The Project Gutenberg eBook of Dictionnaire de la langue verte

This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.

Title: Dictionnaire de la langue verte

Author: Alfred Delvau

Contributor: Gustave Fustier

Release date: April 3, 2017 [eBook #54482]
Most recently updated: January 24, 2021

Language: French

Credits: Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
file was produced from images generously made available
by The Internet Archive)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DICTIONNAIRE DE LA LANGUE VERTE ***

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.

I

DICTIONNAIRE
DE LA
LANGUE VERTE

II

A LA MÊME LIBRAIRIE
ALFRED DELVAU
LES HEURES PARISIENNES
Un beau volume grand in-16 sur papier vergé
ILLUSTRÉ DE 25 EAUX-FORTES ET DU PORTRAIT DE DELVAU
Prix: 12 francs

LES COCOTTES DE MON GRAND-PÈRE
LE FUMIER D'ENNIUS
ILLUSTRATIONS DE MARAIS
Un volume in-18: 5 fr.
(Papier de Hollande: 7 francs.)

LES AMOURS BUISSONNIÈRES
Un volume de la collection des «AUTEURS CÉLÈBRES»
Prix: 60 centimes

MÉMOIRES D'UNE HONNÊTE FILLE
Un volume de la collection des «AUTEURS CÉLÈBRES» Prix: 60 centimes

ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CH. HÉRISSEY

III

ALFRED DELVAU
Dictionnaire
DE LA
LANGUE VERTE
NOUVELLE ÉDITION
conforme à la dernière revue par l'Auteur
AUGMENTÉE
D'UN SUPPLÉMENT
PAR
GUSTAVE FUSTIER


PARIS
C. MARPON & E. FLAMMARION, ÉDITEURS
rue Racine, 26, près l'Odéon.
Tous droits réservés.

IV V

PRÉFACE DE L'AUTEUR
I

Après l'étude des insectes, ces infiniment petits de la création divine, il n'en est peut-être pas de plus attrayante que l'étude des mots, ces infiniment petits de la création humaine,—aussi destructeurs les uns que les autres, les uns du sol, les autres de l'âme. Le jour où l'homme est devenu savant, il est devenu méchant: la bouche est un arc dont les syllabes sont les flèches. C'est avec cela que nous nous entretuons depuis l'invention de la parole et de sa sœur de lait l'écriture.

Qu'on se rassure! Je ne veux pas remettre de béquet au paradoxe usé de Jean-Jacques, lequel, d'ailleurs, quoique usé, peut marcher encore longtemps: je me contente de constater en passant l'influence désastreuse d'un bienfait. Je regrette peut-être de savoir écrire et de savoir parler, mais je ne regrette pas de savoir lire et de savoir écouter: si mon esprit n'y a rien gagné en ornements, il y a gagné en autre chose. J'ai souffert de savoir, j'en souffrirai jusqu'au bout de ma vie mortelle, mais je suis trop civilisé et trop Parisien pour ne VI pas aimer les picotements de mes plaies. Quand je rendrai mon âme au Créateur,—qui en sera probablement aussi embarrassé que j'en ai été moi-même—je ne me serai pas beaucoup amusé, mais j'aurai été violemment distrait en ayant été violemment houspillé. Distraction passe rentes.

Bonne ou mauvaise, la parole—ou l'écriture, car toutes deux marchent de pair,—est une invention sur laquelle il n'y a pas à revenir. Cela est, que cela soit! Mais précisément parce que cela est, l'entomologie littéraire est une science fort attrayante qui a consumé au moins autant de vaillants cerveaux que l'autre entomologie. Celle-ci compte parmi ses illustrations Réaumur, Linné, Bonnet, Latreille, Lamarck, Van Geer, Duméril, etc., etc. Celle-là compte parmi les siennes:—pour ne pas remonter trop haut:—Érasme, Guillaume Budé, les Scaliger, les Vossius, Casaubon, Turnèbe, Saumaise, les Estienne, Du Cange, Estienne Pasquier, P. Borel, le président Fauchet, Gilles Ménage, Dom Rivet, Le Duchat, Bernard de la Monnoye, Lacurne de Sainte-Palaye, Dupont de Nemours, et, en se rapprochant davantage de nous, Gabriel Peignot, Roquefort, Charles Nodier, Francisque Michel, F. Genin, Marty-Laveaux, Burgaud des Marets, Charles d'Héricault, le comte Jaubert, et d'autres encore. Ah! les entomologistes littéraires ne manquent pas en France!

Moi, je ne compte pas, bien entendu; je fais nombre seulement,—comme les zéros. Je n'ai jamais mis ma gloire à écrire un livre utile sur la matière, comme ont fait la plupart de mes illustres devanciers: j'ai chassé aux mots comme on chasse aux papillons,—pour mon propre plaisir. Aux papillons et aux scarabées aussi, aux chenilles aussi, aux anoplures aussi,—aux anoplures surtout, dirai-je hardiment, sans vergogne aucune. Pourquoi m'en défendre? Toutes les curiosités sont permises: les yeux ont le droit de voir, les oreilles de tout entendre; seules, les lèvres n'ont pas toujours le droit VII de tout révéler,—ce qui est un mal. J'ai laissé aux délicats d'en haut, aux aristocrates de la philologie, le soin de trier, de classer et d'étiqueter leurs trouvailles de choix. Ravageur littéraire, j'ai obscurément, pendant sept ou huit ans, battu de mon crochet tous les ruisseaux, promené ma lanterne sourde dans les coins ténébreux, ramassant sans cesse et sans fin, heureux d'un tesson comme Rousseau d'une pervenche, et enrichissant chaque jour mon musée d'un nouveau débris, sans lui enlever un grain de sa poussière, un atome de sa boue, une parcelle de sa rouille: tel trouvé, tel conservé. En mouchant une expression malpropre, on s'expose à lui arracher le nez, c'est-à-dire le caractère, l'originalité.

Ce sont ces mots morveux que je me suis plu à colliger pendant sept ou huit ans et à réunir en un corps de livre dont je n'espérais jamais tirer parti que pour moi seul, pour ma propre édification. Le hasard—qui est le dieu des livres encore plus que des hommes—en a décidé autrement; le Dictionnaire de la langue verte a paru et l'empressement du public à en épuiser la première édition jusqu'au dernier exemplaire m'a prouvé qu'il y avait de par le monde d'autres curieux que moi. Je m'en réjouis sans m'en enorgueillir, ayant pour vice capital la modestie, et, quoique mon nom soit désormais fatalement accolé au Dictionnaire de la langue verte comme celui du Florentin Vespuce au Nouveau-Monde, je ne fais aucune difficulté pour déclarer que je n'ai pas eu l'honneur de découvrir cette Amérique; il y a eu avant moi de hardis ravageurs parisiens. Je n'ai pas à leur décerner de remerciements, n'ayant pas jugé bon de me servir d'eux, ni à leur adresser d'éloges, n'en ayant déjà pas de trop pour moi. Car enfin, il faut bien que je me décide à le répéter: enfant du pavé de Paris, et d'une famille où l'on est faubourien de père en fils depuis cinq ou six générations, j'ai cueilli sur leur tige et ramassé sur leur fumier natal tous les mots de mon Dictionnaire, VIII tous les termes bizarres, toutes les expressions pittoresques qui s'y trouvent accumulées: il n'en est pas une seule que je n'aie entendue de mes oreilles, cent fois au moins, dans la rue Saint-Antoine ou dans la rue Neuve-Bréda, dans un atelier de peintres ou dans un atelier d'ouvriers, dans les brasseries littéraires ou dans les cabarets populaciers, ici ou là, même ailleurs où beaucoup de délicats n'osent pas aller de peur de s'y crotter l'oreille et de s'y salir l'esprit, et où je n'ai pas craint d'aller, moi, parce que nous avons, nous autres moralistes, le double privilège de la salamandre et de l'hermine, et que nous pouvons traverser toutes les flammes sans en être roussis, toutes les fanges sans en être souillés.

Voilà ce qui constitue le mérite, j'oserai ajouter la saveur, du dictionnaire de la Langue verte, dont je désire qu'on dise—au lieu de le redouter—ce qu'on a dit du Tableau de Paris de Sébastien Mercier, qu'il a été pensé dans la rue et écrit sur une borne: cette ironie serait son éloge et ma récompense, parce qu'elle prouverait qu'il est un fidèle tableau des mœurs ondoyantes et diverses des Parisiens de l'an 1865-66. Et puis, qu'on m'en sache gré ou non, j'ai la conviction d'avoir fait quelque chose d'utile en remuant cette fange, en plongeant résolument dans les entrailles mêmes de cet océan de boue, d'où, si j'ai rapporté des madrépores et des polypes monstrueux, j'ai dû rapporter aussi quelques coraux et quelques perles.

II

Maintenant, pourquoi Dictionnaire de la Langue verte? Ce n'est pas là, qu'on daigne me croire, un titre de fantaisie choisi pour accrocher le regard du passant et forcer son attention: IX je ne l'ai pris que parce que je devais le prendre, parce que les mots de ce Dictionnaire appartiennent à la Langue verte.

Je n'ai pas plus inventé cette appellation singulière que je n'ai inventé les divisions de cant et de slang, qui servent à distinguer les argots anglais, et qui m'aideront à distinguer les argots parisiens. Le  [1],cant c'est l'argot particulier; le slang, c'est l'argot général. Les voleurs parlent spécialement le premier; tout le monde à Paris parle le second,—je dis tout le monde; si bien qu'un étranger, un Russe par exemple, ou un provincial, un Tourangeau, sachant à merveille «la langue de Bossuet» et de Montesquieu, mais ignorant complètement la langue verte, ne comprendrait pas un mot des conversations qu'il entendrait en tombant à l'improviste dans un atelier de peintres ou dans un cabaret d'ouvriers, dans le boudoir d'une lorette ou dans le bureau de rédaction d'un journal. En France, on parle peut-être français; mais à Paris on parle argot, et un argot qui varie d'un quartier à l'autre, d'une rue à l'autre, d'un étage à l'autre. Autant de professions, autant de jargons différents, incompréhensibles pour les profanes, c'est-à-dire pour les gens qui ne font que traverser Pantin, la capitale des stupéfactions, parce qu'elle est celle des étrangetés. L'argot des gens de lettres ne ressemble pas plus à celui des ouvriers que celui des artistes ne ressemble à celui des filles, ou celui des bourgeois à celui des faubouriens, ou celui des voyous à celui des académiciens,—car les académiciens aussi parlent argot au lieu de parler français, ainsi que le prouveront les exemples semés dans ce livre.

X J'en conviens sans effort, c'est une langue sanglante et impie, le cant, l'argot des voleurs et des assassins; une langue triviale et cynique, brutale et impitoyable, athée aussi, féroce aussi, le slang, l'argot des faubouriens et des filles, des voyous et des soldats, des artistes et des ouvriers. Toutes deux, je le sais, renferment une ménagerie de tropes audacieux, ricaneurs et blasphémateurs, une cohue de mots sans racine dans n'importe quelle autre langue, sans aucune étymologie, même lointaine, qui semblent crachés par quelque bouche impure en veine de néologismes et recueillis par des oreilles badaudes; mais toutes deux aussi, quoi qu'on fasse et dise, sont pleines d'expressions pittoresques, de métaphores heureuses, d'images justes, de mots bien bâtis et bien portants qui entreront un jour de droit dans le Dictionnaire de l'Académie comme ils sont entrés de fait dans la circulation, et même dans la littérature [2], où ils se sont si vite acclimatés et où, de voyous, ils sont devenus bourgeois. Et je ne parle pas d'un vaudeville isolé, comme les Deux Papas très bien, où l'on «dévide le jar» aussi proprement qu'à Poissy; je parle du Dictionnaire de M. Littré et des œuvres dramatiques les plus importantes de ce temps, les Effrontés d'Émile Augier, la Vie de Bohème d'Henry Murger, la Famille Benoiton de Victorien Sardou, etc.

Pour qu'il en soit ainsi, pour que des écrivains de valeur—au théâtre, dans le roman, dans la fantaisie—se soient laissé raccrocher par ces expressions hardies, forcées de faire XI le trottoir parce que, sans domicile légal, il faut qu'elles aient des séductions, des irrésistibilités que n'ont pas les mots de la langue officielle, il faut qu'ils aient reconnu dans cette langue du ruisseau la succulence, le nerf, le chien de la langue préférée de Montaigne et de Malherbe [3].

Qui sait d'ailleurs si cette langue parisienne, qui charrie tant de paillettes d'or au milieu de tant d'immondices,—Flore étrange où tant de plantes charmantes s'épanouissent au milieu de tant de plantes vénéneuses—n'est pas appelée un jour à transfuser son sang rouge dans les veines de la vieille langue française, appauvrie, épuisée depuis un siècle, et qui finira par disparaître comme le sanscrit? Les puristes du sérail ont beau la déclarer fixée, immuable, éternelle, cela ne l'empêche pas de se déliter, de s'effriter, de se lézarder: si l'on n'y prend garde, elle s'effondrera, malgré les béquilles que lui mettent en guise d'étais, ses quarante architectes de l'Institut. Caveant consules! Veillez au maintien de la langue parisienne, écrivains qui voulez qu'il y ait encore une langue française!

III

On s'étonnera peut-être de voir réunis, confondus dans une promiscuité fâcheuse, le cant et le slang, l'argot des gredins et XII celui des honnêtes gens, les adorables mimologismes des enfants et les expectorations repoussantes des faubouriens. C'était une nécessité née de la confusion déplorable des classes sociales à Paris, où le crime coudoie le travail, où le cynisme heurte l'innocence, où le vice flâne en compagnie de la vertu, où l'esprit emboîte le pas à la bêtise. Frères ennemis, ces argots, mais frères,—comme les hommes qui les parlent.

On pourrait s'étonner aussi, et tout aussi justement, de voir attribuer à la langue populaire une foule de mots sortis de la langue du bagne, de la prison et des mauvais lieux. Au premier abord, cela choque autant que cela surprend, oui; mais en réfléchissant à la façon dont s'enrichissent les langues, on comprend et l'on s'incline, attristé. Une expression tombe des lèvres flétries d'un forçat, non pas au bagne, où il est défendu aux honnêtes gens d'aller, mais dans un cabaret, dans une rue de Paris, où il est interdit aux coquins de séjourner et où ils accourent tous comme des frelons sur un gâteau de miel: dix paires d'oreilles la ramassent et dix bouches la répètent, sans l'essuyer. Elle fait son chemin d'atelier en atelier, de faubourg en faubourg, jusqu'au jour où, tombant à son tour des lèvres d'un ivrogne [4], dans un café littéraire ou dans une brasserie artistique, elle est alors recueillie par quelque curieux aux écoutes, par quelque flâneur aux aguets, qui la trouve accentuée, originale, et la colporte çà et là,—tant et si bien que, finalement, elle entre dans un article, puis dans un livre, puis dans la circulation générale. Allez donc maintenant l'en retirer, comme tachée de boue et de sang! Essayez donc, au nom de la morale et du goût, de la démonétiser par décret XIII comme une pièce de trente sols! Elle n'est pas frappée à la Monnaie fondée par Richelieu, elle ne porte pas l'effigie de l'un des Quarante, elle n'est pas d'un métal très pur, tout cela est vrai; mais elle sonne bien, argent ou cuivre, et cela suffit pour qu'elle soit échangée comme monnaie courante de la conversation.

Il en est de même des mots à panaches et à images improvisés par des néologues en haillons ou en blouse, par Gavroche ou par Cabrion. L'esprit court les rues et les ateliers; l'œil du voyou ou du rapin, toujours ouvert, comprend plus rapidement que l'œil du bourgeois, toujours endormi ou toujours affairé: lorsqu'un ridicule ou un vice insolent passe à la portée de cet impitoyable rayon visuel, il est happé,—gare à la gouaillerie féroce qui va le fusiller! Ce que, dans mes déambulations diurnes et nocturnes à Paris, j'ai entendu de phrases énormes, pimentées, saisissantes, cruelles, appliquées en plein dos comme des coups de pied, ou en plein visage comme des soufflets, à de pauvres diables de l'un ou de l'autre sexe, affligés, celui-ci de cette infirmité, celle-là de ce ridicule; ce que j'ai entendu composerait un gros livre—inimprimable. Ah! je ne sais pas ce que l'homme a fait à l'homme, mais il se venge bien odieusement de lui—sur lui!

Il y a mille moyens de contagion pour un mot, et c'est précisément ce qui universalise l'argot. La rue d'abord, où passe tout le monde; le cabaret, si diversement peuplé; le mauvais lieu,—une autre rue. Quelque envie qu'aient les gens les plus chastes de mettre un cadenas à leurs oreilles, ils entendent—et retiennent—Dieu sait quels vocables excentriques, bouffons, audacieux, hauts en couleur. Les filles—drôlesses et petites dames mêlées—ont un jargon bariolé qui participe beaucoup de leurs relations aussi multiples que fugaces. Toutes les professions masculines avec lesquelles elles sont en contact permanent donnent à leur langage une teinte polyglotte très XIV prononcée,—polyglotte et cosmopolite, car elles gardent volontiers de ces commerces incessants un certain nombre de mots étrangers qu'elles francisent à leur manière. Un étranger en apprend plus long qu'un Parisien, en un mois de séjour dans un boudoir ou dans une antichambre d'actrice,—et il emporte chez lui une singulière opinion de la «langue de Bossuet». Pauvre Bossuet! Pauvre langue!

IV

Puisque j'en suis au chapitre des étonnements, je dois prémunir mes lecteurs contre celui qu'ils éprouveront certainement à rencontrer çà et là, dans ce Dictionnaire de la Langue verte, des mots auxquels le Dictionnaire de l'Académie a donné asile, comme on donne asile aux gueux et aux vagabonds. Ces mots sont considérés par lui comme bas et populaciers, et il en défend l'usage aux gens du bel air, aussi bégueules que lui: à cause de cela, ils me revenaient de droit, puisque je fais le Glossaire de la langue du peuple parisien, le Compendium du slang. La langue verte, au rebours de la langue académique, se compose précisément des mots qui ne s'écrivent pas, mais qui se parlent à certains étages de la société.

Or, je suis de ceux qui prétendent que «toutes paroles se laissent dire et tout pain mangier»,—avec d'autant plus de raison que les expressions proscrites comme indignes, condamnées comme shocking par le Dictionnaire de l'Académie, sont du meilleur français que je connaisse, d'un français plus étymologique, plus rationnel, plus expressif, plus éloquent que celles auxquelles ladite Académie a accordé droit de cité,—le français de Jean de Meung et de Guillaume de Lorris, XV de François Villon et de François Rabelais, de Philippe Desportes et de Bonaventure Des Périers, d'Henri Estienne et de Clément Marot, de Michel Montaigne et de Mathurin Régnier, d'Agrippa d'Aubigné et de Brantôme, de Froissart et d'Amyot, etc. Il paraît qu'il est de bon goût, dans les hautes régions, de renier ses ancêtres et de mentir à ses origines; les gens distingués se croiraient déshonorés,—savants et gandins,—en parlant la langue des petites gens, qui, cependant, sont les plus fidèles gardiens et les plus rigoureux observateurs de la tradition. Oui, il faut que les gens distingués en prennent leur parti: le peuple est le Conservatoire du vrai langage [5].

Je comprends, du reste, qu'on regimbe à admettre cette vérité élémentaire, qui froisse les habitudes d'esprit prises—parce qu'imposées—dans les collèges, où l'on n'enseigne qu'un français de convention, soufflé comme une baudruche, désossé comme un roastbeef, c'est-à-dire privé depuis longtemps de toute racine étymologique, grâce aux progrès croissants XVI de la Réforme orthographique [6]. Moi aussi, au début de ma vie, en entendant les vieux de mon faubourg natal employer des phrases d'antan, je souriais de pitié, presque de mépris, ne comprenant pas qu'on pût s'exprimer autrement que M. de Campistron en ses tragédies et M. de Marmontel en ses Contes moraux. J'avais alors de sourdes révoltes à propos de l'éloquence forcenée de mon aïeul, qui ne pouvait ouvrir la bouche sans commettre une hérésie, sans se rendre coupable du crime de lèse-majesté classique. Il me semblait qu'il parlait là une langue sauvage, une façon d'algonquin ou de topinambou, qui n'avait jamais été parlée avant lui et ne devait plus l'être après lui, et, pour un peu, à chaque mot tombé de ses lèvres sibyllines, je me fusse signé comme devant un blasphème. Hélas! ce vieux faubourien était un académicien de la bonne roche,—celle d'où jaillit ce français si clair, si pur, si viril, si expressif, si sonore, si complet, si beau, dont il semble qu'on ait tout à fait perdu le secret, aujourd'hui que, langue verte à XVII part, notre littérature est livrée à l'euphuisme, au gongorisme, aux concetti, à la préciosité et à je ne sais plus quelles autres bêtes qui la dévorent en la souillant.

Comme expiation, ou plutôt comme réparation de mon erreur, qui est encore celle de bien des honnêtes gens, j'ai dû donner large place dans le présent livre à cette langue populacière, rejetée avec mépris hors de la littérature et de la conversation. Elle eût été plus convenablement ailleurs, dans le Dictionnaire de l'Académie, par exemple, mais sans l'étiquette déshonorante et ridicule que vous savez; malheureusement, le Dictionnaire de l'Académie n'est hospitalier que pour les siens, et, s'il a consenti à entre-bâiller ses feuillets pour laisser entrer, en rechignant, quelques-uns des mots du langage populaire, il les a bien vite refermés de peur d'en laisser entrer un trop grand nombre,—qui eussent été, pourtant, sa richesse et son orgueil. L'Académie est myope: de l'or elle ne voit que la gangue.

Et, puisque je tiens l'Académie, je ne veux pas la lâcher sans me justifier, non pas devant elle, mais devant mes lecteurs, de l'irrévérence avec laquelle je n'ai pas craint de la traiter en introduisant dans le Dictionnaire de la Langue verte ce que je n'ai pas craint d'appeler l'argot des académiciens. Ce n'est pas là une malignité d'écrivain fantaisiste, mais une impérieuse nécessité de classification. Si les académiciens parlaient XVIII comme tout le monde, je n'eusse jamais songé à leur consacrer une seule ligne dans ce Dictionnaire impertinemment édifié à côté du leur; mais ces pontifes du beau langage, s'imaginant sans doute qu'écrire c'est officier, ont de tout temps employé pour s'exprimer des expressions dont l'emphase prudhommesque et l'inintelligibilité singulière semblent appartenir à ce qu'on pourrait proprement appeler une langue bleue. Bleue ou verte, c'est la même chose, puisque ce n'est pas la langue française de nos aïeux; et, pour ma part, j'avoue ne voir aucune différence entre les périphrases de Commerson et celles de l'abbé Delille, entre l'argot de la rue et l'argot de l'Institut. En quoi, je vous prie, broûter les pâturages de l'erreur est-il plus singulier que le tube qui vomit la fumée? En quoi la plaine liquide est-elle moins burlesque que canonnier de la pièce humide? Et cet animal guerrier qui inventa le trident? Et les larmes de l'aurore? Et les nourrissons du Pinde [7]? Au lieu de confectionner ces tropes plus ridicules qu'ingénieux, MM. les Quarante auraient bien dû, depuis longtemps, s'occuper du Dictionnaire conçu par Charles Nodier et récemment entrepris par M. Littré. «L'académie du Dictionnaire (dit l'auteur des Notions élémentaires de linguistique) ne nous doit que la langue littéraire, et la langue littéraire d'une nation, c'est tout bonnement la langue du peuple. Il ne faut pas sortir de là.»

XIX

V

Toutes les fois que je l'ai pu, j'ai accroché aux mots une étiquette constatant leur étymologie, leur origine, leur millésime, et disant quels sont leurs pères ou leurs parrains, afin d'éviter des tourments aux Saumaise futurs, aux lexicographes distingués ou bas de poil qui commenteront les livres parisiens du XIXe siècle,—spécialement de la seconde moitié du XIXe siècle. Nous serions plus avancés que nous ne le sommes, nous en saurions davantage sur notre langue, si l'on avait pris soin, dès l'origine, de nous conserver les extraits de baptême de certains mots, sinon de tous: cette histoire des mots serait l'histoire des idées, c'est-à-dire l'histoire des mœurs, c'est-à-dire l'histoire de la nation parisienne écrite jour par jour [8].

Malheureusement, quant au millésime, malgré l'envie que j'avais de parler, je suis souvent resté muet,—on comprendra pourquoi.

Quant à la provenance, je l'ai indiquée presque toujours, et fidèlement, j'ose l'affirmer. Aucun des mots auxquels j'ai cru XX devoir accorder l'hospitalité n'est d'origine suspecte ni d'existence douteuse: ce sont des vagabonds, mais ce ne sont pas des ombres. Chaque fois qu'il m'a été impossible de savoir à quel argot spécial appartenait une expression, je me suis abstenu de la ranger dans telle ou telle catégorie, en supposant qu'elle devait être d'un emploi moins restreint, d'une circulation plus générale que les autres. Mes attributions ne sont pas arbitraires, pas plus que les nuances que j'y ai introduites et qui n'échapperont pas aux lecteurs perspicaces. Si je dis argot du peuple et non argot des bourgeois, c'est que l'expression est plus familière au peuple qu'à la bourgeoisie et que je l'ai entendue plus souvent dans la rue que dans la boutique. Lorsque je mets après un mot argot des voyous au lieu d'argot des voleurs, c'est que ce mot, quoique ayant appartenu peut-être d'abord à la langue des prisons, est d'un usage plus fréquent sur les lèvres des voyous que dans la bouche des voleurs. De même pour l'argot des faubouriens, qui n'est pas l'argot des ouvriers, quoique les ouvriers habitent ordinairement les faubourgs de Paris. De même pour l'argot des filles, qui n'est pas l'argot des petites dames ou de Breda-Street, quoique les unes et les autres exercent la même profession,—avec un public différent. Certains argots confinent, comme certains métiers; ils marchent sur une lisière commune, comme certaines agrégations d'individus; ils voisinent pour ainsi dire, comme certaines positions sociales: assurément ils finiront par s'étreindre, par se mêler, par se confondre; le voyou finira par devenir voleur, la petite dame par être fille, l'ouvrier par se faire faubourien, etc., mais jusqu'à ce que la barrière soit franchie, la délimitation effacée, chacun d'eux aura son accent, sa couleur, auxquels on les pourra reconnaître. Voilà pourquoi j'ai parqué d'autorité ce mot dans cette catégorie et non pas dans cette autre, qui a l'air d'être la même,—comme le violet est le bleu; voilà pourquoi j'ai cloué sur ce mot cette étiquette et non pas XXI cette autre, assuré que j'étais de ne pas me tromper; je le maintiens et le maintiendrai jusqu'au feu,—exclusivé.

Pour l'étymologie, c'est autre chose. Peut-être, à ce propos, s'étonnera-t-on de la persistance que je mets à redresser les erreurs et à corriger les bévues de quelques-uns de mes devanciers, et, de ma part, à moi, philologue de fraîche date et ignorant de naissance, cela semblera outrecuidant. Je souscris d'avance à tous les reproches qu'on me fera l'honneur de m'adresser, même à ceux que je mérite le moins.

L'étymologie,—et je ne prends pas ce mot dans l'acception restreinte et purement grammaticale que lui donne Charles Nodier, qui en fait la norma, la ratio scribendi, l'orthographe enfin de toutes les langues de dernière formation,—l'étymologie telle que l'entendent tant de savantes personnes ne doit pas être considérée autrement que comme un pur et simple exercice d'imagination. Heureux les savants qui ont de l'esprit et qui n'ont pas d'imagination: ils amusent et, accessoirement, instruisent. Ceux qui ont de l'imagination, au contraire, en ont trop, et non seulement ils n'instruisent pas, mais encore,—ce qui est plus grave et moins pardonnable,—ils n'amusent personne, pas même eux. L'esprit—on me passera cette fatuité de le définir,—est la raison elle-même, la raison enjouée, folâtre même, mais la raison: c'est une boussole. L'imagination, elle, n'est qu'une faculté superfétative, secondaire, qui joue le rôle de cinquième roue à un carrosse, et qui, si elle n'empêche pas l'esprit de marcher, ne l'y aide du moins en aucune façon; quand elle va de conserve avec lui, c'est bien, nul ne s'en plaint; mais quand elle vole seule, elle perd aisément le nord et s'égare en égarant les autres.

Je ne veux pas me prononcer au sujet de l'esprit ou de l'imagination de mes devanciers, de peur de les fâcher avec un compliment—ou de leur faire plaisir avec une épigramme. Ce n'est pas le lieu d'ailleurs. Mes devanciers ont agi à leur XXII guise, d'après les inspirations de leur génie particulier: je ne les en blâme—ni ne les en loue. Je regrette seulement—pour eux—que quelques-uns d'entre eux n'aient pas su éviter l'écueil contre lequel sont venus échouer avant eux tant d'autres étymologistes trop savants,—par exemple Ménage, qui fait venir canaille de canalis quand il avait canis sous la main. M. Marty-Laveaux le disait très pertinemment: les savants comme Ménage et quelques-uns de mes devanciers vont chercher trop loin leurs étymologies [9], et c'est dans ces voyages au long cours qu'ils rencontrent l'écueil en question. Il est si simple de rester au coin de son feu, les coudes sur la table, les pieds sur les chenets, comme un honnête bourgeois sans prétention, qui trouve sans peine parce qu'il cherche sans effort! L'effort, voilà ce qui a gâté tant de savants livres!

L'étymologie, étant une maladie, a sa contagion; moi, parvulissime, j'ai fait comme les grands docteurs de l'Université de Marburg—et d'ailleurs: je me suis lancé à fond de train dans le champ des hypothèses, et si je ne suis pas parvenu à me casser les reins, j'ai du moins donné quelques entorses au bon sens et à la vérité étymologique. C'est un jeu comme un autre, amusant pour soi, fatigant pour autrui, dont cependant je n'ai pas cru devoir abuser, ainsi qu'on s'en assurera en feuilletant ce volume. Il peut se faire que, dans cette course vagabonde à travers des origines probables, j'aie quelquefois rencontré juste et que quelques-unes de mes trouvailles involontaires méritent d'être prises en considération: ces bonnes fortunes arrivent souvent aux innocents, paraît-il. «Quand on ne sait que ce qu'on a appris, on peut être un savant et un sot; il faut de plus savoir ce qu'on a deviné.» J.-B. Say avait raison, quoique économiste. En tout cas, heureux ou non dans XXIII mes devinettes étymologiques, à mon su ou à mon insu, je m'en tiens à ces premiers essais et m'engage à ne plus jamais recommencer.

VI

Il me reste à parler de cette seconde édition, qui est une véritable nouvelle édition, puisqu'elle a été refondue d'un bout à l'autre et réimprimée en caractères elzéviriens. Aucun des mots de la première ne manque à celle-ci, qui est en outre enrichie d'environ deux mille cinq cents expressions soit du cant, soit du slang, soit de la langue populacière, toutes si dédaigneusement mises à la porte par le Dictionnaire de l'Académie, qui semble ne pas savoir qu'Horace a écrit il y a dix-neuf cents ans:

Ut silæ foliis pronos mutantur in annos,

Prima cadunt; tita verborum vetus interit ætas

Et juvenum ritu florent modo nata vigentque.

Vous entendez, messieurs les Quarante? Il en est des mots comme des feuilles des arbres à l'automne, ce sont les premières venues qui sont les premières parties: de même périt le vieil âge des mots, et d'autres mots, nés tout à l'heure, fleurissent et s'épanouissent maintenant à la manière des jeunes gens. Ne balayez pas les vieux, mais faites place aux jeunes, aux valides, aux vigoureux.

Si le Dictionnaire de l'Académie est incorrigible, je ne le suis pas, et quand j'ai des torts, j'en conviens de bonne grâce; quand j'ai péché, je me frappe de bonne foi la poitrine—en me demandant pardon de mes imperfections et en me promettant XXIV bien d'en diminuer le nombre, sans espérer de les extirper toutes. J'ai donc émendé de mon mieux le texte de la première édition, ainsi qu'en pourront juger les lecteurs; mais cette émendation devait avoir des bornes,—et elle en a eu. Malgré les prières de mon éditeur, qui, par excès de délicatesse, voulait enlever à celui-ci ou à celui-là de mes devanciers encore vivants tout prétexte à récrimination et à reproches de plagiat, même aux moins fondés, j'ai cru de mon devoir et de mon droit de conserver intactes des définitions dont je répondais, que je savais être miennes, malgré leur ressemblance avec celles de mon voisin. Ressemblance forcée, fatale, nécessaire même, tous les gens de bonne foi n'hésiteront pas à le reconnaître. Je ne voudrais pas avoir l'air de m'abriter derrière la spirituelle et très juste définition de Charles Nodier: Les dictionnaires sont des plagiats par ordre alphabétique; mais enfin il est tout simple qu'ayant à définir une expression bizarre—par exemple appeler Azor, le premier venu écrive comme moi: «Siffler un acteur comme on siffle un chien.» On n'a pas de brevet d'invention à prendre pour cette phrase qui traîne sur toutes les lèvres. Appeler Azor signifiant pour tout le monde siffler un acteur, Azor étant pour tout le monde le synonyme de chien, comment s'y prendre pour ne pas dire: «Siffler un acteur comme on siffle un chien?» Je ne vois qu'un moyen, mais il est héroïque—de ridicule: c'est d'imiter le fameux Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour,—D'amour, marquise, vos beaux yeux me font mourir,—Me font, marquise, vos beaux yeux mourir d'amour,—Mourir vos beaux yeux me font d'amour, marquise,—et ainsi de suite jusqu'au jugement dernier. Oui, plus j'y réfléchis, plus je ne vois que ce moyen: on m'excusera, je pense, de ne pas l'avoir employé.

Je glisse—de peur d'appuyer.

On remarquera que dans cette nouvelle édition, plus encore que dans la précédente, je me suis plu à rétablir l'orthographe XXV réelle de vocables que les puristes déclarent être «du patois de Pipelets». (Voy. Albert Hétrel, Code orthographique.) J'en ai mis beaucoup, je regrette de n'en avoir pas mis davantage, afin de confondre les ennemis de la bonne langue, la vieille, et les admirateurs du petit français que l'on parle à présent. Les puristes du sérail veulent qu'on dise chirurgien, chercher, brebis, etc. Je le veux comme eux. Mais ils ricanent lorsqu'ils entendent prononcer cercher, berbis, serurgien, et leurs ricanements me font sourire: la pelle se moque du fourgon,—la pelle a tort.

On m'a reproché d'avoir introduit dans la précédente édition un certain nombre de mots anglais: je réponds en en introduisant un plus grand nombre encore dans cette nouvelle édition. L'anglomanie fait des progrès chez nous, peuple simiesque; nous avons tous les mots nécessaires pour représenter nos idées; mais, par genre, nous habillons ces idées avec des mots de fabrique étrangère: au lieu de dire chien courant comme leurs pères,—de rudes chasseurs, pourtant!—nos sportsmen disent, les uns buck-hound, les autres boarhound. Buck-hound, c'est bien du pur anglais de l'autre côté du détroit; mais, de ce côté-ci, c'est de la langue verte.

Cela dit—avec tout le respect que je dois aux gens à qui je le dis—j'arrive au finale de cette trop longue improvisation. C'est la partie la plus douce de ma tâche d'aujourd'hui, puisqu'il s'agit de remercier hautement ceux de mes confrères qui ont bien voulu jouer le rôle de tibicinateurs en faveur du Dictionnaire de la langue verte et les personnes connues ou inconnues qui ont bien voulu répondre à l'appel que je leur avais fait en me signalant les omissions et les attributions erronées de la première édition. Je remercie donc bien sincèrement ici MM. Jules Noriac, Léo Lespès, Alphonse Duchesne, A. Ranc, Balathier de Bragelonne, Jules Claretie, A. de Fonvielle, Gustave Bourdin, le docteur Stéphen Le Paulmier, Léon XXVI Renard, Henri Delaage, Eugène Mathieu, Coffineau, Alexandre Pothey, Jules Choux—et tous ceux que ma plume sans mémoire oublie de citer. Jules Choux, un chansonnier parisien d'un accent original et qui connaît encore mieux que moi les dessous ténébreux de notre chère ville natale, m'a apporté, à lui seul, une plantureuse moisson que je n'ai eu que la peine d'engranger. Les soins que j'ai apportés à cette seconde édition témoigneront mieux que des paroles de toute ma gratitude pour les encouragements que j'ai reçus de toutes parts: elle est moins défectueuse que la première, et la prochaine sera encore un peu plus digne d'intérêt que celle-ci, les livres du genre du Dictionnaire de la langue verte devant forcément se corriger et se compléter dans des éditions successives. Quand il en sera à sa dixième, j'ose espérer que depuis longtemps on aura fait une croix—sur ma tombe!

Alfred DELVAU.

1

DICTIONNAIRE
DE LA
LANGUE VERTE

A.

Il n'est pas de mots que les hommes n'aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu'ici l'abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d'une tête de veau ou d'un groin de cochon. Nous sommes loin de l'os sublime dedit. Mais nous en verrons bien d'autres.

Avoir les abatis canailles. Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d'une origine plébéienne.

Abbaye ruffante. Four chaud,—de rufare, roussir.

Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.

On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.

C'est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s'imaginent avoir fabriqué; on l'écrivait alors abaylarder,—avec la même signification, bien entendu.

Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.

Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.

«Satan vous verra.

De vos mains grossières,

Parmi des poussières,

Ecrivez, sorcières,

Abracadabra

dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat.

Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu'on l'ait raillé en en faisant un adjectif,—sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

D'où l'expression proverbiale: Un bon cheval va bien tout seul à l'abreuvoir, pour dire: Un ivrogne n'a pas besoin d'y être invité pour aller au cabaret.

Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne: abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu'elles n'aient pas le temps de prononcer les mots entiers.

Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d'un 4 homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons: «X... demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d'heure,—et son absinthe est faite.»

Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu'elle précède ordinairement l'absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.

Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d'une excellente santé.

J'ai souligné à dessein coin et chien: c'est la double étymologie de ce verbe, que n'osent pas employer les gens du bel air, quoiqu'il ait eu l'honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S'acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire,—coin.

On dit aussi s'acagnarder dans un fauteuil.

Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d'accessoires, un poulet d'accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.

