The Project Gutenberg EBook of Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois de France (923-936), by Ph. Lauer This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.net Title: Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois de France (923-936) Author: Ph. Lauer Release Date: February 17, 2004 [EBook #11132] Language: French Character set encoding: ASCII *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ROBERT IER ET RAOUL DE BOURGOGNE *** Produced by Stan Goodman, Ted Garvin, Wilelmina Malliere and PG Distributed Proofreaders ANNALES DE L'HISTOIRE DE FRANCE A L'EPOQUE CAROLINGIENNE ROBERT Ier ET RAOUL DE BOURGOGNE ROIS DE FRANCE (923-936) PAR PH. LAUER 1910 Cet ouvrage forme le 188e fascicule de la Bibliotheque des Hautes Etudes AVANT-PROPOS Cet opuscule est destine a combler la lacune qui existait entre les ouvrages sur les regnes de Charles le Simple et de Louis d'Outre-Mer, parus dans la serie des _Annales de l'histoire de France a l'epoque carolingienne_ entreprises sur l'initiative d'Arthur Giry[1]. L'etude que M.W. Lippert a consacree a Raoul, dans une these ecrite et publiee en Allemagne[2], n'etait pas accessible a tous, et, malgre sa tres reelle valeur, devait etre rectifiee, modifiee ou completee sur plus d'un point, principalement en ce qui concerne la topographie, la diplomatique et les affaires de Lorraine. Les identifications des noms de lieux, comme par exemple celles de _Donincum_ avec Doullens (Somme) et de _Calaus mons_ avec Chaumont-le-Bois (Cote-d'Or), etaient evidemment a reformer, ainsi que je l'ai montre dans mes notes des _Annales de Flodoard_. Les cartulaires n'avaient pas ete tous connus, ainsi ceux de Stavelot, de Saint-Etienne de Limoges; et les chartes de Saint-Hilaire de Poitiers publiees par Redet n'avaient pas ete utilisees. Plusieurs des depouillements relatifs aux editions des diplomes royaux etaient ou incomplets ou devenus insuffisants par suite des publications posterieures. Divers passages d'annales ou de chroniques n'etaient pas analyses ou commentes d'une maniere satisfaisante; enfin certains textes avaient ete omis, comme les _Annales Nivernenses_. Mais ce qui rendait surtout desirable un nouveau travail, c'etait la conception meme du role politique de Raoul a l'exterieur, que ni Kalckstein ni Lippert n'avaient bien nettement degage. En Lorraine et dans le royaume de Provence, ce souverain a visiblement fait des efforts pour etendre l'influence francaise et il s'est servi de son frere Boson, possessionne a la fois dans les vallees de la Meuse et du Rhone, pour parvenir a ses fins. C'est sous son regne que se pose nettement la question de savoir si le roi de France succedera ou non aux rois de Lorraine et de Provence. Les droits incontestables de Raoul sur ce dernier royaume et sa puissante position en Bourgogne, a proximite de la Lorraine, semblaient le designer pour recueillir ces heritages, mais sa situation meme d'adversaire de Charles le Simple, le descendant direct des Carolingiens, lui fit visiblement un tort immense a en juger par les resultats obtenus. Ajoutez a cela la lutte acharnee contre les Normands et l'hostilite de ses propres vassaux. Tel est le point de vue que nous nous sommes efforce de mettre davantage en lumiere. Nous n'avons pas non plus neglige de souligner certains details de nature a eclairer un peu des faits enveloppes d'obscurite, ainsi l'antagonisme entre la famille comtale de Dijon et les Robertiens ou les causes d'union et de rupture entre Herbert de Vermandois et Hugues le Grand. On ne s'est occupe des antecedents de Robert Ier ou de la personnalite et des actes de Charles le Simple que dans la mesure ou cela etait necessaire au recit des evenements, M. Eckel ayant deja traite a fond ces questions. Il n'y avait pas ici place pour une bibliographie du genre de celles qui sont en tete des volumes relatifs a Louis d'Outre-Mer et a Charles le Simple; elle eut trop ressemble a ces dernieres. Nous avons prefere mettre a la suite des livres nouveaux, cites en note, les indications bibliographiques indispensables. Du reste, on s'est efforce de ne pas abuser des citations. Ainsi on ne trouvera guere mentionnees les oeuvres de K. von Kalckstein[3], Lippert, Waitz[4], Eckel[5] et mon edition des _Annales de Flodoard_[6], auxquelles il eut ete facile de multiplier les renvois. Mais les sources sont toujours indiquees, avec leurs editions quand il y a lieu. Je me permettrai de renvoyer, en ce qui les concerne, a ma bibliographie du _Regne de Louis d'Outre-Mer_[7], pour tout ce qui pourrait paraitre insuffisant[8]. On n'est pas entre non plus dans l'etude diplomatique des actes, qui trouvera sa place avec l'edition des diplomes royaux dans la collection des _Chartes et diplomes_ publiee par l'Academie des Inscriptions et Belles-Lettres, mais on en a naturellement tire parti au point de vue historique. Nous esperons que, malgre ses imperfections, le present travail pourra contribuer a faire mieux connaitre un moment interessant dans cette periode mouvementee de la decadence carolingienne et de l'etablissement du regime feodal. FOOTNOTES: [Footnote 1: M. Labande qui s'etait d'abord charge de la redaction des Annales du regne de Raoul a bien voulu y renoncer en ma faveur. Je tiens a le remercier ici en meme temps que MM. Pfister et L. Halphen qui ont lu ce travail, l'un en manuscrit, l'autre en epreuves, et m'ont tres obligeamment communique leurs critiques.] [Footnote 2: _Geschichte des westfraenkisch en Reiches unter Koenig Rudolf (Inaugural-Dissertation der Universitaet Leipzig)_. Leipzig, 1885, in-8, 126 pp. et sous le titre: _Koenig Rudolf von Frankreich_. Leipzig, 1886.] [Footnote 3: _Geschichte des Franzoesichen Koenigthums unter den ersten Capelingern_. I. _Der Kampf der Robertiner und Karolinger_. Leipzig, 1877, in-8.] [Footnote 4: _Jahrbuecher des deutschen Reiches unter Koenig Heinrich I_. 3e ed. Leipzig, 1885, in-8.] [Footnote 5: _Charles le Simple_. Paris, 1899, in-8 (_Bibliotheque de l'Ecole des hautes etudes_, fasc. 124).] [Footnote 6: _Les Annales de Flodoard_. Paris, 1906, in-8 (_Collection de textes pour servir a l'etude et a l'enseignement de l'histoire_).] [Footnote 7: _Le regne de Louis IV d'Outre-Mer_ (_Bibliotheque de l'Ecole des hautes etudes_, fasc. 127, p. xxi et suiv.)] [Footnote 8: Il faudra cependant y ajouter, pour memoire, l'etrange dissertation d'Aime Guillon de Montleon, _Raoul ou Rodolphe, devenu roi de France l'an 923, ne serait-il pas le meme personnage que Rodolphe II, roi de Bourgogne Transjurane, et d'ou vient que le cinquieme de nos rois, du nom de Charles, n'est pas appele Charles V? Dissertation historique_. Paris, 1827, in-8, 124 pp., tabl., 3 pl. Cf. la critique de Daunou dans _Journal des savants_, annee 1828, p. 93-102.--Et on peut mettre au meme rang la "Vie de Rodolphe, roi de France, tiree de tous les bons auteurs par Jean Munier, avocat du roi es cours royales d'Autun" (n deg. 16487 du P. Lelong) conservee dans le manuscrit de la Bibliotheque nationale fr. 4629, p. 89. C'est un chapitre des _Recherches sur les anciens comtes d'Autun_ de Jean Munier (m. 1635), ou l'auteur se preoccupe surtout de refuter les "calomnies" mises en circulation par Jean de Serres sur Raoul, dans le celebre _Inventaire general de l'histoire de France depuis Pharamond jusques a present, illustre par la conference de l'Eglise et de l'Empire_ (Paris, 1600, 3 vol. in-8) qui eut quatorze editions (la derniere en 1660).] ROBERT Ier ET RAOUL DE BOURGOGNE ROIS DE FRANCE CHAPITRE PREMIER ROBERT DUC DE FRANCE ET RAOUL DUC DE BOURGOGNE. Robert, fils de Robert le Fort, est en realite un personnage un peu efface, tant la puissante figure de son frere, le roi Eudes, lui a fait ombrage. Pendant tout le regne de celui-ci, il le seconda fidelement[9], et a sa mort, en 898, il recueillit sa succession comme "duc et marquis" de France. A ce titre, il preta l'hommage a Charles le Simple[10] qui le traita d'abord avec beaucoup d'egards, ainsi qu'il apparait par les diplomes royaux des annees 904, 915 et 918[11]. Mais des l'an 900, un premier froissement avait eu lieu entre eux. Manasses, vassal du duc de Bourgogne, Richard le Justicier, s'etait permis, dans une conversation avec le roi, de tenir sur Robert des propos juges injurieux par ce dernier. Robert quitta la cour pendant quelque temps[12]. Il semble cependant qu'il rentra en faveur vers 903, epoque a laquelle il sollicita et obtint des diplomes pour ses abbayes de Saint-Germain-des-Pres, Saint-Martin de Tours et Saint-Denis[13]. Il accompagna meme, cette annee, le roi en Alsace, ce qui l'empecha de secourir la ville de Tours assiegee par les Normands[14]. Bientot il prit sa revanche a la bataille de Chartres (20 juillet 911)[15], et, selon la legende, c'est lui qui servit de parrain a Rollon[16]. Dix ans plus tard, apres une campagne contre les Normands de la Loire, il imita l'exemple de son suzerain en cedant aux pirates une partie de la Bretagne et le pays de Nantes[17]. Quand on se rappelle la formidable puissance materielle dont il disposait[18], on est etonne qu'il n'ait pas essaye de s'emparer de la couronne aussitot apres le deces de son frere. S'il ne l'a pas fait, c'est uniquement a cause de l'accord qui venait d'intervenir l'annee precedente entre Eudes et Charles[19], car ses bons rapports avec la maison de Flandre et ses alliances avec les familles de Vermandois et de Bourgogne lui auraient singulierement facilite l'acces au trone. Raoul etait fils de Richard le Justicier, comte d'Autun devenu duc de Bourgogne sous le regne d'Eudes, qui avait ecrase les Normands a la bataille d'Argenteuil en Tonnerrois (28 decembre 898). Il se trouvait etre, du chef de son pere, neveu de Boson, roi de Provence, par l'imperatrice Richilde, soeur de Richard, neveu de Charles le Chauve, et, par sa mere Adelaide, neveu du roi de Bourgogne jurane Rodolphe 1er[20]. Suivant une legende accreditee posterieurement, il aurait ete tenu sur les fonts baptismaux par le roi Charles le Simple lui-meme[21]; mais Charles, etant ne en 879, ne devait pas etre beaucoup plus age que son pretendu filleul. Ce dernier est, en effet, deja temoin dans un acte de 901, et l'on sait que les exemples de temoins au-dessous de douze ans sont exceptionnels[22]. Raoul avait une soeur, Ermenjart, qui epousa Gilbert de Dijon[23], et deux freres cadets, Hugues le Noir et Boson qui, comme lui, ne jouerent aucun role politique actif du vivant de leur pere[24]. Leur trace ne se retrouve que dans les souscriptions de chartes. C'est, semble-t-il, Raoul qui souscrit un arret de Richard relatif a Saint-Benigne de Dijon, datant des dix dernieres annees du IXe siecle; en tout cas c'est bien lui qui figure dans un acte de Richard en faveur de l'abbaye de Montieramey, du 21 decembre 901, ou il est qualifie de "fils de Richard"[25]. Peut-etre aussi est-ce lui et son frere Boson qui signent une donation de l'imperatrice Richilde a l'abbaye de Gorze[26]. Les trois freres sont temoins dans une charte de concession octroyee par Richard a l'abbaye de Saint-Benigne de Dijon[27] et paraissent remplir un role moins efface au tribunal comtal d'apres une charte en faveur de l'eglise d'Autun redigee et scellee au nom de Raoul, agissant comme mandataire de son pere (Pouilly, 5 septembre 916)[28]. Raoul intervient aussi dans un acte delivre en 918 par l'eveque d'Autun, Walon, avec l'assentiment du duc de Bourgogne[29]. Les fils de Richard porterent simultanement le titre de comte. Apres la mort de son pere, Raoul continue a s'intituler de meme, ainsi qu'on le voit dans une charte de donation de sa mere Adelaide, relative a des biens sis en Varais (Autun, 24 avril 922)[30] Des premiers actes de Raoul comme duc de Bourgogne, on ne connait guere que la prise de Bourges[31]. Mais il regne beaucoup d'obscurite sur les circonstances qui accompagnerent cet evenement. On trouve mentionne: en 916 un incendie de Bourges, en 918 une prise de possession ephemere de la ville par Guillaume, neveu de Guillaume Ier d'Aquitaine, et en 924 une cession de la ville et du Berry par Raoul, devenu roi, a Guillaume, moyennant l'hommage[32]. Le duc de France Robert avait, parait-il, aide Raoul a s'emparer de Bourges, mais on ne saurait decider si ce fut en 916 ou entre 916 et 918, ou encore plus tard. Raoul s'etait en effet allie a la puissante famille des ducs de France, suzeraine de tout le pays au nord de la Loire, en epousant la propre fille de Robert, Emma, princesse douee d'une rare intelligence et d'une male energie[33]. Charles le Simple temoignait aussi des egards a Raoul en souvenir de son pere, dont il avait a maintes reprises eprouve le loyalisme. Il semble meme qu'en prescrivant a l'abbe de Saint-Martial de Limoges, Etienne (elu en 920), d'elever deux fortes tours pour resister a Guillaume d'Aquitaine, il prenait ouvertement le parti de Raoul[34]. Robert l'emporta neanmoins, car dans sa lutte contre Charles, nous voyons Hugues le Noir, frere du roi Raoul, lui amener des recrues bourguignonnes pour cooperer avec les forces des grands vassaux a la lutte contre les troupes royales. Toutefois, apres l'armistice intervenu a la fin de l'annee 922, les Bourguignons s'etaient definitivement retires[35]. Pour bien comprendre leur rentree en scene et finalement l'election de Raoul comme roi, il est necessaire de jeter un coup d'oeil rapide en arriere et de se rappeler l'etat politique de la France a cette epoque, ainsi que les principaux evenements qui venaient de marquer le regne de Charles le Simple. FOOTNOTES: [Footnote 9: Favre, _Eudes_, p. 78, 95-96, 147, 156, 161, 165, 192.] [Footnote 10: _Ann. Vedast._, a. 898.] [Footnote 11: Il l'appelle son "tres cher" (_admodum dilectus_), son "tres fidele", le "conseil et l'auxiliaire de son royaume" (_regni et consilium et juvamen_). Pelicier, _Cartul. du chapitre de l'eglise cathedrale de Chalons-sur-Marne_, p. 31; _Recueil des historiens de France_, IX, 523, 536.] [Footnote 12: _Ann. Vedast._, a. 900.] [Footnote 13: _Recueil des historiens de France_, IX, p. 495-499.] [Footnote 14: Ibid., p. 499. Eckel, p.68.] [Footnote 15: _Cartul. de Saint-Pere de Chartres_, ed. B. Guerard (Paris, 1840), I, p. 46-47.] [Footnote 16: Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, I. II, c. 30.] [Footnote 17: Flod., _Ann_., a. 921: "... Britanniam ipsis [Normannis], quam vastaverant, cum Namnetico pago concessit [Rotbertus]." Cf. Dudon de Saint-Quentin, ed. Lair, p. 69, n. 4.] [Footnote 18: Voy. Favre, _Eudes_, p. 12; Eckel, _Charles le Simple_, p. 34; F. Lot, _Etudes sur le regne de Hugues Capet_ (Paris, 1903, in-8), p. 187.] [Footnote 19: _Ann. Vedast._, a. 897; Favre, _Eudes_, p. 191; Eckel, _Charles le Simple_, p. 26.] [Footnote 20: On sait toute l'importance attachee a ce titre de neveu dans les traditions de famille franques. Pour saisir plus clairement ces parentes il suffit de parcourir la genealogie suivante: Conrad, comte d'Auxerre Thierry, comte d'Autun | | --------------------- ------------------------------- | | | | | Rodolphe Ier Adelaide ep. Richard Boson Richilde ep. Charles roi de le Justicier roi de Provence le Chauve Bourgogne (m. 921) (879-887) (888-911) | | | | Rodolphe II RAOUL. Louis l'Aveugle Louis II le Begue roi d'Arles en 933 ep. Emma, | fils d'Ermentrude (m. 937) fille de Robert Charles-Constantin ep. 1 deg. Ansgarde | duc de France comte de Vienne 2 deg. Adelaide Conrad le Pacifique en 931 ep. Mathilde, | fille de Louis d'Outre-Mer ---------------------------- | | 1 deg. Louis III Carloman 2 deg. Charles (880-882) (880-881) le simple (893-922)] [Footnote 21: _Hist. Francor. Senon. (M.G.h., Scr._, IX, 366); Richard le Poitevin, _Chron. (Recueil des historiens de France_, IX, 23).] [Footnote 22: La majorite etait de 12 ans chez les Saliens et de 15 ans chez les Ripuaires. Cf. Glasson, _Hist. du droit et des instit. de la France_, II, p. 291.] [Footnote 23: Eckel, p. 40.] [Footnote 24: _Chron. S. Benigni Div. (Rec. des historiens de France_, VIII, 241; ed. Bougaud et Garnier, p. 115).] [Footnote 25: D'Arbois de Jubainville, _Hist. des comtes de Champagne_, I, p. 450, pr. n deg. 17; _Cartulaire de Montieramey_, ed. Ch. Lalore (Troyes, 1890, in-8), p. 18, n deg. 12.] [Footnote 26: _Recueil des historiens de France_, IX, 665; _Cartulaire de l'abbaye de Gorze_, publ. p. A. d'Herbomez (_Mettensia_, II), p. 159, n deg. 87.] [Footnote 27: _Chron. S. Benigni Divion. (Rec. des historiens de France_, VIII, 242; ed. Bougaud et Garnier, p. 119).] [Footnote 28: _Cartulaire de l'eglise d'Autun_, publ. par A. de Charmasse (Autun, 1865) n deg. 22. Il ne faut pas, semble-t-il, vouloir le reconnaitre dans un _Rodolphus comes_ qui figure avec beaucoup d'autres comtes lorrains dans un diplome de Charles le Simple en faveur de l'abbaye de Pruem, date de la meme annee (_Recueil des historiens de France_, IX, 526).] [Footnote 29: _Cartulaire de l'eglise d'Autun, n deg. 23._] [Footnote 30: Ibid., n deg. 9, 10.] [Footnote 31: Flodoard, _Annales_, a. 924; _Ann. Masciac._, a. 919 (_M.G.h., Scr._, III, 169); _Histoire de Languedoc_, nouv. ed., II, 251; III, 95. Voy. aussi F. Lot, _Hugues Capet_, p. 190, n. 3.] [Footnote 32: _Hist. de Languedoc, loc. cit._] [Footnote 33: A. de Barthelemy, _Les origines de la maison de France (Revue des questions historiques_, VII p. 123). On pretend aussi qu'une autre fille de Robert, dont on ignore le nom, aurait epouse son oncle Herbert II. Cf. Eckel, p. 35, qui la designe a tort comme, "cousine" d'Herbert II.] [Footnote 34: Ademar de Chabannes, _Commemoratio_, ed. Duples-Agier, p. 3; Ch. de Lasteyrie, _L'abbaye de Saint-Martial de Limoges_ (Paris, 1901, gr. in-8), P. 58-59.] [Footnote 35: Flod., _Ann._, a. 922.] CHAPITRE II LES ELECTIONS DE ROBERT ET DE RAOUL. Peu apres la mort de Louis III, le vainqueur de Saucourt, et celle de Carloman, son frere, le royaume franc de l'ouest, la France, comme on l'appelle desormais dans nos histoires, et les divers pays qui en dependaient, ne tarderent pas a se morceler sous l'influence du developpement de la feodalite et la menace perpetuelle des invasions normandes. La Bretagne devint en fait independante avec les ducs Alain et Juhel-Berenger, la Provence avec Boson et la Bourgogne avec Rodolphe Ier. Le reste de la France, demembre en une infinite de fiefs, repartis dans les trois duches de "France"[36], de Bourgogne et d'Aquitaine, fut enfin divise en deux camps ennemis par la question de devolution de la couronne. A la suite de la tentative malheureuse de restauration de l'empire carolingien, qui echoua piteusement a cause de l'incapacite de Charles le Gros, une partie des grands feudataires francais, ressuscitant leur droit d'election tombe en desuetude depuis longtemps, choisit pour roi le comte Eudes, fils de Robert le Fort, tandis que d'autres restaient fideles au representant de la dynastie carolingienne, un enfant en bas age, Charles, fils posthume du roi Louis le Begue, issu de son mariage avec Adelaide[37]. Des annees de luttes suivirent. Eudes regna, mais a sa mort, Charles, auquel le surnom de Simple a ete attribue par ses contemporains, fut reconnu dans toute la France, a l'exception des pays qui s'etaient constitues en etats independants. La cession d'une partie des rives de la basse Seine, aux pirates normands, compagnons de Rollon, ne peut etre consideree comme un affaiblissement de la puissance royale, quoi qu'en aient dit la plupart des historiens, qui ont coutume de fletrir la memoire de Charles le Simple principalement pour ce motif. On ne saurait non plus suivre d'autres critiques qui, se placant a un point de vue diametralement oppose, ont voulu l'envisager comme un acte d'habile politique. En realite, Charles ne pouvait agir autrement devant l'indifference profonde des grands vassaux, qui lui refusaient toute aide effective pour combattre l'invasion; et sa puissance n'en fut nullement amoindrie, puisque le territoire concede etait un demembrement du "duche de France", qu'il en conserva la suzerainete et trouva meme par la suite un concours inattendu aupres de ses nouveaux vassaux[38]. Presque en meme temps que cette cession eut lieu l'acquisition de la suzerainete sur la Lorraine, precieuse a bien des points de vue. Elle reconstituait un tout brise par le singulier partage de Verdun et fournissait a la dynastie austrasienne un solide point d'appui en son pays d'origine. L'autonomie feodale s'etait a tel point developpee que pour trouver un soutien effectif, le roi Charles en etait reduit a rechercher l'alliance des grands dignitaires de l'Eglise, comme l'archeveque de Reims, ou d'hommes de naissance obscure, d'origine lorraine, comme Haganon[39]. La premiere rebellion contre le pouvoir royal eclata en 920. Charles fit preuve au cours de ces difficiles circonstances d'une fermete remarquable. L'archeveque de Reims, Herve, reussit a sauver le monarque et le seconda si bien qu'il se trouva bientot affermi au point de pouvoir remplacer l'eveque elu de Liege, Hilduin, son ennemi, par Richer, abbe de Pruem, son partisan. Le traite de Bonn, signe le 1er novembre avec Henri l'Oiseleur, auquel Charles avait eu affaire pres de Pfeddersheim, dans le pays de Worms, mit fin a cette premiere periode de troubles[40]. Bientot de nouvelles difficultes surgirent. Le 31 aout 921 mourut le duc de Bourgogne Richard le Justicier, qui etait, avec le marquis Robert, le plus puissant des grands vassaux, mais aussi l'un des hommes les plus capables du royaume[41]. Il avait lutte victorieusement contre les Normands, et avait toujours su gouverner avec autorite ses vastes domaines, ne craignant pas de resister aux empietements des puissances ecclesiastiques, seculieres ou regulieres, et allant meme jusqu'a s'emparer par la force des biens d'Eglise, comme du reste presque tous les princes laiques de son temps, quand la necessite s'en presentait. Charles perdit en lui un fidele partisan: s'il n'en avait recu aucun secours dans le dernier conflit avec les grands, il avait du moins rencontre de son cote une bienveillante neutralite, et il semblait meme que celle-ci dut un jour ou l'autre se changer en cooperation effective. La mort de Richard bouleversa la face des choses. Son fils Raoul qui avait epouse Emma, fille du marquis Robert, fut attire dans le parti des mecontents par son beau-pere qui en etait le chef. Pour comble de malheur, Charles vit encore l'archeveque de Reims, d'abord condamne a l'inaction par une grave maladie pendant les troubles de 922, abandonner ensuite totalement sa cause, sans que nous puissions demeler la raison veritable de cette defection. La concession de l'abbaye de Chelles[42] faite par le roi a Haganon determina un nouveau soulevement. Charles avait enleve l'abbaye a sa tante Rohaut qui etait devenue belle-mere de Hugues, fils de Robert[43]. Cet acte revetait le double caractere d'une spoliation et d'une menace. C'etait une dependance arrachee au coeur meme des domaines patrimoniaux de Robert et donnee comme poste d'observation et de combat a un ennemi hai et meprise. Une nouvelle periode d'hostilites s'ensuivit. Les operations eurent lieu en Remois, Laonnais et Soissonnais, et se reduisirent a des incursions de part et d'autre, a des pillages et a des incendies. A plusieurs reprises, Charles s'enfuit, avec Haganon, jusqu'en Lorraine, et en revint avec des troupes fraiches levees parmi les elements hostiles au duc ou les vassaux ecclesiastiques. Le duc de Lorraine, Gilbert, le duc de Bourgogne Raoul, enfin l'archeveque de Reims Herve s'etaient ranges du cote du marquis Robert[44]. Apres la defaite de Laon, Charles fut contraint, par suite de la dispersion totale de son armee, de chercher a nouveau un refuge au dela de la Meuse. Les rebelles profiterent de l'absence du Carolingien pour secouer definitivement sa suzerainete en se choisissant un roi parmi eux. Le 29 juin 922, le marquis Robert fut elu roi a Reims par les grands vassaux laiques et ecclesiastiques, puis couronne le lendemain, un dimanche, a Saint-Remy, par l'archeveque de Sens Gautier, le meme qui avait deja couronne le roi Eudes[45]. L'archeveque de Reims, Herve, alors gravement malade, mourut trois jours apres, et son successeur Seulf, choisi sous l'influence des revoltes, prit aussitot une attitude nettement opposee a Charles[46]. La lutte reprit de plus belle. Robert la transporta en Lorraine. Son fils Hugues marcha sur Chievremont, que Charles assiegeait, et le contraignit a lever le siege[47]. Au debut de 923, Robert eut l'habilete de se menager une entrevue, sur les bords de la Roer, avec le roi de Germanie Henri Ier qui, au mepris du traite de Bonn, noua des relations amicales avec l'usurpateur. Robert parvint a obtenir d'une fraction des Lorrains un armistice qui devait se prolonger jusqu'en octobre[48]. Puis il rentra en France, ou il congedia les contingents bourguignons, ne gardant que peu d'hommes sous les armes. Charles ne perdit point de temps. Mettant a profit l'instant de repit que lui laissait la treve, il s'occupa hativement de lever en Lorraine de nouvelles recrues, et aussitot qu'il eut reussi a constituer une armee assez puissante, rompant l'armistice, il traversa la Meuse, marcha rapidement sur Attigny et de la contre Robert qui sejournait a Soissons. Il arriva sur l'Aisne le 14 juin. Le lendemain, un dimanche, vers la sixieme heure, au moment ou les hommes de Robert ne s'attendant plus a etre attaques prenaient tranquillement leur repas, les Lorrains passerent la riviere et une bataille decisive eut lieu dans la plaine voisine de l'abbaye de Saint-Medard de Soissons. Les troupes de Robert ralliees a la hate se battirent avec l'energie du desespoir. Le combat fut si violent que de part et d'autre les pertes furent considerables. Robert qui luttait vaillamment au plus fort de la melee, tomba frappe a mort par le comte Foubert, porte-enseigne royal, qui le reconnut a sa longue barbe, et il fut acheve par les lances de ses adversaires. Cette fin inattendue de "l'usurpateur" jeta le desordre dans les rangs de ses partisans, et la victoire du roi legitime semblait des lors assuree quand parut, tout a coup, une armee conduite par Hugues le Grand et Herbert de Vermandois. Un changement complet s'opera; les Lorrains lacherent pied et se retirerent en desordre[49]. Charles etait vaincu par les grands vassaux qui restaient unis dans leur rebellion, malgre la mort inopinee de leur chef. Il essaya cependant de se creer des intelligences parmi ses adversaires, esperant que leur obstination se trouverait peut-etre brisee par la difficulte de remplacer Robert. Il envoya des messagers a Herbert, a Seulf et a quelques autres seigneurs pour les engager a le reconnaitre de nouveau comme suzerain. Peine perdue. Les rebelles inebranlables persevererent dans leur ligue contre le Carolingien. Ils appelerent a leur aide le duc de Bourgogne, Raoul, qui se decida a revenir en "France" a la tete d'une puissante armee (fin juillet). Charles abandonne de ses plus puissants vassaux du nord, se tourna vers ses nouveaux sujets, les seuls qui parussent lui demeurer fideles, les Normands. Il envoya des messages jusqu'a Roegnvald, qui dominait sur l'estuaire de la Loire. Les pirates se montrerent immediatement prets a saisir un si beau pretexte pour recommencer leurs incursions et piller tout le plat pays. Afin de les arreter des le debut et de les empecher d'operer leur jonction avec Charles et les Lorrains, les grands vassaux vinrent s'etablir sur les bords de l'Oise. Charles n'eut plus qu'a se retirer au dela de la Meuse[50]. Les rebelles profiterent de cette nouvelle absence, comme l'annee precedente, pour elire un roi de leur choix. On pouvait hesiter entre Hugues, fils du roi Robert et neveu du roi Eudes, Herbert de Vermandois, descendant du Carolingien Bernard d'Italie, et Raoul de Bourgogne, gendre de Robert, allie aux rois de Bourgogne et de Provence. Le chroniqueur Aimoin a donne plus tard des explications evidemment inadmissibles sur les causes qui amenerent a ecarter les deux premiers candidats, mais elles aident neanmoins a discerner des raisons plus plausibles[51]. Hugues avait ete jusque-la un peu eclipse par son pere et son election eut ete un retour a l'heredite en faveur d'une nouvelle famille royale. Herbert s'etait toujours montre perfide, rapace, sans aucun respect pour les principes feodaux ou religieux de son temps; enfin il etait en hostilite avec Baudoin de Flandre qui avait fait assassiner son pere. Raoul se recommandait a la fois par la droiture de son caractere et par la puissance materielle dont il disposait. Il etait en excellents termes avec le clerge; recemment encore les moines fugitifs de Montierender avaient trouve un asile aupres de lui, en Bourgogne[52]. D'autre part les grands vassaux avaient absolument besoin de s'assurer son concours, sans lequel--on l'avait vu sous Richard le Justicier--ils ne pouvaient rien entreprendre contre le Carolingien; et ses domaines etaient suffisamment eloignes pour que Hugues et Herbert n'eussent pas a en prendre ombrage ni a craindre pour leur propre securite. Du recit de l'historien Raoul le Chauve (_Glaber_), posterieur de pres d'un siecle, on peut inferer, avec une certaine apparence de verite, que le choix fut hesitant, surtout entre Hugues et Raoul, et que l'intervention d'Emma, femme de Raoul et soeur de Hugues, finit par amener un accord[53]. Le dimanche 13 juillet 923, Raoul fut proclame roi a l'unanimite par les grands reunis a Soissons, et couronne aussitot a Saint-Medard par l'archeveque de Sens, Gautier, ce "faiseur de rois", qui avait deja consacre successivement Eudes et Robert[54]. Cependant les esprits superstitieux vivement impressionnes par la mort imprevue du "puissant marquis" Robert, sur le champ de bataille de Soissons, envisageaient cette catastrophe comme une sorte de "jugement de Dieu"[55]. L'archeveque Seulf reunit a Reims un synode des eveques de sa province, vers la fin du mois suivant (apres le 27 aout), pour examiner la situation. Les eveques de Cambrai, Laon, Noyon, Senlis et Soissons y assisterent en personne. Il fut decide qu'une penitence generale serait imposee a tous ceux qui avaient pris part au combat impie ou les deux rois s'etaient trouves en presence. La penitence devait durer trois ans. Pendant le premier careme, ils devaient s'abstenir d'entrer a l'eglise. Les vendredis, toute l'annee, et, en outre, pendant le careme et les semaines precedant la Saint-Jean et la Noel, les lundis et mercredis, un jeune tres rigoureux (au pain, a l'eau et au sel) leur fut impose[56]. Que ces prescriptions severes n'aient pas ete observees a la lettre, surtout par les seigneurs qui, sous pretexte de maladie ou de service d'ost, pouvaient s'en faire dispenser moyennant des aumones, cela n'est point douteux; mais il n'en est pas moins vrai que ces mesures prises par le haut clerge du nord, pour fragiles qu'elles nous paraissent, sont curieuses a enregistrer, parce qu'elles decelent la preoccupation bien nette d'empecher une nouvelle guerre civile et le desir d'assurer pour l'instant le pouvoir a l'usurpateur Raoul, tout en laissant regner en paix le roi Charles sur ses provinces demeurees fideles. Une telle solution etait bien difficile a obtenir avec le caractere du Carolingien et la turbulence des grands vassaux, sans cesse prets a saisir la moindre occasion pour augmenter leur puissance aux depens de leurs voisins. L'election de Raoul etait l'oeuvre d'un parti peu nombreux. Les grands vassaux ecclesiastiques de France et meme de Bourgogne suivaient a contre-coeur la determination de leurs suzerains immediats. La Normandie, la Bretagne et surtout l'Aquitaine resterent theoriquement soumises a Charles, sans toutefois prendre les armes pour defendre sa cause. En Lorraine, le duc Gilbert se tenait sur la plus grande reserve: seul le comte Boson osa se declarer pour Raoul, son frere. Quelques-uns des diplomes delivres par Charles sont accordes a Guy de Girone qui se trouvait aupres de lui, en Remois, au moment le plus critique de la guerre civile[57]. Ainsi la Marche d'Espagne restait fermement attachee au descendant de Charlemagne[58]. En realite, sous le devoument apparent des grands vassaux du midi au roi Charles se cachait un profond sentiment d'egoisme: tout en se donnant les allures de defenseurs de la legitimite dynastique meconnue,--en faveur de laquelle, du reste, ils se gardaient bien d'intervenir effectivement,--ils saisissaient l'occasion favorable pour fortifier et developper leur autonomie naissante. C'etait la tactique habituelle des seigneurs meridionaux, dont plusieurs auraient ete cependant de force a se mesurer avec un Herbert ou un Raoul. En depit de leur pretendu loyalisme, ils avaient longtemps refuse de reconnaitre Charles apres la mort d'Eudes; ils agirent encore de meme, plus tard, vis-a-vis de Louis d'Outre-Mer et de Lothaire, sans souci de la question de legitimite. Les documents diplomatiques conserves permettent, par leurs dates, de donner un peu de precision a l'epoque ou Raoul fut reconnu dans les differentes regions de la France. En Bourgogne, la reconnaissance eut lieu immediatement. Des le mois de novembre, l'eveque d'Autun Anselme fait une donation a son eglise "pour l'ame du roi Raoul", et le roi intervient dans l'acte afin de l'approuver et d'en fortifier l'autorite[59]. Il existe bien des lacunes dans la serie des chartes de l'abbaye de Cluny qui concernent surtout les comtes de Macon, Chalon et Autun: ce n'est qu'en 924 que commence la serie des actes dates de l'an du regne de Raoul. Cette serie s'etend de la 2e a la 13e annee[60]. Sens, dont l'archeveque Gautier avait couronne Raoul, dut etre une des cites les plus favorables au nouveau roi. Il en fut probablement de meme pour Dijon et Auxerre, leurs vicomtes etant en relations etroites avec la famille ducale[61]. Beaucoup de Lorrains preterent, comme Boson, l'hommage a Raoul, dans l'automne de l'annee 923. On le sait expressement pour Metz et Verdun. Toutefois le duc Gilbert et l'archeveque de Treves Roger refuserent de faire leur soumission[62]. L'archeveche de Reims etait entierement tombe sous la domination d'Herbert de Vermandois, qui empecha Seulf de repondre aux demarches que Charles essaya de faire aupres de lui[63]. La province de Reims, le Vermandois, Amiens, Troyes, les comtes de Brie et de Provins reconnurent donc Raoul; le comte de Laon, Roger, et l'eveque de Soissons, Abbon, l'ancien chancelier de Robert, se rallierent aussi a lui[64]. Les habitants des vastes domaines du "marquis" Hugues furent assurement des premiers a accepter le nouveau souverain. A Tours, par exemple, des le 18 decembre 923, on datait des annees du regne de Raoul[65]. Pour Chartres, il existe un acte de la 8e annee de Raoul[66]; pour Saint-Benoit-sur-Loire, des chartes de la 2e et de la 10e annee de Raoul[67]; pour Angers une charte privee de la 2e annee et une donation du comte Foulques, de la 7e annee[68]; pour Blois, nous possedons un diplome de Raoul lui-meme de l'annee 924, delivre a Laon, sur la requete du comte "palatin" Thibaud[69]; enfin pour Paris une charte du vicomte Thion datee de la 3e annee[70]. Les Normands demeurerent fideles au Carolingien: nous le savons par l'hostilite qu'ils deployerent contre Raoul. Mais il ne subsiste aucune charte qui nous le confirme. La Bretagne en pleine anarchie subissait leur influence. Le cartulaire de Redon, si riche en actes du IXe siecle, ne fournit malheureusement aucune date interessante pour le debut du Xe siecle. En Berry, nous avons deja eu l'occasion d'en toucher un mot a propos de la prise de Bourges, Raoul dut etre reconnu presque aussitot, et Guillaume d'Aquitaine qui fit defection au debut finit, on le verra, par se soumettre. Le Poitou parait etre reste fidele a Charles, d'apres certains documents[71]; il y existe cependant des actes dates des annees du regne de Raoul depuis la 1ere et la 3e jusqu'a la 11e[72] et l'eveque de Poitiers, Frotier II, s'assura de l'assentiment de Raoul en meme temps que de celui de Guillaume Tete d'Etoupe, pour donner tous ses biens a l'abbaye de Saint-Cyprien[73]. Le Limousin hesite comme le Poitou dont il dependait[74]. Vers 930 le vicomte de Turenne Ademar fit approuver son testament par le roi Raoul[75]. A Tulle, au contraire, on reconnut immediatement le roi Raoul qui fut appele, plusieurs fois a intervenir dans les reformes de l'abbaye Saint-Martin[76]. Les chartes sont echelonnees entre la 6e et la 13e annee: elles ont donc bien 923 comme point de depart[77]. Dans le cartulaire de Beaulieu, les derniers actes de l'epoque de Raoul sont dates de sa 10e annee de regne[78]. Une charte de 932 (indiction 5) porte la 7e annee du regne, ce qui nous ramene pour le debut a l'annee 925 ou 926. Il en est de meme en Quercy, ou une charte du vicomte de Cahors, Frotard, pour Aurillac, datee de 930, porte la 7e annee du regne. Mais les chartes de l'abbaye de Moissac, allant jusqu'a la 11e annee du regne, amenent a supposer un point de depart anterieur a 926[79]. Cela nous prouve qu'il y eut bien des erreurs dans ces calculs d'annees, et on peut se demander si parfois on ne prenait pas l'an reel du regne, compte depuis l'election ou le couronnement, sans tenir compte de la date de reconnaissance dans la region. Le duc d'Aquitaine Guillaume portait aussi le titre de comte d'Auvergne, et son frere Affre ou Effroi (_Acfredus_) etait avoue de la celebre abbaye de Brioude: tous deux furent des adversaires acharnes de Raoul. Quelques chartes gardent de curieuses traces de cet etat d'esprit: le nom de Charles y est cite comme celui du roi legitime, tandis que Raoul est fletri comme usurpateur. Les actes de Brioude montrent que Raoul ne fut reconnu partout dans la region qu'entre decembre 926 et octobre 927[80]. A cote des pieces ou Raoul est si malmene, la plupart des autres portent les dates de son regne et la serie s'etend depuis juillet de la 1re annee jusqu'en octobre de la 13e[81]. Les comtes de Velay et de Gevaudan dependant de l'Auvergne suivirent la politique du duc d'Aquitaine. Tels sont les pays ou l'on ne fit pas une opposition systematique a Raoul, et ou, sauf exceptions, on le reconnut avant meme la mort du roi Charles. Dans le reste du royaume on persista a considerer le regne de Charles comme se poursuivant, et on continua meme apres sa mort, a compter les annees de son regne: ainsi dans la Marche d'Espagne[82]. En Languedoc, le comte de Toulouse, Raimond-Pons, son frere Ermengaud, comte de Rouergue, et en Gascogne Loup Aznar ne firent leur soumission qu'en 932. De nombreuses chartes de Narbonne, Elne, Beziers, Nimes, Rodez, Vabres et Conques constatent l'interregne[83]. L'attitude des petits vassaux dont les fiefs secondaires n'ont pas ete cites, faute de textes, dut se regler sur celle de leurs suzerains immediats ou de leurs voisins puissants, autour desquels ils gravitaient. Raoul devenu roi n'investit personne des fonctions de duc en Bourgogne. Il s'occupa toujours lui-meme de ses domaines personnels, de son duche et de ses comtes d'Autun, d'Avallon et de Lassois[84]. C'etait la qu'il trouvait le plus solide point d'appui de son pouvoir, car la royaute n'etait plus guere qu'une ombre de souverainete. Le domaine royal que Raoul avait recueilli etait extremement restreint: quelques residences dans le nord, comme Compiegne et Attigny, avec les palais de Laon et de Reims. Des biens du fisc il semble qu'il ne restait presque plus rien[85]. Aussi les ressources de Raoul furent-elles principalement dans son duche, et ses sujets bourguignons formerent-ils toujours le noyau de son armee, que les contingents des grands vassaux venaient tres irregulierement encadrer. Enfin c'est en Bourgogne qu'il sejourna de preference quand la tache compliquee et astreignante qui lui incombait le lui permit, et c'est la naturellement qu'il se rendit tout d'abord de Soissons, aussitot apres son sacre[86]. FOOTNOTES: [Footnote 36: Nous employons ici ce terme dans son sens territorial restreint. Ainsi entendu, il designe la _Francia_, au nord de la Seine, plus les domaines propres du _dux Francorum_ compris entre Seine et Loire. Cf. Favre, _Eudes_, p. 228, et surtout Pfister, _Etudes sur le regne de Robert le Pieux (Bibl. de l'Ecole des hautes-etudes_, fasc. 64, 1885), p. 131 et suiv.; P. Viollet, _Hist. des instit. polit. et admin. de la France_, I, p. 456.] [Footnote 37: _Ann. Bertin._, a. 862; Reginon, _Chron._ a. 878; Flodoard, _Hist. eccl. Rem._, III, 19; Eckel, P. 1-2.] [Footnote 38: Eckel, p. 85.] [Footnote 39: Flod., _Ann_., a. 920: "quem de mediocribus potentem fecerat [Karolus]"; _Hist. eccl. Rem_., IV, 15; Richer, 1, 15.] [Footnote 40: Flod., _Ann_., a. 920.] [Footnote 41: Il fut inhume le 1er septembre a Sainte-Colombe de Sens, en la chapelle de Saint-Symphorien. _Ann. S. Benigni Divion. (M.G.h., Scr._, V, 40); _Hist. Francor. Senon._ (ibid., IX, 366); _Ann. S. Columbae Senon._ (ibid., I, 104); _Chron. S. Petri Vivi Senon._ (Duru, _Bibl. hist. de l'Yonne_, II, 481); _Chron. S. Maxentii_, ed. Marchegay et Mabille, _Chron. des eglises d'Anjou_, p. 375; Flod., _Ann._, a. 921.] [Footnote 42: Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de Lagny.] [Footnote 43: Flod., _Ann._, a. 922. Rohaut ne mourut que le 22 mars 925. Cf. _Obituaires de la province de Sens_, ed. A. Molinier et Longnon (_Recueil des historiens de France_, in-4), t. I, pp. xx, 254, 312 et 345.] [Footnote 44: Flod., _loc. cit._] [Footnote 45: Flod., _Ann._, a. 922; _Hist. Francor. Senon., Ann. S. Columbae Senon., Ann. S. Germani Parisiens., Ann. Lobienses, Ann. Masciacenses (M.G.h., Scr._, IX, 366; I, 104; III, 167; XIII, 233; III, 170); Ademar de Chabannes (_Chron._, III, 22, texte du ms. C squared, ed. Chavanon, p. 142) decrit la scene d'abandon du roi selon la forme "par jet de fetu". Richer (_Hist._, I, 40-41) prete un role important en cette circonstance a Gilbert. Cf. A. Luchaire, _Hist. des instit. monarchiques_, 2e ed., I, p. 8; Fustel de Coulanges, _Hist. des instit. polit. de la France. Les transformations de la royaute pendant l'epoque carolingienne_, p. 700.] [Footnote 46: Flod., ibid. et _Hist. eccl. Rem._, IV, 17,] [Footnote 47: Flod., _loc. cit._] [Footnote 48: Flod., _Ann._, a. 923] [Footnote 49: Flodoard (_Ann._, a. 923), Richer (_Hist._, I, 45 et 46) et Folcuin (_Gesta abbat. Sith._, c. 109, _M.G.h., Scr._, XIII, 625) fournissent les details du recit. La date est donnee par les sources suivantes: _Ann. S. Columbae Senon.; Hist. Francor. Senon.; Ann. S. Benigni Divion._, a. 922 (_M.G.h., Scr._, I, 104; IX,: 366; V, 40); _Necrol. Autissiodor_. (_Mem. concernant l'hist. d'Auxerre_, II, pr., p. 252); _Necrolog. beati Martini Turon_. (ed. Nobilleau, Tours, 1875, p. 25).--Hugues de Flavigny, _Chron. Virdun._, a. 923, et Hugues de Fleury, _Modernorum Francor. reg. actus_, c. 3 (_M.G.h., Scr._, VIII, 358, IX, 381), derivent de Flodoard. Voy. aussi par ordre d'interet: _Miracula S. Benedicti_, I. II, c. 3; _Genealogiae Fasniacenses; Ann. S. Quintini Verom.; Ann. Lobienses_ ("Dei juditio Rothbertus Occubuit"); _Ann. Prum._ (id.); _Ann. S. Maximi Treverensis_, a. 923; _Ann. Virdun._, a. 1001; _Ann. Laubienses et Leodienses_, a. 921; _Ann. Musciacenses_, a. 922 ("rebellavit Rotbertus"); _Ann. S. Medardi Suession._, a. 922; _Ann. Floriac._, a. 917 (_M.G.h., Scr._, IX, 375, XIII, 253, XVI, 507, XIII, 233, XV, 1292, IV, 6-8, 16, III, 170, XXVI, 320, 11, 254) et Widukind, I, 30 (ed. Waitz, p. 23) qui n'apportent aucun detail; Ademar de Chabannes (texte du ms. C), III, 22 (ed. Chavanon, p. 142) mentionne l'anecdote du comte Foubert, _signifier_ royal; le _Conlin. Reginon._, a. 922 (ed. Kurze, p. 156), fait perir Robert de la main de Charles; Odoran, _Chron._, a. 922 (_Recueil des historiens de France_, VIII, 237), n'ajoute rien aux autres sources senonaises citees; Rodulf. Glab., 1, c. 2. Sec.6 et III, c. 9, Sec.39 (ed. Prou, p. 8 et 88), fait mourir Robert dans une bataille livree aux Saxons. Richer, avec son exageration habituelle, pretend que plus de 18.000 combattants resterent sur le champ de bataille. Sur le caractere legendaire des recits de la bataille de Soissons, voy. Kalckstein, _op. cit._, p. 482 (Excurs IV) et _Louis d'Outre-Mer_, p. 295.] [Footnote 50: Flod., _Ann._, a. 923.] [Footnote 51: Aimoin, _Miracula S. Rened._, II, 3 (ed. de Certain, P. 99).] [Footnote 52: _Liber de diversis casibus coenobii Dervensis_ (_Acta sanctor. ord. S. Bened._, saec. II, p. 846).] [Footnote 53: Rodulf. Glab., _Hist._, I, 2 (ed. M. Prou, p. 7-8).] [Footnote 54: Flod., _Ann._, a. 923; _Ann. S. Medardi Suession._, a. 922; _Ann. S. Columb. Senon._, a. 923; _Hist. Francor. Senon._, a. 922; Folcuin, _Gesta abbat. Sith._, c. 101 (_M.G.h., Scr._, XIII, 623); _Ann. Blandin._, a. 925; _Ann. Floriac._, a. 917 (_M.G.h., Scr._, II, 24, II, 254). Cf. les sources angevines: _Ann. Vindocia._, a. 921; Rainald. Andegav. _Ann._, a. 921; _Ann. S. Florentii_, a. 920 (ed. Halphen, _Recueil d'annales angevines_, pp. 57, 84, 115). _Ann. Nivernenses_, a. 924 (_M.G.h., Scr._, XIII, 89). Voy. aussi Godefroy, _Ceremonial_ (2e ed.), t. 1, p. 413, et A. Luchaire, _Hist. des instit. monarchiques_, I, p.11.] [Footnote 55: Meme dans les _Miracles de saint Benoit_, ecrits au coeur des possessions patrimoniales de Robert, on voit sa conduite a l'egard de Charles qualifiee de "nefaria temeritas" et meme de "perfidia" (Lib. II, c. 3, ed. de Certain, p. 99). Le Continuateur de Reginon (_Chron._, a. 922, ed. Kurze, p. 457) s'exprime aussi en ces termes: "Karolus tamen ori _sacrilego_ Ruodberti ita lancea infixit, ut diffissa lingua cervicis posteriora penetraret."] [Footnote 56: _Concil. Rem._ (_Recueil des historiens de France_, IX, 324).] [Footnote 57: _Recueil des historiens de France_, IX, 554-556, n deg. 87-89; _Marca Hispanica_, append., col, 842 et 843; _Hist. de Languedoc_, nouv. ed., V, p. 143, n deg. 46.] [Footnote 58: Nous n'avons pas ici a retracer les tableaux de geographie historique feodale qu'on trouvera dans Eckel, p. 32 et suiv., Poster, _Robert le Pieux_, p. 130, Lot, _Fideles ou vassaux_, passim, et, du meme, _Etudes sur le regne de Hugues Capet_, p. 187 et suiv.] [Footnote 59: _Gallia christiana_, XII, _instr._, col. 485: "praedicto rege Rodulpho laudante et omni sua auctoritate corroborante".] [Footnote 60: _Recueil des chartes de Cluny_, I (Paris, 1876), nos 231, 233 a 236, etc. Le n deg. 232 mentionne Robert comme roi, et le no 243 (juin 924) Charles le Simple. cf. aussi _Cartulaire de Saint-Vincent de Macon_ (Macon, 1864), I, no, 8, 38, 310, 314, 480, 496, 501, et les diplomes de Raoul pour Autun, Chalon et Langres (_Recueil des historiens de France_, IX, 562-565, 569).] [Footnote 61: _Vita S. Vicentii_ (_Recueil des historiens de France_, IX, 131; _Acta Sanctor. Boll., Januar. 1_, P. 813); Duchesne, _Hist. geneal. de la maison de Vergy_, I, P. 40.] [Footnote 62: Flod., _Ann._, a. 923.] [Footnote 63: Flod., ibid.] [Footnote 64: Flod., _Ann._, a. 927.] [Footnote 65: Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_ (Paris, 1866), n deg. 129.] [Footnote 66: _Cartulaire de Saint-Pere de Chartres_, I, n deg. 3.] [Footnote 67: _Recueil des chartes de Saint-Benoit-sur-Loire_, publ. par M. Prou et Vidier (Paris, 1900) n deg. XL, XLI et XLII.] [Footnote 68: _Cartulaire de Saint-Aubin d'Angers_ publ. par Bertrand de Broussillon (_Doc. hist. sur l'Anjou_, I, 1903), n deg. XXXVI et CLXXVII; _Cartulaire noir de la cathedrale d'Angers_, publ. par le chanoine Urseau (ibid., V, 1908), n deg. 33.] [Footnote 69: _Recueil des historiens de France_, IX, 566; _Gall. christ._, VIII, _instr._, 412; D. Noel Mars, _Hist. du royal monastere de Saint-Lomer de Blois_, publ. p. A. Dupre (Blois, 1869, in-8), p. 99. Ce diplome concerne la cession de l'eglise Saint-Lubin au monastere et la translation des reliques de saint Calais. Sa forme est insolite; s'il n'est pas faux, il a ete certainement refait. Cf. J. Depoin, _Etudes preparatoires a l'histoire des familles palatines_, dans _Revue des Etudes historiques_, annee 1908, p. 578.] [Footnote 70: R. de Lasteyrie, _Cartulaire general de Paris_, n deg.63.] [Footnote 71: Besly, _Hist. des comtes de Poitou_ (Paris, 1647), pr., p. 221 (charte d'Ebles pour l'abbaye de Noaille, datee de la 26e annee de Charles), 225 (charte d'Adelelmus pour Sainte-Radegonde avec la curieuse date suivante: "a, III regni Radulfi regis, Karolo cum suis infidelibus merite captus (sic)", orig., Bibl. nat., nouv. acq. lat. 2306, fol. 2); R. de Listeyrie, _Etude sur les comtes et vicomtes de Limoges anterieurs a l'an mil_, p. 114 et A. Richard, _Chartes de l'abbaye de Saint-Maixent (Arch. hist. du Poitou_, XVI, 1886), n deg. XI (charte ainsi datee: "Data in mense aprilis, anno XXX, quando fuit Karolus detentus cum suis infidelibus"); _Cartul. de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers_; (ibid., III, 1874), nos 236, 237, 240; _Documents de Saint-Hilaire de Poitiers_ publ. p. L. Redet (_Mem. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest_, XIV, 1847, n deg. XIV, annee 26 de Charles).] [Footnote 72: Besly, _op. cit._, p. 237; _Chartes de Saint-Maixent_, nos X et XII; _Cartul. de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers_, nos 92, 124, 301, 337, 528. Une curieuse charte de l'abbaye de Noaille (au diocese de Poitiers) porte la date: "anno III Radulfi regis quando Karolus in custodia tenebatur". Baluze, _Capitular. reg. Francor_. II, append., col. 1532. La meme formule se lit encore dans une charte de Saint-Hilaire de Poitiers (_Doc. de Saint-Hilaire de Poitiers_, loc. cit.), n deg. XV. Voy. aussi A. Richard, _Hist. des comtes de Poitou_, t. I (Paris 1903), p. 63-65.] [Footnote 73: _Gall. christ._, II, instr., col. 328; _Cartul. de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers_, nos 3 et 4.] [Footnote 74: _Cartul. de Saint-Etienne de Limoges_ (Bibl. nat. ms. lat. 9193), p. 125 154, 158 et 269.] [Footnote 75: Baluze, _Hist. Tutelensis_, col. 338.] [Footnote 76: Diplome du 13 decembre 933 (_Recueil des historiens de France_, IX, 578)] [Footnote 77: Baluze, _Hist. Tutelensis_, append., col. 323-365.] [Footnote 78: _Cartulaire de l'abbaye de Beaulieu_ (Paris, 1859), nos 38, 44, 48, 66, 72, 108, 144, 167; Justel, _Hist. geneal. de la maison de Turenne_ (Paris, 1645), pr., p. 9.] [Footnote 79: Moulenq, _Doc. historiques sur le Tarn-et-Garonne_ (Montauban, 1879), I, 291.] [Footnote 80: _Cartulaire de Saint-Julien de Brioude_, ed. Doniol (Clermont-Ferrand, 1863), nos 39, 315, 327; _Cartul. de Sauxillanges_, ed. Doniol (ibid., 1864), no 13; Baluze, _Hist. geneal. de la maison d'Auvergne_, pr., p. 19-21; _Capitular. reg. Francor._, II, col. 1531, 1534. Cf. A. Bruel, _Essai sur la chronologie du cartulaire de Brioude_ (_Bibl. de l'Ecole des Chartes_, 6e serie, t. II, 1866, p. 477.) Voici le texte de trois de ces dates: "VI. id. dec. anno IIII quo infideles Franci principem suum Karolum propria sede exturbaverunt et Rodulfum elegerunt, Rotberto interfecto." (ed. Doniol, p. 330)--"v. id. oct. anno v. quando Franci deinhonestaverunt regem suum Karolum et contra legem sibi Radulfum elegerunt in regem." (Bruel, _loc. cit._, p. 495)--"mense octobrio, anno v regnante Rodulfo rege Francorum et Aquitanorum." (ed. Doniol, p. 79),--Cf. J. Depoin, _Une expertise de Mabillon_ dans _Melanges et doc. publ. a l'occasion du 2e centenaire de la mort de Mabillon_, P. 138.] [Footnote 81: _Cartul. de Brioude_, nos 2, 16, 104, 112, 153, 169, 186; _Cartul. de Sauxillanges_, nos 218, 774.] [Footnote 82: _Marca Hispanica_, append., nos 70, 71; _Le regne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 306. Quelques chartes de cette region sont datees "apres la mort du roi Eudes"] [Footnote 83: _Hist. de Languedoc_, nouv. ed., V, nos 50 a 52, 55 a, 55b, 57 a 63; _Cartulaire de l'abbaye de Conques_, ed. G. Desjardins (Paris, 1879), nos 5, 92, 121, 143, 231, 291; Menard, _Hist. de Nimes_, I, pr., p. 19 (charte datee de l'annee 30 de Charles, apres la mort du roi Eudes). L'eveque d'Elne, Wadaldus, date une charte de 931: "Facta scriptura donationis sub die IIII. id. april. anno II. quod obiit Karolus filius Ludovici regis, Xpisto regnante et regem expectante" (Baluze, _Capitul._, t. II, col. 1536).] [Footnote 84: Sur le caractere et la nature du pouvoir ducal en Bourgogne, voy. Ch. Seignobos, _Le regime feodal en Bourgogne jusqu'en 1360_ (Paris, 1882, in-8 deg.), p. 156 et suiv.] [Footnote 85: Sur les domaines possedes par Charles le Simple, voy. Eckel, p. 42.] [Footnote 86: Flod., _Ann._, a. 923.] CHAPITRE III LA CAPTIVITE DE CHARLES LE SIMPLE, LA GUERRE NORMANDE ET LA PERTE DE LA LORRAINE. Le roi Charles ayant vu echouer ses demarches aupres de ses vassaux rebelles, se tournait du cote du roi de Germanie, Henri Ier, avec lequel il avait entame, des 921, des negociations bientot interrompues par la revolte des grands. Il esperait que la nouvelle de la mort de son dangereux adversaire, Robert, deciderait peut-etre Henri a traiter avec lui et meme a lui procurer un secours effectif. Il envoya des deputes en Germanie avec des presents, au nombre desquels se trouvaient des reliques de saint Denis considerees comme ayant une valeur inestimable. Henri accueillit bien les envoyes de Charles, mais ne promit nullement d'intervenir en sa faveur: il se borna a ne pas nouer de relations avec Raoul[87]. La-dessus Charles recut inopinement une deputation d'Herbert de Vermandois, conduite par le propre cousin de celui-ci, le comte Bernard[88]. D'apres Richer,[89] qui donne evidemment l'esprit du discours des envoyes, Herbert faisait declarer a Charles qu'il ne s'etait uni a ses ennemis que bien malgre lui, et que voyant a present une occasion favorable pour tout reparer, il lui demandait de venir le joindre sans grande escorte, afin de n'eveiller aucun soupcon. Charles, a bout de ressources, fut enchante de ce revirement soudain d'un vassal puissant, qui l'avait aide jadis. Il accueillit avec empressement la proposition inesperee des deputes. Qu'on ne l'accuse point a la legere de faiblesse ou de simplicite. Il etait tres possible qu'Herbert, d'origine carolingienne et par la d'autant plus sujet a un retour de loyalisme, devenu mecontent ou jaloux de Raoul, voulut profiter du sejour de celui-ci en Bourgogne pour faire echec a un rival bien autrement dangereux qu'un suzerain affaibli. Au surplus, Bernard et ses acolytes etaient, dit-on, de bonne foi. S'ils tromperent Charles c'est qu'ils avaient ete trompes eux-memes par Herbert. Celui-ci aurait, dit-on, juge preferable de laisser ignorer ses vrais desseins a ses propres creatures. Charles prit donc le chemin de Saint-Quentin avec les deputes du comte de Vermandois. A peine mis en presence d'Herbert, il fut apprehende et conduit sous bonne garde au donjon de Chateau-Thierry. Quant aux gens de sa suite, trop peu nombreux pour resister, ils furent renvoyes sans etre inquietes[90]. Ce lache guet-apens prepare par Herbert a son suzerain legitime, le descendant de Charlemagne, produisit une penible impression sur les contemporains. L'echo s'en retrouve dans les textes relativement nombreux qui y font allusion. Les versions different sur la date de la capture (placee parfois avant l'election de Raoul), sur l'ordre des sejours du roi dans ses prisons de Saint-Quentin, Chateau-Thierry et Peronne, mais elles sont toutes unanimes, meme les plus breves, pour fletrir en termes energiques l'acte d'Herbert[91]. Il y avait la un abus trop injustifie de ruse perfide et de force brutale pour que, meme en ce siecle de fer, l'opinion generale n'en fut point emue. On voyait recommencer pour Charles les humiliations de son aieul Louis le Pieux. Aussi trouve-t-on appliquees a Herbert, dans les textes, les epithetes suivantes: "traitre plein de perfidie, menteur le plus fourbe, le dernier des infideles et des indignes, le plus mauvais des seigneurs francais, l'instigateur de tous les maux"; la note dramatique ne manque pas dans plusieurs recits de sa mort, ou l'on voit poindre l'idee d'un chatiment celeste exprimee par les circonstances legendaires dont ils sont agrementes[92]. Les historiens modernes n'ont jamais essaye sinon de justifier la conduite d'Herbert, du moins de la concilier avec les pratiques tolerees alors par les usages entre belligerants. Il est clair, en effet, que si l'acte sans precedent du comte de Vermandois revoltait l'opinion--et on en releve la trace certaine--c'est qu'il etait considere comme un attentat brutal au droit de legitimite des lors etabli, un crime de lese-majeste envers la personne sacree du suzerain a qui fidelite avait ete juree. Comment se fait-il que des seigneurs puissants et independants comme Hugues le Grand et surtout Raoul de Bourgogne ne s'y soient pas opposes et n'aient pas contraint Herbert a se dessaisir de la personne de ce fantome de roi, qui etait plus redoutable pour eux entre les mains de l'intrigant comte de Vermandois qu'en liberte? Il y a la un de ces faits historiques difficiles a expliquer parce qu'ils resultent d'un concours extraordinairement complexe de circonstances et d'influences morales determinant, dans les rapports politiques, une tension anormale qui aboutit presque fatalement a des mesures extremes. Il ne faut pas, toutefois, oublier qu'Herbert etait arriere-petit-fils de l'infortune Bernard d'Italie, la victime du bisaieul de Charles le Simple, Louis le Pieux, entre les mains duquel il etait tombe a la faveur d'un guet-apens analogue a celui qui nous occupe[93]. On peut se demander si Herbert II, imbu des traditions de famille si vivaces a cette epoque, ne saisit point cette occasion pour la maison de Vermandois d'exercer son "droit de vengeance" sur la branche carolingienne regnante. Celle-ci l'avait evincee, en effet, de la succession a l'empire et ensuite frappee par un acte de sauvagerie inoui. Or le droit de vengeance privee est parmi les vieilles coutumes germaniques une de celles qui etaient les plus ancrees dans les moeurs au moyen age, puisqu'on en trouve encore des traces jusqu'au XVe siecle[94]. Charlemagne en s'associant son second fils Louis le Pieux, au detriment de sa descendance ainee, avait cause de funestes rivalites dans sa famille[95]. On pouvait donc, dans l'entourage de Raoul, considerer l'attitude d'Herbert comme moins inique et on le faisait d'autant plus volontiers qu'on etait fort satisfait d'avoir vu le comte de Vermandois accepter un suzerain bourguignon. Et Hugues le Grand, en outre, dont le pere avait succombe en luttant contre Charles, ne pouvait etre mecontent du sort d'un suzerain contre lequel il devait necessairement nourrir des idees de revanche. A cote de l'attentat commis sur la personne de Charles, il y a lieu de signaler la tentative qu'aurait faite Herbert pour s'emparer du jeune Louis, son fils, si l'on admet le temoignage de Richer. Dans un passage de la chronique de cet historien, le roi Louis rapporte lui-meme, au concile d'Ingelheim (en 948), qu'il a ete soustrait aux mains d'Herbert, cache dans une botte de foin par des serviteurs, et qu'ainsi il a pu gagner l'Angleterre avec sa mere Ogive, fille du roi anglo-saxon Edouard Ier l'Ancien[96]. Le recit de Richer ne merite toutefois qu'une confiance tres limitee. On y remarque une singuliere confusion entre Hugues et Herbert, et on ne s'explique pas comment Ogive restee en Lorraine avec son fils aurait eu besoin de le cacher pour l'emmener en Angleterre, puisqu'elle n'avait pas a traverser les domaines du comte de Vermandois. Il faudrait supposer que celui-ci eut machine quelque complot pour obtenir de se faire livrer l'enfant. La famille de Charles comprenait encore, outre ce fils, quatre filles de sa seconde femme Frerone et quatre enfants naturels[97]. Leurs pretentions n'etaient nullement redoutables; ils ne furent pas inquietes. Herbert se rendit immediatement apres la capture de Charles, en Bourgogne, aupres de Raoul[98]. Il sentait la necessite de se justifier aux yeux de celui-ci et de le gagner a sa politique. Bientot, en effet, le pape Jean X intervint en faveur du roi dechu, probablement sous l'influence de l'empereur Berenger qui s'etait deja montre favorable a Charles, en 921, lors de l'occupation de l'eveche de Liege. Jean X reclamait, sous menace d'excommunication, la reintegration de Charles sur le trone[99]. La mort de Berenger, survenue le 7 avril 921[100], attenua sans doute le zele du souverain pontife qui finit par s'incliner devant le fait accompli, lorsque plusieurs annees de regne eurent affermi la souverainete de Raoul. Les Normands avaient pris les armes a l'appel de Charles. Ils entrerent enfin en campagne. Le roi-de-mer Roegnvald, chef de la colonie scandinave qui depuis des annees dominait sur l'estuaire de la Loire, mecontent sans doute des concessions illusoires que lui avait faites Robert[101] et obeissant d'ailleurs aux messages anterieurs de Charles, avait pris le commandement des Normands de Rollon etablis sur les bords de la basse Seine, et fait irruption en "France", en passant l'Oise. Un premier echec que lui infligerent les vassaux du comte de Vermandois, aides de plusieurs seigneurs du nord de la France, les comtes Raoul de Gouy et Enjorren de Leuze[102], n'eut d'autre effet que de le pousser a de plus graves devastations. Une nouvelle defaite qu'il essuya en luttant contre le comte d'Arras, Alleaume, le contraignit cependant a reculer. Les pillages n'en continuerent pas moins. Hugues se decida enfin a demander assistance a son beau-frere le roi Raoul. Celui-ci accourut a Compiegne, en plein pays envahi, avec ses troupes. Les contingents fournis par l'archeveque Seulf, par Herbert et les autres vassaux etant venus le joindre, il se sentit assez fort pour passer de la defensive a l'offensive. Il penetra en Normandie, au dela de l'Epte, et par represailles ravagea tout le pays, en chassant devant lui les bandes pillardes[103]. Cette pointe hardie en avant demontrait a la fois la valeur militaire du nouveau roi et son desir bien arrete de regner autrement que de nom. La lutte contre les Normands etait assurement le meilleur moyen de s'attacher les populations qui avaient eu tant a souffrir des incursions des pirates, par suite de l'indifference ou de l'impuissance apathique de certains rois carolingiens. Cependant Raoul ne pouvait s'attarder a pourchasser une poignee de brigands, quand la plupart des seigneurs lorrains, qui jusqu'alors avaient sans cesse lutte pour Charles, desesperant de sa cause, depuis sa captivite, envoyaient un message pour offrir de faire leur soumission. Il etait urgent de repondre a leurs propositions conciliantes et avantageuses, si l'on ne voulait pas en perdre le benefice et voir ce pays echapper de nouveau a la France. Raoul reunit donc les grands vassaux qui l'entouraient pour prendre conseil, et il fut decide que ceux-ci continueraient seuls la poursuite des fuyards tandis que lui-meme se rendrait immediatement en Lorraine[104]. Raoul s'arreta d'abord sur la frontiere, a Monzon. L'eveque de Metz Guerri vint l'y trouver et le decida a marcher avec lui sur Saverne[105], ou le roi de Germanie Henri Ier avait laisse une garnison. Le siege dura une bonne partie de l'automne et se termina par la capitulation des gens d'Henri Ier qui, ne se voyant pas secourus par leur suzerain, comme ils y avaient compte, se resolurent a livrer des otages.[106] En revenant a Laon, Raoul trouva la reine Emma qui, de sa propre autorite, venait de se faire consacrer reine par l'archeveque de Reims Seulf. Ce fait decele a la fois l'ambition et l'esprit d'initiative de la fille du roi Robert[107]: sachant la vie de son mari en danger dans le voyage sur territoire lorrain, elle avait pris ses precautions pour etre assuree de jouer un role en cas de malheur. Un certain nombre de seigneurs lorrains, et non des moindres, avaient prefere se tourner du cote du roi de Germanie plutot que de reconnaitre celui qu'ils consideraient comme un usurpateur. Le duc Gilbert et l'archeveque de Treves appelerent Henri Ier en Lorraine: celui-ci accourut aussitot et, passant le Rhin, commenca le pillage du pays, comptant sur de nouvelles defections. L'effet produit fut tout le contraire: malgre la reputation d'inconstance des Lorrains, il n'y eut guere d'autre defection que celle d'Otton, fils de Ricoin, ennemi personnel de Raoul[108]. La nouvelle que le roi de France se disposait a marcher contre l'envahisseur avec une puissante armee, recrutee tant en France qu'en Bourgogne, decida Henri a mettre son butin en surete sur l'autre rive du Rhin. Il se hata de conclure avec les Lorrains un armistice jusqu'au Ier octobre de l'annee suivante, emmenant avec lui de nombreux otages et des troupeaux entiers captures entre Rhin et Moselle.[109] L'influence francaise etait preponderante dans le pays, surtout vers la partie meridionale. Guerri de Metz s'empara de Saverne dont il fit raser le chateau-fort, et a la mort de l'eveque de Verdun, Dadon, Raoul donna l'eveche a un certain Hugues auquel Seulf confera la pretrise[110]. Les Lorrains paraissaient accepter avec un certain enthousiasme la souverainete bourguignonne, qui pouvait leur sembler un acheminement vers l'autonomie et un retour a leur preponderance ephemere de jadis, au temps du "royaume de Lothaire Ier". Cependant Hugues et Herbert, secondes par l'archeveque de Reims Seulf, avaient protege contre les Normands leurs domaines de la rive gauche de l'Oise au moyen d'une armee de couverture. Il n'y eut pas de rencontre decisive, mais des irruptions suivies de pillages, de chaque cote. On finit par entamer des pourparlers ou les conditions d'une paix definitive furent discutees: on parla d'etendre a l'ouest le long de la mer, jusque vers le Cotentin, les limites du territoire concede a Rollon, sur les deux rives de la Seine inferieure. Enfin un armistice fut conclu jusqu'au milieu de mai 924. Les Normands donnaient des otages, et en retour on achetait encore honteusement, comme par le passe, leur inaction, moyennant un lourd tribut. L'argent necessaire devait etre fourni a l'aide d'une sorte de taxe personnelle extraordinaire (_pecunia collaticia_)[111]. Pourquoi ce retour aux anciennes humiliations, apres une campagne de debut si brillante? Ce changement subit et un peu deconcertant au premier abord parait du a la necessite ou etait Raoul d'en finir au plus vite avec la question normande pour se trouver completement libre d'agir en Aquitaine. Tout le Midi, a peu d'exceptions pres, persistait dans son attitude hostile a l'egard du nouveau roi et refusait absolument de le reconnaitre. Raoul n'entendait pas renoncer a ses droits de suzerainete et il voulait profiter, des le debut, de son succes sur les Normands ainsi que du prestige que lui donnait la soumission inesperee de la Lorraine, pour entrer en contact avec les opposants et les contraindre par l'intimidation, ou au besoin par la force, a l'obeissance. L'armee royale entra si soudainement en campagne que le duc d'Aquitaine, Guillaume II, eut a peine le temps d'organiser la resistance. Le roi etait deja en Autunois, suivi d'innombrables vassaux, et son avant-garde atteignait la Loire, quand Guillaume parut sur la rive opposee. Ainsi les deux adversaires etaient en presence, separes seulement par le cours du fleuve. Une telle situation etait celle qu'a cette epoque on recherchait surtout pour les entrevues, par mesure de securite: des negociations commencerent aussitot. Les emissaires faisaient la navette d'une rive a l'autre. Le soir venu, Guillaume se decida enfin, a la faveur de la nuit, a faire le premier pas pour hater une solution. Muni d'un sauf-conduit, il passa le fleuve et se rendit a cheval au camp de Raoul. Celui-ci l'attendait egalement a cheval. Des que Guillaume fut en presence du roi, il sauta en bas de sa monture, pour le saluer comme son suzerain, et Raoul lui repondit en lui donnant l'accolade. Ce ceremonial symbolique ratifiait l'echange prealable de promesses, et la conclusion definitive de la paix fut remise a une seconde entrevue qui eut lieu le lendemain. La condition mise par Guillaume a sa soumission etait la restitution du Berry que Raoul avait occupe. Une suspension d'armes de huit jours fut decidee pour permettre aux Aquitains d'approuver cet accord, et au bout du delai, la paix fut conclue formellement et definitivement[112]. Raoul parait alors avoir tenu a Autun, puis a Chalon, une veritable cour pleniere, dont le role politique est certain, encore que nous n'en ayons point de preuves materielles. La reine Emma etait venu le joindre[113], avec un grand nombre de puissants feudataires francais, l'archeveque de Reims, Seulf, les eveques de Troyes, Anseis[114], de Soissons, Abbon (qui remplissait les fonctions de chancelier avec Rainard pour notaire), le marquis Hugues, le comte Herbert de Vermandois. Les vassaux bourguignons etaient naturellement au complet: le frere du roi, Hugues, les comtes Walon et Gilbert, fils du comte Manasses, les abbes de Saint-Martin d'Autun, Eimon[115], et de Tournus, Herve[116], le prevot de Saint-Symphorien d'Autun, Hermoud[117]. Plusieurs hauts personnages aquitains avaient en outre accompagne le duc Guillaume, par exemple l'eveque du Puy Allard[118]. Enfin on vit venir le regent du royaume de Provence pour l'empereur Louis l'Aveugle, Hugues, qui prit part aux discussions de cette sorte de plaid[119]. Tous ceux qui s'etaient montres les premiers fideles a Raoul recurent des liberalites. Herbert eut Peronne, qui devint sa principale forteresse[120], Hugues recut le Mans, Seulf obtint de Hugues de Provence, grace a l'intercession royale, la restitution des domaines episcopaux situes en Lyonnais, dont Herve s'etait vu depouiller[121]. La presence de Hugues de Provence s'explique probablement par le desir de conjurer au moyen d'une bonne entente toute cause de conflit ulterieur avec le roi de France, a raison des pretentions possibles de ce dernier a la suzerainete sur le royaume du sud-est: le mariage de Boson, frere de Raoul, avec la propre niece de Hugues, Berthe, future comtesse d'Arles et d'Avignon, scella cet accord. La confirmation par Raoul des biens d'un monastere sis en Viennois et en Provence, a Vaison et Frejus, ne prouve pas necessairement qu'il ait revendique des droits sur ces pays, car souvent il arrivait qu'un abbe sollicitat de plusieurs souverains la confirmation de ses titres, afin d'en augmenter la force probante en cas de contestation[122]. Raoul ne distribuait pas seulement ses faveurs aux grands vassaux. Toute une serie de diplomes de cette annee 924, donnes en Bourgogne en faveur d'abbayes ou d'eglises, nous sont parvenus. Le premier, pour Saint-Symphorien, est date d'Autun meme, le 29 fevrier[123]; les suivants ont ete donnes a Chalon-sur-Saone. Le 6 avril, Saint-Martin d'Autun obtenait la confirmation de ses privileges, avec de nouvelles liberalites[124]. Le 8, l'eveque du Puy se faisait conceder, sur l'intervention de Guillaume d'Aquitaine, comte de Velay, les droits attaches au comte de la ville du Puy, notamment celui de battre monnaie[125]. Le 9 enfin, le monastere de Tournus obtenait confirmation de ses dependances situees en Chalonnais[126]. Si Raoul etait genereux envers ses vassaux fideles, il se montrait par contre impitoyable a l'egard de ceux qui, par leur turbulence, suscitaient des querelles intestines. Le vicomte d'Auxerre, Rainard,--frere de l'ennemi du roi Robert, Manasses de Dijon,--qui avait si souvent moleste les eveques de sa cite, s'etait permis, sans motif apparent, d'occuper la forteresse de Mont-Saint-Jean[127], et refusait de la rendre malgre toutes les sommations. Raoul intervint et confia le siege de la place a un groupe de seigneurs bourguignons au nombre desquels se trouvaient, avec son frere Hugues, les propres neveux du rebelle: Walon et Gilbert de Dijon. Ces derniers, au bout de quelque temps, purent decider leur oncle a envoyer son fils en otage au roi. Ils intervinrent ensuite aupres de Raoul, pour que celui-ci voulut bien recevoir Rainard et lui accorder un armistice. Le roi y consentit et s'eloigna, laissant pour surveiller la place ceux qui avaient echange les serments d'usage avec Rainard. Puis un peu plus tard, dans le courant de l'annee, il revint et forca Rainard a abandonner Mont-Saint-Jean, dont il reprit possession[128]. En Lorraine aussi, des luttes feodales avaient eclate. Gilbert se brouilla avec son beau-frere Berenger, comte du _pagus Lommensis_, et son propre frere Renier; il ouvrit ensuite la lutte contre eux et le comte de Cambrai, Isaac, leur allie. Des pillages reciproques s'ensuivirent. Comme le roi de Germanie etait retenu en Saxe par une invasion hongroise, Gilbert chercha a se rapprocher de Raoul pour en obtenir l'appui et envoya des deputes lui annoncer sa soumission. Mais le caractere inconstant de Gilbert le rendait, au dire de l'historien Flodoard, si suspect et si odieux a Raoul, que celui-ci ne voulut tenir aucun compte de ces nouvelles propositions d'hommage. Un plaid reuni a Attigny decida meme qu'une expedition serait faite en Lorraine pour soumettre les seigneurs qui n'avaient pas encore reconnu la suzerainete du nouveau roi[129].Malheureusement, sur ces entrefaites, Raoul tomba gravement malade. Une amelioration passagere de son etat fut suivie d'une rechute tellement violente qu'il se fit transporter dans un etat presque desespere a Saint-Remy, pour implorer l'assistance de l'apotre des Francs. L'idee de ce pelerinage est fort interessante a examiner au point de vue psychologique: il est clair que Raoul doutait un peu de la legitimite de sa royaute et qu'il voulait calmer ses scrupules de conscience, en se mettant sous la protection du saint dont il considerait l'archeveque de Reims comme le mandataire, dans la ceremonie du sacre. Il est probable que l'exemple recent de la mort de Robert le hantait. Aussi disposa-t-il par testament de presque tous ses biens en faveur du monastere de Saint-Remy et de diverses abbayes de France et de Bourgogne, n'en reservant qu'une bien faible part a la reine Emma[130]. Au bout de quatre semaines, sa guerison etait complete, mais il n'etait pas encore suffisamment retabli pour entreprendre une campagne en Lorraine. Henri l'Oiseleur etait aussi, a son tour, tombe malade sur les frontieres slaves, dans le courant de l'ete. L'occasion eut ete extremement favorable, mais Raoul avait encore besoin de repos. De Reims il se rendit d'abord a Soissons, puis en Bourgogne[131]. Avant son depart, il avait charge Hugues, Herbert et Seulf de conclure la paix projetee avec les Normands. Ceux-ci profiterent de l'incapacite de rien entreprendre, ou se trouvait alors le roi, pour se montrer exigeants. Ils demanderent a nouveau l'extension de leur fief "outre Seine" et Hugues dut se resigner a leur abandonner le Maine qu'il venait de recouvrer et le Bessin[132]. A ce prix ils consentirent a conclure une paix definitive ... au moins en apparence[133]. Vers ce temps-la, en octobre 924, un synode fut reuni a Trosly[134] pour juger le differend survenu entre le comte de Cambrai, Isaac, et son eveque Etienne. Isaac etait alle jusqu'a prendre et incendier un chateau episcopal. Le clerge remois s'en emut, et le synode ou furent admis plusieurs pairs laiques du comte de Cambrai, notamment le comte de Vermandois, contraignit Isaac a s'amender et a faire publiquement penitence[135]. Quand les fonctions civiles et ecclesiastiques n'etaient pas reunies entre les memes mains, le clerge avait le plus souvent, grace a sa discipline, le dernier mot dans la lutte contre les seigneurs, toujours rivaux entre eux. Cette meme annee, une horde de Hongrois passa les Alpes, apres avoir pille l'Italie et brule Pavie (le 12 mars). Le roi de Bourgogne Rodolphe II et Hugues de Provence ne purent arreter les envahisseurs, mais ils les harcelerent en les suivant a distance et reussirent a les cerner un instant dans les defiles alpestres. Parvenus a s'echapper, les Hongrois passerent le Rhone et se rendirent en Gothie. Une epidemie de dysenterie se declara fort a propos dans leurs rangs, et le comte de Toulouse, Raimond-Pons III n'eut pas de peine a disperser et a achever les debris de leurs bandes[136]. Roegnvald, chef des Normands de la Loire, avait pris part aux expeditions conduites en France par les Normands de la Seine. La raison de cette hostilite persistante ne ressort pas clairement des textes, mais il semble bien que ce soit la non-execution des promesses de cession du comte de Nantes et de la Bretagne faites par Robert en 921[137]. Celui-ci avait effectivement cede ces pays a Roegnvald: or cette apparente liberalite n'avait pas eu de resultat. Il est evident qu'en abandonnant la Bretagne ou l'une de ses parties, Robert n'avait renonce qu'a des droits theoriques contestables, puisqu'il ne possedait point ce pays, et sa mort survenue sur ces entrefaites avait acheve de reduire a neant la valeur problematique de ses promesses. La comparaison avec les Normands de la Seine qui, eux, avaient su non seulement obtenir mais accroitre la donation de Charles le Simple, decida vraisemblablement la reprise des hostilites. Exclu des negociations grace a l'habilete des seigneurs francais, Roegnvald, mecontent de ses echecs successifs, voulut une revanche eclatante. A la tete d'une nombreuse armee, il remonta le cours de la Loire en pillant la rive gauche du fleuve. Les deux seigneurs riverains, Hugues et Guillaume, craignant pour leurs possessions, entrerent, chacun separement, en pourparlers avec lui. Ces negociations sont obscures. Il semble que le viking se soit contente d'exiger le libre passage a travers des pays deja epuises pour se rendre dans la riche Bourgogne, encore intacte, dont le duc-roi s'etait montre naguere un ardent antagoniste des Normands de la Seine et avait porte la guerre sur leur territoire. Son but parait avoir ete de montrer a l'"usurpateur" Raoul que si les Normands de la Seine avaient accepte de deposer les armes, lui, Roegnvald, n'ayant point recu satisfaction, n'etait nullement dispose a imiter leur exemple, qu'il entendait faire cherement payer sa retraite et que l'eloignement de la Bourgogne ne suffisait pas pour la mettre a l'abri des represailles normandes. La temerite d'une pareille tentative explique peut-etre la facilite avec laquelle Hugues et Guillaume laisserent l'ennemi se diriger, sans l'inquieter, sur la Bourgogne, en l'absence de Raoul, alors retenu dans la France du nord. Il est surprenant que ces deux puissants vassaux se soient resolus par egoisme et indifference, a laisser piller les domaines de leur suzerain. Il faut peut-etre supposer une tactique de leur part pour tendre un piege aux Normands; sinon on ne pourrait y voir qu'une lachete contraire a leurs devoirs feodaux. On en jugera d'ailleurs par ce qui suivit. Tandis que Roegnvald penetrait dans la Bourgogne, pillant tout sur son passage, les comtes Garnier de Sens, Manasses de Dijon, avec les eveques Josselin de Langres et Anseis de Troyes, prevenus peut-etre sous main par le marquis Hugues, avaient rassemble leurs vassaux. Ces seigneurs se porterent a la rencontre des Normands qui se retiraient vers la France du nord, charges de butin. Le choc eut lieu sur les confins du Gatinais, a Chalmont, le 6 decembre. La lutte fut acharnee. Il s'agissait pour les Normands d'assurer leur retraite, et les Bourguignons etaient decides a leur faire expier les ravages qu'ils avaient faits chez eux. Huit cents Normands resterent, dit-on, sur la place. Du cote bourguignon, le comte Garnier ayant eu son cheval tue sous lui fut pris et mis a mort. Enfin l'eveque Anseis, qui se battait vaillamment a la tete de ses gens, fut grievement blesse. Le reste de l'armee normande continua vers le nord jusqu'aux rives de la Seine, puis s'arreta pour camper, probablement dans la region voisine du confluent de l'Ecole[138]. Dans l'intervalle, le