The Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org Title: Les Heures Claires Author: Emile Verhaeren Release Date: November 12, 2003 [EBook #10061] Language: French Character set encoding: ASCII *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. This file was produced from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. Em. Verhaeren Les heures claires 1896 O la splendeur de notre joie, Tissee en or dans l'air de soie! Voici la maison douce et son pignon leger, Et le jardin et le verger. Voici le banc, sous les pommiers D'ou s'effeuille le printemps blanc, A petales frolants et lents. Voici des vols de lumineux ramiers Planant, ainsi que des presages, Dans le ciel clair du paysage. Voici--pareils a des baisers tombes sur terre De la bouche du frele azur-- Deux bleus etangs simples et purs, Bordes naivement de fleurs involontaires. O la splendeur de notre joie et de nous-memes, En ce jardin ou nous vivons de nos emblemes! La-bas, de lentes formes passent, Sont-ce nos deux ames qui se delassent, Au long des bois et des terrasses? Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux Ces deux fleurs d'or harmonieux? Et ces herbes--on dirait des plumages Mouilles dans la source qu'ils plissent-- Sont-ce tes cheveux frais et lisses? Certes, aucun abri ne vaut le clair verger, Ni la maison au toit leger, Ni ce jardin, ou le ciel trame Ce climat cher a nos deux ames. Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux, Ce jardin clair ou nous passons silencieux, C'est plus encore en nous que se feconde Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde. Car nous vivons toutes les fleurs, Toutes les herbes, toutes les palmes En nos rires et en nos pleurs De bonheur pur et calme. Car nous vivons toutes les transparences De l'etang bleu qui reflete l'exuberance Des roses d'or et des grands lys vermeils: Bouches et levres de soleil. Car nous vivons toute la joie Dardee en cris de fete et de printemps, En nos aveux, ou se cotoient Les mots fervents et exaltants. Oh! dis, c'est bien en nous que se feconde Le plus joyeux et clair jardin du monde. Ce chapiteau barbare, ou des monstres se tordent, Soudes entre eux, a coups de griffes et de dents, En un tumulte fou de sang, de cris ardents, De blessures et de gueules qui s'entre-mordent, C'etait moi-meme, avant que tu fusses la mienne, O toi la neuve, o toi l'ancienne! Qui vins a moi des loins d'eternite, Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonte. Je sens en toi les memes choses tres profondes Qu'en moi-meme dormir Et notre soif de souvenir Boire l'echo, ou nos passes se correspondent. Nos yeux ont du pleurer aux memes heures, Sans le savoir, pendant l'enfance: Avoir memes effrois, memes bonheurs, Memes eclairs de confiance: Car je te suis lie par l'inconnu Qui me fixait, jadis au fond des avenues Par ou passait ma vie aventuriere, Et, certes, si j'avais regarde mieux, J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux Depuis longtemps en ses paupieres. Le ciel en nuit s'est deplie Et la lune semble veiller Sur le silence endormi. Tout est si pur et clair, Tout est si pur et si pale dans l'air Et sur les lacs du paysage ami, Qu'elle angoisse, la goutte d'eau Qui tombe d'un roseau Et tinte et puis se tait dans l'eau. Mais j'ai tes mains entre les miennes Et tes yeux surs, qui me retiennent, De leurs ferveurs, si doucement; Et je te sens si bien en paix de toute chose, Que rien, pas meme un fugitif soupcon de crainte, Ne troublera, fut-ce un moment, La confiance sainte Qui dort en nous comme un enfant repose. Chaque heure, ou je pense a ta bonte Si simplement profonde, Je me confonds en prieres vers toi. Je suis venu si tard Vers la douceur de ton regard Et de si loin, vers tes deux mains tendues, Tranquillement, par a travers les etendues! J'avais en moi tant de rouille tenace Qui me rongeait, a dents rapaces, La confiance; J'etais si lourd, j'etais si las, J'etais si vieux de mefiance, J'etais si lourd, j'etais si las Du vain chemin de tous mes pas. Je meritais si peu la merveilleuse joie De voir tes pieds illuminer ma voie, Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs, Et humble, a tout jamais, en face du bonheur. Tu arbores parfois cette grace benigne Du matinal jardin tranquille et sinueux Qui deroule, la-bas, parmi les lointains bleus, Ses doux chemins courbes en cols de cygne. Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair Du vent rapide et miroitant Qui passe, avec ses doigts d'eclair, Dans les crins d'eau de l'etang blanc. Au bon toucher de tes deux mains, Je sens comme des feuilles Me doucement froler; Que midi brule le jardin. Les ombres, aussitot recueillent Les paroles cheres dont ton etre a tremble. Chaque moment me semble, grace a toi, Passer ainsi divinement en moi. Aussi, quand l'heure vient de la nuit bleme, Ou tu te celes en toi-meme, En refermant les yeux, Sens-tu mon doux regard devotieux, Plus humble et long qu'une priere, Remercier le tien sous tes closes paupieres? Oh! laisse frapper a la porte La main qui passe avec ses doigts futiles; Notre heure est si unique, et le reste qu'importe, Le reste, avec ses doigts futiles. Laisse passer, par le chemin, La triste et fatigante joie, Avec ses crecelles en mains. Laisse monter, laisse bruire Et s'en aller le rire; Laisse passer la foule et ses milliers de voix. L'instant est si beau de lumiere, Dans le jardin, autour de nous, L'instant est si rare de lumiere tremiere, Dans notre coeur, au fond de nous. Tout nous preche de n'attendre plus rien De ce qui vient ou passe, Avec des chansons lasses Et des bras las par les chemins. Et de rester les doux qui benissons le jour. Meme devant la nuit d'ombre barricadee, Aimant en nous, par dessus tout, l'idee Que bellement nous nous faisons de notre amour. Comme aux ages naifs, je t'ai donne mon coeur, Ainsi qu'une ample fleur Qui s'ouvre, au clair de la rosee; Entre ses plis freles, ma bouche s'est posee. La fleur, je la cueillis au pre des fleurs en flamme; Ne lui dis rien: car la parole entre nous deux Serait banale, et tous les mots sont hasardeux. C'est a travers les yeux que l'ame ecoute une ame. La fleur qui est mon coeur et mon aveu, Tout simplement, a tes levres confie Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie Au vierge amour, comme un enfant se fie a Dieu. Laissons l'esprit fleurir sur les collines, En de capricieux chemins de vanite; Et faisons simple accueil a la sincerite Qui tient nos deux coeurs clairs, en ses mains cristallines; Et rien n'est beau comme une confession d'ames, L'une a l'autre, le soir, lorsque la flamme Des incomptables diamants Brule, comme autant d'yeux Silencieux, Le silence des firmaments. Le printemps jeune et benevole Qui vet le jardin de beaute Elucide nos voix et nos paroles Et les trempe dans sa limpidite. La brise et les levres des feuilles Babillent--et effeuillent En nous les syllabes de leur clarte. Mais le meilleur de nous se gare Et fuit les mots materiels; Un simple et doux elan muet Mieux que tout verbe amarre Notre bonheur a son vrai ciel: Celui de ton ame, a deux genoux, Tout simplement, devant la mienne, Et de mon ame, a deux genoux, Tres doucement, devant la tienne. Viens lentement t'asseoir Pres du parterre, dont le soir Ferme les fleurs de tranquille lumiere, Laisse filtrer la grande nuit en toi: Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi Trouble notre priere. La-haut, le pur cristal des etoiles s'eclaire. Voici le firmament plus net et translucide Qu'un etang bleu ou qu'un vitrail d'abside; Et puis voici le ciel qui regarde a travers. Les mille voix de l'enorme mystere Parlent autour de toi. Les mille lois de la nature entiere Bougent autour de toi, Les arcs d'argent de l'invisible Prennent ton ame et son elan pour cible, Mais tu n'as peur, oh! simple coeur, Mais tu n'as peur, puisque ta foi Est que toute la terre collabore A cet amour que fit eclore La vie et son mystere en toi. Joins donc les mains tranquillement Et doucement adore; Un grand conseil de purete Et de divine intimite Flotte, comme une etrange aurore, Sous les minuits du firmament. Combien elle est facilement ravie, Avec ses yeux d'extase ignee, Elle, la douce et resignee Si simplement devant la vie. Ce soir, comme un regard la surprenait fervente, Et comme un mot la transportait Au pur jardin de joie, ou elle etait Tout a la fois reine et servante. Humble d'elle, mais ardente de nous, C'etait a qui ploierait les deux genoux, Pour recueillir le merveilleux bonheur Qui, mutuel, nous debordait du coeur. Nous ecoutions se taire, en nous, la violence De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras Et le vivant silence Dire des mots que nous ne savions pas. Au temps ou longuement j'avais souffert Ou les heures m'etaient des pieges, Tu m'apparus l'accueillante lumiere Qui luit, aux fenetres, l'hiver, Au fonds des soirs, sur de la neige. Ta clarte d'ame hospitaliere Frola, sans le blesser, mon coeur, Comme une main de tranquille chaleur; Un espoir tiede, un mot clement, Penetrerent en moi tres lentement; Puis vint la bonne confiance Et la franchise et la tendresse et l'alliance, Enfin, de nos deux mains amies, Un soir de claire entente et de douce accalmie. Depuis, bien que l'ete ait succede au gel, En nous-memes et sous le ciel, Dont les flammes eternisees Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensees, Et que l'amour soit devenu la fleur immense, Naissant du fier desir, Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir, En notre coeur, se recommence, Je regarde toujours la petite lumiere Qui me fut douce, la premiere. Je ne detaille pas, ni quels nous sommes L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons: Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes. Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir, Et rien ne troublera ce qui n'est que mystere Et qu'elans doux et que ferveur involontaire Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir. Je te sens claire avant de te comprendre telle; Et c'est ma joie, infiniment, De m'eprouver si doucement aimant, Sans demander pourquoi ta voix m'appelle. Soyons simples et bons--et que le jour Nous soit tendresse et lumiere servies, Et laissons dire que la vie N'est point faite pour un pareil amour. A ces reines qui lentement descendent Les escaliers en ors et fleurs de la legende, Dans mon reve, parfois, je t'apparie; Je te donne des noms qui se marient A la clarte, a la splendeur et a la joie, Et bruissent en syllabes de soie, Au long des vers batis comme une estrade Pour la danse des mots et leurs belles parades. Mais combien vite on se lasse du jeu, A te voir douce et profonde et si peu Celle dont on enjolive les attitudes; Ton front si clair et pur et blanc de certitude, Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux, Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls Qui bat comme ton coeur immense et ingenu, Oh! comme tout, hormis cela et ta priere, Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumiere Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus. Je dedie a tes pleurs, a ton sourire, Mes plus douces pensees, Celles que je te dis, celles aussi Qui demeurent imprecisees Et trop profondes pour les dire. Je dedie a tes pleurs, a ton sourire A toute ton ame, mon ame, Avec ses pleurs et ses sourires Et son baiser. Vois-tu, l'aurore nait sur la terre effacee, Des liens d'ombre semblent glisser Et s'en aller, avec melancolie; L'eau des etangs s'ecoule et tamise son bruit, L'herbe s'eclaire et les corolles se deplient, Et les bois d'or se desenlacent de la nuit. Oh! dis, pouvoir un jour, Entrer ainsi dans la pleine lumiere; Oh! dis, pouvoir un jour Avec toutes les fleurs de nos ames tremieres, Sans plus aucun voile sur nous, Sans plus aucun mystere en nous, Oh dis, pouvoir, un jour, Entrer a deux dans le lucide amour! Je noie en tes deux yeux mon ame toute entiere Et l'elan fou de cette ame eperdue, Pour que, plongee en leur douceur et leur priere, Plus claire et mieux trempee, elle me soit rendue. S'unir pour epurer son etre, Comme deux vitraux d'or en une meme abside Croisent leurs feux differemment lucides Et se penetrent! Je suis parfois si lourd, si las, D'etre celui qui ne sait pas Etre parfait, comme il se veut! Mon coeur se bat contre ses voeux, Mon coeur dont les plantes mauvaises, Entre des rocs d'entetement, Dressent, sournoisement, Leurs fleurs d'encre ou de braise; Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours, Mon coeur contradictoire, Mon coeur exagere toujours De joie immense ou de crainte attentatoire. Pour nous aimer des yeux, Lavons nos deux regards, de ceux Que nous avons croises, par milliers, dans la vie Mauvaise et asservie. L'aube est en fleur et en rosee Et en lumiere tamisee Tres douce: On croirait voir de molles plumes D'argent et de soleil, a travers brumes, Froler et caresser, dans le jardin, les mousses. Nos bleus et merveilleux etangs Tremblent et s'animent d'or miroitant, Des vols emeraudes, sous les arbres, circulent; Et la clarte, hors des chemins, des clos, des haies, Balaie La cendre humide, ou traine encor le crepuscule. Au clos de notre amour, l'ete se continue: Un paon d'or, la-bas traverse une avenue; Des petales pavoisent, --Perles, emeraudes, turquoises-- L'uniforme sommeil des gazons verts; Nos etangs bleus luisent, couverts Du baiser blanc des nenuphars de neige; Aux quinconces, nos groseillers font des corteges; Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur; De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs; Et, comme des bulles legeres, mille abeilles Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles. L'air est si beau qu'il parait chatoyant; Sous les midis profonds et radiants, On dirait qu'il remue en roses de lumiere; Tandis qu'au loin, les routes coutumieres, Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils, A l'horizon nacre, montent vers le soleil. Certes, la robe en diamants du bel ete Ne vet aucun jardin d'aussi pure clarte; Et c'est la joie unique eclose en nos deux ames Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes. Que tes yeux clairs, tes yeux d'ete, Me soient, sur terre, Les images de la bonte. Laissons nos ames embrasees Exalter d'or chaque flamme de nos pensees. Que mes deux mains contre ton coeur Te soient, sur terre, Les emblemes de la douceur. Vivons pareils a deux prieres eperdues L'une vers l'autre, a toute heure, tendues. Que nos baisers sur nos bouches ravies Nous soient sur terre, Les symboles de notre vie. Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, Dis, combien l'absence, meme d'un jour, Attriste et attise l'amour Et le reveille, en ses brulures endormies. Je m'en vais au devant de ceux Qui reviennent des lointains merveilleux, Ou, des l'aube, tu es allee; Je m'assieds sous un arbre, au detour de l'allee, Et, sur la route, epiant leur venue, Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux Encore clairs de t'avoir vue. Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchee, Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas, Et j'ecoute longtemps se cadencer leurs pas Vers l'ombre, ou les vieux soirs tiennent la nuit penchee. En ces heures ou nous sommes perdus Si loin de tout ce qui n'est pas nous-memes. Quel sang lustral ou quel bapteme Baigne nos coeurs vers tout l'amour tendus? Joignant les mains, sans que l'on prie, Tendant les bras, sans que l'on crie, Mais adorant on ne sait quoi De plus lointain et de plus pur que soi, L'esprit fervent et ingenu, Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu. Comme on s'abime en la presence De ces heures de supreme existence, Comme l'ame voudrait des cieux Pour y chercher de nouveaux dieux, Oh! l'angoissante et merveilleuse joie Et l'esperance audacieuse D'etre, un jour, a travers la mort meme, la proie De ces affres silencieuses. Oh! ce bonheur Si rare et si frele parfois Qu'il nous fait peur! Nous avons beau taire nos voix, Et nous faire comme une tente, Avec toute ta chevelure, Pour nous creer un abri sur, Souvent l'angoisse en nos ames fermente. Mais notre amour etant comme un ange a genoux, Prie et supplie, Que l'avenir donne a d'autres que nous Meme tendresse et meme vie, Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux. Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs Illimitent, jusques au ciel, le desespoir, Nous demandons pardon a la nuit qui s'enflamme De la douceur de notre ame. Vivons, dans notre amour et notre ardeur, Vivons si hardiment nos plus belles pensees Qu'elles s'entrelacent, harmonisees A l'extase supreme et l'entiere ferveur. Parce qu'en nos ames pareilles, Quelque chose de plus sacre que nous Et de plus pur et de plus grand s'eveille, Joignons les mains pour l'adorer a travers nous. Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes Pour humblement le definir, Et que si rare et si puissant en soit le charme, Qu'a le gouter, nos coeurs soient prets a defaillir. Restons quand meme et pour toujours, les fous De cet amour presqu'implacable, Et les fervents, a deux genoux, Du Dieu soudain qui regne en nous, Si violent et si ardemment doux Qu'il nous fait mal et nous accable. Sitot que nos bouches se touchent, Nous nous sentons tant plus clairs de nous-memes Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment Et qui s'unissent en nous-memes; Nous nous sentons le coeur si divinement frais Et si renouvele par leur lumiere Premiere Que l'univers, sous leur clarte, nous apparait. La joie est a nos yeux l'unique fleur du monde Qui se prodigue et se feconde, Innombrable, sur nos routes d'en bas; Comme la haut, par tas, En des pays de soie ou voyagent des voiles Brille la fleur myriadaire des etoiles. L'ordre nous eblouit, comme les feux, la cendre, Tout nous eclaire et nous parait: flambeau; Nos plus simples mots ont un sens si beau Que nous les repetons pour les sans cesse entendre. Nous sommes les victorieux sublimes Qui conquerons l'eternite, Sans nul orgueil et sans songer au temps minime: Et notre amour nous semble avoir toujours ete. Pour que rien de nous deux n'echappe a notre etreinte, Si profonde qu'elle en est sainte Et qu'a travers le corps meme, l'amour soit clair, Nous descendons ensemble au jardin de ta chair. Tes seins sont la, ainsi que des offrandes, Et tes deux mains me sont tendues; Et rien ne vaut la naive provende Des paroles dites et entendues. L'ombre des rameaux blancs voyage Parmi ta gorge et ton visage Et tes cheveux denouent leur floraison, En guirlandes, sur les gazons. La nuit est