Se dit aussi d'un chapeau ordinaire sur lequel on s'est assis par mégarde.

Accoucher de quelque chose. Divulguer un secret; faire paraître un livre; prendre un parti.

On dit aussi s'accrouer.

Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris,—selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.

Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n'a-t-il pas écrit: «Je n'ai pas de gardoire»? Garder, gardoire; acheter, achetoires.

Acrée donc! Cette interjection, qui signifie «Tais-toi!» se jette à voix basse pour avertir qu'un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc!

Eau d'affe, Eau-de-vie.

«. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ce qui me console,
C'est que la pauvreté comme moi les affole,»

dit Mathurin Regnier.

On dit aussi Couper.

On dit aussi Coupeur.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

Le mot vient en ligne droite de ad furem (même signification), qui vient lui-même du fur (voleur de nuit), de Cicéron.

On dit aussi homme d'affût.

Ne serait-ce pas une corruption d'abonir, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu'agonir.

On dit aussi Agoniser.

Se faire agrafer. Se laisser prendre.

Signifie aussi filouter, dérober adroitement.

Agripper (S'). Se prendre aux cheveux avec quelqu'un.

(V. A Chaillot!)

C'est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable,—c'est-à-dire aussi problématique,—que l'orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l'écris: est-ce par euphonie, est-ce par tradition? je l'ignore, et les savants n'en savent pas plus que moi là-dessus «Aigre faim, faim très vive (homme affamé)», dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d'argent que d'autre chose.

On dit aussi Aileron.

Faire de l'aimant. Faire des 8 embarras, protester hypocritement de son amitié pour quelqu'un, afin de l'attirer à soi.

«Tout en chantant Schubert et Webre,

On en vient à réaliser

L'application de l'algèbre

A l'amour, à l'âme, au baiser.»

On dit aussi Aimer à l'œil.

On dit aussi Aimer quelqu'un comme la prunelle de ses yeux.

L'expression date de l'Histoire comique de Francion.

«Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires, la chaise percée, et brevet d'affaires le privilège d'entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d'affaires.»

On dit également: Cueillir du persil et Persiller.

On dit aussi Fouiller au pot.

C'est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d'affaires.

C'est l'ancienne expression, plus noble: N'aller que d'une aile.

Elles disent aussi Aller à saint DENIS.

Les femmes corrompues corrompent naturellement tout—jusqu'aux noms des gens avec qui elles sont en contact.

On dit aussi Allez donc vous asseoir!

Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds.

L'expression est vieille.

Allumer le miston. Regarder quelqu'un sous le nez.

Allumer ses clairs. Regarder avec attention.

On dit aussi Allumer son gaz,—ce qui, en effet, est une manière de prendre feu.

L'expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la 1re représentation du Cotillon, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.

On disait autrefois: Ami de cœur.

Se dit aussi pour Souteneur de filles.

S'amocher la gueule. Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.

Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu'il se trouve dans Marot; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l'oubli pendant près de trois cents ans, puisqu'il ne paraît être en usage à Paris que depuis une trentaine d'années.

Elles disent aussi: Les Anglais ont débarqué.

Faire une anglaise. Payer chacun son écot.

Jouer à l'anglaise. Jouer aux sous.

Offrir son anse. Offrir son bras.

Faire le panier à deux anses. Se promener avec une femme à chaque bras.

Battre l'antif. Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.

On dit aussi Antiffle et Antonne.

Le mot est de Gavarni.

(V. Paclin.)

Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

Aquiger les brêmes. Faire une 15 marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

Arbalète d'antonne. Croix d'église.

Ils disent aussi Arbalète de chique, arbalète de priante.

On dit aussi Arcase.

Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l'écrivant ainsi: arresoner; je l'ai cherché en vain dans les dictionnaires. D'un autre côté, les voleurs disent: Faire l'arçon, pour signifier: Faire le signal de reconnaissance ou d'avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d'un crachement et le dessin d'un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l'étymologie 16 véritable de ce mot tant controversé: nous brûlons, comme disent les enfants.

Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

A l'arnache. En trompant de toute manière.

Être à l'arnache. Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.

C'est une contraction de Renauder.

Milord L'Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

Le mot a été créé par H. de Balzac.

Artie de Meulan. Pain blanc.

Artie de Gros-Guillaume. Pain noir.

Artie de Grimault. Pain chanci.

On dit aussi Arton et Lartie.

On dit aussi Artilleur de la pièce humide.

On l'appelle aussi Azor,—à cause de la peau de chien qui le recouvre.

Envoyer quelqu'un s'asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

C'est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d'Aztecs.

D'où Aller à l'astic.

On dit aussi Astiquer quelqu'un, dans le sens d'Agacer.

Signifie aussi capacités, talents.

Attaches d'huile. Boucles de souliers en argent.

Attaches d'Orient. Boucles en or.

Y aller d'attaque. Commencer 19 une chose avec empressement, avec enthousiasme.

On dit aussi Graine d'attrape.

Se faire attraper. Recevoir, sans l'avoir demandée, une bordée d'injures poissardes.

Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.

On dit aussi Attraper le haricot ou la fève,—sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.

«A Damon vous avez tout permis

Pour l'hymen qu'il vous avait promis;

Mais, Iris, savez-vous la coutume?

Avez-vous pu l'en croire à son serment?

Ceux que l'on fait sur un autel de plume

Sont aussitôt emportés par le vent!»

Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.

On dit aussi Avaler sa fourchette, avaler sa gaffe et avaler sa langue.

«Lorsque la cruelle Atropos

Aura tranché mon avaloire,

Qu'on dise une chanson à boire!»

Balzac a dit Avant-cœur.

Je sais bien que Montaigne se souciait peu d'écrire correctement; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d'employer ce verbe—que ne peut pas du tout remplacer atteindre,—car il vient bel et bien d'advenire.

C'est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

On dit aussi Pas de chance au bâtonnet!

N'avoir plus d'as dans son jeu. Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.

Avoir des mots avec la Justice. Être traduit en police correctionnelle.

On dit aussi: Le marchand de sable a passé.

On dit aussi Avoir les côtes en long comme les loups, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c'est la grande excuse des paresseux.

On dit aussi Avoir l'estomac dans les talons.

On dit aussi N'avoir pas inventé la poudre.

Signifie aussi Avoir une dent de moins.

On dit aussi Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent, et Avoir une hirondelle dans le soliveau.

25

B

Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.

On dit aussi Babille.

S'en donner par les babines. Manger abondamment et gloutonnement.

S'en lécher les babines. Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d'agréable,—bon dîner ou belle fille.

Faire la baboue. Faire la grimace.

L'expression se trouve dans Rabelais—et sur les lèvres du peuple.

Le babouin était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu'ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n'importe quoi. On comprend qu'à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres,—d'où, par suite d'un trope connu, le nom est passé de la cause à l'effet.

Tailler un petit bac. Faire une partie de baccarat.

On dit aussi Faire les bâches.

V. Bête et Emporteur.

On dit aussi Boucler.

Jouer des badigoinces. Manger ou boire.

Dans l'argot du peuple. Avoir du bagout équivaut à N'avoir pas sa langue dans sa poche.

Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d'aller.

Bahut spécial. Saint-Cyr.

Se dit aussi d'un élève qui change souvent de pension.

Le peuple dit aussi Gros bajaf.

Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.

Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.

On dit aussi Envoyer à la balançoire.

Signifie aussi Rompre son ban, s'évader.

Envoyer à la balançoire. Se débarrasser de quelqu'un qui ennuie ou qui gêne.

Balle d'amour. Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres.

Rude balle. Visage caractéristique.

C'était bien ma balle. C'était bien ce qui me convenait.

Manquer sa balle. Perdre une occasion favorable.

Enlever le ballon à quelqu'un. Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l'habitude de s'asseoir.

Être bamboche. Être en état d'ivresse.

Faire des bamboches. Faire des sottises plus ou moins graves, qui mènent en police correctionnelle ou à l'hôpital.

Dire des bamboches. S'amuser à dire des contes bleus aux hommes et des contes roses aux femmes.

On dit aussi: Bambochineur.

Faire banco. Tenir les enjeux.

Faire une banque. Imaginer un expédient—d'une honnêteté douteuse—pour gagner de l'argent.

TRUC DE BANQUE! Mot de passe et de ralliement qui sert d'entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d'une autre spécialité que la leur.

On dit aussi: Baquet insolent, et l'on a raison,—car je ne connais pas de créatures plus «fortes en gueule» que les lavandières: il semble qu'il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.

On dit aussi Baragouin.

Avoir sa barbe. Être ivre.

On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Barbeaudier de castu. Gardien d'hôpital.

Le dictionnaire d'Olivier Chéreau donne: Babillons de varane.

On dit aussi BARBOT, s. m.

Se barrer. S'en aller.

Ils disaient autrefois Gomorrhe,—du nom d'une mesure juive qui indiquait la quantité de manne à récolter.

Tanner la basane. Battre quelqu'un.

Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D'un autre côté, M. Barbey d'Aurevilly (Nain Jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre?

Le mot a été créé récemment par M. Barbey d'Aurevilly.

Être basculé. Être exécuté.

Vieux bas de buffet. Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l'attention galante des hommes.

On dit aussi Bas du cul.

Basourdir ses gaux picantis, ou seulement ses gaux. Chercher ses poux—et les tuer.

On dit aussi Bassinoire.

Signifie aussi bruit, vacarme.

On ajoute souvent après Faire la bataille de Jésuites, cette phrase: Se mettre cinq contre un.

Bath aux pommes. Superlatif du précédent superlatif.

Il me semble qu'on devrait écrire Bat, ce mot venant évidemment de Batif. Le papier Bath n'est pour rien là dedans.

Aligner son batiau. S'arranger pour avoir une banque satisfaisante.

Le féminin est batifonebative.

Batouse toute battante. Toile neuve.

Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.

Batterie douce. Plaisanterie aimable.

On dit aussi Batture.

C'est plus spécialement le tiers qui bat comtois pour lever le pante.

C'est le: Battre l'estrade des voleurs d'autrefois.

Signifie aussi Espionner.

L'expression a une centaine d'années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l'emploient.

On dit aussi, dans le même argot, S'en battre les fesses,—une expression contemporaine de la précédente.

Bauceresse. Patronne.

Bauce fondu. Ouvrier qui s'est établi, a fait de mauvaises affaires et est redevenu ouvrier.

Se dit aussi pour Fouet, s. m.

Bazarder son mobilier. S'endéfaire, l'échanger contre un autre.

Ex-beau. Elégant en ruines, d'âge et de fortune.

Signifie aussi Baiser.

Se bécoter. S'embrasser à chaque instant.

Ils disaient aussi Gadouan, Malficelé, Museau, Offarmé, Sauvage.

Ils disent aussi Grenuche.

Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux.

Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme—légère.

On disait autrefois S'embéguiner.

On dit aussi Beugne.

Attendre sa belle. Guetter une occasion.

Être servi de belle. Être arrêté à faux.

Cette dernière expression est plus spécialement de l'argot des voleurs.

«Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline,
Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,»

dit un poème du XIIIe siècle.

Cette expression est certainement le résultat d'une métathèse: on a dit, on dit encore, berlan pour brelan, berlandier pour brelandier,—et berlauder pour brelander.

Ils disent aussi Béricain.

Être la bête noire de quelqu'un. Être pour quelqu'un un objet d'ennui ou d'effroi.

Faire son beurre. Gagner beaucoup d'argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque.

Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Signifie aussi Ivrogne,—le vin étant le lait des vieillards.

Par extension: Objet de peu de valeur.

Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l'origine jouet d'enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, ce commerce est mort; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.

Par extension aussi: Bibelotter une affaire dans le sens de Brasser.

C'est une corruption péjorative du mot barbon.

Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

Se bichonner. S'adoniser.

Portion de bidoche. Morceau de bœuf bouilli.

D'où Bigardée pour Trouée, Percée.

Bijou de loge. Celui qui se porte au côté gauche.

Bijou de l'ordre. L'équerre attachée au cordon du Vénérable, le niveau attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire 41 attachée au cordon du second surveillant.

On dit aussi: Bijoutier en cuir. Au XVIIe siècle, on disait: Orfèvre en cuir.

On dit aussi Biller.

Ils disent de même: Billet de mille.

Binelle-lof. Banqueroute.

Birbe dab. Grand'père.

Être en bisbille. Être brouillés.

On dit mieux Faire le bitume.

Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre,—MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc.,—et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu'à Ménage? Un gamin s'est avisé un jour de la ressemblance qu'il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut!

Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar.

Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu'on sait; parler avec habileté de ce qu'on fait.

Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d'écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester.

Pousser une blague. Raconter d'une façon plus ou moins amusante une chose qui n'est pas arrivée.

On dit aussi: Blague dans le coin.

Blaguer quelqu'un. Se moquer de lui.

«Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues!» ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.

Signifie aussi Avocat.

Avoir du blé en poche. Avoir de l'argent dans sa bourse.

N'avoir pas de blé. N'avoir pas le sou.

Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs. 44

On dit aussi Petit bleu.

Faire des bleus. Donner des coups.

C'est bleu. C'est incroyable.

En être bleu. Être stupéfait d'une chose, n'en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle.

Être bleu. Être Étonnamment mauvais,—dans l'argot des coulisses.

On disait autrefois: C'est vert! Les couleurs changent, non les mœurs.

Être au bloc. Être consigné.

Signifie aussi Prison.

C'est mon blot! Cela me convient.

Se monter le bobêchon. S'illusionner sur quelqu'un ou sur quelque chose; se promettre monts et merveilles d'une affaire—qui accouche d'une souris.

Ils disent aussi Bobine.

On disait aussi Bobinche et Bobinski.

Il n'y a pas de bobo. Il n'y a pas de mal,—dans l'argot des faubouriens, qui parlent ici au figuré.

Se garnir le bocal. Manger.

Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d'aplomb.

Bogue en jonc. Montre en or.

Bogue en plâtre. Montre en argent.

Ce mot et le précédent sont vieux,—comme la misère et le vagabondage. Ce n'est pas à Saint-Simon seulement qu'ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s'en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature: c'est Balzac qui les a ressuscités, 46 et après Balzac, Henri Murger—dont ils ont fait la réputation.

Payer une goutte. Siffler.

Avoir un moustique dans la boîte au sel. Être un peu fou, un peu maniaque.

Autrefois on disait Pantin-sur-Merde.

Bonicarde. Vieille femme.

Par analogie, manœuvres pour tromper.

On dit aussi: Chevalier grimpant,—par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit grimper.

En dire de bonnes. Raconter des histoires folichonnes.

En faire de bonnes. Jouer des tours excessifs.

Une expression charmante, presque aussi jolie que le sweetheart des ouvriers anglais, et qu'on a tort de ridiculiser.

C'est l'olfacit sagacissime de Mathurin Cordier.

Ils disent Bonhommes.

Courir une bordée. S'absenter de l'atelier sans permission.

Tirer une bordée. Se débaucher.

«Miex ne voulsist estre mesel

Et ladres vivre en ung bordel

Que mort avoir ne le trespas.»

dit l'auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

Le mot a plus de cinq centsans de noblesse populaire, ainsi que cela résulte de cette citation du Roman de la Rose:

«Li aultre en seront difamé,
Ribaut et bordelier clamé.»

Au féminin, Boscotte. 49

Se donner une bosse. Manger et boire avec excès.

Se faire des bosses. S'amuser énormément.

Se donner une bosse de rire. Rire à ventre déboutonné.

On dit d'un artiste en ce genre: C'est un joli bottier.

Faire du boucan. Faire du scandale,—ce que les Italiens appellent far bordello.

Donner un boucan. Battre ou réprimander quelqu'un.

Coquer la boucanade. Suborner un témoin.

Boucanière, s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers dans les lieux où l'on fait du Boucan que dans ceux où l'on fait son salut.

On dit aussi Boutogue.

Être d'un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.

On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi 50 à Paris, sont ornés d'un rameau de verdure,—boscus.

Boucler la lourde. Fermer la porte.

C'est un nom emprunté au patois manceau.

L'expression est de Mirabeau.

Se dit aussi d'un Homme dont le visage est un peu soufflé.

On dit aussi Se bouffer le nez.

On dit aussi Bougonneur.

Bon bougre. Bon camarade, loyal ami. 51

Bougre à poils. Homme à qui la peur est inconnue.

Mauvais bougre. Homme difficile à vivre.

On écrit aussi Bouis-bouis,—je ne sais pas pourquoi puisque c'est une onomatopée. Bouig-bouig serait plus exact alors.

Ensecreter un bouiboui. Attacher tous les fils qui doivent servir à faire mouvoir une marionnette.

Faire de la bouillabaisse. Arranger confusément des choses ou des idées.

Faire de la bouillie pour les chats. Travailler sans profit pour soi ni pour personne.

Boire un bouillon. Perdre de l'argent dans une affaire.

Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.

Prendre un bouillon d'onze heures. Se suicider par le poison.

Bonne boule. Physionomie grotesque.

Perdre la boule. Ne plus savoir ce que l'on fait.

Ils disent aussi Bosco, Bossemar.

S'emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d'énergiques reproches.

Comme les mots ne manqueront jamais aux hommes pour désigner les femmes,—du moins une certaine classe de femmes,—ce nom, qui succédait à celui de lorette et qui date de la même époque, a été lui-même remplacé par une foule d'autres, tels que: filles de marbre, prè-catelanières, casinettes, musardines, etc., selon les localités.

Ils disent aussi Boulet à queue.

Les escrocs des siècles passés disaient bouler.

Signifie aussi gouverner, conduire,—dans l'argot des vagabonds, qui savent si mal se boulinguer eux-mêmes.

C'est le bouquet! Cela complète mon malheur.

C'est une corruption ou une ironie du mot anglais book.

On dit dans le même sens, au féminin: Bourgeoise.

On dit aussi Bourrade.

Se monter le bourrichon. Se faire une idée fausse de la vie, s'exagérer les bonheurs qu'on doit y rencontrer, et s'exposer ainsi, de gaieté de cœur, à de cruels mécomptes et à d'amers désenchantements.

Tourner en bourrique. S'abrutir ne plus savoir ce que l'on fait.

Faire tourner quelqu'un en bourrique. L'obséder de reproches ou d'exigences ridicules.

Signifie aussi Faire de petites opérations de Bourse.

On dit aussi Boursicotier.

Faire du bousin. Faire du tapage du scandale; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.

M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d'aller chercher bowsing, cabaret à matelots. C'est, me semble-t-il, renverser l'ordre naturel des choses, et faire descendre 55 François Ier de Henri II. Bowsing n'est pas le père, mais bien le fils de bousin, qui lui-même est né de la bouse ou de la boue. Pour s'en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu'à Restif de la Bretonne.

Perdre la boussole. Devenir fou.

Ils disent aussi Boussole de refroidi.

On dit aussi Bas du cul.

On dit aussi Boutogue, Boucard.

S'applique aussi à l'autre sexe.

Montrer toute sa boutique. Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.

Esprit de boutique. Esprit de corps.

Être de la boutique. Être de la maison, de la coterie.

C'est un vieux mot. On le trouve dans la Chanson de Roland.

Abouler de la braise. Donner de l'argent à une fille pour être aimé d'elle, ou à un voleur pour n'être pas tué par lui.

On dit aussi Braisiller.

Faire du branle-bas. Faire du tapage.

On dit aussi Grand Braque,—même à propos d'un homme de taille moyenne.

Brave comme un jour de Pâques. Richement habillé.

On dit quelquefois Brédi-bréda taribara.

Ils disent aussi brobèche et broque.

D'où est sans doute venue l'expression: Battre la breloque, pour signifier d'abord chez les soldats: «Annoncer à son de tambour l'heure des repas;» puis au figuré, chez le peuple: «Déraisonner comme une pendule détraquée.»

Brême de paclin. Carte géographique.

Maquiller les brêmes. Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.

Le mot est de Balzac.

Signifie aussi faire des choses que pourraient réprouver la conscience et la morale. Dans ce sens, il a pour parrain Saint-Simon.

On dit aussi Bricolier.

Brider la lourde. Fermer la porte.

«O! le bon appétit, voyez

comme il briffe!» dit Noël Du

Fail en ses Propos rustiques.

On dit aussi Brigands,—à cause de la physionomie rébarbative que vous donnent des cheveux ébouriffés.

On dit aussi Grande bringue.

Signifie aussi Sabre de cavalerie.

On dit aussi Broder.

Ne s'emploie ordinairement que dans cette phrase: Ne pas dire une broquille, pour: Ne pas savoir un mot de son rôle.

Signifie aussi Boucle d'oreille.

Signifie aussi Gagner une partie de billard.

Se faire brosser, v. réfl. Se faire battre,—au propre et au figuré.

On disait autrefois Brouillé avec les espèces.

Ne serait-ce pas par hasard une corruption du Brod allemand?

L'expression appartient à Balzac.

Actualité brûlante. Actualité on ne peut plus actuelle, pour ainsi dire.

Foutre une brûlée. Battre lesennemis dans l'argot des troupiers.

Recevoir une brûlée. Être battu par eux.

Se bûcher. Echanger des coups.

On dit aussi Buse et Buson.

62

63

C

On dit aussi Cabot.

Signifie aussi Tromper, et même Voler.

Signifie aussi Voleur.

On dit aussi Cabe.

«Biau sire, laissiés me caboche,
Par la char Dieu, c'est villenie!»

disent les poésies d'Eustache Deschamps.

On dit aussi Cabosse.

Ce mot a une vingtaine d'années. Au début, il a servi d'enseigne à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.

Faire caca. Ire ad latrinas.

>Jouer à cache-cache. Jouer à se cacher.

Donner un coup de cachemire sur une table. L'essuyer.

Ils disent aussi Cabriolet, et Carquois d'osier.

Se mettre quelque chose dans le cadavre. Manger.

Savoir où est le cadavre de quelqu'un. Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son faible.

Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates.

Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu'un ou pour clore une discussion qui leur déplaît: «Tiens, baise Cadet!»

Tu es un beau cadet! Phrase ironique qu'on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.

Cage à chapons. Couvent d'hommes.

Cage à jacasses. Couvent de femmes.

Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

Ils disent aussi Galerie.

C'est aussi le nom qu'il donne au cheval,—pour les mêmes raisons.

Signifie aussi Nez.

Il l'appelle aussi, en employant une image contraire, Madame la Ruine.

Se faire sauter le caisson. Se brûler la cervelle.

Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.

Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs classes, veulent qu'on dise caner et non caler, s'appuyant sur la signification bien connue du 67 premier verbe, qui n'est autre en effet que Faire la cane, s'enfuir. Mais je persisterai dans mon orthographe, dans mon étymologie et dans ma prononciation, parce qu'elles sont plus rationnelles et qu'en outre elles ont l'avantage de me rappeler les meilleures heures de mon enfance. En outre aussi, à propos de cette expression comme à propos de toutes celles où les avis sont partagés, je pense exactement comme le chevalier de Cailly à propos de chante-pleure:

«Depuis deux jours on m'entretient

Pour savoir d'où vient chante-pleure:

Du chagrin que j'en ai, je meure!

Si je savais d'où ce mot vient,

Je l'y renverrais tout à l'heure...»

Le mot date de la Restauration, de l'époque où les messieurs de l'aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu'on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

On dit aussi Caliborgne.

Signifie aussi coquille de noix.

Boiter des calots. Loucher.

Le régiment de la calotte. Société de Jésus,—sous la Restauration. Aux XVIIe et XVIIIe siècles on avait donné ce nom à une société bien différente, composée de beaux esprits satiriques.

Ils disent aussi Clavigne. 68

On dit aussi Clavin.

Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout des amis; ils s'aident, mais ils se méprisent. C'est Henri Delatouche, l'ennemi, et, par conséquent, la victime de la camaraderie, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la littérature française.

Cambriole de Milord. Appartement somptueux.

Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.

Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.

Ils disent aussi Camplouse.

Signifie aussi logis quelconque, taudis.

C'est par conséquent un mot qui date de 1852. Les journalistes qui l'ont employé l'ont écrit tous avec un seul l,—comme Alexandre Dumas fils lui-même, du reste,—sans prendre garde qu'ainsi écrit ce mot devenait une injure de bas étage au lieu d'être une impertinence distinguée: un 69 camellia est une fleur, mais le camélia est un καμηλος [grec: kamêlos].

Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif; ils ont dit: Un mariage camelotte.

Signifie aussi mendier, vagabonder.

La camoufle s'estourbe. La chandelle s'éteint.

Piquer une romaine au camp. Dormir.

Se dit aussi pour buveur d'eau-de-vie.

Avoir campo. Être libre.

On dit aussi Couac.

Signifie aussi journaliste.

On dit aussi Cancaneur.

Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.

Caner son article. Ne pas envoyer l'article qu'on s'était engagé à écrire.

Offrir une canne. Prier un collaborateur de ne plus collaborer; l'appeler à d'autres fonctions, toutes celles qu'il voudra—mais ailleurs.

Petit canon. La moitié d'un cinquième.

Grand canon. Cinquième.

Charger la canonnière. Manger.

Gargousses de la canonnière. Navets, choux, haricots, etc.

Le cant et le bashfulness, deux jolis vices!

Parler à la cantonade. Avoir l'air de parler à quelqu'un qui est censé vous écouter,—au propre et au figuré.

Ecrire à la cantonade. Ecrire pour n'être pas lu,—dans l'argot des gens de lettres.

Caprice sérieux. Entreteneur.

On dit aussi Marquis de Carabas.

Carabine, s. f. Maîtresse d'étudiant.

Plaisanterie carabinée. Difficile à accepter, parce qu'excessive.

Avoir une mauvaise carcasse. Avoir une mauvaise santé.

On dit aussi Charpentier.

L'expression appartient à Balzac. Déjà Rabelais avait parlé des «escrevisses qu'on cardinalise à la cuite».

On dit aussi Planque.

On dit aussi Voleur à la care.

C'est le pincher anglais.

On dit aussi Carer.

La carline (carlina vulgaris) est une plante qui, au dire d'Olivier de Serres, prend son nom du roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste. La vie étant aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la mort nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu'on lui a donné ce nom? Ou bien est-ce parce qu'elle nous apparaît hideuse, comme Carlin avec son masque noir?

Quelques étymologistes veulent qu'on écrive et prononce carle,—probablement par contraction de carolus.

Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.

Jouer la carotte. Hasarder le moins possible, ne risquer que de petits coups et de petites sommes.

Tirer une carotte. Conter une histoire mensongère destinée à vous attendrir et à délier les cordons de votre bourse.

Carotte de longueur. Histoire habilement forgée.

Carotter l'existence. Vivre misérablement.

Carotter le service. Se dispenser du service militaire, ou autre, en demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.

Carottier fini. Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent toujours.

On dit aussi caroubleur refilé.

Caroubleur à la flan. Voleur à l'aventure.

On dit aussi Se recarrer.

Être en carte. Être fille publique.

Manier le carton. Jouer aux cartes.—On dit aussi Graisser le carton et Tripoter le carton.

Maquiller le carton. Faire sauter la coupe.

Faire son cas. Alvum deponere.

Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.

Sauter ou tomber sur le casaquin à quelqu'un. Battre quelqu'un, le rouer de coups.

Avoir quelque chose dans le casaquin. Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.

Le patron de la case. Le maître de la maison, d'un établissement quelconque; le locataire d'une boutique, d'un logement.

Casque-à-mèche. Bonnet de coton.

Avoir du casque, c'est-à-dire parler avec la faconde de Mangin.

Signifie aussi: donner aveuglément dans un piège,—de l'italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.

Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première,—celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple: J'ai casqué pour le roublard (je l'ai pris pour un malin).

C'est le nom d'une sorte de pâtisserie dans l'ouest de la France. Rabelais dit casse-musel.

Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord; être soumis à un traitement dépuratif énergique.

C'est une allusion à la rupture du câble transatlantique.

Mettre son chapeau en casseur. Sur le coin de l'oreille, d'un air de défi.

Plomber de la cassolette. Fetidum halitum emittere.

Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d'immondices et qu'il s'en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.

Chercher castille. Faire des reproches injustes ou exagérés.

Ils disent aussi Castion.

Lou cat a fain
Quant manjo pain,

dit un fabliau ancien.

Faire la causette. Causer tout bas.

Avoir vu des cavalcades. Avoir eu de nombreux amants.

Se payer une cavale. Courir.

Il dit aussi Champ de Navets,—parce qu'il sait qu'avant d'être utilisés pour les morts, ces endroits funèbres ont été utilisés pour les vivants.

On dit aussi Vieux céladon.

Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par eux à toutes les sauces: c'est leur réponse à tout. Il faudrait pouvoir la noter.

Centre à l'estorgue. Faux nom, sobriquet.

Centre d'altèque. Nom véritable.

Li marinier qui par mer nage,

Cerchant mainte terre sauvage,

Tout regarde il à une estoile,

disent les auteurs du Roman de la Rose.

Ficher un chabannais. Donner une correction.

L'expression appartient à Balzac.

Quelques écrivains font ce mot du féminin.

Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.

On dit aussi Chamberlan, et ce mot, comme l'autre, est la première forme de Chambellan. Les gens du bel air ont donc tort de rire des petites gens,—qui parlent mieux qu'eux, puisqu'ils parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissart, qui parlaient comme les Allemands (Kâmmerling ou Chamarlinc).

Le mot a une cinquantaine d'années de bouteille.

Pour beaucoup aussi, c'est du 82 café chaud avec du rhum ou de l'absinthe.

Être entre quatre chandelles. Être conduit au poste entre quatre fusiliers.

Au féminin, Chanoinesse.

Faire chanter. Faire pleurer.

L'expression est vieille comme le vice qu'elle représente.

Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c'est-à-dire dans la ligne du nez.

Faire ou Fêter des chapelles. Faire des stations chez tous les marchands de vin.

On dit aussi Chapon de Gascogne.

C'est un souvenir donné à la coiffure des lanciers polonais,—de la garde nationale de Paris.

Se dit aussi pour Auvergnat.

C'est la manœuvre contraire à Appuyer.

Le mot est antérieur à 1789.

Soubrettes de Charlot. Les valets du bourreau, chargés de faire la toilette du condamné à mort.

Les Anglais disent de même Ketch ou Jack Ketch,—quoique Monsieur de Londres s'appelle Calcraft.

Signifie aussi Homme roué, corrompu.

S'appelle aussi Vol à l'Américaine.

Charrieur, cambrousier. Voleur qui exploite les foires et les fêtes publiques.

Charrieur de ville. Celui qui vole à l'aide de procédés chimiques.

Charrieur à la mécanique. Autre variété de voleur.

Faire ou Former le chartron. Ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final.

Ce mot qui ne se trouve pourtant dans aucun dictionnaire respectable, est plus étymologique qu'on ne serait tenté de le supposer au premier abord. Je m'appuie, pour le dire, de l'autorité de Ménage, qui fait venir chassie de l'espagnol cegajoso, transformé par le patois français en chaceuol, qui voit mal, qui a la vue faible. Et, dans le même sens nos vieux auteurs n'ont-ils pas employé le mot chacius?

Châsses d'occase. Yeux bigles, ou louches.

Foutre une chasse. Faire de violents reproches. 85

On dit aussi Chasser l'humidité.

Chat fourré. Juge; greffier.

L'expression est de Balzac.

Être chaud. Se défier.

Il l'a chaud. C'est un malin qui entend bien ses intérêts.

Taper sur le chaudron. Jouer du piano,—dans l'argot du peuple.

J'ai entendu employer aussi cette expression dans un sens contraire à celui que je viens d'indiquer,—dans le sens d'Homme qui s'occupe des soins incombant à la femme de ménage. C'est le mari de la femme qui porte les culottes.

Avoir chauffé le four. Être en état d'ivresse.

Nos pères disaient: Coucher en joue une femme.

Nos pères disaient: Coucher en joue un emploi.

Se dit aussi de tout homme qui amène la gaieté avec lui.

Putain comme chausson. Extrêmement débauchée. Aurélien 87 Scholl a spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible à citer, par cette autre, qui n'écorche pas la bouche et qui rend la même pensée: Légère comme chausson.

Chelinguer des arpions. Puer des pieds.

On dit plus élégamment: Chelinguer des arps.

Chelinguer du bec. Fetidum emittere halitum.

L'expression ne viendrait-elle pas de l'allemand schlingen, avaler, ouvrir trop la bouche?

Faire suer le chêne. Tuer un homme.

Chêne affranchi. Homme affranchi, voleur.

Les voleurs anglais ont le même mot: oak, disent-ils d'un homme riche. To rub a man down with an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d'un homme qu'ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne,—un bâton.

Chenu sorgue. Bonsoir.

Avoir dix à cherche. Avoir dix points lorsque son adversaire n'en a pas un seul.

Avoir trop d'ingéniosité dans l'esprit et dans le style, s'amuser aux bagatelles de la phrase au lieu de s'occuper des voltiges sérieuses de la pensée. Argot des gens de lettres.

Signifie aussi: Se casser la tête pour trouver une chose simple.

Être bon cheval de trompette. Ne s'étonner, ne s'effrayer de rien.

On dit aussi Romain.

Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens; mais la vérité est qu'il sort tout simplement et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de l'Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.

Trouver un cheveu à la vie. La prendre en dégoût et songer au suicide.

Voilà le cheveu! C'est une variante de: Voilà le hic!

Avoir la chèvre. Être en colère.

Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quelqu'un. Signifie aussi se laisser berner.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, Prendre la chèvre.

Chiasse du genre humain. Homme méprisable.

Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d'imagination, de souvenir.

Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon—ou de mauvais—goût.

Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

Monsieur Chic. Personne distinguée—par sa générosité envers le sexe.

Discours chic. Discours éloquent,—c'est-à-dire rigolo.

Ce mot a lui-même d'autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

On dit aussi Chichard.—Notre vieux français avait chice.

Notre vieux français avait chiceté.

Faire sa chicorée. Se donner des airs de grande dame, et n'être souvent qu'une petite dame.

Ce verbe est vieux: on le trouve dans les Fabliaux de Barbazan.

C'est lui tout chié. Il a le même visage et surtout le même caractère.

Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Vieux chien. Vieux farceur,—sly dog, disent nos voisins.

Voilà le chiendent. Voilà le hic.

Remonter jusqu'au XVe siècle pour trouver—dans chéaulz, enfants, et lice, chienne—une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare—en français—date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l'avait été, et l'on peut dire qu'il est né tout d'une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d'ingéniosité à ce propos; mais aussi, son point de départ était par trop faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison.» M. Nisard a tort, qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujours 91 prononcé chie-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu'un: Il a chié dans mon panier jusqu'à l'anse.

L'expression, qu'on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit: «Cettuy-là a fait caca en nos paniers: il a ses desseins à part.»

On dit aussi Mou comme une chiffe, mais c'est un pléonasme.

Balancer le chiffon rouge. Parler.

Les voleurs anglais disent de même Red rag.

Signifie aussi coup à la tête ou au visage,—au chanfrein.

On dit aussi Chinois de paravent.

Génin donne à ce mot une origine commune au mot chiffon, ou chiffe: le verbe anglais to chip, qui signifie couper par morceaux. Je le veux bien; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se contentant 93 de l'étymologie latine accipere, dont on a fait le vieux verbe français acciper! Acciper, par syncope, a fait ciper; ciper à son tour a fait chiper,—comme cercher a fait chercher.

Signifie aussi: Manger du bout des dents.

Signifie aussi mauvaise humeur,—l'état de l'esprit étant la conséquence de l'état du corps.

Avoir une chique. Être saoul.

Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir.

On dit aussi, pour imposer silence à quelqu'un: Pose ta chique et fais le mort.

Se chiquer. Echanger des coups de poing et des coups de pied.

C'est évidemment le même mot que chicot, qui a lui même 94 pour racine le vieux mot français chice.

Double cholette. Litre.

Se faire choper. Se faire arrêter.

Bon chopin. Vol heureux et considérable.

Mauvais chopin. Vol de peu d'importance, qui ne vaut pas qu'on risque la prison.

Chopiner théologalement, dit Rabelais.

On dit aussi Machin. Ulysse, au moins, se faisait appeler Personne dans l'antre de Polyphème!

Avoir l'air chose. Être embarrassé, confus, humilié.

Être tout chose. Être interdit, ému, attendri.

Faire chou blanc. Echouer dans une entreprise; manquer au rendez-vous d'amour; revenir de la chasse le carnier vide, etc.

L'expression est de Balzac.

Signifie aussi parler allemand.

On dit aussi Choucroutemann.

On dit aussi Chouettard et Chouettaud,—sans augmentation de prix.

On dit aussi Choufflite: mais ce mot n'est qu'une corruption du précédent.

V. Suriner.

L'étymologie voudrait que l'on dît Surineur; mais l'euphonie veut que l'on prononce Chourineur.

Viande de chrétien. Chair humaine.

Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,—dans l'argot des coulisses.

Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

Dab de la Cigogne. Le procureur général.

Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontiers cintième.

Les Espagnols disent cebada pour Orge.

Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,—et alors il est verbe actif.

«Parquoy s'ensuit qu'en toute claireté
Son nom reluyt et sa vertu pullule,»

dit Clément Marot.

L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains des XVe et XVIe siècles.

Figure à claques. Visage moqueur 97 qui donne des démangeaisons à la main de celui qui le regarde.

La boite aux claqués. La Morgue.

Le jardin des claqués. Le cimetière des hospices.

Le peuple dit aussi, dans le même sens, Claque-soif,—par compassion, l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui meurt de faim.

Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

Mauvaise clique. Pléonasme fréquemment employé,—clique ne pouvant jamais se prendre en bonne part.

Les bourgeois, eux, disent cloche: c'est un peu plus français, mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules lorsqu'on les crève.

On dit aussi Culot.

Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements chez un commissionnaire au mont-de-piété.

Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.

On dit aussi River le clou.

Taper sur la cocarde. Se dit d'un vin trop généreux qui produit l'ivresse.

Avoir sa cocarde. Être en état d'ivresse.

On dit aussi Cochonnerie.

Coco déplumé. Tête sans cheveux.

Redresser le coco. Porter la tête haute.

Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l'imagination.

Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu'un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce désagréable.

Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d'un homme qui s'est mal tiré d'une affaire, qui a mal rempli une commission.

On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte: il n'en est rien,—car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont l'a mis en circulation.

Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient: Poulette.

Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.

On dit: Il ou Elle a un cœur d'artichaut, il y en a une feuille pour tout le monde.

Avoir le coffre bon. Se bien porter physiquement.

Se faire coffrer. Se faire arrêter.

La cogne. La gendarmerie.

Se dit aussi pour: Prendre les armes, descendre dans la rue et faire une émeute.

Faucher le colas. Couper le cou.

On dit aussi le colin.

Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

Être tangent à une colle. Être menacé d'un simulacre d'examen.

Collèges de Pantin. Prisons de Paris.

Les Anglais ont la même expression: City college, disent-ils à propos de Newgate.

Se coller. S'approprier quelque chose.

On dit plutôt: Collant.

Aller à comberge. Aller à confesse.

Par comblance. Par surcroît.

Ils disent aussi Combriot.

Ils disent aussi Cambrieu, plus conforme à l'étymologie qui est certainement cambré.

On prononce comifô.

L'homme comme il faut des bourgeoises est le monsieur bien des petites dames.

Ouvrir le compas. Marcher.

Allonger le compas. Précipiter sa marche.

Les Anglais ont une expression analogue: To cast up one's accounts (rendre ses comptes), disent-ils.

Grand condé. Préfet.

Petit condé. Maire.

Demi-condé. Adjoint.

Condé franc ou affranchi. Fonctionnaire qui se laisse corrompre.

Plus particulièrement: Faveur obtenue d'un geôlier ou d'un directeur.

Mot nouveau, profession nouvelle. 103

Signifie aussi: Savoir de quoi se compose le dîner auquel on est invité.

Connaître le numéro de quelqu'un. Savoir ce qu'il cache; connaître ses habitudes, son caractère, etc.

Signifie aussi: C'est usé! Je ne crois plus à ces choses-là!

Ce verbe ne viendrait-il pas de cognoscere, connaître, ou de cognobilis, facile à connaître.

Être en conscience, ou à la conscience. Travailler à la journée.

C'est aussi l'élève de seconde année à Saint-Cyr.

Débit de consolation. Liquoriste, cabaret.

On dit aussi mettre le contrôle.

Être en convalescence. Être sous la surveillance de la police.

On écrivait et on disait autrefois compaing, mot très expressif que je regrette beaucoup pour ma part, puisqu'il signifiait l'ami, le frère choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait son pain,—cum pane. C'est l'ancien nominatif de compagnon.

Avoir de la cope. Avoir un manuscrit à composer.

Lever son copeau. Parler, bavarder.

Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue.

Caner sa copie. Ne pas écrire l'article promis.

Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets.

Pisseur de copie. Ecrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l'étranger, de sa prose ou de ses vers.

Le mot n'est pas aussi moderne qu'on serait tenté de le croire, 105 car il sort du Blason des fausses amours:

«Se ung coquardeau

Qui soit nouviau

Tombe en leurs mains,

C'est un oyseau

Pris au gluau

Ne plus ne moins.»

Coquer la camouffle. Présenter la chandelle.

Coquer la loffitude. Donner l'absolution.

Coquer le poivre. Empoisonner.

Coquer le taf. Faire peur.

Corbuche-lof. Ulcère factice.

Corneaude. Vache.

Corner une chose aux oreilles de quelqu'un. La lui répéter de façon à lui être désagréable.

Se mettre quelque chose dans le cornet. Manger.

N'avoir rien dans le cornet. Être à jeun. 106

On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu'ils sont tombés dans les costières.

Être à la côte. N'avoir pas d'argent.

Frère de la côte. Compagnon de misère.

On dit aussi Côtelette de vache.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: A welsh rabbit (un lapin du pays de Galles), disent-ils à propos d'une tartine de fromage fondu.

Aimer le cotillon. Être de complexion amoureuse.

Faire danser le cotillon. Battre sa femme.

Elever un enfant dans du coton. Le gâter de caresses.

Il y a eu ou il y aura du coton. On s'est battu ou l'on se battra.

Il y a du coton. On aura de la peine à se tirer d'affaire.

On dit aussi fumerons.

Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme.

On dit aussi Faire cornette, quand c'est la femme qui est trompée.

Ils disent mieux Bogue.

Prendre sa permission sous son coude. Se passer de permission.

Gratter la couenne à quelqu'un. Le flatter, lui faire des compliments exagérés.

On dit aussi Coulage.

Veiller à la coule. Veiller sur les domestiques, avoir l'œil sur les garçons de café et autres, pour empêcher la dilapidation.

Signifie aussi: Savoir tirer son épingle du jeu; être dupeur plutôt que dupé; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de marteau à celui d'enclume.

Monter une couleur. Mentir.

Au XVIIe siècle on disait: Sous couleur de, pour Sous prétexte de. Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couleur.

Chelinguer du couloir. Fetidum halitum emittere.

Donner un coup de canif dans le contrat. Tromper sa femme ou son mari.

Avoir un coup de chasselas. Être en état d'ivresse. 109

Donner un coup de fourchette. Manger.

Coup de pistolet dans l'eau. Affaire ratée.

C'est une façon comme une autre d'essuyer l'injure reçue. Même argot.

Recevoir le coup du lapin. Vieillir subitement du soir au lendemain; se réveiller avec des rides et les cheveux blancs.

Signifie aussi au figuré: Coup de grâce.

Le mot date de la maréchale Lefebvre.

On dit volontiers comme elle: Cela te la coupe!

Signifie aussi Tuer.

Connaître le courant. Savoir de quoi il s'agit.

Montrer le courant. Initier quelqu'un à quelque chose.

Courbe de maxne. Epaule de mouton.

On dit aussi Courir la gueuse et Courir le guilledou.

Coursier de fer. Locomotive.

J'ai vu écrit conce de castus dans le vieux dictionnaire d'Olivier Chéreau, avec cette définition conforme du reste à la précédente: «Celuy qui porte les salletés de l'hospital à la rivière.»

Cousse ne signifie rien, tandis que conce est une antiphrase ironique et signifie parfumé (de l'italien concio).

On dit de même Linge de conseiller pour linge volé et démarqué.

Faire couvrir le temple à un frère. Le faire sortir.

Signifie aussi Niaiserie, chose de peu d'importance.

Signifie aussi Se moquer.

Signifie aussi: Importuner, agacer,—probris lacessere. 113

D'aucuns disent encore comme du temps de Rabelais, Cabosser.

On dit: C'est lui tout craché. ou C'est son portrait tout craché.

On dit aussi Cracher du coton et Cracher des pièces de dix sous.

Tenir le crachoir. Parler.

Abuser du crachoir. Abuser de la facilité qu'on a à parler et de l'indulgence des gens devant qui l'on parle.

Ils disent aussi Tirer sa crampe.

Faire son crâne. Faire le fanfaron.

Avoir un crâne talent. Avoir beaucoup de talent.

Avoir crânement de talent. En avoir beaucoup.

Faire son crâneur. Parler ou 114 marcher avec aplomb, comme un homme qui ne craint rien.

Tomber dans la crasse. Déchoir de rang, de fortune; de millionnaire devenir gueux, et d'honnête homme coquin.

Faire son credo. Avouer franchement ses torts.

La crème des hommes. Le meilleur des hommes.

Ils disent aussi goitreux.

Bon creux. Belle voix, claire, sonore.

Fichu creux. Voix brisée, défaillante, qui «sent le sapin».

Les voyous anglais disent de même Ken, apocope de Kennel (trou, terrier).

Faire sa crevaison. Mourir.

Petit crevé. Synonyme de gandin.

Mot de création tout à fait récente.

Cribler à la chienlit ou au charron. Crier au voleur.

Cribler à la grive. Avertir un camarade, en train de travailler, de l'arrivée de la police ou d'importuns quelconques.

Ne serait-ce pas une contraction de carogne, mot dérivé du latin caro?

D'un autre côté, je trouve crie et criolle dans le dictionnaire d'Olivier Chéreau, et Bouchet lui donne la signification de Lard. Auquel entendre?

Être comme un crin. Être de mauvaise humeur.

«Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.»

On dit aussi Crier comme une merlusine.

Signifie aussi Créancier.

Cromper sa sorbonne. Sauver sa tête de la guillotine.

Croqueneaux verneaux. Souliers vernis.

Être comme un croquet. Se fâcher sous le moindre prétexte.

Ils disent aussi Crosseur.

Douze plombes crossent: il est midi ou minuit.

Tomber dans la crotte. Se ruiner, se déshonorer,—se salir l'âme et la conscience.

Vivre dans la crotte. Mener une vie crapuleuse.

On n'est jamais sali que par la crotte. On ne reçoit d'injures que des gens grossiers.

Il dit aussi Cruchon.

Tanner le cuir. Battre.

Avoir le dessous des arpions doublé en cuir de brouette. Avoir le dessous des pieds aussi dur que du bois.

Connaître la cuisine d'un journal. Savoir comment il se fait, par qui il est rédigé et quels en sont les bailleurs de fonds réels.

Faire la cuisine d'un journal. Être chargé de sa composition, c'est-à-dire de la distribution des matières qui doivent entrer dedans, en surveiller la mise en page, la correction des épreuves, etc.

(V. Coqueur et Mouton.)

Signifie aussi Agent de police.

Avoir sa cuite ou une cuite. Être saoul.

Ils disent aussi Enfant de la fourchette, Mal choisi et Quarantier.

Faire la culbute. Faire banqueroute.

Attraper une culotte. Se trouver à la fin d'une partie, à la tête d'un grand nombre de dominos qu'on n'a pu placer.

On dit aussi Prendre une culotte.

On dit aussi Se culotter le nez.

Signifie aussi: Vieillir, devenir hors de service.

On dit mieux: Vieux Cupidon.

On l'appelle aussi Moucharde. 121

D

Les Anglais ont le même mot pour signaler un homme consommé dans le vice: A rum dabe disent-ils.

Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable.

Les ouvriers emploient aussi cette expression.

Fantaisie, manie,—dans l'argot des grandes personnes, plus enfants que les enfants.

Daim huppé. Daim tout à fait riche.

Signifie aussi: imbécile, nigaud.

On dit aussi la Dalle du cou. 122

Danse soignée. Batterie acharnée.

On dit aussi: Faire danser l'anse du panier. Quand une cuisinière, revenue du marché, a vidé les provisions que contenait tout à l'heure son panier, elle prend celui-ci par l'anse et le secoue joyeusement pour faire sauter l'argent épargné par elle à son profit, et non à celui de sa maîtresse.

Danser du bec. Avoir une haleine douteuse.

Danser des arpions. Avoir des chaussettes sales.

On dit aussi, à propos d'une somme perdue, volée, ou donnée: La danser de tant.

Faire danser quelqu'un. Se faire offrir quelque chose par lui.

Faire danser ses écus. Dépenser joyeusement sa fortune.

Signifie aussi: Être battu.

Daron de la raille ou de la rousse. Préfet de police.

Daronne du Dardant. Vénus, mère de l'Amour.

Daronne du grand Aure, la Sainte Vierge, mère de Dieu.

Être volé au déballage. S'apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu'on s'était imaginée idéalement belle, d'après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n'a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

Se débarbouiller. Se retirer tant bien que mal d'une affaire délicate, d'un péril quelconque.

Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.

«Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'incline

Sous un chapeau coquet l'allure masculine,

Un corset dans un pantalon.

Un masque de velours aux prunelles ardentes,

Sous des plis transparents des formes irritantes,

Un ange doublé d'un démon.»

J'ai entendu dire Dibène (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l'on parle le wallon, c'est-à-dire le vieux français.

Tomber dans la débine. Devenirpauvre.

En wallon, on dit: Dibiner, pour être mal à l'aise, en langueur.

Se débiner. S'injurier mutuellement.

En wallon, on dit Biner pour Fuir.

Se faire déborder. Se faire vomir.

Se débourrer. S'émanciper, se dégourdir.

Décamper sans tambour ni trompette. S'en aller discrètement ou honteusement, selon qu'on est bien élevé ou qu'on a été inconvenant.

On dit aussi Décampiller.

On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été jusqu'en Picardie chercher une chenille.

Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d'Anglemont en attribue l'invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue: «Quel échec, mon empereur!» se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que: «Quelle dèche, mon empereur!»

Être en dèche. Être en perte d'une somme quelconque.

On dit aussi N'être pas trop égratignée.

On dit aussi Dévisser son billard.

Être en déconfiture. Avoir déposé son bilan.

Pour les filles, Décrasser un homme, c'est le ruiner, et pour les voleurs, c'est le voler,—c'est-à-dire exactement la même chose.

Ils disent aussi Descendre.

Se faire décrocher. Employer des médicaments abortifs.

Acheter une chose au décrochez-moi ça. L'acheter d'occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

On dit aussi Doubleur.

On dit aussi Défrusquiner.

Se défrusquer. Se déshabiller. 127

Avoir une belle dégaine. Se dit ironiquement des gens qui n'ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.

Signifie aussi: Mourir.

Se dégommer. S'entre-tuer.

Signifie aussi: Recherche couronnée de succès.

Signifie aussi: Trouver ce que l'on cherche.

Se dégourdir. Se débourrer, se débarrasser de ses allures gauches, de la timidité naturelle à la jeunesse.

Signifie aussi: S'amuser.

N'être pas trop déjeté. Être bien conservé.

C'est une expression elliptique très raffinée: Ah! de la bourrache! c'est-à-dire: «Tu me fais suer!»

C'est démandibuler qu'il faudrait dire; la première application de ce verbe a dû être élite à propos de la mâchoire, qui se désarticule facilement.

Se démantibuler. Se séparer, se briser,—au propre et au figuré.

On disait autrefois Démurger.

Signifie aussi: Être vieux, être sur le point de partir pour l'autre monde.

On dit aussi Déménager à la cloche de bois.

Tendre la demi-aune.—Mendier.

AU XVIIIe siècle, en appelait ça Demi-castor. Les mots changent, mais les vices restent.

Démoc-soc. Démocrate-socialiste.

Se démonétiser. Se discréditer, s'amoindrir, se ruiner moralement.

Les petites dames de ce pays cythéréen qui veulent donner à rêver aux hommes disent aussi: Seize ans, toutes ses dents et pas de corset.

Mal de dents. Mal d'amour.

N'avoir plus mal aux dents. Être mort.

Ne pas déparler. Bavarder fort et longtemps.

L'expression appartient à l'argot des ouvriers, loustics de leur nature.

On dit aussi Perdre sa salive, dans le sens de: Parler inutilement.

Se dépiauter. S'écorcher.

Signifie aussi Se déshabiller.

Ils disent aussi Déposer un kilo.

Signifie aussi Coffre-fort.

Avoir de quoi. Être assuré contre la soif, la faim et les autres fléaux qui sont le lot ordinaire des pauvres gens.

On dit aussi Avoir du de quoi.

L'expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

Le mot est de Balzac.

Cette expression, qui a plus d'un siècle, signifie aussi femme rusée, roublarde.

Ils disent aussi Palefroi,—dans les grandes circonstances.

Détacher un soufflet. Souffleter quelqu'un.

Détacher un coup de pied. Donner un coup de pied.

C'est un détail! signifie: Cela n'est rien!—même lorsque c'est quelque chose d'important, d'excessivement important, fortune perdue ou coups reçus.

On dit aussi Enrayer.

On dit aussi Grinchissage à la détourne.

Être en déveine. Perdre constamment au jeu.

Dévidage à l'estorgue. Accusation.

Dévider à l'estorgue. Mentir.

Dévider le jar. Parler argot.

On dit aussi Entraver le jar.

Signifie aussi: Regarder quelqu'un avec attention.

Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression populaire vienne du château de Vauvert, sur l'emplacement duquel fut jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même depuis longtemps remplacé par le bal de la Grande chartreuse ou Bal Bullier: je le veux bien, n'ayant pas assez d'autorité pour vouloir le contraire, pour prétendre surtout être seul de mon avis contre tant de monde. Cependant je dois dire d'abord que je ne comprends guère comment les Parisiens du XIVee siècle pouvaient trouver si grande la distance qu'il y avait alors comme aujourd'hui entre la Seine et le carrefour de l'Observatoire; ensuite, j'ai entendu souvent, en province, des gens qui n'étaient jamais venus à Paris, employer cette expression, que l'on dit exclusivement parisienne.

Se dit aussi à propos d'un grand vacarme «où l'on n'entendrait pas Dieu tonner». Quand on n'entend pas Dieu tonner, c'est qu'en effet le «diable en a pris les armes».

On dit aussi Dimanche après la grand'messe.

Être le dindon de la farce. Être la victime choisie, payer pour les autres.

Envoyer quelqu'un dinguer. Le congédier brusquement, s'en débarrasser en le mettant à la porte.

Cela ne me dit pas. Je n'ai pas d'appétit, de goût pour cela.

... casta quam nemo rogavit

de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques, tout le monde y gagnerait,—et surtout la littérature française.

Faire dodo. Dormir.

Avoir le jeu complet. Avoir toutes ses dents.

Jouer des dominos. Manger. 135

Être donné. Être dénoncé.

On dit aussi Donner dix-huit.

Les faubouriens disent: Taper dans l'œil. C'est plus expressif,—parce que c'est plus brutal.

Molière a employé Donner dans la vue avec la même signification. J'ai trouvé dans le Tempérament, tragédie-parade de 1755: Il m'a donné dans l'œil, employé dans le même sens.

Ils disent aussi Donner une chicorée.

L'expression appartient à Hippolyte Babou.

On dit aussi donner son bout de ficelle.

J'ai entendu la phrase, et j'ai frémi pour celui à qui elle s'adressait: «Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu n'en verras que la fumée!» disait un robuste Auvergnat à un ouvrier d'apparence médiocre.

Il y a plus d'un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.

Signifie aussi Maîtresse.

Comme les mots déchoient! La donzelle du Moyen Age était la demoiselle de la maison,—dominicella, ou domina; la donzelle du XIXe siècle est une demoiselle de maison.

(V. Dauphin.)

On dit aussi Dos vert.

Henry Murger, dans sa Vie de Bohème, appelle ce 1er et ce 15 de chaque mois le Cap des Tempêtes, à cause des créanciers qui font rage à ce moment-là pour être payés.

Doubleur de sorgue. Voleur de nuit.

On dit quelquefois: A la douce, comme les marchands de cerises.

Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.

Douilles savonnées. Cheveux blancs.

Recevoir une dragée. Être atteint d'une balle.

On dit aussi Gober la dragée.

Grand drapeau. Nappe.

Se dit aussi d'un Homme difficile à vivre.

Faire une drogue. Jouer cette partie de cartes.

On dit aussi Raide.

Ils disent aussi Durin.

On dit aussi, dans le même sens: Dur à digérer.

Ils disent aussi Dure.

Dure à briquenion. Pierre à briquet.

Ils disent aussi Dure à riffle.

Duraille sur mince. Diamant sur papier.

On dit aussi Dur à la desserre.

Coucher sur la dure. Coucher à la belle étoile.

Ils disent aussi Loupe.

Ils disent aussi, soit: De l'anis! soit: Des navets! soit: Des nèfles! soit: Du flan!

Qu'on ne croie pas l'expressionmoderne, car elle a des chevrons: «Si on la loue en toutes sortes de langues, elle n'aura que du vent en diverses façons,» dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à mademoiselle d'Arsy, fille d'honneur de la reine (1638).

140

141

E

Tourner en eau de boudin. Se dit d'une promesse qu'on ne tient pas, d'un héritage qui échappe, d'un projet qui avorte.

Ne serait-ce pas plutôt os de boudin? Car enfin à la rigueur, on peut trouver de l'eau dans un boudin, tandis qu'on n'y trouvera jamais d'os.

On disait et on écrivait autrefois Esquacher.

On dit aussi Écrabouiller, et Escrabouiller.

On disait autrefois Écarter la dragée.

Avoir avalé un échalas. Être d'une maigreur remarquable.

Se faire écharpiller. Se faire accabler de coups.

«Il n'i a borgne n'esclopé.»

dit le Roman du renard.

Se dit aussi pour Blessé.

Ils disent aussi Lâcher les écluses.

Signifie aussi A contre-cœur.

Hospitalité écossaise. Hospitalité gratuite, désintéressée, aimable.

Être à son écot. Payer ce qu'on consomme.

Être à l'écot de quelqu'un. Dîner à ses dépens.

Écrache-tarte. Faux passeport.

Le mot a été employé pour la première fois en littérature, par Gilbert.

Madame de Sévigné, qui était une écriveuse d'esprit, a employé le mot écriveux.

«Et doibt, por grace deservir,

Devant le compaignon servir,

Qui doibt mengier en s'escuelle.»

dit le Roman de la Rose. 144

Faire de l'ef. Briller; faire des embarras.

Effacer un morceau de fromage.

Se dit en général de l'ouvrage ou du rôle, et, en particulier, d'un mot, d'un geste, d'une intonation.

Avoir un effet. Avoir à dire un mot qui doit impressionner les spectateurs, les faire rire ou pleurer.

Couper un effet. Distraire les spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur attention à son profit et au préjudice du camarade qui est en train de jouer.

Faire des effets de biceps. Battre quelqu'un, uniquement pour lui prouver qu'on est plus fort que lui.

Faire des effets de poche. Payer.

Se faire égayer. Se faire envoyer des trognons de pommes.

S'emballer, se dit dans le même sens d'un homme qui s'emporte.

Faire des emballes. Faire des embarras.

On dit aussi S'embarbouiller.

Faire ses embarras. Éclabousser ses rivales du haut de son coupé,—dans l'argot des petites dames.

S'emberlificoter. Se troubler dans ses réponses, s'embarrasser dans un discours, comme dans un piège.

L'expression se trouve dans 146 Rabelais sous cette forme. Hauteroche a dit Embrelicoquer, et Châteaubriand Emberloquer.

S'embêter. S'ennuyer.

S'embêter comme une croûte de pain derrière une malle. S'ennuyer extrêmement.

On disait autrefois, et on dit quelquefois encore aujourd'hui, Embobeliner.

Par extension, S'engluer.

Se faire embrocher. Se faire tuer.

Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L'auteur du Code orthographique,—fort bon livre d'ailleurs,—prétend qu'il ne faut pas dire embrouillamini, parce que ce mot n'est pas français, mais bien brouillamini,—qui n'est pas plus français, j'ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l'Académie, son autorité. On a commencé par dire Bol d'Arménie, et le bol d'Arménie était un remède de cheval fort compliqué, fort embrouillé; de Bol d'Arménie on a fait Brouillamini, puis Embrouillamini: Molière a employé le premier dans son Bourgeois Gentilhomme, et Voltaire s'est servi du second dans sa Lettre à d'Argental.

Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il, lui,—puisque c'est le Dictionnaire du peuple que je fais ici? Le peuple prononce Embrouillamini. Cela me suffit.

Embrouillamini du diable. Confusion extrême, embarras dont on ne peut sortir.

Ils disent aussi S'embrouillarder.

Les bourgeois disent Emmieller.

On dit aussi S'empaletequer et S'emmitonner, dans le même sens.

Ils disent aussi Embarras,—parce qu'en effet il leur est assez difficile de les emporter.

Ils disent souvent aussi: Il est à empailler!

Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que ce mot, au pluriel, signifie aussi Draps de lit. Dont acte.

S'emplâtrer de quelqu'un. S'en embarrasser en s'en chargeant.

Signifie aussi Mourir.

On dit aussi Être légèrement ému.

Il dit aussi Encoffrer.

Le peuple, qui emploie ce verbe aujourd'hui, a dit autrefois Enceinturer.

Ils l'appelaient autrefois Pire.

Il a dit autrefois Encharbotté.

Enchifrené, vaudrait peut-être mieux, mais le peuple est autorisé à dire comme on disait au XVIIe siècle.

On dit aussi S'encornifistibuler.

Faire endêver quelqu'un. Le taquiner, l'importuner de coups d'épingle.

Caillières prétend que le mot est «du dernier bourgeois». C'est possible, mais en attendant Rabelais et Jean-Jacques Rousseau s'en sont servis.

Cette expression qui s'emploie plus fréquemment avec la négative, est de l'argot des bourgeois. Le peuple, lui, dit; S'endormir sur le fricot.

Rester sur le rôti. Agir prudemment, au contraire, en n'allant pas plus loin dans une affaire sur l'issue de laquelle on a des doutes.

Signifie aussi: Se laisser entraîner à jouer gros jeu.

Signifie aussi: Arrêter, emprisonner.

Ohé! l'enflé! est une injure à la mode.

Signifie aussi: Avoir perdu la partie, quand on joue.

Signifie aussi Surpasser.

Les faubouriens disent Enfrimousser.

Signifie aussi: Traiter quelqu'un comme il mérite de l'être.

Signifie aussi: Qui a l'air d'avoir le cou dans les épaules.

Il dit aussi Engoulifrer.

Engrailler l'ornie. Dévaliser un poulailler.

On dit aussi Engouler.

Se faire engueuler. Se faire attraper.

On dit aussi Enlever le ballon.

Enquiller une thune de camelote. Cacher entre ses cuisses une pièce d'étoffe.

Entauler à la planque. Entrer dans sa cachette.

Se dit aussi à propos des choses.

Ils disent aussi Entifler.

Entraver bigorne ou arguche. Comprendre et parler l'argot.

Signifie aussi: Embarrasser la police.

Entraver nibergue ou niente. N'y entendre rien.

L'expression est vieille comme l'immoralité qu'elle peint.

C'est bien envoyé! Se dit d'une repartie piquante ou d'une impertinence réussie.

Ils disent aussi Envoyer promener.

On dit aussi Epatement.

L'expression appartient à M. Roger Delorme. (Tintamarre du 28 janvier 1866).

Faire de l'épate. Faire des embarras, en conter, en imposer aux simples.

Épater quelqu'un. L'intimider.

Signifie aussi: Le remettre à sa place.

Le mot est de Théophile Gautier.

On dit aussi Avoir un factionnaire à relever.

Signifie aussi Chemise.

L'expression sort du Théâtre Italien de Ghérardi.

«Épouser est ici une altération d'éponter, qui faisait autrefois partie du langage populaire avec le sens de glisser, de se dérober.» C'est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.

Ce mot, du meilleur français et toujours employé, manque au Dictionnaire de Littré.

Être sur ses ergots. Tenir son quant-à-soi; avoir une certaine raideur d'attitude frisant de très près l'impertinence.

Monter sur ses ergots. Se fâcher.

Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Faire de l'esbrouffe. Faire plus de bruit que de besogne.

Signifie aussi Réprimander.

«De bons harnois, de bons chauçons velus.
D'escafilons, de sollers d'abbaïe.»

Les écoliers du temps jadis disaient Escaffer pour Donner un coup de pied «quelque part.»

Sentir l'escafignon. Puer des pieds.

A l'escanne! Fuyons! 157

Signifie aussi: Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l'argent.

C'était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion d'exercer leur verve... singulière. Eh bien, non! tous ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie? Je ne dirai pas: Escarpe, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade la muraille qui sépare le délit du crime et la prison de l'échafaud; mais seulement parce qu'il emploie un instrument tranchant aigu,—scarp en allemand. Pourquoi pas? escarbot vient bien de scarabæus, en vertu d'une épenthèse fréquente dans notre langue.

A moins cependant qu'escarpe ne vienne du couteau d'escalpe (du scalp) des sauvages... (V. Les Natchez).

Escarpe-Zézigue. Suicide.

On disait autrefois Escaper.

Escarper un zigue à la capahut. Assassiner un camarade pour lui voler sa part de butin.

On dit aussi Escarpins en cuir de brouette.

On dit aussi Grand escogriffe 158 —pour avoir l'occasion de faire un pléonasme.

Prendre son escousse. Reculer de quelques pas en arrière pour sauter plus loin en avant.

Avoir des espérances. Avoir des grands-parents riches que l'on compte voir mourir bientôt,—façon bourgeoise de «tuer le mandarin!»

Signifie aussi: Tromper, enfoncer quelqu'un.

S'esquinter, v. pron. Se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer, à—n'importe quoi de fatigant.

On dit aussi S'esquinter le tempérament.

On dit aussi Balayer les planches.

Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées.

Ils disent aussi Griffard.

«Quant je voy Barbe en habit bien duisant,
Qiu l'estomac blanc et poli descœuvre.»

On dit aussi Stomaqué.

Centre à l'estorgue. Faux nom.

Chasse à l'estorgue. Œil louche,—storto.

Le vieux français avait esturbillon, tourbillon, et le latin exturbatio. L'homme que l'on tue au moment où il s'y attend le moins doit être en effet estourbillonné.

Signifie aussi Mourir.

Par extension: Mourir.

S'étaler. Se laisser tomber.

Passer par l'étamine. Souffrir du froid, de la faim et de la soif.

Le mot est de Gavarni.

Se dit aussi pour Mourir. 160

On dit aussi Éternuer dans le sac.

Etoile flamboyante. Le symbole de la divinité.

Avoir la sacoche à jeun. N'avoir pas le sou.

Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à propos de M. Sainte-Beuve, et ils ont cru l'avoir inventée pour lui. «Vous ne poviez venir à heure plus opportune, nostre maistre est en ses bonnes,» dit Rabelais.

Être désargenté. N'avoir plus un sou pour boire.

C'est la même expression que Les eaux sont basses.

L'expression sort de la langue romane.

Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait,—en vices.

On dit aussi Être dans les petits papiers de quelqu'un.

Il dit aussi Être dedans.

On dit aussi En être.

On dit aussi Être d'un bon tonneau.

L'expression est de l'argot des marins.

T'es trop petit! est une expression souveraine de mépris, dans la bouche des faubouriens.

Signifie aussi: Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

Signifie aussi: Homme mou, sans consistance, sans valeur.

L'expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais n'a-t-il pas dit, au chapitre des Meurs et conditions de Panurge: «Il fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz..., d'estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses?»

On dit quelquefois aussi: Et ta sœur, est-elle heureuse? C'est le refrain d'une chanson très populaire,—malheureusement.

Etudiante pur sang. Fille destinée à embellir l'existence de plusieurs générations d'étudiants.

Se dit aussi pour Vêtements.

Faire un extra. Faire une petite noce, une petite débauche de table.

Signifie aussi, seulement: Ajouter un plat à un repas trop spartiate, un demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.

166

167

F

Poser un factionnaire, Alvum deponere.

Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers. Mais, avant d'appartenir au cant, il appartenait à notre vieille langue: «Saciés bien que se je 168 en muir, faide vos en sera demandée», dit Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or faide ici signifie compte et ne peut venir que de fœdus, accord particulier, règlement, compte.

Les deux mots ont d'ailleurs la même étymologie, fatuus, insipide.

Il n'emploie ordinairement cette expression que pour se moquer, et à propos de n'importe quoi. On lui raconte que le roi d'Araucanie est monté sur son trône «Des fadeurs!» dit-il. On lui assure que la France va avoir la guerre avec l'Angleterre à propos de Madagascar: «Des fadeurs!» On lui apprend une mauvaise nouvelle: «Des fadeurs!» Une bonne: «Des fadeurs!» etc.

Fafiot garaté. Billet de banque autrefois signé Garat et aujourd'hui Soleil.

Fafiot mâle. Billet de mille francs.

Fafiot femelle. Billet de cinq cents francs.

Fafiot loff. Faux certificat ou faux passeport.

Fafiot sec. Bon certificat ou bon passeport.

Signifie aussi Ecrivain.

Fagot à perte de vue. Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Fagot affranchi. Forçat libéré.

A signifié autrefois Se moquer.

Débiter des fagots. Dire des fadaises, des sottises.

Prendre quelqu'un par son faible. Caresser sa marotte, flatter son vice dominant.

Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance; ne plus savoir ce qu'on fait.

Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu'un, afin de la boire sans la payer.

On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Faire dans l'épicerie. Être épicier.

Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche.

Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres.

Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s'y trouve.

Se faire à quelque chose. Y prendre goût.

Se faire à quelqu'un. Perdre de 170 la répugnance qu'on avait eue d'abord à le voir.

Elles disent de même: La faire à la dignité, ou à la bonhomie, ou à la méchanceté, etc.

L'expression sort d'une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple, et n'a que quelques années. La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l'oseille, où il y avait souvent plus d'oseille que d'œufs. Un jour elle servit une omelette... sans œufs.—«Ah! cette fois, tu nous la fais trop à l'oseille,» s'écria un cabotin. Le mot circula dans l'établissement, puis dans le quartier; il est aujourd'hui dans la circulation générale.

Il dit aussi Refaire au même.

On dit aussi Se faire choper.

Se non è vero... Je ne demande 171 pas mieux d'en croire Génin, mais jusqu'ici il m'avait semblé que Charlemagne n'avait pas autant fait Charlemagne que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu'il y avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis... Mais le chevalier de Cailly avait raison!

On dit aussi Faire cuire son écrevisse.

On dit aussi Faire danser sur la poêle à frire.

Ils disent aussi Epancher de l'eau, Pencher de l'eau et Lâcher de l'eau.

Le peuple, lui, dit Chier de l'or.

On dit aussi Faire des affaires de rien.

Se dit volontiers pour retenir quelqu'un: «Rester donc; nous ferons des crêpes

Signifie aussi: S'étendre paresseusement au lieu de travailler.

Signifie aussi: N'être pas destiné à mourir de vieillesse, par suite de maladie héréditaire ou de santé débile.

Aller faire du lard. Aller se coucher.

On dit aussi Faire l'âne pour avoir du son.

Faire le mauvais fourrier. Servir ou découper de façon à contenter tout le monde excepté soi-même.

On dit aussi Faire la rue ou Faire le trottoir.

On disait autrefois Ecarter,—ce qui est faire son écart. 174

Elles disent aussi Faire le grand tour.

Elles disent aussi Faire le petit tour.

C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert: «Sans moi, dit-il, il faisait le plongeon.»

S'emploie d'ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée: Ah! tu t'en ferais mourir! C'est le refrain d'une chanson récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.

On dit aussi Perdre le goût du pain, pour Mourir.

On dit aussi S'en faire péter la sous-ventrière.

On dit aussi Faire sa poire, Faire sa merde, et Faire son étroite,—dans l'argot des voyous.

—Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on est tombé à la conscription.

Faire suer un chêne. Tuer un homme.

La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le même sens: J'en suis bien plus grasse!

C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.

Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.

On dit aussi Faire un trou.

Ils disent aussi S'avarier.

L'expression est de Nestor Roqueplan.

On l'appelle aussi le Bateau à charbon et l'Ami.

Un fameux paillard. Un paillard consommé.

Une fameuse bévue. Une bévue colossale.

Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent, en parlant des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de l'entendre prononcer ainsi: P, h, a, pha, fameux! C'est le nec plus ultra de l'admiration populaire.

S'éclairer le fanal. Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.

On dit aussi Fanon, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à l'homme par l'homme.

Grands fanandels. Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée en 1816, «à la suite d'une paix qui mettait tant d'existences en question», d'après Honoré de Balzac.

Se dit aussi d'un enfant quelconque.

On dit aussi Fonfe.

A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel:

«Monsieur, faut vous déclarer

Que c'est une femme effrontée

Qui fit son homme assassiner

Par son faraud...»

Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s'endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

Chose farce. Chose amusante.

Homme farce. Homme grotesque.

Être farce. Avoir le caractère joyeux; être ridicule.

Faire des farces. Faire des dupes; tromper des actionnaires par des dividendes fallacieux.

Avoir fait ses farces. Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand nombre d'amants.

Sans fard. De bonne foi.

Avoir un coup de fard. Rougir subitement, sous le coup d'une émotion ou de l'ébriété.

Signifie aussi Rougir.

Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.

On disait autrefois et on dit encore quelquefois Falibourde.

Ils disent aussi Faucheux.

Faucher le colas. Couper le cou.

Faucher dans le pont. Donner aveuglément dans un piège.

Faucher le grand pré. Être au bagne. 180

On dit aussi Cueillir le persil, Aller au persil, et Persiller.

Faire faux-bond à l'échéance. N'être pas en mesure de payer.

Avoir eu les faveurs d'une emme. Avoir été son amant.

Ils disent aussi Favori des Muses.

On dit aussi Favori de Bellone.

Le cap Fayot. Moment de la traversée où l'équipage, ayant épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes secs. C'est ce qu'on appelle alors Naviguer sous le cap Fayot.

Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.

Signifie aussi Poltron, lâche, et c'est alors une suprême injure,—l'ignavus de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

On dit aussi Avoir la tête fêlée.

L'expression,—toujours employée péjorativement,—a des chevrons, puisqu'on la retrouve dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit:

«Incontinent, desloyalle femelle,

Que j'auray faict et escrit ton libelle,

Entre les mains le mettray d'une femme

Qui appelée est Renommée, ou Fame,

Et qui ne sert qu'à dire par le monde

Le bien ou mal de ceux où il abonde.»

On dit aussi Femme de l'autre côté (sous-entendu: de la Seine).

Les Belges disent Une entretenue.

Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette de Mathurin Regnier:

«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,

Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,

Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

Faire son fendant. Se donner des allures de matamore.

On dit aussi Fendart.

On dit aussi, et plus élégamment, Casse-gueule.

Signifie aussi: Se dévouer.

Se fendre à s'écorcher. Pousser à l'excès la prodigalité.

Tu me fends l'arche! est une des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.

On dit aussi, mais moins, Bander l'ergot.

Le verbe est vieux. On trouve dans les Chansons de Gautier Garguille:

«Fessez, fessez, ce dist la mère,
La peau du cul revient toujours.»

Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction maternelle: Faire promptement une chose.

Fesser la messe. La dire promptement.

Du temps de Rabelais on disait Fouetter un verre.

«Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant,
Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»

a dit le grand satirique.

Le mot est de l'argot des voleurs.

On dit aussi Carré de papier.

On dit aussi Esgourdes et Maquantes.

Faire fiasco. Échouer dans une entreprise amoureuse; avoir sa pièce sifflée; faire un mauvais article.

Se dit aussi pour Manquer de parole.

Signifie aussi: S'habiller correctement, «se tirer à quatre épingles».

«Cadet Rousselle a trois garçons,
L'un est voleur, l'autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle...»

Cheval ficelle. Cheval qui «emballe» volontiers son monde,—dans l'argot des maquignons.

Une remarque en passant: On écrit Ficher, mais on prononce Fiche, à l'infinitif.

Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.

Se ficher en débardeur. Se costumer en débardeur.

Se ficher du monde. N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.

Je t'en fiche! Se dit comme pour défier quelqu'un de faire telle ou telle chose.

Le peuple dit: Foutre le camp.

Le peuple dit En foutre son billet.

Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit fichu de mademoiselle Du Plessis!»

Fichu livre. Livre mal écrit.

Fichu raisonnement. Raisonnement faux. 185

Fichue connaissance. Triste amant ou désagréable maîtresse.

Être mal fichu, Être habillé sans soin, sans grâce.

On dit aussi Être fichu comme un paquet de sottises ou comme un paquet de linge sale

Signifie quelquefois: Être malfait, mal bâti, et même malade.

«Là véissiés un fier abateis;
Il n'a el monde païen ne sarasin,
S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»

dit un poème du moyen âge.

Signifie aussi Habile, malin.

Certain étymologiste veut que ce mot signifie: «Exécuter avec fions.» C'est possible, mais j'ai entendu souvent prononcer Finioler: or, la première personne du verbe finire n'est-elle pas finio?—V. aussi Fionner.

Demi-figure. Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.

(V. Pleine lune et Visage.)

Avoir le fil. Savoir comment s'y prendre pour conduire une affaire.

Connaître le fil. Connaître le truc.

On dit aussi d'une personne médisante ou d'un beau parieur:

C'est une langue qui a le fil.

Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.

«Au deable soit tel filace,
Fet li vallés, comme la vostre!»

Se fourrer dans la filasse. Se mettre au lit.

«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,

De propos en propos et de fil en esguille,

Se laissant emporter au flus de ses discours,

Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»

dit le vieux poète en sa Macette.

On dit aussi Fil-en-trois.

Filer une pelure. Voler un paletot. 187

«Comme son lict est feict: que ne vous couchez-vous,
Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer dous,»

dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.

On dit de même Filer une intrigue, une reconnaissance, etc.

Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.

On dit aussi Faire la filature.

On dit de même: Il n'a pas le filet.

Fille d'amour. Femme qui exerce par goût et qui n'appartient pas à la maison où elle exerce.

Fille en carte. Femme qui, avec l'autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison.

Fille à parties. Variété de précédente.

Fille soumise. Fille en carte.

Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s'assujettir aux règlements et aux obligations de police,—une contrebandière galante. 188

Avoir sa filoche à jeun. N'avoir pas un sou en poche.

On dit plutôt Finassier.

Troupier fini. Soldat parfait.

Coquin fini. Drôle fieffé. 189

Fioler le rogome. Boire de l'eau-de-vie.

Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.

On dit aussi Fillotte.

Signifie aussi Ami.

Flac d'al. Sacoche à argent.

Ils disent aussi Flacul.

Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux tapins de mon quartier, lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que la seconde vaut mieux,—d'autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens. Flash (éclair), disent-ils; flash-flash (embarras, manières.)

Faire du fla-fla. Faire des embarras. 190

On dit aussi Flûtes.

«... Riches en draps de soye, alloient
Faisant flamber toute la voye.»

Toute flambante neuve. Pièce de monnaie nouvellement frappée.

Par extension: Joyeux compagnon, loustic.

Petite flambe. Couteau.

Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien espérer.

Mettre flamberge au vent. Dégaîner.

Se dit aussi pour Montrer «la figure de campagne», et pour Jeter au vent l'aniterge dont on vient de se servir.

Peindre sa flamme. Déclarer son amour.

Ce flan-là est de la même famille que les navets, les emblèmes, et autres zut consacrés par un long usage.

Cette expression a signifié quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!» comme le prouve cet extrait d'une chanson publiée par le National de 1835:

«J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse;
J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»

Grande flanche. Grand jeu.

S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatif mauvais. «C'est un mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.

Les Anglais disent aussi dans le même sens Lanky fellow.

C'est de la flanelle! disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon.

Faire flanelle. Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur d'atelier en atelier, pour lorgner les modèles.

On dit aussi Flanotter.

Se flanquer. Se jeter, s'envoyer.

On disait autrefois Flaquer pour Lancer, jeter avec force un liquide.

On dit aussi Aller à flaquada.

Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.

Avoir la flême. Être plus en train de flâner que de travailler.

Jour de flême. Où l'on déserte l'atelier pour le cabaret.

Fleur du mal est une expression toute moderne; elle appartient à l'argot des gens de lettres depuis l'apparition du volume de poésies de Charles Baudelaire.

«Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.»

Conter fleurettes. Faire la cour à une femme.

Conteur de fleurettes. Libertin.

C'est Flueurs (de fluere, couler) qu'on devrait dire, à ce qu'il me semble du moins,—contrairement à l'opinion de Littré.

Faiseur de flonflons. Vaudevilliste.

Recevoir sa flotte. Toucher sa pension.

«As noces vint bien atornée,

Et des autres i ot grand flote,

Et Renart lor chante une note.»

dit le Roman du Renard. 193

Être de la flotte. Être de la compagnie.

J'aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu'il n'était qu'une onomatopée de l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans François Villon:

«Item je donne à Jean Lelou.

Homme de bien et bon marchant,

Pour ce qu'il est linget et flou,

Un beau petit chiennet couchant.»

Flou, c'est flo, et flo, c'est faible.

Faire flou. Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable.

Se dit aussi à propos de la sculpture; car Puget ne craignait pas de faire flou.

On dit aussi Monsieur de Flouchipe.

Flouer grand flouant. Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.

Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.

«Dieux scet que ma vieillesse endure
De froit et reume jour et nuict,
De fleume, de toux et d'ordure.»

Fleume ou flume, c'est tout un.

Avoir des flumes. Être d'un tempérament pituiteux. On dit de même Avoir la poitrine grasse.

Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.

Le peuple n'emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus: C'est comme si tu flûtais!

Jouer des flûtes. Courir, se sauver.

Astiquer ses flûtes. Danser.

Avoir du foin au râtelier. Avoir de la fortune.

Mettre du foin dans ses bottes. Amasser de l'argent, faire des économies.

On dit aussi Avoir du foin dans ses bottes.

«Renart fait comme pute beste:

Quand il li fu desus la teste,

Drece la queüe et aler lesse

Tot contreval une grant lesse

De foire clere a cul overt,

Tout le vilain en a covert,»

dit le Roman du Renard.

Aller à la foëre d'empoigne. Voler.

On disait autrefois: Passer à l'île des Gripes.

Par extension, Mourir.

On dit aussi Avoir la foire.

Foireux comme un geai. Extrêmement poltron.

On dit aussi Foirard.

Être folichon. Commencer à se griser.

Signifie aussi: Dire des gaudrioles aux dames.

On dit aussi Folichonnerie.

On dit aussi Folichonnette.

Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.

«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.

S'il est prodigue de ses biens,

Que pour le plaisir et déduit

Il fonce et qu'il n'espargne rien.»

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle.

Les bourgeois disent, eux: Foncer à l'appointement. 195

Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre plusieurs.

Les fonds sont bas. N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.

On dit aussi Fonfière.

Dessiner ses formes. Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.

On dit aussi Fort de café, fort de moka et fort de chicorée.

C'est plus fort que de jouer au bouchon. C'est extrêmement étonnant.

L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).

Dans un sens ironique: Cela n'est pas fort! pour Cela n'est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.

En dire de fortes. Raconter des histoires invraisemblables; mentir.

En faire de fortes. Se rendre coupable d'actions délictueuses.

On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru:

... Vous êtes, ma mie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.»

Les voyous anglais ont la même expression: Crummy. 196

On disait aussi La loge infernale.

Signifie aussi Faire faillite.

Travailler par foucades. Irrégulièrement.

On prétend qu'il faut dire fougade, et même fougasse. Je le crois aussi, mais le peuple dit foucade,—comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.

Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.

Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit, comme les goldfinders.

Tu peux te fouiller. C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera inutile.

Le mot est contemporain de François Villon.

Signifie aussi S'enfuir.

Signifie aussi: Malin, et même Lâche.

Il y a du foulage. Les travaux arrivent en foule.

On dit aussi absolument: Ne pas se fouler.

M. Littré dit à ce propos:

«Rochefort, dans ses Souvenirs d'un Vaudevilliste, à l'article Théaulon, attribue l'origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Egyptiens, et que son père, s'étant chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à avoir des œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque l'expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher l'explication: les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est là le sens primitif, faisaient four, c'est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu'un four.»

Connaître le fourbi. Être malin.

Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

Travailler à la fourchette. Se battre à l'arme blanche.

Belle fourchette ou Joli coup de fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.

On n'emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif.

Signifie aussi: Remuer les tiroirs 198 d'une commode ou d'une armoire pour y chercher quelque chose.

Signifie aussi Voleur.

Fourmilion à gayets. Marché aux chevaux.

Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle quelque part de «l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.

Superlativement, ils disent aussi Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux: Se mettre le doigt dans l'œil.

On dit aussi Fourrer son nez partout.

Dire des foutaises. Dire des niaiseries.

Signifie aussi: Disparaître,—en parlant des choses. «Le torchon blanc a foutu le camp!» s'écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.

On dit aussi Lui foutre un coup de pied dans les jambes,—mais seulement lorsqu'il s'agit d'un emprunt plus important. Une nuance!

A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant.

On dit aussi Fautriot.

Foutue besogne. Triste besogne.

Foutue canaille. Canaille parfaite.

Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.

Franc bourgeois. Escroc du grand monde.

Franc de maison. Recéleur d'objets volés—et même de voleurs.

Les Belges nous appellent Fransquillons.

On dit aussi fralin.

Frangin-Dab. Oncle.

Frangine-Dabuche. Tante.

On dit plutôt A la bonne franquette.

Faire des frasques. Faire des folies, des escapades.

Faire ses fredaines. Aimer «le cotillon».

Faux frère. Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d'un instrument.

Sœur de lit. Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d'un homme, amant ou mari.

«Telle censure

Ne fut si sûre

Qu'elle espéroit;

De ma fressure

Dame Luxure

Jà s'emparoit.»

On dit aussi Fortin.

Ils disent aussi Être cuit.

Fricasser ses meubles. Les vendre.

Faire fric-frac. Voler avec effraction.

Signifie aussi Agent d'affaires véreuses.

Le bataillon des fricoteurs.

«S'est dit, pendant la retraite de Moscou, d'une agrégation de soldats de toutes armes qui, s'écartant de l'armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)

Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.

S'emploie surtout avec la négative.

C'est pour la frime. C'est pour rire.

Le mot a quelques siècles de bouteille:

«Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes!»

dit le Roman du Renard.

Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu'un.

«Sans paffs', sans lime et plein de crotte

Aussi rupin qu'un plongeur,

Un jour un gouapeur en ribote

Tombe en frime avec un voleur.»

(National de 1835.)

C'est pour ma frimousse. C'est pour moi.

L'expression a des cheveux blancs:

«... De tartes et de talmouses,
On se barbouille les frimouses.»

a écrit l'auteur de la Henriade travestie.

Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.

L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:

«Les dieux du liquide élément,

Conviés chez un de leur troupe,

Sur le point de friper la soupe,

Seront saisis d'étonnement.»

S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.

Signifie aussi Goinfre.

On dit aussi Frapouille.

N'avoir rien à frire. N'avoir pas un sou pour manger ou boire.

L'expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier: Il n'a que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez. Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro.» (qui est le «pauvre comme Job» de Juvénal).

J'ai souvent entendu: Prends garde, Jean, on te frit des œufs.

Il fait frisquet. Il fait froid.

Le vieux français avait l'adjectif frisque.

Ce mot a été créé par Mercier.

Avoir froid aux yeux. Avoir peur.

N'avoir pas froid aux yeux. Être résolu à tout.

On dit aussi Froller sur la balle.

Coup de frotin. Partie de billard.

On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.

Au XVIIe siècle, c'était une autre onomatopée, frifilis, mais qui ne valait pas celle-ci,—n'en déplaise à saint François de Sales.

Faire du froufrou. Faire de «l'épate».

Se dit aussi, par extension, d'un mauvais écrivain ou d'un artiste médiocre.

«Cette appellation,—dit Legoarant, vient de l'Ecole polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il répondit: Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en effet ce fut son lot.»

Les fruits secs de la vie. Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n'arrivent à rien,—qu'au cimetière.

Frusques boulinées. Habits en mauvais état.

L'expression n'est pas d'hier:

«J'étois parfois trop bête

D'aimer ce libertin,

Qui venait tête-à-tête

Manger mon saint frusquin,»

dit Vadé.

Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot. 205

«Le masle n'a la fumelle en mépris,»

dit le père du valet de chambre de François Ier.

On dit aussi Fumer sans pipe et sans tabac.

Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.

Voltaire a employé cette expression.

Lâcher une fusée. Vomir.

Se coller quelque chose dans le fusil. Manger ou Boire.

Ecarter du fusil. Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu'un.

206

207

G

Donner de la gabatine. Se moquer de quelqu'un, le faire aller, en s'en moquant.

Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe se gaber?

Cependant, au lieu de Il gâche, on dit plus fréquemment: Il fait gâcheux ou il fait du gâchis.

Il y aura du gâchis. On fera des barricades, on se battra.

Flancher au gadin. Jouer au bouchon.

D'où l'on a fait Gadouard, pour Conducteur des voitures de boue.

Être en gaffe. Monter une faction; faire sentinelle ou faire le guet.

Gaffe à gail. Garde municipal à cheval; gendarme.

Gaffe de sorgue. Gardien de marché; patrouille grise.

On dit aussi Gaffeur.

Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.

Coup de gaffe. Criaillerie.

On dit aussi Être en gaieté.

Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrivegaye et d'autres gayet.

On dit aussi: Galapiau, Galapian, Galopiau, qui sont autant de formes du mot Galopin.

Être truffé de galbe. Être à la dernière mode, ridicule ou non,—dans l'argot des gandins.

Ils disent aussi Être pourri de chic.

On dit aussi Teigne.

Parler pour la galerie. Faire 209 des effets oratoires;—parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi,—et encore, applaudi, non de ceux à qui l'on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie?

S'emploie aussi au figuré.

On dit aussi Gaye.

A proprement parler le Galipot est un mastic composé de résine et de matières grasses.

Signifie aussi Aller çà et là.

Activement, ce verbe s'entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu'un.

Avoir du galoubetAvoir une belle voix.

Donner du galoubet. Chanter.

Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau?

Il est tout simple qu'on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

«Si souslevas ton train

Et ton peliçon ermin,

Ta cemisse de blan lin,

Tant que ta gambete vitz»

dit le roman d'Aucassin et Nicolette.

Gambilleur de tourtouse. Danseur de corde.

Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu auparavant,—bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le premier dans Claude Gueux, c'est-à-dire en 1834.

Faire des gamineries. Écrire ou faire des choses indignes d'un homme qui se respecte un peu.

Faire chanter une gamme.—Châtier assez rudement pour faire crier.

On dit aussi Monter une gamme.

Dans l'argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d'Académicien.

«Montesquieu toujours rabâche,

Corneille est un vieux barbon;

Voltaire est une ganache

Et Racine un polisson!»

dit une épigramme du temps de la Restauration.

Père Ganache. Rôle de Cassandre,—dans l'argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.

Le mot n'a qu'une dizaine d'années. Je ne sais plus qui l'a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.

Hisser un gandin à quelqu'un. Tromper.

Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.

Ganter 51/2. N'être pas généreux.

Ganter 81/2. Avoir la main large et pleine.

Se donner les gants de... Se vanter d'une chose qu'on n'a pas faite; s'attribuer l'honneur d'une invention, le mérite d'une fine repartie,—en un mot, et il est de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par un autre.

Un mot charmant de notre vieux langage, que l'usage a défloré et couvert de boue. Il n'y a plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une jeune fille chaste: «C'est une belle garce.»

S'emploie fréquemment avec de, à propos des choses.

Brave garçon. Bon voleur.

Garçon de campagne. Voleur de grand chemin.

On dit aussi Accessoiriste.

Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.

On dit de même Avoir une garde à carreau.

On dit aussi Garder une dent, et, absolument, la garder.

Ils disent aussi Reçoit-tout.

Se rincer la gargoine. Boire.

On dit aussi Gargote.

On dit aussi Gargoterie. 213

On trouve «Gargoter la marmite» dans les Caquets de l'accouchée.

Signifie aussi Hanter les gargotes.

Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.

On dit aussi Trifouiller.

C'est l'apocope de Gargoine.

Naturellement c'est une garnison de grenadiers.

Beau gâs. Homme solide.

Mauvais gâs. Vaurien, homme suspect.

Basourdir des gaux. Tuer des poux.

On a écrit autrefois Goth; Goth a été pris souvent pour Allemand; les Allemands passent pour des gens qui «se peignent avec les quatre doigts et le pouce»: concluez.

Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman; mais le mot appartient à la langue du XVIe siècle, puisque Montaigne a employé Gaudisserie pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.

Ils disent aussi Gaviolé.

Serrer le gaviot à quelqu'un. L'étrangler, l'étouffer.

Autrefois on disait Gavion.

Allumer son gaz. Regarder avec attention.

On dit aussi Fuite de gaz.

Lâcher son gaz. Crepitare.

Avoir une fuite de gaz dans l'estomac. Fetidum halitum emittere.

Signifie aussi Répondre.

Branleuse de gendarme. Repasseuse.

Signifie aussi: Regimber, résister. 215

On disait le général Pavé, avant l'introduction en France du système d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.

Avoir son genou dans le cou. Être chauve.

Que ça de genre! est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui «l'épatent».

On dit aussi Parfait Gentleman, mais c'est un pléonasme, puisqu'un Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.

Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité.

Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.

Signifie aussi Juge.

L'expression est d'Honoré de Balzac.

Avoir mal au gésier. Avoir une laryngite ou une bronchite.

Signifie aussi Grimacier, excentrique.

Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot est geste, et que c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.

Avoir du g.-g. N'être pas un imbécile.

Avec ou sans g. d. g.? disent-ils souvent, à propos des moindres choses. Il est inutile d'ajouter que ce sans g. d. g. est l'abréviation de sans garantie du gouvernement.

Ce mot,—de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.

Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit ailleurs (Les Cythères parisiennes): «La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine,—moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»

On dit aussi Grande gigue.

On disait autrefois gigoteaux.

S'emplir le gilet. Boire ou manger.

Avoir le gilet doublé de flanelle. Avoir mangé une soupe plantureuse.

Gilet à la mode. Belle gorge de femme, où le lard abonde.

Faire Gilles. S'en aller,—s'enfuir.

On dit aussi Georget.

On dit aussi Coup de Gilquin.

Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie; refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.

Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude,—et vraie femme.

On dit aussi giroflée à plusieurs feuilles,—autre ravenelle qui pousse sur les visages.

On dit aussi Girofle.

Un glacis de lance. Un verre d'eau.

Se poser un glacis. Boire,—ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: croaker, disent-ils.

Evidemment le Glaude d'ici est un Claude, comme Colas est un Nicolas, et Miché peut être un Michel.

Signifie aussi Débiner.

C'est une syncope de Sanglier probablement.

Le Glier t'enrôle en son pasclin! Le diable t'emporte en enfer (son pays).

Signifie aussi Enfer.

Faire des glissades. Changer souvent d'amants.

Lâcher son gluau. Cracher malproprement.

Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,—et dans un sens péjoratif, naturellement.

Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononce gniole.

S'emploie au figuré.

Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.

Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,—dans l'argot des petites dames.

Par extension: Mourir.

On sait qu'on appelle goberges les ais du fond sanglé du lit.

Mauvais gobet. Méchant drôle.

Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale.

Connaître le godan. Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre à un mensonge.

Tomber dans le godan. Se laisser duper; tomber dans un piège.

