens présens à Paris
Author: Thiberville
Release date: August 23, 2026 [eBook #79436]
Language: French
Original publication: Paris: L'Imprimerie Nationale, 1791
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/79436
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A PARIS,
DE L’IMPRIMERIE NATIONALE.
1791.
Une partie des Maîtres de Poste du Royaume, attirés à Paris à l’occasion du Décret par lequel l’Assemblée Nationale leur a assuré le bail des Diligences & Messageries du Royaume, réclame contre l’usurpation qu’a faite de cette entreprise une Compagnie, dont la conduite compromet l’intérêt public beaucoup plus encore que l’intérêt des Maîtres de Poste.
Sans pouvoirs de la part des Maîtres de Poste et sur la nomination prétendue de trente sur quatorze cent quarante qui sont répandus dans le Royaume, cette Compagnie s’est emparée de toute l’affaire, l’administre à sa fantaisie ; se distribue les places, en donne, passe des baux, refuse de communiquer avec les Commissaires délégués par les Maîtres de Poste, prescrit des conditions aux Actionnaires, & prend une Marche tellement arbitraire, que d’un instant à l’autre, le service des routes peut cesser ou être interrompu, & le Public devenir tributaire & victime de l’imprudence des Régisseurs & de la cupidité des sous-ordres.
Les Maîtres de Poste exposent, dans un Mémoire particulier, les faits & les détails dont cette Adresse ne seroit pas susceptible ; & ce Mémoire, ils le remettront si l’Assemblée l’ordonne, à MM. du Comité d’Agriculture & de Commerce ; mais pour éclairer la justice de l’Assemblée, ils croyent devoir lui présenter un tableau sommaire de leur réclamation.
La plupart des Maîtres de Poste qui se trouvent sur les routes des diligences ; c’est-à-dire, quatre cent dix-sept, se sont, dans le mois de Novembre dernier, réuni pour demander, tant pour eux que pour leurs Confrères, le bail général de l’entreprise ; ils ont nommé alors douze Commissaires chargés d’enchérir pour eux, de faire les fonds nécessaires, & ensuite de concourir à tous les actes d’administration provisoire, qui seroient indispensables pour le service. Mais quel a été leur étonnement lorsqu’ils ont appris que sur ces douze Commissaires cinq avoient envahi l’administration ; s’étoient associés des étrangers, avoient écarté les coopérateurs qu’on leur avoir donnés, disposoient souverainement de l’entreprise, & y faisoient des traités, & même des loix sociales, sans en prévenir le Corps des Associés !
Les Maîtres de Poste présens à Paris, ont réclamé, mais inutilement ; cependant ils sont garans ; leur fortune l’est, & leur honneur l’est encore davantage, puisque tout le mal que peut faire au Public ce Comité usurpateur, leur sera attribué à eux-mêmes ; or, ils ont donné à l’Assemblée Nationale des preuves trop authentiques de leur patriotisme, pour consentir qu’il soit même soupçonné. En effet, l’Assemblée Nationale veut bien se rappeler sans doute que lors des bruits de guerre, qui ont eu lieu récemment, les Maîtres de Poste ont demandé de faire gratuitement tout le service nécessaire pour l’artillerie. En payant à cet égard leur dette à la Nation, ils ont ambitionné en même temps l’avantage de prouver à ses Représentans la pureté de leur zèle ; aussi lors du Décret qui leur a assuré le bail des Messageries, ont-ils eu le bonheur de voir l’Assemblée Nationale témoigner sa satisfaction par des applaudissemens unanimes. Cet intérêt honorable est pour eux un ordre de plus de remplir avec scrupule les obligations qu’ils ont contractées. Combien donc il leur seroit cruel d’être compromis, calomniés par la conduite des régisseurs mêmes qu’ils désavouent ! Solidaires avec eux dans l’opinion publique, ils partageroient, malgré les intentions les plus pures, des torts qu’ils n’auroient pas ; cette idée leur est insupportable.
A cette considération, à laquelle sans doute l’Assemblée Nationale ne sera pas insensible, les Maîtres de Poste en ajoutent une prise directement & évidemment dans l’intérêt public.
On sait comment administrent les Compagnies Financières. D’une part, elles ne songent qu’à leur intérêt, & de l’autre, leurs agens ne s’occupent que du leur. De là des frais considérables, des gaspillages, des places multipliées données à la recommandation, ou vendues à l’intrigue, des pots-de-vin exigés, des sous-baux faits à des prix exagérés, des concussions, de faux calculs ; en un mot, les écarts ou les fautes de tout genre, qui accompagnent d’ordinaire ce genre d’administration. Or, sur qui retombe en définitif le poids de ces abus ? Sur le Public, & sur le Public seul. Qu’arrivera-t-il donc ? Le service se fera mal, les prix des places seront haussés, l’Administration sera importunée de demandes en indemnité ; les sous-Fermiers chercheront à compenser leurs sacrifices par des vexations ; le Public en un mot sera victime, & l’on retombera dans tous les abus des anciennes Régies.
Ainsi, d’une part, les quatorze cent quarante Maîtres de Postes à qui appartient le bail, c’est-à-dire, quatorze cent Citoyens utiles, tous Agriculteurs, & la plupart pères de famille, seront privés d’une entreprise qui, dans leurs mains, auroit été aussi avantageuse pour eux que pour le Public ; seront en même temps calomniés comme les auteurs des abus & des déprédations ; & d’une autre part, le Public souffrira, en tout sens, d’une Administration qui n’étoit établie que pour son avantage.
Les Maîtres de Postes concluent donc à ce qu’il soit ordonné qu’incessamment une assemblée générale des Maîtres de Poste sera convoquée, pour statuer sur l’organisation définitive du service, & qu’en attendant les douze Commissaires nommés régissent seuls l’entreprise ; & sur ces deux questions, ils demandent que l’Assemblée Nationale veuille bien les renvoyer à son Comité d’Agriculture & de Commerce, pour, sur le rapport qui sera fait de leur demande, être statué par l’Assemblée Nationale ce qu’il appartiendra.
Signé, Thiberville, Tragin, Chevé, Delamare, Devicques, Garnot, fondés de pouvoirs.