roi Raoul completement retabli, mis au courant de ce qui se passait, n'avait pas perdu un instant. Ayant reuni a la hate les vassaux de l'eglise de Reims, il les entraina a sa suite avec l'eveque de Soissons, Abbon, quelques autres amis devoues et meme Herbert de Vermandois, qui resta prudemment a l'arriere-garde, toujours pret a tirer parti des evenements. Des qu'il s'approcha de la Bourgogne, de nombreux hommes d'armes vinrent du duche remplir aupres de lui leur service d'ost. Il marcha avec ces forces directement vers le camp ennemi et un combat s'engagea aussitot entre les fantassins des contingents francais et les Normands, qui s'etaient avances a leur rencontre. Pendant l'action, l'avant-garde francaise, la premiere ardeur passee, s'apercut que le gros de l'armee qui entourait le roi ne bougeait pas et que personne n'y mettait pied a terre pour combattre. Les Normands, d'autre part, faiblissaient, apres quelques pertes, et se trouvaient contraints de regagner leurs retranchements. L'avant-garde francaise se retira alors jusqu'a environ deux ou trois milles des lignes ennemies et s'etablit en cercle d'investissement tout autour. D'autre part, Hugues etait sur la rive opposee de la Seine et y avait pris position juste en face des Normands. La situation de ceux-ci semblait desesperee. On attendait seulement les bateaux qui devaient venir de Paris pour les attaquer de toutes parts et donner l'assaut a leur camp, meme du cote du fleuve. La lutte promettait d'etre decisive Roegnvald etait pris au piege ou sa temerite l'avait conduit. Mais les assiegeants perdirent trop de temps a attendre les navires parisiens qui ne venaient pas. Tout a coup le ruse Normand sortit de son camp sans etre apercu, parvint a traverser par surprise les lignes ennemies, ou il avait pu pratiquer des intelligences, et gagnant une foret voisine, reussit a s'evader avec tous les siens[139]. Ainsi Roegnvald sut eviter par un coup d'audace, que la lenteur des operations des coalises rendit possible, la sanglante defaite ou la honteuse capitulation a l'une ou a l'autre desquelles il paraissait irremediablement accule. Et maintenant l'aventureux et habile viking gagnait rapidement les bords de la Loire, a travers la foret d'Orleans, avec les survivants de ses intrepides guerriers, echappes comme par miracle du cercle de fer dont ils avaient ete un instant entoures. Les coalises stupefaits de la soudainete de cette fuite ne se hasarderent pas a poursuivre dans les bois un ennemi brave jusqu'a la temerite, satisfaits de lui avoir inflige de tres serieuses pertes et une terrible lecon. Peut-etre est-ce au cours de cette retraite memorable que les sectateurs d'Odin penetrerent dans l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire. Le continuateur d'Aimoin raconte, en effet, sans donner de date, que les moines s'enfuirent lors du passage de Roegnvald, emportant leurs precieuses reliques. Le recit des scenes de sauvagerie qui se deroulerent dans le monastere pendant le sejour qu'y fit Roegnvald, celui de sa vision et du chatiment final qui l'atteignit a son retour, ont ete consignes en termes emus dans les ecrits monastiques[140]. On conserva longtemps, a Saint-Benoit, le souvenir de l'etrange abbatial du celebre viking: on donna meme son nom a une tete d'homme, en marbre, encastree dans la muraille septentrionale de l'eglise[141]. La dislocation de l'armee des coalises eut lieu rapidement. Elle etait complete des le mois de fevrier. En mars, Gilbert de Lorraine entama des pourparlers avec les seigneurs francais malgre son echec de l'annee precedente[142]. Il eut une entrevue avec Herbert qui etait l'ame de ces negociations, et celui-ci reussit a gagner de nouveau le marquis Hugues. Sur les instances de ces puissants vassaux, le roi Raoul consentit enfin a recevoir l'hommage de Gilbert. Il en fixa le lieu a Cambrai, au cours d'un plaid qu'il y devait tenir. Pour des motifs inconnus,--peut-etre des raisons de mefiance ou d'amour-propre,--les Lorrains ne parurent pas a Cambrai, et il fallut que Raoul s'avancat a leur rencontre jusqu'a la Meuse La ceremonie de l'hommage eut lieu sur les rives du fleuve, et Otton, fils de Ricoin, lui-meme, l'ennemi de Boson, jura fidelite au frere de son adversaire. Seuls les archeveques de Treves et de la cite lointaine de Cologne continuerent de s'abstenir[143]. C'etait la seconde fois depuis le commencement du siecle, qu'un roi de France recevait la soumission effective du duche de Lorraine. Raoul dut presque aussitot quitter precipitamment le pays. Les Normands de la Seine rompirent le traite conclu en 924, soit excites par Roegnvald lui-meme, soit simplement desireux de venger une defaite normande par laquelle ils pouvaient se considerer comme moralement atteints, et ils profiterent de l'absence momentanee de Raoul. Ils envahirent tout a coup l'Amienois et le Beauvaisis. Amiens fut menace, et bientot un terrible incendie s'y declara par suite de l'imprudence des habitants, trop presses de fuir. Arras subit le meme sort. A Noyon se produisit une veritable resistance: les bourgeois, avec l'aide des habitants du faubourg incendie, entreprirent une sortie qui leur valut la reprise d'une partie du faubourg[144]. Mais durant ces brigandages, le territoire des Normands, situe sur les rives de la Seine, fut tout a coup envahi, des deux cotes a la fois, par les habitants du Bessin et ceux du Parisis, vassaux de Hugues le Grand. Le Vexin et une partie du Roumois furent pilles et incendies. Cette heureuse diversion produisit le resultat attendu. Les Normands retournerent en hate a la defense de leurs foyers. Herbert venait d'ailleurs d'apparaitre sur les bords de l'Oise avec quelques cavaliers reunis a grand'peine, a cause de la rarete du fourrage, et il occupait une position fortement retranchee de maniere a barrer a l'ennemi l'entree de ses domaines. Dans leur retraite, les Normands furent poursuivis et harceles par le comte de Ponthieu Helgaud et d'autres seigneurs des regions cotieres septentrionales[145]. En quittant la Lorraine, Raoul s'etait rendu a Laon, ou le 6 avril, sur la demande du comte Roger, il confirma a l'abbaye de Saint-Amand les donations de ses predecesseurs[146], puis il avait gagne la Bourgogne: le 30 mai il s'arretait a Arciat, sur la Saone, avec Josselin, eveque de Langres, et le comte Manasses, pour renouveler les concessions de ses predecesseurs a Saint-Benigne de Dijon[147], et au mois de juillet, a Autun, ou il conceda par la tradition du couteau, sur la demande de sa mere Adelaide et de son vassal Unizon, le fief de son fidele Adon aux chanoines de Saint-Symphorien d'Autun, pour le donner en precaire a son fidele Aldric[148]. Il se hata de reunir ses vassaux bourguignons, que l'idee d'une revanche contre les Normands devait necessairement seduire, et il proclama le ban et l'arriere-ban, c'est-a-dire la levee en masse, par toute la France, de maniere a porter un coup decisif aux anciens pirates, voisins turbulents, encore peu accoutumes a la vie sedentaire. Cette fois de nombreuses recrues vinrent des pays maritimes du nord: les comtes Helgaud de Ponthieu, Allou de Boulogne et a leur tete Arnoul, marquis de Flandre. Herbert amena les vassaux de l'eglise de Reims qu'il commandait[149] Cependant Rollon avait pris des mesures pour resister a l'invasion de ses domaines, en renforcant de mille hommes envoyes de Rouen la place d'Eu, situee pres de la mer, aux extremes confins septentrionaux. C'est en effet sur ce point que se concentrerent les premiers efforts de l'attaque. D'apres Richer, le roi Raoul dirigeait en personne les combattants[150]. Les ouvrages avances furent vite enleves et les murs d'enceinte pris d'assaut. Enfin le chateau fort lui-meme tomba au pouvoir des Francais. Ceux-ci avides de vengeance et decides a mettre fin, par un exemple, aux entreprises de leurs infatigables adversaires, incendierent la place et passerent au fil de l'epee toute la population male. Quelques Normands parvinrent toutefois a s'echapper et se refugierent dans une petite ile de la Brele, voisine du rivage. Les Francais les y poursuivirent, s'emparerent de l'ile avec plus de peine encore que de la place d'Eu et commencerent un nouveau massacre. Les derniers survivants, perdant tout espoir, apres avoir defendu vaillamment leur vie, se jeterent a l'eau: plusieurs furent engloutis par les flots et ceux qui nagerent jusqu'a la terre ferme furent tues en abordant au rivage. Plusieurs enfin voyant qu'on ne leur faisait point quartier se donnerent eux-memes la mort, selon la coutume scandinave, pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi[151]. L'extreme ferocite de cette guerre s'explique par l'etat d'exasperation ou en etaient arrivees des populations si longtemps eprouvees par les fureurs devastatrices d'un ennemi rapace, cruel et insaisissable. La conquete de Rollon etait serieusement menacee. Les Francais a leur tour s'emparerent d'un enorme butin, mais ils ne pousserent pas plus avant. Raoul etablit son camp en Beauvaisis avec les Bourguignons et le marquis Hugues, de maniere a proteger le pays contre tout essai de revanche[152]. A quelque temps de la, vers la fin d'aout, Hugues, de retour a Paris, conclut avec les Normands un accord, dans le genre de celui de 924, afin d'assurer l'integrite de ses domaines: il avait a craindre des represailles contre les habitants du Bessin et du Parisis. Personne ne devait etre bien sincere dans ces negociations. Hugues ne pouvait se meprendre sur les intentions des Normands: ils voulaient s'assurer le calme dans leurs foyers pour exercer leur vengeance contre Arnoul de Flandre, Helgaud et les Francais du nord dont ils avaient eu tout particulierement a souffrir dans la derniere affaire. Ils stipulerent donc que les domaines des fils de Baudoin II le Chauve, Arnoul de Flandre et Allou, comte de Boulogne-Terouanne, de Raoul de Gouy et d'Helgaud de Ponthieu, resteraient en dehors de l'arrangement. Ils n'avaient pas eu de peine a ranimer la rivalite latente entre Hugues de France et les puissants feudataires flamands, arriere-petits-fils de Charles le Chauve par leur grand'mere paternelle Judith, mais il etait evident qu'aussitot apres l'expedition projetee contre ces derniers, viendrait le tour des vassaux du duc de France[153]. La defaite des Normands a Eu, suivant de pres l'echec de Roegnvald a Chalmont, fit renaitre un peu de confiance parmi les populations. Les communautes monastiques, qui s'etaient enfuies devant les envahisseurs, reprirent avec leurs reliques, le chemin de leurs monasteres abandonnes: ainsi les moines de Saint-Maur-des-Fosses[154] et de Saint-Berchaire ou Montierender[155]. Les premiers etaient deja revenus du Lyonnais vers le 23 aout. Raoul avait temoigne une bienveillance toute speciale a l'egard des moines de Montierender, en leur accordant asile et protection dans son duche. Il s'etait assure ainsi leur appui, qui lui avait deja servi lors de son elevation au trone; et en les rapatriant, il acquit de nouveaux titres a leur reconnaissance. Tandis que la lutte contre les Normands etait poussee avec vigueur, le roi de Germanie, Henri, franchissant le Rhin, avait enleve de vive force aux hommes de Gilbert la forteresse de Zuelpich et s'etait bientot retire apres s'etre fait livrer des otages par le duc[156]. De retour en Lorraine, vers la fin de l'annee, il parvint a decider tous les feudataires a lui preter l'hommage[157]. Seul l'eveque de Metz, Witger, fit quelque resistance, mais il fut contraint par la force a se soumettre[158]. Le propre frere de Raoul, Boson, fut oblige de faire comme les autres et de reconnaitre la suzerainete du roi de Germanie. A Verdun l'eveque Hugues, installe par Raoul, dut ceder son poste a Bernoin, neveu de l'eveque Dadon: ce remplacement ne pouvait etre qu'agreable aux Lorrains, puisque Bernoin appartenait a une famille indigene[159]. Le changement si subit survenu en Lorraine, a la suite de la prise de Zuelpich, un an a peine apres une soumission en apparence definitive, doit s'expliquer par l'absence trop prolongee du roi et son incapacite, en face du peril normand, d'affermir son pouvoir en un pays ou le regime feodal, deja fortement implante, rendait toute souverainete presque illusoire, ou toute menace un peu serieuse devait necessairement amener des defections. Ces evenements arrives avec une rapidite prodigieuse deciderent pour un certain temps du sort de la Lorraine. Desormais le nom du roi de Germanie apparaitra d'une facon constante dans les dates des actes passes en la region. Il ne faudrait pas, cependant, aller jusqu'a dire, comme on l'a fait[160], que la Lorraine est des lors, sous Gilbert, fils de Renier Ier et gendre d'Henri Ier, un "duche allemand" rattache pour de "longs siecles" a la Germanie. Les evenements du regne de Louis d'Outre-Mer et de Lothaire donnent un dementi a ces generalisations un peu trop absolues. Au moment ou Raoul aurait eu besoin de toute sa liberte pour agir au dehors, son attention fut retenue par l'affaire de l'archeveche de Reims, qui devait etre par la suite grosse de consequences au point de vue de la situation interieure du royaume. Seulf vint a mourir subitement le 1er septembre 925, et le bruit courut qu'il etait victime du poison du comte de Vermandois[161]. Il avait, en effet, commis l'imprudence de promettre sa succession au plus jeune des fils d'Herbert, Hugues, un enfant en bas age. Seulf laissait le souvenir d'un homme de haute valeur intellectuelle: disciple du celebre Remy d'Auxerre, il etait verse dans toutes les connaissances de son temps[162]. Il avait recu du pape confirmation de ses prerogatives metropolitaines, et s'etait montre fort apte a remplir les multiples devoirs de prelat feodal, tout ensemble ecclesiastiques et laiques: ainsi il avait fortifie Saint-Remy en meme temps qu'embelli la cathedrale de Reims[163], et plus d'une fois, quittant l'office, s'etait mis a la tete des vassaux de l'eglise pour les conduire a l'ost du roi. Quoique tombe sous la dependance d'Herbert, des la premiere annee de son pontificat, il avait toujours fait montre d'un loyalisme a toute epreuve envers Raoul. Aussitot la nouvelle connue, Herbert parut a Reims, ou il avait des intelligences parmi les vassaux et les clercs du diocese. Grace a l'appui de l'eveque de Soissons, Abbon, et a celui de l'eveque de Chalons, Beuves, il fit elire comme successeur designe de Seulf, Hugues, son fils, age de cinq ans a peine, puis il alla trouver Raoul, en Bourgogne, et se fit charger par lui de l'administration interimaire du temporel de l'archeveche[164]. Le roi avait mis comme premiere condition a son assentiment le respect des personnes et des biens de l'eveche, et s'etait refuse a reconnaitre Hugues comme regulierement intronise, tant qu'il n'aurait pas atteint l'age necessaire pour recevoir l'ordination canonique. Abbon se rendit a Rome, afin de solliciter du pape Jean X son approbation generale pour les actes d'Herbert, et pour lui-meme l'investiture provisoire des fonctions archiepiscopales, en qualite de vicaire. Il l'obtint[165]. Tout cedait devant l'habilete puissante du comte de Vermandois. Il y eut cependant quelques mecontents. L'historien Flodoard fut de leur nombre et cela lui couta la prebende qu'il avait recue de l'archeveque Herve. D'autres recalcitrants furent traites encore plus mal. Herbert n'hesita pas a user de violence, meme vis-a-vis du clerge, et deux ecclesiastiques furent tues par ses gens au cours des troubles, dans le cloitre des chanoines[166]. D'autre part, les Normands ne tarderent pas a vouloir tirer vengeance de l'effroyable massacre d'Eu. Ils ravagerent avec leur flotte le littoral du Boulonnais, concentrerent une nouvelle armee et envahirent l'Artois. Raoul se tenait encore sur ses gardes. Il opera sa jonction avec Herbert et les seigneurs des regions cotieres du nord, et reussit a cerner l'ennemi non loin, semble-t-il, de Fauquembergue[167]. Malheureusement l'armee francaise avait ete obligee de se diviser. Une nuit les Normands, a la faveur de l'obscurite, sortirent soudain du defile boise, ou ils se trouvaient enfermes, et vinrent fondre a l'improviste sur le camp royal. Plusieurs tentes furent brulees et le roi faillit etre pris. Herbert, qui campait a quelque distance, sut accourir juste a point pour temoigner un devoument interesse a son suzerain, et les agresseurs furent repousses apres une lutte acharnee, ou ils laisserent onze cents morts sur la place. Les Francais de leur cote furent grandement eprouves: le vaillant comte de Ponthieu, Helgaud, perit dans la melee, et le roi Raoul lui-meme grievement blesse fut contraint de regagner Laon. Malgre leur echec, les Normands purent ainsi pousser leurs devastations jusqu'aux confins de la Lorraine, en Porcien[168]. Vers le meme temps, aux environs de Paques, les Hongrois rodaient pres de la, dans le pays de Voncq[169], ou ils auraient pu se rencontrer avec les Normands. A leur approche, les habitants et le clerge desertaient les campagnes, les moines cherchaient avec leurs reliques un refuge a l'abri des murailles romaines des cites episcopales de Metz, Toul et Reims, ou encore dans des lieux inaccessibles, fortifies par la nature. Ainsi furent portees a Reims les reliques de saint Remy et de sainte Vaubourg d'Attigny. Les Hongrois jeterent dans l'est la meme terreur que les Sarrasins dans le midi ou les Normands dans l'ouest: le pillage des riches monasteres et des campagnes florissantes, jusque-la epargnes, fut considere par les populations comme un chatiment celeste [170]. Les difficultes s'etaient accumulees autour de Raoul avec une incroyable rapidite. Lui blesse, et par consequent condamne pour un temps assez long au repos, les Normands et les Hongrois livraient au pillage les environs de Laon et de Reims. Enhardi par les embarras d'un suzerain qu'il n'avait reconnu que contraint et force, le duc d'Aquitaine fit defection. Un de ses freres, probablement Affre, se jeta sur Nevers et y prit une attitude telle que Raoul, craignant pour son duche de Bourgogne [171], se hata de transiger avec les Normands: il leur acheta la paix moyennant une forte indemnite reunie a l'aide d'un impot special (_exactio pecuniae collaticiae_) leve sur la France septentrionale et la Bourgogne. Les Hongrois disparurent heureusement, aussi vite qu'ils etaient venus. A peine remis de sa blessure, Raoul prit le commandement d'une armee franco-bourguignonne, et, accompagne d'Herbert de Vermandois, se dirigea sur Nevers. Il ne s'y attarda pas, se bornant a se faire livrer des otages [172], car son objectif etait avant tout la soumission de Guillaume d'Aquitaine. Il penetra sur les domaines de ce dernier et le harcela sans treve, jusqu'a ce que la nouvelle d'un retour offensif des Hongrois vint le contraindre a se replier sur son duche. Ces envahisseurs passaient avec la rapidite d'un ouragan. Il etait presque impossible de les atteindre pour les combattre: pendant deux annees consecutives ils reparaissent, sans qu'il soit question d'une seule rencontre dans les textes [4]. Raoul sejourna le 10 decembre a Sens, ou a la priere du comte de Troyes, Richard, et de l'eveque Anseis, il confirma les privileges et possessions de l'abbaye de Montieramey[174]. Il traversait une periode d'echecs. Un mariage de son beau-frere Hugues lui profita plus que ses expeditions indecises: le duc de France epousa Eadhild, fille d'Edouard Ier l'Ancien, roi des Anglo-Saxons, la propre soeur d'Ogive, femme de Charles le Simple[175]. Cette alliance avait certainement un caractere politique: Hugues, par cette union princiere, se posait nettement en rival d'Herbert pour recueillir la succession eventuelle de Raoul. L'appui des Anglo-Saxons lui etait desormais assure et par suite, a Raoul, contre Herbert, le geolier de Charles le Simple. Dans une curieuse precaire du chapitre de Saint-Martin de Tours, ou l'on voit paraitre a la fois l'abbe Hugues et sa soeur la reine Emma, la date donnee d'apres le calcul des annees du regne de Raoul porte la mention de la captivite de Charles[176]. Il semble que ce soit la l'indice d'une detente et d'un revirement en faveur du Carolingien. FOOTNOTES: [Footnote 87: Widukind, _Rev. gestar. saxonicar._, 1. I, c. 33 (ed. Waitz, p. 26). On peut se demander si les reliques de saint Denis, dont il est ici question, ne sont pas a identifier avec celles qui ont ete conservees a Saint-Erameran de Ratisbonne au XIe siecle. Cf. Lauer, _Le tresor du Sancta Sanctorum_ (_Monuments Piol_ publ. par l'Acad. des Inscr., t. XV, 1906, p. 126).] [Footnote 88: Il s'agit peut-etre du comte de Senlis de ce nom, qu'on voit figurer dans le _De Moribus_ de Dudon de Saint-Quentin, precisement avec un role de diplomate. Voy. _Le regne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 5, n. 2.] [Footnote 89: Richer, _Hist._, 1, 47.] [Footnote 90: Les rares details que nous ayons sont fournis par les sources suivantes: Flod., _Ann._, a. 923; Richer, I, 47; Rodulf. Glaber, I, 1, Sec. 5 (ed. Prou, p. 6-7); Folcuin, _Gesta abbat. Sith._, c. 101 (_M.G.h., Scr._, XIII, 625-626). La legende apparait dans l'_Hist. Walciodor. mon._, c. 5 (ibid., XIV, 507), et Jocundus, _Translatio S. Serratii_, c. 14 (ibid., XII, 99). Les autres textes mentionnent le fait en l'appreciant parfois severement. Ce sont, dans l'ordre de publication des _Monumenta Germaniae historica: Domus carolingicae genealogia; Ann. S. Maximi Trerer._, a. 923; _Ann. Laubiens._, a. 922; _Ann. Leod._, a. 922; _Ann. Elnon. min._, a. 922; _Ann. Blandin._, a. 922; Hugues de Flavigny, _Chron.; Genealogia comitum Buloniensium; Hist. Francor. Senon.; Miracula S. Benedicti_; Hugues de Fleury, _Modernor. reg. actus_, c. 3; _Ann. Lobienses_, a. 924; _Genealogiae Karolorum; Ann. Prum._, a. 923; _Ann. S. Quintini Verom._, a. 923; Aubry de Trois-Fontaines, Chron. (_M.G.h., Scr._, II, 312, IV, 6, 16; V, 19 et 25; VIII, 358; IX, 300, 366, 375, 381; XIII, 232, 247, 251, 252; XV, 1292; XVI, 507; XXIII, 757). Citons encore pour memoire: Odoran, Chron. (_Recueil des histor. de France_, VIII, 237); _Magnum_ et _Breve Chron. Turon._, a. 922 (ed. Salmon, p. 110 et 184). Widukind (I, 29) fait une confusion en attribuant a Hugues la prise de Charles. Cf. Thietmar, I, 13 (_M.G.h., Scr._, III, 741).] [Footnote 91: _Ann. Einsidlenses_ (_M.G.h., Scr._, III, 141); _Ann. Floriac. breves_ (ibid., XIII, 87); _Breve Chron. Tornacense (Recueil des historiens de France_, VIII, 285), etc. Voy. la note precedente.] [Footnote 92: Voy. _Appendice_ et _Le regne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 94.] [Footnote 93: Rappelons brievement les circonstances: Pepin d'Italie, fils aine de Charlemagne, laissa un fils, Bernard, qui revendiqua l'empire contre son oncle Louis le Pieux. Au moment ou ce dernier marchait sur l'Italie pour le chatier, des emissaires envoyes par l'imperatrice Ermenjart persuaderent a Bernard de passer en France en lui promettant sous serment toute surete pour sa personne. Bernard, suivi de ses complices, alla trouver l'empereur a Chalon-sur-Saone et implora a genoux son pardon. On le conduisit a Aix-la-Chapelle, ou son proces fut instruit et juge. Bernard fut condamne a mort, mais Louis commua la peine en privation de la vue. Ce terrible arret fut execute si brutalement que trois jours apres Bernard expira (le 17 avril 818) a 19 ans, laissant un fils, Pepin, qui fut pere d'Herbert Ier, comte de Vermandois.] [Footnote 94: G. Valat, _Poursuite privee et composition pecuniaire dans l'ancienne Bourgogne_ (Dijon, 1907, in-8 deg.); Ch. Petit-Dutaillis, _Les moeurs populaires et le droit de vengeance dans les Pays-Bas au XVe siecle_ (Paris, 1909, in-8 deg.).] [Footnote 95: Ce sont peut-etre aussi ces droits eventuels de la maison de Vermandois a l'empire qui ont empeche le roi de Germanie de soutenir la candidature d'Herbert II au trone.] [Footnote 96: Richer, _Hist._, II, 73 (ed. Waitz, p. 75): "Me vero parvum in fasciculo farraginis a meis dissimulatum in partes transmarinas et prope in Rifeos fugere compulit."] [Footnote 97: Witger, _Geneal. Arnalfi_ (_M.G.h., Scr._, IX, 303). Voy. _Le regne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 10.] [Footnote 98: Flod., _Ann._, a. 923.] [Footnote 99: Flod., _Ann._, a. 928; _Hist. eccl. Rem._, IV, 21; Richer, I, 54.] [Footnote 100: Flod., _Ann._, a. 924; _Necrolog. Modiciense_; Liudprand, _Antapodosis_, II, 71 (ed. Duemmler, p. 52, n. 2).] [Footnote 101: Voy. plus haut, p. 2.] [Footnote 102: Voy. Flod., _Ann._, a. 923, ed. Lauer, p. 15, n. 4 et p. 46, n. 1.] [Footnote 103: Flod., _Ann._, a. 923.] [Footnote 104: Flod., ibid.] [Footnote 105: L'Alsace faisait encore partie du royaume de Lorraine. Cf. Parisot, _Le royaume de Lorraine_, p. 592-593.] [Footnote 106: Flod., ibid.] [Footnote 107: Flod., ibid.; Hugues de Flavigny, _Chron._, a. 923 (d'apres Flodoard).] [Footnote 108: C'est le propre frere de Raoul, Boson, qui avait tue Ricoin malade dans son lit, le 14 mars 923, pour s'emparer de Verdun. Parisot, _Le royaume de Lorraine_ (Paris, 1899), pp. 663 et 667. Le 19 septembre 923, Raoul etait encore reconnu comme roi a Toul, ainsi que le prouve une charte de l'eveque Josselin (_Mem. de la Soc. d'archeol. lorr._, XII, 133; Parisot, _op. cit._, p. 662, n. 5); mais il resulte d'une autre charte du meme qu'Henri Ier, y fut reconnu entre le 16 octobre 923 et le 14 octobre 924 (Bibl. de Nancy, ms. 77, fol. 42; Calmet., _Hist. de Lorraine_, 1re ed., I, pr., col. CCCXIV). Cf. J. Depoin, _Etudes sur le Luxembourg a l'epoque carolingienne_ (extr. de _Ons Hemecht_, annee 1909).] [Footnote 109: Flod., _Ann._, a. 923.] [Footnote 110: Flod., ibid.] [Footnote 111: Flod., _Ann._, a. 923.] [Footnote 112: Flod., _Ann._, a. 924.] [Footnote 113: Elle intervient dans un diplome du 6 avril 924 en faveur de Saint-Martin d'Autun. Bulliot, _Essai hist. sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun_ (Autun, 1849), I, p. 164; 11, p. 24, no 10.] [Footnote 114: Il figure comme impetrant avec Adson dans un diplome du 29 fevrier 924, en faveur de Saint-Symphorien d'Autun. Thiroux, _Hist. des comtes d'Autun_, p. 118.] [Footnote 115: Cf. Bulliot, _loc. cit._] [Footnote 116: Chifflet, _Hist. de l'abbaye de Tournus_, p. 275; Poupardin, _Monuments de l'histoire des abbayes de Saint-Philibert_ (Paris, 1905, in-8), p. 120, no 27.] [Footnote 117: Cf. Thiroux, _loc. cit._] [Footnote 118: _Hist. de Languedoc_, nouv. ed., V, p. 146, n deg. 49.] [Footnote 119: Flod., _Ann._, a. 924. Diplomes de Raoul dates d'Autun, le 29 fevrier, et de Chalon, les 6, 8 et 9 avril 924. _Recueil des historiens de France_, IX, 562-565.] [Footnote 120: Flod., _loc. cit._; Em. Coet, _Hist. de la ville de Roye_, t. I, p. 32.] [Footnote 121: Flod., _Ann._, a. 924.] [Footnote 122: Diplome du 6 avril 924. _Recueil des historiens de France_, IX, 563; Bulliot, _Essai sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun_, I, 164; II, 24. Sur le mariage de Boson, voy. G. de Manteyer, _La Provence du premier au douzieme siecle_ (Paris, 1908, in-8), p. 158-159; Poupardin, _Le royaume de Bourgogne_, p. 59, 69 et 282, n. 5; du meme, _Le royaume de Provence_, p. 232, 240, 338 et 394.] [Footnote 123: _Recueil des historiens de France_, IX, 562; _Gall. christ._, IV, instr., 372; Thiroux, _loc. cit._] [Footnote 124: _Rec. des histor. de Fr._, IX, 563, et Bulliot, _loc. cit._] [Footnote 125: _Recueil des historiens de France_, XI, p. 564, et _Hist. de Languedoc_, nouv. ed., V, p. 146, n deg. 49; VIII, 387, 416 (_Numismatique de la province de Languedoc_). Les monnaies episcopales porterent le nom de Raoul.--Cf. M. Prou, _Catal. des monnaies francaises de la Bibliotheque nationale. Les monnaies carolingiennes_ (Paris, 1896), p. Lvi, Lxx, 107 (n deg. 772).] [Footnote 126: Ibid., p. 565, et Chifflet, _Hist. de Tournus, loc. cit._] [Footnote 127: Cote-d'Or, arr. de Beaune, cant. de Pouilly-en-Auxois.] [Footnote 128: Flod., _Ann._, a. 924, passim.] [Footnote 129: Flod., _Ann._] [Footnote 130: Flod., ibid., a. 924.] [Footnote 131: Flod., ibid.] [Footnote 132: Le comte du Maine semble avoir fait partie autrefois des domaines de Robert. Cf. Eckel, p. 36-37.] [Footnote 133: Flod., _Ann._, a. 924; Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, ed. Lair, introd., p. 66. Cette cession du Maine ne fut sans doute pas completement executee ou bien elle fut rendue impossible, car on voit, dans la suite, ce pays dispute entre l'Anjou et la Normandie. Cf. Lot, _Hugues Capet_, p. 197-198.] [Footnote 134: Trosly-Loire, Aisne, arr. de Laon, cant. de Coucy-le-Chateau.] [Footnote 135: Flod., _Ann._, a. 924.] [Footnote 136: Flod., _Ann._, a. 924; _Chron. Nemaus._, a. 925 (_M.G.h., Scr._, III, 219); _Hist. de Languedoc_, III, 99, 100.] [Footnote 137: Voy. plus haut, p. 2.] [Footnote 138: Flod., _Ann._, a. 925; Richer, I, c. 49.--Pour l'identification de _Mons Calaus_ avec Chalmont (Seine-et-Marne, arr. de Melun, comm. de Fleury-en-Biere), voy. _Les Annales de Flodoard_, ed. Lauer, p. 26, n. 6.] [Footnote 139: Flod., _Ann._, a. 925.] [Footnote 140: _Miracul. S. Bened._, II, 2 (ed. de Certain, p. 96-98): "Igitur innumerae Nortmannorum phalanges, super quas Rainaldus regnum obtinuerat, quampluribus longis usae navibus, usque ad superiora Ligeris percursantes, cuncta devastant. Tandem ad coenobium ter beati Deoque dilecti Benedicti, quod Floriacum dicitur, Rainaldus cum suis attingens, vacuum habitatoribus cunctisque necessariis offendit rebus, domibus duntaxat exceptis; siquidem monachi cum corpore semper nominandi patris nostri Benedicti ad tutiora se contulerant loca, Lamberto tune abbate piae sollicitudinis erga eos curam gerente. Perveniens ergo inibi rex memoratus, et ex captivis resciscens quorum hominum foret talis habitatio, dormitorium fratrum suae metationis delegit sedem; in quo varia, utpote paganus, dum patraret flagitia, una noctium, quiescenti ei sanctus astitit Benedictus duobus comitatus monachis, unus, ut ipsi Rainaldo videbatur, medie artatis robore praeditus, alteri puerilis inerat habitudo. Beatissimus autem pater, niveam capite canitiem praeferens, baculum vero manu, ita jacentem allocutus est adversarium: "Quid, inquiens, te, Rainalde, offendi, quod me meosque a propriis perturbas sedibus? sed mihi deinceps curae erit, et te ab incoeptis inhibere, et famulis Christi, ossibus quoque una meis, optatam quietem reformare." His dictis, ligno, quod manu gerebat, incurvo caput jam expergefacti regis contingens, praenuntiavit terminum ejus vitae in proximo adfuturum, sicque recessit. Turbatus hac visione Rainaldus, satellites magna ad auxiliandum sibi voce inclamat. Quibus accurrentibus et quid pateretur percunctantibus: "Quidam, inquit, monachus, non alter, ut aestimo, quam ille hujus tutor loci senex Benedictus, baculo verticem tangens meum, mortem minitando, dolorem mihi ingessit ingentem." Jubet confestim cunctos pervasa domicilia deserere, nativumque solum repetere, cum quibus ipse profectus, ut patriam attigit, crebro debilitatus cruciatu vita discessit; tantaque, subito moriente eo, ventorum procella inhorruit, ut non solum culmina tectorum, verum etiam eminentium subrueret moles arborum; captivorum vincula soluta; equi seu reliqua jumenta infra duodecim et eo amplius milliaria a Rothomagensi urbe ad pastum deducta, disruptis compedibus, in diversa fugerunt. Corporis ejus tumulo pyramidem superaedificatam validissimo accepimus terrae motu subversam, ac ejus cadaver tellurem a suo rejecisse sinu; quod culeo cum lapidum mole insutum in Sequanam est demersum, quandoquidem humo non poterat contineri tectum. Hoc interitu memoria nefandi abolita fuisset hominis, ni vetustas Floriacensium incolarum, curiosa futurorum, marmoream ejus capitis fingere curavisset effigiem, quae nunc in ultima parte parietis ecclesiae sanctae Dei genitricis Mariae ac famuli ejus Benedicti, septentrionem versus, inserta perspicitur, quatenus et praesentes et secuturi omnes agnoscerent, interventu eorumdem sanctorum, omnipotens Deus qualem quantamque exercuerit in suis adversariis vindictae severitatem. Adeo denique haec ultio Nortmannicam in posterum perterrefecit temeritatem, ut prae caeteris Galliae sanctis beatissimum revereantur patrem nostrum Benedictum."] [Footnote 141: Voy. la note precedente, _in fine_, et Rocher, _Hist. de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire_ (Orleans, 1865, in-8), p. 108 et 499.] [Footnote 142: Flod., _Ann._, a. 925.] [Footnote 143: Flod., _Ann._, a. 925.] [Footnote 144: Flod., ibid.; A. Lefranc, _Hist. de la ville de Noyon et de ses institutions_ (_Bibl. de l'Ecole des hautes etudes_, fasc. 75, 1887), p. 18; Peigne-Delacourt, _Les Normands dans le Noyonnais_ (Noyon, 1868, in-8, p. 36.)] [Footnote 145: Flod., _Ann._, a. 925.] [Footnote 146: _Recueil des historiens de France_, IX, 566. La redaction de ce diplome presente des particularites qui ont ete relevees par N. de Wailly, _Elem. de paleographie_, I, 358.] [Footnote 147: Diplome du 30 mai 925 dans _Recueil des historiens de France_, IX, 569 (a l'annee 926), d'apres Perard, _Recueil de pieces servant a l'hist. de Bourgogne_, p. 162. On ne peut identifier _Artiaco villa supra fluvium Ararim_ avec Arcy (Saone-et-Loire, arr. de Charolles, canton de Marcigny, comm. de Vindecy), cette localite n'etant pas sur la Saone. M.-P. Gautier qui vient de reediter le diplome d'apres l'original (_Etude sur un diplome de Robert le Pieux_ dans le _Moyen Age_, t. XXII, 1909, p. 281) identifie _Artiaco villa_ avec Arsoncourt. C'est plutot Arciat, Saone-et-Loire, arr. de Macon, cant. de La Chapelle-de-Guinchay, comm. de Creches-sur-Saone.] [Footnote 148: Il avait visite l'eglise Saint-Symphorien, suivi d'une pompeuse escorte. Les chanoines profiterent de l'occasion pour se faire accorder diverses concessions. Le diplome fut souscrit par Adelaide, mere de Raoul, et par un certain nombre de seigneurs bourguignons presents, appartenant a la famille comtale de Dijon. Thiroux, _Hist. des comtes d'Autun_, p. 119.] [Footnote 149: Flod., _Ann._, a. 925.] [Footnote 150: Richer, _Hist_., I, c. 50.] [Footnote 151: Flod., _Ann_., a. 925. Richer (I, 50) pretend que Rollon perit au cours de ces combats. Cf. Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, ed. Lair, introd., p. 77.] [Footnote 152: Flod., ibid.] [Footnote 153: Flod., _Ann_., a. 925.] [Footnote 154: Charte de Thion, vicomte de Paris (23 aout 925) dans Mabillon, _Ann_. _Bened_., III, 384.] [Footnote 155: _Liber de diversis casibus coenobii Dervensis_ (Mabillon, _Acta SS. ord. S. Bened._, saec. II, col. 846-847).] [Footnote 156: Flod., _Ann_., a. 925; Waitz, _Heinrich I_, p. 81.] [Footnote 157: Flod., ibid.] [Footnote 158: _Contin. Reginon._, a. 923.] [Footnote 159: Flod., _Ann._, a. 926; _Ann. Virdun._ (_M.G.h., Scr._, IV, 8); _Hist. episcopor. Virdun. cont._ (_Scr._, IV, 45); _Ann. S. Benigni Divion._ (_Scr._, IV, 8); Hugues de Flavigny, _Chron._ (_Scr._, VIII, 358).] [Footnote 160: Parisot, _Le royaume de Lorraine_, p. 675; K. Wittich, _Die Enlstehung des Herzogthums Lothringen_ (Goettingen, 1862, in-8), p. 114; _Recueil des chartes de l'abbaye de Stavelot-Malmedy_, ed. Halkin et Roland (_Acad. roy. de Belgique_, Bruxelles, 1909), n deg. 56 (charte de 926, datee de l'an 4 du regne d'Henri Ier); _Cartulaire de Gorze_, ed. d'Herbomez, n deg. 92 (charte de 933, datee de l'an 8 du regne d'Henri Ier, en Lorraine); Wauters, _Table chronologique des chartes et diplomes impr. concernant l'hist. de Belgique_, t. I, p. 340 (charte du duc Gilbert, datee de DCCCCXXVIII, _anno vero V domini Henrici serenissimi regis super regnum quondam Lotharii, indictione I_). Des 924 on datait des annees d'Henri Ier a Treves et a Stavelot (Wauters, _op. cit._, t. I, p. 338).] [Footnote 161: Flod., _Ann._, a. 925; _Hist. eccl. Rem._, IV, 19 et 35.] [Footnote 162: Flod., _Hist. eccl. Rem_., IV, 18.] [Footnote 163: Flod., ibid.] [Footnote 164: Flod., _Hist. eccl. Rem_., IV, 19.] [Footnote 165: Jaffe-Loewenfeld, _Regesta pontif. roman_., no 3570 (17 fevrier 926).] [Footnote 166: Flod., _Hist. eccl. Rom._, IV, 20 et 35; Richer, I, 55.] [Footnote 167: Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer. Il semble, en effet, qu'il faille identifier la bataille livree par Raoul aux Normands, en Artois, d'apres Flodoard, avec le combat de Fauquembergue, mentionne par Folcuin dans les _Gesta abbatum Sithiensium_, c. 101 (M.G.h., _Scr._, XIII, 626).] [Footnote 168: Flod., _Ann._, a. 926.] [Footnote 169: Ardennes, arr. de Vouziers, cant. d'Attigny.] [Footnote 170: Flod., _Hist. eccl. Rom._, IV, 21; _Miracula S. Apri_, c. 22; _Miracula S. Basoli_, c. 7 (M.G.h., _Scr._, IV, 517); _Ann. S. Vincentii Mett._. (Scr., III 157); _Gesta episcopor. Mettens_. (Scr., X, 541); _Miracula S. Deicoli_ (Duchesne, Scr., III, 422); _Polypl. Virdunense_ (Scr., IV, 38); charte de Saint-Maximin de Treves (926) dans Reyer, _Millelrhein. Urkandenbach_ (Coblentz, 1860), t. I, n deg. 167: "... depopulantibus Agarenis pene totum regnum Belgicae Galliae".--Voy. aussi Dussieux, _Invasions des Hongrois_, p. 11.] [Footnote 171: Flod., _Ann._, a. 920; _Hist. de Languedoc_, nouv. ed. III, 101.] [Footnote 172: R. de Lespinasse, _Le Nivernais et les comtes de Nevers_, t l. I (Paris, 1909, in-8), p. 173. Il existe une monnaie de Nevers a l'effigie de Raoul. Soultrail. _Essai sur la numismatique nivernaise_ (Paris, 1854, in 4), p. 20] [173][Footnote 173: 4. Flod., _Ann._, a. 926; _Ann. Augienses_ (M.G. h., Scr., II, 68); Ekkehard, _Casas S. Galli_ (Scr., II, 110). Voy. Waitz, Heinrich I, p. 88.] [Footnote 174: A. Giry, _Etudes carolingiennes_, dans les _Etudes d'histoire du moyen age dediees a Gabriel Monod_ (Paris, 1896, in-8), p. 134, n deg. 26; Nicolas Vignier, _Bibl. historiale_, t. II (1588, in-fol.), p. 551.] [Footnote 175: Flod., _Ann._, a. 926, _in fine._ Voy. W.G. Searle, _Anglo-saxon bishops, kings and nobles_ (Cambridge, 1899, in-8), p. 346.] [Footnote 176: Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_, n deg. CIII (130).] CHAPITRE IV LA LUTTE CONTRE HERBERT DE VERMANDOIS. PREMIERE PERIODE. Des la fin de l'annee 926, eclata la rupture prevue depuis longtemps entre Raoul et Herbert, dont le role, meme lorsqu'il etait en apparence devoue au roi, etait en realite fort equivoque. Le comte de Laon devint vacant par suite du deces de Roger, partisan devoue de Raoul[177]. Herbert avait deja mis la main sur Peronne en 924, et sur Reims, depuis la mort de Seulf (925): il voulut profiter de la mort de Roger pour s'installer a Laon. Fidele a ses plans ambitieux, il continuait l'extension methodique de ses domaines a l'aide d'intrigues incessantes. Il eut l'audace de revendiquer le comte de Laon pour son fils Eudes. Cette fois, Raoul se montra moins conciliant qu'a l'ordinaire. Laon etait la place forte par excellence et comme la capitale du roi de France qui, meme apres l'avoir infeode, y gardait toujours la haute main sur les affaires[178]. La perdre c'eut ete renoncer a tout point d'appui dans le nord, et se resigner a n'etre qu'un duc-roi de Bourgogne. D'ailleurs la tendance a l'heredite des benefices avait ete deja officiellement constatee dans le capitulaire de Quiersy-sur-Oise, et ce principe feodal etait desormais admis et applique partout. Or Roger de Laon laissait un fils, du meme nom que lui, qui devait recueillir sa succession: Raoul ne fit que sanctionner le droit etabli, en favorisant la transmission hereditaire, sans egard pour les pretentions adverses. Herbert fut ainsi cruellement decu dans sa rapacite, parce qu'il avait demande trop, c'est-a-dire le peu qui restait a la royaute affaiblie. Des lors on put voir que sa fidelite envers Raoul n'etait que le resultat d'un calcul interesse: elle disparut comme par enchantement, en meme temps que les largesses royales. Heureusement pour Raoul, son beau-frere Hugues, depuis son mariage avec Eadhild, s'etait quelque peu eloigne d'Herbert. L'attitude de Hugues, neveu d'Herbert II par sa mere Beatrice de Vermandois[179], n'avait pas toujours ete empreinte d'une egale cordialite a l'egard du roi. Il semble qu'il ait jusque-la voulu se soustraire a son ascendant. Malgre la grande part qu'il avait prise a son election, il s'etait tenu, dans certaines circonstances, sur une reserve qui pouvait presque passer pour de l'hostilite. C'est ainsi qu'il avait traite avec les Normands aux moments les moins opportuns pour Raoul. Il avait, par son attitude, grandement favorise les projets ambitieux d'Herbert. Jamais il ne figure dans les diplomes royaux comme impetrant, et son nom ne se voit pas au bas des actes, a cote de ceux des conseillers habituels du souverain. Mais depuis que, par l'occupation de Reims et la revendication de Laon, la tactique d'Herbert apparait plus nettement, Hugues se rapproche visiblement de Raoul, comme si un sentiment de jalousie ou de crainte s'etait eveille en lui. Il commence a se departir du role de simple spectateur des evenements, qu'il avait joue jusqu'alors. Neanmoins il eut l'habilete de ne point rompre brusquement avec le comte de Vermandois, qui dut tout mettre en oeuvre pour le retenir dans son parti, et meme il se laissa conduire a une entrevue qu'Herbert sollicita du roi de Germanie[180]. Cette demarche, a la suite de la perte de la Lorraine, etait un acte peu amical vis-a-vis de Raoul. C'etait en meme temps un acte contraire au patriotisme tel que nous l'entendons aujourd'hui. Quoique nous ne puissions nous flatter le moins du monde de decouvrir les sentiments veritables des hommes de cette epoque, il est clair cependant que la demarche des deux plus puissants vassaux de la France septentrionale aupres de l'ennemi de leur suzerain etait, au moins au point de vue feodal, un acte de felonie caracterise[181]. Henri se montra naturellement fort bien dispose envers ses hotes insolites, dont il pouvait beaucoup attendre. Des presents furent echanges, et pour bien affirmer sa suzerainete en Lorraine devant les Francais, le roi de Germanie disposa de l'eveche de Metz, devenu vacant par la mort de Guerri, en le donnant a un clerc appele Bennon, au mepris du droit d'election des Messins[182]. Au retour de cette visite inconvenante, qui decele l'extraordinaire besoin d'intrigue de son esprit inquiet, Herbert sentit qu'il avait besoin de relever son prestige. La lutte contre les Normands etait le plus sur moyen de gagner un peu de popularite. Comme Raoul venait de traiter avec les Normands de la Seine, Herbert et Hugues firent une expedition contre ceux de la Loire: mais cette entreprise se termina sans action d'eclat. L'ennemi fut assiege pendant cinq semaines; apres quoi il y eut echange d'otages et nouvel abandon du comte de Nantes aux Normands[183]. C'est au cours de cette campagne qu'on a voulu placer sans aucune raison serieuse la mort d'Enjeuger, fils de Foulques d'Anjou[184]. Herbert chercha ensuite a gagner le clerge. Comme administrateur du temporel de l'archeveche de Reims, il reunit a Trosly un synode compose de six eveques, malgre la defense formelle de Raoul qui l'avait prie de differer et de venir le trouver a Compiegne. Le fils d'Helgaud de Ponthieu, Heloin, le vaillant adversaire des Normands, y fut convoque et condamne a une penitence publique "pour crime de bigamie". Cette sentence etait faite pour plaire aux Normands[185]. Il est probable qu'Herbert profita de cette reunion pour intriguer contre Raoul, car nous le voyons, apres avoir refuse de se rendre a Compiegne, tenter un coup de main sur Laon. L'entreprise echoua, parce que Raoul avait eu le temps d'y envoyer en hate une garnison qu'il suivit lui-meme peu de temps apres. Herbert jeta alors completement le masque. Voyant l'impossibilite de se faire reconnaitre comme roi a la place du duc de Bourgogne, depuis que Hugues avait epouse la belle-soeur du roi Charles, il imagina d'opposer au roi Raoul le malheureux Carolingien, qu'il tira de prison, pour forcer Hugues a garder la neutralite entre ses deux beaux-freres. Il comptait sans doute, une fois qu'il serait debarrasse de Raoul ainsi isole, en finir ensuite promptement avec Charles. Depuis sa captivite, l'infortune souverain avait ete garde prisonnier au donjon de Chateau-Thierry, jusque vers la fin de 924. A cette epoque, sa prison devint inopinement la proie des flammes, sans qu'il y ait lieu de supposer aucun acte de malveillance, ni aucune tentative d'evasion; il fut sauve: de l'incendie et transfere alors, semble-t-il, a Peronne[186]. En 927, Herbert l'installa dans la capitale du Vermandois, a Saint-Quentin, et declara qu'il le considerait de nouveau comme roi. Raoul se mit immediatement sur la defensive, et pour prendre les dernieres mesures se rendit en Bourgogne. Le 9 septembre il etait a Briare, ou il confirma les privileges de l'abbaye de Cluny[187]. La mort de Guillaume II d'Aquitaine, survenue dans l'ete de 927[188], l'avait sans doute determine a se rendre sur la Loire. Le duc Affre succeda a son frere dont il adopta la politique abstentionniste. Le seigneur de Deols, Ebbon, puissant feudataire du Berry, n'en vint pas moins solliciter du roi l'immunite pour le monastere qu'il venait de fonder[189], et les chartes du Puy, de Brioude, de Cahors, de Beaulieu et de Tulle furent encore datees des annees du regne de Raoul. Les fils de Roger de Laon faisaient bonne garde dans la cite, ou leur attitude justifiait pleinement la confiance du roi. La reine Emma, femme d'un esprit superieur et d'un courage viril, veillait en personne a la defense de la forteresse royale. La vaillante garnison se hasarda meme, au cours d'une sortie, a pousser jusqu'a Coucy, dependance de l'eglise de Reims, dont elle ravagea les environs[190]. De son cote, Herbert ne perdait pas de temps. Il s'occupait activement de fortifier ses alliances. Devenu le champion du roi Charles, il s'adressa aux fideles allies de celui-ci, les Normands. Ces derniers oublierent bien vite tous les traites conclus avec le roi Raoul dont ils etaient avides de tirer vengeance. Deja meme ils avaient reussi a rentrer dans Eu. En cette ville, precisement, Rollon et son fils Guillaume, qu'il s'etait deja associe selon Dudon de Saint-Quentin, conclurent une alliance avec Herbert, et Rollon preta l'hommage a Charles[191]. Rollon ne consentit toutefois a ce nouveau rapprochement qu'apres s'etre fait donner des suretes: il exigea comme otage Eudes, le propre fils du comte de Vermandois, dont il avait de justes motifs pour redouter l'inconstance. Enfin Raoul parut a la tete d'une armee bourguignonne, au moment de la Noel, dans la France du nord, et il s'y conduisit comme en pays ennemi, portant en tous lieux sur son passage la ruine et l'incendie[192]. Hugues comprit immediatement que le role de mediateur lui incombait. Il accourut au-devant de Raoul et l'accompagna jusque sur les rives de l'Oise, ou l'attendait Herbert. Sur son intervention, un arrangement fut menage entre le roi et son vassal: Herbert fournit des otages et s'engagea a se presenter a un plaid dont la date fut fixee avant Paques[193]. Raoul retourna en Bourgogne apres avoir en vain tente d'obtenir de sa femme l'evacuation de Laon. Peut-etre etait-ce la une des conditions de l'accord conclu, ou bien craignait-il une surprise de la ville par Herbert et les Normands. Mais la courageuse reine refusa obstinement d'abandonner cette forte place, dont la possession etait devenue comme le signe de la royaute. Elle comptait sans doute sur l'appui de son frere Hugues en cas de danger imminent. Herbert se rendit a Reims et y redigea une lettre adressee au pape Jean X, dans laquelle il se posait en defenseur de la legitimite et en executeur des prescriptions pontificales venues naguere de Rome en faveur du roi Charles[194]. Il est piquant de constater a quel point il avait modifie son attitude a l'egard du pape, depuis que ses interets avaient change. Mais il etait trop tard. Jean X avait ete fait lui aussi prisonnier par Guy de Spolete, et son success