toute d'argent bleu, La nuit est un beau lit silencieux, La nuit douce, dont les brises vont, une a une, Effeuiller les grands lys dardes au clair de lune. Bien que deja, ce soir, L'automne Laisse aux sentes et aux orees, Comme des mains dorees, Lentes, les feuilles choir; Bien que deja l'automne, Ce soir, avec ses bras de vent, Moissonne Sur les rosiers fervents, Les petales et leur paleur, Ne laissons rien de nos deux ames Tomber soudain avec ces fleurs. Mais tous les deux autour des flammes De l'atre en or du souvenir, Mais tous les deux blottissons-nous, Les mains au feu et les genoux. Contre les deuils a craindre ou a venir, Contre le temps qui fixe a toute ardeur sa fin, Contre notre terreur, contre nous-memes, enfin, Blottissons-nous, pres du foyer, Que la memoire en nous fait flamboyer. Et si l'automne obere A grands pans d'ombre et d'orages planants, Les bois, les pelouses et les etangs, Que sa douleur du moins n'altere L'interieur jardin tranquillise, Ou s'unissent, dans la lumiere, Les pas egaux de nos pensees. Le don du corps, lorsque l'ame est donnee N'est rien que l'aboutissement De deux tendresses entrainees L'une vers l'autre, eperdument. Tu n'es heureuse de ta chair Si simple, en sa beaute natale, Que pour, avec ferveur, m'en faire L'offre complete et l'aumone totale. Et je me donne a toi, ne sachant rien Sinon que je m'exalte a te connaitre, Toujours meilleure et plus pure peut-etre Depuis que ton doux corps offrit sa fete au mien. L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance Unique, et l'unique raison du coeur, A nous, dont le plus fol bonheur Est d'etre fous de confiance. Fut-il en nous une seule tendresse, Une pensee, une joie, une promesse, Qui n'allat, d'elle-meme, au devant de nos pas? Fut-il une priere en secret entendue, Dont nous n'ayons serre les mains tendues Avec douceur, sur notre sein? Fut-il un seul appel, un seul dessein, Un voeu tranquille ou violent Dont nous n'ayons epanoui l'elan? Et, nous aimant ainsi, Nos coeurs s'en sont alles, tels des apotres, Vers les doux coeurs timides et transis Des autres: Ils les ont convies, par la pensee, A se sentir aux notres fiances, A proclamer l'amour avec des ardeurs franches, Comme un peuple de fleurs aime la meme branche Qui le suspend et le baigne dans le soleil; Et notre ame, comme agrandie, en cet eveil, S'est mise a celebrer tout ce qui aime, Magnifiant l'amour pour l'amour meme, Et a cherir, divinement, d'un desir fou, Le monde entier qui se resume en nous. Le beau jardin fleuri de flammes Qui nous semblait le double ou le miroir, Du jardin clair que nous portions dans l'ame, Se cristallise en gel et or, ce soir. Un grand silence blanc est descendu s'asseoir La-bas, aux horizons de marbre, Vers ou s'en vont, par defiles, les arbres Avec leur ombre immense et bleue Et reguliere, a cote d'eux. Aucun souffle de vent, aucune haleine. Les grands voiles du froid, Se deplient seuls, de plaine en plaine, Sur des marais d'argent ou des routes en croix. Les etoiles paraissent vivre. Comme l'acier, brille le givre, A travers l'air translucide et glace. De clairs metaux pulverises A l'infini, semblent neiger De la paleur d'une lune de cuivre. Tout est scintillement dans l'immobilite. Et c'est l'heure divine, ou l'esprit est hante Par ces mille regards que projette sur terre, Vers les hasards de l'humaine misere, La bonne et pure et inchangeable eternite. S'il arrive jamais Que nous soyons, sans le savoir, Souffrance ou peine ou desespoir, L'un pour l'autre; s'il se faisait Que la fatigue ou le banal plaisir Detendissent en nous l'arc d'or du haut desir; Si le cristal de la pure pensee De notre amour doit se briser, Si malgre tout, je me sentais Vaincu pour n'avoir pas ete Assez en proie a la divine immensite De la bonte; Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes Qui sous les cieux casses, se cramponnent aux cimes Quand meme.--Et d'un unique essor L'ame en soleil, s'exaltent dans la mort. End of the Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren *** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** ***** This file should be named 10061.txt or 10061.zip ***** This and all associated files of various formats will be found in: https://www.gutenberg.org/1/0/0/6/10061/ Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. 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If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. 1.F. 1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread public domain works in creating the Project Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic works, and the medium on which they may be stored, may contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by your equipment. 