On écrivait au XVIe siècle gaudelereau,—ce qu'explique l'étymologie gaudere.

On dit aussi Godichon.

Baiser en godinette. «Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne,»—sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock.

A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,—parce qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie: l'autre trouve gogo dans François Villon et n'hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet qu'ils auront tout à gogo?

Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.

Avoir la vue gogotte. Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne pas voir de loin.

Être gogotte. Être un peu niais; faire l'enfant.

On dit aussi Goguenaux.

Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.

On dit aussi Goinfrerie.

Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier—sur bois.

Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français se gausser, venu lui-même du verbe latin gaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit gosseur et gosseuse, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n'ont prononcé gausse. C'est une onomatopée purement et simplement,—le bruit d'une gousse ou d'une cosse.

Conter des gosses. Mentir.

Monter une gosse. Faire une farce.

Ils disent aussi Attrape-science et Môme.

On dit aussi Goussemard.

Signifie aussi Coureuse,—dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi Galouser.

Goualeuse. Chanteuse.

On dit aussi Gouapeur. Cependant gouape a quelque chose de plus méprisant.

On dit aussi Gusse.

Envoyer à la gouille. Renvoyer quelqu'un qui importune,—dans l'argot des faubouriens.

A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une Nell Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi la queen, qu'on respecte si fort de l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez! 224

On disait autrefois Faire avaler le goujon.

Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.

On dit aussi Gouillafre, ou gouillaffe.

Trouilloter du goulot. Fetidum halitum habere.

Se dit aussi pour Puits.

Goupiner les poivriers. Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.

Dans la langue des honnêtes gens, le gour est un creux plein d'eau dans un rocher, au pied d'un arbre, etc.

Gourganes des prés. Celles qui constituent la nourriture des forçats.

Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce. 225

Jeter sa gourme. Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls, des maladies et de la mort.

Sentir du gousset. Puer.

«[Grec: Maschalê], axila, aisselle, sale odeur,»

dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de Port-Royal.

N'y voir goutte. N'y pas voir du tout.

On dit aussi N'y entendre goutte.

Marchand de goutte. Liquoriste.

Signifie aussi Égratigner.

On dit aussi Marie-Graillon.

C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d'une variété de brassica oleracea fantastique, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l'été.

Porter la graine d'épinards. Avoir des épaulettes d'officier supérieur.

On dit aussi graisser le marteau,—mais plus spécialement en parlant des concierges.

Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en flattant sa vanité.

On dit aussi le Dictionnaire Benoiton.

On dit aussi la Grande tasse,—où tant de gens qui n'avaient pas soif ont bu leur dernier coup.

Petite fille. Demi-bouteille. 227

Casser le grand ressort. Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour rompre une liaison mauvaise, etc., etc.

S'en soucier comme du Grand Turc. Ne pas s'en soucier du tout.

Travailler pour le Grand Turc. Travailler sans profit.

Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait allusion si souvent.

Poser le grappin sur quelqu'un. L'arrêter.

Poser le grappin sur quelque chose. Le prendre.

Signifie aussi Cueillir.

Parler gras. Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.

Il y a gras. Il y a de l'argent à gagner.

Il n'y a pas gras. Il n'y a rien à faire là-dedans.

Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.

L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, le Sourd ou l'Auberge pleine: «Je ne voudrais pas payer madame Legras—double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux robustes appas.

Castigat ridendo mores, le théâtre! C'est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui. 228

Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,—car eux aussi ont la conscience large.

«Si la jeunesse est une fleur,
le souvenir en est l'odeur.»

Se donner une grattée. Se battre à coups de poing.

Se passer au grattoir. Se raser.

Le mot a une centaine d'années de bouteille.

Le mot a été créé par Robert-Houdin.

On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique: Il a grêlé sur lui.

Le grêle d'en haut. Dieu. 229

Grêlesse. Patronne.

Faire entendre son grelot. Parler.

Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie.

S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser l'argent d'une société, en dissiper la caisse.

Faire grève. Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur les moyens d'augmenter le salaire.

On dit aussi Se mettre en grève.

Ils disent aussi Gourpline.

On dit aussi Gribouillis.

Jeter une chose à la gribouillette. La lancer un peu au hasard,—dans l'argot du peuple.

Grielle. Froide.

On dit aussi Agriffer.

«Ce grigou, d'un air renfrogné
Lui dit: Malgré ton joli nez...»

a écrit l'abbé de Lattaignant.

Grimoire mouchique. Les sommiers judiciaires.

On dit aussi Grinchisseur.

On dit aussi Grincher.

Grinchir à la cire. Voler des couverts d'argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Avoir en grippe. Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.

Prendre en grippe. Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.

Grise. Chère, aimable.

En voir de grises. Peiner, pâtir.

En faire voir de grises. Jouer des tours désagréables à quelqu'un.

Corps de grive.—Corps de garde.

Harnais de grive. Uniforme.

L'expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de l'empire, comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709.

On dit aussi grognon.

Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,—et alors c'est un verbe actif.

Coucher gros. Dire quelque chose d'énorme.

Gagner gros. Avoir de grands bénéfices.

Il y a gros à parier. Il y a de nombreuses chances pour que...

Tout en gros. Seulement.

On dit aussi Gros père.

L'expression est d'H. de Balzac.

On dit aussi Rappel de Waterloo.

Ce mot fait image et mérite d'être conservé, malgré sa trivialité.

C'est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l'insolence des filles envers les honnêtes femmes.

Bécasses! disaient-elles. Grues! leur répond-on.

Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n'est pas né d'hier, il y a longtemps que le peuple l'emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues,—ces Ruine-maison!

Grugeur, s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d'être aidé dans cette agréable besogne. 233

C'est la trot des Anglais.

On dit aussi Guenippe et Guenuche.

Bonne guette. Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître.

Être de guette. Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.

Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.

Signifie aussi Bissac.

Bonne gueule. Visage sympathique.

Casser la gueule à quelqu'un. Lui donner des coups de poing en pleine figure.

Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.

Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles.

Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.

Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.

Se sculpter une gueule de bois. Commencer à se griser.

Avoir une gueule d'empeigne. Avoir le palais assuré contre l'irritation que causerait à tout autre 234 l'absorption de certains liquides frelatés.

On dit aussi Avoir la gueule ferrée.

Chercher la gueulée. Piquer l'assiette.

Signifie aussi une grosse bouchée.

Signifie aussi Parler.

Fin gueuleton. Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.

Courir les gueuses. Fréquenter le monde interlope de Breda-Street.

En 1808 on disait: Courir la gueuse.

Jouer des guibolles. Courir, s'enfuir.

Porter la guigne. Porter malheur.

Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu'on entreprend.

C'est guignonnant! C'est une fatalité!

On dit aussi—à tort—guignolant.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie à propos d'une «grande voiture à quatre roues chargée de marchandises».

Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.

Grand-guinal. Le Mont-de-Piété.

Siffler le guindal. Boire.

236

237

H

Habiller de taffetas à 40 sous. Mettre sur le dos de quelqu'un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

Les gueux de Londres appellent le cercueil a wooden coat (un habit de bois ou une redingote en sapin).

On dit aussi Happin et Hubin.

Habin ergamé. Chien enragé.

Être habit noir. Être par trop simple, par trop naïf,—comme les bourgeois le sont d'ordinaire aux yeux des voyous, qui ont une morale différente de la leur.

Ils disent aussi Haleine à la Domitien. 238

Signifie aussi, au figuré: Flairer, chercher à deviner ce qu'une personne pense.

Aller à la halle aux draps. Se coucher.

On disait autrefois, et plus justement, Hallebréda, qui était une corruption de Halbrené (dépenaillé).

Signifie aussi Souffler.

Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu'un ou de quelque chose.

Les voyous anglais ont une expression analogue: To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

J'ai respecté l'orthographe dece verbe, que j'ai entendu souvent après l'avoir lu dans les Matinées du seigneur de Cholières. Mais, à vrai dire, on devrait l'écrire Haroder, puisqu'il vient de Haro. Et, à ce propos, qui se douterait que ce dernier mot, si connu, est composé de l'exclamation Ha! et du nom de Raoul, premier duc de Normandie?...

On dit aussi dans le même sens: N'avoir de courage qu'à la soupe.

J'ai suivi pour ce mot l'orthographe de Balzac, mais je crois que c'est à tort et qu'il doit s'écrire sans H, venant probablement de l'italien aria, air,—d'où arietta, ariette, air de peu d'importance. A moins cependant que Haria ne vienne d'Hariolus, sorcier.

On dit aussi l'Hôtel des Haricots.

Aug. Villemot prétend que cette expression est une corruption d'Hôtel Darricau. Il a peut-être raison.

On dit aussi, mais en moins mauvaise part, Haquenée.

Pincer de la harpe. Se mettre à la fenêtre.

Souvent ils se contentent de dire H!

C'est l'équivalent de Au petit bonheur.

Ils disent aussi Tirants.

Cette expression, très employée par le peuple et par le monde interlope, appartient à l'argot des voleurs, qui se sont divisés en deux grandes catégories, Haute et basse pègre.

Avoir des hauts et des bas. N'avoir 240 pas de position solide, de commerce à l'abri de la ruine.

Les Anglais ont la même expression: the ups and downs, disent-ils à propos de ces vicissitudes de l'existence.

L'expression appartient à J. Janin, qui l'a employée à propos des guenilles indécentes de Chodruc Duclos.

Voilà le hic. Voilà le difficile de l'affaire, son côté scabreux, ou périculoseux, ou seulement désagréable.

On disait autrefois, avant Guillotin, Hirondelle de potence.

Les voleurs anglais disent de même: gallows bird.

Faire des histoires. Se fâcher sans motif raisonnable; exagérer 241 un événement de peu d'importance.

Signifie aussi: Suisse; domestique en grande livrée.

C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.

Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient inventer le man of straw,—et l'homme de paille fut.

«Jean qui estoit homme de paille,

N'ayant que mettre sous la dent,

Prit une vieille et de l'argent:

Maintenant il vit et travaille.»

Dire des horreurs. Tenir des propos plus que grivois.

Dire des horreurs de quelqu'un. L'accuser de choses monstrueuses, invraisemblables,—par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.

Faire des horreurs. Agir trop librement.

Ils disent aussi Être logé à l'enseigne des Haricots.

Pomper les huiles. Boire avec excès.

On dit aussi Huile de poignet.

La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.

Battre un huit. S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.

Faire des huîtres. Cracher beaucoup et malproprement.

Le parti des huîtres. Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits,—et attachés à leurs bancs.

Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.

Ils disent de même Les plaines humides.

La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.

Monsieur huppé. Personne de distinction. 244

On dit aussi Hussard de la veuve.

Serrer les liens ou les nœuds de l'hyménée. Se marier. 245

I

Ils disent aussi Icicaille.

Cette expression est de la même famille que scrupule, larme, soupçon et goutte.

Se forger des idées. Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une femme.

On connaît l'effet désastreux de la pluie sur les étoffes—sur les étoffes de satin principalement.

On dit aussi Il est midi et demi.

A signifié autrefois Homme pris de vin.

Nous ne sommes pas loin de l'ebriacus de Plaute.

Les quarante immortels. Les quarante membres de l'Académie à tort dite Française.

J'ai employé cette expression il y a quatre ou cinq ans, quelques-uns de mes confrères l'ont employée aussi,—et maintenant elle est dans la circulation.

Faire une incongruité. Crepitare vel eructare.

Dire une incongruité. Dire une gaillardise un peu trop poivrée,—turpitudoverborum.

Avoir l'inconvénient de la bouche. Mériter cette épigramme de Tabourot à Punaisin:

«Tu t'esbahis pourquoy ton chien,

Les estrons de sa langue touche:

Se peut-il pas faire aussi bien

Qu'il lesche ta lèvre et ta bouche?»

Avoir l'inconvénient des pieds. Suer outrageusement des pieds.

On prononçait Incoïable.

Les infantes étant les filles puînées des rois d'Espagne et de Portugal, sont supposées belles, et l'on sait que tous les amants jouent volontiers de l'hyperbole à propos de leurs maîtresses: ils disent «mon infante» comme ils disent «ma reine». Une couronne leur coûte moins à donner avec les lèvres qu'une robe de soie avec les mains.

Cela m'est inférieur. Cela m'est égal.

Jouer comme un infirme. Jouer très mal.

Cet emploi commence à disparaître 248 des théâtres et des pièces comme trop invraisemblable et par conséquent ridicule. Les actrices aiment mieux jouer les travestis.

Ils disent aussi Inglichemann (Englishman).

Ce verbe, que n'oseraient pas employer les gens du bel air, est un des mieux formés et des plus expressifs que je connaisse: ingurgitare,—qui évoque naturellement le souvenir du fameux ingurgite vasto, cet abîme goulu où disparurent les Lyciens, les fidèles compagnons d'Enée.

On dit aussi S'ingurgiter quelque chose.

Avoir des inquiétudes dans le mollet. Avoir une crampe.

Le monde interlope. La Bohème galante.

Faire une invite à l'as. Solliciter quelqu'un de vous offrir quelque chose.

S'habiller en iroquois. D'une manière bizarre, extravagante.

Parler comme un iroquois. Fort mal.

C'est un verbe irrégulier. Ainsi: Ire-tu picté ce luisant? (As-tu bu aujourd'hui?)

Faire un effet d'ivoire. Rire de façon à montrer qu'on a la bouche bien meublée.

Les voyous anglais disent de même: o flash one's ivory.

J

S'arroser le jabot. Boire.

Faire son jabot. Manger.

On dit aussi Remplir son jabot.

L'expression est vieille:

«De ce vin champenois dont j'emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot!»

dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament (1755).

Chouette jabot. Poitrine plantureuse.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne:

«Lise était sotte,

Maintenant elle jabotte;

Voyez comme l'esprit

Dans un jeune cœur s'introduit.»

Se dit aussi d'un Homme bavard ou indiscret.

«Notre Jacqueline le fouille,
Emporte la grenouille.
Laisse là mon nigaud,»

dit une vieille chanson.

C'est le John Bull anglais, le Frère Jonathan américain, etc.

On dit aussi Grand Jacquot.

Faire jambe de vin. Boire à tire-larigot.

Jambes en coton. Flageolantes comme le sont d'ordinaire celles des ivrognes, des poltrons et des convalescents.

Jambes en manches de veste. Jambes arquées, disgracieuses.

Scarron n'a pas été moins irrévérencieux:

«Aussi fut Pélias le bon
Fort incommodé d'un jambon.»

dit-il dans son Virgile travesti.

Dévider le jar. Parler argot.

Le peuple disait autrefois d'un homme très fin, très rusé: Il entend le jar. Et souvent il ajoutait: Il a mené les oies,—le jar étant le mâle de l'oie.

On dit aussi Gargouiller.

Jeu de la jarnaffe. Escroquerie dont Vidocq donne le procédé, pages 233-34 de son ouvrage.

Jaspiner bigorne. Entendre et parler l'argot. V. Bigorne.

En wallon, Jaspiner c'est gazouiller, faire un petit bruit doux et agréable comme les oiseaux.

Ainsi Je t'adore avec un jaune d'œuf signifie: «Je ne l'aime pas du tout», et fait une sorte de calembour, par allusion à l'emploi connu du jaune d'œuf.

Ils disent aussi Jauniau.

Au XVIIe siècle, on disait Rouget.

Les voleurs ont aussi leur javanais, qui consiste à donner des terminaisons en _ar_ et en _oc, en al ou en em, de façon à défigurer les mots, soit français, soit d'argot, en les agrandissant.

Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste à remplacer toutes les premières lettres consonnes d'un mot, par un l et à reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on coud une syllabe javanaise. Ainsi pour dire Papier, ils diront Lapiepem, ou Lapiepoc.

Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder et suivre par un l, sans oublier de coudre à la fin une syllabe javanaise quelconque. Par exemple avis se dit Laviloc ou mieux Lavilour. Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter 254 les curieux; ils disent nabadutac pour tabac,—quand ils ne disent pas néfoin du tré pour tréfoin, en employant les syllabes explétives na et qui sont du pur javanais, comme av et va.

On disait autrefois Janin.

C'est le cas ou jamais de citer les vers de madame Deshoulières:

«Jean? Que dire sur Jean? C'est un terrible nom

Que jamais n'accompagne une épithète honnête:

Jean Des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon

Qu'en si beau chemin je m'arrête.»

L'expression est de Pierre Dupont.

«Car il défend les jeannetons,
Chose très nécessaire à Rome.»

L'expression est de Gustave Mathieu.

D'où le grippe-Jésus de l'argot encore plus ironique des voleurs, puisqu'ils appellent ainsi les gendarmes.

C'est le margaritas antè porcos des Anciens.

On dit aussi Jeter sa langue aux chats.

Quand un ouvrier dit de quelqu'un: Il est trop jeune! cela signifie: il est incapable de faire telle ou telle chose,—il est trop bête pour cela.

On dit aussi: Avoir son petit jeune homme.

S'emploie aussi à propos d'un vin trop nouveau et que sa verdeur rend désagréable au palais.

Monter un job. Monter un coup.

Monter le job. Tromper, jouer une farce.

C'est un mot de vieille souche, qu'on supposerait cependant né d'hier,—à voir le «silence prudent» que le Dictionnaire de l'Académie garde à son endroit.

Se faire jobarder. Faire rire à ses dépens.

Joberie, s. f. Niaiserie, simplicité de cœur et d'esprit.

L'expression appartient à H. de Balzac.

On dit aussi Pain jocko ou à la Jocko.

Connaître le joint. Savoir de quelle façon sortir d'embarras; connaître le point capital d'une affaire.

Faire du jojo. Faire l'enfant, la bête.

Voilà du joli! Nous voici dans une position critique.

Être sur les joncs. Être arrêté ou condamné pour un temps plus ou moins long—toujours trop long!—«à pourrir sur la paille humide des cachots».

On dit aussi Monsieur Jordonne, et, de même, Madame ou Mademoiselle Jordonne, quand il s'agit d'une femme qui se donne des «airs de princesse».

Faire son Joseph. Repousser les avances d'une femme, comme le fils de Jacob celles de la femme de Pharaon.

Faire sa Joséphine. Repousser avec indignation les propositions galantes d'un homme.

On dit aussi Jouailler.

On dit aussi Jouaillon.

Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de faire, pour marquer l'étonnement. Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de l'argent et maintenant je n'en ai plus!

On dit aussi Jouer comme une huître.

Nos aïeux disaient Tirer aux chevrotins.

Signifie aussi Compter de l'argent.

On dit aussi Jouer de la harpe.

Faire joujou. S'amuser,—au propre et au figuré.

On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette expression en pleine Assemblée nationale.

Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils appellent le Jour du torticolis (wry-neck day).

Visage de jubilation. Qui témoigne d'un très bon estomac.

Baiser de Judas. Baiser qui manque de sincérité.

Barbe de Judas. Barbe rouge.

Bran de Judas. Taches de rousseur.

Le point de Judas. Le nombre 13.

Les judas parisiens sont les cousins germains des espions belges et suisses.

Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.

Ils disent aussi Petite Judée.

Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des faubouriens.

Aller chez Jules. C'est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.

Avoir du jus. Avoir du chic, de la tournure.

Être d'un bon jus. Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.

On dit aussi Centrier.

K

On dit aussi et mieux Kaiserlick.

Ils disent aussi Tortorer.