1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all liability to you for damages, costs and expenses, including legal fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE PROVIDED IN PARAGRAPH F3. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance with this agreement, and any volunteers associated with the production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, that arise directly or indirectly from any of the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of electronic works in formats readable by the widest variety of computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from people in all walks of life. Volunteers and financial support to provide volunteers with the assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will remain freely available for generations to come. In 2001, the Project Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit 501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by U.S. federal laws and your state's laws. The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered throughout numerous locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact information can be found at the Foundation's web site and official page at https://pglaf.org For additional contact information: Dr. Gregory B. Newby Chief Executive and Director gbnewby@pglaf.org Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide spread public support and donations to carry out its mission of increasing the number of public domain and licensed works that can be freely distributed in machine readable form accessible by the widest array of equipment including outdated equipment. Many small donations ($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt status with the IRS. The Foundation is committed to complying with the laws regulating charities and charitable donations in all 50 states of the United States. Compliance requirements are not uniform and it takes a considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up with these requirements. We do not solicit donations in locations where we have not received written confirmation of compliance. To SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state visit https://pglaf.org While we cannot and do not solicit contributions from states where we have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition against accepting unsolicited donations from donors in such states who approach us with offers to donate. International donations are gratefully accepted, but we cannot make any statements concerning tax treatment of donations received from outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation methods and addresses. Donations are accepted in a number of other ways including including checks, online payments and credit card donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be freely shared with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper edition. Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII, compressed (zipped), HTML and others. Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over the old filename and etext number. The replaced older file is renamed. VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving new filenames and etext numbers. Most people start at our Web site which has the main PG search facility: https://www.gutenberg.org This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, including how to make donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000, are filed in directories based on their release date. If you want to download any of these eBooks directly, rather than using the regular search system you may utilize the following addresses and just download by the etext year. http://www.ibiblio.org/gutenberg/etext06 (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99, 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90) EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are filed in a different way. The year of a release date is no longer part of the directory path. The path is based on the etext number (which is identical to the filename). The path to the file is made up of single digits corresponding to all but the last digit in the filename. For example an eBook of filename 10234 would be found at: https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 or filename 24689 would be found at: https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 An alternative method of locating eBooks: https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL